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Only for Love / Chapitre 78
« on: 27 December 2021 à 9h59 »
Chapitre 78

En Argentine, dans le night-club, en dehors de la chambre où Vasiliás se livre à un jeu salace, Tromos est arrivé d’un pas décidé à l’étage.
Les yeux fixes et froids, il toise les sept veilleurs de Segador qui gardent la porte au bout du couloir.
Un premier tend la main pour barrer le passage : « Qui t’es toi ? Pas un pas de plu… »
Il n’a même pas le temps de finir sa phrase que Tromos lui retourne le bras, lui brisant ainsi tous les os. Ses camarades ne sont pas assez rapides pour dégainer leurs armes que le colossal Berserker zigzague entre eux pour les tuer d’un seul coup en frappant uniquement un point vital différent pour chacun.
Avant de s’enfoncer dans la dernière pièce, il ramasse sur un des hommes de main une machette attachée à sa ceinture. Il s’en sert pour planter à hauteur de chaque rein le premier rempart au bras brisé : « Meurs en souffrance. C’est tout ce que tu mérites. »


En Grèce, Kyoko continue de raconter à Mars les détails du retour d’Eris sur Terre il y a trois ans.
Sur la terrasse du café où elle a fait germer chez un couple les graines de la discorde, elle narre ses exploits en ignorant la dispute qu’elle a initié chez ses voisins de table…

Flashback
Au Sanctuaire, à proximité du camp des femmes chevaliers, le mètre quatre-vingt-dix-sept de Voskos s’était recroquevillé pour concentrer son cosmos face aux Dryades qui venaient d’éclore.
Le Saint de bronze du Bouvier chargeait de ses cent quatre-vingt-trois kilos une Dryade masculine : « Katapatisi Agria ! »
L’adversaire subit le Piétinement Sauvage de plein fouet et retomba, les os rompus, à côté d’une autre Dryade déjà vaincue et qui fanait avant de finir en poussière.
_ « Et de deux, se glorifia le rustre ! »
Dans son dos, Xiao Ling reculait sous la pression de deux autres qui profitèrent que leurs deux alliées restantes barraient la route au rustre chevalier.
_ « Fraîche, se lécha les lèvres une Dryade…
_ Innocente, pressa le pas la seconde ! »
Xiao Ling était acculée contre un bosquet.
Lorsque la première se jeta sur elle, par réflexe, elle passa ses mains par-dessus sa tête pour saisir le tronc et, appuyant sur ses jambes, grimpa plus haut pour esquiver le coup.
Enchevêtrée dans l’arbre, la Dryade n’eut pas le temps de s’en dépêtrer que Xiao Ling retomba sur elle d’un salto, le talon droit lui fendant le haut du crâne.
Son premier assaillant vaincu, la Chinoise n’en demeurait pas plus rassurée malgré tout.
Le second faisait déjà face, plus incisif.
Avec quelques pirouettes et roulades, elle parvint à esquiver un moment, jusqu’à ce que l’ennemi finisse par planter ses griffes sur le bas de sa tunique, au niveau de l’entrejambe, la laissant à la merci de son autre main aux ongles acérés.
Démunie, elle ferma les yeux, attendant le verdict.
C’est alors que Voskos apparut dans le dos de la Dryade, lui attrapa l’arrière de la tête dans son immense pogne gauche et la lui éclata contre le sol, entre les jambes de la jeune femme fébrile.
Éclaboussée par un sang qui n’était pas le sien, Xiao Ling rouvrit les yeux pour faire face au regard inquisiteur de Voskos : « M… Merci… »
Sous leurs pieds, le sol tremblait des combats venant du camp des femmes chevaliers.
Derrière Voskos, les dernières Dryades fanaient. Le colosse n’en tira aucune gloire.
_ « Ne me remercie pas. Tu aurais dû parvenir à te défaire d’elle sans mon aide, demeura-t-il sévère. Surtout que tu es parvenue à en vaincre une.
_ C’était un coup de chance.
_ La chance… C’est comme le miracle dont parlait plus tôt le Seigneur Algol. C’est l’apanage des Saints. Nous créons notre chance. Nous accomplissons nos miracles. En surpassant nos limites. En brûlant notre cosmos. Tout à l’heure, tu es parvenu à défaire une Dryade. Tu as mêlé sang-froid, analyse tactique du terrain et technique de combat à laquelle tu as joins ton cosmos. Que tu l’ais brûlé inconsciemment ou non, il fallait au moins une once de cosmos pour parvenir à l’éliminer.
_ Peut-être, baissa-t-elle la tête penaude…
_ Je ne peux pas croire qu’une jolie jeune femme comme toi as traversé le monde pour venir jusqu’ici sans rencontrer d’embûches. Des gens malhonnêtes, mal intentionnés, tu as dû en rencontrer des dizaines. Pour t’en débarrasser, tu as dû surpasser ces gens, parfois équipés d’armes contemporaines. Certains chemins sont inhabités. Tu n’as pu voler pour te nourrir. Tu as compensé la faim en t’enveloppant de ton cosmos. Ou tu as chassé dans des lieux où seuls les grands prédateurs arrivent à se repaître. Ou peut-être les deux. Toujours est-il que c’est le cosmos qui t’a maintenu jusqu’ici.
_ Peut-être, balbutia-t-elle à nouveau. Mais pourquoi me dire tout ceci ?
_ Parce que nous sommes arrivés au camp, pointa-t-il du doigt le bosquet dont elle s’était servie plus tôt et qui marquait le début d’une dense forêt. Traverse la forêt et tu trouveras Rebecca. »
Dans son dos, des hurlements de souffrances et de terreurs accompagnaient les tremblements de terre et les secousses cosmiques.
_ « Mais… Mais… Je ne peux pas… C’est la guerre là-dedans…
_ Justement ! C’est pour ça que tu dois aller y porter ton aide ! Nous autres, hommes, ne pouvons fouler cette terre bénie par Athéna. La seule chose que je puisse faire c’est empêcher la retraite des Dryades que vous, femmes, allez vaincre à l’intérieur ! »
Xiao Ling aurait voulu se vautrer plus bas que terre.
_ « … Je… Je ne serai qu’un poids…
_ Un Saint n’est jamais un poids lorsqu’il risque sa vie pour défendre autrui !
_ Mais je ne sais même pas ce qui est en jeu dans cette guerre…
_ Rebecca, celle à qui tu dois la vie aujourd’hui, risque la sienne pour sauver des innocentes prises au piège à l’intérieur et vaincre une menace qui pèse sur le monde !
_ Je ne suis pas aussi forte que Rebecca…
_ Ton soutien lui donnera encore plus de forces !
_ J’en suis incapable… »

Dans les cieux, sur l’Utérus, Georg arpentait la bordure pentue qui longeait la chute d’eau vers le quatrième niveau. Il suivait la lumière du jour qui éblouissait le haut de cette montée.
Une fois le halo de lumière passé, Georg débouchait sur le cinquième et dernier étage avant d’accéder au palais d’Eris.
L’homme à la barbichette fut aussitôt ébloui par le reflet du soleil.
Passant par réflexe sa main devant ses yeux, il abandonna sa garde, s’exposant ainsi à une vrille rouge qui s’enfonça dans son dos.
Propulsé vers l’avant, la protection dorsale de son armure d’argent fissurée, il s’écrasa le front contre la première colonne qui lui fit face.
Bien qu’amorti par son heaume, le choc fut suffisamment brutal pour que du sang coula de son front jusque dans ses yeux.
Étourdi, il enroula ses bras autour du pylône pour tenter de garder l’équilibre.
Cependant, sa prise glissait le long du pilier. Celui-ci était froid. Lisse.
A mesure que ses esprits lui revenaient et que ses yeux s’habituaient à la lumière, il remarqua que la colonne était de glace. Comme toutes celles qui supportaient le niveau d’ailleurs. Des colonnes de glace qui soutenaient un plafond de glace.
Plus il chercha à se reprendre, plus ses pieds s’éloignaient. Comme le plafond, le sol était semblable à un miroir. Légèrement incliné jusqu’à son centre d’où est sorti à l’instant Georg.
D’architecture grecque, le cinquième niveau n’était ni de pierre ni de marbre, il était fait de glace.
Le vent de haute altitude traversait cette plate-forme sans mur. Il glaçait les précipitations quand le soleil ne les faisait pas luire, pour s’écouler tel un ruisseau vers les étages inférieurs.
Fasciné par ce jardin de miroirs, Georg comprit vite qu’en restant au centre de la plate-forme il était ainsi exposé malgré ses multiples reflets.
D’un rapide coup de tête de gauche à droite, il identifia des milliers de réflexions de son adversaire. Un homme couvert d’une Leaf au rouge aussi ardent que sa tunique.
_ « A en juger la forme de ton armure, celle-ci s’apparente plus à une Cloth. Tu es donc un Ghost Saint, déduisit Georg. Et par son profilage proche de celle de mon ami Juan, tu es un ancien Saint de l’Ecu.
_ Oui, je suis Jan Ghost Saint de l’Ecu, on ne peut rien te cacher. J’espérais justement que ce soit ton ami qui m’affronte, afin que je prouve que de tous les boucliers de la Cloth de l’Ecu, ce fut le mien, forgé par mon cosmos, qui était le plus résistant !
_ Est-ce là tout ? Est-ce là ta raison d’avoir trahi ton serment envers Athéna, provoqua volontairement Georg ?!
_ Quel serment ai-je trahi ? Je suis mort pour Athéna et souffre depuis des siècles et des siècles au Cocyte pour cela. Pour ma résurrection, j’ai promis fidélité à Eris. Nouvelle vie, nouveau serment. Voilà tout.
_ Comme ta simplicité d’esprit me sidère, dit-il en fermant les yeux pour mieux se concentrer !
_ Vraiment, s’insurgea Jan ?! Il n’y a rien de compliqué à comprendre pourtant. J’ai fait de mon corps et de mon cosmos le bouclier destiné à défendre les idéaux d’Athéna. Des centaines d’années plus tard à avoir été torturé, Eris m’a fait réaliser que si nous n’avions pas été soulagés de nos peines au royaume d’Hadès, c’est parce qu’Athéna avait lamentablement échoué, génération après génération. Mon écu impénétrable lui avait juste servi à se cacher. Eris m’a alors offert de me libérer de mes tourments pour faire de mon blindage non pas une cachette mais plutôt un socle impénétrable permettant d’avancer. Je détruirai ainsi toutes les défenses d’Athéna pour prouver que la mienne demeure la plus efficace et qu’à défaut d’être une protection, elle peut être une arme, s’époumona-t-il ! Le meilleur bouclier au service de la meilleure attaque, scanda-t-il de toutes ses forces !
_ Je t’ai localisé, le surprit alors Georg ! Geistig Blitz ! »
Georg concentrait jusqu’alors son ouïe pour trouver parmi tous les reflets son adversaire. Il lui fit volontairement hausser le ton pour lui balancer son Eclair Fantôme sous la forme d’un trait de foudre fracassant les colonnes sur son passage.
C’est alors que la dernière colonne avant de frapper Jan venait d’être brisée, que la voix de son adversaire dans son dos le fit frémir : « Comment peut-on parler d’éclair quand ce petit courant électrique ne va pas plus vite que Mach 4 ! »
Stupéfait, Georg se retourna avec un coup de coude qu’esquiva Jan en s’accroupissant.
Georg profita qu’il soit abaissé pour frapper du poing vers le bas : « Geistig Blitz ! »
Beaucoup plus rapide, le Ghost Saint dressa son bouclier devant lui.
Georg s’y éclata la main, ébréchant sa propre Cloth.
Déconcentré par sa fracture du poignet, il constata trop tard que Jan ripostait. Un direct du droit à l’estomac, doublé d’un gauche, suivi du même enchaînement au visage, le repoussant toujours plus loin sous l’impact.
Avec du recul, pensant être à l’abri de l’allonge de son adversaire, Georg ne comprit que trop tard qu’il s’agissait de l’espace nécessaire à Jan pour déclencher sa technique.
D’un saut dans les airs pour se donner de l’impulsion, il tourbillonna sur lui-même puis retomba pied en avant en plein torse de Georg : « Bone Crush Screw ! »
La même Vrille Briseuse d’Os qui le prit par surprise à son arrivée, le fit cette fois-ci rebondir au sol pour mieux s’écraser ensuite contre un pilier de glace. Le long duquel il glissa lentement avant de s’écraser lamentablement parterre…

A l’étage du dessus, devant la chambre d’Eris, la déesse descendait les marches jusqu’à sa guerrière nommée Dame Blanche.
Face à elles, le corps égratigné et fumant d’Aeson demeurait inerte. Sa Cloth d’argent était rayée sur toute sa surface.
_ « Dame Blanche… Je n’aurai jamais imaginé que tu utilises si tôt ton Folklore Dévoreur.
_ Je n’ai pu résister à ses paroles. Me faisant passer pour l’unique responsable de notre sort. Nous étions jeunes. Nous nous aimions. Nous savions très bien que ce que nous commettions en nous unissant alors que j’étais une Saintia, était un crime. Mais l’amour fut plus fort que tout. Je vous ai portées ta s½ur et toi, mises au monde en secret lors de missions de pèlerinage que je réclamais au Grand Pope Shion lorsque je découvris chaque grossesse. Chaque fois ton père était présent. Chaque fois il s’arrangea pour faire partie de la mission et revenir avec les nourrissons que j'ai fait naître en secret. Il présentait ces enfants comme des réfugiés des camps ennemis que nous visitions. Cela permettait de ne pas soulever trop de questions autour de nous et cela nous offrait suffisamment de bonheur quand je venais retrouver notre famille à Bifolco, ce village au Nord du Sanctuaire, lorsque je descendais en ville. Au temple des Saintias, nous n’étions pas débordées. Athéna n’était pas encore réincarnée. Cela nous laissait le temps d’être une famille presque normale. Puis un jour, le Grand Pope Shion annonça que l’arrivée d’Athéna serait imminente. C’est là que tout bascula…
_ L’usurpateur, reconnut Kyoko…
_ Tout à fait. Je ne m’en doutais pas. Peu de temps après, le Grand Pope Shion et son frère furent assassinés. Nous n’y vîmes que du feu. Pour nous la vie suivait son cours, loin de nous douter que l’usurpateur plaçait ses espions un peu partout sur le royaume. Je fus découverte. Cependant, il ne se passa rien, jusqu’à ce jour où Athéna vint au monde. Elle était belle. Chétive mais radieuse. Elle me rappelait ta s½ur et toi lorsque je vous prenais dans mes bras. J’étais la représentante de mon ordre et donc chargée de veiller sur le nourrisson qu’elle était. Le premier soir de sa vie, alors que je veillais sur elle, le Pope apparut. Il était haletant. Son cosmos était noir. Je lui fis barrage de mon faible corps. Alors qu’il m’aurait aisément éliminé en temps normal, il était pressé, imprécis, tourmenté. Il m’écarta violemment et je perdis connaissance. Il n’y eut pas de combats pour ainsi dire, tant ce fut une humiliation pour la Saintia que j’étais. A mon réveil, dans la prison du Sanctuaire, j’étais bâillonnée, les mains attachées dans le dos par les fers bénis d'Athéna. C’était l’ébullition. J’entendais les gardes parler d’Aiolos le traître qui avait attenté à la vie d’Athéna. Et moi, impuissante que j’étais, je ne pus que constater la relève de la garde par un homme qui montait en puissance depuis plusieurs semaines. Gigas et son équipe. Dès le lendemain, je fus conduite à la salle d’audience du Grand Pope. Sale, meurtrie, défroquée, humiliée, j’avais été balancée sur le grand tapis rouge face contre terre, devant ce faux Pope tout pur dans son grand habit blanc, vénérable sous son casque d’or. Alignés de chaque côté du tapis, debout, casque sous la main, toute la caste des Saints d’argent était réunie. Il ne manquait qu’Aeson, qui entra par la grande porte, escorté par la garde, sans sa Cloth, la mine basse. Nos enfants lui furent enlevés dans la nuit, tandis qu’il fut lui aussi mis aux arrêts. Nous avions péché. Moi représentante de l’ordre des Saintias, pour ne pas avoir respecté mon serment de chasteté, j’avais blasphémé. Et Aeson avec. Bien entendu, cela devint par la suite monnaie courante chez ce Pope. Mais moi, j’en savais trop. Les gardes m’avaient retrouvé avant que le Pope ne revienne de la chambre d’Athéna. Me bâillonner ne pouvait durer éternellement. Il lui fallait se débarrasser de moi. De moi et du fruit de mes sacrilèges. Mes filles seraient vendues comme servantes. Mon amie de toujours Mayura, pour me punir, s’empressa de proposer au Pope de régler ce verdict. Et Aeson devait être destitué et mis à mort dans l’arène contre tous ses pairs. Pourtant, pour sa bravoure par le passé, il obtint du Grand Pope l’absolution s’il exécutait ma peine. Ce poltron qui a toujours été discipliné, eut la certitude contre le renouvellement de son serment de garder son statut. Il n’a pas hésité un seul instant entre son amour pour Athéna et moi !
_ C’est faux, balbutia Aeson en déplorant les larmes qui fuyaient les yeux de Kyoko.
_ Pas la peine de lui mentir, je lui ai déjà raconté plusieurs fois toute l’histoire !
_ Mayura n’a jamais cherché à te punir. Quand la sentence pour les filles fut tombée, elle s’empressa de chercher l’approbation dans mon regard. Elle nous garantissait, en confiant elle-même les filles à quelqu'un, une chance de savoir nos enfants à l’abri d’un sort tragique. Elles auraient été séparées ! Elles auraient pu être vendues servantes pour un commerçant exigeant qui les auraient tuées à la tâche ! Ou pire, esclaves ou filles de joie au Port du Destin ! Mayura était notre amie ! Ton amie ! Elle m’apportait par ce geste la garantie qu’elles soient en sécurité.
_ Mais toi égoïste que tu es, tu n’as pas cherché à les retrouver après ça !
_ Tu étais là ! Tu as tout entendu ! Le Grand Pope a précisé que si je cherchais un jour à les retrouver il nous exécuterait tous les trois !
_ Oui ! Il fallait surtout protéger ta vie devenue si minable ! Tu étais certainement trop occupé à recevoir les honneurs de ton rang pour enquêter et chercher une échappatoire !
_ Je n’ai rien gardé de mon statut d’antan ! Durant toutes ces années je suis resté assigné au Sanctuaire à former des disciples et à crever de solitude ! A me ronger pour ce que je t’ai fait ! A angoisser pour le devenir de mes enfants ! 
_ Tu as égoïstement sauvé ta place en acceptant d’être mon bourreau !
_ J’ai accepté cela par amour ! Pour racheter notre faute envers Athéna ! J’ai prié chaque jour depuis ce jugement pour qu’Athéna accepte mon offrande et te pardonne ! »
Le visage décomposé d’Aeson, rongé par le regret et la sincérité, cloua le bec de la Dame Blanche. Des larmes perlaient sous son masque.
Remis debout, les genoux vacillants, Aeson tentait quelques moulinets avec les bras pour mimer son impuissance : « J’étais démuni. Je n’avais pas d’autres moyens. Tout était terminé. Je voulais simplement que tu ne souffres pas. Ni dans cette vie. Ni dans l’autre. »
La revenante lui tourna le dos : « Mon exécution n’eut lieu que quelques semaines après la condamnation, prolongeant ainsi plus longtemps ma torture entre les mains des hommes de Gigas. Ni avant, ni après, Athéna ne m’est apparue. »
Kyoko passa devant sa mère. Elle s’adressa directement à son père biologique : « Et pour cause, comme tu l’as entendu et comme je peux te le certifier, Athéna n’était déjà plus au Sanctuaire. Si elle est encore en vie aujourd’hui, elle n’est qu’une petite souris qui se cache d’un imposteur qui te commande et qui t’a fait mettre à mort ta femme, abandonner tes enfants, renier ta vie de bonheur. »
Perdu, Aeson se laissa tomber à genoux : « Si c’est ma punition, alors je l’accepte. Avoir fauté envers Athéna. Avoir trahis ma famille. Vivre dans le désespoir depuis. Pour finalement être dupé. Tout ça je l’accepte. »
Puis, tout à coup revigoré par sa mission de chevalier, Aeson redressa sa tête vers Eris : « Je l’ai accepté il y a longtemps, en devenant Saint... »
Immédiatement, la Dame Blanche se mit en première ligne pour protéger Eris.
Malgré tout, Kyoko l’écarta avec son sceptre et ouvrit les bras pour se laisser à la merci du Saint qui accumulait tout son cosmos.
_ « Une vie de souffrance pour sauver des milliards de vie humaine. C’est notre serment de Saint. En trahissant mon serment avec une Saintia, je savais que je m’exposerai à davantage de tourments. Vous entraînant toutes les trois, Shoko, ta mère et toi, dans mon sillage. Que je sois puni pour ça ! Mais une chose est sûre, avant cela, je ne peux laisser la Déesse de la Discorde profiter des remous au Sanctuaire et entacher davantage mon nom en restant inactif !  Kyoko… Ma chérie… Pardonne-moi ! »
Contre les ordres de sa déesse, le Fantôme revint à la charge : « Yokai O Musabori Kuu ! »
La gueule béante de cosmos de la Dame Blanche devança Aeson pour protéger Kyoko.
Pris à revers, le Saint de la Coupe encaissa sans la moindre chance de riposter.
Son plastron fut arraché.
Il finit écrasé contre l’obélisque au pied des marches… 

Quelques étages en dessous, dans la salle du c½ur de l’Utérus, Aiolia se tenait entre l’arbre et ses deux adversaires.
Le second round venait d’être lancé.
Hysminai prit appui au sol, gardant Galan derrière elle, immobile.
Elle fonça sur le Saint d’or qui entrava son chemin de son Lightning Plasma.
Seulement, elle passa sans mal au travers des rayons de lumière sans se voir barrer la route.
Avec une vitesse le surprenant, elle passa dans son dos en prenant soin de l’entailler au bras.
_ « Maintenant c’est mon tour, repartit-elle à l’assaut, je vais te tailler en pièces !
 _ Lightning Plasma, relança-t-il ! »
Cette fois-ci, située entre Aiolia et l’arbre, la Dryade ne parvint pas à passer au travers les faisceaux et se retrouva rossée puis repoussée en arrière, retombant sur le front.
_ « Que… Comment est-ce possible… Cette attaque était bien plus forte et plus rapide que tout à l’heure… »
Après avoir vérifié l’immobilisme de Galan, Aiolia avança vers elle, bras déjà tendu dans sa direction, émanant de cosmos.
Glissant sa tête sur le côté, Hysminai comprit.
_ « Je vois ! Je ne te pensais pas si rapide ni si fort ! Tu as retenu ton premier coup n’est-ce pas ? »
Aiolia cessa aussitôt sa progression. Elle avait découvert son stratagème.
Elle fixa Galan resté à l’arrière : « J’ai vu juste. Lors de ton premier essai, ce Fantôme était à mes côtés. Tu refuses de l’éliminer. Tu as donc retenu ton coup. Alors que la seconde fois, tu nous avais, l’Utérus et moi-même, seuls ! L’horizon était dégagé. »
Aiolia fixait l’arbre maudit derrière Hysminai : « Sur le tronc, juste à ce niveau, je vois le n½ud de l’arbre. Il est son centre névralgique. C’est là que je dois frapper, songea-t-il. Si je parviens à le détruire, je libérerai Galan de son emprise. »
_ « Très bien… Je sens que nous allons nous amuser, dit Hysminai en se remettant subitement en position ! »
Le Saint d’or choisit d’en finir vite, il chargea son cosmos dans son poing pour faire d’une pierre deux coups lorsque tout à coup, une pression cosmique le paralysa.
_ « King’s Roar, déclencha Galan ! »
Relancé par les intentions de l’arbre, Galan libéra son cosmos. Il prit la forme cosmique d’un lion d’ébène aux crocs ensanglantés. Son rugissement paralysa Aiolia.
Impuissant, Aiolia voyait Hysminai lui foncer dessus avec sa Leaf acérée.
Usant de l’accumulation de cosmos gardé dans son bras, il s’extirpa à la dernière seconde du Rugissement du Roi et pivota sur le côté pour échapper à Hysminai. Il tomba alors nez à nez avec Galan.
Reparti à l’assaut, Galan était prêt à frapper le second acte de son arcane. Cette fois-ci la gueule du lion noir planta ses crocs en plein flanc du fauve doré. De sa main botanique, Galan libéra une sphère de cosmos obscure qui souffla en pleines côtes gauches Aiolia.
Il voltigea haut et loin, allant heurter une des multiples voûtes de l’édifice circulaire.
Refusant d’abdiquer, il s’épargna une chute et se réceptionna, bien qu’avec difficulté, sur ses deux jambes en regagnant le sol.
La main droite contre son flanc gauche, il ne put retenir un haut de c½ur qui lui fit renvoyer du sang. Sa main remonta plus haut, contre son c½ur.
_ « Le contrecoup du King’s Roar, expliqua le Fantôme. Le rugissement atteint ton être, mon cosmos choque le tien. Ce télescopage en ton sein a des répercussions sur ton organisme. D’abord physique. Puis mental. En plus de la douleur, il inspire la peur. Puis, une fois tétanisée, la proie est à la merci de mes crocs. Ton c½ur ne peut sortir indemne de tout ça, surtout que je t’ai frappé tout prêt. Le prochain coup te sera fatal.
_ J’ignorais que tu avais perfectionné une telle technique, s’essoufflait Aiolia.
_ Tu oublies que j’étais un prétendant au statut du Saint d’or du Lion, avant que je ne sois contraint de me retirer.
_ Je n’ai rien oublié du tout. Ni ta force, ni ta bravoure. Pas plus que l’amour fraternel qui nous unissait. Toi. Lithos. Et moi. »
Touché au plus profond de son être, Galan s’adoucit et balbutia : « Aiolia… »
_ « J’ai surmonté tant de brimades, d’épreuves, de duels… Grâce à toi, poursuivit alors Aiolia. Parce que tu étais là. Auprès de moi…
_ … Aiolia, grimaça Galan…
_ … A chaque instant… Même dans le Tartare contre les Titans… Tu as fait de ton bras perdu mon bras armé. Tu as fait de ton ½il perdu mon c½ur de lion… Tous ces symboles m’ont permis de résister, de gagner…
_ … Aiolia, sanglota Galan… »
Hysminai les stoppa en s’adressant directement à l’Utérus : « Ça suffit ! »
Immédiatement, le n½ud de l’arbre cligna d’un rouge aussi sanguinolent que l’iris droit de Galan.
Le Fantôme se prit la tête entre les mains en hurlant. Les racines sur son corps gonflèrent.
_ « Ordure, adressa Aiolia à l’endroit d’Hysminai ! Tu vas me le payer ! Lightning Plasma ! »
Elle croisa ses bras devant elle puis les relâcha dans la direction du Lion, comme si elle lui envoyait les crans portés à ses avant-bras. Des faucilles de cosmos par milliers foncèrent tel des boomerangs contre lui.
_ « Serrated Blade ! »
Chaque serpette se brisa contre le Plasma Foudroyant qui quadrillait de cosmos l’espace entre eux… Sauf la plus vive d’entre elles.
Hysminai en personne avait rejoint Aiolia à la vitesse de la lumière.
Par réflexe, il inclina la tête sur le côté. Son geste lui occasionna uniquement une profonde entaille au cou contre une décapitation du bras de la Dryade.
Blessé et vexé, il réalisa trop tard qu’elle avait disparu de son champ de vision.
Lorsqu’il leva la tête au ciel, elle enchaîna d’un mouvement acrobatique aérien pour le renvoyer contre le mur : « C’est fini je vais prendre ta tête Saint d’or ! »
Il croisa aussi vite qu’elle le condamna ses bras devant lui pour bloquer sa lame.
_ « Je pensais que tu te cachais derrière Galan par faiblesse Dryade ! J’ai eu tort ! Tu vaux tout autant qu’un Saint d’or, confessa-t-il ! »
Satisfaite, Hysminai se replia d’un bond arrière.
Mais avant même qu’elle ne retouche le sol, Galan endiablé par l’arbre prit le relais.
Totalement rongé par la verdure sur le côté droit de son visage, son bras était également devenu disproportionné, d’un vert mûr, aussi gros que ses deux cuisses réunies.
Il passa sous la Dryade pendant son acrobatie, déstabilisant par son allure et sa vitesse Aiolia.
_ « King’s Roar !
_ Lightning Bolt ! »
Cette fois-ci Aiolia bloqua l’agression cosmique de Galan, en dégageant sa sphère d’éclairs.
Deux globes de cosmos s’opposèrent devant le poing tendu du chevalier.
Imprégné de folie, Galan poursuivit vers le mélange de cosmos laissé en suspens entre les deux adversaires.
Buste en avant, bras écartés, Galan s’avançait inconsciemment contre cette bombe à retardement, alors qu’Aiolia luttait contre la menace de l'implosion du choc de leurs deux attaques : « A une si courte portée, les dégâts seraient critiques. »
Il chargea l’énergie en suspens d’un second Lightning Bolt de son autre main pour espérer la retourner contre le Fantôme.
Galan, lui, cogna de son bras végétal la suspension de cosmos pour relâcher le second effet de son King’s Roar.
Ainsi, il remporta le duel d’énergie qui explosa contre Aiolia à bout portant.
Suivant la déflagration, Galan chargea. De son poing il brisa le diadème d’Aiolia.
La détonation fut si puissante que la voussure fut renfoncée, brisant les claveaux des voûtes du dessus et fissurant tout le hall arrondi où resplendissait tel un rubis le c½ur de l’Utérus.
Au milieu d’un nuage de poussière, dirigeant son poing encore logé dans sa pommette éclatée, Galan envoya la tête d’Aiolia rebondir contre le sol, pour ensuite lui faire traverser la pièce d’une reprise de volée du pied.
Le corps à corps se poursuivit dans l’horizon plus dégagé.
Cette fois-ci, Aiolia dévia la poursuite de Galan en frappant à distance.
Galan esquiva sur le côté l’onde de choc, mais Aiolia était déjà sur sa gauche.
Galan para la droite et riposta avec une série de coups de poings, tout en s’évertuant d'éviter ceux d’Aiolia.
Le chevalier faisait de même, mais brisa le rythme d’un coup de pied retourné en pleine poitrine, brisant la Leaf au niveau du poitrail dans une propulsion de sang, témoignant l’impact des échanges.
Il frappa à nouveau à distance, mais Galan esquiva encore, par les airs cette fois-ci.
Il retomba pied en avant mais Aiolia se protégea avec son bras.
Toujours en suspension, Galan répéta son geste et rompit à son tour la cadence, en l’attrapant par les cheveux avec sa main gauche pour lui écraser la tête au sol.
Face contre terre, Aiolia repoussa Galan à bout portant d’un Lightning Plasma.
Mitraillé dans les airs, Galan perdait morceau après morceau sa Leaf. Sa chair de moins en moins protégée se déchirait des pieds à la tête.
Il en perdit la pression qu’il exerçait sur le Saint.
Aiolia put alors poursuivre et resurgir avec un Lightning Bolt.
Galan voulut contrer. Il cogna de son bras difforme contre le poing de cosmos avec un King’s Roar.
Encore plus puissant que le précédent, lui déjà plus impressionnant que le premier, le Rugissement du Roi remporta le duel et repoussa Aiolia.
Le second acte de l’arcane se traduisit par un direct en plein c½ur qui en fit crisser la Cloth, puis d’un troisième, inédit dans le déroulement de la technique jusqu’ici, par un uppercut enchaîné.
Aiolia vrilla sur plusieurs mètres comme un pantin désarticulé qui rebondissait sur le sol…

Sur Terre, à l’Est et au Centre du Sanctuaire, dans les alentours du camp des femmes chevaliers, la population était en émoi.
La colonne de feu qui en ressortait s’estompait petit à petit.
Toutefois, les secousses provoquées au centre du camp par les pas de l’animal de neuf tonnes accompagnant les Dryades, continuaient de retentir dans l’atmosphère. Il faisait vibrer le sol chez les habitants les plus proches.
Dans tout le reste du domaine, les guerriers les plus affûtés percevaient les perturbations cosmiques venant du camp.
Bandeau bleu coiffant ses cheveux tirés d’une queue de cheval, Shinato fit remarquer à Mirai : « Encore un cosmos qui s’est éteint là-bas ! »
Le second apprenti de Mayura aux cheveux châtains hirsutes réagit : « Eris n’a pas attendu qu’on attaque son camp. De son côté aussi elle a préparé une riposte ! »
Shinato sortit ses mains des longues manches de son kimono pourpre.
Plus sévèrement vêtu que son camarade, l’élève du Saint d’argent du Paon prenait déjà son élan : « Il nous faut aller leur porter immédiatement assistance ! »
Mirai l’imita lorsque la voix d’un soldat leur intima de réviser leur jugement.
Tout autour d’eux, des cohortes de dix hommes se formaient, se transmettant l’information d’un messager. Cet informateur avait le visage dissimulé sous une épaisse bure qui semblait camoufler une Cloth.
C’était cet inconnu qui les retint : « Attendez ! Le camp des femmes Saints est un lieu sacré, béni par Athéna et interdit aux hommes. Même en cas d’extrême urgence, nous ne pouvons profaner ce lieu Saint.
_ Mais… Maître Mayura se bat à l’heure qu’il est dans le domaine d’Eris ! Elle risque sa vie dans cette Guerre Sainte ! Et nous, nous devons nous contenter de laisser Eris s’insinuer dans le Sanctuaire en ciblant un lieu que nous ne pouvons atteindre, s’insurgea Mirai ?! Devons-nous laisser nos s½urs d’arme se faire massacrer ?!
_ A quoi servirait tous les efforts de ceux partis à la conquête de l’Utérus dans ce cas, compléta Shinato ?!
_ Je comprends votre frustration, assura Ptolémy la voix étouffée derrière un masque. Il s’agit néanmoins d’ordres émanant tout droit du Grand Pope, sur demande de Sa Majesté Athéna ! »
Les deux apprentis baissèrent alors la tête de rage, tandis que Ptolémy posait ses mains sur chacune de leurs épaules pour les obliger à observer les troupes athéniennes : « Les ordres du Grand Pope sont formels. Nos lieux de cultes doivent restés préservés, quel qu’en soit le prix. Le Grand Pope a foi en nos femmes chevaliers. Qu’elles soient Saints ou élèves. Dès lors, tous les hommes capables de porter assistance ont ordre d’encercler le camp, sans y pénétrer, afin de bloquer la retraite des Dryades. Les seules autorisées à pénétrer le camp, seront les femmes capables de porter assistance à la bataille qui y fait rage. »
Mirai et Shinato s’échangèrent alors un hochement de tête signifiant qu’ils partaient tous deux appuyer les troupes encerclant le camp…

Dans les bois, le crépitement des flammes laissa place aux détonations des pas de l’animal qui sévissait plus loin.
Emony adoptait à nouveau un air innocent en serrant d’affection contre elle Mick.
Pensant s’être débarrassée de Rumi, la petite pyromane félicitait son ours en peluche.
Derrière elle, Mito et Erda se démenaient contre une dizaine de Dryade qu’elles gardaient à bonne distance.
_ « Vous n’êtes pas encore vaincues toutes les deux ! Je vais devoir m’en charger ! J’ai laissé plus loin mon animal de compagnie. Mère déteste que je le laisse seul trop longtemps, il a toujours tendance à tout détruire quand il n’est pas sous surveillance, dit-elle en faisant allusion au monstre au centre du camp.
_ Pour cela, il va d’abord falloir te débarrasser de moi, lui répondit une voix étouffée sous un masque. »
Elle se retourna pour voir retomber depuis le ciel Rumi, à peine égratignée, dans les bras d’une inconnue. 
_ « Hum… C’est impossible, tordit Emony le cou de Mick ! »
Pour seule réponse, elle n’eut que la foudre qui s’abattit sur elle : « Thunder Claw ! »
Les Griffes du Tonnerre déchirèrent sa robe magenta foncé à dentelle blanche, dévoilant ainsi sa Leaf.
Elles annihilèrent par la même occasion les Dryades aux prises avec Mito et Erda.
Les deux apprenties repartirent aussitôt à la rencontre de Rumi.
Rumi était portée par une guerrière, à en juger son masque, couverte d’une armure mauve et aux ornements bordeaux, au casque pointu renvoyant l'impression d'un vampire.
Etourdie, elle reconnut malgré tout son héroïne : « Dame Geist… »
_ « Comment, s’étonna Mito !
_ La célèbre mercenaire qui a fait ses classes ici, compléta Erda !
_ Cessez donc de vous extasier comme des pucelles écervelées, leur asséna Geist dans toute sa sévérité ! Foncez au centre du camp aider vos amies ! Nous devons préserver ce camp à tout prix ! »
Les gamines s’activèrent sans broncher, quand, tout à coup, Mick leur barra la route.
La peluche était devenue aussi grande que l’animal dont il est à l’effigie.
Les filles furent désarçonnées.
Alors, pour faire face à l’ourson géant, apparut devant elles un véritable ours qui déchira en deux la peluche.
_ « Phantom Genwaku Ken, libéra son cosmos Geist un genou à terre !
_ Je vois que tu es capable de donner vie à des illusions toi aussi, se releva Emony sans se soucier de la fuite des élèves, ça n’en rendra mon combat que plus agréable. Moi Emony Dryade de la Méchanceté je vais te faire avaler ce masque !
_ Tu m’excuseras, mais je n’ai pas le temps de m’amuser avec quelques tours de passe-passe. Je vais en finir vite.
_ Comme tu voudras. Je vais te faire payer ce que tu as fait à Mick ! Ton assurance m’agace. Je vais te la faire perdre très vite en te plongeant dans un éternel cauchemar ! Lunatic Bind ! »
Emony envoya une multitude de lobélies sur son adversaire qui, d’un revers de la main, crut déjouer l’arcane : « Que penses-tu pouvoir me faire avec des… fleurs… »
Geist se rendit compte que les pétales s’étaient changés en papillons qui saupoudraient tout autour d’elle un cosmos, comme s’ils déposaient de la soie.
_ « Mon cosmos étouffe le tien et te fait perdre tes forces. Très vite tu vas plonger dans un éternel sommeil fait de cauchemars dont tu ne reviendras jamais ! »
Geist tomba un genou au sol, incapable de se maintenir debout. Elle tenta d’abord de prendre appui à terre avec ses mains, mais ses doigts lui parurent si lourds qu’elle fut incapable de les relever. Elle s’écroula alors lourdement la tête la première…

Au même moment, dans la salle d’audience du palais du Grand Pope, cape recouvrant sa Cloth, Deathmask gardait un genou à terre et son diadème en main.
L’½il ouvert, il regardait son souverain trépigner d’impatience.
Ce dernier faisait les cent pas devant son trône.
Dissimulé sous son apparat doré, Saga commentait : « Quel revers nous subissons ! Je savais qu’Eris pourrait riposter à tout moment, mais jamais je n’aurai pensé qu’elle ciblerait un lieu impénétrable pour la plupart de notre armée ! Avec Mayura sur l’Utérus, il ne me reste plus beaucoup de femmes chevaliers confirmées capables de porter assistance à l’intérieur du camp ! Geist a déjà dû s’y rendre. Bien que je n’aime pas la savoir sans surveillance celle-là, j’imagine que c’est une aubaine qu’elle soit rentrée de mission. Marin de l’Aigle et Shaina d’Ophiuchus sont à l’extérieur du camp à former leurs apprentis masculins. Et il parait improbable que des Dryades ne se dressent pas sur leur passage, lorsqu’elles vont se rendre au camp prêter main forte ! »
Deathmask se redressa alors en recoiffant ses cheveux de son casque : « Je comprends maintenant pourquoi vous m’avez fait appeler. Le problème du camp doit être réglé rapidement et efficacement. Il n’y a que votre meilleur assassin qui puisse faire le job ! »
Saga pointa aussitôt du doigt le Cancer : « Tu es prévenu Deathmask ! Personne ne doit être témoin qu’un homme a profané le camp ! Encore moins un Saint d’or dont la caste est sous mon autorité directe ! »
Le gardien de la quatrième maison tourna les talons : « C’est clair. Pas de témoins. »

Dans les airs, au sommet du temple d’Eris, encastré dans l’obélisque, Aeson fut ramené à lui par le son insistant de gouttes qui s’écrasaient dans une flaque.
Cette mare gisait à ses pieds et était alimentée en abondance par le sang qui s’écoulait de sa plaie béante ouverte sur le flanc gauche. L’½il gauche arraché et le bras gauche disloqué, il laissait sa lourde tête gesticuler vers le bas pour constater les dégâts.
Ses jambes fléchirent et son corps s’affaissait lentement contre le monument.
Sa vue troublée à l’½il droit lui laissait apparaître sa fille.
Une fois devant lui, Kyoko lui planta son sceptre en pleine poitrine, ressortant de l’autre côté du pilier. Ainsi, elle le garda à sa hauteur et lui épargna de choir lamentablement sur son postérieur.
Elle lui caressa ses cheveux qui avaient perdus son diadème et cueillit le bandeau rouge qui coiffait ses cheveux blonds.
D’ordinaire distant et glacial, le brun profond du regard d’Eris paraissait exceptionnellement touchant.
_ « J’ai de la peine pour toi papa. Tu te débats pour un songe qui ne t’est jamais apparu.
_ Pardon, cracha-t-il du sang ?
_ Ta Cloth, la Coupe, elle voit l’avenir à plus ou moins long terme quand tu regardes l’eau que tu y verses dans sa forme totémique n’est-ce pas ? C’est bien ce que tu me racontais quand j’étais petite ?
_ …, il hocha la tête pour seule réponse.
_ Je m’en souviens comme si c’était hier, dit-elle en lui soutirant de grosses larmes. Je me souviens de tout. Je n’en ai jamais voulu au soldat qui m’avait recueilli. Il m’offrait la possibilité de demander à Athéna, en m’éduquant et me permettant de devenir prêtresse, pourquoi. Pourquoi ne voyait-on rien, toi et moi, nous concernant, lorsque nous regardions dans la Coupe ? »
Agonisant et silencieux, Aeson se mit à pleurer.
_ « Tu voyais des batailles. Tu voyais venir à toi des messagers. Mais jamais tu ne vis le malheur qui allait s’abattre sur nous. Moi non plus, petite fille que j’étais, quand tu me le permettais, je ne voyais rien. Et tu sais pourquoi ? Parce que dès le début, Athéna nous a tourné le dos.
_ Je suis désolé, sanglota-t-il.
_ Athéna t’exploite. Elle exploite ses Saints. Puis les abandonne. Elle n’est jamais venue à toi. Et même aujourd’hui, lorsque tu te dévoues à elle malgré la vérité exposée sous ton nez, prêt une fois de plus à sacrifier ta famille, elle t’ignore. »
Elle retira enfin d’un coup sec son arme de la colonne, le libérant par la même occasion.
Il retomba à genoux et retint sa chute en se maintenant au sol par le coude droit.
_ « J’ai tellement honte tu sais, s’étouffait-il dans ses sanglots et dans son sang.
_ Moi j’offre la vie. Une vie après celle faite d’amertume, de ranc½ur, de regret. Je m’entoure de fidèles que je récompense. Et tu sais pourquoi, lui demanda-t-elle en l’embrochant à nouveau au niveau des omoplates ? C’est parce que je suis bien plus reconnaissante envers les sentiments que refoulent mes sujets. Et bien au-dessus d’Athéna ! »
Aeson ne parlait plus. De sa bouche retombait une pâte épaisse, mélange de bile et de sang. Son ½il droit était perdu par le constat indéniable exposé par sa fille. La perte de sa foi lui faisait bien plus mal que la perte de ses sens.
La Dame Blanche vient alors se mettre à quatre pattes face à lui pour capter son regard.
Elle ôta son masque afin d’exposer des traits semblables à sa fille.
_ « Olivia, râla de souffrance Aeson en retrouvant enfin sa femme…
_ Le vrai pardon serait que tu nous rejoignes, pour expier le déshonneur que tu as fait à notre famille, proposa-t-elle.
_ Le vrai pardon, appuyait un peu plus sur sa lance Eris, serait que tu nous rejoignes pour déchoir ce Pope corrompu et cette Athéna déficiente.
_ Le veux-tu, questionna Olivia ? »
Aeson hocha d’un coup lent la tête.
_ « La vie d’un Fantôme passe par le renoncement à tes allégeances et à ta vie passée, poursuivit Eris. L’acceptes-tu ? »
Il répéta son geste en versant une dernière larme.
Eris sourit à Olivia qui s’empressa de se redresser. Elle leva haut vers le ciel son masque au menton pointu et tranchant. Elle le cramponna bien fort de ses deux mains, puis l’abattit d’un coup sec dans la nuque d’Aeson.
Surpris, le malheureux écarquilla grand son ½il et ne put retenir une autre gerbe de sang par la bouche en plus de celle giclant de son cou.
Le visage totalement changé par une joie meurtrière, Olivia répéta son geste. Une fois. Puis deux.
Le plasma d’Aeson dont elle était éclaboussée maquilla sa folie qui prit fin une dernière fois, lorsque sa tête se détacha de son corps et roula parterre tandis que le tronc s’échoua définitivement…

Sur Terre, au milieu du camp des femmes Saints, les tentacules du monstre cinglaient tels des fouets dévastant tout sur son passage.
Ils écroulaient les temples, tranchaient de la tête aux pieds Dryades et apprenties sans distinction.
Tout autour d’elle, Rebecca voyait ses élèves tomber dans d’atroces circonstances.
Chaque fois qu’elle réunissait son cosmos pour frapper l’horrible animal, celui-ci saisissait entre ses liens des aspirantes Saints pour s’en servir comme bouclier.
Dès lors, il lui suffisait de repousser Rebecca avant d’engloutir ses remparts humains.
De nouveau renvoyée au sol, Rebecca en perdit son masque et put mieux observer de ses yeux dégagés, l’étendue des dégâts.
Les Dryades retenaient prisonnières à l’intérieur du camp les jeunes femmes pour mieux alimenter le monstre.
_ « Si je m’obstine à vouloir ne pas faire de dommages collatéraux, sur la trentaine de jeune fille encore en vie, il n’en restera plus une. Les plus téméraires tombent face aux Dryades. Les plus démunies sont dévorées. Je dois vite neutraliser ce monstre, se focalisa-t-elle en direction d’un prieuré où était déposée sa Pandora Box. »
Aussitôt, la Cloth en fût libérée et Rebecca sauta en l’air pour la rejoindre.
Profitant de son éclat au moment de la revêtir, elle éblouit les quatre yeux du quadrupède.
Elle libéra alors son arcane en lui retombant sur son dos : « Burning Lava Rain ! »
La Pluie de Lave Brûlante l’accompagna dans sa descente et fracassa, telles des pierres de laves par centaines, l’animal à revers.
Ces météores de feu tombèrent si lourdement que les pattes de l’animal lâchèrent sous le choc et qu’il retomba grossièrement sur le ventre.
Surfant sur sa colonne vertébrale au milieu de la vapeur bouillonnante de son cosmos, Rebecca se laissa glisser le long de sa queue étendue en arc de cercle sur le parterre pavé.
Au milieu du gaz étouffant, élèves et Dryades cessèrent leurs échanges, jusqu’à ce qu’elles purent distinguer le grand gagnant de l’affrontement.
Rebecca apparut au milieu de l’émanation qui se dissipait peu à peu, devant la gueule écrasée de l’animal inconscient.
Déjà en garde pour achever les Dryades, elle paraissait contrôler parfaitement la situation dans sa Cloth vert menthe.
Son succès parut même évident pour Erda qui venait de déboucher de la forêt, suivie de Mito et Rumi. Les yeux des trois élèves brillaient sous leurs masques d’admiration pour leur mentor.
_ « Félicitations maître, s’exclama Rumi avant de freiner brutalement sa course. »
Rebecca réagit trop tard aux stupéfactions de l’ensemble des élèves lorsqu’elles passèrent leurs mains devant leurs bouches en voyant les quatre yeux rouges de l’animal s’ouvrir en grand.
Les grosses prunelles libérèrent chacune un rayon de cosmos écarlate qui traversèrent l’horizon, brisant en deux les arbres face à lui.
Mito coucha spontanément Erda à terre pour esquiver. Rumi n’eut pas cette chance et fut transpercée en pleine poitrine. La Cloth et le bras de Rebecca, eux, furent arrachés à hauteur de l’épaule droite. 
Se redressant lentement comme un chien après une longue sieste, le monstre se secoua le corps comme le ferait tout canidé.
S’étirant sans même prêter attention à ses victimes, il apparut aux yeux de tous sans la moindre égratignure.
Donnant ainsi le feu vert aux Dryades qui reprirent en premières l’assaut.
Tombant à genoux devant son bras que les nerfs agitaient encore, dans une gerbe de sang, ne pouvant contenir l’hémorragie, Rebecca avait le regard déjà vitreux. La beauté tropicale était déjà blafarde.
A peine remise, Erda se jeta dans sa direction afin de lui éviter d’être balayée par un revers de patte du monstre.
Elle roula avec elle sur le sol jusqu’à pouvoir la déposer contre une colonne grecque renversée.
Mito, elle, se tourna vers Rumi. Elle lui ôta son masque pour tenter de distinguer la moindre étincelle de vie dans son regard. L’espoir fut immédiatement anéanti lorsqu’elle plongea dans ses yeux vides.
D’instinct, de colère, et par nature de meneuse auprès des autres, Mito se jeta à corps perdu contre les Dryades qu’elle massacra sans ménagement en espérant protéger ses camarades.
Erda, elle, baissait la tête à chaque secousse que les combats produisaient autour d’elle, tout en ôtant son foulard à Rebecca. Elle s’en servit pour lui faire un garrot.
_ « Mito… Tu dois aller aider Mito… Elle s’épuise à combattre dans tous les sens…, perdait de plus en plus de sa superbe Rebecca.
_ Ce monstre, garda son sang-froid Erda en serrant fort le foulard aussitôt imbibé d’hémoglobine, qu’est-ce que c’est ? Et comment a-t-il pu survivre à une telle attaque ?
_ C’est le bunyip. Une créature mythique de la mythologie aborigène australienne. La longue membrane de sa collerette couvre son dos. Elle a dû servir de bouclier à l’attaque. Je ne vois que ça. »
Par réflexe, Rebecca appuya sur la tête d’Erda pour la coucher au sol lorsque Bunyip lança un tentacule tranchant l’horizon dans leur direction.
Alors que des bustes arrachés de Dryades et d’apprenties tombèrent au sol, Rebecca et Erda furent recouvertes par les arbres découpés dans la foulée…

Devant le camp, à l’orée de la forêt, Voskos trépignait.
A mesure que les secondes s’écoulaient, d’autres guerriers, soldats ou Saints, le rejoignaient.
La foule s’amassait tout autour du bois.
Dans son dos, Xiao Ling restait agenouillée en sanglotant.
Voskos ne lui prêtait même plus attention.
Elle revivait la répression dont elle fut victime.
Le petit corps de Yufa.
Piétiné.
Désarticulé.
Les yeux grands ouverts.
Vides.
Sans vie.
A cet instant, telles deux fusées, deux guerriers en kimonos, se distinguant par leurs tenues du reste des autres renforts qui se groupaient, passèrent sous ses yeux.
Mirai et Shinato trouvèrent Voskos. Tous trois étaient déterminés à en découdre.
_ « Seigneur Voskos, fléchit légèrement la tête Mirai.
_ Mirai. Shinato, les reconnut-il. Alors vous aussi vous êtes venus mater les Dryades !
_ Et comment, gonfla les muscles Mirai ! »
Pour sa part, Shinato ne disait rien. Écoutant avec effroi les nombreux appels au secours et cris de mortification venant de l’intérieur.
_ « J’y vais, décréta Shinato ! »
Mirai tendit le bras dans sa direction : « Attends ! C’est un camp réservé aux femmes ! Tu ferais acte de parjure envers Athéna en t’y rendant ! »
Voskos écarquilla les yeux devant la crédulité de Mirai.
Shinato défit son bandeau et libéra ses longs cheveux dans son dos en détachant sa queue de cheval. Elle resserra davantage à la taille sa ceinture de kimono afin que celui-ci épouse réellement sa poitrine de jeune femme.
_ « Pardonne-moi Mirai de t’avoir caché la vérité durant toutes ces années.
_ M… Mais pourquoi ?!
_ J’ai longtemps douté de la voie que je devais emprunter. Saint ou prêtresse. D’où ma possibilité de ne pas porter de masque grâce à l’alternative de la pratique du culte pour devenir Saintia. De plus, ça m’a rendu la vie plus facile vis-à-vis des autres apprentis, dont toi. Ne pas souffrir de la différence m’a permis de m’aguerrir normalement. Cependant, aujourd’hui, avec Maître Mayura qui risque sa vie, et sur le fait accompli de l’invasion du Sanctuaire, je ne peux gâcher mon talent martial en me retirant de la vie de Saint. Mon choix est fait. Je deviendrai une Saint. Et c’est par égard à tout ce que nous avons partagé jusqu’alors, que je te montre en cet instant mon véritable visage. Si je survis à ça, je devrai porter un masque pour toujours. Hormis lorsque je serai en présence de l’homme à qui j’ai envie d’offrir ce sourire, s’il partage mon affection en retour bien entendu. »
Puis, sans laisser Mirai réagir, elle resserra son bandeau et rattacha ses cheveux avant de s’enfoncer dans la forêt.
Derrière eux, Xiao Ling était saisie par le courage de Shinato : « Elle est prête à risquer sa vie par honneur pour son maître. Tandis que je n’ai pas le courage de rendre la pareille à Rebecca… »
Penaud, Mirai fixait Shinato disparue dans la touffeur boisée d’un air bien crédule.
_ « Tu étais sérieux ? Tu n’avais jamais remarqué que Shinato était une fille, le bouscula du coude Voskos ?
_ Bah… Oui… Vraiment…
_ Crétin, souffla-t-il amusé en lui cognant le dessus du crâne de son poing.
_ Tout de même, leva Mirai la tête en direction des pétales de l’Utérus qui tombaient sur le Sanctuaire, Shinato a bien du courage, Eris a pour but de semer la discorde afin que les hommes deviennent fous et s’entretuent tous. Faisant passer les guerres civiles et autres génocides vécus jusqu’alors dans l’histoire pour des clopinettes. »
Ces paroles résonnèrent dans l’esprit de Xiao Ling : « Si tout ce que j’ai vécu jusqu’alors n’est rien comparé au monde que nous réserve Eris… Alors… Même si je ne comprends pas encore tout à ce qu’il se passe ici… Je dois me battre aussi… »
_ « Shinato a un cosmos proche du niveau d’un Saint, je ne suis pas inquiet pour elle, tenta Voskos de rassurer Mirai sans remarquer que Xiao Ling passait à côté d’eux d’un pas lent.
_ Qui est-ce, pointa alors du doigt Mirai la Chinoise ?
_ C’est une future guerrière qui trouvera en Athéna la foi de risquer sa vie sans ne plus jamais douter, répondit fort le Saint de bronze en reconnaissant Xiao Ling afin qu’elle l’entende. »
Ces mots réconfortants lui parvenant, elle serra les poings et se jeta à longues enjambées à la suite de Shinato.
Flashback

D’elle-même cette fois-ci, Kyoko cesse son histoire lorsqu’elle voit sortir le serveur.
Interpellé par le vacarme sur la terrasse et, personnellement impliqué par ce qu’il se passe envers son amante, il accourt.
La mine espiègle de Kyoko prend alors un air sadique lorsqu’elle claque des doigts en regardant Mars : « Éclosion de la troisième Evil Seeds ! »

2
Only for Love / Chapitre 77
« on: 23 December 2021 à 8h53 »
Chapitre 77

En Argentine, le club où Tromos rendait sa justice s’est vidé.
Libéré du sous-sol miteux où ils étaient réduits à l’esclavage, enfants et opposants politiques sont déjà accueillis dehors par les secours. Ceux-ci, alertés par des voisins interpellés par les fusillades à l’intérieur de l’établissement, attendent les directives des autorités.

A l’intérieur, au rez-de-chaussée, Tromos slalome entre les cadavres des hommes de main de Segador et des victimes pris entre les feux nourris de leurs revolvers.
Le son des enceintes cogne encore dans la tête du seul rescapé au milieu de la piste de danse.
Il fait le tour de lui-même pour, d’une légère émanation de cosmos, détruire chaque caméra afin d’instaurer davantage de crainte aux mafieux qui attendent à l’étage.
Il est temps pour le Berserker de les rejoindre.

C’est justement en haut, au milieu du couloir surveillé au bout par sept gardes du corps, que Vasiliás a suivi Peligra.
Les immenses enceintes ajustées au mur leur ont épargné le moindre soupçon de ce qui a pu se tramer en bas.
Au moment de refermer la porte de la chambre vide où Peligra l’a conduit, l’Américain reconnaît l’apparence de Tromos, couvert du sang de ses victimes, arriver sur le palier pour aller à la rencontre de Segador.

Bien décidé à laisser son second agir seul, Vasiliás retrouve à l’intérieur de la pièce aux murs insonorisés la plantureuse danseuse qui l’assied sur une chaise.
Utilisant une télécommande, elle relance une musique plus engagée qu’en bas.
Perchée sur ses hauts talons, elle reprend là où elle s’est arrêtée.
Habillée de son unique boxer, elle se déhanche de nouveau. Cette fois-ci plus lentement, de manière féline.
Elle fait le tour de la chaise où est assis un Vasiliás subjugué, qui se contente de se laisser caresser par la peau chocolat, douce et parfumée de Peligra lorsqu’elle vient coller contre lui sa poitrine et ses fesses. Alors pour permettre à l’homme d’Arès d’apprécier davantage, elle glisse ses doigts entre sa peau et la lanière de son sous-vêtement, qu’elle laisse descendre très lentement en l’accompagnant jusqu’à ses pieds, offrant à son client la pleine vue sur son intimité dorénavant dissimulée sous une dernière ficelle de tissu avec laquelle elle joue encore.
Seulement, avant de l’abandonner, elle choisit de provoquer son riche client, à qui elle ôte la veste tout en remuant devant lui. Lorsqu’elle s’assoit sur ses genoux, elle tire sèchement sur sa cravate pour écarter en grand sa chemise haute couture, faisant voler tous les boutons.
Face à ce torse nu et athlétique, elle vient coller le sien. Puis, après avoir feint un baiser sur ses lèvres, elle se laisse descendre contre lui en se tortillant paresseusement.
Lorsque son visage arrive devant la fermeture de son pantalon, elle le lui desserre en tirant dessus pour le lui ôter en même temps que ses chaussures…


En Grèce, le serveur vient ramener un nouveau verre à Mars et en profite pour remplir la coupe de Kyoko.
Friponne, elle demande à la réincarnation de son frère : « Sais-tu pourquoi j’ai commencé à réveiller les Evil Seeds du couple voisin ? »
La moue qu’il fait, montre un certain désintérêt pour cette question, dû à l’empressement qui est le sien de connaître la suite des aventures qui ont eu lieu il y a presque trois ans.
_ « Notre serveur porte une Evil Seeds lui aussi. Et il s’avère que l’homme avec qui notre voisine a une liaison secrète est notre serveur. Que dis-tu si je fais éclore son Evil Seed a lui aussi ?
_ Seulement après que tu ais avancé dans ton histoire, lui dit-il en retenant son poignet…
_ D’accord, souffle-t-elle déçue… »

Flashback
Au Sanctuaire, dans le camp des femmes chevaliers, Rumi, l’amie de Shoko, était bien pensive, tandis qu’elle lassait ses spartiates autour de ses chevilles.
_ « Quand même…Shoko… Pour peu que je la quitte des yeux, il lui arrive toujours des bricoles… J’espère tout de même qu’elle se remet de ses émotions. Les filles m’ont dit qu’elle avait été conduite au temple des prêtresses, leva-t-elle la tête dans la direction du palais bien éloigné. »
La jeune fille aux cheveux châtain fut rejointe par une de ses semblables.
Blonde, les cheveux longs et fins, Mito apparut d’abord sans masque et posa sa main sur l’épaule de Rumi : « J’imagine le choc qu’à dû ressentir Shoko en retrouvant sa s½ur et en apprenant son sort. Néanmoins, il ne faut pas nous laisser submerger par l’émotion. C’est justement pour Shoko que nous devons reprendre l’entraînement et faire face si les Dryades se présentent à nouveau. »
Mito était grande, un bustier et une épaulette de métal bardaient son corps comme la protection de son avant-bras et de son poing droit. Ces renforts métalliques et son assurance lui donnaient un air plus caractériel que les autres élèves.
C’est d’ailleurs cet aplomb qu’Erda vint trouver en les rejoignant.
Sans que cela n’offusque Mito, Erda les cheveux courts, châtains, enlaça sans crier garde sa camarade par la taille en arrivant dans son dos.
Elle lui baisa le cou autour duquel elle portait un foulard.
Cette distinction donnait à Mito une touche de féminité à son corps endurci.
L’étreinte symbolisait l’affinité partagée entre les deux élèves, confirmée par la sensualité des caresses que Mito rendit à Erda en retour.
Erda s’émancipa délicatement de l’étreinte qu’elle avait initié et tendit sa main vers Rumi : « Mito a raison. Après tout, notre destin est de nous perfectionner afin de devenir des Saints. Nous n’avons pas d’autres choix. Car celles qui échouent arrivent difficilement à se trouver une place parmi les soldats. Ce corps d’armée est encore bien trop arriéré. Gagner leur respect sans devenir chevalier est bien compliqué. Être mercenaire à la limite, comme Dame Geist… »

Plus haut, dans le ciel de Grèce, sur le parvis du temple d’Eris, Aeson peinait à se tenir sur ses jambes.
Submergé par l’émotion, il frémissait chaque fois qu’il entendait dans son dos approcher la première voix venue de derrière l’obélisque.
Il n’osait se retourner, craignant de la reconnaître vraiment.
Il préférait fixer avec douceur la divinité ennemie.
_ « Co… Comme tu as grandi, prononça-t-il en approchant sa main tremblotante vers la jeune femme… Tu n’étais encore…
_ Qu’une enfant oui, l’interrompit Kyoko en le mettant en joue de sa lance juste sous sa gorge.
_ Si tu savais comme je vous ai cherché…
_ Pas tant que ça semble-t-il, reprit la voix dans son dos dorénavant juste derrière lui, tes filles résidaient durant toutes ces années au Sanctuaire.
_ Cette voix, ferma-t-il les yeux… C’est toi, interrogea-t-il l’inconnue sans se retourner, n’est-ce pas ? »
Pour toute réponse, il n’obtint qu’un violent éclat de cosmos du sceptre d’Eris en plein plastron, qui le projeta par-dessus l’énigmatique troisième protagoniste.
Il retomba en bas des marches, tête la première, fissurant son diadème.
Son corps échoua ensuite lamentablement sur le dos, arborant ainsi son plastron ébréché où les morceaux de Cloths se mêlaient au sang qui fuyait ses plaies.
_ « Il est à toi, Dame Blanche, lança Eris en nommant l’inconnue. »
Celle-ci effectua alors un saut périlleux jusqu’au Saint d’argent, l’obligeant à la reconnaître.
La Dame Blanche, vêtue d’une toge de Saintia, avait beau avoir le visage dissimulé par un masque noir et amarante, il en était convaincu, c’était elle.
Son masque contrastait avec la couleur immaculée de sa robe et ses ornements dorés autour de la taille, du cou et dans les cheveux violets.
_ « Les mêmes cheveux qu’elle, pensa Aeson en alternant son regard entre Eris et la Dame Blanche. »
Pendant qu’il redressait son buste, il s’en prit alors étonnamment à elle : « Vois ! Vois donc jusqu’où nos actes furent punis ! Notre fille… Condamnée à être le réceptacle de la Déesse de la Discorde ! Nos filles même ! Car les faits relatés étaient clairs ! Deux s½urs nées sous la même étoile destinées à devenir Eris ! »
Il chercha à se relever. Son visage devenait peu à peu déformé par la colère.
D’abord abasourdi, il se changea en hystérique menaçant.
_ « Mais jamais, jamais je n’aurai pensé qu’il s’agisse des nôtre ! Notre sentence aurait dû suffire ! Mais quand je te vois revenue en Fantôme à ses côtés, quoi de plus normal ! Tu étais pourrie jusqu’à la moelle ! Tu reviens en ennemie du Sanctuaire ! D’essence maléfique, tu as condamné nos filles et nos vies au chaos ! »
La Dame Blanche ne le laissa pas se remettre totalement d’aplomb.
Frustrée par ses propos, elle lui décocha un uppercut, alors qu’il était plié en avant de douleur tenant son buste blessé. Ainsi désarçonné, il ne put empêcher qu’elle appuie ses mains sur le sommet de son crâne pour se donner suffisamment d’élan en remontant ses genoux contre son visage.
L’impact fut si violent qu’il s’éleva dans les airs par un salto, à la merci du Fantôme qui chargea sa cosmo énergie. Dans son dos une chouette d’un blanc immaculé déployait ses ailes. Son plumage devint de plus en plus grand. A mesure qu’il s’étirait, il s’étiolait. Bientôt chaque aile se transforma en un voile, un effluve spectral.
Les yeux noirs de l’animal transpercèrent en pleine cabriole le chevalier, perçant chaque épaule, pour mieux stopper l’acrobatie et l’immobiliser.
La tête de la chouette prit forme humaine. Un visage féminin angoissant, laiteux, à la bouche grande ouverte l’engloutit : « Yokai O Musabori Kuu ! »

Au second niveau du temple, suspendue dans la dimension cosmique de Shaka, Dysnomie n’en perdait pas moins son aplomb.
_ « Comme c’est charmant ! T’enfermer avec moi dans une dimension représentant l’harmonie. Aurais-tu quelques vues sur moi ?
_ Désolé de te décevoir, dit-il en levant ses paupières, mais si je t’ai capturé ici c’est pour te priver de tes cinq sens ! »
Soufflée par le septième sens de Shaka, Dysnomie disparut…
Puis réapparut dans son dos.
_ « J’ai cru que mon c½ur allait cesser de battre lorsque j’ai vu tes beaux yeux…
_ Le fait que le Tenbu Horin soit inefficace contre toi m’interpelle. Comment as-tu fait ?
_ Ah ! Je suis ravie que tu t’intéresses autant à moi ! La vérité c’est que je suis l’effigie du désordre. Dès lors, l’harmonie de l’univers n’a aucune emprise sur moi.
_ Tu veux dire que tu es aux antipodes de ce que je suis ? »
Elle ouvrit sa longue cape, pour dévoiler une galaxie toute entière en lieu et place de son corps. Contrairement à l’infime étoile qui balaya Naïra plus tôt, elle propulsa cette fois-ci l’univers qu’elle contient en elle sur Shaka.
_ « Pourquoi ne viens-tu pas le vérifier avec moi Vierge ! Reverse of Universe ! »
Les nébuleuses qui sortirent d’elle fracturèrent la tapisserie bouddhique et engloutirent Shaka.
Dans un fracas semblable à des bris de verre, le Tenbu Horin vola en éclat.
A la place, Shaka se retrouva à quatre pattes sur un sol de bitume marqué par une signalisation blanche. Le goudron était humide mais l’odeur de fer qui en émanait ne venait pas de lui.
Lorsqu’il tourna les paumes de ses mains vers ses yeux restés ouverts, il reconnut du sang grâce à l’incandescence des incendies qui l’entouraient.
En levant la tête tout autour de lui, des gens du monde moderne se faufilaient au milieu de carcasses de véhicules calcinées. Ils se courraient les uns après les autres, armes aux poings.
Les éclats de verre comme les fracas du Tenbu Horin se poursuivaient. Des vitrines brisées par des jets de pavés et des carreaux de buildings, traversés par des employés défenestrés, rythmaient les cris d’épouvantes des fuyards et les ch½urs de folie des bourreaux.
Devant lui, une foule submergeait des représentants de l’ordre aux boucliers inclinés, incapables de lever les matraques qui faisaient montre par le passé de leur autorité.
La révolte irradiait par les grattes ciel en flammes, semblables à des torches géantes.
Dans son dos, un rire dénotait totalement au beau milieu de cette anarchie.
Le sarcasme intrigua le Saint d’or qui ne voyait dans cette direction que les gravats d’un bâtiment effondré.
Les exclamations devenaient de plus en plus insistantes, enivrantes, concupiscentes.
Elles semblaient venir de dessous une plaque de béton armé.
Un léger orifice laissait s’échapper le bruit qui paraissait être le concert de plusieurs voix langoureuses.
Il écarta un panneau de bois qui obstruait le passage vers les fondations de cette ruine et découvrit, tamisés sous les rayons violacés de néons clignotants, un amas de corps nus, emmêlés, enchevêtrés, glissant les uns contre les autres, les uns en les autres, humides de moiteur, de salive et du miel qui dégoulinait des envies charnelles des êtres humains.
L’odeur de la débauche ne fut pas la seule qui alerta l’odorat de Shaka. Un goût acide, d’oxydation, lui prit également la gorge.
A y regarder de plus près, sur les corps cambrés, fuyaient également des lignes de sang. Elles s’échappaient des lacérations par les ongles de vénustés cramponnées à leurs partenaires.
Au milieu de ces bacchanales, hissée au sommet de corps mêlés, assise sur son postérieur, les bras appuyés en arrière, la cape ouverte sur un corps nu suintant d’envie, Dysnomie dévisageait avec opiniâtreté l’invité. Ses cheveux mouillés collaient son front et dégageaient enfin ses yeux. Ce regard lubrique et profond attendait le Saint. Il le fixait avec obstination.
Subitement, deux mains se hissèrent en direction de Shaka pour agripper chaque côté de son heaume et le tirer par le casque vers les profondeurs luxurieuses.
Une foule nue, endiablée, se souleva alors pour le tirer à l’intérieur.
Plongé dans le regard de la Dryade, il se laissa guider sans protester.
Il passait de dizaines en dizaines de mains humides toutes désireuses de caresser la dure protection d’or sur laquelle réfléchissait l’ultraviolet.
Quelques-unes raccrochaient les pièces de métal, désireuses de se les approprier, de découvrir le corps athlétique qu’elles recouvraient.
Shaka perdit d’abord son casque dans le désordre, puis une épaulette et peu à peu l’entièreté de sa Cloth.
Il ne s’en soucia pas lorsqu’il vit une libidineuse membre frotter un avant-bras entre ses jambes ou un lubrique individu lécher de bas en haut une de ses jambières.   
Il préféra suivre le chemin qu’on lui traçait à coup de caresses et de jet d’huile sur son torse nu. La chaleur et le gel graissèrent son pantalon bordeaux qui le moula davantage.
L’attirant vers elle par de mouvements des doigts, Dysnomie, jambe écartée sur son intimité, savourait chaque instant : « Voici mon harmonie ! Bien loin de la tienne si puritaine ! »
Envoûté, Shaka ne perdait pas de ses grands yeux bleus son splendide corps.
Les coups de griffes de mains désireuses de se l’accaparer ne le firent pas sortir du charme.
Les pectoraux lacéré, le dos coupé, les joues balafrées, il se hissa sur les monceaux de corps noyés pour remonter son visage entre les cuisses de Dysnomie.
Juste devant elle, il posa fermement sa main droite sur la fesse d’une des vénustés sur lesquelles Dysnomie s’était jonchée pour tirer son buste à hauteur du sien et attraper l’arrière de sa tête de sa main gauche.
L’étreinte virile fit lâcher un souffle de plaisir à la Dryade qui se laissa attirer vers ses lèvres tout en humectant les siennes de gestes suaves de la langue.
Shaka embrassa Dysnomie à pleine bouche. Relevant la tête entre chaque coup de langues dégoulinants qu’ils s’échangèrent à la vue de tous.
Lorsqu’il recula définitivement la tête, Dysnomie rouvrit les yeux. Mais elle ne vit rien.
Elle essaya de porter ses mains à son visage mais elle ne sentit plus ses membres.
_ « Que m’as-tu f…, ne put-elle achever sa phrase…
_ Je te priverai de l’ouïe en dernier, afin que tu comprennes ce qu’il t’est arrivé, commença-t-il… »
Au même instant, pièce après pièce, sa Cloth s’arracha des mains des invités, les écorchant, voire les transperçant sur son passage. Le sang fut versé par gerbes cette fois-ci. Une épaulette trancha le néon en le regagnant, afin de ne faire briller l’espace que de sa lumière solaire.
Aussitôt, les Dryades furent toutes démasquées et massacrées par les morceaux d’armure qui ricochèrent dans toute la cave.
_ … D’abord la vue, puis le toucher. Vint le goût. Et à te voir essayer de gesticuler ainsi, c’est que l’odorat t’indique l’odeur du sang, du moins de la sève qui coule dans les veines de tes frères et s½ur. Ne t’inquiète pas, je te l’extirpe également. »
Dès lors, Dysnomie ne ressentait plus rien. Seuls les derniers râles des siens vinrent à ses oreilles.
La montagne de corps sur laquelle elle trônait s’affaissait, maintenant qu’ils étaient sans vie.
Le dernier cri fut poussé avant que le casque de la Vierge ne finisse de rhabiller totalement Shaka.
Il était couvert de métal doré rougeoyant de plasma.
_ « Tu as compris à présent ? J’ai réalisé que ton cosmos était à l’opposé du mien. Pour que le Tenbu Horin t’atteigne, il me fallait d’abord te faire baisser ta garde puis insuffler mon cosmos en toi. Ce baiser ne fut pas désagréable, mais pour toi, ce fut un baiser mortel… »
Un son de cloches retentit, de plus en plus fort, de plus en plus sourd.
Le monde anarchique de Dysnomie vola en morceaux et les mantras bouddhiques résonnèrent dans le hall du second niveau du palais d’Eris.
Les illusions cessèrent, seul resplendissait le cosmos de Shaka : « Je t’ai laissé entendre ta défaite. Adieu. Perte de l’audition ! Tenbu Horin ! »
Revenue sur le sol dallé, le corps de Dysnomie se tortilla de faiblesse avant de se raidir.
Plus loin, Naïra revenait à elle accompagnée d’une migraine.
Elle étudia Shaka, yeux ouverts, porter le coup de grâce en relâchant entre ses deux mains le cosmos qu'il a accumulé : « Tu n’es plus qu’une enveloppe vide mais tu as été redoutable, je ne prendrai donc aucun risque. Tenma Kofuku ! »
Des images de paradis bouddhique levèrent le corps à mi-hauteur de la pièce avant de le réduire en poussière par une décharge de cosmos suivi d’une explosion.
Il rabaissa ses paupières et se tourna serein malgré les nombreuses égratignures sur son visage vers Naïra : « Si nous poursuivons sur la droite, nous nous enfonçons au c½ur de l’Utérus qui regorge de Dryades. L’objectif de notre mission et d’atteindre très vite Eris. Nous poursuivrons donc sur notre gauche afin de gagner le sommet par le flanc. Le centre est la mission d’Aiolia. J’ai foi en lui... »

Sur Terre, dans la forêt délimitant le camp des femmes chevaliers, pantalon bleu océan enserré à la taille d’un ruban jaune et maillot blanc craquelée, Rumi avait réajusté son masque comme Mito et Erda qu’elle suivait.
Elle était toute perdue dans ses pensées : « Dame Geist, se remémorait-elle son nom après qu’Erda l’a employé plus tôt… On dit qu’elle dirige un groupe de trois hommes et qu’ils font preuve d’efficacité à chaque mission confiée. Néanmoins, il parait que déontologiquement parlant, elle ne soit pas un modèle à suivre… Je suis complètement perdue. J’aimerai être comme Mito et Erda. Elles sont là l’une pour l’autre à chaque épreuve. Et, tout en se souciant du danger à venir, elles n’angoissent pas à l’idée de s’y confronter. Il faut dire, qu’elles vivent au sein même du camp. Par la force des choses, elles ont toujours pu compter l’une sur l’autre. Nous sommes arrivées à un âge où nous sommes pleinement conscientes de notre mission, de notre force… Mais également du besoin de réconfort que nos corps et nos c½urs réclament. Cloîtrées l’une avec l’autre, se fut une évidence pour Mito et Erda. Moi, les événements de la veille m’ont fait réaliser à quel point Shoko compte pour moi. Mais, comme quelques-unes d’entre nous, elle ne vit pas au camp avec nous autres. Cela contribue à la rendre différente. C’est peut-être un des nombreux aspects que j’aime chez elle d’ailleurs… »
Derrière ses camarades, Rumi marqua un instant le pas pour observer les rayons du soleil qui perçaient à travers les feuillages des hauts arbres qui délimitent tout le tour du camp : « Cette révélation qui fait cogner mon c½ur et chauffer le bas de mon ventre est-elle réciproque ? A quoi Shoko peut-elle penser en ce moment ? »
Soudain, Rumi fut saisie par ses amies revenues sur leurs pas.
Chacune souleva par un bras Rumi et s’élança dans les airs.
Sous leurs pieds, la verdure prenait forme humaine.
_ « Un entraînement, soupçonna Rumi revenue à elle ?
_ Ce serait étonnant, s’inquiéta Mito.
_ Rebecca nous attend près des temples pour une leçon théorique, précisa Erda. »
Alors qu’elles regagnaient le sol, elles remarquèrent que le feuillage prenait vie aussi.
_ « Erda ! Attention, s’époumona Rumi ! »
Trop tard, une Dryade naquit des branchages et tomba pied en avant sur Erda.
A peine le parterre foulé, Mito s’élança au secours de sa camarade sans prêter attention à une nouvelle Dryade qui l’attaquait à revers.
Rumi la couvrit alors en dégageant de son poing avec efficacité une onde de choc qui mit au sol l’ennemie.
Une petite fille aux cheveux gris cendré, coiffés d’un ruban magenta foncé avec une rose lie de vin, apparut alors sous les yeux de Rumi.
Sa tenue de poupée de porcelaine et sa mine candide désarçonnèrent Rumi, qui ne comprit d’abord pas ce qu’une enfant faisait ici.
L’intruse présenta du bout des bras son ourson en peluche qu’elle nomma : « Mick ! »
Crédule, Rumi fit un pas en arrière. Interdite. Sans savoir que faire.
Revenue à elle dans les bras de Mito, Erda fut tout de suite plus clairvoyante : « Rumi ! Attention ! C’est une Dryade ! »
Au même instant, l’éclat sanguinolent de la prunelle des yeux de l’enfant s’illumina, tandis que sa peluche sourit avec perfidie. Si grand que l’ourson ouvrit en large la bouche, une bouche remplie de flammes…

Sur l’Utérus, devant le porche conduisant aux étages depuis le centre du temple, Mayura revenait à elle.
Até, déjà debout, appuyée contre l’encadrement de la voûte, pressait sa plaie pour retenir vainement son hémorragie.
_ « Impudente ! Moi vaincue par une Saint d’argent ! Je ne partirai pas sans t’avoir emmenée avec moi ! »
Dans un ultime effort Até libéra tout son cosmos.
Celui-ci brûlait d’une telle intensité qu’il dépassait les limites de son enveloppe charnelle meurtrie. Au point de briser son corps.
Celui-ci devint veiné de racines comme l’ensemble de la structure de l’Utérus. Sa peau flétrit jusqu’à ce que son épiderme fût boisé. Chacun de ses cheveux finirent en lierre, tandis que ses bras se changeaient en branches déployant davantage de lances. Son buste se transforma en un tronc enraciné grâce à ses jambes profondément ancrées jusqu’aux fondations du temple.
Mayura était encerclée par les racines qui s’étendaient du sol au plafond, l’entourant par les murs.
Acculée, elle garda son sang-froid en commençant par se calmer.
_ « Si mon statut de Saint d’argent te dérange, expira-t-elle d’abord, je vais te faire l’honneur de donner tout ce que j’ai pour t’emporter dans un éclat doré, inspira-t-elle extraordinairement ! »
_ « Je ne crains plus tes techniques, maintenant que je me suis débarrassée de ce corps humain ! Million Hatred !
_ Il est temps de libérer toute ma concentration accumulée au fil de ces années en me privant de mes cinq sens pour atteindre mon septième sens, fit-elle voler en cendres le kimono qu’elle portait par-dessus son armure ! Higi Kenyoku Tenbusho ! »
Cette fois-ci la Technique Secrète de la Danse Céleste des Ailes Iridescentes émana de tout son corps dans un éclat doré sans prendre de direction précise.
Il libéra un souffle de lumière aveuglante et brûlante qui contra les milliers de lances d’Até.
Le tronc d’Até commença à plier en arrière et l’Utérus tout entier vibra dans les airs.
D’abord ralenties, puis corrodées peu à peu, les lances d’Até furent réduites à néant.
Pourtant, malgré l’explosion de cosmos de Mayura, les projectiles ne s’épuisèrent pas.
Au contraire, à mesure qu’il ne restait plus rien de son corps, que seule l’apparence de son visage s’exprimait à travers le tronc, Até mitraillait davantage.
Incapables de faire repousser ses lances, écrasée par le cosmos de Mayura, Até profitait de ses racines écorchées pour projeter maintenant de toutes parts des écorces semblables à des éclats de bombes chargés de sa haine destructrice.
Bien qu’ils ne progressassent pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu, Até gardait confiance.
_ « Penser que le Million Hatred était ma seule arme te coûtera la vie, vociféra le faciès de l’arbre. Moi aussi je suis capable de projeter les radiations de mon cosmos ! Violent Disaster ! »
Aussitôt, bien que cela désagrégea davantage ce qui restait de son corps désormais inhumain, l’écorce de l’arbre éclata sous une nouvelle impulsion plus puissante qui permit à tous les projectiles en suspens de poursuivre leur chemin quand Mayura les maintenait encore dans les airs.
D’abord menée, Até équilibra puis inversa le souffle des deux cosmos en opposition.
Les premiers projectiles de cosmos atteignirent leur cible, transperçant les épaules et les cuisses du Saint d’argent.
Pourtant, la chevelure olive tournoyant dans les airs, Mayura ne fléchit pas. Le sang de sa plaie à l’½il fuyait en abondance.
_ « Bien trop en abondance, s’inquiéta Até. »
Il se mêlait aux radiations du Higi Kenyoku Tenbusho qui retenait du mieux qu’il pouvait les assauts répétés d’Até.
Seulement, au contact du bois, le plasma parvenait à le calciner.
_ « Que penses-tu faire pauvre folle ? Te vider de ton sang pour brûler jusqu’à ma dernière racine ?! »
Tandis que son sang et son cosmos s’entremêlaient, brûlant tout sur leur passage, ils imprégnaient Até.
_ « S’il le faut oui ! Higi Kenyoku Tenbusho, lança dans une dernière salve Mayura ! »
Circulant dans les racines d’Até le sang brûlant de cosmo énergie de Mayura rongeait le bois. Il dessoucha Até et remonta jusqu’à son visage.
Enfin, lorsqu’il finit de corroder son épiderme jusqu’à la couche la plus enfouie sous l’écorce, l’arbre explosa, pulvérisant ainsi Até et soufflant l’étage tout entier, tout en emportant Mayura…

Dans le domaine sacré, traversant les villages les uns après les autres, Xiao Ling trépignait d’impatience et débordait de questions.
Déposée dans une carriole de foin tirée par des b½ufs et empruntée à la ferme la plus proche des remparts d’où ils venaient, la Chinoise assénait d’interrogations Voskos à qui Algol avait demandé de prendre soin d'elle.
_ « … et donc ici tout le monde vit encore comme au temps de la Grèce Antique c’est bien ça, s’émerveillait-elle devant les paysages qu’elle croisait ?
_ Oui, grommela le Saint de bronze.
_ Et donc, si toi tu es un Saint, ton armure représente une constellation protectrice c’est ça ? Laquelle est-ce ?
_ Bouvier, répondit-il en enfonçant sa tête dans ses épaules tandis qu’il tirait les b½ufs…
_ Quelle coïncidence, explosa-t-elle de rire en rapprochant sa constellation au rôle qu’il jouait en cet instant ! »
Cela n’amusait guère le rustre Saint qui la laissa achever son fou rire avant de demander sérieusement : « Si j’ai bien compris, cela fait des années que tu traverses le monde afin de venir ici. Il faut avoir vécu quelque chose de fort pour avoir la force de caractère de surmonter un tel périple. »
Aussitôt, Xiao Ling perdit sa joie de vivre. Nerveusement, elle enroulait de chaque côté de sa tête ses longs cheveux pour en faire des chignons qu’elle attachait avec les morceaux de tissus qui pendouillaient de sa tunique. Des images terribles de sa troupe massacrée, de son chapiteau en feu, du petit corps de son amie Yufa gisant au sol frappèrent sa mémoire.
Elle adopta un sourire de façade : « Oui. Cet endroit est merveilleux. Comme me l’a présenté Rebecca. »
Voskos fit la moue : « Détrompe-toi. Certes le cadre est chatoyant. Certes la morale de notre mission est noble. Mais pour maintenir cela, pour se montrer digne de cela, il faut endurer mille tourments. Mille batailles. Mille morts. Je ne doute pas que tu ais déjà éprouvé un dur entraînement, c’est certainement celui-ci qui t’a permis de trouver en toi un cosmos capable de parvenir jusqu’ici… »
Xiao Ling se revoit alors au cirque réussir chaque fois davantage d’épreuve quand derrière elle, les uns après les autres, ses partenaires montraient leurs limites. Jusqu’à ce que Yufa ne parvienne plus à la suivre. Jusqu’à ce qu’elle lui vole la place de vedette et d’attraction principale de la troupe.
_ « … Mais il n’est rien face à celui d’un Saint, poursuivit Voskos. Tu as assisté à une répression militaire… »
Xiao Ling revit la nuit durant laquelle, après une représentation, la troupe fut encerclée par la milice, accusée de complicité avec les rebelles, extirpée de ses roulottes, mise à nue, humiliée. Où chaque membre tombait tour à tour sous les balles, quand les coups de matraque ne suffisaient pas. Cette nuit durant laquelle Yufa, son amie de toujours et qui l’enviait tant à mesure que l’étoile de Xiao Ling montait de plus en plus haut sous le chapiteau, vint la réveiller en sursaut pour se faufiler au milieu du charnier.
Cette nuit durant laquelle les petites filles furent découvertes.
Cette nuit durant laquelle, alors qu’il ne restait plus qu’elles deux, Yufa l’incita à fuir droit devant.
Cette nuit durant laquelle Yufa fit barrage, les bras écartés, de son petit corps pour tenter de gagner du temps pour elle.
Xiao Ling revoit encore la matraque lui fendre en deux le crâne.
Son corps tout frêle voler comme un fétu de paille sur le côté.
Ses gros yeux ronds vides perdus à l’horizon.
Son cadavre, piétiné par ses poursuivants, visible grâce aux flammes qui dévoraient son chapiteau.
_ « … Mais un Saint affronte des armées entières menées par d’autres dieux, conclut Voskos. »
Xiao Ling se revoit dans sa chemise de nuit, les genoux recroquevillés devant sa poitrine, au levé du jour.
Elle fixait encore la direction de son camp.
Elle était seule, en pleine forêt.
Sale et affamée.
Sauve. Mais atrocement traumatisée.
Arriva alors à elle Rebecca.
La Saint ne parla pas. Elle ôta son masque et lui sourit.
C’était la seconde personne de sa vie qui lui offrit un petit peu de chaleur après Yufa.
Orpheline, les propriétaires du cirque ne lui montraient aucune compassion, quand bien même elle faisait leur renommée. Ses camarades n’étaient rien d’autres que des concurrents qui jalousaient son statut. Son public n’était jamais suffisamment satisfait de ses prouesses.
La faim et l’exigence étaient son quotidien. La mansuétude de Yufa sa délivrance.
L’étrangère la ramena au village.
Elle se laissa guider ne sachant pas, sur quoi elle allait tomber.
C’était calme.
Silencieux.
Un silence de mort.
La milice avait quitté les lieux.
La troupe déjà mise en terre.
Le hochement de tête de Rebecca à son intention lui fit comprendre qu’elle était à l’origine des sépultures.
Quelques roulottes demeuraient intactes, au milieu de celles qui fumaient encore.
Les premiers mots de Rebecca résonnaient encore dans sa tête : « Je suis arrivée trop tard. J’espère que tu sauras me pardonner. »
Xiao Ling craqua alors. Elle se jeta contre Rebecca pour écraser ses sanglots contre elle, comme un enfant se jetant dans les jupons de sa mère pour livrer son chagrin.
_ « Affronter des armées entières pour empêcher que ce que j’ai traversé ne se reproduise n’est-ce pas, répondit-elle à Voskos ?
_ Hélas, nous évitons l’ingérence dans le monde contemporain. Athéna et le Sanctuaire veillent à laisser l’homme libre de ses choix. Espérant toujours que du pire qu’il puisse accomplir il en tire les leçons pour fonder un avenir meilleur. »
Ces paroles choquèrent Xiao Ling. Voskos s’en rendit compte.
_ « Nous ne sommes pas la police mondiale. Ni des justiciers, compléta-t-il. Tu t’es peut-être fait une idée fausse de ce qu’est un Saint en idéalisant ta rencontre avec Rebecca. A cette époque, elle est sûrement venue pour te chercher. Bien entendu, si elle l’avait pu, elle aurait évité le drame que tu as vécu. Mais ça n’était pas la raison de sa présence. »
Cette révélation, tonna comme une détonation au plus profond de Xiao Ling.
Tandis qu’un fragile idéal se brisa en elle, elle sentit la carriole trembler. Comme si le sol se dérobait sous le choc.
Il lui fallut quelques instants pour comprendre que la détonation qu’elle ressentit était bien réelle et que la terre tremblait véritablement.
Voskos avait cessé d’avancer.
Sous leurs yeux, le bruit sourd fut suivi d’une déflagration visible au loin.
_ « Le camp des femmes Saints, s’émut Voskos ! »
En effet, de cette direction s’éleva dans les airs une haute colonne de flammes…

Dans les cieux, à l’approche du sommet, malgré qu’Aiolia et Mayura leur ouvrirent la voie, l’ascension depuis le centre du domaine demeurait semée d’embûches pour Georg et Juan.
Les deux Saints d’argent enchaînaient les mêlées contre des cohortes de Dryades toutes plus assoiffées de sang les unes que les autres.
A mesure qu’ils progressaient dans le quatrième étage, les pièces offraient de moins en moins d’interstices, filtrant d’abord la lumière du jour, puis l’obstruant totalement maintenant qu’ils faisaient face à une immense statue en pleine pénombre.
Tout autour d’elle, des colonnes doriques peu espacées maintenaient un concassage de roche.
Contre l’une d’elle, Georg finissait de frapper à mort de ses poings une Dryade masculine à la stature immense et aux épaules larges.
Ce physique titanesque ne tint pas face au cosmos et l’art martial du Saint.
Tandis que la Dryade ployait sous les martèlements furieux de la Croix du Sud, Juan de l’Ecu fixait la sculpture.
Haute, tirant sur la hauteur de plafond sur une demi-douzaine de mètres, il s’agissait d’un serpent aux ailes déployées. Forme reptilienne identique, à celle prise par Eris en sortant de la Pomme d’Or. De sa gueule aux crocs menaçants, coulait sans discontinuer, comme le venin que la Déesse de la Discorde balançait sur le monde, un filet d’eau qui alimentait une marre dans laquelle ils trempaient du bout des pieds.
Le sang de la Dryade abattu par Georg se mêlait à l’onde, qui semblait plus profonde aux pieds du monument.
_ « L’eau s’éparpille dans de petits caniveaux qui viennent chercher leur source dans ce bassin, constata Juan en observant tout autour d’eux.
_ L’architecture de ce temple est très bien pensée, confessa Georg qui retrouvait son attitude habituellement posée. J’imagine qu’à l’étage du dessus se trouve un glacier, qui permet d’alimenter en eau toute la structure.
_ Il n’y a pas cinquante façons de le savoir, pointait du doigt Juan le serpent de pierre. »
A bien y regarder, Georg reconnut des marches en colimaçon, taillées dans le corps du reptile.
Toutefois, il stoppa l’élan de son camarade en lui retenant l’épaule.
_ « Attends !
_ Quoi donc Georg ? Aurais-tu peur ?! Nous ne sommes pas obligés de traverser à la nage tu sais. Un simple saut nous permettra d’arriver à l’autre bout.
_ Ne dis pas de bêtises ! Regarde ! Au milieu de l’étang, la profondeur parait insondable. On ne sait pas ce qui peut en sortir et nous choper au vol !
_ Il ferait bon voir, se vanta le brun.
_ Deux secondes, râla le blond à barbichette… Regarde ! »
Il pointa son index en direction du bassin et dessina une croix pour tracer l’onde de haut en bas puis de gauche à droite.
Lorsqu’il remonta sa main vers son visage, il écarta ses quatre autres doigts avant de refermer son poing.
Instantanément, des éclairs crépitèrent tout autour de son bras.
A cet instant la croix dessinée en direction de l’eau l’illumina comme un lac sur lequel s’était abattu la foudre.
Sous formes de flashs répétés, la pièce centrale du quatrième niveau clignotait, alternant obscurité et lumière blanche, obligeant Juan à passer son écu devant ses yeux pour ne pas être ébloui par la lumière résiduelle.
Quand Georg eut fini, remontèrent aussitôt à la surface des plantes tentaculaires aux bulbes armés de dents longues et aussi fines que des aiguilles.
_ « La fraîcheur de cette eau me donnait plutôt envie jusqu’ici. Maintenant on dirait une espèce de bouillie, grimaça Juan.
_ Je te déconseille de goûter à cette soupe, regarda-t-il l’eau devenue verte et épaisse couler à ses pieds. »
Un éclat de rire interrompit les deux amis.
Il venait de la tête de serpent sur laquelle un homme se dressait fièrement. 
_ « C’est bien dommage que tu ais écouté ton ami, provoqua-t-il Juan, j’étais curieux de voir un Saint se faire dévorer par ces plantes carnivores. Elles devaient être repues de Dryades. De la chair Athénienne aurait bien diversifié leur alimentation.
_ A t’entendre parler et à voir ta protection, tu ne sembles pas être une Dryade, s’emporta immédiatement Juan ! Si j’ai bien compris, des lâches ont juré fidélité à Eris en échange d’une vie nouvelle ! Quoi de plus normal à ce que tu sois resté caché jusqu’ici ! »
Pour seule réponse, un éclair frappa entre les deux Saints, les obligeant à s’écarter l’un de l’autre. Le bruit du tonnerre accompagnant l’éclair vint ensuite, le son après la lumière.
Cela fit trembler le sol et provoqua l’éboulement de la statue. Comme si le grondement l’avait ébranlé.
Roulant au sol pour éviter les pierres et la vague provoquée par le poids des débris dans l’onde stagnante et désormais poisseuse, Georg et Juan furent écartés l’un de l’autre, échappant à l’ensevelissement de l’accès par lequel ils étaient arrivés.
_ « C’est toi qui as déclenché cet éclair ?! Tu aurais pu être plus prudent ! On a failli finir ensevelis avec tes conneries, réagit une fois sur pieds Juan !
_ Pas du tout, tempéra à l’autre bout de la pièce Georg, ça ne venait pas de moi. »
Tout en haut de la pièce, là où trônait la tête reptilienne, l’eau coulait désormais en plus grande abondance depuis que moins de roche ne lui barrait la route.
Déjà de l’eau jusqu’aux cuisses, Georg s’en extrait en se tenant sur le rocher le plus élevé des environs.
Trop intéressé par la lumière du jour qui perçait au sommet aussi depuis que la pierre ne l’obstruait plus, Juan fut mis en alerte par son allié : « Juan ! Sors de l’eau ! Vite ! N’oublie pas que l’eau conduit l’électricité ! »
Juan s’exécuta tout en cherchant l’ennemi.
Il se tenait sans méfiance sur le plus haut fragment de serpent entre les deux chevaliers.
_ « Cette armure… Sa forme, reconnut Georg…
_ Oui… La même que la tienne. Je suis Christ Ghost Saint de la Croix du Sud.
_ La même, la même, pinaillait de l’autre côté Juan, la couleur et quelques détails sont différents.
_ L’évolution au fil des siècles, hocha les épaules Georg visiblement pressé d’en découdre. Les Cloths évoluent au gré des dégâts qu’elles subissent mais aussi du sang versé et du cosmos déployé par son porteur. Certaines sont mêmes en morceaux durant des siècles, attendant au cimetière des armures que de nouveaux porteurs viennent les trouver et leur rendre vie. D’autres évoluent ou régressent. De bronze à argent ou d’argent à bronze. Voilà pourquoi parmi les quatre-vingt-huit armures il est toujours compliqué de savoir combien sont de bronze et d’argent. D’une génération à l’autre, la seule certitude est qu’il n’en existe que douze d’or, une petite trentaine d’argent et une grosse quarantaine de bronze. Le changement de catégorie n’est pas si fréquent et ne s’opère que lors de réparation sous la bénédiction d’Athéna.
_ Merci pour le cours, grimaça Juan.
_ Par Eris ! Je n’aurai jamais pensé que mon successeur serait devenu si barbant, se mit en garde le Fantôme à la Leaf rouge.
_ Par Athéna ! Je suis déçu d’être l’héritier d’un traître qui a autrefois porté cette Cloth, l’imita le Saint à la Cloth argentée.
_ Minute, s’interposa Juan ! C’est mon combat !
_ Pardon, opposa Georg ?!
_ Exactement ! Ce lâche n’a même pas eu le courage de s’opposer à nous ! Il espérait rester planqué à me voir me faire bouffer par ces mélanges de poulpes et de boutures affreuses ! Et puis, nous n’avons jamais pu réaliser autre chose que des oppositions d’entraînement toi et moi. Pouvoir aller au bout d’un affrontement contre ta copie me ferait un plaisir fou ! De plus n’oublie pas qu’Aiolia s’occupant de l’Utérus, l’objectif est d’éliminer Eris au plus vite ! Il ne reste plus qu’un niveau avant d’atteindre le palais, pointa-t-il du doigt la lueur du haut de la pièce !
_ Une copie, serra les poings Christ !
_ Très bien, refusa de se vexer Georg par les termes employés par Juan. Mais n’oublie pas, il a transformé l’aire de combat à son avantage en se servant de l’eau dont le niveau monte autour de nous. Ta victoire en ce lieu ne sera possible que si tu l’obtiens avant que la salle ne soit submergée, rappela Georg avant de bondir hors d’ici.
_ Ne t’en fais pas, ce sera rapide et sans bavure. »
Malgré son apparente confiance, Juan avait remarqué qu’autour de lui toutes les évacuations prises par les caniveaux avaient été intelligemment obstruées par l’éboulement. Rendant l’aire plus avantageuse pour Christ.

Au Sanctuaire, alors qu’ils étaient proches du camp des femmes chevaliers, Voskos tentait de calmer les b½ufs qui refusaient d’avancer plus loin, sentant le danger.
Le Saint du Bouvier, colossal dans sa Cloth bleue bardée de piques, observait avec inquiétude tous les pétales qui tombaient sur le domaine depuis une hauteur insondable et qui scintillaient comme des lucioles. Plus que les flammes, c’était ce phénomène qu’il voyait comme un mauvais présage.
Toute aussi paniquée que les animaux en revoyant ces hautes flammes jaillir du camp des femmes, Xiao Ling demeurait tétanisée malgré les exhortations de Voskos à descendre pour venir avec lui porter assistance aux Saints et à leurs apprenties.
Quand, tout à coup, les bovins furent immobilisés par les chardons qu’ils piétinaient jusqu’alors.
D’abords prisonniers par l’entrelacement de leurs pattes, ils furent soudain transpercés par les feuilles aux picots acérés qui poussèrent à une vitesse inouïe.
Les b½ufs furent éviscérés puis découpés en un instant, éclaboussant au passage de leurs tripes la Chinoise.
Saisie par ce bain de sang, elle reprit ses esprits et put compter sur ses réflexes d’acrobate pour s’extirper du chiendent à la croissance hors norme, lorsque celui-ci s’en prit à la remorque de foin où elle demeurait jusque-là.
_ « Les Dryades, s’exclama Voskos ! »
La mauvaise herbe poussa alors jusqu’à faire éclore six Dryades aux armures noires et amarantes habillées de soutanes grises et épaisses.

Devant, dans la forêt qui mène au camp, Mick libérait ses flammes sur Rumi.
Celles-ci s’élevèrent haut vers le ciel, rongeant les arbres. La végétation servait d’immense torche.
Emony convulsait d’hystérie, tant le spectacle macabre la fascinait, alors qu’elle faisait pourtant se consumer la végétation, symbole de sa caste.
Les Dryades qui l’accompagnaient et étaient dans la trajectoire de Mick succombaient sous ses yeux, carbonisées…

Au centre du camp, au milieu de temples vétustes mais encore debout, une quarantaine de jeunes femmes en arc de cercle autour de leur instructrice, toutes masquées, bondirent sous le coup de la détonation.
La formatrice fut la seule à ne pas diriger son attention vers la colonne de flammes.
Elle ressentit un danger plus imminent.
Tout autour d’elles, les vestiges qui leur servaient d’habitations ou de prieurés devenaient prisonniers de ronces gonflantes et grandissantes.
Du cours d’eau qui traversait le camp, sortirent des tentacules tous reliés à un même objet.
L’étang à l’eau habituellement si clair où les jeunes femmes aiment se rafraîchir était devenu poisseux, croupis. Il était en ébullition.
Les élèves se rassemblèrent tout autour du maître.
Au sol, les racines des ronces acérées devenues énormes ne parvenaient plus à contenir leur propre croissance hors norme, elles suintaient de sève d’un vert blanchâtre. Puant. Purulent.
De l’eau, les tentacules jaillissaient et virevoltaient au-dessus de leurs têtes.
La verdure putréfiée n’en put plus, elle implosa, faisant éclore par dizaines des Dryades, hommes et femmes.
Du cours d’eau perturbé jaillit une bête immonde, immense. D’un gris noir, sur quatre pattes avec une queue qui fendait l’air comme un fouet. Une gueule immense avec une double dentition de bas en haut de sa mâchoire proéminente. Une crête frontale qui s’allongeait jusqu’au milieu de sa colonne vertébrale et descendait de chaque côté de sa mâchoire. Ses tentacules, extensions de ses appendices permettant d’allonger sa crête, cinglaient le sol qu’il fendait à chaque contact. Une double paire d’yeux rouges qui se superposaient toisait avec appétit les femmes.
Lorsque les Dryades furent toutes écloses et que la bête discerna chaque proie, Rebecca somma à toutes de se disperser.
Grand bien leur fut fait, car les plus lentes furent tranchées en deux d’un coup de tentacule horizontal.
Pendant que les troncs des innocentes tombaient devant leurs jambes détachées, Rebecca, depuis les airs, remarqua les autres tentacules venir agripper des élèves désormais incapables de tenir la moindre garde.
Ce fut ainsi cinq autres liens qui s’accaparèrent autant d’apprenties pour les jeter dans les trois mètres de profondeur de gueule du monstre.
En retombant au sol, les survivantes du premier assaut n’eurent pas le temps de prendre la fuite devant le quadrupède de quatorze mètres de long, car déjà ces tentacules les menaçaient à nouveau. Ceux-ci étaient visibles depuis l’extérieur du camp puisque les six mètres de haut de l’animal concurrençaient déjà la plupart des arbres…

Bien au-dessus de tout ça, cloîtrés par les débris de l’immense statue, Juan et Christ sautaient de rochers en rochers pour s’échanger quelques coups sans tomber dans l’eau.
Le niveau montait sans cesse et avait déjà englouti deux mètres.
Préoccupé par la montée rapide, Juan n’arrivait pas à se concentrer sur son adversaire. Si bien qu’il était déjà marqué par quelques égratignures alors que Christ était indemne.
_ « L’écroulement a condamné toutes les issues, y compris les voies d’eau qui desservaient le reste de l’Utérus. Tout a été parfaitement calculé. Si maintenant je tombe dans l’eau, je suis condamné par sa foudre. Et si je ne le bats pas assez vite, je finirai par être rattrapé par le niveau. Percer les murs, impossible. Il insiste trop sur les corps à corps pour me permettre d’invoquer ma technique. Il est très rapide pour un Saint d’argent. Certainement un des éléments les plus brillants de notre caste ! »
Devinant le stratagème du Ghost Saint, Juan ne pouvait que faire preuve de vigilance et de maîtrise martiale pour répondre à une nouvelle charge.
Le rustre Fantôme bondit de bien bas pour arriver poing en avant, plus haut, jusqu’à Juan. Juan esquiva et répondit d’une gauche. Christ bloqua sans mal avec sa main gauche et poursuivit un enchaînement, alternant poing droit et gauche. La rudesse de ses tentatives intimidait suffisamment Juan, pour qu’il recule instinctivement, bien qu’il réussît à éviter ou à bloquer chaque coup. Lorsqu’il voulut répondre d’un uppercut du gauche, Christ évita d’un mouvement de hanche et profita de l’impulsion de son geste pour répondre d’une reprise de volée de la jambe droite. La garde brisée par l’uppercut manqué, Juan s’abrita alors derrière son bouclier.
Alors qu’un tel choc, même protégé, aurait fait choir l’ennemi, Juan put compter sur l’armature pour rester cramponné sur ses appuis.
Pourtant, un éclat terrible déchira le bruit de la chute d’eau continuelle.
Christ fut repoussé par son propre coup, projeté en arrière par l’impulsion de celui-ci.
Il prit soin de se réceptionner sur le morceau de roche le plus près en grimaçant après avoir reposé sa jambe au sol. Celle-ci voyait une fissure remonter tout le long de sa Leaf et poursuivre la craquelure sur le reste de sa jambière.
_ « Je vois. Comme le veut la légende, de toutes les Cloths de bronze, la protection la plus solide est le bouclier du Dragon. Ne le surpasse que le bouclier d’argent de l’Ecu. Celui-ci n’a pas failli à sa réputation. Mais peux-tu rester ainsi caché éternellement derrière ton bouclier ? » 
Juan ne répondit pas. Il se sentait tout à coup ridicule de ne pas réussir à faire face sans lui.
Christ le provoqua à nouveau. 
_ « N’est-ce pas toi qui me traitais de lâche tout à l’heure ? »
Le rictus de Juan ne pouvait cacher sa frustration.
Christ, visiblement ancien chevalier expérimenté, profita qu’il soit déstabilisé pour repartir à l’assaut.
Regagnant l’îlot de Juan, il fondit par-dessous, l’obligeant à planter fermement par le bas son bouclier pour lui barrer la route.
Christ augmenta alors sa vitesse pour finalement remonter jusqu’à son visage et le frapper d’un crochet du droit.
Propulsé sur un autre pic, Juan se remit à peine que cette fois-ci Christ attaqua par les airs.
Plus alerte, Juan anticipa en effectuant un coup de pied retourné. L’acrobatie échouant, il enchaîna à Mach 5 dans les airs plusieurs coups de pied sans parvenir à l’atteindre.
A nouveau sur le même roc tous les deux, Juan, offensé par ses échecs, partit à son tour dans une combinaison de coups de poings que Christ parait tous.
Visiblement lassé par la lenteur de Juan, il lui cassa le rythme d’un simple coup de poing au visage. Suffisamment perturbé, Juan se fit alors rosser. Si vite et si fort qu’il fut incapable de lever son bouclier.
Christ en finit en le cognant à l’estomac, le pliant en deux de douleur, puis en le faisant chuter sur le rocher du dessous en le frappant sur le sommet de la tête avec ses deux poings joints.
La chute amortie par son diadème, Juan n’en demeurait pas moins secoué.
Du sang perlait de son front et de son nez. Des douleurs abdominales l’empêchaient de se relever.
_ « Je n’avais pas osé invoquer mon arcane jusqu’ici, préférant ruser, te pensant bien plus rapide que le niveau standard exigé pour être Saint d’argent, fanfaronna Christ. Mais je suis déçu. »
En croix, les dents serrées, la mâchoire crispée, Juan se sentait insulté pour son impuissance.
Soudain, une sensation fraîche soulageait le bout de ses doigts.
L’eau commençait à engloutir son rocher. La pièce était à moitié remplie.
Prestement, il lui parut crucial de s’en extraire, mais la douleur lui empêcha de réagir suffisamment vite. Une fois sur pied, il était immergé jusqu’aux chevilles sous le regard moqueur de l’ennemi.
_ « Il est très fort. Si maintenant il déclenche son arcane, je n’ai vraiment aucune chance. »
Resté plus haut, Christ voyait l’eau monter. A son tour il songeait : « Il n’a plus le choix. Soit il concentre sa technique et j’anticipe avec la mienne. Vu qu’il a les pieds dans l’eau, il n’a aucune chance. Soit il m’attaque de front, mais je bénéficie d’une altitude plus élevée, je le repousserai encore plus bas dans l’eau en le chargeant de tout mon poids.
_ Je n’ai que deux choix et il le sait. Il est plus rapide que moi. Il n’y a qu’en le déstabilisant que je le surprendrai. »
Juan dressa devant lui son écu contre lequel il invoqua de sa main une sphère de cosmos.
Dès lors, Christ sourit avec perfidie en plaçant ses bras en croix devant lui : « Alors tu as choisi la solution de l’arcane ! Désolé pour toi mais c’est le choix qui va t’offrir la mort la plus rapide ! »
A cet instant, Juan lâcha sa concentration. Le cosmos invoqué jusqu’alors lui servit à franchir une vitesse encore jamais atteinte. L’impulsion fut si vigoureuse que son récif céda.
Fonçant sur Christ à la garde brisée, il le surprit d’un crochet du droit brisant en éclats son heaume. Profitant de la longue allonge que lui donnait son bouclier, il le martela ensuite de coups de poings courts et répétés sur ses bras pendant qu’il était encore sonné.
Reculant difficilement, ayant du mal à tenir sur ses jambes, Christ comprit trop tard qu’en blessant ses bras, Juan espérait ainsi altérer la vitesse de ses mouvements.
Devant lui, Juan chargeait à nouveau son cosmos contre son bouclier pour invoquer cette fois sa technique : « Astral Gravitation ! »
Une sphère immense d’un bleu très sombre en jaillit et tandis qu’il le dressa au-dessus de lui pour emporter le Ghost Saint, ce dernier posa difficilement ses bras en croix devant lui.
La Gravitation Astrale arracha la pierre qui les tenait hors de l’eau et, alors qu’elle allait emporter Christ, des éclairs apparurent tout autour : « Southern Cross Thunderbolt ! »
La foudre contourna la boule gravitationnelle pour saisir et immobiliser Juan.
Dans le même temps une croix d’éclairs traversa la boule gravitationnelle pour perforer le plastron de Juan. Juan fut renvoyé s’encastrer dans le mur d’en face.
Les éclairs de Christ rongèrent le cosmos de Juan et annihilèrent sa technique.
Les bras encore tremblant en raison des traumas causés par Juan, Christ avait tout de même repris l’avantage. Il arborait un sourire plein de confiance sous les grands yeux ronds crédules de Juan.
_ « Mach 181. »
Seul un filet de sang fuyant la bouche de Juan répondit à sa place.
_ « C’est la vitesse d’un éclair dans des conditions atmosphériques standard. C’est la vitesse à laquelle j’exécute ma technique.
_ …, Juan voulut souffler son dépit mais trop de sang obstruait sa gorge.
_ Voilà pourquoi j’ai contourné ton attaque, pour t’immobiliser grâce à l’électricité. Pour ensuite avoir le temps de perforer les particules que tu as invoquées et enfin t’exécuter… cuter… cuter… cuter… »
Contre toute attente, Christ fut pris de curieux spasmes.
Autour de Juan un cosmos d’un bleu aussi obscur que sa technique irradiait.
_ « Que… Que… Que m’as-tu fait ? Fait ? Fait ?
_ Dès le début du combat, il m’est apparu que tu étais un Saint d’argent d’exception. Tactique. Fort. Rapide. Très rapide. Si bien que j’ai réalisé que ton Southern Cross Thunderbolt, serait encore plus rapide et donc imparable pour moi. J’ai réalisé très vite alors que je ne serai pas à la hauteur. Il ne me restait alors qu’à accepter mon impuissance et à ruser. Atteindre ta vitesse, j’en suis incapable. Je ne sais même pas si j’y parviendrai un jour. Il me fallait donc l’endiguer. Avoir fait voler en éclat mon Astral Gravitation ne l’a pas réduit à néant. Au contraire. Elle te pèse désormais sous d’infimes particules. Tes éclairs aussi rapides soient-ils n’ont pas été assez nombreux pour toutes les griller. En temps normal ça aurait pu être le cas, mais les heurts que je t’ai causé plus tôt aux bras ne t’ont pas permis de déployer toutes tes forces et, de toute manière, tu avais pris un tel ascendant psychologique que tu étais persuadé que cela n’était pas nécessaire pour venir à bout de moi. Désormais mes particules pèsent sur toi. Comme une barrière gravitationnelle, elles t’alourdissent, elles augmentent ta masse et te ralentissent.
_ Im… Im… Impossible… ble… ble… »
De plus en plus pesante, la cosmo énergie de Juan le libéra de son mur pour l’en faire glisser tout du long comme un poids mort.
C’est seulement lorsqu’il toucha à nouveau le sol qu’une étincelle brilla dans ses yeux.
_ « Non ! Non ! Non ! Il utilise sa technique sur lui-même pour alléger sa masse ! Ça veut dire qu’il va gagner en vitesse… esse… esse… »
Donnant raison à Christ, Juan apparut sous ses yeux alors qu’une image rémanente de lui était encore pieds au sol plus loin.
Il déclencha un crochet du gauche sur lequel, au moment de l’impact, il augmenta une fraction de seconde sa propre masse corporelle pour cogner plus fort.
Bougeant au ralenti, Christ sentit son ½il droit exploser sous le poing ennemi qui lui creusa le visage. Sa tête rebondit au sol et revint à la hauteur de Juan. A sa merci. Le rebond fut si haut qu’il put d’un ciseau lui briser la protection dorsale et l’envoyer cogner le plafond.
En revenant vers un récif Christ tenta bien une riposte mais Juan allégea sa masse pour passer sous le crochet de Christ. Puis il l’augmenta au moment de frapper son foie.
Acculé, reculant malgré l’entrave, Christ la moitié du visage creusé, apprécia malgré tout la montée des eaux au trois quarts de la salle.
Dans son dos, son cosmos grésillait contre la pression exercée par celle de Juan.
_ « Tu m’as traité de lâche au début de notre rencontre. En jouant sur la pesanteur, qui est le plus lâche de nous deux ?
_ Entraver tes techniques n’est qu’une tactique parmi tant d’autres. Comme celle que tu as utilisé dès le début de notre affrontement en profitant de la montée des eaux. Ton expérience a d’abord été un avantage avant de devenir un inconvénient. Tu n’as pas envisagé que quelqu’un de moins fort et de moins expérimenté puisse contourner tes propres règles.
_ Qu’importe, nous sommes maintenant submergés et, même s’ils sont moins nombreux et moins rapides, mes éclairs briseront nos derniers perchoirs et tu mourras grillé dans l’eau ! Southern Cross Thunderbolt !
_ Que mon corps tienne le coup, fit-il jaillir cette fois-ci trois petites sphères de son bouclier !  Astral Gravitation ! »
Une première sphère s’étira aussitôt pour englober Juan et le protéger dans une bulle qui le maintenait en lévitation au-dessus de l’eau. Dessus vinrent ricocher par milliers, des gerbes électriques.
La seconde tomba dans l’eau comme une bille de plomb. Au contact de l’onde, celle-ci prit la forme de milliards de bulles qui flottèrent dans l’atmosphère, redirigeant comme un miroir tous les éclairs jusqu’à ce que chacun traverse son invocateur.
Enfin, la dernière grossissait à mesure qu’elle dévorait lentement l’espace. Elle étira les murs jusqu’à ce qu’ils rompent puis engloutissent Christ déjà brûlé de l’intérieur par les retours ininterrompus de sa foudre contre lui-même.
Arrachant pièce après pièce, l’Astral Gravitation emporta la moitié du quatrième niveau et réduisit en poussière Christ.
L’eau put enfin évacuer et Juan, lui, put retomber au milieu des décombres, épuisé mais pas abattu.
Il levait déjà la tête en direction du haut de la chute d’eau, déterminer à rejoindre Georg…
Flashback

Tout à coup, Kyoko cesse son récit, importunée par la table voisine dont la dispute devient plus démonstrative.
En effet, les Evil Seeds activées font leur effet et l’amoureux éconduit se lève de sa chaise en haussant la voix et en renversant volontairement sa table.
Le reste de la clientèle est affligée quand Mars soupire : « C’est bien trop tôt pour m’offrir un bain de sang ma s½ur ! Tu n’as pas fini ton histoire ! »

3
Only for Love / Chapitre 76
« on: 27 September 2021 à 11h14 »
Chapitre 76

Sous le club argentin où sont réunis Tromos et Vasiliás, dans les caves, les effusions de sang ne cessent de tapisser les murs.
A mesure que le Berserker de la Terreur progresse dans ces sous-sols de l’horreur, il brise l’existence des criminels qui exploitent femmes et enfants.
Sans craindre les armes, il s’enfonce dans les ténèbres où il libère régulièrement des cages de fers, des humains traités comme des marchandises. Il trouve aussi des opposants politiques hauts placés, enfermés par Segador.
L’enfant du pays répète sans cesse à cette cinquantaine de captifs : « Attendez-moi devant les marches. Je vais vous sortir de là. »
Du revers d’une main, il détruit des stocks d’armes, de contrefaçons et de drogues. De l’autre, il élimine sans ménagement ces mercenaires recherchés dans toute l’Argentine.

Arrivé au fond de la salle, dans une ultime pièce fermée par de longues bâches, il reconnaît à travers les toiles plastifiées une ombre encore plus grande que ses deux mètres quatre-vingt-trois.
La créature qu’elle représente libère une respiration glaciale, cruelle et animale.
Le sol est rouge et blanc, mélange de corps sans vie desquels s’écoule toute leur hémoglobine.
La bête est nue, agenouillée. Elle s’acharne sur un cadavre complètement désarticulé, à force d’abuser de lui.
Horrifié, Tromos ne laisse pas cet homme difforme poursuivre : « C’est toi le monstre dont me parlait celui qui m’a conduit ici je présume ?! »
L’erreur de la nature se dresse immédiatement devant lui, exposant une musculature ahurissante et un visage grossier. De longues dents pointues composent sa bouche qui demande : « T’es qui toi ?! C’est Segador qui t’envoie ?!
_ Je suis venu tuer Segador. Mais avant ça, je me suis occupé de tous tes petits copains. C’est ton tour à présent. »
Le monstre, dans le plus simple appareil, se jette sans tergiverser sur Tromos.
L’Argentin profite de sa vitesse pour le devancer et le plaquer au sol.
D’une seule main, il lui arrache une de ses canines qui est aussi longue qu’un doigt et s’en sert pour la lui planter dans un testicule.
Le monstre ne peut que hurler de souffrance.

Son cri retentit dans toute la cave et fait frissonner les protégés de Tromos, qui l’attendent à l’entrée, leur rappelant à quel point leurs peines en ces murs sont encore fraîches.

A l’autre bout, Tromos continue de torturer le bourreau de cette ville clandestine en perforant toute la surface de son corps avec ses poings.
Lui brisant les os.
Délogeant ses organes.
Il continue ainsi jusqu’à ce que la mort, lente et pénible, s’en suive.

Le colosse, d’ordinaire cordial et attentionné, revient éclaboussé des entrailles du mal vers les prisonniers.
Seuls les visages craintifs et perdus des enfants le ramènent à la raison : « Je vous reconduis à la surface et je vous promets que ces hommes ne vous feront plus de mal. »
Un politicien, apparemment influant vu l’estime que lui portent les autres rescapés, essaie de s’attirer les faveurs de l’Arèsien : « Vous êtes formidable. En annihilant ce criminel historique vous allez briser la corruption dans ce pays. Vous allez être le symbole de la l’émancipation de l’Argentine face au crime… »
L’intéressé l’interrompt en posant sa main sur son épaule : « Vous semblez être connu et respecté.
_ Je suis l’ancien ministre de la justice. Je me suis soulevé contre ma hiérarchie et mes semblables, lorsque j’ai découvert que de nombreux fonctionnaires étaient achetés par Segador. J’ai toute une liste de noms qui…
_ Bien, tourne court Tromos. Alors je vous confie tout le succès de ce sauvetage. En remontant cet escalier, vous arriverez derrière le bar de la discothèque. Sortez vite de cet établissement. Assurez-vous que tout le monde vous suit. Et appelez des secours une fois dehors, appelez des personnes de confiance, des médias indépendants. Dites-leur que Segador est mort. »
Sans même attendre la réponse de son interlocuteur, sans même se nourrir de gloire après tous les mercis qu’il reçoit en traversant la foule de prisonniers, Tromos sort le premier du sous-sol, en forçant la porte que son guide avait pris soin de verrouiller derrière eux plus tôt.
Déterminé, focalisé sur Segador, il réintègre la boite de nuit au milieu de clients déchaînés au beau milieu d’une luxure apparente.

Son air engagé et ses vêtements couverts de sang, attirent l’½il des vigiles du club, qui, tour à tour, devinent ce qui a pu se passer en bas. Encore plus, lorsque les prisonniers s’échappent.
Sans la moindre discrétion, Tromos fracasse chaque gardien qui espère venger ses collègues.
Immédiatement, la clientèle se passionne avant de comprendre très vite, après quelques coups de feu, que leurs vies sont en danger.
Autour de Tromos, un effet de panique s’en suit. Un raz-de-marée humain quitte désespérément l’enseigne dans les hurlements et la musique assourdissante qui continue d’être jouée.

En quelques minutes, l’immense piste de danse est désertée, seuls quelques innocents pris dans les balles perdues ou piétinés par la clientèle apeurée, accompagnent les corps des mercenaires de Segador.
Tromos, agacé par la musique et le clignotement des jeux de lumière qui animent la salle vide fixe avec détermination l’étage vers lequel Vasiliás et Peligra l’ont devancé.


Pendant ce temps, à Athènes, champagne aux lèvres, Kyoko écarquille les yeux pendant que le couple qui est à ses côtés commence à hausser le ton.
_ « Je t’avais dit qu’il me suffisait de réveiller l’Evil Seed plantée en chacun d’eux.
_ Si tu les actives déjà, c’est que nous arrivons à la fin de ton récit, pense Mars.
_ Détrompes-toi. Simplement je trouve que c’est trop calme ici. Avoir un petit peu d’action autour de nous ne fera pas de mal. Bien, où en étais-je ? Ah oui…

Flashback
Dans l’Utérus, retombés dans les catacombes saccagées, Jaguar se redressait fièrement en prenant appui sur le plastron fissuré et ensanglanté de Rigel qui toussait instinctivement malgré l’étourdissement.
Au-dessus d’eux, au second niveau, le brasier continuait de lécher les colonnes et statues. Il consumait les veines, ces racines de l’Utérus, qui enlaçaient le décor antique.
Néanmoins, cela ne rendait pas Jaguar admiratif.
_ « Que la déesse Eris se soit éprise de toi me débecte. Tandis que j’ai été le Saint le plus glorieux de mon époque, toi, un vermisseau, tu as amené sur toi l’intérêt d’une majesté !
_ Une majesté, s’étouffait de douleur Rigel ?!
_ Comment qualifier autrement Sa Majesté Eris ?! Quand Athéna a-t-elle récompensé ses héros en les ramenant à la vie ?!
_ Cela ne fait pas partie de ses attributions. Les seuls dieux capables de cela sont ceux qui profitent du vice dans le c½ur des humains. Ce n’est pas l’être que tu étais qui est revenu. C’est ton amertume.
_ Et toi ? Quel sentiment te ramènera ?
_ Pardon ?!
_ Sa Majesté Eris t’attend. Elle te cherche. Quelle plus belle armée pour elle que des êtres vaillants comme moi, et des proches de sa vie passée comme toi ?
_ Kyoko… Kyoko m’attend. Pas Eris ! »
Jaguar poursuivit sans remarquer que le feu de Rigel crépitait au-dessus de sa tête, sur le contour des alvéoles que leur chute avait laissé.
_ « C’est la même chose. Kyoko est née pour être Eris. Eris depuis sa Pomme d’Or guettait qui naîtrait sous l’étoile de la discorde. Kyoko. Eris. C’est la même chose. Deux entités indissociables qui n’en forment plus qu’une désormais.
_ Kyoko est une Saintia d’Athéna. Je suis un Saint d’Athéna. Nous ne la trahirons pas.
_ Vous avez déjà parjuré tous les deux. Bien que votre faute paraisse petite maintenant que la nature de Kyoko a été dévoilée, comment crois-tu qu’Athéna accueillerait ta bien-aimée si tu finissais par la convaincre ? Te lier contre Eris, c’est t’opposer à elle à mort. Contraindre Eris à se rendre, c’est la condamner à mort. Il n’y a pas d’autres issues pour toi si tu veux rester auprès d’elle. Et ça, éternellement.
_ Je suis un Saint d’Athéna ! Laisser Eris agir, qu’il s’agisse de Kyoko ou non, c’est laisser le monde courir à sa perte ! Jaguar Saint d’argent d’Orion, la légende veut que tu ais été le Saint le plus fort et le plus brave de tous les temps ! Je ne peux pas croire que tu ais accepté de servir Eris !
_ Tu es aveuglé par ton serment. Moi les Enfers m’ont ouvert les yeux. »
Soudain, le brasier du dessus descendit par les deux cavités formées par l’Ecrasement Météorique d’une Mégatonne.
Entrelaçant flammes bleues et blanches, deux lances flamboyantes vinrent prendre sans qu’il s’y attende Jaguar en étau.
_ « Tu y as perdu tout espoir ! Moi si je suis ici, c’est parce que j’espère sauver Kyoko ! Ressens la chaleur de mon amour pour elle ! Voici des flammes d’espoir qui brûlent bien plus que les flammes de malheur des Enfers ! Cosmic Inferno ! »
Le transperçant au c½ur de dos et au sternum de face, les lances de feu s’entortillèrent ensuite tout autour de Jaguar incapable de se débattre.
Véritable torche humaine, la combustion le rongea tout autant de l’intérieur que de l’extérieur.
Son visage devenu une torche crachait des flammes pour tous ses orifices.
Il trouva tout de même la force de conclure : « Je suis un être humain. Si j’ai eu la faiblesse d’être séduit par la promesse d’une nouvelle vie pour faire renaître ma gloire, tu seras soumis à la même faiblesse, face à la promesse d’une vie éternelle auprès de ta bien-aimée. »
Les extrémités de son corps commencèrent à voler en cendres.
Sous la chaleur et la force du cosmos du Saint, la Leaf du Ghost Saint volait en poussière, morceau par morceau.
Pendant que Rigel se redressait, en tenant son plastron ébréché, Jaguar disparaissait en fumée sous ses yeux : « C’est parce que nous sommes des humains pleins de faiblesses qu’Athéna nous protège. Athéna est miséricordieuse. Je ne peux me détourner de mes v½ux… »
Il regarda le plafond et le niveau supérieur, puis abandonna cette direction pour s’engager depuis le premier niveau vers le centre de la structure : « Le projet de Shaka était de remonter au sommet par le flanc. Moi je passerai par le centre. Ce sera le meilleur moyen de prendre ces maudites Dryades à revers. »

Plus loin devant, Maya chargeait sa cosmo énergie devant un Shaka serein. Il tenta de provoquer Shaka en médisant à propos de Naïra.
_ « Cette chétive Saint de bronze amusera les Dryades et nourrira l’Utérus.
_ Je ne leur en laisserai pas le temps. Je vais rapidement me débarrasser de toi, avant de la rejoindre.
_ Sérieusement ?! Quelle que soit l’époque, vous les Saints d’or restaient les mêmes ! Toujours à fanfaronner et à écraser les classes inférieures ! Profiter d’une nouvelle vie et avoir l’occasion d’écrabouiller la sale gueule d’un prétentieux Saint d’or fût une occasion rêvée !
_ Tout ça par rancune ? Tu as vendu ton âme au diable, pour connaître une gloire que tu n’as jamais été capable de caresser du temps de ta vie passée ?
_ Tu ne peux pas savoir ce que c’est d’être relégué au second rang toute sa vie pour finalement se retrouver condamné au Cocyte en compagnie de ces soi-disant supérieurs chevaliers ! Ils y passent l’éternité à pleurnicher sous la torture des gardiens des Enfers ! En conclusion, ils ne valent pas le statut si particulier qu’on leur prête ! Mais bientôt tu comprendras, car je vais t’y envoyer sur le champ !
_ Je vois. Tu penses avoir vécu les pires sévices et être revenu face à un insouciant qui les ignore ? Sache que je connais les turpitudes des Enfers et vais t’y renvoyer. Tu vas avoir droit à un enfer différent. Un de la cosmologie bouddhiste. Un des six mondes de la métempsychose où se réincarnent les êtres sensibles d'après leurs karmas liés à leurs actes des vies antérieures.
_ C’est censé m’effrayer, s’élança dans les airs le poing chargé de cosmos Maya ? Hunting Arrow Express !
_ Riku Do Rin Ne ! »
Le Saint de la Vierge se mit dans une position debout, avec un bras vers le sol et un autre levé. Il projeta une lumière qui annihila les flèches de Maya et qui frappa son esprit.
Celui-ci lévita alors pour traverser chaque enfer de la métempsychose, l’âme et le corps à chaque fois plus marqués lors d’un passage à un enfer différent.
_ « Voici les six mondes. Jigokukai, l’enfer, les pécheurs y sont torturés et punis pour l'éternité. Gakikai, le monde des fantômes affamés, ceux qui ont fait preuve d'une grande soif de richesses, d'envie ou d'avidité y connaissent une famine et une envie éternelles. Chikushokai, le monde des bêtes, c'est là que vont ceux qui ont vécu selon leurs instincts au cours de leur vie, ils renaissent en tant que bête dans ce monde remplis d'animaux sauvages. Shurakai, le monde des demi-dieux guerriers, ils s'y combattent sans relâche, et ce monde n'est que guerre et violence constantes. Il est la destination de ceux qui ont passé leur vie dans le combat et la violence. Jinkai, le monde des humains, tous les sentiments se mêlent en ce monde, aussi bien la joie que les pires tristesses. Tenkai, le monde céleste, ce monde est supposé être le plus accueillant, mais est en fait considéré comme le pire, car il impose à celui qui s'y retrouve une vigilance constante. En effet, la moindre faute l'enverra vers un des autres mondes. »
Suspendu dans les airs, l’âme directement frappée par l’arcane, Maya traversait chaque monde, laissant sur son corps les stigmates des troubles causés à son esprit.
Il se mit d’abord à baver.
Puis ses yeux se retournèrent.
Il convulsa.
Et, lorsque la visite prit fin, il retomba à terre, inerte.
Shaka conclut : « Tu sauras que je ne crains pas la torture éternelle des Enfers, car en devenant Saint, j’ai fait le serment de tout mettre en ½uvre pour renverser Hadès et libérer enfin toutes ces âmes torturées par ces ignominies. »
Il tourna ensuite les talons pour suivre le chemin emprunté par Naïra, laissant derrière lui le cadavre du Ghost Saint, déjà couvert de fleurs poussant par-dessus son corps.

Devant, écartant sur son passage les lianes tombant du plafond et obstruant le passage de plus en plus resserré, Naïra voyait enfin au bout la lumière du second niveau illuminer des marches qui y conduisaient.
Cependant, un intrus interpella sa courte satisfaction.
Celui-ci empruntait le chemin qu’elle souhaitait prendre en ignorant sa présence.
Sa tenue, contemporaine, contrastait avec l’ambiance lugubre des Dryades et l’univers chevaleresque des Saints.
_ « … Mais surtout, que peut bien faire un humain en ce lieu, s’interrogea-t-elle ? Hé ! Toi, l’interpella-t-elle, arrête-toi ! »
L’inconnu, dérangé, s’exécuta et exposa sa mine surprise.
Ses cheveux, bleu pâle, mi-longs, cachaient son ½il droit par une longue mèche.
Son long manteau marron couvrait un maillot kaki.
Ce qui marqua davantage Naïra que sa tenue, c’était son identité. Elle reconnut sans mal un vieux camarade :
_ « C’est toi, Toki ?! Tu as achevé ton entraînement de Saint ?!
_ Oh… C’est toi Naïra ? Ça fait si longtemps !
_ Je suis si heureuse que parmi les sept enfants envoyés au Sanctuaire, tu sois toi aussi Saint. J’ai vraiment eu peur pour toi, lorsque j’ai appris que tu avais été confié au général Gigas ! Je n’avais plus eu de tes nouvelles après que nous avons été éparpillés. Celui qui t’accompagnait poursuit actuellement son apprentissage auprès d’un Saint qui garde un village de l’Est du Sanctuaire. Nous fûmes les trois premiers arrivés en Grèce. Quatre autres suivirent. Un a vite abandonné et suis la voix des sages pour devenir prêtre d’Athéna. Le second n’a pas réussi à dépasser le stade de simple soldat, il a intégré la garde. Les deux autres sont nés sous la constellation de Pégase. Un fut tué en affrontant un concurrent, l’autre y travaille toujours, tu le connais bien, tu te bagarrais souvent avec lui quand nous étions tous ensemble à la Fondation Graad, Seiya. Tu as été envoyé par le Sanctuaire pour nous prêter main forte ? Où est ton armure ? Et pourquoi es-tu habillé ainsi ?
_ Je suis surpris que tu saches tout ça ! Déjà à la Fondation Graad tu étais toujours là bien bavarde et à te mêler de tout ! Dommage que tu n’ais pas été là pour me sauver la vie !
_ Qu… Qu’est-ce qui te prend de parler comme ça ? Te… Te sauver la vie ? Je te le redemande, commença-t-elle à prendre ses distances, où est ta Cloth ?
_ Ma Cloth, arracha-t-il ses vêtements pour exposer une protection noire et amarante ?! Tu veux plutôt parler de ma Leaf ?!
_ Un Fantôme ?!
_ Tout à fait ! Je suis un Fantôme et je comptais profiter de la nouvelle vie que m’a donnée Eris pour me rendre au Japon et me venger de cette Fondation Graad ! Je comptais m’occuper de toi qui jouais à être notre grande s½ur en dernier, mais puisque tu insistes, tu seras la première à goûter à ma vengeance ! »
Malgré la distance, Toki lança un coup de poing.
Incapable de toucher sa cible de là où il se trouvait, son mouvement fût prolongé par l’allongement de son membre sous la forme de longues ronces qui sortirent du bout de ses doigts.
Semblable à une colombe, agile et gracieuse, Naïra utilisa les parois du couloir pour l’éviter puis remonter les lianes jusqu’à la source.
Prenant une impulsion depuis le plafond, elle retomba sur le dos de Toki pied en avant.
Sous son masque noir et blanc, Naïra pleurait le comportement de son ami qui était face contre terre.
_ « Pourquoi ?! Pourquoi revenir ainsi à la vie et menacer nos camarades ?!
_ Tu l’as dit toi-même, tu te doutais du sort qui me serait réservé par le Général Gigas si je n’étais pas à la hauteur ! Pourtant, jamais tu n’as cherché à me retrouver, à me protéger. Pas plus que la Fondation Graad qui attend qu’avec un petit peu de chance je revienne victorieux au Japon !
_ J’ai été affectée au strict camp des femmes chevaliers. Surveillée et conditionnée qu’à deux choses, ma constellation protectrice et l’allégeance à Athéna. C’est seulement lorsque j’ai pu devenir Saint que j’ai enquêté sur chacun de vous ! J’aurai tant aimé te retrouver, te protéger ! Quant à la Fondation Graad, c’est du passé. Rien ne m’y attache. En devenant Saint j’ai trouvé un sens à ma vie ! Si certains d’entre nous deviennent Saints, j’en imagine à peine une dizaine qui pourrait avoir un intérêt à revenir au Japon ! Ne t’a-t-on pas inculqué la mission d’un Saint ? Le devoir d’un Athénien ?
_ J’ai très vite été catalogué par Gigas comme sans potentiel, balancé en pâture à ses hommes, ses mauvaises fréquentations et quelques marchands véreux. J’ai lavé les sols, récuré les latrines, crevé de faim puis suis passé de lit en lit entre les mains de vieux vicieux libidineux qui se réunissaient autour de moi. Lorsque j’en eu assez, le corps brisé, l’amour propre réduit à néant, que je devins un objet sans la moindre résistance qui ne leur offrait plus la moindre distraction, je fus conduit dans les bas-fonds d’Honkios, transpercé à trente-sept reprises par l’épée d’un soldat, puis balancé dans la fosse commune où on jette les incapables sur ordres de Gigas ! Ce même Gigas qui t’envoie en mission aujourd’hui ! »
Se relevant lentement, entouré d’un cosmos pourpre, Toki continuait de garder l’attention de Naïra pour libérer discrètement le long du sol ses liens épineux.
_ « Mon corps gisant au fond de cette crevasse, désarticulé, desséché, mon âme déjà jugée par Minos, je m’attendais à poursuivre un tourment éternel. Lorsque depuis les entrailles du Sanctuaire, une racine sortit de la roche et ressourça mon corps. L’Utérus extirpa mon âme des Enfers et le cosmos d’Eris m’apprit son retour imminent. Elle m’offrait le pouvoir que je n’avais pas su gagner et la chance de pouvoir me venger de ma précédente vie. »
Une fois la vérité dévoilée, les liens parvinrent aux chevilles de Naïra, prise par surprise, condamnant ses acrobaties.
Toki l’assaillit au corps à corps cette fois-ci. Mais Naïra capable encore de mouvoir le haut de son corps para son direct du gauche avec son bras droit et lui planta sa main gauche en plein larynx, traversant ainsi sa gorge à la verticale.
Brûlant son cosmos blanc, elle illumina les ténèbres et fixa Toki agonisant : « Voici un petit peu de lumière pour t’accompagner une bonne fois pour toute dans l’autre monde. Le Juge ne te pardonnera pas d’avoir fui sa sentence. Ton prochain châtiment sera pire que le précédent. Je ne te pleurerai pas, tu as choisi la facilité plutôt qu’accepter tes faiblesses. Nous avons tous soufferts et subis des brimades parfois même pires que les tiennes. Tout cela dans le but de tester notre foi. Afin que nous fassions de nos âmes et nos corps des armes capables d’offrir aux générations futures un monde meilleur que le nôtre. »
Soudain, venus des marches qu’elle envisageait de monter, des applaudissements extirpèrent Naïra de son sermon.
_ « Quelle profession de foi, rigola Dysnomie avec sarcasme ! Athéna doit être fière de toi ! »
Naïra fixa la Dryade sans réussir à esquisser le moindre geste.
Cette femme, aux cheveux qui tombaient par-dessus sa cape noire surmontée d’épaulettes amarante, dégageait un cosmos au-delà de ceux qu’elle avait rencontré jusqu’à présent.
Angoissante, oppressante, il en ressortait une odeur de mort.
_ « Je vois que les Fantômes sont bien inutiles ici. Il va falloir que moi, Dysnomie de l’Anarchie, veille à freiner les ardeurs des Saints.
_ Essaie donc, osa-t-elle défier la Dryade ! »
Il n’en fallut pas plus à Dysnomie pour mettre ses menaces à exécutions.
Lévitant au-dessus du sol grâce à son aura sombre, elle lécha les marches de haut en bas et glissa le long du couloir jusqu’à elle sans qu’elle ne puisse réagir.
Elle la gifla d’un simple revers de main. S’en fut assez pour l’envoyer contre le mur de lierres.
Le geste l’extirpant de sa torpeur, Naïra riposta mais Dysnomie attrapa son poing et profita de l’élan pour l’envoyer contre la cloison en face.
Gardant son poing dans le creux du sien, elle la sortit de la pierre en la tirant vers elle où, comme émanant de sa poitrine, une étoile brillant de pourpre l’attendait.
Suspendue entre Dysnomie et Naïra, la matérialisation du cosmos de Dysnomie réagit lorsque la Saint de bronze entra à son contact : « Reverse of Universe ! »
L’explosion fit voler les ornements noirs, représentant des ailes déployées, gravées sur le plastron crème de Naïra.
Le souffle l’envoya contre les marches. La projection de cosmos profita de l’inclinaison des marches pour la faire rebondir jusqu’à l’étage supérieur.
Flottant à quelques centimètres du sol, Dysnomie la suivit lentement, tel un chat jouant avec sa proie.

A l’étage supérieur, Naïra retombée tête la première sur le sol était inconsciente.
Le regard caché par sa frange, Dysnomie manifestait sa satisfaction au sourire machiavélique qui se dessinait sur son visage.
Doigts écartés dans sa direction pour l’achever, elle fut tout à coup stoppée par la déformation de l’espace.
Le décor antique couvert de verdure se revêtit de moulures. Du sol au plafond, aux teintes boisées, les parois devenaient décorées de symboles bouddhistes, enfermant Dysnomie dans un cube cosmique au sein duquel se matérialisa dans une lumière d’or Shaka.
_ « Oh… Je vois ! Quelle entrée grandiloquente pour sauver ce petit oiseau tout fragile ! Je ne suis pas étonnée qu’elle n’ait d’yeux que pour Athéna et ses chevaliers. Moi-même j’en frémis de plaisir de te voir apparaître ainsi pour la sauver, se pinça les lèvres de provocation Dysnomie.
_ Je ressens un cosmos bien supérieur à tes frères et s½urs Dryades. Combattre contre toi pourrait nourrir davantage l’Utérus, donc je nous ai simplement isolés dans une dimension représentant l'harmonie de l'univers et la vérité ultime de celui-ci, le Tenbu Horin. »

Sur le flanc Ouest, Aeson suivait les lianes qui veinaient l’escalier en colimaçon.
_ « Je n’en vois pas le bout, s’impatientait-il, à croire qu’il va me faire grimper jusqu’au sommet ! Ça serait une chance ! »
Ses pensées lui donnèrent raison lorsqu’il déboucha enfin sur une terrasse aux dalles carrés.
La terrasse soutenait des marches devant lesquelles, de chaque côté, deux obélisques s’élevaient haut.
Déjà haut en altitude, le sommet était illuminé d’un soleil doux, masqué par les nuages.
Lorsque Aeson leva les yeux en direction du haut des marches, surmontant l’astre solaire, l’obscurité gagnait progressivement, jusqu’à ce qu’il puisse admirer, une fois son cou déployé au maximum en arrière, les étoiles.
_ « Alors je suis bien arrivé au palais d’Eris. »
Il fixa à droite, puis à gauche, examinant l’esplanade circulaire où il se trouvait.
Il n’y avait ici que le temple aux colonnes doriques enlacées par les racines de l’Utérus.
L’arbre du conflit jaillissait dans le dos de la fortification, resplendissant de son sommet touffu et verdoyant. Semblables à des lucioles, les Evil Seeds scintillaient tout autour puis retombaient comme des cendres en direction de la Terre.
Il entama prudemment de monter une à une les marches, avant de stopper net une fois sur le parvis.
_ « Derrière ces portes se trouve Eris. L’occasion pour moi de retrouver la reconnaissance du Grand Pope que j’ai perdu autrefois. Suis-je le premier arrivé ?
_ Cela va de soi, lui répondit une voix étouffée qui lui glaça le sang ! Les autres rencontrent quelques obstacles de leur côté ! »
Dans son dos, cachée derrière un obélisque, apparue une silhouette féminine.
Sans même se retourner, il la reconnut.
Ses jambes cédèrent sous le poids de la stupéfaction et il inclina sa tête devenue trop lourde vers le sol.
_ « C’est pour cela que j’ai pu arriver si vite jusqu’ici sans encombre ? »
Devant lui, les grandes portes du temple s’ouvrirent vigoureusement dans un fracas qui l’obligea à lever instinctivement les yeux vers sa seconde interlocutrice.
Remontant du bas de ses pieds nus, au haut où elle le toisait de ses profonds yeux marron voilés par les mèches violettes de ses cheveux qui virevoltaient, en passant par sa taille fine habillée d’une robe pourpre, Aeson fut interdit à la vue d’Eris.
Tandis qu’elle le pointait déjà de son sceptre à quatre branches, il était pris d’un rictus hébété alors qu’il découvrait pour la première fois la Déesse de la Discorde.
_ « En effet, lui dit Kyoko d’une voix fine en prenant le soin de bien allonger chacune de ses syllabes, je m’en serai voulu qu’une Dryade te donne la mort sans même que je te revoie après toutes ces années… »

Depuis une autre triangulation des positions attaquées par les Saints, suivi de trois Saints d’argent, Aiolia progressait sans faillir face à des hordes de Dryades.
Laissant peu de travail à ses alliés, le Lion avait déjà gravit trois étages de la structure sans rencontrer de réelles résistances. Et ce, jusqu’à la salle centrale de l’Utérus.
Accompagné de Mayura, Georg et Juan, ils cessèrent leur progression devant d’immenses chevrons de bois. Ils permettaient de soutenir, tel un cadre, des blocs de pierres. Tout cela servait de bardage à une colossale porte.
_ « Ça ne fait aucun doute. Cette énergie négative, malfaisante. C’est de derrière cette porte que se trouve le c½ur de l’Utérus. Les informations du Grand Pope étaient justes. Si je détruis cet endroit, la croissance de l’arbre stoppera aussitôt et le temple d’Eris sera réduit à néant.
_ Espérons que les deux autres équipes ont réussi à atteindre Eris de leurs côtés, souhaita Juan.
_ Qu’importe, vos renforts ne seront pas de trop, ajouta Aiolia. »
Une nouvelle cohorte de Dryades qui fit office de dernier rempart au c½ur de l’Utérus se manifesta : « Quelle témérité ! »
Le Lion chargeait déjà son poing de cosmo énergie.
_ « Hors de mon chemin ! Je n’ai pas de temps à perdre avec les laquais d’Eris !
_ Silence, lui répondit soldat !
_ Ton sang et ta chair iront nourrir l’Utérus, suivirent les quatre autres !
_ Lightning Plasma, se débarrassa d’eux Aiolia ! »
Tandis que les embûches semblaient passées, une nouvelle voix venue de leur flanc les surprit : « Vous voilà enfin ! »
Une Dryade portant une Leaf amarante et noire par-dessus son corps nu aux formes généreuses les rejoignit.
Agrémentée d’un grain de beauté sous son ½il gauche, la pulpeuse Até, toisait les défenseurs d’Athéna du haut de l’esplanade qui menait aux étages supérieurs. Son ½il droit étant caché par une mèche de ses très longs cheveux indigo, seul son ½il gauche témoignait de la haine éprouvée.
_ « Je les savais lâches, mais de là à imaginer les Saints tenter de détruire l’Utérus de l’intérieur plutôt que de nous faire front ! Je viens donc en personne, Até des Ruines, punir cette avanie ! »
Pendant que les Saints d’argent lui faisaient face, Aiolia continuait de tourner le dos à la chef des Dryades.
_ « Il y a quelqu’un de l’autre côté de la porte. J’ai l’impression de l’avoir déjà ressenti avant, était-il perturbé. »
Sans mot dire, le Saint d’or libéra son cosmos dans son poing de lumière et fracassa la porte.
L’éboulement des pierres leva un nuage de fumée qui les cacha temporairement d’Até.
_ « Ecoutez, reprit Aiolia. Rien ne doit nous faire dévier de notre mission. Je me charge du gardien du c½ur de l’Utérus. Vous, rejoignez au sommet nos amis. Vous devez éliminer Eris. »
Sans broncher, ils obtempérèrent et se jetèrent sur Até.
_ « Georg, Juan, foncez ! Je m’occupe d’elle, prit les devants Mayura. »
Até put compter sur ses oreilles elfiques pour entendre venir l’ennemi malgré la poussière.
Croyant pouvoir prendre à revers Georg et Juan qui passèrent au-dessus d’elle, Até ne put tourner les talons que déjà Mayura l’immobilisait : « Hisen Hajakuchobuku ! »
Soumise à une forte pression, Até n’arriva pas à retenir les deux Saints partis en directions des étages supérieurs.
Totalement oppressé, son corps se tordit. Ses jambes s’emmêlèrent, ses bras comprimèrent sa taille en en faisant le tour, sa tête tourna sur ses épaules.
_ « L’Exorcisme Destructeur supprime le poison qui se niche dans le c½ur des gens. Dans ton cas, s’agissant de ton essence même, c’est tout ton être qui est destiné à disparaître. La question c’est de savoir quoi de ton cou, tes genoux ou ta poitrine, va rompre en premier ? »
Pendant que son visage était défiguré par la douleur, Até n’en perdait pas moins de sa superbe.
La noirceur de son cosmos continuait d’emplir les lieux alors qu’un à un ses os craquaient.
Lorsqu’elle le réalisa, il fut trop tard pour Mayura. Des lianes lui serraient déjà les chevilles.
Bien qu’elle fût en droit de hurler le poids de son calvaire, Até cria plutôt son attaque : « Million Hatred ! »
Par millions, des lianes sous forme de lances jaillirent d’Até pour menacer Mayura prisonnière.
Obligée de relâcher la pression de son Hisen Hajakuchobuku, elle s’enferma elle-même dans son bloc monticule de pierre qu’elle leva du sol pavé : « Bangosenseki ! »
La Roche d’Isolation la protégea contre les pilums d’Até.
Ceux-ci se fracassèrent contre le bouclier de pierre.
Até n’en demeura pas moins résolue : « Tu perds ton temps ! Plus tu résistes et plus mes vignes puisent dans mon cosmos pour se renforcer. »
Ces tentacules encerclèrent le rocher au sein duquel Mayura se concentrait en position du lotus.
Até reprenait difficilement sa garde suite au contrecoup du Hisen Hajakuchobuku : « Million Hatred ! »
Cette fois ci, les lianes étaient semblables à des rondins de bois. Ils pilonnèrent comme des béliers la défense du Saint d’argent qui s’effondrait.
Exposée à la menace, Mayura riposta aux poutres par un vent violent qui les renvoya à son propriétaire : « Higi Kenyoku Tenbusho ! »
Martelée par sa propre matérialisation de cosmos, détruisant à chaque impact sa Leaf, Até fut repoussée contre le haut de la voûte, sous laquelle passèrent Georg et Juan plus tôt.
Avant qu’elle ne retombe au sol, Mayura la plaqua à nouveau contre la paroi par la gorge de sa main gauche.
Elle porta le coup de grâce de sa Technique Secrète de la Danse Céleste des Ailes Iridescentes en dirigeant sa main droite doigts tendus vers son c½ur.
C’est là que le vent balaya la mèche de cheveux d’Até permettant de cacher son ½il gauche.
Soudain, sortit de son globe oculaire une pointe de lierre qui contrecarra le coup de grâce.
Par réflexe, Mayura inclina la tête évitant à son crâne d’être transpercé. Le pique frappa l’extérieur de son arcade droite. Il détruisit son masque à cet endroit et arracha le bandeau qui lui entourait la tête.
Dans son élan, Mayura poursuivit son geste et parvint à transpercer la Leaf et les côtes d’Até à défaut d’avoir pu atteindre le c½ur.
Etourdie par le choc, elle retomba lamentablement face contre terre comme Até épuisée et blessée.


Au même moment, sur Terre, au Sanctuaire, les tours de garde se succédaient avec beaucoup de tension après l’infiltration des Dryades la veille.
Tandis qu’au sommet des douze maisons Saga était entré en méditation pour suivre les soubresauts de l’attaque de l’Utérus, dans les ruelles pavés d’Honkios, comme dans les vastes plaines qui entourent les villages, des troupes de soldats défilaient sans discontinuer.
Si bien, que lorsqu’elle arriva devant les remparts Nord, une jeune femme fut accueillie par un attroupement de soldats qui la mirent en joue de leurs lances et épées.
La pauvre était épuisée. Ses vêtements rouges, inscrits dans la pure tenue traditionnelle chinoise, étaient en lambeaux. Suffisamment pour faire apparaître ses cuisses écorchées et sa poitrine affriolante.
Tombée à genoux d’épuisement, l’Asiatique sema le trouble chez les Athéniens qui passaient par-dessus les murs, partagés entre le plaisir de cette vue sensuelle et le doute qu’une telle démonstration de ses formes ne soient la ruse éculée des Dryades.
Pourtant, la voix douce et tremblante de l’intruse semait le doute. Le front couvert d’une frange, le reste de ses cheveux longs et poisseux était entremêlé. Elle ne faisait preuve d’aucune malice, lorsqu’elle demandait à répétition si elle était bien arrivée au Sanctuaire.
Le caporal de la cohorte leva alors la tête vers le lieutenant du Nord du domaine, resté en haut de la grande porte à fixer l’inconnue.
De stature imposante, il gardait une mine sévère dans sa Cloth d’argent. Si bien que le caporal n’osa prendre la parole.
Il attendit que son supérieur direct, le sergent Voskos Saint de bronze du Bouvier ne les rejoigne.
Imposant et brutal, il ne ménagea pas la jeune femme en la levant d’un coup sec en la tirant par le bras pour l’exposer à la vue du lieutenant.
_ « Seigneur Algol, je crois que nous n’avons rien à craindre d’elle.
_ Voskos, souffla le Saint de Persée… Tu sais que n'importe quel accès au domaine sacré comprend son lot de difficultés, des plus variées et imprévues. Larges pierriers, pentes sablonneuses, parois rocheuses parfaitement verticales ou en dévers, crevasses, embranchements trompeurs... Tous ces obstacles sont incontournables. Et infranchissables pour quiconque ne maîtrise pas la cosmo énergie. Je ne pense pas que cette jeune femme soit inoffensive. Qui es-tu, la pointa-t-il du doigt ?
_ X… Xiao Ling, balbutia-t-elle son nom…
_ Xiao Ling… Que fait une étrangère sur ces terres ?
_ Rebecca… C’est elle qui m’a dit de venir ici…
_ Hum, resta songeur un instant Persée… D’où viens-tu ?
_ De Chine… J’appartenais à une troupe de cirque itinérante. Il y a quelques années, une révolte populaire a frappé dans une région où nous étions de passage et la répression a condamné les populations sans distinction. Ma troupe a été massacrée. J’ai miraculeusement survécu. C’est une inconnue porteuse d’une armure et d’un masque qui m’a porté secours. Elle m’a soigné et nourri. Elle me parlait régulièrement du Sanctuaire d’où elle venait et finit par me dire avant de disparaître en pleine nuit, que si un jour je parvenais à trouver ce lieu, alors je deviendrai suffisamment forte pour empêcher que d’autres innocents soient inutilement massacrés.
_ Le miracle est l’apanage des gens qui maîtrisent le cosmos. Ton entraînement au cirque devait être intense. Pour le surmonter, tu as instinctivement élevé ta cosmo énergie. Ce qui a guidé Rebecca à toi. L’instructrice en chef des femmes Saints a la fâcheuse manie de parcourir le monde à la recherche de toujours plus de femmes pour gonfler les rangs de son camp, sourit-il de sarcasme. En ces temps de conflit, tu ne seras pas de trop dans nos rangs. Ouvrez les portes, ordonna-t-il ! »
Voskos, suivi de sa troupe, soutint Xiao Ling jusqu’à l’intérieur.
A l’intérieur des remparts, un soldat plongea une louche dans un tonneau pour en extraire de l’eau sur laquelle elle se jeta.
Sans ménagement, elle l’avala d’une traite, avant de partir la tête la première dans le tonneau, afin de rassasier sa soif. Si bien, qu’elle relevait suffisamment haut la pointe des pieds pour exposer involontairement le dessous de sa tunique aux soldats partagés entre amusement et regards lubriques.
Un raclement de gorge d’Algol remit tout le monde en rang, le regard droit. Il permit également à Xiao Ling de réaliser la position gênante dans laquelle elle s’était mise.
Gardant du mieux qu’il put son sérieux, Algol commanda à Voskos de conduire la nouvelle venue à Rebecca au camp des femmes au centre du domaine.


Sur l’Utérus, devant la porte qui renfermait l’arbre nourricier, Aiolia attendait que la poussière soit retombée.
Il pénétra lentement dans la salle, un hall au haut plafond maintenu par un mur circulaire, duquel débouchaient de multiples allées soutenues par des voûtes. Ces allées permettaient aux Dryades d’accéder à l’arbre, quel que soit l’endroit du palais d’où elles venaient.
La salle était recouverte de racines.
Sous les pieds d’Aiolia, un tapis rouge menait tout droit à l’alvéole par lequel passait l’arbre.
Devant ce gouffre traversé par le tronc, appuyé contre un siège de pierre, un homme portant sous une épaisse cape une Cloth semblable à la sienne appâta aussitôt le Grec.
Malgré la distance, il reconnut la forme particulière, féline et digne, de son armure.
Elle brillait également. Pas d’or. Mais d’un noir de jais. Ses ornements, rouge écarlate, faisaient ressortir de loin les détails de cette Leaf.
Plagié, Aiolia avança résolu vers la Dryade qui lui faisait obstacle.
Fougueux, il savait que l’Utérus à détruire était juste sous ses yeux et qu’il pouvait rapidement remplir sa mission.
Néanmoins, il interrompit sa marche déterminée lorsque le seul ½il, bleu perçant, du lion noir le dévisagea.
_ « Cette façon de me regarder me parait si familière, remarqua-t-il en observant plus haut ses cheveux vert marin entremêlés dans son heaume. Est-ce… Une illusion ? Ou bien… Est-ce toi, s’adressa-t-il à la silhouette qui ne bougeait pas d’un pouce. »
Le lion noir ouvrit alors son ½il droit marqué d’une cicatrice pour exposer une orbite aussi écarlate que les enjolivures de sa Leaf, montrant ainsi des yeux vairons.
_ « Non… Non ça ne peut pas être toi. Tu avais perdu cet ½il. »
De sa main gauche, l’étrange antagoniste arracha sa cape et exposa à la vue d’Aiolia un bras droit aux nerfs et aux veines gonflés de racines tout comme le côté droit de son visage, tout autour de son ½il cicatrisé.
_ « Galan ?!
_ Galarian Steiner de mon vrai nom, lui répondit-il.
_ Qu’est-ce que ça veut dire ? Quel mauvais tour me joue Eris ?
_ De quoi parles-tu Aiolia ? C’est moi.
_ Galan a choisi de rejoindre nos contemporains ! Il fait le tour du monde et il serait bien incapable de se ranger aux côtés d’Eris ! »
A cet instant, les racines de son corps se mirent à gonfler faisant vriller dans ses pupilles un scintillement de douleur, qu’il relâcha sous la forme d’un coup à longue portée qu’Aiolia esquiva de justesse, lui égratignant au passage le visage.
_ « Galan ! A quoi joues-tu ?! C’est de la folie furieuse ?! As-tu la moindre idée du nombre de gens qui sont menacés par cet arbre ! »
Pour seule réponse, Galan rugit comme le roi des animaux et chargea à la vitesse de la lumière Aiolia.
Par réflexe, Aiolia mit ses mains en oppositions et, pogne contre pogne, ils exercèrent chacun sur l’autre la pression de leurs cosmos.
Aiolia mesura le niveau de son adversaire : « Galan était un prétendant à la Cloth du Lion avant qu’il ne soit condamné pour le vol du sang d’Athéna. Il a toujours été doué. Pourtant, il n’a jamais eu un tel niveau. Serait-ce Eris qui lui aurait donné tant de forces ?! Non ! C’est absurde ! Jamais Galan ne nous trahirait ! »
Le visage défiguré par la haine, Galan profita qu’Aiolia soit perturbé pour croiser ses bras et déstabiliser la tension maintenue entre eux.
Rapprochant ainsi son crâne du sien, il lui flanqua un violent coup de tête en plein visage qui lui cassa le nez.
Repoussé en arrière par l’élan, il fut attrapé par le bras normalement amputé de Galan et celui-ci se changea en tentacule qui le prit à la gorge.
Il allongea alors son membre pour diriger Aiolia au centre de la pièce et le tenir en suspension au milieu du vide, entre l’arbre et la plateforme où ils s’affrontaient.
_ « Déjà terminé, pesta Galan ?
_ Galan… Je refuse de croire que c’est toi, répondit Aiolia d’une voix étouffée… »
Le nez gonflé par le sang, à l’agonie, manquant de souffle, Aiolia avait la tête inclinée vers le ciel en direction de la cime de l’Utérus.
C’est alors qu’une voix venue du feuillage lui confirma : « Pourtant, je te prie de croire que c’est bien lui. »
Se laissant tomber du ciel, une Dryade, couverte d’une Leaf au casque, aux avant-bras et aux tibias crantés, se réceptionna en fixant ses lames contre le tronc afin de rester suspendue juste au-dessus du visage d’Aiolia.
Ses mèches coupées droite tombaient sur sa poitrine, tandis qu’une jupette serrait sa taille mince. Ses traits très fins dévisageaient le Lion qu’elle lacéra avec son autre bras sur la joue droite.
_ « Quel meilleur gardien de l’Utérus qu’un homme qui fut ramené à la vie grâce à lui ?
_ Ramené à la vie, s’étonna Aiolia en dévisageant un Galan insensible ? »
La Dryade d’un geste de l’index ramassa le sang qui fuyait la coupure qu’elle avait faite au prisonnier.
_ « Quoi ? Tu n’étais pas au courant ?
_ Je n’ai jamais quitté le Sanctuaire, commença d’un ton monocorde Galan. Avant que je sois affranchi, je suis tombé gravement malade. Cela commença durant la Guerre Sainte contre les Titans. Les prêtres du Sanctuaire avaient diagnostiqué que mes poumons étaient touchés. Et que le mal s’étendait très vite au reste de mon corps, poursuivit-il d’une voix tremblante. Lithos voulut me conduire à la Source d’Athéna. Mais celle-ci est réservée aux Saints. Je ne voulais pas forcer le passage et jeter une fois de plus le déshonneur sur votre nom, commença-t-il à balbutier. Alors d’un commun accord avec Lithos, nous avons feint ma bonne santé puis avons profité de la liberté que vous nous accordâtes pour simuler mon départ, sourit-il amicalement. Je mourus quelques semaines plus tard, dans un temple des villages du Sud où les prêtres m’apportaient les soins palliatifs. Je fis promettre à Lithos de ne pas vous l’annoncer de peur que vous vous reprochiez de m’avoir gardé trop longtemps à votre service, conclut-il une larme à l’½il. »
Aiolia remarqua que l’humanisation progressive de son compatriote contrastait avec la froideur du début du duel.
Ses soupçons se confirmèrent lorsque l’arbre se mit à gonfler sous l’absorption des forces perdues par les autres Saints dans le palais.
Aussitôt, les veines de Galan gonflèrent davantage et il reprit son étreinte meurtrière en empoignant plus fort Aiolia.
La Dryade tortionnaire continua d’éclairer la lanterne d’Aiolia.
_ « Prisonnier des entrailles du Sanctuaire, l’Utérus, grâce au cosmos de Mère, sondait en secret les défunts du domaine pour connaître ceux dignes de revenir en Fantômes. Rares sont ceux qui se sont opposés à l’offre d’une seconde vie contre l’allégeance à Mère. La plupart du temps, les civils ou les Saints revanchards, acceptent. Galarian Steiner était bourré de ranc½ur. Prétendant raté à la Cloth du Lion, condamné et mutilé par le Sanctuaire, domestique malmené pour être au service d’un mal-aimé, une vie courte arrachée par la maladie sans qu’on ne lui donne le droit de pouvoir accéder au lieu saint qui le soignerait… Il avait tout pour faire un magnifique Fantôme. Pourtant, il s’opposa farouchement à nous. Des mois de propositions, de visites aux Enfers où il fut jugé aux supplices… Rien. Alors Mère, une fois de retour, puisa dans le pouvoir de l’Utérus pour le soumettre. Galarian est habité par l’Utérus. L’Utérus le consume. C’est sa revanche pour ne pas avoir cédé à sa séduction. L’Utérus le manipule mais le maintient aussi en vie. Détruire l’Utérus c’est condamner à nouveau ton ami à un autre jugement par Minos ! Et les Juges des Enfers ne sont pas cléments envers ceux qui se sont soustrais à leur condamnation. »
Abasourdi, Aiolia, bleui d’asphyxie, voyait du coin de l’½il Galan ne pouvant être maître de ses choix. Pourtant, il gardait le sourire.
_ « Tu souris Saint d’or, s’étonna la Dryade ? Est-ce le fait que tu meurs des mains de ton ami qui te satisfait ? Dans ce cas je ne t’en laisserai pas le plaisir, dressa-t-elle sa lame, c’est moi Hysminai du Duel qui t’achèverai ! »
Afin de riposter, le Lion cramponna les tentacules de ses deux mains pour faire balancier avec le poids de son corps suspendu.
Il anticipa l’attaque d’Hysminai en levant sa jambe droite haut contre son visage : « Lightning Plasma. »
Il lui envoya avec la jambe une multitude de rayons de lumière qui s’entrecroisèrent à bout portant.
Cela, tout en balançant de sa jambe gauche, en retombant, une boule chargée de cosmos et d’éclairs contre Galan : « Lightning Bolt ! »
Rejetée vers le sommet de l’Utérus, Hysminai vit Galan rappeler à lui ses tentacules, après avoir été repoussé.
Aiolia, lui, put se réceptionner sur le bord du puit et se hisser à nouveau devant Galan.
_ « Balancer mes techniques par les jambes étaient plutôt audacieux. Je n’ai pas réussi à porter toute ma puissance pour me débarrasser d’eux, enfin, surtout d’elle, déplorait Aiolia en la voyant revenir à la charge. »
D’une pirouette, elle rejoignit Galan.
_ « Tu aurais dû te laisser mourir tranquillement. Tu te serais épargné bien des peines. Tu ne peux pas me vaincre et tu ne désires pas tuer Galan. Tu vas faire le jeu de l’Utérus et le nourrir de ta vie ! »
A ses côtés, l’½il rouge vif, Galan se mettait déjà en garde.
Flashback

Reprenant son souffle après un cul sec, Mars tend son verre au serveur qui passe devant.
_ « Je pense qu’un ne suffira pas. Tu as encore beaucoup à me raconter… »


Au même moment, à Asgard, au temple Walhalla, à peine illuminé par une chandelle dont la flamme vacille au bord de sa baignoire, Siegfried laisse dégouliner depuis l’éponge qu’il presse sur son front l’eau chaude de son bain.
Le marbre qui fait le sol et les murs de la noble salle de bain est embué par la vapeur d’eau dont la température est à l’opposé de celle qui demeure à l’extérieur.
Sa main dégage ses cheveux rose pâle pendant qu’il souffle d’amertume : « Hilda… »
Il laisse son corps sombrer en remontant ses genoux afin que l’eau bouillante englobe ses larges pectoraux puis submerge son visage.
Une fois rincé, il saisit un peignoir au tissu épais dans lequel il s’enroule en grommelant : « Cette année l’hiver n’a jamais autant duré. Le printemps approche sans même que le temps ne se montre plus clément. Si cela continue, les maigres récoltes ne seront plus suffisantes pour nourrir tout le royaume. Ce rude climat a commencé en septembre dernier lors de l’attaque d’Alexer. Cela coïncidait avec l’annonce d’un danger. Mais depuis, les caprices du temps n’ont cessé. Un autre danger nous menacerait-il ? Alexer n’était-il pas la réelle menace ? »

Une voix au timbre agréable et pourtant malaisante aux oreilles de Siegfried lui répond : « Est-ce pour cela que tu te méfies de moi ? »
Le beau Nordique reconnaît l’invitée d’Hilda.
Thétis, dans la pénombre du logement de haut standing arbore une tenue inattendue. Toujours enroulée, nue, dans les draps qu’elle a arrachés à son lit, Thétis fixe avec défiance le mâle silencieux.
Malgré lui, à force de l’épier par méfiance, il ne peut s’empêcher de remarquer le galbe provoquant de sa poitrine sur laquelle les draps forment un décolleté aguichant.
_ « Quelle drôle de tenue pour se promener dans les couloirs d’un si noble royaume. Les gardes t’ont laissé passer ainsi ?
_ Quels gardes ? Hilda a levé ma surveillance. Ma voix d’ange lui a certainement permis de sonder la bonté de mon âme. »
Siegfried lui tourne le dos et regarde par la fenêtre de sa chambre les flocons de neige virevolter au gré du vent malgré la nuit tombée.
_ « Pff… Tu n’as pas une voix d’ange. Mais une voix de sirène. Selon la mythologie, les sirènes envoûtaient leurs proies grâce à leurs chants avant de les dévorer. Du sang duquel d’entre nous souhaites-tu t’abreuver ?! »
Pour seule réponse, il ressent presser contre son dos cette poitrine sur laquelle son attention s’est attardée plus tôt.
Mis en joue par ce charme mutin, il reste sans un mot, le souffle coupé.
Ayant abandonnée tout artifice, Thétis enserre le tronc bardé de muscles pour saisir chaque encolure de la sortie de bain de l’obstiné rempart d’Hilda.
Dévêtu, ne se sentant ni la force ni l’envie de résister, après avoir senti glisser sur lui le tissu moelleux qui couvrait sa carrure athlétique, il apprécie les mains frêles qui descendent le long de son dos et qui agrippent son ferme postérieur, avant de faire le tour de ses hanches pour venir chercher son intimité.
C’est à cet instant, que bien malgré lui, le héros d’Asgard fait volte-face en retenant les fins poignets acquisiteurs : « A quoi joues-tu ? »
Toujours aussi défiante envers lui, elle rétorque en plissant les yeux : « Peut-être ici ne manques-tu pas de partenaires vu le respect dont tu jouis. Moi, sur la route, la solitude me pèse. Et j’ai justement voulu tirer profit de cette tension qui règne entre nous deux pour apaiser le feu qui me consume. »
Avec un effort honorable, Siegfried s’empêche de contempler son corps, il reste rivé dans son regard en déclarant froidement : « Désolé. Mais je ne suis pas à ta disposition. »
Grimaçant de rancune, Thétis le gifle violemment sans qu’il ne bouge réellement la tête sous le choc. Elle pointe le sexe de celui qu’elle convoite : « Comment peux-tu me regarder dans les yeux en disant cela, alors que ton corps me réclame lui aussi ? »
Elle s’élance pour le frapper de nouveau, mais Siegfried est plus prompt. Il lui saisit le poignet et serre intensément sa mâchoire pour contenir cette fougue qu’elle accroît en lui frénétiquement.
_ « Toi aussi je le vois, tu as un feu en toi qui explose. Un volcan rugissant dont la lave brûle les entrailles. »
Malgré la prise qu’il exerce sur son poignet, Thétis se jette sur lui pour l’entourer de ses jambes à la taille. Sans lui laisser la chance de pouvoir souffler la moindre exclamation, elle lui prend la bouche à l’intérieur de laquelle elle glisse sa langue contre la sienne qu’elle caresse éperdument.
Son corps toujours bouillant après la température dans laquelle il a trempé, très vite, devient moite au contact de la peau de la jeune femme sur la sienne. Cette moiteur sert parfaitement à Siegfried pour glisser contre son torse gonflé les menus cinquante-deux kilos de Thétis.
Pris d’une torpeur qu’il ne veut refreiner, Siegfried se défait fermement de l’étreinte de Thétis et l’allonge sur le lit.
Jusqu’au moment où, reprenant un courageux sang-froid, Siegfried abandonne son lit pour s’avancer vers son peignoir : « Non, je ne peux faire cela, je pense à… J’aime… Non. »

D’une mine mêlant surprise et frustration, Thétis se fait tout à coup féline et devine : « Tu espères rester fidèle à Hilda ? »
Le silence de Siegfried vaut aveu. Pourtant Thétis, en se cambrant tel un animal qui se languit, assure : « Hilda a pensé à toi elle aussi tout à l’heure. Un bref instant. »
Le regard inquisiteur de Siegfried en dit long. Confondant doute et colère, le descendant de Dubhe est perdu.
_ « Tu ne me crois pas ? Allons, tu as bien vu toi aussi lorsque je chantais pour elle. Je ne lui étais pas indifférente. Alors, avant de venir te voir, je me suis permise de passer auprès des appartements d’Hilda. Elle était assise, seule, dans un fauteuil à observer comme tu le faisais le triste temps qui vous condamne ici. Je lui ai dit que je voulais profiter de sa majestueuse présence puisque jamais auparavant un seigneur ne s’était montré si adorable avec moi. Chose qu’elle accepta volontiers. Après m’être excusée pour ma tenue grossière, mes vêtements n’ayant toujours pas séchés au coin de la cheminée de ma chambrée, je lui ai avoué vouloir partir dès demain pour ne pas l’importuner davantage ni même m’attirer les foudres de ses plus fidèles sujets. Dont toi. A l’entente de ton nom, elle est restée très évasive et j’ai immédiatement compris. Elle m’avoua que sa position et son rôle vous avaient condamné jusqu’à présent à un amour platonique et qu’elle ne sait pas si cela devait évoluer puisque chaque tentative d’aveu s’est soldée jusqu’à présent par un évènement gênant. Une arrivée fortuite, une fuite de ta part… Elle s’est ensuite sentie gênée de se dévoiler si facilement à moi. Peut-être le fait que je ne serai plus là demain l’aida à délier son c½ur. Lorsque je lui proposai de chanter de nouveau pour l’apaiser, je sentis à la place de l’air qu’expire ma voix le souffle brûlant de ses lèvres. A peine avais-je fermé les yeux pour prendre ma concentration qu’elle venait soulager son mal-être mais aussi ses envies. Ses doigts entrelacèrent les miens… »
Le regard de Siegfried a perdu de sa rancune, il est dorénavant partagé entre jalousie et obsession. Pendant qu’elle continue de narrer son échange concupiscent avec Hilda, Thétis caresse chaque zone de son corps que sa partenaire a parcouru : « … et la pression de son visage contre le mien, de sa langue autour de la mienne, me firent choir sur la peau d’ours polaire qui couvre le sol. A sa merci, elle profita de n’avoir qu’à simplement retirer mes draps pour mieux défaire sa longue robe azure. Soulignés par la lueur rougeoyante du feu, nos corps s’admiraient l’un l’autre, s’enviant immédiatement. Quelques soupirs ponctuaient l’étreinte charnelle durant laquelle nos courbes s’épousaient à merveille. Bientôt je baisais sa ferme poitrine pendant qu’elle parcourait l’intérieur de mes cuisses pour mieux s’y glisser. Refusant de crier seule mon plaisir, elle se m’y à feuler lorsque j’insinuai moi aussi mon index et mon majeur dans sa chair. Nous allions et venions au plus profond de nos ventres, synchroniquement, frottant nos corps, la moindre extrémité de nos poitrines, l’une contre l’autre. Si profondément, si intensément, que nous allions chacune nous empaler sur l’autre lorsque nous nous retirions. Nous tressaillions en même temps par de courts mais répétés soubresauts. Je me relevai aussitôt. La sensation de froid due à l’éloignement de son corps fit disparaître en quelques minutes la sueur que nous partagions. Je voulais garder sur moi et te faire partager l’odeur sucrée de sa peau. »
Cette réflexion est de trop pour Siegfried. Alors qu’elle tourne lascivement à quatre pattes sur le lit depuis le début de son histoire, il vient lui cramponnait hargneusement les fesses pour mieux se glisser et savourer à son tour sa chaleur. Après quelques mouvements de bassin engagés, Siegfried vient chercher de ses mains la poitrine de la Suédoise, pour lui lever le buste et venir humer l’odeur de son cou. Continuant à chercher au plus loin d’elle ce feu qu’elle trépignait de partager avec lui, il plaque son corps contre lui en la serrant fort et en murmurant, après plusieurs minutes extrêmes, au moment où il abandonne lui aussi cette fièvre, le nom de sa bien-aimée de toujours : « Hilda… »

4
Only for Love / Chapitre 75
« on: 2 August 2021 à 11h27 »
Chapitre 75

A l’abri du sinistre spectacle qui se joue dans les sous-sols du Disfrute, ce bar de nuit argentin où il s’est rendu avec Tromos, Vasiliás profite de la prestation de danse de Peligra.
Après plusieurs mouvements sensuels, elle entame quelques gestes acrobatiques pour lesquels elle ne présente aucune faiblesse. Partant du haut de la barre de pole dance pour en redescendre lascivement, tel un reptile à une vitesse de plus en plus folle, elle s’applique ensuite à effectuer une chute tête la première vers le sol en se réceptionnant avec ses mains pour mieux réaliser avec ses jambes un grand écart.
Les changements de pistes musicales n’altèrent en rien ses prouesses. Et lorsque le rythme varie à nouveau, elle resserre de plus belle ses jambes sur la poutre chromée.
Etendue sur le podium, le talon de son pied gauche en appui contre la barre, elle expose davantage à la seule vue de Vasiliás ce qui se cache sous le vêtement noué sur ses hanches.
Le Berserker de la Royauté profite de l’occasion pour glisser quelques billets, après avoir remonté ses mains du creux de ses genoux, jusque ses fesses en passant par ses fermes cuisses.
Cette récompense ne semble pas suffisante pour atténuer l’ardeur de la voluptueuse artiste. En appui avec ses mains pour saisir le centre vertical de sa scène à l’arrière de son dos, elle se relève en tournant sur elle-même, maniant élégance et sensualité.
Debout, abandonnant sa tribune, elle arrive jusque sous les yeux de son hôte devant qui elle passe charnellement sa main sur ses hanches et autour de son nombril. Puis, elle imite ses caresses en descendant sous la soie, ou en remontant du haut de ses cuisses jusqu’à sa croupe rebondie lorsqu’elle lui tourne le dos. Ainsi elle remonte sa robe en s’agrippant sensiblement les fesses et dévoilant enfin son boxer.

La sensualité de ses gestes, mêlée à ses courbes généreuses, attirent la curiosité des autres clients qui s’amassent peu à peu tout autour en continuant de danser. En mauvais acteurs, hommes comme femmes, curieux d’admirer Peligra, profitent que le club soit bondé pour s’approcher comme si de rien n’était.

Ramassant quelques billets supplémentaires, Peligra répète ses gestes en massant sa poitrine à mesure que sa veste abandonne avec grâce son corps en glissant le long de ses bras pendant que sa langue ne cesse de faire le tour de ses lèvres qu’elle mordille à l’occasion.
Déroulant la soie qu’elle utilise pour serrer brièvement Vasiliás contre elle, Peligra pose ensuite une jambe sur la banquette afin de laisser son spectateur introduire à l’intérieur de son sous-vêtement une nouvelle récompense.
Au moment où elle choisit de dévoiler davantage de ses charmes, Vasiliás lui tend une liasse de billet : « Tu es si admirable que tu as captivé tous les regards alentours sur toi. Mais je refuse de partager un aussi beau spectacle. »

En effet, le petit salon commence à rassembler d’autres membres du club.
C’est également l’opportunité pour Vasiliás de concentrer l’attention de Peligra, afin qu’elle ne s’inquiète pas des actes de Tromos.

Peligra approche son visage de Vasiliás.
 _ « Tu es jaloux ?
_ Disons que j’aime avoir l’exclusivité.
_ Alors passons à l’étage dans ce cas. Nous y avons des chambres privées. »
Pour approuver cette décision, Vasiliás sort du sceau de glaçon une nouvelle bouteille de champagne.
_ « Tu ne veux pas goûter d’autres choses là-haut, lui propose-t-elle ?
_ Le champagne et toi feront déjà beaucoup. J’aime les valeurs sûres. »


Pendant ce temps, en Grèce, c’est également après l’alcool qu’ils ont commandé qu’attendent Kyoko et Mars.
La réincarnation d’Arès ne peut attendre davantage, il exige que Kyoko poursuive son récit avant même qu’ils ne puissent déguster leurs verres.

Flashback
Flottant par-dessus les quelques nuages de l’été 1984, l’Utérus fleurissait et déployait au sommet de ses branches des pétales cotonneux. Ils faisaient du sommet touffu de l’arbre un immense ballon dirigeable.
L’Utérus plantait ses racines jusqu’aux catacombes du temple aux fondations arrondies.
Elles remontaient jusqu’au palais d’Eris sous forme d’étages aux circonférences chaque fois un petit peu moins grandes.

Dans le sous-sol, la Cloth du Scorpion brillait.
_ « C’est jusqu’au dernier niveau que nous devons parvenir, finit d’expliquer Milo. »
A ses côtés, Apodis balayait les longues toiles d’araignées qui pendaient du plafond.
_ « Très bien.
_ L’idée du Grand Pope lors de notre convocation était de nous diviser en trois groupes. C’est ce qui me parait le plus efficace pour y parvenir, affirma le vétéran Aeson.
_ En effet. En remontant chacun un angle précis sous la forme d’une structure pyramidale, nous divisons leurs forces à la base pour nous retrouver tous ensemble devant Eris. Une infiltration rapide et efficace, c’est ce qui nous a été demandé, confirma Milo. »
Le trio progressait difficilement, obstrué qu’il était par la soie de plus en plus épaisse.
_ « Bientôt, nous ne distinguerons plus les murs veinés de racines, s’inquiétait Apodis. »
Soudain, le sol se mit à craqueler sous les pas d’Aeson.
_ « Attendez, alerta-t-il, ses équipiers ! Le sol se fissure sous mes pas.
_ Ce n’est pas le sol, dit Milo qui balayait les toiles en s’accroupissant, ce sont des ossements. »
Par un réflexe de dégoût, Aeson recula d’un pas.
_ « Nous sommes dans l’antre d’une araignée, poursuivit Milo. Et celle-ci vient juste d’achever son repas si j’en juge les lambeaux de chair et le sang dégoulinant encore sur ces os. »
La voix railleuse d’une Dryade confirma : « Tout juste. »
Phonos, attablé dans le hall à quelques mètres de là, achevait son repas en se servant dans une coupe de l’ouzo, un apéritif grec anisé : « Cela fait un moment que nous avons senti votre arrivée. Il m’a fallu me dépêcher de me repaître de mes proies fraîchement cueillies sur Terre. »
Milo serra les dents en reconnaissant leur adversaire : « Phonos ! »
Par de grands moulinets, les chevaliers progressèrent vite à travers les fils pour débarquer au banquet de la Dryade.
Assis sur du mobilier fait de vieux restes humains, Phonos les provoqua : « Vous me permettrez de savourer un digestif, afin de m’alléger avant de vous faire face. Je déteste manger vite. »
Devançant ses camarades, Milo regarda autour de lui et remarqua dans la soie le scintillement des vies qu’absorbait Phonos grâce à ses fils. Il réalisa la démarche de la Dryade, en voyant une dernière victime épuisée cesser de se débattre.
_ « Ce cannibale dévore les cadavres asséchés une fois qu’il s’est renforcé de leur énergie vitale !
_ Je n’ai pas été présenté à tes amis. Je suis Phonos du Meurtre.
_ Ne vous laissez pas distraire, avertit Milo, sa soie est paralysante et il nous attaquera lorsque vous commencerez à en éprouver les effets. J’ai un compte à régler avec lui. C’est lui qui fut le dernier rempart qui m’empêcha de déjouer la réincarnation d’Eris. Avancez ! Je vous rattrape ! »
N’osant pas discuter un ordre d’un Saint d’or, Aeson et Apodis s’exécutèrent, en passant prudemment chacun d’un côté de la table sans que la Dryade ne s’intéresse à eux.
_ « Surtout, prenez garde à sa soie. Tant que nous serons dans son antre, nous ne devons pas oublier qu’il est capable de récupérer nos forces. »
Ils acquiescèrent avant de poursuivre leur chemin et de s’enfoncer dans les ténèbres.
La Dryade aux cheveux indigo servit une coupe qu’il adressa à Milo.
Il la fit glisser du bout de ses doigts à l’autre bout de la table en s’étalant de tout son long dessus, salissant sa cape blanche.
Son geste libéra de son vêtement une protection de couleur noire avec des reflets lie de vin et amarante.
De ses yeux rouges, il devina que Milo avait identifié son armure.
_ « Une Leaf. L’équivalent de vos Cloths. Je ne la portais pas lors de notre première rencontre.
_ Le simple fait que tu en sois affublé signifie qu’Eris a déjà éveillé une grande partie de ses pouvoirs. Tu auras compris que nous avons ordre d’agir vite et efficacement pour éviter qu’elle n’en fasse le plein usage. Je n’ai donc pas le temps pour l’apéritif. »
Il dégagea le verre d’un filet de lumière rouge tout droit sorti de son aiguillon.
A peine l’alcool allait l’éclabousser que Phonos disparut.
A la place, une immense araignée chargée de cosmos sauta par-dessus la table et se jeta sur sa proie…

Sous le palais d’Eris situé au cinquième étage, une Dryade observait du bout d’un chemin de colonnes l’immense tronc de l’Utérus.
De là, en levant la tête, elle pouvait apercevoir malgré la mèche qui dissimulait son regard les cimes de l’arbre scintillant.
Derrière elle, sa supérieure aux cheveux plus sombres vint la trouver.
Devinant la venue d’Até dans son dos, Dysnomie engagea la conversation.
_ « Nous vivons et nous fanons pour Mère, notre vie n’est rien de plus qu’une fleur de ce jardin.
_ Dysnomie, Mère a décidé de faire renaître son Jardin d’Eden enfoui loin d’ici.
_ Notre Jardin d’Eden… Quel délice.
_ Pour faire ressurgir notre sanctuaire, l’Utérus a besoin de croître encore quelques heures, afin de rendre à Mère l’entièreté de ses moyens pour ramener notre royaume.
_ Si je comprends bien Até, tu me demandes d’aller arrêter ces Saints qui se sont introduits ici.
_ L’Utérus se nourrit de la discorde des mortels. Tuer ces Saints et les livrer en pâture à l’arbre matrice ne fera qu’accélérer le processus.
_ Ils sont scindés en trois groupes. Phonos s’occupe déjà du premier.
_ Le second se dirige au centre, son objectif est clairement l’Utérus. Je m’y rendrai en personne, décréta Até.
_ J’imagine donc que le dernier groupe est pour moi.
_ Si je ne m’abuse, le Saint de la Vierge le dirige. Il me semble qu’il t’avait bien plu, lorsque nous avons récupéré Mère au Sanctuaire.
_ Je sais que c’est lui qui a déjoué la boule d’énergie de Mère, lorsqu’elle s’est réveillée au Sanctuaire et qu’elle tenta d’achever la s½ur de son réceptacle. En effet, j’aurai plaisir à l’affronter. Bien, je m’y rends de ce pas.
_ Attends Dysnomie ! Mère semble bien déterminée à jouer avec eux. Elle leur réserve quelques surprises, comme de vieilles retrouvailles par exemple. Et elle ne compte pas attendre sagement dans son palais.
_ Mais c’est de la folie ! Qui veillera sur elle ?!
_ Un des Fantômes qu’elle a ramené à la vie. Tous d’anciens Athéniens.
_ Je n’ai aucune confiance en eux !
_ Moi non plus ! Cela signifie que nous devons à tout prix faire obstacle à ces Saints au risque de la laisser sans défense ! »

A grands revers de mains, Aeson et Apodis progressaient dans les sous-sols.
Leur route était à peine éclairée par les fleurs qui poussaient dans les angles des murs, là où commençaient les racines.
Le pollen libéré gravitait dans l’air comme des lucioles.
_ « Des plantes qui poussent dans un endroit aussi sombre, critiqua Apodis.
_ C’est dire la nature malsaine de ces végétaux, qui sont restés enfouis pendant des siècles dans les entrailles du Sanctuaire, ajouta Aeson. »
De concert, ils cessèrent leurs avancées.
_ « Un escalier ! Nous allons déjà pouvoir passer à l’étage supérieur, se satisfit Apodis.
_ Deux escaliers, le contraria Aeson en pointant une montée entourée de lianes à l’opposé.
_ Deux chemins qui mènent à l’étage du dessus mais sur des flancs différents du temple.
_ Le plus important, c’est que l’un de nous arrive au sommet. Le Saint d’or du Scorpion ne va pas tarder, il est important qu’on lui déblaye le passage.
_ Très bien, séparons-nous ! »

A l’opposé du groupe de Milo, Shaka et son équipe progressaient difficilement dans la zone du premier niveau, qui s’apparentait plus à des catacombes effondrées, qu’à un jardin luxuriant.
Le plafond tenait difficilement par des colonnes effritées tandis qu’avec Rigel et Naïra, il fallait à Shaka sauter de colonnades couchées en colonnades et veiller à ne pas glisser sur les gravats de statues fracassées.
Au détour de l’une d’elle, la Vierge surprit ses deux lieutenants en dressant autour d’eux, une bulle de protection faîte de cosmos : « Kan ! »
Rigel et Naïra cessèrent leur course et virent le bouclier se faire heurter par une comète.
Le choc fut d’une telle intensité qu’il ébranla les cloisons de pierre et fit céder les colonnes déjà à la peine. Le plafond céda et un éboulement ensevelit l’escouade…

Là où Aeson et Apodis l’avaient laissé, Milo se débattait en roulant sur le sol, fracassant les carcasses qui le jonchaient.
Il esquivait les assauts ininterrompus de l’arachnide géant, en tâchant de ne pas trop s’élever au risque d’être pris dans ses toiles.
_ « Paralyze Silk, lançait sans cesse Phonos ! »
Partout sur son passage, Phonos laissait derrière lui de nouveaux liens, restreignant toujours un petit peu plus l’espace de Milo.
Acculé, le Scorpion vit l’araignée fixait son dard en avant quand Phonos pointa sa main aux longs ongles dans sa direction : « Despaired Bite ! »
Le Scorpion n’eut d’autre choix que d’éviter la multitude de coups d’ongles en plongeant sous la table de l’ennemi.
_ « Le Despaired Bite peut tout mordre ! »
Phonos se laissa tomber délicatement sur la table, comme une tarentule qui se déposait près de sa victime ignorante.
Il se léchait les babines tandis que de son dos émanait sa cosmo énergie prête à repartir à l’assaut.
Soudain, un rayon de lumière traversa la table par le dessous et lui transperça une de ses oreilles elfiques.
_ « Je t’ai ciblé l’araignée ! Finis de jouer ! Scarlet Needle ! »
Soulevé par les piqûres, Phonos vola jusqu’au plafond dans lequel il s’encastra avec les débris de la table.
_ « Impossible… Vaincu aussi facilement, tomba-t-il inerte ! »
Le Grec resta voir retomber du sol les restes du repas et du mobilier tandis que le corps de Phonos demeurait dans l’enclave de pierre où il était encastré. Sa cape déchirée flottait dans l’air et laissait sa Leaf apparente.
Il laissa tomber sur son aiguillon une goutte d’ouzo qu’il passa ensuite à sa bouche, savourant par le goût de l’alcool sa victoire, avant de faire tourner sa cape pour rejoindre ses compagnons…

A l’autre bout, au second étage, sur un plateau à horizon ouvert sur la lumière du jour, un homme observait depuis la cavité qu’il a causée un tas de décombres.
Alors qu’il a pris par surprise Shaka, Rigel et Naïra en frappant depuis l’étage supérieur, l’ennemi flattait déjà sa victoire : « Les Saints de cette génération ne sont vraiment pas à la hauteur de ce que nous étions à mon époque. Je n’aurai jamais pensé que mon Megaton Meteor Crush aurait eu raison de trois Saints à la fois. Encore moins, d’un Saint d’or du premier coup. »
Sa protection était composée d’un casque complet à trois cornes qui laissait dépasser ses cheveux à l'arrière. Ses épaulettes étaient plates et pointues, montées sur un plastron qui comportait une pointe centrale au niveau de l'abdomen.
Elle avait tout d’une Cloth et non d’une Leaf comme en portaient couramment les Dryades.
Le personnage au visage assez dur, tourna les talons lorsqu’une lueur dorée délogea des débris les trois Saints.
_ « Tu as bien fait de ne pas trop y croire, provoqua Shaka d’un ton prétentieux. »
Autour de lui, Rigel et Naïra étaient abasourdis. Elle, par les forces exercées entre les deux adversaires, lui par l’armure presque similaire à la sienne qui habillait l’assaillant.
_ « Mais, intervint Rigel, cette Cloth c’est…
_ … celle d’Orion, reprit l’ennemi. Du moins, il s’agit d’une Leaf inspirée de la Cloth que je portais autrefois.
_ Que tu portais autrefois ?! Cela signifie que tu es…
_ Un Ghost Saint, s’annonça-t-il fièrement, Jaguar d’Orion ! »
Naïra répéta crédule à l’endroit de Shaka : « Un Ghost Saint ? »
_ « Un Fantôme, déploya sa science la Vierge. Un Saint du passé qui a juré allégeance contre une nouvelle vie à Eris.
_ Ah, râla Rigel ! Comment peux-tu oser ?!
_ Tais-toi donc, ordonna l’intéressé qui les dominait d’un étage ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est de tomber dans l’oubli, de disparaître de la mémoire de ceux pour qui tu as offert ta vie et de souffrir éternellement au Cocyte ! »
Shaka réalisa alors un saut acrobatique et se réceptionna au-dessus, dans le dos de Jaguar, prêt à en découdre.
_ « Nous n’avons pas de temps à perdre avec un lâche qui trahit Athéna juste…
_ … Seigneur Shaka, le rejoignit Rigel, désolé de vous interrompre, notre mission est plus urgente, je suis persuadé que votre présence sera davantage nécessaire aux étages supérieurs. Laissez-moi m’occuper de lui. En tant que représentant de la constellation d’Orion, il est de mon devoir de laver l’affront fait à mon armure !
_ Rigel a raison, rejoignit Naïra à son tour ses compagnons, votre présence est requise plus haut. »
Fort satisfait, Shaka sourit et se mit déjà en chemin, suivi de Naïra.
Vexé, Jaguar prit son élan : « Enfoiré ! Ne me tourne pas le dos ! »
A cet instant, un rideau de flammes bleues et blanches lui barra la route.
Déjà à quelques mètres de lui, Rigel assurait les arrières de ses camarades : « Ignis Fatuus ! »
Néanmoins, il ne fallut que quelques secondes à Jaguar pour d’un revers de bras souffler le brasier qui lui obstruait le passage : « Ma Cloth doit être orpheline de moi ! Tes flammèches sont indignes de ton rang ! »
Pour seule réponse, Rigel observait les détails de son armure.
Contrairement à la Leaf, l’argent était plus clair, les épaulettes plus incurvées et les lignes plus fines. Son diadème donnait également un aspect moins rustre que le casque de Jaguar.
_ « Je te rassure, rétorqua-t-il enfin, la Cloth semble s’être bien remise de ton passage. Il est vrai qu’une Cloth évolue plus d’une fois dans sa vie en raison de ses bris et du sang versé pour la réparer. A son éclat, moins terne que le tien, je vois qu’elle épouse mon destin de fidèle Saint d’Athéna !
_ Fidèle Saint d’Athéna dis-tu, sourit sournoisement Jaguar ?! Tu n’as plus à en faire autant, tes amis sont partis.
_ Qu’insinues-tu ?
_ Qui me fait face à l’heure actuelle ? Le Saint d’Athéna qui a trahi la confiance de sa déesse en s’énamourant d’une Saintia ? Ou bien l’homme éconduit qui aime la réincarnation d’une déesse ennemie ?
_ Ordure ! Je vais te faire ravaler tes paroles ! En garde ! »
Rigel entama les hostilités d’un coup de pied retourné, que Jaguar repoussa d’une main sans mal.
Lui rendant la pareille, le Ghost Saint enchaîna droites et gauches que Rigel esquivait de justesse.
Cherchant la riposte, Rigel lui saisit le bras droit pour faire passer Jaguar par-dessus lui et l’encastrer dans un pilier.
Cependant, la réaction de Jaguar fut immédiate. Une nouvelle droite plus vive et plus puissante le frappa en plein front et enfonça le diadème de Rigel, qui se fissura en son centre.
Refusant de plier, Rigel profita de l’ouverture pour ébrécher d’une droite à son tour le plastron de la Leaf.
L’échange sanglant ne s’interrompit pas là. Chacun aillant prit la mesure de l’autre, leurs cosmos dessinèrent chacun dans leur dos la même image de chasseur, symbole de leur constellation.
_ « Voici les vraies flammes d’Orion : Ignis Fatuus Saltare ! »
Les flammes bleues et blanches crépitèrent tout autour du Ghost Saint, qui prit la fuite par les airs.
_ « Impossible ! Mes flammes te suivront et te consumeront où que tu ailles ! »
Le Fantôme s’éleva haut dans la pièce. Des colonnes de flammes bleues et blanches se dressèrent alors jusqu’au plafond du second étage et piégèrent Jaguar qui restait souriant.
_ « Qui a dit que je voulais fuir ?! »
Profitant de son élan, il réalisa un salto.
Se donnant ainsi encore plus d’élan, il répéta le geste acrobatique.
La vitesse et l’émanation de son aura, lui permirent de rester suspendu dans les airs, tout en repoussant le brasier qui se refermait sur lui. Son mouvement circulaire répété et rapide finit par ressembler à une comète.
Les flammes sur son chemin ainsi soufflées, la sphère météorique tomba du ciel jusqu’à Rigel heurté en plein buste.
_ « Megaton Meteor Crush ! »
Ne pouvant résister à cet impact rouvrant les plaies profondes laissées par Até la veille, Rigel fléchit sur le coup et s’encastra dans le sol.
Il le traversa pour retomber à l’étage inférieur d’où il venait.
L’emmenant avec lui dans son élan de force, Jaguar passa au travers du lit de pierres pour l’enfoncer dans les ruines du dessous…

Sur le flanc Est, Apodis avait débouché à l’extrémité extérieure du palais, sur un parvis duquel il pouvait apercevoir de là les différents étages qu’il restait à gravir.
Le temple avait une forme conique, comme la structure de l’Aréopage, le sanctuaire d’Arès.
Il envisagea de faire exploser son cosmos pour atteindre aussitôt le sommet mais quelques notes de musique l’en détournèrent.
_ « Ces notes, semblables à bien des mélodies familières, ne peuvent être jouées que par une seule et même personne ! »
Il suivit un chemin de piliers effrités par le temps.
Ses pas sur les pierres rectangulaires désagrégées résonnaient. Mais pas suffisamment pour l’empêcher d’écouter le son de corde dont il s’approchait inexorablement.
Il passa devant des statues de modèles athlétiques, de véritables ½uvres d’art qui, malgré l’empreinte du temps, en fascinerait plus d’un.
Toutefois, cet instrument qu’il reconnaissait si bien l’obstinait plus que le reste.
Il se laissa guider jusqu’à un banc de pierre où une vision du passé le saisit : « M… Maître Orphée ! »
Les bras lui en tombèrent.
Frottant ses pieds sur le sol, il suivait le son, les larmes aux yeux.
_ « Maître Orphée… Comme je suis heureux de vous savoir en vie ! Vous êtes parvenus à rejoindre les Enfers ? A sauver Eurydice ? Vous nous rejoignez dans la bataille ? »
Tant de questions qui traversèrent l’espace d’une seconde l’esprit d’Apodis.
Jusqu’à ce qu’il réalise que les cheveux du musicien étaient plus foncés que ceux de son maître.
_ « Non… Non vous n’êtes pas mon maître ! Pourtant…
_ Pourtant nos armures sont similaires n’est-ce pas, devina l’inconnu alors qu’il continuait à jouer les yeux fermés ?
_ Votre Cloth ressemble à celle de Maître Orphée, surtout au niveau des avant-bras, des épaulettes et du casque. Mais les motifs du plastron et des jambières sont complètement différents.
_ Une Cloth, ricana le virtuose ?! Non, il s’agit d’une Leaf ! Certes, inspirées de la Cloth que je portais dans le temps. »
Il se mit enfin debout et dévisagea le Saint de bronze. Ses yeux étaient plus sombres que ceux d’Orphée.
La jupe de la Leaf était également très différente, celle d'Orphée formant un arc de cercle ouvert en son centre, tandis que la sienne avait une pièce descendante centrale triangulaire.
_ « Une Leaf ! Tu es donc une Dryade ?!
_ Ne m’insulte pas veux-tu. Je suis un Ghost Saint, un Fantôme revenu au service d’Eris.
_ Un Fantôme ?! Alors tu étais bien un Saint autrefois ?!
_ Certainement un lointain prédécesseur de ton maître. Il est cocasse, d’ailleurs que nos noms soient si proches. Sûrement nos destinés à devenir Saint de la Lyre à s’appeler ainsi. Je suis Orpheus de la Lyre.
_ Vous n’avez en commun que le nom ! Jamais mon maître ne se serait rangé auprès de l’ennemi.
_ Oui, fit-il, en glissant ses doigts sur sa lyre, c’est certain que nous n’avons que cela en commun. Car jamais un de mes disciples n’aurait baissé sa garde comme tu l’as fait.
_ Baisser ma garde ?
_ Oui. Ne te rends-tu pas compte que tu parles plus fort et que tu m’entends moins bien ? C’est parce que tout le temps où tu m’as entendu jouer, tu ne t’es pas aperçu que ma douce musique mélancolique brouillait tes sens. Ton ouie est partiellement affectée. Mais pas que… »
Orpheus intensifia le rythme et le son strident… 
_ « De… Les cordes de sa harpe s’allongent… Par centaines ! Par milliers ! Est-ce ma vue qui se trouble ?! Vite je dois esquiver ! M… Mais je titube… Mes jambes flageolent, réalisa trop tard Apodis !
_ Stringer Requiem ! »
Incapable de réagir, Apodis fut ligoté.
Orpheus marcha lentement vers lui, pendant que les cordes tranchantes étaient parcourues par son cosmos.
Elles se resserraient de plus en plus. Commençant à découper la Cloth qui se fissurait. Entamant les jambières d’un rouge vif, brisant les éperons orange en forme de petites ailes au niveau des chevilles.
Les genouillères en losange et les jambières rouges étaient corrodées.
Sa ceinture ornée d’une gemme orangée se repliait sur sa taille, lui écrasant les hanches.
Son plastron lui comprimait les côtes et la cage thoracique.
Le plumage de bronze de ses épaulettes et son casque qui redescendait le long de sa colonne nasale comme un bec d’oiseau craquelaient.
_ « Pourquoi ? Pourquoi un Saint d’argent au service d’Athéna peut-il la trahir ainsi après des siècles ?
_ L’enfer. Le Cocyte. Là où Hadès plonge chaque Saint d’Athéna lorsque vient son jugement. Nos vies de chevalier sont faites de sacrifices. Mais ils ne sont rien face aux épreuves qui nous attendent après. Tant d’efforts pour Athéna qui, depuis des siècles avant ma génération, et des siècles encore suivant la mienne, nous demande d’endurer les pires privations et de subir de multiples tourments, pour finalement être mis au supplice par Hadès jusqu’à la nuit des temps. Cela ferait réviser la foi de plus d’un Saint.
_ Tu veux dire qu’il existe d’autres Fantômes ?
_ Ah, ah, ah… Que tu es drôle ! Bien entendu. Durant tout ce temps, Athéna n’est jamais parvenue à renverser Hadès et à garantir aux êtres humains un repos paisible après la mort. C’est alors qu’enfouies sous ma dépouille, les racines de l’Utérus se sont connectées à mon âme torturée. Depuis la Pomme d’Or où elle était prisonnière, Eris proposa à d’anciennes gloires du passé, flouées comme moi, une vie éternelle où nous n’aurons plus à souffrir. Nous libérant du joug d’Hadès ! Là où Athéna en personne ne peut agir ! »
La flamme de la révolte brûla dans les yeux d’Apodis. Il fit scintiller sa Cloth : « Tu me dégoûtes. Je comprends que l’espoir puisse être mis à rude épreuve face au tourment ! Mais étant Saint ! Ayant été résolument tourné vers la certitude d’un jour meilleur qui sera apporté par ma génération ou les générations futures, je suis prêt à donner ma vie pour que ce jour soit l’annihilation du Cocyte et des autres Enfers ! Toi, en agissant ainsi, tu montres que tu ne fais que peu de cas de l'honneur ! Tu es prêt à n'importe quoi pour jouir d'une nouvelle vie ! »
Orpheus remarqua l’émanation de plus en plus forte d’Apodis : « Que fais-tu ? Tu espères te libérer de mon Requiem de cordes ?! Il est trop tard, nous arrivons au point culminant. La dernière note. Elle va parcourir les fils sous la forme d'une petite boule lumineuse et t’achever ! »
Avant que la lyre ne découpe totalement son armure puis sa chair, Apodis allongea les griffes de bronze de sa Cloth puis, en recroquevillant ses coudes devant lui pour invoquer sa technique, trancha les liens qui maintenaient le haut de son corps : « Shining Apus Claw ! »
Les trente neuf étoiles de sa constellation se relièrent dans le ciel et vinrent embraser son corps, libérant ses jambes de l’étreinte. Tel un rapace qui rasait le sol, il fondit sur Orpheus et déclencha une tornade de griffes enflammées.
Il passa derrière lui, faisant voler au passage quelques morceaux de Leaf protégeant son épaule gauche, mais surtout sa lyre.
Les sens encore brouillés, l’Oiseau de Paradis dut se réceptionner contre une des colonnes pour rester debout.
Il chercha son adversaire qui demeurait immobile, l’épaule saignante.
Alors qu’il aurait pu croire à plus de décontenance après cette riposte, Apodis lui déplora un fou rire sarcastique.
_ « Hum, hum, hum… Les Leafs… Rien à voir avec les Cloths d’argent. Sinon ma lyre serait encore utilisable à l’heure qu’il est.
_ Il n’est pas trop tard pour expier tes péchés. Athéna est juste. Repends-toi et conduis-moi à Eris. Athéna t’octroiera son pardon.
_ Es-tu bien sérieux, dit-il en se retournant vers lui ? A moins que ton maître ne fût qu’un faible qui se cachait derrière son instrument, n’oublie pas que la lyre n’est qu’une extension de notre Cloth ! Seul compte notre cosmos ! Et moi, j’étais un Saint d’argent ! Qu’est-ce qu’un cosmos de bronze face à un cosmos d’argent ! »
Il apparut devant un Apodis déstabilisé.
_ « Je suis beaucoup plus rapide, lui décocha-t-il un direct du droit qui le plia en deux ! Je suis bien plus fort, répéta-t-il du droit en plein visage ! »
Apodis dégagea en arrière, la protection nasale de sa Cloth fissurée.
Il traversa plusieurs colonnes doriques, avant qu’Orpheus n’arrive par les airs pour retomber les deux pieds en avant chargés de cosmos sur lui.
Le heurt laissa un cratère au creux duquel Apodis passa à travers les dalles pour retomber plus bas, à l’étage d’où il venait.
La force de l’impact le fit emmener sur son passage les toiles de Phonos qui tapissait les catacombes du sol au plafond.
Il retomba tête la première, entouré de soie, semblable à une larve dans son cocon, relié aux autres filaments qui aspiraient déjà son énergie…

Vainqueur, Milo avait repris son chemin.
Illuminant les lieux de sa cosmo énergie, il profitait des radiations pour brûler sur son passage les toiles de Phonos qui demeuraient.
Arrivé à l’encablure des deux escaliers, il n’eut pas le temps de se demander qui d’Aeson ou d’Apodis il rejoindrait selon le choix du chemin pris, qu’il entendit fondre dans son dos le danger.
_ « Paralyse Silk ! »
Plongeant en avant, il pensa éviter le danger. Mais lorsqu’il retrouva Phonos déjà debout devant lui à l’attendre après son acrobatie, tout autour de lui la salle était à nouveau couverte de toile.
_ « Il est plus rapide que tout à l’heure ! Et… Et sa soie plus épaisse ! Serait-ce les forces aspirées de ses victimes qui le rendent si fort ? Non, il n’y a pas que ça. L’éveil progressif d’Eris contribue grandement à sa force. Il faut faire vite. »
Phonos était debout, les yeux rivés sur Milo, tel un animal affamé devant sa proie.
Du sang s’échappait des quatre points d’impact, laissés plus tôt dans sa Leaf par l’Aiguille Ecarlate.
Pourtant, par l’émanation de son cosmos vermillon, les toiles continuaient de faire du hall un nid à l’avantage de l’araignée.
_ « Je crains que tu n’ais plus nulle part où aller.
_ Quatre aiguilles n’étaient pas suffisantes. Je t’ai sous-estimé, je le reconnais. Je ne ferai pas deux fois la même erreur.
_ C’est ce que nous allons voir ! Je vais te faire fermer ta… »
Phonos ne put finir sa phrase qu’il se retrouva paralysé.
_ « Restriction, murmura Milo déjà arrivé face à lui. »
Le chevalier décocha un direct, qui fendit le nez crochu de la Dryade.
_ « Ça c’était pour m’avoir empêché de sauver la Saintia la veille au Sanctuaire ! Et ça, prit-il un nouvel élan…
_ C’est pour avoir cru que tu pouvais me vaincre, riposta Phonos en plantant le tranchant de sa main dans le flanc droit de Milo, Despaired Bite ! »
Eclatant l’armure et entaillant sa chair, Phonos brisa la restriction et contra à la vitesse de la lumière son adversaire.
Milo fut repoussé dans la toile. Il resta suspendu dans les airs.
Après avoir essuyé son nez fracturé, Phonos avança jusqu’à la flaque de sang qui se formait aux pieds de l’ennemi. Il se baissa pour y goûter. 
Milo était circonspect. Malgré l’irradiation de sa cosmo énergie, la soie ne brûlait plus.
_ « Elle s’est renforcée si vite. Chaque seconde il est nourri d’une énergie encore plus forte. Au point de me devancer et d’ébrécher ma Cloth, déplorait-il au fond de lui. Ça ne peut être uniquement l’énergie d’Eris, elle n’a pas pu s’éveiller si vite… En si peu de temps… Et ses victimes… De simples civils du monde contemporain… Même s’il en dévorait des milliers… Non… Je ressens autre chose à travers ces liens… Je ressens aussi… Apodis ! Sa soie a réussi à absorber ses pouvoirs ! Ça signifie qu’il est en danger ! Il faut vite que je me libère… »
Délecté du plasma de sa proie, Phonos se redressa pour se mettre à la hauteur de Milo.
_ « L’araignée a dominé le Scorpion, arborait-il ses dents pointues avec appétits.
_ En es-tu si sûr, resta assuré Milo ?
_ Tu ne peux pas être en plus mauvaise posture.
_ Et toi donc ?! »
A cet instant un flot de sang éclaboussa Milo. L’hémoglobine jaillit de dix nouveaux alvéoles microscopiques faits dans la Leaf de la Dryade.
_ « Crois-tu que je m’étais contenté de te casser le nez tout à l’heure ? Visiblement ton déplacement à la vitesse de la lumière n’était dû qu’aux forces que tu subtilises à tes adversaires. On voit bien qu’il n’est pas dans tes habitudes de maîtriser une telle capacité. »
La Dryade tomba à genoux de douleur, repliant ses mains en croix pour tenter vainement de retenir les hémorragies qui partaient de tout son corps.
Finalement, c’est sa tête qu’il prit entre ses mains et il commença à se rouler parterre pendant que Milo se libérait grâce au tranchant de ses ongles rouges qu’il avait allongé.
_ « Je ne pense pas que tu mourras de tes blessures. C’est la folie qu’inflige la douleur des quatorze aiguilles qui aura raison de toi. »
Malgré ses yeux décolorés, brisés par la souffrance, Phonos qui commençait à convulser défiait Milo, qui brillait tel le soleil, pour se débarrasser une bonne fois pour toute des toiles.
Une fois face à lui, le Scorpion dirigea son aiguillon vers son ½il gauche et le lui transperça.
_ « Je voulais simplement m’assurer que tu ne simulais pas cette fois, justifia Milo à un Phonos hurlant de supplice les mains sur son ½il éborgné. Tu ne mérites pas l’Antarès. Mais je n’ai pas le temps de te voir agoniser. Adieu Phonos du Meurtre, annonça-t-il la sentence en abattant son talon sur le crâne de sa victime. »
Le geste, brutal, lui enfonça la tête dans les dalles de ciment.
Voyant que les nerfs faisaient encore leur effet, Milo ne prit aucun risque et répéta son geste plus puissamment encore, jusqu’à en faire éclater ses os et sa chair et être souillé à nouveau.
Cette fois-ci, plus rien ne bougeait. La victoire était acquise.

Plus loin, Naïra peinait à suivre la progression efficace de Shaka.
Celui-ci par quelques émanations de cosmos, semblables pour ses yeux de Saint de bronze à des rayons de lumière, balayait les Dryades.
Les armées d’Eris jaillissaient des renfoncements des murs ou bien se laissaient glisser le long des racines de l’Utérus.
Derrière lui, par quelques coups à la vitesse du son, elle achevait les ennemis les plus robustes et les plus téméraires.
Cela leur permit d’avaler les mètres de ce second étage, que leur a permis d’atteindre Jaguar par son attaque surprise.
Néanmoins, ils n’en voyaient pas le bout.
_ « A chaque mètre parcouru, nous débouchons dans une petite pièce qui n’a que pour seule issue un couloir dirigeant vers une direction opposée à celle d’où nous venons, déplora le Saint de bronze de la Colombe qui rejoignit encore Shaka. »
Celui-ci était immobile. Ses yeux clos étaient dirigés vers le nouvel embranchement qui était cette fois-ci obstrué par des vestiges effondrés.
_ « Cet étage est un vrai labyrinthe, poursuivit-elle. Je comprends que nous y fûmes invités par Jaguar. Ne devrions-nous pas forcer l’accès par le plafond ?
_ L’Utérus absorbe l’énergie de discorde et nourrit Eris. Lorsqu’une Dryade ou un Ghost Saint sont démis, cela équivaut à autant d’énergie dépensée inutilement pour lui. Néanmoins, quand notre cosmos est ébranlé ou repoussé cela l’engraisse. Notre cosmo énergie est une force à l’opposé de la sienne, une énergie négative dont il se nourrit. Tu as vu que la structure complète du palais était maintenue par l’arbre nourricier. Il fait partie intégrante des fondations. Rompre les murs, les sols, les plafonds, c’est heurter de notre énergie l’arbre et accroître sa force.
_ Je comprends, baissa-t-elle la tête, veuillez pardonner ma crédulité.
_ Ce n’est rien, la rassura-t-il d’un sourire mesquin, voilà pourquoi nous avons composé de telles équipes. Afin que les Saints de bronze profitent de l’expérience des Saints d’argent et à fortiori des Saints d’or. »
La Nord-coréenne jubilait d’être ainsi équipière d’un vénérable chevalier.
Toutefois, Shaka restait perturbé par la seule issue proposée : « L’accès à la pièce suivante est bloqué. Seule une trouée au sol nous propose de revenir au rez-de-chaussée. Cela nous oblige à poursuivre encore notre route vers le centre de la structure alors qu’il nous serait préférable de monter par le flanc. Un danger nous y attend à coup sûr. Sois sur tes gardes. »

A l’opposé de là, l’éboulement de quelques cailloux depuis l’étage au travers duquel il était passé, ainsi que le sang qui s’écoulait de sa plaie crânienne réveillèrent Apodis.
L’effondrement était causé par Orpheus qui se laissait glisser contre la pierre, avant de se raccrocher à la soie de Phonos, comme un animal allant de liane en liane pour atterrir devant.
_ « A en juger ton casque fissuré, tu dois ta survie à ta Cloth, examina-t-il le Saint de bronze qui tentait de se relever malgré la soie qui endiguait ses mouvements.
_ Cesse de fanfaronner ! Ce n’est pas terminé.
_ Qu’espères-tu franchement dans ton état ? Qui plus est, que peut espérer un Saint de bronze contre un Saint d’argent ?
_ Tout, affirma-t-il en s’extirpant des liens de Phonos à grands coups de serres ! Je suis déterminé à remporter la victoire et à tout donner pour ma cause. Cette détermination nourrit l’espoir ! Un sentiment qui t’a quitté toi qui ne crois plus en rien ! Toi qui as perdu l’espoir !
_ De bien grands mots, ferma-t-il les yeux avec dédain. Je vais te montrer qu’une Guerre Sainte ne se gagne pas que par les mots ! Stringer Requiem ! »
Bras tendus le long de son corps, paumes de mains ouvertes vers Apodis, doigts grands écartés, Orpheus fixait son adversaire avec confiance.
_ « Tu es devenu fou Fantôme, fanfaronna Apodis sans remarquer l’émanation de cosmos d’Orpheus ! La perte de ta lyre t’a…
_ Quoi ? J’écoute ! Ah moins que ta gorge ne soit nouée ? Comme si les cordes de ma lyre te serraient de nouveau ?! Tu es bien crédule de penser que sans ma lyre je suis sans moyens. Des années durant, mon corps a subi les effets du Stringer Requiem. Le supportant puis l’acceptant. L’assimilant à ma cosmo énergie. Si bien que les effluves de mon aura retentissent comme les cordes de ma lyre. Tu n’as pas besoin de tendre l’oreille pour l’entendre. Mon cosmos, comme le son de ma lyre, pénètrent ton corps et impactent ton système nerveux. Lorsque j’aurai poussé mon cosmos à son paroxysme, alors se jouera ma dernière note et tu tomberas inerte. Privé de tes cinq sens, attendant la mort que je te donnerai d’un coup tranchant au c½ur. Adieu ! »
Orpheus continuait de relâcher son cosmos bleuté. Celui-ci, tourbillonnant dans l’atmosphère, emportait peu à peu Apodis dans les abîmes.
_ « Je ne sens plus mon corps… J’étouffe, je n’arrive plus à respirer… Ma gorge est sèche, j’aimerai crier ma souffrance mais aucun son ne vient… Je n’entends plus ses sarcasmes… Et je n’aperçois plus que le bleu profond de son cosmos… Et ses vibrations… Sa cosmo énergie vibre en moi… A chaque claquement de corde je sens mes nerfs lâcher…
_ Le final arrive. Sens-tu la mort t’ouvrir les bras ?
_ … Pourtant, comme lorsque j’ai entendu lors de notre rencontre son instrument, cette sensation m’est familière. Je l’ai déjà éprouvé. Comme… Comme lors de mon apprentissage avec Maître Orphée… Ces moments de paralysie contre lesquels je devais lutter en embrasant mon cosmos. Ces moments de rythmes accélérés sur lesquels je devais coordonner mes mouvements pour augmenter ma vitesse. J’ai déjà ressenti ça. Ça n’était pas si fort. Pas si agressif. J’étais l’apprenti d’un professeur patient. Mais aujourd’hui je suis un Saint. Je peux endurer plus de souffrances. Je l’ai déjà fait.
_ Et voici la dernière note ! »
Alors que le maelström bleu s’activait, celui-ci verdit fortement au contact d’Apodis.
_ « … Si je ne le fais pas, il prendra à revers Naïra… »
Le mouvement circulaire de cosmos ralentit, prenant une teinte olivâtre.
_ « … Si je ne le fais pas, je décevrai Aeson, Rigel, Mayura, Georg, Juan qui voient leur frère Orphée à travers moi… »
L’aura cosmique d’Orpheus ne bougeait plus, elle était suspendu sous une couleur tangerine.
 _ « … Je ralentirai la progression de Milo, Shaka et Aiolia. J’échouerai. Je ferai honte à Athéna… »
La masse de cosmo énergie était maintenant orange, semblable à l’effluve cosmique de l’Oiseau de Paradis.
_ « … Je permettrai à Eris de renaître pleinement. Je donnerai raison à cet Orpheus ! Je ne serai pas digne de prétendre vouloir renverser les Enfers et apporter la paix durable aux hommes ! »
Le mouvement d’air tournoya alors en sens inverse, du même éclat orange que le cosmos d’Apodis.
_ « Il me renvoie ma note ultime, déplora Orpheus. Sa cosmo énergie brûle la lumière du soleil couchant !
_ Orpheus ! Tu te trompes en croyant pouvoir écraser mon cosmos d’espoir avec ton cosmos sinistre ! Je ne céderai pas à ton fatalisme !
_ Dans ce cas je concentrerai ma dernière note dans ce poing et te transpercerai le c½ur si le son de mon cosmos n’atteint plus ton cosmos crédule ! J’ai déjà vu ta technique, tu ne m’atteindras pas deux fois ! Stringer Requiem, se jeta à contre courant Orpheus.
_ Le Shining Apus Claw n’est pas la seule technique que m’a enseignée votre lointain successeur. Je laverai l’honneur des Saints d’argent de la Lyre avec mon Battement d’Ailes Majestueux ! Wing Jikan No Yoyu ! »
Apodis abattit d’abord ses bras pour souffler son énergie contre Orpheus et ralentir sa course.
Il relança ses bras en arrière tel un rapace, se donnant de l’impulsion avant de piquer sur sa proie.
Le vent brûlant fut si fort qu’il immobilisa le Fantôme, incapable de déclencher son coup à une vitesse propre de celle d’un Saint d’argent surpassant son sujet. Le Saint de bronze esquiva d’un mouvement d’épaule et lui déchira l’abdomen.
Le Ghost Saint chuta tête la première sous le puit de lumière créé par la chute précédente d’Apodis. Son corps retomba sur le dos, exposant son plastron perforé, les morceaux de sa Leaf soudés à sa chair par son sang caramélisé, brûlé par l’Oiseau de Paradis.
Autour de lui, puis, sur son corps, germèrent des fleurs jaune orangé.
A bout de force, Apodis chancela jusqu’à lui.
Il ne lui fit même pas l’honneur de le fixer dans les yeux pour l’accompagner dans son agonie.
Il se laissa tomber à genoux, à bout de force, la tête levée vers la cavité qu’il avait occasionnée malgré lui un peu plus tôt. Un ½il sur deux ouvert, il laissait le soleil caresser son visage souillé de son sang.
Autour de lui, les pétales de fleurs, des soucis, que laissaient peu à peu le cadavre d’Orpheus, virevoltaient au gré de la brise.
_ « Maître Orphée… Cette victoire, je vous la dédie, finit-il par s’écrouler. »
Fleurs associées depuis l’Antiquité à la douleur et au chagrin, les soucis emportèrent Orpheus en symbolisant l’affliction ressentie par Apodis lors de la disparition de son respecté professeur…

Au loin, aussitôt descendus dans les décombres des catacombes, Shaka et Naïra se virent bloquer la route par un Ghost Saint : « Je vous attendais Saints ! »
Immédiatement, Naïra reconnut leur opposant : « Une Cloth… Du moins, une Leaf reprenant les traits d’une Cloth ! Bien que la sienne soit plus détaillée, elle ressemble beaucoup à celle utilisée par Ptolémy Saint d’argent de la Flèche.
_ Une évolution de l’armure au fil des générations je présume, compléta Shaka. »
L’homme à la tunique blanche sous sa Leaf bleue engagea les hostilités : « Je suis en effet un Fantôme. Maya Ghost Saint de la Flèche. Et je vais vous tuer au nom de la déesse Eris ! »
Il s’élança contre Shaka, premier rempart, qui vint à sa rencontre dans les airs pour couper son élan.
Les deux hommes s’échangèrent brièvement quelques coups au corps à corps, que chacun veilla à esquiver.
Retombant tous les deux dans des directions opposées à celles prises au départ, Maya se retrouva pris en étau entre Shaka et Naïra.
La Saint de bronze en profita pour l’attaquer dans son dos en frappant une multitude de coups à la vitesse du son.
Alerte, capable de se déplacer à une vitesse variant de mach 2 à mach 5, Maya esquiva si vite que Naïra eut l’impression qu’il s’était démultiplié par cinq.
_ « A mon tour, enchaîna t’il : Hunting Arrow Express ! »
Maya lui envoya d'innombrables flèches illusoires faîtes de cosmos qu’elle reçut de plein fouet. Martelée, rayant son armure blanche et crème, elle retomba en arrière, étourdie, à la merci de la pluie de Flèches de Chasse qui continuait de déferler.
Capable de mélanger illusions et véritables flèches gorgées de poison pour tromper sa cible, Maya espéra l’achever par une pointe matérialisée.
Quand tout à coup, à la vitesse de la lumière, Shaka devança l’arme en traversant la pièce jusqu’à sa camarade. Il saisit la flèche au vol et la brisa en serrant le poing.
_ « Ce Ghost Saint, aussi pourri soit-il, faisait parti des Saints d’argent. A coup sûr, il est plus rapide et fort que toi. Le danger est trop grand. Je me charge de lui. Toi, poursuis ta route et déblaye-moi le passage des miteuses Dryades qui y pullulent. »
Flageolante, Naïra s’aida de la main tendue par Shaka pour se remettre d’aplomb.
Sans broncher, elle s’exécuta et passa devant le Ghost Saint qui ne s’en soucia pas…
Flashback

Le serveur, en pleine course, vient servir Kyoko et Mars : « Attention Mademoiselle Monsieur ! »
Le récit sanglant d’Eris interrompu, la réincarnation d’Arès ne put se retenir de claquer sa langue contre son palet d’effroi. 
Profitant de ce monde contemporain qu’elle voue à la discorde, Eris trépigne à l’idée de recevoir sa coupe de champagne…


Pendant ce temps à Asgard, au Walhalla, Hilda, Freya, Hagen et Siegfried échangent leurs opinions, attablés dans une des salles de réception du château.
La grande pièce est si calme, que les quatre amis peuvent entendre le bois craquer dans la cheminée.
Les bras croisés, callé au fond de sa chaise, Siegfried tourne volontairement la tête en direction des flammes pour montrer son mécontentement au sujet de l’arrivée de Thétis, inconnue en ces terres.
Hilda tapote inexorablement ses ongles sur la table massive en chêne en écoutant sa s½ur.
_ « Je t’assure ma s½ur, c’était magnifique, piaffe Freya.
_ Il est vrai que nous avons assisté à un… Comment dire… Les mots me manquent, tente de confirmer Hagen discret jusqu’ici…
_ Un spectacle merveilleux, achève Freya !
_ Hum, se racle la gorge Siegfried… Toujours est-il qu’il s’agit d’un visiteur de plus. Ces derniers mois, la visite d’un étranger n’a jamais rien auguré de bon.
_ Il s’agit d’une voix d’ange. Elle a à peine ouvert la bouche, que nous étions sous son charme. »
Brusquement, Hilda se lève et leur tourne le dos : « Peux-tu me dire Freya ce que tu faisais d’un temps pareil dehors pour ramasser cette intruse ?
_ Je… J’étais avec Hagen, dans la grotte de lave. En sécurité. Et ne le gronde pas ma s½ur, c’est moi qui ai insisté pour l’accompagner ! »

Un long silence parvient à ramener tout le monde au calme, jusqu’à ce qu’Hilda prenne sa décision : « Nous attendrons qu’elle se réveille et nous la questionnerons. Si j’estime qu’elle ne représente aucun danger, alors nous la laisserons partir. »
Pour la première fois de sa vie, Siegfried bondit de colère devant Hilda : « Majesté ! C’est de la folie ! Aussi innocente, belle ou enchanteresse puisse être cette femme, elle n’a pas moins résisté à un froid qui pourrait tuer jusqu’au meilleur de nos hommes. Une bataille fratricide vient d’avoir eu lieu au Sanctuaire. Athéna est affaiblie et n’importe quel dieu ennemi pourrait en profiter pour attaquer ses positions alliées, dont nous. »
Prise de rage devant l’attitude de son ami et face au spectacle polaire auquel elle assiste depuis la fenêtre, Hilda s’emporte : « Nous ne sommes alliés de personne. Ces derniers millénaires nous nous sommes évertués à rester neutres face aux Guerres Saintes qui nous entouraient. Nous sommes restés silencieux face à la souffrance qui résulte de notre mission sur Terre. Je n’ai pas besoin de recevoir d’ordres du Sanctuaire, ni d’étudier des stratégies les concernant, pour prendre une décision qui n’incombe qu’à moi-même. »
Vexé, Siegfried quitte furieux la pièce en claquant la porte.
D’un hochement de tête complice, Freya invite Hagen à sortir rejoindre leur ami.
Seule avec son aînée, Freya pose une main innocente sur son épaule.
_ « Ma s½ur…
_ Pardonne ma réaction Freya, tombe à genoux Hilda. Je suis simplement fatiguée ces temps-ci. La météo capricieuse exige que j’offre davantage de prières et d’énergie à Odin. Je suis exténuée.
_ Et ce que tu as dis… Sur le Sanctuaire ?
_ Nous avons toujours été fidèles à Athéna. C’est juste que le comportement de Siegfried m’a fait sortir de mes gonds. Sa présence à mes côtés me perturbe de plus en plus. J’aimerai garder le dessus, rester maîtresse de mes sentiments.
_ Pour moi qui te connais si bien, ce n’est pas dur à deviner que tu l’aimes. Et, dans l’autre cas, tout le monde peut le deviner. Depuis toujours Siegfried t’… "
Habituée aux interruptions aujourd’hui, Hilda peut entendre la voix grondante d’un gardien l’appeler du bout du couloir : « Majesté ! »

Très vite, les s½urs de Polaris débarquent devant la chambrette où tous les hauts dignitaires qui peuplent le château sont déjà amassés.
Par curiosité, par appréhension après les derniers évènements, ou par pure gentillesse pour cette voyageuse égarée, toute la cour du Walhalla est présente.
A mesure qu’elle s’écarte pour laisser Hilda avancer dans la pièce, Freya se hâte de trouver Bedra de Edel et Syd de Mizar, son couple d’ami.

A l’intérieur, soutenue par Lyfia, la dame de chambre des Polaris, Thétis ramène timidement à peine assez de drap pour couvrir la totalité de son buste aux formes généreuses.
Surplombant Lyfia de sa haute stature, Andreas, le médecin de la cour, rassure la Prêtresse d’Odin d’un hochement de tête quant à l’état de santé de l’intruse.
Alors, Hilda peut tomber sur le regard améthyste de la Suédoise aux cheveux fins qui descendent sur ses épaules et sa poitrine dénudée.
_ « Votre altesse, baisse honteusement la tête Thétis.
_ Vous savez qui je suis ?
_ De longs cheveux oscillant entre l’azur et le mauve, un regard plein de tendresse, des lèvres pulpeuses prêtes à ne dispenser que de généreuses paroles. Voilà la description qu’on m’a faite d’Hilda de Polaris. »
Les yeux de Thétis témoignent d’un profond respect mais aussi d’un charme indiscutable.
Gênée, Hilda n’en perd pas moins son bon sens : « Asgard est une contrée dont personne de la vie contemporaine ne connaît l’existence. Qui a pu vous parler de moi ? »
Avec aplomb, la Sirène assure : « Alexer de Blue Graad. »
Têtu et prudent, Siegfried pénètre dans la pièce et rétorque : « Blue Graad. Astucieux comme idée. Si nous voulons vérifier cette information, il nous faudrait plusieurs jours pour nous y rendre et y revenir. Après avoir attendu la fin de la tempête bien sûr. »
Accompagné de son frère ainé, lui aussi curieux de cette présence fortuite, Siegfried se laisse baisser d’un ton après que Sigmund lui cramponne l’épaule.
Thétis reste calme, serrant un peu plus fort et remontant un peu plus haut ses couvertures pour se fondre en victime.
_ « Je ne suis qu’une musicienne itinérante. D’ordinaire j’offre mes chants dans les contrées de Sibérie en échange du gîte et du couvert. C’est lors de mon passage à Blue Graad, certes aussi peu connu du monde contemporain qu’Asgard, mais plus accessible pour les personnes originaires depuis toujours de l’extrême nord de la Sibérie orientale, qu’on m’a parlé de votre contrée. Eloignée, seule et souffrant d’un climat encore plus hostile que la citée d’Alexer. Vivant depuis toujours dans la solitude et la douleur du froid, j’ai voulu découvrir votre royaume et peut-être réussir à réchauffer vos c½urs avec ma voix ?
_ Ma petite s½ur m’a vanté en effet votre voix d’ange, serait-ce trop osé de vous demander votre nom et de me laisser apprécier votre art ? »
Sans même lui répondre, Thétis entrouvre la bouche pour aspirer lentement l’air qui lui permettra de dégager le son mélodieux de sa voix.
Dès cet instant, par la sensualité du mouvement de ses lèvres et son regard envoûtant, la foule se sent hypnotisée. Un silence absolu permet même aux enfants les moins disciplinés d’apprécier le chant dès sa première note.
Encore plus que les autres, Hilda se sent absorbée, son regard demeure dans celui de la voyageuse, pendant qu’elle tremble de tous ses membres.
Cette manifestation sonore, douce et mélodieuse subjugue les nobles présents à l’entrée de la pièce, jusqu’à Siegfried, qui perd sa grimace méfiante.
Et c’est seulement lorsque cette symphonie improbable et merveilleuse commence à se perdre dans le calme de l’appartement que le futur Guerrier Divin réalise : « Le moindre danger aurait pu survenir, je n’aurai su m’en apercevoir tant ce prodige m’ensorcelait. » 
Lorsque le chant s’achève enfin, l’artiste répond alors : « Je suis Thétis, la vagabonde. »
Même sans être récités, ces mots avaient une ligne mélodique particulière. Ce fil harmonique ramène Hilda à elle. Son c½ur bat encore à s’en rompre la poitrine, ses jambes demeurent faibles à l’idée de la porter. Mais pour rien au monde, elle n’abandonne les yeux rosés de cette virtuose.

Enfin l’assistance s’extirpe de cet état de transe.
Très vite les chuchotements quotidiens reprennent leur droit pour ne parler que d’une seule et même chose, l’artiste à la voix d’ange. Une voix… 
_ « De sirène, complète dans son esprit Siegfried ! »
Bien trop soupçonneux pour ne pas rentrer dans le même jeu que les siens, le défenseur d’Odin refuse de se laisser convaincre si facilement.
Abandonnant ses compatriotes, il s’extirpe de la prise de Sigmund et quitte furieux la chambre sans que cela ne passe inaperçu aux yeux de Thétis.

Mimant avec complaisance son innocence, Thétis s’inquiète d’Hilda.
_ « Majesté. Vous semblez soucieuse. Ma prestation n’a-t-elle pas été à la hauteur ? »
L’effet de surprise achevé, progressivement, la foule abandonne la chambre d’accueil où seules les s½urs de Polaris, Hagen, Lyfia, Syd et Bedra conversent en compagnie de leur hôte.
Andreas, après avoir contrôlé la température de Thétis, prend également congé.
Hilda est toute gênée de se confesser ainsi devant ses proches : « Veuillez m’excuser. Du tout, j’ai été intensément… Déstabilisée. »
Un léger sourire, timide et affectueux sur les lèvres de la Prêtresse d’Odin passe inaperçu puisque Freya, d’un air enfantin, supplie sa s½ur : « Alors elle peut rester ? Hein grande s½ur ?! Dis grande s½ur ?! »
Ne pouvant refuser après avoir avouée à demi-mot sa soudaine passion, Hilda rassure sa cadette : « Thétis pourra rester ici cette nuit. Je vais lever la garde devant sa porte. Elle pourra aller et venir à l’intérieur du Walhalla à sa guise, afin de découvrir toutes les richesses de notre culture. »
La Sirène agrippe la main d’Hilda et baisse la tête en sa direction. Durant sa flexion elle frôle volontairement la poitrine de la majestueuse Nordique.
Hilda est de nouveau perturbée par ce geste et la douceur de la peau de la svelte inconnue qui poursuit ses compliments : « Je ne mérite pas de tels égards votre Majesté. Je ne sais comment vous remercier pour votre hospitalité. »

5
Only for Love / Chapitre 74
« on: 4 July 2021 à 12h09 »
Chapitre 74

Dans le night club de Buenos Aires où Tromos a choisi de se venger, celui-ci est parvenu à soudoyer un employé, en se faisant passer pour un amateur de sensations fortes.
Il suit impatiemment le salarié à l’allure louche.
Enfoncé à l’arrière du club, là où les basses détonnent de façon moins assourdissante, il progresse dans une pièce sans lumière.
A l’étroit dans le couloir sombre qu’il traverse, il bute régulièrement contre des cartons remplis de stocks de verres et d’alcool.
Soudain, le barman stoppe sa progression.
Il tâtonne contre le mur.
Puis parvient enfin à trouver l’interrupteur.
Il illumine un escalier en béton qui commence devant eux.
Alors, ils s’enfoncent dans les sous-sols à l’hygiène déplorable.

En s’y engageant, ils croisent un individu, qui remonte en réajustant son pantalon.
Celui-ci salue le guide du Berserker : « Tiens ! Prends ces billets en plus ! Ça valait vraiment le coup. Il était génial celui-là. »
Puis l’inconnu regarde Tromos avec complaisance : « Toi aussi tu viens voir les petits nouveaux ? »
Le barman aux attentions crapuleuses prend congés en reprenant sa route : « Non laisse tomber… Notre ami est là pour tout autre chose ! »

Dans le flou, Tromos déboule enfin dans une grotte clandestine où plusieurs pièces de fortune sont montées à l’intermédiaire de palettes de bois et de bâches plastifiés.
Le sol est terreux et l’air humide.
Les murs sont faits d’un vieux béton craquelé, où quelques graffitis servent de décorations.
Par les trous dans les toiles, l’investigateur reconnaît dans chaque pièce des prostituées, des mallettes d’argent, ou des établis qui servent de laboratoires de fortunes pour quelques dealers de drogue.
Puis, dans la pièce où il est conduit, croyant avoir vu jusqu’ici tout ce qu’il pouvait y avoir de pire en l’homme, il tombe nez à nez avec un petit garçon au corps nu et battu.
Sur ses jambes maigrelettes, coule encore le sang et la honte du monstre venu abuser de lui.

Avant de refermer le rideau, le guide de Tromos congédie l’innocent : « Allez, dégage avec les autres ! Et vite si tu veux bouffer ce soir ! »
Tendant le bras vers un sachet de poudre blanche, le trafiquant poursuit ensuite à l’attention de son invité.
Cependant, Tromos n’arrive plus à décrocher le regard de l’emplacement où se tenait encore il y a peu l’enfant : « L’homme qu’on a croisé, lorsqu’il parlé des petits nouveaux, il parlait des enfants que vous prostituez n’est-ce pas ? »
L’ignoble individu dévoile sa vraie nature : « Pourquoi ? Ça t’intéresse ?! Dans ce cas il faudra mettre une rallonge si tu veux un bon shoot et une baise. En même temps, faut dire que ces gamins qu’on vient de récupérer c’est de la première main. Ils méritent le prix ! »
La consternation ôte tout moyen de contrôle en Tromos.
Si bien que le criminel réalise enfin qu’il risque gros en voyant le colosse devenir rouge de colère.
Instinctivement, il sort de sous le bureau un revolver qu’il pointe sur le client : « Merde ! Fais chier ! Pourquoi ça n’arrive qu’à moi les types dans ton genre ! Les copains ne sont pas emmerdés eux ! Leurs consommateurs ont l’embarras du choix ! Alors ils achètent ce qu’ils veulent ! Des armes ! De la drogue ! Des putes ! Ou des mômes ! En fermant les yeux sur ce qui ne leur plait pas ! Mais toi t’as l’air d’être un casse-couille, qui, de plus, se la joue bonne morale ! Alors je vais te refroidir comme tous ceux qui me prennent la tête ! Puis je te ferai les poches après bien sûr ! A la limite je peux te revendre au monstre ! C’est un type de chez nous qui prend son pied sur les cadavres ! Un gros costaud comme toi ça doit bien se monnayer ! »
Sans plus attendre, il tire une balle en pleine tête de Tromos qui s’effondre.

Immédiatement, de toutes les pièces alentours, cela interpelle ses complices qui veulent savoir ce qui se passe.
Les clients clandestins, inquiets, sortent de derrière les alcôves de fortune l’air hagard.
Alors aussitôt, le criminel ramène tout le monde au calme : « C’est bon ! C’est moi qui me suis fait un fils de pute qui se la racontait. »
D’un geste de la main, il les renvoie vaquer à leurs basses besognes.

Attendant d’être de nouveau seul avec Tromos, il se précipite ensuite vers lui pour fouiller son cadavre.
Il est subitement interloqué par le fait que rien ne marque le visage de sa victime malgré son tir.
Tout à coup, avec une simplicité dépassant l’entendement, d’un geste brusque, Tromos l’attrape si fort par la gorge qu’il ne peut pas appeler à l’aide.
Tromos le soulève et vient l’encastrer dans le bureau : « Difficile pour moi de me coucher en faisant semblant d’être mort quand cet impact de balle a l’effet d’une piqûre de moustique ! Ne cherche pas à te débattre ! Il me suffit de presser légèrement pour te briser la nuque ! Tu devrais pouvoir encore chuchoter, alors tu vas répondre à toutes mes questions… »
Le misérable secoue la tête pour aviser son agresseur de son refus d’obtempérer.
Alors avec son autre main Tromos lui saisit un poignet qu’il serre à peine et brise pourtant.
Son cri étouffé par la pression exercée sur sa gorge, le vaurien agite finalement la tête d’un signe complaisant.
_ « Où se cache Segador, commence Tromos ?
_ A l’étage. Tout au bout du couloir. Il ne reste pas ici dans la puanteur du sang, du foutre et de la crasse. Mais cette partie du bâtiment est surveillée par une dizaine d’hommes armés. Elle n’est pas accessible aux clients, soupire-t-il d’une voix étouffée.
_ Votre réseau ! Où se trouve le centre de votre réseau, insiste le géant ?!
_ Ici. Nous sommes regroupés ici. Nos marchandises, nos prisonniers. Si tu continues plus loin dans le sous-sol, tu découvriras tout le monde. »
Lorsque Tromos peut enfin poser son regard dans les yeux du malfaiteur, ce n’est plus du chagrin qu’il éprouve mais une haine salvatrice.
Sans en dire plus, il glisse ses doigts au fond de la gorge de sa proie et en extrait sa langue qui balance au sol.
La douleur lui parait atroce.
Incapable d’appeler au secours ni d’hurler sa douleur, le malfrat gesticule en ahanant au bout du long bras du Berserker.
L’odieux personnage succombe lentement en s’étouffant dans son sang, avant d’être jeté à terre comme un détritus.

Pris d’une colère frénétique, Tromos sort du parcage où il était en l’arrachant d’un simple écart de bras, emportant avec lui les piécettes accolées.
Ce mouvement d’humeur interpelle immédiatement les occupants.
Ils brandissent leurs armes qu’ils vident en direction du Berserker, sans se soucier ni des innocents qu’ils prostituent, ni de leurs consommateurs de drogue pris dans leurs champs de tir.
Heureusement, devançant chaque balle, Tromos réagit à une vitesse proche de celle de la lumière et récupère chaque bille de métal afin qu’aucune ne trouve de cible.
Puis, se précipitant vers l’escalier qu’il a emprunté plus tôt, il bloque la sortie à quiconque : « J’ai l’impression que le vacarme là-haut empêchera qui que ce soit de s’inquiéter de votre sort ! »


En terrasse de café, à Athènes, Mars retourne la carte des choix dans tous les sens, tandis que Kyoko l’examine attentivement.
Impatient qu’il est de découvrir la suite des aventures d’Eris trois ans plus tôt, il ne tient pas en place.
_ « C’est bon ?! Tu as fait ton choix ?!
_ Je vais poursuivre tout en me décidant. Sinon tu ne me laisseras pas en paix… »

Flashback
L’Utérus avait déjà quitté le Sanctuaire, emportant Eris et ses Dryades.
Néanmoins, Milo et Shoko luttaient toujours contre la sphère de cosmos laissée par Eris avant son départ et qui menaçait de raser le cimetière du Sanctuaire tout entier.
Shoko retombait d’épuisement au sol. Elle avait tout donné.
Trop faible, son esprit s’évanouit dans le désarroi, à l’idée d’abandonner Milo seul et à bout de force.
Du moins, c’est ce qu’elle crut.
Alors qu’il était à sa merci, Milo vit la sphère pourpre se résorber.
Instinctivement, il tourna la tête vers Shoko.
_ « Ce n’est pas possible… Elle aurait réussi à… »
Le globe rapetissait de plus en plus et lorsqu’il regarda derrière Shoko, il reconnut un fauteuil roulant vide.
Devant celui-ci, debout, une femme Saint aux cheveux jaune verdâtre tendait ses bras vers la menace : « Bangosenseki ! »
La Roche d’Isolation de Mayura sortit aux pieds de Milo.
Renversant les stèles, retournant les tombes, un monticule de terre et de pierre vint recouvrir la boule qui continuait de s’amoindrir.
Lorsque Milo leva les yeux plus haut, en direction des marches des douze maisons, il vit Shaka, à hauteur de la maison du Bélier, léviter.
Ses mains étaient posées à plat, sur le haut des cuisses, dans son giron : « Tenpo Rin In ! »
Milo devint admiratif mais Mayura, couverte de sa Cloth par-dessus son corps bandé, insista : « Saint du Scorpion ! Shaka chasse tout doute de son esprit pour pouvoir ainsi augmenter son cosmos ! C'est une méthode de concentration ! Il a besoin de relâcher plus de forces s’il veut diminuer davantage l’énergie rémanente d’Eris ! Vous devez m’aider à la maintenir en attendant ! »
N’ayant plus de forces dans les bras, le visage couvert du sang de ses hémorragies internes, Milo fixa alors le Bangosenseki de Mayura qui manquait de lâcher : « Restriction ! »
Au même instant, Shaka libérait enfin toute sa puissance : « Om ! »
Aussitôt, l’étau exercé par Mayura et Milo se resserra plus efficacement et enfin, Shaka fit imploser à l’intérieur du Bangosenseki la radiation divine : « Tenma Kofuku ! »
Légèrement soulevés, aspirés par l’implosion, les spectateurs furent ensuite cloués au sol par l’onde de choc.
La Roche d’Isolation s’effrita pour redevenir poussière au sol.
Incapable de se lever, misérable, Rigel reconnut, à travers le nuage de fumée soulevé par les chocs répétés, Mayura, sa camarade, qu’il n’osa pas regarder dans les yeux.
_ « Mayura Saint d’argent du Paon… Heureusement tu es venu nous sauver, lâcha de honte Rigel.
_ Une chance que je me sois alertée des variations suspectes du cosmos de celle-là, hocha-t-elle la tête vers Shoko. Une élève du camp des femmes chevaliers pleine de surprise. »
Plus loin, Katya remarqua que la Cloth du Petit Cheval quittait le corps de Shoko pour reprendre, malgré ses fissures, sa forme totémique et veiller sur elle.
Avec l’appui de Mii qui ne pouvait retenir ses larmes pour Kyoko, Katya resta digne : « La Cloth continue de veiller sur Shoko après que Kyoko nous a quitté. »
Quittant sa lévitation en haut de la falaise pour apparaître juste à ses côtés, Shaka épargna une chute d’épuisement à Milo.
Le léger choc de leurs Cloths permit à Milo de rester éveiller.
_ « Shaka… Heureusement tu as réussi à endiguer l’énergie d’Eris.
_ Je n’aurais rien réussi si tu ne l’avais pas amoindri avant mon arrivée et si tu n’avais pas aidé Mayura à la restreindre.
_ Une chance que tu ais perçu le danger.
_ Une chance que j’étais avec Mayura à cet instant et qu’elle ressente les troubles du cosmos de cette fille, hocha-t-il la tête en direction de Shoko. Tu la connais ?
_ Non. Je revenais de ma permission pendant laquelle j’étais parti voir Inakis. C’est en remontant vers les douze maisons que j’ai aperçu le danger.
_ C’est un miracle. Tu as pu éviter un véritable massacre. Eris est douée pour profiter de la faiblesse du c½ur des hommes pour que ses Dryades et elles puissent passer entre les mailles du kekkai d’Athéna. Et maintenant ? »
Milo, malgré ses blessures, ramassa Shoko et se dirigea vers Katya et Mii : « Maintenant nous allons faire notre rapport au Grand Pope. J’en profiterai pour déposer cette fille au temple des prêtresses. Je ne sais pas si elle s’y engagera pour devenir Saintia, ni même si elle y sera au moins admise, mais je pense que pour son acte héroïque, aujourd’hui au moins, elle mérite de reprendre des forces dans ce cadre apaisant, entourée des proches de sa s½ur. »
Katya et l’exigeante Mii acquiescèrent.
Aussitôt la Cloth du Petit Cheval s’envola en direction du temple des prêtresses.
Shaka tourna la tête en direction de Mayura : « Raccompagne donc Rigel chez lui et fait venir un médecin. Il va avoir besoin de repos. Je te retrouverai tout à l’heure pour que nous reprenions notre méditation. »
Sans mot dire, Mayura fit léviter par télékinésie son fauteuil et Rigel pour mieux s’exécuter.

A quelques kilomètres du Sanctuaire, par-delà les nuages, indétectable pour le monde contemporain, le temple d’Eris vivait son éclat d’antan.
Au sommet, dans la plus haute des chambres, Eris regardait l’arbre qui dominait l’édifice.
Il faisait éclore de ses feuilles des fleurs scintillantes qui retombaient dans tout le palais.
Vêtue désormais d’une robe écarlate très échancrée, la Déesse de la Discorde admirait sa magnificence retrouvée.
Até la rejoignit couverte de sa Leaf par-dessus son corps nu.
_ « Sublime n’est-ce pas Mère ?
_ Até… Ceci n’est rien. Nous sommes dans l’Utérus, une simple base qui va attirer l’attention du Sanctuaire. Celui-ci ne verra même pas renaître ma véritable citée enfouie à Hokkaido, le Jardin d’Eden. Comme le Sanctuaire d’Athéna, ma citée est faite de barrières naturelles infranchissables pour les mortels. Elle va ressurgir sans que personne ne la remarque. Et j’y établirai mon règne.
_ Mais… Et l’Utérus ?
_ A l’heure qu’il est, le Pope va préparer la riposte. Son attention est focalisée sur l’Utérus qui était retenu prisonnier au Sanctuaire. Mon Jardin d’Eden a besoin d’énergie pour sortir des entrailles d’Hokkaido. Et l’Utérus sert justement à récupérer l’énergie des combats qui se jouent en son sein. En m’envoyant une équipe pour m’éliminer, le Grand Pope va faire renaître mon Jardin d’Eden.
_ Mais Athéna doit s’en douter ?
_ Athéna, ricana Eris en admirant son reflet dans la Pomme d’Or… Pourquoi penses-tu que la Pomme d’Or m’a choisi plutôt que ma s½ur ? Parce que mon âme corrompue permet d’exprimer plus intensément ma personnalité et mes forces. Je sais de ma vie terrestre qu’Athéna n’est pas dans son Sanctuaire.
_ Comment ?!
_ Et oui… Le Grand Pope nourrit des intentions belliqueuses et par extensions permet le développement de rancoeurs, de désirs et de péchés. Rien de tel pour semer mes graines et les faire germer lorsque le moment sera venu de contre attaquer.
_ Mais sans Athéna, le Sanctuaire est vulnérable ! N’est-ce pas le bon moment justement ?
_ J’ai été emprisonnée pendant des milliers d’années. J’ai besoin de temps pour retrouver mes forces. Et le temps, c’est bien ce qui me permettra de semer mes graines pour remplir mon Jardin d’Eden d’une armée digne de ce nom.
_ Trouvons Athéna alors. C’est elle le vrai danger !
_ Sans ses Saints, elle n’est rien à l’heure qu’il est. Et le Grand Pope est déterminé à l’éliminer, songeait-elle en fixant la cime de l’Utérus… Quand il l’aura retrouvé, ajouta-t-elle rieuse ! Avec tous les moyens dont dispose le Sanctuaire, ils ne sont pas parvenus à remettre la main sur cette petite fille. Ce n’est pas notre royaume renaissant qui y parviendra. Laissons le Sanctuaire venir nourrir l’Utérus, caressa-t-elle d’appétit sa poitrine, puis faisons-nous oublier. Nous aurons toute l’opportunité de frapper lorsque le moment sera venu. »
Sans rien dire, Até prenait congé, à la fois convaincue par ce plan structuré et frustrée de ne pas encore fêter leur succès par le sang.
Eris, elle, s’affalait satisfaite dans son trône, passant ses jambes par-dessus l’accoudoir.
Elle reproduisit les caresses faîtes sur sa poitrine quelques secondes plus tôt, pour ressentir à nouveau le frisson qui la parcourut à cet instant.
_ « Toutefois, retint-elle Até… Je ne serais pas Eris si je ne profitais pas de la situation. Des Saints, naïfs et bienfaisants, comme Rigel d’Orion, vont venir en nombre ici. Le Pope va donc se démunir de remparts de choix. En divisant ses forces, il va les amenuiser. Une équipe restera ici pour assurer ma défense. Pendant que tous seront focalisés sur la bataille ici, une autre équipe s’infiltrera au Sanctuaire. Après tout, le Sanctuaire fait éclore de bien jolies fleurs qui ne demandent qu’à être butinées… »
Il n’en fallait pas plus pour rendre à Até, la meneuse des Dryades, un sourire froid.

Dans la chambre du Grand Pope, Shaka et Milo suivaient le long tapis rouge en direction de la sortie après avoir rendu leur rapport.
Couvert du casque d’or et de la toge blanche que Shion aimait arborer, Saga songeait déjà à la riposte.
L’état de Milo, qu’il venait d’autoriser à retourner se reposer et à régénérer sa Cloth dans sa Pandora Box, ne laissait pas de place au doute. Une fois les Saints sortis, il confessa son hésitation quant aux décisions à prendre : « Il a fallu les forces combinées de Shaka et de Mayura du Paon, qu’on dit la plus forte des femmes chevaliers, pour permettre à Milo de repousser la menace. Même Rigel d’Orion a été mis hors combat. Je ne peux envoyer que des forces sûres. Mais j’ai besoin de garder des personnes de confiance pour assurer ma garde également... »
Sa réflexion fut interrompue lorsque, d’un appartement jouxtant la salle d’audience, sortit la silhouette gracieuse de Katya une fois les Saints d’or partis et la grande porte refermée par la garde.
_ « Quelle journée, lui souffla Saga ! L’annonce de l’exécution pour trahison de Klaus à son ordre ne leur parut qu’une formalité après tout ça !
_ Vous m’en voyez navrée une fois de plus, minauda-t-elle en remuant lentement ses hanches tandis qu’elle tressait ses doigts les uns contre les autres derrière son dos.
_ Ne le sois pas, souriait-il gêné sous son masque, c’est mieux ainsi. Finalement la résurrection d’Eris le jour de la mort du représentant des prêtres ne pouvait pas mieux tomber. Même si cela contrarie mes autres plans, vociféra-t-il amer. J’aurai dû me douter lorsque j’ai vu la comète Repulse au plus proche de la Terre la nuit dernière, que la Pomme d’Or était de retour sur Terre et qu’Eris était prête à prendre sa revanche. Cela montre à quel point je suis encore perfectible en tant que Pope.
_ Ne soyez pas si dur envers vous-même, accourut-elle jusqu’à son trône où il était assis pour le réconforter ! Le chemin est peut-être semé d’embûches pour le Pope, mais rien n’est impossible pour l’homme accompli que vous êtes ! »
Saga se redressa et lui tourna le dos, l’intimant ainsi à stopper sa progression à hauteur des marches à gravir jusqu’à son siège.
_ « Peut-être ai-je déjà été trop proche de lui pour aujourd’hui, songea-t-elle. Ma modeste personne abuse sûrement de sa grandeur d’âme, baissa-t-elle la tête honteuse. »
Le Saint des Gémeaux prit la direction de son balcon.
_ « Comment se porte la s½ur du réceptacle ?
_ Shoko ?! Elle est encore inanimée. Elle est très affaiblie. Tant physiquement que moralement je pense.
_ L’étoile sous laquelle sont nées les s½urs est double. Elles étaient autant prédisposées l’une à devenir Eris que l’autre à devenir Saintia. Si la Pomme d’Or réagissait étrangement au contact de l’aînée, alors c’est qu’Eris se sentait plus à l’aise à son contact qu’avec la cadette qui pourtant semblait y être prédestinée au départ.
_ Après tout, peut-être que le fait d’avoir laissé Kyoko dans la confidence autour de l’absence d’Athéna a joué en faveur du choix d’Eris de la choisir plutôt que Shoko.
_ Ne la compare pas à toi. Même si elle ne le montrait pas, cette Saintia cachait bien des vices. Elle n’a pas attendu de connaître la vérité sur Athéna pour être corrompue. J’ai découvert sa liaison secrète avec Rigel alors qu’elle était encore aspirante Saintia et donc bien loin de se douter de la vérité. Elle avait déjà rompu son serment de chasteté, avant même d’être adoubée. Néanmoins, elle avait du talent, un fort potentiel. Pour le Sanctuaire cela aurait été dommage de perdre ça. Elle, elle avait une famille et un homme qu’elle aime. Elle avait des choses à perdre. Il n’a pas été compliqué de la convaincre de rallier à ma cause. Cela faisait des années qu’il n’y avait plus de Saintias au Sanctuaire, obligé que j’ai été de m’en débarrasser après la disparition d’Athéna pour ne pas être démasqué. Il me fallait à tout prix quelqu’un pour donner le change. Elle n’a pas fait grand cas de la vérité. Au contraire, son statut lui octroyait une position confortable. Loin des premières lignes, reconnue et respectée par son ordre. Et pour son allégeance, je l’autorisais à continuer à vivre son amour interdit. C’est tout ceci qui a fait aux yeux d’Eris de l’aînée un hôte plus distrayante que la cadette. »
Convaincue sans trop forcer, Katya était admirative. Elle buvait ses paroles.
_ « Et Shoko ? Qu’en ferons-nous ?
_ Tu m’as dit qu’elle avait un plus grand sens du devoir que sa s½ur ?
_ Par la force des choses, aujourd’hui, oui. Elle paraissait déterminée à devenir la Saintia que sa s½ur n’a pas été.
_ Et le peuple ?
_ Honkios a vite eu vent des événements et cela s’est répercuté dans tout le domaine. Le peuple la voit comme la jeune fille, qui se soulève contre la divinité qui lui a arraché sa s½ur ! L’héroïne qui a promis de devenir une meilleure servante d’Athéna pour expier la faute de sa s½ur ! Voilà comment on en parle déjà.
_ Je ne peux donc pas la répudier. Le peuple ne comprendrait pas qu’une héroïne soit ainsi traitée. Et je ne peux pas prendre le risque qu’elle découvre la vérité. Nous l’autoriserons donc à intégrer l’ordre des prêtresses. Elle sera aspirante Saintia. Tu me ramèneras ici la Cloth du Petit Cheval. Le temps que l’on voit si elle est assez disciplinée pour ne pas être radiée, la Cloth devrait se régénérer. Ainsi, l’armure ne forcera pas ma prise de décision. Nous aurons donc le temps de voir si nous pourrons la plier à mon service au fil des années, ou s’il faudra s’en débarrasser une fois que le peuple aura oublié son héroïsme. »
Il atteignit son balcon duquel il pouvait observer l’étendu du domaine sacré.
Son attention se portait sur le cimetière dévasté.
Tout autour du mausolée, les gardes s’affairaient déjà à remettre en terre les tombes retournées et à sceller les stèles renversées.
Des tailleurs de pierre gravaient de nouvelles pierres en remplacement de celles brisées ou enfouies.
Quelques hommes déversaient des brouettes de terre et quelques pierres pour ne faire du gouffre laissé par la libération de l’Utérus qu’une importante crevasse dans le versant de la montagne.
_ « Hors de question de laisser Eris contrecarrer mes plans, gronda Saga. Je vais convoquer sur ordre d’Athéna une mission de sauvetage. Tous les Saints qui seront conviés ignorent qu’Athéna n’est pas au Sanctuaire. J’enverrai donc des fanatiques dévoués à la cause comme Aiolia et Shaka. Milo aura à c½ur de prendre une revanche également. Rigel, une fois rétabli, aura une double motivation à participer à la mission. Kyoko l’a toujours préservé à propos d’Athéna. C’est un fidèle convaincu. Et il aura la volonté de sauver sa bien-aimée. Son ancien maître, Aeson de la Coupe, voudra certainement affronter ceux qui ont mis son élève dans cet état. Et puis, cela fait dix ans qu’il est assigné au Sanctuaire, puni pour son péché. Il aura à c½ur d’accomplir cette mission. Parmi les autres Saints d’argent, Georg de la Croix du Sud, Juan de l’Ecu et Mayura du Paon. Enfin, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Naïra de la Colombe me paraissent les plus dévoués à Athéna parmi les Saints de bronze les plus aguerris disponibles.
_ Et moi, demanda-t-elle timidement ? Je n’ai pas été à la hauteur aujourd’hui. J’ai manqué de prudence vis-à-vis de Klaus. Et j’ai été ridicule contre les Dryades. Donnez-moi une chance de me rattraper !
_ Le rôle d’une Saintia est de rester auprès d’Athéna. Ton départ pour l’Utérus serait suspect.
_ Mais…
_ Il suffit Katya !
_ Veuillez me pardonner Seigneur, dit-elle aussitôt en courbant l’échine.
_ Je n’ignore pas que Kyoko était ton amie. Un secret aussi lourd que le notre nécessite parfois de pouvoir le partager avec quelqu’un de confiance. Je me doute que par sa maturité et par le fait qu’elle soit dans la confidence tu te sois attachée à elle. Mais tu dois comprendre qu’elle n’est plus celle qu’elle était. Le pouvoir d’Eris a soudoyé totalement son c½ur et va lui permettre de réaliser des ambitions qu’elle n’osait pas imaginer encore ce matin. Je les comprends, murmura-t-il songeur…
_ Quoi donc ? De toutes les possibilités qu’offre un grand pouvoir ?
_ Oui… Et le soulagement de pouvoir partager un secret avec quelqu’un de confiance, lui sourit-il sincèrement par-dessous son masque avant de la renvoyer avec sympathie. Allez, va à présent. Tes camarades doivent s’inquiéter des évènements du jour. Va donc les rassurer. »

Plus bas, dans l’un des petits villages du domaine, on vint frapper à la porte d’une modeste demeure de soldat.
L’homme moustachu qui ouvrit la porte reconnut deux jeunes apprentis à en juger leurs tenues.
Il passa aussitôt sa main derrière sa queue de cheval et leur emboîta le pas : « Désolé, mais Shoko n’est pas encore rentrée ! »
Le silence gêné qui s’en suivit obligea le père adoptif de Kyoko et Shoko à plus d’écoute…
 
Dehors, restés en retrait à l’angle d’une autre chaumière, Shaka, les yeux clos, concentrait son ouie et rendait compte par télépathie à Mayura qui l’accompagnait dans son fauteuil.
_ « Quelle dure épreuve tu imposes à tes élèves que d’annoncer à un père le décès de sa fille aînée.
_ Mirai et Shinato endureront des épreuves bien plus lourdes s’ils poursuivent la voie de la chevalerie.
_ Tu es sévère avec tes élèves mais tu préserves ce soldat. Après tout, sa fille aînée n’est pas morte.
_ Elle a choisi la voie du mal sans même lutter. Les écrits rapportent qu’un réceptacle humain, encore plus lorsqu’il est doué de cosmos, parasite parfois l’âme divine qui veut se l’accaparer. Ce fut le cas avec Hadès lors de la précédente Guerre Sainte où son réceptacle Alone prit le luxe d’utiliser le dieu à son profit. Ici, Kyoko s’est totalement et volontairement laissée absoudre. Ce père ne l’aurait pas supporté.
_ Crois tu que lui dire que son autre fille a intégré les prêtresses d’Athéna le rassurera pour autant ? Après tout, pour lui, c’est ce chemin qui a conduit son aînée à combattre et à se perdre.
_ Il préférera que ses filles meurent pour Athéna plutôt qu’elles s’allient à l’ennemi ou se détournent de la foi. Tu ne le vois pas du haut de la sixième maison, mais pour ces gardes pleins de dévotion à la cause, les conditions de vie sont difficiles. Heureusement que leur foi les guide et qu’ils s’en nourrissent !
_ Ne prends pas ce ton avec moi. Je viens…
_ … Tu viens de la misère Shaka, je le sais. Mais nos longues séances de méditation à deux me font ressentir que depuis que tu t’es extirpé de cette condition, que depuis que tu as été victorieux des ennemis du Sanctuaire et encore plus des Titans, tu portes un jugement sur la souffrance des hommes.
_ Je ne juge en rien la souffrance de ce soldat. Il est question ici de vérité ! Son éducation a poussé cette femme à s’accepter comme une des pires ennemies d’Athéna ! Et toi tu me dis qu’il vit pieusement, convaincu de sa mission !
_ Tu t'enfermes dans la certitude de détenir la vérité absolue, sans même te soucier du c½ur des hommes. Si tu doutes de mes propos, pose-toi la bonne question ! Depuis combien de temps Bouddha n’est pas venu converser avec toi ? »
Shaka resta interdit quelques secondes.
Il finit par sourire avec prétention : « Retournons donc d’où nous sommes venus avant d’affronter Eris. Et je te montrerai que Bouddha me parle ! »

Devant eux, le père adoptif de Kyoko et Shoko ployait le genou en apprenant le décès de sa fille aînée…

A proximité, dans le village voisin, un autre Saint d’or battait le pavé.
Cuirassé de sa tenue d’entraînement, Aiolia espérait passer incognito devant le peuple.
Sa destination lui était connue, cependant il hésitait à s’y rendre.
Il tournait autour du pâté de maison d’un logis qu’il avait parfaitement ciblé.
Cette maison il ne la connaissait que trop bien.
La brise estivale amena avec elle des souvenirs désagréables pour le chevalier.
Il s’y revoit à l’intérieur, recroquevillé contre un mur, sous le volet en bois, entouré de quatre Saints de bronze.
Il n’était pas encore chevalier à l’époque. Il n’était qu’un enfant qui suivait l’apprentissage de son frère. Et une innocente victime des menaces de ces guerriers, lorsque Aiolos attenta à la vie d’Athéna. Ce ne fut à ce moment que le début des brimades, qu’il endurait encore parfois maintenant pour être le frère du traître.
Soudain, une voix amicale et familière venue de son dos le fit sursauter : « Alors quoi ?! On n’ose plus rentrer chez ses amis Maître ?! »
Le Saint se retourna pour mieux reconnaître celle qui fut autrefois à son service.
Intérieurement, il ne put s’empêcher de la trouver très belle, elle qui n’était plus une enfant.
_ « Lithos ! J’étais ailleurs, je ne t’ai pas senti arriver ! Laisse-moi te débarrasser de tes courses et surtout, cesse de m’appeler ainsi !
_ Allons Maître, lui tendit-elle son panier en osier et ses jarres, vous serez toujours celui que j’ai eu plaisir à servir ! Allez ! Entrons ! »
Le Lion la suivit en prenant grand soin de fixer le seuil de la porte comme s’il redoutait encore de le traverser.
Lithos attacha ses cheveux mi-longs vert pour laisser le vent rafraîchir sa nuque. Le mouvement moula à merveille sa tunique contre sa fine taille et fit ressortir sa poitrine de femme.
_ « Vous avez toujours autant de mal à revenir dans cette maison n’est-ce pas ?
_ Rien n’a changé. Ces pierres taillées rectangulaires, froides. Sur les murs, sur les plafonds, maintenues par des madriers. Les mêmes meubles de bois. Et ce vieux volet, grand et occultant qui me maintint des mois dans l’obscurité pour mieux cacher ma honte.
_ Vous êtes loin de tout ça désormais.
_ Certes, mais cela marque un enfant. Cela me reste comme une plaie à jamais ouverte.
_ Et bien moi j’ai remis beaucoup de gaieté ici ! »
Elle ouvrit en grand le volet pour faire rentrer le soleil.
Et en effet, le mobilier n’avait pas changé. Mais cette lumière d’été et les nombreux bouquets de fleurs parsemés ici et là donnaient beaucoup plus de charme à ce lieu.
_ « Il n’y a pas à dire, cette maison te va mieux qu’à moi.
_ Surtout quand on vit dans un palais aussi majestueux que le votre !
_ Tu y as passé quelques années avec moi, tu sais qu’hormis un temple immense, nous n’avons qu’une petite chambrette ! Il était clairement difficile d’y tenir à trois ! En parlant de ça, des nouvelles de Galan ?
_ Pas depuis que vous nous avez affranchis, baissa la tête gênée Lithos. Il a profité de votre laissez-passer pour quitter le Sanctuaire et réaliser son rêve. Visiter le monde contemporain, déclara-t-elle confuse.
_ Cela fait quand même quelques années, lui prit-il les épaules pour rassurer son apparente angoisse, mais rappelle-toi qu’avant moi, Galan avait concouru pour l’armure du Lion. Il jouit du cosmos et c’est quelqu’un d’acharné. Je n’ai aucune crainte pour lui. »
Malgré tout, Lithos resta pensive.
Elle remplit une pleine coupe de vin à son ami et ne s’en servit qu’un fond.
_ « Allons… Pas la peine de te mettre dans tous ces états.
_ Ce n’est pas pour Galan que je m’inquiète cette fois. Votre visite n’est pas anodine. Si vous venez me rendre visite, c’est que vous partez en mission n’est-ce pas ? Comme si votre passage ici était le dernier ! »
Il s’assombrit en présentant une tablette le convoquant auprès du Grand Pope. Ce type de document était bien connu de Lithos, pour les avoir souvent vu à l’époque où son maître recevait de nombreux ordres de missions. 
_ « Il est vrai que je dois partir. Cependant je ne vois jamais ma venue ici comme un adieu, mais plutôt comme une piqûre de rappel, lui sourit-il ensuite chaleureusement. Je me rappelle que c’est avec toi que tout a commencé. J’étais un lionceau fougueux lors de notre rencontre. Puis la Guerre Sainte contre les Titans éclata. Mes actes lavèrent le doute du peuple à mon égard. La fraternité des autres Saints m’a convaincu des péchés d’Aiolos, mais m’a aussi fait accepter qu’il existe une autre voie que la ranc½ur. Lorsque j’ai ramené ici le peuple des Titans, ceux-ci se sont rebellés contre le Sanctuaire. Tout cela pendant que j’avais le dos tourné à affronter Cronos pourtant prêt à pratiquer leur génocide dans sa folie. Il obligea Athéna à intimer au Pope de les bannir sur Death Queen Island. J’ai également compris à cet instant que les belles paroles et les grandes promesses n’étaient pas toujours pleines de sens. Je m’étais mouillé pour notre ennemi, alors qu’il n’a pas honoré sa parole une fois sur nos terres. Les années et la maturité aidant, je me suis accepté tel que je suis. Je n’avais plus à me teindre les cheveux, ni à vivre reclus dans la maison du Lion. Et tout ça, ces moments de chagrin, de colère, d’allégresse, de doute, de fraternité… Tout cela, je l’ai vécu avec toi. Douce. Patiente. Compréhensive. Tes éclats de rire, ta joie de vivre, je me suis battu pour tout ça et je continuerai encore. Venir ici avant de partir, c’est me ressourcer avant le combat. »
Assise face à lui, ses mains traversèrent la table pour venir cueillir les siennes.
_ « Maître Aiolia… Vous me manquez tant.
_ Hélas, sourit-il les yeux embués, la Guerre Sainte contre les Titans fut les prémices de tant d’autres. La trahison du peuple Titan que m’a rapporté le Grand Pope a eu raison de ma candeur. Je ne pouvais vous infliger de supporter mes retours crasseux et ensanglantés. Vous aviez rempli votre office. Durant toutes ces années, Galan a poursuivi ton éducation. A ta majorité, il m’a semblé naturel que tu reprennes ta liberté. Galan encore plus, pour le coup.
_ Je ne me suis jamais sentie prisonnière.
_ Certes, mais il arrive un moment où une jeune femme doit vivre bien plus qu’une vie de servante.
_ Et je ne voyais pas ça non plus d’un bon ½il, ajouta une voix par la fenêtre ! »
Bras croisés appuyés à l’embrasure de la fenêtre, Marin affichait une bonne humeur et une touche de provocation.
_ « Une femme aimante n’aime pas savoir son homme vivre sous le même toit que son esclave, rajouta l’Aigle.
_ Maître Aiolia n’était pas de ces hommes là.
_ Je le sais bien rassure-toi. D’ailleurs je tenais à te remercier d’avoir gardé secret notre amour.
_ Et bien, disons que je m’inquiétais des sorties nocturnes et non autorisées de mon maître à l’époque où vous commenciez à vous voir et donc, avec Galan, il m’a semblé naturel d’enquêter afin de lui éviter des ennuis. J’aurai préféré ne pas voir ce que j’ai vu…
_ Allez, allez… C’est bon… Pouvons-nous passer à autre chose, dit-il en avalant sa coupe d’une traite, tout embarrassé. J’étais jeune et encore un peu rebelle ! »
Les trois amis rirent de bon c½ur et revigorèrent la motivation du Lion à partir prochainement à la guerre…

Plus loin, au Sud-Est du domaine, en contrebas du camp des femmes chevaliers, une prairie désertée accueillait le totem des Cloths de la Vierge et du Paon.
Habillé d’un voile blanc qui descendait en travers de son torse, Shaka le remontait pour laisser apparaître dessous un sarouel grenat et s’asseoir confortablement.
Il trouva de bon ton de déclarer : « Ce jardin est bien modeste par rapport à celui que j’entretiens autour des Sals jumeaux. Mais je m’en accommoderai. »
Cela fit sourire sarcastiquement sous son masque Mayura.
Debout, devant son fauteuil roulant, elle défaisait les bandages qui couvraient son corps sous son kimono vert. Pour mieux se faire, elle dénoua le ruban rouge qui le serrait à la taille et ne le remit pas, dévoilant ainsi son corps juste couvert d’un shorty.
A l’aise, elle laissa ainsi le vent s’insinuer sous l’épais vêtement et raviver ses sens qu’elle condamnait volontairement.
Ressentant ses moindres faits et gestes malgré ses paupières closes, Shaka perçut qu’elle voulait défaire le n½ud du tissu qui maintenait son masque et lui cachait habituellement la vue.
_ « Oserais-tu te démasquer, alors que cela fait des années que tu ne te donnes plus à moi ?
_ Autant d’années depuis lesquelles le Shaka que j’ai choisi d’aimer lorsqu’il a brisé mon masque après un entraînement est devenu imbu de lui-même. Certainement pas. Il me sera juste plus simple de voir à travers mon masque sans ce ruban.
_ Imbu ? J’ai de quoi ne crois-tu pas ? Après tout, grâce à mon aide et mon enseignement, te priver régulièrement de tous tes sens t’a hissé au statut de la femme Saint la plus forte et la plus respectée du Sanctuaire, pensa-t-il la flatter ?
_ Parce que tu penses que je n’y serai jamais parvenue sans toi ?
_ Allons, voulut-il la calmer, commençons à méditer, afin que je te montre que tu es dans l’erreur. »
Soufflant de dépit, elle s’assit face à lui.
De concert, ils mimaient les mêmes gestes.
Leurs dos étaient droits sans être raides.
Leurs yeux fermés.
Ils posèrent leurs mains l’une sur l'autre. Les phalanges des pouces, les doigts se superposant, se touchant par les extrémités. Ils dessinaient un espace d’ouverture avec les doigts.
Par cette gestuelle, ils entrèrent en parfaite concentration…

Au village de Lithos, Aiolia s’éloignait, rentrant chez lui avant de partir pour sa mission.
Tandis qu’il n’était bientôt plus qu’un point à l’horizon, Marin profita d’être seule avec Lithos pour lui faire remarquer qu’elle ne semblait pas franche.
_ « Aiolia n’est toujours pas au courant pour Galan n’est-ce pas ?
_ Il était en mission lorsque cela arriva. Galan m’a fait jurer de ne rien lui dire. Qu’il serait préférable au chagrin qu’il le pense heureux, parti à la découverte du monde.
_ Malheureusement, s’éloigna Marin, je crains que la découverte un jour d’un tel mensonge sera pire que de lui avouer la vérité. »

Au Nord, dans les villages pauvres et malfamés du domaine, la Cloth d’or du Scorpion apportait un peu de tenue en ces lieux mal entretenus.
Impérial dans sa Cloth, Milo laissait dans son sillage l’espoir d’une vie meilleure pour les enfants et apprentis qui souhaitaient s’extraire de leurs conditions.
A mesure qu’il progressait en direction de chez Inakis, sa bien-aimée, il passait à proximité des vestiges d’un temple que les combats acharnés entre un maître et son élève avaient changé en champ de ruines.
Un simple hochement de tête entre le Saint d’or et le maître aux cheveux blonds mi-longs coiffés d’une lanière de cuir rouge témoigna du respect que se vouaient les deux hommes.
Bien plus appuyé que celui de Milo, le signe d’Aeson restait nettement moins révérencieux que celui de son disciple qui se mit à genoux, front contre terre.
_ « Bonjour Seigneur Milo Saint d’or du Scorpion !
_ Ça ira Crateris, stipula froidement Milo, je ne suis pas venu à Bifolco pour ça.
_ Il n’en demeure pas moins que vos venues dans notre village sont un privilège, assura d’un timbre solennel Aeson.
_ Je viens dire au revoir à quelqu’un qui m’est cher, dit le Scorpion en affichant la tablette où figure son ordre de mission.
_ Je comprends, leva à son tour la sienne Aeson, il me tarde d’aller me frotter à ceux qui ont mis dans cet état mon ancien élève Rigel d’Orion.
_ Oh, je vois. A très vite alors Saint d’argent de la Coupe !
_ A très vite Seigneur Milo, hocha la tête le maître de Crateris. »
Le Scorpion poursuivit son chemin, laissant l’apprenti pantois : « Un ordre de mission ! Mais alors, Maître Aeson, vous allez faire parti de la riposte contre Eris ?! »
Le professeur, la quarantaine tout juste passée, paraissait plus sage que son disciple Crateris.
Il lui tourna le dos et partit regarder à nouveau dans la coupe que forme le totem de sa Cloth laissée à la vue de tous : « Je ne vois rien, songeait-il. Lorsque de l’eau est versée dans cette Cloth, il est possible de voir son propre avenir au lieu de son reflet. Pour la première fois aujourd’hui, depuis que j’ai reçu l’ordre de mission, je n’y vois rien. »
Crateris remarquait la préoccupation de son maître depuis qu’un garde était venu le rencontrer : « D’ordinaire taciturne, Maître Aeson a toujours gardé un certain entrain à l’idée de pouvoir un jour repartir à la bataille. C’est la première fois que je le vois songeur, cogitait-il »
Aeson le sortit de ses pensées : « Crateris ! Viens voir s’il te plait. L’entraînement est fini pour aujourd’hui. Il me faut me préparer à visiter le Grand Pope. Lave donc tes plaies dans l’eau de la coupe. »
Mais Crateris n’était pas dupe. Il réfléchit en s’exécutant : « Connue pour son don de prémonition, la Cloth de la Coupe tire son histoire de la coupe dans laquelle Athéna s’est abreuvée lors d’une ancienne Guerre Sainte. Elle aurait transmis la propriété de pouvoir soulager les blessures lorsque l'on boit l'eau qui a été versée dedans quand elle se trouve sous sa forme totémique. Mais c’est la première fois que Maître Aeson m’autorise à m’en repaître… »
Néanmoins, il ne broncha pas.
Son approche était délicate.
Solennelle.
C’était un immense honneur pour lui d’approcher la Cloth, que son maître n’arborait qu’à de rares occasions.
Seulement, quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsque le reflet lui renvoya son image porteuse de la Cloth, les larmes aux yeux.
Il en tomba à la renverse.
Tremblant, incapable de regarder son maître dans les yeux, il resta fixé sur son postérieur à claquer des dents.
Aeson, lui, fit la moue. Il comprit sans même demander.
Il décrocha le récipient de son totem et avança jusqu’au désarmé Crateris.
Délicatement, il versa sur lui l’eau qu’elle détenait et lui sourit comme rarement : « La Cloth ne change pas l’eau en remède. Mais elle soulage légèrement les blessures. Caresse donc tes plaies avec avant qu’elle ne sèche. »
Puis d’un geste de la main, il fit léviter le vase qu’il remit sur sa base. Alors la Pandora Box se referma sur elle et Aeson vint la fixer sur ses épaules.
Il adressa un dernier sourire à Crateris qui obéissait sans trop réaliser que cette cérémonie de baptême était destinée à le promouvoir très prochainement… 

Au Sud-Est, le craquement d’une branche sous le pas d’un visiteur avisa Shaka.
Il interrompit sa méditation puis resserra prestement le kimono de Mayura.
Celle-ci, surprise, le pensa d’abord mal attentionné à s’en fier au regard inquisiteur qu’elle lui porta sous son masque.
Très vite, lorsqu’un garde vint les trouver, tenant en ses mains deux tablettes, elle comprit qu’ils étaient réquisitionnés et que Shaka avait été bienveillant à l’égard de son corps presque nu.
_ « Décidemment, où qu’on aille, rien ne peut échapper à la vigilance du Pope, pesta-t-elle !
_ En attendant, on pouvait sentir ce soldat venir à des kilomètres à la ronde. Facile de se douter que le Grand Pope l’avait envoyé nous quérir, corrigea-t-il d’un ton plus respectueux à l’égard du souverain.
_ J’étais plutôt concentrée à ressentir Bouddha, s’était-elle entêtée à rester désobligeante, et, bizarrement, il ne nous est pas apparu, réajustait-elle de mouvements secs son kimono.
_ Tu n’as donc pas compris, lui rétorqua-t-il tout en récupérant les missives pour que le messager prenne congé d’eux. Si Bouddha ne converse plus avec moi, c’est peut-être parce que je suis maintenant suffisamment éclairé. Que Bouddha parle à travers moi !
_ Tu es sérieux, ne put s’empêcher de pouffer Mayura en retournant récupérer ses bandelettes ?!
_ Il faut être sot pour ne pas s’en être rendu compte. Mes disciples te le diront. Aghora et Shiva en tête. Je suis Bouddha. Ma parole est sacrée.
_ Je suis… Effarée ! Par tant d’orgueil !
_ Tu qualifies ça d’orgueil, car tu n’es pas parvenue à le comprendre de toi-même.
_ Serais-tu entrain de me dénigrer ?
_ Ce que tu prends pour du dénigrement n’est que l’expression de ton incompréhension à ce qui se passe sous tes yeux. Voilà pourquoi un fossé se creuse entre nous. »
Mayura rappela à elle sa Cloth.
_ « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Qu’une remise en question te ferait le plus grand bien, se laissa-t-elle choir dans son fauteuil ? »
Il revêtit aussi sa Cloth.
_ « Et toi donc ? Que pense la plus puissante femme Saint du Sanctuaire d’une remise en question ? Ça ne te ferait peut-être pas de mal. Il n’y a qu’à voir ta réaction lorsque je t’ai rhabillé quand le garde s’est amené. Tu as cru que je tenterai l’inverse. Tu es bien sotte de croire que j’attends après toi. Aujourd’hui mon aura est telle, que je peux illuminer bien des vies d’autres femmes si tel est mon désir.
_ Cela fait deux fois dans la même conversation que tu me considères comme une sotte, entama-t-elle sa télépathie pour rompre à nouveau avec ses sens. La loi du Sanctuaire est ainsi. Tu as vu mon visage après m’avoir vaincu il y a quelques années lors d’un combat d’entraînement. A l’époque tu étais bon et tu étais à l’écoute des autres. Alors j’ai choisi de t’aimer. Mais aujourd’hui, par Athéna, qu’il est dur d’aimer un être aussi arrogant et humiliant que toi ! Tu peux avancer désormais ! Nous nous retrouverons devant le Pope pour répondre à sa requête. »
Flashback

Le serveur fit cesser le récit de Kyoko pour venir prendre leur commande.
_ « Je prendrai une coupe de champagne s’il vous plait, se ravit Kyoko.
_ Un raki, râle Mars pour le dégager au plus vite. »


Bien loin d’imaginer les mouvements en Argentine et en Grèce, à Asgard, Hilda veille au temple Walhalla.
En bas, au bout de longs couloirs obscurs, à l’intérieur de la bibliothèque du palais, Hilda savoure à la lueur d’une bougie les mémoires de la précédente Guerre Sainte contre Hadès : « Je n’ai pas remercié Alberich pour m’avoir rapporté ce présent d’Alexer Prince de Blue Graad. Il s’agit du témoignage de Unity, son ancêtre. Il relate les évènements qui ont opposés la déesse Athéna et Hadès il y a plus de deux cent ans ainsi que le rôle qu’il a eu à jouer dans tout ça. »
Dans l’ombre, les bras croisés, captivé par la beauté de la princesse aux cheveux et à la robe azurs, Siegfried s’agace quelque peu : « On dirait qu’Alberich réussit à rentrer dans vos faveurs. Son travail machiavélique de persuasion semble fonctionner Princesse Hilda. »
Malgré tout l’émoi que cela suscite en elle lorsqu’elle croise son regard, Hilda fixe Siegfried dans les yeux : « Que vas-tu t’imaginer ? J’apprécie les efforts qu’il fait mais n’en oublie pas moins qu’il reste un être ambitieux et complexe. »
Siegfried se lève et passe devant sa supérieure pour se poster devant l’entrée de la pièce : « C’est tout de même lui que vous aviez choisi pour résoudre le conflit contre Blue Graad. »
Au passage, elle lui retient fermement la main et le dévisage : « Parce que je préfère garder mon meilleur homme pour ma garde personnelle. »
Siegfried sert les dents pour garder du mieux qu’il peut la tenue qu’exige une dame du rang de celle qu’il aime : « Et c’est en me reléguant au statut de garde que vous espérez me voir progresser. Mon c½ur cesserait lui-même de battre si demain je n’étais pas assez fort pour vous protéger. Mais si ce rôle de soldat vous convient pour moi, si c’est tout ce que vous attendez de moi, alors qu’il en soit… »
D’un geste brusque, Hilda tire sur le bras de Siegfried pour l’obliger à se rapprocher d’elle qui est toujours assise.
Surpris et décontenancé, le plus puissant Asgardien du royaume se laisse cueillir le visage dans les mains de celle qu’il aime : « Non, j’attends tant de toi, de nous… »
Elle ferme ses yeux et approche son visage du sien.
Surpris, et à la fois ravi, déstabilisé aussi par cette attitude dont il a toujours rêvé, il clôt à son tour ses paupières et s’avance très lentement vers elle.
Bientôt, il commence à sentir son souffle sur ses lèvres et ses mains devenir moites.
Alors que ses lèvres peuvent enfin faire pression contre les siennes, une voix familière et toute essoufflée appelle dans tous les couloirs : « Hilda ! »
N’écoutant que son devoir, Siegfried se redresse et fait déjà barrage de son corps devant Hilda.
_ « C’est la voix de votre s½ur !
_ Allons la trouver ! Vite ! »

Connaissant par c½ur les moindres détours de ce labyrinthe résidentiel, les s½urs se retrouvent grâce aux sons inquiets de leurs voix.
Siegfried reconnaît immédiatement Hagen qui porte dans ses bras l’étrangère à la peau dorée qu’il ignore encore être Thétis…

6
Only for Love / Chapitre 73
« on: 7 June 2021 à 18h31 »
Chapitre 73

En Argentine, à Buenos Aires, pendant que Tromos suit un employé du club peu fréquentable, Vasiliás et Peligra s’isolent plus loin.
Au détour de quelques voiles tombés du plafond destinés à offrir de l’intimité à ceux qui souhaitent s’écarter de la piste de danse, Vasiliás ne perd pas des yeux Peligra.
Partageant côte à côte un verre de champagne, le bras écarté à hauteur du dossier du canapé, comme pour rapprocher la sublime créature de lui, Vasiliás s’occupe de détourner son attention de Tromos.
De sourires en sourires, de compliments en compliments, les deux êtres profitent de cette soirée pour goûter à la présence de l’autre.
Les jambes recroquevillées sur le divan, Peligra laisse à Vasiliás, tout le loisir d’admirer sa poitrine grande offerte sous sa veste déboutonnée.
Très vite, l’ancien homme d’affaires tend quelques billets en indiquant la barre de pole dance : « Quitte à passer une bonne soirée, autant ne pas tout gaspiller en champagne. Il me semblait t’avoir affirmé que j’aime qu’on danse pour moi. »
Comme pour accompagner la demande du richissime Américain, le disque-jockey enchaîne les musiques rythmiques permettant de remuer avec sensualité.

Un simple clignement de paupières de Peligra suffit pour donner à Vasiliás son approbation.
En se levant méthodiquement afin de cambrer chaque partie de son corps, elle ramasse un seul billet qu’elle vient glisser sous la soie entourant sa taille et le haut de ses cuisses à la peau chocolat au lait.
Elle cramponne fermement la tige de métal dressée jusqu’au plafond depuis le podium qu’encerclent les fauteuils sur lesquels Vasiliás s’affale à son aise.
Faisant plusieurs fois le tour de l’axe sur lequel elle descend et remonte continuellement sa main droite comme pour mimer un geste tendancieux, Peligra commence à y rapprocher son corps. Le frôlant en allant d’avant en arrière, tout en tournoyant, elle alterne les rotations dans un sens puis dans l’autre, en s’appliquant chaque fois à enrouler langoureusement sa jambe contre le barreau ferme et froid.
Se saisissant d’une nouvelle coupe fraîchement servie, Vasiliás ne perd pas de vue le spectacle que la véloce jeune femme lui offre.
Suivant de plus en plus les vibrations sonores, elle choisit de lui tourner le dos et de baisser la tête toute en relevant son postérieur. Elle répète cette position, en alternant avec une autre encore plus significative, pour laquelle elle relève une jambe le long du barreau afin d’offrir la vue de son entrejambe écarté mais encore dissimulé sous son n½ud de soie…


Pendant ce temps, en terrasse, à Athènes, Mars tapote tour à tour les doigts de sa main droite sur la table contre laquelle son coude gauche est appuyé pour maintenir sa tête dans la paume de son autre main.
Il est absorbé par le récit d’Eris…

Flashback
Après un intense entraînement, Shoko et Rumi se hâtèrent à Honkios.
Néanmoins, le marché distrayait particulièrement la vorace Shoko.
_ « Shoko ! Il va être l’heure pour les prêtresses de descendre en ville ! Si nous n’allons pas nous cacher au cimetière maintenant, nous louperons ta s½ur !
_ Je sais, piétinait Shoko qui faisait la queue devant un étal, mais c’est ici qu’on trouve la meilleure viande du domaine, bavait-elle sous son masque ! Je compte bien utiliser les sacres que j’ai récupéré en récompense après qu’on a aidé ce petit vieux sur le chemin du retour !
_ Que nous avons récupéré je te ferai dire ! Nous étions deux à l’aider et à être récompensées je te signale ! Mais comme toujours tu t’accapares le tout pour la nourriture ! Tu es incorrigible ! »
Pour seule réponse, l’estomac de Shoko se mit à gargouiller.
Son bruit fut émis si fort qu’il en fit rigoler Filia, la fille du marchand qui aidait son père à servir les nombreux clients.
Alors, une idée vint à Shoko : « Je sais ! Tu vas faire la queue pour moi pendant que j’irai guetter ma s½ur, décréta-t-elle en saisissant Rumi pour l’y poster à sa place ! »
Sans même que Rumi ne put contester, Shoko lui claqua la monnaie dans les mains et partit à vive allure en direction du cimetière.
Blasée, claquant sa main sur son front masqué, Rumi n’eut d’autre choix que de la laisser s’éloigner.

Sortie de la place principale, Shoko déboucha sur les marches des douze maisons.
Dès les premières, bien avant la maison du Bélier, sur la gauche, un chemin morcelé permet de déboucher en contrebas sur une vaste parcelle de terre friable.
Sur la droite, les pavés, en meilleur état, conduisent au colisée.
Incognito dans sa tenue de femme chevalier, elle adopta un pas plus calme afin de ne pas éveiller les soupçons et prit la direction de la parcelle d’où jaillissent par centaines des stèles où sont gravés les noms et les rangs de chevaliers défunts.
Malgré la morosité qui émane d’un cimetière, Shoko demeurait excitée.
Partagée entre la possibilité de revoir sa s½ur, et l’ampleur d’un si spacieux lieu de recueillement particulièrement rempli.
Au milieu de ces incalculables tombes, se dresse un imposant roc dans lequel fut creusé un caveau, à en croire la taille faite dans la pierre.
Devenu le monument de ce cimetière, Shoko se sentit irrémédiablement obligée d’aller en admirer la magnificence.
Sa roche est travaillée pour donner l’impression que des blocs ont été montés les uns sur les autres comme un temple posé par l’homme. Le lierre qui grimpe tout autour jusqu’à son sommet sur quelques parties du pourtour permet de dater ce tombeau à une époque bien lointaine.
De là, elle leva les yeux en direction de la maison du Bélier : « Rumi avait raison. Le chemin du premier temple surplombe pour une bonne partie le cimetière. La distance n’est pas grande. En me cachant derrière ce mausolée, je reconnaîtrai sans problème ma s½ur si elle vient à passer… »

Grand par sa surface, le plateau était balayé par de fraîches bourrasques qui rendait le temps long pour Shoko qui craignait d’être démasquée par les quelques visiteurs venus se recueillir sur les tombes les plus récentes.
Son sens martial lui permettait de percevoir les présences alentours, surtout celles douées d’une forte émanation de cosmos.
Pourtant, elle ne percevait pas venir celui de sa s½ur.
Pas plus que celui d’une présence dans son dos : « Encore toi ! »
Elle reconnut cette voix qui la fit frémir sans hésitation.
Devinant cette prêtresse blonde aux cheveux qui tombent en boucle sur les épaules, Shoko faussa sa gaieté : « Mii ! Quelle bonne surprise ! »
Réajustant une jarre sous son bras, l’aspirante Saintia goûta peu à l’hypocrisie : « Je peux savoir ce que tu fais ici ?! »

Les balbutiements de Shoko et les interjections continues de Mii empêchèrent les jeunes filles de remarquer que la végétation grimpant le mausolée s’agitait curieusement.
Contre nature, les tiges commencèrent à s’enrouler les unes autour des autres pour former un fouet dans le dos de Mii, tandis que deux tentacules rampaient dans le dos de Shoko.
Plus expérimentée, Mii remarqua la progression douteuse et se jeta sur Shoko : « Qu… Quoi ?! Tu veux te battre, réagit d’abord d’une voix étouffée sous son masque la Grecque. »
Alors que la jarre qu’elle abandonna au sol se brisa, libérant le vin qu’elle était partie chercher, Mii manqua de vigilance et se fit frapper à revers par la liane.
Trop tard, Shoko ne comprit qu’après avoir été saisie à chaque jambe la singularité des évènements.
Désarçonnée, Shoko s’inquiéta pour Mii qui demeurait inconsciente malgré ses appels, un filet de sang fuyant son front.
_ « Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi Mère. »
Inopinément, le fouet lui préconisa ces conseils tandis que les tentacules libéraient d’autres liens qui étreignaient cette fois-ci les bras de Shoko.
_ « Le… Le lierre me parle ?! Comment… Comment m’a-t-il appelé ?! »
Un bourgeon se forma au bout du lien avant d’éclore pour laisser en sortir une femme.
Ses formes étaient pulpeuses. Sa taille juste couverte d’un pagne. Son opulente poitrine, agrémentée d’un collier qui descendait au creux de ses fermes seins, entièrement dévoilée.
_ « Je te retrouve enfin, poursuivit la fleur devenue humaine, avec ce corps si jeune et plein de vie, dégaina-t-elle une pomme en or.
_ C’est… C’est comme dans mon rêve ! »
Shoko reconnut l’artefact à travers son masque. 
Les liens se resserrèrent tout autour d’elle, allant jusqu’à lui écraser la gorge.
_ « Mère, je suis Até Dryade de la Ruine, poursuivit l’étrangère en ôtant à Shoko son masque, l’heure est venue de retrouver votre place sur Terre, tendit-elle la pomme vers le visage découvert de Shoko. »
Le manque d’oxygène et l’accumulation de stress à mesure que l’étrangère progressait pomme tendue vers elle commencèrent à lui faire perdre connaissance.
C’est alors qu’une lueur azure déchira l’espace entre Shoko et l’intruse.
_ « Shoko, s’exclama la lumière ! »
Etourdie, Shoko ouvrit lentement les yeux.
_ « Heureusement, je suis arrivée à temps, poursuivit le halo de lumière qui prenait forme humaine.
_ Kyo… Kyoko… Comme dans mon rêve, c’est toi qui viens m’éloigner de ce danger ? »
A mesure qu’elle put l’identifier, Shoko reconnut sa s½ur.
Ses yeux noisette.
Ses longs cheveux bleus.
C’était bien elle.
Le visage plus mûr et la silhouette plus femme que dans ses souvenirs.
_ « Kyoko ? C’est bien toi… Kyoko ?! »
L’aînée répondit d’un simple geste en sortant de sous le col de sa Cloth un pendentif au bout duquel resplendissait le même Pégase que celui de sa s½ur.
_ « Mais… Cette tenue… Tu es…
_ Oui, je suis devenue la Saintia du Petit Cheval, au service d’Athéna.
_ Alors tu as réussi, s’embua les yeux la cadette ?!
_ Je t’expliquerai plus tard, écarta-t-elle sa s½ur en chargeant son poing de cosmos. Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Les Météores du Petit Cheval s’abattirent telle une pluie de coups projetés à la vitesse du son sur Até.
Alors que le danger était repoussé, Kyoko se retourna vers Shoko pour dresser avec fierté son poing.
Morveuse, Shoko se jeta dans ses bras.
_ « Tu m’as tellement manqué ! J’étais si triste… !
_ Oui… Moi aussi… Tu as dû te faire tant de souci à cause de moi ! Je suis heureuse de te revoir saine et sauve !
_ Depuis toutes ces années je m’entraîne dur pour devenir Saintia et être digne de toi ! Mais ton attaque était si rapide et puissante que j’en suis sidérée ! Je me rends compte que j’ai encore beaucoup de travail si je veux être à ta hauteur !
_ Ne dis pas de bêtises voyons ! Je suis fière de toi, je l’ai toujours été ! A ta tenue d’ailleurs, et au masque qui jonche le sol, j’en déduis que tu as déjà atteint un certain statut.
_ Pas autant que tu ne le penses hélas, baissa honteusement l’étourdie apprentie. J’ai intégré le camp des femmes Saints en attendant de réussir à être admise chez les prêtresses.
_ Ecoute, reprit son sérieux l’aînée, je ne sais pas quelle est la nature de notre ennemie, mais une chose est sûre, mon coup ne lui a pas été fatal.
_ C’est impossible.
_ Sais-tu quelque chose à son sujet ?
_ Non, c’est la première fois que je la vois… Enfin…
_ Enfin ?!
_ Elle m’est déjà apparue en rêve. Tout du moins, la pomme qu’elle tenait.
_ La pomme, s’exclama Kyoko en cherchant aussitôt l’objet du regard ?! »

A terre, Até reprenait ses esprits.
Son premier réflexe fut de retrouver l’artefact.
Ce fut bref. La pomme irradia brièvement mais suffisamment pour qu’Até puisse la remarquer : « Elle a étrangement réagi dès lors que cette Saintia a posé les yeux dessus… »

Devant le mausolée, Kyoko mit en garde sa s½ur.
_ « La Pomme d’Or qui retient prisonnière Eris Déesse de la Discorde. Athéna l’envoya sur la comète Repulse afin que plus jamais Eris ne revienne causer le mal sur Terre… C’est ce qu’on nous apprend au temple des prêtresses…
_ J’ai déjà dû entendre ça aussi au camp des femmes chevaliers, badina Shoko moins sérieuse.
_ Shoko… Ecoute-moi, somma Kyoko d’une voix empruntée, cela n’est pas à prendre à la légère. Si Repulse s’est rapprochée suffisamment de la Terre pour que la Pomme d’Or s’en échappe, c’est qu’Eris a tout mis en ½uvre pour se réincarner. Je vais compter jusqu’à trois et lancer ma prochaine attaque. Pendant ce temps, tu vas t’enfuir ! Surtout, ne t’occupe pas de moi !
_ Non, tremblota Shoko devant l’inquiétude de sa s½ur… Nous venons à peine de nous retrouver… S’il… S’il y a danger, alors je ne peux te laisser seule contre…
_ Sois sage et fais ce que je te dis d’accord, lui demanda-t-elle avec précaution ? »

Cependant, une voix enfantine venue de leur dos rendit toute retraite impossible : « Il est plutôt présomptueux d’imposer son choix à notre mère ne trouves-tu pas ? »
En faisant volte-face, les s½urs identifièrent une enfant aux cheveux gris cendre.
Elle tenait au c½ur de sa tenue pouponne pourpre un ourson en peluche.
_ « Une enfant ?! Que fait-elle ici ? Sa tenue ne ressemble en rien à ce que nous portons au Sanctuaire, s’étonna naïvement Shoko.
_ C’est parce qu’elle n’a rien à voir avec le Sanctuaire justement. Et tu ferais mieux de ne pas te fier à son apparence, l’encouragea Mii qui revint à elle en s’essuyant les plaies de son visage.
_ Ce n’est pas gentil, bouda la gamine. N’est-ce pas Mick, demanda-t-elle à son ours en peluche ?
_ Beuh… Elle est carrément dérangeante celle-là, dit Shoko en se mettant position de combat ! »

Loin d’être au bout de ses surprises, une nouvelle voix, semblable à la sienne, s’adressa à Shoko : « Si Emony Dryade de la Méchanceté te choque, alors que dis-tu de ça ? »
En effet, devant elle se tenait sa copie conforme.
La Dryade était vêtue de la même manière, un débardeur bleu marine et un shorty moulant d’un bleu plus clair. La seule chose qui la différenciait était que sa tenue était moins abîmée que celle de Shoko.
Prenant appui au sol dans ses ballerines blanches, Shoko tendit ses poignets bardés de bandelettes de papier rouge en direction de sa jumelle.
_ « Non mais je rêve ! C’est moi, écarquilla grand les yeux Shoko ! C’est quoi ce cirque ?!
_ Oh… Tu es confuse, pardonne-moi j’aurai dû me présenter, fit une révérence son double. Je suis Mania Dryade de la Folie.
_ Shoko, la calma sa s½ur en lui prenant l’épaule, finalement je pense que nous ne serons pas trop de trois contre elles. »
Shoko acquiesça tandis que Mii se rangea à leur côté.
_ « Des Dryades. Cela signifie qu’elles sont des guerrières du camp d’Eris. Je ne vais pas me laisser berner par une gamine, lança Mii les hostilités, vous êtes ici sur le territoire d’Athéna ! »
Mii lança son poing en direction d’Emony qui se servit de Mick comme bouclier.
Shoko para l’onde de choc d’un coup porté à distance par Mania.
Kyoko devança Até.
_ « Je ne te laisserai pas t’en prendre à ma s½ur ! Surtout pas sur notre terre ! Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Até parut à l’aise face à ce nouvel assaut dont elle se moqua : « Je ne me ferai pas surprendre deux fois par la même attaque ! »
Pendant qu’elle esquivait les météores, Até remarqua la Pomme d’Or être animée par la détermination de Kyoko.
La Saintia profita de cette déconcentration pour charger davantage de coups débordant de plus en plus de cosmos. Até en perdit la pomme et fut repoussée.

A côté, Mania avait rejoint Shoko déstabilisée par l’onde de choc. Elle s’acharna au corps à corps. Heureusement pour elle, la Grecque mit à profit les nombreuses leçons de Rebecca ainsi que les remontrances de Mayura. Elle réussissait à bloquer chaque attaque.
Plus sale et moins bien fagotée qu’elle, Shoko constata rapidement à quel point Mania veillait à ne pas réaliser le moindre geste pouvant être considéré comme grossier : « Elle fait bien trop attention à sa gestuelle alors que nous sommes en plein combat. Hormis le fait qu’elle soit mon reflet, elle n’a rien de ma personnalité. Elle ne peut donc pas prédire mes mouvements. Je dois contre-attaquer, décréta-t-elle ! »

En face, à coup de peluche telle une enfant gâtée à qui on refusait un caprice, Emony s’acharnait sur Mii : « Tu m’as attaqué ! Tu es vilaine, vilaine, vilaine… »
Comprenant à chaque coup qu’il ne s’agissait pas d’un jouet ordinaire, Mii se recroquevilla derrière ses deux bras en attendant une ouverture.
Lorsque Emony prit un nouvel élan, Mii se redressa pour asséner un coup de pied circulaire chargé de cosmo énergie : « Angel Splash ! » 
Emony fut balayée en laissant s’échouer au sol Mick.

Esquivant une droite en inclinant son visage sur le côté, Shoko désarçonna Mania en lui collant un coup de genou en plein abdomen. Mania recula de quelques pas et reprit aussitôt une pose gracieuse. Mais le temps qu’elle se préoccupa de son attitude, elle fut devancée par Shoko qui déclencha un crochet du gauche que Mania capta de sa main droite. Mania tenta de la frapper du tranchant de sa main gauche contre son épaule droite, mais Shoko anticipa en lui bloquant à son tour la main.

Emony, elle, se remettait au loin du coup reçu : « Méchante fille ! Tu as voulu montrer que tu étais l’élève la plus disciplinée de ton ordre en faisant l’étalage de ton apprentissage de combattante ! Mais ça ne marche pas avec moi ! »
Dans le dos de Mii, Mick, resté à terre, prenait un air menaçant : « Nightmare Scheme, cria la Dryade ! » 
Jaillirent alors du sol une multitude de lobélies qui recouvrèrent le corps de Mii.

Devant, Kyoko remarqua les difficultés rencontrées par ses alliées.
Néanmoins, du lierre jaillit de terre pour lui faire barrage, tandis que celui du mausolée fonçait sur elle sous forme de lances.
Até était déjà remise : « Million Hatred ! » 

En plein duel de force, mains contre mains, Shoko usa d’un geste qu’elle se doutait que Mania n’anticiperait pas, le qualifiant d’inconvenant. Elle écarta leurs bras pour rapprocher leurs deux corps tout en prenant un élan suffisant et lui infliger un coup de tête en plein nez. Repoussant Mania au loin dans une gerbe de sang.

Pendant ce temps, les fleurs se servirent du corps de Mii comme de la semence. Elles poussèrent jusqu’à lui faire perdre ses forces.

Shoko choisit d’aller la secourir mais Mania, le visage tuméfié, lui renvoie dans le dos un coup à distance.

Kyoko usait de mouvements longs et tranchants pour endiguer avec ses bras et ses jambes les innombrables assauts d’Até qui revenait vers elle d’un air menaçant.
Elle voulut la repousser à nouveau mais le temps qu’elle charge ses météores, une lance végétale lui transperça la cuisse.

Distinguant la détresse de sa s½ur, Shoko l’imita spontanément en dégageant de son poing sa cosmo énergie comme si elle balançait le Ryu Sei Ken.
Toutefois, elle ne fit pas de miracle.
Un seul coup puissant partit pour frapper à son tour à longue portée Mania en pleine épaule et la renvoyer au tapis.

Até avançait vers Kyoko prisonnière de la lance figée dans sa jambe.
Les autres lames de bois s’assouplir alors pour former de gros tentacules qui vinrent enserrer sa victime.
Alors qu’elle était à sa merci, Até fut troublée : « Plus je prends le dessus sur cette Saintia, plus j’ai l’impression que mes forces me quittent. Comme si… »
Elle examina la Pomme d’or qui scintillait : « Comme si le cosmos de Mère entravait mes mouvements… La protégerait-elle plutôt que moi… Serait-ce parce qu’elle est la s½ur de son réceptacle ? Non… Mère n’attache pas d’importance à ce genre de considération… »
Tandis que Shoko arrivait en titubant à la rescousse de sa s½ur, Até la fit dégager d’un revers de tentacule : « Ne t’en fais pas, je viendrai éveiller Mère en toi quand j’en aurai fini avec elle ! »

Shoko rebondit à proximité de Mii sous la menace de tomber en léthargie.
Déterminée, l’apprentie femme chevalier se remis aussitôt en position de combat : « Mii, s’inquiéta-t-elle alors ! Ce n’est pas que tu as toujours été gentille avec moi, commença-t-elle en frappant du pied l’ourson malveillant qui était sur son passage, mais je ne peux te laisser dans cet état ! »
Profitant qu’Emony courrait récupérer sa peluche, Shoko prit Mii dans ses bras et amplifia sa cosmo énergie pour brûler les lobélies.

Até, elle, faisait étouffer Kyoko sous l’éteinte de ses liens : « C’est ridicule ! Mère te protégerait plus que moi ?! Parce que tu es la s½ur de son réceptacle ?! Et puis quoi encore ?! »
Les tentacules levèrent du sol Kyoko dont l’expression d’angoisse exprimait parfaitement leur progression malsaine. Ils s’enroulaient lascivement autour de ses jambes et s’attardaient sur sa plaie à la cuisse pour lécher son sang tout comme Até laissait glisser la paume de sa main tout le long de son visage.
Pendant que la Dryade passait sa langue de l’intérieur de sa main jusqu’au bout de son majeur, les tentacules remontaient le long des bras de Kyoko jusqu’à venir s’enrouler autour de sa Cloth à hauteur de sa poitrine. L’acidité du sang de sa cuisse les appela inexorablement à remonter chercher un goût plus suave.
Alors qu’ils comprimaient sa cuisse pour remonter jusque sous sa robe, Até continuait de descendre sa main pour venir d’un mouvement circulaire inconscient happer sa poitrine qu’elle frottait jusqu’au bout de ses seins.
Tandis qu’une fièvre la menaçait, partagée entre la perte de ses pouvoirs que lui infligeait la pomme et le désir charnel que les sévices sur Kyoko lui procuraient, Até fut repoussée par un violent coup à l’estomac.
Aussitôt, le lierre s’embrasa d’une flamme bleutée.
Pendant que les liens se replièrent sur eux pour lutter contre leur combustion, sortirent du foyer Kyoko et son sauveur qui la portait à bras.
_ « Rigel, se blottit-elle contre lui en prononçant son nom…
_ Kyoko, la fixa Rigel plein d’émotion, je suis là à présent…
_ Je vais reprendre le combat, se remit-elle sur pied galvanisée par son sauveur. »
Boitant, elle reprit sa garde, alors que lui n’arrivait pas à détacher ses yeux d’elle.
Grand dans son armure argentée, il souriait, hébété, en l’admirant.

Derrière eux, Shoko remarqua que sa s½ur semblait partager quelque chose avec lui : « Les Saintias ne doivent-elles pas rester chaste, songea-t-elle… Pourtant, le regard qu’ils se sont échangés un bref instant paraissait bien passionné. »
Elle n’eut pas le temps de cogiter davantage que Mania et Emony l’encerclaient déjà.
Mii revenait difficilement à elle.
_ « Laisse-moi la mettre hors de combat, implora Mania à Emony en se tenant l’épaule de douleur.
_ Si tu y tiens, dit Emony en caressant Mick.
_ T’es grave, déplora Shoko envers Mania, qu’est-ce que je t’ai fait pour t’intéresser autant ?!
_ Tu n’as toujours pas compris, s’étonna Mania qui devenait à chaque phrase de plus en plus hystérique ? Tu es née pour être la réincarnation de Mère ! Notre mère nourricière ! Si belle ! Si attentionnée ! Si puissante ! C’est pour ça que j’ai éclos à ton image ! Je voulais tes traits ! Etre aussi belle que Sa Majesté Eris !
_ Tu nourris un véritable complexe d’¼dipe. C’est malsain, grimaça de moquerie Shoko ! »

A l’opposé, Até sentait ses forces lui revenir : « Depuis que cet homme est arrivé j’ai l’impression que la Pomme d’Or cesse de m’entraver. Très bien, je vais me débarrasser d’eux. Mania et Emony ont réussi à isoler le réceptacle de Mère. Elles l’auront affaibli d’ici là. »
Rigel posa sa main sur l’épaule de Kyoko afin de lui passer devant : « Kyoko. Repose-toi. Moi Rigel Saint d’argent d’Orion, je vais me charger de cette Dryade. Ignis Fatuus ! »
Curieuse de la complicité apparente entre eux deux, Até se laissa distraire par les flammes bleues et blanches projetées par le chevalier.
La formidable chaleur dégagée l’empêcha de déployer toute sa puissance.
Elle ne vit pas arriver par les airs Kyoko qui à bout portant déclencha son arcane : « Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Le corps d’Até martelée de météores, rebondit une centaine de fois au sol sans qu’elle ne puisse riposter.

Au même instant, Mania se jetait sur Shoko. C’est ce moment que Mii choisit pour se relever et contrer par surprise la progression de Mania : « Angel Splash ! »
Shoko profita de la confusion pour attaquer plutôt Emony qui ne s’y attendait pas.

Les trois Dryades repoussées, Rigel se précipita pour soutenir Kyoko et rejoindre Shoko et Mii bras dessus bras dessous pour se maintenir debout.
_ « Merci d’être venu à notre secours Rigel, posa sa main Kyoko sur le torse de son sauveur.
_ Ah ! Oh ! Euh ! Vous vous… Vous êtes ensemble, pointa du doigt sa s½ur Shoko !
_ Ne dis pas de bêtises voyons, fronça les sourcils Kyoko gênée devant Mii. »
Très procédurière, Mii fixait le couple avec suspicion et remarquait que Rigel fuyait les regards.
Cependant, autre chose inquiétait la prêtresse.
_ « C’est tout de même étrange que si proches des maisons du zodiaque, il n’y a que toi Rigel qui a ressenti les Dryades.
_ A vrai dire, commença-t-il gêné, ce ne sont pas les Dryades que j’ai ressenties. Ce qui m’a interpellé, c’est le cosmos de Kyoko qui faiblissait à vue d’½il.
_ Mais comment est-ce possible que personne ne détecte leurs cosmos étrangers, s’enquerra Mii ?
_ C’est parce que nous ne sommes que des émanations de vos traits de personnalités, répondit une voix nouvelle. »
L’auteur, une femme au corps couvert d’une longue cape, sortit de l’ombre du mausolée.
Son regard inquiétant perçait à peine les mèches de ses cheveux châtain foncé qui passaient devant ses yeux. Dysnomie prit la parole.
_ « Obstination, fixa-t-elle Shoko, désir charnel, poursuivit-elle en regardant Rigel, luxure, sourit-t-elle à Kyoko, secret, taquina-t-elle Mii, luxure, mensonge, tentation, déviance, écarta-t-elle les bras au ciel comme pour englober tout le Sanctuaire, nous représentons tout ça. Et vous êtes tout ça. Oui, toi aussi petite souris rongée par un amour inavoué enfoui sous ta rigide discipline, taquina-t-elle Mii. Pour entrer ici, notre cosmo énergie se tapit dans l’ombre des vôtres. De votre cosmos émane vos vertus mais aussi vos péchés. Dès lors, c’est un jeu d’enfant pour nous de nous faufiler ici. Le kekkai d’Athéna ne peut donc faire barrière contre vous autres et, en l’occurrence, contre nous autres qui sommes une partie de vos reflets. Je suis Dysnomie Dryade de l’Anarchie. Et je suis venue vous chercher Mère, inclina-t-elle sa tête vers Shoko.
_ C’est ridicule, s’élança Kyoko contre elle ! »
Mais Dysnomie parut plus alerte que ses soeurs et immobilisa sans peine grâce à sa télékinésie la Saintia qui perdait encore beaucoup de sang par sa cuisse.
Rigel choisit de la secourir, mais il constata trop tard que ses membres étaient immobilisés par le lierre d’Até.
Les trois premières Dryades étaient revenues à l’assaut.
Mania rendait à Mii la monnaie de sa pièce d’un direct au foie.
Shoko reculait pour prendre son élan face à Emony mais se sentit acculée : « Un mur ?! Le monument est loin derrière nous pourtant… »
C’est alors que des mains se posèrent sur ses hanches et remontent langoureusement sous son maillot jusqu’à sa poitrine.
_ « Que tu sens bon… Encore pure et pleine d’un si grand potentiel, susurra le roc dans son dos. »
Elle fit volte-face et découvrit la première Dryade masculine qui lui fit la révérence : « Je suis Phonos Dryade du Meurtre ! »
Il aurait pu lui paraître beau avec ses oreilles d’elfe, dans sa longue robe ébène couverte d’une cape blanche, si la façon dont il la dévorait du regard n’était pas si obscène.
_ « Laissez-là, beuglait à l’envie Kyoko impuissante ! Partez ! Laissez ma s½ur ! »
Até pouffait de rire devant la faiblesse de Kyoko.
A la merci des Dryades, Shoko tournait sur elle-même, ne sachant à laquelle se vouer en premier.
Até était la plus entreprenante de toutes. Elle avançait obstinément pomme tendue vers l’avant. Le fruit brillait de plus en plus, à mesure qu’il approchait son réceptacle. Il libérait un halo de lumière qui voguait jusqu’à lui.
L’entourant.
Pénétrant ses sens en s’infiltrant par ses narines.
_ « Shoko ! Shoko ! Bats-toi ! Ne te laisse pas envoûter, hurlait son aînée ! »
Alors, à chaque supplication, la Pomme d’Or resplendissait encore plus qu’elle ne s’illuminait pour Shoko.
Até perdit son rictus moqueur, en comprenant l’influence que Kyoko avait sur l’artefact.
Enivrée, Shoko n’avait plus la force de lutter malgré les exhortations de sa s½ur à ne pas lâcher prise.
Kyoko était défigurée par la haine qu’elle éprouvait pour la menace qui guettait sa s½ur : « Vous me le paierez ! Je vous ferai subir mille tourments ! Athéna elle-même ne m’empêchera pas de vous mettre au supplice ! »
Toute proche de Shoko, Até sentait l’intérêt paradoxal de la pomme pour chacune des s½urs.
Le camp d’Athéna était suspendu aux lèvres de la méconnaissable Saintia.
Mii était choquée par Kyoko, son modèle.
Rigel n’avait jamais perçu cette facette de sa personnalité.
Kyoko bavait de rage, les lèvres retroussées.
Les sujets d’Eris frémissaient d’impatience.
Mania dévorait des yeux son sosie.
Emony étranglait d'empressement Mick.
Phonos passait sa langue de façon concupiscente sur sa lèvre supérieure.
Dysnomie fronçait les sourcils, en ressentant le même malaise qu’Até.

C’est alors que l’échéance fut imminente, que soudain, un cristal de glace vint écorcher le revers de la main d’Até, faisant tomber la pomme.
Dysnomie fut attaquée par une vague de froid, l’obligeant à cesser sa restriction sur Kyoko.
Rigel profita de l’attention relâchée d’Até pour brûler de ses flammes bleues ses liens.
Et Mii tournoyant sur elle-même, profita qu’elles soient côte à côte pour frapper à revers Mania et Emony d’un coup de pied circulaire encore plus puissant que son précédent arcane : « Angel Blow Splash ! »
Katya, à peine remise du meurtre de Klaus, apparut enfin à leur rescousse.
Couverte de sa Cloth, elle poursuivit son offensive sur Dysnomie : « Jewelic Tears ! »
Des cristaux de glace menacèrent la Dryade qui, une fois l’effet de surprise passé, se contenta d’un revers des longues manches de sa tunique pour balayer le froid.
Cependant elle ne vit pas Kyoko arriver de l’autre côté et fut martelée par une pluie de météores : « Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Pendant que Mii allait au chevet de Shoko, Kyoko se réjouissait de l’arrivée de sa camarade.
_ « Katya ! Dis-moi que c’est le Grand Pope qui nous envoie les secours ?!
_ Hélas non. C’est parce que je me rendais à Honkios que j’ai découvert ce qui se trame ici.
_ Espérons alors que d’autres Saints usent de la montée des douze maisons, car nul ne peut ressentir le cosmos de ces Dryades ! »

Rigel, lui, entamait un corps à corps avec la si peu vêtue Até.
Galvanisée par l’éclat d’Eris à travers sa pomme, Até entamait à chaque coup la Cloth d’argent.
Malgré qu’il parût le plus acharné, faisant reculer à chaque tentative Até, Rigel brassait du vent.
Até esquivait chaque assaut et lui rendait au double en touchant sa cible.

_ « Et Rigel, demanda l’air complice Katya à Kyoko ?
_ Il m’a senti en danger. Tu sais ce que c’est après tout d’avoir un ange gardien qui veille sur toi, fit allusion en retour Kyoko à Saga. »
Katya sourit chaleureusement et repartit au combat après que Dysnomie se soit relevée : « Si seulement Saga pouvait encore m’apparaître, espéra-t-elle ! »

Souhaitant être seul avec Shoko, Phonos s’en prit à Mii avant qu’elle n’atteigne son amie en la heurtant aux côtes : « Despaired Bite ! »
Par une multitude de coups d’ongles, Phonos repoussa de son cosmos Mii contre le flanc de la montagne qui supporte les marches vers les temples des chevaliers d’or.

Refusant de laisser les siens se battre sans elle, Shoko empêcha que Mania se jette à la poursuite de Mii.
A distance, elle entama une bataille de coups à longue portée avec Mania.
Toutefois, si elle gérait Mania du mieux qu’elle pouvait, elle ne put empêcher Emony de rendre à Mii la monnaie de sa pièce.

Mii ne pouvait plus reposer pied à terre, tandis qu’Emony déclenchait à chaque fois son arcane : « Innocent Glamness ! »
Des centaines de pétales de lobélies, semblables à des papillons menaçants, venaient la heurter, égratigner sa peau, déchirer sa robe, ronger sa chair.
Mii était chaque fois balancée contre la roche, avant d’être attaquée à nouveau.

De son côté, Rigel commençait à payer le prix des contre-attaques qu’il encaissait.
De sous son diadème ébréché, du sang s’écoulait de ses plaies crâniennes. Ses pommettes fendues lui gonflaient les joues.
Até se voyait victorieuse.
Pourtant, Rigel gardait le sourire. Até comprit trop tard qu’elle était prisonnière d’un brasier.
_ « Impossible ! En réalité je n’esquivais pas tes coups. Tu frappais tout autour de nous pour nous entourer de flammes.
_ Tu as vu juste. Et maintenant prisonnière de mes flammes, tu vas subir de plein fouet mon Feu Follet Dansant : Ignus Fatuus Saltare ! »
Tel un maelström, le feu bleu et blanc monta haut dans le ciel pour former un dôme qui retomba lourdement sur les deux adversaires, les emprisonnant dans le foyer.

_ « Rigel, s’époumona Kyoko pourtant en plein combat !
_ Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi ! Tes sentiments interdits vont mettre en péril ton alliance avec ton amie, la prévint Dysnomie ! »
En effet, alors que leurs attaques coordonnées empêchaient la Dryade de riposter, Dysnomie profita de la déconcentration de Kyoko pour répliquer contre Katya qui n’était plus couverte.
Après avoir évité un direct de Katya au visage, Dysnomie posa sa main contre le poitrail de la Couronne Boréale. Elle matérialisa une boule de cosmos qui repoussa la Saintia.
La déflagration fut si puissante que Katya inconsciente embarqua dans l’élan Kyoko désarçonnée.
Elles atterrirent contre le flanc de montagne où Mii peinait à faire face.

Plus loin, se cachant tour à tour de stèles en stèles, n’en sortant uniquement que lorsqu’elles portaient un impact chaque fois plus puissant, Shoko et Mania poursuivait leur bataille à longue distance.
Chacune parvenait à faire mouche au regard de leurs tenues déchirées, sans toutefois réussir à prendre l’avantage.

A peine Katya et Kyoko heurtèrent le rocher, que Dysnomie, à leur poursuite, ne leur laissa pas de répit.
Elle saisit par la jambe Katya inconsciente et se servit de son corps telle une masse pour frapper à trois reprises contre Kyoko.
Le choc de leurs corps fit crisser leurs Cloths et les ébrécha par endroit.

Inquiète devant la punition infligée à sa s½ur, Shoko se découvrit inconsciemment.
Donnant l’opportunité à Mania de parfaitement viser sa cible.
Cependant, revigorée par le devoir de secourir Kyoko, l’Athénienne joignit toutes ses forces dans un coup qui écrasa celui de Mania au moment de leur impact. Ce coup ressemblait bien plus à un météore que tous ceux portés jusqu’à présent. Mania fut heurtée en plein estomac et repoussée sur plusieurs mètres, inconsciente.

En même temps, Rigel sortit du foyer immense.
Le feu consumait suffisamment de cosmos pour devenir visible à quelques kilomètres de là au sein du Sanctuaire.
Victorieux à première vue d’Até, sa première pensée fut pour sa bien-aimée inconsciente un peu plus loin.
Il s’élança contre Dysnomie et Emony.

Décidée à faire front contre elles aussi, Shoko en oublia Phonos qui réapparut à nouveau dans son dos.
Elle effectua un coup de pied retourné pour s’en débarrasser, mais son mouvement fut entravé par des fils de soies.
_ « Paralyze Silk. Tu es prisonnière de ma toile, ricana Phonos. »

Simultanément, du lierre traversa sous forme de lances les tombes et faucha en plein élan les cuisses, le poitrail et les bras de Rigel, manquant de justesse de l’éborgner.
_ « Non… Até… Tu as survécu, déplora Rigel à bout de forces. »

D’un éclat de rire sadique, Phonos se mit à glisser ses doigts à travers les cheveux de Shoko : « Un corps innocent, pur… Personne ne l’a encore parcouru n’est-ce pas ? Je me délecte d’avance de savoir ce qu’en fera Mère… »
Amusée aussi, Até approchait avec la pomme.
Emony et Dysnomie laissèrent choir leurs adversaires.
Mania ouvrait grands les yeux pour savourer cet instant qu’elle attendait tant.
Kyoko revenait progressivement à elle.
Rigel, suspendu au dessus du sol par les piques tranchant d’Até, préférait fermer les yeux, couvert de honte par sa défaite.
Mii presque dénudée et couverte d’hématomes, rampait jusqu’à Katya en espérant la ramener à elle.
A la merci de la Pomme d’Or, Shoko fermait les yeux : « Kyoko… Grande s½ur… Parviendras-tu à me sauver cette fois encore comme dans mes cauchemars ? Ou bien… Comme pour Rigel et toi, existe-t-il un héros, un ange gardien capable de veiller sur moi ? »

Kyoko, l’armure ébréchée, ne parvenait pas se ressaisir.
Elle regardait Rigel étripé par les lianes arbustives se vider de son sang, avant de constater avec davantage d’effroi qu’elle ne pouvait pas sauver sa s½ur cette fois.

Shoko l’avait compris.
Epuisée, elle ferma les yeux.
S’en voulant d’avoir causé tant de tort à sa s½ur : « Grande s½ur… Je t’ai été bien pénible… J’aurai tant espéré d’autres retrouvailles… Mais tu as fait ta vie… Tes choix… Trouvé ton bonheur à travers ton rang et ton amour pour cet homme… Moi j’ai été négligente… J’ai échoué à te rendre fière… Et voici qu’on m’annonce être le réceptacle d’une ennemie d’Athéna… Rigel t’aime et te sauve. A deux, vous vous battrez pour Athéna… Mais moi, demain, avec qui me battrai-je ? Qui risquera sa vie pour moi ? »

La réponse vint à Shoko par un éclat aussi éblouissant que le soleil.

La lumière passa à travers ses paupières.
Son corps, soudain libéré de la soie, retomba lourdement.
Mais il ne chuta pas au sol.
Il était maintenu dans les airs par une poigne solide, qu’elle sentait sous le pli de ses genoux et derrière son dos.
_ « Cet homme…Non ce n’est pas un rêve… Un homme en or… Sa prise est si dure… Son armure est si solide… Et sa peau… Elle sent si bon le soleil, tout comme ma peau, contempla-t-elle.
_ Tu vas bien, lui demanda sans ménagement son héros aux longs cheveux bleus ?
_ Un Saint d’or, pesta pour sa part Phonos.
_ Milo du Scorpion, s’annonça le chevalier, je suis venu chasser l’araignée que tu es du Sanctuaire. Scarlet Needle ! »
Tout en gardant Shoko dans le creux de son bras gauche, il décocha de son ongle allongé cinq piqûres.
Chacune frappa chaque Dryade.
Toutes plièrent genou à terre, les yeux déchirés par la douleur.

_ « Non… Toutes n’ont pas été atteintes, constata Milo en voyant que Dysnomie n’était plus là ! »
D’un saut acrobatique, la Dryade de l’Anarchie surplombait le Scorpion.
Par réflexe, la faisant tournoyer sur elle-même en la libérant de son bras gauche, Milo écarta Shoko du danger.
Accumulant sa cosmo énergie dans son index droit, il forma une concentration de cosmos pour contrer l’immense sphère de cosmo énergie emmagasinée par Dysnomie qui le menaçait à bout portant.
Dans la foulée, Phonos revint à la charge.
_ « Desperate Bite, attaqua à revers Phonos pour faire pencher la balance !
_ Tu es trop lent, Scarlet Needle ! »
Milo répondit avec son index gauche, avant de ramener à lui Shoko qui valsait au gré de ses bras.
Pris entre deux feux, Milo garda l’avantage devant une Shoko ébahie : « Incroyable ! Je ne l’ai même pas vu bouger ! Il m’a évité de subir chaque attaque tout en contre-attaquant avant de me ramener contre lui ! Cet homme est à des années lumières de moi ! »
Milo ne relâcha pas sa garde pour autant, devinant qu’Até attaquait aussi.
_ « Million Hatred ! »
Alerte, de son aiguillon, il désintégra tous les tentacules qu’elle lui lança de face.
Enfin, d’un bon acrobatique, il anticipa les lances venues du sol en s’élevant avec Shoko qui chercha refuge contre son buste.
Il riposta de son Aiguille Ecarlate mais au moment de l’impact, Até vola en échardes.
_ « Un leurre ! Elle a donné à ses lianes son apparence ! Mais alors… »
Avant même qu’il ne puisse retoucher le sol, il comprit trop tard.
De tout le cimetière, renversant les tombes, arrachant les stèles, jaillirent des milliers de javelots de lierre.
Elles contraignirent Milo à renvoyer au sol, plus loin Shoko, puis à réaliser un effort de concentration extrême pour lutter contre les obstacles.

Sur ces entrefaites, Até arriva nez à nez avec Shoko alors que Phonos, malgré la douleur des piqûres, la bloqua à nouveau dans sa toile une fois qu’elle fut renvoyée à terre.
Immobilisé par l’effet du Scarlet Needle, mis au supplice, il arborait quand même de ses longues dents, le plaisir de voir la pomme être fermement tendue par la main ouverte d’Até contre le creux de la frêle poitrine de la Grecque au maillot craquelé.

Revenue à elle grâce à l’instinct de survie pour sa s½ur, devinant le danger, Kyoko surprit Emony et Mania en se jetant à la poursuite d’Até à la vitesse du son.

Voyant Shoko à la merci des Dryades, Milo choisit alors de recroqueviller ses membres contre lui avant de les relâcher en faisant irradier tout son cosmos, consumant une grande partie de ses forces mais aussi et surtout les pilums végétaux.
Les rayons solaires de la cosmo énergie de Milo éblouirent Shoko qui, abattue, levait une ultime fois les yeux au ciel en tant qu’Athénienne pour admirer une dernière fois son éphémère messie.
Kyoko arriverait trop tard, mais Milo savait qu’à la vitesse de la lumière il pouvait encore contrer Até.
Néanmoins, Dysnomie le menaça à nouveau. A mesure que la Pomme d’Or irradiait, les Dryades gagnaient en force.

Dans la main d’Até, la pomme resplendissait tandis qu’un serpent ailé s’en échappa.
Il encercla Shoko pour la soumettre à son attraction.

Milo repoussa Dysnomie en la devançant grâce à dix piqûres.

Rigel, impuissant, les yeux gondolés de larmes devant l’acte héroïque de Kyoko, regarda la Saintia traverser tout le champ de bataille en s’égosillant du nom de sa s½ur.

Milo, vainqueur, de Dysnomie, fondit depuis les airs en direction d’Até.

Shoko étant maintenant prisonnière de la Pomme d’or et non plus de sa toile, Phonos chargea Milo pour dévier sa course…

Le serpent ailé n’était autre qu’Eris
Il fixa avec appétit Shoko.
Il fonça.
Sorti de la pomme tendue entre les seins de Shoko, le serpent se précipita en direction de la poitrine de…
_ « Kyoko, cria d’angoisse Rigel en crachant du sang ! »

Shoko fut sans voix.
Encore étouffée par le serpent, ce dernier s’était détourné d’elle.
Il était passé par-dessus l’épaule d’Até.
A son sourire la Dryade avait compris les intentions d’Eris.
Le serpent avait transpercé le thorax de Kyoko qui arrivait dans le dos d’Até.

Tous, hormis Até, demeurèrent interdits.

A terre, Milo dégagea d’un revers de bras le glorieux Phonos qui roula au sol avec l’air ahuris, satisfait de la renaissance d’Eris.

Le serpent se desserra de Shoko, pour mieux pénétrer de tout son être le buste de Kyoko.

Aussitôt, d’un pas lent, les bras tremblants tendus vers elle, Shoko progressa en direction de sa s½ur sans se soucier d’Até à côté de qui elle passa sans même la remarquer.
_ « Grand… Grande s½ur ? »
Alors qu’Eris s’insinuait progressivement en elle, Kyoko garda une mine satisfaite à l’endroit de sa cadette.
Malgré le sang qui fuyait le coin de ses lèvres, elle lui souriait de tout son amour.
_ « Je suis heureuse d’être arrivée à temps… Heureuse que cette âme maléfique ait choisi mon âme souillée, plutôt qu’elle ne soit venue pervertir ton innocence…
_ Que racontes-tu ?
_ Il se passe bien des choses au Sanctuaire… Et le monde entier est plus noir qu’on ne le croit… Malgré tout le mal que j’ai couvert… En te voyant ici saine et sauve… Je me dis qu’avant de devenir totalement corrompue, j’aurai pu faire le bien… »
Difficilement, la main rougie par le sang qui s’est écoulé de ses plaies, Kyoko passa sous le col de sa Cloth et en extirpa le même médaillon que sa s½ur à l’effigie de Pégase.
_ « N’aie pas peur… Tout ira bien… N’oublie pas la légende que je te racontais quand nous étions petites…
_ Pégase… Qui accompagne Athéna dans chaque victoire…
_ Oui… Pégase apparaîtra un jour en ce Sanctuaire. Il le nettoiera du mal et viendra à bout de la déesse maléfique que je serai devenue. Ce jour là, bats-toi à ses côtés et terrasse le mal que je n’ai pas eu la volonté de repousser de mon c½ur. »

Le serpent finit d’investir totalement le corps de Kyoko.
Seules ses ailes demeurèrent et commencèrent à battre pour repousser Shoko.
Elles élevèrent Kyoko dans les airs pendant qu’Até commenta : « L’étoile sous laquelle les s½urs sont nées est double. Eris a choisi cette étoile. En l’occurrence, l’une comme l’autre, vous étiez prédisposée à devenir Eris. Si Mère aime se réincarner dans un corps pur, elle a préféré l’âme souillée et torturée de ta s½ur. »

La cadette tomba à genou pendant que sa s½ur s’élevait en position f½tal.
Les yeux rivés au sol, de désespoir, Shoko contrastait avec la mine euphorique d’Até, qui relâchait enfin Rigel de sa prison de lances.

Le ciel s’assombrit.
Les ailes enroulèrent la Saintia.

Le Sanctuaire réalisa enfin qu’un malaise planait.

Phonos sentait la restriction du Scarlet Needle s’évanouir.

Les autres Saints d’or présents au Sanctuaire sortirent sur le parvis de leur maison.

Emony serrait fort contre elle Mick.
Katya revint à elle et réalisa sans tarder l’ampleur des dégâts, en voyant la mine déconfite de Mii.
Dysnomie reculait pour mieux apprécier le spectacle.
Rigel incapable du moindre geste gisait dans son sang, ses larmes se mêlant à l’hémoglobine qui inondait le sol.
Une sphère pourpre émana de Kyoko…

Le Grand Pope prenait appui sur son balcon, devinant le nouveau danger.
La sphère de Kyoko implosa.
Elle souffla le Sanctuaire tout entier.
Clouant les plus proches au sol.
Irritant les pupilles des spectateurs au loin…

A l’exception des Dryades qui furent les premières à admirer la renaissance de leur déesse.

Shoko recouvrit ses émotions en entendant le bruit suspect de cliquetis métalliques.
Elle habitua ses yeux à l’éclat aveuglant et reconnut, morceau par morceau, la Cloth du Petit Cheval retomber à l’endroit même d’où s’était élevée Kyoko.
Enfin, un dernier bruit plus léger acheva les chocs de métaux.
Le pendentif de Pégase quittait en dernier la Saintia.

Par le biais de son cosmos, Kyoko appela sa s½ur : « Shoko ?! »
Shoko sentit sa cosmo énergie happée dans un champ de fleur.
_ « Tout est terminé Shoko. Suis-moi, l’intima Kyoko dans ce jardin sans fin.
_ Kyoko… Pourquoi… Pourquoi te suivrai-je ? »
L’aînée était dans le plus simple appareil, le corps marqué de symboles pourpres.
_ « Parce que la Terre va bientôt être détruite. Les hommes sont avides et ne respectent aucune valeur. Athéna n’a jamais su empêcher le monde de sombrer. Pire, depuis les temps anciens, leurs ambitions démesurées ont massacré des civilisations. Ainsi, la Terre basculera dans un conflit global et finira réduite en cendres. Tu finirais épuisée de désespoir à défendre ce monde qui n’en vaut pas la peine. Alors que désormais, nous pouvons vivre dans mon royaume, un paradis où tu n’auras plus de compte à rendre à personne. La ponctualité. Le travail. La faim… Plus rien de tout ça ne te concernera… Ne nous concernera… »

En dehors de l’illusion créée par Eris, Rigel entendait les paroles de sa bien-aimée et réalisait avec amertume que ses projets ne le concernaient pas.

Shoko, elle, se relevait, l’½il triste.
_ « Shoko, poursuivit Eris, tu as toujours couru de toutes tes forces derrière moi pour me rattraper. Aujourd’hui je te donne une unique chance de pouvoir être à mes côtés. Aucun autre monde que le mien ne l’aurait permis.
_ Ce n’est pas ce que ma s½ur voudrait, balbutia-t-elle timidement.
_ C’est l’image que tu as de ta s½ur. Pourtant c’est bien elle qui te parle. Assouvir ses désirs… Kyoko savait bien avant de devenir Eris qu’il n’y a pas plus grand bonheur que ça… »

Ces paroles firent réaliser à Rigel l’impact de leur amour sur l’âme d’une Saintia.

L’ensemble des Dryades approchait Shoko dont les poings se serraient à s’en briser les os. Du sang en jaillissait et ses dents serrées auraient pu rompre sa mâchoire.

_ « Ma s½ur que j’avais enfin retrouvée… Elle à qui je voulais tant ressembler… Les années l’ont-elles fait changer à ce point ?
_ Je suis devenue femme. Et comme en chaque mortel, le vice me guettait. Une voie sage est un chemin long et difficile à tenir. Le chagrin et la souffrance, d’une vie de dévotion sans reconnaissance, peut facilement nous écarter du droit chemin…
_ Que veux-tu dire ?
_ Je vais te dire un secret, dit la déesse nue qui descendit jusqu’à sa s½ur maintenant encerclée des Dryades. Athéna, susurra-t-elle à son oreille, n’est pas au Sanctuaire. Toute l’éducation chaste reçue ici depuis douze ans ne repose que sur des mensonges. »
Terrassée par de tels propos, Shoko demeurait interdite.

Au loin, ignorant la teneur de l’échange, Milo redoutait de voir l’apprentie Saint être ainsi encerclée.
_ « Cela suffit, décréta-t-il ! C’est maintenant ou jamais ! Je vais nous débarrasser une bonne fois pour toute d’Eris ! Scarlet Needle Antarès ! »
Depuis les airs, la déesse dévêtue vit fondre sur elle quinze Aiguilles Ecarlates dont l’une, destinée à son c½ur, était plus rouge encore que les autres.
Faisant apparaître dans sa main une lance à quatre branches, Eris dressa aussitôt un bouclier.
Néanmoins, si elle a su réagir à la vitesse de la lumière, elle n’anticipa pas le mouvement du Saint d’or qui apparut au milieu des Dryades pour enrouler dans sa cape filée par les combats Shoko : « Restriction, cria-t-il en attaquant les Dryades ! »
Il tourna ensuite le dos à Eris, qui pointait déjà sa lance dans sa direction, afin de servir de bouclier à Shoko.
La concentration de cosmo énergie qui émana de la lance les repoussa jusqu’au flanc de la montagne où, encore une fois, Milo fit une rotation sur lui-même pour épargner Shoko du choc contre la pierre.
La Cloth d’or ébréchée au dos, la cape arrachée, Milo retomba à genoux, refusant de s’avouer vaincu.
Il déposa devant lui sa pantoise compatriote, totalement dépassée par les évènements.

Devant eux, Eris accusait le coup.
Elle retomba à terre. Son front perlant d’une sueur intense, qui descendait jusqu’au creux de sa poitrine nue.
Affaiblies par la Restriction du Scorpion, les Dryades voulurent immédiatement sécuriser leur déesse.
Dysnomie se mit alors en première ligne pour éviter une confrontation qui serait fatale, tandis qu’Até vint à son chevet : « Vous venez à peine de recouvrer votre conscience. Faire ainsi l’étalage de votre puissance dans ce corps nouveau était bien trop dangereux. Il nous faut retourner dans votre temple. Il doit vous rester suffisamment de force pour le faire ressurgir des entrailles du Sanctuaire. »

Aussitôt, tout à l’Ouest du cimetière, sur le versant de la montagne où s’érigent les douze maisons du zodiaque, la roche se fissura.
Les craquelures du sol du cimetière libérèrent des faisceaux pourpres qui accentuèrent la déchirure du parterre.
Le Sanctuaire tout entier trembla.

Les secousses sismiques furent ressenties par-delà le domaine sacré.
Travaillant les plaques tectoniques.
Provoquant des remous de la Mer Ionienne à la Mer Egée en passant par la Mer Méditerranéen et la Mer de Crète.
Submergeant les côtes frontalières d’Athènes…
 
Shoko reprenait difficilement ses appuis, tandis que ses alliés assistaient à terre impuissants à la renaissance du temple d’Eris.
Morceau par morceau, le plateau aux stèles millénaires pour certaines se dérobait dans le vide insondable, formant peu à peu un gouffre arrondi duquel sortit, poussé par ses racines qui puisaient leurs forces dans les entrailles de la Terre, un arbre.
Aux épaisses branches de bois sec, arborant à son sommet un toit feuillu, presque cotonneux, sur plusieurs kilomètres de diamètre, l’arbre engouffré jusqu’alors gardait en ses racines un temple.
Les racines prenaient par le dessous la crépis, cette plateforme à degrés qui servait de soubassement en marbre et carreaux de pierre taillés, pour en sortir la paroisse toute entière.
Les colonnes fièrement dressées maintenaient le plafond parcouru, telles des veines, par les racines qui léchaient l’épistyle.
Extirpé des entrailles du cimetière, le temple s’élevait par-dessus le Sanctuaire.
Porté par son nuage de feuilles, comme un ballon dirigeable, l’arbre hissait haut le temple, par-delà même les nuages, pour sortir du kekkai d’Athéna.

Spectatrices averties de la renaissance de leur temple, les Dryades se laissaient envelopper par les ailes d’Eris dont le plumage devenait plus long et imposant.
_ « En effet Até. Il est temps pour nous, mes enfants, de retrouver notre foyer.
_ L’Utérus, s’émerveilla Até.
_ Allons Mania, partons ! »

Eris invita la dernière Dryade à ne pas s’être regroupée.
La susnommée avait pris la place de Dysnomie.
Elle faisait front à Shoko, la seule Athénienne encore debout.
_ « J’arrive Mère. Laissez-moi juste achever cette erreur. Ce réceptacle n’a plus lieu d’être. Vous n’avez plus besoin qu’elle empoisonne l’âme de Kyoko.
_ C’est déjà le cas Mania. Kyoko présentait une âme corrompue, facile à assimiler pour me permettre de m’exprimer pleinement. Mais je comprends que quelqu’un portant les mêmes traits que toi puisses te rebuter. J’ai brisé le c½ur de ce petit oisillon, en lui montrant la vraie nature de sa s½ur. J’ai brisé sa foi par ma révélation sur l’état du Sanctuaire et l’incapacité d’Athéna à pouvoir intervenir. Je te laisse briser son corps pour qu’il ne subsiste que toi et me donner parfois un sentiment de nostalgie si cher aux humains, lorsque je te regarderai Mania de la Folie. »
Aussitôt, la Dryade fut prise d’une passion débordante. Ses yeux grands ouverts fixaient d’une détermination psychotique le dernier rempart à la reconnaissance de sa mère.
Face à elle, les bras de Shoko en tombaient. Sa s½ur était donc comme cela.
A cet instant elle comprit, Eris exacerbait la part d’ombre de Kyoko. Comme elle qui ressentait de la colère, du chagrin, en cet instant, Kyoko avait une part d’ombre. Mais aussi de lumière. C’est cette lumière qui a fait d’elle une Saintia en dépit des révélations qu’elle a pu lui faire. Si la Cloth l’avait reconnu, c’est qu’il y avait une certaine justice dans ces actes.
Elle tourna sa tête de droite à gauche. Rigel gisait dans son sang. Mii ramenait doucement à elle Katya. Dans son dos, Milo reprenait appui pour faire obstacle à nouveau.
_ « Non… Non, ce n’est pas à lui de se sacrifier pour ma s½ur. Si sa part d’ombre était plus forte que sa lumière au point qu’Eris la domine complètement plutôt que moi, c’est que ma part de lumière est bien plus forte. Mon corps n’est pas brisé, il bouge encore. Mon c½ur n’est pas brisé, j’ai foi envers les actes héroïques de tous ceux qui ont lutté à mes côtés aujourd’hui. Ma foi… Oui ma foi n’en est que plus revigorée. Si ma s½ur n’a pas su être une Saintia jusqu’au bout, alors, parce que j’ai toujours voulu la rendre fière, je serai une bien meilleure Saintia qu’elle ! »
Tandis que Mania, revigorée par le cosmos d’Eris, faisait pousser au bout de ses doigts de longs ongles tranchants, elle ne remarqua pas devant elle les restes de l’armure du Petit Cheval s’agiter.
Elle s’élança contre Shoko qui prit elle aussi une puissante impulsion.
Alors même qu’elle partit en premier, Mania se vit dépasser par plusieurs étoiles venues au contact de Shoko.
Ces fusées vinrent se plaquer contre son corps, morceau après morceau, pour la barder en pleine course de la Cloth du Petit Cheval.
_ « Le cosmos de Kyoko enveloppe tout mon corps ! Pas de doute ! Ce cosmos chaleureux est celui avec lequel elle me protégeait dans mes rêves !
_ Par quel miracle, s’exclama Mania désormais au coude à coude ?!
_ Peu importe qu’Eris dise vrai. Si Kyoko est comme tout homme, partagée entre l’ombre et la lumière, alors sa lumière, à travers sa Cloth, me montre le chemin à suivre : Equuleus Ryu Sei Ken ! »
A bout portant, Shoko terrassa Mania, dont le corps fut déchiré à chaque impact de météore.
Elle retomba la tête la première au sol, inerte.
Les lambeaux de chair qui subsistaient se mirent à faner aussitôt tel des fleurs mortes ensuite balayées par le vent.
Spectatrice depuis les airs, Eris n’éprouva aucune tristesse par rapport à la mort de Mania. Pas plus que les autres Dryades.

_ « Je vois, il restait au fond de l’armure la dernière bonne pensée résiduelle de Kyoko avant que je ne m’éveille. C’était mon dernier éclat lumineux.
_ Qu’importe. Cet éclat m’a montré le chemin à suivre, rétorque Shoko. Même s’il est difficile. Même s’il est douteux. Même s’il restreint nos libertés d’actes et de pensées. Ce chemin est celui d’hommes et de femmes courageux qui n’ont pas peur de mettre leurs vies en danger pour sauver celles de millions d’autres. C’est celui des Saints !
_ Alors, tend Eris sa lance vers Shoko, meurt comme eux ! »
Une vague d’énergie dont la circonférence englobait toute la surface du cimetière partit de l’arme.
L’ampleur du cosmos et sa pression laissèrent Shoko bouche bée. Elles lui paralysèrent les membres.
_ « Alors Kyoko, ton choix est fait. Tu es et resteras Eris. Je vais encore me retrouver toute seule ? Tu ne viendras donc vraiment plus à mon secours, déplorait-elle devant la mort.
_ Je suis là moi, assura alors Milo passablement étourdi. »
Arrivé à sa hauteur, Milo embrasa son cosmos, paume tendue vers le ciel, prêt à accueillir l’ensemble des forces d’Eris.

PARTIE 1/2
La suite, dans le post qui suit.

7
Only for Love / Chapitre 72
« on: 2 May 2021 à 15h28 »
Chapitre 72

En Argentine, à Buenos Aires, éloigné des décibels, accoudé au comptoir, Tromos tourne le dos aux fêtards de plus en plus déchaînés.
Grognon, le Berserker de la Terreur, habituellement doux et attentionné, demande sèchement au barman : « Remettez-moi un cocktail du diable. Quadruple dose s’il vous plaît. »
En balançant plus de billets qu’il n’en faut, le régional de l’étape stupéfait le serveur.
L’employé ramasse ainsi une quinzaine de verre vide devant son généreux client : « Vous êtes épatant. C’est notre boisson la plus chargée. D’habitude, deux suffisent à mettre dans un état second. »
D’un rire gras, Tromos se vante.
Malgré ses piètres talents d’acteur, lui qui d’ordinaire est très humble, réussit à affirmer : « Petit gars, t’as pas à faire à n’importe qui. T’as pas vu la masse devant toi ?! »
Avec plaisir, l’homme ramasse l’argent et se contente d’un : « J’avoue ! »
Tromos bluffe jusqu’au bout. Il sort une liasse de billet, qu’il lui tend discrètement : « J’en boirai des tonneaux moi. Pas des saloperies de jus d’orange que tu mets dedans, mais juste de l’alcool que tu te sers. D’ailleurs, si tu peux me sortir quelques litres supplémentaires… »
Jusqu’ici fréquentable, le salarié présente une mine bien plus sournoise en s’emparant avidement de l’argent : « T’en as encore du fric ? »
Tromos se contente de hocher positivement la tête en faisant une mine blasée. Ce à quoi l’intéressé réagit : « Si c’est une bonne défonce que tu cherches, à ce prix-là j’ai mieux à te proposer. Suis-moi. »
Il claque des doigts pour faire venir un autre collègue.
Ainsi, il guide, en pressant le pas, son client vers une porte derrière lui…


En Grèce, depuis la terrasse d’un café où ils sont attablés, Kyoko et Mars fixent l’énorme monolithe de marbre gris bleu, veiné de rouge, qu’est l’Aréopage que visitent les touristes.
Ceux-ci, bien loin de se douter que la colline abrite encore le sanctuaire d’Arès, ignorent jusqu’à la présence des deux réincarnations au milieu d’eux.
_ « Tu as de quoi payer, questionne Arès ?
_ Nous n’en aurons pas besoin, suggère Eris. Tu vois la table au bout de la terrasse ?
_ Celle avec le jeune couple ?
_ Celui-là même. D’ici la fin de notre entrevue, la discorde permettra de nous éclipser, sans qu’on nous remarque.
_ Cela m’arrange. Faire tout exploser à proximité de mon temple aurait pu mettre la puce à l’oreille du Sanctuaire. D'autant plus qu’ils me croient inactifs pour le moment. Mais dis-moi, quelle discorde les opposera ?
_ Lorsque je me suis éveillée il y a trois ans, j’ai semé des graines de la discorde partout sur Terre. Désormais, je peux lire dans le c½ur des gens infectés. Je lis dans le c½ur de la jeune femme, qu’elle voit un autre homme que celui qui lui fait face. Par le biais de mon cosmos et de la graine prête à germer, il me suffira d’accentuer son aversion pour ce dernier, tandis que j’utiliserai chez lui la jalousie en son c½ur. L’un ou l’autre finira bien par sombrer dans la folie et t’offrira un bain de sang.
_ Comme j’ai hâte de retrouver la surface quand tu présentes ainsi les choses. Hélas, nous avons peu de temps, avant que Vasiliás et Tromos ne reviennent d’Argentine et remarquent mon absence. Raconte-moi donc depuis ton retour sur Terre quel plan tu as fomenté.
_ Oui… Tout s’est passé l’année 1984… »

Flashback
Une atmosphère lugubre planait dans une des nombreuses maisons de pierre où résident les villageois du Sanctuaire.
Un linge épais servant de rideau atténuait les rayons du soleil passant par la lucarne laissée à même la pierre cimentée. Cependant il ne tempérait en rien l’ardeur de l’été grec.
Dès lors, dans la chambrette, la moiteur dérangeait davantage le sommeil perturbé d’une jeune femme aux cheveux magenta.
Celle-ci tournait dans ses draps mouillés de sueur sans réussir à s’extirper du cauchemar dans lequel elle était plongée.

Elle s’y voyait petite, fragile. Tourmentée par une vieille femme qui l’approchait dans la forêt. Cela n’avait rien d’anormal en apparence. Le bois était semblable à ceux qu’on rencontre çà et là dans le domaine sacré. La verdure y était luxuriante et souvent traversée d’un cours d’eau.
La vieille dame non plus n’était pas étrangère à l’ensemble des personnes âgées qui vivent ici. Le dos courbé. Souvent encapuchonnée.
Ce qui était troublant par contre, c’était l’insistance que celle-ci avait de venir mettre sous le nez de Shoko une pomme dorée.
Partout où Shoko s’éloignait, l’ancêtre la poursuivait jusqu’à faire preuve de harcèlement.
Par-delà le fruit atypique, ce qui paraissait étrange, c’était le visage marqué de la vieille. Il n’avait pas les traits fatigués des gens harassés par des années de service auprès des Saints. Il était caractéristique des gens emprunts de mauvaises intentions, n’exprimant que fourberie et chagrin.
Plus angoissant encore, les cris répétés de Kyoko, la s½ur aînée de Shoko, qui venait sans cesse à sa rescousse pour lui interdire de toucher ce fruit à la couleur peu coutumière.
Pire, lorsque la vieille parvenait à les acculer, comme toujours, et qu’elle ne laissait d’autre choix à Shoko que d’être bientôt en contact avec la pomme, Kyoko se mettait alors en opposition, passant aussitôt de vie à trépas.

C’est ce cauchemar que Shoko faisait à nouveau et qui la réveilla au moment de l’issue fatidique.
En caressant le pendentif en forme de Pégase, accroché autour de son cou, elle murmura : « Kyoko… »
Pour seule réponse, elle n’eut que la voix grondante de son père qui enfonça presque la porte de sa toute petite chambre : « Shoko ! »
Aussitôt, rassuré de la savoir saine et sauve, les joues de cet homme aux cheveux bruns coiffés d’une queue de cheval s’empourprèrent. Distinguant sa fille en petite tenue, il fut chassé par l’oreiller de celle-ci qui s’écrasa sur son visage patibulaire.

Quelques minutes plus tard, dans la pièce d’à côté, Shoko vint le retrouver.
La demeure était modeste, comme toutes celles des gardes du Sanctuaire.
Hormis la chambre qu’il consacrait à ses filles, ce soldat à la moustache drue, n’avait que pour autre lieu de vie cette pièce principale où ne tiennent qu’une table et trois chaises.
Son casque et son glaive étaient déposés sur un banc de pierre collé contre le mur et qui lui sert d’ordinaire de lit.
Pour les commodités, une marmite suspendue par-dessus la cheminée, quelques linges qui pendaient sur un fil qui traversait la pièce, et un raccord au caniveau dans un des quatre angles de la maison servant de latrines et d’évacuation des eaux usées.
Shoko le rejoignit en prenant la seconde chaise rafistolée en de multiples endroits.
Elle s’installa à côté de la troisième. Vide et poussiéreuse.
_ « Tu as encore rêvé d’elle n’est-ce pas, lui demande son père en lui tendant un bol de bouillon ?
_ Cela fait cinq ans qu’elle s’est enrôlée dans l’ordre des prêtresses. Je ne l’ai pas revu depuis.
_ Allons, ta s½ur est forte, tu n’as aucune crainte à avoir, dit-il en avalant bruyamment sa soupe. Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi-même, il est midi passé et tu as encore loupé les cours du matin au prieuré du village ! Tu as de la chance que je sois repassé à la maison entre deux tours de garde pour ramener de l’eau fraîche ! Sans quoi tu aurais loupé ton entraînement de l’après-midi au camp des femmes ! »
Shoko grimaça en regardant son maigre menu.
Son père lui rendit alors le sourire en sortant du torchon posé sur la table un morceau de pain frais : « Tiens ! Ce sera meilleur avec ça ! Tu as besoin de prendre des forces pour me montrer tes progrès ! »


A cet instant, dans son palais, le Grand Pope, lui, revenait d’une nuit d’absence.
Traînant les pieds, ombragé sous le casque d’or de Shion, et caché sous le masque qu’utilisait le Muvien pour dissimuler son grand âge, Saga était pris d’un doute.
Tandis que les gardes lui ouvrirent les portes de ses appartements, il prit la direction des thermes.
Laissant tomber sa soutane au sol, il fit ensuite chuter son casque par-dessus afin de démêler ses cheveux bleus.
Entrant sous sourciller dans l’onde fraîche, il se laissa submerger jusqu’aux épaules en allongeant sa tête contre la bordure de pierre : « Shion… Arlès… Comme j’éprouve les pires difficultés à lire les étoiles… J’apprends des nuits durant sur Star Hill… Je suis encore bien loin de votre niveau… Néanmoins, mon intuition est juste… Cette nuit la comète Repulse a frôlé la Terre… Dans les temps anciens, Eris fut vaincue et emprisonnée dans la Pomme d’Or qui fut placée dans cette comète et envoyée dans l’espace par Athéna. Le fait qu’elle frôle la terre n’est pas anodin, Eris a choisi de se réincarner. Par deux fois sur les dix-huit dernières années, elle est passée près de la Terre, c’est marqué dans les registres consignés par Shion et Arlès avant que je ne prenne leurs places. Cela signifie qu’Eris a cherché puis identifié un réceptacle. »


Dehors, tandis que des villageois balançaient des seaux d’eau pour nettoyer les caniveaux, Rumi évitait les éclaboussures.
Cette jeune fille aux cheveux châtains, sautillait sur les pavés, lacée jusqu’aux chevilles de ses spartiates.
Pantalon bleu océan enserré à la taille d’un ruban jaune et maillot blanc craquelée, l’apprentie chevalier arriva devant chez son amie Shoko.
Comme toujours, elle fut subjuguée par la résistance que mettait en ½uvre son amie à lutter contre son père lors de leur entraînement journalier.
Dans le bourg qu’ils occupaient, ils forçaient l’admiration.
_ « Allez Shoko ! Montre-moi donc ce que tu as retenu de notre combat d’hier ! »
Enchaînant quelques directs, la fille repoussa le père sans difficulté.
_ « Très bien ! Tu as fini ton échauffement ! Tu peux rejoindre le camp des femmes Saints ! »
Débordante d’énergie, la Grecque reconnut son amie, malgré le masque qu’elle portait : « Rumi ! J’arrive ! »
Alors qu’elle lui tournait le dos, son père la rappela : « Shoko ! N’as-tu donc pas oublié quelque chose ?! »
Intrépide, elle se tourna pour venir lui coller un affectueux baiser sur la joue.
Le rustre rougit : « Non voyons ! Ton masque ! Tu es incorrigible ! »

Leurs visages toutes deux dissimulés, Shoko et Rumi prirent comme chaque jour le chemin du camp des femmes Saints.
Le trajet leur laissait le temps d’échanger sur leur quotidien, avant une séance éprouvante qui ne leur laissera pas la force de discuter en rentrant.
_ « Ton père t’aime beaucoup. Tu as vraiment beaucoup de chance tu sais. Et tu progresses tellement vite, l’admira Rumi !
_ Il a beau nous avoir recueilli alors que j’étais encore bébé, il a fait énormément pour nous, pensa-t-elle en caressant son pendentif. Seulement, je ne me sens pas à la hauteur des sacrifices qu’il a fait pour nous.
_ Shoko, s’inquiéta Rumi ?!
_ Ma s½ur a toujours été studieuse et forte. Il ne fait aucun doute que son entrée chez les prêtresses la fera devenir Saintia. Membre de la garde personnelle d’Athéna ! Moi, je n’ai pas son sens de l’écoute. Je suis trop tête en l’air pour devenir Saintia. Le mieux que je puisse faire c’est être Saint et renoncer à ma féminité.
_ Pour la fierté de ton père ?
_ Non ! Pour le remercier. Lui qui nous est si dévoué en plus de son devoir envers Athéna. Après… Si je pouvais rendre fière ma s½ur lorsque je la reverrai… Après tout, elle est un modèle pour moi.
_ Tu sais, ce sont les prêtresses qui se rendent dans les prieurés pour dispenser les cours. Si tu mettais plus de c½ur à la théorie, tu aurais peut-être une chance un jour de la croiser. Mais pour cela il faut te lever à l’heure et arrêter de sécher les cours ! »
Penaude, Shoko marcha en faisant rouler son Pégase entre ses doigts, pensive.
Subitement, Rumi jaillit devant elle : « J’ai une idée !
_ Parle, je t’écoute, sursauta Shoko.
_ Les prêtresses passent par le chemin des douze maisons, pour se rendre en ville donner l’instruction ou se ravitailler. Tu n’as qu’à emprunter ce chemin !
_ Euh… Tu sais que les douze maisons sont gardées par des Saints d’or !
_ Pas le cimetière des Saints ! Les premières marches, celles avant d’arriver à la maison du Bélier, permettent de déboucher sur le cimetière. Rien ne t’empêche de t’y rendre et de guetter le passage de ta s½ur !
_ Tu as oublié l’insupportable Mii ! Cette prêtresse n’a de cesse de surveiller les allers et venues de ses semblables ! Elle aura vite fait de me repérer !
_ Ah oui j’avais oublié, souffle Rumi. Et puis si je me souviens bien, elle ne te porte pas dans son c½ur !
_ En effet, c’est elle qui a recalé toutes mes tentatives pour intégrer l’ordre des prêtresses ! »
Soudain, une voix familière s’invite à leur conversation et complète : « C’est parce que contrairement aux Saints, l’ordre des Saintias demande une rigueur et une discipline encore plus noble. Sans compter l’assiduité en cours ! »
Aussitôt, Shoko et Rumi se mirent en position de combat à l’orée du camp des femmes chevaliers.
La voix étouffée par un masque continua : « La preuve, vous n’avez pas senti ma présence à vos côtés depuis de longues minutes ! »
Les filles finirent de faire le tour d’elles-mêmes, quand surgit depuis les cimes d’un arbre une Saint.
_ « Rebecca, reconnurent en ch½ur les apprenties ! »
Les deux amis s’agenouillèrent devant leur aînée.
Plus grande par la taille, l’âge et le statut, Rebecca se tenait droite dans sa Cloth de bronze verdâtre.
Son masque lui donnant un air autoritaire, elle le défit aussitôt pour rassurer ses disciples : « Allons ! Ne perdez pas de temps, vous êtes déjà suffisamment en retard. »
De ses grands yeux clairs, la brune leur sourit amicalement de ses lèvres sensuelles.
Le professeur reçut le salut sincère de ses élèves, puis se retrouva seule après que celles-ci pressèrent le pas en direction de l’intérieur du camp.

C’est alors que Rebecca entendit le grincement d’un fauteuil roulant venir dans son dos.
Le croassement de quelques volatiles accompagnait une infirme venue rejoindre la Saint de bronze de Cassiopée.
La femme, pansée de la tête aux pieds, communiquait sa voix à travers un de ses oiseaux.
_ « Tu es bien trop amicale avec elles Rebecca de Cassiopée ! Leur montrer ton visage alors que la fermeté de notre camp exige qu’on porte en permanence notre masque permet bien des écarts comme ces retards que je n’aurai su tolérer.
_ C’est bien pour ça, Mayura Saint d’argent du Paon, que tu as refusé la gestion du camp des femmes. Tes méthodes semblaient bien trop rudes pour notre Grand Pope.
_ En attendant, Mirai et Shinato, mes disciples, paraissent bien moins étourdis que cette Shoko. Si sa pratique de l’art martial est bonne, la théorie laisse à désirer. Sans parler de sa maladresse trop coutumière.
_ Tu es bien dure mon amie, dit-elle en réajustant son masque.
_ Je ne pense pas. Sa s½ur est son modèle. Et elle n’agit que dans le but de la rendre fière. Saintia, Saint… Elle ne sait ni à qui ni à quoi se vouer pourvu qu’elle puisse la revoir. Cependant, ces deux statuts impliquent une dévotion totale à Athéna. Comme c’est le cas pour nous. En aucun cas je ne ressens cela chez elle.
_ Ce n’est encore qu’une enfant, plaida Rebecca.
_ Pas l’enfant de n’importe qui et tu le sais.
_ Quand bien même le destin de sa famille est tragique, elle demeure une enfant.
_ Une jeune femme, rectifia Mayura. Comme nous l’étions lorsque nous fûmes nommées Saints… »
Mayura détourna son fauteuil de la direction de son amie et reprit le sens de la sortie du camp où Mirai et Shinato l’attendaient. Elle conclut : « Je converse souvent avec mon ami Shaka, il est du même avis que moi. L’heure est grave. Tout se jouera en notre époque. Les Guerres Saintes vont se succéder. Il est primordial, que nos rangs soient remplis de Saints dévoués à la justice et non à leurs intérêts personnels. »


Justement, au palais du Grand Pope, celui-ci sortait de son bain, tourmenté par sa nuit à Star Hill.
Au loin, ses prêtres attendaient que celui-ci dissimule à nouveau son visage pour se présenter à son service.
Sur demande de Klaus, le meneur de l’ordre, ses confrères se précipitèrent pour venir essuyer son corps athlétique, puis pour le recouvrir d'huile, afin d’entretenir ses muscles saillants.
Prudent, Klaus veillait à ce qu’aucun de ses semblables, n’approcha de trop près le visage de Saga.
Ce dernier restait silencieux. Les épaules tombantes vers l’avant. Nu.
Quelques mèches de ses cheveux regroupées sous son casque dépassaient du heaume.
Cela faisait quelques minutes que leur couleur oscillait entre un bleu profond et un gris malsain.
Klaus, bienveillant, l’avait remarqué et pressait ses camarades d’achever la préparation qu’exigeait Saga.
_ « Votre repas vous attend dans vos appartements Majesté, rassura-t-il. La Saintia Katya vous y attend avec deux prêtresses afin que vous examiniez ce qu’Athéna dégustera le temps qu’elles assurent sa toilette. Enfin, un courrier de Ptolémy de la Flèche nous vient d’Inde.
_ Qu’en est-il, questionna enfin les Gémeaux ?
_ Il est dit que les pertes ne furent pas trop nombreuses. Shiva est prisonnier de son temple. Shura du Capricorne et Deathmask du Cancer sont parvenus à défaire ses meilleurs Kshas. »
Dès lors, Saga écarta les bras pour que spontanément ses prêtres le couvrent.
D’un revers strict de la main, il les chassa ensuite.
Ce que Klaus accepta en apparence.
Tandis qu’il pressait les siens à laisser son plateau à leur seigneur, il garda du coin de l’½il un air suspicieux envers son souverain.
Malgré son air apaisé et son sourire de façade, il n’en demeurait pas moins méfiant : « Pas d’incidents constatés. Mais la disparition de mes semblables ne reste pas moins curieuse. De plus, le courrier de Ptolémy fait mention des religieux que Saga a fait envoyer en Inde avec les armées. Et beaucoup de noms que le Pope me certifie avoir envoyé manquent à l’appel… Que se passe-t-il ici ? Et que fait Katya de la Couronne Boréale ? On dit que des disparitions ont lieu également chez les servantes d’Athéna. Katya enquête-t-elle également ? S’en inquiète-t-elle au moins ? Je dois en avoir le c½ur net… »

Justement, derrière le trône où il siégeait habituellement, Saga passa à l’arrière des tentures rouges qui tombent depuis le plafond.
Là, à cet endroit où commencent les appartements d’Athéna, son lit de pierre au milieu de la pièce demeurait vide.
Autour, attendaient deux prêtresses, minces et jeunes.
Les cheveux parfaitement peignés et les robes agrafées sans la moindre pliure, chacune apparaissait radieuse à l’idée qu’Athéna les honore en acceptant leurs soins.
Plus stricte que ses cadettes, Katya offrait malgré tout plus d’atouts qu’elles, tant le voile qui l’habillait épousait encore mieux ses formes plus adultes.
Son implacable distance vis-à-vis des novices démontrait toute l’expérience que doit avoir une Saintia, tandis qu’elles deux n’étaient que des aspirantes.
Elle démontrait aussi sa présence coutumière en ce lieu, tandis que les autres étaient encore émerveillées par le cadre majestueux et nouveau. Si bien qu’elles ne pouvaient retenir les exclamations qu’elles s’échangeaient par messes basses leur valant d’être reprises à plusieurs occasions depuis leur arrivée. D’un mouvement de succion des lèvres contre les dents parallèlement à un mouvement opposé de la langue, Katya manifestait sans appréhension son exaspération.
Les débutantes craignaient ce côté hautain de la Saintia.
Au caractère distant de Katya, les servantes préféraient largement leur semblable Mii qui, même si sa dévotion à la fonction paraissait exagérée, se montrait plus accessible.
D’ailleurs, si Mii aimait redresser les torts et se montrait plus studieuse qu’elles, elle n’eut toujours pas l’insigne honneur de rencontrer et encore moins de servir Athéna.
C’est ce que les deux élues aimaient se répéter à l’envie, depuis que Katya leur avait appris qu’elles assureraient le prochain service.
D’ailleurs, cette frivolité finit par avoir raison de leur concentration.
A tel point qu’elles marquèrent un retard, alors que Katya avait déjà plié les genoux pour accueillir le Grand Pope.
Il fallut une énième onomatopée de leur aînée pour leur faire constater l’arrivée de leur Majesté.
Aussitôt, elles exécutèrent une révérence et restèrent fléchies au sol à attendre le salut du Pope.
Ce dernier progressa inflexible jusqu’à passer devant elles.
Poursuivant son chemin, il se dirigea dans un couloir adjacent.
Il s’enfonça dans les ténèbres tamisées des lueurs des torches fixées aux murs.
Katya se releva, intimant ainsi aux autres de faire de même.
Une fois le Pope leur faisant dos, l’une d’elle pensa naïvement que pour un homme qu’on dit âgé, le régent se montrait encore alerte.
Les deux paumes ouvertes en direction du chemin qu’il prit, Katya invita ses chastes paires à le suivre : « Vous pouvez laisser ici le nécessaire pour Athéna. Sa Majesté le Grand Pope a d’abord à s’entretenir avec vous. »
Crédules, elles déposèrent le nécessaire sur le banc de pierre et suivirent, sans que Katya ne les accompagne.
Sur le flanc, la pénombre dissimule une pièce dans laquelle Saga attendait.
Détourné des filles, la toge tombée à ses pieds, il fixait nu le heaume de Shion. Il l’avait déposé sur la colonne brisée qui partait autrefois du sol au plafond et que le temps a transformée en guéridon à mesure que la roche s’effritait au fil des siècles.
Stupéfaites par cette situation improbable, les prêtresses réagirent selon ce que leur nature leur intimait de faire.
La première, brune, coiffée d’un chignon, plus menue que l’autre, cacha immédiatement ses yeux en demandant pardon.
La seconde, blonde, les cheveux retenus par un ruban bleu, fit aussitôt demi-tour.
A la sortie, elle tomba sur sa supérieure qui lui barra la route.
_ « Où vas-tu, la retint Katya ?
_ Pardon ?!
_ Ma question est claire pourtant. »
La fuyarde comprit qu’il se passait quelque chose d’anormal.
_ « Où est Athéna ? Qu’est-ce que le Pope fabrique dans cette tenue ?
_ Cela fait partie de votre devoir.
_ Non, contesta l’apprentie, en aucun cas !
_ C’est le destin que t’as choisi pourtant le Grand Pope, asséna Katya sans sourciller.
_ Je… Je refuse… Et… Et après… Ma chasteté ? Ma fonction auprès d’Athéna ?
_ Ce n’est plus un rôle dont tu as à te soucier. Tu es appelé à servir Athéna autrement désormais. Le Grand Pope t’a choisi pour être à son chevet personnel. C’est un grand honneur.
_ Ce n’est pas ce à quoi je me destine !
_ Athéna ne s’est pas montrée à toi. C’est qu’elle ne t’a pas trouvé digne d’elle. Le Grand Pope lui est bon. Il choisit de te donner une seconde chance.
_ Que va-t-il me faire ?
_ Es-tu naïve à ce point ?
_ Je refuse. Tout mon amour ! Mon corps ! Mon âme ! Tout ! Tout est dévoué à Athéna !
_ Cela tombe bien. Qui d’autre que son représentant terrestre pour manifester toute cette dévotion.
_ Je refuse.
_ Très bien.
_ Quoi ? C’est tout, douta-t-elle pour la première fois ?
_ Bien sûr. Qu’attends-tu de plus ?
_ Je… Je n’en sais rien… A vrai dire… Après ce que j’ai vu… Après ce qu’on s’est dit… Beaucoup d’idées me traversent l’esprit… Et dès lors je ne peux m’empêcher de faire le lien avec nos semblables qui ne reviennent pas de ces soins à Athéna… »
Le regard glacial de Katya accompagna le silence angoissant qui s’en suivit.
Il fut bref mais suffisant pour que la prêtresse comprenne la vérité.
Lorsque Katya le vit dans ses yeux, elle expliqua les différentes options qui s’offrirent à elle.
_ « Tu es libre de partir en effet. Certaines l’ont choisi. D’autres sont restées. Dans chacun des cas, il est évident que votre sacrement n’est plus envisageable. »
La malheureuse tomba au sol, à moitié consciente.
Katya ne la releva pas. Le visage grimaçant de dépit, elle déclara sincèrement : « Tu ne réalises pas la chance que tu as. »
La pauvre restait dans le vague. Partagée par la découverte de la cruauté de ce monde et la passion que vouait la Saintia à cet homme.
_ « Est-il au moins notre Grand Pope, marmonna-t-elle ?
_ Il nous a sauvé des Titans. Il gouverne ce Sanctuaire. Il éteint les tentatives de révoltes de dieux belliqueux comme Shiva. Il offre la paix sur notre Terre. Il est le Grand Pope.
_ Ce corps… Taillé dans le marbre… Râblé… La peau rutilante… L’homme que j’ai vu n’a rien de l’homme fatigué et âgé qu’est censé être le Pope Shion…
_ Il est donc le Pope d’un temps nouveau. Saillant. Puissant. Désirable. Imposant. »
Moralement anéantie, elle essuya du revers de la main ses larmes et prit la force de se relever.
_ « Qu’est-il advenu de celles qui ont choisi de fuir ?
_ Personne ne les a jamais revues.
_ Et celles qui sont restées ?
_ Appelées souvent à composer la cour du Seigneur Arlès. A lui servir du vin, lui jouer de la lyre, lui donner la becquée, le faire jouir.
_ Le Seigneur Arlès… Ce Pope… Sont-ce… Sont-ce les mêmes personnes ?! Et… Et après ? Après tout ça ? Quelle est leur vie à ces femmes ?
_ Abritées dans un temple à Honkios. Bien sûr elles ne portent plus l’habit immaculé des prêtresses. Souvent des nuances de couleur marquent leur appartenance au service rapproché d’Arlès. L’azur irait très bien avec le bleu de tes yeux.
_ Service rapproché… Garde rapprochée… Depuis des mois cette désignation revient de plus en plus. On l’entend lorsque nous descendons à Honkios… On… On le…
_ On le voit, finit Katya sa phrase ? Oui, c’est bien ce symbole. Une tête de mort tenue par un reptile aux ailes déployées, tatouée sur la peau de quelques soldats. Cheville. Cou. Poignet. Torse…
_ Et… Sur des femmes…
_ Nos aînées qui ont choisi la voie de la raison oui.
_ Elles sont si belles. Si dignes. Et elles paraissent si heureuses.
_ Elles le sont. Honorées qu’elles sont de satisfaire le Pope. Épanouies qu’elles sont de leurs conditions de vie. Richesse, luxure, ivresse, protection… Tiens, suis-moi, lui intima Katya en lui tendant inopinément la main. »
Prise au piège, mise sur le fait accompli, la blonde n’eut d’autre choix que de l’accompagner.
Elles retournèrent là où Saga et la brune furent laissés seuls.
N’ayant entendu la voix grondante de Saga prononcer un arcane qu’elle avait trop souvent observé lors de précédents refus, « Another Dimension », Katya savait très bien ce qu’elle trouverait à l’angle du mur.
Tandis que Katya affichait une profonde jalousie, la bonde cacha par politesse son visage avant de laisser ses doigts s’entrouvrir pour observer la scène.
Son amie était à genoux. Calmement assise sur son vêtement abandonné au sol. Ses mains s’affairant à travailler avec précaution l’entrejambe de Saga, devant laquelle sa tête faisait des va-et-vient appliqués.
Katya murmure alors à la blonde : « Notre camarade a tout de suite compris où était son intérêt. »
Abandonnant toute pudeur, la blonde laissa ses mains cesser de feindre une gêne qu’elle ne ressentait plus. Étrangement, elle se sentait comme inspirée par la carrure huilée de l’athlétique chef. L’engagement de sa camarade la rendait curieuse. Envieuse. Et les longs cheveux blancs de Saga qui tombaient sur ses pectoraux d’aciers et ce masque bleu qu’il gardait laissèrent son imagination prendre le pas.
_ « Choisir entre une vie de débauche protégée par le souverain du royaume, et la mort, songeait-elle… Mon amie, elle, semble si employée. Il gémit tellement fort de plaisir sous ce masque. Est-ce si terrible que ça de choisir la facilité, commença-t-elle à sentir une chaleur étrange dans le bas de son ventre ? Une robe azure ? Ce tatouage de la garde privée fait au creux de ma poitrine ? Cela m’irait bien. Ça lui plairait à elle, se questionna-t-elle en fixant la brune ? Après tout, nous ne pourrons pas occuper nos journées qu’à boire et à user nos sacres à Honkios. Elle est belle… Si belle… Ferais-je mieux qu’elle si j’allais voir le Pope ? Et elle ? Quelle robe porterait-elle ? Une nuance de vert lui irait à ravir. Mais à la voir ainsi, je la préfère sans. A-t-elle chaud elle aussi en ce moment ? Se sent-elle moite elle aussi ? Humide ? C’est maintenant que le fantasme a pris le dessus sur le doute que je dois y aller, amorça-t-elle fascinée par le spectacle. »
C’est à cet instant que Katya lui retint le bras. Le c½ur déchiré de voir une nouvelle conquête lui prendre son sauveur, elle remplit malgré tout son rôle.
_ « Ne regarde jamais son visage bien qu’il soit masqué, lui conseilla-t-elle. Et si par malheurs un jour il venait à ne pas être dissimulé, détourne-toi de lui sans réfléchir.
_ Alors personne ne l’a jamais vu ?
_ Si. Moi seule. Et moi seule suis encore en vie pour pouvoir vous dire que personne d’autre ne peut avoir cette chance.
_ Comment est-il ?
_ Il n’y a pas de mots pour définir la beauté de cet homme. »
Il n’en fallait pas plus pour convaincre la prêtresse de son mode de survie.
Abandonnant sa tenue à son tour, elle fut prise d’un dernier doute.
_ « Et qu’Athéna pense-t-elle de tout cela ? Es-tu la seule encore en vie aussi après l’avoir vu ?
_ Son peuple est heureux. Le monde est en paix. Cela n’est-il pas suffisant pour que le Grand Pope puisse être récompensé ?
_ Qu’il soit Shion, son assistant Arlès, ou quiconque ?
_ Il n’est pas quiconque. Je l’ai vu. Il m’est apparu. Il est un dieu lui aussi ! »
Toute volonté de discuter était désormais dissipée.
La blonde rejoignit son amie.
Katya avait fait son devoir, celui qui lui permettait d’être un sujet de confiance pour Saga. Seulement, elle s’espérait être plus que ça pour lui.
Alors, elle ne put, comme chaque fois se résoudre à partir d’elle-même.
Elle resta à le fixer être rejoint dans le dos par la blonde qui passa ses mains devant lui pour caresser son buste pendant qu’elle baisait instinctivement son dos.
La brune apprécia alors être rejointe et le lui prouva en se relevant et en pivotant pour chercher ses lèvres.
L’échange langoureux des deux femmes n’intéressait pourtant pas Katya. Elle restait rivée sur Saga. Éprouvée par la chaleur que ressentaient ses camarades au même moment, elle frotta ses mains du haut en bas de chacune de ses cuisses pour ramasser la pliure de sa robe qu’elle fit remonter en prenant soin de la frotter contre sa chair.
Les mouvements de hanches et d’épaules de Saga lui permirent de s’imaginer à la place des nouveaux sujets qui porteraient bientôt la marque choisie par Gigas.
Il lui paraissait si majestueux. Implacable. Dominateur.
Ses mains avaient atteint son intimité. Ses cuisses se refermèrent sur elles pour maintenir la tiédeur qui s’en échappait.
Incapable de se contrôler, lui revint, comme chaque fois où elle s’octroyait seule ces moments de plaisir, le souvenir de sa rencontre avec lui.

C’était il y a cinq ans…
Cronos chutait face à Aiolia. Le Saint d’or du Lion avait joué sa vie pour offrir au peuple des Titans sa Terre de lumière.
Hélas, le Grand Pope en avait décidé autrement. Sur son ordre, Deathmask du Cancer coupa court à l’émerveillement du peuple vaincu.
Le Saint leur apprit qu'ils ne pouvaient vivre n'importe où sur Terre.
Ce faisant, il leur proposa de rejoindre l'une des terres surveillées par le Sanctuaire. L'île d'Andromède ou l'île de Death Queen.
Se sentant pris au piège, trahis, certains tentèrent de se rebeller et de trouver le Grand Pope.
Deathmask, ignorant la pitié, en exécuta le plus grand nombre, fauchant au passage leurs innocentes familles.
Néanmoins, une dizaine parvint à échapper à l’impitoyable Cancer.
Déterminés à ce que le v½u d’Aiolia ne soit pas vint, les infiltrés parcoururent un royaume qu’ils ne connaissaient guère, s’égarant à l’orée d’un bois isolé de la civilisation antique du Sanctuaire d’Athéna.
Ils purent parvenir jusque-là sans se faire remarquer grâce aux pouvoirs de leurs armures, qui les rendaient invisibles à la vue du commun des mortels.
Se croyant perdus, les soldats Titans furent rappelés à eux par une voix lointaine.
_ « Maria ! Maria, criait-elle ! »
Ils ne tardèrent pas à voir la bien nommée sortir de la forêt à bout de souffle.
La petite blonde coiffée d’un serre-tête rouge, était couverte de pansements. Sa tenue était sale, abîmée.
_ « Maria ! Maria, entendait-elle encore dans son dos ! »
Elle refusa de se retourner de peur de lâcher quelques larmes.
Seulement, lorsqu’elle redressa la tête, elle les vit, ces guerriers aux protections noires, pas communes ici, sortir de leur camouflage sous ses yeux.
Dès lors, regrettant sa fuite, elle prit son aspiration pour appeler à l’aide.
Son temps de réaction fût bien trop long.
Un soldat l’assomma instinctivement.
_ « Tu aurais dû y aller moins fort ! Elle aurait pu nous servir de guide, sermonna l’un à l’assaillant ! 
_ Vu comme elle m’a paru chétive, pas certain qu’elle soit une bonne monnaie d’échange, répliqua-t-il ! »
_ « Maria ! Maria, se rapprochait sa poursuivante ! »
Rapidement, Katya, dissimulée sous un masque du femme chevalier apparut à la suite de sa s½ur avec un autre masque à la main.
Aussitôt, les soldats se dissimulèrent à nouveau.
_ « Maria, se calma-t-elle alors en la retrouvant… Maria… Tu as dû chuter épuisée dans ta fuite, prenait-elle l’inconsciente dans ses bras. Le camp des femmes chevaliers… C’est désormais notre maison, tu le sais. C’est une étape nécessaire pour faire nos gammes. Si nous accomplissons notre devoir et réussissons les épreuves pour entrer à l’école des prêtresses, alors nous pourrons envisager de devenir Saintias toutes les deux. Nous pourrons rentrer au village, revoir notre mère, sans lui faire porter le fardeau d’être des bouches qu’elle ne peut nourrir. On la reverra. Ne t'inquiète pas, Maria. Je ... je te protégerai. Mais tu dois également y mettre du tien. Cesser d’avoir peur de te faire mal, ou de blesser quelqu'un... Quel que soit l'ennemi qu'on aura en face de nous, nous devons apprendre à y faire face sans crainte. Allez, en attendant, je vais te remettre ton masque. Nous protégerons la déesse Athéna ensemble en tant que Saintias. »
Un soldat des Titans sortit alors de son camouflage.
_ « Saintias ?! Athéna ?! Tu sembles bien plus au courant et plus capable que ta s½ur !
_ Comment ?! Qui êtes-vous, se mit aussitôt Katya en garde ?!
_ Nous sommes des soldats Titans, osa devancer un autre guerrier avant d’être suivi par tous les siens, nous voulons simplement parlementer avec le Grand Pope, assura-t-il les mains tendues en avant et ouvertes vers le ciel en gage de paix.
_ Les Titans ?! Ce sont ces dieux contre lesquels le Sanctuaire est en guerre depuis des semaines et qui menacent la Terre !
_ Vous n’y êtes pas ! La Guerre Sainte prend fin ! Votre Saint d’or du Lion a négocié la paix et nous a fait conduire sur Terre, nous qui sommes privés de la lumière depuis des millénaires !
_ Alors pourquoi vous cacher ainsi, dit-elle en chargeant son cosmos ?
_ Parce que votre Grand Pope n’a pas respecté la parole du Saint du Lion, s’approcha de façon plus menaçante un soldat moins persévérant que le précédent.
_ Le Grand Pope est un homme de valeur. Je ne peux tolérer que sa personne soit remise ainsi en question !
_ Dans ce cas tu ne nous es d’aucune utilité, brandit son épée l’impatient !
_ Jewelic Tears, riposta de son arcane Katya ! »
D'un mouvement de la main, elle créa une pluie de joyaux de glace qui s'abattirent vers le sol depuis les cieux pour recouvrir son adversaire.
L’assaillant fut repoussé, tandis qu’il laissa ses camarades dans l’obligation de riposter.
Katya esquiva une attaque frontale à l’épée, mais ne put par conséquent réagir à une charge du genou en plein dos d’un autre.
_ « Jamais je ne vous laisserai vous approcher du Grand Pope ! Il en va de mon devoir d’apprentie Saint et d’aspirante Saintia ! »
Instantanément encerclée, Katya se fit malmener.
Passant d’adversaire en adversaire, martelée à chaque ballottage, c’est finalement le plus diplomate qui l’envoya au tapis par pitié.
_ « Abrégeons veux-tu ? Je regrette qu’on en soit arrivée là, crois-moi. »
Il dégaina son épée.
Le regard éteint, rivé vers le sang qui s’écoulait de ses plaies, étendue sur le sol, Katya ruminait sa défaite.
_ « Je n’arrive plus à bouger. Moi qui sermonnais ma s½ur, je n’ai pas pu faire mieux quand le danger s’est présenté pour de vrai… Maria… Dire que je te parlais de dignité envers Athéna… »
Elle leva ses yeux verts en direction de l’épée qui emmagasinait le cosmos de son ennemi.
_ « Alors ça y est ? C’est la fin ? Pardonnez-moi ! Athéna… »
Le choc retentit.
Le sifflement du métal chargé de cosmo énergie trancha l’air dans son sillage.
Une gerbe de sang jaillit d’une plaie béante.
Tout était perceptible.
Y compris l’éclaboussure au sol de l’hémoglobine qui en résulte.
_ « Tout sauf la douleur, songea Katya. »
Tremblotante, épuisée, elle leva difficilement la tête.
Elle ne vit d’abord que les liserés brodés sur une toge.
A mesure qu’elle redressait le cou, le geste lui parut sans fin.
Se dressait devant elle un immense rempart nimbé d’une bure immaculée.
Rayonnant, le mètre quatre-vingt-huit du Grand Pope lui parut démesuré.
A peine avait-il choisi de condamner à l’exil le peuple des Titans que le bon côté de Saga avait repris le dessus, symbolisé par la tenue de Shion que les Gémeaux aimaient arborer lors de ses bons jours.
_ « Comment cet homme empreint de majesté pourrait renier la parole donnée par un de ses Saints d’or, se persuada-t-elle ? »
Éblouie par le heaume en or de son souverain qui lui faisait dos, elle mit du temps à comprendre que le sifflement du métal avait était stoppé par la paume de sa main et que la gerbe de sang avait jaillit du trou béant fait dans le torse de son assaillant.
Tandis que le corps sans vie du combattant venu du Tartare retombait au sol, la voix caverneuse du représentant d’Athéna stupéfia Katya de sa classe. 
_ « Guerriers Titans… Athéna vous accueille sur sa Terre en dépit de votre volonté initiale de conquête… Alors qu’elle vous octroie d’y vivre sous l’égide d’un de ses domaines, vous choisissez de vous approprier davantage de libertés… Allant même jusqu’à menacer la vie d’Athéniennes destinées à vouer leurs corps et leurs âmes chastes à Athéna. Athéna qui vous avait pourtant accordée son pardon… »
Tandis que son visage masqué fixait le sol pendant son sermon, l’émanation de son cosmos brisa l’artifice des armures des soldats encore cachés et les fit tous apparaître à la vue de Katya.
Les ennemis, se devinant condamnés, attaquèrent de concert.
Par synergie de leurs cosmos, ils lancèrent une déferlante, menaçant jusqu’à Katya et sa s½ur étendue derrière elle.
Impuissante, elle fut aveuglée par la lumière provoquée par le choc des guerriers contre la présence papale.
Le vent soulevé arracha sa cuirasse et dévoila le visage indemne de Saga.
Tandis que l’éclat s’estompait, les condamnés étaient partagés entre diverses émotions.
_ « Impossible ! Il n’a rien !
_ Alors c’est lui le Pope ?!
_ Comment est-ce possible, nous y avons mis tout ce qu’il nous restait ?!
_ Ce ne peut pas être le Pope, les Titans parlaient d’un vieillard qui gouverne depuis des siècles !
_ Celui qu’on nous a décrit ne devrait pas pouvoir faire front sans la moindre égratignure !
_ Il est si jeune… Et si puissant ! »
Katya, elle, demeurait subjuguée.
Libérés, les cheveux bleus de Saga virevoltaient en compagnie de sa longue écharpe grise cousue d’or et de son collier de perles. Les joyaux faisaient scintiller sa crinière.
_ « Ce n’est pas le Grand Pope dont on nous parle… Non… Lui… C’est… Un dieu ? Non… C’est un homme… Son cosmos est pur et immense... Comme devrait l’être celui d’un dieu… Mais qu’en sais-je… Après tout, Athéna à qui je me voue ne m’est pas venue… Je ne sais pas ce qu’est le cosmos d’un dieu… Je ne connais que le sien… Écrasant en force et en amour tous ceux que j’ai ressenti jusqu’à présent… Alors s’il n’est pas le Grand Pope auquel nous pensons tous, est-il bien au-delà ? Qui peut-il bien être ? Pour moi, cela va de soi… »
Soudain, la soutane ondula par-dessus le sol tandis qu’un halo doré enveloppa Saga.
_ « L’hospitalité du Sanctuaire s’achève ici pour vous. Je vous garantis que vos femmes et enfants seront épargnés et trouveront refuge dans un de nos domaines. Mourrez en paix. Galaxian, gronda-t-il en levant les bras au ciel… Explosion, les relâcha-t-il en direction des infiltrés ! »
Une galaxie les immergea tous.
Perdue avec son bienfaiteur au milieu des étoiles, Katya vit des planètes toutes entières entrer en collision contre leurs ennemis. Réduisant à néant leurs armures. Désarticulant leurs corps. Arrachant leurs membres. Ne laissant d’eux que quelques lambeaux de chair.
Saga se retourna vers Katya.
Jusqu’à présent si puissant, il lui parut à cet instant affligé.
Digne face à l’ennemi, il montrait ici de la peine pour avoir ôté la vie.
La faiblesse passagère envolée, il dévoila ensuite un autre aspect de son être lorsqu’il ramassa dans ses bras la malheureuse Katya.
La serrant fort contre lui, souillant sans s’en soucier sa robe des plaies de l’innocente, il ne décrispa pas son visage.
D’abord surprise, elle se découvrit émue par cette étreinte. Sentant son c½ur cogner contre sa poitrine tandis que sa tête se nichait dans ses pectoraux.
Lui, au contraire, était gêné de se sentir à visage découvert, en témoignaient les coups d’½il réguliers à son casque qui roulait dans la poussière au gré du vent.
_ « Tu es Katya n’est-ce pas ?
_ Comment le sait-il, se demanda-t-elle en son for intérieur ? Comment peut-il me connaître, répondit-elle seulement d’un regard ému ?
_ Tu es aspirante Saintia. Comme ta s½ur Maria qui gît plus loin. Vous poursuivez en attendant votre admission la formation des femmes Saints. Je le sais car j’aime tout connaître de mon domaine. J’aime savoir quels sont les sujets les plus prometteurs. Et ceux en qui je peux avoir toute confiance. Et j’ai reconnu ton cosmos quand tu as lancé ton arcane contre notre ennemi. C’est ce qui m’a alerté et fait venir ici. »
Spontanément, Katya se redressa et tituba jusqu’au heaume.
Elle ramassa le heaume et le lui tendit des deux mains en pliant les deux genoux à terre : « Si je ne suis pas l’un des plus prometteurs de vos sujets Majesté, sachez que je vous suis en tout cas le plus fidèle. »
A mesure qu’il approcha pour le récupérer, elle baissait chaque fois de plus belle la tête en signe de dévotion.
Elle avait compris son imposture, il l’avait bien deviné.
Mais un lien inconscient se renforçait à chaque échange qu’il y avait entre eux.
Elle répondait sincèrement ce qu’il voulait entendre.
Chacun de ses actes la décontenançait à lui en faire lâcher prise.
_ « Tu as un bien plus grand potentiel que tu ne le penses. Ton arcane tout à l’heure était du niveau d’un Saint de bronze. Bien au-delà d’une simple apprentie, dit-il en ombrageant de nouveau son visage sous le casque.
_ Merci Votre Majesté, répondit-elle en remarquant que ses cheveux commençaient à prendre une teinte grisonnante.
_ Sais-tu que personne n’a jamais vu mon visage, fixa-t-il son masque encore à terre ?
_ Personne encore en vie de ce qu’on dit, avoua-t-elle.
_ Ne crains-tu donc pas d’en faire les frais ? Encore plus quand tu constates une autre facette de ma personnalité, la dévisagea-t-il ? »
Elle se jeta alors à ses pieds et colla son front contre.
_ « En aucun cas. Car j’ai vu en vous la bonté dans ce qu’elle a de plus divine.
_ Tu devines pourtant que je ne suis pas qui je prétends être.
_ Vous êtes le Grand Pope ! Mon Grand Pope ! »
Il se défit sans ménagement de sa servitude en la poussant d’un mouvement de jambe à la renverse. Puis progressa lentement vers Maria.
D’ordinaire angoissée pour sa s½ur, craignant mille dangers pour elle, Katya continuait cette fois-ci à fixer d’admiration Saga, malgré que l’aura qui l’entourait devenait sombre. La dorure de son cosmos était corrodée peu à peu par une teinte pourpre.
_ « Tu as fait preuve de bravoure en t’opposant à l’envahisseur, reconnut Saga à Katya tout en fixant Maria. Cela vaut bien plus que les tests d’aptitudes pour rentrer dans l’ordre des prêtresses d’Athéna. »
Cette déclaration décontenança Katya qui peinait à se maintenir debout.
_ « C’est ta petite s½ur n’est-ce pas ? Elle parait bien plus fragile physiquement et émotionnellement que toi… En retour de ton dévouement total, je concède à la nommer prêtresse également, afin que tu puisses veiller sur elle.
_ J’ai… Je… Vous… J’aurai… Je vous suis totalement dévouée Votre Majesté, balbutia-t-elle. Avec ou sans compromis.
_ J’aime récompenser mes fidèles sujets. Tu es la seule personne qui ne s’est pas offusquée en découvrant mon identité. La seule personne en qui je n’ai pas vu mille questions se poser. Tu as été mienne dès que je te suis apparu. Viens, Katya, lui tendit-il la main. Prends ta s½ur, suis-moi au travers des douze maisons du zodiaque. Que je te guide jusqu’au temple des prêtresses, s’approcha-t-il d’elle. Que je t’y nomme Saintia, lui ôta-t-il son masque de femme Saint. Que tu affirmes ta féminité plutôt que tu y renonces en devenant Saintia, la maintint-il debout en la redressant fermement par les épaules.
_ Il m’a démasqué, pensa-t-elle instinctivement en se remémorant les conséquences sans se rendre compte que sa cosmo énergie entre en symbiose avec la sienne.
_ Regarde, lui leva-t-il la tête vers le ciel, malgré le jour, les étoiles d’une constellation s’affirment. Ta constellation. Celle de la Couronne Boréale. Katya Saintia de la Couronne Boréale. »
Inopinément, un raclement de gorge sortit le tandem de sa solennité.
Désinvolte dans son armure étincelante, Deathmask arriva sans ménagement jusqu’aux fuyards dont Saga s’était déjà occupé.
_ « Désolé de vous déranger Grand Pope. J’étais sur la piste des soldats Titans qui m’ont échappé mais je vois que le ménage a été fait !
_ Il y a beaucoup trop de légèreté quand tu t’adresses à moi Deathmask. Dois-je te rappeler à qui tu parles ?
_ Pas nécessairement, battit des mains l’Italien.
_ Estime-toi déjà heureux que je ne t’impute pas le fait que ceux-ci t’aient échappé !
_ Je venais vous informer que justement, le reste des renégats avait été intercepté, baissa-t-il honteusement la tête.
_ Parfait. Je ferai convoquer Guilty de Death Queen Island. Dans l’attente, fait escorter par des Saints de bronze les prisonniers jusqu’à la prison du Sanctuaire. Qu’ils mangent et boivent selon leurs envies. J’ai besoin qu’ils soient capables de faire de bons Ankoku Saints une fois Guilty soumis à ma cause. Nous en aurons besoin à coup sûr dans les années à venir. »
Tandis que le Cancer s’inclinait avant d’aller exécuter les ordres, Katya demeurait ébahie par la prestance de son magnifique sauveur. Bien plus qu’elle n’était satisfaite d’avoir été promue comme elle l’espérait tant depuis des années…

Revenant à elle, sentant ses membres trembler comme chaque fois quand le plaisir prenait le dessus, Katya jouissait du bonheur de cette fantastique rencontre.
En observant en action son héros, elle pouvait personnifier cette apparition divine qu’elle eut il y a cinq ans.
Chaque moment où il soumettait ses cons½urs était pour elle l’occasion d’assouvir ses fantasmes que sa vie de Saintia lui interdisait et que Saga se refusait à voler en échange de son dévouement total.
D’ailleurs, comme depuis bien trop longtemps à son goût, il savait désormais Katya voyeuse.
Quand ce détail lui revint en mémoire, comme chaque fois qu’il y pensait, il la chassa d’un revers discret mais autoritaire de la main.
Partagée entre la plénitude du plaisir ressenti et la jalousie éprouvée envers ses, désormais, anciennes camarades, Katya regagna son temple, prête à inventer un nouveau mensonge, expliquant le départ de ses deux semblables aux autres.
Un destin qu’elle sait différent pour Maria comme le lui avait promis le Grand Pope en faisant entrer Katya dans le rang des Saintias.
Elle se souvint alors du réveil de sa s½ur le jour de sa rencontre avec le Grand Pope…

La serviette humide sur son visage démasqué libérait quelques gouttes qui roulaient de chaque côté du nez de Maria.
Cette sensation désagréable l’extirpait peu à peu de son sommeil.
Ses paupières oscillaient pour habituer ses yeux à la lumière. Très vite, celle-ci, vive, passant par une lucarne laissée dans la pierre blanche, l’aida à apprécier la propreté et la noblesse de ce lieu.
Son ouïe se familiarisa aussitôt aux éclats de voix aiguës qu’elle avait l’habitude d’entendre dans son quotidien de femme chevalier.
Seulement, ceux-ci étaient plus enjoués et le lieu bien différent des prieurés en ruines du domaine des femmes Saints.
A peine redressa-t-elle la nuque, qu’un mal de crâne la cloua à nouveau sur le lit, bien plus confortable que ceux où elle reposait jusqu’alors.
En passant ses mains sur son visage, elle se souvint aussitôt sa désertion puis sa rencontre fortuite. C’est alors qu’elle réalisa avoir perdu son masque.
Instinctivement, ignorant la douleur, elle redressa son buste pour découvrir quel était ce tour qu’on lui jouait.
_ « Mon masque, s’exclama-t-elle ! »
Elle ne trouva pour seule réponse que le sourire chaleureux de son aînée.
Katya était propre, élégante dans une belle robe blanche au coton très fin.
A côté d’elle, plus sévèrement vêtue mais toute aussi soignée, ses cheveux longs tombant sur les épaules par quelques boucles blondes, une jeune femme aux yeux bleus déclara : « Tu n’en n’auras plus besoin désormais. Nous sommes dans le temple des prêtresses d’Athéna. »
Sans voix après le ton pris, Maria continua d’identifier celles qui lui faisaient face.
Il n’en restait plus qu’une dernière.
Plus souriante que la blonde, elle paraissait bien plus chaleureuse malgré la Cloth aux tons froids qui la couvrait. Ses longs cheveux bleus étaient coiffés du diadème de bronze de son armure bleu pâle. Sous celle-ci, les plissures de sa robe permettaient de découvrir qu’elle était d’ordinaire vêtue comme sa s½ur et l’autre fille.
_ « Je suis Kyoko Saintia du Petit Cheval, lui dit-elle. Vous avez réussi l’admission en ce lieu saint. Toi en tant qu’aspirante, ta s½ur en tant que Saintia. »
A cette annonce, Maria se sentit profondément vexée.
Heureuse pour sa s½ur, elle ne put réprimer la grimace qui symbolisait sa honte de devoir à sa s½ur une place ici.
Contrairement aux autres, Katya le vit, tandis que Shoko poursuivit.
_ « Je ne suis pas peu ravie de pouvoir compter sur des renforts ! Notre ordre doit être renouvelé puisque Athéna ne trouve satisfaction auprès d’aucune prêtresse pour se composer sa garde personnelle. Seule, j’avais bien du tourment à veiller sur nos cadettes, bien que Mii, ici présente à mes côtés, m’a apporté toute l’aide dont elle est capable.
_ Allez debout, lui balança Mii au bout de son lit une tenue nouvelle, une aspirante Saintia se doit d’avoir une hygiène irréprochable ! Je vais te conduire aux thermes. Je te ferai visiter ensuite le temple et t’expliquerai en quoi consiste notre apprentissage. Laissons Shoko et Katya ensemble. En tant que Saintias, elles sont appelées à de biens plus nobles fonctions que nous autres simples aspirantes, Shoko doit avoir des tonnes de choses à dire à ta s½ur.
_ Accordons leur un instant Mii, tu veux bien, proposa Kyoko devant le manque d’entrain de Maria ? Nous reviendrons dans quelques minutes, le temps que Maria se remette de ses émotions. »
D’un hochement de tête exprimant toute sa gratitude, Katya attendit que Shoko et Mii quittent la pièce.
_ « Je me sens tellement ridicule, balbutia aussitôt seules Maria à Katya.
_ Comment peux-tu dire cela ?! Nous y sommes enfin ! Ici il ne peut plus rien nous arriver !
_ Plus rien m’arriver tu veux dire ? Toi tu es Saintia ! Tu seras appelé à des missions bien plus exaltantes et périlleuses que moi. Moi je ne parviendrai pas plus à passer le stade de prêtresse que je ne parvenais à atteindre celui d’apprentie Saint ! Je resterai planquée, ici, à l’abri, à faire bonne figure, ignorant tout de la vie aventureuse des plus proches sujets d’Athéna… »
Pour seule réponse, Katya lui tourna le dos et guetta par la lucarne la direction du palais du Grand Pope.
Tandis que sa s½ur poursuivait ses doléances, elle se hâtait de pouvoir voir à nouveau Saga…
 
Spontanément, plongée dans son appréhension de retrouver cinq ans plus tard sa s½ur faisant la même tête apitoyée chaque jour, se lamentant de sa faiblesse et du fardeau qu’elle représente pour elle, Katya ne remarqua pas que, dans son sillage, son confrère Klaus représentait une sérieuse menace.
Tandis qu’il la rattrapa par le poignet, Katya réagit par autodéfense en se défaisant de Klaus d’une clé de bras et en le plaquant contre le mur du couloir qui débouchait en direction du hall papal.
Égratigné au front par le choc contre la pierre, le diacre n’en perdit pas son aplomb : « Je le savais ! J’ai tout découvert ! Je savais qu’il se passait des choses louches ici ! Je pensais simplement que le Pope refusait qu’on voit son visage parce qu’il était caractériel ! Ou par pudeur peut-être dû à l’âge que son corps doit supporter ! Mais ce que je viens de voir, ça va à l’encontre d’Athéna ! »
Dépassée, Katya relâcha sa prise pour laisser Klaus se retourner.
La pointant du doigt, il se fit aussitôt plus menaçant : « M… Mais j’y pense ! Athéna ! Existe-t-elle d’ailleurs ?! Comment pourrait-elle laisser faire tout ça ?! Ne me sors pas le baratin que tu as raconté à ton amie pour mieux l’amadouer ! C’était des menaces déguisées oui ! La pauvre était comme avec un couteau sous la gorge ! Devenir le jouet du Pope ou mourir ! »
Il fit demi-tour se tenant de douleur le bras que Katya lui avait plié et emprunta la direction du couloir opposé.
_ « O… Euh… Où vas-tu comme ça, bégaya Katya interdite ?!
_ Je vais tout dévoiler de ce pas à mon ordre ! Je ne peux en tolérer davantage ! »
Il n’en fallut pas plus pour que Klaus achève sa phrase le regard déchiré de douleur.
Saisi par la main tranchante de Katya qui avait sectionnée sa colonne vertébrale en étant ressorti par sa cage thoracique, Klaus libéra un cri aigu qui résonna dans tout le palais.
Immédiatement, Gigas débarqua par la grande porte, suivi de deux de ses hommes portant sa marque dans la nuque.
S’ensuivirent Saga avec derrière lui ses deux conquêtes, tous trois à peine rhabillés.
Encerclant tous la dépouilles de Klaus, ils observèrent un long silence que la voix de Saga, retentissante sous son masque, finit par briser.
Avec calme, il fit preuve d’une grande maîtrise rappelant s’il le fallait encore à Katya la raison du culte qu’elle lui vouait.
_ « Gardes ! Qu’on ferme les portes avant que des regards indiscrets ne voient ce qui se passe ici ! Gigas ! Raccompagne ces filles auprès de mes autres favorites ! Qu’elles portent ta marque et qu’elles soient accueillies comme il se doit au sein de ta garde rapprochée ! Tes hommes débarrasseront du plancher ce traître et iront rapporter à son ordre son exécution pour complot contre Athéna ! Toi, dit-il en tournant la tête vers Katya, suis-moi ! »
Traumatisée, elle obtempéra jusqu’à la pièce où Saga était encore avec ses sujets auparavant.
Hagarde, couverte de sang, elle attendit d’être enfin seule pour fondre en larmes.
Tandis que le Grec lui tournait le dos, elle partit dans une crise d’hystérie qui monta crescendo.
_ « J’ai été imprudente… Je sais à quel point vous appréciez Klaus… Mais il avait découvert la vérité ! Je jure que je n’aurai pas agi ainsi sinon ! Il menaçait de tout dévoiler ! Ses propos étaient agressifs envers vous ! Il était médisant ! Il… Il… 
_ Chut, souffla-t-il en se retournant alors qu’elle montait dans les aiguës. Ça va aller… Ça va aller, la plaqua-t-il contre lui… Je suis là, enleva-t-il son masque pour lui montrer sincèrement qu’il la croyait. »
Envoûtée par la tendresse de son regard alors qu’il avait repris son apparence naturelle, Katya ne put refréner plus longtemps son désir.
Elle se hissa sur la pointe de ses pieds en avançant lentement son visage du sien.
Alors Saga relâcha son étreinte et redissimula son visage.
_ « J’ai tout entendu de votre discussion. Je te sais sincère. Et je tenais à t’en remercier encore une fois. Merci pour cette confiance que tu m’accordes depuis toutes ces années.
_ Non, se mit elle déplorablement à genoux, c’est moi qui vous remercie. Je vous dois la vie et celle de ma s½ur. Ainsi que mon rang de Saintia.
_ Ton rang et le salut assuré de ta s½ur, tu les dois à ta loyauté. D’ailleurs, depuis que tu es devenue Saintia, tu as su soulager Kyoko dans sa mission. Je compte faire de toi ma Saintia en chef. J’ai cru comprendre que ta s½ur est en difficulté dans l’apprentissage martial. N’aie crainte. Elle restera prêtresse, sans même que tu ne craignes qu’elle subisse le même sort que ceux de la garde rapprochée de Gigas. D’ailleurs, pour celles qui sont assidues dans leur dévouement et particulièrement douées martialement, une liste sera à m’établir. Il faudra veiller à préserver de moi ces potentielles Saintias. En effet, nous pourrions en avoir besoin un jour. Nous verrons alors à ce moment si elles sont faciles à corrompre ou à manipuler. Telle sera ta première mission de Saintia en chef. »
Confuse pour son geste déplacé, Katya acquiesça sans en dire davantage.
Elle voulait tellement lui dire qu’en plus de son âme, elle se sentait prête à lui donner son corps. Mais elle n’osait pas.
_ « Ce serait un affront envers lui, pensait-elle. »
Saga le devinait. C’est pour cela que son bon côté lui faisait tenir la distance : « Je ne peux en abuser… Je lui en demande déjà tant… Je ne peux gâcher un tel joyau. »
Flashback
 
_ « Un brave homme ce Saga, je suis certain qu’il m’aurait plu, s’amuse Mars !
_ J’en suis convaincue ! Si je n’avais su que tu étais ainsi réincarné, j’aurai pu jurer entre mille qu’il était toi !
_ C’est bien beau tout ça ! Mais c’est pour me raconter ses batifolages que nous sommes sortis prendre un verre ?!
_ Toujours aussi pressé ! Je croyais que ta défaite en 1979 t’avait appris la patience ?!
_ C’est le cas. Mais elle a des limites vois-tu.
_ Tu dois bien te douter que tout ceci est destiné à t’introduire le fait que le vice errait au Sanctuaire jusqu’à la plus chaste caste d’Athéna. Le kekkai d’Athéna ne peut empêcher la discorde de s’insinuer dans les c½urs corrompus.
_ Je vois. Grâce à principalement ces protagonistes, tu as pu infiltrer tes hommes à cette période au Sanctuaire.
_ Tout à fait. Et voici la suite… »

8
Only for Love / Chapitre 71
« on: 5 April 2021 à 13h31 »
Chapitre 71

Au Japon, dans la résidence Kido, à l’intérieur d’un grand salon illuminé par quelques halogènes, c’est le brouhaha.
Malgré les désaccords qui les opposent, la maîtresse de maison finit de convaincre ses chevaliers : « Il ne s’agit que d’une simple fête d’anniversaire. J’y vais pour affaires. Et puis Tatsumi m’accompagne. »
Le Saint aux mains gantées et à la tenue pourpre pousse ses camarades, Ichi, Nachi, Ban et Geki à le soutenir : « Malgré cela, un danger pourrait toujours roder. Je refuse que Seiya et les autres aient risqué leurs vies, pour vous laisser tomber dans les griffes d’un nouveau péril. Nous sommes le 21 mars 1987. Cela fait trois mois qu’ils sont dans le coma malgré les soins reçu à la Source d’Athéna, rappelle Jabu !
_ Jabu a raison, confirme Sho accompagné d’Ushio et Daichi. Seiya et nos amis sont toujours dans le coma. Rien n’est rassurant les concernant.
_ Vous tombez pourtant à pic, dit Saori en se tournant vers ses Saints d’acier. Vous pouvez confirmer qu’avec les moyens technologiques mis à votre disposition à notre quartier général sous le coliseum, vous pourrez tracer ma présence.
_ Oui mais…
_ Dans ce cas, vous n’aurez rien à craindre. De plus Ushio nous accompagnera pour piloter le jet qui doit m’amener dans la propriété des Solo, près du Cap Sounion. Je ne serai pas seule. »
De façon inattendue, silencieux jusqu’ici, Tatsumi sort de derrière un meuble un sabre de bois qu’il fait tournoyer autour de lui : « Et n’oubliez pas qu’elle sera accompagnée de Tatsumi troisième dan de Kendo ! »
Sa démonstration se solde par un geste malheureux qui fait basculer le buste de bronze sculpté à l’image de Mitsumasa Kido.
Il faut compter sur la réactivité d’une dernière invitée pour sauver l’ornement.
D’un claquement violent, un fouet vient enrouler la sculpture pour ensuite la ramener vers son maître d’arme.
Apparue par la fenêtre ouverte, ses spartiates montées sur talons et enroulées par-dessus son pantalon jaune au niveau des chevilles, la jeune femme blonde au justaucorps rose tend volontiers la statue à Saori.
Navré, Tatsumi se jette aux pieds de la réincarnation d’Athéna : « Oh ! Mon maître, mon maître ! Qu’ai-je fait ? »
Sous son masque, l’héroïne s’amuse de la situation. Quelques mèches de ses longs cheveux blonds tombent sur son masque de femme chevalier.
_ « Merci June Saint de bronze du Caméléon.
_ A votre service Athéna.
_ Alors ça y est, bondit Daichi jusqu’à l’amie de Shun ? Tu sembles parfaitement rétablie !
_ Oui, je suis de nouveau sur pieds et c’est pour cela que je voulais profiter de votre départ pour la Grèce Déesse Athéna pour vous accompagner. J’aimerai vivre au sein du berceau de la chevalerie, au Sanctuaire. Et…
_ Et veiller sur Shun n’est-ce pas, sourit amicalement la déité ? C’est entendu. »
A la fois gênée et enchantée de recevoir la bénédiction d’Athéna, June se courbe bien bas, pour lui rendre les hommages qui lui sont dus.


Dans les entrailles de la Terre, en Grèce, sur un îlot entouré de lave, les Arèsiens s’exercent avec discipline.
Ils travaillent sous l’Aréopage, face à un temple grec en forme de cône dont le sommet vient se planter dans la croûte terrestre qui sert de plafond à cette immense cavité.
Vêtus d’orange et portant une cuirasse rouge, ils obéissent à la grosse voix de Tromos.
Le Berserker de la Terreur, colosse de deux mètres quatre-vingt-trois, bardé de muscles, porte sa Nightmare couleur sang, dissimulant presque tout son corps, arborant une pierre d’améthyste au centre de sa poitrine.
Le guerrier d’Arès répète avec ses hommes diverses formations militaires.

Plus loin, debout au milieu d’Arèsiens assis en tailleur, le second Berserker sous les ordres de Vasiliás explique également diverses stratégies militaires.
Atychia Berserker du Malheur, garde toute sa féminité dans cette armure écarlate qui épouse à merveille ses formes généreuses.
Avec sérieux, les troupes du Dieu de la Guerre se préparent à l’affrontement contre Athéna promis par Vasiliás à Yoma.

Le Berserker de la Royauté, responsable des troupes du dieu moqué par l’Olympe, observe ses gens s’exercer avec succès.
Impérial dans sa Nightmare d’un rouge vif qui couvre l’intégralité de ses jambes, bardant chaque genou de cornes courbées qui remontent à mi-hauteur de ses cuisses, il sourit sous son masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts et qui est maintenu par son casque ovale formant une gueule de lion tel le casque de l’armure divine de Zêta.

En retrait, en direction du chemin souterrain qui relie le monde contemporain à l’Aréopage, le général voit revenir la silhouette d’un de ses hommes.
Soucieux, il s’approche de Tromos qui ôte aussitôt son heaume et s’agenouille.
_ « Tromos. D’où revient ce soldat ? Il ne me semble pas avoir envoyé quiconque à l’extérieur. Les vivres ont été rapportés en quantité suffisante il y a peu. Et nous ne manquons pas d’eau. Je sais qu’il reste quelques mauvais esprits parmi mes hommes issus de la première génération d’Arèsiens en notre époque. Se pourrait-il qu’il en fasse parti et soit allé semer le trouble sur Terre ? »
_ Vasiliás, dissimule sa gêne Tromos dans sa longue barbe ! Non… Euh… En fait… Comment dire… C’est moi qui l’ai envoyé.
_ Sans m’en avertir ?
_ Oh… Euh… Mais… Euh… Toujours dans le but de faire appliquer ta justice.
_ Explique-toi.
_ Pour la plupart d’entre nous, quand tu nous as convaincu de te rejoindre pour faire régner la justice en faisant couler le sang de tous les criminels de ce monde, tu as rendu justice à ceux qui avaient un passé douloureux. Je pense par exemple à Atychia que tu as aidé à venger sa famille. Dans mon cas, c’était beaucoup plus complexe. Alors j’ai demandé à un de nos soldats d’aller enquêter en Argentine, mon pays natal pour…
_ Ça va, ça va. La prochaine fois, pense à m’en parler avant, c’est tout. »

L’espion saute par-dessus la mer de lave et vient s’incliner devant les deux Berserkers : « Seigneur Vasiliás. Seigneur Tromos. »
L’homme au front dégarni, regarde Vasiliás, comme pour l’implorer de laisser le messager s’exprimer.
D’un mouvement de bras résigné, l’Américain cède : « Parle. Nous t’écoutons. »
Le soldat se racle la gorge : « Comme vous le savez, Buenos Aires est extrêmement grande et très dense. Cependant, il ne m’a pas fallu trop de mal pour trouver ce Segador. Son nom fait froid dans le dos à quiconque l’entend là-bas. Il est resté caché pendant plusieurs années, le temps de se faire un nom. Mais maintenant qu’il s’est bâti une véritable fortune, il a corrompu les autorités locales et tue aujourd’hui sans vergogne. Il se rend tous les soirs au Disfrute, un club très tendancieux qui lui appartient en plein centre de la ville. »
Las, Vasiliás passe sa main sur son visage : « Bon… Ça fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de remettre un beau costume. Allons donc faire une toilette puis retrouvons le monde d’aujourd’hui Tromos. »
Le robuste Berserker se relève aussitôt, les larmes aux yeux et déterminé…


En Grèce, à proximité du Cap Sounion, suspendu à la pointe d’une falaise avec vue sur la Méditerranée, un immense manoir voit de nombreux domestiques s’agiter.
Debout, dans une immense salle de bain, le richissime et somptueux héritier de la famille Solo ajuste son smoking blanc.
Pendant qu’il admire son reflet dans le miroir, Julian précise : « Ce soir Saori Kido sera des nôtres. A ce qu’on dit, elle est aussi belle qu’une déesse. Mon père et son grand-père avaient pour habitude de faire des affaires ensemble. A nous deux, à la puissance de nos fortunes, de nos moyens et de nos ambitions, nous pourrions conquérir le monde. Qu’en penses-tu ? »
Son regard bleu fixe l’image de son ami, positionné dans son dos.
Tout aussi soigneusement vêtu, achevant de fixer un foulard blanc par-dessus sa veste bordeaux, Sorrento tempère : « Je ne sais quoi vous répondre Monsieur Julian. Après tout, cela ne fait que peu de temps que j’ai la chance de côtoyer votre monde. »
Le chef d’entreprise se retourne pour admirer le regard gêné de son camarade.
_ « Il est vrai que notre rencontre fut inattendue. Je finançais un orphelinat, lorsque tu venais jouer de ta flûte pour les enfants malheureux.
_ Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, joignant nos causes l’une à l’autre. »
Les yeux océans de Julian s’égarent vers l’horizon…
_ « Oui, la construction d’un monde heureux dans un cycle instrumental mélodieux... »
Julian se racle ensuite la gorge pour se résoudre à changer de ton.
_ « Toutefois tu ne m’as pas répondu au sujet de Saori Kido.
_ Etes-vous au moins sûr qu’elle partage les mêmes idéaux que vous M. Julian ?
_ Qui ne voudrait pas construire un monde nouveau ?
_ Certains voudraient laisser les choses telles qu’elles sont aujourd’hui.
_ Est-ce vrai ?
_ Certains dieux sont pour.
_ Des dieux auxquels je ne crois pas dans ce cas, durcit aussitôt le ton le Grec.
_ Après tout, engage le Marina un autre sujet en dissimulant du mieux qu’il peut sa satisfaction d’avoir entendu ça, vous êtes admiré par d’autres femmes.
_ A quoi bon me réfugier dans ce qu’il y a de plus simple, quand ce que je convoite le plus ne me demande que peu d’efforts supplémentaires ?
_ Alors votre décision est prise ?
_ Oui, ce soir Saori Kido sera mienne.
_ Y a-t-il une chance qu’elle refuse ?
_ J’ai tout. Le pouvoir, l’argent et les mers. Peut-on fermer les yeux sur tout ce que j’offre ? Sur tout ce qu’offre un être semblable au Dieu des Mers et des Océans ?
_ Elle possède le pouvoir et l’argent elle aussi. A défaut des mers, les Kido dominent la terre.
_ Conquérir son c½ur c’est conquérir la terre. Elle ne peut qu’accepter de me permettre ainsi de dominer le monde. »


Dans la dimension qui surplombe la Terre, à l’intérieur d’un des onze temples qui forment la base du Mont Olympe, le temple du soleil, le silence et la peur règnent en maîtres.
Allongé sur une de ses banquettes à savourer le nectar et l’ambroisie, Apollon laisse la chaleur d’un immense foyer suspendu au milieu de son temple lui caresser le visage.
Irradiant dans un immense socle maintenu par d’épaisses chaînes au plafond, Apollon reste les yeux fermés, froid et imposant.
Seul le raclement de gorge de son serviteur, petit, sénile et dégarni, le sort de sa quiétude : « Seigneur Apollon. Je me demandais, quand comptiez-vous intervenir auprès de Tezcatlipoca ?
_ Exprime ta pensée Roloi.
_ Cela fait plusieurs mois que des Saints d’Athéna le traquent. Sans succès jusqu’à présent, certes. Néanmoins ils se rapprochent chaque jour un peu plus de lui. Ne craigniez-vous pas qu’ils finissent par le débusquer, l’avoir par surprise et faire échouer votre plan. »
D’un ton monocorde, le dieu du Soleil s’expriment par ses phrases courtes qui confirment chaque fois la haute estime qu’il a de lui-même : « Il est trop tôt pour que Tezcatlipoca attaque la Terre. Il n’est pas suffisamment fort tout seul pour attaquer Athéna qui vient de récupérer son Sanctuaire. Il sera plus utile en complément d’une autre Guerre Sainte. Roloi, cesse de t’inquiéter. Mon plan se déroule à merveille. Bientôt sur Terre Poséidon se servira d’Odin. Hadès se réveillera et formera une alliance avec Arès. Tout ceci grâce à Helénê. De ton côté tu as récupéré l’Armillaire de Chronos. Alors que Helénê est mon pion sur Terre tu es mon pion en Olympe. Et mon jeu progresse en silence avec efficacité. »
Les petits yeux plissés du fils de Zeus expriment tant de fierté, qu’ils ne croisent pas le regard du serviteur, pourtant tout aussi avide de succès.


A proximité du Cap Sounion, les invités de la maison Solo, tous plus élogieux les uns que les autres, sont arrivés bien vite.
Si vite que les domestiques n’ont pas vu la nuit tomber.
Le vestiaire, les hors-d’½uvre, le champagne… Les serveurs ne savent plus où donner de la tête dans cette immense salle où de nombreux musiciens s’évertuent à rythmer l’ambiance de musiques classiques.
Dans la foule élégante, Saori salue timidement les divers associés et politiciens avec lesquels elle a eu l’habitude d’échanger ces dernières années.
Accompagnée de Tatsumi qui fait honneur au buffet, elle n’a de cesse de se sentir à l’étroit dans un monde qui était encore le sien il y a un an.
Les affaires ne lui semblent maintenant n’être qu’une corvée qu’elle doit accomplir afin de garder l’anonymat sur sa réelle identité afin de préserver l’équilibre du monde.
Lorsque le ministre français des affaires étrangères vient la saluer afin d’échanger sur un dossier en suspens, Saori préfère déléguer l’échange à Tatsumi.
Elle se précipite à un des nombreux balcons pour admirer l’océan.
Splendide dans sa robe blanche, qui va à merveille avec le bijou agrafé à un ruban rosé autour de son frêle cou, la petite fille de Mitsumasa Kido souffle d’impatience : « Seiya… Je suis si proche de toi… Cependant, il m’est impossible de revenir auprès de toi. Mes sentiments de femmes s’effacent là où commence ma mission divine… »
Ses pensées s’éloignent, lorsqu’elle reconnaît sur les rochers devant elle la passagère qui l’accompagnait dans son jet.
Dissimulée dans l’ombre, le fouet à la main, la Pandora Box couverte d’un linge blanc, June veille au grain. Elle attend qu’Athéna lui fasse signe de la tête pour la quitter en toute quiétude et s’engager en direction d’Athènes et du Sanctuaire.
_ « June… Tu vas pouvoir veiller au chevet de Shun. Profite de cette occasion. Comme j’aimerai pouvoir être à ta place en cet instant, confesse Saori. »

Plus loin, là où la plage n’est pas illuminée, le bas de pantalon de velours pourpre et les chaussures de Sorrento, ne craignent pas de venir tremper dans l’onde calme de la Méditerranée.
Il laisse une brise salée venir le décoiffer, pendant qu’il hume à pleins poumons cet air qui lui sied tant…

A l’intérieur, un domestique de la propriété Solo s’avance sur l’estrade ornée d’un trident, blason de la famille de Julian.
Au-dessus de sa tête, sur les rideaux rouges, une banderole « Happy Birthday » lui évite un long discours. Il lève sa coupe d’alcool pétillant et attire vers lui l’attention des convives de son maître : « Je porte un toast pour célébrer les seize ans de Julian ! Santé ! »
Tous l’imitent dans la bonne humeur, rappelant depuis dehors Athéna a ses devoirs d’humaine.
Elle retrouve Tatsumi qui s’étonne toujours autant de croiser tout ce beau monde : « Impressionnant, tous les grands de ce monde sont réunis ici. C’est normal puisqu’il s’agit de la fête d’anniversaire du fils de la première fortune mondiale. Mais tout ça n’est-il pas un peu exagéré ? »
La familiarité du Japonais oblige Saori à le rappeler à l’ordre, alors qu’il se goinfre des succulents mets proposés : « Tatsumi, tiens ta langue. Bien que Julian n’ait que seize ans, il assure la succession de son père, y compris à la tête du clan Solo. »
En flânant, Tatsumi se rattrape : « Je ne suis pas sans ignorer que c’est une personne très importante. »
Tout ceci amuse énormément le maître de maison.
Raffiné, imposant toute sa puissance et son charisme, Julian se révèle enfin aux yeux de Saori : « Je suis très honoré d’être le sujet de votre discussion Mlle Saori Kido. »
Ignorant totalement la présence du bras droit de la jeune femme, il traverse la pièce et vient lui baiser la main.
_ « Je suis Julian Solo. Bienvenue à ma fête d’anniversaire. Il s’agit là de notre première rencontre, mais on m’a dit que mon père et Mitsumasa Kido étaient très proches.
_ En effet, mon grand-père m’a souvent parlé de la riche famille grecque Solo et de son empire maritime.
_ Je vous ai invité car je voulais vous rencontrer depuis longtemps. Vous êtes encore plus belle que je ne l’imaginais. J’aimerais vous parler seul à seul, dans le calme. Allons sur la terrasse, venez. »
Prenant Saori par la taille, il abandonne Tatsumi sans même daigner le regarder.
Le robuste second de la Fondation Graad grogne : « Mademoiselle ! Ce type ne me plait pas du tout ! »
Arrivés à une autre aile que celle empruntée plus tôt par Saori, les deux chefs d’entreprise échangent devant une petite zone portuaire.
_ « Il y a plusieurs siècles de ça, ma famille s’est bâtie un empire sur les sept mers à commencer par la Méditerranée et elle s’est constituée une fortune colossale. Mon père disait souvent, celui qui domine les mers, domine le monde. Car les océans couvrent soixante-dix pour cent de la surface terrestre. Bientôt, je dominerai moi aussi les sept mers et le monde, par conséquent. Saori, accepteriez-vous de partager cette joie avec moi ? Moi, Julian Solo, je souhaite que vous deveniez mon épouse.
_ Votre épouse, s’étonne de ses grands yeux profonds et circonspects Saori ? Vous plaisantez ?
_ Ce n’est pas une plaisanterie, Mlle Saori. Avant même de vous rencontrer, je sentais un lien fort entre nous. Et j’en ai la confirmation ce soir. Nous nous sommes déjà rencontrés, jadis, bien avant notre naissance. »
Soudain, sans même qu’ils s’en rendent compte tous les deux, leurs deux présences intérieures communiquent avec plus d’insistance.
_ « Quelques siècles auparavant… Non, durant l’antiquité, je sens que nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises, ressent Julian. »
Une étrange atmosphère s’en suit, durant laquelle les deux restent les yeux fixés dans le regard de l’autre avec détermination.

Lorsque la manifestation de leur for intérieur s’estompe, il reprend un ton charmeur, passionné.
_ « Qu’en pensez-vous Mlle Saori ?
_ Je suis très flattée. Mais je suis au regret de devoir refuser. Excusez-moi. Je suis fatiguée, aussi vais-je prendre congé de vous. Je dois repartir très tôt demain matin pour le Japon. Au revoir. »
Elle tourne aussitôt les talons et retourne à l’intérieur.
Pantois, seul, le magnifique bellâtre refuse d’admettre la réalité : « Saori… Impossible ! Il existe une femme capable de me résister ? »
Pourtant, très vite, il reprend cette mine fière que Sorrento lui connaît si bien : « Depuis ma naissance, j’ai toujours obtenu tout ce que je désirais. Vous deviendrez mienne vous aussi. »
Résolument convaincu, mais aussi profondément blessé, Julian ne se voit plus retourner faire la fête et recevoir les flatteries des puissants.
Inopinément, une lumière resplendit au loin : « Qu’est-ce qui brille au Cap Sounion ? Il n’y a pourtant rien là-bas ! »
Il s’engage en direction de l’escalier qui lui permet de longer la plage en ignorant son majordome venu l’interpeller au balcon.
_ « Seigneur Julian ! Seigneur Julian ! Où allez-vous ? Vos invités vous attendent !
_ Je… J’ai vu… Là-bas… Il y a… Non. Laisse. Dis-leur que je suis fatigué. Que je ne me sens pas très bien, balbutie-t-il en se retirant.
_ Mais enfin la soirée ne fait que comme… »
L’entêté héritier ne répond plus, il est comme aimanté par cette lumière, qu’il voit scintiller de plus belle.
La voix de son employé ne lui parvient plus.
Ses chaussures blanches sont léchées par le sable humide et son pantalon s’arrache à mesure qu’il grimpe les rochers pour atteindre le sommet du Cap Sounion.
Malgré les obstacles, il n’abdique pas.
Aveuglé, il approche jusqu’à la pointe du précipice : « Qu’est-ce que c’est ? »
Il lève les yeux du sol vers les cieux en étudiant avec minutie le long manche doré qui maintient fixé en son sommet trois pointes marines à l’acier lisse et tranchant : « D’où vient ce trident ? »
Une voix semblable à une mélodie lui répond : « C’est le vôtre depuis les temps mythologiques. »
Cette symphonie qui lui parcoure le dos l’oblige à se retourner : « Qui êtes-vous ? »
Il découvre une jeune femme agenouillée couverte d’une armure en forme d’écailles rosées aux longs cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.
_ « Je suis Thétis de la Sirène Marine.
_ La Sirène Marine ? Et vous dites que ce trident est à moi ?
_ Oui, maître Julian Solo ou plutôt maître Poséidon Empereur des Mers.
_ Poséidon ?
_ Maître Julian, vous êtes la réincarnation du dieu Poséidon, maître des océans depuis les temps mythologiques.
_ Moi la réincarnation de Poséidon ?
_ Oui. Vous nous revenez après deux cent ans d’absence. Accompagnez-moi au temple de Poséidon.
_ Au temple de Poséidon ?
_ Oui, seul ce sanctuaire sous-marin est digne de votre divine personne. Les Marinas, les Généraux et héros des océans, vous y attendent. Bien, allons-y. »
Sans même lui laisser la moindre chance de se débattre, Thétis l’enlace par la taille avant de se jeter avec lui.
Du haut du Cap Sounion, ils plongent dans une mer plus agitée que sur la plage : « Que faîtes-vous ? Ah… »


A la surface, à l’autre bout du monde, une voiture sportive rouge progresse lentement et ne passe inaperçue auprès d’aucun piéton au c½ur d’une ville encore calme à la nuit tombante.
A l’intérieur, mal à l’aise dans des vêtements civils qui l’habillent de trop, Tromos reconnaît bien son pays natal : « Ça bouge à peine à cette heure-ci à Buenos Aires. Pourtant, lorsque nous serons au c½ur de la nuit, la fête battra son plein. La musique des clubs se mélangera dehors aux rires des passants pour former un brouhaha inaudible. »
Vasiliás admire, impeccable dans son costume blanc, les nombreuses enseignes festives : « Tant mieux... Cela n’en rendra que plus discrets nos agissements. »
L’objet de leur venue ramène Tromos à de douloureux souvenirs.
Le géant, à l’étroit dans ce véhicule que Vasiliás a insisté pour louer, n’ose pas regarder son supérieur.
_ « Ca me touche que…
_ Tromos. Lorsque j’ai choisi de constituer mon armée, j’ai promis à chaque homme enrôlé de tout mettre en ½uvre pour garantir la paix et la sécurité de tout un chacun. L’existence même de ce Segador est en contradiction avec le monde que nous voulons créer.
_ Je me demandais quand même, même si nous tuons des criminels, n’en devenons nous pas non plus en agissant ainsi ?
_ Tu doutes de la morale de nos engagements ?
_ Depuis la nuit des temps, les dieux s’affrontent pour instaurer leurs paix sur Terre. Mais au final, rien n’a changé. Les famines, les guerres, les hommes mauvais, rien n’a été éradiqué.
_ C’est pour cela qu’ils doivent recevoir notre châtiment.
_ Même si nos actes me semblent justes, on parle quand même d’extermination. D’êtres mauvais, certes. Mais qui peut juger ? Crois-tu que nos hommes auront les épaules assez larges pour ça ?
_ Le costume du justicier peut paraître ingrat à porter. C’est pour cela que je me ferai roi de ce monde. Moi seul dois vivre avec l’esprit tourmenté pour la punition que nous infligerons aux criminels. Nos hommes ne seront que de simples exécutants.
_ Mais dans ce cas nous ne te suivrons que par peur du châtiment.
_ Vous me suivrez uniquement pour la paix et le bonheur de vivre en sécurité sans être raillés ou menacés.
_ Une extermination massive aura donc lieu.
_ Détruire les racines du mal à un prix. Mais les esprits pervertis ne doivent pas systématiquement être annihilés. Les coupables d’actes majeurs éliminés, les coupables d’actes mineurs devront seulement être jugés. Même si c’est sévèrement, cela permettra de faire réaliser quelle façon de vivre est juste. Les mentalités changeront et chacun s’évertuera à acquérir son bonheur sans nuire à celui des autres.
_ Alors je te suivrai. En appliquant ta loi, j’offrirai aux hommes le bonheur auquel je n’ai pas eu droit.
 _ J’ai l’impression que tu renouvelles ton serment envers moi, sourit l’Américain en restant concentré sur la route. Lorsque j’ai été retiré à mes parents, surenchérit Vasiliás au silence gêné de Tromos, des êtres aimants qui faisaient mon bonheur de petit garçon, je n’avais pas conscience des souffrances de ce monde. C’est arrivé au Sanctuaire, le berceau de la justice, c’est là que je me suis rendu compte que la nature humaine était viciée. Brimades, humiliations, violences, menaces… La vie dans le domaine sacré n’avait rien d’un conte de fée. Le pire fut, lorsque je pus découvrir la vie contemporaine avec mes yeux d’adulte. Lors de ma fuite, en trouvant refuge au Canada, j’ai constaté que le monde auquel on m’avait retiré, celui dont me protégeait mes parents, ce monde que maintient Athéna, n’était que tragédies. Vols, abus de faiblesse, meurtres, viols, pédophilie… Rien ne correspondait aux souvenirs de l’éducation familiale que j’avais reçu. Non seulement le Sanctuaire m’avait privé de mes parents qui moururent de chagrin après ma disparition, mais il se battait depuis des siècles pour protéger ce courant fou, qui bafoue les valeurs que je veux instaurer. Ma soif de justice n’en est que plus justifiée. »
Convaincu, Tromos fixe avec détermination une enseigne illuminée dont le nom se reflète d’un rose luxurieux. Il laisse son énorme main taper sur la cuisse de son supérieur pour l’alerter : « Là ! Le « Disfrute » ! »
Le roi au service d’Arès détaille avec minutie la façade : « Cinquante bons mètres de devanture, une grande porte à l’avant, uniquement une clientèle assez mondaine qui fait la queue, un vigile tous les deux mètres dans la file d’attente et… qui surveillent tout le pourtour du bâtiment ! Impossible de passer par une porte de service sans éveiller les soupçons. »
Commençant à ouvrir la portière alors que la voiture est en pleine marche, Tromos déclare : « Qu’importe ! A la vitesse à laquelle nous savons nous déplacer nous n’avons rien à… »
Malgré la différence de corpulence entre les deux hommes, le leader tire sèchement son second pour le dissuader de descendre. Son geste, ferme et oppressant, convainc l’enfant du pays d’y réfléchir à deux fois.
_ « Il y a trop d’innocents ici. Et n’oublie pas ce qu’a dit l’espion que tu as fait envoyer. Beaucoup de dissidents à Segador se trouvent emprisonnés à l’intérieur. Apparemment, le rez-de-chaussée est un immense dancing avec plusieurs salles. Il y a un étage, les appartements privés certainement. Si tu regardes au sol, il y a quelques trappes à l’angle des murs. Certainement des grilles d’aération pour les sous-sols. S’il y a des prisonniers, c’est là que nous les trouverons.
_ Je veux Segador !
_ Il sera à toi. Mais n’oublie pas que pour les gens de ce monde, nous sommes des surhommes. Ils ne doivent pas soupçonner notre existence. Nous faire remarquer par la cosmo énergie nous révèlerait également à Athéna. Si elle découvre qu’Arès a fondé une nouvelle armée, elle pourrait nuire à nos projets.
_ Que comptes-tu faire alors ? »
Tout en stationnant avec simplicité son véhicule un peu plus loin, Vasiliás resserre légèrement sa cravate : « Tu vas être mon partenaire de soirée ! »


En Grèce, sous la mer, dans le sanctuaire sous-marin, Julian revient peu à peu à lui.
Etalé de tout son long sur les dalles blanches du parvis du temple du Dieu des Océans, il ouvre mollement ses yeux.
L’eau salée lui pique encore.
Ses narines lui brûlent après que l’eau se soit infiltrée dans ses poumons. Mais c’est bien l’air qui lui fait gonfler de nouveau sa poitrine.
_ « Pourtant, le bruit berçant des vagues… Ce va et vient apaisant… Je l’entends toujours, réalise-t-il en revenant à lui. Pourquoi ne suis-je plus dans les abysses ? A mesure que je m’y enfonçais avec cette femme, je souffrais. J’ai perdu connaissance. Où suis-je ? Nous avons plongé dans la mer, sommes-nous sortis de l’eau ? Où est passée l’eau, s’interroge-t-il en levant la tête vers le ciel ? L’eau est au-dessus de nous, telle une voûte céleste, réalise-t-il instantanément ! Nous sommes donc bien dans les fonds marins ?
_ En effet. Dans les abysses maritimes se trouve votre empire. »
Thétis l’accueille debout devant un des sphinx, qui décore l’extérieur du palais.
Bouche bée, le Grec admire les étendus au relief fait de roches spongieuses.
Enfin, lorsqu’il finit de faire le tour de lui-même, il tombe nez à nez avec une immense bâtisse aux colonnes doriques.
_ « Regardez. Voici votre temple.
_ Un temple aussi énorme sous l’océan, comment est-ce possible ? Voici donc le temple de Poséidon, le sanctuaire des mers. Et c’est… »
Son attention se focalise sur une Scale majestueuse qui l’attend sur les marches de l’édifice.
Dès lors, les écailles rentrent en harmonie avec lui, révélant sa cosmos énergie tout en épousant ses formes.
L’alchimie est parfaite, la conscience de Poséidon s’éveille en même temps que la Scale habille Julian.
Déjà une centaine de soldats Marinas venue de tout le royaume se prosterne à ses pieds.
Devant eux, arrivent sept Généraux couverts d’écailles aux couleurs semblables aux siennes.
Parmi eux, tête baissée, n’osant pas lever les yeux, Sorrento se courbe. Suivi de Bian, Io, Krishna, Kassa et Isaak.
Seul le Dragon des Mers s’avance un peu plus que les autres avant de s’incliner.
_ « Seigneur Poséidon, votre armée est au complet. Votre peuple attend vos ordres. »
Durant de longues secondes, l’empereur scrute chaque homme qu’il a sous ses ordres sans dire le moindre mot.
Autant de temps où, sous son heaume, Kanon sent rouler sur son front la sueur froide que seul un homme complotant contre les dieux peut ressentir : « Il est de retour. C’est l’instant fatidique. Si tout se passe comme je l’ai prévu, il se contentera de voir que nous sommes prêts et il ne restera plus qu’à lui faire mettre l’anneau des Nibelungen à Hilda. Les Guerriers Divins remporteront la victoire pour nous et je pourrai gouverner en utilisant ce dieu pantin. »
L’instant de vérité ne lui fait pas défaut.
Le dieu tourne le dos à ses sujets et entame la montée vers ses appartements.
_ « Dragon des Mers. Tu sembles avoir été le chef de mes rangs en mon absence.
_ C’est le cas.
_ Je te félicite d’avoir réunis mes Généraux et une armée de Marinas. Mes hommes savent se tenir. Et si je suis ici aujourd’hui, c’est qu’Athéna est revenue en ce monde. Viens donc t’entretenir avec moi sur la situation. »
Sans mot dire, Kanon s’enfonce dans les profondeurs des locaux, pendant que les hommes retournent vaquer à leurs occupations.
Seul, au milieu de la place vide, Sorrento lève enfin les yeux en direction du chemin emprunté par son maître : « Même si vous n’avez eu aucune considération en égard à l’amitié que nous partagions dans notre ancienne vie, je reste fidèlement vôtre. J’ai passé ces derniers mois à vos côtés, sans me soucier des décisions prises par le Dragon des Mers. Je prie pour qu’elles soient à la hauteur de vos espérances. »

A l’intérieur, progressant les yeux fermés à mesure que la mémoire lui revient, Poséidon emboîte le pas à Kanon.
Après avoir traversés les différents appartements et autres salles de réunions, les deux hommes forts du sanctuaire sous-marin empruntent un pont de pierre.
La passerelle est suspendue au-dessus d’un bain immense. Ce dernier est alimenté par l’eau qui provient du plafond et qui s’écoule sur toutes les parois.
Ce splendide décor n’impressionne en rien Poséidon qui continue d’échanger avec son Général : « … Alors après cela tu as commencé à réunir les Généraux.
_ En effet. Tout en confiant la tenue des rangs aux premiers rassemblés, j’utilisais les Scales qui me servaient à identifier les autres promus. Entre temps, j’effectuais diverses recherches pour vous permettre d’affaiblir Athéna et conquérir la Terre. Pour cela, il m’a fallu envoyer Isaac du Kraken à Atlantis.
_ Hum… Atlantis… Mon esprit s’y est éveillé il y a plus de deux cent ans pendant une Guerre Sainte entre Athéna et Hadès.
_ En effet. Il a été rendormi par l’intervention du Saint d’or du Verseau de l’époque. Cela a valu à la cité d’être condamnée. Son seul accès restant Blue Graad. J’ai donc organisé une Guerre Sainte entre Blue Graad et Asgard afin de faire diversion et d’y envoyer notre homme. _ Atlantis est parsemé d’artefacts puissants. Pour lequel l’as-tu envoyé là-bas ?
_ L’anneau des Nibelungen. J’ai pu étudier ces treize dernières années les diverses entités de cette planète et j’ai trouvé celle d’Asgard, Odin, digne de notre intérêt. Cela s’est confirmé durant la Guerre Sainte entre les royaumes du grand nord. Les défenseurs d’Odin ont un niveau capable d’égaler les meilleurs saints d’Athéna. Et surtout, si la Prêtresse d’Odin cesse ses prières, les glaces des pôles sont menacées de fondre. La fonte des pôles signifierait une victoire des océans sans même mener nos hommes à la bataille.
_ Et si Athéna combat les God Warriors, elle n’aura plus de forces armées pour lutter contre mes Marinas.
_ Athéna est déjà affaiblie après un complot interne, qui a décimé la moitié de ses hommes.
_ Et les nôtres ? J’ai cru dénombrer une centaine de soldats.
_ Nos Généraux ont un niveau digne de vous. Cependant, nos soldats ne valent pas mieux qu’un vulgaire Saint de bronze d’Athéna. »
Poséidon termine de gravir l’escalier d’eau et parvient devant deux immenses portes, dans lesquelles est gravé un imposant trident en or. Grâce à son cosmos, il les ouvre sans le moindre effort et observe sa salle du trône où, sur son siège, resplendit la bague maléfique.
_ « L’anneau des Nibelungen.
_ Je pense qu’il fera le nécessaire, sourit dans l’ombre de son casque avec perfidie Kanon. Votre peuple a assez souffert ces derniers millénaires, pour éviter de subir de nouvelles pertes inutiles. Les femmes et les enfants qui peuplent les environs vous vénèrent chaque jour que vous leur accordez. La population est de moins en moins importante, mais elle est l’héritage des élus que vous aviez choisi dans les temps mythologiques pour repeupler votre nouveau monde. »
Par télékinésie, l’empereur vient faire virevolter par-dessus la paume de sa main le bijou alors qu’il se pose au fond de son siège.
_ « Tu me disais toi-même que les hommes de la prêtresse d’Odin étaient puissants. Pour sceller l’anneau il ne faudra pas que nous soyons dérangés.
_ Hilda de Polaris, c’est le nom de la prêtresse, est toujours accompagnée de Siegfried de Dubhe. Peut-être que si nous infiltrons Thétis, nous arriverons à les séparer le temps de…
_ Si Thétis a ta confiance, alors prépare là à cette mission sur le champ. Dès demain, Hilda sera sous mon emprise. Et la Terre n’aura alors jamais mieux portée le nom de Planète Bleue ! »


En Argentine, à Buenos Aires, très élégant, Vasiliás patiente calmement dans la file à quelques mètres de l’entrée du Disfrute.
_ « Allons, cesse de faire la tête, dit-il en levant les yeux vers Tromos.
_ Je ne suis pas venu danser.
_ Ça tombe bien, moi non plus. J’aime la musique, mais je danse comme un pied. On va boire un verre, observer les allers et venues des hommes de Segador et on agira discrètement. »

Enfin arrivés à l’entrée, une fois scrutés de haut en bas par les vigiles à l’allure menaçante, les deux Berserkers sont accueillis par une hôtesse à la peau chocolat.
Les cheveux courts, d’un noir de jais, le regard perçant, sa voix est suave : « Je suis Peligra. Vous n’êtes pas des habitués de notre club n’est-ce pas ? »
Face à la nervosité de Tromos, Vasiliás choisit d’être l’interlocuteur privilégié de la vénusté montée sur des escarpins aussi ténébreux que sa veste de tailleur grande ouverte sur sa peau d’ébène luisante.
_ « Effectivement. Nous sommes Américains et avons fait une halte à Buenos Aires pour affaires chère demoiselle Peligra.
 _ Alors je vais me charger de vous faire visiter, lui dit-elle en lui tendant la main. Comme pour chaque client, je suis la chargée à votre service. »
Elle lui serre et caresse la paume de main avec attention lorsqu’il la lui donne.
Elle dirige son bras libre en direction de diverses salles toutes mystérieusement dissimulées par des rideaux de velours rouge.
_ « Dans cette direction se trouve notre restaurant et le piano bar. Ici le bar où vous seront versés les meilleurs cocktails que vous pourrez trouver en Argentine. Une piste de danse vous permet de vous mêler à la foule, ou bien peut-être préférerez-vous l’intimité de quelques banquettes encerclant un podium sur lequel je pourrai vous réserver une petite danse ? »
Vasiliás snobe le charme de sa guide en pointant la direction de l’étage.
_ « Ces escaliers ne nous sont pas accessibles ?
_ Il s’agit des alcôves réservées à nos meilleurs clients, passe-t-elle sa main sur l’épais n½ud de soie saumon qui lui sert de jupe. Après se trouvent les appartements privés de la direction.
_ Dans ce cas j’espère devenir très vite le meilleur de vos clients, sourit-il de ses grandes dents pour complimenter la splendide employée.
_ Cela ne tiendra qu’à vous, lui rétorque-t-elle avec un regard provocateur.
_ Cette musique me donne déjà mal à la tête, mais je suis partant pour boire un verre, casse l’ambiance Tromos laissé pour compte dans ce jeu de séduction. »
Peligra devance alors les deux compagnons. Elle traverse la piste de danse.
Esquivant les corps qui se déhanchent au milieu des stroboscopes, des lasers et de la fumée, les Berserkers échangent leurs impressions.
_ « Tu as vu, nous sommes passés incognito, relativise Vasiliás. Elle n’a même pas remarqué que tu es Argentin. Il faut dire que lorsque tu as quitté ton pays, tu devais encore avoir tous tes cheveux.
_ Je ne perds pas mes cheveux, j’ai le front large, c’est différent, frotte Tromos le haut de son crâne assez dégarni ! »
Après un sourire complice échangé, Tromos revient à l’objet de leur présence.
_ « Comment comptes-tu t’organiser ?
_ Si tu regardes bien, dans tous les groupes venus ici, il y a une hôtesse qui ne les lâche pas. Il en sera de même pour la nôtre. A moins que l’un de nous ne se l’accapare.
_ C’est bon, j’ai compris. Je suis de trop.
_ Continue de jouer la carte de l’indifférence. Une fois que nous serons séparés, trouve le chemin qui mène au sous-sol. Je te laisse d’abord libérer les prisonniers. Ensuite, seulement, tu pourras te rendre à l’étage. Segador et ses hommes seront à toi. »
Tromos choisit donc la direction du bar pour tromper la vigilance de Peligra.
Avant qu’il ne s’en aille, Vasiliás retient l’homme aux petits yeux noisette : « N’oublie pas d’agir en toute discrétion. Je compte sur toi. »

Au milieu de trois couples remuant l’un contre l’autre sensuellement, Peligra s’inquiète du départ précipité du robuste client : « Ma présence l’indispose-t-il ?
_ Absolument pas. Mais il est du genre réservé. Difficile à croire que cette montagne de deux mètres quatre-vingt-trois aime passer inaperçu. Il est parti noyer son chagrin d’avoir aujourd’hui loupé un gros contrat en allant au bar.
_ Que dois-je faire pour vous satisfaire dans ce cas ? Peut-être vous présenter à d’autres clients ? Ou vous entraîner sur la piste ?
_ Je n’aime pas danser.
_ Les fauteuils dans ce coin dans ce cas ? Ils sont occupés par un grand investisseur local.
_ J’ai déjà signé beaucoup de contrats aujourd’hui. J’ai affirmé ne pas aimer danser. Mais je n’ai jamais dit que je n’aimais pas qu’on danse pour moi… »


Loin de la moiteur de l’Amérique du Sud, à l’entrée même du domaine d’Asgard, sur la route de cristal, là où Seiya et Thor s’affronteront dans quelques jours, une silhouette couverte d’un épais manteau de laine blanc progresse péniblement dans la neige.
La masse cotonneuse drape les terres gelées du dieu Odin.
Les cheveux d’or et le teint halé de la voyageuse permettent à quiconque la croiserait de l’identifier comme une intruse.
Hélas, la météo capricieuse de ce jour ne permet pas à Thétis de croiser le moindre habitant ni le moindre garde.
_ « Par ce froid, il faudrait être fou pour sortir, assure-t-elle. Le Dragon des Mers m’a demandé de trouver le moyen d’écarter la Princesse de Polaris de son fidèle bienfaiteur Siegfried. Ce ne sera pas tâche aisée et il me faudra jouer de tous mes charmes. »

Arrivée devant un croisement, la Danoise qui a élu domicile sous la Méditerranée ces dernières années est face à un dilemme.
_ « La route s’écarte. A gauche une vallée qui maintient de la neige fraîche, propice aux avalanches, et à droite, une progression vers une montagne. »
Soudain, le frisson d’un danger lui parcourt le dos. Une légère secousse retentit.
_ « Il n’y a pas de doutes possibles. Il s’agit d’un cosmos. Vers la montagne, devine très vite Thétis ! »
 
En effet, plus loin, plus haut, en direction du Mont Baldr au sommet duquel Mime trouvera la mort contre Ikki, une cavité est formée à travers la roche.
Tout autour de cette entrée, la neige fond en raison de la chaleur libérée par la lave du volcan où s’entraîne régulièrement Hagen.
Aux abords, Freya ne craint donc pas le froid.
La peau blanche, les yeux verts concordant à merveille avec le tissu qui couvre ses épaules par-dessus sa robe blanche, la magnifique demoiselle admire tout le courage d’Hagen.
Aujourd’hui, il s’entraîne dehors. L’athlétique guerrier nordique surmonte la rudesse du froid. Il exécute en mêlant vitesse et puissance de nombreux enchaînements.
Lorsqu’un courant d’air glacial vient lui arracher son maillot kaki, pour lui couper la peau à hauteur de l’abdomen, il ne sourcille même pas. Il contre le souffle avec le sien en dégageant son arcane : « Universe Freezing ! »
C’est une fois qu’il est parvenu à couper le souffle du vent, qu’il s’accroupit enfin pour contenir son hémorragie.
Inquiète, les doigts entremêlés, les cheveux blonds épais couverts d’un bonnet rose, Freya ignore le danger qui règne dehors. Elle se précipite vers son amant pour le ramener à l’intérieur de la caverne volcanique.
_ « Je t’avais dit de t’entraîner à l’intérieur, près du volcan, comme d’habitude.
_ Non Princesse Freya. Je sais que vous souffrez trop de la chaleur à proximité de la lave et je ne veux pas vous imposer ça. »
Il se cramponne fermement le ventre pour contenir sa plaie.
Alors, la cadette de la famille de Polaris prend le relais. Elle essuie l’hémoglobine séchée sans même exprimer le moindre dégoût. Au contraire, son geste lui permet de caresser les lignes fermes des abdominaux du futur God Warrior.
Son attention lui vaut un sourire plein de charme de l’Asgardien, qu’elle s’empresse de prendre à pleine bouche.
Accroupit au-dessus de lui pour dominer sa grande taille, elle l’embrasse avec passion maintenant que sa plaie cesse de saigner.
Alors qu’il remonte peu à peu la longue robe de sa bien-aimée pour enfin avoir l’immense plaisir de parcourir de ses mains le long de ses douces jambes, Freya se presse de lui défaire son pantalon blanc…

Perdue, titubante, la vue obstruée par la neige, Thétis est parvenue à remonter la trace du cosmos d’Hagen.
L’inconnue de ces terres aux neiges éternelles surgit inopinément face au couple qui ne fait plus qu’un.
Attirée par la clameur libérée crescendo et simultanément par le frottement régulier de la chair des deux amants, Thétis apparaît devant eux.
Sa douce voix libère une mélodie lorsqu’elle prononce avant de s’écrouler face à eux : « Aidez-moi… Je vous en prie… »
Pris au dépourvu, charmés par cette voix harmonieuse, ils s’échangent d’abord un regard mêlé de charme et de surprise. Puis réajustent leurs vêtements en accourant vers elle…


Au même moment, en Grèce, dans le sanctuaire souterrain d’Arès, le calme est propice à la progression funeste de la discorde.
Sa représentante divine, Eris, profite de l’absence de Vasiliás et Tromos pour s’infiltrer au sein de l’Aréopage.
Voulant poursuivre avec elle ses manigances, Arès sort discrètement de son temple.
Il avance seul par-dessus la lave qui encercle l’îlot où se dresse l’antique palais.
Insensible au magma, il rejoint sa s½ur réincarnée.
_ « Je savais que la reprise de son Sanctuaire par Athéna ne t’avait pas laissé indifférente.
_ Beaucoup de morts, de ranc½ur, de peine, de trahisons, de doutes… Il est temps de passer à l’action tu ne crois pas.
_ A l’époque, elles ont été scellées chez toi n’est-ce pas ? Dans ton Jardin d’Eden à Hokkaido. »
Sous les traits de Kyoko, Eris devine où veut en venir Arès.
_ « En effet. Tes Ombres. Les guerriers à ton service qui commandent les Berserkers.
_ Alors lors de la dernière bataille où ils étaient à mes côtés, Athéna a eu la malice de les emprisonner dans ton temple enseveli pendant que tu étais prisonnière de la Pomme d’Or à la dérive dans l’espace. Astucieux. Elle pensait que tu ne te réincarnerais pas de sitôt et cela me privait de mes meilleurs atouts.
_ Avec eux, lors de ta première tentative d’invasion du Sanctuaire en 1979, tu aurais réussi ton coup.
_ Pas sûr, relativise le dieu assagi avec le temps et influencé par les stratagèmes de Ksénia et Vasiliás. Je me suis précipité et y suis allé avec une armée incomplète. J’ai profité de la Guerre Sainte contre les Titans pour tenter de m’emparer du Sanctuaire d’Athéna et ai été repoussé par des Saints de bronze et d’argent. Très vite, les Saints d’or revinrent victorieux. Même avec mon armée de Berserkers au complet, commandés par mes Ombres, nous aurions été mis en difficulté car pris à revers par le retour des Saints d’or du Cronos Labyrinthos.
_ Quelle clairvoyance ! Je t’ai connu moins calme !
_ La vérité c’est toi qui me l’as montré. Par ta façon de t’immiscer dans le c½ur des hommes. Mon Berserker de la Royauté a rebâti mon armée. Il l’a façonnée avec des soldats pleins de souffrances. Il met à ta disposition de parfaits candidats à tes Evil Seeds. Il a monté son plan d’invasion du Sanctuaire avec minutie et patience. Nous n’aurons qu’à le cueillir lorsqu’il aura accompli le travail. Et lorsqu’il croira me prendre à revers, mes Ombres le cueilleront comme toi tu cueilleras toutes ces âmes, arèsiennes et athéniennes que tes Evil Seeds auront égrainées durant la bataille. »
Enjouée, Eris s’approche de son frère pour coller d’affection sa tête contre son torse.
_ « Tu avais donc tout prévu mon frère…
_ Je ne suis pas le seul, n’est-ce pas ? Si mon échec de 1979 était conséquent à mon manque de patience, je te sais, toi, bien moins rustre. Et capable de plus de réflexion. Lorsque tu as attaqué en 1984 le Sanctuaire, tu brouillais les pistes n’est-ce pas ? »
Démasquée, la Déesse de la Discorde sourit avec perfidie.
S’émancipant des bras de son frère, Eris fait apparaître sur elle un chemisier blanc rentré dans une jupe crème donnant à Kyoko une apparence contemporaine.
_ « C’est une longue histoire. Que penses-tu de profiter d’être nés humains en cette ère pour goûter au plaisir qu’ils s’offrent avant notre avènement ?
_ Seulement si tu promets de me révéler le détail de tous les meurtres commis sous ton influence, accepte-t-il. »
Dès lors, il s’affuble lui aussi de vêtements.
Habillé d’un long manteau beige qui descend jusqu’à un pantalon de costume gris, il prend la direction de la surface dans de belles chaussures de ville : « Bien, gouttons à ce monde en tant que Kyoko et Mars, avant de le diriger en tant qu’Eris et Arès ! »

9
Only for Love / Chapitre 70
« on: 8 March 2021 à 15h19 »
Chapitre 70

Les douze flammes de la grande horloge du Sanctuaire, sont éteintes depuis bientôt quinze jours.
Le retour d’Athéna au Sanctuaire a achevé l’année 1986 par un message de paix.
Depuis, à chacune de ses apparitions, Athéna est saluée par une clameur populaire qui rompt le calme habituel du domaine sacré.
Du fait de la conspiration de Saga des Gémeaux, son visage était resté mystérieux, au point même que certains doutaient de son existence. Dorénavant, depuis son avènement, la déesse se montre à eux régulièrement dans toute sa splendeur et sa noblesse.
Les habitants du Sanctuaire ne perçoivent aucun point obscur dans le sourire plein de force qu'Athéna leur retourne. Ils se réjouissent de la victoire de la justice et prient pour que la paix dure pour toujours.

Néanmoins, Saori conserve une profonde réserve de sentiments.
Si une certaine amélioration est à noter dans le rétablissement de ses Saints de bronze, elle s’ennuie néanmoins d’eux.
De plus, les messages réguliers des Steel Saints, relayés par des messagers basés à Athènes, inquiètent l’héritière de la Fondation Graad.

Ce n’est pas l’arrivée de Tatsumi qui la rassure.
Le majordome, accompagné de plusieurs gardes dont son inséparable acolyte, le père de Kyoko et Shoko, qu’il a rebaptisé du même nom que le sien, se présente dans la salle d’audience du Grand Pope.
Comme dans la plupart des maisons du zodiaque en travaux, il peut sentir l’odeur du plâtre et du ciment frais. Il ne reste bientôt plus rien des champs de bataille où le sang de beaucoup d’amis a coulé.
_ « Ah ! C’est incroyable Mademoiselle Kido ! Tout est bientôt comme neuf, la félicite Tatsumi !
_ En effet, nos ouvriers et nos soldats ont travaillé sans relâche. »
L’homme au visage dur et au crâne dégarni peut remarquer la mélancolie qu’exprime la déité. Gêné, il approche jusqu’au siège où elle est positionnée et se penche en avant pour lui remettre en bonne et due forme un courrier : « Je suis désolé de vous ramener à vos obligations humaines. Toutefois, Sho m’a transmis une invitation qui vous a été envoyée par la famille Solo. En effet, le riche héritier de cette compagnie partenaire de notre Fondation Graad vous invite à son anniversaire dans sa résidence en Grèce. »
Avec délicatesse, elle s’approprie le document et l’examine quelques secondes : « Je vois… C’est à quelques kilomètres d’ici et… Ce banquet aura lieu dans deux mois et demi. En attendant, je devrai pouvoir m’occuper des affaires de la Fondation depuis ces lieux, souffle-t-elle pleine d’amertume. »
La voix fort avisée de son protecteur, Mû, retentit dans la salle : « Peut-être devriez-vous retourner au Japon le temps de régler certaines choses Majesté. Après tout, aucun danger ne nous guette pour le moment. »
La parfaite réincarnation aux cheveux lilas n’attendait que l’aval de ses plus proches conseillers.
Tout en regardant le Saint d’or du Bélier faire son entrée depuis les deux grandes portes de la salle qu’il a ouvert lui-même, elle lève les yeux vers le plafond et demande : « Il est en effet nécessaire que je retourne auprès des membres de ma société. Beaucoup de décisions doivent être prises pour favoriser des ½uvres humanitaires et des investissements dans les pays en voie de développement. Qu’en pensez-vous Dohko ? »
Par télépathie, l’intonation fatiguée du Saint de la Balance approuve la décision : « Comme le dit Mû, aucun danger ne vous guette. Vos messagers sont revenus avec des retours favorables des différentes prises de contact avec les autres dieux. Blue Graad vous a renouvelé sa fidélité. Asgard et Yíaros ont salué votre retour. Les représentants des dieux égyptiens et indiens ont été heureux d’apprendre votre décision de retirer les troupes de Saga de leurs territoires. De plus, il est difficile pour Athéna de faire oublier à Saori qui elle est, ainsi que ses obligations. Il est nécessaire pour votre propre bien être de retourner vous ressourcer au Japon. Mû et les autres veilleront sur Seiya et ses amis durant ce temps.
_ Dans ce cas, peut-être pourrais-je rentrer en compagnie de Jabu, Ichi, Nachi, Geki et Ban ? Ils assureront ma garde tout en étant heureux de rentrer chez eux.
_ Il serait préférable de laisser un Saint d’or vous accompagner, s’inquiète Mû, sans vouloir manquer de respect à vos amis…
_ Jabu et les autres sont très fiers des exploits de Seiya et de ses compagnons. Il leur tient à c½ur de prouver leur valeur à eux aussi. Je suis certaine d’être en sécurité avec eux. 
_ Qu’il en soit ainsi, valide Dohko d’un air amusé depuis les Cinq Pics.
_ Dans ce cas Majesté, j’insiste pour que Kiki vous accompagne. En étant au plus près de vous, il pourra m’informer du moindre danger.
_ J’accepte sa compagnie avec plaisir Mû, rassure Saori d’un élégant sourire. »


A l’autre bout du monde, le réveil du 3 janvier 1987 dans ce village perdu sud-américain est semblable à tous les autres pour les villageois.
Chacun s’affaire à ses tâches quotidiennes à Icnoyotl au Mexique.

Posté sur le toit de la taverne où il séjourne avec les siens, Mei cesse sa méditation pour observer de façon assidue les faits et gestes de chaque passant.
_ « Le retour d’Athéna en son Sanctuaire est une merveilleuse nouvelle pour le monde. Si nous parvenons à accomplir cette mission pour Marin, nous parviendrons à lui donner toutes les cartes nécessaires à son succès. Et ainsi je laverai l’affront de mon maître. »
Il cesse de se recueillir quand il remarque au détour d’une ruelle calme l’apparence de deux êtres qui lui sont bien connus.
En effet, esseulés, Nicol et Iuitl, la serveuse de la taverne, sont assis, adossés contre le mur d’une maisonnette.
Côte à côte, la jolie jeune femme blonde garde sa tête en appui sur l’épaule du Grec qui est tout aussi endormi qu’elle.
En se frottant le menton, le Japonais s’amuse : « Apparemment la soirée s’est bien déroulée pour lui. »
Puis, d’une mine plus perplexe, il s’inquiète du calme sous ses pieds.

Inévitablement, contrairement au reste du village, le réveil est plus compliqué dans l’auberge où la fête a battu son plein toute la nuit.
Étendues toutes les deux, seules, chacune dans leurs lits, Médée et Yulij n’arrivent pas à émerger, malgré le soleil resplendissant qui passe à travers les lucarnes des chambres.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice s’en navre : « Un soir de plus à avoir fait la fête. J’ai l’impression que certains oublient même le but de notre présence en ces lieux. »

Rapidement, l’attitude étrange d’un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, lui donne raison.
D’un pas saurien, l’insolite personnage interpelle le chevalier : « C’est Cuetzpalli, un serveur de l’auberge. Comme tous les autres, il a fini son service de nuit. Mais pourquoi guette-t-il si prudemment tout autour de lui ? »

De toit en toit, Mei suit furtivement la trace du maigre employé.
Celui-ci sort par plusieurs ruelles d’Icnoyotl et s’engage au sein même de la forêt.
_ « Ichtaca, le patron de l’auberge, nous a dit que hormis les voyageurs, personne ne quittait le village. Tous en sont originaires, se souvient Mei. »
Le chevalier de bronze s’enfonce dans la jungle en quête de réponse.

Le chant de la forêt, mêlant craquements de branches, pas et cris d’animaux, ambiancent rapidement sa filature.
Tel un lézard qui se faufile, Cuetzpalli emmène Mei au plus profond de la jungle, dans une direction où l’étranger n’a pas encore mis les pieds.
Laissant pendre sa très grande langue, le régional de l’étape avance sans plus se retourner.
_ « Il semble avoir baissé sa garde depuis qu’il est sorti d’Icnoyotl. Voudrait-il cacher ses ballades dans le coin ? »
D’arbre en arbre, l’asiatique ne prête attention qu’à sa proie.

Il ne se rend donc pas compte qu’il est devenu une proie à son tour.
Il l’est, pour un mammifère carnivore grand et massif qui l’a pris en chasse dans le sillage de Cuetzpalli.
Alors qu’il saute en direction d’une nouvelle branche à une demi-douzaine de mètres de haut, il est happé par la gueule d’un félin tacheté.
L’animal lui plante ses crocs en plein flanc et lui brise ainsi plusieurs côtes.
Il l’entraîne dans une lourde chute où il se réceptionne à merveille alors Mei, toujours dans sa gueule, s’échoue tête la première.

Secoué et blessé, le chevalier revient à lui tant la douleur de la morsure l’insupporte.
Il parvient à choper dans chaque main la mâchoire du prédateur et à l’écarter suffisamment pour s’en extraire.
Il espère la lui briser en l’écartant encore plus grand, mais les muscles extrêmement puissants de la bête l’en empêchent.
La pression que ses bras exercent sur ses côtes brisées ne l’aide pas à réaliser ce qu'il voulait faire.

L’homme et l’animal se mettent alors en position, ils tournent tous les deux l’un autour de l’autre en se fixant les yeux dans les yeux.
_ « Comment a-t-il pu sauter si haut ? Le jaguar est un félin trapu et plutôt court sur pattes, raisonne Mei. »
L’animal, lui, est plutôt alléché par l’odeur du sang qui s’écoule des plaies de sa victime et qui s’incruste dans son maillot jaunâtre.
Choisissant de mettre un terme à cette plaisanterie, Mei tend le bras en direction de l’animal pour invoquer son arcane.
Seulement, à peine ouvre-t-il la bouche pour en prononcer le nom, que deux autres animaux bondissent de derrière des fougères. Le premier chope le bras de Mei et le lui transperce tandis que le second lui mord directement le crâne, en espérant porter un coup fatal au cerveau.
Heureusement, avant même que les crocs n’atteignent son organe vital, il balance le lourd jaguar accroché à son bras en l’air, d’un mouvement spectaculaire, pour cogner celui qui arrive par-dessus lui.
En gémissant, les nouveaux arrivés sont repoussés en arrière.
Hélas, un tel mouvement a profondément lacéré l’avant-bras droit de Mei.
Il n’a pourtant pas le temps de s’en plaindre que son premier prédateur lui arrive contre la poitrine pattes en avant.
Le poids du félin renverse Mei qui n’a pas d’autre choix que de coller sa main gauche contre une de ses oreilles, rondes et noires au revers avec une tache blanche au milieu, et murmure : « Lost Children. »
Des filaments s’échappent aussitôt de ses mains et percent le cerveau de l’animal en passant par son conduit auditif.
La carcasse lourde de plus de quatre-vingt-dix kilos s’affaisse sur l’homme écorché vif.
Il parvient à bousculer son adversaire et cherche en vain les deux autres.
Il tourne sur lui-même, regardant de bas en haut : « Rien ! Cuetzpalli aussi a disparu ! »
Il détaille son bras droit et ses côtes gauches meurtris pour mieux décider : « Dans cet état il est plus prudent que je rentre. »

Avant même qu’il ne s’engage dans la direction d’où il vient, son attention est prise par le bruit de plusieurs pas, lourds et fugaces.
Le chemin du retour est bloqué par une dizaine de jaguars gueules grandes ouvertes.
Cynique, Mei se permet de ronchonner : « Je croyais que les jaguars étaient des chasseurs solitaires. Faîtes-moi penser à engueuler Nicol pour ses leçons intuitives en rentrant. »
Puis, aussitôt, à vive allure, il fait demi-tour et court.
Il fuit les animaux enragés sans user de trop de cosmos : « Je pourrai aller plus vite, mais j’ai peur de ne plus avoir suffisamment de cosmos pour contenir la douleur de mes blessures. »

Après plusieurs kilomètres de courses, la forêt s’achève brutalement au bord d’un précipice où s’écoule plus bas une rivière.
Derrière lui, Mei entend l’approche de ses chasseurs : « La vache, là-dessus par contre Nicol avait raison. Ils ont une très grande endurance. »
Soudain, la voix aiguë de Cuetzpalli complète : « Ils sont d’excellents nageurs aussi. »
Le chevalier remarque le Mexicain en appui contre un rocher, patientant tranquillement depuis qu’il a quitté la vue de Mei.
Le Saint espère l’attraper mais les ronronnements furieux sont tout près : « Alors ? Que vas-tu faire ? Te laisser dévorer en voulant m’avoir ou bien plonger pour sauver ta vie ? »
N’ayant guère le choix, voyant les plus véloces jaguars pointer le bout de leurs museaux, il se résigne et se jette dans le vide.
Sans même hésiter, les animaux l’accompagnent.
La chute est vertigineuse et le niveau d’eau pas suffisamment élevé pour amortir l’arrivée de Mei. Celui-ci touche le fond et se déchire le corps contre les rochers…


Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, le temple d’Apollon, agrémenté à l’entrée d’un soleil gravé dans la roche et surélevé par des colonnes doriques, vit des heures calmes, silencieuses.
Debout, dans l’arrière-cour, fixant solennellement le sommet de la montagne où demeure Zeus, le Dieu du Soleil se tient noblement. Ses petits yeux plissés et ses traits fins lui donnent cette allure hautaine qui le caractérise.
Dans son dos, portant quelques corbeilles d’ambroisie et des jarres de nectar, des servantes dressent de nouvelles offrandes qu’elles ont ramassées dans les prieurés où se regroupe le peuple. Observant une parfaite discrétion afin de ne pas troubler la quiétude des lieux, l’une d’elle laisse échapper une vive exclamation lorsqu’elle sent la main mal attentionnée d’un vieil homme lui caresser le postérieur.
Les doigts ridés du petit bonhomme s’aventurent contre la toge fine et immaculée de la fidèle d’Apollon. Le plaisir qu’il en tire se lit dans ses petits yeux ronds inondés de bêtise.
Aussitôt, le propriétaire des lieux cesse sa méditation et affiche un regard encore plus cruel à l’attention de celles qu’il considère comme des esclaves.
Les innocentes prêtresses pressent le pas et abandonnent le vieillard harcelant qui tire sur ses fines moustaches comme pour dissimuler ses âneries.
Le bougre, au sommet du crâne dégarni, ne garde autour de la tête qu’une épaisse touffe de cheveux blancs coton. D’un certain âge, il avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre.
Sa fausse bonne conduite devant son maître ne convainc pas ce dernier pour autant : « Faut-il toujours que tu te fasses remarquer négativement Roloi ? »
Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds commencent à afficher une certaine perfidie lorsqu’il toise la divinité : « Vous m’excuserez pour cet écart Dieu du Soleil, mais il me semble que le résultat de ma mission mérite un peu de divertissement. »
De sous sa robe blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or, le bougre sort une boule faite de cercles métalliques qui tournent les uns sur les autres. Au centre de cette petite sphère une bille représente la galaxie.
Le conspirateur cueille l’objet dans ses mains et félicite son sujet : « Ainsi tu l’as obtenu. Tu as bravé les monts interdits, à l’opposé de l’Olympe. Là où toute vie olympienne cesse. Tu as suivi le chemin étroit, en serpentin, tout autour de ces pics rocheux qui regorgent de ruines de temples et de statues. Là où personne ne s’est aventuré depuis la nuit des temps. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des Olympiens. Mais toi, tu es parvenu à son sommet où un étrange lac rayonne de mille couleurs pour revenir avec l’Armillaire de Chronos.
_ Comme vous l’aviez vous-même pensé Seigneur Apollon, le lac est toujours endormi et l’artefact secret était libre d’accès. »
Piétinant sans gêne quelques fleurs que les prêtres de son temple entretiennent sans cesse, Apollon arbore l’objet mystérieux en direction du ciel et affiche une expression sournoise : « Désormais, plus rien ne pourra se mettre en travers de ma route. L’astrolabe sphérique que Chronos gardait à portée de main, pour le jour où il affronterait Zeus, est entre mes mains. Si mon plan échoue et que Zeus ne parvient pas à se défaire de l’affection qu’il a pour Athéna et les hommes, alors l’Armillaire le retiendra prisonnier et lui dévorera la vie. »


Ramené sur la rive de la forêt mexicaine par le courant, Mei revient peu à peu à lui.
Sa vision est floutée par un voile rouge, issu du sang qui s’échappe avec abondance d’une plaie frontale résultant de sa chute.
Il distingue à côté de lui deux animaux morts, certainement pour les mêmes raisons que lui est mal en point.
Cela n’empêche pas le ronron d’un autre jaguar qui s’approche de lui depuis la terre ferme. L’animal au pelage humide grogne si fort qu’il couvre le bruit de l’écoulement de l’eau.
Derrière Mei, trois autres animaux nagent en approche.
Sur le sol marécageux, l’approche saugrenue de Cuetzpalli confirme les doutes que Mei avait à son propos : « Alors tu es un Jaguar ? »
En guise de réponse, il se raidit et libère de longues canines qui remplacent ses dents. Des poils jaillissent sur toute la surface de son corps pour lui attribuer un pelage tacheté. Sa masse corporelle se développe légèrement mais arrache malgré tout le pagne qui fait le tour de sa taille. Ses ongles deviennent griffus et seule sa crête subsiste au sommet du crâne de ce personnage atypique.
_ « Je vois, vous pouvez vous transformer à tout moment.
_ Pour les Jaguars les plus assidus dans la maîtrise du cosmos, il est facile d’enclencher le processus dans les deux sens et ainsi n’être revêtu de son Nahual qu’en cas de nécessité. »
Malgré sa mauvaise posture, Mei garde le sourire : « Dans ce cas, je ne me sentirais pas coupable en appelant à moi ma Cloth. »


Plus loin, à Icnoyotl, toujours endormis sous la chaleur du soleil désormais bien haut dans le ciel, Nicol et Iuitl profitent de ces instants câlins.
Lorsque soudain, depuis la taverne, une étoile jaillit par la fenêtre de la chambre de Mei.
Le Grec revient aussitôt à lui et réveille Iuitl dans son sursaut : « Mei ! Son armure ! Elle est partie en direction de la forêt ! »
Alors que ses yeux s’habituent difficilement à la lumière du jour, Iuitl bougonne : « De quoi parles-tu ?! »
Le Saint d’argent pointe du doigt le chemin emprunté par la Cloth de son compagnon : « Dans cette direction ! La forêt ! Sais-tu où elle mène ? »
L’autochtone se mordille d’inquiétude ses lèvres charnues : « Je suis née dans ce village et n’en suis jamais sortie en raison du danger. Encore plus ces derniers temps. »
Malgré tout, la décision du chevalier d’argent est prise : « Tant pis, j’y vais ! »
La jeune femme blonde coiffée de plumes noires le retient par le bras : « Je t’en prie, laisse-moi venir avec toi ! »
N’ayant pas de temps à perdre, Nicol se résigne et la prend à bras avant de s’engouffrer par de grandes enjambées dans la jungle…


Là-bas, encerclé, Mei s’élance dans les airs pour recevoir la protection de sa Cloth.
Celle-ci, d’un gris oscillant entre teintes claires et plus profondes, habille parfaitement ses frusques usagées. Son diadème couvre sa plaie, tandis que le cosmos libéré par l’armure revigore le chevalier de la Chevelure de Bérénice.
Devant la beauté du spectacle, Cuetzpalli n’en reste pas moins confiant. Il passe sa longue langue pendue tout autour de ses babines et ordonne à ses compagnons : « Allez-y mes fidèles protecteurs ! Faîtes-lui rendre gorge ! »
Cette fois-ci, Mei ne se laisse plus surprendre.
Malgré ses côtes gauches brisées et son bras droit lacéré, le Saint de bronze esquive un à un les quatre derniers animaux : « Ça suffit Cuetzpalli ! Je ne souhaite pas faire du mal à tes bêtes domestiques. Affronte-moi d’homme à homme… Si je puis dire… »
L’ironie de son ennemi agace davantage l’autochtone.
Il écarte ses bras pour appeler en lui toutes ses forces : « Je vais te faire ravaler tes sarcasmes : Thunderbolt Fang ! »
A peine le Mexicain achève sa phrase que le tonnerre gronde, couvrant le cri de détresse de Mei projeté dans l’eau d’où il est sorti.

Couché au fond du fleuve, le Japonais sent une profonde douleur sous sa poitrine dont l’armure est ébréchée : « Incroyable. Comme si ses crocs avaient invoqué le tonnerre, j’ai été frappé par la foudre. »
Brusquement, il sent sa jambe être happée vers la rive.
Les crocs plantés dans l’armure, un des jaguars ramène sa proie à son maître.

Sur la rive, Cuetzpalli caresse l’animal docile : « Merci à toi. Je l’ai volontairement laissé en vie pour que vous puissiez avoir le plaisir de le dépecer vivant. Allez-y, régalez-vous de sa chair ! »
Les quatre félins obéissent sans hésiter et se précipitent sur le garçon aux cheveux argentés.

Convaincu de sa victoire, le serveur, l’un des deux espions envoyés par le prête Icnoyotl, tourne le dos à son adversaire.
Pourtant, quelques couinements lui font réviser son jugement.

Derrière lui, les animaux sont soulevés par de fins filaments.
Ceux-ci sortent des mains de Mei qui reprend position, tout en gardant prisonniers autour de lui les bêtes enragées : « Je t’avais dit de laisser tes matous hors de ça. »
Il les balance un à un contre Cuetzpalli qui les évite sans chercher à leur épargner une chute brutale.
Agacé, le Jaguar prend les devants, suivi de sa troupe : « Je vais te faire fermer ton clapet : Thunderbolt Fang ! »
Mei passe ses mains devant lui comme pour faire écran.
Il libère des cheveux qui forment un bouclier dont les filaments se plantent dans le sol : « Lost Children ! »
Les Crocs du Tonnerre échouent contre la barrière de Mei qui sert de paratonnerre.
Mei libère après coup une vrille de fils qui menace Cuetzpalli.
Le Jaguar, d’un habile déhanché, empêche son c½ur d’être transpercé.
Cependant, c’est son épaule qui est traversée.
Après avoir percée l’épaule du guerrier de Tezcatlipoca, la vrille libère ses milliers de cheveux pour transpercer de part en part les animaux acharnés.
A une vitesse incroyable, Mei est parvenu à contrer l’attaque de son adversaire, à riposter et à tuer dans d’atroces souffrances les quatre jaguars.
_ « Sans mon entraînement à Jamir, je n’aurai jamais réussi un tel exploit. Et encore, je n’ai pas réagi à la vitesse de la lumière, affirme au fond de lui le chevalier. »
Essayant de contenir l’hémorragie de son épaule gauche, Cuetzpalli garde la main droite contre.
Ses babines remontent pour arborer ses crocs menaçants : « Tu vas payer pour avoir tué mes jaguars.
_ Tu ne peux en vouloir qu’à toi-même. Je t’avais demandé de faire partir tes gros minets. De plus, trop confiant, tu m’as dévoilé ton arcane sans la déployer au maximum de son potentiel. Hélas, une attaque ne marche jamais deux fois contre un chevalier averti. Mes fils plantés au sol me servent de paratonnerre. Ils absorbent le choc de ta technique. »

Refusant d’abdiquer malgré tout, Cuetzpalli fonce sur Mei. Celui-ci pare la droite du thérianthrope et tire, grâce à sa main libre, sur sa langue pendue pour amener son visage contre le sien et le frapper d’un coup de tête en plein museau.
La truffe en sang, la langue arrachée, Cuetzpalli réussit malgré tout à rappeler à Mei que c’est proche de la mort qu’un animal s’avère être le plus dangereux.
Grâce à une charge violente, il repousse le Japonais à l’eau.
Baignant jusqu’aux genoux, il réalise trop tard le stratagème de Cuetzpalli, qui déclare avec difficulté : « Un paratonnerre ne te servira à rien dans l’eau. Je vais mettre toute ma vie dans cette ultime tentative : Thunderbolt Fang ! »
Mei se contente de tisser un seul lien entre lui et Cuetzpalli : « En effet. Mais je suis persuadé que je résisterai mieux que toi, quoi qu’il arrive : Lost Children. »

Un simple fil permet de conduire la foudre invoquée par les Crocs du Tonnerre de Cuetzpalli.
Les dents serrées, les yeux plissés, Mei encaisse et garde en ligne de mire Cuetzpalli.
Plus le Jaguar libère d’énergie, plus celui-ci en ressent les effets.

Comme prévu, Cuetzpalli s’écroule en premier, mettant fin au calvaire du chevalier.
Le corps anthropomorphe, lourdement encastré dans le sol boueux, libère encore la fumée indiquant le triste état de ses organes carbonisés.

Malgré l’eau et ses blessures antérieures, Mei, lui, s’extirpe de l’onde, la tête baissée et le pas lent.
Sur la rive, il se laisse tomber à genoux.
_ « Ce combat aura été un bon test. En plus de la puissance et de la maniabilité de ma technique, j’arrive à adopter différents stratagèmes instinctivement en plein combat. Et ma résistance, même mise à rude épreuve, est bien plus grande elle aussi, se félicite-t-il. »

Inopinément, le sol tremble progressivement tandis qu’un grognement approche.
De derrière les fougères, arrachées d’un simple mouvement de bras, surgit le premier Jaguar auquel ont été confrontés Mei et ses amis à leur arrivée au Mexique.
Les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, Titlacauan, le lieutenant de Tezcatlipoca, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Comme on se retrouve étranger ! »
Mal en point, Mei grimace à l’idée de combattre un lieutenant du dieu ennemi dans son état.
Malgré tout, il ne perd pas son ton provocateur : « Tu m’étonnes, grosse peluche. On peut dire que tu tombes à pic. »
La voix grave et ronronnante de Titlacauan n’apprécie guère les railleries de Mei.
Tout en retournant sur le dos Cuetzpalli, il le provoque : « Même s’il avait la langue bien pendue, Cuetzpalli n’avait pas une aussi grande gueule que toi. Je suis surpris de voir qu’un simple guerrier Jaguar ait pu te mettre dans cet état.
_ Te fous pas de moi. On sait très bien tous les deux qu’il existe différents niveaux de puissance parmi vos guerriers Jaguars. Cuetzpalli n’était pas le plus mauvais. »
Tout en fixant avec colère le regard d’un Cuetzpalli agonisant, il maugrée : « Apparemment Cuetzpalli n’a pas su se taire. Comme à son habitude il a fallu qu’il t’en dise trop sur nous.
_ Il faut dire qu’il croyait pouvoir me vaincre facilement, flâne d’un air irrévérencieux Mei. Mais ce n’est pas avec une armée de chatons que vous viendrez à bout de moi. »
Face aux dépouilles des jaguars qui jonchent le sol, Titlacauan n’arrive plus à tolérer davantage de propos outrageants.
Sa force brute provoquant par le simple mouvement de son bras un puissant appel d’air, Titlacauan choisit d’envoyer un lourd coup de poing à un Mei abattu.

Miraculeusement, le coup est stoppé en pleine course par l’arrivée fortuite de Nicol.
Celui-ci reçoit dans la paume de sa main, la pénible pression exercée par le lieutenant.
Si puissamment que le sol s’affaisse et qu’il se retrouve comme Mei avec de l’eau jusqu’aux chevilles.

Abandonnée derrière un arbre, Iuitl se montre à son tour et passe ses mains avec émotions devant Cuetzpalli qui convulse. Elle reconnaît l’homme au pelage tacheté : « Oh mon dieu. Cuetzpalli… Que t’est-il… »

Au bord de l’eau, Nicol et Titlacauan ne bougent pas d’un pouce.
Toujours aux prises l’un contre l’autre, Nicol, d’une voix claire et posée, propose : « Sans remettre en question tes aptitudes au combat. Je doute que tu puisses faire le poids contre deux Saints. Même si l’un des deux est meurtri. Je te propose donc de rebrousser chemin. »

Soudain, une nouvelle voix, aiguë et perfide, libérée par une très large et très fine bouche aux dents longues et pointues, rejoint le groupe : « Ta clarté d’esprit et ton comportement me plaisent de plus en plus étranger. »

Depuis l’obscurité de la forêt, apparaît seul un homme mince, les épaules tombantes, le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
Titlacauan abandonne aussitôt son opposition et incline légèrement sa tête : « Necocyaotl, Prêtre de Tezcatlipoca. »

Nicol profite du recul du Jaguar pour relever sous son bras Mei.

L’ecclésiaste continue : « Je vois que vous êtes de mieux en mieux renseignés sur nous. Je me demande jusqu’où cela nous conduira. »

Titlacauan retourne auprès de son supérieur qui utilise son écharpe rouge pour les enrouler tous les deux dans le but de les faire disparaître comme lors de leur première rencontre avec les Saints.
_ « Attendez, s’empresse Nicol !
_ Tut tut tut, souffle Necocyaotl… Ne sois pas pressé. Peut-être seras-tu l’ultime sacrifice fait au soleil avant que celui-ci ne nous offre un nouveau monde ? »
Les deux sujets de Tezcatlipoca disparaissent aussitôt.
Ils laissent à Nicol le loisir de repartir comme il est venu, en compagnie d’Iuitl.
Celle-ci totalement dépassé par les événements, est désemparée par la mort de Cuetzpalli.


Sur l’île où régnait il y a encore deux mois Hébé, la placidité règne.
A Yíaros, le peuple surmonte l’après-guerre avec le sourire, malgré la perte de leur déesse et de la quasi-totalité de ses chevaliers.
Malgré la tristesse, une étrange aura bienfaitrice domine toujours ce domaine, comme si la Déesse de la Jeunesse veillait toujours sur les siens.
A l’intérieur de son temple, le Parthénos, le vent de l’hiver s’engouffre dans les couloirs vides.
Les grandes portes sont ouvertes.
Il n’y a désormais presque plus âme qui vive.
Quelques soldats, de nouveaux et très jeunes gardes prenant la relève de leurs aînés décimés, nagent dans les tuniques marines et azures qu’ils ont récupéré.
Ils se réunissent dans l’immense palais pour déterminer les rondes et les actions à mener auprès du peuple.
_ « L’armée se reconstruit, fait résonner par la pensée d’¼dipe. »
L’Alcide aux multiples handicaps traîne ses immondes jambes aux côtés de Juventas, promue responsable de Yíaros après la tragédie qui a frappé les Hébéïens.
La jeune femme, fixant à travers son masque de femme chevalier les Joncs d’Athéna que Marin lui a confiée, répond avec amertume : « Crois-tu que cela sera suffisant pour contrer nos futurs ennemis ?
_ Athéna est revenue. C’est elle qui attirera les futures menaces, pas nous.
_ Contre des menaces comme Poséidon ou Hadès, elle saura faire face, seule. Mais contre l’Olympe, il faudra que tous ses alliés sur Terre s’unissent. Voilà pourquoi j’ai préféré dire au messager du Sanctuaire que nous reconnaissions Athéna comme l’une des notre, mais que nous préférions rester en retrait pour le moment. Je veux mêler le moins possible notre peuple à une nouvelle Guerre Sainte. Cependant, lorsque l’Olympe attaquera, ça ne sera pas Athéna qui sera visée mais l’humanité toute entière, Yíaros compris.
_ Du coup, crois-tu que garder les Joncs ici est une bonne idée ? »
Des cliquetis de chaussures sur le sol marbré du temple suspendent la discussion.

En toute liberté, reconnue ici comme une alliée, le Saint d’argent de l’Aigle rejoint les deux Alcides.
_ « Marin. Viens-tu chercher les Joncs d’Athéna ? Se pourrait-il que tu ais retrouvé la Chouette, espère Juventas ? »
_ Hélas non, déplore la Japonaise d’origine olympienne. Cependant, Pégase a été privé suffisamment longtemps de son Jonc. Je compte le lui remettre à son poignet. S’il parvient un jour à atteindre l’Illumination, Pégase pourra ainsi pleinement bénéficier de ses pouvoirs.
_ De quoi s’agit-il réellement ?
_ Je passe du temps depuis bientôt quinze jours au temple des prêtresses d’Athéna. Ce lieu regorge de lectures passionnantes. Il semblerait que le Jonc permet à Pégase d’appeler à lui sa véritable Cloth, sa Cloth originelle.
_ L’Illumination est un stade avancé qui est lié à l’Eveil, affirme le cultivé ¼dipe. L’Eveil est la fusion du cosmos avec l’univers. L’Illumination est la transformation de l’âme en un esprit combatif indéfectible. Ces phases caractérisent les dieux. Un humain ne peut espérer l’entrevoir s’il ne maîtrise pas totalement les septième et huitième sens.
_ Autrement dit, vu le niveau affiché lors de la bataille qu’il a mené, et l’état actuel dans lequel il est, Pégase est loin de pouvoir franchir ce niveau, en déduit Juventas.
_ La route qui l’attend est semé d’épreuves qui l’aideront peut-être à pousser sa détermination jusque-là, corrige Marin. »

Dehors, après quelques minutes de marche, les trois chevaliers regagnent le centre de l’île.
Là, une petite fille sort d’une maisonnette.
L’enfant, accompagnée de sa nourrice, trotte jusqu’à sa mère qui la prend fort dans ses bras.
Marin observe Juventas qui enlace sa progéniture : « Depuis la disparition d’Apodis, elle me réclame sans cesse des câlins. Elle se sent seule et manque sûrement de repères. J’ai du mal à concevoir qu’au terme de cette bataille, elle sera sûrement orpheline.
_ Beaucoup d’entre nous mourrons, c’est indéniable, reconnaît Marin. Mais ta fille, Agape, représente l’espoir des générations futures, qui conforteront la paix pour laquelle nous nous serons battus.
_ J’aurai tellement voulu qu’Apodis soit là. Il aurait eu les mots pour me réconforter. Il me manque tellement. Après la perte d’Iphiclès, je croyais que plus jamais je ne pourrai aimer un homme comme lui je l’aimais. »


Au Mexique, dans la cité de Citlali, Necocyaotl et Titlacauan débarquent devant la pyramide de Tezcatlipoca.
Ils approchent des tipis dans lesquels vivent les fidèles.
Le lieutenant marche en fixant d’un air suspect le prêtre.
_ « Tu aimerais t’entretenir avec moi Titlacauan, ressent Necocyaotl sans le dévisager ?
_ À vrai dire, votre attitude me perturbe. Avec notre Grand Tezcatlipoca, vous préférez ignorer la présence de ces Saints. Pourquoi donc ?
_ Ils sont très loin de localiser notre position et très loin de se douter de ce que nous tramons réellement. Aller les provoquer pourrait faire pencher la balance en notre défaveur.
_ Mais tout de même, il va falloir s’en méfier. Tout à l’heure, ce Nicol, lorsqu’il s’est interposé, j’ai senti un puissant cosmos en lui. De même que Mei, qui a parfaitement neutralisé Cuetzpalli. Ce Jaguar était un très bon élément et je crois ce chevalier lorsqu’il dit que ce combat était un test pour lui et qu’il n’avait pas donné tout ce qu’il a. Les éliminer au moment où ils ne s’y attendent pas seraient plus ingénieux.
_ Tu oublies que nous avons encore un espion à Icnoyotl. Lorsque nous frapperons contre eux, ne t’en fais pas, ils ne s’y attendront vraiment pas. »


Dans son temple, Apollon réajuste sa longue cape au-dessus de lui après s’être étendue dans un de ses nombreux sofas.
Assis au sol, à côté de lui, Roloi lui tend une coupe de nectar avec délicatesse.
Ses yeux d’un bleu aussi clair que celui du ciel de l’Olympe, suivent l’avancée d’une de ses semblables.
Grande, la poitrine généreuse libérée par une longue robe pourpre, qui lui serre sa fine taille et qui moule parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses, la Déesse du Mariage affiche du coin des lèvres un rictus de satisfaction. Le visage fin, les yeux larges, elle exprime à chacun de ses mouvements la supériorité divine dont elle se glorifie.
Sans un mot, en se positionnant dans les oreillers et les étoffes qui couvrent un banc de pierre, elle tend une main aux ongles vernis à la couleur de sa robe.
Aussitôt, d’autres serviteurs que Roloi se pressent de lui servir la même boisson qu’à leur maître dans une coupe en cristal.
_ « Quelle hospitalité, flatte Héra après avoir retirée ses lèvres pulpeuses du récipient ! Nous pouvons dire que nous sommes bien reçus dans la demeure du Soleil.
_ Que puis-je pour toi, se contente d’articuler le frère d’Artémis peu enjoué à la conversation ?
_ Me rassurer. Hestia, Héphaïstos et moi-même avons suivi ta machination, qui pour le moment s’est avérée être un succès. Pourtant, quelques événements inattendus auraient pu nous mettre en échec. Je pense au Jonc d’Athéna que tu avais confié à Hestia et qui a été récupéré par les Saints d’Athéna. Je ne sais pas si tu continues de suivre cela de près, mais il me semble également que le Pendentif de Zeus que nous avons subtilisé à l’Aigle il y a plusieurs années est convoité lui aussi par les Saints. Autrement dit…
 _ Autrement dit tu m’importunes pour rien, la coupe-t-il d'un ton impérieux. Depuis qu’il est notre le Pendentif de Zeus a été confié à un dieu mineur. Tezcatlipoca. Ce dieu m’a toujours glorifié. Le soleil est nécessaire à sa toute-puissance. Je confère au sceau qui retient prisonnière cette clochette une partie de mes pouvoirs. Cela permet d’accroître le cosmos de ce dieu mais surtout de renforcer sa fidélité. Ainsi, il défend ce sceau et, inconsciemment, ce qu’il renferme comme son culte le plus précieux. Lorsque je lui en donnerai l’ordre, il participera à pousser Athéna à la faute. Et même s’il échoue, il sera trop tard pour ma chère petite s½ur. Le sort de la Terre est scellé.
_ Pour cela, faut-il encore qu’il garde le sceau suffisamment loin des Saints avant que tu ne lui donnes l’ordre de tout détruire.
_ Que veux-tu dire ? »
La plantureuse entité aux cheveux noirs tirés pour former un magnifique chignon, coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate, balance son verre au sol en méprisant du regard les serviteurs qui se précipitent pour nettoyer. Elle quitte le temple en déclarant : « Inquiète-toi un peu plus de ce qui se passe sur Terre ! Les Saints approchent chaque jour un peu plus de Tezcatlipoca. Et ils pourraient réussir à l’atteindre plus vite que tu ne l’as prévu. Nous t’avons suivi corps et âmes dans cette conspiration, ne nous fait pas tomber. »
Pendant qu’elle s’engage en dehors du palais, l’une des plus puissantes déesses de l’Olympe est soudain immobilisée.
Tétanisé, l’angoisse rend son visage plus vulnérable. Plus humain.
L’incompréhension qui la gagne trouve très vite une réponse. 
Alors qu’elle lui tournait le dos, Apollon apparaît devant elle depuis les airs, comme s’il s’était téléporté.
Pendant que sa longue cape retombe sur le sol, il attrape entre ses mains la gorge de la mère d’Héphaïstos et la presse légèrement en exprimant un certain sadisme : « Héra. Je n’ai pas eu besoin de te pousser dans mon complot. Ta haine envers les hommes et ta jalousie pour Athéna ont été suffisantes. Dorénavant je m’appliquerai à mieux suivre les actes de Tezcatlipoca. Mais avant ça, je tiens à veiller que tu n’oublies jamais que je te suis supérieur. Et que tu me dois le respect. »
Habituellement si orgueilleux, les yeux d’Héra expriment une profonde frayeur et une sincère docilité.
Du mieux qu’elle peut, elle remue la tête pour affirmer son allégeance.
Enfin, elle reprend instinctivement son souffle, lorsque le fils de Zeus la relâche.
Accroupie, affaiblie, elle se sent craintivement soumise devant ce géant qui la domine par son imposante carrure et son regard impassible.
_ « Tu peux partir à présent. La prochaine fois que tu viendras trouver ma demeure tu y seras invitée. Tu ne fouleras plus ce sol autrement. »


De retour à Icnoyotl, dans l’auberge, à l’intérieur de la chambre de Nicol, Mei est assis sur le coin du lit.
Il garde son franc parlé malgré les blessures : « Ils s’amusent avec nous. Nous sommes un passe-temps, lorsqu’ils ne butent pas des gens pour calmer leur histoire de soleil. »
Circonspecte, Yulij déplore les blessures de son amant.
Alors qu’elle rentre dans la pièce avec des linges, du coton et de l’alcool pour désinfecter et soigner les plaies de son camarade, Médée surenchérit : « Mei n’a pas tort. Sans quoi ils auraient très bien pu nous attaquer depuis longtemps.
_ Oui Médée. Ils doivent certainement vouloir poursuivre leur activité sans qu’on y nuise, suspecte Yulij.
_ Et cela doit fonctionner sans quoi nous serions déjà morts, grimace Mei à mesure que la Muvienne panse ses plaies.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça, réagit d’une voix douteuse Nicol ?
_ Enfin, c’est évident. Cuetzpalli qui était tout proche de nous depuis notre arrivée était un espion. Pourtant, il n’a cherché à me tuer que lorsque je l’ai découvert. Tant qu’ils ne nous attaquent pas, c’est que nous sommes sur une fausse piste ou que nous sommes loin d’eux, explique Mei d’un ton amer.
_ Tu suggères qu’il y a d’autres espions, suppose Yulij ?
_ J’en suis persuadé. Il n’y a qu’à voir la copine de Nicol !
_ Pardon, réagit malaisément Nicol ?!
_ Cela ne te semble pas bizarre que malgré sa transformation, elle a réussi à reconnaître Cuetzpalli. Surtout qu’il était dans un sale état.
_ Avec la crête qu’il portait sur la tête, quoi de plus normal que de le reconnaître ?
_ Ne te fous pas de moi ! Elle était complètement bouleversée par sa mort !
_ C’était son collègue, son ami ! Ils sont tous les deux originaires de ce village ! Normal qu’elle soit affectée !
_ Elle t’a surtout tapé dans l’½il oui !
_ On va se calmer, dit Médée pendant qu'elle serre les bandages de Mei pour le faire baisser d’un ton ! Cela ne sert à rien de monter sur nos grands chevaux. Vu le stade où nous en sommes, toutes les pistes, même les plus improbables, sont possibles. »
Acerbe, l’élève de Deathmask préfère quitter la chambre.
Comme à son habitude, il ne manque pas de défier le Saint d’argent : « Ça fait combien de temps que nous sommes ici ? Deux semaines ? Si ce n’est pas encore fait et que tu ne comptes pas te servir d’elle pour notre mission, alors tape-la toi et cesse de perdre ton temps avec cette serveuse ! Elle pourrait nous attirer des emmerdes ! »
Les propos de Mei soulèvent la face cachée de l’homme raffiné qu’est Nicol.
Le Grec sort de ses gonds.
Il se jette sur Mei qui peut compter sur les réflexes conjugués de Médée et Yulij.
Après quelques tentatives d’intimidations avortées par les femmes, les bousculades cessent lorsque Mei claque la porte.

Dans le couloir, sur la mezzanine qui surplombe le rez-de-chaussée de la taverne, Mei reconnaît à sa robe rouge foncé dédoublée avec audace haut sur la cuisse la jeune femme à l’origine de sa querelle avec Nicol.
Assise sur le plancher vétuste, Iuitl qui a tout entendu de leur conversation recroqueville ses jambes jusqu’à son visage pour camoufler son chagrin.
Impitoyable, le Japonais n’en démord pas : « Es-tu satisfaite ? Ton plan marche à merveille, tu sèmes la zizanie dans notre groupe. Mais dis bien à tes Jaguars qu’il en faudra plus pour vaincre les Saints d’Athéna. »
Malgré son affliction, Iuitl garde son caractère bien trempé : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes, espèce de cinglé ! »
Aussitôt, sortant d’une chambre voisine, du linge sale sous les bras, Ichtaca, le tenancier au visage marqué par une griffe sur l’½il gauche, s’indigne : « Est-ce une façon de s’adresser à une dame ?! Si je tolère votre présence ici, étrangers, c’est parce que vous payez. Et si tu es encore dans ce lieu aujourd’hui, tu le dois à la sympathie de tes amis. Ne l’oublie jamais. »
En regagnant sa chambre, Mei tourne le dos à Ichtaca pour lui signifier tout son mépris : « Je ne l’oublie pas. Comme je n’oublie pas que tu as été à une certaine époque un Jaguar. »

A l’intérieur de la chambre de Nicol, la colère de ce dernier s’amenuise.
Tous ont observé le silence pour suivre les propos échangés entre Mei et les Mexicains dans le couloir.
Comme il la considère comme sa s½ur, Yulij en profite pour préciser à Nicol : « Il n’a pas tort tu sais. Aussi bien toi que nous, nous nous sommes alertés tardivement du danger qui guettait Mei aujourd’hui. Nous nous laissons entraîner par les fêtes ou par nos sentiments au détriment de notre mission. Si tu ne t’étais pas réveillé brusquement tout à l’heure, qui sait ce qui serait arrivé à Mei ?
_ Yulij a raison, déplore Médée. Que nous profitions du cadre et de la gentillesse de nos hôtes, c’est une chose, mais il va falloir nous recentrer sur notre devoir. »
Les deux femmes quittent la pièce en laissant la porte grande ouverte.
En sortant, elles préfèrent ignorer la présence d’Iuitl, tandis que Médée se contente de passer affectueusement sa main sur l’épaule d’Ichtaca, pour lui rappeler sa toute confiance en lui.

Seul, Nicol se positionne sur son lit.
Il saisit son visage entre ses mains. Torturé par ses sentiments et par le constat d’échec qui lui fait face.
Devant lui, accablée devant l’encadrement de la porte, Iuitl implore sa confiance en le regardant tristement…


En Grèce, le jet qui a permis à Seiya et ses camarades de se rendre au Sanctuaire vole au-dessus de la mer Egée.
Installés à l'intérieur, Saori et les Saints de bronze profitent d’un voyage calme.
Contrairement à son c½ur agité, la mer Egée, que Saori contemple, brille doucement dans des tons vert émeraude.
Assis à la place de ses protecteurs qui ont fait le chemin aller avec elle, Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki semblent aux yeux de la jeune fille de bien maigres lots de consolation.
Son âme de déesse se refuse pourtant à de tels discernements.
Malgré tout, son caractère de jeune femme ne peut s’empêcher de confronter les deux groupes de Saints de bronze.

Plus loin, devant, Tatsumi se chamaille avec Kiki qui refuse de reposer la télécommande de la télévision installée dans l’avion. Leur querelle oblige malgré lui Kiki à presser une touche.
Aussitôt, la diffusion des vidéos prises pour la Fondation Graad des Galaxian Wars focalise l’attention de tous les voyageurs.
Bien vite, Ban, Geki, Ichi puis Nachi, baissent honteusement la tête en revoyant leurs défaites.
Cependant, la Licorne reste fière.
Avec détermination, il brise le silence que ses camarades et lui-même se sont imposés depuis le début du voyage par respect envers l’affliction de Saori : « Athéna, il est vrai que notre parcours dans ce tournoi a été pitoyable. Toutefois, nous n’avons pas à rougir de nos défaites. Elles nous ont permis de nous rappeler que notre rôle est de chaque jour perfectionner nos techniques pour mieux vous servir. Grâce à cela, nous avons pu nous entraîner de nouveau et revenir plus fort auprès de vous. Et même si nous sommes loin du niveau de nos camarades, sachez que nous tous ici sommes prêts à mettre nos vies en jeu pour vous honorer. C’est pourquoi nous avons profité de ces quinze derniers jours au Sanctuaire pour demander à Aldebaran du Taureau de nous entraîner ! »
La bravoure et la fidélité de Jabu rappelle à la responsable de la société de Mitsumasa Kido qu’il y a encore six mois, elle était heureuse de pouvoir s’appuyer sur cet homme, qui était bien un des seuls à la reconnaître malgré son mépris constant.

La splendeur d'innombrables étoiles va bientôt éclairer doucement le ciel nocturne.
A l’intérieur de l’avion, Saori choisit de s’inquiéter autant de la présence de ses nouveaux anges gardiens que s’ils avaient été ses précédents. Car c’est tout ce qu’elle peut offrir de mieux à ces hommes qui ont foi en elle.


Plus bas, dans le centre du Sanctuaire, là où la ville d’Honkios débouche vers les marches des douze temples du zodiaque, l’heure est au recueillement.
Juste avant d’emprunter la montée vers le temple du Bélier, le sentier qui conduit au cimetière des Saints est particulièrement usité depuis ces quinze derniers jours.
Le mausolée où reposent les Saints d’or tombés au combat est encerclé de fleurs et diverses offrandes laissées par le domaine sacré tout entier.

En face, assis les jambes croisées sur un rocher, Milo reste contemplatif malgré la nuit tombée.
Son regard est vague.
Ses yeux ronds.
Ses pensées nostalgiques.
_ « Camus, déplore-t-il hagard… Tu auras tenu ta ligne de conduite jusqu’au bout… Si ton disciple s’en remet, gageons que cela lui serve à prendre un jour ta relève pour en faire un Saint aussi digne que toi, mon ami, mon frère… »

Soudain, les exclamations d’une voix maladroite en train de se ressaisir le ramènent à lui.
Dans son dos, trébuchante après avoir roulée le pied sous un caillou, l’indiscrète Shoko le rejoint.
Comptant sur un entraînement plus assidu depuis que Marin a rejoint les prêtresses, elle s’épargne une chute ridicule, mais n’en mène pas large pour autant devant le charismatique Scorpion qui la toise du haut de son rocher.
_ « Oups, dit-elle en tirant honteusement la langue.
_ Que viens-tu faire ici, lui assène-t-il d’un ton ferme ?
_ Oh… Euh… Je suis désolée, perd-elle immédiatement son entrain devant une réaction qu’elle aurait espéré plus cordiale, je venais simplement me recueillir comme chaque fois que j’ai la permission de quitter le temple des prêtresses. Je sais, c’est un peu ridicule, mais puisque c’est ici que ma s½ur a choisi d’abandonner son humanité pour accepter d’être Eris, c’est pour moi aussi l’endroit où nous avons perdu Kyoko, confesse-t-elle gênée et mélancolique. »
Suite à sa sauvage réaction, Milo regrette et se réceptionne alors face à elle.
Tête baissée, elle constate son approche grâce à l’éclat de sa Cloth d’or dans la nuit.
Sans rien dire, il lui saisit le menton pour l’obliger à redresser son minois embué de chagrin.
_ « J’ai été grossier. Veille à m’en excuser si tu le veux bien. »   
Sans attendre, il tourne les talons pour repartir rejoindre son temple.

C’est alors qu’avec précipitation, il sent Shoko le rejoindre et se plaquer fermement contre son dos en le serrant fermement par la taille.
Derrière lui, le visage niché dans sa cape, elle demeure incapable de trouver les mots.
Néanmoins, devinant l’émoi que suscitent les douloureux souvenirs de leur rencontre ici, Milo ressent aussi le lien fort qui les unit, après ce qu’ils ont traversé ce jour où Eris a réapparu sur Terre.
Se défaisant de l’étreinte en lui ôtant les mains, il se retourne vers elle pour croiser son regard et l’enlacer à son tour.
Malgré la Cloth qui les sépare, Shoko ressent alors une immense chaleur et une profonde passion par ce geste.

Pendant qu’il se détache enfin d’elle pour rentrer chez lui, il ne remarque pas au loin, venue fleurir la mémoire d’Aphrodite, le père de son fils, Myrrha, restée jalousement dissimulée sur le flanc du sentier…
Toujours fâchée envers Milo, il n’en faut pas plus pour qu’elle abandonne de colère les fleurs sur le chemin et qu’elle tourne les talons…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, la nuit est rythmée par les claquements de mains et de pieds qui accompagnent la musique jouée dans la taverne.
Comme chaque soir, la fête bat son plein entre locaux et visiteurs.

Couché sur son lit, Mei écrase ses oreilles avec ses oreillers : « Crois-tu qu’ils cesseront un peu leur bordel ?! J’aimerai dormir ! »
Remuant sur le matelas, secouant par la même occasion son bougon d’amant, Yulij gesticule au rythme de la musique tout en tortillant ses cheveux blancs entre ses doigts.
Ses grands yeux amoureux s’illuminent, lorsqu’elle s’affaire à ennuyer davantage le grincheux personnage.

Dans la pièce d’à-côté, Médée trempe un linge dans la bassine d’eau qu’on lui a fait venir. Elle le glisse au creux de sa poitrine comme elle le fait sur le reste de son corps nu.
Son visage, à découvert, accepte ces quelques gouttes agréables qu’elle s’amuse à faire tomber sur son front, entre les deux points qui permettent d’identifier ses origines muviennes.
Cependant, son esprit n’en reste pas moins préoccupé par les événements de la journée : « Même s’il a un rôle incontestable de meneur, Nicol s’expose à certaines déconvenues s’il ne s’inquiète pas plus de ses fréquentations. En même temps, j’accorde également beaucoup de confiance à Ichtaca. Suis-je entrain de me tromper moi aussi, s’interroge-t-elle ? »

La chambre accolée à la sienne est vide.
Après les propos tenus, Nicol a choisi de la déserter pour la soirée.
En retrait de l’euphorie qui retentit dans les mètres alentours, le Saint d’argent s’est reclus à l’autre bout du village, dans les ruelles sombres, en compagnie d’Iuitl.
_ « J’espère qu’Ichtaca ne t’en voudra pas trop que tu t’absentes comme ça en, pleine soirée.
_ Vu mon chagrin, je pense qu’il me pardonnera.
_ Je suis vraiment désolé pour Mei. Il parait bourru comme ça mais c’est un…
_ Oui, je sais. Mais à ce que j’ai pu voir et comprendre aujourd’hui, vous êtes ici pour vous battre.
_ Pas vraiment. Le combat est une nécessité lorsque le dialogue ne permet pas d’avancer. Si nous sommes ici, c’est parce que la paix de la planète en dépend.
_ Que veux-tu dire ?
_ Je ne peux pas t’expliquer davantage. Après tout, je suis un Saint et toi tu ignores tout du monde dans lequel j’évolue. N’est-ce pas ? »
Le timide hochement de tête de la blonde aux cheveux agrémentés de plumes noirs rassure Nicol sur les intentions de son amie.
_ « Seulement, insiste-t-elle tout en prenant une mine décontenancée, Cuetzpalli est mort. Et demain ce sera peut-être toi. Ou d’autres amis à moi. Voilà pourquoi je préférerai ne pas m’attacher. »
Elle lui tourne le dos pour cacher son affliction.
Ne sachant comment la réconforter, il pose ses mains fermes sur les petits biceps d’Iuitl dont l’un est agrémenté d’un brassard tressé. La chaleur réconfortante d’Iuitl fait battre son c½ur encore plus vite que la cadence qui résonne ici depuis la fête.
_ « Je comprends bien. Voilà pourquoi jusqu’à présent je n’ai pas voulu me montrer trop entreprenant. J’espère ne pas te brusquer.
_ J’avoue que m’endormir en pleine rue après une nuit de fiesta je n’avais encore jamais fait, lui sourit-elle de ses lèvres charnues en faisant volte-face.
_ Peut-être la prochaine fois accepteras-tu de me suivre dans ma chambre, tente-t-il timidement ?
_ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! »
_ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! »

10
Only for Love / Chapitre 69
« on: 7 February 2021 à 15h13 »
Chapitre 69

Au Sanctuaire, Athéna poursuit sa marche dans l’ensemble du royaume pour signifier son triomphe à son peuple.

Dans le bourg autrefois habité par Apodis et sa famille, Paesco, le calme est retombé après le passage de la Déesse de la Sagesse.
Chez elle ici depuis son arrivée au Sanctuaire, Marin retrouve son modeste logis qu’elle a partagé durant des années avec Seiya.
Comme pour les gardes qui cessent de suivre la Déesse de la Sagesse à mesure qu’ils gagnent les lieux de leurs affectations, Marin a choisi de quitter les rangs pour regrouper quelques affaires, avant de prendre ses fonctions au temple des prêtresses comme le lui a demandé Athéna.
Le temps de la convalescence de Pégase sur qui elle doit continuer de veiller, elle achèvera la formation des aspirantes Saintias. 
Elle tourne dans cette minuscule demeure aux sols et aux murs faits de pierres.
Son regard s’attarde sur un tableau où est accroché le poster de l’anatomie humaine.
Elle reste les yeux rivés dessus et retire son masque pour libérer son visage éreinté par les derniers événements : « Seiya… Tout s’est déroulé tellement vite depuis ton départ, que je n’ai encore rien rangé du matériel qui me permettait de te donner des cours. »
Une voix empreinte d’une affection profonde fait sursauter la jeune femme : « Qu’a-t-il bien pu se passer depuis ce départ ? Je ne t’ai plus revu depuis que tu es partie au Japon en compagnie de Misty. »
La Saint d’argent se tourne, pour mieux profiter de la beauté de l’homme qui vient de faire irruption chez elle.
Malgré leur rupture il y a un an et demi, ils n'ont jamais cessé de penser à l’autre. Et l’opportunité de se retrouver seul avec celle qu’il aime était trop tentante pour Aiolia.
Le Grec aux cheveux châtain clair décrispe son visage dur, pour laisser émerger un timide sourire envers l’Aigle de Zeus. Ignorant tout de l’origine de Marin, il espère que celle-ci puisse lui en dire plus en répondant à sa question.
Néanmoins, elle préfère inverser les rôles.
_ « Tu sembles t’être bien remis de ton combat face à Seiya ?
_ Il est vrai qu’il est parvenu à m’asséner plusieurs coups durant notre affrontement. Malheureusement, je n’étais pas moi-même à cet instant.
_ Athéna a accepté que tu cesses de l’accompagner ?
_ A vrai dire, j’ai prétexté vouloir m’assurer que les prises de fonction des nouvelles unités de soldats se fassent comme il faut pour m’attarder ici.
_ Une vraie tête brûlée. Tu ne changeras donc jamais. »
L’expression charmée de Marin ne passe pas inaperçue auprès du Lion qui se précipite devant elle pour lui cramponner les mains. Il profite qu’elle ne porte pas son masque pour lire dans ses yeux et voir à quel point elle l’aime toujours. Espérant en tirer profit, il lui déclare sincèrement : « Maintenant qu’Athéna est parmi nous, peut-être pourrions nous lui demander sa bénédiction ? »
Sachant cela impossible après les révélations qu’elle a faites, Marin prétexte : « As-tu envisagé la même chose avec la défunte Naïra Saint de bronze de la Colombe ?
_ Nous étions séparés et le contexte était nettement différent.
_ Crois-tu qu’il l’est aujourd’hui ?
_ Athéna est revenue. La paix va pouvoir perdurer. Et… Et moi je n’ai jamais cessé de t’aimer.
_ La paix est éphémère, tu le sais tout autant que moi. D’autres dieux se montreront. Quand à nous, tu sais que malgré tout l’amour qu’on peut se porter, c’est impossible. »
Le chevalier d’or refuse d’entendre raison. Il tire fort contre lui Marin, à tel point que leurs deux Cloths s’entrechoquent. L’enserrant fermement avec son bras droit dans le creux du dos, il l’approche à chaque seconde un peu plus de lui.
La pression accumulée par les dernières batailles, ainsi que le manque d’affection de ces derniers mois pèsent dans la décision de Marin. Inexorablement attirée par cet amant pour qui son c½ur bat la chamade, elle hisse son mètre soixante-sept jusqu’au mètre quatre-vingt-cinq du frère d’Aiolos. Très vite, elle recouvre cette sensation chaude et humide qui la parcoure en reconquérant les lèvres d’Aiolia. Quelques baisers délicats suffisent à délier leurs corps.
A mesure que leurs langues se caressent lors de suaves mouvements, ils défont l’un l’autre, morceau par morceau, les pièces métalliques qui plus d’une fois leurs ont portés assistance.
Pendant que leurs mains parcourent le corps de l’autre sous leurs tuniques, Marin s’appuie à son tour contre lui pour le forcer à s’allonger sur l’épaisse table en bois où Seiya s’endormait durant les leçons qu’il recevait.
Le dominant en cet instant, elle installe ses sommaires cinquante et un kilos sur son bassin pour mieux se pencher et lui dévorer le buste. Partant de ses pectoraux en acier trempé, elle descend peu à peu tout le long de son torse jusqu’à sentir sous ses lèvres chaque cran de ses abdominaux. Pendant que ses mains continuent de plonger plus bas sous ses vêtements, elle réussit à murmurer : « Quoi qu’il puisse se passer, cet instant que nous partageons est bel et bien le dernier. »
Couché sur le dos, passant ses mains dans ses cheveux, partagé entre le plaisir intense des baisers langoureux qui s’approchent de son intime anatomie et la détresse de perdre celle qu’il aime, Aiolia ferme les yeux…


Bien plus loin, Athéna est enfin arrivée au dernier village du Sanctuaire, celui situé le plus au sud, Rodorio.
Malgré les kilomètres effectués pour traverser tout le domaine sacré, la journée a semblé relativement courte à Athéna.
_ « On dit de Rodorio qu’il s’agit d’un village reconstruit sur les vestiges des remparts du sud, raconte une jeune femme qui accueille la Déesse en lui tendant un bouquet de fleurs. C’est le lieu du domaine le plus facile d’accès. Les parois rocheuses qui empêchent quiconque dénué de cosmo énergie de venir au Sanctuaire sont moins capricieuses. Beaucoup de messagers et de Saints en mission passent par ici lorsqu’ils reviennent. »
Malgré son aspect frêle et fort juvénile, Saori reconnaît facilement que sa guide est bien plus âgée que les enfants qui l’accompagnent. Elle ramasse les fleurs aux pétales pourpres.
_ « Quelles sont ses fleurs ? Et comment dois-je vous appeler ?
_ Je me nomme Europe, Ô Athéna, s’agenouille la demoiselle aux grands yeux bleu ciel et à la légère robe blanche dont les bretelles sont nouées à hauteur des épaules. Et ce que vous tenez entre les mains sont des Clematis Niobe. »
Pensive pendant qu’elle observe le bouquet, Saori se contente de répéter à voix basse : « Clematis… Niobe… »
Elle s’accroupit pour se mettre à la hauteur de son hôte : « Et bien Europe, levons-nous. Et allons découvrir Rodorio ensemble. »

Dans le sillage d’Athéna et Europe, il ne reste désormais plus que les villageois de Rodorio et les Saints d’or.
Les gardes, les Saints de bronze et Shaina sont partis prendre leurs postes.
Pendant qu’elle présente les siens à Athéna, Aldebaran reste les yeux rivés sur Europe. Observateur, Milo vient glisser à l’oreille de son compagnon : « Jolie fille n’est-ce pas ? »
Le Brésilien croise les bras comme pour nier l’évidence : « Ah… Euh… Oui… Non… De qui parles-tu ? »
Cet instant de légèreté permet de dérider la caste la plus solennelle de l’armée de la Déesse de la Sagesse.
Néanmoins, pendant ce temps, ils ne remarquent pas derrière eux, rentrant dans l’habitation contre laquelle est accolée une échoppe, une femme aux cheveux courts, châtain clair aux reflets roux.

La démarche timide, cette belle villageoise, vêtue d’une robe jaunâtre ceinturée à la taille par un long ruban, progresse timidement, chaussée de ses spartiates.
Une fois à l’intérieur, elle se retrouve nez à nez avec un vieil homme rabougri et moustachu qui ajuste sur sa tête aux cheveux grisonnants un béret : « Et bien, tu ne vas pas voir Athéna ? Tu devrais pourtant. On dit qu’elle est capable de soigner les maux des gens. Peut-être pourra-t-elle faire quelque chose contre ton amnésie, Seika ? »
La recluse décline d’une faible voix l’invitation : « Malgré tout le bien que vous m'avez dit de cette divinité, je n’ose pas me présenter à elle. J’ai trop peur de faire affront en me présentant ainsi, faible et vide, devant une telle entité. »
Le vieillard, gonflé à bloc, s’engage dans le sens opposé à sa fille adoptive : « Et bien moi je compte bien pouvoir ne serait-ce que la voir. Qui sait, peut-être aurai-je la chance qu’elle soigne cette maudite arthrite ?! »

Ainsi, sans savoir qu’ils pouvaient rapprocher plus tôt Seiya de sa s½ur, les chevaliers achèvent leur journée.
Alors qu’ils reprennent la route des douze maisons du zodiaque, les habitants de Rodorio viennent les saluer.
Sans y prêter garde, Aldebaran, évoluant au sein de la foule pour rendre les hommages qu’on lui adresse, tombe face à Europe qui lui sourit timidement. Toute menue face à ce colosse aux joues rouges, elle ne se démonte pas.
_ « Merci pour votre visite Saint d’or du Taureau.
_ Oh… Euh… Appelez-moi Aldebaran.
_ C’est rare d’avoir la chance de recevoir d’aussi nobles visites que les vôtres.
_ Hum… Et bien… Je… Nous repasserons… Dans la mesure du possible…
_ Je crois que ce que cette brute au c½ur tendre n’arrive pas à vous dire, c’est que lui aussi serait très enchanté de vous revoir, se joint Milo taquin à la conversation. »
Revenu de son escapade amoureuse, Aiolia vient tirer par le bras le Scorpion, comprenant qu’il dérange son camarade du Taureau.
Pendant que les deux Grecs se chamaillent un peu plus loin, comme lors de leur plus tendre jeunesse lorsqu’ils affrontaient les Titans, Aldebaran se racle la gorge : « Ce qui est certain, c’est que lorsque je repasserai, je le ferai très certainement sans Milo. »
Malgré son assurance, la charmante paysanne commence à rougir en lui tendant une Clematis Niobe de sa petite main : « A bientôt dans ce cas. »
Il la cueille entre ses deux épaisses mains : « Oui. A très vite. »
A mesure que le cortège impérial s’éloigne, Europe reste les yeux rivés sur celui dont la joie de vivre et la gaucherie l’ont séduite. Deux de ses amies se pressent à ses côtés pour échanger d’un air mutin sur cette brève rencontre entre Europe et le gardien de la maison du Taureau.

Plus loin, derrière Athéna escortée par Mû et Shaka, Aldebaran, Aiolia et Milo traînent un peu. Le Scorpion continue de tourmenter son ami : « … et c’est ça qui est surprenant. Car si je me souviens bien, tu étais adepte des soirées organisées par Misty !
_ Pas du tout, se défend Aldebaran en espérant qu’Athéna n’entende pas ! Si j’y allais c’était pour boire un verre avec des amis et jouer aux cartes !
_ Hum… Ouais, ouais…
_ Je t’assure ! Demande à Aiolia ! Ça lui arrivait de s’y rendre parfois ! Il pourra te dire !
_ Houlà ! Ne me mets pas là-dedans moi ! Je passais simplement saluer quelques connaissances. Je n’ai rien à voir avec tout ça. D’autant plus qu'étant frère d’Aiolos, ma présence n’était pas toujours la bienvenue.
_ Et bien merci l’amitié ! Moi qui comptais sur toi pour m’accompagner la prochaine fois que j’allais à Rodorio !
_ Je peux venir moi si tu veux, propose Milo ?!
_ Certainement pas ! Je préfère encore y aller avec Shaka !
_ Là tu peux être certain que toute approche avec Europe sera anéantie dans ce cas, s’amuse Aiolia. Et puis Milo semble avoir fort à faire avec la petite prêtresse là, c’est comment son nom déjà ?! Shoko ?! »
Les rires des trois amis parviennent jusqu’au trio de tête.
Malgré le manque de révérence, Saori accepte de mettre ça volontiers sur le coup de la fatigue en cette fin de journée. Ces éclats de joie la font sourire et lui permettent d’oublier quelques instants sa peine de c½ur vis-à-vis de Seiya.
Mû et Shaka, nerveusement, se mettent à rire aussi, influencés par la décontraction de leurs pairs.


Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la vie continue de s’écouler paisiblement dans le domaine des cieux.
Les villageois olympiens ne se soucient guère des événements sur Terre. Ces êtres, élus des dieux, continuent de les aimer, de les aduler et de les prier.

Sur le versant du Mont Olympe, entre le temple de Zeus situé au sommet, et les onze temples des autres divinités, positionnés sur la base de la montagne, le Palais des Dieux est plus inquiet.
Réunis depuis des heures pour un interminable banquet, Héra, Hestia, Héphaïstos et Apollon échangent leurs opinions au cours d’un débat passionné.
Héra Déesse du Mariage, profondément hostile à Athéna, félicite Apollon : « Tout fonctionne comme tu l’avais prévu Apollon. Athéna est, certes, revenue dans son Sanctuaire, mais son armée n’en est que plus décimée.
_ Il ne reste plus qu’à ce qu’elle commette l’irréparable, confirme de sa voix grondante Héphaïstos. Le Seigneur Zeus est encore trop indécis sur le sort que nous devons réserver aux mortels. »
Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche, Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer est la seule à ne pas être couchée dans les banquettes.
Préoccupée par son désir de revanche après la blessure que lui a infligé Apodis, un vulgaire mortel au service d’Athéna, Hestia fixe les siens de ses petits yeux sombres : « Pourquoi attendre encore ? Athéna est affaiblie, il nous suffirait de passer à l’action maintenant. »
Étendu plus loin que ses semblables, Apollon la ramène à la raison de sa voix froide et cruelle : « Nous prendrions le risque de donner au dieu des dieux la confirmation de notre haine viscérale envers Athéna et l’humanité. Poséidon va se réveiller. Helénê a fourni à ses hommes le moyen de manipuler la représentante d’Odin. Arès est réincarné. Helénê l’a aidé à constituer une puissante armée. L’astre solaire sous mon pouvoir a ramené près de la Terre la comète Repulse pour permettre la libération d’Eris. Tezcatlipoca obéit à mes directives. Hadès se réveillera bientôt. Helénê a pu constater que son armée était déjà réunie. Six armées, toutes plus désireuses les unes que les autres de massacrer Athéna et ses Saints. Nous avons suffisamment semé d’éléments pour pousser Athéna elle-même à la faute. Le dieu des dieux n’aura pas d’autre choix que de constater l’évidence. »


Sur Terre, à Honkios, alors que le tour du Sanctuaire d’Athéna est achevé, la citée reste en ébullition.
La nuit tombe.
Les villageois chantent et dansent sur la place publique, les festivités battent leur plein.
Sur la place du marché, des groupes de musiciens créent des attroupements où les villageois s’échangent leurs partenaires de danse à tour de bras.
Sous la lueur des flambeaux disséminés partout sur la place, les enfants virevoltent dans la foule tandis que les parents vont et viennent des tavernes avec des plateaux remplis de verres en tout genre.
Au milieu des festivités, une magnifique créature se distingue parmi l’affluence.
Élégante et envoûtante dans ses mouvements, la fille d’un des marchands les plus en vue, Filia, attise les convoitises.
Sans cesse invitée à partager une danse, elle n’accepte d’accompagner sur la piste que cet enfant espiègle marqué au front par deux points mauves. Le Muvien, au bras paré d’un bracelet en or, s’attire la sympathie de celle qui s’est offerte à Seiya durant ses années d’apprentissage au Sanctuaire.
Par sa malice et ses dons de télékinésie, Kiki réussit vite à devenir la vedette de la place.
Au bras de Filia, il se fait remarquer davantage et amuse une assistance qui ne manque pourtant pas de motivation pour faire la fête.

Malgré tout, à quelques mètres de là, dans son étable, un homme, un Saint, au visage buriné, ne partage pas le bonheur des autres.
Affaissé sur sa chaise, une bouteille d’alcool anisé dans la main, il fixe chaque morceau de sa Cloth de bronze éparpillée tout autour de sa Pandora Box. Le meilleur forgeron du Sanctuaire a le regard vague.
Depuis qu’il a accueilli Athéna aux marches des maisons du zodiaque pour son triomphe, il s’est retiré pour plonger dans son addiction.
_ « Youpi… La guerre est finie, marmonne-t-il agacé… »
Il reprend une gorgée en grimaçant : « Maintenant que la moitié des Saints d’or est morte, que les soldats qui étaient des traîtres sont emprisonnés, soit la majorité de notre armée, il va falloir m’envoyer au combat. J’ai horreur du combat. J’ai peur du combat. Et pourtant cette satanée armure de l’Atelier du Sculpteur m’a choisi ! »
Il essaie de se mettre sur ses jambes mais titube sur trois mètres avant de s’échouer lamentablement à terre : « Je suis Saül… Le forgeron du Sanctuaire. Pas un chevalier. Je ne veux pas mourir. »

Plus loin, alors qu’il saute dans les airs, en pleine euphorie, Kiki voit à travers la lucarne de son atelier Saül s’effondrer parterre.
Discrètement, en compagnie de Filia, ils s’extirpent de la liesse.
_ « Suis moi, j’ai vu un homme tomber là-bas.
_ Là-bas ? Il s’agit de Saül. Ça ne m’étonne pas.
_ Pourquoi dis-tu ça ?
_ Il a un penchant pour la bouteille, si tu vois ce que je veux dire. C’est le meilleur forgeron du domaine. On dit même qu’il ne lui manque plus que les outils des Muviens pour être aussi bon, voire meilleur qu’eux. Cependant, c’est un poltron qui a laissé l’alcool abreuver sa peur.
_ Tu ne crois pas que nous devrions l’aider ? Après tout, Saül est un Saint d’Athéna.
_ C’est peine perdue.
_ Pas sûr. Suis-moi, la tire Kiki par le bras. »

Au pas de courses, ils débarquent chez l’Israélien qui s’étouffe dans son vomi.
Ecoeurée, Filia reste à l’écart, tandis que Kiki se précipite sur lui pour lui relever la tête afin de le sauver.
_ « Je crois que je vais rester quelque temps auprès de lui pour lui apporter mon soutien. »
Star de la foule, Filia croise les bras pour bouder cette soirée gâchée.
_ « Ça va aller chevalier. Ça va aller, reste Kiki les yeux rivés sur le quarantenaire.
_ Non, bave Saül, ça n’ira pas. Ma place n’est pas ici… Pas en ce lieu… Je devrai être là-bas, tend-il le bras désespérément vers l’horizon, avec les traîtres pour qui j’ai fait des armures pendant des années…
_ De quoi parle-t-il, demande Filia en regardant d’un air louche la direction empruntée par le bras de Saül ?
_ Je n’en sais rien. Toujours est-il que je ne peux pas laisser un Saint dépérir ainsi, mon maître Mû ne me le pardonnerait pas. »


Plus loin, dans la direction évoquée par le Saint de l’Atelier du Sculpteur, loin de la foule, loin du bruit, loin de la moindre festivité, l’ambiance est morne.
Les murs de pierre entre lesquels ils sont enfermés font résonner les conversations d’une quinzaine d’infiltrés dans le mausolée taillé dans la roche du cimetière des Saints.
Dispersés autour de cinq cercueils plus récents que ceux abrités dans cet immense tombeau, les intrus paraissent agités.
La plupart sont vêtus de l’habit que portent les soldats sous leurs cuirasses.
A l’exception près que contrairement aux hommes encore en faction après la bataille, ceux-ci portent sur le bras, la jambe, la nuque ou le torse, la marque de Gigas. Une tête de mort tenue par un reptile ailé à la queue pointue.
Devenu l’emblème du règne de Saga, il ne fait plus bon genre aujourd’hui de l’arborer et c’est ce qui les inquiète.
_ « … et que devons nous faire dans ce cas ?! Nous rendre, questionne un ancien garde ?!
_ Athéna n’a pas condamné à mort nos camarades capturés ! Elle est magnanime, invoque un autre !
_ Qu’importe, déplore un troisième, avec tous les crimes que j’ai pu commettre, il lui serait impossible de me pardonner.
_ Tu n’as qu’à dire que tu pensais que le Grand Pope incarnait la justice, comme moi, suggère une ancienne marchande !
_ Facile à dire pour toi qui te contentais de faire fuiter les soupçons entendus dans ton commerce ! Torturer les opposants pour mon bon plaisir, transparaît plus que tout, malgré que j'affirme le contraire, confie un ancien inquisiteur de Gigas.
_ Dans ce cas tu n’as qu’à organiser une fuite pour ceux qui veulent déserter le Sanctuaire, suggère à la marchande une autre femme.
_ Facile à dire, proteste la commerçante, toi qui n’es qu’une prostituée, personne ne t’en voudra d’avoir offert ta vertu pour survivre. Mais moi, si je me fais arrêter en organisant la fuite de ces hommes, tu sais ce qu’on me fera ?
_ Oh ! La pute n’est pas toute blanche non plus, assure un ancien serviteur de Saint, en plus d’être la favorite de Phaéton, elle était envoyée auprès d’hommes mariés pour les faire chanter. Et ça, c’était sa manière douce d’agir. Sinon elle profitait de ses charmes pour isoler et faire assassiner par vous autres les cas trop difficiles à gérer par la menace, dit-il en pointant du doigt les combattants ici présents. »
Aussitôt, chacun cherchant désormais à justifier ses actes, un brouhaha s’en suit dans ce lieu de recueillement.
Seule à ne pas porter le symbole sur son corps, se distinguant de ses compères aux allures ternes grâce à sa robe immaculée, Katya est en retrait.
_ « Vous me dégoûtez, les interrompt elle. »
Tous cessent alors leurs querelles.
_ « Qu’est-ce qu’elle a dit la pucelle là, s’en prend violemment un des hommes ?
_ J’ai dit que vous me dégoûtez. Vous étiez tous là à vous targuer hier encore de vos positions dans la hiérarchie du Sanctuaire, ou à tirer les bénéfices de vos actions en suivant le Grand Pope. Et aujourd’hui, la queue entre les jambes, vous vous querellez en espérant faire croire que vous êtes plus propres que vos semblables, parce que vous craignez maintenant pour vos vies, déplore Katya !
_ Tu crois être en mesure de nous donner des leçons peut-être avec tes grands airs, s’énerve la fille de joie ?! Tu penses que c’est parce que tu portes la robe blanche des prêtresses d’Athéna, qu’on ignore que si toi t’es encore en vie contrairement à tous les gens de ta caste c’est parce que t’as dû faire bien plus que semblant de t’occuper d’une Athéna qui n’était même pas là !
_ Je ne cherche pas à laver mes péchés moi. Je reconnais volontiers mes crimes. Et rien de ce que je fais ne pourra les expier, ni m’offrir d’issue à cette situation. Pas plus qu’à vous d’ailleurs.
_ Alors pourquoi nous avoir réuni ici dans ce cas, soupçonne un ancien mercenaire ?
_ Je l’ai fait pour laver de votre couardise la mémoire de Saga, avoue-t-elle en caressant le cercueil de celui-ci.
_ Pardon, demande l’ancien serviteur ?! »
Aussitôt, sa poitrine est transpercée par la main tendue de Katya.
Instantanément, avant même que la prostituée n’ait le temps de porter ses mains devant sa bouche horrifiée, Katya bondit pour bloquer la sortie et barrer la route d’un des soldats les plus alertes.
Tandis qu’il est rejoint par ses compères, ceux n’étant pas en mesure d’opposer une résistance s’enfuient à l’opposée de la pièce qui n’offre cependant aucune issue.
_ « Votre veulerie ne m’étonne guère ! Pour mener à bien ses basses besognes Saga avait besoin de gens lâches et faibles comme vous ! Pas étonnant que vous soyez démunis maintenant qu’il n’est plus là ! Jewelic Tears ! »
Des cristaux de glaces terrassent ses opposants, sans qu’elle s’aperçoive que le mercenaire plus robuste et rapide que les autres, passe derrière.
Les deux mains jointes, il la cogne derrière le crâne, la propulsant au milieu des corps de ses adversaires retombés sur les tombes des Saints d’autrefois.
Étourdie, la robe relevée jusqu’au haut des cuisses, Katya sent le guerrier la tirer vers lui par une cheville.
_ « Je suis d’accord avec toi, lui concède-t-il, les autres ne sont que des lâches. Personnellement j’aurai plutôt tenté un coup d’état. Mais maintenant qu’il ne reste plus que nous deux, j’ai d’autres projets. La putain et les faibles partis se planquer dans le fond n’ont pas ton cran et certainement pas ta saveur, ricane-t-il en baissant son pantalon. Tu sais, j’étais un fervent défenseur du Pope et passer derrière lui ne me dérange nullement… D’ailleurs... J’ai une question qui me taraude… Ne sachant à quoi ressemblait vraiment ce Saga… Tu la trouvais bonne sa queue, lui dit-il en lui écartant de force les cuisses ? ».

A l’extérieur, achevant son pèlerinage aux allures de triomphe, Athéna entame la remontée des douze maisons.
Pendant que des enfants accourent aux pieds des marches pour lui faire de grands signes d’au revoir, elle se retourne pour faire un geste tendre de la main.
Soudain, un pincement lui serre la poitrine. Son attention se porte aussitôt en direction du cimetière des Saints qui jouxte le chemin vers la maison du Bélier.
Alors Saori prend congé de ses Saints d’or, prétextant vouloir achever cette journée en se recueillant seule sur les sépultures des chevaliers tombés au combat.

A proximité, à l’intérieur du grand caveau, Katya réagit péniblement aux gestes dominateurs de son agresseur.
Lorsqu’elle sent celui-ci lui arracher avec animosité son sous-vêtement, elle cesse de feindre sa léthargie.
Elle redresse son buste au moment où le mercenaire s’y attend le moins et saisit fermement dans sa main droite ses parties génitales.
La mine stupéfaite du prédateur amuse aussitôt la Saintia réprobatrice. Elle matérialise le froid libéré par sa cosmo énergie.
Il a à peine le temps de secouer la tête pour implorer pardon, qu’elle lui gèle l’entrejambe.
Elle finit par le lui faire voler en cristaux de glace.
Le cristal s’éparpille dans la pièce, suivi de gerbes de sang.
De marbre, elle se redresse, faisant retomber le long de ses jambes sa robe et prend la direction des fuyards.
Lui, tombe à genoux, face contre terre, les mains entre les jambes, espérant ralentir l’hémorragie.
Guidée par sa fidélité envers Saga, elle ne remarque pas derrière elle la lourde porte de pierre ouverte par Saori en personne.
La Déesse de la Sagesse resserre immédiatement ses bras contre elle, saisie par le froid de Katya qui règne dans l’atmosphère.
Elle remarque ensuite les corps sans vie des porteurs de l’emblème de Gigas, puis sent sa robe s’alourdir à mesure qu’elle progresse. Frottant le sol, sa tenue éponge le sang du mercenaire qui inonde très vite les pavés.
Au détour d’un cercueil, elle distingue le cadavre qui n’a pas tenu longtemps l’agonie.
En découvrant ceci, son c½ur se serre à nouveau. L’étau se resserre dès que des appels au secours venant du fond du mausolée lui viennent.
Elle décroche alors une torche et suit le chemin de cris qui s’estompent.
Moins nombreux.
Moins forts.
Si bien qu’au terme de sa progression, ne demeure plus que le râle d’un visage défiguré étendu sur un monceau de corps brisé desquels s’écoulent des litres de sang.
La tenue empourprée, Saori tend la torche pour bien se rendre compte que derrière les corps se dresse le mur du fond.
Le raclement de gorge juste dans son dos la persuade enfin qu’elle est ici bloquée avec l’assassine.
_ « Je comprends mieux maintenant pourquoi je ressentais du tourment en te voyant Katya.
_ Vous n’auriez jamais dû venir ici seule Athéna.
_ Qu’ai-je à craindre, demande Saori qui sent le souffle haletant de Katya dans sa nuque tant elle est proche d’elle ?
_ Plus rien d’eux, répond sèchement Katya le visage maquillé de plasma. Mais en ce qui me concerne… »
Katya balaie le doute en elle en tendant ses doigts pour rendre ses mains dégoulinantes plus tranchantes le long de son corps…
_ « Avant que tu n’agisses, je me demandais, as-tu éliminé les derniers adorateurs de Saga en liberté pour garder ton secret intact ? Ou bien était-ce un moyen d’obtenir la rédemption ?
_ Des adorateurs ?! Ils n’avaient rien de tels ! C’était juste des opportunistes qui choisirent de se ranger derrière lui pour leurs profits personnels ! Le pouvoir ! La sécurité ! La richesse ! L’ivresse des plaisirs !
_ C’est maintenant évident. Toi tu as agi par amour.
_ Puisque tu lis si bien dans les c½urs, pourquoi m’avoir posé la question alors ?
_ Parce que je voulais te l’entendre dire. Tout comme je vais te dire une vérité que tu souhaites entendre, que personne ne dira, mais que je ressens sincèrement. Saga était bon Katya. J’en suis autant convaincue que toi.
_ Comment peux-tu dire cela ? Dit Katya, alors qu'elle passe devant la déesse ?! Tu as lutté contre sa cause ! Tu l’as tué !
_ Je ne l’ai pas tué. J’ai lutté contre celui que Saga a lui-même tué. Tu as ressenti aussi qu’il était tiraillé entre le bien et le mal. C’est le bien qui a pris dessus sur le mal, se servant de mon sceptre pour le terrasser. Et si tu l’as vraiment connu, si tu l’as vraiment aimé, tu sais que je ne mens pas, assure-t-elle en voyant les yeux de Katya s’embuer sous ses cheveux emmêlés collés et peints de rouge. Les années aidant, son côté maléfique a adopté des manières expéditives, convaincant son bon côté que même en possession de mes pleins pouvoirs je ne serai pas prête à tout pour défendre le monde comme lui en serait capable. Il t’a alors montré qu’il pouvait gouverner par la force et la terreur, dit-elle impitoyablement alors que Katya recule. Et tu l’as accepté. Tu l’as accepté malgré que tu ne partages pas cette vision du monde. Il n’y a qu’à voir comment tu viens de traiter des gens qui incarnaient des valeurs contraires aux tiennes alors qu’elles servaient le côté maléfique de Saga.
_ Certains fomentaient un coup d’état ! D’autres envisageaient de dénoncer les autres pour espérer acheter leur liberté ! Ou encore préparaient leur désertion en espérant n’être jamais punis des crimes qu’ils ont commis !
_ Tu ne les as donc pas éliminés juste par respect pour la mémoire de Saga. Cela prouve que tu n’es pas comme eux. Que tu n’es pas comme le mal qui rongeait chaque jour Saga.
_ Alors, c’est tout ? Tout se termine ainsi ?
_ Qu’attends-tu ? Que je t’emprisonne ?! Que je te fasse exécuter ?! Katya, j’ai besoin d’une garde rapprochée. La plus efficace sera celle qui a connue et surmontée mille tourments.
_ Une Saintia se doit d’être chaste et vertueuse, balbutie-t-elle défigurée par le déshonneur, je suis loin de l’être.
_ Au contraire. Tu as donné ton corps et ton âme par pure dévotion envers le Saga qui t’a sauvé. C’est le Saga qui t’a montré que le monde pouvait être gouverné par la justice et l’amour dont tu t’es éprise. Et par conviction, tu as accepté sa part d’ombre. Tu étais prête à tout pour lui, car il était prêt à tout pour sa cause. Car oui, il était bien prêt à tout, c’est bien le Saga en qui tu as vu une grande âme qui est venu à bout du mal… »
Saori s’agenouille pour être à à hauteur de la Saintia recroquevillée de honte.
_ « … C’est d’une Saintia comme toi, formée par Saga, pour le meilleur et pour le pire, dont j’ai besoin pour aider Marin à former ma garde. C’est d’une Saintia comme toi, proche des décisions stratégiques prises jusqu’à présent, dont j’ai besoin pour devenir une meilleure déesse. »
Katya tremble.
_ « Je... Je ne sais que dire après de si profondes vérités… Je… Je suis sincèrement… Je m’ex… »
Athéna la relève de cette flaque écarlate, en même temps qu’elle la prend par les épaules.
_ « Non Katya, c’est moi qui dois te demander pardon. Pardon de ne pas avoir été là quand tu as dû endurer tout cela seule.
_ Je n’étais pas seule, sourit tristement Katya, Saga m’épaulait malgré sa distance.
_ Alors aide-moi à faire en sorte que Saga des Gémeaux ne soit pas mort en vain. »
Reconnaissant dans son regard une foi sans faille, loin des ambiguïtés qui perturbaient Saga, Katya essuie de sa main ensanglantée les larmes qui forment des stries sur son visage vermillonné.
Elle s’agenouille solennellement : « Dans ce cas, Ô Athéna, acceptez mes v½ux de fidélité envers votre cause, à vous, et Saga des Gémeaux, en m’accueillant auprès de vous comme Saintia de la Couronne Boréale ! »

Pour Athéna et Katya, la nuit s’achève loin des festivités d’Honkios.
Épuisée par son parcours, Saori se laisse dévêtir par Katya qui, dans son rôle de Saintia, la conduit dans les thermes du palais papal pour sa toilette.
Toutes les deux couvertes du sang des victimes de Katya, Saori imite les mouvements de sa servante pour lui défaire à elle aussi sa robe empourprée.
Lui prenant chaque main avec les siennes, elle la guide dans l’immense bain où elles s’agenouillent nues toutes les deux.
Sans dire un mot, cueillant chacune leur tour de l’eau dans les paumes de leurs mains, elles inondent le sommet du crâne de l’autre pour faire luire leurs corps humidifiés grâce au vacillement des torches qui font le tour de la pièce.
Entièrement mouillée, Katya se relève alors pour récupérer quelques linges au bord du bassin.
Saori admire alors la plastique de sa prêtresse tout en constatant au détour de quelques caresses sur sa propre poitrine qu’elle fait autant femme qu’elle.
A son retour, Katya se remet à la hauteur de Saori et laisse s’imprégner les serviettes d’eau pour ensuite lui caresser chaque partie du corps.
Prenant le temps de passer délicatement sur chaque courbe, prenant soin de marquer encore plus d’égard à l’approche de son intimité, Katya assure sa fonction avec application comme cela lui a été enseigné.
Alors que sa tâche est achevée et qu’elle tire sa déesse par la main pour la sortir, Katya est retenue par Saori.
Elle se ravise alors et remarque Athéna essorer une autre serviette pour imiter sa Saintia. S’attardant là où le sang ennemi a séché et ne s’est pas encore détaché de son corps, Athéna, par ce geste, lave Katya de ses péchés.
Devinant le sens profond de ce geste, Katya ferme les yeux et se laisse guider.
Soulagée par ce baptême, elle se sent purifiée, alors qu'Athéna saisit enfin sa tête pour la coller contre sa ferme poitrine et la serrer fort contre elle, lui signifiant qu’enfin tout est bel et bien terminé…


Le lendemain matin, tandis que les hautes portes de la salle d’audience du Grand Pope sont grandes ouvertes, sous la surveillance de Mû qui monte la garde, Saori gravite de colonnes en colonnes.
Observée par Katya qui lui a déposé son petit déjeuner, Athéna analyse chaque pilier en glissant ses doigts sur la roche creusée, fissurée, déplorant encore l’étendue des dégâts causés par le combat de Saga contre Seiya et Ikki.
Chaque fois qu’elle replie sa main droite dans la paume de sa main gauche, elle peine à reprendre son souffle, devinant les souffrances endurées par ses chevaliers.
Elle détourne même le regard, lorsque sa curiosité croise des éclaboussures de sang séché sur les dalles pavées.
_ « Non, songe-t-elle… Je ne dois pas me dérober. Ceci fait partie de mes responsabilités en temps qu’Athéna. »

Mû, d’un signe de la tête, fait alors comprendre à Katya qu’il est temps pour elle de prendre congé.
A la sortie des hautes portes, elle croise un inconnu aux longs cheveux blanc grisonnant.
Obéissante, elle hoche simplement la tête à son endroit. L’homme à l’épais collier de barbe marqué par quelques rides lui renvoie le même geste d’un air solennel.
Il passe devant Mû qui lui sourit amicalement et s’adresse immédiatement la déesse : « Mise sur le fait accompli d’un tel spectacle, je n’ose imaginer le tourment en votre c½ur. »
Saori guette alors instinctivement l’entrée pour découvrir l’intrus.
Une longue étole beige descend par-dessus son kimono bleu nuit usé.
_ « Le Grand Pope Shion qui a très bien connu votre précédente incarnation me répétait souvent comme il était insoutenable pour vous de voir vos Saints s’engager au combat. Il me vantait également souvent votre beauté et la noblesse qui s’en dégageait, mais j’étais bien loin de me douter que votre prestance me toucherait autant. »
Mû présente l’homme qui pose un genou à terre.
_ « Voici Ionia, ancien Saint d’or du Capricorne. Il a combattu sous les ordres de mon maître Shion les années précédant votre réincarnation.
_ Tu fais donc parti de ces Saints partis à la retraite afin de libérer leurs Cloths aux générations suivantes et enseigner ton savoir, complète Athéna.
_ Absolument. Après la dernière mission confiée par le Grand Pope Shion, j’ai obtenu son accord pour intégrer un camp d’entraînement d’apprentis Saints par-delà les frontières de la Grèce. Un jour, il m’informa par courrier qu’un jeune prétendant à la Cloth du Capricorne allait venir me confronter. Dès son arrivée, j’ai senti en lui la fougue de la jeunesse mais également une maîtrise martiale que je n’avais plus… »
Le c½ur de la déesse se serre, attristé en devinant qu’il s’agit du défunt Shura.
_ « La Cloth du Capricorne entrait en résonance avec le cosmos qui émanait de lui. Sans un mot, sans la moindre confrontation, la Cloth jaillit de sa Pandora Box et revêtit son nouveau propriétaire, tout en restant en harmonie avec ma cosmo énergie. D’elle-même, bienveillante, elle assura ce passage de témoin. D’un regard fixe et solennel, Shura hocha la tête avant de s’en retourner au Sanctuaire. Seulement, peu de temps après, je sentis un malaise en mon être. La cosmo énergie de mon souverain n’émanait plus. Et quelques jours plus tard, sur ordre du soit disant Grand Pope, Shura revint m’affronter. Nous étions condamnés à mort pour complicité avec Aiolos dont j’apprenais la tentative de meurtre à votre encontre. Il élimina l’ensemble de mes disciples. Sans Cloth et en difficulté contre la force de Shura, je perdis le combat et fut laissé pour mort. C’est à l’arrivée d’un jeune garçon, que je dois la vie sauve… »
Il relève la tête en direction de Mû qui lui reste stoïque.
Mû reprend.
_ « Après la disparition du cosmos de mon maître, des assassins dépêchés par Saga sont venus à Jamir. Saga souhaitait certainement éliminer toute trace des personnes proches de Shion. Grâce à la Cloth de mon maître, venue à mon secours, j’ai su faire face et j’ai alors compris qu’il n’était plus parmi nous. Et qu’en aucun cas mon maître Shion, m’aurait accusé de trahison. J’ai réalisé aussitôt que des alliés comme Dohko ou Ionia, que m’avait présenté mon maître, seraient en danger.
_ Arrivé à temps et discrètement, grâce à son Crystal Wall, il put amortir le dernier coup fatal de l’Excalibur de Shura. Je retombai au sol, inconscient et, semble-t-il, mort. Mû resta alors à mon chevet une fois la mission de Shura accomplie. Comme d’autres, nous étions dispersés et esseulés. Incapables de savoir si la tentative d’Aiolos était fondée. Mais suffisamment intimes de Shion, pour savoir que les actes récents du Sanctuaire n’étaient pas de son fait. Traqués et éliminés, nous étions incapables de réagir alors que nous pensions Athéna entre les griffes de l’imposteur. Jusqu’à hier où Mû vint me rendre visite, pour m’apprendre que Saori Kido, entourée de Saint de bronze, a défié le Sanctuaire de Saga des Gémeaux en prouvant être cette Athéna qu’Aiolos réussit à sauver à défaut d’avoir attenté à sa vie. »
D’un geste de la main, elle invite Ionia à se relever.
_ « Et j’en remercie Mû. Après avoir repris mon Sanctuaire, Mû m’a été d’une aide précieuse pour recenser les alliés hélas peu nombreux qu’il nous restait.
_ J’imagine que si vous avez fait appel au vieux chevalier que je suis, c’est que vous avez une mission à me confier. »
Elle leur tourne le dos pour sortir de sous le trône papal un coffret.
_ « A l’intérieur de cette boite se trouve l’arme avec laquelle Saga des Gémeaux a essayé de m’ôter la vie il y a treize ans.
_ Je sens une aura malsaine qui tente de s’échapper de cette boite, dit Ionia.
_ Tout comme la flèche qui m’a blessé il y a deux jours, une arme normale, même animée du cosmos d’un humain hostile, n’aurait pu percer ma cosmo énergie qui émanait naturellement du nourrisson que j’étais.
_ Il fallait l’aide d’une entité supérieure pour cela, complète Mû. Et le cosmos qui émane de cette boite, je l’ai ressenti il y a sept ans, lorsque nous étions confrontés à Cronos.
_ Le dieu Cronos serait alors à l’origine de votre tentative de meurtre, en déduit Ionia ?
_ Je pense que Saga n’a été influencé par personne d’autre que sa propre part d’ombre, rectifie-t-elle. Néanmoins, il a dû bénéficier de complicité.
_ Plusieurs complicités, ajoute Mû.
_ Plusieurs, s’inquiète Ionia ?!
_ Le cosmos qui a frappé par une flèche Athéna aux marches des douze maisons n’était pas le même que celui de Cronos. Il s’agissait d’une force plus ancienne. Plus obscure encore. Plus profonde. Comme les abysses de la mer nourricière de toute vie.
_ En quoi puis-je vous aider, demande Ionia ? »
Saori leur tourne le dos et passe derrière les tentures qui cachent les appartements du Pope et d’Athéna.
D’un hochement de tête pour lui donner la bénédiction, Mû enjoint Ionia à la suivre et lui emboîte le pas.
Ensemble, au bout d’un couloir à peine éclairé par la lueur des torches murales, ils arrivent dans une pièce au centre de laquelle une table est couverte de reliures.
Elle pose alors la main sur une pile de manuscrits.
_ « Malgré ses intentions indélicates, Saga prenait son rôle de Grand Pope très à c½ur. Comme ses prédécesseurs, il consignait toutes ses journées, ses théories, ses hypothèses. Marin de l’Aigle, sur le Mont Étoilé, a ainsi retrouvé ses mémoires ici présentes.
_ Lors de la Guerre Sainte contre Cronos, et depuis, Saga a renforcé nos positions en Egypte, reprend Mû.
_ L’Égypte, murmure Ionia… Nous y avons également longuement combattu les Saints de ma génération et moi-même, se souvient-il… Aiolos, jeune Saint promu à l’époque, y a également livré bataille sur demande de Shion.
_ Pourtant, depuis le passage d’Aiolos justement, Saga est explicite. Les Egyptiens n’ont plus défié le Sanctuaire. Les dieux égyptiens se sont retirés il y a bien des siècles pour un repos éternel face à la suprématie de l’Olympe. C’est la présence accrue des Athéniens et les profanations des temples de leurs dieux qui ont créé plusieurs mouvements de révoltes dans les sanctuaires de leurs représentants. Il paraît évident que Saga cherchait autre chose. Saga voulait dominer la terre, les Enfers et les cieux. Il y a là-bas quelque chose qui pouvait lui permettre d’y parvenir ou à l’inverse le menacer. Nous menacer. »
Mû reprend la parole.
_ « Parmi les quelques pages que nous avons feuilletées, il s’avère que le responsable des investigations est un Saint de bronze. Retsu du Lynx. Mirai, nouveau Saint de bronze du Petit Chien, a été envoyé avec une nouvelle troupe de soldat il y a peu pour approfondir les recherches. Ils ont reçu les renforts de Georg Saint d’argent de la Croix du Sud et de Juan Saint d’argent de l’Ecu. Ils sont aidés par une égyptologue contemporaine que nous avons intégrée au Sanctuaire, Miko Hasegawa. Nous avons déjà fait envoyer un messager pour annoncer le triomphe d’Athéna et surtout cesser tout agissement hostile envers les armées égyptiennes. »
Athéna continue.
_ « Néanmoins, il est impératif qu’ils maintiennent leurs positions en attendant l’arrivée d’un nouveau renfort en ta personne Ionia. Après être revenus me prêter allégeance, ils sont aussitôt repartis pour l’Égypte. Tes connaissances, ta longue expérience auprès de Shion, font de toi un atout inestimable pour notre armée. Ionia, je te demande de renouveler ton serment envers moi. Ta première mission consistera à étudier l’entièreté des mémoires de Saga, afin de découvrir concrètement l’objet de ses recherches. Tu iras ensuite rejoindre nos hommes en Égypte et décidera, selon tes conclusions, de poursuivre ou non ces recherches. Tes connaissances permettront certainement de voir plus claires dans les informations récupérées par Saga. »
Ionia s'agenouille.
_ « Déesse Athéna, c’est avec une immense fierté que j’accepte cette mission et renouvelle mon serment de fidélité envers vous. »

11
Only for Love / Chapitre 68
« on: 2 January 2021 à 13h23 »
Chapitre 68

De retour dans le palais du Grand Pope, Athéna et ses Saints constatent que malgré la bonne volonté des gardes, tout est encore en chantier.
L’odeur de la poussière et du sang hante encore les lieux.
Tout n’est plus que ruines.
Les dalles au sol, sont complètement retournées, voire brisées.
Les voilures arrachées, les murs fissurés et les colonnes effondrées.
Les plafonds ébréchés et branlants.
Pourtant, au milieu de ce désordre, Athéna progresse sans hésiter.
Guidée par la lumière des Cloths d’or des Saints défunts qui illuminent la pièce, elle se recueille devant elles.
Tandis qu’elle verse ses larmes sur chaque armure auprès desquelles elle prend le temps d’adresser ses pensées, de gauche à droite Milo, Aiolia, Shaka, Aldebaran et Mû posent le genou à terre.
Derrière eux, Shaina les imite.
Une fois ses prières achevées, Athéna progresse sur l’estrade où trône au milieu du chambard le siège intact du Grand Pope.
Avec classe, elle pose sa main sur le dossier et affiche, après la peine, une grande assurance.
_ « Shaina, comme nous l’avons fait pour les maisons du zodiaque qui ont le plus souffert, nous confierons aux meilleurs artisans du domaine de réaménager ces locaux. Et nos ouvriers pourront compter sur des soldats pour faciliter la maniabilité des différents poids à transporter et à surélever pour faciliter les travaux. Nos hommes ne devraient pas s’opposer à ces directives n’est-ce pas ?
_ En effet Athéna. Après avoir été dupés, ils cherchent à présent à se racheter auprès de vous. Comme nous tous d’ailleurs, moi compris.
_ Je reconnais bien ta ferveur Shaina. Aussi, si la revue des effectifs entamée avec Mû est juste, je crois savoir qu’il n’existe plus de général des armées.
_ C’est exact, confirme Mû. Phaéton a succombé à ses blessures lors du climax de la bataille d’hier.
_ J’ai pu constater que pour le respect qu’elle impose à ses pairs, Shaina serait toute attitrée pour remplir cette fonction, suggère Athéna. »
Derrière leur déesse, les Saints d’or félicitent entre eux d’un hochement de tête cette décision.
Sous le masque de l’Italienne, des larmes signifient toute la joie que procure une telle intronisation.
Quittant la proximité prise avec le trône du Pope, Athéna avance d’un pas en direction de ses sujets : « Toujours dans le but de réorganiser au plus vite et au mieux mon armée, j’ai besoin de nommer un nouveau Grand Pope. Depuis toujours, j’ai privilégié l’expérience, la pureté de l’âme et la toute puissance d’un Saint d’or pour occuper ce rôle majeur. En l’occurrence, Dohko Saint d’or de la Balance est le plus à même de remplir cette tâche, surprend-elle. »
Aiolia, serre fermement son diadème sous son bras : « Athéna avec tout le respect que je vous dois, nommer le Vieux Maître alors qu’il ne quitte jamais les Cinq… »
La voix rocailleuse du Chinois s’invite à la fête : « Jeune camarade. Même si l’âge et l’expérience de la Guerre Sainte contre Cronos t’ont rendu plus mature, tu as gardé ton tempérament de feu. »
Eternel moqueur, son compatriote Milo ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’½il amical à Aiolia.
Le Saint du Taureau, lui, ne peut s’empêcher de rire à haute voix ce qui provoque l’agacement de Shaka.
_ « S’il vous plait. Je pense qu’il est important d’écouter ce que le Vieux Maître a à nous dire par télépathie.
_ Merci Shaka. Je tenais simplement à confirmer que je ne peux quitter les Cinq Pics pour le moment et que vous en comprendrez la raison le jour où je reviendrai parmi vous. Cependant, mon rôle en Chine ne m’empêche pas de suivre ce qui se passe au Sanctuaire. Je vous sais également tous suffisamment responsables pour ne pas avoir également à être sous ma tutelle constante. De plus, Mû sera mes yeux et ma voix lorsqu’il le faudra. »
En ch½ur, Athéna et Mû remercient Dohko pendant qu’Aiolia serre les dents et que Milo, d’un mouvement de tête, lui signifie qu’il partage son incompréhension.
_ « Avant de nous réunir pour entamer la traversée du domaine, poursuit Athéna toujours plus pressée face à la journée débordante qui l’attend, il reste quelques points à élucider. Tout d’abord, il faut s’occuper des sépultures des Saints morts hier. Quel qu’ils soient, il est indispensable de leur offrir une tombe digne de ce nom. Les corps des Saints d’argent et de nos autres adversaires morts au Japon, eux, ont été gardés par la Fondation Graad dont je suis héritière. Je chargerai Tatsumi de les faire rapatrier ici, au cimetière des Saints. Maintenant, je souhaite que les partisans emprisonnés de Saga et de Gigas ne soient pas mis à mort et qu’ils soient au contraire bien traités.
_ Athéna, s’insurge encore une fois le Lion, je me permets de protester. On parle là de tueurs, de criminels qui ont profités de la tyrannie imposée par Saga pour agir à des fins personnelles. »
Attentif, Shaka attend résolument la réponse d’Athéna.
_ « Et qui serons nous si nous leur prenons la vie, demande-t-elle ? Ne serons-nous pas des tueurs qui agissent à des fins personnelles pour assouvir leur vengeance ? Ne serons-nous pas à notre tour des criminels ? Je veux éviter la mort d’autrui. La vie est un don précieux que chaque chevalier doit préserver du mieux qu’il peut. »
L’homme aux yeux clos, passablement tourmenté depuis son combat contre Ikki, affiche une poignante satisfaction à l’écoute de ces mots.

De plus en plus déconcentrée par un bourdonnement assourdissant, la réunion perçoit désormais quelques clameurs.
_ « La foule attend devant les marches des maisons du zodiaque, dit Milo. Honkios et tout le reste du Sanctuaire s’impatiente de votre visite Athéna. On les entend d’ici.
_ Dans ce cas, ne les faisons pas attendre davantage. Après notre visite auprès des Athéniens, je voudrais que des messagers portent la nouvelle de mon retour au Sanctuaire, auprès des différents domaines annexés. Y compris ceux conquis par Saga, l’Egypte et l’Inde, ainsi que les royaumes amis comme ceux du grand nord et Yíaros.
_ Je confirai cet ordre à nos meilleurs hommes, acquiesce Shaina en prenant congés.
_ Parfait. Avant de vous laisser m’emboîter le pas en direction du peuple, dit-elle en descendant jusqu’à ses Saints d’or, j’aimerai te remettre quelque chose Aiolia… »
Pendant que tous patientent les yeux fermés, sages et appliqués, Aiolia plonge les siens dans ceux de sa déesse qui s’est abaissée face à lui.
Habituellement fougueux, il est pris par la tendresse que lui témoigne sa douce bienfaitrice.
Sa mine est apaisée puis curieuse, à mesure qu’elle tend la paume de ses deux mains jusqu’à lui pour lui présenter un pendentif.
_ « Ce présent appartenait à ton frère. Pour calmer les larmes du nourrisson que j’étais la nuit où il m’a sauvé, il me l’a offert. Je crois bon qu’il te revienne après toutes ces années. »
La gorge nouée, Aiolia reçoit le bijou sans savoir quoi répondre. Le félin, transformé en agneau, voit sa vue embuée par les larmes.
L’ensemble de l’assistance est attendri par ce moment qu’Athéna choisit pour clore cette première réunion.
_ « Je vous rejoins en compagnie de Mû dans quelques minutes. »

A mesure que les cliquetis des Cloths des Saints d’or s’éloignent, Mû se relève pour se positionner entre Saori et une intruse dissimulée derrière une colonne.
_ « Il ne reste plus que Mû. Tu peux sortir Marin, annonce Athéna.
_ Merci Athéna de me donner audience. »
Le corps encore marqué par les heurts subis la veille, Marin attend qu’Athéna poursuive.
_ « C’est tout naturel. Après tout, tu as participé à notre victoire. Tu es des nôtres.
_ À vrai dire, c’est de cela dont j’aimerai m’entretenir avec vous. Mais avant toute chose, j’aimerai que Mû garde pour lui ce qu’il entendra ici.
_ Tu as sa parole, comme la mienne.
_ Je suis à la recherche de votre Chouette, Athéna. »
Rien qu’une telle annonce glace le sang de Mû, tandis qu’elle renforce l’attention de la Déesse de la Sagesse.
_ « Comme vos souvenirs vous l’indiquent à mesure qu’ils vous reviennent, vous devez vous rappeler qu’à chaque réincarnation, la Chouette vous suit en compagnie de Pégase. Elle et Pégase sont liés. Cependant, Pégase est arrivé seul au Sanctuaire, affublé de son Jonc. J’ai pu découvrir que le second Jonc, celui de la Chouette, était détenu par l’Olympe. Ce qui signifie qu’il a été dérobé à la Chouette.
_ Celle-ci serait donc hypothétiquement morte, s’interroge Athéna ?
_ Comment as-tu pu découvrir ceci, relève Mû avec son calme légendaire ? Quels sont ces Joncs exactement ? »
Le Bélier parait pour la première fois bien crédule, tandis qu’Athéna se montre tourmentée.
Marin profite alors qu’Athéna soit cloîtrée dans le silence pour éclaircir la situation au Muvien.
_ « Depuis la nuit des temps, pour assurer la victoire à Athéna, la Chouette et Pégase l’accompagnent. Lorsque ceux-ci se réincarnent, pour garder un ½il sur les événements de la Terre, qu’il a confié à sa fille, Zeus fait réincarner son Aigle et son Trait de Foudre. Nous pouvons dire que la Chouette avec l’Aigle et Pégase avec le Trait de Foudre sont jumeaux astraux. Pour rester liés l’un à l’autre, la Chouette et Pégase ont chacun un artefact similaire. Un bracelet qui maintient une plaque où figurent entremêlés les symboles de Pégase et de la Chouette. Cela permet à la Chouette de retrouver Pégase et le réunir auprès d’Athéna.
De leur côté, pour rester liés l’un à l’autre, l’Aigle et le Trait de Foudre ont chacun une clochette. Cela leur permet de voyager librement entre l’Olympe et la Terre. Leur rôle est de veiller à ce qu’aucun Olympien n’interfère dans les batailles que se livrent perpétuellement Athéna, Poséidon et Hadès sans l’autorisation de Zeus. Et qu’Athéna, devenue trop proche des hommes, ne commettent pas d’actes irréparables ni d’affront envers l’Olympe. Zeus veut garantir le juste équilibre des choses. Je suis la réincarnation de l’Aigle de Zeus. Cependant, des membres de l’Olympe ont comploté contre mon frère, le Trait de Foudre, et moi. Ils m’ont dérobé ma clochette durant mon enfance et m’ont ainsi condamné à vivre comme une humaine et à passer pour une traîtresse aux yeux de Zeus en ne me présentant jamais à lui. Lors de l’attaque, mon frère et moi avons été séparés. J’imagine qu’ils ont agi ainsi avec la Chouette et Pégase. Pégase, lui, a eu la chance de ne pas être immédiatement retrouvé et a échappé à ce complot. Heureusement, au moment de son vol, j’ai été frappé par le pouvoir de ma clochette, le Pendentif de Zeus, et ai pris conscience de ma mission. J’ai donc choisi de me rapprocher d’Athéna pour révéler la conspiration qui la vise, elle, ainsi que mon maître Zeus. C’est ainsi qu’en tant qu’Olympienne, j’ai pu surmonter les obstacles et atteindre le Sanctuaire pour y devenir très rapidement Saint. Hélas, le complot de Saga m’empêcha de révéler à Athéna le piège tendu par les dieux célestes. De plus, mon cosmos est en quasi-totalité scellé par les dieux qui m’ont dérobé mon pendentif. Heureusement, l’arrivée de ce petit garçon porteur du Jonc, Seiya, me rendit espoir. Je l’ai formé en l’absence de la Chouette et l’ai suivi jusqu’à ce qu’il vous retrouve, vous Athéna. En même temps, j’ai profité de la présence sur Terre d’Hébé, Déesse de la Jeunesse, pour trouver l’autre Jonc. Grâce à celui que j’avais subtilisé à Seiya durant son entraînement, nous avons pu chercher et localiser le second. Au cours de cette quête, j’étais accompagnée de deux Saints, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Philémon du Lièvre, et d’une Alcide, Baucis de la Biche de Cérynie. Tous trois périrent face à un Ange de l’Olympe et Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer en personne. Hébé même ne pu s’en sortir. Elle se sacrifia pour que je puisse conjurer le mal.
_ De valeureux chevaliers, baisse Athéna les yeux au sol aussitôt après l’annonce de nouvelles pertes… Et une grande divinité… Alors que les Guerres Saintes ne font que commencer…
_ En effet Athéna. En plus des Guerres Saintes que vous mènerez très certainement contre Hadès, voire Poséidon, une bien plus importante vous attend. »
La splendide déité se relève pour dominer ses deux sujets prostrés.
Elle fixe Mû avec détermination : « Il est impératif Mû que tu gardes pour toi tout ce que tu as pu entendre. Quelles que soient les circonstances, jamais tu ne dois évoquer cela.
_ Absolument Majesté. Si j’ai bien compris, ses amis et surtout Pégase sont indispensables à votre succès.
_ En effet, Pégase a toujours accompagné Athéna dans la victoire, ajoute Marin. Il en sera sûrement ainsi à notre époque charnière.
_ Cependant, il n’est pas prêt. C’est un miracle s’il est toujours en vie aujourd’hui. Il lui faudra franchir d’autres obstacles pour monter graduellement en puissance si un jour l’Olympe est notre ennemi. »
La voix fatiguée et pleine de sagesse du Vieux Maître se permet de rejoindre le trio : « Tout à fait. Pardonnez mon intrusion mais en tant que Pope, je ne voulais pas manquer. Rassurez-vous Athéna, comme Mû je garderai le secret pour ne pas tourmenter davantage nos troupes. Là encore le Saint d’or du Bélier a raison. Dans les nombreuses batailles que vous aurez à mener, Seiya et ses amis seront obligés de développer ce que la bataille des douze maisons leur a enseigné. Je présume également qu’Hadès ne tardera pas à se montrer. Alors à cette bataille, et celle-ci uniquement, puisqu’il s’agira d’une des plus éprouvantes, nous devrons prendre le soin de les ménager, car il ne restera certainement plus qu’eux, pour faire face à l’Olympe.
_ Qu’il en soit ainsi. Ils m’accompagneront jusqu’à la Guerre Sainte contre Hadès. »


A quelques kilomètres de là, dans les profondeurs sous-marines de la Méditerranée, les rayons du soleil qui percent le plafond d’eau créent une chaleur humide.
Elle fait dégouliner dans le creux de la poitrine d’une splendide créature des gouttes de sueur au sein du temple de Poséidon, à l’intérieur des appartements réservés aux Marinas.
Blonde, aux formes généreuses, assise nue contre un homme tout aussi simplement vêtu, elle donne la main à son amie, brune, collée contre le dos de leur amant afin de lui baiser le cou.
Enlacés tous les trois, s’enroulant dans les draps noyés de transpiration du général aux cheveux bleus, ils ne peuvent retenir les gémissements que procurent les frottements de leurs corps moites les uns contre les autres…
Appuyée contre l’encadrement de la chambrée aux pierres blanches, une troisième femme observe les échanges passionnés sans pour autant se sentir dérangée.
Couverte de sa Scale rosée, la Danoise aux yeux océan attend sagement que son supérieur achève son râle d’extase.
Aussitôt satisfait, le Dragon des Mers, d’une tape légère, mais non moins autoritaire, sur les fesses de ses partenaires, les renvoie : « Merci mesdames. Vous pouvez retourner auprès des vôtres dans les villages en contrebas. »
Sans se soucier d’elles, il ramasse ses vêtements avant d’appeler à lui ses écailles.
Les nymphes, aux regards concupiscents et à peine gênée par leur légèreté, passent devant Thétis en prenant soin de ne pas la bousculer.
Celle-ci, d’une voix sèche, démontre tout le dédain qu’elle éprouve envers une telle attitude : « Cela fait près d’une heure que vous avez convoqué les Marinas dans la salle d’audience de Poséidon. Ils vous attendent. »
En s’approchant d’un air supérieur après avoir fixé son heaume qui ombre son visage, Kanon passe ses bras contre chaque flanc de l’encadrement de porte comme pour mieux dominer la magnifique Mermaid : « Ces femmes habitent les villages du sanctuaire sous-marin et manifestent leur confiance en notre armée. Tout comme d’autres le font avec certains autres Marinas. Je ne vois pas pourquoi mon comportement t’indignerait le plus ? »
Etrangement attirée par cette assurance qui fait du Dragon des Mers leur meneur, Thétis baisse les yeux pour reconnaître sa supériorité : « C’est simplement que nous avons ressenti différents cosmos s’entrechoquer hier. Le retour d’Athéna en son Sanctuaire et l’absence du retour de Poséidon nous inquiètent. Nous attendons que vous nous éclairiez. »
Elle recule pour le laisser s’engager dans le couloir : « Ne craigniez rien. Le Dieu des Mers et des Océans sera bientôt parmi nous. Et sans que nous ayons à lutter, la Terre sera nôtre. »


Dans le palais ravagé du Grand Pope, les explications de Marin annoncent à Saori l’ampleur de la tâche d’Athéna en cette époque.
L’Olympe sera donc l’issue définitive de toutes les Guerres Saintes livrées sur Terre depuis la nuit des temps. Et pour cela, Athéna aura besoin de Pégase.
Voilà pourquoi il est convenu de préserver Seiya, et à fortiori ses camarades, lors des batailles à venir, notamment celle contre Hadès, afin qu’Athéna dispose de son fidèle destrier en pleine possession de ses moyens lors du combat final.

Un court silence permet de statuer du sort de Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
Pendant qu’il inspecte son heaume, pensif, Mû réfléchit à la situation présentée par Marin.
_ « Pour en revenir à l’Olympe. J’ai cru comprendre que tu t’étais rendue à Jamir ?
_ En effet, j’espérais t’y trouver pour interpréter les signes que j’ai vu, lorsque j’étais au contact du sceau qui retenait prisonnier le Jonc de la Chouette.
_ Il semblerait que quelqu’un a su le faire à ma place, sourit-il.
_ Impossible ! Nicol m’a bien dit que… A moins qu’il ne m’ait délibérément menti.
_ Nicol de l’Autel était le disciple d’Arlès, le frère de mon maître Shion. Ces signes ont dû lui paraître évidents. Tout comme il lui paraissait évident, que tu te rendes auprès de Seiya pour participer à l’ascension d’Athéna. Cette fois, il a fait mouche. Donc j’imagine qu’il fera la même chose, à partir des indices que tu lui as laissé.
_ Nicol, se remémore Saori. Il s’agit du Saint qui accompagne Mei de la Chevelure de Bérénice, Yulij du Sextant et ton épouse Médée du Graveur ?
_ En effet, il s’agit des quatre Saints que je vous ai présentés lors de notre revue des effectifs. Kiki m’a dit qu’il les a vus quitter Jamir. En cet instant, je ressens leurs cosmos à l’autre bout du monde.
_ Peut-être devrions-nous envoyer une équipe leur prêter main forte, propose Marin ?
_ Comme l’a préconisé le Vieux Maître, je pense qu’il est plus prudent de nous focaliser sur les dangers à venir, s’y oppose fermement Mû. A moins que Marin ne veuille les rejoindre, le plus important, avant le Pendentif de Zeus, ce sont Seiya et nos amis blessés.
_ Je préférerai que Marin reste auprès de Seiya pour ma part, s’inquiète Saori, comme elle l’a toujours fait jusqu’ici. Puisque nous avons une équipe déjà en investigation loin d’ici, j’aimerai que Marin poursuive les siennes près de nous.
_ Comme bon vous semblera Athéna, accepte l’Aigle.
_ Toutefois, j’aimerai que tu occupes le temps de sa convalescence une autre tâche Marin.
_ Comme il vous plaira.
_ Saga a décimé l’ordre des prêtres. Il a gardé quelques prêtresses. J’imagine, au regard du potentiel que j’ai ressenti chez elles, qu’il ne les a pas épargnées que pour son bon plaisir, mais pour éventuellement s’en faire des alliées, comme c’est le cas avec la seule Saintia nommée ce jour.
_ Vous avez donc remarqué la distance prise par Katya de la Couronne Boréale, remarque Mû.
_ En effet. Il est évident qu’elle partageait avec lui le secret de sa culpabilité. Les autres ayant des capacités, Saga espérait sûrement pouvoir les enrôler un jour. Mais n’en étant pas certain, il n’a pas pris de risques en limitant leur instruction martiale. En ces temps troublés, j’aurai besoin de ma garde rapprochée. Marin, je souhaite que tu formes ces prêtresses afin de pouvoir en faire des Saintias.
_ Tu profiteras de cette occasion pour remettre en question les certitudes de Katya, suggère Mû, puisque Sa Majesté Athéna a jugé bon de ne pas l’emprisonner avec les autres renégats.
_ Ce ne sera pas nécessaire Marin, stoppe Athéna. Je me chargerai moi-même de Katya. Charge à toi dès lors de lui permettre de libérer son plein potentiel une fois que je l’aurai libéré de ses doutes. Tu peux prendre tes quartiers au temple des prêtresses pendant la convalescence de Seiya. »


Toujours en Europe, plus au nord, en Allemagne, l’immense propriété de la famille Heinstein est le théâtre d’un regroupement phénoménal de soldats.
Dominant une forêt abandonnée, vidée de toute vie, dans ce qui s’apparentait autrefois à de magnifiques jardins fleuris, les squelettes d’Hadès montent la garde et s’entraînent dans des corps à corps où les plus faibles sont massacrés sans états d’âme.
Ce lieu, où les rayons du soleil ne percent plus les nuages sans cesse présents, est nourri par quelques faisceaux lumineux verdâtres qui surgissent des entrailles de la Terre et s’envolent vers le ciel. Y balancer les cadavres des Squelettes vaincus est dorénavant la seule occupation de ces guerriers qui attendent avec impatience l’avènement du dieu, pour lequel ils se sont rassemblés ici et envers qui ils ont prêté allégeance.

Pendant ce temps, à l’intérieur même du château, c’est le retour d’une autre divinité qui accapare l’attention de la maîtresse de maison.
Assise sur un petit tabouret dans un hall d’où débouchent divers appartements de la demeure, l’Allemande aux cheveux prune et au visage fermé, glisse ses doigts sur les cordes de sa harpe sur laquelle elle entonne une mélodie en attendant la réunion qu’elle a convoquée.
Le premier arrivé auprès de Pandore n’est autre que Rhadamanthe, suivi de Myu et de Valentine, désormais arrivé lui aussi auprès des Spectres.
Le futur Juge est subjugué par la beauté de sa supérieure que la lumière inonde en passant par le dôme vitré sous lequel elle est positionnée.
Ils sont rejoins par Eaque et Minos, suivis respectivement par Violate et Byaku.
Les trois Juges se positionnent juste devant la s½ur aînée d’Hadès, tandis que les autres Spectres se positionnent derrière.
Peu à peu, vêtus sobrement, débouchant de toutes les portes par lesquelles communique ce hall, arrivent d’autres futurs appelés à porter les Surplis.
Si Dohko ou Shion étaient là, ils reconnaîtraient à coup sûr les visages de Queen, Gordon, Sylphide, Yvan, Rock, Kagaho, Gigant, Fyodor, Cheshire, Wimber et Tokusa parmi tant d’autres. L’espace d’une musique, cent sept futurs Spectres, ayant pris conscience de leur réelle attribution, ont rallié Pandore.
Bon dernier, d’une démarche désinvolte, en smoking et couvert d’un chapeau haut-de-forme, Yoma progresse en esquivant ses semblables prosternés, faisant preuve d’une grande agilité en manipulant avec pitrerie, un plateau sur lequel une tasse de thé attend Pandore.
Une fois celle-ci servie et le majordome parti au loin rejoindre les siens, la ténébreuse jeune femme explique : « Au fil des derniers mois, vous vous êtes tous sentis appelés par une quête essentielle à notre monde. Vous êtes devenus concernés par notre miséricordieux souverain. Sachez que l’heure de la Guerre Sainte est proche. Il n’est plus question que de quelques mois avant que les étoiles maléfiques soient libérées. Et à cet instant, nous pourrons attaquer. Lors de mes nombreuses visites auprès de vos âmes circulant librement dans le Meikai, et de mes entretiens avec Sa Majesté Hadès, nous avons convenu d’un plan. Les récents évènements dans le Sanctuaire d’Athéna renforcent notre stratégie, car dans sa bonté toute naturelle, sa Majesté Hadès refuse de vous voir être blessés au combat. Lorsque l’heure sera venue, se sont ses propres Saints qui prendront la tête d’Athéna… »


Pendant ce temps, au pied des douze marches des maisons du zodiaque, une partie du peuple est amassée en attente de l’arrivée d’Athéna.
La plupart des gens arborent des tenues qu’ils réservent pour les grandes occasions.
Partout au milieu des attroupements se réunissent quelques musiciens.
Dispersés dans la foule, des enfants partagent leurs paniers pour jeter en l’air des pétales de fleurs.
Les villageois les plus festifs, eux, trinquent à tour de bras en partageant les amphores offertes par la guilde des artisans.
Les plus calmes préfèrent les cotillons à l’alcool, ils colorent le ciel des multiples artifices distribués.
Une telle ivresse n’avait pas été vue depuis le 5 mars 1985 et sa Journée Sainte qui s’était achevée en pugilat.

Plus haut, rassemblés dans la maison du Bélier, Shaina, Aldebaran, Aiolia, Shaka et Milo attendent Mû et Athéna.
Toujours très enjoué, le Saint du Taureau caresse les parois de la demeure de son ami en charriant Shaka : « Mû qui aime le calme ne sera pas embêté par les travaux. Contrairement à toi Shaka. Quelques gardes risquent de venir faire du bruit pour la réfection de la maison de la Vierge. »
Le bouddhiste, devenu suffisant ces dernières années, répond cette fois par un sourire timide et sincère. Il se retourne ensuite en direction de sa maison, troublé. Il se perd dans ses pensées : « La sixième maison… Celle où j’ai pu revenir avec Ikki… »

Flashback
Après l’explosion causé par le cosmos d’Ikki, Shaka errait dans une vaste étendue d’une autre dimension.
Étant sans corps, ni esprit, il venait de rentrer dans ce que le bouddhisme appelle Shânta-Bhâva, une atmosphère paisible et sereine, dans laquelle on se sent proche de son idéal choisi. Tout autour de lui, l’univers était visible, tandis qu’en dessous se dressait un parterre de fleurs de lotus.
Il restait ainsi un certain moment quand doucement une silhouette prit forme derrière lui et qu’une présence se fit ressentir.
Cette présence était sereine et emplie de bonté.
Immense, doré et apaisant, Bouddha vint à Shaka.
_ « Mon brave Shaka, je vois que tu souffres d’un grand trouble. Veux-tu m’en parler ?
_ Ô Éveillé, quel bonheur d’entendre à nouveau votre voix. Où étiez-vous ? Je vous ai appelé plusieurs fois, mais vous n’avez jamais répondu. Fallait-il que je meure pour vous entendre de nouveau ?
_ J’ai toujours été présent à tes côtés, Shaka. Et je t’ai parlé. Mais, malheureusement, ton orgueil se dressait entre nous deux.
_ Mon orgueil ? Je ne comprends pas ?
_ Je sais ce qui te trouble l’esprit, Shaka, c’est l’incertitude, le doute. Tu viens de découvrir une nouvelle vérité qui te met dans un désarroi mental. Est-ce que je me trompe ?
_ Non, Ô Éveillé. Vous ne vous trompez pas.
_ Alors confie-toi à moi, Shaka, tout comme tu le faisais durant ta jeunesse et tes débuts dans l’ordre d’Athéna.
_ Je suis un Saint d’or protecteur d’Athéna. Je me bats pour la justice et je ne servirai jamais le mal. Le Pope, sensé être le plus grand protecteur d’Athéna, n’était autre que Saga, cet usurpateur emplit de mal. Et pourtant… pourtant…
_ Continue, mon brave Shaka et n’hésite pas.
_ Quand je fus nommé Saint, j’ai côtoyé à plusieurs reprise le Pope sans connaître sa vraie identité et son acte malsain envers Athéna et j’ai toujours senti de la bonté et de la générosité en lui… parfois même de l’amour. Le peuple l’a toujours aimé sincèrement. Si Saga s’était tourné graduellement vers le mal alors pourquoi moi, Shaka, qui suis capable de voir si une personne est du côté du mal ou du bien, ne l’ai-je pas remarqué ?
_ Ce manque de perspicacité est ce qui te met aujourd’hui en détresse, n’est-ce pas ?
_ Bien sûr ! Je vivais dans la certitude de détenir la vérité absolue, que le Pope était la bonté et la justice même. Mon combat contre Phénix a ébranlé cette certitude. Seul un Saint qui a la justice à ses côtés aurait pu me vaincre et Athéna représente la justice, donc nos jeunes Saints avaient Athéna de leur côté et non le Pope. Ô Éveillé, pourquoi n’ai-je pas ressenti la juste cause du Phénix et de ses amis !?
_ Mon brave Shaka, tu détiens toi-même la réponse à cette question dans tes dires.
_ Je ne comprends pas…
_ Tu as été victime de ta propre certitude.
_ Ma certitude… je ne saisis pas. Le doute est issu de l’ignorance de la vraie nature de toute chose. Cette vraie nature est la vacuité ou bien le vide. Cette vacuité ne signifie pas que les choses n’existent pas, mais seulement qu’elles ne sont rien d’autre que des apparences. L’ignorance de cette vacuité forme avec la haine et le désir, les trois racines du mal qui enchaînent les êtres vivants à notre monde et au cycle des réincarnations. L’ignorance mène au désir qui à son tour engendre la haine. Tout bouddhiste, non… tout être vivant a comme devoir de vaincre ces trois racines, s’il veut atteindre l’Éveil et la libération en ce monde. Comme l’ignorance est la source des deux autres racines, abolir cette ignorance est la première chose à faire et peut ainsi aider à la neutralisation des deux autres. Seule la connaissance permet d’en finir avec cette ignorance et de ce point de vue là, Ô Éveillé, n’est-il pas concevable que la certitude est égale à la connaissance ?
_ Certes, Shaka, la certitude peut être vue comme une forme de connaissance. Mais si tu laisses la certitude prendre le dessus sur le reste, cette même certitude devient une forme d’orgueil et l’orgueil est une forme du désir et donc une racine du mal. »
Derrière Shaka, dans cette atmosphère de sérénité, Bouddha tourna la paume de la main gauche vers son corps, celle de la main droite vers l’avant. Le pouce et l’index de chaque main formèrent deux cercles qui se touchèrent légèrement. C’est le Dharmachackra-Mudrâ, appelé aussi Tenpo Rin In, le geste avec lequel le Bouddha indique qu’il est sur le point d’enseigner une chose importante.
_ « Durant ton enfance et en tant que jeune Saint, tu n’excluais pas le doute de ton esprit et tu évitais de poser tes opinions comme des certitudes. C’est ce mélange de doute et de certitude qui te donnait la faculté de lire dans le c½ur des hommes et de voir s’ils étaient du côté du bien ou du mal.
_ Mais alors, comment se fait-il que je me sois trompé au sujet de Saga ?
_ De part sa gémellité, Saga possédait aussi bien le mal que le bien en lui. Fort heureusement pour lui, durant la plus grande partie de son imposture en tant que Pope, le bien régnait en lui. C’est cette bonté, que tu as ressenti lorsque tu étais encore un jeune Saint. A force de sentir ce bien et les sentiments des autres, tu t’es progressivement bercé avec l’idée que tu détenais la certitude de la vérité absolue. C’est là que cette certitude a fait naître l’orgueil en toi et que ton aveuglement pour la vraie vérité prit place. Et l’aveuglement n’est rien d’autre qu’une forme d’ignorance, la racine qui engendre les deux autres qui forment l’obstacle à l’Illumination.
_ Je vois. Phénix savait que Saori était Athéna et cela fut la cause de la détermination que j’ai ressenti en lui durant notre combat. Il était prêt à mourir afin de vaincre son adversaire. En se sacrifiant, il a non seulement remporté la victoire sur moi, mais également sur mon ignorance et il m’a ouvert au doute.
_ En laissant de nouveau la place au doute dans ton esprit, tu es retourné au stade de ta jeunesse, où tu étais bien plus abouti que tu ne l’es maintenant. Si tu es capable de comprendre cela et de persévérer dans cet aboutissement, tu seras réellement l’homme le plus proche des dieux.
_ Merci beaucoup, dessina Shaka un sourire aux lèvres, Ô Éveillé, de m’avoir guidé par votre sagesse à l’origine du trouble dans mon esprit. Je sais maintenant ce que je dois faire.
_ Bonne chance, Shaka et à bientôt. »
La présence du Bouddha se dissipa dans l’univers.
Shaka avait retrouvé une paix intérieure et décida d’agir en retrouvant sa demeure et en expiant sa faute auprès d’Athéna...
Flashback

Le souvenir de sa défaite hante suffisamment le Saint d’or pour lui rappeler les décès de ses disciples Shiva et Aghora : « Pardonnez mes certitudes. Elles auront eu raison de vous. »
Aussi, l’image d’Hasu, la Sainte de bronze de la Couronne Australe, avec laquelle il aura partagé quelques instants charnels, le poursuit : « Quant à toi, Hasu, c’est mon arrogance qui t’aura détourné de ton amour pour Algol. Tu es morte seule, par ma faute. Si seulement j’avais su t’écouter… »
Les propos d’Hasu alors qu’il mettait un terme à leur aventure lui reviennent : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclus pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification… Un jour tu perdras ton invulnérabilité. Etre un Saint d’or proche des dieux, n’enlèvera rien au fait que tu puisses rencontrer quelqu’un dont le c½ur et la conviction te fassent vaciller. Et j’espère que ce moment te forcera à reconsidérer tes positions actuelles. A cet instant, je serai disposée à te recevoir de nouveau chez moi. »
Le natif de la Vallée du Gange baisse sa tête, amer : « Tu avais raison. Et tu n’étais pas la seule. Mon amie Mayura Saint d’argent du Paon aussi. »
Le souvenir de paroles blessantes lors d’une dispute avec Mayura lui revient en mémoire. Il se souvient de ces derniers mois, où Bouddha ne venait plus à lui, sans qu’il sache intelligemment s’interroger. La veille de sa mort, Mayura lui asséna : « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Et qu’une remise en question te ferait le plus grand bien ? »
Soudain, l’arrivée du propriétaire du temple du Bélier, accompagné d’Athéna et Marin sort Shaka de sa léthargie : « Hasu, Mayura… Mon plus gros regret est que vous ne soyez plus là pour que je reconnaisse mes torts devant vous. »
 
Ses Saints remarquent que pour l’occasion, Saori est affublée d’or par-dessus sa robe immaculée.
Un bracelet, un collier et un diadème doré accompagnent la fine ceinture qui enserre sa taille. Cette tenue ressort à merveille avec son sceptre et lui donne davantage de majesté en plus de faire honneur à ses courbes.
Shaina, inquisitrice, remarque : « Marin ?! Tu étais présente au sein des douze maisons ?
_ Hum… Athéna m’a autorisé à me reposer à l’intérieur de ses appartements. »
Inopinément, le bruit de trompettes évite à l’Aigle de pénibles excuses.

Devant les marches, le public recule.
Sur les flancs, à chevaux, arrivent les soldats les plus gradés, les caporaux.
A pieds, derrière eux, armures nettoyées, lances et boucliers à la main, les gardes suivent en rangs.
En membre d’honneur, habillé de son plus beau costume, Tatsumi suit la marche en compagnie de ses nouveaux acolytes, avec parmi eux son frère de c½ur, le père adoptif de Kyoko et Shoko.
Avec discipline, ils se positionnent entre les escaliers de pierre et l’assistance qui admire le défilé.
Quelques minutes après, des applaudissements accompagnent l’arrivée des Saints de bronze. Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki progressent avec noblesse jusqu’aux premières marches, forçant la reconnaissance des soldats qui s’inclinent devant les Japonais suivis de trois autres Saints de bronze qui leur sont inconnus. Les deux premiers, Retsu du Lynx et Mirai du Petit Chien, sont rappelés de mission pour l’occasion. Enfin, le forgeron du Sanctuaire, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur ferme la marche.
Les huit chevaliers de bronze s’agenouillent sur le premier pallier des marches, à mi-chemin vers la maison du Bélier.
Le rythme des vivats s’accélère quand les ombres de Marin et Shaina prennent forment sur le parvis de la demeure. Les Saints d’argent s’installent à genoux, trois marches plus en bas, en direction de l’entrée sombre en attendant les derniers remparts.
Elles sont rejointes par Georg de la Croix du Sud et Juan de l’Ecu, revenus avec Retsu et Mirai.
Les bravos deviennent des acclamations quand les cinq Saints d’or se positionnent en arc de cercle devant les quatre derniers Saints d’argent.
La foule n’en peut plus, les gens tapent des mains, des pieds, s’égosillent jusqu’à ce qu’ils aperçoivent d’abord le sceptre de la déesse resplendissante illuminé par le soleil.
Enfin, la silhouette gracieuse d’Athéna, dégageant une impériale grandeur, inonde le peuple de tout son éclat. Il se prosterne aussitôt.
Kiki quitte l’assemblée pour se téléporter aux côtés de celle qu’il a connu comme étant simplement Mademoiselle Kido. Après un effort de concentration inouï, il fait venir le Bouclier de la Justice aux côtés d’Athéna qui le tient fermement sous sa main gauche.
Enfin, seul élément irrévérencieux, il écarte grand les bras, rassuré par le grand sourire que lui adresse Saori, et libère un puissant : « Hourra ! Hourra ! Vive Athéna ! »
Aussitôt, des confettis et des colombes sont lâchés dans le ciel, le peuple saute, exulte.
A chacun de ses sujets, Athéna adresse un sincère sourire.
Tour à tour ses chevaliers, toujours inclinés, s’échangent une mine désormais soulagée.
D’abord les Saints d’or, puis ceux d’argent, et ensuite ceux de bronze, se lèvent après qu’Athéna passe devant eux.
Elle descend une à une, avec raffinement, les marches jusqu’à poser un premier pas sur Honkios.
Immédiatement, comme dans tous les autres villages par la suite, un groupe d’enfant vient l’accueillir avec un bouquet de fleur. A chacun, elle caresse la tête tendrement.
A chaque vieillard elle serre passionnément la main.
A tous les habitants qu’elle rencontre, elle réchauffe leurs c½urs de son cosmos bienfaiteur.
Derrière elle, l’armée toute entière réunie, se disperse peu à peu, à mesure qu’ils progressent, dans chaque secteur qui est donné à l’administration d’une faction.
Les Saints, eux, patientent devant tous les temples croisés où Athéna va se recueillir.

Tandis qu’Honkios se désemplit, la foule suivant les pas d’Athéna, la silhouette parfaitement tracée de Katya dans sa toge légère fixe avec dédain le départ de la déesse.
Comme une quinzaine d’autres, pour la plupart des soldats, elle goutte peu aux réjouissances et, comme si elle les menait, d’un signe de la tête, les enjoint à la suivre en direction du cimetière des Saints.


Au dehors du Sanctuaire, en Grèce, sous l’Aréopage touristique, le domaine d’Arès est d’un étrange calme relaxant.
Dehors, sur l’îlot entouré de lave où se dresse la forteresse du dieu, Atychia et Tromos, les deux Berserkers de Vasiliás, s’exercent parmi leurs hommes, sans entendre les vents puissants de l’orgue d’Arès rythmer les lieux.
Ils se félicitent des progrès de leurs sujets.
_ « Notre armée est désormais prête, ça ne fait aucun doute. Lorsque Vasiliás aura récupéré l’armure d’Arès, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire, assure fièrement Atychia. »
Le géant de deux mètres quatre-vingt-trois ne portant qu’un voile blanc ceinturé à la taille pour lui former une jupette, approuve la Bulgare aux cheveux tressés : « Nous n’attendons plus que cela pour écraser Athéna, en effet… »

A l’intérieur du palais, sur l’estrade qui domine l’espace et sur lequel trône Arès, le Dieu de la Guerre échange avec son général revêtu de sa Nightmare de la Royauté : « … et désormais tout devrait s’accélérer c’est bien ça Vasiliás ?
_ En effet. Dès que le Sanctuaire sera attaqué par ses propres hommes sous l’égide d’Hadès, je pourrai me rendre au Meikai pour récupérer votre armure. Et c’est là, et seulement là, que nous attaquerons le Sanctuaire.
_ Il me semblait qu’il était convenu que nos hommes attaqueraient le Sanctuaire, pendant que tu serais au Meikai.
_ C’est ce qui a été convenu en effet avec le Spectre que j’ai rencontré. Cependant je ne lui fais pas confiance. Tout comme je n’ai pas confiance aux chances de victoire d’Hadès contre Athéna. Dans tous les cas, si nous attaquons le Sanctuaire pendant la bataille entre Athéna et Hadès au Meikai, le gagnant nous prendra à revers une fois la bataille aux Enfers terminée.
_ Tu vas donc trahir tes engagements ?
_ Ce ne sont là que des promesses non tenues envers un dieu auquel je ne crois pas. »
Le dieu, vêtu d’une longue toge blanche par-dessus son imposant torse nu et son pantalon rouge, se lève fermement de son siège. Ses cheveux hirsutes, couleur sang, et ses épais sourcils noirs allant à merveille avec ses yeux rouges, donnent à son visage une inquiétante sévérité.
_ « Et moi ? Suis-je un dieu auquel tu crois ?
_ Je crois en votre promesse de me faire roi de cette planète. Une planète où votre soif de sang sera assouvie par la mise à mort de tous les criminels. Si votre parole tient toujours, mon allégeance également.
_ Parfait. Tu peux disposer. »
Le Berserker de la Royauté s’exécute solennellement avant de partir s’enfermer dans ses appartements au sommet du temple en forme de cône.
Sa Nightmare retirée, il se laisse tomber sur son lit, les bras en croix, en soufflant : « Ksénia… Où es-tu ? J’ai tant besoin de toi, de tes conseils. Je sais qu’Arès n’est pas quelqu’un de confiance. »

En bas, pensif, Arès ignore tout de la présence de ses servantes qui se vautrent dans la luxure à ses pieds.
Il pense : « Helénê… Ange de l’Olympe… Tu as mis ce Berserker de la Royauté dans mon sillage. Il m’apportera la victoire, Eris me débarrassera ensuite de lui et de ses sujets complaisants, l’Olympe me donnera la gloire, et j’apporterai à cette Terre le désespoir. Je t’en remercie. »


A la Source d’Athéna, dans le temple où reposent Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, les prêtresses passent quelques linges humidifiés sur les fronts des héros pour faire chuter leur fièvre.
Un petit peu trop collée à elle à son goût, Erda chasse Xiao Ling : « Va donc t’occuper de ton Saint, la congédie-t-elle ! »
Cette saute d’humeur face à l’intérêt persistant que la Chinoise porte à son aînée amuse beaucoup Mii, Maria et Shoko.
A cela, la suspicieuse Erda rajoute : « D’ailleurs on s’en sortirait mieux si Katya daignait nous aider ! Où peut-elle encore bien être ?! »
A l’annonce de l’absence de sa s½ur, Maria baisse honteusement la tête.
Mii et Xiao Ling, devinant la peine de Katya suite à la perte du Grand Pope Saga auprès de qui elle était dévouée, préfèrent taire le sujet.

Guillerette, elle, Shoko ignore complètement la remarque.
Elle bouge aussi délicatement que possible le corps de Seiya afin de lui éviter des escarres.
La langue tirée au coin des lèvres, signe de concentration, la maladroite Shoko s’applique.
Elle prend sa mission très à c½ur en hommage à Seiya.
Elle se souvient encore du jour de leur rencontre…

Flashback
Le calme était redescendu dans les travées du colisée ce 16 septembre 1986.
Un colosse dont l’envergure donnait l’impression qu’il faisait deux fois la taille de son adversaire restait cloué au sol.
Fébrile, accroupi dans une mare de sang, Cassios se tenait la tête en grommelant de souffrance.
Sous ses pieds, son oreille gauche flottait dans la flaque d’hémoglobine.
Comme Shaina et les soldats, Shoko n’en revenait pas.

Désignée au ravitaillement du temple des prêtresses, l’aspirante Saintia profitait comme souvent de son passage à Honkios pour guetter les combats qui s’y déroulaient.
Celui de ce jour lui parlait davantage que les autres, car ce jeune Seiya affrontait le géant Cassios pour l’armure de Pégase. Pégase n’était autre que l’emblème du collier qu’elle partageait avec Kyoko.
Dès qu’elle reconnut la Pandora Box de Pégase, Shoko ne put s’empêcher de serrer fort dans la paume de sa main le collier en se remémorant le douloureux souvenir du réveil d’Eris en Kyoko.
Pégase symbolise pour Shoko la voie des Saintias qu’elle a choisi pour laver l’honneur de sa s½ur.
Et l’assurance du Japonais qui faisait face à Cassios la convainquait que, même face à un géant, un homme peut surmonter les obstacles pour devenir ce qu’il souhaite au fond de son c½ur.
Seiya martelait de coups Cassios et le faisait à nouveau chuter genoux à terre.
Absorbée par l’assurance dont faisait preuve le futur Saint, Shoko s’en mit à mimer ses mouvements sous les regards inquisiteurs des soldats venus encourager Cassios sous l’influence de Shaina.
Menue dans sa robe immaculée, la maladroite prêtresse fut pourtant une des seules à reconnaître les coups portés à la vitesse du son de Seiya.
_ « Ryu Sei Ken, murmura-t-elle… »
Tandis que Cassios était soulevé du sol par la pluie de coups, elle regarda son pendentif et corrigea : « Pegasus Ryu Sei Ken… Des Météores… Comme j’ai pu le faire le jour où la Cloth de ma s½ur m’a vêtu pour me protéger… Je dois parvenir à les reproduire si comme Seiya je veux atteindre mon but… »
Tandis que Saga, sous l’identité de Shion, rappelait à Seiya le rôle d’un Saint, Shoko, était dévisagée par les rageurs partisans de Cassios.
Elle s’éclipsa donc discrètement.

Passant par les fondations au ciment craquelé des gradins, elle faisait tournoyer au bout de ses doigts sa chaîne pour balancer comme une fronde le bijou de Pégase en son extrémité.
Une fois de plus l’étourderie la rattrapa lorsque, perdue dans ses pensées, elle heurta une caisse lourde et métallique qui lui barra la route.
Seiya, pressé par Marin de quitter le stade hostile maintenant qu’il était Saint, coupa la route à la distraite Shoko. Celle-ci percuta alors frontalement la Pandora Box de bronze et en tomba à la renverse, perdant durant le choc sa parure.
Alors que le collier partait en direction de la foule qui s’amassait en direction des issues, Seiya retarda sa fuite pour s’en saisir.
Hagarde, Shoko ne put retenir une larme en découvrant que c’était Seiya en personne qui lui tendait son bijou.
_ « Ca ne va pas ? Désolé, je ne pensais pas t’avoir blessé.
_ Ah… Euh… Pardon, je n’ai rien, c’est juste que c’est un souvenir de ma grande s½ur. Que ce soit le nouveau Saint de Pégase qui m’évite d’égarer cet objet dont le Pégase est l’emblème, je trouve ça plutôt cocasse. D’autant plus que votre combat m’a profondément inspiré.
_ Vraiment ?
_ Oui. Ma grande s½ur a fait les mauvais choix et est partie très loin de moi. Désormais, je tente tout pour laver son honneur et le courage dont vous avez fait preuve aujourd’hui Saint de Pégase m’a rappelé que, même si les obstacles paraissent infranchissables, je dois persévérer.
_ Je t’en prie, appelle moi Seiya. Je vois que malgré la douleur qu’a causé ta s½ur dans ton c½ur, tu lui portes tellement d’amour que tu tiens à redorer son nom. Moi aussi j’ai une s½ur aînée. On m’a séparé d’elle dans j’étais tout petit. Je ne sais pas où elle est aujourd’hui. Il m’est arrivé de penser que je ne la reverrai plus jamais. Mais je veux y croire. Ma s½ur est quelque part et elle veille sur moi en pensée. Et un jour je la reverrai j’en suis sûr ! Alors en attendant ce jour, quoi qu’il arrive, je me battrai et je vaincrai ! »
La voix de Marin le rappela avec autorité : « Seiya ! »
Déjà sous un arc de pierres servant de sortie, son professeur ne souhaitait pas tarder davantage en territoire inamical. A l’autre bout, Shaina et ses hommes débarquaient.
Alors qu’il lui tournait le dos pour reprendre la route de Paesco, Shoko l’apostropha une dernière fois : « Seiya ! Moi… Moi aussi je me battrai ! Merci ! »
En guise de réponse, il leva le pouce en l’air avant de disparaître au milieu de la foule…
Flashback

Réajustant les draps sur le corps bandé de Seiya, Shoko sourit instinctivement. Elle aussi va déployer ses ailes comme lui pour atteindre son but. Avec le retour d’Athéna et les efforts qu’elle va encore décupler, un jour, bientôt, elle se battra à ses côtés…

12
Only for Love / Chapitre 67
« on: 5 December 2020 à 17h04 »
Chapitre 67

Tandis que l’enquête piétine au Mexique, la nuit tombe en Grèce.
L’obscurité permet à l’ensemble de la population du Sanctuaire de voir la dernière flamme de l’horloge du Sanctuaire vaciller.
Toutes sur le parvis de leur temple, à l’orée des marches qui relient le palais du Pope à la statue d’Athéna, les prêtresses distinguent une silhouette tituber en direction du sommet.
Parce qu’elles ignorent qui est Seiya, la tension est à son comble.
_ « Ca y est, tout est perdu, pleurniche Xiao Ling.
_ Ne dis pas de bêtise, l’invective Erda !
_ Hormis deux cosmos qui s’entrechoquent encore dans le palais du Pope, je ne ressens plus de cosmos qui s’affrontent, dit Shoko tout en étant concentrée.
_ Tu te trompes, la corrige Mii, plus bas vers le passage secret, des combats ont encore lieu.
_ Oui, les cosmos sont plus faibles mais les échanges n’en demeurent pas moins violents, ajoute Xiao Ling.
_ Il s’agit des Saints d’argent de l’Aigle et d’Ophiuchus, reconnaît Erda ! Et parmi les cosmos qui s’opposent à elles, celui du général déchu Phaéton !
_ Le doute n’est plus permis, assure Shoko le poing dressé, les rumeurs de ces derniers mois sont donc vraies ! Les soi-disant renégats n’en seraient pas ! La fille qui les accompagne serait donc bien Athéna !
_ C’est impossible, angoisse Mii en se passant les mains devant sa bouche défigurée…
_ Pourtant, tu l’as certainement entendu plus d’une fois sur les marchés, lorsque nous descendions en ville toi aussi n’est-ce pas ? Ces histoires de complots de plus en plus nombreuses, les opposants de plus en plus rares qui disparaissaient, les prêtres éradiqués, et nous prêtresses pas loin de l’être. »
Toutes les quatre osent à peine se regarder dans les yeux.
Xiao Ling fait alors demi-tour pour rejoindre Katya.
Recroquevillée dans un coin à l’intérieur du temple, dans les bras de sa s½ur Maria, Katya a les yeux gonflés par les larmes qu’elle verse à l’abris des regards suspicieux de Shoko et Erda. La Saintia ne daigne même pas regarder sa camarade, lorsque celle-ci lui demande : « Qu’en penses-tu Katya ? Après tout, de nous toutes, tu es la seule Saintia et la seule à pouvoir rencontrer le Grand Pope. »
La gentillesse de la Chinoise ne trouve de réponse que dans la dureté des propos d’Erda qui est suivie de Shoko et Mii : « C’est parce qu’elle côtoie justement le Grand Pope que Katya n’en pense rien. N’est-ce pas Katya ? S’il y a bien quelqu’un ici qui doit savoir ce qui est arrivé à nos camarades ces dernières années et ce que trame le Grand Pope, c’est bien toi ! »
Erda ne reçoit pour seule réponse qu’un regard plein d’amertume.
_ « S’en est de trop ! Je ne peux me résoudre à rester cachée ici jusqu’à l’issue de cette bataille, se résout Shoko !
_ Oui, la suit Erda sans hésiter !
_ On y va Xiao Ling, commande Mii à sa semblable avant de tourner le dos à Katya. J’ai eu foi en une figure qui n’était pas ici, il est temps pour moi de faire pardonner mon ignorance. Il n’est pas trop tard pour toi de te faire pardonner tes péchés Katya. »
Les quatre aspirantes s’engagent en direction du passage secret, tandis qu’avant elles Saga rejoint Seiya plus haut.
Katya demeure désorientée dans les bras de Maria.

Tandis qu’il a rampé, usé toutes ses forces, Seiya parvient à brandir le Bouclier de la Justice.
A cet instant, la dernière flamme du cadran du zodiaque s’éteint.
La flèche logée dans la poitrine d’Athéna est anéantie.

Au pied des douze maisons du zodiaque, Saori se réveille entre les bras de Tatsumi et Jabu.
Depuis les Cinq Pics, en Chine, Dohko profite du succès des Saints de bronze pour raconter la réalité sur l’usurpation de l’identité du Pope aux Saints d’or survivants.

Dans le passage secret, des soldats dévalent les marches.
Après avoir sauvé Marin et Seiya, Shaina est rattrapée par Phaéton et les derniers hommes de confiance du Grand Pope.
Marin, affaiblie par les roses d’Aphrodite, et Shaina, encore convalescente du coup reçu par Aiolia, luttent à bout de force.
Sur les rotules après avoir éliminé trois nouveaux soldats, Shaina ne voit pas arriver dans son dos Phaéton. En traître, il la cogne de volée dans les reins.
_ « Lâche, s’indigne-t-elle !
_ Il n’est pas trop tard, le Pope lutte encore. Je reviendrai en grâce à ses yeux !
_ Tu n’en auras pas le temps. Tu vas succomber aux coups que Marin et moi t’avons porté.
_ Dans ce cas je vous emmènerai avec moi dans la tombe !
_ C’est ce que tu crois, scande la voix héroïque de Shoko ! »
Instantanément, Phaéton est repoussé par de multiples coups semblables à une pluie de météores.
Au même moment, Marin, désorientée, est secourue des trois gardes qui l’encerclent par l’arrivée d’Erda, Mii et Xiao Ling.
Shaina reprend ses esprits et traîne la jambe jusqu’à Phaéton.
Agenouillé, il n’a plus la force de se relever. Elle le saisit par la gorge et lui écrase le larynx. Elle lève son autre main au ciel avant de l’abattre dans un souffle d’éclairs : « Thunder Claw ! »
Achevé à bout portant, le corps de Phaéton retombe en arrière dans une gerbe de sang qui souille la Saint.
Néanmoins, celle-ci demeure solennelle : « Prêtresses d’Athéna… Merci de votre aide… J’imagine que vous avez compris la vérité. Je vais vous en dévoiler les grandes lignes. Il faut que vous descendiez dans tous les villages rapporter ce qu’il s’est passé ces treize dernières années… »

Pendant que Saori, suivie de Tatsumi, Jabu, Ban, Ichi, Nachi et Geki, entame la montée des marches, les aspirantes Saintias entament le processus inverse par le passage secret.
C’est alors qu’elles ressentent le cosmos d’Athéna au détour d’un temple qu’elles longent, que Shoko stoppe sa course.
_ « Athéna… Elle est dans la maison de la Balance avec ses Saints…
_ Certes, consent Erda, cependant Shaina nous a confié une mission. Nous aurons tout le loisir de prêter serment à Athéna à notre retour.
_ Oui, dis-toi que ce que nous faisons c’est avant tout pour Athéna, la convainc Mii déterminée à se racheter auprès de sa déesse après avoir été dupée. »

Très vite, la nouvelle se répand à travers tout le Sanctuaire.
Filia, comme de nombreuses autres personnes dans tous les villages du domaine, s’époumone en traversant Honkios : « Le Grand Pope Arlès n’a pas succédé à son frère il y a deux mois et demi ! Les deux, le Grand Pope Shion et Arlès Saint d’argent de l’Autel ont été assassinés il y a treize ans… »
Aussitôt, quelques têtes commencent à sortir des demeures et quelques informations sont échangées entre les villageois qui osent se montrer à découvert.
_ « C’est le Saint d’or des Gémeaux qui aurait commandité tout ça, déclare l’un !
_ Il aurait ensuite voulu assassiner Athéna, surenchérit l’autre ! 
_ C’est Aiolos du Sagittaire qui l’a sauvé in extremis au péril de sa vie, intervient un nouveau !
_ Athéna fut alors élevée comme une petite fille ordinaire au Japon, complète un dernier ! »
 
Sans cesse, partout où Filia et les autres villageois heureux vont crier la bonne nouvelle, ces échanges donnent lieu à des scènes d’hystérie, où chacun essaie de prouver à l’autre qu’il détient la vraie version de l’histoire.
Séparées aux quatre coins du domaine, les prêtresses apportent une touche d’authenticité.
Très vite, les rumeurs deviennent vérité.
Comme pour accompagner la véracité des propos scandés, les cloches des temples présents dans chaque village retentissent.
D’ordinaire, lors de tels évènements, se sont les prêtres et les prêtresses qui descendent transmettre la parole d’Athéna et du Grand Pope.
Hélas, les quatre dernières prêtresses ne peuvent compter sur leurs équivalents masculins. Leur caste a été progressivement décimée par un Saga toujours plus soucieux de préserver son anonymat.

Dans tout Honkios, quelques soldats réalisent les faits.
_ « Cela aurait commencé quand le Sanctuaire a retrouvé la trace de l’armure d’or d’Aiolos, comprend un garde !
_ Oui, celui que nous considérions comme un traître était en fait un héros, corrige un autre !
_ C’est à cet instant qu’une nouvelle bataille plus discrète a commencé au Japon, se rend compte un troisième ! »
Aussitôt, dans chaque faction quelques soldats marqués du tatouage que portent les fidèles de Gigas commencent à fuir les rangs.
Très vite rattrapés par leurs semblables, crédules jusqu’ici, ils n’opposent aucune résistance.
Tous comprennent : « Athéna s’éveilla au Japon et avec des Saints de bronze elle a réussi à faire éclater la vérité ! Tous ceux qui profitaient du comportement odieux du Pope pour justifier leur cruauté personnelle doivent être punis ! »

Dans les villages, hautement surveillés par la répression instaurée par Saga, ce sont les paysans qui en profitent pour se révolter et désarmer les quelques soldats qui désertent les rangs de peur d’être jugés.

Les derniers fidèles à l’injustice du Grand Pope sont rapidement maîtrisés, ficelés et amenés par le reste du peuple.
En quelques minutes, dans la nuit tombée, muni de torches, le peuple tout entier se réunit au pied des douze temples du zodiaque pendant que Saga rend son dernier souffle.
Hommes, femmes, enfants, serviteurs, paysans, artisans ou soldats, tous, à bout de force, désoeuvrés, par toutes les batailles menées par l’usurpateur ces dernières années, s’amassent grâce à Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling dans Honkios et ont les yeux rivés vers la statue d’Athéna.
Les larmes aux yeux, la bouche en c½ur, le peuple attend qu’Athéna s’adresse à eux.

Au sommet, derrière la chambre d’Athéna, sur la cour de la déesse, marquée par les nombreux fracas des combats acharnés menés encore il y a encore quelques minutes, l’attention de Saori est portée vers le ciel. Sur l’étoile polaire plus précisément. Alors qu’elle tient passionnément Seiya contre elle, une étrange intuition la saisit.
Seulement, Aldebaran, de son timbre grave, se permet de toussoter pour ramener à elle leur Majesté.
Athéna revient alors pour détailler avec amour le visage de chacun. Meurtrie par la vision de Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, dans les bras respectifs de Mû, Milo, Aiolia et Shaka, elle réalise en voyant Marin et Shaina se soutenir mutuellement, les souffrances endurées également par le peuple.
Kiki en profite pour sautiller partout en informant la déesse : « Athéna ! Athéna ! Regardez ! En bas ! Tout le Sanctuaire est réuni ! »
Timide, honteuse également de n’avoir pu agir plus tôt, un léger « Oh ! » s’échappe de Saori.
Aussitôt, Athéna se ressaisit. Elle accroche fermement son sceptre et laisse Seiya aux bons soins du Saint d’or du Taureau.
Elle se positionne le plus près possible du vide pour exposer sa silhouette aux yeux de tous. Malgré la distance, ses sens accrus de déesse lui permettent de distinguer chaque visage à la fois rassuré mais aussi fatigué après tout ce que le peuple a supporté.
Instinctivement, après une profonde inspiration, elle entame son allocution : « Athéniens… »
Sa voix douce et chaleureuse porte loin. Elle résonne dans l’air et dans le c½ur du peuple qui s’agenouille immédiatement. Le brouhaha cesse. Même les enfants observent le silence.
Recroquevillée dans son temple, Katya n’arrive pas à ignorer l’aura chaleureuse qui la soutient dans son chagrin.
Si la distance empêche la population d’admirer parfaitement la beauté de leur souveraine, elle peut néanmoins voir briller le sceptre divin qui libère peu à peu un cosmos doré. La cosmo énergie bienfaitrice d’Athéna inonde progressivement les spectateurs.
_ « … De tout rang, de tout âge, de toute condition, à cause de moi vous avez souffert mille tourments et je vous suis éternellement reconnaissante de votre courage. J’ai conscience du sacrifice de chacun, de la douleur de la perte de vos proches et de ce que cela implique. Grâce à vous, Athéniens, la paix va enfin pouvoir régner sur le Sanctuaire et sur le monde entier. Sachez que dorénavant, je me battrai avec vous, comme tous ceux qui nous ont déjà quittés. De tout mon c½ur, merci. »
Le cosmos divin fait pleurer l’assistance.
D’allégresse les plus démunis.
De culpabilité les voyous au service du mal. Mis à genoux par leurs camarades et les villageois.
Les afflictions de chacun, physiques ou morales, s’estompent le temps de ce bain de lumière.
Bien vite, la lueur divine s’étend sur tout le domaine, faisant éclore quelques bourgeons malgré le solstice d’hiver.
Très vite, le monde entier est touché par cette éclosion.
Dans Honkios, les misérables abdiquent face à l’unité de tout un peuple.
Les villageois s’agenouillent de façon solennelle.
D’une même voix, ils prêtent serment : « Athéna. Nous nous rangeons à vos côtés pour protéger la paix et la justice sur Terre. »
En haut, les larmes d’Athéna accompagnent celles de ses fidèles.

Cette nuit du 20 décembre 1986, lors de la libération du Sanctuaire, le monde entier est inondé par le cosmos d’Athéna. Ce sentiment d’allégresse, inexpliqué pour la quasi-totalité des êtres humains dans le monde a pour les Athéniens et tous les alliés du Sanctuaire une signification particulière. Il laisse présager à tous les hommes et à toutes les femmes des jours de bonheurs. Il apaise les c½urs meurtris.
Et même si cela annonce pour ses ennemis des jours difficiles et de nouvelles Guerres Saintes à venir, Athéna apprécie tout particulièrement ce moment de communion auprès des siens.


Le lendemain matin, à l’arrière de la salle d’audience du Grande Pope aux murs et sols totalement ravagés par la bataille menée la veille, les appartements d’Athéna ont été investis subrepticement par la réelle propriétaire des lieux.
Epuisée, étendue sur un lit de pierre, Saori n’a pas attendu que les locaux soient nettoyés pour les reprendre.
Encore tachée de sang, à peine débarrassée du cadavre de Saga, la pièce centrale, où résidaient autrefois les anciennes réincarnations d’Athéna, offre la vue d’une splendide jeune femme aux cheveux mauves couchée sur le côté. La tête reposant dans le creux de son bras, les cheveux virevoltant au gré du vent.
Il souffle. Par les épaisses trouées faites dans les murs lors des combats acharnés de ses héros protecteurs. La brise s’engouffre sans cesse dans les couloirs aux colonnes fissurés et aux pavés décelés. Elle apporte la froidure hivernale qui chatouille les bras et les jambes nus de la resplendissante Déesse de la Sagesse.
Ses paupières closes remuent sous l’impulsion du malaise qui la gêne durant son court sommeil. Elle se revoit tenant Seiya dans ses bras.
La cruelle bataille est arrivée à son terme après plus de douze heures de luttes.
Pendant que les Saints d’or soignent Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki ; Saori, elle serre de plus en plus fort Seiya au creux de sa poitrine. Elle l’embrasse sans cesse en l’appelant inexorablement par son prénom : « Seiya ! Seiya ! Seiya… »
Il l’entend, elle en est persuadée. Bien qu’il n’ait plus assez de forces pour lui répondre, ses paroles viennent jusqu’à lui, elle le sait. Tout comme ses larmes doivent réchauffer son corps aussi dur et froid que la pierre, elle le sent. Du plus profond de son c½ur, elle ne peut s’arrêter de crier son nom.
_ « A l’époque où je n’étais qu’une enfant capricieuse et égoïste, avant que je ne comprenne mon destin, tu étais le seul qui m’affrontait ouvertement. Pourtant, j’ai toujours ressenti que nous avions une destinée commune. Lorsque mon amie Ksénia n’était pas là, malgré les apparences d’une vie sans privation, j’étais seule. Je n’étais pas heureuse. Et lorsque je voyais mon reflet dans tes yeux, Seiya, je comprenais combien nous sommes semblables. J’ai toujours attendu au plus profond de moi que tu me dises quoi faire. Les profondeurs de mon âme espéraient que tu me guides. Et lorsque tu as revêtu l’armure de Pégase, le visage vigoureux, mon c½ur a compris que mes sentiments d’enfant n’étaient qu’un prélude à notre sort. A cet instant, j’ai changé et je me suis rapprochée. Le froid entre nous a quelque peu disparu. A chaque bataille, à chaque épreuve, à chaque obstacle franchi, la distance entre nous se réduisait de plus en plus. Et aujourd’hui, alors que tout peut enfin nous réunir, tu es à deux doigts de me quitter. Et moi, je suis maintenant Athéna. »
Ce ressentiment trop douloureux réveille non pas Athéna mais Saori, une jeune fille effrayée par l’ampleur de ses sentiments.
Elle se redresse et prend appui sur les pavés aux trous parfois comblés par le ciment apposé par les serviteurs ces derniers siècles.
Les rayons d’un timide soleil de décembre illuminent la pièce sur son flanc droit et éclairent les marches qui guident jusqu’à la cour.
D’un pas léger, voire hasardeux, Saori suit la lumière et retrouve ce sol où l’hémoglobine de la nuit dernière n’a pas encore séchée.
Elle progresse jusqu’au sommet.
Au pied de sa statue, elle revoit le sourire de Seiya. Bien qu’inconscient, il lui offrait hier le sourire victorieux et soulagé du chevalier qui avait accompli son devoir.
Bien entendu, il n’ébahissait pas Saori, mais Athéna comme le murmure cette dernière : « Seiya… Pégase, était satisfait de donner la victoire au symbole de paix que je représente. Cependant, moi, Saori, j’étais heureuse de répondre avec mon c½ur de femme à ce sourire. »
Ses propos la ramènent quelques fractions de secondes dans son rêve, jusqu’à ce que tout à coup une sensation de chaleur lui brûle le c½ur. Elle réalise alors : « A cet instant encore, comme durant mon sommeil, je cesse d’être Athéna et je redeviens une fille normale. »
Elle lève alors les yeux, comme pour demander une réponse à la statue d'Athéna qui s'élève devant elle.

Un raclement de gorge la ramène brusquement à ses obligations.
Elle se retourne et distingue parfaitement dans les marches qui mènent sur le plateau où elle se trouve, ce chevalier à l’armure d’or au cou protégé de cornes : « Mû !
_ Si je puis me permettre, s’agenouille le bien nommé, Majesté, je pense que Seiya souriait autant à Saori que Pégase à Athéna. »
Prise d’une profonde allégresse grâce à ces paroles, la déesse cligne des yeux et arbore un sourire plein de grâce.
_ « Mû… Comme tu es attentionné. De plus, tu es déjà présent, si tôt.
_ En effet Athéna. Nous avons tous peu dormi. Et une longue journée nous attend.
_ Oui. Mais avant cela, je tenais à vous remercier d’avoir veillés aux soins de Seiya et des autres, vous et vos compagnons Saints d’or. »
A mesure qu’Athéna se rapproche, Mû se prosterne. Il ôte son casque qu’il colle fermement contre sa poitrine : « C’est tout à fait normal Déesse Athéna.
_ Avant que la foule ne se réveille, j’aimerai que tu me conduises à la Source d’Athéna. »


Plus bas, dans le village de Noioso, on s’active en espérant la venue d’Athéna.
Ce village du sud du Sanctuaire est abandonné par la jeunesse prometteuse du domaine sacré.
D’ordinaire calme, il voit aujourd’hui ses vieillards et ses quelques miséreux, généralement des serviteurs affranchis, sortir parés de leurs plus belles tenues.
Tous balaient devant chez eux, balancent de grands seaux d’eau sur les statues pour les rendre plus vivantes et déposent leurs maigres victuailles devant le temple.
Les gardes en faction font briller leurs casques et tirent sur leurs vêtements froissés, pour les tendre. Comme partout, on attend la visite d’Athéna.
Comme partout ou presque, car dans une des demeures aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, malgré les gazouillis de joie de son fils, Myrrha pleure devant la rose rouge laissée la veille par Aphrodite à leur enfant Adonis.
Le visage couché sur la table, étouffé par ses bras qui l’entourent, cette rousse au teint pâle et aux grands yeux bleus revit quelques instants l’annonce de la mort de son ancien amant.

Hier soir, après que tout le Sanctuaire se soit déplacé jusqu’à Honkios, des nouvelles venues d’Athéna étaient délivrés par tous les messagers dans le domaine.
On y annonçait le statut quo pour cette nuit, la visite d’Athéna le lendemain et les noms des Saints et des soldats tombés au combat.
Le soulagement ressenti lorsqu’elle apprit la bonne santé de Milo, son compagnon actuel, retomba dès lors qu’Aphrodite fut mentionné parmi les défunts.
Bien qu’elle pensât avoir fait le deuil de ses sentiments envers le Saint d’or des Poissons, la nouvelle de son décès la bouleverse malgré tout. 

La porte de sa modeste demeure s’ouvre en ce début de matinée pour accueillir un beau Grec d’un mètre quatre-vingt-cinq qui égaille depuis quelques mois sa vie.
Sa Cloth du Scorpion enroulée par une magnifique cape, l’homme râblé aux cheveux bleus tend un panier en osier dans lequel reposent quelques pâtisseries fraîches : « Ce ne fut pas compliqué ce matin de trouver de quoi manger. Tous les commerçants ont ouvert leurs étalages et distribuent des vivres à qui en veut pour célébrer le retour d’Athéna, prononce difficilement Milo la mine triste.
_ Et toi ? Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être auprès d’Athéna, se force à sourire Myrrha qui essuie d’un revers de main ses larmes ?
_ Mû se charge de l’accompagner. En attendant de nouvelles directives, nous devons tourner dans le Sanctuaire pour accompagner les villageois nécessiteux. J’ai immédiatement pensé à toi. »
La frêle demoiselle se jette alors contre l’armure glacée de son amant qui l’étreint avec attention.
_ « Quand la bataille fut achevée et que les pertes furent annoncées, j’ai pensé aussitôt à toi. Lorsque j’ai perdu Inakis, tu as été là pour me réconforter. Je m’en veux de n’avoir pu venir que maintenant auprès de vous pour vous accompagner, tente de soutenir Milo malgré toute l’animosité qu’il avait à l’égard d’Aphrodite.
_ C’est d’autant plus généreux de ta part que je devine dans ta voix toute la peine ressentie par la perte du Saint d’or du Verseau. »
Milo répond par un timide sourire et approche son visage de celui de son amante, mais celle-ci préfère baisser le sien.
_ « Ai-je dit quelque chose d’inappropriée ?
_ Non, dit-elle en pointant du doigt la rose laissée par le défunt Suédois. C’est juste… Il a laissé cette rose à Adonis. Avant de partir hier matin. Et malgré qu’il ne soit plus là, la fleur continue d’irradier d’une aura dorée, apaisante. Il avait un mauvais pressentiment.
_ Nous avons pu découvrir hier qu’Aphrodite n’était assurément pas quelqu’un qui était du côté de la justice. Il avait sa propre conception de cette notion.
_ C’est tout ce que tu trouves à répondre à cela, s’offusque-t-elle ?
_ Non. Pas du tout. C’est juste que…
_ Il était comme il était, mais je l’ai aimé parce que je savais qu’au fond de lui il y avait du bon. Il souffrait de cette image qu’il donnait. Mais il en était fier également. Il n’a jamais voulu s’en défaire et est mort avec. Je suis persuadée que si un jour il revenait à la vie il profiterait de cette seconde chance pour faire le bien, déclare-t-elle en se défaisant de l'accolade du Scorpion.
_ Si tel est le cas, alors j’espère que tu dis vrai. Ecoute… J’ai peut-être parlé maladroitement de lui et le moment était peut-être mal venu pour le faire…
_ Peut-être oui, lui signifie-t-elle en ouvrant grand la sortie ! »
Les yeux grands ouverts, pris au dépourvu, Milo prend la sortie et entend la porte claquer derrière lui. Il soupire en quittant Noioso : « Ah… Camus… Mon ami… Mon frère… Je suis convaincu que tu aurais eu encore moins de tact que moi… Et pourtant, toi, on t’aurait passé cet écart… »
Il lève les yeux au ciel et murmure avec une pointe de nostalgie : « Pff… Tu me manques déjà tellement. »


Au centre du domaine, la ville d’Honkios n’a jamais été autant animée.
Les habitants les plus riches se promènent sur leurs plus belles montures et sont affublés de leurs plus beaux bijoux pour rendre hommage à la beauté d’Athéna.
Les plus démunis, eux, soignent la tenue de leurs enfants afin qu’ils soient présentables lorsque passera près d’eux leur déesse.
Les serviteurs ont rentré les poules et autres bêtes qui se baladent habituellement dans les allées et nettoient les chaussées.
Les musiciens des tavernes sont sur le perron des bâtiments pour contribuer à l’euphorie collective.
Les étalages des marchands sont remplis de nourriture et de fabrications artisanales qui sont distribuées gratuitement en ce jour si spécial.

Dans l’une des auberges, vautré sur le comptoir, le mètre quatre-vingt-cinq d’un chauve complètement débraillé ne passe pas inaperçu.
Autour de lui, des chopes entières de bières sont couchées et des soldats avec.
L’un d’eux, père adoptif de Kyoko et Shoko, encore en état de balbutier, l’index en l’air, assure à l’étranger : « Non… Franchement… Hic ! On ne savait pas nous… Hic ! Que c’était la vraie Athéna ! Maintenant avec les copains, on ne t’en veut pas de t’être… Hi ! … Battu contre nous hein ! Hic ! Même… Même que franchement… Hein… Franchement… Même qu’on t’aime bien ! Hic ! Hein les copains ! Franchement ! Qu’on l’aime bien ? ... »
L’ivre guerrier à la moustache drue en se retournant, les yeux dans le vague, ne remarque pas que les membres de son équipe sont tous affalés dans leurs vomis.
Cela n’empêche pas son interlocuteur, l’imposant Tatsumi, sabre de kendo posé contre son tabouret, de lever un nouveau verre : « Mais moi aussi je vous aime ! Mon maître… Le grand Mitsumasa Kido… Serait très fier de voir le retour de sa petite fille en son Sanctuaire aujourd’hui ! Et de voir que d’aussi valeureux combattants que vous sont prêts à la servir ! Je vais même te dire quelque chose… T’es un petit peu comme mon frère maintenant ! Je vais donc t’appeler comme moi : Tatsumi ! Alors, Tatsumi, pour Mitsumasa Kido, trinquons ! »
Le père des aspirantes Saintia, debout, trinque volontiers : « Ouais… Hic ! C’est ça… Appelle-moi comme toi Titsamu ! A Sitmusama Kodi ! Hic ! »
Soudain, une voix fluette, depuis l’entrée, à hauteur des portes battantes, appelle les siens à la rescousse. Le malicieux Kiki s’exclame : « C’est bon ! Je l’ai retrouvé ! Jabu ! Tatsumi est là ! »
Les deux acolytes du comptoir se redressent alors pour articuler difficilement : « Oui je suis là ! »
_ « Félicitations Kiki, le congratule le Saint de la Licorne d’un ton assuré. Je savais qu’on pouvait compter sur toi. »
Jabu, casque sous le bras, tapote sur la touffe de cheveux du gamin : « Tu peux retourner auprès de ton maître à présent. On s’occupe de Tatsumi. »
Derrière lui, les colossaux Geki et Ban emboîtent le pas à Ichi et Nachi.
Le Saint de l’Ours s’adosse à côté du majordome passablement éméché, tandis que Ban profite de son statut de sergent pour sermonner le dernier rescapé des festivités : « Alors soldat ! Dans quelle tenue vous trouvez-vous ? C’est le triomphe d’Athéna aujourd’hui. Dans peu de temps elle sera parmi nous. Alors je t’encourage à ramasser tes équipiers et à vous jeter dans la fontaine la plus proche afin d’être frais pour l’accueillir ! »
Le malheureux, la tête bourdonnante, s’exécute devant des Ichi et Nachi hilares.
Pendant ce temps, Geki secoue Tatsumi : « Dis-moi Tatsumi. Ces gars là, ce n’était pas les mecs qui voulaient te trucider en même temps que Mademoiselle Kido cette nuit ?
_ Si. Mais ils étaient dans le faux comme beaucoup. Dès qu’ils l’ont compris, ils ont juré fidélité et obéissance à Mademoiselle Kido, en disant cela il se redresse et plaque son poing contre son c½ur, comme moi, ils donneront leur vie pour Athéna. Il y en a même un qui a accepté de porter mon nom en hommage au grand guerrier que je suis, conclut-il devant son partenaire au garde à vous après cette annonce !
_ C’est bien beau tout ça, lui dit Jabu en le tapotant dans le dos, mais tu n’as pas oublié que Mademoiselle Kido allait bientôt se présenter à tout le Sanctuaire. Il serait de bon ton que tu sois des nôtres.
_ Mince, s’écarquillent aussitôt les petits yeux noirs du majordome ! Mon estomac gargouille, j’ai mal au crâne et je n’ai rien à me mettre !
_ Tiens grand dadais, lui dit Nachi en lui tendant son smoking ! Tu l’avais laissé dans le jet avec lequel vous êtes venus.
_ Oh ! Il se précipite vers son compatriote pour le récupérer ! Mer… Oh… »
Le geste est certainement trop brutal, il vomit en pleine course, déversant l’alcool non digéré aux pieds d’Ichi, trop hébété à ricaner depuis le début pour esquiver. Cette fois-ci, se sont ses amis qui s’esclaffent alors que lui a les jambières de sa Cloth imprégnées d’acide gastrique.

Plus loin, dans l’étable d’un marchand, une jolie demoiselle aux yeux verts, aux lèvres pulpeuses et aux nattes prune, ajuste sa tunique volontairement dégrafée à hauteur de sa généreuse poitrine.
Pour beaucoup de femmes au c½ur libre du domaine, l’arrivée de nouveaux chevaliers accompagnants Athéna est l’occasion rêvée de se mettre en valeur.
Néanmoins, pour cette vénusté, cela signifie le retour de son amour d’enfance. Ignorant tout de l’état physique dans lequel se trouve Seiya, Filia, actrice principale de la résistance menée par les habitants du Sanctuaire lors de l’oppression de Saga, aimerait séduire à nouveau celui dont elle s’est éprise au fil de leurs rendez-vous amoureux d’antan.


A l’autre bout du monde, au Japon, l’ambiance est moins festive dans l’hôpital de la Fondation Graad.
Sagement couchée dans sa chambre, vêtue de sa blouse de patiente, le Saint de bronze du Caméléon lit une revue. Cette blonde au visage angélique tourne les pages à une vitesse folle, n’arrivant pas à se concentrer sur l’une d’elles.
_ « Shun, murmure-t-elle encore en regardant par la fenêtre de la chambre par laquelle Marin était passée quelques jours plus tôt… »

Soudain, devinant à la hâte des pas venant du couloir que son attente allait être récompensée, elle réajuste son masque sur son visage.
Aussitôt, on frappe à la porte. Sans qu’une seconde tentative ne soit lancée, June s’empresse de crier : « Entrez ! »
Son masque cache son visage figé, dans l’attente d’une nouvelle de l’homme qu’elle aime.
Sa gorge est nouée.
Son c½ur ne bat plus.
D’abord Daichi, le plus petit, Ushio, marqué d’une balafre à la joue, puis Sho, tenant un magnifique bouquet de roses jaunes, s’engouffrent dans la salle.
_ « Bonjour June, commence le Saint d’Acier à l’élément Céleste qui se veut bien trop formel.
_ C’est bon ! Ils ont gagné ! Athéna a remporté la victoire, le devance alors Daichi !
_ Nous avons reçu un fax au quartier général, envoyé depuis des messagers du Sanctuaire à Athènes pour nous en informer, confirme Ushio.
_ Et Shun, bondit June de son lit alors qu’elle tremble encore de fatigue ?!
_ Il est convalescent. Le pronostic vital est engagé, mais il s’en sortira, pense Sho.
_ Il est soigné au Sanctuaire c’est ça, demande-t-elle en se dirigeant fébrilement vers sa penderie ?
_ Je pense qu’il serait préférable que tu restes parmi nous, le temps que tu sois remise de tes émotion, lui dit Ushio.
_ C’est ce que Shun voulait en te laissant auprès de nous, confirme Sho en déposant le bouquet sur le chevet. Lorsque tu seras remise, nous pourrons profiter des moyens de la Fondation Graad pour te faire rejoindre le Sanctuaire. Mais en attendant, me doutant que tu ne tiendrais pas en place ici, je te propose de venir avec nous au quartier général. Tu pourras t’y reposer tout en ayant en temps réel les informations qui nous parviennent de Grèce. »
Contrainte de se rasseoir sur son lit, elle hoche la tête pour approuver cette décision.


En Grèce, au Sanctuaire, à la périphérie d’Honkios, les mains magnifiquement manucurées de Saori soulèvent légèrement sa robe blanche pour éviter de la salir.
Dans la forêt luxuriante où se situe entre autres le camp des femmes chevaliers, la jeune femme fixe ces environs qui sont imprégnés dans sa mémoire de déesse.
Mû remonte à la surface les souvenirs de sa souveraine qui marche à ses côtés avec une démarche noble.
_ « … et donc, dans cet ancien petit temple, dont peu de monde connaît l’existence, se trouve la Source d’Athéna.
_ C’est donc là que vous avez amené Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
_ En effet. Ce lieu de soin miraculeux était indispensable pour maintenir vivant nos amis, qui agonisaient de leurs blessures. »
A mesure qu’ils s’enfoncent dans la forêt, la vue est de plus en plus dissimulée par d’épaisses branches touffues qui tombent du haut des arbres jusqu’au sol.
De plus en plus sombre, le bois contribue à renforcer le mystère.
_ « La tenue austère de cette flore n’est sans doute pas étrangère au fait que la Source d’Athéna soit si méconnue du peuple. »
Inconsciemment, sentant la présence de ses amis, la divinité presse le pas, faisant voltiger sa robe autour d’elle.
_ « Exactement. De plus, une cosmo énergie oppressante, la vôtre, fait ressentir aux plus faibles un profond malaise qui accroît l’envie de rebrousser chemin. Patience Athéna, lui barre la route Mû tandis qu’elle accélère !
_ En tant qu’Athéna, il est tout naturel que je m’inquiète pour mes Saints. De plus, c’est par ma faute qu’ils…
_ Absolument pas. Ils sont chevaliers. C’est normal qu’ils se blessent ou qu’ils meurent en votre nom, Athéna. Et pour cela, vous devez être fière d’eux. »
Erudit, le Saint d’or ressent parfaitement que la femme qui lui fait face n’est pas Athéna mais Saori Kido. Seulement, au vu de l’importance de son rôle, tout en la préservant, il refuse de s’apitoyer.
Seulement, la réaction de Saori le désarçonne : « Prenez-moi dans vos bras. S’il vous plait, Mû. »
D’abord, Mû ne réagit pas. Il reste droit, la bouche entrouverte. Ne sachant que faire.
Le regard persistant de sa déesse le déstabilise.
Hésitant encore l’espace d’une seconde, le Bélier écarte finalement les bras, embarrassé, pour l’accueillir contre sa Cloth.
Malgré cette barrière d’or, solide et froide, il sent cogner fort le c½ur troublé de la douce créature. L’aura qui se dégage d’elle l’accapare totalement.
Instinctivement, il se sent totalement soumis et comblé de l’être.
_ « Si je venais à perdre Seiya… »
Cette remarque prouve au Muvien que la jeune femme, aussi puissante puisse-t-elle être, sait également se montrer encore plus fragile que la légère tenue de soie qu’elle porte et dont il préfère ne pas imaginer les courbes généreuses dont elle s’imprègne.
Comme pour s’extirper de ses mauvais songes provoqués par cette étreinte fortuite, il se racle la gorge avant de la rappeler à son devoir : « Il est inconcevable qu’Athéna ne porte son amour qu’à un seul Saint. L'amour d'Athéna doit être équivalent pour chaque chevalier. »
Cette phrase interpelle la raison d’Athéna qui soustrait Saori à ses obligations de déesse : « Euh… En effet Mû. Je m’égare. Reprenons notre chemin si tu le veux bien. »
Les fragments du passé revenant toujours un peu plus à Saori, Mû la laisse reprendre les devants. Il s’efface, songeur : « On dit que le plus dur est de gagner la guerre. Je dis que le plus dur est de maintenir la paix. Athéna a triomphé. La plus grosse difficulté aujourd’hui pour elle est de tout reconstruire. Il faut rebâtir une armée, faire valoir son statut, se faire reconnaître auprès des siens et préparer l’avenir. Néanmoins, pour cette Athéna là, l’épreuve la plus éprouvante, va sûrement être de combattre… Saori Kido. »
Soudain, une barrière de liserons bourgeonnants bloque le chemin et le ramène à lui.
Il emboîte le pas à Saori pour écarter la végétation de son bras et dévoiler une voûte de fleurs. Celle-ci trace un chemin parfumé et coloré.
_ « Autrefois, la Source d’Athéna n’était qu’un temple comme tant d’autres, où les chevaliers et les soldats blessés attendaient que la mort vienne les chercher. Il s’agissait de l’anti-chambre de la mort pour ceux qui avaient risqués leurs vies pour la justice. Face à ce macabre rituel, depuis les hauteurs de la statue d’Athéna, on dit qu’une larme tomba. A cet instant, doté d’un cosmos charitable et puissant, la larme enveloppa le temple et ses alentours.
Elle guérit les hommes et alimenta sans cesse l’eau qui s’écoulait dans les fontaines… Personnellement, il me parait plus juste de croire qu’une de vos précédentes réincarnations s’est rendue ici où étaient réunis des Saints agonisants et que de chagrin ses larmes se mêlèrent au court d’eau qui nourrit ce lieu… »
Saori débouche sur un jardin aux pétales tourbillonnant légèrement au gré du vent. Plusieurs statues, à l’effigie de soldats et de chevaliers d’Athéna, trônent sur l’herbe épaisse et douce.
Concernée, Saori progresse jusqu’à un autel. Celui-ci représente un chevalier au sol qui redresse le buste, réagissant à la main tendue d’Athéna, venue le relever après la bataille.
_ « Il existe plusieurs lieux sacrés qui permettent aux Saints de se ressourcer, continue Mû. Comme l’île Kanon par exemple. Cependant, aucun n’est plus bénéfique que la Source d’Athéna. »
La petite fille de Mitsumasa Kido lève ses yeux au ciel et distingue à travers les branches des arbres, surmontant l’épreuve des âges, dressé autour de colonnes ébréchées, ce temple si fondamental.
Légèrement surélevé, bercé par l’écoulement de cette eau nourricière et légendaire, l’abri de pierre blanche voit les différents fleuves et ruisseaux du Sanctuaire se regrouper à proximité de lui. Dans son sillage, dans l’horizon, la statue d’Athéna, à l’expression noble et harmonieuse, est parfaitement visible.
Les quelques mètres qui séparent Saori de l’entrée, lui semblent être les plus longs de sa vie.
Il lui tarde de retrouver ses compagnons si chers.
En surgissant au beau milieu de l’immense salle, elle ne remarque pas les pourtours minutieusement travaillés, jouissant de magnifiques statues gravées dans la pierre. Pas plus que le marbre au sol projetant un reflet glaçant. L’immense fontaine, sculptée dans le même marbre blanc que les colonnes qui tiennent la voûte peinte en marine, sans cesse alimentée par les eaux claires de l’extérieur, passe également inaperçue.
Le regard de la déesse pulpeuse demeure sur ces lits de pierre drapé de linges blancs où sont étendus ses cinq fidèles sujets.
Leurs corps sont pansés. Leur peau n’est presque plus visible sous les bandages qui couvrent leurs multiples contusions et maintiennent leurs membres fracturés. Si bien qu’il est presque impossible de voir leurs visages.
Cependant, il en faut plus à Saori pour ne pas reconnaître ses valeureux héros.
La présence à leur chevet d’Aiolia, Shaka et Milo, tout juste arrivé, la rassure. Les visages sereins des hommes forts du domaine calme ses angoisses.
A proximité, Shoko, Maria, Erda, Mii et Xiao Ling, aux toges immaculées, réajustent régulièrement les draps qui réchauffent les miraculés. Certaines d’entre elles, notamment Shoko envers Milo, proposent quelques rafraîchissements aux Saints d’or, devenus de véritables gardiens du temple.
Plus en retrait, Katya, elle, apporte des serviettes fraîches afin de nettoyer les plaies lors des changements de bandes. Sans même s’y attarder, Saori ressent un profond malaise dans le c½ur de cette prêtresse qui ne daigne pas poser les yeux sur elle.
Mais ce qui retient le plus l’attention de la divinité guerrière, plus encore que celle de Shaka veillant sur Ikki, Aiolia sur Shiryu, Aldebaran sur Shun, ou Milo sur Hyoga, est celle de Shaina qui tient la main de Seiya.
Encore pansée après la bataille, sans son armure, agenouillée près de son corps presque éteint, la Saint d’argent cramponne fermement le Japonais. Sa tête masquée, baissée, semble prier Athéna pour que Pégase aille mieux. Ses supplications sont si passionnées, qu’elle est la seule à ignorer la présence de l’éminence du Sanctuaire.
Pendant que tous s’agenouillent pour rendre à Athéna les hommages qui lui sont dus, Saori constate : « Que ce soit au Japon avec Miho, ou en Grèce avec Shaina, il n’y a pas de place pour Saori dans le c½ur de Seiya. La fatalité de mon statut certainement. Oui, désormais je suis… »
Faisant apparaître son sceptre dans sa main droite, Saori le plante fermement dans le sol et poursuit à voix haute en s’adressant à tous : « Je suis la réincarnation d’Athéna en ces temps modernes. Si nous avons combattu les maléfices du Grand Pope, d’autres batailles nous attendent. Seiya de Pégase, Shiryu du Dragon, Hyoga du Cygne, Shun d’Andromède et Ikki du Phénix ont prouvé leur bravoure. Je vous suis à tous reconnaissante de veiller sur eux maintenant que vous avez reconnu leur valeur. »
Encore plus que les autres, comme s’il est le premier à la reconnaître et à la vénérer comme Athéna, Mû s’incline davantage, satisfait de la position adoptée par Saori.
D’un léger mouvement de jambe, comme si elle se retenait de se précipiter vers son dévoué Seiya, Saori s’interdit toute conduite sentimentale.
En commençant par Ikki, elle se contente de tenir à chacun pendant quelques instants la main. Sans toutefois ne pas éprouver une sensation plus fusionnelle au contact de Seiya.
Enfin, elle rebrousse chemin en congratulant l’application des prêtresses quant aux soins prodigués. Derrière elle, Mû, mais aussi ses quatre compagnons, le Taureau, le Lion, la Vierge et le Scorpion, suivent ses pas. Puis, d’un pas lent, obligé, Shaina ferme la marche.
Ils laissent tous les Saints de bronze aux prêtresses, Shoko saluant sans la moindre discrétion Milo.
Le Grec est aussi gêné que les camarades de Shoko, tandis qu’Aldebaran, Aiolia et Athéna sourient, amusés de cette attention alors que Mû, Shaka et Shaina demeurent plus solennels malgré que vienne le temps de la décontraction.
Seule Katya, en retrait, ne semble décidemment pas prendre part à la scène.


A l’autre bout du monde, où le soleil lorsqu’il apparaît n’est pas assez chaud pour permettre aux Asgardiens de se réchauffer, les crépitements du bois dans la grande cheminée ambiancent la chambre d’Hilda au Walhalla.
La maîtresse des lieux, représentante d’Odin sur Terre, caresse ses fins cheveux de la main gauche, tandis qu’elle soulève un verre de vin de la main droite.
Couchée sur la peau d’un ours polaire, observant le feu, elle reste absorbée par l’immense foyer, tandis que sa jeune s½ur est à l’opposée de l’appartement.
Depuis le Sanctuaire jusqu’aux confins de la planète, l’éveil cosmique d’Athéna lors de la nuit dernière n’est pas passé inaperçu.
_ « Et qu’est-ce que cela va changer pour nous, se hasarde à demander Freiya en entortillant ses boucles blondes dans ses doigts ? Nos conditions de vie seront-elles meilleures ? 
_ Chère petite s½ur, quel que soit le sort du monde, notre mission est de survivre en ces lieux et de prier Odin afin qu’il sauvegarde cette planète. Si le retour d’Athéna est une garantie de paix pour les hommes, les appels à Odin sont, eux, des gages de préservation de la vie humaine sur Terre. Si demain nous venions à abandonner ce pourquoi nous sommes nés, alors le monde se retrouvera sous les eaux. Et quoi qu’il arrive je condamnerai davantage notre peuple en lui promettant des contrées ensoleillées.
_ Mais c’est horrible !
_ C’est notre destin. Le mien, mais aussi le tien. S’il venait à m’arriver quoi que ce soit, tant qu’il n’y aura pas d’héritier au trône de Polaris, tu devras assurer mon rôle.
_ Que… Pourquoi dis-tu cela grande s½ur ? Tu me fais peur.
_ Simplement parce que le retour d’Athéna sur Terre annonce également le retour de ses véritables ennemis. Le Sanctuaire a beaucoup souffert de sa guerre interne. Si bien qu’un jour ou l’autre, il nous faudra prêter main forte à Athéna pour maintenir l’équilibre de la paix. Je pressens un grand danger qui nous menace. Tout risque de se jouer en notre époque.
_ En as-tu parlé à Siegfried ?
_ Tu le connais, si je venais à lui en parler, il s’inquiéterait encore plus que toi. Je compte donc sur toi pour t’assurer qu’Asgard reste dans le droit chemin dicté par Odin, quoi qu’il puisse m’arriver un jour. Pour cela tu pourras compter sur Lyfia. »
Leur femme de chambre et amie, restée en retrait, hoche la tête en guise d’approbation.


Dans d’autres contrées toutes aussi froides du nord de l’Europe, le souffle du vent siffle dans la citée en reconstruction de Blue Graad.
Là-bas, à l’extrême nord de la Sibérie, malgré les énormes pierres qui forment les parois du palais, le froid n’a de cesse d’affaiblir le peuple que le nouveau roi, Alexer, a recueilli dans son château.
Pendant que Natassia et les soldats veillent au rationnement des villageois, le Blue Warrior, seul être capable de supporter cette baisse extrême des températures, reste au sommet de la plus haute tour du palais.
Couvert de sa Cloth, les yeux fermés, il sourit : « Même si les températures restent dures à supporter depuis notre Guerre Sainte contre Asgard, le retour d’Athéna dans son Sanctuaire devrait nous être bénéfique. Sa conscience divine va rapidement s’éveiller et les prières de notre peuple seront vite entendues. Son cosmos amoindrira les caprices de la météo. Cela favorisera la reconstruction de la citée après le cyclone qui nous a frappé lorsque les Asgardiens étaient là. »
D’un bond gracieux, il se laisse glisser par la pente d’un toit enneigée et se réceptionne bien plus bas sur le parvis du palais.
Ses yeux fixent l’horizon : « Ksénia… Qui étais-tu réellement ? Malgré tout le mal que tu as pu me faire en me poussant à fomenter un coup d’état contre mon père, le Roi Piotr, mon c½ur souffre encore. Te voir me manque, même si je te devine ennemie d’Athéna. J’aimerai t’embrasser une dernière fois avant de te donner la mort. Car désormais, je vouerai ma vie à Athéna afin d’assurer la paix et d’expier mes crimes envers mon père et notre peuple. »

13
Only for Love / Chapitre 66
« on: 1er November 2020 à 19h17 »
Chapitre 66

En Grèce, au Sanctuaire, le tocsin retentit à travers tout le domaine.
Des bourgs les plus reculés, au centre du domaine, en passant par les villages qui longent les remparts, les cloches alertent la population et fait mettre les gardes en rang.

Encore plus dans Honkios, la ville principale du domaine sacré que dans le reste du domaine, l’annonce d’un danger imminent renforce la présence des soldats.
Au milieu des allées et venues des gardes, quelques rumeurs vont bon train.
_ « Le danger provient du Japon !
_ Seiya, un homme devenu Saint ici serait le meneur de ces renégats !
_ Le Saint d’or Aiolia est devenu leur allié !
_ Le Grand Pope aurait envoûté le Saint du Lion pour qu’il reste fidèle à Athéna !
_ Les traîtres arrivent avec une jeune femme qui veut se faire passer pour Athéna en personne !
_ Ils seraient parvenus à vaincre les Saints d’argent ! »
Celles-ci se répètent et s’amplifient dans l’atelier de Saül, le forgeron le plus réputé du domaine.
Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire qui observe de ses petits yeux inquiets les guerriers qui viennent se servir sous les ordres de Phaéton.
L’ancien général, déchu après ses nombreux échecs, refuse de laisser passer sa revanche : « Merci Saül pour tes services. »
D’un air désabusé, l’homme aux cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu précise : « Je vous en prie. Il m’en reste tout un stock. Cela fait des années que je m’attache à créer armes et protections pour nos hommes. Néanmoins, les effectifs se sont considérablement amoindris ces dernières années. »
Phaéton recule son visage tant l’haleine alcoolisée de Saül est désagréable : « Au lieu de dire cela, tu pourrais épauler ces hommes et m’accompagner à chasser ces traîtres non ? Après tout, tu es Saint toi aussi !
_ Cela fait bien des années que je n’ai pas combattues. Je préfère laisser ça à d’autres. Et puis, si cette femme qui débarque et ces garçons qui l’accompagnent sont du côté des forces du mal, que peuvent-ils espérer contre nos Saints d’or ? »
Phaéton choisit de ne pas relever la volontaire provocation de l’inactif chevalier qui a déjà préféré renoncer à gêner Yulij et Médée lorsqu’elles se sont révoltées contre le Sanctuaire.

Prévenu par les clochers des temples et les crieurs sur les places publiques, le peuple, encore traumatisé par les évènements de la Journée Sainte qui ont conduit à la Guerre Sainte contre Hébé il y a plus d’un an et demi, se presse de regagner sa demeure et de s’y barricader.
Les commerçants remballent leurs étalages et quittent les marchés.
Les artisans ferment boutiques.
Des abbés accueillent dans leurs temples les courageux villageois qui ont bravé leur peur pour venir invoquer la bonne grâce d’Athéna.

Dehors, la jolie Filia, camarade de Seiya durant ses années d’entraînement ici, se faufile dans les allées désertées.
La fille de marchand tortille d’angoisse ses nattes brunes avec ses doigts. Elle écarquille ses grands yeux couleur prune lorsqu’elle croit tomber nez à nez avec une patrouille en faction.
Heureusement, elle réussit à rebrousser chemin et arrive à destination en s’engouffrant dans une maison où quelques habitants de tout âge sont réunis : « C’est bien ce que nous pensions. La chute progressive des lieutenants du Sanctuaire est due à une bataille menée contre des chevaliers qui se sont rebellés contre cette gouvernance tyrannique du Grand Pope. Tout va se jouer aujourd’hui. Nous allons savoir si cette dictature sanglante est réellement du fait d’Athéna. »
Tout autour, dans les villages, d’autres regroupements discrets partagent les informations obtenues à Honkios. Le peuple qui doute depuis quelques mois maintenant de la politique de répression du Grand Pope attend de pied ferme cette bataille fratricide.

A la sortie de la place principale, à proximité du colisée, les mains soulevant un cageot de pommes remplies à lui en cacher la vue, une prêtresse à la chevelure rosée se précipite en direction des douze maisons.
Maladroite et pressée, elle rencontre toutes les difficultés du monde à garder son chargement intact.
Les coins fissurés d’une des marches de pierre achèvent sa course. Elle trébuche en renversant sa marchandise. Les fruits volent dans les airs.
Alors qu’une servante lambda s’écraserait lourdement au sol, ses grands yeux magenta s’écarquillent tandis qu’à la vitesse du son, elle capte chaque pomme avant que celles-ci ne s’écrasent à terre.
Toutes.
Toutes à l’exception d’une seule.
Trop courte, pas assez rapide, la prêtresse n’a pas le temps de grimacer que la pomme disparaît de son champ de vision.
A la place, une lumière aveuglante et dorée l’éblouit.
Devant, cape et cheveux bleus ondulés voguant au gré de la légère brise, le Saint d’or qui a capté le fruit qu’il croque à pleines dents ne lui parait pas inconnu.
La voix de Milo qui lui tourne toujours le dos lui est même familière : « Drôle de coïncidence après la menace d’Eris et de sa Pomme d’Or que nos retrouvailles se fassent autour de ce fruit. »
Shoko se redresse et pose le cageot en restant bouche bée.
Milo se retourne pour la dévisager : « Et encore plus surprenant de te revoir avec un cosmos entraîné !
_ Vous… Vous êtes… Milo du Scorpion… Ce… Celui qui m’a sauvé il y a deux ans ! »
Sans s’en rendre compte, elle rougit en remarquant qu’il est bel homme.
Autrefois subjuguée par sa Cloth d’or, elle n’a d’yeux aujourd’hui que pour ce visage dur et ces beaux yeux bleus.
A son tour, Milo remarque qu’elle est devenue une jolie jeune femme mais ne s’en émeut pas. Il dresse l’ordre de rassemblement du Pope avant de s’éclipser : « Tu me pardonneras mais je n’ai pas le temps de bavarder davantage. Le Grand Pope me convoque et tous ces clochés qui donnent l’alerte ne doivent pas y être étrangers. Je t’invite à rentrer au plus vite dans votre temple des prêtresses et de vous barricader le temps que la menace soit écartée.
_ J’y comptais bien, c’est pour ça que je cours avec ce ravitaillement.
_ Alors presse-toi plus prudemment, sourit-il avant de tourner les talons. »
Avant qu’il n’augmente la cadence et ne se dérobe à elle, Shoko l’interpelle : « Attendez… Chevalier Milo… »
Gênée de l’apostropher de la sorte, elle marque un temps d’arrêt avant de poursuivre : « … Je voulais savoir pourquoi chaque fois que je passe par votre temple, je ne vous y trouve pas pour consulter mon autorisation de passage ? »
Dos tourné, Milo baisse la tête : « Et bien, vois-tu, nous ne nous sommes pas revus depuis le jour où… Où…
_ Où ma s½ur est devenue Eris c’est ça ?
_ En effet. Lorsque je t’ai vu devenir une servante, je n’ai pas eu le courage d’affronter ton regard à nouveau après y avoir lu une fois le désespoir. »
Sans crier garde, Shoko passe devant Milo et lui prend les mains avant de plonger son regard dans le sien.
En effet, ses yeux sont embrumés. Mais ils ne témoignent en rien de l’affliction. Au contraire, ils sont reconnaissants : « Pourtant, depuis ma nomination à devenir prêtresse, j’attends le jour de notre rencontre. Vous m’avez sauvé la vie et… Même si nous n’avons pu empêcher à ma s½ur un drame… Notre rencontre m’a permis d’ouvrir les yeux sur les fondements réels de la vie et ce qu’avait à m’apporter une dévotion envers Athéna. C’est pour cela que je travaille avec acharnement à devenir Saintia comme Kyoko. »
Milo ne sait que répondre à cela. Maladroitement, un sourire en coin, il se défait des mains de Shoko et reprend sa route. Au moment de la croiser, il glisse la main gauche contre sa frêle épaule gauche.
Le contact sur sa peau dénudée fait frémir l’assistante d’Athéna tandis qu’il rétorque avant de poursuivre sa route : « Si notre rencontre a été pour toi une révélation, alors sache que cet aveu me donnera la force aujourd’hui de repousser l’envahisseur. Ne tarde pas à présent. Rentre vite te mettre à l’abri et poursuis ton entraînement et tes prières. Qui sait, peut-être un jour combattrons nous côté à côte pour la protection d’Athéna ? »
Avant qu’il ne disparaisse, elle s’époumone : « Merci chevalier Milo ! Je prierai Athéna pour vous ! »


Au même moment, à l’autre bout du monde, Nicol et Mei d’un côté, Médée et Yulij de l’autre, se remettent difficilement de leurs émotions après les combats menés dans la jungle mexicaine.
Dans le secteur de Nicol et Mei, les garçons approchent les Jaguars prisonniers faits par la Chevelure de Bérénice.
Les deux guerriers humanoïdes essaient de se défaire des liens matérialisés par les cheveux de Mei sans succès : « Calmez-vous les monstres. On a quelques petites questions à vous poser. »
Un des Jaguars tournent la tête en guise de refus catégorique. Instantanément, deux fils viennent percer sa gorge pour lui offrir une mort lente et douloureuse.
_ « Tu es fou, s’exclame Nicol tout autant surpris que le dernier captif ?!
_ Tu as cru qu’ils auraient droit à un traitement de faveur, rétorque sèchement Mei. Ce sont des monstres. Tu as vu ce qu’ils ont fait aux deux étrangers qui gisent là-bas ? Sans parler de ce qu’ils comptent faire à ceux qu’ils ont enlevés. »
Deux autres fils menaçant approchent en même temps le visage du dernier Jaguar qui se résigne : « D’accord, d’accord… Que voulez-vous savoir ?
_ Pourquoi tuez vous des gens ? »
Le condamné précise : « Nous ne les tuons pas. Nous les offrons au soleil pour contenir son courroux… »

Simultanément, entourées d’une vingtaine de cadavres ennemis, Yulij et Médée questionnent l’adversaire couvert du pelage d’un jaguar que la Saint de bronze du Sextant a fait prisonnier. _ « A quoi cela vous sert-il d’écorcher vos animaux, demande Yulij encore toute endolorie ? »
Le guerrier grogne pour montrer son hostilité mais Médée compte l’apprivoiser en pressant du talon sa plaie à la cuisse.
L’homme la défie du regard sans plier alors Médée appuie plus fort.
Le soldat passe sa main devant sa bouche pour retenir sa douleur et ne pas montrer ses faiblesses aux deux Saints.
Yulij se positionne alors au-dessus de l’autre jambe et d’un coup sec lui brise le genou. Cette fois-ci, il abdique : « Nous ne le faisons pas par plaisir, hurle-t-il de souffrance ! Nous le faisons pour représenter les aspects de Tezcatlipoca… »

D’un calme olympien, Nicol commence à presser le Jaguar : « Qu’est-ce que tu entends par le courroux du soleil ? Parle ! »
De peur de finir embroché comme son camarade, il poursuit : « Je n’en sais pas plus, seuls les lieutenants et le grand Prêtre de Tezcatlipoca sont informés de ce qui va se passer. Le soleil choisira de détruire ce monde et nous, les Jaguars, serons les fers de lance d’une nouvelle ère.
_ Les Jaguars, relève Mei ? »
Le thérianthrope arbore ses canines en souriant fièrement : « Il s’agit des combattants au service de Tezcatlipoca. Des hommes et des femmes qui manipulent l’énergie cosmique qui vit en eux… »

Plus loin, Médée poursuit son interrogatoire : « Et ce jaguar humanoïde qui dictait les ordres. Quel type d’être est-il ? »
Le prévenu entre les mains des femmes poursuit sous la menace : « … Il était un homme. Comme moi. Certains d’entre nous font montre d’un cosmos suffisant pour s’élever au rang même de Jaguar. Leurs corps prennent la forme de notre animal emblème et présentent une résistance semblable à celle que peuvent avoir des combattants en armures comme les Saints d’Athéna ou les Marinas de Poséidon. Les armures matérielles, elles, on les appelle des Nahuals. Les seuls Nahuals sont ceux de Tezcatlipoca et du Prêtre Necocyaotl.
_ Même sans Nahual, ce Jaguar semblait très puissant, avoue Yulij. »

A l’opposé, Nicol pose la même question concernant la femme qui les a mis hors de combat : « Cette femme était très puissante, qui est-elle ? »

Les deux détenus répondent de la même façon : « Il s’agit d’un lieutenant du Prêtre Necocyaotl. Tezcatlipoca peut compter sur Necocyaotl. Le Prêtre a, en plus du clergé, à sa disposition quatre lieutenants qui dirigent les Jaguars. »

De leur côté, Mei et Nicol reviennent sur les sacrifices au nom du soleil :
_ « Ce soleil, c’est lui qui dicte sa conduite à Tezcatlipoca n’est-ce pas, insiste Nicol ? »
Le Jaguar s’insurge : « Insolent ! Personne ne dicte sa conduite au Grand Tezcatlipoca. Tezcatlipoca agit par reconnaissance envers celui qui l’a libéré du sceau d’Athéna. En confiant son propre sceau, celui du soleil, il inonde le Nahual de Tezcatlipoca de la chaleur nécessaire à ses pleins moyens. »

Les femmes, elles, préfèrent découvrir la citée des Jaguars.
_ « Où se trouvent Citlali, enquête Médée ? »
Le guerrier ramasse discrètement la machette dont disposait Achcauhtli : « J’en ai déjà trop dis. »
Dans un dernier sursaut, il espère empaler Yulij. Celle-ci, plus véloce, l’achève en balançant son arcane : « Falling Stars ! »

Enfin, le Jaguar retenu par Mei et Nicol se ferme de la même manière : « Tuez-moi à présent. Je ne dirai pas un mot de plus. »
_ « D’accord, accepte Mei qui comprend qu’il n’en tirera plus rien. »
En disant cela, l’élève de Deathmask le terrasse de sang froid et plus rapidement que le précédant Jaguar. Deux de ses cheveux lui transpercent le cerveau en passant par les tempes.
_ « Il est temps de retrouver Yulij et Médée, décrète Nicol en regardant la dépouille s’écrouler au sol. »


En Grèce, les hautes portes qui mènent au trône du Grand Pope sont grandes ouvertes.
L’immense salle fait résonner les pas de l’immense Saint du Taureau jusqu’à ce que ceux-ci soient amortis par le long tapis rouge de la salle d’audience où Shaka l’attend déjà.
_ « Dès la convocation reçue, j’ai quitté la maison du Taureau. Comme chaque fois, je m’attendais à arriver en premier.
_ Cela fait donc la deuxième fois que je te devance, répond d’un ton monocorde le chevalier aux yeux clos, la dernière fois c’était…
_ C’était il y a plus de sept ans, lorsque Cronos a été le Sanctuaire. Et comme à l’époque, j’imagine que si tu étais là avant moi c’est que tu étais déjà avec le Pope et que tu as reçu directement son ordre n’est-ce pas ? Tu pourras donc peut-être m’expliquer alors pourquoi des gardes sont postés devant la maison du Lion et au niveau du passage secret afin de s’assurer qu’on n’y pénètre pas, sur ordre du Pope ? J’ai moi-même vu la missive frappée du sceau du Pope que m’ont dressé fermement chaque fois ces soldats !
_ Je l’ai vu également lorsque j’ai voulu emprunter la maison du Lion pour venir jusqu’ici, confirme Deathmask qui entre à son tour. Aiolia serait-il encore puni pour son tempérament ?
_ Surveille tes paroles Deathmask, proteste Aldebaran qui déteste qu’on dénigre son camarade !
_ Allons, suit Shura, si le Lion est assigné à résidence, c’est qu’il y a une bonne raison. Après tout ce qu’il a déjà accompli par le passé, je ne vois pas pourquoi nous nous emportons à son sujet.
_ Nous sommes tous rassemblés ici parce que le Sanctuaire semble en danger, rappelle Camus qui apparaît à son tour.
_ Néanmoins, la remarque d’Aldebaran envers Shaka est juste, tempère Milo qui entre à son tour, j’ai moi-même était contraint par la garde d’éviter le temple du Lion…
_ … Shaka semble savoir quelque chose que nous ignorons, complète Deathmask.
_ Maintenant que nous sommes complets, Shaka va pouvoir nous dire de quoi il en est, propose Aphrodite en dernier arrivant.
_ Ce n’est pas à Shaka de parler, gronde la voix de Saga derrière les tentures rouges du fond de la salle. »
Tous devinant l’arrivée du Grand Pope, se mettent en ligne et s’agenouillent.
Le souverain sort de la chambre d’Athéna et observe immobile ses sujets.
Docilement courbés, le casque en main, les yeux clos, ils patientent sans broncher qu’il reprenne sa marche jusqu’à son siège.
Toutefois, l’attente est longue. Le pontife réfléchissant à la ruse qu’il va devoir afficher : « L’irruption de Shaka lors de ma confrontation avec Aiolia était inattendue et salvatrice. Shaka, secoué par une attaque du Lion, ne m’a pas vu frapper Aiolia du Genro Mao Ken. Lorsqu’il est revenu à lui, Aiolia était de nouveau docile. Je l’ai fait raccompagner sous haute escorte après avoir imprégné dans son cerveau que personne ne pouvait franchir sa maison. J’avais peur que le passage de ses semblables dans sa demeure ne réveille trop vite la bombe à retardement que j’ai programmé. »
Le malaise instauré par l’arrêt du Grand Pope, calme les ardeurs de ses sujets.
_ « Aiolia est revenu en effet du Japon avec le c½ur remplit de doute, reprend enfin Saga en se dirigeant à sa place. La visite impromptue de Shaka m’a aidé à le ramener à la raison, Shaka pourra vous rassurer à ce sujet, enjoint-il son chevalier en prenant place dans son fauteuil.
_ Absolument, parle doucement la Vierge. Nous nous sommes frictionnés quelques instants. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, Sa Majesté le Grand Pope semblait avoir réussi à le remettre sur le droit chemin.
_ A l’heure qu’il est, j’ai demandé qu’il soit seul à méditer, sans qu’on l’importune, afin qu’il soit libéré du moindre doute à l’aube de retrouver ces Japonais. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est pour cela que je vous ai convoqué au Chrusos Sunagein ! »

Plus bas dans le domaine sacré, un éclat doré autre que le soleil éblouit ce matin d’hiver au Sanctuaire.
Parmi les villageois qui découvrent un oiseau d’acier se poser dans l’arène d’Honkios, certains sont ramenés à eux, comme Filia, par un homme en or qui traverse la ville.
Ce dernier, accompagné d’un garnement aux cheveux roux, un pas posé en direction de la montée des douze maisons, se retourne en direction du jet privée de la Fondation Graad.
Avec un sourire en coin, il s’adresse au jeune garçon : « Elle est parvenue à passer outre la barrière de cosmos du Sanctuaire avec un engin moderne qui plus est. Le doute n’est plus permis Kiki, Athéna est parmi nous, concède Mû à Kiki.
_ Nous arrivons juste à temps, sourit à son maître le chenapan. »
Pendant que Mû devance Saori et les siens, Filia est loin de s’imaginer que les villageois s’apprêtent à vivre plus de douze heures d’angoisse.
Les heures les plus longues de leur vie…

Au sommet, Saga conclut : « … Après avoir usé de complicités, sans lesquels ils n’auraient pu assurément décimer la quasi-totalité de l’ordre des Saints d’argent, voilà qu’ils s’attaquent au Sanctuaire pour y installer cette fausse Athéna. Ptolémy Saint d’argent de la Flèche est bien décidé à venger les siens et s’apprêtent à les accueillir, vous avez dû ressentir leurs cosmos forcer l’enceinte du Sanctuaire. Hélas, j’ai peur qu’il ne fasse pas le poids. Dès lors, voilà pourquoi il m’apparaît nécessaire de vous mobiliser afin de défendre les douze maisons du zodiaque de toutes vos forces.
_ Hum… Si tant est qu’ils passent la maison du Taureau, grommelle Milo.
_ C’est peut-être contre ce genre de considération mal placée que nous sensibilise Notre Majesté, tempère Aphrodite d’un ton provocateur. Après tout, ils ont usé de complicité. L’une d’entre elle n’était pas Albior de Céphée contre qui tu as été en difficulté justement ?
_ Comment oses-tu s’indigne, aussitôt le Scorpion en dressant le poing vers les Poissons ?
_ Je te remercie pour l’estime que tu me portes Milo, se redresse Aldebaran flatté, mais vous l’avez tous ressenti comme moi j’imagine, peu de chances qu’ils passent la première maison. Mû est de retour au Sanctuaire !
_ Justement, conteste Deathmask, Mû ne s’est-il pas servi de sa position de réparateur d’armure pour déserter le Sanctuaire pendant toutes ces années ? Peut-on lui faire réellement confiance, questionne le Cancer qui se souvient de l’irruption de Mû alors qu’il affrontait Shiryu il y a quelques jours ?
_ Assez, tonne à nouveau Saga ! Les ordres sont clairs ! »
Tous assurent une révérence pour approuver à nouveau avant de prendre congés.
Néanmoins, avant de réajuster son heaume et de quitter la salle, Aldebaran ne peut s’empêcher de remarquer que Milo, comme lui, semble circonspect.

En bas, dans l’arène où Shiryu vient de les rejoindre, Ptolémy sous sa soutane vient trouver Seiya et ses amis, prêt à mettre en ½uvre le plan diabolique de Saga…
 

Pendant ce temps, au Mexique, dans la citée de Citlali, les modestes habitations sont désertées.
En briques séchées au soleil, ou en roseaux avec le toit en paille, disséminées tout autour de la grande pyramide aztèque, elles sont toutes vides.
Les adeptes de Tezcatlipoca sont tous réunis au pied de l’immense base polygonale qui soutient les faces latérales triangulaires. Ils ont les yeux levés au sommet où se dresse un autel.
Tandis qu’une nouvelle journée chargée en émotion commence en Grèce, celle de la veille n’est pas encore fini au Mexique.
La nuit a pris place, le domaine de Tezcatlipoca scintille grâce à la lueur des torches des fidèles.
Agenouillée et maintenue par les prêtres, la jeune femme enlevée plus tôt dans la forêt, sous le nez de Nicol et Mei, se débat en hurlant de détresse. Sa tenue déchirée et les marques qu’elle porte sur son corps démontrent l’horreur des sévices que les Jaguars lui ont administré.
Elle observe son compagnon d’infortune étendu torse nu sur la desserte. Ses appels au secours sont étouffés par les rugissements des Jaguars.
Tous légèrement vêtus, couverts de peau d’animaux pour ceux qui n’ont pas su s’éveiller à une forme thérianthrope, de tout âge, les Jaguars invoquent machinalement, en le répétant sans cesse, le nom de leur dieu.
La clameur repart de plus belle quand la silhouette d’un homme mince aux épaules tombantes apparaît enfin. Le Prêtre de Tezcatlipoca s’abreuve des acclamations comme en témoigne son regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage, peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu, affiche davantage de perfidie lorsqu’il ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Les sacrifices humains alimentent les dieux. Ils maintiennent ainsi l'équilibre du cosmos. Ces sacrifices permanents perpétuent la course du soleil. Bientôt, ils ne seront plus nécessaires. Le soleil qui a libéré le Grand Tezcatlipoca nous guidera et nous dira à nous, peuple du soleil, que l’éradication de l’humanité est venue. Alors nous permettrons la levée de ce nouveau soleil au nom du Grand Tezcatlipoca ! »
La foule exulte tandis que Necocyaotl aux courts cheveux noirs coiffés d’un bandeau brandit un couteau au-dessus du captif : « Le moment de prier s’achève. L’heure de la destruction approche. »
Il achève sa phrase en enfonçant sans sourciller sa lame en pleine poitrine du malheureux. Elle est si profondément plantée que quand il l’extrait de la chair du sacrifié, une épaisse giclée de sang jaillit et inonde le plateau.
Pendant que la victime agonise en râlant de douleur, sa camarade, horrifiée, se pâme d’angoisse.
Necocyaotl découpe le poitrail de l’offrande humaine pour en extirper le c½ur et le brandir en l’air pour l’offrir au dieu.

Plus bas, dans les profondeurs de la pyramide, assis nu, devant sa statue qui gronde en recevant le sang qui s’infiltre par les nombreux orifices laissés par la roche, Tezcatlipoca reste les yeux fermés pendant que dans son dos, ses lieutenants se réunissent.
L’imposant humanoïde qu’est Titlacauan s’agenouille le premier.
Le second, plus mince, au regard plus vicieux et accompagné d’un serpent, Ipalnemoani, l’imite.
Ixtli, la guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue, les rejoint, suivie d’un jaguar qui se frotte à elle.
La dernière à venir est une Jaguar aux cheveux violacés. Son imposante poitrine est dissimulée par un linge qui descend en lambeau sur sa très mince taille. Ce même linge lui cache le bas-ventre jusqu’au haut de ses fermes cuisses. Son pelage tacheté fait ressortir à merveille ses yeux bleus et un ronronnement constant attribue un charme certain à cette lieutenante humanoïde.
A peine prosternée, elle demande à ses semblables : « Alors vous êtes tombés sur de sérieux obstacles semble-t-il. Cela va nous permettre de nous dégourdir les jambes. »
_ Meztli, toujours entrain de fanfaronner. Ces inconnus sont à prendre au sérieux, grogne Titlacauan toujours très sérieux.
_ Il ne faut rien exagérer, atténue de sa voix hypocrite Necocyaotl qui les a rejoint. »
Avec son anneau accroché au septum, Necocyaotl arrive depuis la pénombre après avoir gratifié la foule du rituel assassin. Il traîne avec fermeté la captive qui a assisté à la mise à mort de son camarade.
Il passe devant les quatre lieutenants et occupe l’espace qui les sépare de Tezcatlipoca. Il balance la jeune femme juste aux pieds du dieu fermement silencieux.
La prisonnière ne peut retenir son effroi lorsque l’homme bardé d’une musculature imposante ouvre ses yeux rouges semblables à deux lasers.
Ne supportant pas les hurlements de la proie qui lui a été offerte, il la saisit par la gorge et rugit de sa voix monstrueuse : « Silence ! »
D’un simple revers de son autre main il défait ce qu’il reste des vêtements de la pauvre prisonnière qu’il plaque contre sa statue.
Le c½ur de feu qui l’alimente se développe à mesure qu’il l’étreint avec force pour libérer son ardeur animale et ses pulsions démoniaques sous les yeux admiratifs de ses lieutenants.
Les plaintes de la voyageuse ne s’inquiète plus de ce viol barbare mais plutôt de l’ardeur libérer par le monument contre lequel elle est appuyée de force. Le brasier organique de la sculpture lui ronge l’épiderme. Du feu fait scintiller les yeux de la statue et de la fumée commence à s’échapper de toute sa surface.
La boule de feu qui l’alimente devient un soleil qui illumine toutes les cavités de la pyramide. Il jaillit par ses fissures au dehors de celle-ci pour offrir aux fidèles la bénédiction qu’ils attendent.
La victime de Tezcatlipoca a les yeux exorbités tant la souffrance est atroce, les flammes lui dévorent la peau. Ses beaux cheveux sont déjà entièrement consumés et sa peau noircie.
Lorsque le dieu, soulagé, abandonne son coït forcé, sa victime a déjà cessé de vivre.
Pendant que le brasier achève de la calciner, Tezcatlipoca s’intéresse enfin à ses seconds.
Il écarte les bras pour recevoir son Nahual et se consacre enfin au propos qui les a réunis ici : « Ces visiteurs dont nous n’avions rien à craindre ont présenté quelques dispositions au combat.
_ En effet, confirme Necocyaotl, comme nous le pensions, ils enquêtent sur nous. »
Tout aussi malicieux que Meztli, Ipalnemoani déclare en souriant : « Les femmes portent des masques. C’est ainsi que se tiennent les femmes chevaliers au service d’Athéna, pour cacher leur féminité. »
Fort masculine grâce à sa carrure rudement travaillée, Ixtli se montre aussi sérieuse que Titlacauan. Elle se permet de dénigrer les femmes Saints : « Quelle coutume ridicule. »
Devant eux, l’incandescence de la statue s’atténue peu à peu.
_ « Quoi qu’il en soit, tempère Tezcatlipoca, nous devons à tout prix nous montrer discrets. Le soleil libérateur nous l’a demandé.
_ Ô Grand Tezcatlipoca, malgré tout le respect que je vous dois, ose Titlacauan, ils sont parvenus à vaincre plusieurs Jaguars. Y compris Achcauhtli qui était un guerrier de renom parmi les nôtres. »
Les paupières du dieu ferment ses yeux au rouge puissant. Il retourne s’asseoir au pied de sa statue qui brille encore faiblement grâce à son noyau de feu à l’intérieur duquel gravite une clochette.
_ « En effet, ajoute Necocyaotl. C’est pourquoi il ne faut pas nous faire remarquer. Ils ne savent pas où est la citée. De plus Cuetzpalli est à Icnoyotl. Et il a un autre espion à ses côtés. Tout ira bien, chers lieutenants, s’engage le Prêtre en réajustant son écharpe rouge autour de son cou, vos ancêtres ont déjà su faire face à des Saints d’or d’Athéna. Nous n’avons donc aucune crainte à avoir. Chargez à présent nos Jaguars d’organiser le prochain sacrifice. Il nous faut des vierges cette fois-ci pour que le soleil soit honoré. Ainsi que pour le plaisir personnel du Grand Tezcatlipoca, conclut-il en prenant la sortie. »


Quelques heures plus tard, en Grèce, ce 20 décembre 1986 est pleinement entamé.
Les pertes humaines commencent.
Des rumeurs enflent, à mesure que les flammes de la grande horloge s’éteignent sans qu’un crieur ne vienne annoncer la défaite des renégats.
_ « Après tout, depuis ces dernières années où le climat s’est dégradé au Sanctuaire, soupçonne Filia avec ses semblables, et si cette fille était bien Athéna ? »
Les villageois avec lesquels elle se cache ne protestent pas. Ils voient même à travers les lucarnes de la réserve de son commerce, d’autres habitants d’Honkios pointer le bout de leur nez dans la rue. Eux aussi en proie au doute.

Plus haut, à mi-chemin entre le palais du Grande Pope et la statue d’Athéna, sur le flanc droit, les prêtresses d’Athéna angoissent dans leur temple.
Alors que Mii a les mains jointes en direction de sa statue pour prier Athéna d’éradiquer le mal qu’amènent ces visiteurs, alors qu’elles ne sont plus que six prêtresses à vivre ici, Shoko est la seule à avoir remarquée que seule Katya manque à l’appel.
_ « As-tu vu ta s½ur, interroge-t-elle Maria ? »
La cadette de Katya répond non de ses yeux vides d’incompréhension.
Inquiète, Xiao Ling cherche du réconfort auprès d’Erda. Elle a les poings serrés, seule, sur le parvis.
_ « C’est horrible ! J’ai peur ! Alors qu’on nous a assurées que les renégats seraient vite éliminés, aucune annonce de leur défaite n’est faite ! Et Mii qui d’ordinaire est si forte semble totalement perdue et… Et… Erda… Erda ? Erda tu m’écoutes ? Tu pleures ?
_ Il est mort, balbutie-t-elle en ignorant sa camarade, ce monstre de crabe… Ils l’ont fait. Je ne ressens plus son cosmos.
_ De quoi parles-tu enfin, secoue son amie Xiao Ling ?
_ Deathmask du Cancer a été vaincu.
_ Comment ?! Mais c’est horrible, pleurniche la Chinoise.
_ Cet homme était un salop. Une pourriture. Le monde se portera bien mieux, maintenant qu’il a disparu.
_ Comment peux-tu te réjouir d’une telle situation ?! Cela veut dire que les traites ont passé la quatrième maison du zodiaque ! Bientôt ils arriveront à Athéna ! Et à nous ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de nous, hystérise l’aspirante Saintia ?! S’ils parviennent à vaincre les défenseurs de la justice, alors nous, que sommes nous donc ?! Nous ne pourrons rien faire ! Nous…
_ Ça suffit, l’interrompt Erda d’une violente gifle ! Te rends-tu compte à quel point tu es ridicule ? Comme tes propos sont incohérents ? Deathmask tuait des innocents, il ne s’inquiétait pas des dommages collatéraux, ni même de la nature des missions qui lui étaient confiés. Comme beaucoup d’autres Saints, mercenaires ou soldats d’ailleurs ! Allez, ne me dis pas que tu n’as pas entendu ces histoires, lorsque nous descendions au marché à Honkios ! Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les comportements de plus en plus inappropriés des soldats ces dernières années, sans même qu’on ne redresse leurs torts ! D’ailleurs où sont-ils les redresseurs de torts ? Ils ont disparu ces dernières années également ! Envoyés dans des missions dont ils ne sont jamais revenus, notamment les Saints les plus justes ! Quand aux soldats fiables, ceux-ci préfèrent se faire discrets, sachant très bien quel sort leur sera réservé ! »
Xiao Ling pose sa main sur sa joue. Morveuse, elle reste interdite. Partagée entre la surprise et l’angoisse.
Ignorant tout de la faiblesse de la Chinoise, Shoko interpelle ses deux camarades : « Erda ! Xiao Ling ! Avez-vous vu Katya ?!
_ Le Grand Pope a dû l’appeler au chevet d’Athéna en ces temps troublés, suggère Erda.
_ Certainement, adhère Shoko en ne remarquant pas Xiao Ling cloîtrée dans sa faiblesse. Après tout, elle reste la seule prêtresse à avoir atteint le statut de Saintia depuis…
_ Depuis que ta s½ur nous a quittées oui, conclut Erda. La seule qui d’ailleurs n’a pas été châtiée par le Grand Pope bizarrement.
_ Que veux-tu dire, demande Maria d’un air intéressé ?
_ Tu l’as remarqué toi aussi n’est-ce pas ? Toutes nos amies qui ne sont jamais revenues des toilettes qu’elles administraient soi-disant à Athéna.
_ Il est vrai, reprend Shoko. On disait que seules celles qui revenaient ici étaient celles qui soignaient davantage le Grand Pope qu’Athéna. D’ailleurs, elles avaient la plupart un comportement souvent déplacé, voire inopportun, au regard de l’éducation qui nous est donnée en ce lieu.
_ Mii l’avait vu aussi, ajoute Erda. Mais trop aveuglée par son dévouement à la cause, elle n’a pu envisager qu’une vie chaste faite de m½urs irréprochables puisse être remise en question par bon nombre d’entre nous. Et le Pope Arlès n’a pas la réputation d’être un enfant de ch½ur.
_ Beaucoup ont donc pu se laisser charmer par les désirs, épuisées par cette vie de privation qu’est la nôtre. Seulement…
_ Seulement ces brebis galeuses ne sont jamais restées libres bien longtemps. Comme les plus chastes, elles finirent toutes par disparaître, avant même qu’on ait eu le temps de soupçonner quoi que ce soit.
_ La seule qui demeure présente est notre aînée, suspecte Shoko devant la s½ur de cette dernière. La froide et discrète Katya.
_ Que peut-elle faire en ce moment, demande Erda en levant la tête en direction du temple du Pope comme Shoko ? »


Au même moment, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, les plus âgés des quatre Saints, Nicol et Médée, discutent autour d’un bol de pozole servi par Ichtaca.
Assis sur une table de l’auberge, ils dégustent leur soupe épicée en spéculant après les diverses informations reçues aujourd’hui.
_ « Nous avons donc les guerriers Jaguars au service de quatre lieutenants mais aussi du prêtre. Ils peuvent se transformer et ainsi obtenir des Nahuals. Ils agissent pour Tezcatlipoca qui vénère un sceau, un soleil. Celui-ci donne ses pleins pouvoirs à Tezcatlipoca qui en reconnaissance sacrifiera la Terre quand le soleil le lui demandera, énumère Médée.
_ Il ne nous reste plus qu’à savoir où est la citée de Citlali. Et qui peut bien être ce soleil, grimace Nicol en faisant tourner sa cuillère dans le bol.
_ En attendant, ce soir amusons nous comme hier pour oublier cette dure journée, propose Médée en observant la taverne se remplir peu à peu. »
Nicol peut lire dans les yeux bleus, libérés du turban que Médée s’inflige, une profonde inquiétude face à ce qui les attend. En retour, il confesse : « J’avoue que nous détendre nous fera le plus grand bien. »

A l’étage, à l’intérieur de leur chambre, Yulij s’étale dans les draps : « Ce n’est pas que ça m’enchante de me voiler à nouveau le visage, mais je pense qu’il est préférable qu’on aille profiter de la soirée en bas avec les autres non ? »
Assis en tailleur, nu lui aussi, près de la fenêtre, Mei fixe avec mélancolie le cactus en pot déposé sur le rebord : « Vas-y si tu veux. Descends. »
Yulij s’enroule dans les draps pour couvrir sa tenue d’Eve et vient coller sa tête contre celle de son compagnon : « Quelque chose te dérange n’est-ce pas ? Tu n’étais pas le même tout à l’heure lorsque nous étions dans le lit.
_ C’est aujourd’hui.
_ Quoi donc ?
_ Le retour d’Athéna au Sanctuaire.
_ Comment le sais-tu ?
_ Enormément de cosmos surpuissants explosent aujourd’hui. Même si cela est à des milliers de kilomètres d’ici, je pense que Nicol l’a ressenti aussi.
_ Il est vrai que vous avez réellement dépassé un cap tous les deux lors de notre entraînement à Jamir. Mais cette tristesse dans ta voix… Cela voudrait dire qu’Athéna a…
_ Non, tremble la voix de Mei ! La bataille est encore en cours… J’ai… J’ai simplement… J’ai simplement ressenti la défaite de mon maître, fond-il en larmes en se réfugiant dans les bras de Yullij.
_ Ça va aller, ça va aller. Je suis là. Ça va aller. Lui dit-elle tout en le calant contre sa poitrine sans trop y croire…
_ J’ai senti son cosmos partir d’un coup brutal, essaie-t-il de dire, étranglé par le chagrin. Il a disparu. Seul. Comme il l’a toujours été. Il était un père pour moi. Mais son changement soudain m’a empêché de lui dire. J’aurai tellement voulu qu’il le sache…
_ Si tu l’admirais vraiment et le lui montrais lorsque vous étiez en Sicile, alors il est parti en le sachant. Sois-en sûr, le réconforte-t-elle en le serrant fort. »


Pendant ce temps, confirmant les soupçons de ses consoeurs, Katya attend de pied ferme devant les portes de la chambre du Pope.
Les gardes sont formels : « Le Grand Pope est toujours en méditation depuis trois heures.
_ C’est pourtant lui qui m’a convoqué ici, assure-t-elle en dressant la missive sous leurs yeux. »
De l’autre côté de la porte, le visage pris dans ses mains, Saga se remet encore de son combat à distance avec Shun. Sa chevelure alterne entre son bleu naturel et ce gris torturé.
La perte de Deathmask qu’il vient de ressentir ne trompe pas son bon côté : « Ces Saints de bronze vont donc réussir à contrecarrer tes plans. »
En recoiffant les mèches qui tombent devant ses yeux, il se reprend.
Solidement redressé, refusant de cacher à nouveau son visage, il se tourne en direction de la tenture qui conduit à la chambre d’Athéna et ordonne : « Qu’on ouvre à la Saintia de la Couronne Boréale ! »
Il attend que les portes se referment derrière elle pour se montrer tel qu’il est.
Bien que son visage soit fermé, son regard reste affectueux envers sa protégée.
Il la regarde avancer timidement dans sa longue toge blanche, dont les bretelles dissimulent avec élégance sa ferme poitrine.
D’ordinaire si dure, la jeune femme parait intimidée. Ses longs cheveux blonds coiffés d’un serre-tête doré virevoltent au gré de la brise. Le léger vent d’hiver s’infiltre par les creux fait par l’usure du temps sur la roche du palais. Le souffle fait coller sa robe contre son corps et ainsi, elle épouse à merveille sa silhouette parfaitement sculptée.
_ « Vous m’avez fait appeler Votre Majesté ?
_ Katya… L’heure de vérité approche. Les Saints de bronze qui ont investis le Sanctuaire ont atteint la maison du Lion.
_ Impossible ! Ces renégats…
_ Il n’en est rien, l’interrompt les Gémeaux dans son instant de bonté. Le renégat, c’est moi.
_ Grand Pope… C’est… C’est absurde voyons…
_ Arrête s’il te plait, sourit le Grec gêné. Tu as bien compris que la jeune femme qui gît au pied des marches des douze maisons est la vraie Athéna n’est-ce pas ?
_ …
_ Oui, tu as tout compris, sourit-il confus, en remarquant qu’elle baisse honteusement la tête. Les prochaines heures diront qui d’Athéna ou de moi est digne de gouverner la Terre.
_ Bien que je lui doive allégeance, tout le bien que le Sanctuaire a apporté au monde ces dernières années, la paix, c’est à vous qu’on la doit et non à elle.
_ La paix… Il ne s’agit là que de faux semblants. Cette paix est instable et elle s’est conclue au prix de nombreux sacrifices.
_ Les habitants du Sanctuaire ne seraient pas d’accord. Le peuple vous trouve bon.
_ Le peuple a peur.
_ Il mange à sa faim, se sent en sécurité !
_ Ne mangent que ceux qui obéissent. Le régime de terreur instaure un semblant de paix. Obligeant le peuple à se terrer. »
Katya baisse la tête, obligée d’admettre qu’elle s’est créé une fausse image, de celui qu’elle idolâtre.
Saga est confus. Du haut des marches où se dresse son trône, il domine la triste prêtresse.
_ « Qu’importe ! Ces Saints de bronze ne peuvent parvenir jusqu’ici. Il reste encore tant de maisons à passer ! Et si même par miracle ils y parviennent ! Même si le peuple tout entier se révolte ! Même si vos hommes vous abandonnent ! Moi je suis là ! Je me dresserai en ultime rempart ! Je donnerai ma vie pour vous, comme je vous ai déjà donné mon corps, mon c½ur et mon âme, avoue-t-elle toute rougie d’émotion. »
Saga a la bouche entrouverte, l’air attendri. Il ne sait que dire. Flatté qu’il est par tant de dévotion.
Refusant qu’elle continue à voir en lui le bienfaiteur qu’il n’est pas, il descend vers elle : « Le mal est en moi. J’ai longtemps lutté. Aspirant à être un homme bon, comme mon camarade Aiolos. Espérant remettre mon frère dans le droit chemin. Mais chaque choix m’a écarté de la bonne conduite à laquelle j’aspirais. Comme si au fond de moi je désire vraiment prendre la direction inverse. Je me suis énamouré d’une déesse, Hébé, dont j’ai ensuite fomenté l’assassinat. Condamné mon jumeau à une mort certaine car nous partagions finalement la même ambition. Fait exécuter mon frère d’arme Aiolos, puis envoyé à la mort de nombreux Saints et soldats afin de préparer mon règne le jour où je remettrai la main sur Athéna. Car oui, j’ai tenté de la tuer lors de sa naissance. Et tant que mon but ne sera pas accompli, cette part de mal en moi fera tout pour y parvenir. »
Katya en tombe à genoux. Ses bras tremblants ont du mal à la maintenir contre le sol.
_ « Ecoute ! Entends les paroles du messager à travers la porte ! Il vient d’arriver. Ses pas pressés ne trompent pas. Malgré les instructions de mes gardes, il insiste pour me délivrer un message. Tu entends ? »
La malheureuse tend l’oreille et discerne, tant bien que mal, la conversation à l’extérieur de la salle.
Saga confirme : « Star Hill. C’est bien de ça dont il s’agit. Marin de l’Aigle a tenté de s’y infiltrer et est tombée sur mes hommes de confiance. Tu entends ? Jaki, un mercenaire banni est chargé de la dérouter. »
Katya écarquille les yeux. Partagée entre horreur et stupéfaction.
_ « Mû était sous surveillance à Jamir. Dans les environs j’ai envoyé des espions. Quelle surprise n’ai-je pas eu il y a une dizaine de jours lorsqu’on m’a informé que Marin s’y rendait. Elle qui a disparu des radars après m’avoir trahi au Japon en aidant les Saints de bronze. Je l’ai donc fait suivre. Elle est arrivée trop tard au Japon pour partir avec Seiya et les autres. Juste le temps de croiser June du Caméléon, une autre traîtresse. Leur conversation fût entendue. Et le projet de Marin de visiter Star Hill découvert…
_ Pourquoi, demande Katya en se jetant aux pieds de son seigneur ? Pourquoi me dévoiler tout ça ?
_ Tu n’es pas sans ignorer que Jaki était condamné pour de nombreux meurtres, viols et délits en tout genre. Son arrestation était un moyen de brouiller les pistes, calmer les esprits les plus crédules. La plupart de ces meurtres étaient commandités par mes soins. Pour les autres crimes, disons que cela venait de son inspiration. Lorsque tout ceci sera terminé, si j’en sors victorieux, alors je le récompenserai de la Cloth correspondant à la constellation sous laquelle il est né. Après tout, avec le nombre de Saints sacrifiés par ma folie, sa constellation doit être libre aujourd’hui…
_ Pourquoi me dîtes vous toutes ces atrocités, sanglote-t-elle ? 
_ Si j’ai fait surveiller Star Hill, poursuit-il en l’ignorant, c’est parce que là-bas se cachent mes plus terribles secrets. On y découvrira que Shion, le Grand Pope et Arlès, son frère et second, sont morts depuis des années. Que j’ai usurpé leurs identités depuis tout ce temps. L’annonce de la mort de Shion il y a quelques mois fût nécessaires tant mes décisions stratégiques prenaient un virage surprenant pour ceux ayant connu Shion.
_ Arrêtez, s’époumone-t-elle ! Ça suffit ! Que cherchez vous à faire à la fin ?! M’aidez à me rendre compte de qui vous êtes ?! Tout ça, c’est peut-être magnifiquement pensé et à la fois cruel, mais dans tous les cas ce n’est pas vous ! Il y a des tremolos dans votre voix, malgré l’assurance que vous essayez de prendre en vous faisant passer pour un monstre ! Quant à l’homme qui m’a sauvé, ça n’était pas celui que vous décrivez ! Le monstre qui habite en vous n’est pas vous, souligne-t-elle en se redressant. Et quand tout ceci sera fini, j’espère que vous aurez le temps de vous en rendre compte, conclut-elle en se dressant à sa hauteur sur la pointe des pieds. »
Tandis qu’elle se laisse guider par son instinct pour lui baiser les lèvres, elle découvre avec plaisir l’étreinte profonde mais tendre de Saga lorsqu’il l’enlace de ses grands bras par le creux de son dos.
Bien plus doux que lorsqu’il lui a pris sa virginité, Saga ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Celles-ci la ramènent à elle, lui faisant reculer légèrement la tête en arrière.
La relâchant délicatement, Saga sort de sa toge papal un bijou brillant comme l’éclat du soleil.
En fixant avec embarras le frêle cou encore marqué par la pression qu’il y a exercé il y a de cela deux jours, Saga tend de ses deux mains un collier en or à Katya : « Lorsque j’ai brisé l’ancien, tu as accepté le monstre en moi. Aujourd’hui, je tenais à ce que ce soit l’homme bon qui t’en offre un plus beau encore. Merci d’avoir su voir qui je suis, et d’accepter également ce que je peux être. »
Elle referme ses mains sur celles de son idole et en profite pour déposer sa tête contre son buste. Ses yeux se ferment alors qu’elle se niche contre ses muscles pectoraux.
_ « Je prierai pour vous, promet-elle.
_ Non… Prie plutôt pour Athéna, l’enjoint-il la mine dans le vague. Ainsi, si Athéna gagne, l’homme bon en moi aura fini par gagner. Le danger guette. Va à présent, lui dit-il en mettant un terme à leur longue accolade en lui baisant le front tout en faisant glisser ses mains du haut de ses épaules jusqu’à ses menus poignets au bout desquels ses fins doigts serrent le collier qu’il lui a offert. »
Ses mains empoignent avec dévouement le bijou qu’elle colle contre son c½ur.
Timidement, elle se dirige vers la sortie, s’efforçant de ne pas se retourner.
Lui, l’air hagard, attend d’entendre les lourdes portes être refermées par ses hommes pour se fixer dans un miroir.
Si doux jusqu’à présent, le reflet lui renvoie cette version démoniaque de lui aux yeux rouges et aux cheveux gris : « Ça y est ? Tu as fini ? Tu es content ? Je t’ai laissé dire au revoir dans un des derniers instants de bonté que je t’accorde encore. Mais soit rassuré, quand tout sera fini, je prendrai soin de cette Saintia. Quel meilleur sujet qu’elle après tout ? Elle est prête à tout accepter de moi ! Ah ! Ah ! Ah ! »


Au Mexique, sur le toit de la taverne dans laquelle il loge, Mei préfère rester seul après le réconfort apporté par Yulij.
Depuis le village d’Icnoyotl, Mei fixe la constellation du Cancer.
_ « Elle brille moins que d’ordinaire, constate-t-il. »
Allongé, la tête dans les étoiles, il revit quelques instants le passé partagé avec son maître et tout le bonheur que celui-ci a pu lui apporter.
Malheureusement, la peine revient vite lorsqu’il se remémore son changement brutal de personnalité et les déclarations des gens qui lui étaient proches au Sanctuaire.
_ « S’il est mort aujourd’hui, alors cela signifie qu’il n’était réellement pas du côté de la justice, songe-t-il. Par Athéna, se redresse-t-il en un éclair. Je jure sur la constellation du Cancer de laver l’affront fait par mon maître et de toujours me battre pour la justice, lève-t-il le poing au ciel. »
A cet instant, les étoiles du Cancer se mettent toutes à scintiller bien plus fort que Mei ne l’a vu jusqu’à présent. Comme si elle reçoit et adhère à ce v½u solennel.

Au rez-de-chaussée, la fête bat au rythme des pieds qui claquent le plancher, des mains qui s’entrechoquent, des airs de guitares et d’harmonicas.
Les serveurs portent dans chaque main des plateaux remplis de boissons et de nourritures. Toutes les tables sont pleines et l’ambiance est bon enfant.
Accoudé, verre de tequila à la main, Nicol garde un ½il sur Yulij et Médée qui dansent à tours de bras avec tous les clients.
Prises d’une euphorie toute particulière après les atrocités vues dans la forêt, elles font de grands signes de mains au Saint de l’Autel pour l’enjoindre à venir partager ce moment avec eux.
Cependant, il préfère ramasser au passage la main d’une serveuse aux cheveux longs, blonds, épais et agrémentés de plumes noirs pour les décorer.
Iuitl, celle avec qui il a passé la soirée la veille, lui sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Bien qu’ils se soient quittés en froid la veille, Nicol la rappelle contre lui et lui murmure à l’oreille : « Hier tu te plaignais que les gens ici n’étaient que de passage. Tu vois, je suis encore là ce soir. »
Sa robe rouge dédoublée avec audace haut sur la cuisse lui permet d’entourer le Grec avec sa jambe. Elle se colle à lui et se laisse séduire : « Alors allons danser ! »
En rythme, ils s’accordent sur la piste sous le regard globuleux et espiègle de Cuetzpalli.

14
Only for Love / Chapitre 65
« on: 3 October 2020 à 17h06 »
Chapitre 65

La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. 
A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier.
En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos.
Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. »
Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. »
Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. »
Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ?
_ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. »
Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! »
Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ?
_ J’ai plus peur que froid.
_ Peur ?
_ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ?
_ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là.
_ Mais tu resteras avec elle alors ? »
Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui.
_ « Saori, songe t’il quelques instants. »
Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. »
L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui.
Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle.
La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya.
Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! »
Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho.
_ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? »
Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute.
Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ?
_ Ou… Oui… Oui, tu es sublime.
_ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ?
_ N… Non. Non nous avons grandi et… »
Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine.
D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement.
Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible.
Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… »
Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres.
Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise.
Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs.
A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers.
Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.

A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! »
Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. »
Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région.
_ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. »
Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.

Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert.
Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron.
_ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue.
_ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule.
_ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? »
Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés.
_ Je ne voulais pas vous sembler impolie.
_ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. »
Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl.
_ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes.
_ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes.
_ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. »
Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. »
Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. »
Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.

Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur.
Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ?
_ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. »
Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? »
N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. »
Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano.
_ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ?
_ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver.
_ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles.
_ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes.
_ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ?
_ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… »
Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi.
_ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas…
_ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali.
_ Et cette citée, elle existe vraiment ?
_ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus.
_ Qui étaient ces gens ?
_ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. »
Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.

Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus.
_ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. »
Autour d’eux, la taverne se vide.
La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux.
Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé.
Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux.
Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main.
Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? »
Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?!
_ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors…
_ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? »
Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.

Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.

Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! »
Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! »
Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol.
Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca.
_ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »


En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase.
Le sommeil est venu tard pour Seiya.
Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami.
Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu.
Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »

En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour.
_ « Reste un peu.
_ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations.
_ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres.
_ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. »
De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller.
Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. »
Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.

Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. »
Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »


L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl.
Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.

Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser.
Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille.
Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.

Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille.
Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé.
_ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. »
Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux.
Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. »
Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! »
L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! »
Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. »
Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors…
_ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol.
_ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! »
Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… »
Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. »
Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice.
Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. »
Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple.
Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience.
Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.

Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy.
_ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ?
_ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels.
_ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. »
Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré.
Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque !
_ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ?
_ Non, car c’est toi qui vas le faire.
_ Comment ?!
_ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido.
_ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas.
_ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. »
Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or.
_ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. »
Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos.
Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. »
Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté.
_ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire.
_ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »

Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment.
Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience.
Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… »
Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! »
L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage.
De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…


Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue.
Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.

Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement.
Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.

Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue.
Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… »
Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple.
_ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »

Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.

En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl.
Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. »
Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca.
Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole.
Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? »
Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. »
Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ?
_ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres.
_ Il peut encore nous être très utile. »
Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. »
Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »

Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne.
Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.

Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille.
Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or.
Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. »
Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. »
Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils.
Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte.
La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! »
Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! »
Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! »
Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout.
_ « Bonjour Myrrha… »
Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. »
Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu.
Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. »
Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… »
Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage.
_ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs.
_ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? "
_ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change.
_ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. »
Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. »
Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière.
Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. »
Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.

A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.


Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle.
D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions.
Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl.
Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.

Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée.
_ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant.
_ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! »
Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. »
Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. »
Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »

Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes.
Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci.
_ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. »
A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! »
La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? »
Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. »
Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte.
_ Un lieu où on sacrifie des animaux ?
_ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? »
Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent.
Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. »
Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage.
D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars.
L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! »
Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre.
_ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij !
_ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée.
_ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! »
Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis.
En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? »
Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps.
Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. »
Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »

A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu.
Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux.
Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes.
Mei grimace : « Merde. Ça recommence. »
Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! »
Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner.
La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. »
Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. »
Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? »
Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice.
Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal.
Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains.
Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis.
Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. »
Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier.
Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui.
Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage.
Mei est projeté en arrière.
Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup.
La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. »
Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette.
La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.

A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli.
Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance.
Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. »
Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque.
Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! »
Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup.
Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien.
De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis.
D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… »
Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain.
Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! »
Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée.
_ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. »
Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent.
Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. »
Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? »
En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. »
Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! »
Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive.
Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ».
Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui.
Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper.
Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »

15
Only for Love / Chapitre 64
« on: 28 September 2020 à 13h48 »
Chapitre 64

L’air frais de ce 19 décembre 1986 glisse sur le masque violet du souverain pontife du royaume d’Athéna.
Appuyé au balcon de sa chambre, penché en avant, il laisse ses cheveux blancs grisonnants voguer au gré du vent. Celui-ci écarte les nuages et dégage un ciel bleu comme on en trouve souvent malgré l’hiver approchant.
Néanmoins, l’ambiance bucolique à l’extérieur dénote avec le courroux du Grand Pope.

Derrière le siège papal, agenouillé plus bas, Phaéton cherche à se faire plus petit qu’il ne l’est.
_ « Donc, si je comprends bien, questionne le Pope d’une voix grave, toujours aucune trace de la Cloth d’or du Sagittaire qui s’est volatilisée ?!
_ Hélas, Seigneur, toutes les tortures menées sur votre ordre n’ont rien donné. Tous les soldats en faction dans les environs de vos chambres à vous et à Athéna ont été passés à la question.
_ Peut-être les interrogatoires ont-ils été menés avec trop de délicatesse ?
_ Mais, Seigneur, tous les hommes interrogés en sont morts.
_ Alors interrogeons les prêtres. Après tout, en venant se recueillir auprès de moi et en assurant mon service ils savent obligatoirement quelque chose.
_ Enfin… Seigneur… Vous n’avez plus de prêtres… Nombreux sont ceux disparus ces derniers mois et les derniers questionnés n’ont pas survécu non plus à l’interrogatoire. »
Ces déclarations font revivre en quelques flashs, les meurtres perpétrés par Saga, lorsque ses fidèles ont découvert par inadvertance son visage ou qu’ils ont dû payer pour les échecs essuyés par le Sanctuaire contre Saori.
Saga reprend son souffle afin de contenir son amertume.
Il se tourne à destination de Phaéton : « J’avais demandé qu’on envoie un Saint d’argent à Jamir pour quérir l’aide de Mû. Avec ses donc de télékinésie, il devrait pouvoir localiser l’armure du Sagittaire. »
Phaéton sue à grosses gouttes : « Nous avons envoyé Arachné de la Tarentule. Le soldat qui l’accompagnait dit que Mû n’était pas à Jamir et qu’en chemin, Arachné a rencontré Seiya de Pégase.
_ J’imagine alors qu’Arachné ne rentrera pas, soupire le Pope.
_ Malheureusement Majesté… Cependant, il nous reste encore quelques Saints d’argent que nous pouvons…
_ Je t’en prie ! Phaéton ! Combien de Saints d’argent avons-nous déjà envoyé ?! Gardons le peu qu’il reste pour des missions de moins grande envergure, gronde-t-il en descendant les marches ! »
Sa voix résonne dans l’immense temple. Puis, s’ensuit le son de ses pas qui approchent de Phaéton.
Le malheureux, arc-bouté plus que de raison, pense sa fin proche.
_ « Après ses échecs, Gigas a fui. Dès lors, une fois qu’on m’a confié le poste de général, disposant des pleins pouvoirs, j’ai cru qu’employer les Saints d’argent m’octroierait un succès rapide. J’aurai eu tous les honneurs de notre maître. Mais j’ai été bien sot. Après tout, avant qu’il ne tombe en disgrâce, Gigas avait rencontré le succès. Notamment contre Eris, Shiva, Hébé… Il a guidé nos hommes dans des victoires face à des dieux. Et pourtant, dès le premier revers, il a compris qu’il était plus judicieux de fuir. Quel idiot ai-je été de penser qu’avec mon manque d’expérience et mes échecs qui s’en sont suivis je parviendrai à m’en sortir, songe-t-il. »
Soudain, le silence le tire de ses pensées. Il n’entend plus les cliquetis métalliques des pas du Grand Pope avancer. Phaéton lève alors les yeux très lentement et reconnaît juste devant lui son souverain.
_ « Phaéton. Quel grade occupais-tu avant que je ne te catapulte général ?
_ Co… Commandant, bégaye-t-il.
_ Je vois. Un poste laissé vacant quand tu as pris la place du déserteur Gigas… Avec les pertes occasionnées chez les Saints d’argent, dont certains étaient lieutenants, sans parler de leur capitaine Misty, l’armée a perdu des éléments de grandes valeurs. C’est même toute la structure de commandement qui a été profondément impactée. Pour ne pas dire décimée, si je compte le nombre de Saints de bronze qui étaient sergents. Ne parlons pas des mercenaires… »
Saga reprend son chemin et quitte l’appartement, pour déboucher dans le grand hall de réception où se trouve son trône. Phaéton le suit, tout penaud.
_ « Le général a le commandement sur tout le domaine sacré. Du simple soldat jusqu’au commandant, en passant par les Saints de bronze et d’argent. D’ailleurs, la plupart du temps, général et commandant sont, ou ont été, des Saints d’argent. Seulement, pour vous, Gigas et toi, j’ai fait une exception, comptant sur votre dévouement et votre sens de la stratégie…
_ Absolument Majesté et je vous en suis profondément reconnaissant, interrompt aussitôt Phaéton qui sent que la fin est proche…
_ Silence, ordonne Saga ! Toujours est-il, que la gouvernance des Saints d’or incombe au Grand Pope que je suis. La situation impose que je prenne les devants. Et tu seras rassuré de savoir que c’est chose faite. J’ai envoyé Aiolia du Lion au Japon pour mettre fin à la mascarade de Saori Kido. Deathmask du Cancer, lui, est parti aux Cinq Pics en Chine, assassiner le traître Dohko et ramener l’armure d’or de la Balance, qu’il conserve depuis plus de deux cent ans. J’attends leurs comptes-rendus d’ici les prochaines heures. Dès lors, il me parait évident que les choses dépassent le général que tu étais.
_ Que… Que j’étais Majesté ?
_ En effet. Nos rangs décimés ont besoin de caporaux.
_ Caporal… Il s’agit du meneur d’une troupe de soldats. Ce n’est même pas le rang que j’occupais lorsque je suis rentré…
_ Ne me trouves-tu pas assez magnanime, demande avec insistance le Grand Pope en se retournant vers son sujet ? »
Phaéton en tombe à la renverse : « Si Majesté ! Absolument ! Je m’en vais prendre mes fonctions de ce pas ! »
Phaéton se redresse avec difficulté, sa hâte le fait glisser sur les dalles usées du temple avant qu’il ne déguerpisse, raccompagné par les soldats qui l’attendent de l’autre côté de la porte, disgracié qu’il est.

Sur son passage, il rencontre une jeune femme aux longs cheveux blond pâle.
L’encadrement musclé autour du général déchu ne la surprend pas outre mesure. Elle avance en le toisant avec mépris de ses yeux verts, comme si sa déchéance avait été son ½uvre.
Austère, implacable, la beauté froide avance avec légèreté dans ses spartiates nouées autour de ses mollets dénudés. Sa robe immaculée, nouée à la taille par une ceinture dorée, descend plus bas que ses cuisses fermes, mais demeure suffisamment évasée pour se soulever et épouser la forme de ses jambes à chacun de ses pas. Elle stoppe net une fois la grande embrasure passée pour plier ses genoux et effectuer une révérence au Grand Pope.
Au dehors, les gardes en faction devant les portes, les repoussent pour laisser le représentant d’Athéna seul avec sa sujette.
Une fois l’accès fermé, le claquement assourdissant résonne dans le grand hall.
Alors que plus d’un frémirait d’effroi, la vénusté, elle, parait soulagée. En effet, malgré sa posture, elle lève le plus discrètement possible ses yeux vers le prélat.
Contre toute attente, une fois le vacarme dissipé, le frottement métallique de son masque contre son casque indique que Saga dévoile son visage.
Tandis qu’il dépose son attirail sur son siège, ses cheveux bleuissent jusqu’à reprendre leur teinte naturelle.
_ « L’heure est grave ! Lève-toi, Katya, représentante des prêtresses d’Athéna ! »
La susnommée s’exécute aussitôt, sans craindre pour autant la réaction de Saga. Au contraire, elle attend impatiemment qu’il se tourne pour apprécier son visage.
_ « L’armure d’or du Sagittaire nous a été dérobée, l’informe-t-il en se retournant. Ni les gardes en faction dans mon temple ni les prêtres d’Athéna n’ont parlé… »
Katya reste muette. Elle ne semble pas découvrir l’identité de Saga mais n’en demeure pas moins admirative chaque seconde de l’honneur qu’il lui fait de lui dévoiler son charme.
_ « … J’ai souhaité me charger personnellement des prêtresses d’Athéna. Seules ses prêtresses sont autorisées à l’approcher et, par la même, à aborder mes appartements. C’est pour cette raison que j’ai expressément ordonné que toutes les prêtresses soient convoquées en ta compagnie ! Or, je ne vois personne avec toi ! »
D’un ton mielleux, malgré une voix qu’on lui devine d’ordinaire autoritaire, elle répond : « Mais Grand Pope… il n’y a plus de prêtresses d’Athéna. Personne d’autre que moi ces derniers mois n’est venue ici pour donner le change. Les seules prêtresses qui n’ont pas disparu après être venues ici, sont des aspirantes Saintias. Des guerrières que vous souhaitez garder sous le coude et pour lesquelles vous me demandez de continuer l’instruction selon les codes de la chevalerie et de la dévotion envers Athéna.
_ Les Saintias… Athéna, marmonne-t-il en passant sa main gauche sur son visage, démontrant ainsi une pointe de fatigue… Il est vrai que leur prédisposition au combat leur a évité un sort auquel n’ont pas échappé les simples servantes que je… Que j’ai… »
Il tombe à genoux, le visage horrifié par la réalité. Katya court aussitôt pour se jeter à ses pieds et cueillir ses mains de ses doigts fins : « Tout ce que vous avez fait Saga, c’est pour apaiser le tourment en vous et vous permettre de rester lucide quand vient le moment de répondre aux responsabilités de votre fonction. Gouverner le monde d’une main de maître.
_ Ka… Katya… bégaie-t-il.
_ Vous êtes grand et bon Saint d’or des Gémeaux, lui assure-t-elle en prenant sa tête pour la plaquer chaleureusement contre sa ferme poitrine. Vos actes sont justifiés car ils sont justice. Moi seule, je longe vos appartements, afin de me rendre derrière cette tenture rouge à l’arrière de votre trône pour accéder à la chambre d’Athéna et assurer la toilette et le repas de cette Athéna qui n’est pas présente. Si vous pensez qu’à un seul moment j’ai pu trahir cette passion pour vous, alors je serai ravie de m’ôter moi-même la vie. Cette vie radieuse que je vous dois après que vous m’ayez sauvé d’une attaque des Titans. »
Le chevalier troublé relève la tête, les yeux gondolés de larmes, et confesse : « Je t’ai converti à mes vices.
_ Je l’ai choisi le plus volontiers du monde.
_ Peut-être bientôt cette guerre interne prendra fin, et peut-être qu’elle m’emportera à son terme…
_ Je ne peux concevoir de vivre sans vous. Ma vie prendrait fin en même temps que la vôtre.
_ Une Saintia est un statut particulier, où les femmes sont autorisées à devenir chevaliers sans renoncer à leur féminité, afin de servir personnellement Athéna. Seules des jeunes filles au c½ur pur et éternellement chastes et dévouées peuvent intégrer sa garde. J’ai interdit aux dernières prétendantes de quitter le temple des prêtresses, afin de les préserver de l’immoralité qu’oblige mon ambition. Mais toi, je t’ai pris. Je t’ai fait trahir Athéna. Je t’ai rendu complice de mes crimes, en te laissant envoyer des prêtresses à une mort certaine, après que je leur ai volé leur innocence, parfois sous tes yeux, en te faisant même à l’occasion exécuter la basse besogne, alors que mon esprit était pris de doutes. Tu as rempli des missions pour moi en transmettant des ordres d’exécution, voire en faisant toi-même le bourreau. Je t’ai tout pris…
_ Non, vous m’avez tout donné. Vous m’avez donné la responsabilité d’assurer votre loi auprès des prêtresses en m’en faisant la doyenne et formatrice. Vous m’avez donné le statut de Saintia en m’offrant la Cloth de bronze de la Couronne Boréale. Vous m’avez fait remplir les missions qui incombent à la stabilité et durabilité de la paix. Vous m’avez confié vos plus lourds péchés, en ne vous cachant pas des crimes qui vous soulagent. Vous m’avez sauvé la vie. Puis, vous avez donné un sens à ma vie. Vous ne m’avez en rien tout pris, vous m’avez tout donné. »
Saga est saisi par la sincérité d’une ferveur si aveuglante, presque gêné par l’influence qu’il exerce sur cette jeune femme.
Celle-ci se relève devant lui, accablé sur le sol. La mine confuse, ses yeux rivés sur les pieds de la Saintia, il est ramené à lui lorsqu’il remarque sa fine robe descendre tout le long de ses chevilles.
Lorsqu’il relève la tête, il ne reste plus comme vêtement sur la vestale que le foulard qu’elle desserre de son cou afin de libérer un large collier d’or.
Alors qu’elle se dirige vers le trône papal en délassant ses spartiates à mesure qu’elle progresse, elle tourne légèrement la tête pour défier d’un regard mutin son idole : « Il ne reste qu’une chose que je ne vous ai pas donné et que vous avez eu l’élégance de ne pas me demander…
_ Je n’aurai jamais osé attendre d’un sujet d’une telle confiance, d’une telle efficacité, ce sacrifice après tous ceux qu’elle a commis pour moi, garantit-il en la suivant comme envoûté. »
Tout en enroulant son foulard autour d’un de ses poignets, elle se cambre pour déposer délicatement avec l’autre main, l’un après l’autre, le casque puis le masque du Grand Pope sur le sol. Exposant ainsi sa croupe à Saga qui se délecte du spectacle.
Lorsqu’il arrive à sa hauteur, elle s’avachit dans le trône en tendant ses deux poignets et prononçant plus en avant ses poings enrubannés : « Il est essentiel pour moi que mon premier instant soit le meilleur de votre vie. Je sais que vous aimez que votre emprise sur toute chose soit totale. »
La vigueur du Saint se reflète alors dans ses yeux prenant un éclat rougeoyant. Sa mâchoire se serre tandis qu’il défait sa toge qu’il abandonne à ses pieds. Exposant ainsi son corps sculpté qu’elle admire avec envie.  D’un mouvement brusque, il saisit les deux mains de Katya qu’il tire vers lui, l’obligeant à s’agenouiller sur le siège. Alors qu’il les lève à sa hauteur, Katya laisse tomber le poids de ses épaules en avant pour approcher sa tête du sexe raidi de Saga. Tandis qu’il lui lace les poignets, donnant à chaque n½ud un à-coup prononcé, Katya goutte follement l’ardeur de Saga, nourrit par l’envie profonde de saisir l’opportunité qu’il s’est toujours refusé.
Ne pouvant contenir plus longtemps la personnalité liée à ce plaisir dont il se sent coupable, sa chevelure grise prend le dessus pour accompagner sa hargne.
D’un coup, d’un seul, il redresse la tête de Katya qu’il saisit à la gorge pour la plaquer au fond du fauteuil. Le contact est si violent que le collier de la Saintia vole en éclat.
Tandis que le choc brutal l’étourdit et que le souffle lui manque, elle écarte les cuisses pour enrouler ses jambes autour de sa taille et l’attirer vers elle : « Oui… Allez-y… Soyez ce que vous aimez être, susurre-t-elle d’une voix étouffée… »
Les yeux rouges de Saga reprennent leur lueur bleue bienfaitrice, tandis qu’il conserve sa chevelure blanchissante, matérialisant ainsi cette dualité qui le caractérise, même lorsqu’il peut librement être celui qu’il souhaite…


Au Mexique, au centre du pays, sur une route déformée et faite de nids-de-poule, un pick-up truck roule péniblement au beau milieu de champs désertiques.
Tout autour, les aspects de la jungle tropicale annoncent qu’il entre dans un aspect le plus coutumier du pays.
En effet, le développement industriel des moyennes et grandes agglomérations mexicaines a entraîné un important exode rural ces dernières décennies.
Le chauffeur du véhicule s’étonne donc de s’enfoncer autant dans l’arrière-pays, comme le désirent les touristes qu’il conduit.

Dans la cabine arrière, sur deux bancs, Nicol, Mei, Yulij et Médée sont balancés au gré des ornières de la route. Les femmes cachent leurs visages de la poussière avec leurs voiles, tandis que les hommes se protègent du soleil avec leurs sombreros.
Entre les deux bancs, les urnes de leurs Cloths, dissimulées sous des draps, leur rappellent leur mission : « Je suis surprise qu’il fasse aussi chaud pour un mois de décembre, soupire Médée.
_ Au Mexique les saisons sont moins marquées que par chez nous. La saison la plus agréable et la moins chargée va de novembre à avril. Le soleil est présent et les pluies presque absentes, leur apprend Nicol. »
Sarcastique, Mei penche son visage par-dessus le véhicule et régurgite son repas : « Bordel… En plus de la chaleur et de ces carnitas trop gras, cette route de merde me fout la gerbe. Pourquoi faut-il qu’on roule encore autant ? Ça fait vingt-quatre heures qu’on traverse le pays du sud au centre. »
En essayant de retenir mieux que Médée et Yulij sa moquerie, Nicol justifie : « Tu l’as entendu comme moi. Dès notre arrivée dans ce pays, il a été question d’une étrange série de disparitions dans la région du centre, exactement là où nous nous rendons. Il est question d’animaux humanoïdes. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une nouvelle légende urbaine, cela correspond exactement à ce qu’on recherche. »
Répondant à la maturité de Nicol, l’épouse de Mû rajoute : « Et puis il faut en profiter pour admirer le paysage. Cela fait près de mille huit cent kilomètres que nous voyons de verdoyantes prairies et une architecture mélangeant l’art Toltèque, Maya et colonial. »
Pris de terrible maux de ventre, Mei conclut en recrachant sa bile d’un désespéré : « Ne te fous pas de ma gueule, qui amuse ses trois compagnons ! »


Au Japon, à Tokyo, au Coliseum, toutes les issues sont désormais condamnées. Seuls les portes des garages souterrains s’activent encore, pour laisser aller et venir les agents du quartier général de la Fondation Graad.
De l’immense stade couvert qui dominait Tokyo, il ne reste plus rien. Cette version moderne du colisée romain, construite à l’occasion de la Galaxian War n’est plus, aujourd’hui, qu’un amas de pierres, de résidus de plastiques et de bois brûlés.
Alors qu’il s’élevait sur plus de quarante-trois mètres de haut, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une dizaine encore debout.

Epargné par les flammes lorsque le Sanctuaire a voulu ravager le dôme, le sous-sol, fraction secrète et profondément enterrée, sent encore le neuf.
Désormais animé par les ordres de Sho, Ushio et Daichi, les Steel Saints, ce centre a pour but d’enquêter sur le Sanctuaire et les agissements maléfiques qui peuvent avoir lieux à travers le monde.
Le meneur des chevaliers d’acier, élancé, les cheveux d’un bleu foncé, cachant son ½il droit par une mèche rebelle, Sho, reste les yeux rivés sur l’écran géant principal : « Il nous a suffit de nous brancher aux caméras installées partout en ville. Grâce à elles nous avons pu remarquer la présence trop fréquente de ce camion de nettoyage qui rode sans cesse autour du QG. Alors que Mademoiselle Kido et nos amis se rendent à l’orphelinat, il les a pris en filature. »
A ses côtés, non moins grand, vêtu d’une combinaison marine et la joue marquée d’une cicatrice, Ushio presse une touche pour activer les micros : « Je pense que c’est le moment de cesser ce petit jeu. Daichi, tu t’en occupes ? »

Dehors, tenant l’équilibre sur le skateboard motorisé qui lui sert de Cloth, le plus petit des trois alliés des Saints de bronze reçoit le message radio.
Pistant depuis leur départ le camion, il passe à la vitesse supérieure.
Il abandonne leur trace pour emprunter une petite ruelle.
Alors que la fourgonnette suit une route éloignée du centre de Tokyo, Daichi surgit sur le flanc du véhicule. Son armure traverse la soute et renverse les agents qui s’y trouvent.
Le Japonais se réceptionne devant le véhicule retourné, d’où sortent deux hommes portant d’ordinaires vêtements d’agent d’entretien.
« Vous êtes dingue, s’exclame le premier !
_ Ce sera marqué dans le constat, prévient le second ! »
Le gamin aux cheveux bruns coiffés d’un bandeau remarque : « Vous avez un accent peu commun pour des gens d’une société de nettoyage locale. On sent le soleil méditerranéen dans vos mots. »
Démasqué, les deux individus n’insistent pas davantage. L’un ramasse dans la cabine, une épée que portent habituellement les soldats en faction dans le domaine sacré.
Il se précipite contre Daichi qui esquive la lame avec agilité.
Le deuxième espion en profite pour contourner les combattants, en espérant bloquer Daichi grâce à une attaque en traître.
C’est toutefois sans compter sur la vitesse du jeune homme à qui il suffit d’un coup de pied retourné, pour le mettre hors d’état de nuire. L’individu armé croit à ce moment pouvoir planter le fer en pleine poitrine de Daichi. Encore une fois, à vive allure, ce dernier l’évite et saisit le poignet de l’adversaire afin de le lui briser, grâce à la simple pression de sa main.
Il lui suffit ensuite d’un direct en plein estomac, pour lui faire mordre la poussière.
Avant que des yeux indiscrets ne viennent se mêler de l’affaire, Daichi ramasse ses adversaires par le col et repart aussi vite qu’il en est venu au quartier général.


Au Mexique, au centre du pays, pendant que Yulij soutient Mei à traverser son mal des transports, Nicol et Médée se laissent charmer par les niveaux élevés de la biodiversité. Ils reconnaissent au loin des espèces charismatiques telles que le jaguar, les singes d'hurleur et les macaws.

Soudain, le véhicule freine brusquement, faisant basculer Mei. Le Japonais se relève furieux, déjà prêt à incendier le chauffeur.
Seulement, celui-ci sort de sa cabine le visage angoissé : « Je n’irai pas plus loin. Il y a encore quelques villages dans les environs, mais les rumeurs disent que ces derniers temps, des groupes indigènes qui vivent dans la forêt s’en prennent aux villageois et les sacrifient au nom du dieu obscur. »
Ventru et moustachu, le conducteur tend sans la moindre élégance sa main en direction de Mei pour être payé.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice lui tourne le dos : « Tu plaisantes j’espère ? Tu n’as pas conclu ta part du marché, tu devais nous conduire au village le plus… »
Il n’achève pas sa phrase, chatouillé au pied par…
_ « Une araignée, sursaute le Saint de la Chevelure de Bérénice ! »
Immense et velue, l’arachnide passe son chemin tandis que Mei se perche sur sa Pandora Box en hurlant de terreur.
Navré, le Mexicain insiste : « C’est la première fois que je vais aussi loin. Je vous en prie. »
Lisant la peur qui pétrifie le pauvre autochtone, Nicol s’évertue à sortir de sa bourse quelques pesos, pendant que les femmes déchargent les urnes en y délogeant avec difficulté Mei : « Ça ira. Prends ces pesos comme nous l’avions convenu et rentre chez toi. Merci pour le voyage. »
Les quatre amis l’observent embrayer avec difficulté, vu l’étroitesse du chemin, un demi-tour puis repartir.
_ « Tu n’aurais jamais dû lui donner ces pesos. On a déjà eu de la chance de tomber sur des bandits de grand chemin et de les détrousser à notre arrivée pour nous affubler de leur argent, grogne Mei.
_ N’ait crainte. Il nous en reste en… »
Une inattendue explosion retentit derrière eux et empêche Nicol d’achever sa phrase.
_ « La voiture ! Le chauffeur, s’inquiète Yulij ! »
Tous les quatre se précipitent dans la direction prise par la voiture.
A leur arrivée, ils ne retrouvent plus que le véhicule retourné et calciné.
Yulij l’inspecte : « Le chauffeur n’est pas dedans.
_ Tu crois qu’il aurait été enlevé comme il le craignait, demande Mei ? »
Médée reconnaît sur la carrosserie ce qui s’apparente à des griffes : « Il semblerait. »
Derrière eux, des grognements félins les informent d’une présence ennemie. De derrière des fougères bondissent quatre grands et massifs carnassiers tachetés.
Yulij se met en garde : « Des jaguars ? »
L’un d’eux tient dans sa gueule l’automobiliste par le cou. Celui-ci, sauf, implore les quatre touristes de lui venir en aide.
Cependant, Mei remarque quelque chose : « Les jaguars ne s’attaquent que très rarement à l’homme. J’ai du mal à croire que ce sont ces quatre gros chatons qui ont mis la voiture dans un tel état. »
Une voix grave et ronronnante leur confirme : « En effet, seul un homme peut faire ça. »
Une silhouette massive sort de l’ombre et s’approche des Saints. Le sol vibre sous ses pas et d’une simple pression de la main, il couche un arbre qui se tenait sur son passage.
« Incroyable, s’étonne Mei en distinguant un grand et immense animal tenir sur ses deux pattes et leur faire la conversation ! »
« Je suis Titlacauan, se présente le meneur de la meute. »
D’un bon mètre quatre-vingt-treize, les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, l’anthropomorphe, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Qui êtes-vous ? »
Mei, toujours aussi provoquant, se gratte la joue : « Des chasseurs. Spécialisé dans le jaguar justement. »
Peu enclin à l’humour, Titlacauan retrousse nerveusement ses babines, pour montrer ses grandes et longues dents : « Habituellement nous ne dévorons pas les hommes. Ils ne nous servent que de sacrifices, mais pour toi je pourrai faire une exception. »
Titlacauan joint les actes à la parole en se jetant sur le chevalier de bronze. D’abord surpris, Mei parvient à esquiver le coup de patte, mais en sacrifiant son poncho.
Titlacauan tente de donner un bon coup de griffes, mais Mei attrape les lanières de sa Pandora Box pour la cogner, contre la poitrine de son assaillant.
Frappé en plein buste par le caisson métallique. Titlacauan recule en grimaçant.
_ « Je sens une drôle d’énergie à l’intérieur de ton corps et de cette boîte. Cette énergie est cosmique, comme celle de notre maître et la nôtre. »
Nicol s’immisce dans la conversation : « Ton maître, ce ne serait pas Tezcatlipoca par hasard ? »
De ses yeux de chasseur, Titlacauan témoigne un certain respect au Saint de l’Autel : « Quelle clairvoyance ! Quel raffinement aussi je dois dire. Rien à voir avec ton ami. »
Mei grimace pour le coup pendant que Médée et Yulij se mettent en garde derrière les hommes. L’animal poursuit : « Notre mission consiste à repousser inlassablement l’assaut du néant. Et pour se faire, il faut fournir au soleil suffisamment de sang. Le sacrifice des hommes et des femmes est nécessaire pour alimenter le soleil d’énergie. Tu me sembles parfait en tout point. T’offrir en sacrifice au Grand Tezcatlipoca ne sera que l’honorer de la plus belle des manières. »
Mei passe devant Nicol et menace le jaguar : « Minute ! Avant de te tailler la part du lion, si je puis me permette, ton adversaire ici c’est moi. »
Titlacauan grogne de plus belle en voyant Mei le provoquer à nouveau : « Hum. Tu fais de l’esprit à ce que je vois. Parfait, je vais pouvoir m’occuper de toi, tu vas subir les Crocs de Tonnerre… »

Avant même qu’il ne puisse invoquer son arcane, une voix sournoise le calme aussitôt : « Ça suffit Titlacauan. »
Le susnommé baisse la tête pour témoigner sa servitude devant un homme mince, les épaules tombantes et le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoignent d’une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
_ « Vous vous êtes déplacez en personne Necocyaotl Prêtre de Tezcatlipoca ? »
Le religieux ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Je m’inquiétais de ne pas te voir revenir Titlacauan. Le Grand Tezcatlipoca attend son sacrifice avec impatience.
_ Et eux ? Qu’en faisons-nous ?
_ Rien. Nous les gardons auprès de nous pour nous amuser quelque temps, sourit avec malice Necocyaotl. »

Yulij s’indigne d’être considérée ainsi. A la surprise de tous, elle s’élance contre le prêtre : « Pour qui nous prends-tu ? Falling Stars ! »
Malgré la vitesse du son atteinte par la Chute d’Etoiles, Necocyaotl ne s’en inquiète pas. L’écharpe rouge qui descend le long de ses épaules s’allonge indéfiniment devant lui et bientôt devant l’ensemble des siens : « Darkness Mirror. »
Le Miroir des Ténèbres quadrille la zone et laisse réfléchir les étoiles pour mieux se retourner contre Yulij.
La Saint du Sextant est repoussé jusqu’auprès de ses camarades où Mei la rattrape afin d’éviter à sa compagne une chute dangereuse.

Devant eux, le miroir se dissipe, ne laissant rien d’autre que la jungle vidée de leurs ennemis…


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido, dans une des ailes de l’immense propriété, Saori se recueille seule un instant.
Beaucoup de choses se sont passées en si peu de temps.
Après une dispute avec Seiya à propos de Shiryu, Ikki a choisi de faire cavalier seul. Il demeure introuvable.
Seiya est parti en vain à Jamir pour trouver un remède à la cécité de Shiryu.
Le masque de l’armure d’or du Sagittaire avait disparu, avant que l’armure toute entière ne réapparaisse dans sa véritable forme pour protéger Seiya d’Aiolia du Lion.

Elle s’enferme dans un de ses appartements et soupire éreintée par l’accumulation des circonstances malheureuses.
Alors qu’elle revient du Jardin d’enfants des étoiles, l’orphelinat où ont grandi Seiya et ses frères, Saori revit quelques instants ces regards échangés entre Miho et Seiya.
_ « Je savais que je n’aurai pas dû les accompagner à cet orphelinat lors de leurs adieux avec les enfants. Cette éducatrice partage tellement de choses avec Seiya, je suis certaine qu’elle n’attend que son retour pour le lui dire. Est-ce réciproque au moins, se tracasse-t-elle ? »
Elle passe devant son piano sur lequel elle s’assoit et joue l’air qu’elle a tant l’habitude d’interpréter, la sonate K. 332 de Mozart. Par automatisme, ses doigts pianotent habillement l’instrument musical et lui permettent de songer : « Dois-je lui dire ce que je ressens ? Suis-je sensée le faire ? »
Elle tourne la tête vers un guéridon où est exposée sous cadre une photo d’elle en compagnie de Ksénia : « Mon amie… Je n’ai pas eu de temps à te consacrer dernièrement. Toi tu aurais su me dire que faire vis-à-vis de Seiya… »
Brusquement, ses mains entières pressent plusieurs touches en même temps et produisent un son inaudible : « Non ! Ce que nous allons vivre demain est trop important pour que je puisse faire passer ma personne en premier. Je suis Athéna. Mes sentiments humains ne doivent pas interférer sur ma mission divine. »

Subitement, on frappe à sa porte. « Entrez, dit-elle d’une voix gracieuse ! »
Son majordome au crâne dégarni laisse la porte s’ouvrir et tend le bras à la personne qui l’accompagne : « Je vous en prie Docteur Asamori. »
Le savant à la moustache et aux cheveux grisonnants passe devant Tatsumi et salue comme il se doit la riche héritière de Mitsumasa Kido.
_ « Docteur Asamori. Asseyez-vous je vous en prie. Tatsumi va nous préparer le thé. »
Tel un soldat, Tatsumi se tient droit et s’exécute d’un ton solennel : « Bien Mademoiselle ! »
Le scientifique s’installe dans un fauteuil excessivement confortable, tandis que Saori se positionne avec élégance sur le sofa qui lui fait face.
_ « Docteur Asamori. Je vous ai fait venir pour deux choses. La première, concerne l’armure d’or du Sagittaire. J’imagine que vous voyez où je veux en venir.
_ Oui. Vous voulez parler de son changement de forme n’est-ce pas ? Lorsqu’il est revenu avec de Grèce, votre grand-père craignait que l’armure d’or puisse être retrouvée. Il était vrai que son apparence singulière n’échapperait pas à nos ennemis. C’est pourquoi je l’ai recouverte d’un alliage d’acier doré. Votre grand-père disait des armures qu’elles étaient vivantes. J’imagine que la mort de son propriétaire et l’absence même de successeur, m’ont permis de travailler l’armure d’or sans difficultés durant son sommeil. L’âme de l’armure a certainement ressenti que je n’étais pas animé de mauvais desseins. Toutefois, lorsqu’elle est revenue à elle pour habiller Seiya, l’alliage n’a pas tenu davantage. Ce maquillage d’acier a été annihilé aussitôt par l’émanation d’énergie de l’armure. »
Tatsumi revient fièrement avec un plateau sur lequel sont disposés deux tasses, une théière et quelques gâteaux secs.
Pendant qu’il sert l’invité, la réincarnation d’Athéna poursuit : « Cela m’amène à ma seconde question : cet alliage est-il de la même composition que celui des Steel Cloths ? »
En s’emparant de quelques biscuits, l’ingénieur affiche une mine plutôt fière : « Heureusement, non. L’armure d’or a été mon premier travail. Les Steel Cloths sont venues après. Cela m’a permis de travailler un alliage hyper résistant et amovible pour faciliter les mouvements de Sho, Ushio et Daichi. A proprement parler, cet acier, hyper travaillé, est le métal le plus résistant sur cette planète, après les armures des Saints, cela va de soi. »
La maîtresse de maison reste perplexe malgré tout : « C’est bien ce que je pensais. En plus de ne pas manipuler le cosmos, Sho, Ushio et Daichi sont moins bien équipés que Seiya et ses amis. Sans vouloir vous manquer de respect bien évidemment.
_ Je ne me sens absolument pas offensé Mademoiselle. Au contraire, je suis fier d’avoir pu copier des créations divines. Même si le résultat n’est pas aussi probant que vos armures, j’ai pu parvenir à en créer de très résistantes, grâce au savoir et à la technologie humaine.
_ Vous comprendrez donc que je ne pourrais pas prendre avec moi Sho et ses amis. »
L’éminent chercheur déboutonne sa blouse blanche pour libérer sa cravate, avec laquelle il nettoie les verres de ses lunettes : « Je n’ai pas besoin de vous préciser la peine que cela leur fera.
_ Je l’imagine très bien. Ils nous ont été très utiles lorsque nous avons affronté les Saints d’argent. Mais Seiya et les autres ont franchi un palier, que les Steel Saints hélas n’atteindront jamais. Je ne peux me résoudre à les envoyer à la mort.
_ Je le consens tout à fait. J’imagine que rester au centre des opérations sous le coliseum pour rendre la justice au nom de la Fondation Graad, sera déjà un grand honneur pour eux. »
Des pas pressés retentissent depuis le couloir.
Inquiet, Tatsumi abandonne les deux éminences pour accueillir l’employé impatient. Celui-ci lui tend un morceau de papier et, légèrement angoissé, lui délivre un message à l’oreille.
Navré d’interrompre la rencontre entre le responsable du centre de recherche et la dirigeante de la Fondation, Tatsumi prend une voix empruntée : « Mademoiselle. C’est un message de Sho. Les Steel Saints ont intercepté deux hommes qui vous filaient depuis ces derniers mois. Ils les ont interrogés et, comme vous le pensiez, ils sont des espions du Sanctuaire. »


Au Mexique, au centre du pays, dans un lieu totalement reculé, en plein milieux d’une végétation dense, une construction pyramidale est habitée par la présence autoritaire d’une tribu de guerriers humains et humanoïdes.
Tout autour de cette pyramide à degrés, des habitations, en briques séchées ou en roseaux avec un toit en paille, abritent une population où chacun voue sa vie à Tezcatlipoca.
Hommes, femmes et enfants, tous s’affairent dès leurs naissances à réaliser les desseins dictés par Necocyaotl pour rendre hommage à leur dieu.

Le prêtre à l’allure insidieuse expose aux yeux de tous, depuis le sommet de la pyramide, le corps du chauffeur qui a conduit les Saints d’Athéna.
Allongé sur l’autel dressé en haut du temple solaire, le malheureux implore à gorge déployée qu’on lui laisse la vie sauve.
Au-dessus de lui, couteau pointé en direction de son c½ur, Necocyaotl récite sa prière devant des fidèles absorbés : « … Entendez-vous peuple de Tezcatlipoca ? Entendez-vous Jaguars ? Ces rugissements qui proviennent des entrailles de la terre sont ceux du Grand Tezcatlipoca. Il vous bénit pour ce sang offert en sacrifice pour le soleil. Et lorsque le jour de la fin viendra, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde, sera exaucé par notre dieu de l’obscurité. Versons ce sang à sa gloire ! »
Les « non » suppliés par la victime sont inaudibles sous les acclamations des Jaguars qui se régalent de voir la dague s’enfoncer d’un coup sec et sans arrêt en plein c½ur.
L’arme découpe de façon circulaire la poitrine, sectionnant les os de la cage thoracique. Ainsi, Necocyaotl plonge sa main dans les entrailles du sacrifié qui convulse et en extirpe son c½ur, pour l’offrir à la vue de ses adeptes. Le sang qui s’échappe de la dépouille dégouline sur le plateau principal du temple et s’infiltre à l’intérieur par les brèches formées par le temps.

L’hémoglobine goutte.
Du sommet de la pyramide au plus profond du temple.
Il traverse des mètres et des mètres d’obscurité et de froid.
Il parcourt une atmosphère lugubre et éclate au contact d’une roche rougie par la chute répétée de sang depuis des années.
Le fluide vital brille au c½ur des ténèbres.
Les gouttes s’écrasent et inondent une statue immense, endormie, à l’intérieur de laquelle une lumière solaire brûle constamment, au beau milieu de la nuit éternelle.
Au pied de la statue, un homme accroupi, les mains sur les genoux, se laisse éclabousser par le fracas du sang sur la pierre.
Entièrement nu et bardé d’une musculature imposante, ses yeux sont clos.
Au contact répété du sang sur la statue, le feu solaire attire les rayons de l’astre qui brille au dehors.
Le soleil s’infiltre par une énorme trouée faite depuis le haut du temple, vestige d’un combat passé contre un Saint d’Athéna, et ne fait qu’un avec le noyau de feu qui fait vivre la statue.

De petits crissements retentissent dans ce souterrain. Les ongles des pattes sur lesquels Titlacauan se tient debout griffent les dalles posées par les civilisations précolombiennes.
Le thérianthrope s’agenouille devant l’entité comateuse : « Divin Tezcatlipoca, je crois avoir trouvé le sacrifice le plus digne qui soit pour vous. Je m’en vais le chercher de ce pas. »
Des applaudissements lui répondent. Lents et disgracieux, ces congratulations inspirent un profond cynisme. Le visage sadique du prêtre de Tezcatlipoca arbore une expression bestiale : « Quelle passion tu exerces dans ton rôle de guerrier, ricane Necocyaotl. »
Titlacauan reste courbé pour rendre hommage au second des Jaguars : « Je ne pense qu’à ce renouveau voulu par notre Grand Tezcatlipoca.
_ Oui… Comme nous tous. Cependant, tu n’iras pas retrouver ces étrangers. Pas tout de suite du moins. Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici. »
Une voix caverneuse et terrifiante demande alors : « Sais-tu qui ils sont ? »
Le timbre si puissant de l’intervenant pourrait faire croire qu’il s’agit de la statue elle-même. Cependant, il s’agit en réalité de l’homme qui demeurait accroupi. Il se redresse pour accueillir sur lui une armure sombre qui dissimule son anatomie. Tezcatlipoca, lui-même s’adresse à ses sujets.
Necocyaotl s’incline immédiatement sans perdre pour autant son attitude vicieuse : « Ils portaient des urnes. Comme celles capables de contenir une Cloth de Saint d’Athéna. »
Toujours les yeux fermés, Tezcatlipoca constate aussitôt : « Athéna… C’est par sa faute si je n’ai pu me réincarner qu’en cette époque. Elle a scellé mon âme il y a plus de deux siècles. Sans notre libérateur et la chaleur qu’il nous offre, nous ne pouvons pas préparer le monde nouveau. Athéna ne peut-être là que pour y nuire.
_ Notre libérateur, s’enthousiasme avec énigme Necocyaotl, lui qui nous a offert le soleil capable de vous rendre toutes vos forces… Il nous a confié le bien plus précieux. Tachons de savoir ce que des chevaliers d’Athéna font par ici, avant de les sacrifier pour la gloire de ce soleil qui sera le destructeur de ce monde. »


Au Japon, à Tokyo, à l’intérieur du quartier général de la Fondation Graad, dans une pièce confinée faite de panneaux métalliques, Sho, Ushio et Daichi encerclent les deux agents secrets assis dos à dos.
Appuyés contre les parois de la salle, les trois asiatiques ne cessent de regarder la pendule positionnée au-dessus de la porte.
La tension redescend lorsque cette dernière s’ouvre, pour laisser apparaître le visage angélique de la directrice de la fondation.
Toujours aussi élégante dans son ample robe blanche, Saori Kido émerveille ses trois protecteurs.
Les deux enquêteurs au service du Grand Pope refusent de la regarder dans les yeux, comme pour mieux la dénigrer.
Sho le premier, remarque : « Vous êtes enfin là ! Nous nous inquiétions de voir le temps défiler ! »
Saori pose sa main sur celle du leader de l’équipe pour le rassurer. Sa peau est douce. Elle libère une aura attentionnée : « Il m’a fallu raccompagner le concepteur de vos armures, le Docteur Asamori. Il était mon invité. »
Cette remarque interpelle les trois complices.
Saori, elle, tend simplement une enveloppe aux deux captifs : « Je vous ai préparé un jet privé. Il prendra la direction d’Athènes dès que vous serez à son bord. J’image que vous n’aurez pas de difficultés à retrouver le chemin du Sanctuaire une fois sur place. Vous délivrerez cette missive au Grand Pope. »
Les Steel Saints échangent un regard effaré. Circonspects, ils commencent tous les trois à s’avancer vers les individus mais la maîtresse des lieux complète : « La mission de surveillance de ces hommes est terminée. Ils se sont acquittés de leur mission avec brio. Nous embarquons demain matin pour le Sanctuaire avec Seiya, Hyoga et Shun. Je voulais en avertir moi-même le Grand Pope. »
Elle s’adresse aux deux soldats du Sanctuaire sur un ton particulièrement courtois : « Je suis persuadée que vous ne rechignerez pas à me rendre ce service. »
Le plus râblé des deux acolytes avoue : « En effet. Nous rentrerons sans faire d’histoire. »
Elle claque alors des doigts pour faire venir quatre agents aux costumes et lunettes noirs : « Dans ce cas, ces hommes vous raccompagneront jusqu’en Grèce. Faites bon voyage. »

Les Grecs s’exécutent et laissent Saori seule avec ses Saints. Une fois la porte refermée derrière eux, Ushio s’indigne sans ménagement : « Pourquoi prévenir le Pope ? Une attaque surprise aurait eu plus d’effet. »
La belle aristocrate sourit chaleureusement devant la crédulité de son chevalier.
Daichi, lui, relève : « Avant de libérer nos deux prisonniers, vous évoquiez votre rencontre avec le Dr Asamori. Qu’en est-il ?
_ Vous avez entendu Seiya et les autres à propos de la visite d’Aiolia du Lion n’est-ce pas ? Les Saints d’or sont des adversaires qui ne sont pas à votre portée. Je refuse de vous envoyer à la mort, annonce-t-elle sèchement. »
Ushio, le plus révolté des trois hommes espère protester mais Sho l’en empêche : « Je comprends. Une attaque surprise n’aurait de toute façon aucun effet contre de tels adversaires. Et nous ne serions qu’une gêne pour nos amis. Il nous faut nous rendre à l’évidence. Le chemin vers la maîtrise du cosmos est long. Et nos limites en tant qu’hommes ont été atteintes. Peut-être lorsque vous reviendrez de Grèce, nous aurons réussi à nous éveiller à la cosmo énergie. Et alors nous pourrons rejoindre vos rangs, ceux de la déesse Athéna. »
Sereine, Saori congratule Sho d’un mouvement de tête. Daichi, lui, propose : « Vous accepterez malgré tout que nous vous accompagnions demain jusqu’à votre jet.
_ Oui, accepte Ushio, et durant votre absence, nous continuerons de traquer le mal et à faire régner la justice, afin de faire une liaison pacifiste entre le monde antique et le monde contemporain.
_ Bien, ponctue Sho, puisque nous sommes d’accords, pourquoi ne viendriez-vous pas jusqu’à chez nous, au centre de recherche, boire un verre pour nous faire profiter de vous avant votre longue absence ?
_ Avec plaisir. Tatsumi nous attend avec la limousine dans le parking. »


Sans réellement savoir où ils vont, Nicol et ses amis s’enfoncent depuis des heures dans la forêt tropicale mexicaine.
Jouant de malchance, Mei ne cesse de se gifler le corps en espérant faire baisser la population de moustiques, ce qui a le don d’amuser ses proches.
Médée, elle, plus réfléchie, laisse graviter autour d’elle son cosmos pour repousser les insectes.
Yulij, pour sa part, garde toujours un ½il sur le sol, de peur de croiser le chemin d’un serpent.
Nicol est le seul à s’enthousiasmer du voyage. Il ramasse de la terre humide : « Le sol est très fragile. Il est mince et pauvre puisque tous les éléments nutritifs sont absorbés par la végétation. »
Mei souffle : « Formidable ! »
Nicol continue d’étaler ses connaissances en levant la tête vers quelques stratifications verticales dominées par les plantes : « À lui seul, cet écosystème contient 70% des espèces végétales connues. »
Mei cesse alors sa route et déclare : « Vite ! Au feu ! »
Nicol se retourne sévèrement vers lui : « Ça ne va pas non ?! »
Mais le Japonais tend sa main vers l’ouest : « Non, regarde là-bas, de la fumée. On dirait qu’il y a un feu tout près ! »

Le quatuor, sans se concerter, fonce en direction du nuage. A vive allure, ils débouchent au bord d’un précipice qui rejoint celui d’en face grâce à un pont suspendu.
En tête de file, Mei s’élance sur la passerelle de cordes et de bois pourri. Les femmes l’accompagnent, alors que Nicol ralentit sa course sans toutefois renoncer à les suivre : « Je le sens mal ce pont. »
Aussitôt cette phrase prononcée, les liens cèdent et les amis chutent dans le vide.

Leur descente s’achève dans un bras d’eau d’où ils extirpent difficilement les urnes de leurs armures.
Installé sur une maigre embarcation, un autochtone se moque en les voyant sortir un à un la tête de l’eau. Ce vieillard au teint halé et aux poils blancs dressés sur le menton, pointe du doigt chaque côté de la berge : « Le pont n’est plus utilisé depuis des années. Il est trop dangereux. Des pirogues sont à disposition de chaque côté de la rive. »
Grognant son amertume, Mei refuse de s’engager sur la barque du brave monsieur et nage péniblement jusqu’à l’autre côté. Il y attend ses amis bien moins caractériels en essorant ses vêtements.
Le cordial vieillard se hasarde à demander : « Quelle mouche l’a piqué ? »
Nicol rejoint les autres et ne peut s’empêcher de rire : « Ce n’est pas une mouche, ce sont des moustiques ! »
Les trois chevaliers se gaussent à l’approche de Mei.


Au Japon, à Tokyo, au centre de recherche de la Fondation Graad, le petit salon est animé par quelques éclats de rire.
A l’intérieur de l’immense complexe d’ingénierie où Sho, Ushio et Daichi se sont entraînés durant des années, une table basse, au bois parfaitement lustré, accueille quelques flûtes à champagne.

Daichi s’applique à positionner les verres en les comptant : « Donc huit coupes c’est ça ? Tatsumi va arriver avec Seiya, Hyoga et Shun ? »
La voix quelque peu embrumée, Saori rectifie : « Non, sept. Seiya ne se joindra pas à nous ce soir. »
Dr. Asamori qui ouvre en grand les portes du bar, précise : « Non, six. Il me reste un excellent scotch que votre grand-père m’avait fait garder pour les grandes occasions. »
Ushio en profite : « Dans ce cas j’en prendrai un moi aussi ! »
Son tuteur abandonne pour une fois cet air si sombre qui fait tout son charisme pour stipuler : « Désolé jeune homme. Ce douze ans d’âge est réservé aux papilles gustatives entraînées. La robustesse d’un tel nectar, va bien au-delà de toutes les épreuves que vous avez endurées ces dernières années. »
Les convives de la demoiselle s’empressent de rire aux éclats de cette boutade qui permet à tout le monde de ne pas remarquer la déception passagère de Saori, en évoquant le cas de Seiya resté auprès de Miho. Seul Sho a relevé cette pointe d’amertume.
Avant que les Saints du Cygne et d’Andromède n’arrivent, la réincarnation d’Athéna demande : « Cette soirée était destinée à reposer Hyoga et Shun. Leur vider l’esprit si vous préférez. J’aimerai qu’en leur présence, nous parlions d’autre chose que la journée de demain. Surtout, pas un mot sur le courrier que j’ai fait envoyer au Pope. Ils l’apprendront dans l’avion.
_ Bien évidemment, approuve le scientifique. Mais vous Mademoiselle Kido ? Avez-vous pris le temps de souffler quelques instants ? »
Prenant le fardeau de son rôle comme une formalité, elle sourit timidement : « Il n’y a rien de plus naturel pour Athéna, que de vivre chaque instant avec la passion d’instaurer la paix sur cette planète. »
Daichi est songeur : « A ce propos, comment ferez-vous pour entrer en jet dans le Sanctuaire demain ? Je veux dire, chaque fois que nous avons envoyés des avions survoler les environs, un étrange champ de force les empêchait d’avancer de plus près.
_ Je compte sur ma propre volonté tout simplement. Puisque je suis Athéna, il n’y a aucune raison que je sois repoussée par ma propre barrière de cosmos. »

Enfin, quelques pas résonnent depuis le couloir. Daichi fait immédiatement sauter le bouchon du champagne : « Ah ! Les voilà ! Hyoga ! Shun ! Entrez donc ! »
Bon dernier, Tatsumi grommelle : « Forcément, on n’en a rien à faire de moi ! »
Dans un mouvement de joie général, le Docteur Asamori vient le saisir par l’épaule pour le guider jusqu’au bar : « Allons, allons, j’ai un excellent scotch à vous faire déguster venez. »


En quelques heures, Hyoga échange avec ses compagnons les souvenirs d’enfance qu’il partage avec Shun et les autres.
Certaines anecdotes ne mettent pas Tatsumi à l’honneur. Puisqu’il boude le reste de l’équipe, Ushio en profite pour lui voler son verre d’alcool et pour goûter au scotch. Immédiatement, sa gorge lui pique et ses yeux pleurent. Le groupe n’avait plus besoin que de ça pour plonger dans l’hilarité totale. Shun se permet de comparer le chevalier à l’armure marine : « Lorsque tu fais tes pitreries Ushio, tu as les mêmes expressions que Seiya ! »
Daichi rajoute : « En parlant de lui, je crains qu’il nous faille le faire tomber du lit demain matin, le connaissant. »
Et Hyoga en profite pour enfoncer le clou : « Je ne prendrai pas ce risque. Nous l’avons laissé avec Miho, je préférerai ne pas me mêler de ses histoires. »
Face à la bonne humeur générale, Saori essaie de masquer son désappointement et sort sur le balcon prendre l’air frais de décembre.

Dehors, accoudée à la rambarde, elle entend la porte s’ouvrir et une présence se rapprocher.
Une voix teintée de gentillesse et d’une maturité qu’elle ne soupçonnait pas se permet de lui dire : « Je pense qu’il la partage vous savez, sous-entend Sho.
_ Sho ?! Que veux-tu dire ?
_ Pardonnez mon indiscrétion. Mais je pense que Seiya partage au fond de lui l’affection que vous lui portez. »
Comprenant par l’approche discrète du chevalier à l’élément céleste qu’il saura garder le silence, elle lui avoue : « Je crains hélas qu’il ne partage pour moi, que la passion du Saint envers Athéna. Il a su me regarder comme se doit de le faire un chevalier, quand moi je n’en suis encore réduite qu’à le voir avec mes yeux de femmes.
_ Il y a autre chose. Au fil des mois passés à vos côtés, j’ai pu constater qu’il y avait plus que cela. Aujourd’hui il protége Saori pour tout ce qu’elle est. Et non Athéna seulement.
_ C’est bien là le problème. Pour réussir à surmonter toutes les épreuves demain, je devrai être Athéna, uniquement Athéna, et renoncer à ce que Saori éprouve. »
Sho se frotte les bras pour signifier qu’il fait trop froid pour qu’ils s’éternisent davantage dehors. Il choisit de conclure : « Si la mission de la déesse de la Sagesse est de préserver la paix, l’amitié et l’amour, alors pourquoi lui serait-il interdit d’aimer en retour ? »


Au Mexique, au centre du pays, de retour sur la terre ferme, les quatre Saints achèvent leur périple en direction du la fumée qu’ils ont aperçue auparavant.
Yulij explique à Mei : « Le pêcheur nous a dis qu’il s’agissait de funérailles. Un enfant mort au combat.
_ Mort au combat ? Comment ça ?
_ Dès leurs six ans, les enfants de cette contrée sont entraînés à leurs devoirs militaires pour être placés sous la protection de Tezcatlipoca, répond Nicol.
_ Tezcatlipoca, ce n’est pas le dieu vers lequel nous souhaitons nous diriger ? Celui qui retient le Pendentif de Zeus, s’inquiète Mei ?
_ Si. D’après le pêcheur, les adeptes de Tezcatlipoca ont grossi leurs rangs, ces dernières années. Les infidèles disparaissent peu à peu, ajoute Nicol. »
Médée s’hasarde à demander : « Pourquoi seulement depuis quelques années ?
_ Nous sommes là également pour le découvrir. Il y a plus de deux siècles, un Saint d’or du Scorpion a mené le combat contre les Jaguars, ces guerriers au service de Tezcatlipoca. Cela s’est soldé par la défaite de ce dieu aztèque. Il a été scellé par Athéna et à notre époque, il n’aurait jamais dû réapparaître. »
Mei suggère : « Il pourrait donc y avoir une autre force en présence.
_ C’est fort probable, confirme l’érudit Saint de l’Autel. »

Leur conversation cesse lorsque, après avoir écarté quelques branchements qui leur barrent le chemin, les chevaliers tombent sur le bûcher de fortune dressé pour les obsèques de l’enfant. 
Nicol précise : « Les aztèques brûlent leurs morts. »
Une voix roque stipule : « C’est parce que nous ne sommes que cendres et que nous nous rendons ces cendres à la nature qui nous a donné la vie. »
L’homme, assis sur une souche d’arbre, expose son front dégarni à la lueur de la nuit tombante. Ses épais sourcils lui donnent un regard sévère. Sa barbe drue et ses quelques rides permettent d’avancer un certain âge à cet homme à la carrure large. Une cicatrice, semblable à une griffure de félin, passe par son ½il gauche. Son torse est habillé d’une peau d’animal tacheté, celle d’un jaguar.
Les quatre amis restent prudents : « Nous avons été alertés par le feu, commence Nicol. Nous cherchons un endroit où passer la nuit. »
L’homme reste les yeux rivés sur le bûcher désormais éteint : « Vous savez ce qui est le plus triste là-dedans ? C’est que les parents de cet enfant ne soient même pas venus. Ils l’ont laissé seul pour se rendre à Citlali.
_ Citlali ? »
_ Citlali est le nom de la cité où est érigé le temple de Tezcatlipoca. Derrière moi se trouve mon village, Icnoyotl. Je suis Ichtaca. Je tiens une auberge à Icnoyotl. Si vous cherchez l’hospitalité, vous y êtes les bienvenus.
_ Volontiers. Nous avons des pesos pour payer les nuitées. Voici Yulij, Médée et Mei. Moi c’est Nicol. »
Ichtaca tend son bras en direction d’Icnoyotl : « Enchanté. »

En quelques secondes, la troupe débarque dans un village tenu en plein milieu de la forêt. Une quarantaine d’habitations de briques et de pierres regroupées les unes proches des autres forme Icnoyotl.
En passant par les étroites ruelles, les visiteurs peuvent apercevoir au travers les lucarnes qui forment les fenêtres, uniquement fermées par d’épais linges, le scintillement des lampes à huile qui éclairent quelques habitants.
Leur traversée les rapproche peu à peu d’un florilège musical contemporain de plus en plus vivant. Ainsi, ils gagnent une bâtisse plus haute et plus large que la majorité des autres. Le propriétaire, Ichtaca, écarte le rideau qui ferme l’entrée : « Voici mon établissement. »
Nicol ouvre grand les yeux, surpris par la bonne vingtaine de tables arrondies autour desquelles sont attablés hommes et femmes, étrangers comme locaux : « Je suis étonné de voir autant de monde dans un village si reculé.
_ Malgré la distance, Icnoyotl a toujours accueilli de nombreux visiteurs. D’abord lors de la conquête du continent américain, puis au fil des âges par les touristes curieux de la faune et de la flore de nos forêts. Vous avez ici des gens de passage, de tous les horizons, avec des mobiles différents. »
Sous les airs joués à la guitare et à l’harmonica par des régionaux de l’étape, les clients boivent, frappent des mains et chantent. Presque tous à la tenue et au physique différents, les consommateurs s’abandonnent après de longues journées éprouvantes.
Grincheux, Mei préfère bailler en grand pendant qu’il s’assit sur un tonneau en attendant la suite des évènements. Il garde fermement contre lui sa compagne Yulij, après qu’un moustachu affublé d’un chapeau de cow-boy ait enlevé Médée pour la faire danser sur le vétuste plancher où s’adonnent d’autres hôtes.
Nicol, toujours aussi noble dans son attitude, se laisse amuser par la bonne ambiance en libérant un séduisant sourire.
Ichtaca, d’un signe autoritaire, appelle une serveuse qui officie derrière le bar. Aussitôt, une autre prend la relève, débordée à servir sans cesse l’assoiffée clientèle.
L’employée se présente sans plus tarder : « Que puis-je pour tes invités Ichtaca ? »
Instinctivement, ses yeux verts plongent dans le regard de Nicol qui se sent lui aussi absorbé par la jeune femme. Celle-ci, les cheveux longs, blonds, épais, agrémentés de plumes noirs pour les décorer, sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Sa robe rouge foncé, est dédoublée avec audace haut sur la cuisse, elle est équilibrée au buste par sa ferme poitrine. Une tresse agrémente le brassard qu’elle porte autour du bras.
_ « Iuitl, je te présente Nicol. Lui et ses amis sont en voyage dans les environs. Fais-leur préparer chacun une chambre, ordonne Ichtaca. »
Préférant rester auprès de sa bien-aimée, Mei précise : « Trois chambres ça ira. »
Ayant élevé Yulij comme sa petite s½ur, Nicol insiste : « J’ai suffisamment de pesos pour qu’on puisse s’offrir quatre… »
Yulij qui reste la principale concernée conclut : « Ça ira Nicol. Mei préfère avoir quelqu’un auprès de lui pour chasser les moustiques la nuit. »
Amusée par les chamailleries de leurs convives, Iuitl enjoint le couple à passer à l’étage : « Dans ce cas, je vais vous conduire à votre chambre. Vu que la compagne de monsieur danse, je l’invite à prendre place à cette table et à déguster notre excellente tequila. »
Comprenant qu’Iuitl fait allusion au Saint du Graveur, le Grec précise immédiatement : « Oh ! Médée n’est pas avec moi ! »
Iuitl lui renvoie alors un sourire charmant : « Raison de plus pour accepter le verre que je vous offre. »

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