Messages - Kodeni

Pages: [1] 2 3 ... 28
1
Only for Love / Chapitre 21
« on: 25 October 2021 à 11h28 »
NEWS

Cette version du chapitre 21 est une version rééditée de la publication originale du 30 juillet 2011.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

2
シナラムから日本へ / Re: Topic unique Saint Seiya
« on: 25 October 2021 à 11h21 »
Concernant le logo, il fait très old school. Je trouve que ça colle plutôt bien à une série de 35 ans.

3
Only for Love / Chapitre 76
« on: 27 September 2021 à 11h14 »
Chapitre 76

Sous le club argentin où sont réunis Tromos et Vasiliás, dans les caves, les effusions de sang ne cessent de tapisser les murs.
A mesure que le Berserker de la Terreur progresse dans ces sous-sols de l’horreur, il brise l’existence des criminels qui exploitent femmes et enfants.
Sans craindre les armes, il s’enfonce dans les ténèbres où il libère régulièrement des cages de fers, des humains traités comme des marchandises. Il trouve aussi des opposants politiques hauts placés, enfermés par Segador.
L’enfant du pays répète sans cesse à cette cinquantaine de captifs : « Attendez-moi devant les marches. Je vais vous sortir de là. »
Du revers d’une main, il détruit des stocks d’armes, de contrefaçons et de drogues. De l’autre, il élimine sans ménagement ces mercenaires recherchés dans toute l’Argentine.

Arrivé au fond de la salle, dans une ultime pièce fermée par de longues bâches, il reconnaît à travers les toiles plastifiées une ombre encore plus grande que ses deux mètres quatre-vingt-trois.
La créature qu’elle représente libère une respiration glaciale, cruelle et animale.
Le sol est rouge et blanc, mélange de corps sans vie desquels s’écoule toute leur hémoglobine.
La bête est nue, agenouillée. Elle s’acharne sur un cadavre complètement désarticulé, à force d’abuser de lui.
Horrifié, Tromos ne laisse pas cet homme difforme poursuivre : « C’est toi le monstre dont me parlait celui qui m’a conduit ici je présume ?! »
L’erreur de la nature se dresse immédiatement devant lui, exposant une musculature ahurissante et un visage grossier. De longues dents pointues composent sa bouche qui demande : « T’es qui toi ?! C’est Segador qui t’envoie ?!
_ Je suis venu tuer Segador. Mais avant ça, je me suis occupé de tous tes petits copains. C’est ton tour à présent. »
Le monstre, dans le plus simple appareil, se jette sans tergiverser sur Tromos.
L’Argentin profite de sa vitesse pour le devancer et le plaquer au sol.
D’une seule main, il lui arrache une de ses canines qui est aussi longue qu’un doigt et s’en sert pour la lui planter dans un testicule.
Le monstre ne peut que hurler de souffrance.

Son cri retentit dans toute la cave et fait frissonner les protégés de Tromos, qui l’attendent à l’entrée, leur rappelant à quel point leurs peines en ces murs sont encore fraîches.

A l’autre bout, Tromos continue de torturer le bourreau de cette ville clandestine en perforant toute la surface de son corps avec ses poings.
Lui brisant les os.
Délogeant ses organes.
Il continue ainsi jusqu’à ce que la mort, lente et pénible, s’en suive.

Le colosse, d’ordinaire cordial et attentionné, revient éclaboussé des entrailles du mal vers les prisonniers.
Seuls les visages craintifs et perdus des enfants le ramènent à la raison : « Je vous reconduis à la surface et je vous promets que ces hommes ne vous feront plus de mal. »
Un politicien, apparemment influant vu l’estime que lui portent les autres rescapés, essaie de s’attirer les faveurs de l’Arèsien : « Vous êtes formidable. En annihilant ce criminel historique vous allez briser la corruption dans ce pays. Vous allez être le symbole de la l’émancipation de l’Argentine face au crime… »
L’intéressé l’interrompt en posant sa main sur son épaule : « Vous semblez être connu et respecté.
_ Je suis l’ancien ministre de la justice. Je me suis soulevé contre ma hiérarchie et mes semblables, lorsque j’ai découvert que de nombreux fonctionnaires étaient achetés par Segador. J’ai toute une liste de noms qui…
_ Bien, tourne court Tromos. Alors je vous confie tout le succès de ce sauvetage. En remontant cet escalier, vous arriverez derrière le bar de la discothèque. Sortez vite de cet établissement. Assurez-vous que tout le monde vous suit. Et appelez des secours une fois dehors, appelez des personnes de confiance, des médias indépendants. Dites-leur que Segador est mort. »
Sans même attendre la réponse de son interlocuteur, sans même se nourrir de gloire après tous les mercis qu’il reçoit en traversant la foule de prisonniers, Tromos sort le premier du sous-sol, en forçant la porte que son guide avait pris soin de verrouiller derrière eux plus tôt.
Déterminé, focalisé sur Segador, il réintègre la boite de nuit au milieu de clients déchaînés au beau milieu d’une luxure apparente.

Son air engagé et ses vêtements couverts de sang, attirent l’½il des vigiles du club, qui, tour à tour, devinent ce qui a pu se passer en bas. Encore plus, lorsque les prisonniers s’échappent.
Sans la moindre discrétion, Tromos fracasse chaque gardien qui espère venger ses collègues.
Immédiatement, la clientèle se passionne avant de comprendre très vite, après quelques coups de feu, que leurs vies sont en danger.
Autour de Tromos, un effet de panique s’en suit. Un raz-de-marée humain quitte désespérément l’enseigne dans les hurlements et la musique assourdissante qui continue d’être jouée.

En quelques minutes, l’immense piste de danse est désertée, seuls quelques innocents pris dans les balles perdues ou piétinés par la clientèle apeurée, accompagnent les corps des mercenaires de Segador.
Tromos, agacé par la musique et le clignotement des jeux de lumière qui animent la salle vide fixe avec détermination l’étage vers lequel Vasiliás et Peligra l’ont devancé.


Pendant ce temps, à Athènes, champagne aux lèvres, Kyoko écarquille les yeux pendant que le couple qui est à ses côtés commence à hausser le ton.
_ « Je t’avais dit qu’il me suffisait de réveiller l’Evil Seed plantée en chacun d’eux.
_ Si tu les actives déjà, c’est que nous arrivons à la fin de ton récit, pense Mars.
_ Détrompes-toi. Simplement je trouve que c’est trop calme ici. Avoir un petit peu d’action autour de nous ne fera pas de mal. Bien, où en étais-je ? Ah oui…

Flashback
Dans l’Utérus, retombés dans les catacombes saccagées, Jaguar se redressait fièrement en prenant appui sur le plastron fissuré et ensanglanté de Rigel qui toussait instinctivement malgré l’étourdissement.
Au-dessus d’eux, au second niveau, le brasier continuait de lécher les colonnes et statues. Il consumait les veines, ces racines de l’Utérus, qui enlaçaient le décor antique.
Néanmoins, cela ne rendait pas Jaguar admiratif.
_ « Que la déesse Eris se soit éprise de toi me débecte. Tandis que j’ai été le Saint le plus glorieux de mon époque, toi, un vermisseau, tu as amené sur toi l’intérêt d’une majesté !
_ Une majesté, s’étouffait de douleur Rigel ?!
_ Comment qualifier autrement Sa Majesté Eris ?! Quand Athéna a-t-elle récompensé ses héros en les ramenant à la vie ?!
_ Cela ne fait pas partie de ses attributions. Les seuls dieux capables de cela sont ceux qui profitent du vice dans le c½ur des humains. Ce n’est pas l’être que tu étais qui est revenu. C’est ton amertume.
_ Et toi ? Quel sentiment te ramènera ?
_ Pardon ?!
_ Sa Majesté Eris t’attend. Elle te cherche. Quelle plus belle armée pour elle que des êtres vaillants comme moi, et des proches de sa vie passée comme toi ?
_ Kyoko… Kyoko m’attend. Pas Eris ! »
Jaguar poursuivit sans remarquer que le feu de Rigel crépitait au-dessus de sa tête, sur le contour des alvéoles que leur chute avait laissé.
_ « C’est la même chose. Kyoko est née pour être Eris. Eris depuis sa Pomme d’Or guettait qui naîtrait sous l’étoile de la discorde. Kyoko. Eris. C’est la même chose. Deux entités indissociables qui n’en forment plus qu’une désormais.
_ Kyoko est une Saintia d’Athéna. Je suis un Saint d’Athéna. Nous ne la trahirons pas.
_ Vous avez déjà parjuré tous les deux. Bien que votre faute paraisse petite maintenant que la nature de Kyoko a été dévoilée, comment crois-tu qu’Athéna accueillerait ta bien-aimée si tu finissais par la convaincre ? Te lier contre Eris, c’est t’opposer à elle à mort. Contraindre Eris à se rendre, c’est la condamner à mort. Il n’y a pas d’autres issues pour toi si tu veux rester auprès d’elle. Et ça, éternellement.
_ Je suis un Saint d’Athéna ! Laisser Eris agir, qu’il s’agisse de Kyoko ou non, c’est laisser le monde courir à sa perte ! Jaguar Saint d’argent d’Orion, la légende veut que tu ais été le Saint le plus fort et le plus brave de tous les temps ! Je ne peux pas croire que tu ais accepté de servir Eris !
_ Tu es aveuglé par ton serment. Moi les Enfers m’ont ouvert les yeux. »
Soudain, le brasier du dessus descendit par les deux cavités formées par l’Ecrasement Météorique d’une Mégatonne.
Entrelaçant flammes bleues et blanches, deux lances flamboyantes vinrent prendre sans qu’il s’y attende Jaguar en étau.
_ « Tu y as perdu tout espoir ! Moi si je suis ici, c’est parce que j’espère sauver Kyoko ! Ressens la chaleur de mon amour pour elle ! Voici des flammes d’espoir qui brûlent bien plus que les flammes de malheur des Enfers ! Cosmic Inferno ! »
Le transperçant au c½ur de dos et au sternum de face, les lances de feu s’entortillèrent ensuite tout autour de Jaguar incapable de se débattre.
Véritable torche humaine, la combustion le rongea tout autant de l’intérieur que de l’extérieur.
Son visage devenu une torche crachait des flammes pour tous ses orifices.
Il trouva tout de même la force de conclure : « Je suis un être humain. Si j’ai eu la faiblesse d’être séduit par la promesse d’une nouvelle vie pour faire renaître ma gloire, tu seras soumis à la même faiblesse, face à la promesse d’une vie éternelle auprès de ta bien-aimée. »
Les extrémités de son corps commencèrent à voler en cendres.
Sous la chaleur et la force du cosmos du Saint, la Leaf du Ghost Saint volait en poussière, morceau par morceau.
Pendant que Rigel se redressait, en tenant son plastron ébréché, Jaguar disparaissait en fumée sous ses yeux : « C’est parce que nous sommes des humains pleins de faiblesses qu’Athéna nous protège. Athéna est miséricordieuse. Je ne peux me détourner de mes v½ux… »
Il regarda le plafond et le niveau supérieur, puis abandonna cette direction pour s’engager depuis le premier niveau vers le centre de la structure : « Le projet de Shaka était de remonter au sommet par le flanc. Moi je passerai par le centre. Ce sera le meilleur moyen de prendre ces maudites Dryades à revers. »

Plus loin devant, Maya chargeait sa cosmo énergie devant un Shaka serein. Il tenta de provoquer Shaka en médisant à propos de Naïra.
_ « Cette chétive Saint de bronze amusera les Dryades et nourrira l’Utérus.
_ Je ne leur en laisserai pas le temps. Je vais rapidement me débarrasser de toi, avant de la rejoindre.
_ Sérieusement ?! Quelle que soit l’époque, vous les Saints d’or restaient les mêmes ! Toujours à fanfaronner et à écraser les classes inférieures ! Profiter d’une nouvelle vie et avoir l’occasion d’écrabouiller la sale gueule d’un prétentieux Saint d’or fût une occasion rêvée !
_ Tout ça par rancune ? Tu as vendu ton âme au diable, pour connaître une gloire que tu n’as jamais été capable de caresser du temps de ta vie passée ?
_ Tu ne peux pas savoir ce que c’est d’être relégué au second rang toute sa vie pour finalement se retrouver condamné au Cocyte en compagnie de ces soi-disant supérieurs chevaliers ! Ils y passent l’éternité à pleurnicher sous la torture des gardiens des Enfers ! En conclusion, ils ne valent pas le statut si particulier qu’on leur prête ! Mais bientôt tu comprendras, car je vais t’y envoyer sur le champ !
_ Je vois. Tu penses avoir vécu les pires sévices et être revenu face à un insouciant qui les ignore ? Sache que je connais les turpitudes des Enfers et vais t’y renvoyer. Tu vas avoir droit à un enfer différent. Un de la cosmologie bouddhiste. Un des six mondes de la métempsychose où se réincarnent les êtres sensibles d'après leurs karmas liés à leurs actes des vies antérieures.
_ C’est censé m’effrayer, s’élança dans les airs le poing chargé de cosmos Maya ? Hunting Arrow Express !
_ Riku Do Rin Ne ! »
Le Saint de la Vierge se mit dans une position debout, avec un bras vers le sol et un autre levé. Il projeta une lumière qui annihila les flèches de Maya et qui frappa son esprit.
Celui-ci lévita alors pour traverser chaque enfer de la métempsychose, l’âme et le corps à chaque fois plus marqués lors d’un passage à un enfer différent.
_ « Voici les six mondes. Jigokukai, l’enfer, les pécheurs y sont torturés et punis pour l'éternité. Gakikai, le monde des fantômes affamés, ceux qui ont fait preuve d'une grande soif de richesses, d'envie ou d'avidité y connaissent une famine et une envie éternelles. Chikushokai, le monde des bêtes, c'est là que vont ceux qui ont vécu selon leurs instincts au cours de leur vie, ils renaissent en tant que bête dans ce monde remplis d'animaux sauvages. Shurakai, le monde des demi-dieux guerriers, ils s'y combattent sans relâche, et ce monde n'est que guerre et violence constantes. Il est la destination de ceux qui ont passé leur vie dans le combat et la violence. Jinkai, le monde des humains, tous les sentiments se mêlent en ce monde, aussi bien la joie que les pires tristesses. Tenkai, le monde céleste, ce monde est supposé être le plus accueillant, mais est en fait considéré comme le pire, car il impose à celui qui s'y retrouve une vigilance constante. En effet, la moindre faute l'enverra vers un des autres mondes. »
Suspendu dans les airs, l’âme directement frappée par l’arcane, Maya traversait chaque monde, laissant sur son corps les stigmates des troubles causés à son esprit.
Il se mit d’abord à baver.
Puis ses yeux se retournèrent.
Il convulsa.
Et, lorsque la visite prit fin, il retomba à terre, inerte.
Shaka conclut : « Tu sauras que je ne crains pas la torture éternelle des Enfers, car en devenant Saint, j’ai fait le serment de tout mettre en ½uvre pour renverser Hadès et libérer enfin toutes ces âmes torturées par ces ignominies. »
Il tourna ensuite les talons pour suivre le chemin emprunté par Naïra, laissant derrière lui le cadavre du Ghost Saint, déjà couvert de fleurs poussant par-dessus son corps.

Devant, écartant sur son passage les lianes tombant du plafond et obstruant le passage de plus en plus resserré, Naïra voyait enfin au bout la lumière du second niveau illuminer des marches qui y conduisaient.
Cependant, un intrus interpella sa courte satisfaction.
Celui-ci empruntait le chemin qu’elle souhaitait prendre en ignorant sa présence.
Sa tenue, contemporaine, contrastait avec l’ambiance lugubre des Dryades et l’univers chevaleresque des Saints.
_ « … Mais surtout, que peut bien faire un humain en ce lieu, s’interrogea-t-elle ? Hé ! Toi, l’interpella-t-elle, arrête-toi ! »
L’inconnu, dérangé, s’exécuta et exposa sa mine surprise.
Ses cheveux, bleu pâle, mi-longs, cachaient son ½il droit par une longue mèche.
Son long manteau marron couvrait un maillot kaki.
Ce qui marqua davantage Naïra que sa tenue, c’était son identité. Elle reconnut sans mal un vieux camarade :
_ « C’est toi, Toki ?! Tu as achevé ton entraînement de Saint ?!
_ Oh… C’est toi Naïra ? Ça fait si longtemps !
_ Je suis si heureuse que parmi les sept enfants envoyés au Sanctuaire, tu sois toi aussi Saint. J’ai vraiment eu peur pour toi, lorsque j’ai appris que tu avais été confié au général Gigas ! Je n’avais plus eu de tes nouvelles après que nous avons été éparpillés. Celui qui t’accompagnait poursuit actuellement son apprentissage auprès d’un Saint qui garde un village de l’Est du Sanctuaire. Nous fûmes les trois premiers arrivés en Grèce. Quatre autres suivirent. Un a vite abandonné et suis la voix des sages pour devenir prêtre d’Athéna. Le second n’a pas réussi à dépasser le stade de simple soldat, il a intégré la garde. Les deux autres sont nés sous la constellation de Pégase. Un fut tué en affrontant un concurrent, l’autre y travaille toujours, tu le connais bien, tu te bagarrais souvent avec lui quand nous étions tous ensemble à la Fondation Graad, Seiya. Tu as été envoyé par le Sanctuaire pour nous prêter main forte ? Où est ton armure ? Et pourquoi es-tu habillé ainsi ?
_ Je suis surpris que tu saches tout ça ! Déjà à la Fondation Graad tu étais toujours là bien bavarde et à te mêler de tout ! Dommage que tu n’ais pas été là pour me sauver la vie !
_ Qu… Qu’est-ce qui te prend de parler comme ça ? Te… Te sauver la vie ? Je te le redemande, commença-t-elle à prendre ses distances, où est ta Cloth ?
_ Ma Cloth, arracha-t-il ses vêtements pour exposer une protection noire et amarante ?! Tu veux plutôt parler de ma Leaf ?!
_ Un Fantôme ?!
_ Tout à fait ! Je suis un Fantôme et je comptais profiter de la nouvelle vie que m’a donnée Eris pour me rendre au Japon et me venger de cette Fondation Graad ! Je comptais m’occuper de toi qui jouais à être notre grande s½ur en dernier, mais puisque tu insistes, tu seras la première à goûter à ma vengeance ! »
Malgré la distance, Toki lança un coup de poing.
Incapable de toucher sa cible de là où il se trouvait, son mouvement fût prolongé par l’allongement de son membre sous la forme de longues ronces qui sortirent du bout de ses doigts.
Semblable à une colombe, agile et gracieuse, Naïra utilisa les parois du couloir pour l’éviter puis remonter les lianes jusqu’à la source.
Prenant une impulsion depuis le plafond, elle retomba sur le dos de Toki pied en avant.
Sous son masque noir et blanc, Naïra pleurait le comportement de son ami qui était face contre terre.
_ « Pourquoi ?! Pourquoi revenir ainsi à la vie et menacer nos camarades ?!
_ Tu l’as dit toi-même, tu te doutais du sort qui me serait réservé par le Général Gigas si je n’étais pas à la hauteur ! Pourtant, jamais tu n’as cherché à me retrouver, à me protéger. Pas plus que la Fondation Graad qui attend qu’avec un petit peu de chance je revienne victorieux au Japon !
_ J’ai été affectée au strict camp des femmes chevaliers. Surveillée et conditionnée qu’à deux choses, ma constellation protectrice et l’allégeance à Athéna. C’est seulement lorsque j’ai pu devenir Saint que j’ai enquêté sur chacun de vous ! J’aurai tant aimé te retrouver, te protéger ! Quant à la Fondation Graad, c’est du passé. Rien ne m’y attache. En devenant Saint j’ai trouvé un sens à ma vie ! Si certains d’entre nous deviennent Saints, j’en imagine à peine une dizaine qui pourrait avoir un intérêt à revenir au Japon ! Ne t’a-t-on pas inculqué la mission d’un Saint ? Le devoir d’un Athénien ?
_ J’ai très vite été catalogué par Gigas comme sans potentiel, balancé en pâture à ses hommes, ses mauvaises fréquentations et quelques marchands véreux. J’ai lavé les sols, récuré les latrines, crevé de faim puis suis passé de lit en lit entre les mains de vieux vicieux libidineux qui se réunissaient autour de moi. Lorsque j’en eu assez, le corps brisé, l’amour propre réduit à néant, que je devins un objet sans la moindre résistance qui ne leur offrait plus la moindre distraction, je fus conduit dans les bas-fonds d’Honkios, transpercé à trente-sept reprises par l’épée d’un soldat, puis balancé dans la fosse commune où on jette les incapables sur ordres de Gigas ! Ce même Gigas qui t’envoie en mission aujourd’hui ! »
Se relevant lentement, entouré d’un cosmos pourpre, Toki continuait de garder l’attention de Naïra pour libérer discrètement le long du sol ses liens épineux.
_ « Mon corps gisant au fond de cette crevasse, désarticulé, desséché, mon âme déjà jugée par Minos, je m’attendais à poursuivre un tourment éternel. Lorsque depuis les entrailles du Sanctuaire, une racine sortit de la roche et ressourça mon corps. L’Utérus extirpa mon âme des Enfers et le cosmos d’Eris m’apprit son retour imminent. Elle m’offrait le pouvoir que je n’avais pas su gagner et la chance de pouvoir me venger de ma précédente vie. »
Une fois la vérité dévoilée, les liens parvinrent aux chevilles de Naïra, prise par surprise, condamnant ses acrobaties.
Toki l’assaillit au corps à corps cette fois-ci. Mais Naïra capable encore de mouvoir le haut de son corps para son direct du gauche avec son bras droit et lui planta sa main gauche en plein larynx, traversant ainsi sa gorge à la verticale.
Brûlant son cosmos blanc, elle illumina les ténèbres et fixa Toki agonisant : « Voici un petit peu de lumière pour t’accompagner une bonne fois pour toute dans l’autre monde. Le Juge ne te pardonnera pas d’avoir fui sa sentence. Ton prochain châtiment sera pire que le précédent. Je ne te pleurerai pas, tu as choisi la facilité plutôt qu’accepter tes faiblesses. Nous avons tous soufferts et subis des brimades parfois même pires que les tiennes. Tout cela dans le but de tester notre foi. Afin que nous fassions de nos âmes et nos corps des armes capables d’offrir aux générations futures un monde meilleur que le nôtre. »
Soudain, venus des marches qu’elle envisageait de monter, des applaudissements extirpèrent Naïra de son sermon.
_ « Quelle profession de foi, rigola Dysnomie avec sarcasme ! Athéna doit être fière de toi ! »
Naïra fixa la Dryade sans réussir à esquisser le moindre geste.
Cette femme, aux cheveux qui tombaient par-dessus sa cape noire surmontée d’épaulettes amarante, dégageait un cosmos au-delà de ceux qu’elle avait rencontré jusqu’à présent.
Angoissante, oppressante, il en ressortait une odeur de mort.
_ « Je vois que les Fantômes sont bien inutiles ici. Il va falloir que moi, Dysnomie de l’Anarchie, veille à freiner les ardeurs des Saints.
_ Essaie donc, osa-t-elle défier la Dryade ! »
Il n’en fallut pas plus à Dysnomie pour mettre ses menaces à exécutions.
Lévitant au-dessus du sol grâce à son aura sombre, elle lécha les marches de haut en bas et glissa le long du couloir jusqu’à elle sans qu’elle ne puisse réagir.
Elle la gifla d’un simple revers de main. S’en fut assez pour l’envoyer contre le mur de lierres.
Le geste l’extirpant de sa torpeur, Naïra riposta mais Dysnomie attrapa son poing et profita de l’élan pour l’envoyer contre la cloison en face.
Gardant son poing dans le creux du sien, elle la sortit de la pierre en la tirant vers elle où, comme émanant de sa poitrine, une étoile brillant de pourpre l’attendait.
Suspendue entre Dysnomie et Naïra, la matérialisation du cosmos de Dysnomie réagit lorsque la Saint de bronze entra à son contact : « Reverse of Universe ! »
L’explosion fit voler les ornements noirs, représentant des ailes déployées, gravées sur le plastron crème de Naïra.
Le souffle l’envoya contre les marches. La projection de cosmos profita de l’inclinaison des marches pour la faire rebondir jusqu’à l’étage supérieur.
Flottant à quelques centimètres du sol, Dysnomie la suivit lentement, tel un chat jouant avec sa proie.

A l’étage supérieur, Naïra retombée tête la première sur le sol était inconsciente.
Le regard caché par sa frange, Dysnomie manifestait sa satisfaction au sourire machiavélique qui se dessinait sur son visage.
Doigts écartés dans sa direction pour l’achever, elle fut tout à coup stoppée par la déformation de l’espace.
Le décor antique couvert de verdure se revêtit de moulures. Du sol au plafond, aux teintes boisées, les parois devenaient décorées de symboles bouddhistes, enfermant Dysnomie dans un cube cosmique au sein duquel se matérialisa dans une lumière d’or Shaka.
_ « Oh… Je vois ! Quelle entrée grandiloquente pour sauver ce petit oiseau tout fragile ! Je ne suis pas étonnée qu’elle n’ait d’yeux que pour Athéna et ses chevaliers. Moi-même j’en frémis de plaisir de te voir apparaître ainsi pour la sauver, se pinça les lèvres de provocation Dysnomie.
_ Je ressens un cosmos bien supérieur à tes frères et s½urs Dryades. Combattre contre toi pourrait nourrir davantage l’Utérus, donc je nous ai simplement isolés dans une dimension représentant l'harmonie de l'univers et la vérité ultime de celui-ci, le Tenbu Horin. »

Sur le flanc Ouest, Aeson suivait les lianes qui veinaient l’escalier en colimaçon.
_ « Je n’en vois pas le bout, s’impatientait-il, à croire qu’il va me faire grimper jusqu’au sommet ! Ça serait une chance ! »
Ses pensées lui donnèrent raison lorsqu’il déboucha enfin sur une terrasse aux dalles carrés.
La terrasse soutenait des marches devant lesquelles, de chaque côté, deux obélisques s’élevaient haut.
Déjà haut en altitude, le sommet était illuminé d’un soleil doux, masqué par les nuages.
Lorsque Aeson leva les yeux en direction du haut des marches, surmontant l’astre solaire, l’obscurité gagnait progressivement, jusqu’à ce qu’il puisse admirer, une fois son cou déployé au maximum en arrière, les étoiles.
_ « Alors je suis bien arrivé au palais d’Eris. »
Il fixa à droite, puis à gauche, examinant l’esplanade circulaire où il se trouvait.
Il n’y avait ici que le temple aux colonnes doriques enlacées par les racines de l’Utérus.
L’arbre du conflit jaillissait dans le dos de la fortification, resplendissant de son sommet touffu et verdoyant. Semblables à des lucioles, les Evil Seeds scintillaient tout autour puis retombaient comme des cendres en direction de la Terre.
Il entama prudemment de monter une à une les marches, avant de stopper net une fois sur le parvis.
_ « Derrière ces portes se trouve Eris. L’occasion pour moi de retrouver la reconnaissance du Grand Pope que j’ai perdu autrefois. Suis-je le premier arrivé ?
_ Cela va de soi, lui répondit une voix étouffée qui lui glaça le sang ! Les autres rencontrent quelques obstacles de leur côté ! »
Dans son dos, cachée derrière un obélisque, apparue une silhouette féminine.
Sans même se retourner, il la reconnut.
Ses jambes cédèrent sous le poids de la stupéfaction et il inclina sa tête devenue trop lourde vers le sol.
_ « C’est pour cela que j’ai pu arriver si vite jusqu’ici sans encombre ? »
Devant lui, les grandes portes du temple s’ouvrirent vigoureusement dans un fracas qui l’obligea à lever instinctivement les yeux vers sa seconde interlocutrice.
Remontant du bas de ses pieds nus, au haut où elle le toisait de ses profonds yeux marron voilés par les mèches violettes de ses cheveux qui virevoltaient, en passant par sa taille fine habillée d’une robe pourpre, Aeson fut interdit à la vue d’Eris.
Tandis qu’elle le pointait déjà de son sceptre à quatre branches, il était pris d’un rictus hébété alors qu’il découvrait pour la première fois la Déesse de la Discorde.
_ « En effet, lui dit Kyoko d’une voix fine en prenant le soin de bien allonger chacune de ses syllabes, je m’en serai voulu qu’une Dryade te donne la mort sans même que je te revoie après toutes ces années… »

Depuis une autre triangulation des positions attaquées par les Saints, suivi de trois Saints d’argent, Aiolia progressait sans faillir face à des hordes de Dryades.
Laissant peu de travail à ses alliés, le Lion avait déjà gravit trois étages de la structure sans rencontrer de réelles résistances. Et ce, jusqu’à la salle centrale de l’Utérus.
Accompagné de Mayura, Georg et Juan, ils cessèrent leur progression devant d’immenses chevrons de bois. Ils permettaient de soutenir, tel un cadre, des blocs de pierres. Tout cela servait de bardage à une colossale porte.
_ « Ça ne fait aucun doute. Cette énergie négative, malfaisante. C’est de derrière cette porte que se trouve le c½ur de l’Utérus. Les informations du Grand Pope étaient justes. Si je détruis cet endroit, la croissance de l’arbre stoppera aussitôt et le temple d’Eris sera réduit à néant.
_ Espérons que les deux autres équipes ont réussi à atteindre Eris de leurs côtés, souhaita Juan.
_ Qu’importe, vos renforts ne seront pas de trop, ajouta Aiolia. »
Une nouvelle cohorte de Dryades qui fit office de dernier rempart au c½ur de l’Utérus se manifesta : « Quelle témérité ! »
Le Lion chargeait déjà son poing de cosmo énergie.
_ « Hors de mon chemin ! Je n’ai pas de temps à perdre avec les laquais d’Eris !
_ Silence, lui répondit soldat !
_ Ton sang et ta chair iront nourrir l’Utérus, suivirent les quatre autres !
_ Lightning Plasma, se débarrassa d’eux Aiolia ! »
Tandis que les embûches semblaient passées, une nouvelle voix venue de leur flanc les surprit : « Vous voilà enfin ! »
Une Dryade portant une Leaf amarante et noire par-dessus son corps nu aux formes généreuses les rejoignit.
Agrémentée d’un grain de beauté sous son ½il gauche, la pulpeuse Até, toisait les défenseurs d’Athéna du haut de l’esplanade qui menait aux étages supérieurs. Son ½il droit étant caché par une mèche de ses très longs cheveux indigo, seul son ½il gauche témoignait de la haine éprouvée.
_ « Je les savais lâches, mais de là à imaginer les Saints tenter de détruire l’Utérus de l’intérieur plutôt que de nous faire front ! Je viens donc en personne, Até des Ruines, punir cette avanie ! »
Pendant que les Saints d’argent lui faisaient face, Aiolia continuait de tourner le dos à la chef des Dryades.
_ « Il y a quelqu’un de l’autre côté de la porte. J’ai l’impression de l’avoir déjà ressenti avant, était-il perturbé. »
Sans mot dire, le Saint d’or libéra son cosmos dans son poing de lumière et fracassa la porte.
L’éboulement des pierres leva un nuage de fumée qui les cacha temporairement d’Até.
_ « Ecoutez, reprit Aiolia. Rien ne doit nous faire dévier de notre mission. Je me charge du gardien du c½ur de l’Utérus. Vous, rejoignez au sommet nos amis. Vous devez éliminer Eris. »
Sans broncher, ils obtempérèrent et se jetèrent sur Até.
_ « Georg, Juan, foncez ! Je m’occupe d’elle, prit les devants Mayura. »
Até put compter sur ses oreilles elfiques pour entendre venir l’ennemi malgré la poussière.
Croyant pouvoir prendre à revers Georg et Juan qui passèrent au-dessus d’elle, Até ne put tourner les talons que déjà Mayura l’immobilisait : « Hisen Hajakuchobuku ! »
Soumise à une forte pression, Até n’arriva pas à retenir les deux Saints partis en directions des étages supérieurs.
Totalement oppressé, son corps se tordit. Ses jambes s’emmêlèrent, ses bras comprimèrent sa taille en en faisant le tour, sa tête tourna sur ses épaules.
_ « L’Exorcisme Destructeur supprime le poison qui se niche dans le c½ur des gens. Dans ton cas, s’agissant de ton essence même, c’est tout ton être qui est destiné à disparaître. La question c’est de savoir quoi de ton cou, tes genoux ou ta poitrine, va rompre en premier ? »
Pendant que son visage était défiguré par la douleur, Até n’en perdait pas moins de sa superbe.
La noirceur de son cosmos continuait d’emplir les lieux alors qu’un à un ses os craquaient.
Lorsqu’elle le réalisa, il fut trop tard pour Mayura. Des lianes lui serraient déjà les chevilles.
Bien qu’elle fût en droit de hurler le poids de son calvaire, Até cria plutôt son attaque : « Million Hatred ! »
Par millions, des lianes sous forme de lances jaillirent d’Até pour menacer Mayura prisonnière.
Obligée de relâcher la pression de son Hisen Hajakuchobuku, elle s’enferma elle-même dans son bloc monticule de pierre qu’elle leva du sol pavé : « Bangosenseki ! »
La Roche d’Isolation la protégea contre les pilums d’Até.
Ceux-ci se fracassèrent contre le bouclier de pierre.
Até n’en demeura pas moins résolue : « Tu perds ton temps ! Plus tu résistes et plus mes vignes puisent dans mon cosmos pour se renforcer. »
Ces tentacules encerclèrent le rocher au sein duquel Mayura se concentrait en position du lotus.
Até reprenait difficilement sa garde suite au contrecoup du Hisen Hajakuchobuku : « Million Hatred ! »
Cette fois ci, les lianes étaient semblables à des rondins de bois. Ils pilonnèrent comme des béliers la défense du Saint d’argent qui s’effondrait.
Exposée à la menace, Mayura riposta aux poutres par un vent violent qui les renvoya à son propriétaire : « Higi Kenyoku Tenbusho ! »
Martelée par sa propre matérialisation de cosmos, détruisant à chaque impact sa Leaf, Até fut repoussée contre le haut de la voûte, sous laquelle passèrent Georg et Juan plus tôt.
Avant qu’elle ne retombe au sol, Mayura la plaqua à nouveau contre la paroi par la gorge de sa main gauche.
Elle porta le coup de grâce de sa Technique Secrète de la Danse Céleste des Ailes Iridescentes en dirigeant sa main droite doigts tendus vers son c½ur.
C’est là que le vent balaya la mèche de cheveux d’Até permettant de cacher son ½il gauche.
Soudain, sortit de son globe oculaire une pointe de lierre qui contrecarra le coup de grâce.
Par réflexe, Mayura inclina la tête évitant à son crâne d’être transpercé. Le pique frappa l’extérieur de son arcade droite. Il détruisit son masque à cet endroit et arracha le bandeau qui lui entourait la tête.
Dans son élan, Mayura poursuivit son geste et parvint à transpercer la Leaf et les côtes d’Até à défaut d’avoir pu atteindre le c½ur.
Etourdie par le choc, elle retomba lamentablement face contre terre comme Até épuisée et blessée.


Au même moment, sur Terre, au Sanctuaire, les tours de garde se succédaient avec beaucoup de tension après l’infiltration des Dryades la veille.
Tandis qu’au sommet des douze maisons Saga était entré en méditation pour suivre les soubresauts de l’attaque de l’Utérus, dans les ruelles pavés d’Honkios, comme dans les vastes plaines qui entourent les villages, des troupes de soldats défilaient sans discontinuer.
Si bien, que lorsqu’elle arriva devant les remparts Nord, une jeune femme fut accueillie par un attroupement de soldats qui la mirent en joue de leurs lances et épées.
La pauvre était épuisée. Ses vêtements rouges, inscrits dans la pure tenue traditionnelle chinoise, étaient en lambeaux. Suffisamment pour faire apparaître ses cuisses écorchées et sa poitrine affriolante.
Tombée à genoux d’épuisement, l’Asiatique sema le trouble chez les Athéniens qui passaient par-dessus les murs, partagés entre le plaisir de cette vue sensuelle et le doute qu’une telle démonstration de ses formes ne soient la ruse éculée des Dryades.
Pourtant, la voix douce et tremblante de l’intruse semait le doute. Le front couvert d’une frange, le reste de ses cheveux longs et poisseux était entremêlé. Elle ne faisait preuve d’aucune malice, lorsqu’elle demandait à répétition si elle était bien arrivée au Sanctuaire.
Le caporal de la cohorte leva alors la tête vers le lieutenant du Nord du domaine, resté en haut de la grande porte à fixer l’inconnue.
De stature imposante, il gardait une mine sévère dans sa Cloth d’argent. Si bien que le caporal n’osa prendre la parole.
Il attendit que son supérieur direct, le sergent Voskos Saint de bronze du Bouvier ne les rejoigne.
Imposant et brutal, il ne ménagea pas la jeune femme en la levant d’un coup sec en la tirant par le bras pour l’exposer à la vue du lieutenant.
_ « Seigneur Algol, je crois que nous n’avons rien à craindre d’elle.
_ Voskos, souffla le Saint de Persée… Tu sais que n'importe quel accès au domaine sacré comprend son lot de difficultés, des plus variées et imprévues. Larges pierriers, pentes sablonneuses, parois rocheuses parfaitement verticales ou en dévers, crevasses, embranchements trompeurs... Tous ces obstacles sont incontournables. Et infranchissables pour quiconque ne maîtrise pas la cosmo énergie. Je ne pense pas que cette jeune femme soit inoffensive. Qui es-tu, la pointa-t-il du doigt ?
_ X… Xiao Ling, balbutia-t-elle son nom…
_ Xiao Ling… Que fait une étrangère sur ces terres ?
_ Rebecca… C’est elle qui m’a dit de venir ici…
_ Hum, resta songeur un instant Persée… D’où viens-tu ?
_ De Chine… J’appartenais à une troupe de cirque itinérante. Il y a quelques années, une révolte populaire a frappé dans une région où nous étions de passage et la répression a condamné les populations sans distinction. Ma troupe a été massacrée. J’ai miraculeusement survécu. C’est une inconnue porteuse d’une armure et d’un masque qui m’a porté secours. Elle m’a soigné et nourri. Elle me parlait régulièrement du Sanctuaire d’où elle venait et finit par me dire avant de disparaître en pleine nuit, que si un jour je parvenais à trouver ce lieu, alors je deviendrai suffisamment forte pour empêcher que d’autres innocents soient inutilement massacrés.
_ Le miracle est l’apanage des gens qui maîtrisent le cosmos. Ton entraînement au cirque devait être intense. Pour le surmonter, tu as instinctivement élevé ta cosmo énergie. Ce qui a guidé Rebecca à toi. L’instructrice en chef des femmes Saints a la fâcheuse manie de parcourir le monde à la recherche de toujours plus de femmes pour gonfler les rangs de son camp, sourit-il de sarcasme. En ces temps de conflit, tu ne seras pas de trop dans nos rangs. Ouvrez les portes, ordonna-t-il ! »
Voskos, suivi de sa troupe, soutint Xiao Ling jusqu’à l’intérieur.
A l’intérieur des remparts, un soldat plongea une louche dans un tonneau pour en extraire de l’eau sur laquelle elle se jeta.
Sans ménagement, elle l’avala d’une traite, avant de partir la tête la première dans le tonneau, afin de rassasier sa soif. Si bien, qu’elle relevait suffisamment haut la pointe des pieds pour exposer involontairement le dessous de sa tunique aux soldats partagés entre amusement et regards lubriques.
Un raclement de gorge d’Algol remit tout le monde en rang, le regard droit. Il permit également à Xiao Ling de réaliser la position gênante dans laquelle elle s’était mise.
Gardant du mieux qu’il put son sérieux, Algol commanda à Voskos de conduire la nouvelle venue à Rebecca au camp des femmes au centre du domaine.


Sur l’Utérus, devant la porte qui renfermait l’arbre nourricier, Aiolia attendait que la poussière soit retombée.
Il pénétra lentement dans la salle, un hall au haut plafond maintenu par un mur circulaire, duquel débouchaient de multiples allées soutenues par des voûtes. Ces allées permettaient aux Dryades d’accéder à l’arbre, quel que soit l’endroit du palais d’où elles venaient.
La salle était recouverte de racines.
Sous les pieds d’Aiolia, un tapis rouge menait tout droit à l’alvéole par lequel passait l’arbre.
Devant ce gouffre traversé par le tronc, appuyé contre un siège de pierre, un homme portant sous une épaisse cape une Cloth semblable à la sienne appâta aussitôt le Grec.
Malgré la distance, il reconnut la forme particulière, féline et digne, de son armure.
Elle brillait également. Pas d’or. Mais d’un noir de jais. Ses ornements, rouge écarlate, faisaient ressortir de loin les détails de cette Leaf.
Plagié, Aiolia avança résolu vers la Dryade qui lui faisait obstacle.
Fougueux, il savait que l’Utérus à détruire était juste sous ses yeux et qu’il pouvait rapidement remplir sa mission.
Néanmoins, il interrompit sa marche déterminée lorsque le seul ½il, bleu perçant, du lion noir le dévisagea.
_ « Cette façon de me regarder me parait si familière, remarqua-t-il en observant plus haut ses cheveux vert marin entremêlés dans son heaume. Est-ce… Une illusion ? Ou bien… Est-ce toi, s’adressa-t-il à la silhouette qui ne bougeait pas d’un pouce. »
Le lion noir ouvrit alors son ½il droit marqué d’une cicatrice pour exposer une orbite aussi écarlate que les enjolivures de sa Leaf, montrant ainsi des yeux vairons.
_ « Non… Non ça ne peut pas être toi. Tu avais perdu cet ½il. »
De sa main gauche, l’étrange antagoniste arracha sa cape et exposa à la vue d’Aiolia un bras droit aux nerfs et aux veines gonflés de racines tout comme le côté droit de son visage, tout autour de son ½il cicatrisé.
_ « Galan ?!
_ Galarian Steiner de mon vrai nom, lui répondit-il.
_ Qu’est-ce que ça veut dire ? Quel mauvais tour me joue Eris ?
_ De quoi parles-tu Aiolia ? C’est moi.
_ Galan a choisi de rejoindre nos contemporains ! Il fait le tour du monde et il serait bien incapable de se ranger aux côtés d’Eris ! »
A cet instant, les racines de son corps se mirent à gonfler faisant vriller dans ses pupilles un scintillement de douleur, qu’il relâcha sous la forme d’un coup à longue portée qu’Aiolia esquiva de justesse, lui égratignant au passage le visage.
_ « Galan ! A quoi joues-tu ?! C’est de la folie furieuse ?! As-tu la moindre idée du nombre de gens qui sont menacés par cet arbre ! »
Pour seule réponse, Galan rugit comme le roi des animaux et chargea à la vitesse de la lumière Aiolia.
Par réflexe, Aiolia mit ses mains en oppositions et, pogne contre pogne, ils exercèrent chacun sur l’autre la pression de leurs cosmos.
Aiolia mesura le niveau de son adversaire : « Galan était un prétendant à la Cloth du Lion avant qu’il ne soit condamné pour le vol du sang d’Athéna. Il a toujours été doué. Pourtant, il n’a jamais eu un tel niveau. Serait-ce Eris qui lui aurait donné tant de forces ?! Non ! C’est absurde ! Jamais Galan ne nous trahirait ! »
Le visage défiguré par la haine, Galan profita qu’Aiolia soit perturbé pour croiser ses bras et déstabiliser la tension maintenue entre eux.
Rapprochant ainsi son crâne du sien, il lui flanqua un violent coup de tête en plein visage qui lui cassa le nez.
Repoussé en arrière par l’élan, il fut attrapé par le bras normalement amputé de Galan et celui-ci se changea en tentacule qui le prit à la gorge.
Il allongea alors son membre pour diriger Aiolia au centre de la pièce et le tenir en suspension au milieu du vide, entre l’arbre et la plateforme où ils s’affrontaient.
_ « Déjà terminé, pesta Galan ?
_ Galan… Je refuse de croire que c’est toi, répondit Aiolia d’une voix étouffée… »
Le nez gonflé par le sang, à l’agonie, manquant de souffle, Aiolia avait la tête inclinée vers le ciel en direction de la cime de l’Utérus.
C’est alors qu’une voix venue du feuillage lui confirma : « Pourtant, je te prie de croire que c’est bien lui. »
Se laissant tomber du ciel, une Dryade, couverte d’une Leaf au casque, aux avant-bras et aux tibias crantés, se réceptionna en fixant ses lames contre le tronc afin de rester suspendue juste au-dessus du visage d’Aiolia.
Ses mèches coupées droite tombaient sur sa poitrine, tandis qu’une jupette serrait sa taille mince. Ses traits très fins dévisageaient le Lion qu’elle lacéra avec son autre bras sur la joue droite.
_ « Quel meilleur gardien de l’Utérus qu’un homme qui fut ramené à la vie grâce à lui ?
_ Ramené à la vie, s’étonna Aiolia en dévisageant un Galan insensible ? »
La Dryade d’un geste de l’index ramassa le sang qui fuyait la coupure qu’elle avait faite au prisonnier.
_ « Quoi ? Tu n’étais pas au courant ?
_ Je n’ai jamais quitté le Sanctuaire, commença d’un ton monocorde Galan. Avant que je sois affranchi, je suis tombé gravement malade. Cela commença durant la Guerre Sainte contre les Titans. Les prêtres du Sanctuaire avaient diagnostiqué que mes poumons étaient touchés. Et que le mal s’étendait très vite au reste de mon corps, poursuivit-il d’une voix tremblante. Lithos voulut me conduire à la Source d’Athéna. Mais celle-ci est réservée aux Saints. Je ne voulais pas forcer le passage et jeter une fois de plus le déshonneur sur votre nom, commença-t-il à balbutier. Alors d’un commun accord avec Lithos, nous avons feint ma bonne santé puis avons profité de la liberté que vous nous accordâtes pour simuler mon départ, sourit-il amicalement. Je mourus quelques semaines plus tard, dans un temple des villages du Sud où les prêtres m’apportaient les soins palliatifs. Je fis promettre à Lithos de ne pas vous l’annoncer de peur que vous vous reprochiez de m’avoir gardé trop longtemps à votre service, conclut-il une larme à l’½il. »
Aiolia remarqua que l’humanisation progressive de son compatriote contrastait avec la froideur du début du duel.
Ses soupçons se confirmèrent lorsque l’arbre se mit à gonfler sous l’absorption des forces perdues par les autres Saints dans le palais.
Aussitôt, les veines de Galan gonflèrent davantage et il reprit son étreinte meurtrière en empoignant plus fort Aiolia.
La Dryade tortionnaire continua d’éclairer la lanterne d’Aiolia.
_ « Prisonnier des entrailles du Sanctuaire, l’Utérus, grâce au cosmos de Mère, sondait en secret les défunts du domaine pour connaître ceux dignes de revenir en Fantômes. Rares sont ceux qui se sont opposés à l’offre d’une seconde vie contre l’allégeance à Mère. La plupart du temps, les civils ou les Saints revanchards, acceptent. Galarian Steiner était bourré de ranc½ur. Prétendant raté à la Cloth du Lion, condamné et mutilé par le Sanctuaire, domestique malmené pour être au service d’un mal-aimé, une vie courte arrachée par la maladie sans qu’on ne lui donne le droit de pouvoir accéder au lieu saint qui le soignerait… Il avait tout pour faire un magnifique Fantôme. Pourtant, il s’opposa farouchement à nous. Des mois de propositions, de visites aux Enfers où il fut jugé aux supplices… Rien. Alors Mère, une fois de retour, puisa dans le pouvoir de l’Utérus pour le soumettre. Galarian est habité par l’Utérus. L’Utérus le consume. C’est sa revanche pour ne pas avoir cédé à sa séduction. L’Utérus le manipule mais le maintient aussi en vie. Détruire l’Utérus c’est condamner à nouveau ton ami à un autre jugement par Minos ! Et les Juges des Enfers ne sont pas cléments envers ceux qui se sont soustrais à leur condamnation. »
Abasourdi, Aiolia, bleui d’asphyxie, voyait du coin de l’½il Galan ne pouvant être maître de ses choix. Pourtant, il gardait le sourire.
_ « Tu souris Saint d’or, s’étonna la Dryade ? Est-ce le fait que tu meurs des mains de ton ami qui te satisfait ? Dans ce cas je ne t’en laisserai pas le plaisir, dressa-t-elle sa lame, c’est moi Hysminai du Duel qui t’achèverai ! »
Afin de riposter, le Lion cramponna les tentacules de ses deux mains pour faire balancier avec le poids de son corps suspendu.
Il anticipa l’attaque d’Hysminai en levant sa jambe droite haut contre son visage : « Lightning Plasma. »
Il lui envoya avec la jambe une multitude de rayons de lumière qui s’entrecroisèrent à bout portant.
Cela, tout en balançant de sa jambe gauche, en retombant, une boule chargée de cosmos et d’éclairs contre Galan : « Lightning Bolt ! »
Rejetée vers le sommet de l’Utérus, Hysminai vit Galan rappeler à lui ses tentacules, après avoir été repoussé.
Aiolia, lui, put se réceptionner sur le bord du puit et se hisser à nouveau devant Galan.
_ « Balancer mes techniques par les jambes étaient plutôt audacieux. Je n’ai pas réussi à porter toute ma puissance pour me débarrasser d’eux, enfin, surtout d’elle, déplorait Aiolia en la voyant revenir à la charge. »
D’une pirouette, elle rejoignit Galan.
_ « Tu aurais dû te laisser mourir tranquillement. Tu te serais épargné bien des peines. Tu ne peux pas me vaincre et tu ne désires pas tuer Galan. Tu vas faire le jeu de l’Utérus et le nourrir de ta vie ! »
A ses côtés, l’½il rouge vif, Galan se mettait déjà en garde.
Flashback

Reprenant son souffle après un cul sec, Mars tend son verre au serveur qui passe devant.
_ « Je pense qu’un ne suffira pas. Tu as encore beaucoup à me raconter… »


Au même moment, à Asgard, au temple Walhalla, à peine illuminé par une chandelle dont la flamme vacille au bord de sa baignoire, Siegfried laisse dégouliner depuis l’éponge qu’il presse sur son front l’eau chaude de son bain.
Le marbre qui fait le sol et les murs de la noble salle de bain est embué par la vapeur d’eau dont la température est à l’opposé de celle qui demeure à l’extérieur.
Sa main dégage ses cheveux rose pâle pendant qu’il souffle d’amertume : « Hilda… »
Il laisse son corps sombrer en remontant ses genoux afin que l’eau bouillante englobe ses larges pectoraux puis submerge son visage.
Une fois rincé, il saisit un peignoir au tissu épais dans lequel il s’enroule en grommelant : « Cette année l’hiver n’a jamais autant duré. Le printemps approche sans même que le temps ne se montre plus clément. Si cela continue, les maigres récoltes ne seront plus suffisantes pour nourrir tout le royaume. Ce rude climat a commencé en septembre dernier lors de l’attaque d’Alexer. Cela coïncidait avec l’annonce d’un danger. Mais depuis, les caprices du temps n’ont cessé. Un autre danger nous menacerait-il ? Alexer n’était-il pas la réelle menace ? »

Une voix au timbre agréable et pourtant malaisante aux oreilles de Siegfried lui répond : « Est-ce pour cela que tu te méfies de moi ? »
Le beau Nordique reconnaît l’invitée d’Hilda.
Thétis, dans la pénombre du logement de haut standing arbore une tenue inattendue. Toujours enroulée, nue, dans les draps qu’elle a arrachés à son lit, Thétis fixe avec défiance le mâle silencieux.
Malgré lui, à force de l’épier par méfiance, il ne peut s’empêcher de remarquer le galbe provoquant de sa poitrine sur laquelle les draps forment un décolleté aguichant.
_ « Quelle drôle de tenue pour se promener dans les couloirs d’un si noble royaume. Les gardes t’ont laissé passer ainsi ?
_ Quels gardes ? Hilda a levé ma surveillance. Ma voix d’ange lui a certainement permis de sonder la bonté de mon âme. »
Siegfried lui tourne le dos et regarde par la fenêtre de sa chambre les flocons de neige virevolter au gré du vent malgré la nuit tombée.
_ « Pff… Tu n’as pas une voix d’ange. Mais une voix de sirène. Selon la mythologie, les sirènes envoûtaient leurs proies grâce à leurs chants avant de les dévorer. Du sang duquel d’entre nous souhaites-tu t’abreuver ?! »
Pour seule réponse, il ressent presser contre son dos cette poitrine sur laquelle son attention s’est attardée plus tôt.
Mis en joue par ce charme mutin, il reste sans un mot, le souffle coupé.
Ayant abandonnée tout artifice, Thétis enserre le tronc bardé de muscles pour saisir chaque encolure de la sortie de bain de l’obstiné rempart d’Hilda.
Dévêtu, ne se sentant ni la force ni l’envie de résister, après avoir senti glisser sur lui le tissu moelleux qui couvrait sa carrure athlétique, il apprécie les mains frêles qui descendent le long de son dos et qui agrippent son ferme postérieur, avant de faire le tour de ses hanches pour venir chercher son intimité.
C’est à cet instant, que bien malgré lui, le héros d’Asgard fait volte-face en retenant les fins poignets acquisiteurs : « A quoi joues-tu ? »
Toujours aussi défiante envers lui, elle rétorque en plissant les yeux : « Peut-être ici ne manques-tu pas de partenaires vu le respect dont tu jouis. Moi, sur la route, la solitude me pèse. Et j’ai justement voulu tirer profit de cette tension qui règne entre nous deux pour apaiser le feu qui me consume. »
Avec un effort honorable, Siegfried s’empêche de contempler son corps, il reste rivé dans son regard en déclarant froidement : « Désolé. Mais je ne suis pas à ta disposition. »
Grimaçant de rancune, Thétis le gifle violemment sans qu’il ne bouge réellement la tête sous le choc. Elle pointe le sexe de celui qu’elle convoite : « Comment peux-tu me regarder dans les yeux en disant cela, alors que ton corps me réclame lui aussi ? »
Elle s’élance pour le frapper de nouveau, mais Siegfried est plus prompt. Il lui saisit le poignet et serre intensément sa mâchoire pour contenir cette fougue qu’elle accroît en lui frénétiquement.
_ « Toi aussi je le vois, tu as un feu en toi qui explose. Un volcan rugissant dont la lave brûle les entrailles. »
Malgré la prise qu’il exerce sur son poignet, Thétis se jette sur lui pour l’entourer de ses jambes à la taille. Sans lui laisser la chance de pouvoir souffler la moindre exclamation, elle lui prend la bouche à l’intérieur de laquelle elle glisse sa langue contre la sienne qu’elle caresse éperdument.
Son corps toujours bouillant après la température dans laquelle il a trempé, très vite, devient moite au contact de la peau de la jeune femme sur la sienne. Cette moiteur sert parfaitement à Siegfried pour glisser contre son torse gonflé les menus cinquante-deux kilos de Thétis.
Pris d’une torpeur qu’il ne veut refreiner, Siegfried se défait fermement de l’étreinte de Thétis et l’allonge sur le lit.
Jusqu’au moment où, reprenant un courageux sang-froid, Siegfried abandonne son lit pour s’avancer vers son peignoir : « Non, je ne peux faire cela, je pense à… J’aime… Non. »

D’une mine mêlant surprise et frustration, Thétis se fait tout à coup féline et devine : « Tu espères rester fidèle à Hilda ? »
Le silence de Siegfried vaut aveu. Pourtant Thétis, en se cambrant tel un animal qui se languit, assure : « Hilda a pensé à toi elle aussi tout à l’heure. Un bref instant. »
Le regard inquisiteur de Siegfried en dit long. Confondant doute et colère, le descendant de Dubhe est perdu.
_ « Tu ne me crois pas ? Allons, tu as bien vu toi aussi lorsque je chantais pour elle. Je ne lui étais pas indifférente. Alors, avant de venir te voir, je me suis permise de passer auprès des appartements d’Hilda. Elle était assise, seule, dans un fauteuil à observer comme tu le faisais le triste temps qui vous condamne ici. Je lui ai dit que je voulais profiter de sa majestueuse présence puisque jamais auparavant un seigneur ne s’était montré si adorable avec moi. Chose qu’elle accepta volontiers. Après m’être excusée pour ma tenue grossière, mes vêtements n’ayant toujours pas séchés au coin de la cheminée de ma chambrée, je lui ai avoué vouloir partir dès demain pour ne pas l’importuner davantage ni même m’attirer les foudres de ses plus fidèles sujets. Dont toi. A l’entente de ton nom, elle est restée très évasive et j’ai immédiatement compris. Elle m’avoua que sa position et son rôle vous avaient condamné jusqu’à présent à un amour platonique et qu’elle ne sait pas si cela devait évoluer puisque chaque tentative d’aveu s’est soldée jusqu’à présent par un évènement gênant. Une arrivée fortuite, une fuite de ta part… Elle s’est ensuite sentie gênée de se dévoiler si facilement à moi. Peut-être le fait que je ne serai plus là demain l’aida à délier son c½ur. Lorsque je lui proposai de chanter de nouveau pour l’apaiser, je sentis à la place de l’air qu’expire ma voix le souffle brûlant de ses lèvres. A peine avais-je fermé les yeux pour prendre ma concentration qu’elle venait soulager son mal-être mais aussi ses envies. Ses doigts entrelacèrent les miens… »
Le regard de Siegfried a perdu de sa rancune, il est dorénavant partagé entre jalousie et obsession. Pendant qu’elle continue de narrer son échange concupiscent avec Hilda, Thétis caresse chaque zone de son corps que sa partenaire a parcouru : « … et la pression de son visage contre le mien, de sa langue autour de la mienne, me firent choir sur la peau d’ours polaire qui couvre le sol. A sa merci, elle profita de n’avoir qu’à simplement retirer mes draps pour mieux défaire sa longue robe azure. Soulignés par la lueur rougeoyante du feu, nos corps s’admiraient l’un l’autre, s’enviant immédiatement. Quelques soupirs ponctuaient l’étreinte charnelle durant laquelle nos courbes s’épousaient à merveille. Bientôt je baisais sa ferme poitrine pendant qu’elle parcourait l’intérieur de mes cuisses pour mieux s’y glisser. Refusant de crier seule mon plaisir, elle se m’y à feuler lorsque j’insinuai moi aussi mon index et mon majeur dans sa chair. Nous allions et venions au plus profond de nos ventres, synchroniquement, frottant nos corps, la moindre extrémité de nos poitrines, l’une contre l’autre. Si profondément, si intensément, que nous allions chacune nous empaler sur l’autre lorsque nous nous retirions. Nous tressaillions en même temps par de courts mais répétés soubresauts. Je me relevai aussitôt. La sensation de froid due à l’éloignement de son corps fit disparaître en quelques minutes la sueur que nous partagions. Je voulais garder sur moi et te faire partager l’odeur sucrée de sa peau. »
Cette réflexion est de trop pour Siegfried. Alors qu’elle tourne lascivement à quatre pattes sur le lit depuis le début de son histoire, il vient lui cramponnait hargneusement les fesses pour mieux se glisser et savourer à son tour sa chaleur. Après quelques mouvements de bassin engagés, Siegfried vient chercher de ses mains la poitrine de la Suédoise, pour lui lever le buste et venir humer l’odeur de son cou. Continuant à chercher au plus loin d’elle ce feu qu’elle trépignait de partager avec lui, il plaque son corps contre lui en la serrant fort et en murmurant, après plusieurs minutes extrêmes, au moment où il abandonne lui aussi cette fièvre, le nom de sa bien-aimée de toujours : « Hilda… »

4
Only for Love / Re: Chapitre 20 - Les origines d’Excalibur
« on: 23 August 2021 à 12h27 »
NEWS

Cette version du chapitre 20 est une version rééditée de la publication originale du 8 juillet 2011.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

5
Only for Love / Chapitre 75
« on: 2 August 2021 à 11h27 »
Chapitre 75

A l’abri du sinistre spectacle qui se joue dans les sous-sols du Disfrute, ce bar de nuit argentin où il s’est rendu avec Tromos, Vasiliás profite de la prestation de danse de Peligra.
Après plusieurs mouvements sensuels, elle entame quelques gestes acrobatiques pour lesquels elle ne présente aucune faiblesse. Partant du haut de la barre de pole dance pour en redescendre lascivement, tel un reptile à une vitesse de plus en plus folle, elle s’applique ensuite à effectuer une chute tête la première vers le sol en se réceptionnant avec ses mains pour mieux réaliser avec ses jambes un grand écart.
Les changements de pistes musicales n’altèrent en rien ses prouesses. Et lorsque le rythme varie à nouveau, elle resserre de plus belle ses jambes sur la poutre chromée.
Etendue sur le podium, le talon de son pied gauche en appui contre la barre, elle expose davantage à la seule vue de Vasiliás ce qui se cache sous le vêtement noué sur ses hanches.
Le Berserker de la Royauté profite de l’occasion pour glisser quelques billets, après avoir remonté ses mains du creux de ses genoux, jusque ses fesses en passant par ses fermes cuisses.
Cette récompense ne semble pas suffisante pour atténuer l’ardeur de la voluptueuse artiste. En appui avec ses mains pour saisir le centre vertical de sa scène à l’arrière de son dos, elle se relève en tournant sur elle-même, maniant élégance et sensualité.
Debout, abandonnant sa tribune, elle arrive jusque sous les yeux de son hôte devant qui elle passe charnellement sa main sur ses hanches et autour de son nombril. Puis, elle imite ses caresses en descendant sous la soie, ou en remontant du haut de ses cuisses jusqu’à sa croupe rebondie lorsqu’elle lui tourne le dos. Ainsi elle remonte sa robe en s’agrippant sensiblement les fesses et dévoilant enfin son boxer.

La sensualité de ses gestes, mêlée à ses courbes généreuses, attirent la curiosité des autres clients qui s’amassent peu à peu tout autour en continuant de danser. En mauvais acteurs, hommes comme femmes, curieux d’admirer Peligra, profitent que le club soit bondé pour s’approcher comme si de rien n’était.

Ramassant quelques billets supplémentaires, Peligra répète ses gestes en massant sa poitrine à mesure que sa veste abandonne avec grâce son corps en glissant le long de ses bras pendant que sa langue ne cesse de faire le tour de ses lèvres qu’elle mordille à l’occasion.
Déroulant la soie qu’elle utilise pour serrer brièvement Vasiliás contre elle, Peligra pose ensuite une jambe sur la banquette afin de laisser son spectateur introduire à l’intérieur de son sous-vêtement une nouvelle récompense.
Au moment où elle choisit de dévoiler davantage de ses charmes, Vasiliás lui tend une liasse de billet : « Tu es si admirable que tu as captivé tous les regards alentours sur toi. Mais je refuse de partager un aussi beau spectacle. »

En effet, le petit salon commence à rassembler d’autres membres du club.
C’est également l’opportunité pour Vasiliás de concentrer l’attention de Peligra, afin qu’elle ne s’inquiète pas des actes de Tromos.

Peligra approche son visage de Vasiliás.
 _ « Tu es jaloux ?
_ Disons que j’aime avoir l’exclusivité.
_ Alors passons à l’étage dans ce cas. Nous y avons des chambres privées. »
Pour approuver cette décision, Vasiliás sort du sceau de glaçon une nouvelle bouteille de champagne.
_ « Tu ne veux pas goûter d’autres choses là-haut, lui propose-t-elle ?
_ Le champagne et toi feront déjà beaucoup. J’aime les valeurs sûres. »


Pendant ce temps, en Grèce, c’est également après l’alcool qu’ils ont commandé qu’attendent Kyoko et Mars.
La réincarnation d’Arès ne peut attendre davantage, il exige que Kyoko poursuive son récit avant même qu’ils ne puissent déguster leurs verres.

Flashback
Flottant par-dessus les quelques nuages de l’été 1984, l’Utérus fleurissait et déployait au sommet de ses branches des pétales cotonneux. Ils faisaient du sommet touffu de l’arbre un immense ballon dirigeable.
L’Utérus plantait ses racines jusqu’aux catacombes du temple aux fondations arrondies.
Elles remontaient jusqu’au palais d’Eris sous forme d’étages aux circonférences chaque fois un petit peu moins grandes.

Dans le sous-sol, la Cloth du Scorpion brillait.
_ « C’est jusqu’au dernier niveau que nous devons parvenir, finit d’expliquer Milo. »
A ses côtés, Apodis balayait les longues toiles d’araignées qui pendaient du plafond.
_ « Très bien.
_ L’idée du Grand Pope lors de notre convocation était de nous diviser en trois groupes. C’est ce qui me parait le plus efficace pour y parvenir, affirma le vétéran Aeson.
_ En effet. En remontant chacun un angle précis sous la forme d’une structure pyramidale, nous divisons leurs forces à la base pour nous retrouver tous ensemble devant Eris. Une infiltration rapide et efficace, c’est ce qui nous a été demandé, confirma Milo. »
Le trio progressait difficilement, obstrué qu’il était par la soie de plus en plus épaisse.
_ « Bientôt, nous ne distinguerons plus les murs veinés de racines, s’inquiétait Apodis. »
Soudain, le sol se mit à craqueler sous les pas d’Aeson.
_ « Attendez, alerta-t-il, ses équipiers ! Le sol se fissure sous mes pas.
_ Ce n’est pas le sol, dit Milo qui balayait les toiles en s’accroupissant, ce sont des ossements. »
Par un réflexe de dégoût, Aeson recula d’un pas.
_ « Nous sommes dans l’antre d’une araignée, poursuivit Milo. Et celle-ci vient juste d’achever son repas si j’en juge les lambeaux de chair et le sang dégoulinant encore sur ces os. »
La voix railleuse d’une Dryade confirma : « Tout juste. »
Phonos, attablé dans le hall à quelques mètres de là, achevait son repas en se servant dans une coupe de l’ouzo, un apéritif grec anisé : « Cela fait un moment que nous avons senti votre arrivée. Il m’a fallu me dépêcher de me repaître de mes proies fraîchement cueillies sur Terre. »
Milo serra les dents en reconnaissant leur adversaire : « Phonos ! »
Par de grands moulinets, les chevaliers progressèrent vite à travers les fils pour débarquer au banquet de la Dryade.
Assis sur du mobilier fait de vieux restes humains, Phonos les provoqua : « Vous me permettrez de savourer un digestif, afin de m’alléger avant de vous faire face. Je déteste manger vite. »
Devançant ses camarades, Milo regarda autour de lui et remarqua dans la soie le scintillement des vies qu’absorbait Phonos grâce à ses fils. Il réalisa la démarche de la Dryade, en voyant une dernière victime épuisée cesser de se débattre.
_ « Ce cannibale dévore les cadavres asséchés une fois qu’il s’est renforcé de leur énergie vitale !
_ Je n’ai pas été présenté à tes amis. Je suis Phonos du Meurtre.
_ Ne vous laissez pas distraire, avertit Milo, sa soie est paralysante et il nous attaquera lorsque vous commencerez à en éprouver les effets. J’ai un compte à régler avec lui. C’est lui qui fut le dernier rempart qui m’empêcha de déjouer la réincarnation d’Eris. Avancez ! Je vous rattrape ! »
N’osant pas discuter un ordre d’un Saint d’or, Aeson et Apodis s’exécutèrent, en passant prudemment chacun d’un côté de la table sans que la Dryade ne s’intéresse à eux.
_ « Surtout, prenez garde à sa soie. Tant que nous serons dans son antre, nous ne devons pas oublier qu’il est capable de récupérer nos forces. »
Ils acquiescèrent avant de poursuivre leur chemin et de s’enfoncer dans les ténèbres.
La Dryade aux cheveux indigo servit une coupe qu’il adressa à Milo.
Il la fit glisser du bout de ses doigts à l’autre bout de la table en s’étalant de tout son long dessus, salissant sa cape blanche.
Son geste libéra de son vêtement une protection de couleur noire avec des reflets lie de vin et amarante.
De ses yeux rouges, il devina que Milo avait identifié son armure.
_ « Une Leaf. L’équivalent de vos Cloths. Je ne la portais pas lors de notre première rencontre.
_ Le simple fait que tu en sois affublé signifie qu’Eris a déjà éveillé une grande partie de ses pouvoirs. Tu auras compris que nous avons ordre d’agir vite et efficacement pour éviter qu’elle n’en fasse le plein usage. Je n’ai donc pas le temps pour l’apéritif. »
Il dégagea le verre d’un filet de lumière rouge tout droit sorti de son aiguillon.
A peine l’alcool allait l’éclabousser que Phonos disparut.
A la place, une immense araignée chargée de cosmos sauta par-dessus la table et se jeta sur sa proie…

Sous le palais d’Eris situé au cinquième étage, une Dryade observait du bout d’un chemin de colonnes l’immense tronc de l’Utérus.
De là, en levant la tête, elle pouvait apercevoir malgré la mèche qui dissimulait son regard les cimes de l’arbre scintillant.
Derrière elle, sa supérieure aux cheveux plus sombres vint la trouver.
Devinant la venue d’Até dans son dos, Dysnomie engagea la conversation.
_ « Nous vivons et nous fanons pour Mère, notre vie n’est rien de plus qu’une fleur de ce jardin.
_ Dysnomie, Mère a décidé de faire renaître son Jardin d’Eden enfoui loin d’ici.
_ Notre Jardin d’Eden… Quel délice.
_ Pour faire ressurgir notre sanctuaire, l’Utérus a besoin de croître encore quelques heures, afin de rendre à Mère l’entièreté de ses moyens pour ramener notre royaume.
_ Si je comprends bien Até, tu me demandes d’aller arrêter ces Saints qui se sont introduits ici.
_ L’Utérus se nourrit de la discorde des mortels. Tuer ces Saints et les livrer en pâture à l’arbre matrice ne fera qu’accélérer le processus.
_ Ils sont scindés en trois groupes. Phonos s’occupe déjà du premier.
_ Le second se dirige au centre, son objectif est clairement l’Utérus. Je m’y rendrai en personne, décréta Até.
_ J’imagine donc que le dernier groupe est pour moi.
_ Si je ne m’abuse, le Saint de la Vierge le dirige. Il me semble qu’il t’avait bien plu, lorsque nous avons récupéré Mère au Sanctuaire.
_ Je sais que c’est lui qui a déjoué la boule d’énergie de Mère, lorsqu’elle s’est réveillée au Sanctuaire et qu’elle tenta d’achever la s½ur de son réceptacle. En effet, j’aurai plaisir à l’affronter. Bien, je m’y rends de ce pas.
_ Attends Dysnomie ! Mère semble bien déterminée à jouer avec eux. Elle leur réserve quelques surprises, comme de vieilles retrouvailles par exemple. Et elle ne compte pas attendre sagement dans son palais.
_ Mais c’est de la folie ! Qui veillera sur elle ?!
_ Un des Fantômes qu’elle a ramené à la vie. Tous d’anciens Athéniens.
_ Je n’ai aucune confiance en eux !
_ Moi non plus ! Cela signifie que nous devons à tout prix faire obstacle à ces Saints au risque de la laisser sans défense ! »

A grands revers de mains, Aeson et Apodis progressaient dans les sous-sols.
Leur route était à peine éclairée par les fleurs qui poussaient dans les angles des murs, là où commençaient les racines.
Le pollen libéré gravitait dans l’air comme des lucioles.
_ « Des plantes qui poussent dans un endroit aussi sombre, critiqua Apodis.
_ C’est dire la nature malsaine de ces végétaux, qui sont restés enfouis pendant des siècles dans les entrailles du Sanctuaire, ajouta Aeson. »
De concert, ils cessèrent leurs avancées.
_ « Un escalier ! Nous allons déjà pouvoir passer à l’étage supérieur, se satisfit Apodis.
_ Deux escaliers, le contraria Aeson en pointant une montée entourée de lianes à l’opposé.
_ Deux chemins qui mènent à l’étage du dessus mais sur des flancs différents du temple.
_ Le plus important, c’est que l’un de nous arrive au sommet. Le Saint d’or du Scorpion ne va pas tarder, il est important qu’on lui déblaye le passage.
_ Très bien, séparons-nous ! »

A l’opposé du groupe de Milo, Shaka et son équipe progressaient difficilement dans la zone du premier niveau, qui s’apparentait plus à des catacombes effondrées, qu’à un jardin luxuriant.
Le plafond tenait difficilement par des colonnes effritées tandis qu’avec Rigel et Naïra, il fallait à Shaka sauter de colonnades couchées en colonnades et veiller à ne pas glisser sur les gravats de statues fracassées.
Au détour de l’une d’elle, la Vierge surprit ses deux lieutenants en dressant autour d’eux, une bulle de protection faîte de cosmos : « Kan ! »
Rigel et Naïra cessèrent leur course et virent le bouclier se faire heurter par une comète.
Le choc fut d’une telle intensité qu’il ébranla les cloisons de pierre et fit céder les colonnes déjà à la peine. Le plafond céda et un éboulement ensevelit l’escouade…

Là où Aeson et Apodis l’avaient laissé, Milo se débattait en roulant sur le sol, fracassant les carcasses qui le jonchaient.
Il esquivait les assauts ininterrompus de l’arachnide géant, en tâchant de ne pas trop s’élever au risque d’être pris dans ses toiles.
_ « Paralyze Silk, lançait sans cesse Phonos ! »
Partout sur son passage, Phonos laissait derrière lui de nouveaux liens, restreignant toujours un petit peu plus l’espace de Milo.
Acculé, le Scorpion vit l’araignée fixait son dard en avant quand Phonos pointa sa main aux longs ongles dans sa direction : « Despaired Bite ! »
Le Scorpion n’eut d’autre choix que d’éviter la multitude de coups d’ongles en plongeant sous la table de l’ennemi.
_ « Le Despaired Bite peut tout mordre ! »
Phonos se laissa tomber délicatement sur la table, comme une tarentule qui se déposait près de sa victime ignorante.
Il se léchait les babines tandis que de son dos émanait sa cosmo énergie prête à repartir à l’assaut.
Soudain, un rayon de lumière traversa la table par le dessous et lui transperça une de ses oreilles elfiques.
_ « Je t’ai ciblé l’araignée ! Finis de jouer ! Scarlet Needle ! »
Soulevé par les piqûres, Phonos vola jusqu’au plafond dans lequel il s’encastra avec les débris de la table.
_ « Impossible… Vaincu aussi facilement, tomba-t-il inerte ! »
Le Grec resta voir retomber du sol les restes du repas et du mobilier tandis que le corps de Phonos demeurait dans l’enclave de pierre où il était encastré. Sa cape déchirée flottait dans l’air et laissait sa Leaf apparente.
Il laissa tomber sur son aiguillon une goutte d’ouzo qu’il passa ensuite à sa bouche, savourant par le goût de l’alcool sa victoire, avant de faire tourner sa cape pour rejoindre ses compagnons…

A l’autre bout, au second étage, sur un plateau à horizon ouvert sur la lumière du jour, un homme observait depuis la cavité qu’il a causée un tas de décombres.
Alors qu’il a pris par surprise Shaka, Rigel et Naïra en frappant depuis l’étage supérieur, l’ennemi flattait déjà sa victoire : « Les Saints de cette génération ne sont vraiment pas à la hauteur de ce que nous étions à mon époque. Je n’aurai jamais pensé que mon Megaton Meteor Crush aurait eu raison de trois Saints à la fois. Encore moins, d’un Saint d’or du premier coup. »
Sa protection était composée d’un casque complet à trois cornes qui laissait dépasser ses cheveux à l'arrière. Ses épaulettes étaient plates et pointues, montées sur un plastron qui comportait une pointe centrale au niveau de l'abdomen.
Elle avait tout d’une Cloth et non d’une Leaf comme en portaient couramment les Dryades.
Le personnage au visage assez dur, tourna les talons lorsqu’une lueur dorée délogea des débris les trois Saints.
_ « Tu as bien fait de ne pas trop y croire, provoqua Shaka d’un ton prétentieux. »
Autour de lui, Rigel et Naïra étaient abasourdis. Elle, par les forces exercées entre les deux adversaires, lui par l’armure presque similaire à la sienne qui habillait l’assaillant.
_ « Mais, intervint Rigel, cette Cloth c’est…
_ … celle d’Orion, reprit l’ennemi. Du moins, il s’agit d’une Leaf inspirée de la Cloth que je portais autrefois.
_ Que tu portais autrefois ?! Cela signifie que tu es…
_ Un Ghost Saint, s’annonça-t-il fièrement, Jaguar d’Orion ! »
Naïra répéta crédule à l’endroit de Shaka : « Un Ghost Saint ? »
_ « Un Fantôme, déploya sa science la Vierge. Un Saint du passé qui a juré allégeance contre une nouvelle vie à Eris.
_ Ah, râla Rigel ! Comment peux-tu oser ?!
_ Tais-toi donc, ordonna l’intéressé qui les dominait d’un étage ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est de tomber dans l’oubli, de disparaître de la mémoire de ceux pour qui tu as offert ta vie et de souffrir éternellement au Cocyte ! »
Shaka réalisa alors un saut acrobatique et se réceptionna au-dessus, dans le dos de Jaguar, prêt à en découdre.
_ « Nous n’avons pas de temps à perdre avec un lâche qui trahit Athéna juste…
_ … Seigneur Shaka, le rejoignit Rigel, désolé de vous interrompre, notre mission est plus urgente, je suis persuadé que votre présence sera davantage nécessaire aux étages supérieurs. Laissez-moi m’occuper de lui. En tant que représentant de la constellation d’Orion, il est de mon devoir de laver l’affront fait à mon armure !
_ Rigel a raison, rejoignit Naïra à son tour ses compagnons, votre présence est requise plus haut. »
Fort satisfait, Shaka sourit et se mit déjà en chemin, suivi de Naïra.
Vexé, Jaguar prit son élan : « Enfoiré ! Ne me tourne pas le dos ! »
A cet instant, un rideau de flammes bleues et blanches lui barra la route.
Déjà à quelques mètres de lui, Rigel assurait les arrières de ses camarades : « Ignis Fatuus ! »
Néanmoins, il ne fallut que quelques secondes à Jaguar pour d’un revers de bras souffler le brasier qui lui obstruait le passage : « Ma Cloth doit être orpheline de moi ! Tes flammèches sont indignes de ton rang ! »
Pour seule réponse, Rigel observait les détails de son armure.
Contrairement à la Leaf, l’argent était plus clair, les épaulettes plus incurvées et les lignes plus fines. Son diadème donnait également un aspect moins rustre que le casque de Jaguar.
_ « Je te rassure, rétorqua-t-il enfin, la Cloth semble s’être bien remise de ton passage. Il est vrai qu’une Cloth évolue plus d’une fois dans sa vie en raison de ses bris et du sang versé pour la réparer. A son éclat, moins terne que le tien, je vois qu’elle épouse mon destin de fidèle Saint d’Athéna !
_ Fidèle Saint d’Athéna dis-tu, sourit sournoisement Jaguar ?! Tu n’as plus à en faire autant, tes amis sont partis.
_ Qu’insinues-tu ?
_ Qui me fait face à l’heure actuelle ? Le Saint d’Athéna qui a trahi la confiance de sa déesse en s’énamourant d’une Saintia ? Ou bien l’homme éconduit qui aime la réincarnation d’une déesse ennemie ?
_ Ordure ! Je vais te faire ravaler tes paroles ! En garde ! »
Rigel entama les hostilités d’un coup de pied retourné, que Jaguar repoussa d’une main sans mal.
Lui rendant la pareille, le Ghost Saint enchaîna droites et gauches que Rigel esquivait de justesse.
Cherchant la riposte, Rigel lui saisit le bras droit pour faire passer Jaguar par-dessus lui et l’encastrer dans un pilier.
Cependant, la réaction de Jaguar fut immédiate. Une nouvelle droite plus vive et plus puissante le frappa en plein front et enfonça le diadème de Rigel, qui se fissura en son centre.
Refusant de plier, Rigel profita de l’ouverture pour ébrécher d’une droite à son tour le plastron de la Leaf.
L’échange sanglant ne s’interrompit pas là. Chacun aillant prit la mesure de l’autre, leurs cosmos dessinèrent chacun dans leur dos la même image de chasseur, symbole de leur constellation.
_ « Voici les vraies flammes d’Orion : Ignis Fatuus Saltare ! »
Les flammes bleues et blanches crépitèrent tout autour du Ghost Saint, qui prit la fuite par les airs.
_ « Impossible ! Mes flammes te suivront et te consumeront où que tu ailles ! »
Le Fantôme s’éleva haut dans la pièce. Des colonnes de flammes bleues et blanches se dressèrent alors jusqu’au plafond du second étage et piégèrent Jaguar qui restait souriant.
_ « Qui a dit que je voulais fuir ?! »
Profitant de son élan, il réalisa un salto.
Se donnant ainsi encore plus d’élan, il répéta le geste acrobatique.
La vitesse et l’émanation de son aura, lui permirent de rester suspendu dans les airs, tout en repoussant le brasier qui se refermait sur lui. Son mouvement circulaire répété et rapide finit par ressembler à une comète.
Les flammes sur son chemin ainsi soufflées, la sphère météorique tomba du ciel jusqu’à Rigel heurté en plein buste.
_ « Megaton Meteor Crush ! »
Ne pouvant résister à cet impact rouvrant les plaies profondes laissées par Até la veille, Rigel fléchit sur le coup et s’encastra dans le sol.
Il le traversa pour retomber à l’étage inférieur d’où il venait.
L’emmenant avec lui dans son élan de force, Jaguar passa au travers du lit de pierres pour l’enfoncer dans les ruines du dessous…

Sur le flanc Est, Apodis avait débouché à l’extrémité extérieure du palais, sur un parvis duquel il pouvait apercevoir de là les différents étages qu’il restait à gravir.
Le temple avait une forme conique, comme la structure de l’Aréopage, le sanctuaire d’Arès.
Il envisagea de faire exploser son cosmos pour atteindre aussitôt le sommet mais quelques notes de musique l’en détournèrent.
_ « Ces notes, semblables à bien des mélodies familières, ne peuvent être jouées que par une seule et même personne ! »
Il suivit un chemin de piliers effrités par le temps.
Ses pas sur les pierres rectangulaires désagrégées résonnaient. Mais pas suffisamment pour l’empêcher d’écouter le son de corde dont il s’approchait inexorablement.
Il passa devant des statues de modèles athlétiques, de véritables ½uvres d’art qui, malgré l’empreinte du temps, en fascinerait plus d’un.
Toutefois, cet instrument qu’il reconnaissait si bien l’obstinait plus que le reste.
Il se laissa guider jusqu’à un banc de pierre où une vision du passé le saisit : « M… Maître Orphée ! »
Les bras lui en tombèrent.
Frottant ses pieds sur le sol, il suivait le son, les larmes aux yeux.
_ « Maître Orphée… Comme je suis heureux de vous savoir en vie ! Vous êtes parvenus à rejoindre les Enfers ? A sauver Eurydice ? Vous nous rejoignez dans la bataille ? »
Tant de questions qui traversèrent l’espace d’une seconde l’esprit d’Apodis.
Jusqu’à ce qu’il réalise que les cheveux du musicien étaient plus foncés que ceux de son maître.
_ « Non… Non vous n’êtes pas mon maître ! Pourtant…
_ Pourtant nos armures sont similaires n’est-ce pas, devina l’inconnu alors qu’il continuait à jouer les yeux fermés ?
_ Votre Cloth ressemble à celle de Maître Orphée, surtout au niveau des avant-bras, des épaulettes et du casque. Mais les motifs du plastron et des jambières sont complètement différents.
_ Une Cloth, ricana le virtuose ?! Non, il s’agit d’une Leaf ! Certes, inspirées de la Cloth que je portais dans le temps. »
Il se mit enfin debout et dévisagea le Saint de bronze. Ses yeux étaient plus sombres que ceux d’Orphée.
La jupe de la Leaf était également très différente, celle d'Orphée formant un arc de cercle ouvert en son centre, tandis que la sienne avait une pièce descendante centrale triangulaire.
_ « Une Leaf ! Tu es donc une Dryade ?!
_ Ne m’insulte pas veux-tu. Je suis un Ghost Saint, un Fantôme revenu au service d’Eris.
_ Un Fantôme ?! Alors tu étais bien un Saint autrefois ?!
_ Certainement un lointain prédécesseur de ton maître. Il est cocasse, d’ailleurs que nos noms soient si proches. Sûrement nos destinés à devenir Saint de la Lyre à s’appeler ainsi. Je suis Orpheus de la Lyre.
_ Vous n’avez en commun que le nom ! Jamais mon maître ne se serait rangé auprès de l’ennemi.
_ Oui, fit-il, en glissant ses doigts sur sa lyre, c’est certain que nous n’avons que cela en commun. Car jamais un de mes disciples n’aurait baissé sa garde comme tu l’as fait.
_ Baisser ma garde ?
_ Oui. Ne te rends-tu pas compte que tu parles plus fort et que tu m’entends moins bien ? C’est parce que tout le temps où tu m’as entendu jouer, tu ne t’es pas aperçu que ma douce musique mélancolique brouillait tes sens. Ton ouie est partiellement affectée. Mais pas que… »
Orpheus intensifia le rythme et le son strident… 
_ « De… Les cordes de sa harpe s’allongent… Par centaines ! Par milliers ! Est-ce ma vue qui se trouble ?! Vite je dois esquiver ! M… Mais je titube… Mes jambes flageolent, réalisa trop tard Apodis !
_ Stringer Requiem ! »
Incapable de réagir, Apodis fut ligoté.
Orpheus marcha lentement vers lui, pendant que les cordes tranchantes étaient parcourues par son cosmos.
Elles se resserraient de plus en plus. Commençant à découper la Cloth qui se fissurait. Entamant les jambières d’un rouge vif, brisant les éperons orange en forme de petites ailes au niveau des chevilles.
Les genouillères en losange et les jambières rouges étaient corrodées.
Sa ceinture ornée d’une gemme orangée se repliait sur sa taille, lui écrasant les hanches.
Son plastron lui comprimait les côtes et la cage thoracique.
Le plumage de bronze de ses épaulettes et son casque qui redescendait le long de sa colonne nasale comme un bec d’oiseau craquelaient.
_ « Pourquoi ? Pourquoi un Saint d’argent au service d’Athéna peut-il la trahir ainsi après des siècles ?
_ L’enfer. Le Cocyte. Là où Hadès plonge chaque Saint d’Athéna lorsque vient son jugement. Nos vies de chevalier sont faites de sacrifices. Mais ils ne sont rien face aux épreuves qui nous attendent après. Tant d’efforts pour Athéna qui, depuis des siècles avant ma génération, et des siècles encore suivant la mienne, nous demande d’endurer les pires privations et de subir de multiples tourments, pour finalement être mis au supplice par Hadès jusqu’à la nuit des temps. Cela ferait réviser la foi de plus d’un Saint.
_ Tu veux dire qu’il existe d’autres Fantômes ?
_ Ah, ah, ah… Que tu es drôle ! Bien entendu. Durant tout ce temps, Athéna n’est jamais parvenue à renverser Hadès et à garantir aux êtres humains un repos paisible après la mort. C’est alors qu’enfouies sous ma dépouille, les racines de l’Utérus se sont connectées à mon âme torturée. Depuis la Pomme d’Or où elle était prisonnière, Eris proposa à d’anciennes gloires du passé, flouées comme moi, une vie éternelle où nous n’aurons plus à souffrir. Nous libérant du joug d’Hadès ! Là où Athéna en personne ne peut agir ! »
La flamme de la révolte brûla dans les yeux d’Apodis. Il fit scintiller sa Cloth : « Tu me dégoûtes. Je comprends que l’espoir puisse être mis à rude épreuve face au tourment ! Mais étant Saint ! Ayant été résolument tourné vers la certitude d’un jour meilleur qui sera apporté par ma génération ou les générations futures, je suis prêt à donner ma vie pour que ce jour soit l’annihilation du Cocyte et des autres Enfers ! Toi, en agissant ainsi, tu montres que tu ne fais que peu de cas de l'honneur ! Tu es prêt à n'importe quoi pour jouir d'une nouvelle vie ! »
Orpheus remarqua l’émanation de plus en plus forte d’Apodis : « Que fais-tu ? Tu espères te libérer de mon Requiem de cordes ?! Il est trop tard, nous arrivons au point culminant. La dernière note. Elle va parcourir les fils sous la forme d'une petite boule lumineuse et t’achever ! »
Avant que la lyre ne découpe totalement son armure puis sa chair, Apodis allongea les griffes de bronze de sa Cloth puis, en recroquevillant ses coudes devant lui pour invoquer sa technique, trancha les liens qui maintenaient le haut de son corps : « Shining Apus Claw ! »
Les trente neuf étoiles de sa constellation se relièrent dans le ciel et vinrent embraser son corps, libérant ses jambes de l’étreinte. Tel un rapace qui rasait le sol, il fondit sur Orpheus et déclencha une tornade de griffes enflammées.
Il passa derrière lui, faisant voler au passage quelques morceaux de Leaf protégeant son épaule gauche, mais surtout sa lyre.
Les sens encore brouillés, l’Oiseau de Paradis dut se réceptionner contre une des colonnes pour rester debout.
Il chercha son adversaire qui demeurait immobile, l’épaule saignante.
Alors qu’il aurait pu croire à plus de décontenance après cette riposte, Apodis lui déplora un fou rire sarcastique.
_ « Hum, hum, hum… Les Leafs… Rien à voir avec les Cloths d’argent. Sinon ma lyre serait encore utilisable à l’heure qu’il est.
_ Il n’est pas trop tard pour expier tes péchés. Athéna est juste. Repends-toi et conduis-moi à Eris. Athéna t’octroiera son pardon.
_ Es-tu bien sérieux, dit-il en se retournant vers lui ? A moins que ton maître ne fût qu’un faible qui se cachait derrière son instrument, n’oublie pas que la lyre n’est qu’une extension de notre Cloth ! Seul compte notre cosmos ! Et moi, j’étais un Saint d’argent ! Qu’est-ce qu’un cosmos de bronze face à un cosmos d’argent ! »
Il apparut devant un Apodis déstabilisé.
_ « Je suis beaucoup plus rapide, lui décocha-t-il un direct du droit qui le plia en deux ! Je suis bien plus fort, répéta-t-il du droit en plein visage ! »
Apodis dégagea en arrière, la protection nasale de sa Cloth fissurée.
Il traversa plusieurs colonnes doriques, avant qu’Orpheus n’arrive par les airs pour retomber les deux pieds en avant chargés de cosmos sur lui.
Le heurt laissa un cratère au creux duquel Apodis passa à travers les dalles pour retomber plus bas, à l’étage d’où il venait.
La force de l’impact le fit emmener sur son passage les toiles de Phonos qui tapissait les catacombes du sol au plafond.
Il retomba tête la première, entouré de soie, semblable à une larve dans son cocon, relié aux autres filaments qui aspiraient déjà son énergie…

Vainqueur, Milo avait repris son chemin.
Illuminant les lieux de sa cosmo énergie, il profitait des radiations pour brûler sur son passage les toiles de Phonos qui demeuraient.
Arrivé à l’encablure des deux escaliers, il n’eut pas le temps de se demander qui d’Aeson ou d’Apodis il rejoindrait selon le choix du chemin pris, qu’il entendit fondre dans son dos le danger.
_ « Paralyse Silk ! »
Plongeant en avant, il pensa éviter le danger. Mais lorsqu’il retrouva Phonos déjà debout devant lui à l’attendre après son acrobatie, tout autour de lui la salle était à nouveau couverte de toile.
_ « Il est plus rapide que tout à l’heure ! Et… Et sa soie plus épaisse ! Serait-ce les forces aspirées de ses victimes qui le rendent si fort ? Non, il n’y a pas que ça. L’éveil progressif d’Eris contribue grandement à sa force. Il faut faire vite. »
Phonos était debout, les yeux rivés sur Milo, tel un animal affamé devant sa proie.
Du sang s’échappait des quatre points d’impact, laissés plus tôt dans sa Leaf par l’Aiguille Ecarlate.
Pourtant, par l’émanation de son cosmos vermillon, les toiles continuaient de faire du hall un nid à l’avantage de l’araignée.
_ « Je crains que tu n’ais plus nulle part où aller.
_ Quatre aiguilles n’étaient pas suffisantes. Je t’ai sous-estimé, je le reconnais. Je ne ferai pas deux fois la même erreur.
_ C’est ce que nous allons voir ! Je vais te faire fermer ta… »
Phonos ne put finir sa phrase qu’il se retrouva paralysé.
_ « Restriction, murmura Milo déjà arrivé face à lui. »
Le chevalier décocha un direct, qui fendit le nez crochu de la Dryade.
_ « Ça c’était pour m’avoir empêché de sauver la Saintia la veille au Sanctuaire ! Et ça, prit-il un nouvel élan…
_ C’est pour avoir cru que tu pouvais me vaincre, riposta Phonos en plantant le tranchant de sa main dans le flanc droit de Milo, Despaired Bite ! »
Eclatant l’armure et entaillant sa chair, Phonos brisa la restriction et contra à la vitesse de la lumière son adversaire.
Milo fut repoussé dans la toile. Il resta suspendu dans les airs.
Après avoir essuyé son nez fracturé, Phonos avança jusqu’à la flaque de sang qui se formait aux pieds de l’ennemi. Il se baissa pour y goûter. 
Milo était circonspect. Malgré l’irradiation de sa cosmo énergie, la soie ne brûlait plus.
_ « Elle s’est renforcée si vite. Chaque seconde il est nourri d’une énergie encore plus forte. Au point de me devancer et d’ébrécher ma Cloth, déplorait-il au fond de lui. Ça ne peut être uniquement l’énergie d’Eris, elle n’a pas pu s’éveiller si vite… En si peu de temps… Et ses victimes… De simples civils du monde contemporain… Même s’il en dévorait des milliers… Non… Je ressens autre chose à travers ces liens… Je ressens aussi… Apodis ! Sa soie a réussi à absorber ses pouvoirs ! Ça signifie qu’il est en danger ! Il faut vite que je me libère… »
Délecté du plasma de sa proie, Phonos se redressa pour se mettre à la hauteur de Milo.
_ « L’araignée a dominé le Scorpion, arborait-il ses dents pointues avec appétits.
_ En es-tu si sûr, resta assuré Milo ?
_ Tu ne peux pas être en plus mauvaise posture.
_ Et toi donc ?! »
A cet instant un flot de sang éclaboussa Milo. L’hémoglobine jaillit de dix nouveaux alvéoles microscopiques faits dans la Leaf de la Dryade.
_ « Crois-tu que je m’étais contenté de te casser le nez tout à l’heure ? Visiblement ton déplacement à la vitesse de la lumière n’était dû qu’aux forces que tu subtilises à tes adversaires. On voit bien qu’il n’est pas dans tes habitudes de maîtriser une telle capacité. »
La Dryade tomba à genoux de douleur, repliant ses mains en croix pour tenter vainement de retenir les hémorragies qui partaient de tout son corps.
Finalement, c’est sa tête qu’il prit entre ses mains et il commença à se rouler parterre pendant que Milo se libérait grâce au tranchant de ses ongles rouges qu’il avait allongé.
_ « Je ne pense pas que tu mourras de tes blessures. C’est la folie qu’inflige la douleur des quatorze aiguilles qui aura raison de toi. »
Malgré ses yeux décolorés, brisés par la souffrance, Phonos qui commençait à convulser défiait Milo, qui brillait tel le soleil, pour se débarrasser une bonne fois pour toute des toiles.
Une fois face à lui, le Scorpion dirigea son aiguillon vers son ½il gauche et le lui transperça.
_ « Je voulais simplement m’assurer que tu ne simulais pas cette fois, justifia Milo à un Phonos hurlant de supplice les mains sur son ½il éborgné. Tu ne mérites pas l’Antarès. Mais je n’ai pas le temps de te voir agoniser. Adieu Phonos du Meurtre, annonça-t-il la sentence en abattant son talon sur le crâne de sa victime. »
Le geste, brutal, lui enfonça la tête dans les dalles de ciment.
Voyant que les nerfs faisaient encore leur effet, Milo ne prit aucun risque et répéta son geste plus puissamment encore, jusqu’à en faire éclater ses os et sa chair et être souillé à nouveau.
Cette fois-ci, plus rien ne bougeait. La victoire était acquise.

Plus loin, Naïra peinait à suivre la progression efficace de Shaka.
Celui-ci par quelques émanations de cosmos, semblables pour ses yeux de Saint de bronze à des rayons de lumière, balayait les Dryades.
Les armées d’Eris jaillissaient des renfoncements des murs ou bien se laissaient glisser le long des racines de l’Utérus.
Derrière lui, par quelques coups à la vitesse du son, elle achevait les ennemis les plus robustes et les plus téméraires.
Cela leur permit d’avaler les mètres de ce second étage, que leur a permis d’atteindre Jaguar par son attaque surprise.
Néanmoins, ils n’en voyaient pas le bout.
_ « A chaque mètre parcouru, nous débouchons dans une petite pièce qui n’a que pour seule issue un couloir dirigeant vers une direction opposée à celle d’où nous venons, déplora le Saint de bronze de la Colombe qui rejoignit encore Shaka. »
Celui-ci était immobile. Ses yeux clos étaient dirigés vers le nouvel embranchement qui était cette fois-ci obstrué par des vestiges effondrés.
_ « Cet étage est un vrai labyrinthe, poursuivit-elle. Je comprends que nous y fûmes invités par Jaguar. Ne devrions-nous pas forcer l’accès par le plafond ?
_ L’Utérus absorbe l’énergie de discorde et nourrit Eris. Lorsqu’une Dryade ou un Ghost Saint sont démis, cela équivaut à autant d’énergie dépensée inutilement pour lui. Néanmoins, quand notre cosmos est ébranlé ou repoussé cela l’engraisse. Notre cosmo énergie est une force à l’opposé de la sienne, une énergie négative dont il se nourrit. Tu as vu que la structure complète du palais était maintenue par l’arbre nourricier. Il fait partie intégrante des fondations. Rompre les murs, les sols, les plafonds, c’est heurter de notre énergie l’arbre et accroître sa force.
_ Je comprends, baissa-t-elle la tête, veuillez pardonner ma crédulité.
_ Ce n’est rien, la rassura-t-il d’un sourire mesquin, voilà pourquoi nous avons composé de telles équipes. Afin que les Saints de bronze profitent de l’expérience des Saints d’argent et à fortiori des Saints d’or. »
La Nord-coréenne jubilait d’être ainsi équipière d’un vénérable chevalier.
Toutefois, Shaka restait perturbé par la seule issue proposée : « L’accès à la pièce suivante est bloqué. Seule une trouée au sol nous propose de revenir au rez-de-chaussée. Cela nous oblige à poursuivre encore notre route vers le centre de la structure alors qu’il nous serait préférable de monter par le flanc. Un danger nous y attend à coup sûr. Sois sur tes gardes. »

A l’opposé de là, l’éboulement de quelques cailloux depuis l’étage au travers duquel il était passé, ainsi que le sang qui s’écoulait de sa plaie crânienne réveillèrent Apodis.
L’effondrement était causé par Orpheus qui se laissait glisser contre la pierre, avant de se raccrocher à la soie de Phonos, comme un animal allant de liane en liane pour atterrir devant.
_ « A en juger ton casque fissuré, tu dois ta survie à ta Cloth, examina-t-il le Saint de bronze qui tentait de se relever malgré la soie qui endiguait ses mouvements.
_ Cesse de fanfaronner ! Ce n’est pas terminé.
_ Qu’espères-tu franchement dans ton état ? Qui plus est, que peut espérer un Saint de bronze contre un Saint d’argent ?
_ Tout, affirma-t-il en s’extirpant des liens de Phonos à grands coups de serres ! Je suis déterminé à remporter la victoire et à tout donner pour ma cause. Cette détermination nourrit l’espoir ! Un sentiment qui t’a quitté toi qui ne crois plus en rien ! Toi qui as perdu l’espoir !
_ De bien grands mots, ferma-t-il les yeux avec dédain. Je vais te montrer qu’une Guerre Sainte ne se gagne pas que par les mots ! Stringer Requiem ! »
Bras tendus le long de son corps, paumes de mains ouvertes vers Apodis, doigts grands écartés, Orpheus fixait son adversaire avec confiance.
_ « Tu es devenu fou Fantôme, fanfaronna Apodis sans remarquer l’émanation de cosmos d’Orpheus ! La perte de ta lyre t’a…
_ Quoi ? J’écoute ! Ah moins que ta gorge ne soit nouée ? Comme si les cordes de ma lyre te serraient de nouveau ?! Tu es bien crédule de penser que sans ma lyre je suis sans moyens. Des années durant, mon corps a subi les effets du Stringer Requiem. Le supportant puis l’acceptant. L’assimilant à ma cosmo énergie. Si bien que les effluves de mon aura retentissent comme les cordes de ma lyre. Tu n’as pas besoin de tendre l’oreille pour l’entendre. Mon cosmos, comme le son de ma lyre, pénètrent ton corps et impactent ton système nerveux. Lorsque j’aurai poussé mon cosmos à son paroxysme, alors se jouera ma dernière note et tu tomberas inerte. Privé de tes cinq sens, attendant la mort que je te donnerai d’un coup tranchant au c½ur. Adieu ! »
Orpheus continuait de relâcher son cosmos bleuté. Celui-ci, tourbillonnant dans l’atmosphère, emportait peu à peu Apodis dans les abîmes.
_ « Je ne sens plus mon corps… J’étouffe, je n’arrive plus à respirer… Ma gorge est sèche, j’aimerai crier ma souffrance mais aucun son ne vient… Je n’entends plus ses sarcasmes… Et je n’aperçois plus que le bleu profond de son cosmos… Et ses vibrations… Sa cosmo énergie vibre en moi… A chaque claquement de corde je sens mes nerfs lâcher…
_ Le final arrive. Sens-tu la mort t’ouvrir les bras ?
_ … Pourtant, comme lorsque j’ai entendu lors de notre rencontre son instrument, cette sensation m’est familière. Je l’ai déjà éprouvé. Comme… Comme lors de mon apprentissage avec Maître Orphée… Ces moments de paralysie contre lesquels je devais lutter en embrasant mon cosmos. Ces moments de rythmes accélérés sur lesquels je devais coordonner mes mouvements pour augmenter ma vitesse. J’ai déjà ressenti ça. Ça n’était pas si fort. Pas si agressif. J’étais l’apprenti d’un professeur patient. Mais aujourd’hui je suis un Saint. Je peux endurer plus de souffrances. Je l’ai déjà fait.
_ Et voici la dernière note ! »
Alors que le maelström bleu s’activait, celui-ci verdit fortement au contact d’Apodis.
_ « … Si je ne le fais pas, il prendra à revers Naïra… »
Le mouvement circulaire de cosmos ralentit, prenant une teinte olivâtre.
_ « … Si je ne le fais pas, je décevrai Aeson, Rigel, Mayura, Georg, Juan qui voient leur frère Orphée à travers moi… »
L’aura cosmique d’Orpheus ne bougeait plus, elle était suspendu sous une couleur tangerine.
 _ « … Je ralentirai la progression de Milo, Shaka et Aiolia. J’échouerai. Je ferai honte à Athéna… »
La masse de cosmo énergie était maintenant orange, semblable à l’effluve cosmique de l’Oiseau de Paradis.
_ « … Je permettrai à Eris de renaître pleinement. Je donnerai raison à cet Orpheus ! Je ne serai pas digne de prétendre vouloir renverser les Enfers et apporter la paix durable aux hommes ! »
Le mouvement d’air tournoya alors en sens inverse, du même éclat orange que le cosmos d’Apodis.
_ « Il me renvoie ma note ultime, déplora Orpheus. Sa cosmo énergie brûle la lumière du soleil couchant !
_ Orpheus ! Tu te trompes en croyant pouvoir écraser mon cosmos d’espoir avec ton cosmos sinistre ! Je ne céderai pas à ton fatalisme !
_ Dans ce cas je concentrerai ma dernière note dans ce poing et te transpercerai le c½ur si le son de mon cosmos n’atteint plus ton cosmos crédule ! J’ai déjà vu ta technique, tu ne m’atteindras pas deux fois ! Stringer Requiem, se jeta à contre courant Orpheus.
_ Le Shining Apus Claw n’est pas la seule technique que m’a enseignée votre lointain successeur. Je laverai l’honneur des Saints d’argent de la Lyre avec mon Battement d’Ailes Majestueux ! Wing Jikan No Yoyu ! »
Apodis abattit d’abord ses bras pour souffler son énergie contre Orpheus et ralentir sa course.
Il relança ses bras en arrière tel un rapace, se donnant de l’impulsion avant de piquer sur sa proie.
Le vent brûlant fut si fort qu’il immobilisa le Fantôme, incapable de déclencher son coup à une vitesse propre de celle d’un Saint d’argent surpassant son sujet. Le Saint de bronze esquiva d’un mouvement d’épaule et lui déchira l’abdomen.
Le Ghost Saint chuta tête la première sous le puit de lumière créé par la chute précédente d’Apodis. Son corps retomba sur le dos, exposant son plastron perforé, les morceaux de sa Leaf soudés à sa chair par son sang caramélisé, brûlé par l’Oiseau de Paradis.
Autour de lui, puis, sur son corps, germèrent des fleurs jaune orangé.
A bout de force, Apodis chancela jusqu’à lui.
Il ne lui fit même pas l’honneur de le fixer dans les yeux pour l’accompagner dans son agonie.
Il se laissa tomber à genoux, à bout de force, la tête levée vers la cavité qu’il avait occasionnée malgré lui un peu plus tôt. Un ½il sur deux ouvert, il laissait le soleil caresser son visage souillé de son sang.
Autour de lui, les pétales de fleurs, des soucis, que laissaient peu à peu le cadavre d’Orpheus, virevoltaient au gré de la brise.
_ « Maître Orphée… Cette victoire, je vous la dédie, finit-il par s’écrouler. »
Fleurs associées depuis l’Antiquité à la douleur et au chagrin, les soucis emportèrent Orpheus en symbolisant l’affliction ressentie par Apodis lors de la disparition de son respecté professeur…

Au loin, aussitôt descendus dans les décombres des catacombes, Shaka et Naïra se virent bloquer la route par un Ghost Saint : « Je vous attendais Saints ! »
Immédiatement, Naïra reconnut leur opposant : « Une Cloth… Du moins, une Leaf reprenant les traits d’une Cloth ! Bien que la sienne soit plus détaillée, elle ressemble beaucoup à celle utilisée par Ptolémy Saint d’argent de la Flèche.
_ Une évolution de l’armure au fil des générations je présume, compléta Shaka. »
L’homme à la tunique blanche sous sa Leaf bleue engagea les hostilités : « Je suis en effet un Fantôme. Maya Ghost Saint de la Flèche. Et je vais vous tuer au nom de la déesse Eris ! »
Il s’élança contre Shaka, premier rempart, qui vint à sa rencontre dans les airs pour couper son élan.
Les deux hommes s’échangèrent brièvement quelques coups au corps à corps, que chacun veilla à esquiver.
Retombant tous les deux dans des directions opposées à celles prises au départ, Maya se retrouva pris en étau entre Shaka et Naïra.
La Saint de bronze en profita pour l’attaquer dans son dos en frappant une multitude de coups à la vitesse du son.
Alerte, capable de se déplacer à une vitesse variant de mach 2 à mach 5, Maya esquiva si vite que Naïra eut l’impression qu’il s’était démultiplié par cinq.
_ « A mon tour, enchaîna t’il : Hunting Arrow Express ! »
Maya lui envoya d'innombrables flèches illusoires faîtes de cosmos qu’elle reçut de plein fouet. Martelée, rayant son armure blanche et crème, elle retomba en arrière, étourdie, à la merci de la pluie de Flèches de Chasse qui continuait de déferler.
Capable de mélanger illusions et véritables flèches gorgées de poison pour tromper sa cible, Maya espéra l’achever par une pointe matérialisée.
Quand tout à coup, à la vitesse de la lumière, Shaka devança l’arme en traversant la pièce jusqu’à sa camarade. Il saisit la flèche au vol et la brisa en serrant le poing.
_ « Ce Ghost Saint, aussi pourri soit-il, faisait parti des Saints d’argent. A coup sûr, il est plus rapide et fort que toi. Le danger est trop grand. Je me charge de lui. Toi, poursuis ta route et déblaye-moi le passage des miteuses Dryades qui y pullulent. »
Flageolante, Naïra s’aida de la main tendue par Shaka pour se remettre d’aplomb.
Sans broncher, elle s’exécuta et passa devant le Ghost Saint qui ne s’en soucia pas…
Flashback

Le serveur, en pleine course, vient servir Kyoko et Mars : « Attention Mademoiselle Monsieur ! »
Le récit sanglant d’Eris interrompu, la réincarnation d’Arès ne put se retenir de claquer sa langue contre son palet d’effroi. 
Profitant de ce monde contemporain qu’elle voue à la discorde, Eris trépigne à l’idée de recevoir sa coupe de champagne…


Pendant ce temps à Asgard, au Walhalla, Hilda, Freya, Hagen et Siegfried échangent leurs opinions, attablés dans une des salles de réception du château.
La grande pièce est si calme, que les quatre amis peuvent entendre le bois craquer dans la cheminée.
Les bras croisés, callé au fond de sa chaise, Siegfried tourne volontairement la tête en direction des flammes pour montrer son mécontentement au sujet de l’arrivée de Thétis, inconnue en ces terres.
Hilda tapote inexorablement ses ongles sur la table massive en chêne en écoutant sa s½ur.
_ « Je t’assure ma s½ur, c’était magnifique, piaffe Freya.
_ Il est vrai que nous avons assisté à un… Comment dire… Les mots me manquent, tente de confirmer Hagen discret jusqu’ici…
_ Un spectacle merveilleux, achève Freya !
_ Hum, se racle la gorge Siegfried… Toujours est-il qu’il s’agit d’un visiteur de plus. Ces derniers mois, la visite d’un étranger n’a jamais rien auguré de bon.
_ Il s’agit d’une voix d’ange. Elle a à peine ouvert la bouche, que nous étions sous son charme. »
Brusquement, Hilda se lève et leur tourne le dos : « Peux-tu me dire Freya ce que tu faisais d’un temps pareil dehors pour ramasser cette intruse ?
_ Je… J’étais avec Hagen, dans la grotte de lave. En sécurité. Et ne le gronde pas ma s½ur, c’est moi qui ai insisté pour l’accompagner ! »

Un long silence parvient à ramener tout le monde au calme, jusqu’à ce qu’Hilda prenne sa décision : « Nous attendrons qu’elle se réveille et nous la questionnerons. Si j’estime qu’elle ne représente aucun danger, alors nous la laisserons partir. »
Pour la première fois de sa vie, Siegfried bondit de colère devant Hilda : « Majesté ! C’est de la folie ! Aussi innocente, belle ou enchanteresse puisse être cette femme, elle n’a pas moins résisté à un froid qui pourrait tuer jusqu’au meilleur de nos hommes. Une bataille fratricide vient d’avoir eu lieu au Sanctuaire. Athéna est affaiblie et n’importe quel dieu ennemi pourrait en profiter pour attaquer ses positions alliées, dont nous. »
Prise de rage devant l’attitude de son ami et face au spectacle polaire auquel elle assiste depuis la fenêtre, Hilda s’emporte : « Nous ne sommes alliés de personne. Ces derniers millénaires nous nous sommes évertués à rester neutres face aux Guerres Saintes qui nous entouraient. Nous sommes restés silencieux face à la souffrance qui résulte de notre mission sur Terre. Je n’ai pas besoin de recevoir d’ordres du Sanctuaire, ni d’étudier des stratégies les concernant, pour prendre une décision qui n’incombe qu’à moi-même. »
Vexé, Siegfried quitte furieux la pièce en claquant la porte.
D’un hochement de tête complice, Freya invite Hagen à sortir rejoindre leur ami.
Seule avec son aînée, Freya pose une main innocente sur son épaule.
_ « Ma s½ur…
_ Pardonne ma réaction Freya, tombe à genoux Hilda. Je suis simplement fatiguée ces temps-ci. La météo capricieuse exige que j’offre davantage de prières et d’énergie à Odin. Je suis exténuée.
_ Et ce que tu as dis… Sur le Sanctuaire ?
_ Nous avons toujours été fidèles à Athéna. C’est juste que le comportement de Siegfried m’a fait sortir de mes gonds. Sa présence à mes côtés me perturbe de plus en plus. J’aimerai garder le dessus, rester maîtresse de mes sentiments.
_ Pour moi qui te connais si bien, ce n’est pas dur à deviner que tu l’aimes. Et, dans l’autre cas, tout le monde peut le deviner. Depuis toujours Siegfried t’… "
Habituée aux interruptions aujourd’hui, Hilda peut entendre la voix grondante d’un gardien l’appeler du bout du couloir : « Majesté ! »

Très vite, les s½urs de Polaris débarquent devant la chambrette où tous les hauts dignitaires qui peuplent le château sont déjà amassés.
Par curiosité, par appréhension après les derniers évènements, ou par pure gentillesse pour cette voyageuse égarée, toute la cour du Walhalla est présente.
A mesure qu’elle s’écarte pour laisser Hilda avancer dans la pièce, Freya se hâte de trouver Bedra de Edel et Syd de Mizar, son couple d’ami.

A l’intérieur, soutenue par Lyfia, la dame de chambre des Polaris, Thétis ramène timidement à peine assez de drap pour couvrir la totalité de son buste aux formes généreuses.
Surplombant Lyfia de sa haute stature, Andreas, le médecin de la cour, rassure la Prêtresse d’Odin d’un hochement de tête quant à l’état de santé de l’intruse.
Alors, Hilda peut tomber sur le regard améthyste de la Suédoise aux cheveux fins qui descendent sur ses épaules et sa poitrine dénudée.
_ « Votre altesse, baisse honteusement la tête Thétis.
_ Vous savez qui je suis ?
_ De longs cheveux oscillant entre l’azur et le mauve, un regard plein de tendresse, des lèvres pulpeuses prêtes à ne dispenser que de généreuses paroles. Voilà la description qu’on m’a faite d’Hilda de Polaris. »
Les yeux de Thétis témoignent d’un profond respect mais aussi d’un charme indiscutable.
Gênée, Hilda n’en perd pas moins son bon sens : « Asgard est une contrée dont personne de la vie contemporaine ne connaît l’existence. Qui a pu vous parler de moi ? »
Avec aplomb, la Sirène assure : « Alexer de Blue Graad. »
Têtu et prudent, Siegfried pénètre dans la pièce et rétorque : « Blue Graad. Astucieux comme idée. Si nous voulons vérifier cette information, il nous faudrait plusieurs jours pour nous y rendre et y revenir. Après avoir attendu la fin de la tempête bien sûr. »
Accompagné de son frère ainé, lui aussi curieux de cette présence fortuite, Siegfried se laisse baisser d’un ton après que Sigmund lui cramponne l’épaule.
Thétis reste calme, serrant un peu plus fort et remontant un peu plus haut ses couvertures pour se fondre en victime.
_ « Je ne suis qu’une musicienne itinérante. D’ordinaire j’offre mes chants dans les contrées de Sibérie en échange du gîte et du couvert. C’est lors de mon passage à Blue Graad, certes aussi peu connu du monde contemporain qu’Asgard, mais plus accessible pour les personnes originaires depuis toujours de l’extrême nord de la Sibérie orientale, qu’on m’a parlé de votre contrée. Eloignée, seule et souffrant d’un climat encore plus hostile que la citée d’Alexer. Vivant depuis toujours dans la solitude et la douleur du froid, j’ai voulu découvrir votre royaume et peut-être réussir à réchauffer vos c½urs avec ma voix ?
_ Ma petite s½ur m’a vanté en effet votre voix d’ange, serait-ce trop osé de vous demander votre nom et de me laisser apprécier votre art ? »
Sans même lui répondre, Thétis entrouvre la bouche pour aspirer lentement l’air qui lui permettra de dégager le son mélodieux de sa voix.
Dès cet instant, par la sensualité du mouvement de ses lèvres et son regard envoûtant, la foule se sent hypnotisée. Un silence absolu permet même aux enfants les moins disciplinés d’apprécier le chant dès sa première note.
Encore plus que les autres, Hilda se sent absorbée, son regard demeure dans celui de la voyageuse, pendant qu’elle tremble de tous ses membres.
Cette manifestation sonore, douce et mélodieuse subjugue les nobles présents à l’entrée de la pièce, jusqu’à Siegfried, qui perd sa grimace méfiante.
Et c’est seulement lorsque cette symphonie improbable et merveilleuse commence à se perdre dans le calme de l’appartement que le futur Guerrier Divin réalise : « Le moindre danger aurait pu survenir, je n’aurai su m’en apercevoir tant ce prodige m’ensorcelait. » 
Lorsque le chant s’achève enfin, l’artiste répond alors : « Je suis Thétis, la vagabonde. »
Même sans être récités, ces mots avaient une ligne mélodique particulière. Ce fil harmonique ramène Hilda à elle. Son c½ur bat encore à s’en rompre la poitrine, ses jambes demeurent faibles à l’idée de la porter. Mais pour rien au monde, elle n’abandonne les yeux rosés de cette virtuose.

Enfin l’assistance s’extirpe de cet état de transe.
Très vite les chuchotements quotidiens reprennent leur droit pour ne parler que d’une seule et même chose, l’artiste à la voix d’ange. Une voix… 
_ « De sirène, complète dans son esprit Siegfried ! »
Bien trop soupçonneux pour ne pas rentrer dans le même jeu que les siens, le défenseur d’Odin refuse de se laisser convaincre si facilement.
Abandonnant ses compatriotes, il s’extirpe de la prise de Sigmund et quitte furieux la chambre sans que cela ne passe inaperçu aux yeux de Thétis.

Mimant avec complaisance son innocence, Thétis s’inquiète d’Hilda.
_ « Majesté. Vous semblez soucieuse. Ma prestation n’a-t-elle pas été à la hauteur ? »
L’effet de surprise achevé, progressivement, la foule abandonne la chambre d’accueil où seules les s½urs de Polaris, Hagen, Lyfia, Syd et Bedra conversent en compagnie de leur hôte.
Andreas, après avoir contrôlé la température de Thétis, prend également congé.
Hilda est toute gênée de se confesser ainsi devant ses proches : « Veuillez m’excuser. Du tout, j’ai été intensément… Déstabilisée. »
Un léger sourire, timide et affectueux sur les lèvres de la Prêtresse d’Odin passe inaperçu puisque Freya, d’un air enfantin, supplie sa s½ur : « Alors elle peut rester ? Hein grande s½ur ?! Dis grande s½ur ?! »
Ne pouvant refuser après avoir avouée à demi-mot sa soudaine passion, Hilda rassure sa cadette : « Thétis pourra rester ici cette nuit. Je vais lever la garde devant sa porte. Elle pourra aller et venir à l’intérieur du Walhalla à sa guise, afin de découvrir toutes les richesses de notre culture. »
La Sirène agrippe la main d’Hilda et baisse la tête en sa direction. Durant sa flexion elle frôle volontairement la poitrine de la majestueuse Nordique.
Hilda est de nouveau perturbée par ce geste et la douceur de la peau de la svelte inconnue qui poursuit ses compliments : « Je ne mérite pas de tels égards votre Majesté. Je ne sais comment vous remercier pour votre hospitalité. »

6
Only for Love / Chapitre 19
« on: 24 July 2021 à 16h07 »
NEWS

Cette version du chapitre 19 est une version rééditée de la publication originale du 21 mai 2011.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

7
Only for Love / Chapitre 74
« on: 4 July 2021 à 12h09 »
Chapitre 74

Dans le night club de Buenos Aires où Tromos a choisi de se venger, celui-ci est parvenu à soudoyer un employé, en se faisant passer pour un amateur de sensations fortes.
Il suit impatiemment le salarié à l’allure louche.
Enfoncé à l’arrière du club, là où les basses détonnent de façon moins assourdissante, il progresse dans une pièce sans lumière.
A l’étroit dans le couloir sombre qu’il traverse, il bute régulièrement contre des cartons remplis de stocks de verres et d’alcool.
Soudain, le barman stoppe sa progression.
Il tâtonne contre le mur.
Puis parvient enfin à trouver l’interrupteur.
Il illumine un escalier en béton qui commence devant eux.
Alors, ils s’enfoncent dans les sous-sols à l’hygiène déplorable.

En s’y engageant, ils croisent un individu, qui remonte en réajustant son pantalon.
Celui-ci salue le guide du Berserker : « Tiens ! Prends ces billets en plus ! Ça valait vraiment le coup. Il était génial celui-là. »
Puis l’inconnu regarde Tromos avec complaisance : « Toi aussi tu viens voir les petits nouveaux ? »
Le barman aux attentions crapuleuses prend congés en reprenant sa route : « Non laisse tomber… Notre ami est là pour tout autre chose ! »

Dans le flou, Tromos déboule enfin dans une grotte clandestine où plusieurs pièces de fortune sont montées à l’intermédiaire de palettes de bois et de bâches plastifiés.
Le sol est terreux et l’air humide.
Les murs sont faits d’un vieux béton craquelé, où quelques graffitis servent de décorations.
Par les trous dans les toiles, l’investigateur reconnaît dans chaque pièce des prostituées, des mallettes d’argent, ou des établis qui servent de laboratoires de fortunes pour quelques dealers de drogue.
Puis, dans la pièce où il est conduit, croyant avoir vu jusqu’ici tout ce qu’il pouvait y avoir de pire en l’homme, il tombe nez à nez avec un petit garçon au corps nu et battu.
Sur ses jambes maigrelettes, coule encore le sang et la honte du monstre venu abuser de lui.

Avant de refermer le rideau, le guide de Tromos congédie l’innocent : « Allez, dégage avec les autres ! Et vite si tu veux bouffer ce soir ! »
Tendant le bras vers un sachet de poudre blanche, le trafiquant poursuit ensuite à l’attention de son invité.
Cependant, Tromos n’arrive plus à décrocher le regard de l’emplacement où se tenait encore il y a peu l’enfant : « L’homme qu’on a croisé, lorsqu’il parlé des petits nouveaux, il parlait des enfants que vous prostituez n’est-ce pas ? »
L’ignoble individu dévoile sa vraie nature : « Pourquoi ? Ça t’intéresse ?! Dans ce cas il faudra mettre une rallonge si tu veux un bon shoot et une baise. En même temps, faut dire que ces gamins qu’on vient de récupérer c’est de la première main. Ils méritent le prix ! »
La consternation ôte tout moyen de contrôle en Tromos.
Si bien que le criminel réalise enfin qu’il risque gros en voyant le colosse devenir rouge de colère.
Instinctivement, il sort de sous le bureau un revolver qu’il pointe sur le client : « Merde ! Fais chier ! Pourquoi ça n’arrive qu’à moi les types dans ton genre ! Les copains ne sont pas emmerdés eux ! Leurs consommateurs ont l’embarras du choix ! Alors ils achètent ce qu’ils veulent ! Des armes ! De la drogue ! Des putes ! Ou des mômes ! En fermant les yeux sur ce qui ne leur plait pas ! Mais toi t’as l’air d’être un casse-couille, qui, de plus, se la joue bonne morale ! Alors je vais te refroidir comme tous ceux qui me prennent la tête ! Puis je te ferai les poches après bien sûr ! A la limite je peux te revendre au monstre ! C’est un type de chez nous qui prend son pied sur les cadavres ! Un gros costaud comme toi ça doit bien se monnayer ! »
Sans plus attendre, il tire une balle en pleine tête de Tromos qui s’effondre.

Immédiatement, de toutes les pièces alentours, cela interpelle ses complices qui veulent savoir ce qui se passe.
Les clients clandestins, inquiets, sortent de derrière les alcôves de fortune l’air hagard.
Alors aussitôt, le criminel ramène tout le monde au calme : « C’est bon ! C’est moi qui me suis fait un fils de pute qui se la racontait. »
D’un geste de la main, il les renvoie vaquer à leurs basses besognes.

Attendant d’être de nouveau seul avec Tromos, il se précipite ensuite vers lui pour fouiller son cadavre.
Il est subitement interloqué par le fait que rien ne marque le visage de sa victime malgré son tir.
Tout à coup, avec une simplicité dépassant l’entendement, d’un geste brusque, Tromos l’attrape si fort par la gorge qu’il ne peut pas appeler à l’aide.
Tromos le soulève et vient l’encastrer dans le bureau : « Difficile pour moi de me coucher en faisant semblant d’être mort quand cet impact de balle a l’effet d’une piqûre de moustique ! Ne cherche pas à te débattre ! Il me suffit de presser légèrement pour te briser la nuque ! Tu devrais pouvoir encore chuchoter, alors tu vas répondre à toutes mes questions… »
Le misérable secoue la tête pour aviser son agresseur de son refus d’obtempérer.
Alors avec son autre main Tromos lui saisit un poignet qu’il serre à peine et brise pourtant.
Son cri étouffé par la pression exercée sur sa gorge, le vaurien agite finalement la tête d’un signe complaisant.
_ « Où se cache Segador, commence Tromos ?
_ A l’étage. Tout au bout du couloir. Il ne reste pas ici dans la puanteur du sang, du foutre et de la crasse. Mais cette partie du bâtiment est surveillée par une dizaine d’hommes armés. Elle n’est pas accessible aux clients, soupire-t-il d’une voix étouffée.
_ Votre réseau ! Où se trouve le centre de votre réseau, insiste le géant ?!
_ Ici. Nous sommes regroupés ici. Nos marchandises, nos prisonniers. Si tu continues plus loin dans le sous-sol, tu découvriras tout le monde. »
Lorsque Tromos peut enfin poser son regard dans les yeux du malfaiteur, ce n’est plus du chagrin qu’il éprouve mais une haine salvatrice.
Sans en dire plus, il glisse ses doigts au fond de la gorge de sa proie et en extrait sa langue qui balance au sol.
La douleur lui parait atroce.
Incapable d’appeler au secours ni d’hurler sa douleur, le malfrat gesticule en ahanant au bout du long bras du Berserker.
L’odieux personnage succombe lentement en s’étouffant dans son sang, avant d’être jeté à terre comme un détritus.

Pris d’une colère frénétique, Tromos sort du parcage où il était en l’arrachant d’un simple écart de bras, emportant avec lui les piécettes accolées.
Ce mouvement d’humeur interpelle immédiatement les occupants.
Ils brandissent leurs armes qu’ils vident en direction du Berserker, sans se soucier ni des innocents qu’ils prostituent, ni de leurs consommateurs de drogue pris dans leurs champs de tir.
Heureusement, devançant chaque balle, Tromos réagit à une vitesse proche de celle de la lumière et récupère chaque bille de métal afin qu’aucune ne trouve de cible.
Puis, se précipitant vers l’escalier qu’il a emprunté plus tôt, il bloque la sortie à quiconque : « J’ai l’impression que le vacarme là-haut empêchera qui que ce soit de s’inquiéter de votre sort ! »


En terrasse de café, à Athènes, Mars retourne la carte des choix dans tous les sens, tandis que Kyoko l’examine attentivement.
Impatient qu’il est de découvrir la suite des aventures d’Eris trois ans plus tôt, il ne tient pas en place.
_ « C’est bon ?! Tu as fait ton choix ?!
_ Je vais poursuivre tout en me décidant. Sinon tu ne me laisseras pas en paix… »

Flashback
L’Utérus avait déjà quitté le Sanctuaire, emportant Eris et ses Dryades.
Néanmoins, Milo et Shoko luttaient toujours contre la sphère de cosmos laissée par Eris avant son départ et qui menaçait de raser le cimetière du Sanctuaire tout entier.
Shoko retombait d’épuisement au sol. Elle avait tout donné.
Trop faible, son esprit s’évanouit dans le désarroi, à l’idée d’abandonner Milo seul et à bout de force.
Du moins, c’est ce qu’elle crut.
Alors qu’il était à sa merci, Milo vit la sphère pourpre se résorber.
Instinctivement, il tourna la tête vers Shoko.
_ « Ce n’est pas possible… Elle aurait réussi à… »
Le globe rapetissait de plus en plus et lorsqu’il regarda derrière Shoko, il reconnut un fauteuil roulant vide.
Devant celui-ci, debout, une femme Saint aux cheveux jaune verdâtre tendait ses bras vers la menace : « Bangosenseki ! »
La Roche d’Isolation de Mayura sortit aux pieds de Milo.
Renversant les stèles, retournant les tombes, un monticule de terre et de pierre vint recouvrir la boule qui continuait de s’amoindrir.
Lorsque Milo leva les yeux plus haut, en direction des marches des douze maisons, il vit Shaka, à hauteur de la maison du Bélier, léviter.
Ses mains étaient posées à plat, sur le haut des cuisses, dans son giron : « Tenpo Rin In ! »
Milo devint admiratif mais Mayura, couverte de sa Cloth par-dessus son corps bandé, insista : « Saint du Scorpion ! Shaka chasse tout doute de son esprit pour pouvoir ainsi augmenter son cosmos ! C'est une méthode de concentration ! Il a besoin de relâcher plus de forces s’il veut diminuer davantage l’énergie rémanente d’Eris ! Vous devez m’aider à la maintenir en attendant ! »
N’ayant plus de forces dans les bras, le visage couvert du sang de ses hémorragies internes, Milo fixa alors le Bangosenseki de Mayura qui manquait de lâcher : « Restriction ! »
Au même instant, Shaka libérait enfin toute sa puissance : « Om ! »
Aussitôt, l’étau exercé par Mayura et Milo se resserra plus efficacement et enfin, Shaka fit imploser à l’intérieur du Bangosenseki la radiation divine : « Tenma Kofuku ! »
Légèrement soulevés, aspirés par l’implosion, les spectateurs furent ensuite cloués au sol par l’onde de choc.
La Roche d’Isolation s’effrita pour redevenir poussière au sol.
Incapable de se lever, misérable, Rigel reconnut, à travers le nuage de fumée soulevé par les chocs répétés, Mayura, sa camarade, qu’il n’osa pas regarder dans les yeux.
_ « Mayura Saint d’argent du Paon… Heureusement tu es venu nous sauver, lâcha de honte Rigel.
_ Une chance que je me sois alertée des variations suspectes du cosmos de celle-là, hocha-t-elle la tête vers Shoko. Une élève du camp des femmes chevaliers pleine de surprise. »
Plus loin, Katya remarqua que la Cloth du Petit Cheval quittait le corps de Shoko pour reprendre, malgré ses fissures, sa forme totémique et veiller sur elle.
Avec l’appui de Mii qui ne pouvait retenir ses larmes pour Kyoko, Katya resta digne : « La Cloth continue de veiller sur Shoko après que Kyoko nous a quitté. »
Quittant sa lévitation en haut de la falaise pour apparaître juste à ses côtés, Shaka épargna une chute d’épuisement à Milo.
Le léger choc de leurs Cloths permit à Milo de rester éveiller.
_ « Shaka… Heureusement tu as réussi à endiguer l’énergie d’Eris.
_ Je n’aurais rien réussi si tu ne l’avais pas amoindri avant mon arrivée et si tu n’avais pas aidé Mayura à la restreindre.
_ Une chance que tu ais perçu le danger.
_ Une chance que j’étais avec Mayura à cet instant et qu’elle ressente les troubles du cosmos de cette fille, hocha-t-il la tête en direction de Shoko. Tu la connais ?
_ Non. Je revenais de ma permission pendant laquelle j’étais parti voir Inakis. C’est en remontant vers les douze maisons que j’ai aperçu le danger.
_ C’est un miracle. Tu as pu éviter un véritable massacre. Eris est douée pour profiter de la faiblesse du c½ur des hommes pour que ses Dryades et elles puissent passer entre les mailles du kekkai d’Athéna. Et maintenant ? »
Milo, malgré ses blessures, ramassa Shoko et se dirigea vers Katya et Mii : « Maintenant nous allons faire notre rapport au Grand Pope. J’en profiterai pour déposer cette fille au temple des prêtresses. Je ne sais pas si elle s’y engagera pour devenir Saintia, ni même si elle y sera au moins admise, mais je pense que pour son acte héroïque, aujourd’hui au moins, elle mérite de reprendre des forces dans ce cadre apaisant, entourée des proches de sa s½ur. »
Katya et l’exigeante Mii acquiescèrent.
Aussitôt la Cloth du Petit Cheval s’envola en direction du temple des prêtresses.
Shaka tourna la tête en direction de Mayura : « Raccompagne donc Rigel chez lui et fait venir un médecin. Il va avoir besoin de repos. Je te retrouverai tout à l’heure pour que nous reprenions notre méditation. »
Sans mot dire, Mayura fit léviter par télékinésie son fauteuil et Rigel pour mieux s’exécuter.

A quelques kilomètres du Sanctuaire, par-delà les nuages, indétectable pour le monde contemporain, le temple d’Eris vivait son éclat d’antan.
Au sommet, dans la plus haute des chambres, Eris regardait l’arbre qui dominait l’édifice.
Il faisait éclore de ses feuilles des fleurs scintillantes qui retombaient dans tout le palais.
Vêtue désormais d’une robe écarlate très échancrée, la Déesse de la Discorde admirait sa magnificence retrouvée.
Até la rejoignit couverte de sa Leaf par-dessus son corps nu.
_ « Sublime n’est-ce pas Mère ?
_ Até… Ceci n’est rien. Nous sommes dans l’Utérus, une simple base qui va attirer l’attention du Sanctuaire. Celui-ci ne verra même pas renaître ma véritable citée enfouie à Hokkaido, le Jardin d’Eden. Comme le Sanctuaire d’Athéna, ma citée est faite de barrières naturelles infranchissables pour les mortels. Elle va ressurgir sans que personne ne la remarque. Et j’y établirai mon règne.
_ Mais… Et l’Utérus ?
_ A l’heure qu’il est, le Pope va préparer la riposte. Son attention est focalisée sur l’Utérus qui était retenu prisonnier au Sanctuaire. Mon Jardin d’Eden a besoin d’énergie pour sortir des entrailles d’Hokkaido. Et l’Utérus sert justement à récupérer l’énergie des combats qui se jouent en son sein. En m’envoyant une équipe pour m’éliminer, le Grand Pope va faire renaître mon Jardin d’Eden.
_ Mais Athéna doit s’en douter ?
_ Athéna, ricana Eris en admirant son reflet dans la Pomme d’Or… Pourquoi penses-tu que la Pomme d’Or m’a choisi plutôt que ma s½ur ? Parce que mon âme corrompue permet d’exprimer plus intensément ma personnalité et mes forces. Je sais de ma vie terrestre qu’Athéna n’est pas dans son Sanctuaire.
_ Comment ?!
_ Et oui… Le Grand Pope nourrit des intentions belliqueuses et par extensions permet le développement de rancoeurs, de désirs et de péchés. Rien de tel pour semer mes graines et les faire germer lorsque le moment sera venu de contre attaquer.
_ Mais sans Athéna, le Sanctuaire est vulnérable ! N’est-ce pas le bon moment justement ?
_ J’ai été emprisonnée pendant des milliers d’années. J’ai besoin de temps pour retrouver mes forces. Et le temps, c’est bien ce qui me permettra de semer mes graines pour remplir mon Jardin d’Eden d’une armée digne de ce nom.
_ Trouvons Athéna alors. C’est elle le vrai danger !
_ Sans ses Saints, elle n’est rien à l’heure qu’il est. Et le Grand Pope est déterminé à l’éliminer, songeait-elle en fixant la cime de l’Utérus… Quand il l’aura retrouvé, ajouta-t-elle rieuse ! Avec tous les moyens dont dispose le Sanctuaire, ils ne sont pas parvenus à remettre la main sur cette petite fille. Ce n’est pas notre royaume renaissant qui y parviendra. Laissons le Sanctuaire venir nourrir l’Utérus, caressa-t-elle d’appétit sa poitrine, puis faisons-nous oublier. Nous aurons toute l’opportunité de frapper lorsque le moment sera venu. »
Sans rien dire, Até prenait congé, à la fois convaincue par ce plan structuré et frustrée de ne pas encore fêter leur succès par le sang.
Eris, elle, s’affalait satisfaite dans son trône, passant ses jambes par-dessus l’accoudoir.
Elle reproduisit les caresses faîtes sur sa poitrine quelques secondes plus tôt, pour ressentir à nouveau le frisson qui la parcourut à cet instant.
_ « Toutefois, retint-elle Até… Je ne serais pas Eris si je ne profitais pas de la situation. Des Saints, naïfs et bienfaisants, comme Rigel d’Orion, vont venir en nombre ici. Le Pope va donc se démunir de remparts de choix. En divisant ses forces, il va les amenuiser. Une équipe restera ici pour assurer ma défense. Pendant que tous seront focalisés sur la bataille ici, une autre équipe s’infiltrera au Sanctuaire. Après tout, le Sanctuaire fait éclore de bien jolies fleurs qui ne demandent qu’à être butinées… »
Il n’en fallait pas plus pour rendre à Até, la meneuse des Dryades, un sourire froid.

Dans la chambre du Grand Pope, Shaka et Milo suivaient le long tapis rouge en direction de la sortie après avoir rendu leur rapport.
Couvert du casque d’or et de la toge blanche que Shion aimait arborer, Saga songeait déjà à la riposte.
L’état de Milo, qu’il venait d’autoriser à retourner se reposer et à régénérer sa Cloth dans sa Pandora Box, ne laissait pas de place au doute. Une fois les Saints sortis, il confessa son hésitation quant aux décisions à prendre : « Il a fallu les forces combinées de Shaka et de Mayura du Paon, qu’on dit la plus forte des femmes chevaliers, pour permettre à Milo de repousser la menace. Même Rigel d’Orion a été mis hors combat. Je ne peux envoyer que des forces sûres. Mais j’ai besoin de garder des personnes de confiance pour assurer ma garde également... »
Sa réflexion fut interrompue lorsque, d’un appartement jouxtant la salle d’audience, sortit la silhouette gracieuse de Katya une fois les Saints d’or partis et la grande porte refermée par la garde.
_ « Quelle journée, lui souffla Saga ! L’annonce de l’exécution pour trahison de Klaus à son ordre ne leur parut qu’une formalité après tout ça !
_ Vous m’en voyez navrée une fois de plus, minauda-t-elle en remuant lentement ses hanches tandis qu’elle tressait ses doigts les uns contre les autres derrière son dos.
_ Ne le sois pas, souriait-il gêné sous son masque, c’est mieux ainsi. Finalement la résurrection d’Eris le jour de la mort du représentant des prêtres ne pouvait pas mieux tomber. Même si cela contrarie mes autres plans, vociféra-t-il amer. J’aurai dû me douter lorsque j’ai vu la comète Repulse au plus proche de la Terre la nuit dernière, que la Pomme d’Or était de retour sur Terre et qu’Eris était prête à prendre sa revanche. Cela montre à quel point je suis encore perfectible en tant que Pope.
_ Ne soyez pas si dur envers vous-même, accourut-elle jusqu’à son trône où il était assis pour le réconforter ! Le chemin est peut-être semé d’embûches pour le Pope, mais rien n’est impossible pour l’homme accompli que vous êtes ! »
Saga se redressa et lui tourna le dos, l’intimant ainsi à stopper sa progression à hauteur des marches à gravir jusqu’à son siège.
_ « Peut-être ai-je déjà été trop proche de lui pour aujourd’hui, songea-t-elle. Ma modeste personne abuse sûrement de sa grandeur d’âme, baissa-t-elle la tête honteuse. »
Le Saint des Gémeaux prit la direction de son balcon.
_ « Comment se porte la s½ur du réceptacle ?
_ Shoko ?! Elle est encore inanimée. Elle est très affaiblie. Tant physiquement que moralement je pense.
_ L’étoile sous laquelle sont nées les s½urs est double. Elles étaient autant prédisposées l’une à devenir Eris que l’autre à devenir Saintia. Si la Pomme d’Or réagissait étrangement au contact de l’aînée, alors c’est qu’Eris se sentait plus à l’aise à son contact qu’avec la cadette qui pourtant semblait y être prédestinée au départ.
_ Après tout, peut-être que le fait d’avoir laissé Kyoko dans la confidence autour de l’absence d’Athéna a joué en faveur du choix d’Eris de la choisir plutôt que Shoko.
_ Ne la compare pas à toi. Même si elle ne le montrait pas, cette Saintia cachait bien des vices. Elle n’a pas attendu de connaître la vérité sur Athéna pour être corrompue. J’ai découvert sa liaison secrète avec Rigel alors qu’elle était encore aspirante Saintia et donc bien loin de se douter de la vérité. Elle avait déjà rompu son serment de chasteté, avant même d’être adoubée. Néanmoins, elle avait du talent, un fort potentiel. Pour le Sanctuaire cela aurait été dommage de perdre ça. Elle, elle avait une famille et un homme qu’elle aime. Elle avait des choses à perdre. Il n’a pas été compliqué de la convaincre de rallier à ma cause. Cela faisait des années qu’il n’y avait plus de Saintias au Sanctuaire, obligé que j’ai été de m’en débarrasser après la disparition d’Athéna pour ne pas être démasqué. Il me fallait à tout prix quelqu’un pour donner le change. Elle n’a pas fait grand cas de la vérité. Au contraire, son statut lui octroyait une position confortable. Loin des premières lignes, reconnue et respectée par son ordre. Et pour son allégeance, je l’autorisais à continuer à vivre son amour interdit. C’est tout ceci qui a fait aux yeux d’Eris de l’aînée un hôte plus distrayante que la cadette. »
Convaincue sans trop forcer, Katya était admirative. Elle buvait ses paroles.
_ « Et Shoko ? Qu’en ferons-nous ?
_ Tu m’as dit qu’elle avait un plus grand sens du devoir que sa s½ur ?
_ Par la force des choses, aujourd’hui, oui. Elle paraissait déterminée à devenir la Saintia que sa s½ur n’a pas été.
_ Et le peuple ?
_ Honkios a vite eu vent des événements et cela s’est répercuté dans tout le domaine. Le peuple la voit comme la jeune fille, qui se soulève contre la divinité qui lui a arraché sa s½ur ! L’héroïne qui a promis de devenir une meilleure servante d’Athéna pour expier la faute de sa s½ur ! Voilà comment on en parle déjà.
_ Je ne peux donc pas la répudier. Le peuple ne comprendrait pas qu’une héroïne soit ainsi traitée. Et je ne peux pas prendre le risque qu’elle découvre la vérité. Nous l’autoriserons donc à intégrer l’ordre des prêtresses. Elle sera aspirante Saintia. Tu me ramèneras ici la Cloth du Petit Cheval. Le temps que l’on voit si elle est assez disciplinée pour ne pas être radiée, la Cloth devrait se régénérer. Ainsi, l’armure ne forcera pas ma prise de décision. Nous aurons donc le temps de voir si nous pourrons la plier à mon service au fil des années, ou s’il faudra s’en débarrasser une fois que le peuple aura oublié son héroïsme. »
Il atteignit son balcon duquel il pouvait observer l’étendu du domaine sacré.
Son attention se portait sur le cimetière dévasté.
Tout autour du mausolée, les gardes s’affairaient déjà à remettre en terre les tombes retournées et à sceller les stèles renversées.
Des tailleurs de pierre gravaient de nouvelles pierres en remplacement de celles brisées ou enfouies.
Quelques hommes déversaient des brouettes de terre et quelques pierres pour ne faire du gouffre laissé par la libération de l’Utérus qu’une importante crevasse dans le versant de la montagne.
_ « Hors de question de laisser Eris contrecarrer mes plans, gronda Saga. Je vais convoquer sur ordre d’Athéna une mission de sauvetage. Tous les Saints qui seront conviés ignorent qu’Athéna n’est pas au Sanctuaire. J’enverrai donc des fanatiques dévoués à la cause comme Aiolia et Shaka. Milo aura à c½ur de prendre une revanche également. Rigel, une fois rétabli, aura une double motivation à participer à la mission. Kyoko l’a toujours préservé à propos d’Athéna. C’est un fidèle convaincu. Et il aura la volonté de sauver sa bien-aimée. Son ancien maître, Aeson de la Coupe, voudra certainement affronter ceux qui ont mis son élève dans cet état. Et puis, cela fait dix ans qu’il est assigné au Sanctuaire, puni pour son péché. Il aura à c½ur d’accomplir cette mission. Parmi les autres Saints d’argent, Georg de la Croix du Sud, Juan de l’Ecu et Mayura du Paon. Enfin, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Naïra de la Colombe me paraissent les plus dévoués à Athéna parmi les Saints de bronze les plus aguerris disponibles.
_ Et moi, demanda-t-elle timidement ? Je n’ai pas été à la hauteur aujourd’hui. J’ai manqué de prudence vis-à-vis de Klaus. Et j’ai été ridicule contre les Dryades. Donnez-moi une chance de me rattraper !
_ Le rôle d’une Saintia est de rester auprès d’Athéna. Ton départ pour l’Utérus serait suspect.
_ Mais…
_ Il suffit Katya !
_ Veuillez me pardonner Seigneur, dit-elle aussitôt en courbant l’échine.
_ Je n’ignore pas que Kyoko était ton amie. Un secret aussi lourd que le notre nécessite parfois de pouvoir le partager avec quelqu’un de confiance. Je me doute que par sa maturité et par le fait qu’elle soit dans la confidence tu te sois attachée à elle. Mais tu dois comprendre qu’elle n’est plus celle qu’elle était. Le pouvoir d’Eris a soudoyé totalement son c½ur et va lui permettre de réaliser des ambitions qu’elle n’osait pas imaginer encore ce matin. Je les comprends, murmura-t-il songeur…
_ Quoi donc ? De toutes les possibilités qu’offre un grand pouvoir ?
_ Oui… Et le soulagement de pouvoir partager un secret avec quelqu’un de confiance, lui sourit-il sincèrement par-dessous son masque avant de la renvoyer avec sympathie. Allez, va à présent. Tes camarades doivent s’inquiéter des évènements du jour. Va donc les rassurer. »

Plus bas, dans l’un des petits villages du domaine, on vint frapper à la porte d’une modeste demeure de soldat.
L’homme moustachu qui ouvrit la porte reconnut deux jeunes apprentis à en juger leurs tenues.
Il passa aussitôt sa main derrière sa queue de cheval et leur emboîta le pas : « Désolé, mais Shoko n’est pas encore rentrée ! »
Le silence gêné qui s’en suivit obligea le père adoptif de Kyoko et Shoko à plus d’écoute…
 
Dehors, restés en retrait à l’angle d’une autre chaumière, Shaka, les yeux clos, concentrait son ouie et rendait compte par télépathie à Mayura qui l’accompagnait dans son fauteuil.
_ « Quelle dure épreuve tu imposes à tes élèves que d’annoncer à un père le décès de sa fille aînée.
_ Mirai et Shinato endureront des épreuves bien plus lourdes s’ils poursuivent la voie de la chevalerie.
_ Tu es sévère avec tes élèves mais tu préserves ce soldat. Après tout, sa fille aînée n’est pas morte.
_ Elle a choisi la voie du mal sans même lutter. Les écrits rapportent qu’un réceptacle humain, encore plus lorsqu’il est doué de cosmos, parasite parfois l’âme divine qui veut se l’accaparer. Ce fut le cas avec Hadès lors de la précédente Guerre Sainte où son réceptacle Alone prit le luxe d’utiliser le dieu à son profit. Ici, Kyoko s’est totalement et volontairement laissée absoudre. Ce père ne l’aurait pas supporté.
_ Crois tu que lui dire que son autre fille a intégré les prêtresses d’Athéna le rassurera pour autant ? Après tout, pour lui, c’est ce chemin qui a conduit son aînée à combattre et à se perdre.
_ Il préférera que ses filles meurent pour Athéna plutôt qu’elles s’allient à l’ennemi ou se détournent de la foi. Tu ne le vois pas du haut de la sixième maison, mais pour ces gardes pleins de dévotion à la cause, les conditions de vie sont difficiles. Heureusement que leur foi les guide et qu’ils s’en nourrissent !
_ Ne prends pas ce ton avec moi. Je viens…
_ … Tu viens de la misère Shaka, je le sais. Mais nos longues séances de méditation à deux me font ressentir que depuis que tu t’es extirpé de cette condition, que depuis que tu as été victorieux des ennemis du Sanctuaire et encore plus des Titans, tu portes un jugement sur la souffrance des hommes.
_ Je ne juge en rien la souffrance de ce soldat. Il est question ici de vérité ! Son éducation a poussé cette femme à s’accepter comme une des pires ennemies d’Athéna ! Et toi tu me dis qu’il vit pieusement, convaincu de sa mission !
_ Tu t'enfermes dans la certitude de détenir la vérité absolue, sans même te soucier du c½ur des hommes. Si tu doutes de mes propos, pose-toi la bonne question ! Depuis combien de temps Bouddha n’est pas venu converser avec toi ? »
Shaka resta interdit quelques secondes.
Il finit par sourire avec prétention : « Retournons donc d’où nous sommes venus avant d’affronter Eris. Et je te montrerai que Bouddha me parle ! »

Devant eux, le père adoptif de Kyoko et Shoko ployait le genou en apprenant le décès de sa fille aînée…

A proximité, dans le village voisin, un autre Saint d’or battait le pavé.
Cuirassé de sa tenue d’entraînement, Aiolia espérait passer incognito devant le peuple.
Sa destination lui était connue, cependant il hésitait à s’y rendre.
Il tournait autour du pâté de maison d’un logis qu’il avait parfaitement ciblé.
Cette maison il ne la connaissait que trop bien.
La brise estivale amena avec elle des souvenirs désagréables pour le chevalier.
Il s’y revoit à l’intérieur, recroquevillé contre un mur, sous le volet en bois, entouré de quatre Saints de bronze.
Il n’était pas encore chevalier à l’époque. Il n’était qu’un enfant qui suivait l’apprentissage de son frère. Et une innocente victime des menaces de ces guerriers, lorsque Aiolos attenta à la vie d’Athéna. Ce ne fut à ce moment que le début des brimades, qu’il endurait encore parfois maintenant pour être le frère du traître.
Soudain, une voix amicale et familière venue de son dos le fit sursauter : « Alors quoi ?! On n’ose plus rentrer chez ses amis Maître ?! »
Le Saint se retourna pour mieux reconnaître celle qui fut autrefois à son service.
Intérieurement, il ne put s’empêcher de la trouver très belle, elle qui n’était plus une enfant.
_ « Lithos ! J’étais ailleurs, je ne t’ai pas senti arriver ! Laisse-moi te débarrasser de tes courses et surtout, cesse de m’appeler ainsi !
_ Allons Maître, lui tendit-elle son panier en osier et ses jarres, vous serez toujours celui que j’ai eu plaisir à servir ! Allez ! Entrons ! »
Le Lion la suivit en prenant grand soin de fixer le seuil de la porte comme s’il redoutait encore de le traverser.
Lithos attacha ses cheveux mi-longs vert pour laisser le vent rafraîchir sa nuque. Le mouvement moula à merveille sa tunique contre sa fine taille et fit ressortir sa poitrine de femme.
_ « Vous avez toujours autant de mal à revenir dans cette maison n’est-ce pas ?
_ Rien n’a changé. Ces pierres taillées rectangulaires, froides. Sur les murs, sur les plafonds, maintenues par des madriers. Les mêmes meubles de bois. Et ce vieux volet, grand et occultant qui me maintint des mois dans l’obscurité pour mieux cacher ma honte.
_ Vous êtes loin de tout ça désormais.
_ Certes, mais cela marque un enfant. Cela me reste comme une plaie à jamais ouverte.
_ Et bien moi j’ai remis beaucoup de gaieté ici ! »
Elle ouvrit en grand le volet pour faire rentrer le soleil.
Et en effet, le mobilier n’avait pas changé. Mais cette lumière d’été et les nombreux bouquets de fleurs parsemés ici et là donnaient beaucoup plus de charme à ce lieu.
_ « Il n’y a pas à dire, cette maison te va mieux qu’à moi.
_ Surtout quand on vit dans un palais aussi majestueux que le votre !
_ Tu y as passé quelques années avec moi, tu sais qu’hormis un temple immense, nous n’avons qu’une petite chambrette ! Il était clairement difficile d’y tenir à trois ! En parlant de ça, des nouvelles de Galan ?
_ Pas depuis que vous nous avez affranchis, baissa la tête gênée Lithos. Il a profité de votre laissez-passer pour quitter le Sanctuaire et réaliser son rêve. Visiter le monde contemporain, déclara-t-elle confuse.
_ Cela fait quand même quelques années, lui prit-il les épaules pour rassurer son apparente angoisse, mais rappelle-toi qu’avant moi, Galan avait concouru pour l’armure du Lion. Il jouit du cosmos et c’est quelqu’un d’acharné. Je n’ai aucune crainte pour lui. »
Malgré tout, Lithos resta pensive.
Elle remplit une pleine coupe de vin à son ami et ne s’en servit qu’un fond.
_ « Allons… Pas la peine de te mettre dans tous ces états.
_ Ce n’est pas pour Galan que je m’inquiète cette fois. Votre visite n’est pas anodine. Si vous venez me rendre visite, c’est que vous partez en mission n’est-ce pas ? Comme si votre passage ici était le dernier ! »
Il s’assombrit en présentant une tablette le convoquant auprès du Grand Pope. Ce type de document était bien connu de Lithos, pour les avoir souvent vu à l’époque où son maître recevait de nombreux ordres de missions. 
_ « Il est vrai que je dois partir. Cependant je ne vois jamais ma venue ici comme un adieu, mais plutôt comme une piqûre de rappel, lui sourit-il ensuite chaleureusement. Je me rappelle que c’est avec toi que tout a commencé. J’étais un lionceau fougueux lors de notre rencontre. Puis la Guerre Sainte contre les Titans éclata. Mes actes lavèrent le doute du peuple à mon égard. La fraternité des autres Saints m’a convaincu des péchés d’Aiolos, mais m’a aussi fait accepter qu’il existe une autre voie que la ranc½ur. Lorsque j’ai ramené ici le peuple des Titans, ceux-ci se sont rebellés contre le Sanctuaire. Tout cela pendant que j’avais le dos tourné à affronter Cronos pourtant prêt à pratiquer leur génocide dans sa folie. Il obligea Athéna à intimer au Pope de les bannir sur Death Queen Island. J’ai également compris à cet instant que les belles paroles et les grandes promesses n’étaient pas toujours pleines de sens. Je m’étais mouillé pour notre ennemi, alors qu’il n’a pas honoré sa parole une fois sur nos terres. Les années et la maturité aidant, je me suis accepté tel que je suis. Je n’avais plus à me teindre les cheveux, ni à vivre reclus dans la maison du Lion. Et tout ça, ces moments de chagrin, de colère, d’allégresse, de doute, de fraternité… Tout cela, je l’ai vécu avec toi. Douce. Patiente. Compréhensive. Tes éclats de rire, ta joie de vivre, je me suis battu pour tout ça et je continuerai encore. Venir ici avant de partir, c’est me ressourcer avant le combat. »
Assise face à lui, ses mains traversèrent la table pour venir cueillir les siennes.
_ « Maître Aiolia… Vous me manquez tant.
_ Hélas, sourit-il les yeux embués, la Guerre Sainte contre les Titans fut les prémices de tant d’autres. La trahison du peuple Titan que m’a rapporté le Grand Pope a eu raison de ma candeur. Je ne pouvais vous infliger de supporter mes retours crasseux et ensanglantés. Vous aviez rempli votre office. Durant toutes ces années, Galan a poursuivi ton éducation. A ta majorité, il m’a semblé naturel que tu reprennes ta liberté. Galan encore plus, pour le coup.
_ Je ne me suis jamais sentie prisonnière.
_ Certes, mais il arrive un moment où une jeune femme doit vivre bien plus qu’une vie de servante.
_ Et je ne voyais pas ça non plus d’un bon ½il, ajouta une voix par la fenêtre ! »
Bras croisés appuyés à l’embrasure de la fenêtre, Marin affichait une bonne humeur et une touche de provocation.
_ « Une femme aimante n’aime pas savoir son homme vivre sous le même toit que son esclave, rajouta l’Aigle.
_ Maître Aiolia n’était pas de ces hommes là.
_ Je le sais bien rassure-toi. D’ailleurs je tenais à te remercier d’avoir gardé secret notre amour.
_ Et bien, disons que je m’inquiétais des sorties nocturnes et non autorisées de mon maître à l’époque où vous commenciez à vous voir et donc, avec Galan, il m’a semblé naturel d’enquêter afin de lui éviter des ennuis. J’aurai préféré ne pas voir ce que j’ai vu…
_ Allez, allez… C’est bon… Pouvons-nous passer à autre chose, dit-il en avalant sa coupe d’une traite, tout embarrassé. J’étais jeune et encore un peu rebelle ! »
Les trois amis rirent de bon c½ur et revigorèrent la motivation du Lion à partir prochainement à la guerre…

Plus loin, au Sud-Est du domaine, en contrebas du camp des femmes chevaliers, une prairie désertée accueillait le totem des Cloths de la Vierge et du Paon.
Habillé d’un voile blanc qui descendait en travers de son torse, Shaka le remontait pour laisser apparaître dessous un sarouel grenat et s’asseoir confortablement.
Il trouva de bon ton de déclarer : « Ce jardin est bien modeste par rapport à celui que j’entretiens autour des Sals jumeaux. Mais je m’en accommoderai. »
Cela fit sourire sarcastiquement sous son masque Mayura.
Debout, devant son fauteuil roulant, elle défaisait les bandages qui couvraient son corps sous son kimono vert. Pour mieux se faire, elle dénoua le ruban rouge qui le serrait à la taille et ne le remit pas, dévoilant ainsi son corps juste couvert d’un shorty.
A l’aise, elle laissa ainsi le vent s’insinuer sous l’épais vêtement et raviver ses sens qu’elle condamnait volontairement.
Ressentant ses moindres faits et gestes malgré ses paupières closes, Shaka perçut qu’elle voulait défaire le n½ud du tissu qui maintenait son masque et lui cachait habituellement la vue.
_ « Oserais-tu te démasquer, alors que cela fait des années que tu ne te donnes plus à moi ?
_ Autant d’années depuis lesquelles le Shaka que j’ai choisi d’aimer lorsqu’il a brisé mon masque après un entraînement est devenu imbu de lui-même. Certainement pas. Il me sera juste plus simple de voir à travers mon masque sans ce ruban.
_ Imbu ? J’ai de quoi ne crois-tu pas ? Après tout, grâce à mon aide et mon enseignement, te priver régulièrement de tous tes sens t’a hissé au statut de la femme Saint la plus forte et la plus respectée du Sanctuaire, pensa-t-il la flatter ?
_ Parce que tu penses que je n’y serai jamais parvenue sans toi ?
_ Allons, voulut-il la calmer, commençons à méditer, afin que je te montre que tu es dans l’erreur. »
Soufflant de dépit, elle s’assit face à lui.
De concert, ils mimaient les mêmes gestes.
Leurs dos étaient droits sans être raides.
Leurs yeux fermés.
Ils posèrent leurs mains l’une sur l'autre. Les phalanges des pouces, les doigts se superposant, se touchant par les extrémités. Ils dessinaient un espace d’ouverture avec les doigts.
Par cette gestuelle, ils entrèrent en parfaite concentration…

Au village de Lithos, Aiolia s’éloignait, rentrant chez lui avant de partir pour sa mission.
Tandis qu’il n’était bientôt plus qu’un point à l’horizon, Marin profita d’être seule avec Lithos pour lui faire remarquer qu’elle ne semblait pas franche.
_ « Aiolia n’est toujours pas au courant pour Galan n’est-ce pas ?
_ Il était en mission lorsque cela arriva. Galan m’a fait jurer de ne rien lui dire. Qu’il serait préférable au chagrin qu’il le pense heureux, parti à la découverte du monde.
_ Malheureusement, s’éloigna Marin, je crains que la découverte un jour d’un tel mensonge sera pire que de lui avouer la vérité. »

Au Nord, dans les villages pauvres et malfamés du domaine, la Cloth d’or du Scorpion apportait un peu de tenue en ces lieux mal entretenus.
Impérial dans sa Cloth, Milo laissait dans son sillage l’espoir d’une vie meilleure pour les enfants et apprentis qui souhaitaient s’extraire de leurs conditions.
A mesure qu’il progressait en direction de chez Inakis, sa bien-aimée, il passait à proximité des vestiges d’un temple que les combats acharnés entre un maître et son élève avaient changé en champ de ruines.
Un simple hochement de tête entre le Saint d’or et le maître aux cheveux blonds mi-longs coiffés d’une lanière de cuir rouge témoigna du respect que se vouaient les deux hommes.
Bien plus appuyé que celui de Milo, le signe d’Aeson restait nettement moins révérencieux que celui de son disciple qui se mit à genoux, front contre terre.
_ « Bonjour Seigneur Milo Saint d’or du Scorpion !
_ Ça ira Crateris, stipula froidement Milo, je ne suis pas venu à Bifolco pour ça.
_ Il n’en demeure pas moins que vos venues dans notre village sont un privilège, assura d’un timbre solennel Aeson.
_ Je viens dire au revoir à quelqu’un qui m’est cher, dit le Scorpion en affichant la tablette où figure son ordre de mission.
_ Je comprends, leva à son tour la sienne Aeson, il me tarde d’aller me frotter à ceux qui ont mis dans cet état mon ancien élève Rigel d’Orion.
_ Oh, je vois. A très vite alors Saint d’argent de la Coupe !
_ A très vite Seigneur Milo, hocha la tête le maître de Crateris. »
Le Scorpion poursuivit son chemin, laissant l’apprenti pantois : « Un ordre de mission ! Mais alors, Maître Aeson, vous allez faire parti de la riposte contre Eris ?! »
Le professeur, la quarantaine tout juste passée, paraissait plus sage que son disciple Crateris.
Il lui tourna le dos et partit regarder à nouveau dans la coupe que forme le totem de sa Cloth laissée à la vue de tous : « Je ne vois rien, songeait-il. Lorsque de l’eau est versée dans cette Cloth, il est possible de voir son propre avenir au lieu de son reflet. Pour la première fois aujourd’hui, depuis que j’ai reçu l’ordre de mission, je n’y vois rien. »
Crateris remarquait la préoccupation de son maître depuis qu’un garde était venu le rencontrer : « D’ordinaire taciturne, Maître Aeson a toujours gardé un certain entrain à l’idée de pouvoir un jour repartir à la bataille. C’est la première fois que je le vois songeur, cogitait-il »
Aeson le sortit de ses pensées : « Crateris ! Viens voir s’il te plait. L’entraînement est fini pour aujourd’hui. Il me faut me préparer à visiter le Grand Pope. Lave donc tes plaies dans l’eau de la coupe. »
Mais Crateris n’était pas dupe. Il réfléchit en s’exécutant : « Connue pour son don de prémonition, la Cloth de la Coupe tire son histoire de la coupe dans laquelle Athéna s’est abreuvée lors d’une ancienne Guerre Sainte. Elle aurait transmis la propriété de pouvoir soulager les blessures lorsque l'on boit l'eau qui a été versée dedans quand elle se trouve sous sa forme totémique. Mais c’est la première fois que Maître Aeson m’autorise à m’en repaître… »
Néanmoins, il ne broncha pas.
Son approche était délicate.
Solennelle.
C’était un immense honneur pour lui d’approcher la Cloth, que son maître n’arborait qu’à de rares occasions.
Seulement, quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsque le reflet lui renvoya son image porteuse de la Cloth, les larmes aux yeux.
Il en tomba à la renverse.
Tremblant, incapable de regarder son maître dans les yeux, il resta fixé sur son postérieur à claquer des dents.
Aeson, lui, fit la moue. Il comprit sans même demander.
Il décrocha le récipient de son totem et avança jusqu’au désarmé Crateris.
Délicatement, il versa sur lui l’eau qu’elle détenait et lui sourit comme rarement : « La Cloth ne change pas l’eau en remède. Mais elle soulage légèrement les blessures. Caresse donc tes plaies avec avant qu’elle ne sèche. »
Puis d’un geste de la main, il fit léviter le vase qu’il remit sur sa base. Alors la Pandora Box se referma sur elle et Aeson vint la fixer sur ses épaules.
Il adressa un dernier sourire à Crateris qui obéissait sans trop réaliser que cette cérémonie de baptême était destinée à le promouvoir très prochainement… 

Au Sud-Est, le craquement d’une branche sous le pas d’un visiteur avisa Shaka.
Il interrompit sa méditation puis resserra prestement le kimono de Mayura.
Celle-ci, surprise, le pensa d’abord mal attentionné à s’en fier au regard inquisiteur qu’elle lui porta sous son masque.
Très vite, lorsqu’un garde vint les trouver, tenant en ses mains deux tablettes, elle comprit qu’ils étaient réquisitionnés et que Shaka avait été bienveillant à l’égard de son corps presque nu.
_ « Décidemment, où qu’on aille, rien ne peut échapper à la vigilance du Pope, pesta-t-elle !
_ En attendant, on pouvait sentir ce soldat venir à des kilomètres à la ronde. Facile de se douter que le Grand Pope l’avait envoyé nous quérir, corrigea-t-il d’un ton plus respectueux à l’égard du souverain.
_ J’étais plutôt concentrée à ressentir Bouddha, s’était-elle entêtée à rester désobligeante, et, bizarrement, il ne nous est pas apparu, réajustait-elle de mouvements secs son kimono.
_ Tu n’as donc pas compris, lui rétorqua-t-il tout en récupérant les missives pour que le messager prenne congé d’eux. Si Bouddha ne converse plus avec moi, c’est peut-être parce que je suis maintenant suffisamment éclairé. Que Bouddha parle à travers moi !
_ Tu es sérieux, ne put s’empêcher de pouffer Mayura en retournant récupérer ses bandelettes ?!
_ Il faut être sot pour ne pas s’en être rendu compte. Mes disciples te le diront. Aghora et Shiva en tête. Je suis Bouddha. Ma parole est sacrée.
_ Je suis… Effarée ! Par tant d’orgueil !
_ Tu qualifies ça d’orgueil, car tu n’es pas parvenue à le comprendre de toi-même.
_ Serais-tu entrain de me dénigrer ?
_ Ce que tu prends pour du dénigrement n’est que l’expression de ton incompréhension à ce qui se passe sous tes yeux. Voilà pourquoi un fossé se creuse entre nous. »
Mayura rappela à elle sa Cloth.
_ « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Qu’une remise en question te ferait le plus grand bien, se laissa-t-elle choir dans son fauteuil ? »
Il revêtit aussi sa Cloth.
_ « Et toi donc ? Que pense la plus puissante femme Saint du Sanctuaire d’une remise en question ? Ça ne te ferait peut-être pas de mal. Il n’y a qu’à voir ta réaction lorsque je t’ai rhabillé quand le garde s’est amené. Tu as cru que je tenterai l’inverse. Tu es bien sotte de croire que j’attends après toi. Aujourd’hui mon aura est telle, que je peux illuminer bien des vies d’autres femmes si tel est mon désir.
_ Cela fait deux fois dans la même conversation que tu me considères comme une sotte, entama-t-elle sa télépathie pour rompre à nouveau avec ses sens. La loi du Sanctuaire est ainsi. Tu as vu mon visage après m’avoir vaincu il y a quelques années lors d’un combat d’entraînement. A l’époque tu étais bon et tu étais à l’écoute des autres. Alors j’ai choisi de t’aimer. Mais aujourd’hui, par Athéna, qu’il est dur d’aimer un être aussi arrogant et humiliant que toi ! Tu peux avancer désormais ! Nous nous retrouverons devant le Pope pour répondre à sa requête. »
Flashback

Le serveur fit cesser le récit de Kyoko pour venir prendre leur commande.
_ « Je prendrai une coupe de champagne s’il vous plait, se ravit Kyoko.
_ Un raki, râle Mars pour le dégager au plus vite. »


Bien loin d’imaginer les mouvements en Argentine et en Grèce, à Asgard, Hilda veille au temple Walhalla.
En bas, au bout de longs couloirs obscurs, à l’intérieur de la bibliothèque du palais, Hilda savoure à la lueur d’une bougie les mémoires de la précédente Guerre Sainte contre Hadès : « Je n’ai pas remercié Alberich pour m’avoir rapporté ce présent d’Alexer Prince de Blue Graad. Il s’agit du témoignage de Unity, son ancêtre. Il relate les évènements qui ont opposés la déesse Athéna et Hadès il y a plus de deux cent ans ainsi que le rôle qu’il a eu à jouer dans tout ça. »
Dans l’ombre, les bras croisés, captivé par la beauté de la princesse aux cheveux et à la robe azurs, Siegfried s’agace quelque peu : « On dirait qu’Alberich réussit à rentrer dans vos faveurs. Son travail machiavélique de persuasion semble fonctionner Princesse Hilda. »
Malgré tout l’émoi que cela suscite en elle lorsqu’elle croise son regard, Hilda fixe Siegfried dans les yeux : « Que vas-tu t’imaginer ? J’apprécie les efforts qu’il fait mais n’en oublie pas moins qu’il reste un être ambitieux et complexe. »
Siegfried se lève et passe devant sa supérieure pour se poster devant l’entrée de la pièce : « C’est tout de même lui que vous aviez choisi pour résoudre le conflit contre Blue Graad. »
Au passage, elle lui retient fermement la main et le dévisage : « Parce que je préfère garder mon meilleur homme pour ma garde personnelle. »
Siegfried sert les dents pour garder du mieux qu’il peut la tenue qu’exige une dame du rang de celle qu’il aime : « Et c’est en me reléguant au statut de garde que vous espérez me voir progresser. Mon c½ur cesserait lui-même de battre si demain je n’étais pas assez fort pour vous protéger. Mais si ce rôle de soldat vous convient pour moi, si c’est tout ce que vous attendez de moi, alors qu’il en soit… »
D’un geste brusque, Hilda tire sur le bras de Siegfried pour l’obliger à se rapprocher d’elle qui est toujours assise.
Surpris et décontenancé, le plus puissant Asgardien du royaume se laisse cueillir le visage dans les mains de celle qu’il aime : « Non, j’attends tant de toi, de nous… »
Elle ferme ses yeux et approche son visage du sien.
Surpris, et à la fois ravi, déstabilisé aussi par cette attitude dont il a toujours rêvé, il clôt à son tour ses paupières et s’avance très lentement vers elle.
Bientôt, il commence à sentir son souffle sur ses lèvres et ses mains devenir moites.
Alors que ses lèvres peuvent enfin faire pression contre les siennes, une voix familière et toute essoufflée appelle dans tous les couloirs : « Hilda ! »
N’écoutant que son devoir, Siegfried se redresse et fait déjà barrage de son corps devant Hilda.
_ « C’est la voix de votre s½ur !
_ Allons la trouver ! Vite ! »

Connaissant par c½ur les moindres détours de ce labyrinthe résidentiel, les s½urs se retrouvent grâce aux sons inquiets de leurs voix.
Siegfried reconnaît immédiatement Hagen qui porte dans ses bras l’étrangère à la peau dorée qu’il ignore encore être Thétis…

8
Only for Love / Chapitre 18
« on: 21 June 2021 à 18h55 »
NEWS

Cette version du chapitre 18 est une version rééditée de la publication originale du 19 mars 2011.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

9
Only for Love / Chapitre 73 - Partie 2
« on: 19 June 2021 à 13h58 »
PARTIE 2/2 :

A cet instant, le Scorpion parut bien seul pour lutter contre un pouvoir divin.
Immédiatement, au contact de la sphère de cosmo énergie malveillante, les protections de ses mains jusqu’à ses coudes crissèrent.
Ses pieds s’enfonçaient dans le sol.
L’émanation était si forte que, derrière lui, Shoko ployait peu à peu genou au sol.
Milo recroquevillait malgré lui les coudes.
La Cloth du Petit Cheval, déjà entamée lorsque Kyoko la portait, montrait les limites entre une armure de bronze et une armure d’or.
En effet, tandis qu’elle maintenait Milo dans la lutte, l’armure de Shoko, elle, se craquelait.
Quand le casque du Scorpion craquait, le diadème et les épaulettes de la jeune femme volaient en éclat.
Dans son dos, Milo constata l’impuissance de sa jeune compatriote : « Je suis son seul espoir, pensa-t-il. Alors brûle ! Brûle mon cosmos ! »
L’effluve de son cosmos dessina devant Shoko un Scorpion dont il puisait ses forces.
Il déplia ses bras en expirant tout l’air emmagasiné dans ses poumons, pour relâcher tout ce qu’il lui restait.
La sphère cosmique vermillonne d’Eris recula sous l’effet du globe de lumière d’or de Milo.
Cependant, Shoko ne pouvait toujours pas bouger.
L’énergie divine n’avait que reculé, pas fléchit.
A son grand désarroi, Milo vit au travers qu’Eris et ses Dryades n’étaient déjà plus là.
L’Utérus avait déjà quitté l’horizon.
Il luttait contre la rémanence d’une cosmo énergie céleste.
Les veines de son front, gonflées à bloc, n’en purent plus.
Le sang fuyait son nez.
Ses oreilles.
Sa bouche.
Ses yeux…
_ « Tout est fini, crût comprendre Shoko. Il aura tout tenté pour nous sauver. En vain… Tout tenté… Alors… Alors que moi, je suis restée ici à pleurnicher et à attendre un miracle ! Comment puis-je choisir la voie des Saints, si c’est pour me cacher au premier obstacle venu ?! Si je veux honorer le choix initial de ma s½ur, serra-t-elle les poings, si je veux accomplir ce qu’elle n’a pas eu la volonté de faire, se redressa-t-elle, alors je ne dois pas me contenter uniquement des pensées résiduelles de son armure ! Je dois me relever, chargea-t-elle son poing droit de cosmos, et accomplir un miracle ! Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Toute en extension, elle se hissa à hauteur de Milo qui était à la peine et libéra de nouveaux météores, cette fois plus nombreux et plus puissants que ses précédents.
D’abord déterminée, elle puisa jusqu’à ses dernières forces pour passer la barre des cents coups à la seconde.
Ses paupières lui semblèrent alors de plus en plus lourdes.
Son bras engourdi.
Ses genoux branlèrent de plus en plus et, tandis que son champ de vision se rétrécissait, elle remarqua que Milo la regardait. Non avec compassion. Mais d’égal à égal.
Alors qu’il ne lui restait plus que cette image avant que l’obscurité ne l’emporte, elle entendit la voix suave de son héros lui adresser un franc : « Merci. »
Puis, plus rien.
La lutte était trop inégale. La réminiscence de leurs passions ne fit que retenir l’inéluctable. La puissance de la Déesse de la Discorde les écrasa de nouveau…
Flashback

Inopinément, la venue d’un serveur interrompt le récit de Kyoko qui tient en haleine Mars.
_ « Mademoiselle. Monsieur. Est-ce pour dîner, leur dit-il en leur tendant la carte ?
_ Nous allons d’abord prendre un apéritif, sourit-elle avec gourmandise.
_ Et vu comme ma s½ur me régale de ses longues histoires, il est possible que nous restions manger finalement, fixe-t-il les yeux de Kyoko avec sadisme.
_ Bien, je vous laisse faire votre choix pour les boissons et reviens prendre votre commande.
_ Faisons ça, acquiesce Kyoko tout en appétit. »

10
Only for Love / Chapitre 73
« on: 7 June 2021 à 18h31 »
Chapitre 73

En Argentine, à Buenos Aires, pendant que Tromos suit un employé du club peu fréquentable, Vasiliás et Peligra s’isolent plus loin.
Au détour de quelques voiles tombés du plafond destinés à offrir de l’intimité à ceux qui souhaitent s’écarter de la piste de danse, Vasiliás ne perd pas des yeux Peligra.
Partageant côte à côte un verre de champagne, le bras écarté à hauteur du dossier du canapé, comme pour rapprocher la sublime créature de lui, Vasiliás s’occupe de détourner son attention de Tromos.
De sourires en sourires, de compliments en compliments, les deux êtres profitent de cette soirée pour goûter à la présence de l’autre.
Les jambes recroquevillées sur le divan, Peligra laisse à Vasiliás, tout le loisir d’admirer sa poitrine grande offerte sous sa veste déboutonnée.
Très vite, l’ancien homme d’affaires tend quelques billets en indiquant la barre de pole dance : « Quitte à passer une bonne soirée, autant ne pas tout gaspiller en champagne. Il me semblait t’avoir affirmé que j’aime qu’on danse pour moi. »
Comme pour accompagner la demande du richissime Américain, le disque-jockey enchaîne les musiques rythmiques permettant de remuer avec sensualité.

Un simple clignement de paupières de Peligra suffit pour donner à Vasiliás son approbation.
En se levant méthodiquement afin de cambrer chaque partie de son corps, elle ramasse un seul billet qu’elle vient glisser sous la soie entourant sa taille et le haut de ses cuisses à la peau chocolat au lait.
Elle cramponne fermement la tige de métal dressée jusqu’au plafond depuis le podium qu’encerclent les fauteuils sur lesquels Vasiliás s’affale à son aise.
Faisant plusieurs fois le tour de l’axe sur lequel elle descend et remonte continuellement sa main droite comme pour mimer un geste tendancieux, Peligra commence à y rapprocher son corps. Le frôlant en allant d’avant en arrière, tout en tournoyant, elle alterne les rotations dans un sens puis dans l’autre, en s’appliquant chaque fois à enrouler langoureusement sa jambe contre le barreau ferme et froid.
Se saisissant d’une nouvelle coupe fraîchement servie, Vasiliás ne perd pas de vue le spectacle que la véloce jeune femme lui offre.
Suivant de plus en plus les vibrations sonores, elle choisit de lui tourner le dos et de baisser la tête toute en relevant son postérieur. Elle répète cette position, en alternant avec une autre encore plus significative, pour laquelle elle relève une jambe le long du barreau afin d’offrir la vue de son entrejambe écarté mais encore dissimulé sous son n½ud de soie…


Pendant ce temps, en terrasse, à Athènes, Mars tapote tour à tour les doigts de sa main droite sur la table contre laquelle son coude gauche est appuyé pour maintenir sa tête dans la paume de son autre main.
Il est absorbé par le récit d’Eris…

Flashback
Après un intense entraînement, Shoko et Rumi se hâtèrent à Honkios.
Néanmoins, le marché distrayait particulièrement la vorace Shoko.
_ « Shoko ! Il va être l’heure pour les prêtresses de descendre en ville ! Si nous n’allons pas nous cacher au cimetière maintenant, nous louperons ta s½ur !
_ Je sais, piétinait Shoko qui faisait la queue devant un étal, mais c’est ici qu’on trouve la meilleure viande du domaine, bavait-elle sous son masque ! Je compte bien utiliser les sacres que j’ai récupéré en récompense après qu’on a aidé ce petit vieux sur le chemin du retour !
_ Que nous avons récupéré je te ferai dire ! Nous étions deux à l’aider et à être récompensées je te signale ! Mais comme toujours tu t’accapares le tout pour la nourriture ! Tu es incorrigible ! »
Pour seule réponse, l’estomac de Shoko se mit à gargouiller.
Son bruit fut émis si fort qu’il en fit rigoler Filia, la fille du marchand qui aidait son père à servir les nombreux clients.
Alors, une idée vint à Shoko : « Je sais ! Tu vas faire la queue pour moi pendant que j’irai guetter ma s½ur, décréta-t-elle en saisissant Rumi pour l’y poster à sa place ! »
Sans même que Rumi ne put contester, Shoko lui claqua la monnaie dans les mains et partit à vive allure en direction du cimetière.
Blasée, claquant sa main sur son front masqué, Rumi n’eut d’autre choix que de la laisser s’éloigner.

Sortie de la place principale, Shoko déboucha sur les marches des douze maisons.
Dès les premières, bien avant la maison du Bélier, sur la gauche, un chemin morcelé permet de déboucher en contrebas sur une vaste parcelle de terre friable.
Sur la droite, les pavés, en meilleur état, conduisent au colisée.
Incognito dans sa tenue de femme chevalier, elle adopta un pas plus calme afin de ne pas éveiller les soupçons et prit la direction de la parcelle d’où jaillissent par centaines des stèles où sont gravés les noms et les rangs de chevaliers défunts.
Malgré la morosité qui émane d’un cimetière, Shoko demeurait excitée.
Partagée entre la possibilité de revoir sa s½ur, et l’ampleur d’un si spacieux lieu de recueillement particulièrement rempli.
Au milieu de ces incalculables tombes, se dresse un imposant roc dans lequel fut creusé un caveau, à en croire la taille faite dans la pierre.
Devenu le monument de ce cimetière, Shoko se sentit irrémédiablement obligée d’aller en admirer la magnificence.
Sa roche est travaillée pour donner l’impression que des blocs ont été montés les uns sur les autres comme un temple posé par l’homme. Le lierre qui grimpe tout autour jusqu’à son sommet sur quelques parties du pourtour permet de dater ce tombeau à une époque bien lointaine.
De là, elle leva les yeux en direction de la maison du Bélier : « Rumi avait raison. Le chemin du premier temple surplombe pour une bonne partie le cimetière. La distance n’est pas grande. En me cachant derrière ce mausolée, je reconnaîtrai sans problème ma s½ur si elle vient à passer… »

Grand par sa surface, le plateau était balayé par de fraîches bourrasques qui rendait le temps long pour Shoko qui craignait d’être démasquée par les quelques visiteurs venus se recueillir sur les tombes les plus récentes.
Son sens martial lui permettait de percevoir les présences alentours, surtout celles douées d’une forte émanation de cosmos.
Pourtant, elle ne percevait pas venir celui de sa s½ur.
Pas plus que celui d’une présence dans son dos : « Encore toi ! »
Elle reconnut cette voix qui la fit frémir sans hésitation.
Devinant cette prêtresse blonde aux cheveux qui tombent en boucle sur les épaules, Shoko faussa sa gaieté : « Mii ! Quelle bonne surprise ! »
Réajustant une jarre sous son bras, l’aspirante Saintia goûta peu à l’hypocrisie : « Je peux savoir ce que tu fais ici ?! »

Les balbutiements de Shoko et les interjections continues de Mii empêchèrent les jeunes filles de remarquer que la végétation grimpant le mausolée s’agitait curieusement.
Contre nature, les tiges commencèrent à s’enrouler les unes autour des autres pour former un fouet dans le dos de Mii, tandis que deux tentacules rampaient dans le dos de Shoko.
Plus expérimentée, Mii remarqua la progression douteuse et se jeta sur Shoko : « Qu… Quoi ?! Tu veux te battre, réagit d’abord d’une voix étouffée sous son masque la Grecque. »
Alors que la jarre qu’elle abandonna au sol se brisa, libérant le vin qu’elle était partie chercher, Mii manqua de vigilance et se fit frapper à revers par la liane.
Trop tard, Shoko ne comprit qu’après avoir été saisie à chaque jambe la singularité des évènements.
Désarçonnée, Shoko s’inquiéta pour Mii qui demeurait inconsciente malgré ses appels, un filet de sang fuyant son front.
_ « Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi Mère. »
Inopinément, le fouet lui préconisa ces conseils tandis que les tentacules libéraient d’autres liens qui étreignaient cette fois-ci les bras de Shoko.
_ « Le… Le lierre me parle ?! Comment… Comment m’a-t-il appelé ?! »
Un bourgeon se forma au bout du lien avant d’éclore pour laisser en sortir une femme.
Ses formes étaient pulpeuses. Sa taille juste couverte d’un pagne. Son opulente poitrine, agrémentée d’un collier qui descendait au creux de ses fermes seins, entièrement dévoilée.
_ « Je te retrouve enfin, poursuivit la fleur devenue humaine, avec ce corps si jeune et plein de vie, dégaina-t-elle une pomme en or.
_ C’est… C’est comme dans mon rêve ! »
Shoko reconnut l’artefact à travers son masque. 
Les liens se resserrèrent tout autour d’elle, allant jusqu’à lui écraser la gorge.
_ « Mère, je suis Até Dryade de la Ruine, poursuivit l’étrangère en ôtant à Shoko son masque, l’heure est venue de retrouver votre place sur Terre, tendit-elle la pomme vers le visage découvert de Shoko. »
Le manque d’oxygène et l’accumulation de stress à mesure que l’étrangère progressait pomme tendue vers elle commencèrent à lui faire perdre connaissance.
C’est alors qu’une lueur azure déchira l’espace entre Shoko et l’intruse.
_ « Shoko, s’exclama la lumière ! »
Etourdie, Shoko ouvrit lentement les yeux.
_ « Heureusement, je suis arrivée à temps, poursuivit le halo de lumière qui prenait forme humaine.
_ Kyo… Kyoko… Comme dans mon rêve, c’est toi qui viens m’éloigner de ce danger ? »
A mesure qu’elle put l’identifier, Shoko reconnut sa s½ur.
Ses yeux noisette.
Ses longs cheveux bleus.
C’était bien elle.
Le visage plus mûr et la silhouette plus femme que dans ses souvenirs.
_ « Kyoko ? C’est bien toi… Kyoko ?! »
L’aînée répondit d’un simple geste en sortant de sous le col de sa Cloth un pendentif au bout duquel resplendissait le même Pégase que celui de sa s½ur.
_ « Mais… Cette tenue… Tu es…
_ Oui, je suis devenue la Saintia du Petit Cheval, au service d’Athéna.
_ Alors tu as réussi, s’embua les yeux la cadette ?!
_ Je t’expliquerai plus tard, écarta-t-elle sa s½ur en chargeant son poing de cosmos. Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Les Météores du Petit Cheval s’abattirent telle une pluie de coups projetés à la vitesse du son sur Até.
Alors que le danger était repoussé, Kyoko se retourna vers Shoko pour dresser avec fierté son poing.
Morveuse, Shoko se jeta dans ses bras.
_ « Tu m’as tellement manqué ! J’étais si triste… !
_ Oui… Moi aussi… Tu as dû te faire tant de souci à cause de moi ! Je suis heureuse de te revoir saine et sauve !
_ Depuis toutes ces années je m’entraîne dur pour devenir Saintia et être digne de toi ! Mais ton attaque était si rapide et puissante que j’en suis sidérée ! Je me rends compte que j’ai encore beaucoup de travail si je veux être à ta hauteur !
_ Ne dis pas de bêtises voyons ! Je suis fière de toi, je l’ai toujours été ! A ta tenue d’ailleurs, et au masque qui jonche le sol, j’en déduis que tu as déjà atteint un certain statut.
_ Pas autant que tu ne le penses hélas, baissa honteusement l’étourdie apprentie. J’ai intégré le camp des femmes Saints en attendant de réussir à être admise chez les prêtresses.
_ Ecoute, reprit son sérieux l’aînée, je ne sais pas quelle est la nature de notre ennemie, mais une chose est sûre, mon coup ne lui a pas été fatal.
_ C’est impossible.
_ Sais-tu quelque chose à son sujet ?
_ Non, c’est la première fois que je la vois… Enfin…
_ Enfin ?!
_ Elle m’est déjà apparue en rêve. Tout du moins, la pomme qu’elle tenait.
_ La pomme, s’exclama Kyoko en cherchant aussitôt l’objet du regard ?! »

A terre, Até reprenait ses esprits.
Son premier réflexe fut de retrouver l’artefact.
Ce fut bref. La pomme irradia brièvement mais suffisamment pour qu’Até puisse la remarquer : « Elle a étrangement réagi dès lors que cette Saintia a posé les yeux dessus… »

Devant le mausolée, Kyoko mit en garde sa s½ur.
_ « La Pomme d’Or qui retient prisonnière Eris Déesse de la Discorde. Athéna l’envoya sur la comète Repulse afin que plus jamais Eris ne revienne causer le mal sur Terre… C’est ce qu’on nous apprend au temple des prêtresses…
_ J’ai déjà dû entendre ça aussi au camp des femmes chevaliers, badina Shoko moins sérieuse.
_ Shoko… Ecoute-moi, somma Kyoko d’une voix empruntée, cela n’est pas à prendre à la légère. Si Repulse s’est rapprochée suffisamment de la Terre pour que la Pomme d’Or s’en échappe, c’est qu’Eris a tout mis en ½uvre pour se réincarner. Je vais compter jusqu’à trois et lancer ma prochaine attaque. Pendant ce temps, tu vas t’enfuir ! Surtout, ne t’occupe pas de moi !
_ Non, tremblota Shoko devant l’inquiétude de sa s½ur… Nous venons à peine de nous retrouver… S’il… S’il y a danger, alors je ne peux te laisser seule contre…
_ Sois sage et fais ce que je te dis d’accord, lui demanda-t-elle avec précaution ? »

Cependant, une voix enfantine venue de leur dos rendit toute retraite impossible : « Il est plutôt présomptueux d’imposer son choix à notre mère ne trouves-tu pas ? »
En faisant volte-face, les s½urs identifièrent une enfant aux cheveux gris cendre.
Elle tenait au c½ur de sa tenue pouponne pourpre un ourson en peluche.
_ « Une enfant ?! Que fait-elle ici ? Sa tenue ne ressemble en rien à ce que nous portons au Sanctuaire, s’étonna naïvement Shoko.
_ C’est parce qu’elle n’a rien à voir avec le Sanctuaire justement. Et tu ferais mieux de ne pas te fier à son apparence, l’encouragea Mii qui revint à elle en s’essuyant les plaies de son visage.
_ Ce n’est pas gentil, bouda la gamine. N’est-ce pas Mick, demanda-t-elle à son ours en peluche ?
_ Beuh… Elle est carrément dérangeante celle-là, dit Shoko en se mettant position de combat ! »

Loin d’être au bout de ses surprises, une nouvelle voix, semblable à la sienne, s’adressa à Shoko : « Si Emony Dryade de la Méchanceté te choque, alors que dis-tu de ça ? »
En effet, devant elle se tenait sa copie conforme.
La Dryade était vêtue de la même manière, un débardeur bleu marine et un shorty moulant d’un bleu plus clair. La seule chose qui la différenciait était que sa tenue était moins abîmée que celle de Shoko.
Prenant appui au sol dans ses ballerines blanches, Shoko tendit ses poignets bardés de bandelettes de papier rouge en direction de sa jumelle.
_ « Non mais je rêve ! C’est moi, écarquilla grand les yeux Shoko ! C’est quoi ce cirque ?!
_ Oh… Tu es confuse, pardonne-moi j’aurai dû me présenter, fit une révérence son double. Je suis Mania Dryade de la Folie.
_ Shoko, la calma sa s½ur en lui prenant l’épaule, finalement je pense que nous ne serons pas trop de trois contre elles. »
Shoko acquiesça tandis que Mii se rangea à leur côté.
_ « Des Dryades. Cela signifie qu’elles sont des guerrières du camp d’Eris. Je ne vais pas me laisser berner par une gamine, lança Mii les hostilités, vous êtes ici sur le territoire d’Athéna ! »
Mii lança son poing en direction d’Emony qui se servit de Mick comme bouclier.
Shoko para l’onde de choc d’un coup porté à distance par Mania.
Kyoko devança Até.
_ « Je ne te laisserai pas t’en prendre à ma s½ur ! Surtout pas sur notre terre ! Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Até parut à l’aise face à ce nouvel assaut dont elle se moqua : « Je ne me ferai pas surprendre deux fois par la même attaque ! »
Pendant qu’elle esquivait les météores, Até remarqua la Pomme d’Or être animée par la détermination de Kyoko.
La Saintia profita de cette déconcentration pour charger davantage de coups débordant de plus en plus de cosmos. Até en perdit la pomme et fut repoussée.

A côté, Mania avait rejoint Shoko déstabilisée par l’onde de choc. Elle s’acharna au corps à corps. Heureusement pour elle, la Grecque mit à profit les nombreuses leçons de Rebecca ainsi que les remontrances de Mayura. Elle réussissait à bloquer chaque attaque.
Plus sale et moins bien fagotée qu’elle, Shoko constata rapidement à quel point Mania veillait à ne pas réaliser le moindre geste pouvant être considéré comme grossier : « Elle fait bien trop attention à sa gestuelle alors que nous sommes en plein combat. Hormis le fait qu’elle soit mon reflet, elle n’a rien de ma personnalité. Elle ne peut donc pas prédire mes mouvements. Je dois contre-attaquer, décréta-t-elle ! »

En face, à coup de peluche telle une enfant gâtée à qui on refusait un caprice, Emony s’acharnait sur Mii : « Tu m’as attaqué ! Tu es vilaine, vilaine, vilaine… »
Comprenant à chaque coup qu’il ne s’agissait pas d’un jouet ordinaire, Mii se recroquevilla derrière ses deux bras en attendant une ouverture.
Lorsque Emony prit un nouvel élan, Mii se redressa pour asséner un coup de pied circulaire chargé de cosmo énergie : « Angel Splash ! » 
Emony fut balayée en laissant s’échouer au sol Mick.

Esquivant une droite en inclinant son visage sur le côté, Shoko désarçonna Mania en lui collant un coup de genou en plein abdomen. Mania recula de quelques pas et reprit aussitôt une pose gracieuse. Mais le temps qu’elle se préoccupa de son attitude, elle fut devancée par Shoko qui déclencha un crochet du gauche que Mania capta de sa main droite. Mania tenta de la frapper du tranchant de sa main gauche contre son épaule droite, mais Shoko anticipa en lui bloquant à son tour la main.

Emony, elle, se remettait au loin du coup reçu : « Méchante fille ! Tu as voulu montrer que tu étais l’élève la plus disciplinée de ton ordre en faisant l’étalage de ton apprentissage de combattante ! Mais ça ne marche pas avec moi ! »
Dans le dos de Mii, Mick, resté à terre, prenait un air menaçant : « Nightmare Scheme, cria la Dryade ! » 
Jaillirent alors du sol une multitude de lobélies qui recouvrèrent le corps de Mii.

Devant, Kyoko remarqua les difficultés rencontrées par ses alliées.
Néanmoins, du lierre jaillit de terre pour lui faire barrage, tandis que celui du mausolée fonçait sur elle sous forme de lances.
Até était déjà remise : « Million Hatred ! » 

En plein duel de force, mains contre mains, Shoko usa d’un geste qu’elle se doutait que Mania n’anticiperait pas, le qualifiant d’inconvenant. Elle écarta leurs bras pour rapprocher leurs deux corps tout en prenant un élan suffisant et lui infliger un coup de tête en plein nez. Repoussant Mania au loin dans une gerbe de sang.

Pendant ce temps, les fleurs se servirent du corps de Mii comme de la semence. Elles poussèrent jusqu’à lui faire perdre ses forces.

Shoko choisit d’aller la secourir mais Mania, le visage tuméfié, lui renvoie dans le dos un coup à distance.

Kyoko usait de mouvements longs et tranchants pour endiguer avec ses bras et ses jambes les innombrables assauts d’Até qui revenait vers elle d’un air menaçant.
Elle voulut la repousser à nouveau mais le temps qu’elle charge ses météores, une lance végétale lui transperça la cuisse.

Distinguant la détresse de sa s½ur, Shoko l’imita spontanément en dégageant de son poing sa cosmo énergie comme si elle balançait le Ryu Sei Ken.
Toutefois, elle ne fit pas de miracle.
Un seul coup puissant partit pour frapper à son tour à longue portée Mania en pleine épaule et la renvoyer au tapis.

Até avançait vers Kyoko prisonnière de la lance figée dans sa jambe.
Les autres lames de bois s’assouplir alors pour former de gros tentacules qui vinrent enserrer sa victime.
Alors qu’elle était à sa merci, Até fut troublée : « Plus je prends le dessus sur cette Saintia, plus j’ai l’impression que mes forces me quittent. Comme si… »
Elle examina la Pomme d’or qui scintillait : « Comme si le cosmos de Mère entravait mes mouvements… La protégerait-elle plutôt que moi… Serait-ce parce qu’elle est la s½ur de son réceptacle ? Non… Mère n’attache pas d’importance à ce genre de considération… »
Tandis que Shoko arrivait en titubant à la rescousse de sa s½ur, Até la fit dégager d’un revers de tentacule : « Ne t’en fais pas, je viendrai éveiller Mère en toi quand j’en aurai fini avec elle ! »

Shoko rebondit à proximité de Mii sous la menace de tomber en léthargie.
Déterminée, l’apprentie femme chevalier se remis aussitôt en position de combat : « Mii, s’inquiéta-t-elle alors ! Ce n’est pas que tu as toujours été gentille avec moi, commença-t-elle en frappant du pied l’ourson malveillant qui était sur son passage, mais je ne peux te laisser dans cet état ! »
Profitant qu’Emony courrait récupérer sa peluche, Shoko prit Mii dans ses bras et amplifia sa cosmo énergie pour brûler les lobélies.

Até, elle, faisait étouffer Kyoko sous l’éteinte de ses liens : « C’est ridicule ! Mère te protégerait plus que moi ?! Parce que tu es la s½ur de son réceptacle ?! Et puis quoi encore ?! »
Les tentacules levèrent du sol Kyoko dont l’expression d’angoisse exprimait parfaitement leur progression malsaine. Ils s’enroulaient lascivement autour de ses jambes et s’attardaient sur sa plaie à la cuisse pour lécher son sang tout comme Até laissait glisser la paume de sa main tout le long de son visage.
Pendant que la Dryade passait sa langue de l’intérieur de sa main jusqu’au bout de son majeur, les tentacules remontaient le long des bras de Kyoko jusqu’à venir s’enrouler autour de sa Cloth à hauteur de sa poitrine. L’acidité du sang de sa cuisse les appela inexorablement à remonter chercher un goût plus suave.
Alors qu’ils comprimaient sa cuisse pour remonter jusque sous sa robe, Até continuait de descendre sa main pour venir d’un mouvement circulaire inconscient happer sa poitrine qu’elle frottait jusqu’au bout de ses seins.
Tandis qu’une fièvre la menaçait, partagée entre la perte de ses pouvoirs que lui infligeait la pomme et le désir charnel que les sévices sur Kyoko lui procuraient, Até fut repoussée par un violent coup à l’estomac.
Aussitôt, le lierre s’embrasa d’une flamme bleutée.
Pendant que les liens se replièrent sur eux pour lutter contre leur combustion, sortirent du foyer Kyoko et son sauveur qui la portait à bras.
_ « Rigel, se blottit-elle contre lui en prononçant son nom…
_ Kyoko, la fixa Rigel plein d’émotion, je suis là à présent…
_ Je vais reprendre le combat, se remit-elle sur pied galvanisée par son sauveur. »
Boitant, elle reprit sa garde, alors que lui n’arrivait pas à détacher ses yeux d’elle.
Grand dans son armure argentée, il souriait, hébété, en l’admirant.

Derrière eux, Shoko remarqua que sa s½ur semblait partager quelque chose avec lui : « Les Saintias ne doivent-elles pas rester chaste, songea-t-elle… Pourtant, le regard qu’ils se sont échangés un bref instant paraissait bien passionné. »
Elle n’eut pas le temps de cogiter davantage que Mania et Emony l’encerclaient déjà.
Mii revenait difficilement à elle.
_ « Laisse-moi la mettre hors de combat, implora Mania à Emony en se tenant l’épaule de douleur.
_ Si tu y tiens, dit Emony en caressant Mick.
_ T’es grave, déplora Shoko envers Mania, qu’est-ce que je t’ai fait pour t’intéresser autant ?!
_ Tu n’as toujours pas compris, s’étonna Mania qui devenait à chaque phrase de plus en plus hystérique ? Tu es née pour être la réincarnation de Mère ! Notre mère nourricière ! Si belle ! Si attentionnée ! Si puissante ! C’est pour ça que j’ai éclos à ton image ! Je voulais tes traits ! Etre aussi belle que Sa Majesté Eris !
_ Tu nourris un véritable complexe d’¼dipe. C’est malsain, grimaça de moquerie Shoko ! »

A l’opposé, Até sentait ses forces lui revenir : « Depuis que cet homme est arrivé j’ai l’impression que la Pomme d’Or cesse de m’entraver. Très bien, je vais me débarrasser d’eux. Mania et Emony ont réussi à isoler le réceptacle de Mère. Elles l’auront affaibli d’ici là. »
Rigel posa sa main sur l’épaule de Kyoko afin de lui passer devant : « Kyoko. Repose-toi. Moi Rigel Saint d’argent d’Orion, je vais me charger de cette Dryade. Ignis Fatuus ! »
Curieuse de la complicité apparente entre eux deux, Até se laissa distraire par les flammes bleues et blanches projetées par le chevalier.
La formidable chaleur dégagée l’empêcha de déployer toute sa puissance.
Elle ne vit pas arriver par les airs Kyoko qui à bout portant déclencha son arcane : « Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Le corps d’Até martelée de météores, rebondit une centaine de fois au sol sans qu’elle ne puisse riposter.

Au même instant, Mania se jetait sur Shoko. C’est ce moment que Mii choisit pour se relever et contrer par surprise la progression de Mania : « Angel Splash ! »
Shoko profita de la confusion pour attaquer plutôt Emony qui ne s’y attendait pas.

Les trois Dryades repoussées, Rigel se précipita pour soutenir Kyoko et rejoindre Shoko et Mii bras dessus bras dessous pour se maintenir debout.
_ « Merci d’être venu à notre secours Rigel, posa sa main Kyoko sur le torse de son sauveur.
_ Ah ! Oh ! Euh ! Vous vous… Vous êtes ensemble, pointa du doigt sa s½ur Shoko !
_ Ne dis pas de bêtises voyons, fronça les sourcils Kyoko gênée devant Mii. »
Très procédurière, Mii fixait le couple avec suspicion et remarquait que Rigel fuyait les regards.
Cependant, autre chose inquiétait la prêtresse.
_ « C’est tout de même étrange que si proches des maisons du zodiaque, il n’y a que toi Rigel qui a ressenti les Dryades.
_ A vrai dire, commença-t-il gêné, ce ne sont pas les Dryades que j’ai ressenties. Ce qui m’a interpellé, c’est le cosmos de Kyoko qui faiblissait à vue d’½il.
_ Mais comment est-ce possible que personne ne détecte leurs cosmos étrangers, s’enquerra Mii ?
_ C’est parce que nous ne sommes que des émanations de vos traits de personnalités, répondit une voix nouvelle. »
L’auteur, une femme au corps couvert d’une longue cape, sortit de l’ombre du mausolée.
Son regard inquiétant perçait à peine les mèches de ses cheveux châtain foncé qui passaient devant ses yeux. Dysnomie prit la parole.
_ « Obstination, fixa-t-elle Shoko, désir charnel, poursuivit-elle en regardant Rigel, luxure, sourit-t-elle à Kyoko, secret, taquina-t-elle Mii, luxure, mensonge, tentation, déviance, écarta-t-elle les bras au ciel comme pour englober tout le Sanctuaire, nous représentons tout ça. Et vous êtes tout ça. Oui, toi aussi petite souris rongée par un amour inavoué enfoui sous ta rigide discipline, taquina-t-elle Mii. Pour entrer ici, notre cosmo énergie se tapit dans l’ombre des vôtres. De votre cosmos émane vos vertus mais aussi vos péchés. Dès lors, c’est un jeu d’enfant pour nous de nous faufiler ici. Le kekkai d’Athéna ne peut donc faire barrière contre vous autres et, en l’occurrence, contre nous autres qui sommes une partie de vos reflets. Je suis Dysnomie Dryade de l’Anarchie. Et je suis venue vous chercher Mère, inclina-t-elle sa tête vers Shoko.
_ C’est ridicule, s’élança Kyoko contre elle ! »
Mais Dysnomie parut plus alerte que ses soeurs et immobilisa sans peine grâce à sa télékinésie la Saintia qui perdait encore beaucoup de sang par sa cuisse.
Rigel choisit de la secourir, mais il constata trop tard que ses membres étaient immobilisés par le lierre d’Até.
Les trois premières Dryades étaient revenues à l’assaut.
Mania rendait à Mii la monnaie de sa pièce d’un direct au foie.
Shoko reculait pour prendre son élan face à Emony mais se sentit acculée : « Un mur ?! Le monument est loin derrière nous pourtant… »
C’est alors que des mains se posèrent sur ses hanches et remontent langoureusement sous son maillot jusqu’à sa poitrine.
_ « Que tu sens bon… Encore pure et pleine d’un si grand potentiel, susurra le roc dans son dos. »
Elle fit volte-face et découvrit la première Dryade masculine qui lui fit la révérence : « Je suis Phonos Dryade du Meurtre ! »
Il aurait pu lui paraître beau avec ses oreilles d’elfe, dans sa longue robe ébène couverte d’une cape blanche, si la façon dont il la dévorait du regard n’était pas si obscène.
_ « Laissez-là, beuglait à l’envie Kyoko impuissante ! Partez ! Laissez ma s½ur ! »
Até pouffait de rire devant la faiblesse de Kyoko.
A la merci des Dryades, Shoko tournait sur elle-même, ne sachant à laquelle se vouer en premier.
Até était la plus entreprenante de toutes. Elle avançait obstinément pomme tendue vers l’avant. Le fruit brillait de plus en plus, à mesure qu’il approchait son réceptacle. Il libérait un halo de lumière qui voguait jusqu’à lui.
L’entourant.
Pénétrant ses sens en s’infiltrant par ses narines.
_ « Shoko ! Shoko ! Bats-toi ! Ne te laisse pas envoûter, hurlait son aînée ! »
Alors, à chaque supplication, la Pomme d’Or resplendissait encore plus qu’elle ne s’illuminait pour Shoko.
Até perdit son rictus moqueur, en comprenant l’influence que Kyoko avait sur l’artefact.
Enivrée, Shoko n’avait plus la force de lutter malgré les exhortations de sa s½ur à ne pas lâcher prise.
Kyoko était défigurée par la haine qu’elle éprouvait pour la menace qui guettait sa s½ur : « Vous me le paierez ! Je vous ferai subir mille tourments ! Athéna elle-même ne m’empêchera pas de vous mettre au supplice ! »
Toute proche de Shoko, Até sentait l’intérêt paradoxal de la pomme pour chacune des s½urs.
Le camp d’Athéna était suspendu aux lèvres de la méconnaissable Saintia.
Mii était choquée par Kyoko, son modèle.
Rigel n’avait jamais perçu cette facette de sa personnalité.
Kyoko bavait de rage, les lèvres retroussées.
Les sujets d’Eris frémissaient d’impatience.
Mania dévorait des yeux son sosie.
Emony étranglait d'empressement Mick.
Phonos passait sa langue de façon concupiscente sur sa lèvre supérieure.
Dysnomie fronçait les sourcils, en ressentant le même malaise qu’Até.

C’est alors que l’échéance fut imminente, que soudain, un cristal de glace vint écorcher le revers de la main d’Até, faisant tomber la pomme.
Dysnomie fut attaquée par une vague de froid, l’obligeant à cesser sa restriction sur Kyoko.
Rigel profita de l’attention relâchée d’Até pour brûler de ses flammes bleues ses liens.
Et Mii tournoyant sur elle-même, profita qu’elles soient côte à côte pour frapper à revers Mania et Emony d’un coup de pied circulaire encore plus puissant que son précédent arcane : « Angel Blow Splash ! »
Katya, à peine remise du meurtre de Klaus, apparut enfin à leur rescousse.
Couverte de sa Cloth, elle poursuivit son offensive sur Dysnomie : « Jewelic Tears ! »
Des cristaux de glace menacèrent la Dryade qui, une fois l’effet de surprise passé, se contenta d’un revers des longues manches de sa tunique pour balayer le froid.
Cependant elle ne vit pas Kyoko arriver de l’autre côté et fut martelée par une pluie de météores : « Equuleus Ryu Sei Ken ! »
Pendant que Mii allait au chevet de Shoko, Kyoko se réjouissait de l’arrivée de sa camarade.
_ « Katya ! Dis-moi que c’est le Grand Pope qui nous envoie les secours ?!
_ Hélas non. C’est parce que je me rendais à Honkios que j’ai découvert ce qui se trame ici.
_ Espérons alors que d’autres Saints usent de la montée des douze maisons, car nul ne peut ressentir le cosmos de ces Dryades ! »

Rigel, lui, entamait un corps à corps avec la si peu vêtue Até.
Galvanisée par l’éclat d’Eris à travers sa pomme, Até entamait à chaque coup la Cloth d’argent.
Malgré qu’il parût le plus acharné, faisant reculer à chaque tentative Até, Rigel brassait du vent.
Até esquivait chaque assaut et lui rendait au double en touchant sa cible.

_ « Et Rigel, demanda l’air complice Katya à Kyoko ?
_ Il m’a senti en danger. Tu sais ce que c’est après tout d’avoir un ange gardien qui veille sur toi, fit allusion en retour Kyoko à Saga. »
Katya sourit chaleureusement et repartit au combat après que Dysnomie se soit relevée : « Si seulement Saga pouvait encore m’apparaître, espéra-t-elle ! »

Souhaitant être seul avec Shoko, Phonos s’en prit à Mii avant qu’elle n’atteigne son amie en la heurtant aux côtes : « Despaired Bite ! »
Par une multitude de coups d’ongles, Phonos repoussa de son cosmos Mii contre le flanc de la montagne qui supporte les marches vers les temples des chevaliers d’or.

Refusant de laisser les siens se battre sans elle, Shoko empêcha que Mania se jette à la poursuite de Mii.
A distance, elle entama une bataille de coups à longue portée avec Mania.
Toutefois, si elle gérait Mania du mieux qu’elle pouvait, elle ne put empêcher Emony de rendre à Mii la monnaie de sa pièce.

Mii ne pouvait plus reposer pied à terre, tandis qu’Emony déclenchait à chaque fois son arcane : « Innocent Glamness ! »
Des centaines de pétales de lobélies, semblables à des papillons menaçants, venaient la heurter, égratigner sa peau, déchirer sa robe, ronger sa chair.
Mii était chaque fois balancée contre la roche, avant d’être attaquée à nouveau.

De son côté, Rigel commençait à payer le prix des contre-attaques qu’il encaissait.
De sous son diadème ébréché, du sang s’écoulait de ses plaies crâniennes. Ses pommettes fendues lui gonflaient les joues.
Até se voyait victorieuse.
Pourtant, Rigel gardait le sourire. Até comprit trop tard qu’elle était prisonnière d’un brasier.
_ « Impossible ! En réalité je n’esquivais pas tes coups. Tu frappais tout autour de nous pour nous entourer de flammes.
_ Tu as vu juste. Et maintenant prisonnière de mes flammes, tu vas subir de plein fouet mon Feu Follet Dansant : Ignus Fatuus Saltare ! »
Tel un maelström, le feu bleu et blanc monta haut dans le ciel pour former un dôme qui retomba lourdement sur les deux adversaires, les emprisonnant dans le foyer.

_ « Rigel, s’époumona Kyoko pourtant en plein combat !
_ Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi ! Tes sentiments interdits vont mettre en péril ton alliance avec ton amie, la prévint Dysnomie ! »
En effet, alors que leurs attaques coordonnées empêchaient la Dryade de riposter, Dysnomie profita de la déconcentration de Kyoko pour répliquer contre Katya qui n’était plus couverte.
Après avoir évité un direct de Katya au visage, Dysnomie posa sa main contre le poitrail de la Couronne Boréale. Elle matérialisa une boule de cosmos qui repoussa la Saintia.
La déflagration fut si puissante que Katya inconsciente embarqua dans l’élan Kyoko désarçonnée.
Elles atterrirent contre le flanc de montagne où Mii peinait à faire face.

Plus loin, se cachant tour à tour de stèles en stèles, n’en sortant uniquement que lorsqu’elles portaient un impact chaque fois plus puissant, Shoko et Mania poursuivait leur bataille à longue distance.
Chacune parvenait à faire mouche au regard de leurs tenues déchirées, sans toutefois réussir à prendre l’avantage.

A peine Katya et Kyoko heurtèrent le rocher, que Dysnomie, à leur poursuite, ne leur laissa pas de répit.
Elle saisit par la jambe Katya inconsciente et se servit de son corps telle une masse pour frapper à trois reprises contre Kyoko.
Le choc de leurs corps fit crisser leurs Cloths et les ébrécha par endroit.

Inquiète devant la punition infligée à sa s½ur, Shoko se découvrit inconsciemment.
Donnant l’opportunité à Mania de parfaitement viser sa cible.
Cependant, revigorée par le devoir de secourir Kyoko, l’Athénienne joignit toutes ses forces dans un coup qui écrasa celui de Mania au moment de leur impact. Ce coup ressemblait bien plus à un météore que tous ceux portés jusqu’à présent. Mania fut heurtée en plein estomac et repoussée sur plusieurs mètres, inconsciente.

En même temps, Rigel sortit du foyer immense.
Le feu consumait suffisamment de cosmos pour devenir visible à quelques kilomètres de là au sein du Sanctuaire.
Victorieux à première vue d’Até, sa première pensée fut pour sa bien-aimée inconsciente un peu plus loin.
Il s’élança contre Dysnomie et Emony.

Décidée à faire front contre elles aussi, Shoko en oublia Phonos qui réapparut à nouveau dans son dos.
Elle effectua un coup de pied retourné pour s’en débarrasser, mais son mouvement fut entravé par des fils de soies.
_ « Paralyze Silk. Tu es prisonnière de ma toile, ricana Phonos. »

Simultanément, du lierre traversa sous forme de lances les tombes et faucha en plein élan les cuisses, le poitrail et les bras de Rigel, manquant de justesse de l’éborgner.
_ « Non… Até… Tu as survécu, déplora Rigel à bout de forces. »

D’un éclat de rire sadique, Phonos se mit à glisser ses doigts à travers les cheveux de Shoko : « Un corps innocent, pur… Personne ne l’a encore parcouru n’est-ce pas ? Je me délecte d’avance de savoir ce qu’en fera Mère… »
Amusée aussi, Até approchait avec la pomme.
Emony et Dysnomie laissèrent choir leurs adversaires.
Mania ouvrait grands les yeux pour savourer cet instant qu’elle attendait tant.
Kyoko revenait progressivement à elle.
Rigel, suspendu au dessus du sol par les piques tranchant d’Até, préférait fermer les yeux, couvert de honte par sa défaite.
Mii presque dénudée et couverte d’hématomes, rampait jusqu’à Katya en espérant la ramener à elle.
A la merci de la Pomme d’Or, Shoko fermait les yeux : « Kyoko… Grande s½ur… Parviendras-tu à me sauver cette fois encore comme dans mes cauchemars ? Ou bien… Comme pour Rigel et toi, existe-t-il un héros, un ange gardien capable de veiller sur moi ? »

Kyoko, l’armure ébréchée, ne parvenait pas se ressaisir.
Elle regardait Rigel étripé par les lianes arbustives se vider de son sang, avant de constater avec davantage d’effroi qu’elle ne pouvait pas sauver sa s½ur cette fois.

Shoko l’avait compris.
Epuisée, elle ferma les yeux.
S’en voulant d’avoir causé tant de tort à sa s½ur : « Grande s½ur… Je t’ai été bien pénible… J’aurai tant espéré d’autres retrouvailles… Mais tu as fait ta vie… Tes choix… Trouvé ton bonheur à travers ton rang et ton amour pour cet homme… Moi j’ai été négligente… J’ai échoué à te rendre fière… Et voici qu’on m’annonce être le réceptacle d’une ennemie d’Athéna… Rigel t’aime et te sauve. A deux, vous vous battrez pour Athéna… Mais moi, demain, avec qui me battrai-je ? Qui risquera sa vie pour moi ? »

La réponse vint à Shoko par un éclat aussi éblouissant que le soleil.

La lumière passa à travers ses paupières.
Son corps, soudain libéré de la soie, retomba lourdement.
Mais il ne chuta pas au sol.
Il était maintenu dans les airs par une poigne solide, qu’elle sentait sous le pli de ses genoux et derrière son dos.
_ « Cet homme…Non ce n’est pas un rêve… Un homme en or… Sa prise est si dure… Son armure est si solide… Et sa peau… Elle sent si bon le soleil, tout comme ma peau, contempla-t-elle.
_ Tu vas bien, lui demanda sans ménagement son héros aux longs cheveux bleus ?
_ Un Saint d’or, pesta pour sa part Phonos.
_ Milo du Scorpion, s’annonça le chevalier, je suis venu chasser l’araignée que tu es du Sanctuaire. Scarlet Needle ! »
Tout en gardant Shoko dans le creux de son bras gauche, il décocha de son ongle allongé cinq piqûres.
Chacune frappa chaque Dryade.
Toutes plièrent genou à terre, les yeux déchirés par la douleur.

_ « Non… Toutes n’ont pas été atteintes, constata Milo en voyant que Dysnomie n’était plus là ! »
D’un saut acrobatique, la Dryade de l’Anarchie surplombait le Scorpion.
Par réflexe, la faisant tournoyer sur elle-même en la libérant de son bras gauche, Milo écarta Shoko du danger.
Accumulant sa cosmo énergie dans son index droit, il forma une concentration de cosmos pour contrer l’immense sphère de cosmo énergie emmagasinée par Dysnomie qui le menaçait à bout portant.
Dans la foulée, Phonos revint à la charge.
_ « Desperate Bite, attaqua à revers Phonos pour faire pencher la balance !
_ Tu es trop lent, Scarlet Needle ! »
Milo répondit avec son index gauche, avant de ramener à lui Shoko qui valsait au gré de ses bras.
Pris entre deux feux, Milo garda l’avantage devant une Shoko ébahie : « Incroyable ! Je ne l’ai même pas vu bouger ! Il m’a évité de subir chaque attaque tout en contre-attaquant avant de me ramener contre lui ! Cet homme est à des années lumières de moi ! »
Milo ne relâcha pas sa garde pour autant, devinant qu’Até attaquait aussi.
_ « Million Hatred ! »
Alerte, de son aiguillon, il désintégra tous les tentacules qu’elle lui lança de face.
Enfin, d’un bon acrobatique, il anticipa les lances venues du sol en s’élevant avec Shoko qui chercha refuge contre son buste.
Il riposta de son Aiguille Ecarlate mais au moment de l’impact, Até vola en échardes.
_ « Un leurre ! Elle a donné à ses lianes son apparence ! Mais alors… »
Avant même qu’il ne puisse retoucher le sol, il comprit trop tard.
De tout le cimetière, renversant les tombes, arrachant les stèles, jaillirent des milliers de javelots de lierre.
Elles contraignirent Milo à renvoyer au sol, plus loin Shoko, puis à réaliser un effort de concentration extrême pour lutter contre les obstacles.

Sur ces entrefaites, Até arriva nez à nez avec Shoko alors que Phonos, malgré la douleur des piqûres, la bloqua à nouveau dans sa toile une fois qu’elle fut renvoyée à terre.
Immobilisé par l’effet du Scarlet Needle, mis au supplice, il arborait quand même de ses longues dents, le plaisir de voir la pomme être fermement tendue par la main ouverte d’Até contre le creux de la frêle poitrine de la Grecque au maillot craquelé.

Revenue à elle grâce à l’instinct de survie pour sa s½ur, devinant le danger, Kyoko surprit Emony et Mania en se jetant à la poursuite d’Até à la vitesse du son.

Voyant Shoko à la merci des Dryades, Milo choisit alors de recroqueviller ses membres contre lui avant de les relâcher en faisant irradier tout son cosmos, consumant une grande partie de ses forces mais aussi et surtout les pilums végétaux.
Les rayons solaires de la cosmo énergie de Milo éblouirent Shoko qui, abattue, levait une ultime fois les yeux au ciel en tant qu’Athénienne pour admirer une dernière fois son éphémère messie.
Kyoko arriverait trop tard, mais Milo savait qu’à la vitesse de la lumière il pouvait encore contrer Até.
Néanmoins, Dysnomie le menaça à nouveau. A mesure que la Pomme d’Or irradiait, les Dryades gagnaient en force.

Dans la main d’Até, la pomme resplendissait tandis qu’un serpent ailé s’en échappa.
Il encercla Shoko pour la soumettre à son attraction.

Milo repoussa Dysnomie en la devançant grâce à dix piqûres.

Rigel, impuissant, les yeux gondolés de larmes devant l’acte héroïque de Kyoko, regarda la Saintia traverser tout le champ de bataille en s’égosillant du nom de sa s½ur.

Milo, vainqueur, de Dysnomie, fondit depuis les airs en direction d’Até.

Shoko étant maintenant prisonnière de la Pomme d’or et non plus de sa toile, Phonos chargea Milo pour dévier sa course…

Le serpent ailé n’était autre qu’Eris
Il fixa avec appétit Shoko.
Il fonça.
Sorti de la pomme tendue entre les seins de Shoko, le serpent se précipita en direction de la poitrine de…
_ « Kyoko, cria d’angoisse Rigel en crachant du sang ! »

Shoko fut sans voix.
Encore étouffée par le serpent, ce dernier s’était détourné d’elle.
Il était passé par-dessus l’épaule d’Até.
A son sourire la Dryade avait compris les intentions d’Eris.
Le serpent avait transpercé le thorax de Kyoko qui arrivait dans le dos d’Até.

Tous, hormis Até, demeurèrent interdits.

A terre, Milo dégagea d’un revers de bras le glorieux Phonos qui roula au sol avec l’air ahuris, satisfait de la renaissance d’Eris.

Le serpent se desserra de Shoko, pour mieux pénétrer de tout son être le buste de Kyoko.

Aussitôt, d’un pas lent, les bras tremblants tendus vers elle, Shoko progressa en direction de sa s½ur sans se soucier d’Até à côté de qui elle passa sans même la remarquer.
_ « Grand… Grande s½ur ? »
Alors qu’Eris s’insinuait progressivement en elle, Kyoko garda une mine satisfaite à l’endroit de sa cadette.
Malgré le sang qui fuyait le coin de ses lèvres, elle lui souriait de tout son amour.
_ « Je suis heureuse d’être arrivée à temps… Heureuse que cette âme maléfique ait choisi mon âme souillée, plutôt qu’elle ne soit venue pervertir ton innocence…
_ Que racontes-tu ?
_ Il se passe bien des choses au Sanctuaire… Et le monde entier est plus noir qu’on ne le croit… Malgré tout le mal que j’ai couvert… En te voyant ici saine et sauve… Je me dis qu’avant de devenir totalement corrompue, j’aurai pu faire le bien… »
Difficilement, la main rougie par le sang qui s’est écoulé de ses plaies, Kyoko passa sous le col de sa Cloth et en extirpa le même médaillon que sa s½ur à l’effigie de Pégase.
_ « N’aie pas peur… Tout ira bien… N’oublie pas la légende que je te racontais quand nous étions petites…
_ Pégase… Qui accompagne Athéna dans chaque victoire…
_ Oui… Pégase apparaîtra un jour en ce Sanctuaire. Il le nettoiera du mal et viendra à bout de la déesse maléfique que je serai devenue. Ce jour là, bats-toi à ses côtés et terrasse le mal que je n’ai pas eu la volonté de repousser de mon c½ur. »

Le serpent finit d’investir totalement le corps de Kyoko.
Seules ses ailes demeurèrent et commencèrent à battre pour repousser Shoko.
Elles élevèrent Kyoko dans les airs pendant qu’Até commenta : « L’étoile sous laquelle les s½urs sont nées est double. Eris a choisi cette étoile. En l’occurrence, l’une comme l’autre, vous étiez prédisposée à devenir Eris. Si Mère aime se réincarner dans un corps pur, elle a préféré l’âme souillée et torturée de ta s½ur. »

La cadette tomba à genou pendant que sa s½ur s’élevait en position f½tal.
Les yeux rivés au sol, de désespoir, Shoko contrastait avec la mine euphorique d’Até, qui relâchait enfin Rigel de sa prison de lances.

Le ciel s’assombrit.
Les ailes enroulèrent la Saintia.

Le Sanctuaire réalisa enfin qu’un malaise planait.

Phonos sentait la restriction du Scarlet Needle s’évanouir.

Les autres Saints d’or présents au Sanctuaire sortirent sur le parvis de leur maison.

Emony serrait fort contre elle Mick.
Katya revint à elle et réalisa sans tarder l’ampleur des dégâts, en voyant la mine déconfite de Mii.
Dysnomie reculait pour mieux apprécier le spectacle.
Rigel incapable du moindre geste gisait dans son sang, ses larmes se mêlant à l’hémoglobine qui inondait le sol.
Une sphère pourpre émana de Kyoko…

Le Grand Pope prenait appui sur son balcon, devinant le nouveau danger.
La sphère de Kyoko implosa.
Elle souffla le Sanctuaire tout entier.
Clouant les plus proches au sol.
Irritant les pupilles des spectateurs au loin…

A l’exception des Dryades qui furent les premières à admirer la renaissance de leur déesse.

Shoko recouvrit ses émotions en entendant le bruit suspect de cliquetis métalliques.
Elle habitua ses yeux à l’éclat aveuglant et reconnut, morceau par morceau, la Cloth du Petit Cheval retomber à l’endroit même d’où s’était élevée Kyoko.
Enfin, un dernier bruit plus léger acheva les chocs de métaux.
Le pendentif de Pégase quittait en dernier la Saintia.

Par le biais de son cosmos, Kyoko appela sa s½ur : « Shoko ?! »
Shoko sentit sa cosmo énergie happée dans un champ de fleur.
_ « Tout est terminé Shoko. Suis-moi, l’intima Kyoko dans ce jardin sans fin.
_ Kyoko… Pourquoi… Pourquoi te suivrai-je ? »
L’aînée était dans le plus simple appareil, le corps marqué de symboles pourpres.
_ « Parce que la Terre va bientôt être détruite. Les hommes sont avides et ne respectent aucune valeur. Athéna n’a jamais su empêcher le monde de sombrer. Pire, depuis les temps anciens, leurs ambitions démesurées ont massacré des civilisations. Ainsi, la Terre basculera dans un conflit global et finira réduite en cendres. Tu finirais épuisée de désespoir à défendre ce monde qui n’en vaut pas la peine. Alors que désormais, nous pouvons vivre dans mon royaume, un paradis où tu n’auras plus de compte à rendre à personne. La ponctualité. Le travail. La faim… Plus rien de tout ça ne te concernera… Ne nous concernera… »

En dehors de l’illusion créée par Eris, Rigel entendait les paroles de sa bien-aimée et réalisait avec amertume que ses projets ne le concernaient pas.

Shoko, elle, se relevait, l’½il triste.
_ « Shoko, poursuivit Eris, tu as toujours couru de toutes tes forces derrière moi pour me rattraper. Aujourd’hui je te donne une unique chance de pouvoir être à mes côtés. Aucun autre monde que le mien ne l’aurait permis.
_ Ce n’est pas ce que ma s½ur voudrait, balbutia-t-elle timidement.
_ C’est l’image que tu as de ta s½ur. Pourtant c’est bien elle qui te parle. Assouvir ses désirs… Kyoko savait bien avant de devenir Eris qu’il n’y a pas plus grand bonheur que ça… »

Ces paroles firent réaliser à Rigel l’impact de leur amour sur l’âme d’une Saintia.

L’ensemble des Dryades approchait Shoko dont les poings se serraient à s’en briser les os. Du sang en jaillissait et ses dents serrées auraient pu rompre sa mâchoire.

_ « Ma s½ur que j’avais enfin retrouvée… Elle à qui je voulais tant ressembler… Les années l’ont-elles fait changer à ce point ?
_ Je suis devenue femme. Et comme en chaque mortel, le vice me guettait. Une voie sage est un chemin long et difficile à tenir. Le chagrin et la souffrance, d’une vie de dévotion sans reconnaissance, peut facilement nous écarter du droit chemin…
_ Que veux-tu dire ?
_ Je vais te dire un secret, dit la déesse nue qui descendit jusqu’à sa s½ur maintenant encerclée des Dryades. Athéna, susurra-t-elle à son oreille, n’est pas au Sanctuaire. Toute l’éducation chaste reçue ici depuis douze ans ne repose que sur des mensonges. »
Terrassée par de tels propos, Shoko demeurait interdite.

Au loin, ignorant la teneur de l’échange, Milo redoutait de voir l’apprentie Saint être ainsi encerclée.
_ « Cela suffit, décréta-t-il ! C’est maintenant ou jamais ! Je vais nous débarrasser une bonne fois pour toute d’Eris ! Scarlet Needle Antarès ! »
Depuis les airs, la déesse dévêtue vit fondre sur elle quinze Aiguilles Ecarlates dont l’une, destinée à son c½ur, était plus rouge encore que les autres.
Faisant apparaître dans sa main une lance à quatre branches, Eris dressa aussitôt un bouclier.
Néanmoins, si elle a su réagir à la vitesse de la lumière, elle n’anticipa pas le mouvement du Saint d’or qui apparut au milieu des Dryades pour enrouler dans sa cape filée par les combats Shoko : « Restriction, cria-t-il en attaquant les Dryades ! »
Il tourna ensuite le dos à Eris, qui pointait déjà sa lance dans sa direction, afin de servir de bouclier à Shoko.
La concentration de cosmo énergie qui émana de la lance les repoussa jusqu’au flanc de la montagne où, encore une fois, Milo fit une rotation sur lui-même pour épargner Shoko du choc contre la pierre.
La Cloth d’or ébréchée au dos, la cape arrachée, Milo retomba à genoux, refusant de s’avouer vaincu.
Il déposa devant lui sa pantoise compatriote, totalement dépassée par les évènements.

Devant eux, Eris accusait le coup.
Elle retomba à terre. Son front perlant d’une sueur intense, qui descendait jusqu’au creux de sa poitrine nue.
Affaiblies par la Restriction du Scorpion, les Dryades voulurent immédiatement sécuriser leur déesse.
Dysnomie se mit alors en première ligne pour éviter une confrontation qui serait fatale, tandis qu’Até vint à son chevet : « Vous venez à peine de recouvrer votre conscience. Faire ainsi l’étalage de votre puissance dans ce corps nouveau était bien trop dangereux. Il nous faut retourner dans votre temple. Il doit vous rester suffisamment de force pour le faire ressurgir des entrailles du Sanctuaire. »

Aussitôt, tout à l’Ouest du cimetière, sur le versant de la montagne où s’érigent les douze maisons du zodiaque, la roche se fissura.
Les craquelures du sol du cimetière libérèrent des faisceaux pourpres qui accentuèrent la déchirure du parterre.
Le Sanctuaire tout entier trembla.

Les secousses sismiques furent ressenties par-delà le domaine sacré.
Travaillant les plaques tectoniques.
Provoquant des remous de la Mer Ionienne à la Mer Egée en passant par la Mer Méditerranéen et la Mer de Crète.
Submergeant les côtes frontalières d’Athènes…
 
Shoko reprenait difficilement ses appuis, tandis que ses alliés assistaient à terre impuissants à la renaissance du temple d’Eris.
Morceau par morceau, le plateau aux stèles millénaires pour certaines se dérobait dans le vide insondable, formant peu à peu un gouffre arrondi duquel sortit, poussé par ses racines qui puisaient leurs forces dans les entrailles de la Terre, un arbre.
Aux épaisses branches de bois sec, arborant à son sommet un toit feuillu, presque cotonneux, sur plusieurs kilomètres de diamètre, l’arbre engouffré jusqu’alors gardait en ses racines un temple.
Les racines prenaient par le dessous la crépis, cette plateforme à degrés qui servait de soubassement en marbre et carreaux de pierre taillés, pour en sortir la paroisse toute entière.
Les colonnes fièrement dressées maintenaient le plafond parcouru, telles des veines, par les racines qui léchaient l’épistyle.
Extirpé des entrailles du cimetière, le temple s’élevait par-dessus le Sanctuaire.
Porté par son nuage de feuilles, comme un ballon dirigeable, l’arbre hissait haut le temple, par-delà même les nuages, pour sortir du kekkai d’Athéna.

Spectatrices averties de la renaissance de leur temple, les Dryades se laissaient envelopper par les ailes d’Eris dont le plumage devenait plus long et imposant.
_ « En effet Até. Il est temps pour nous, mes enfants, de retrouver notre foyer.
_ L’Utérus, s’émerveilla Até.
_ Allons Mania, partons ! »

Eris invita la dernière Dryade à ne pas s’être regroupée.
La susnommée avait pris la place de Dysnomie.
Elle faisait front à Shoko, la seule Athénienne encore debout.
_ « J’arrive Mère. Laissez-moi juste achever cette erreur. Ce réceptacle n’a plus lieu d’être. Vous n’avez plus besoin qu’elle empoisonne l’âme de Kyoko.
_ C’est déjà le cas Mania. Kyoko présentait une âme corrompue, facile à assimiler pour me permettre de m’exprimer pleinement. Mais je comprends que quelqu’un portant les mêmes traits que toi puisses te rebuter. J’ai brisé le c½ur de ce petit oisillon, en lui montrant la vraie nature de sa s½ur. J’ai brisé sa foi par ma révélation sur l’état du Sanctuaire et l’incapacité d’Athéna à pouvoir intervenir. Je te laisse briser son corps pour qu’il ne subsiste que toi et me donner parfois un sentiment de nostalgie si cher aux humains, lorsque je te regarderai Mania de la Folie. »
Aussitôt, la Dryade fut prise d’une passion débordante. Ses yeux grands ouverts fixaient d’une détermination psychotique le dernier rempart à la reconnaissance de sa mère.
Face à elle, les bras de Shoko en tombaient. Sa s½ur était donc comme cela.
A cet instant elle comprit, Eris exacerbait la part d’ombre de Kyoko. Comme elle qui ressentait de la colère, du chagrin, en cet instant, Kyoko avait une part d’ombre. Mais aussi de lumière. C’est cette lumière qui a fait d’elle une Saintia en dépit des révélations qu’elle a pu lui faire. Si la Cloth l’avait reconnu, c’est qu’il y avait une certaine justice dans ces actes.
Elle tourna sa tête de droite à gauche. Rigel gisait dans son sang. Mii ramenait doucement à elle Katya. Dans son dos, Milo reprenait appui pour faire obstacle à nouveau.
_ « Non… Non, ce n’est pas à lui de se sacrifier pour ma s½ur. Si sa part d’ombre était plus forte que sa lumière au point qu’Eris la domine complètement plutôt que moi, c’est que ma part de lumière est bien plus forte. Mon corps n’est pas brisé, il bouge encore. Mon c½ur n’est pas brisé, j’ai foi envers les actes héroïques de tous ceux qui ont lutté à mes côtés aujourd’hui. Ma foi… Oui ma foi n’en est que plus revigorée. Si ma s½ur n’a pas su être une Saintia jusqu’au bout, alors, parce que j’ai toujours voulu la rendre fière, je serai une bien meilleure Saintia qu’elle ! »
Tandis que Mania, revigorée par le cosmos d’Eris, faisait pousser au bout de ses doigts de longs ongles tranchants, elle ne remarqua pas devant elle les restes de l’armure du Petit Cheval s’agiter.
Elle s’élança contre Shoko qui prit elle aussi une puissante impulsion.
Alors même qu’elle partit en premier, Mania se vit dépasser par plusieurs étoiles venues au contact de Shoko.
Ces fusées vinrent se plaquer contre son corps, morceau après morceau, pour la barder en pleine course de la Cloth du Petit Cheval.
_ « Le cosmos de Kyoko enveloppe tout mon corps ! Pas de doute ! Ce cosmos chaleureux est celui avec lequel elle me protégeait dans mes rêves !
_ Par quel miracle, s’exclama Mania désormais au coude à coude ?!
_ Peu importe qu’Eris dise vrai. Si Kyoko est comme tout homme, partagée entre l’ombre et la lumière, alors sa lumière, à travers sa Cloth, me montre le chemin à suivre : Equuleus Ryu Sei Ken ! »
A bout portant, Shoko terrassa Mania, dont le corps fut déchiré à chaque impact de météore.
Elle retomba la tête la première au sol, inerte.
Les lambeaux de chair qui subsistaient se mirent à faner aussitôt tel des fleurs mortes ensuite balayées par le vent.
Spectatrice depuis les airs, Eris n’éprouva aucune tristesse par rapport à la mort de Mania. Pas plus que les autres Dryades.

_ « Je vois, il restait au fond de l’armure la dernière bonne pensée résiduelle de Kyoko avant que je ne m’éveille. C’était mon dernier éclat lumineux.
_ Qu’importe. Cet éclat m’a montré le chemin à suivre, rétorque Shoko. Même s’il est difficile. Même s’il est douteux. Même s’il restreint nos libertés d’actes et de pensées. Ce chemin est celui d’hommes et de femmes courageux qui n’ont pas peur de mettre leurs vies en danger pour sauver celles de millions d’autres. C’est celui des Saints !
_ Alors, tend Eris sa lance vers Shoko, meurt comme eux ! »
Une vague d’énergie dont la circonférence englobait toute la surface du cimetière partit de l’arme.
L’ampleur du cosmos et sa pression laissèrent Shoko bouche bée. Elles lui paralysèrent les membres.
_ « Alors Kyoko, ton choix est fait. Tu es et resteras Eris. Je vais encore me retrouver toute seule ? Tu ne viendras donc vraiment plus à mon secours, déplorait-elle devant la mort.
_ Je suis là moi, assura alors Milo passablement étourdi. »
Arrivé à sa hauteur, Milo embrasa son cosmos, paume tendue vers le ciel, prêt à accueillir l’ensemble des forces d’Eris.

PARTIE 1/2
La suite, dans le post qui suit.

11
Only for Love / Re: Chapitre 17 - Les recrues de Poséidon
« on: 22 May 2021 à 16h26 »
NEWS

Cette version du chapitre 17 est une version rééditée de la publication originale du 20 décembre 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

12
Only for Love / Chapitre 72
« on: 2 May 2021 à 15h28 »
Chapitre 72

En Argentine, à Buenos Aires, éloigné des décibels, accoudé au comptoir, Tromos tourne le dos aux fêtards de plus en plus déchaînés.
Grognon, le Berserker de la Terreur, habituellement doux et attentionné, demande sèchement au barman : « Remettez-moi un cocktail du diable. Quadruple dose s’il vous plaît. »
En balançant plus de billets qu’il n’en faut, le régional de l’étape stupéfait le serveur.
L’employé ramasse ainsi une quinzaine de verre vide devant son généreux client : « Vous êtes épatant. C’est notre boisson la plus chargée. D’habitude, deux suffisent à mettre dans un état second. »
D’un rire gras, Tromos se vante.
Malgré ses piètres talents d’acteur, lui qui d’ordinaire est très humble, réussit à affirmer : « Petit gars, t’as pas à faire à n’importe qui. T’as pas vu la masse devant toi ?! »
Avec plaisir, l’homme ramasse l’argent et se contente d’un : « J’avoue ! »
Tromos bluffe jusqu’au bout. Il sort une liasse de billet, qu’il lui tend discrètement : « J’en boirai des tonneaux moi. Pas des saloperies de jus d’orange que tu mets dedans, mais juste de l’alcool que tu te sers. D’ailleurs, si tu peux me sortir quelques litres supplémentaires… »
Jusqu’ici fréquentable, le salarié présente une mine bien plus sournoise en s’emparant avidement de l’argent : « T’en as encore du fric ? »
Tromos se contente de hocher positivement la tête en faisant une mine blasée. Ce à quoi l’intéressé réagit : « Si c’est une bonne défonce que tu cherches, à ce prix-là j’ai mieux à te proposer. Suis-moi. »
Il claque des doigts pour faire venir un autre collègue.
Ainsi, il guide, en pressant le pas, son client vers une porte derrière lui…


En Grèce, depuis la terrasse d’un café où ils sont attablés, Kyoko et Mars fixent l’énorme monolithe de marbre gris bleu, veiné de rouge, qu’est l’Aréopage que visitent les touristes.
Ceux-ci, bien loin de se douter que la colline abrite encore le sanctuaire d’Arès, ignorent jusqu’à la présence des deux réincarnations au milieu d’eux.
_ « Tu as de quoi payer, questionne Arès ?
_ Nous n’en aurons pas besoin, suggère Eris. Tu vois la table au bout de la terrasse ?
_ Celle avec le jeune couple ?
_ Celui-là même. D’ici la fin de notre entrevue, la discorde permettra de nous éclipser, sans qu’on nous remarque.
_ Cela m’arrange. Faire tout exploser à proximité de mon temple aurait pu mettre la puce à l’oreille du Sanctuaire. D'autant plus qu’ils me croient inactifs pour le moment. Mais dis-moi, quelle discorde les opposera ?
_ Lorsque je me suis éveillée il y a trois ans, j’ai semé des graines de la discorde partout sur Terre. Désormais, je peux lire dans le c½ur des gens infectés. Je lis dans le c½ur de la jeune femme, qu’elle voit un autre homme que celui qui lui fait face. Par le biais de mon cosmos et de la graine prête à germer, il me suffira d’accentuer son aversion pour ce dernier, tandis que j’utiliserai chez lui la jalousie en son c½ur. L’un ou l’autre finira bien par sombrer dans la folie et t’offrira un bain de sang.
_ Comme j’ai hâte de retrouver la surface quand tu présentes ainsi les choses. Hélas, nous avons peu de temps, avant que Vasiliás et Tromos ne reviennent d’Argentine et remarquent mon absence. Raconte-moi donc depuis ton retour sur Terre quel plan tu as fomenté.
_ Oui… Tout s’est passé l’année 1984… »

Flashback
Une atmosphère lugubre planait dans une des nombreuses maisons de pierre où résident les villageois du Sanctuaire.
Un linge épais servant de rideau atténuait les rayons du soleil passant par la lucarne laissée à même la pierre cimentée. Cependant il ne tempérait en rien l’ardeur de l’été grec.
Dès lors, dans la chambrette, la moiteur dérangeait davantage le sommeil perturbé d’une jeune femme aux cheveux magenta.
Celle-ci tournait dans ses draps mouillés de sueur sans réussir à s’extirper du cauchemar dans lequel elle était plongée.

Elle s’y voyait petite, fragile. Tourmentée par une vieille femme qui l’approchait dans la forêt. Cela n’avait rien d’anormal en apparence. Le bois était semblable à ceux qu’on rencontre çà et là dans le domaine sacré. La verdure y était luxuriante et souvent traversée d’un cours d’eau.
La vieille dame non plus n’était pas étrangère à l’ensemble des personnes âgées qui vivent ici. Le dos courbé. Souvent encapuchonnée.
Ce qui était troublant par contre, c’était l’insistance que celle-ci avait de venir mettre sous le nez de Shoko une pomme dorée.
Partout où Shoko s’éloignait, l’ancêtre la poursuivait jusqu’à faire preuve de harcèlement.
Par-delà le fruit atypique, ce qui paraissait étrange, c’était le visage marqué de la vieille. Il n’avait pas les traits fatigués des gens harassés par des années de service auprès des Saints. Il était caractéristique des gens emprunts de mauvaises intentions, n’exprimant que fourberie et chagrin.
Plus angoissant encore, les cris répétés de Kyoko, la s½ur aînée de Shoko, qui venait sans cesse à sa rescousse pour lui interdire de toucher ce fruit à la couleur peu coutumière.
Pire, lorsque la vieille parvenait à les acculer, comme toujours, et qu’elle ne laissait d’autre choix à Shoko que d’être bientôt en contact avec la pomme, Kyoko se mettait alors en opposition, passant aussitôt de vie à trépas.

C’est ce cauchemar que Shoko faisait à nouveau et qui la réveilla au moment de l’issue fatidique.
En caressant le pendentif en forme de Pégase, accroché autour de son cou, elle murmura : « Kyoko… »
Pour seule réponse, elle n’eut que la voix grondante de son père qui enfonça presque la porte de sa toute petite chambre : « Shoko ! »
Aussitôt, rassuré de la savoir saine et sauve, les joues de cet homme aux cheveux bruns coiffés d’une queue de cheval s’empourprèrent. Distinguant sa fille en petite tenue, il fut chassé par l’oreiller de celle-ci qui s’écrasa sur son visage patibulaire.

Quelques minutes plus tard, dans la pièce d’à côté, Shoko vint le retrouver.
La demeure était modeste, comme toutes celles des gardes du Sanctuaire.
Hormis la chambre qu’il consacrait à ses filles, ce soldat à la moustache drue, n’avait que pour autre lieu de vie cette pièce principale où ne tiennent qu’une table et trois chaises.
Son casque et son glaive étaient déposés sur un banc de pierre collé contre le mur et qui lui sert d’ordinaire de lit.
Pour les commodités, une marmite suspendue par-dessus la cheminée, quelques linges qui pendaient sur un fil qui traversait la pièce, et un raccord au caniveau dans un des quatre angles de la maison servant de latrines et d’évacuation des eaux usées.
Shoko le rejoignit en prenant la seconde chaise rafistolée en de multiples endroits.
Elle s’installa à côté de la troisième. Vide et poussiéreuse.
_ « Tu as encore rêvé d’elle n’est-ce pas, lui demande son père en lui tendant un bol de bouillon ?
_ Cela fait cinq ans qu’elle s’est enrôlée dans l’ordre des prêtresses. Je ne l’ai pas revu depuis.
_ Allons, ta s½ur est forte, tu n’as aucune crainte à avoir, dit-il en avalant bruyamment sa soupe. Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi-même, il est midi passé et tu as encore loupé les cours du matin au prieuré du village ! Tu as de la chance que je sois repassé à la maison entre deux tours de garde pour ramener de l’eau fraîche ! Sans quoi tu aurais loupé ton entraînement de l’après-midi au camp des femmes ! »
Shoko grimaça en regardant son maigre menu.
Son père lui rendit alors le sourire en sortant du torchon posé sur la table un morceau de pain frais : « Tiens ! Ce sera meilleur avec ça ! Tu as besoin de prendre des forces pour me montrer tes progrès ! »


A cet instant, dans son palais, le Grand Pope, lui, revenait d’une nuit d’absence.
Traînant les pieds, ombragé sous le casque d’or de Shion, et caché sous le masque qu’utilisait le Muvien pour dissimuler son grand âge, Saga était pris d’un doute.
Tandis que les gardes lui ouvrirent les portes de ses appartements, il prit la direction des thermes.
Laissant tomber sa soutane au sol, il fit ensuite chuter son casque par-dessus afin de démêler ses cheveux bleus.
Entrant sous sourciller dans l’onde fraîche, il se laissa submerger jusqu’aux épaules en allongeant sa tête contre la bordure de pierre : « Shion… Arlès… Comme j’éprouve les pires difficultés à lire les étoiles… J’apprends des nuits durant sur Star Hill… Je suis encore bien loin de votre niveau… Néanmoins, mon intuition est juste… Cette nuit la comète Repulse a frôlé la Terre… Dans les temps anciens, Eris fut vaincue et emprisonnée dans la Pomme d’Or qui fut placée dans cette comète et envoyée dans l’espace par Athéna. Le fait qu’elle frôle la terre n’est pas anodin, Eris a choisi de se réincarner. Par deux fois sur les dix-huit dernières années, elle est passée près de la Terre, c’est marqué dans les registres consignés par Shion et Arlès avant que je ne prenne leurs places. Cela signifie qu’Eris a cherché puis identifié un réceptacle. »


Dehors, tandis que des villageois balançaient des seaux d’eau pour nettoyer les caniveaux, Rumi évitait les éclaboussures.
Cette jeune fille aux cheveux châtains, sautillait sur les pavés, lacée jusqu’aux chevilles de ses spartiates.
Pantalon bleu océan enserré à la taille d’un ruban jaune et maillot blanc craquelée, l’apprentie chevalier arriva devant chez son amie Shoko.
Comme toujours, elle fut subjuguée par la résistance que mettait en ½uvre son amie à lutter contre son père lors de leur entraînement journalier.
Dans le bourg qu’ils occupaient, ils forçaient l’admiration.
_ « Allez Shoko ! Montre-moi donc ce que tu as retenu de notre combat d’hier ! »
Enchaînant quelques directs, la fille repoussa le père sans difficulté.
_ « Très bien ! Tu as fini ton échauffement ! Tu peux rejoindre le camp des femmes Saints ! »
Débordante d’énergie, la Grecque reconnut son amie, malgré le masque qu’elle portait : « Rumi ! J’arrive ! »
Alors qu’elle lui tournait le dos, son père la rappela : « Shoko ! N’as-tu donc pas oublié quelque chose ?! »
Intrépide, elle se tourna pour venir lui coller un affectueux baiser sur la joue.
Le rustre rougit : « Non voyons ! Ton masque ! Tu es incorrigible ! »

Leurs visages toutes deux dissimulés, Shoko et Rumi prirent comme chaque jour le chemin du camp des femmes Saints.
Le trajet leur laissait le temps d’échanger sur leur quotidien, avant une séance éprouvante qui ne leur laissera pas la force de discuter en rentrant.
_ « Ton père t’aime beaucoup. Tu as vraiment beaucoup de chance tu sais. Et tu progresses tellement vite, l’admira Rumi !
_ Il a beau nous avoir recueilli alors que j’étais encore bébé, il a fait énormément pour nous, pensa-t-elle en caressant son pendentif. Seulement, je ne me sens pas à la hauteur des sacrifices qu’il a fait pour nous.
_ Shoko, s’inquiéta Rumi ?!
_ Ma s½ur a toujours été studieuse et forte. Il ne fait aucun doute que son entrée chez les prêtresses la fera devenir Saintia. Membre de la garde personnelle d’Athéna ! Moi, je n’ai pas son sens de l’écoute. Je suis trop tête en l’air pour devenir Saintia. Le mieux que je puisse faire c’est être Saint et renoncer à ma féminité.
_ Pour la fierté de ton père ?
_ Non ! Pour le remercier. Lui qui nous est si dévoué en plus de son devoir envers Athéna. Après… Si je pouvais rendre fière ma s½ur lorsque je la reverrai… Après tout, elle est un modèle pour moi.
_ Tu sais, ce sont les prêtresses qui se rendent dans les prieurés pour dispenser les cours. Si tu mettais plus de c½ur à la théorie, tu aurais peut-être une chance un jour de la croiser. Mais pour cela il faut te lever à l’heure et arrêter de sécher les cours ! »
Penaude, Shoko marcha en faisant rouler son Pégase entre ses doigts, pensive.
Subitement, Rumi jaillit devant elle : « J’ai une idée !
_ Parle, je t’écoute, sursauta Shoko.
_ Les prêtresses passent par le chemin des douze maisons, pour se rendre en ville donner l’instruction ou se ravitailler. Tu n’as qu’à emprunter ce chemin !
_ Euh… Tu sais que les douze maisons sont gardées par des Saints d’or !
_ Pas le cimetière des Saints ! Les premières marches, celles avant d’arriver à la maison du Bélier, permettent de déboucher sur le cimetière. Rien ne t’empêche de t’y rendre et de guetter le passage de ta s½ur !
_ Tu as oublié l’insupportable Mii ! Cette prêtresse n’a de cesse de surveiller les allers et venues de ses semblables ! Elle aura vite fait de me repérer !
_ Ah oui j’avais oublié, souffle Rumi. Et puis si je me souviens bien, elle ne te porte pas dans son c½ur !
_ En effet, c’est elle qui a recalé toutes mes tentatives pour intégrer l’ordre des prêtresses ! »
Soudain, une voix familière s’invite à leur conversation et complète : « C’est parce que contrairement aux Saints, l’ordre des Saintias demande une rigueur et une discipline encore plus noble. Sans compter l’assiduité en cours ! »
Aussitôt, Shoko et Rumi se mirent en position de combat à l’orée du camp des femmes chevaliers.
La voix étouffée par un masque continua : « La preuve, vous n’avez pas senti ma présence à vos côtés depuis de longues minutes ! »
Les filles finirent de faire le tour d’elles-mêmes, quand surgit depuis les cimes d’un arbre une Saint.
_ « Rebecca, reconnurent en ch½ur les apprenties ! »
Les deux amis s’agenouillèrent devant leur aînée.
Plus grande par la taille, l’âge et le statut, Rebecca se tenait droite dans sa Cloth de bronze verdâtre.
Son masque lui donnant un air autoritaire, elle le défit aussitôt pour rassurer ses disciples : « Allons ! Ne perdez pas de temps, vous êtes déjà suffisamment en retard. »
De ses grands yeux clairs, la brune leur sourit amicalement de ses lèvres sensuelles.
Le professeur reçut le salut sincère de ses élèves, puis se retrouva seule après que celles-ci pressèrent le pas en direction de l’intérieur du camp.

C’est alors que Rebecca entendit le grincement d’un fauteuil roulant venir dans son dos.
Le croassement de quelques volatiles accompagnait une infirme venue rejoindre la Saint de bronze de Cassiopée.
La femme, pansée de la tête aux pieds, communiquait sa voix à travers un de ses oiseaux.
_ « Tu es bien trop amicale avec elles Rebecca de Cassiopée ! Leur montrer ton visage alors que la fermeté de notre camp exige qu’on porte en permanence notre masque permet bien des écarts comme ces retards que je n’aurai su tolérer.
_ C’est bien pour ça, Mayura Saint d’argent du Paon, que tu as refusé la gestion du camp des femmes. Tes méthodes semblaient bien trop rudes pour notre Grand Pope.
_ En attendant, Mirai et Shinato, mes disciples, paraissent bien moins étourdis que cette Shoko. Si sa pratique de l’art martial est bonne, la théorie laisse à désirer. Sans parler de sa maladresse trop coutumière.
_ Tu es bien dure mon amie, dit-elle en réajustant son masque.
_ Je ne pense pas. Sa s½ur est son modèle. Et elle n’agit que dans le but de la rendre fière. Saintia, Saint… Elle ne sait ni à qui ni à quoi se vouer pourvu qu’elle puisse la revoir. Cependant, ces deux statuts impliquent une dévotion totale à Athéna. Comme c’est le cas pour nous. En aucun cas je ne ressens cela chez elle.
_ Ce n’est encore qu’une enfant, plaida Rebecca.
_ Pas l’enfant de n’importe qui et tu le sais.
_ Quand bien même le destin de sa famille est tragique, elle demeure une enfant.
_ Une jeune femme, rectifia Mayura. Comme nous l’étions lorsque nous fûmes nommées Saints… »
Mayura détourna son fauteuil de la direction de son amie et reprit le sens de la sortie du camp où Mirai et Shinato l’attendaient. Elle conclut : « Je converse souvent avec mon ami Shaka, il est du même avis que moi. L’heure est grave. Tout se jouera en notre époque. Les Guerres Saintes vont se succéder. Il est primordial, que nos rangs soient remplis de Saints dévoués à la justice et non à leurs intérêts personnels. »


Justement, au palais du Grand Pope, celui-ci sortait de son bain, tourmenté par sa nuit à Star Hill.
Au loin, ses prêtres attendaient que celui-ci dissimule à nouveau son visage pour se présenter à son service.
Sur demande de Klaus, le meneur de l’ordre, ses confrères se précipitèrent pour venir essuyer son corps athlétique, puis pour le recouvrir d'huile, afin d’entretenir ses muscles saillants.
Prudent, Klaus veillait à ce qu’aucun de ses semblables, n’approcha de trop près le visage de Saga.
Ce dernier restait silencieux. Les épaules tombantes vers l’avant. Nu.
Quelques mèches de ses cheveux regroupées sous son casque dépassaient du heaume.
Cela faisait quelques minutes que leur couleur oscillait entre un bleu profond et un gris malsain.
Klaus, bienveillant, l’avait remarqué et pressait ses camarades d’achever la préparation qu’exigeait Saga.
_ « Votre repas vous attend dans vos appartements Majesté, rassura-t-il. La Saintia Katya vous y attend avec deux prêtresses afin que vous examiniez ce qu’Athéna dégustera le temps qu’elles assurent sa toilette. Enfin, un courrier de Ptolémy de la Flèche nous vient d’Inde.
_ Qu’en est-il, questionna enfin les Gémeaux ?
_ Il est dit que les pertes ne furent pas trop nombreuses. Shiva est prisonnier de son temple. Shura du Capricorne et Deathmask du Cancer sont parvenus à défaire ses meilleurs Kshas. »
Dès lors, Saga écarta les bras pour que spontanément ses prêtres le couvrent.
D’un revers strict de la main, il les chassa ensuite.
Ce que Klaus accepta en apparence.
Tandis qu’il pressait les siens à laisser son plateau à leur seigneur, il garda du coin de l’½il un air suspicieux envers son souverain.
Malgré son air apaisé et son sourire de façade, il n’en demeurait pas moins méfiant : « Pas d’incidents constatés. Mais la disparition de mes semblables ne reste pas moins curieuse. De plus, le courrier de Ptolémy fait mention des religieux que Saga a fait envoyer en Inde avec les armées. Et beaucoup de noms que le Pope me certifie avoir envoyé manquent à l’appel… Que se passe-t-il ici ? Et que fait Katya de la Couronne Boréale ? On dit que des disparitions ont lieu également chez les servantes d’Athéna. Katya enquête-t-elle également ? S’en inquiète-t-elle au moins ? Je dois en avoir le c½ur net… »

Justement, derrière le trône où il siégeait habituellement, Saga passa à l’arrière des tentures rouges qui tombent depuis le plafond.
Là, à cet endroit où commencent les appartements d’Athéna, son lit de pierre au milieu de la pièce demeurait vide.
Autour, attendaient deux prêtresses, minces et jeunes.
Les cheveux parfaitement peignés et les robes agrafées sans la moindre pliure, chacune apparaissait radieuse à l’idée qu’Athéna les honore en acceptant leurs soins.
Plus stricte que ses cadettes, Katya offrait malgré tout plus d’atouts qu’elles, tant le voile qui l’habillait épousait encore mieux ses formes plus adultes.
Son implacable distance vis-à-vis des novices démontrait toute l’expérience que doit avoir une Saintia, tandis qu’elles deux n’étaient que des aspirantes.
Elle démontrait aussi sa présence coutumière en ce lieu, tandis que les autres étaient encore émerveillées par le cadre majestueux et nouveau. Si bien qu’elles ne pouvaient retenir les exclamations qu’elles s’échangeaient par messes basses leur valant d’être reprises à plusieurs occasions depuis leur arrivée. D’un mouvement de succion des lèvres contre les dents parallèlement à un mouvement opposé de la langue, Katya manifestait sans appréhension son exaspération.
Les débutantes craignaient ce côté hautain de la Saintia.
Au caractère distant de Katya, les servantes préféraient largement leur semblable Mii qui, même si sa dévotion à la fonction paraissait exagérée, se montrait plus accessible.
D’ailleurs, si Mii aimait redresser les torts et se montrait plus studieuse qu’elles, elle n’eut toujours pas l’insigne honneur de rencontrer et encore moins de servir Athéna.
C’est ce que les deux élues aimaient se répéter à l’envie, depuis que Katya leur avait appris qu’elles assureraient le prochain service.
D’ailleurs, cette frivolité finit par avoir raison de leur concentration.
A tel point qu’elles marquèrent un retard, alors que Katya avait déjà plié les genoux pour accueillir le Grand Pope.
Il fallut une énième onomatopée de leur aînée pour leur faire constater l’arrivée de leur Majesté.
Aussitôt, elles exécutèrent une révérence et restèrent fléchies au sol à attendre le salut du Pope.
Ce dernier progressa inflexible jusqu’à passer devant elles.
Poursuivant son chemin, il se dirigea dans un couloir adjacent.
Il s’enfonça dans les ténèbres tamisées des lueurs des torches fixées aux murs.
Katya se releva, intimant ainsi aux autres de faire de même.
Une fois le Pope leur faisant dos, l’une d’elle pensa naïvement que pour un homme qu’on dit âgé, le régent se montrait encore alerte.
Les deux paumes ouvertes en direction du chemin qu’il prit, Katya invita ses chastes paires à le suivre : « Vous pouvez laisser ici le nécessaire pour Athéna. Sa Majesté le Grand Pope a d’abord à s’entretenir avec vous. »
Crédules, elles déposèrent le nécessaire sur le banc de pierre et suivirent, sans que Katya ne les accompagne.
Sur le flanc, la pénombre dissimule une pièce dans laquelle Saga attendait.
Détourné des filles, la toge tombée à ses pieds, il fixait nu le heaume de Shion. Il l’avait déposé sur la colonne brisée qui partait autrefois du sol au plafond et que le temps a transformée en guéridon à mesure que la roche s’effritait au fil des siècles.
Stupéfaites par cette situation improbable, les prêtresses réagirent selon ce que leur nature leur intimait de faire.
La première, brune, coiffée d’un chignon, plus menue que l’autre, cacha immédiatement ses yeux en demandant pardon.
La seconde, blonde, les cheveux retenus par un ruban bleu, fit aussitôt demi-tour.
A la sortie, elle tomba sur sa supérieure qui lui barra la route.
_ « Où vas-tu, la retint Katya ?
_ Pardon ?!
_ Ma question est claire pourtant. »
La fuyarde comprit qu’il se passait quelque chose d’anormal.
_ « Où est Athéna ? Qu’est-ce que le Pope fabrique dans cette tenue ?
_ Cela fait partie de votre devoir.
_ Non, contesta l’apprentie, en aucun cas !
_ C’est le destin que t’as choisi pourtant le Grand Pope, asséna Katya sans sourciller.
_ Je… Je refuse… Et… Et après… Ma chasteté ? Ma fonction auprès d’Athéna ?
_ Ce n’est plus un rôle dont tu as à te soucier. Tu es appelé à servir Athéna autrement désormais. Le Grand Pope t’a choisi pour être à son chevet personnel. C’est un grand honneur.
_ Ce n’est pas ce à quoi je me destine !
_ Athéna ne s’est pas montrée à toi. C’est qu’elle ne t’a pas trouvé digne d’elle. Le Grand Pope lui est bon. Il choisit de te donner une seconde chance.
_ Que va-t-il me faire ?
_ Es-tu naïve à ce point ?
_ Je refuse. Tout mon amour ! Mon corps ! Mon âme ! Tout ! Tout est dévoué à Athéna !
_ Cela tombe bien. Qui d’autre que son représentant terrestre pour manifester toute cette dévotion.
_ Je refuse.
_ Très bien.
_ Quoi ? C’est tout, douta-t-elle pour la première fois ?
_ Bien sûr. Qu’attends-tu de plus ?
_ Je… Je n’en sais rien… A vrai dire… Après ce que j’ai vu… Après ce qu’on s’est dit… Beaucoup d’idées me traversent l’esprit… Et dès lors je ne peux m’empêcher de faire le lien avec nos semblables qui ne reviennent pas de ces soins à Athéna… »
Le regard glacial de Katya accompagna le silence angoissant qui s’en suivit.
Il fut bref mais suffisant pour que la prêtresse comprenne la vérité.
Lorsque Katya le vit dans ses yeux, elle expliqua les différentes options qui s’offrirent à elle.
_ « Tu es libre de partir en effet. Certaines l’ont choisi. D’autres sont restées. Dans chacun des cas, il est évident que votre sacrement n’est plus envisageable. »
La malheureuse tomba au sol, à moitié consciente.
Katya ne la releva pas. Le visage grimaçant de dépit, elle déclara sincèrement : « Tu ne réalises pas la chance que tu as. »
La pauvre restait dans le vague. Partagée par la découverte de la cruauté de ce monde et la passion que vouait la Saintia à cet homme.
_ « Est-il au moins notre Grand Pope, marmonna-t-elle ?
_ Il nous a sauvé des Titans. Il gouverne ce Sanctuaire. Il éteint les tentatives de révoltes de dieux belliqueux comme Shiva. Il offre la paix sur notre Terre. Il est le Grand Pope.
_ Ce corps… Taillé dans le marbre… Râblé… La peau rutilante… L’homme que j’ai vu n’a rien de l’homme fatigué et âgé qu’est censé être le Pope Shion…
_ Il est donc le Pope d’un temps nouveau. Saillant. Puissant. Désirable. Imposant. »
Moralement anéantie, elle essuya du revers de la main ses larmes et prit la force de se relever.
_ « Qu’est-il advenu de celles qui ont choisi de fuir ?
_ Personne ne les a jamais revues.
_ Et celles qui sont restées ?
_ Appelées souvent à composer la cour du Seigneur Arlès. A lui servir du vin, lui jouer de la lyre, lui donner la becquée, le faire jouir.
_ Le Seigneur Arlès… Ce Pope… Sont-ce… Sont-ce les mêmes personnes ?! Et… Et après ? Après tout ça ? Quelle est leur vie à ces femmes ?
_ Abritées dans un temple à Honkios. Bien sûr elles ne portent plus l’habit immaculé des prêtresses. Souvent des nuances de couleur marquent leur appartenance au service rapproché d’Arlès. L’azur irait très bien avec le bleu de tes yeux.
_ Service rapproché… Garde rapprochée… Depuis des mois cette désignation revient de plus en plus. On l’entend lorsque nous descendons à Honkios… On… On le…
_ On le voit, finit Katya sa phrase ? Oui, c’est bien ce symbole. Une tête de mort tenue par un reptile aux ailes déployées, tatouée sur la peau de quelques soldats. Cheville. Cou. Poignet. Torse…
_ Et… Sur des femmes…
_ Nos aînées qui ont choisi la voie de la raison oui.
_ Elles sont si belles. Si dignes. Et elles paraissent si heureuses.
_ Elles le sont. Honorées qu’elles sont de satisfaire le Pope. Épanouies qu’elles sont de leurs conditions de vie. Richesse, luxure, ivresse, protection… Tiens, suis-moi, lui intima Katya en lui tendant inopinément la main. »
Prise au piège, mise sur le fait accompli, la blonde n’eut d’autre choix que de l’accompagner.
Elles retournèrent là où Saga et la brune furent laissés seuls.
N’ayant entendu la voix grondante de Saga prononcer un arcane qu’elle avait trop souvent observé lors de précédents refus, « Another Dimension », Katya savait très bien ce qu’elle trouverait à l’angle du mur.
Tandis que Katya affichait une profonde jalousie, la bonde cacha par politesse son visage avant de laisser ses doigts s’entrouvrir pour observer la scène.
Son amie était à genoux. Calmement assise sur son vêtement abandonné au sol. Ses mains s’affairant à travailler avec précaution l’entrejambe de Saga, devant laquelle sa tête faisait des va-et-vient appliqués.
Katya murmure alors à la blonde : « Notre camarade a tout de suite compris où était son intérêt. »
Abandonnant toute pudeur, la blonde laissa ses mains cesser de feindre une gêne qu’elle ne ressentait plus. Étrangement, elle se sentait comme inspirée par la carrure huilée de l’athlétique chef. L’engagement de sa camarade la rendait curieuse. Envieuse. Et les longs cheveux blancs de Saga qui tombaient sur ses pectoraux d’aciers et ce masque bleu qu’il gardait laissèrent son imagination prendre le pas.
_ « Choisir entre une vie de débauche protégée par le souverain du royaume, et la mort, songeait-elle… Mon amie, elle, semble si employée. Il gémit tellement fort de plaisir sous ce masque. Est-ce si terrible que ça de choisir la facilité, commença-t-elle à sentir une chaleur étrange dans le bas de son ventre ? Une robe azure ? Ce tatouage de la garde privée fait au creux de ma poitrine ? Cela m’irait bien. Ça lui plairait à elle, se questionna-t-elle en fixant la brune ? Après tout, nous ne pourrons pas occuper nos journées qu’à boire et à user nos sacres à Honkios. Elle est belle… Si belle… Ferais-je mieux qu’elle si j’allais voir le Pope ? Et elle ? Quelle robe porterait-elle ? Une nuance de vert lui irait à ravir. Mais à la voir ainsi, je la préfère sans. A-t-elle chaud elle aussi en ce moment ? Se sent-elle moite elle aussi ? Humide ? C’est maintenant que le fantasme a pris le dessus sur le doute que je dois y aller, amorça-t-elle fascinée par le spectacle. »
C’est à cet instant que Katya lui retint le bras. Le c½ur déchiré de voir une nouvelle conquête lui prendre son sauveur, elle remplit malgré tout son rôle.
_ « Ne regarde jamais son visage bien qu’il soit masqué, lui conseilla-t-elle. Et si par malheurs un jour il venait à ne pas être dissimulé, détourne-toi de lui sans réfléchir.
_ Alors personne ne l’a jamais vu ?
_ Si. Moi seule. Et moi seule suis encore en vie pour pouvoir vous dire que personne d’autre ne peut avoir cette chance.
_ Comment est-il ?
_ Il n’y a pas de mots pour définir la beauté de cet homme. »
Il n’en fallait pas plus pour convaincre la prêtresse de son mode de survie.
Abandonnant sa tenue à son tour, elle fut prise d’un dernier doute.
_ « Et qu’Athéna pense-t-elle de tout cela ? Es-tu la seule encore en vie aussi après l’avoir vu ?
_ Son peuple est heureux. Le monde est en paix. Cela n’est-il pas suffisant pour que le Grand Pope puisse être récompensé ?
_ Qu’il soit Shion, son assistant Arlès, ou quiconque ?
_ Il n’est pas quiconque. Je l’ai vu. Il m’est apparu. Il est un dieu lui aussi ! »
Toute volonté de discuter était désormais dissipée.
La blonde rejoignit son amie.
Katya avait fait son devoir, celui qui lui permettait d’être un sujet de confiance pour Saga. Seulement, elle s’espérait être plus que ça pour lui.
Alors, elle ne put, comme chaque fois se résoudre à partir d’elle-même.
Elle resta à le fixer être rejoint dans le dos par la blonde qui passa ses mains devant lui pour caresser son buste pendant qu’elle baisait instinctivement son dos.
La brune apprécia alors être rejointe et le lui prouva en se relevant et en pivotant pour chercher ses lèvres.
L’échange langoureux des deux femmes n’intéressait pourtant pas Katya. Elle restait rivée sur Saga. Éprouvée par la chaleur que ressentaient ses camarades au même moment, elle frotta ses mains du haut en bas de chacune de ses cuisses pour ramasser la pliure de sa robe qu’elle fit remonter en prenant soin de la frotter contre sa chair.
Les mouvements de hanches et d’épaules de Saga lui permirent de s’imaginer à la place des nouveaux sujets qui porteraient bientôt la marque choisie par Gigas.
Il lui paraissait si majestueux. Implacable. Dominateur.
Ses mains avaient atteint son intimité. Ses cuisses se refermèrent sur elles pour maintenir la tiédeur qui s’en échappait.
Incapable de se contrôler, lui revint, comme chaque fois où elle s’octroyait seule ces moments de plaisir, le souvenir de sa rencontre avec lui.

C’était il y a cinq ans…
Cronos chutait face à Aiolia. Le Saint d’or du Lion avait joué sa vie pour offrir au peuple des Titans sa Terre de lumière.
Hélas, le Grand Pope en avait décidé autrement. Sur son ordre, Deathmask du Cancer coupa court à l’émerveillement du peuple vaincu.
Le Saint leur apprit qu'ils ne pouvaient vivre n'importe où sur Terre.
Ce faisant, il leur proposa de rejoindre l'une des terres surveillées par le Sanctuaire. L'île d'Andromède ou l'île de Death Queen.
Se sentant pris au piège, trahis, certains tentèrent de se rebeller et de trouver le Grand Pope.
Deathmask, ignorant la pitié, en exécuta le plus grand nombre, fauchant au passage leurs innocentes familles.
Néanmoins, une dizaine parvint à échapper à l’impitoyable Cancer.
Déterminés à ce que le v½u d’Aiolia ne soit pas vint, les infiltrés parcoururent un royaume qu’ils ne connaissaient guère, s’égarant à l’orée d’un bois isolé de la civilisation antique du Sanctuaire d’Athéna.
Ils purent parvenir jusque-là sans se faire remarquer grâce aux pouvoirs de leurs armures, qui les rendaient invisibles à la vue du commun des mortels.
Se croyant perdus, les soldats Titans furent rappelés à eux par une voix lointaine.
_ « Maria ! Maria, criait-elle ! »
Ils ne tardèrent pas à voir la bien nommée sortir de la forêt à bout de souffle.
La petite blonde coiffée d’un serre-tête rouge, était couverte de pansements. Sa tenue était sale, abîmée.
_ « Maria ! Maria, entendait-elle encore dans son dos ! »
Elle refusa de se retourner de peur de lâcher quelques larmes.
Seulement, lorsqu’elle redressa la tête, elle les vit, ces guerriers aux protections noires, pas communes ici, sortir de leur camouflage sous ses yeux.
Dès lors, regrettant sa fuite, elle prit son aspiration pour appeler à l’aide.
Son temps de réaction fût bien trop long.
Un soldat l’assomma instinctivement.
_ « Tu aurais dû y aller moins fort ! Elle aurait pu nous servir de guide, sermonna l’un à l’assaillant ! 
_ Vu comme elle m’a paru chétive, pas certain qu’elle soit une bonne monnaie d’échange, répliqua-t-il ! »
_ « Maria ! Maria, se rapprochait sa poursuivante ! »
Rapidement, Katya, dissimulée sous un masque du femme chevalier apparut à la suite de sa s½ur avec un autre masque à la main.
Aussitôt, les soldats se dissimulèrent à nouveau.
_ « Maria, se calma-t-elle alors en la retrouvant… Maria… Tu as dû chuter épuisée dans ta fuite, prenait-elle l’inconsciente dans ses bras. Le camp des femmes chevaliers… C’est désormais notre maison, tu le sais. C’est une étape nécessaire pour faire nos gammes. Si nous accomplissons notre devoir et réussissons les épreuves pour entrer à l’école des prêtresses, alors nous pourrons envisager de devenir Saintias toutes les deux. Nous pourrons rentrer au village, revoir notre mère, sans lui faire porter le fardeau d’être des bouches qu’elle ne peut nourrir. On la reverra. Ne t'inquiète pas, Maria. Je ... je te protégerai. Mais tu dois également y mettre du tien. Cesser d’avoir peur de te faire mal, ou de blesser quelqu'un... Quel que soit l'ennemi qu'on aura en face de nous, nous devons apprendre à y faire face sans crainte. Allez, en attendant, je vais te remettre ton masque. Nous protégerons la déesse Athéna ensemble en tant que Saintias. »
Un soldat des Titans sortit alors de son camouflage.
_ « Saintias ?! Athéna ?! Tu sembles bien plus au courant et plus capable que ta s½ur !
_ Comment ?! Qui êtes-vous, se mit aussitôt Katya en garde ?!
_ Nous sommes des soldats Titans, osa devancer un autre guerrier avant d’être suivi par tous les siens, nous voulons simplement parlementer avec le Grand Pope, assura-t-il les mains tendues en avant et ouvertes vers le ciel en gage de paix.
_ Les Titans ?! Ce sont ces dieux contre lesquels le Sanctuaire est en guerre depuis des semaines et qui menacent la Terre !
_ Vous n’y êtes pas ! La Guerre Sainte prend fin ! Votre Saint d’or du Lion a négocié la paix et nous a fait conduire sur Terre, nous qui sommes privés de la lumière depuis des millénaires !
_ Alors pourquoi vous cacher ainsi, dit-elle en chargeant son cosmos ?
_ Parce que votre Grand Pope n’a pas respecté la parole du Saint du Lion, s’approcha de façon plus menaçante un soldat moins persévérant que le précédent.
_ Le Grand Pope est un homme de valeur. Je ne peux tolérer que sa personne soit remise ainsi en question !
_ Dans ce cas tu ne nous es d’aucune utilité, brandit son épée l’impatient !
_ Jewelic Tears, riposta de son arcane Katya ! »
D'un mouvement de la main, elle créa une pluie de joyaux de glace qui s'abattirent vers le sol depuis les cieux pour recouvrir son adversaire.
L’assaillant fut repoussé, tandis qu’il laissa ses camarades dans l’obligation de riposter.
Katya esquiva une attaque frontale à l’épée, mais ne put par conséquent réagir à une charge du genou en plein dos d’un autre.
_ « Jamais je ne vous laisserai vous approcher du Grand Pope ! Il en va de mon devoir d’apprentie Saint et d’aspirante Saintia ! »
Instantanément encerclée, Katya se fit malmener.
Passant d’adversaire en adversaire, martelée à chaque ballottage, c’est finalement le plus diplomate qui l’envoya au tapis par pitié.
_ « Abrégeons veux-tu ? Je regrette qu’on en soit arrivée là, crois-moi. »
Il dégaina son épée.
Le regard éteint, rivé vers le sang qui s’écoulait de ses plaies, étendue sur le sol, Katya ruminait sa défaite.
_ « Je n’arrive plus à bouger. Moi qui sermonnais ma s½ur, je n’ai pas pu faire mieux quand le danger s’est présenté pour de vrai… Maria… Dire que je te parlais de dignité envers Athéna… »
Elle leva ses yeux verts en direction de l’épée qui emmagasinait le cosmos de son ennemi.
_ « Alors ça y est ? C’est la fin ? Pardonnez-moi ! Athéna… »
Le choc retentit.
Le sifflement du métal chargé de cosmo énergie trancha l’air dans son sillage.
Une gerbe de sang jaillit d’une plaie béante.
Tout était perceptible.
Y compris l’éclaboussure au sol de l’hémoglobine qui en résulte.
_ « Tout sauf la douleur, songea Katya. »
Tremblotante, épuisée, elle leva difficilement la tête.
Elle ne vit d’abord que les liserés brodés sur une toge.
A mesure qu’elle redressait le cou, le geste lui parut sans fin.
Se dressait devant elle un immense rempart nimbé d’une bure immaculée.
Rayonnant, le mètre quatre-vingt-huit du Grand Pope lui parut démesuré.
A peine avait-il choisi de condamner à l’exil le peuple des Titans que le bon côté de Saga avait repris le dessus, symbolisé par la tenue de Shion que les Gémeaux aimaient arborer lors de ses bons jours.
_ « Comment cet homme empreint de majesté pourrait renier la parole donnée par un de ses Saints d’or, se persuada-t-elle ? »
Éblouie par le heaume en or de son souverain qui lui faisait dos, elle mit du temps à comprendre que le sifflement du métal avait était stoppé par la paume de sa main et que la gerbe de sang avait jaillit du trou béant fait dans le torse de son assaillant.
Tandis que le corps sans vie du combattant venu du Tartare retombait au sol, la voix caverneuse du représentant d’Athéna stupéfia Katya de sa classe. 
_ « Guerriers Titans… Athéna vous accueille sur sa Terre en dépit de votre volonté initiale de conquête… Alors qu’elle vous octroie d’y vivre sous l’égide d’un de ses domaines, vous choisissez de vous approprier davantage de libertés… Allant même jusqu’à menacer la vie d’Athéniennes destinées à vouer leurs corps et leurs âmes chastes à Athéna. Athéna qui vous avait pourtant accordée son pardon… »
Tandis que son visage masqué fixait le sol pendant son sermon, l’émanation de son cosmos brisa l’artifice des armures des soldats encore cachés et les fit tous apparaître à la vue de Katya.
Les ennemis, se devinant condamnés, attaquèrent de concert.
Par synergie de leurs cosmos, ils lancèrent une déferlante, menaçant jusqu’à Katya et sa s½ur étendue derrière elle.
Impuissante, elle fut aveuglée par la lumière provoquée par le choc des guerriers contre la présence papale.
Le vent soulevé arracha sa cuirasse et dévoila le visage indemne de Saga.
Tandis que l’éclat s’estompait, les condamnés étaient partagés entre diverses émotions.
_ « Impossible ! Il n’a rien !
_ Alors c’est lui le Pope ?!
_ Comment est-ce possible, nous y avons mis tout ce qu’il nous restait ?!
_ Ce ne peut pas être le Pope, les Titans parlaient d’un vieillard qui gouverne depuis des siècles !
_ Celui qu’on nous a décrit ne devrait pas pouvoir faire front sans la moindre égratignure !
_ Il est si jeune… Et si puissant ! »
Katya, elle, demeurait subjuguée.
Libérés, les cheveux bleus de Saga virevoltaient en compagnie de sa longue écharpe grise cousue d’or et de son collier de perles. Les joyaux faisaient scintiller sa crinière.
_ « Ce n’est pas le Grand Pope dont on nous parle… Non… Lui… C’est… Un dieu ? Non… C’est un homme… Son cosmos est pur et immense... Comme devrait l’être celui d’un dieu… Mais qu’en sais-je… Après tout, Athéna à qui je me voue ne m’est pas venue… Je ne sais pas ce qu’est le cosmos d’un dieu… Je ne connais que le sien… Écrasant en force et en amour tous ceux que j’ai ressenti jusqu’à présent… Alors s’il n’est pas le Grand Pope auquel nous pensons tous, est-il bien au-delà ? Qui peut-il bien être ? Pour moi, cela va de soi… »
Soudain, la soutane ondula par-dessus le sol tandis qu’un halo doré enveloppa Saga.
_ « L’hospitalité du Sanctuaire s’achève ici pour vous. Je vous garantis que vos femmes et enfants seront épargnés et trouveront refuge dans un de nos domaines. Mourrez en paix. Galaxian, gronda-t-il en levant les bras au ciel… Explosion, les relâcha-t-il en direction des infiltrés ! »
Une galaxie les immergea tous.
Perdue avec son bienfaiteur au milieu des étoiles, Katya vit des planètes toutes entières entrer en collision contre leurs ennemis. Réduisant à néant leurs armures. Désarticulant leurs corps. Arrachant leurs membres. Ne laissant d’eux que quelques lambeaux de chair.
Saga se retourna vers Katya.
Jusqu’à présent si puissant, il lui parut à cet instant affligé.
Digne face à l’ennemi, il montrait ici de la peine pour avoir ôté la vie.
La faiblesse passagère envolée, il dévoila ensuite un autre aspect de son être lorsqu’il ramassa dans ses bras la malheureuse Katya.
La serrant fort contre lui, souillant sans s’en soucier sa robe des plaies de l’innocente, il ne décrispa pas son visage.
D’abord surprise, elle se découvrit émue par cette étreinte. Sentant son c½ur cogner contre sa poitrine tandis que sa tête se nichait dans ses pectoraux.
Lui, au contraire, était gêné de se sentir à visage découvert, en témoignaient les coups d’½il réguliers à son casque qui roulait dans la poussière au gré du vent.
_ « Tu es Katya n’est-ce pas ?
_ Comment le sait-il, se demanda-t-elle en son for intérieur ? Comment peut-il me connaître, répondit-elle seulement d’un regard ému ?
_ Tu es aspirante Saintia. Comme ta s½ur Maria qui gît plus loin. Vous poursuivez en attendant votre admission la formation des femmes Saints. Je le sais car j’aime tout connaître de mon domaine. J’aime savoir quels sont les sujets les plus prometteurs. Et ceux en qui je peux avoir toute confiance. Et j’ai reconnu ton cosmos quand tu as lancé ton arcane contre notre ennemi. C’est ce qui m’a alerté et fait venir ici. »
Spontanément, Katya se redressa et tituba jusqu’au heaume.
Elle ramassa le heaume et le lui tendit des deux mains en pliant les deux genoux à terre : « Si je ne suis pas l’un des plus prometteurs de vos sujets Majesté, sachez que je vous suis en tout cas le plus fidèle. »
A mesure qu’il approcha pour le récupérer, elle baissait chaque fois de plus belle la tête en signe de dévotion.
Elle avait compris son imposture, il l’avait bien deviné.
Mais un lien inconscient se renforçait à chaque échange qu’il y avait entre eux.
Elle répondait sincèrement ce qu’il voulait entendre.
Chacun de ses actes la décontenançait à lui en faire lâcher prise.
_ « Tu as un bien plus grand potentiel que tu ne le penses. Ton arcane tout à l’heure était du niveau d’un Saint de bronze. Bien au-delà d’une simple apprentie, dit-il en ombrageant de nouveau son visage sous le casque.
_ Merci Votre Majesté, répondit-elle en remarquant que ses cheveux commençaient à prendre une teinte grisonnante.
_ Sais-tu que personne n’a jamais vu mon visage, fixa-t-il son masque encore à terre ?
_ Personne encore en vie de ce qu’on dit, avoua-t-elle.
_ Ne crains-tu donc pas d’en faire les frais ? Encore plus quand tu constates une autre facette de ma personnalité, la dévisagea-t-il ? »
Elle se jeta alors à ses pieds et colla son front contre.
_ « En aucun cas. Car j’ai vu en vous la bonté dans ce qu’elle a de plus divine.
_ Tu devines pourtant que je ne suis pas qui je prétends être.
_ Vous êtes le Grand Pope ! Mon Grand Pope ! »
Il se défit sans ménagement de sa servitude en la poussant d’un mouvement de jambe à la renverse. Puis progressa lentement vers Maria.
D’ordinaire angoissée pour sa s½ur, craignant mille dangers pour elle, Katya continuait cette fois-ci à fixer d’admiration Saga, malgré que l’aura qui l’entourait devenait sombre. La dorure de son cosmos était corrodée peu à peu par une teinte pourpre.
_ « Tu as fait preuve de bravoure en t’opposant à l’envahisseur, reconnut Saga à Katya tout en fixant Maria. Cela vaut bien plus que les tests d’aptitudes pour rentrer dans l’ordre des prêtresses d’Athéna. »
Cette déclaration décontenança Katya qui peinait à se maintenir debout.
_ « C’est ta petite s½ur n’est-ce pas ? Elle parait bien plus fragile physiquement et émotionnellement que toi… En retour de ton dévouement total, je concède à la nommer prêtresse également, afin que tu puisses veiller sur elle.
_ J’ai… Je… Vous… J’aurai… Je vous suis totalement dévouée Votre Majesté, balbutia-t-elle. Avec ou sans compromis.
_ J’aime récompenser mes fidèles sujets. Tu es la seule personne qui ne s’est pas offusquée en découvrant mon identité. La seule personne en qui je n’ai pas vu mille questions se poser. Tu as été mienne dès que je te suis apparu. Viens, Katya, lui tendit-il la main. Prends ta s½ur, suis-moi au travers des douze maisons du zodiaque. Que je te guide jusqu’au temple des prêtresses, s’approcha-t-il d’elle. Que je t’y nomme Saintia, lui ôta-t-il son masque de femme Saint. Que tu affirmes ta féminité plutôt que tu y renonces en devenant Saintia, la maintint-il debout en la redressant fermement par les épaules.
_ Il m’a démasqué, pensa-t-elle instinctivement en se remémorant les conséquences sans se rendre compte que sa cosmo énergie entre en symbiose avec la sienne.
_ Regarde, lui leva-t-il la tête vers le ciel, malgré le jour, les étoiles d’une constellation s’affirment. Ta constellation. Celle de la Couronne Boréale. Katya Saintia de la Couronne Boréale. »
Inopinément, un raclement de gorge sortit le tandem de sa solennité.
Désinvolte dans son armure étincelante, Deathmask arriva sans ménagement jusqu’aux fuyards dont Saga s’était déjà occupé.
_ « Désolé de vous déranger Grand Pope. J’étais sur la piste des soldats Titans qui m’ont échappé mais je vois que le ménage a été fait !
_ Il y a beaucoup trop de légèreté quand tu t’adresses à moi Deathmask. Dois-je te rappeler à qui tu parles ?
_ Pas nécessairement, battit des mains l’Italien.
_ Estime-toi déjà heureux que je ne t’impute pas le fait que ceux-ci t’aient échappé !
_ Je venais vous informer que justement, le reste des renégats avait été intercepté, baissa-t-il honteusement la tête.
_ Parfait. Je ferai convoquer Guilty de Death Queen Island. Dans l’attente, fait escorter par des Saints de bronze les prisonniers jusqu’à la prison du Sanctuaire. Qu’ils mangent et boivent selon leurs envies. J’ai besoin qu’ils soient capables de faire de bons Ankoku Saints une fois Guilty soumis à ma cause. Nous en aurons besoin à coup sûr dans les années à venir. »
Tandis que le Cancer s’inclinait avant d’aller exécuter les ordres, Katya demeurait ébahie par la prestance de son magnifique sauveur. Bien plus qu’elle n’était satisfaite d’avoir été promue comme elle l’espérait tant depuis des années…

Revenant à elle, sentant ses membres trembler comme chaque fois quand le plaisir prenait le dessus, Katya jouissait du bonheur de cette fantastique rencontre.
En observant en action son héros, elle pouvait personnifier cette apparition divine qu’elle eut il y a cinq ans.
Chaque moment où il soumettait ses cons½urs était pour elle l’occasion d’assouvir ses fantasmes que sa vie de Saintia lui interdisait et que Saga se refusait à voler en échange de son dévouement total.
D’ailleurs, comme depuis bien trop longtemps à son goût, il savait désormais Katya voyeuse.
Quand ce détail lui revint en mémoire, comme chaque fois qu’il y pensait, il la chassa d’un revers discret mais autoritaire de la main.
Partagée entre la plénitude du plaisir ressenti et la jalousie éprouvée envers ses, désormais, anciennes camarades, Katya regagna son temple, prête à inventer un nouveau mensonge, expliquant le départ de ses deux semblables aux autres.
Un destin qu’elle sait différent pour Maria comme le lui avait promis le Grand Pope en faisant entrer Katya dans le rang des Saintias.
Elle se souvint alors du réveil de sa s½ur le jour de sa rencontre avec le Grand Pope…

La serviette humide sur son visage démasqué libérait quelques gouttes qui roulaient de chaque côté du nez de Maria.
Cette sensation désagréable l’extirpait peu à peu de son sommeil.
Ses paupières oscillaient pour habituer ses yeux à la lumière. Très vite, celle-ci, vive, passant par une lucarne laissée dans la pierre blanche, l’aida à apprécier la propreté et la noblesse de ce lieu.
Son ouïe se familiarisa aussitôt aux éclats de voix aiguës qu’elle avait l’habitude d’entendre dans son quotidien de femme chevalier.
Seulement, ceux-ci étaient plus enjoués et le lieu bien différent des prieurés en ruines du domaine des femmes Saints.
A peine redressa-t-elle la nuque, qu’un mal de crâne la cloua à nouveau sur le lit, bien plus confortable que ceux où elle reposait jusqu’alors.
En passant ses mains sur son visage, elle se souvint aussitôt sa désertion puis sa rencontre fortuite. C’est alors qu’elle réalisa avoir perdu son masque.
Instinctivement, ignorant la douleur, elle redressa son buste pour découvrir quel était ce tour qu’on lui jouait.
_ « Mon masque, s’exclama-t-elle ! »
Elle ne trouva pour seule réponse que le sourire chaleureux de son aînée.
Katya était propre, élégante dans une belle robe blanche au coton très fin.
A côté d’elle, plus sévèrement vêtue mais toute aussi soignée, ses cheveux longs tombant sur les épaules par quelques boucles blondes, une jeune femme aux yeux bleus déclara : « Tu n’en n’auras plus besoin désormais. Nous sommes dans le temple des prêtresses d’Athéna. »
Sans voix après le ton pris, Maria continua d’identifier celles qui lui faisaient face.
Il n’en restait plus qu’une dernière.
Plus souriante que la blonde, elle paraissait bien plus chaleureuse malgré la Cloth aux tons froids qui la couvrait. Ses longs cheveux bleus étaient coiffés du diadème de bronze de son armure bleu pâle. Sous celle-ci, les plissures de sa robe permettaient de découvrir qu’elle était d’ordinaire vêtue comme sa s½ur et l’autre fille.
_ « Je suis Kyoko Saintia du Petit Cheval, lui dit-elle. Vous avez réussi l’admission en ce lieu saint. Toi en tant qu’aspirante, ta s½ur en tant que Saintia. »
A cette annonce, Maria se sentit profondément vexée.
Heureuse pour sa s½ur, elle ne put réprimer la grimace qui symbolisait sa honte de devoir à sa s½ur une place ici.
Contrairement aux autres, Katya le vit, tandis que Shoko poursuivit.
_ « Je ne suis pas peu ravie de pouvoir compter sur des renforts ! Notre ordre doit être renouvelé puisque Athéna ne trouve satisfaction auprès d’aucune prêtresse pour se composer sa garde personnelle. Seule, j’avais bien du tourment à veiller sur nos cadettes, bien que Mii, ici présente à mes côtés, m’a apporté toute l’aide dont elle est capable.
_ Allez debout, lui balança Mii au bout de son lit une tenue nouvelle, une aspirante Saintia se doit d’avoir une hygiène irréprochable ! Je vais te conduire aux thermes. Je te ferai visiter ensuite le temple et t’expliquerai en quoi consiste notre apprentissage. Laissons Shoko et Katya ensemble. En tant que Saintias, elles sont appelées à de biens plus nobles fonctions que nous autres simples aspirantes, Shoko doit avoir des tonnes de choses à dire à ta s½ur.
_ Accordons leur un instant Mii, tu veux bien, proposa Kyoko devant le manque d’entrain de Maria ? Nous reviendrons dans quelques minutes, le temps que Maria se remette de ses émotions. »
D’un hochement de tête exprimant toute sa gratitude, Katya attendit que Shoko et Mii quittent la pièce.
_ « Je me sens tellement ridicule, balbutia aussitôt seules Maria à Katya.
_ Comment peux-tu dire cela ?! Nous y sommes enfin ! Ici il ne peut plus rien nous arriver !
_ Plus rien m’arriver tu veux dire ? Toi tu es Saintia ! Tu seras appelé à des missions bien plus exaltantes et périlleuses que moi. Moi je ne parviendrai pas plus à passer le stade de prêtresse que je ne parvenais à atteindre celui d’apprentie Saint ! Je resterai planquée, ici, à l’abri, à faire bonne figure, ignorant tout de la vie aventureuse des plus proches sujets d’Athéna… »
Pour seule réponse, Katya lui tourna le dos et guetta par la lucarne la direction du palais du Grand Pope.
Tandis que sa s½ur poursuivait ses doléances, elle se hâtait de pouvoir voir à nouveau Saga…
 
Spontanément, plongée dans son appréhension de retrouver cinq ans plus tard sa s½ur faisant la même tête apitoyée chaque jour, se lamentant de sa faiblesse et du fardeau qu’elle représente pour elle, Katya ne remarqua pas que, dans son sillage, son confrère Klaus représentait une sérieuse menace.
Tandis qu’il la rattrapa par le poignet, Katya réagit par autodéfense en se défaisant de Klaus d’une clé de bras et en le plaquant contre le mur du couloir qui débouchait en direction du hall papal.
Égratigné au front par le choc contre la pierre, le diacre n’en perdit pas son aplomb : « Je le savais ! J’ai tout découvert ! Je savais qu’il se passait des choses louches ici ! Je pensais simplement que le Pope refusait qu’on voit son visage parce qu’il était caractériel ! Ou par pudeur peut-être dû à l’âge que son corps doit supporter ! Mais ce que je viens de voir, ça va à l’encontre d’Athéna ! »
Dépassée, Katya relâcha sa prise pour laisser Klaus se retourner.
La pointant du doigt, il se fit aussitôt plus menaçant : « M… Mais j’y pense ! Athéna ! Existe-t-elle d’ailleurs ?! Comment pourrait-elle laisser faire tout ça ?! Ne me sors pas le baratin que tu as raconté à ton amie pour mieux l’amadouer ! C’était des menaces déguisées oui ! La pauvre était comme avec un couteau sous la gorge ! Devenir le jouet du Pope ou mourir ! »
Il fit demi-tour se tenant de douleur le bras que Katya lui avait plié et emprunta la direction du couloir opposé.
_ « O… Euh… Où vas-tu comme ça, bégaya Katya interdite ?!
_ Je vais tout dévoiler de ce pas à mon ordre ! Je ne peux en tolérer davantage ! »
Il n’en fallut pas plus pour que Klaus achève sa phrase le regard déchiré de douleur.
Saisi par la main tranchante de Katya qui avait sectionnée sa colonne vertébrale en étant ressorti par sa cage thoracique, Klaus libéra un cri aigu qui résonna dans tout le palais.
Immédiatement, Gigas débarqua par la grande porte, suivi de deux de ses hommes portant sa marque dans la nuque.
S’ensuivirent Saga avec derrière lui ses deux conquêtes, tous trois à peine rhabillés.
Encerclant tous la dépouilles de Klaus, ils observèrent un long silence que la voix de Saga, retentissante sous son masque, finit par briser.
Avec calme, il fit preuve d’une grande maîtrise rappelant s’il le fallait encore à Katya la raison du culte qu’elle lui vouait.
_ « Gardes ! Qu’on ferme les portes avant que des regards indiscrets ne voient ce qui se passe ici ! Gigas ! Raccompagne ces filles auprès de mes autres favorites ! Qu’elles portent ta marque et qu’elles soient accueillies comme il se doit au sein de ta garde rapprochée ! Tes hommes débarrasseront du plancher ce traître et iront rapporter à son ordre son exécution pour complot contre Athéna ! Toi, dit-il en tournant la tête vers Katya, suis-moi ! »
Traumatisée, elle obtempéra jusqu’à la pièce où Saga était encore avec ses sujets auparavant.
Hagarde, couverte de sang, elle attendit d’être enfin seule pour fondre en larmes.
Tandis que le Grec lui tournait le dos, elle partit dans une crise d’hystérie qui monta crescendo.
_ « J’ai été imprudente… Je sais à quel point vous appréciez Klaus… Mais il avait découvert la vérité ! Je jure que je n’aurai pas agi ainsi sinon ! Il menaçait de tout dévoiler ! Ses propos étaient agressifs envers vous ! Il était médisant ! Il… Il… 
_ Chut, souffla-t-il en se retournant alors qu’elle montait dans les aiguës. Ça va aller… Ça va aller, la plaqua-t-il contre lui… Je suis là, enleva-t-il son masque pour lui montrer sincèrement qu’il la croyait. »
Envoûtée par la tendresse de son regard alors qu’il avait repris son apparence naturelle, Katya ne put refréner plus longtemps son désir.
Elle se hissa sur la pointe de ses pieds en avançant lentement son visage du sien.
Alors Saga relâcha son étreinte et redissimula son visage.
_ « J’ai tout entendu de votre discussion. Je te sais sincère. Et je tenais à t’en remercier encore une fois. Merci pour cette confiance que tu m’accordes depuis toutes ces années.
_ Non, se mit elle déplorablement à genoux, c’est moi qui vous remercie. Je vous dois la vie et celle de ma s½ur. Ainsi que mon rang de Saintia.
_ Ton rang et le salut assuré de ta s½ur, tu les dois à ta loyauté. D’ailleurs, depuis que tu es devenue Saintia, tu as su soulager Kyoko dans sa mission. Je compte faire de toi ma Saintia en chef. J’ai cru comprendre que ta s½ur est en difficulté dans l’apprentissage martial. N’aie crainte. Elle restera prêtresse, sans même que tu ne craignes qu’elle subisse le même sort que ceux de la garde rapprochée de Gigas. D’ailleurs, pour celles qui sont assidues dans leur dévouement et particulièrement douées martialement, une liste sera à m’établir. Il faudra veiller à préserver de moi ces potentielles Saintias. En effet, nous pourrions en avoir besoin un jour. Nous verrons alors à ce moment si elles sont faciles à corrompre ou à manipuler. Telle sera ta première mission de Saintia en chef. »
Confuse pour son geste déplacé, Katya acquiesça sans en dire davantage.
Elle voulait tellement lui dire qu’en plus de son âme, elle se sentait prête à lui donner son corps. Mais elle n’osait pas.
_ « Ce serait un affront envers lui, pensait-elle. »
Saga le devinait. C’est pour cela que son bon côté lui faisait tenir la distance : « Je ne peux en abuser… Je lui en demande déjà tant… Je ne peux gâcher un tel joyau. »
Flashback
 
_ « Un brave homme ce Saga, je suis certain qu’il m’aurait plu, s’amuse Mars !
_ J’en suis convaincue ! Si je n’avais su que tu étais ainsi réincarné, j’aurai pu jurer entre mille qu’il était toi !
_ C’est bien beau tout ça ! Mais c’est pour me raconter ses batifolages que nous sommes sortis prendre un verre ?!
_ Toujours aussi pressé ! Je croyais que ta défaite en 1979 t’avait appris la patience ?!
_ C’est le cas. Mais elle a des limites vois-tu.
_ Tu dois bien te douter que tout ceci est destiné à t’introduire le fait que le vice errait au Sanctuaire jusqu’à la plus chaste caste d’Athéna. Le kekkai d’Athéna ne peut empêcher la discorde de s’insinuer dans les c½urs corrompus.
_ Je vois. Grâce à principalement ces protagonistes, tu as pu infiltrer tes hommes à cette période au Sanctuaire.
_ Tout à fait. Et voici la suite… »

13
Only for Love / Re: Chapitre 16
« on: 17 April 2021 à 16h19 »
NEWS

Cette version du chapitre 16 est une version rééditée de la publication originale du 29 juillet 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

14
Only for Love / Chapitre 71
« on: 5 April 2021 à 13h31 »
Chapitre 71

Au Japon, dans la résidence Kido, à l’intérieur d’un grand salon illuminé par quelques halogènes, c’est le brouhaha.
Malgré les désaccords qui les opposent, la maîtresse de maison finit de convaincre ses chevaliers : « Il ne s’agit que d’une simple fête d’anniversaire. J’y vais pour affaires. Et puis Tatsumi m’accompagne. »
Le Saint aux mains gantées et à la tenue pourpre pousse ses camarades, Ichi, Nachi, Ban et Geki à le soutenir : « Malgré cela, un danger pourrait toujours roder. Je refuse que Seiya et les autres aient risqué leurs vies, pour vous laisser tomber dans les griffes d’un nouveau péril. Nous sommes le 21 mars 1987. Cela fait trois mois qu’ils sont dans le coma malgré les soins reçu à la Source d’Athéna, rappelle Jabu !
_ Jabu a raison, confirme Sho accompagné d’Ushio et Daichi. Seiya et nos amis sont toujours dans le coma. Rien n’est rassurant les concernant.
_ Vous tombez pourtant à pic, dit Saori en se tournant vers ses Saints d’acier. Vous pouvez confirmer qu’avec les moyens technologiques mis à votre disposition à notre quartier général sous le coliseum, vous pourrez tracer ma présence.
_ Oui mais…
_ Dans ce cas, vous n’aurez rien à craindre. De plus Ushio nous accompagnera pour piloter le jet qui doit m’amener dans la propriété des Solo, près du Cap Sounion. Je ne serai pas seule. »
De façon inattendue, silencieux jusqu’ici, Tatsumi sort de derrière un meuble un sabre de bois qu’il fait tournoyer autour de lui : « Et n’oubliez pas qu’elle sera accompagnée de Tatsumi troisième dan de Kendo ! »
Sa démonstration se solde par un geste malheureux qui fait basculer le buste de bronze sculpté à l’image de Mitsumasa Kido.
Il faut compter sur la réactivité d’une dernière invitée pour sauver l’ornement.
D’un claquement violent, un fouet vient enrouler la sculpture pour ensuite la ramener vers son maître d’arme.
Apparue par la fenêtre ouverte, ses spartiates montées sur talons et enroulées par-dessus son pantalon jaune au niveau des chevilles, la jeune femme blonde au justaucorps rose tend volontiers la statue à Saori.
Navré, Tatsumi se jette aux pieds de la réincarnation d’Athéna : « Oh ! Mon maître, mon maître ! Qu’ai-je fait ? »
Sous son masque, l’héroïne s’amuse de la situation. Quelques mèches de ses longs cheveux blonds tombent sur son masque de femme chevalier.
_ « Merci June Saint de bronze du Caméléon.
_ A votre service Athéna.
_ Alors ça y est, bondit Daichi jusqu’à l’amie de Shun ? Tu sembles parfaitement rétablie !
_ Oui, je suis de nouveau sur pieds et c’est pour cela que je voulais profiter de votre départ pour la Grèce Déesse Athéna pour vous accompagner. J’aimerai vivre au sein du berceau de la chevalerie, au Sanctuaire. Et…
_ Et veiller sur Shun n’est-ce pas, sourit amicalement la déité ? C’est entendu. »
A la fois gênée et enchantée de recevoir la bénédiction d’Athéna, June se courbe bien bas, pour lui rendre les hommages qui lui sont dus.


Dans les entrailles de la Terre, en Grèce, sur un îlot entouré de lave, les Arèsiens s’exercent avec discipline.
Ils travaillent sous l’Aréopage, face à un temple grec en forme de cône dont le sommet vient se planter dans la croûte terrestre qui sert de plafond à cette immense cavité.
Vêtus d’orange et portant une cuirasse rouge, ils obéissent à la grosse voix de Tromos.
Le Berserker de la Terreur, colosse de deux mètres quatre-vingt-trois, bardé de muscles, porte sa Nightmare couleur sang, dissimulant presque tout son corps, arborant une pierre d’améthyste au centre de sa poitrine.
Le guerrier d’Arès répète avec ses hommes diverses formations militaires.

Plus loin, debout au milieu d’Arèsiens assis en tailleur, le second Berserker sous les ordres de Vasiliás explique également diverses stratégies militaires.
Atychia Berserker du Malheur, garde toute sa féminité dans cette armure écarlate qui épouse à merveille ses formes généreuses.
Avec sérieux, les troupes du Dieu de la Guerre se préparent à l’affrontement contre Athéna promis par Vasiliás à Yoma.

Le Berserker de la Royauté, responsable des troupes du dieu moqué par l’Olympe, observe ses gens s’exercer avec succès.
Impérial dans sa Nightmare d’un rouge vif qui couvre l’intégralité de ses jambes, bardant chaque genou de cornes courbées qui remontent à mi-hauteur de ses cuisses, il sourit sous son masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts et qui est maintenu par son casque ovale formant une gueule de lion tel le casque de l’armure divine de Zêta.

En retrait, en direction du chemin souterrain qui relie le monde contemporain à l’Aréopage, le général voit revenir la silhouette d’un de ses hommes.
Soucieux, il s’approche de Tromos qui ôte aussitôt son heaume et s’agenouille.
_ « Tromos. D’où revient ce soldat ? Il ne me semble pas avoir envoyé quiconque à l’extérieur. Les vivres ont été rapportés en quantité suffisante il y a peu. Et nous ne manquons pas d’eau. Je sais qu’il reste quelques mauvais esprits parmi mes hommes issus de la première génération d’Arèsiens en notre époque. Se pourrait-il qu’il en fasse parti et soit allé semer le trouble sur Terre ? »
_ Vasiliás, dissimule sa gêne Tromos dans sa longue barbe ! Non… Euh… En fait… Comment dire… C’est moi qui l’ai envoyé.
_ Sans m’en avertir ?
_ Oh… Euh… Mais… Euh… Toujours dans le but de faire appliquer ta justice.
_ Explique-toi.
_ Pour la plupart d’entre nous, quand tu nous as convaincu de te rejoindre pour faire régner la justice en faisant couler le sang de tous les criminels de ce monde, tu as rendu justice à ceux qui avaient un passé douloureux. Je pense par exemple à Atychia que tu as aidé à venger sa famille. Dans mon cas, c’était beaucoup plus complexe. Alors j’ai demandé à un de nos soldats d’aller enquêter en Argentine, mon pays natal pour…
_ Ça va, ça va. La prochaine fois, pense à m’en parler avant, c’est tout. »

L’espion saute par-dessus la mer de lave et vient s’incliner devant les deux Berserkers : « Seigneur Vasiliás. Seigneur Tromos. »
L’homme au front dégarni, regarde Vasiliás, comme pour l’implorer de laisser le messager s’exprimer.
D’un mouvement de bras résigné, l’Américain cède : « Parle. Nous t’écoutons. »
Le soldat se racle la gorge : « Comme vous le savez, Buenos Aires est extrêmement grande et très dense. Cependant, il ne m’a pas fallu trop de mal pour trouver ce Segador. Son nom fait froid dans le dos à quiconque l’entend là-bas. Il est resté caché pendant plusieurs années, le temps de se faire un nom. Mais maintenant qu’il s’est bâti une véritable fortune, il a corrompu les autorités locales et tue aujourd’hui sans vergogne. Il se rend tous les soirs au Disfrute, un club très tendancieux qui lui appartient en plein centre de la ville. »
Las, Vasiliás passe sa main sur son visage : « Bon… Ça fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de remettre un beau costume. Allons donc faire une toilette puis retrouvons le monde d’aujourd’hui Tromos. »
Le robuste Berserker se relève aussitôt, les larmes aux yeux et déterminé…


En Grèce, à proximité du Cap Sounion, suspendu à la pointe d’une falaise avec vue sur la Méditerranée, un immense manoir voit de nombreux domestiques s’agiter.
Debout, dans une immense salle de bain, le richissime et somptueux héritier de la famille Solo ajuste son smoking blanc.
Pendant qu’il admire son reflet dans le miroir, Julian précise : « Ce soir Saori Kido sera des nôtres. A ce qu’on dit, elle est aussi belle qu’une déesse. Mon père et son grand-père avaient pour habitude de faire des affaires ensemble. A nous deux, à la puissance de nos fortunes, de nos moyens et de nos ambitions, nous pourrions conquérir le monde. Qu’en penses-tu ? »
Son regard bleu fixe l’image de son ami, positionné dans son dos.
Tout aussi soigneusement vêtu, achevant de fixer un foulard blanc par-dessus sa veste bordeaux, Sorrento tempère : « Je ne sais quoi vous répondre Monsieur Julian. Après tout, cela ne fait que peu de temps que j’ai la chance de côtoyer votre monde. »
Le chef d’entreprise se retourne pour admirer le regard gêné de son camarade.
_ « Il est vrai que notre rencontre fut inattendue. Je finançais un orphelinat, lorsque tu venais jouer de ta flûte pour les enfants malheureux.
_ Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, joignant nos causes l’une à l’autre. »
Les yeux océans de Julian s’égarent vers l’horizon…
_ « Oui, la construction d’un monde heureux dans un cycle instrumental mélodieux... »
Julian se racle ensuite la gorge pour se résoudre à changer de ton.
_ « Toutefois tu ne m’as pas répondu au sujet de Saori Kido.
_ Etes-vous au moins sûr qu’elle partage les mêmes idéaux que vous M. Julian ?
_ Qui ne voudrait pas construire un monde nouveau ?
_ Certains voudraient laisser les choses telles qu’elles sont aujourd’hui.
_ Est-ce vrai ?
_ Certains dieux sont pour.
_ Des dieux auxquels je ne crois pas dans ce cas, durcit aussitôt le ton le Grec.
_ Après tout, engage le Marina un autre sujet en dissimulant du mieux qu’il peut sa satisfaction d’avoir entendu ça, vous êtes admiré par d’autres femmes.
_ A quoi bon me réfugier dans ce qu’il y a de plus simple, quand ce que je convoite le plus ne me demande que peu d’efforts supplémentaires ?
_ Alors votre décision est prise ?
_ Oui, ce soir Saori Kido sera mienne.
_ Y a-t-il une chance qu’elle refuse ?
_ J’ai tout. Le pouvoir, l’argent et les mers. Peut-on fermer les yeux sur tout ce que j’offre ? Sur tout ce qu’offre un être semblable au Dieu des Mers et des Océans ?
_ Elle possède le pouvoir et l’argent elle aussi. A défaut des mers, les Kido dominent la terre.
_ Conquérir son c½ur c’est conquérir la terre. Elle ne peut qu’accepter de me permettre ainsi de dominer le monde. »


Dans la dimension qui surplombe la Terre, à l’intérieur d’un des onze temples qui forment la base du Mont Olympe, le temple du soleil, le silence et la peur règnent en maîtres.
Allongé sur une de ses banquettes à savourer le nectar et l’ambroisie, Apollon laisse la chaleur d’un immense foyer suspendu au milieu de son temple lui caresser le visage.
Irradiant dans un immense socle maintenu par d’épaisses chaînes au plafond, Apollon reste les yeux fermés, froid et imposant.
Seul le raclement de gorge de son serviteur, petit, sénile et dégarni, le sort de sa quiétude : « Seigneur Apollon. Je me demandais, quand comptiez-vous intervenir auprès de Tezcatlipoca ?
_ Exprime ta pensée Roloi.
_ Cela fait plusieurs mois que des Saints d’Athéna le traquent. Sans succès jusqu’à présent, certes. Néanmoins ils se rapprochent chaque jour un peu plus de lui. Ne craigniez-vous pas qu’ils finissent par le débusquer, l’avoir par surprise et faire échouer votre plan. »
D’un ton monocorde, le dieu du Soleil s’expriment par ses phrases courtes qui confirment chaque fois la haute estime qu’il a de lui-même : « Il est trop tôt pour que Tezcatlipoca attaque la Terre. Il n’est pas suffisamment fort tout seul pour attaquer Athéna qui vient de récupérer son Sanctuaire. Il sera plus utile en complément d’une autre Guerre Sainte. Roloi, cesse de t’inquiéter. Mon plan se déroule à merveille. Bientôt sur Terre Poséidon se servira d’Odin. Hadès se réveillera et formera une alliance avec Arès. Tout ceci grâce à Helénê. De ton côté tu as récupéré l’Armillaire de Chronos. Alors que Helénê est mon pion sur Terre tu es mon pion en Olympe. Et mon jeu progresse en silence avec efficacité. »
Les petits yeux plissés du fils de Zeus expriment tant de fierté, qu’ils ne croisent pas le regard du serviteur, pourtant tout aussi avide de succès.


A proximité du Cap Sounion, les invités de la maison Solo, tous plus élogieux les uns que les autres, sont arrivés bien vite.
Si vite que les domestiques n’ont pas vu la nuit tomber.
Le vestiaire, les hors-d’½uvre, le champagne… Les serveurs ne savent plus où donner de la tête dans cette immense salle où de nombreux musiciens s’évertuent à rythmer l’ambiance de musiques classiques.
Dans la foule élégante, Saori salue timidement les divers associés et politiciens avec lesquels elle a eu l’habitude d’échanger ces dernières années.
Accompagnée de Tatsumi qui fait honneur au buffet, elle n’a de cesse de se sentir à l’étroit dans un monde qui était encore le sien il y a un an.
Les affaires ne lui semblent maintenant n’être qu’une corvée qu’elle doit accomplir afin de garder l’anonymat sur sa réelle identité afin de préserver l’équilibre du monde.
Lorsque le ministre français des affaires étrangères vient la saluer afin d’échanger sur un dossier en suspens, Saori préfère déléguer l’échange à Tatsumi.
Elle se précipite à un des nombreux balcons pour admirer l’océan.
Splendide dans sa robe blanche, qui va à merveille avec le bijou agrafé à un ruban rosé autour de son frêle cou, la petite fille de Mitsumasa Kido souffle d’impatience : « Seiya… Je suis si proche de toi… Cependant, il m’est impossible de revenir auprès de toi. Mes sentiments de femmes s’effacent là où commence ma mission divine… »
Ses pensées s’éloignent, lorsqu’elle reconnaît sur les rochers devant elle la passagère qui l’accompagnait dans son jet.
Dissimulée dans l’ombre, le fouet à la main, la Pandora Box couverte d’un linge blanc, June veille au grain. Elle attend qu’Athéna lui fasse signe de la tête pour la quitter en toute quiétude et s’engager en direction d’Athènes et du Sanctuaire.
_ « June… Tu vas pouvoir veiller au chevet de Shun. Profite de cette occasion. Comme j’aimerai pouvoir être à ta place en cet instant, confesse Saori. »

Plus loin, là où la plage n’est pas illuminée, le bas de pantalon de velours pourpre et les chaussures de Sorrento, ne craignent pas de venir tremper dans l’onde calme de la Méditerranée.
Il laisse une brise salée venir le décoiffer, pendant qu’il hume à pleins poumons cet air qui lui sied tant…

A l’intérieur, un domestique de la propriété Solo s’avance sur l’estrade ornée d’un trident, blason de la famille de Julian.
Au-dessus de sa tête, sur les rideaux rouges, une banderole « Happy Birthday » lui évite un long discours. Il lève sa coupe d’alcool pétillant et attire vers lui l’attention des convives de son maître : « Je porte un toast pour célébrer les seize ans de Julian ! Santé ! »
Tous l’imitent dans la bonne humeur, rappelant depuis dehors Athéna a ses devoirs d’humaine.
Elle retrouve Tatsumi qui s’étonne toujours autant de croiser tout ce beau monde : « Impressionnant, tous les grands de ce monde sont réunis ici. C’est normal puisqu’il s’agit de la fête d’anniversaire du fils de la première fortune mondiale. Mais tout ça n’est-il pas un peu exagéré ? »
La familiarité du Japonais oblige Saori à le rappeler à l’ordre, alors qu’il se goinfre des succulents mets proposés : « Tatsumi, tiens ta langue. Bien que Julian n’ait que seize ans, il assure la succession de son père, y compris à la tête du clan Solo. »
En flânant, Tatsumi se rattrape : « Je ne suis pas sans ignorer que c’est une personne très importante. »
Tout ceci amuse énormément le maître de maison.
Raffiné, imposant toute sa puissance et son charisme, Julian se révèle enfin aux yeux de Saori : « Je suis très honoré d’être le sujet de votre discussion Mlle Saori Kido. »
Ignorant totalement la présence du bras droit de la jeune femme, il traverse la pièce et vient lui baiser la main.
_ « Je suis Julian Solo. Bienvenue à ma fête d’anniversaire. Il s’agit là de notre première rencontre, mais on m’a dit que mon père et Mitsumasa Kido étaient très proches.
_ En effet, mon grand-père m’a souvent parlé de la riche famille grecque Solo et de son empire maritime.
_ Je vous ai invité car je voulais vous rencontrer depuis longtemps. Vous êtes encore plus belle que je ne l’imaginais. J’aimerais vous parler seul à seul, dans le calme. Allons sur la terrasse, venez. »
Prenant Saori par la taille, il abandonne Tatsumi sans même daigner le regarder.
Le robuste second de la Fondation Graad grogne : « Mademoiselle ! Ce type ne me plait pas du tout ! »
Arrivés à une autre aile que celle empruntée plus tôt par Saori, les deux chefs d’entreprise échangent devant une petite zone portuaire.
_ « Il y a plusieurs siècles de ça, ma famille s’est bâtie un empire sur les sept mers à commencer par la Méditerranée et elle s’est constituée une fortune colossale. Mon père disait souvent, celui qui domine les mers, domine le monde. Car les océans couvrent soixante-dix pour cent de la surface terrestre. Bientôt, je dominerai moi aussi les sept mers et le monde, par conséquent. Saori, accepteriez-vous de partager cette joie avec moi ? Moi, Julian Solo, je souhaite que vous deveniez mon épouse.
_ Votre épouse, s’étonne de ses grands yeux profonds et circonspects Saori ? Vous plaisantez ?
_ Ce n’est pas une plaisanterie, Mlle Saori. Avant même de vous rencontrer, je sentais un lien fort entre nous. Et j’en ai la confirmation ce soir. Nous nous sommes déjà rencontrés, jadis, bien avant notre naissance. »
Soudain, sans même qu’ils s’en rendent compte tous les deux, leurs deux présences intérieures communiquent avec plus d’insistance.
_ « Quelques siècles auparavant… Non, durant l’antiquité, je sens que nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises, ressent Julian. »
Une étrange atmosphère s’en suit, durant laquelle les deux restent les yeux fixés dans le regard de l’autre avec détermination.

Lorsque la manifestation de leur for intérieur s’estompe, il reprend un ton charmeur, passionné.
_ « Qu’en pensez-vous Mlle Saori ?
_ Je suis très flattée. Mais je suis au regret de devoir refuser. Excusez-moi. Je suis fatiguée, aussi vais-je prendre congé de vous. Je dois repartir très tôt demain matin pour le Japon. Au revoir. »
Elle tourne aussitôt les talons et retourne à l’intérieur.
Pantois, seul, le magnifique bellâtre refuse d’admettre la réalité : « Saori… Impossible ! Il existe une femme capable de me résister ? »
Pourtant, très vite, il reprend cette mine fière que Sorrento lui connaît si bien : « Depuis ma naissance, j’ai toujours obtenu tout ce que je désirais. Vous deviendrez mienne vous aussi. »
Résolument convaincu, mais aussi profondément blessé, Julian ne se voit plus retourner faire la fête et recevoir les flatteries des puissants.
Inopinément, une lumière resplendit au loin : « Qu’est-ce qui brille au Cap Sounion ? Il n’y a pourtant rien là-bas ! »
Il s’engage en direction de l’escalier qui lui permet de longer la plage en ignorant son majordome venu l’interpeller au balcon.
_ « Seigneur Julian ! Seigneur Julian ! Où allez-vous ? Vos invités vous attendent !
_ Je… J’ai vu… Là-bas… Il y a… Non. Laisse. Dis-leur que je suis fatigué. Que je ne me sens pas très bien, balbutie-t-il en se retirant.
_ Mais enfin la soirée ne fait que comme… »
L’entêté héritier ne répond plus, il est comme aimanté par cette lumière, qu’il voit scintiller de plus belle.
La voix de son employé ne lui parvient plus.
Ses chaussures blanches sont léchées par le sable humide et son pantalon s’arrache à mesure qu’il grimpe les rochers pour atteindre le sommet du Cap Sounion.
Malgré les obstacles, il n’abdique pas.
Aveuglé, il approche jusqu’à la pointe du précipice : « Qu’est-ce que c’est ? »
Il lève les yeux du sol vers les cieux en étudiant avec minutie le long manche doré qui maintient fixé en son sommet trois pointes marines à l’acier lisse et tranchant : « D’où vient ce trident ? »
Une voix semblable à une mélodie lui répond : « C’est le vôtre depuis les temps mythologiques. »
Cette symphonie qui lui parcoure le dos l’oblige à se retourner : « Qui êtes-vous ? »
Il découvre une jeune femme agenouillée couverte d’une armure en forme d’écailles rosées aux longs cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.
_ « Je suis Thétis de la Sirène Marine.
_ La Sirène Marine ? Et vous dites que ce trident est à moi ?
_ Oui, maître Julian Solo ou plutôt maître Poséidon Empereur des Mers.
_ Poséidon ?
_ Maître Julian, vous êtes la réincarnation du dieu Poséidon, maître des océans depuis les temps mythologiques.
_ Moi la réincarnation de Poséidon ?
_ Oui. Vous nous revenez après deux cent ans d’absence. Accompagnez-moi au temple de Poséidon.
_ Au temple de Poséidon ?
_ Oui, seul ce sanctuaire sous-marin est digne de votre divine personne. Les Marinas, les Généraux et héros des océans, vous y attendent. Bien, allons-y. »
Sans même lui laisser la moindre chance de se débattre, Thétis l’enlace par la taille avant de se jeter avec lui.
Du haut du Cap Sounion, ils plongent dans une mer plus agitée que sur la plage : « Que faîtes-vous ? Ah… »


A la surface, à l’autre bout du monde, une voiture sportive rouge progresse lentement et ne passe inaperçue auprès d’aucun piéton au c½ur d’une ville encore calme à la nuit tombante.
A l’intérieur, mal à l’aise dans des vêtements civils qui l’habillent de trop, Tromos reconnaît bien son pays natal : « Ça bouge à peine à cette heure-ci à Buenos Aires. Pourtant, lorsque nous serons au c½ur de la nuit, la fête battra son plein. La musique des clubs se mélangera dehors aux rires des passants pour former un brouhaha inaudible. »
Vasiliás admire, impeccable dans son costume blanc, les nombreuses enseignes festives : « Tant mieux... Cela n’en rendra que plus discrets nos agissements. »
L’objet de leur venue ramène Tromos à de douloureux souvenirs.
Le géant, à l’étroit dans ce véhicule que Vasiliás a insisté pour louer, n’ose pas regarder son supérieur.
_ « Ca me touche que…
_ Tromos. Lorsque j’ai choisi de constituer mon armée, j’ai promis à chaque homme enrôlé de tout mettre en ½uvre pour garantir la paix et la sécurité de tout un chacun. L’existence même de ce Segador est en contradiction avec le monde que nous voulons créer.
_ Je me demandais quand même, même si nous tuons des criminels, n’en devenons nous pas non plus en agissant ainsi ?
_ Tu doutes de la morale de nos engagements ?
_ Depuis la nuit des temps, les dieux s’affrontent pour instaurer leurs paix sur Terre. Mais au final, rien n’a changé. Les famines, les guerres, les hommes mauvais, rien n’a été éradiqué.
_ C’est pour cela qu’ils doivent recevoir notre châtiment.
_ Même si nos actes me semblent justes, on parle quand même d’extermination. D’êtres mauvais, certes. Mais qui peut juger ? Crois-tu que nos hommes auront les épaules assez larges pour ça ?
_ Le costume du justicier peut paraître ingrat à porter. C’est pour cela que je me ferai roi de ce monde. Moi seul dois vivre avec l’esprit tourmenté pour la punition que nous infligerons aux criminels. Nos hommes ne seront que de simples exécutants.
_ Mais dans ce cas nous ne te suivrons que par peur du châtiment.
_ Vous me suivrez uniquement pour la paix et le bonheur de vivre en sécurité sans être raillés ou menacés.
_ Une extermination massive aura donc lieu.
_ Détruire les racines du mal à un prix. Mais les esprits pervertis ne doivent pas systématiquement être annihilés. Les coupables d’actes majeurs éliminés, les coupables d’actes mineurs devront seulement être jugés. Même si c’est sévèrement, cela permettra de faire réaliser quelle façon de vivre est juste. Les mentalités changeront et chacun s’évertuera à acquérir son bonheur sans nuire à celui des autres.
_ Alors je te suivrai. En appliquant ta loi, j’offrirai aux hommes le bonheur auquel je n’ai pas eu droit.
 _ J’ai l’impression que tu renouvelles ton serment envers moi, sourit l’Américain en restant concentré sur la route. Lorsque j’ai été retiré à mes parents, surenchérit Vasiliás au silence gêné de Tromos, des êtres aimants qui faisaient mon bonheur de petit garçon, je n’avais pas conscience des souffrances de ce monde. C’est arrivé au Sanctuaire, le berceau de la justice, c’est là que je me suis rendu compte que la nature humaine était viciée. Brimades, humiliations, violences, menaces… La vie dans le domaine sacré n’avait rien d’un conte de fée. Le pire fut, lorsque je pus découvrir la vie contemporaine avec mes yeux d’adulte. Lors de ma fuite, en trouvant refuge au Canada, j’ai constaté que le monde auquel on m’avait retiré, celui dont me protégeait mes parents, ce monde que maintient Athéna, n’était que tragédies. Vols, abus de faiblesse, meurtres, viols, pédophilie… Rien ne correspondait aux souvenirs de l’éducation familiale que j’avais reçu. Non seulement le Sanctuaire m’avait privé de mes parents qui moururent de chagrin après ma disparition, mais il se battait depuis des siècles pour protéger ce courant fou, qui bafoue les valeurs que je veux instaurer. Ma soif de justice n’en est que plus justifiée. »
Convaincu, Tromos fixe avec détermination une enseigne illuminée dont le nom se reflète d’un rose luxurieux. Il laisse son énorme main taper sur la cuisse de son supérieur pour l’alerter : « Là ! Le « Disfrute » ! »
Le roi au service d’Arès détaille avec minutie la façade : « Cinquante bons mètres de devanture, une grande porte à l’avant, uniquement une clientèle assez mondaine qui fait la queue, un vigile tous les deux mètres dans la file d’attente et… qui surveillent tout le pourtour du bâtiment ! Impossible de passer par une porte de service sans éveiller les soupçons. »
Commençant à ouvrir la portière alors que la voiture est en pleine marche, Tromos déclare : « Qu’importe ! A la vitesse à laquelle nous savons nous déplacer nous n’avons rien à… »
Malgré la différence de corpulence entre les deux hommes, le leader tire sèchement son second pour le dissuader de descendre. Son geste, ferme et oppressant, convainc l’enfant du pays d’y réfléchir à deux fois.
_ « Il y a trop d’innocents ici. Et n’oublie pas ce qu’a dit l’espion que tu as fait envoyer. Beaucoup de dissidents à Segador se trouvent emprisonnés à l’intérieur. Apparemment, le rez-de-chaussée est un immense dancing avec plusieurs salles. Il y a un étage, les appartements privés certainement. Si tu regardes au sol, il y a quelques trappes à l’angle des murs. Certainement des grilles d’aération pour les sous-sols. S’il y a des prisonniers, c’est là que nous les trouverons.
_ Je veux Segador !
_ Il sera à toi. Mais n’oublie pas que pour les gens de ce monde, nous sommes des surhommes. Ils ne doivent pas soupçonner notre existence. Nous faire remarquer par la cosmo énergie nous révèlerait également à Athéna. Si elle découvre qu’Arès a fondé une nouvelle armée, elle pourrait nuire à nos projets.
_ Que comptes-tu faire alors ? »
Tout en stationnant avec simplicité son véhicule un peu plus loin, Vasiliás resserre légèrement sa cravate : « Tu vas être mon partenaire de soirée ! »


En Grèce, sous la mer, dans le sanctuaire sous-marin, Julian revient peu à peu à lui.
Etalé de tout son long sur les dalles blanches du parvis du temple du Dieu des Océans, il ouvre mollement ses yeux.
L’eau salée lui pique encore.
Ses narines lui brûlent après que l’eau se soit infiltrée dans ses poumons. Mais c’est bien l’air qui lui fait gonfler de nouveau sa poitrine.
_ « Pourtant, le bruit berçant des vagues… Ce va et vient apaisant… Je l’entends toujours, réalise-t-il en revenant à lui. Pourquoi ne suis-je plus dans les abysses ? A mesure que je m’y enfonçais avec cette femme, je souffrais. J’ai perdu connaissance. Où suis-je ? Nous avons plongé dans la mer, sommes-nous sortis de l’eau ? Où est passée l’eau, s’interroge-t-il en levant la tête vers le ciel ? L’eau est au-dessus de nous, telle une voûte céleste, réalise-t-il instantanément ! Nous sommes donc bien dans les fonds marins ?
_ En effet. Dans les abysses maritimes se trouve votre empire. »
Thétis l’accueille debout devant un des sphinx, qui décore l’extérieur du palais.
Bouche bée, le Grec admire les étendus au relief fait de roches spongieuses.
Enfin, lorsqu’il finit de faire le tour de lui-même, il tombe nez à nez avec une immense bâtisse aux colonnes doriques.
_ « Regardez. Voici votre temple.
_ Un temple aussi énorme sous l’océan, comment est-ce possible ? Voici donc le temple de Poséidon, le sanctuaire des mers. Et c’est… »
Son attention se focalise sur une Scale majestueuse qui l’attend sur les marches de l’édifice.
Dès lors, les écailles rentrent en harmonie avec lui, révélant sa cosmos énergie tout en épousant ses formes.
L’alchimie est parfaite, la conscience de Poséidon s’éveille en même temps que la Scale habille Julian.
Déjà une centaine de soldats Marinas venue de tout le royaume se prosterne à ses pieds.
Devant eux, arrivent sept Généraux couverts d’écailles aux couleurs semblables aux siennes.
Parmi eux, tête baissée, n’osant pas lever les yeux, Sorrento se courbe. Suivi de Bian, Io, Krishna, Kassa et Isaak.
Seul le Dragon des Mers s’avance un peu plus que les autres avant de s’incliner.
_ « Seigneur Poséidon, votre armée est au complet. Votre peuple attend vos ordres. »
Durant de longues secondes, l’empereur scrute chaque homme qu’il a sous ses ordres sans dire le moindre mot.
Autant de temps où, sous son heaume, Kanon sent rouler sur son front la sueur froide que seul un homme complotant contre les dieux peut ressentir : « Il est de retour. C’est l’instant fatidique. Si tout se passe comme je l’ai prévu, il se contentera de voir que nous sommes prêts et il ne restera plus qu’à lui faire mettre l’anneau des Nibelungen à Hilda. Les Guerriers Divins remporteront la victoire pour nous et je pourrai gouverner en utilisant ce dieu pantin. »
L’instant de vérité ne lui fait pas défaut.
Le dieu tourne le dos à ses sujets et entame la montée vers ses appartements.
_ « Dragon des Mers. Tu sembles avoir été le chef de mes rangs en mon absence.
_ C’est le cas.
_ Je te félicite d’avoir réunis mes Généraux et une armée de Marinas. Mes hommes savent se tenir. Et si je suis ici aujourd’hui, c’est qu’Athéna est revenue en ce monde. Viens donc t’entretenir avec moi sur la situation. »
Sans mot dire, Kanon s’enfonce dans les profondeurs des locaux, pendant que les hommes retournent vaquer à leurs occupations.
Seul, au milieu de la place vide, Sorrento lève enfin les yeux en direction du chemin emprunté par son maître : « Même si vous n’avez eu aucune considération en égard à l’amitié que nous partagions dans notre ancienne vie, je reste fidèlement vôtre. J’ai passé ces derniers mois à vos côtés, sans me soucier des décisions prises par le Dragon des Mers. Je prie pour qu’elles soient à la hauteur de vos espérances. »

A l’intérieur, progressant les yeux fermés à mesure que la mémoire lui revient, Poséidon emboîte le pas à Kanon.
Après avoir traversés les différents appartements et autres salles de réunions, les deux hommes forts du sanctuaire sous-marin empruntent un pont de pierre.
La passerelle est suspendue au-dessus d’un bain immense. Ce dernier est alimenté par l’eau qui provient du plafond et qui s’écoule sur toutes les parois.
Ce splendide décor n’impressionne en rien Poséidon qui continue d’échanger avec son Général : « … Alors après cela tu as commencé à réunir les Généraux.
_ En effet. Tout en confiant la tenue des rangs aux premiers rassemblés, j’utilisais les Scales qui me servaient à identifier les autres promus. Entre temps, j’effectuais diverses recherches pour vous permettre d’affaiblir Athéna et conquérir la Terre. Pour cela, il m’a fallu envoyer Isaac du Kraken à Atlantis.
_ Hum… Atlantis… Mon esprit s’y est éveillé il y a plus de deux cent ans pendant une Guerre Sainte entre Athéna et Hadès.
_ En effet. Il a été rendormi par l’intervention du Saint d’or du Verseau de l’époque. Cela a valu à la cité d’être condamnée. Son seul accès restant Blue Graad. J’ai donc organisé une Guerre Sainte entre Blue Graad et Asgard afin de faire diversion et d’y envoyer notre homme. _ Atlantis est parsemé d’artefacts puissants. Pour lequel l’as-tu envoyé là-bas ?
_ L’anneau des Nibelungen. J’ai pu étudier ces treize dernières années les diverses entités de cette planète et j’ai trouvé celle d’Asgard, Odin, digne de notre intérêt. Cela s’est confirmé durant la Guerre Sainte entre les royaumes du grand nord. Les défenseurs d’Odin ont un niveau capable d’égaler les meilleurs saints d’Athéna. Et surtout, si la Prêtresse d’Odin cesse ses prières, les glaces des pôles sont menacées de fondre. La fonte des pôles signifierait une victoire des océans sans même mener nos hommes à la bataille.
_ Et si Athéna combat les God Warriors, elle n’aura plus de forces armées pour lutter contre mes Marinas.
_ Athéna est déjà affaiblie après un complot interne, qui a décimé la moitié de ses hommes.
_ Et les nôtres ? J’ai cru dénombrer une centaine de soldats.
_ Nos Généraux ont un niveau digne de vous. Cependant, nos soldats ne valent pas mieux qu’un vulgaire Saint de bronze d’Athéna. »
Poséidon termine de gravir l’escalier d’eau et parvient devant deux immenses portes, dans lesquelles est gravé un imposant trident en or. Grâce à son cosmos, il les ouvre sans le moindre effort et observe sa salle du trône où, sur son siège, resplendit la bague maléfique.
_ « L’anneau des Nibelungen.
_ Je pense qu’il fera le nécessaire, sourit dans l’ombre de son casque avec perfidie Kanon. Votre peuple a assez souffert ces derniers millénaires, pour éviter de subir de nouvelles pertes inutiles. Les femmes et les enfants qui peuplent les environs vous vénèrent chaque jour que vous leur accordez. La population est de moins en moins importante, mais elle est l’héritage des élus que vous aviez choisi dans les temps mythologiques pour repeupler votre nouveau monde. »
Par télékinésie, l’empereur vient faire virevolter par-dessus la paume de sa main le bijou alors qu’il se pose au fond de son siège.
_ « Tu me disais toi-même que les hommes de la prêtresse d’Odin étaient puissants. Pour sceller l’anneau il ne faudra pas que nous soyons dérangés.
_ Hilda de Polaris, c’est le nom de la prêtresse, est toujours accompagnée de Siegfried de Dubhe. Peut-être que si nous infiltrons Thétis, nous arriverons à les séparer le temps de…
_ Si Thétis a ta confiance, alors prépare là à cette mission sur le champ. Dès demain, Hilda sera sous mon emprise. Et la Terre n’aura alors jamais mieux portée le nom de Planète Bleue ! »


En Argentine, à Buenos Aires, très élégant, Vasiliás patiente calmement dans la file à quelques mètres de l’entrée du Disfrute.
_ « Allons, cesse de faire la tête, dit-il en levant les yeux vers Tromos.
_ Je ne suis pas venu danser.
_ Ça tombe bien, moi non plus. J’aime la musique, mais je danse comme un pied. On va boire un verre, observer les allers et venues des hommes de Segador et on agira discrètement. »

Enfin arrivés à l’entrée, une fois scrutés de haut en bas par les vigiles à l’allure menaçante, les deux Berserkers sont accueillis par une hôtesse à la peau chocolat.
Les cheveux courts, d’un noir de jais, le regard perçant, sa voix est suave : « Je suis Peligra. Vous n’êtes pas des habitués de notre club n’est-ce pas ? »
Face à la nervosité de Tromos, Vasiliás choisit d’être l’interlocuteur privilégié de la vénusté montée sur des escarpins aussi ténébreux que sa veste de tailleur grande ouverte sur sa peau d’ébène luisante.
_ « Effectivement. Nous sommes Américains et avons fait une halte à Buenos Aires pour affaires chère demoiselle Peligra.
 _ Alors je vais me charger de vous faire visiter, lui dit-elle en lui tendant la main. Comme pour chaque client, je suis la chargée à votre service. »
Elle lui serre et caresse la paume de main avec attention lorsqu’il la lui donne.
Elle dirige son bras libre en direction de diverses salles toutes mystérieusement dissimulées par des rideaux de velours rouge.
_ « Dans cette direction se trouve notre restaurant et le piano bar. Ici le bar où vous seront versés les meilleurs cocktails que vous pourrez trouver en Argentine. Une piste de danse vous permet de vous mêler à la foule, ou bien peut-être préférerez-vous l’intimité de quelques banquettes encerclant un podium sur lequel je pourrai vous réserver une petite danse ? »
Vasiliás snobe le charme de sa guide en pointant la direction de l’étage.
_ « Ces escaliers ne nous sont pas accessibles ?
_ Il s’agit des alcôves réservées à nos meilleurs clients, passe-t-elle sa main sur l’épais n½ud de soie saumon qui lui sert de jupe. Après se trouvent les appartements privés de la direction.
_ Dans ce cas j’espère devenir très vite le meilleur de vos clients, sourit-il de ses grandes dents pour complimenter la splendide employée.
_ Cela ne tiendra qu’à vous, lui rétorque-t-elle avec un regard provocateur.
_ Cette musique me donne déjà mal à la tête, mais je suis partant pour boire un verre, casse l’ambiance Tromos laissé pour compte dans ce jeu de séduction. »
Peligra devance alors les deux compagnons. Elle traverse la piste de danse.
Esquivant les corps qui se déhanchent au milieu des stroboscopes, des lasers et de la fumée, les Berserkers échangent leurs impressions.
_ « Tu as vu, nous sommes passés incognito, relativise Vasiliás. Elle n’a même pas remarqué que tu es Argentin. Il faut dire que lorsque tu as quitté ton pays, tu devais encore avoir tous tes cheveux.
_ Je ne perds pas mes cheveux, j’ai le front large, c’est différent, frotte Tromos le haut de son crâne assez dégarni ! »
Après un sourire complice échangé, Tromos revient à l’objet de leur présence.
_ « Comment comptes-tu t’organiser ?
_ Si tu regardes bien, dans tous les groupes venus ici, il y a une hôtesse qui ne les lâche pas. Il en sera de même pour la nôtre. A moins que l’un de nous ne se l’accapare.
_ C’est bon, j’ai compris. Je suis de trop.
_ Continue de jouer la carte de l’indifférence. Une fois que nous serons séparés, trouve le chemin qui mène au sous-sol. Je te laisse d’abord libérer les prisonniers. Ensuite, seulement, tu pourras te rendre à l’étage. Segador et ses hommes seront à toi. »
Tromos choisit donc la direction du bar pour tromper la vigilance de Peligra.
Avant qu’il ne s’en aille, Vasiliás retient l’homme aux petits yeux noisette : « N’oublie pas d’agir en toute discrétion. Je compte sur toi. »

Au milieu de trois couples remuant l’un contre l’autre sensuellement, Peligra s’inquiète du départ précipité du robuste client : « Ma présence l’indispose-t-il ?
_ Absolument pas. Mais il est du genre réservé. Difficile à croire que cette montagne de deux mètres quatre-vingt-trois aime passer inaperçu. Il est parti noyer son chagrin d’avoir aujourd’hui loupé un gros contrat en allant au bar.
_ Que dois-je faire pour vous satisfaire dans ce cas ? Peut-être vous présenter à d’autres clients ? Ou vous entraîner sur la piste ?
_ Je n’aime pas danser.
_ Les fauteuils dans ce coin dans ce cas ? Ils sont occupés par un grand investisseur local.
_ J’ai déjà signé beaucoup de contrats aujourd’hui. J’ai affirmé ne pas aimer danser. Mais je n’ai jamais dit que je n’aimais pas qu’on danse pour moi… »


Loin de la moiteur de l’Amérique du Sud, à l’entrée même du domaine d’Asgard, sur la route de cristal, là où Seiya et Thor s’affronteront dans quelques jours, une silhouette couverte d’un épais manteau de laine blanc progresse péniblement dans la neige.
La masse cotonneuse drape les terres gelées du dieu Odin.
Les cheveux d’or et le teint halé de la voyageuse permettent à quiconque la croiserait de l’identifier comme une intruse.
Hélas, la météo capricieuse de ce jour ne permet pas à Thétis de croiser le moindre habitant ni le moindre garde.
_ « Par ce froid, il faudrait être fou pour sortir, assure-t-elle. Le Dragon des Mers m’a demandé de trouver le moyen d’écarter la Princesse de Polaris de son fidèle bienfaiteur Siegfried. Ce ne sera pas tâche aisée et il me faudra jouer de tous mes charmes. »

Arrivée devant un croisement, la Danoise qui a élu domicile sous la Méditerranée ces dernières années est face à un dilemme.
_ « La route s’écarte. A gauche une vallée qui maintient de la neige fraîche, propice aux avalanches, et à droite, une progression vers une montagne. »
Soudain, le frisson d’un danger lui parcourt le dos. Une légère secousse retentit.
_ « Il n’y a pas de doutes possibles. Il s’agit d’un cosmos. Vers la montagne, devine très vite Thétis ! »
 
En effet, plus loin, plus haut, en direction du Mont Baldr au sommet duquel Mime trouvera la mort contre Ikki, une cavité est formée à travers la roche.
Tout autour de cette entrée, la neige fond en raison de la chaleur libérée par la lave du volcan où s’entraîne régulièrement Hagen.
Aux abords, Freya ne craint donc pas le froid.
La peau blanche, les yeux verts concordant à merveille avec le tissu qui couvre ses épaules par-dessus sa robe blanche, la magnifique demoiselle admire tout le courage d’Hagen.
Aujourd’hui, il s’entraîne dehors. L’athlétique guerrier nordique surmonte la rudesse du froid. Il exécute en mêlant vitesse et puissance de nombreux enchaînements.
Lorsqu’un courant d’air glacial vient lui arracher son maillot kaki, pour lui couper la peau à hauteur de l’abdomen, il ne sourcille même pas. Il contre le souffle avec le sien en dégageant son arcane : « Universe Freezing ! »
C’est une fois qu’il est parvenu à couper le souffle du vent, qu’il s’accroupit enfin pour contenir son hémorragie.
Inquiète, les doigts entremêlés, les cheveux blonds épais couverts d’un bonnet rose, Freya ignore le danger qui règne dehors. Elle se précipite vers son amant pour le ramener à l’intérieur de la caverne volcanique.
_ « Je t’avais dit de t’entraîner à l’intérieur, près du volcan, comme d’habitude.
_ Non Princesse Freya. Je sais que vous souffrez trop de la chaleur à proximité de la lave et je ne veux pas vous imposer ça. »
Il se cramponne fermement le ventre pour contenir sa plaie.
Alors, la cadette de la famille de Polaris prend le relais. Elle essuie l’hémoglobine séchée sans même exprimer le moindre dégoût. Au contraire, son geste lui permet de caresser les lignes fermes des abdominaux du futur God Warrior.
Son attention lui vaut un sourire plein de charme de l’Asgardien, qu’elle s’empresse de prendre à pleine bouche.
Accroupit au-dessus de lui pour dominer sa grande taille, elle l’embrasse avec passion maintenant que sa plaie cesse de saigner.
Alors qu’il remonte peu à peu la longue robe de sa bien-aimée pour enfin avoir l’immense plaisir de parcourir de ses mains le long de ses douces jambes, Freya se presse de lui défaire son pantalon blanc…

Perdue, titubante, la vue obstruée par la neige, Thétis est parvenue à remonter la trace du cosmos d’Hagen.
L’inconnue de ces terres aux neiges éternelles surgit inopinément face au couple qui ne fait plus qu’un.
Attirée par la clameur libérée crescendo et simultanément par le frottement régulier de la chair des deux amants, Thétis apparaît devant eux.
Sa douce voix libère une mélodie lorsqu’elle prononce avant de s’écrouler face à eux : « Aidez-moi… Je vous en prie… »
Pris au dépourvu, charmés par cette voix harmonieuse, ils s’échangent d’abord un regard mêlé de charme et de surprise. Puis réajustent leurs vêtements en accourant vers elle…


Au même moment, en Grèce, dans le sanctuaire souterrain d’Arès, le calme est propice à la progression funeste de la discorde.
Sa représentante divine, Eris, profite de l’absence de Vasiliás et Tromos pour s’infiltrer au sein de l’Aréopage.
Voulant poursuivre avec elle ses manigances, Arès sort discrètement de son temple.
Il avance seul par-dessus la lave qui encercle l’îlot où se dresse l’antique palais.
Insensible au magma, il rejoint sa s½ur réincarnée.
_ « Je savais que la reprise de son Sanctuaire par Athéna ne t’avait pas laissé indifférente.
_ Beaucoup de morts, de ranc½ur, de peine, de trahisons, de doutes… Il est temps de passer à l’action tu ne crois pas.
_ A l’époque, elles ont été scellées chez toi n’est-ce pas ? Dans ton Jardin d’Eden à Hokkaido. »
Sous les traits de Kyoko, Eris devine où veut en venir Arès.
_ « En effet. Tes Ombres. Les guerriers à ton service qui commandent les Berserkers.
_ Alors lors de la dernière bataille où ils étaient à mes côtés, Athéna a eu la malice de les emprisonner dans ton temple enseveli pendant que tu étais prisonnière de la Pomme d’Or à la dérive dans l’espace. Astucieux. Elle pensait que tu ne te réincarnerais pas de sitôt et cela me privait de mes meilleurs atouts.
_ Avec eux, lors de ta première tentative d’invasion du Sanctuaire en 1979, tu aurais réussi ton coup.
_ Pas sûr, relativise le dieu assagi avec le temps et influencé par les stratagèmes de Ksénia et Vasiliás. Je me suis précipité et y suis allé avec une armée incomplète. J’ai profité de la Guerre Sainte contre les Titans pour tenter de m’emparer du Sanctuaire d’Athéna et ai été repoussé par des Saints de bronze et d’argent. Très vite, les Saints d’or revinrent victorieux. Même avec mon armée de Berserkers au complet, commandés par mes Ombres, nous aurions été mis en difficulté car pris à revers par le retour des Saints d’or du Cronos Labyrinthos.
_ Quelle clairvoyance ! Je t’ai connu moins calme !
_ La vérité c’est toi qui me l’as montré. Par ta façon de t’immiscer dans le c½ur des hommes. Mon Berserker de la Royauté a rebâti mon armée. Il l’a façonnée avec des soldats pleins de souffrances. Il met à ta disposition de parfaits candidats à tes Evil Seeds. Il a monté son plan d’invasion du Sanctuaire avec minutie et patience. Nous n’aurons qu’à le cueillir lorsqu’il aura accompli le travail. Et lorsqu’il croira me prendre à revers, mes Ombres le cueilleront comme toi tu cueilleras toutes ces âmes, arèsiennes et athéniennes que tes Evil Seeds auront égrainées durant la bataille. »
Enjouée, Eris s’approche de son frère pour coller d’affection sa tête contre son torse.
_ « Tu avais donc tout prévu mon frère…
_ Je ne suis pas le seul, n’est-ce pas ? Si mon échec de 1979 était conséquent à mon manque de patience, je te sais, toi, bien moins rustre. Et capable de plus de réflexion. Lorsque tu as attaqué en 1984 le Sanctuaire, tu brouillais les pistes n’est-ce pas ? »
Démasquée, la Déesse de la Discorde sourit avec perfidie.
S’émancipant des bras de son frère, Eris fait apparaître sur elle un chemisier blanc rentré dans une jupe crème donnant à Kyoko une apparence contemporaine.
_ « C’est une longue histoire. Que penses-tu de profiter d’être nés humains en cette ère pour goûter au plaisir qu’ils s’offrent avant notre avènement ?
_ Seulement si tu promets de me révéler le détail de tous les meurtres commis sous ton influence, accepte-t-il. »
Dès lors, il s’affuble lui aussi de vêtements.
Habillé d’un long manteau beige qui descend jusqu’à un pantalon de costume gris, il prend la direction de la surface dans de belles chaussures de ville : « Bien, gouttons à ce monde en tant que Kyoko et Mars, avant de le diriger en tant qu’Eris et Arès ! »

15
Only for Love / Chapitre 15
« on: 15 March 2021 à 19h10 »
NEWS

Cette version du chapitre 15 est une version rééditée de la publication originale du 7 juin 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

Pages: [1] 2 3 ... 28