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Messages - Kodeni
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NEWS
Cette version du chapitre 31 est une version rééditée de la publication originale du 1er juillet 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Après ses récentes déclarations, j'avoue qu'un retour sur du Saint Seiya ne me déplairait pas. Mais là, c'est un bien plus qu'un rêve...
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Je t'en prie. Ravi que la fiction te plaise après autant de chapitres.
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« on: 7 January 2026 à 11h09 »
Partie 2. Suite et fin du chapitre
L’endroit est sombre. Encaissé. Gelé. Si enfoui sous cette terre de glace que la taille dans la roche n’est plus visible sous les épaisses couches de givre. La descente parait interminable pour Andreas qui distingue de moins en moins les derniers rayons du jour qui s’infiltrent des grands vitraux du palais jusqu’au début des marches, avant de laisser les ténèbres régner. Le froid masque l’odeur de renfermé. Heureusement, sinon elle incommoderait davantage Andreas une fois le pied posé sur le parterre dallé de grands carreaux de ciment. Le gel reflète quelques torches que des gardes tiennent un peu partout dans la vaste pièce. _ « Ces cryptes semblent s’étendre sous toute la surface du palais. Depuis mon enfance, j’entends de ce lieu qu’il regorge de vieilles tombes de représentants d’Odin d’antan ainsi que d’anciens artefacts vidés du cosmos qu’Odin leur insuffla jadis, songe Andreas. » Il fait le tour de lui-même, surpris de voir, autour de caveaux et autres présentoirs, autant de soldats en garde ici et là. Ils sont inflexibles, immobiles, rudement bardés de leurs protections. _ « Comment est-ce possible que depuis une dizaine d’année ces guerriers ont pu rester postés ainsi ? A moins que… » Une idée le faisant frémir parcourt tout son être. Il se précipite jusqu’au guerrier le plus proche. Celui-ci a le visage tatoué de symboles pourpres. _ « … A moins qu’ils ne soient morts… Et revenus à la vie… Des Einherjar ! » Il vivote d’un monument à l’autre pour étudier sous la lueur de leurs torches les morts vivants. _ « Odin ferait garder ce tombeau par des Einherjar ? » Seulement, au beau milieu de cet immobilisme malsain, le silence est rompu depuis son arrivée par les claquements lents des talons aiguilles de l’étrangère. Ils poursuivent leur chemin sur un rythme continu. Ne marquant ni pause, ni hésitation. Ils ne laissent pas à Andreas suffisamment de temps pour s’interroger davantage. Il part à sa recherche en slalomant entre les colonnes de pierre qui soutiennent l’édifice. Durant son parcours, pas un Einherjar ne réagit à sa présence. Tandis qu’il se rapproche de Ksénia, les idées se mélangent, semant la confusion dans son esprit : « Si Odin s’est constitué une armée d’Einherjar ces dernières années, alors c’est qu’il est réveillé depuis tout ce temps. Ça n’a aucun sens. Il a fallu le rappel de sa God Rob pour réanimer son esprit à travers elle. » C’est alors que l’ambiance lugubre prend une effervescence colorée. Une lueur violacée, semblable à celle qui maquille les Einherjar sur leurs visages et parfois leurs corps, tamise la direction où les pas de Ksénia cessent de résonner. Immédiatement, Andreas ne pense plus. Sa cadence ralentit. L’éclat mauve brille dans ses yeux. Plus il s’en approche, plus le rythme de ses pas diminue. Plus il en prêt, plus l’illumination devient intense. Il est désormais arrivé à l’autre bout du palais. Sur le mur du fond du souterrain, une stèle en brique est gravée à l’effigie d’un dieu ancien et craint : « Loki, souffle à peine Andreas ! » La stèle soutien une urne d’où émane la lumière. En y regardant de plus près, le médecin comprend que ça n’est en rien une illumination mais plutôt une aura : « Un cosmos… Mais il irradie d’une phosphorescence opaque… Etouffante… Et sur cette urne… » Il plisse un peu plus les yeux sur le vase précieux pour reconnaître une bandelette de papier arrachée : « Un sceau… Un sceau frappé d’une rune… Malgré qu’il ait été arraché… On peut reconnaître à sa première lettre le sceau d’Odin… Mais alors... » Sortant de derrière un pilier où elle s’était cachée, Ksénia se montre enfin. Ne souffrant pas du froid malgré sa tenue affriolante, la Russe dévoile de son doux accent slave : « En effet, ici était emprisonné pour la nuit des temps Loki. » Andreas remarque trop tard que l’effluve cosmique qui imprègne la salle entrave ses mouvements. _ « Etait ? _ Oui. Il y a des millénaires, lors de la bataille qui a permis à Odin de sommeiller jusqu’alors, il a triomphé de Loki. Il l’a privé de réincarnation en l’emprisonnant de toutes ses forces ici. Cet immense caveau où reposent les ancêtres de Polaris et leurs plus fidèles guerriers était le lieu parfait pour y abriter le sceau d’Odin. _ Si Loki ne peut plus se réincarner, alors comment peut-il s’être échappé ?! Si Odin y a mis tout son cosmos alors seul un dieu a pu… Et pas n’importe quel dieu… _ Tu as deviné. Seule la force des dieux qui gouvernent l’ensemble des panthéons a pu briser cette entrave. Lorsque Athéna s’est réincarnée sur Terre et que mon maître s’est préparé à lutter contre elle, nous étions loin de nous douter que nous pourrions utiliser les desseins d’un humain pour manipuler Poséidon et à fortiori les représentants d’Asgard. A la recherche de dieux mineurs pouvant arranger nos affaires en affaiblissant Athéna et en la conduisant à la faute, mon maître a profité des obsèques du père d’Hilda et que la prison de glace dans laquelle est condamnée Loki soit rouverte pour m’y envoyer. Jeune fille à l’époque, d’apparence innocente, je n’ai éveillé aucun soupçon au milieu de la foule immense réunie. Porteuse d’un sceau de la force solaire qu’il a confectionné pour l’occasion, j’ai profité d’être à l’abri des regards pour que la force d’Apollon annihile celle d’Odin. _ Alors, Loki attend son retour, en secret, depuis qu’Hilda gouverne et que les portes se sont refermées après qu’a été déposée ici la dépouille de son père… L’immortalité que Baldr croit avoir obtenu d’Odin, elle ne vient de nul autre que de Loki n’est-ce pas ?! _ En trompant Baldr, Loki nous a convaincu qu’il serait utile aux desseins de l’Olympe. Il ne nous manquait plus qu’une personne influente à Asgard qui n’éveillerait aucun soupçon pour que Loki puisse s’y incarner. _ S’y incarner ? _ Oui. Si Odin a brisé le cycle de réincarnation de Loki, celui-ci n’en reste pas moins un dieu. Il lui suffit de choisir un hôte. Et je crois qu’il a fait son choix. Depuis les millénaires qu’il attend… » En effet, alors qu’il converse avec Ksénia, le corps d’Andreas se dirige irrémédiablement jusqu’à l’urne. Son regard, absorbé, témoigne de l’envoûtement de Loki. En aucun cas Andreas ne peut et ne veut lutter contre cette tentation. _ « Sa libération puis notre absence il y a une dizaine d’années a dû exacerber sa volonté de prendre le contrôle d’Asgard. » A ce stade, Andreas n’écoute déjà plus Ksénia. Il est posté face à l’urne, les bras ballants. Sa conscience est vidée de toute détermination à lutter. Ses pupilles se dilatent. Le cosmos sinistre finit d’émaner sous ses yeux. L’urne est désormais vidée. L’atmosphère lugubre est si lourde qu’il ferme ses paupières comme si elle lui pique les yeux. Il hume à pleins poumons l’air piquant du froid asgardien. A l’oxygène qu’il aspire se mêle la luisance violacée qui éclairait jusqu’alors l’espace. Il la respire d’une longue et interminable traite comme s’il reprenait en lui tout le cosmos que Loki a libéré sur plus d’une décennie dans les catacombes d’Asgard. Il rouvre alors les yeux. Ses iris brillent désormais d’un rouge vif. Il n’est plus question de phosphorescence mais bien d’une aura, un cosmos, qui émane maintenant de lui. Il n’est plus Andreas. Il est Loki. Aussitôt, la lueur cosmique baisse et c’est la lueur des torches des Einherjar qui prend le relais. Immédiatement, les morts vivants plient le genou à terre pour reconnaître celui qui les a ramenés à Asgard. Satisfait, inquiétant dans cette pénombre nouvelle, il reprend sa conversation avec Ksénia. _ « En effet. Cela m’a paru interminable. _ Les événements chez Poséidon ont relégué votre réveil au second plan. _ Je suis une issue de secours si je comprends bien. _ Absolument. _ Et qu’attend Apollon de cette issue de secours. _ Ce que vous savez faire de mieux. Semer la confusion. » Loki la fixe avec malice. _ « Je ne suis pas le seul à savoir le faire apparemment. _ Baldr n’était qu’un moyen d’attirer l’attention d’Andreas. Me faire passer pour une chétive voyageuse qui s’est perdue en cette contrée a été un jeu d’enfant vis-à-vis d’un rustre comme Baldr. Et cela m’a permis de prendre du plaisir dans la mission qui était la mienne de semer la confusion chez Andreas. » Loki tempère ses ardeurs. Il rebrousse chemin, laissant Ksénia dans son sillage. _ « Semer la confusion. C’est bien ce que je compte faire. Mais à quoi bon si Apollon a décidé du sort de la Terre ? _ Il a décidé du sort d’Athéna. Apollon attend surtout que les mortels retrouvent la foi légitime envers les Olympiens. Qu’ils les vénèrent et s’emploient à être plus vertueux. Tout le contraire de ce qu’Athéna leur fait être. _ Et donc, il attend de moi de pousser Athéna à la faute pour ensuite mieux éradiquer l’humanité et ceux qu’ils considèrent comme dieux mineurs, dont moi, avec. _ Le Seigneur Apollon est juste. La Terre ne l’intéresse pas. Il saura laisser celle-ci à celui qui aura remis les mortels sur le droit chemin. » Loki remonte marche après marche les escaliers. Alors qu’il entraperçoit la lumière du jour, il stoppe sa progression et apprécie quelques secondes la liberté qui lui tend les bras. Il profite que Ksénia le rejoigne pour concrétiser un plan. _ « La présence d’Odin à Asgard me gêne. Il pourrait tout faire échouer. D’autant plus qu’Hilda a renouvelé son serment à Athéna après avoir été libérée de l’Anneau des Nibelungen. Lutter seul contre Odin et le Sanctuaire ne sera pas une partie de plaisir. _ N’ait crainte. D’autres pions sont placés pour occuper le Sanctuaire. » Un sourire perfide se dessine alors sur le visage d’Andreas. Il reprend sa montée et, dessinant devant lui avec sa main droite un cercle, il ramène à eux les trois gardiens défunts de la porte sacrée tués plus tôt par Ksénia. Ils se redressent et, instinctivement, reprennent leur service pendant que la marque des Einherjar empourpre leurs visages. Revenant à son tour à la surface, Loki attend que Ksénia sorte des catacombes pour redessiner sous ses yeux les couches de glaces qui emprisonnent les portes. _ « On n’y voit que du feu, sourit-elle. _ J’ai un plan. Le temps de le mettre en ½uvre, personne ne doit soupçonner une intrusion en ce lieu. » Il tend l’oreille en direction du brouhaha qui vient de la salle de réception. _ « Comptes-tu ramener les défunts God Warriors en Einherjar, suggère-t-elle ? Après tout, de simples soldats ne suffiront pas. _ Cela éveillerait les soupçons. La tromperie c’est savoir faire croire que le dieu bienfaiteur des Asgardiens agit dans leur intérêt. Hilda n’a réveillé que les God Warriors de la Grande Ours. Il reste à Odin ceux de la mythologie. A moi de voir comment le neutraliser pour agir à ma guise désormais. Tu peux rentrer en Olympe rassurer Apollon à présent… »
Sur la plage d’Yíaros, la poussière est retombée. Le sable est de nouveau couvert d’eau par le ressac des vagues. Etendue, à peine consciente, Juventas se morfond : « D’abord Iphiclès, puis Apodis, les deux hommes de ma vie. Et maintenant toi, ¼dipe, mon ami. » Brusquement, un déplacement inattendu l’extirpe de son affliction. Reconnaissant la démarche très particulière de son camarade, l’Alcide des Juments de Diomède relève difficilement la tête : « ¼dipe ! Tu as sur… » Néanmoins, la surprise est telle qu’elle reste sans voix. Face à elle, progressant avec difficulté après les blessures reçues, l’Ange est encore debout. N’ayant plus la force de parler, il se contente de lever avec difficulté le seul bras qu’il lui reste de valide pour achever sa mission. Déçue, épuisée, la femme chevalier ne se sent plus la force de combattre. Le moindre mouvement déchire sa peau craquelée par les flammes de l’Olympien. Elle baisse la tête, résignée à une mort inévitable.
Quand, sorti des enfers, le timbre héroïque de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale retentit dans l’atmosphère : « Armageddon ! » Inopinément, fonçant de toutes ses forces sur Phygée qui réussit à peine à se retourner pour découvrir l’ultime tentative d’¼dipe, le complice de Juventas transperce de ses deux poings la poitrine de l’Ange. Les deux hommes, encore debout, restent rivés dans les yeux l’un de l’autre. Phygée peut découvrir un regard plein de volonté et d’espoir chez un ¼dipe réincarné grâce à l’ultime cosmos. L’Alcide lit de son côté toute l’admiration qu’éprouve l’Ange avant de s’éteindre. Lorsqu’il retire ses bras du corps vaincu, ¼dipe redevient peu à peu l’être difforme qu’il a toujours été pendant que Phygée s’éloigne en titubant. L’Ange finit par imploser, signifiant sa mort. ¼dipe, lui, commence par perdre l’équilibre. Son corps part sur le côté. Il faut l’intervention in extremis de Juventas qui s’agrandit les plaies pour lui épargner une chute fatale. Hélas, la mort semble avoir déjà pris sa décision. L’esprit d’¼dipe communique avec sa paire : « Pas mal pour un enfant prématuré, né d’un viol consanguin et abandonné dans les bidonvilles de Bolivie. » Juventas ne parvient pas à retenir ses larmes. ¼dipe poursuit ses adieux. _ « Quand je suis arrivé sur Yíaros, je pensais n’être que ça. Un monstre. Puis j’ai découvert le cosmos d’Hébé et ai été accepté tel que je suis par vous tous. Je me souviens de toi enfant, jouant avec Iphiclès. Jamais vous ne m’avez repoussé, au contraire, vous m’avez toujours considéré des votre. Je ne pouvais pas mourir sans rendre à cette île tout ce qu’elle m’a apporté. Iphiclès ne me l’aurait pas pardonné lorsque je serai arrivé dans l’au-delà. » Le visage inondé par le chagrin, Juventas caresse le visage de son ami d’ordinaire insensible au toucher : « Je n’ai jamais senti quelqu’un me prendre dans ses bras. Pourtant, je ressens ta cosmo énergie qui m’entoure et m’apaise. C’est la plus belle preuve d’amour que j’ai ressenti dans ma vie. Merci à vous, Hébéïens, d’exister. » Luttant contre les entraves que la nature lui a infligées, ¼dipe réussit à sourire pour rendre son dernier souffle avec un visage apaisé. Désormais seule, face à la mer, Juventas réalise qu’il ne subsiste plus qu’elle pour surveiller Yíaros alors que la dernière bataille est proche.
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« on: 2 January 2026 à 17h02 »
Chapitre 85
Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, Apollon observe un pilier surmonté d’une lune. Au sommet des vertes contrées où le peuple Olympien vit paisiblement, devant un des onze temples au pied du Mont Olympe, le Dieu du Soleil marque le pas devant l’entrée sur le territoire d’Artémis. Les glaciers au sommet du Mont Olympe alimente un lac tout autour. Le long chemin bordé du lac conduit plus à une véritable citée qu’à un temple. Accompagné de son serviteur Roloi, il progresse sur un long pont jusqu’à une citadelle aux pierres froides. Elles soutiennent grâce à ses colonnes grecques des voûtes sur lesquelles sont gravés des croissants de lune. Sur leur chemin, les jeunes filles au service d’Artémis, les Satellites, s’écartent en révérant le Dieu du Soleil. Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portent un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblent être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune. Aux abords de la bâtisse, vont et viennent les cohortes d’une véritable armée. Elles traversent les ruelles et allées du seul édifice d’un dieu de l’Olympe semblable à une caserne plutôt qu’à un palais. Tout autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairent à nettoyer les lieux et à prier sans cesse. L’un d’entre eux, un jeune garçon nommé Lytus fait preuve de maladresse en laissant glisser de ses doigts une amphore d’ambroisie. Le fracas agace d’un claquement de langue Apollon tandis que Callisto chuinte instamment pour que Lytus se courbe plus bas que terre pour nettoyer prestement. La protection de Callisto est semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de réceptionner sans crainte le Dieu du Soleil, elle apparaît extrêmement retorse. _ « Seigneur Apollon. Sa Majesté Artémis attend votre visite avec impatience. Si vous voulez bien me suivre. »
Au détour de quelques couloirs, ils arrivent devant la salle impériale. Là, trône la Déesse de la Lune sur une grande ouverture à ciel ouvert. Les cieux laissent apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune qui baigne tout le domaine d’Artémis de sa pâle lueur. _ « Je vois que l’Olympe peut toujours compter sur ta rigueur ma chère petite s½ur. » A cette remarque, Callisto se sent honorée pour sa maîtresse tandis qu’elle se prosterne en bas des marches qui conduisent au trône de sa déesse. Véritable rempart d’Artémis, elle fixe avec dédain le serviteur d’Apollon qui ne présente pas d’aussi bonnes manières. En effet, Roloi, resté derrière Apollon, garde les mains derrière la tête à admirer de ses grands yeux la Déesse de la Lune. _ « Apollon… Que me vaut l’objet de ta visite… _ Ton dévouement justement. Et ton incarnation de la droiture olympienne. » Ainsi louée par la figure la plus emblématique du royaume après Zeus, Artémis est flattée. Elle se presse de descendre les marches couvertes d’un tapis bleu pour se mettre au niveau de son jumeau, voire plus bas tant elle s’applique à plier les genoux pour le saluer. Malgré cette admiration qu’il semble lui vouer, Apollon garde ce ton monocorde et hautain qu’il emploie d’ordinaire dans ses phrases courtes qui le caractérisent. _ « Ton armée s’agrandit. Et se renforce. Je le sens dans la détermination et le cosmos de tes Satellites. _ Hormis quelques élus, les Anges ne sont au service d’aucun dieu en particulier. Il s’agit d’un groupe de guerriers à notre disposition. Néanmoins, depuis des millénaires à présent, je pressens que l’obscénité humaine pullule à foison. Si bien que dans leur folie, les humains chercheront un jour à se retourner contre les dieux envers lesquels ils ne croient plus. Pire, qu’ils méprisent, fous qu’ils sont. _ Crois-tu qu’ils envahiront un jour l’Olympe, suggère-t-il sans donner l’intonation d’une question. _ Non. Pas qu’ils ne sont pas susceptibles d’essayer. Heureusement, les Anges puniront toutes tentatives. Seulement, avant cela, il faudra certainement un jour marcher sur la Terre pour ramener l’humanité vers la droiture qu’ils n’auraient jamais dû quitter. _ Si seulement tu pouvais gouverner ce monde, lâche-t-il intentionnellement. _ J’y ai déjà songé. D’où la formation et l’amélioration constante d’une armée chaste. Symbole d’une Olympe pure. Première rempart s’il le fallait face à une humanité souillée. _ Je suis rassuré de t’entendre parler ainsi. Surtout après les derniers événements sur Terre. _ Notre chère petite s½ur se fourvoie. Athéna s’est laissée corrompre par le c½ur des hommes. _ Peut-être serait-il bon de lui réserver le même sort qu’à l’humanité. _ Par Zeus, non ! La châtier me parait devenir d’à propos. Mais faire preuve d’autant de radicalité… » Conscient que bien qu’aveuglée par sa machination Artémis n’en demeure pas moins aimante envers sa s½ur, Apollon use d’ingéniosité. _ « Je suis satisfait de te l’entendre dire. C’est pour cela que je viens à toi aujourd’hui. Il me revient régulièrement à l’oreille que nos semblables ne sont plus aussi patients que toi à l’endroit de la Déesse de la Sagesse. Peut-on lui accorder encore ce titre. La présence d’un de ses Saints dans la prison de l’Olympe reflète parfaitement où en est l’humanité. Elle confirme tes soupçons. Et justifie l’existence de ton armée destinée à tous nous protéger. Le Dieu des dieux t’en saura gré. _ Que cherches-tu à me dire ? _ Hadès est proche de se réveiller. Je le sens. Selon la résultante de sa Guerre Sainte inévitable contre Athéna des décisions seront à prendre. Je suis rassuré de savoir que la plus dévouée à notre cause soit également la plus raisonnée. Cela permettra de calmer les ardeurs des plus belliqueux d’entre nous si tu viens à devoir intervenir. _ Et toi ? Comment réagirais-tu à ma place ? _ L’humanité a eu plus de fois qu’elle ne l’aurait dû sa chance. Tu seras la dernière alternative à laquelle Athéna aura droit avant la colère des dieux. »
Une fois dehors et à l’abri des regards, Roloi tourne autour de son maître. Alors qu’ils arrivent devant le pilier lunaire qui marque la limite du territoire d’Artémis, le vieux serviteur gesticule dans tous les sens. Incapable de cacher dans ses grands yeux sa surprise, il cherche à connaître ce que cache le stratagème d’Apollon. _ « Vous semblez satisfait de la situation ?! Hélas, malgré la chute d’Asgard puis celle de Poséidon, Artémis semble encore trop compatissante envers Athéna ?! Artémis est la plus investie dans son rôle de représentation de la vertu Olympienne ! Sa mesure envers les décisions à prendre à l’encontre d’Athéna va influencer les esprits les moins concernés par votre stratagème ! A coup sûr, Hermès, Aphrodite ou encore Déméter iront dans son sens plutôt que dans le votre lorsque viendra le moment de juger Athéna ! Et comme sa dévotion est appréciée du Seigneur Zeus, celui-ci consentira à suivre sa pédagogie ! Ça va à l’encontre de… _ Cesse de t’agiter ainsi, l’interrompt sèchement le Dieu du Soleil. Crois-tu que tout ceci n’est pas contrôlé. Artémis est maintenant convaincue qu’il lui faudra intervenir. Elle sera clémente envers Athéna. Néanmoins ses méthodes ne satisferont pas Athéna. Trop rigoureuses. Pas assez altruistes envers les humains. Mettre Artémis sur la route d’Athéna est la meilleure chose à faire pour faire perdre le crédit que le Dieu des dieux accorde encore à Athéna. » Rassuré, Roloi comprend mieux cette visite fortuite à Artémis. Dès lors, il emboîte le pas à son maître jusqu’à lui barrer la route : « Dois-je donc demander à Helénê d’activer le second acte à Asgard ?! » D’un hochement de tête, le Dieu du Soleil donne son approbation.
Alors qu’ils sortent du domaine d’Artémis, ils croisent une vieille Olympienne à la peau flétrie. Son épaisse soutane n’est pas suffisante pour dissimuler son visage rubicond. Ses pupilles rougies par les millénaires qu’elle a traversées trouvent la force de s’écarquiller tant la stupéfaction la saisit lorsqu’elle contourne les invités d’Artémis. Sa bouche édentée reste entrouverte. Prise de bégaiement, son attitude stupéfait le Dieu du Soleil qui n’a jamais connu pareille circonstance depuis l’aube des temps. Comprenant rapidement le malaise qui parcourt l’ancêtre, Roloi fonce sur elle d’un pas autoritaire : « Vas-tu te calmer vieille folle ?! Ne vois-tu pas que tu as affaire au Dieu du Soleil ! » La dame en laisse tomber sa canne et passe ses mains aux longs ongles jaunis par-dessus sa capuche pour se couvrir la tête du courroux du serviteur. Jamais Roloi n’a fait montre d’une telle sévérité et jamais un Olympien ne lui a donné autant de crédit. Poursuivant sa route sans vouloir jeter le déshonneur sur la propriété de sa s½ur, Apollon n’a cure de ce manque d’élégance de la part d’une vieillarde : « Allons Roloi. Pour une fois que tu t’intéresses à une fille de ton âge. Je n’ai pas de temps pour cela cependant moi. Il me tarde de trouver en mon temple de jolies muses. » Jetant un dernier regard austère envers elle, Roloi s’écarte progressivement. Il attend que l’aïeule ne soit plus pour lui qu’un point à l’horizon pour reprendre sa démarche pleine d’allégresse.
Resté en retrait, intrigué par cette entité rayonnante et son serviteur aux fines moustaches qu’il n’a de cesse de frictionner, le jeune Lytus sort de sa cachette. Fringuant dans sa toge immaculée dont la jupette termine haut sur les cuisses, il détalle dans ses sandales lassées jusqu’au haut des tibias en direction de la dame affolée : « Hécate ! Hécate ! Que vous arrive-t-il enfin ?! » La pauvre demeure tremblante, incapable de se ressaisir : « Il est réveillé… Après tout ce temps… » Cherchant à la rassurer, il la prend par-dessus l’épaule : « Allons Hécate ! C’est le Dieu du Soleil ! Le frère jumeau de Sa Majesté Artémis ! Depuis ces milliers d’années passés ici vous l’avez déjà rencontré des centaines de fois ! » Hécate reste cependant incapable de contrôler ses spasmes de panique. Le jeune archer, affublé de son instrument et de ses munitions dans son dos, est perplexe. Au fond de lui, il ne parvient pas à comprendre pourquoi la voici tant tourmentée : « J’ai l’habitude de voir divaguer cette ancienne servante de Sa Majesté Artémis. D’ordinaire elle va cueillir dans les jardins d’Olympe des herbes afin de concocter des mixtures tout en radotant des inepties autour de son chaudron. C’est vrai que le peuple l’a toujours trouvé étrange. Mais c’est la première fois que je la vois elle être ainsi interloquée. »
En Grèce, au royaume de la défunte Hébé, la population profite des premiers rayons de soleil depuis trois jours. Ce 25 mars 1987, la décrue du fleuve du Nord-Est de l’île ainsi que de la mer au Sud sur le port permet aux villageois de vider leurs demeures des eaux boueuses qui ont tout ravagées.
En deux jours de temps, les choses se sont accélérées dans le monde et ont entraîné des répercussions même jusque Yíaros. En effet, trop préoccupée par l’aide inconsciente fournie à Alexer, Saori n’a pas deviné l’attaque de Syd contre Aldebaran. Heureusement, lorsque le God Warrior de Zeta est venue attenter à sa vie au Japon, les Saints de bronze sont venus à sa rescousse couverts de leurs nouvelles Cloths. En coulisse, la liberté provisoire de Freya octroyée par Thor a permis la fuite de Hyoga venu enquêter sur le royaume d’Asgard. Les Guerres Saintes, d’abord contre Asgard, puis Poséidon, s’en sont suivies. Témoin inconscient des périples d’Athéna, la planète a vécu des heures très noires. Des pluies torrentielles, des montées des eaux et des inondations historiques ont causé de nombreux dégâts et d’innombrables décès et disparitions. Enfin, depuis près d’une heure, grâce à la victoire d’Athéna, le soleil reprend ses droits, signifiant l’enfermement de l’âme de Poséidon et l’achèvement de deux Guerres Saintes consécutives.
Sur Yíaros, la forêt de l’Est a totalement été balayée par les eaux, seuls quelques arbres sont encore debout. A l’Ouest les éleveurs rassemblent le bétail noyé. Les agriculteurs déplorent la perte des récoltes. Au large, sur le port, quelques marchands ne peuvent que constater les dégâts. Leurs cabanons ont été enlevés et les pontons arrachés par la mer. Les prêtres officient quelques cérémonies funèbres pour les quelques habitants qui n’ont pus échapper à la montée des eaux. Déjà fort entamé ces dernières années, le moral des Hébéïens est davantage emprunté. Accompagnant les pêcheurs pour déblayer le port, la régente de l’île, Juventas Alcide des Juments de Diomède pleure sous son masque. Eprouvée par la charge mentale qui s’accumule ces derniers moi, elle attend de se trouver seule, à l’écart, pour enfin relâcher dans quelques sanglots son désarroi. Assise sur la plage, Juventas se morfond : « Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement des dieux contre nous ? » Inopinément, une voix inconnue lui rétorque : « Vous n’avez pas à vous poser cette question. Vous devez accepter le jugement de l’Olympe. » Instantanément, la femme chevalier se retourne et découvre un homme habillé d’une armure d’un noir clair et brillant, affublée d’ornements célestes. L’homme, aux longs cheveux azurs coupés en carré plongeant et coiffés d’un diadème, a un regard suffisant. La jeune femme à la peau mate, grande et mince, demande : « Qui es-tu ? A entendre tes propos tu sembles être un Ange comme celui combattu par mon amie Baucis lorsque nous fûmes confrontés à Hestia ! » Un sourire en coin, l’Ange n’est autre que l’envoyé d’Héphaïstos qui s’affairait dans son atelier à réparer le char d’Apollon. _ « A la différence près, que moi, je ne me laisserai pas vaincre par de faibles créatures. Je suis Phygée Ange de l’Olympe. Je suis venu ici prendre votre tête à vous les deux derniers Alcides. _ Qui t’envoie ? » Pointant son doigt sur la jeune femme, Phygée l’immobilise aussitôt et brise son masque : « Il suffit ! Quel ton insolent ! Réalises-tu que tu t’adresses à un messager des dieux ? » La courte robe grenat qui cache son short de la même couleur par-dessous la Cloth beige de Juventas est soulevée par le courant d’air provoqué par l’émanation de cosmos de l’Olympien. Ses cheveux couleur taupe s’hérissent sur sa tête au visage interdit. Naturellement, sans disserter davantage, l’ennemi tend le poing dans la direction de son adversaire : « Forge of Fire. » Son bras libère une immense Forge de Feu qui s’abat sur la mère d’Agape. Le fracas est si violent qu’elle est projetée dans la mer, laissant derrière elle des morceaux de son armure couverts de sang.
Seul, convaincu de sa victoire, Phygée murmure : « Et d’un. Le second est justement arrivé. » Contre toute attente, n’attendant pas que le second Alcide déchire l’air comme il en a l’habitude pour apparaître par une porte dimensionnelle, Phygée tend le bras dans le vide et semble creuser un passage d’où il extirpe le difforme ¼dipe. Dans le même élan, l’ayant empoigné à la gorge, il l’encastre violemment dans le sable. Le geste est si puissant qu’il crée une brèche qui s’ouvre jusqu’à la mer. La faille permet à l’eau de s’engouffrer dedans et emporte ¼dipe dans les abysses. Ahurissant de force, le guerrier céleste tourne les talons en lâchant : « Et de deux. Je vais maintenant me rendre à Blue Graad achever ce qu’Idaios n’a pas su faire. »
Venue d’outre-tombe, la voix féminine de Juventas le rappelle : « Tu ne crois pas aller trop vite en besogne ? » Ressortie de l’eau, ayant récupéré ¼dipe qu’elle garde sous son bras, Juventas apparaît plus déterminée que jamais : « Il n’est pas question de s’avouer vaincus contre les responsables de la mort de sa Majesté Hébé. » Dépourvu depuis la naissance de ses cinq sens, ¼dipe confirme par télépathie : « Hors de question de ne pas venger Baucis et tous nos amis. » Faisant volte-face, Phygée confesse : « Je comprends maintenant pourquoi Idaios et les autres ont eu tant de mal que ça à vous vaincre. Vous faites preuve d’une volonté incroyable. Ça n’en sera que plus glorifiant envers mes dieux que de la briser. » Anatomiquement mal constitué, ¼dipe marche lentement en traînant les pattes tel un animal abattu. Le Bolivien, qui paradoxalement dispose de la plus belle Cloth parmi les Alcides, bave devant son adversaire. Sa télépathie lui permet de rétorquer : « Ce ne sera pas aussi facile que tu le penses de briser l’homme voué à l’obscurité dès sa conception que je suis. Affronte donc mon Fracas Mystique ! Mystic Smash ! » Droit, Phygée reste inflexible. Quand d’ordinaire les adversaires de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale se tordent de douleur alors que leurs organes implosent à l’intérieur de leurs corps, ici l’Ange se contente de sourire. La seule à réagir est Juventas. La jeune femme se plie subitement, ne comprenant pas ce qui lui arrive. Ses contorsions s’achèvent lorsqu’elle passe ses mains dans le bas de son dos. _ « On dirait que ton Fracas Mystique vient de lui détruire un rein. Il paraît qu’on peut vivre avec un seul. Dans ce cas je vais me charger de lui arracher le second si tu le permets. _ Incroyable ! Il peut voir mes déplacements dans l’espace et retourner mes arcanes sans fournir le moindre effort, déplore ¼dipe. » Seulement, l’immonde personnage refuse de livrer ainsi son amie à l’Ange qui approche pour l’achever. Faisant barrage avec son corps, il espère annihiler l’assaut de l’Olympien. _ « Forge of Fire. _ Psycho Crusher ! » La géante Forge de Feu se retrouve immobilisée dans un cube de cosmos qui rétrécit sur lui-même, condamnant l’émanation cosmique rivale à s’amoindrir puis disparaître. Seulement, alors qu’il ne reste du cube plus qu’un minuscule dé, voué à être dissout par le cosmos d’¼dipe, celui-ci fonce contre toute attente sur l’Alcide. Il brise sa barrière de cosmos juste avant de le frapper. ¼dipe est balayé de plein fouet et repoussé en arrière. Seule face à l’Ange, Juventas réussit à se remettre sur pied et à accroître sa cosmo énergie. Déterminée, elle réussit à ralentir l’approche de son opposant. Son aura dorée dessine dans son dos les Juments de Diomède. Lorsqu’elle abat ses mains en direction de son adversaire, celles-ci partent dans sa direction à la vitesse de la lumière : « Funereal Trampling ! » Devenues faisceaux de lumière, les juments quadrillent la zone et rossent sur toute sa surface l’Ange. Projeté dans les airs, il se réceptionne sur ses jambes fléchies. La Glory rayée, partiellement entamée, il adresse à Juventas un regard admiratif. A son tour, il déploie ses forces et libère une Forge de Feu encore plus grande que les précédentes : « Forge of Fire. » Juventas, revigorée par l’inversement des rôles, réitère : « Funereal Trampling ! » Cependant, la concentration de l’Ange permet à son instrument de feu de briser les traits lumineux laissés par les juments de Juventas. Seulement, l’Alcide refuse de renoncer. Elle recroqueville ses bras en les passant devant sa tête pour encaisser l’attaque. La masse incandescente lui arrache l’armure. Effritant la Cloth morceau après morceau, l’arcane lui craquelle ensuite la peau. La Forge de Feu laisse Juventas tenir debout, figée, la Cloth ne tenant sur elle qu’en quelques mosaïques par-dessus ses vêtements déchirés. Pensant n’avoir plus qu’à l’achever, Phygée progresse vers son adversaire immobile. C’est alors que jaillit depuis derrière elle ¼dipe. Prenant par surprise l’Ange, il apparaît en ouvrant grand sa bouche. Sa mauvaise dentition se transforme en canines alignées, faîtes de bronze. Les ailes de sa Cloth s’agitent. Ses ongles deviennent longs, affûtés et aussi solides que l’acier. Pendant que semblent résonner des cris d’oiseaux, ses yeux rouges virent au sombre, ses ailes se déploient, ses bras s’écartent et sa mâchoire se déboîte. L’invocation du septième sens à son paroxysme permet à ¼dipe de réhabiliter temporairement les cinq sens qu’il n’a jamais eus. Un son strident provenant de sa gorge criaille : « Armageddon ! » Stupéfait, Phygée ne réagit pas. La vitesse d’¼dipe surpasse celle de la lumière pour égaler celle des guerriers Olympiens. Le chevalier céleste est frappé en plein buste, faisant voler le haut de sa Glory et son diadème en morceau. Il retombe cette fois-ci au sol, tête la première, le visage couvert d’égratignures…
Pendant ce temps, à l’extrême Nord de l’Europe, dans le domaine gelé d’Asgard, le médecin de la cour se hâte dans les plaines reculées de la citée du Walhalla : « Le temps est doux aujourd’hui. Sans doute un répit après la tentative de conquête avortée de Poséidon. Mais cela ne durera pas éternellement, je dois me presser si je veux avoir le temps de soigner ce rescapé avant de me rendre au palais. » L’homme, de haute stature comme la plupart de ses concitoyens, porte un châle marron par-dessus son long gilet gris. Il lève sous les bras deux bûches épaisses tandis qu’un sac en bandoulière tapote contre ses reins au rythme effréné de ses grands pas. Il progresse, neige aux genoux, jusqu’à ce qui semble avoir été une immense propriété depuis laquelle sort par la cheminée une diffuse fumée blanche. Le blason couvert de givre sur le mur d’enceinte effondré par endroit est annonciateur de la noblesse d’antan des propriétaires. Il représente un tigre à dents de sabre. Composée, à première vue, de plusieurs ailes, seul le bâtiment central tient encore péniblement debout. Les vitraux des grandes fenêtres des niveaux supérieurs sont tous éventrés. Le vent s’y engouffre dans un sifflement strident tandis que la neige recouvre les sols et fait gondoler le parquet réchauffé par le feu du dessous. Sans frapper, Andreas entre à l’intérieur et se précipite balancer le bois dans le timide feu qui crépite dans l’âtre de la cheminée. Très vite, les flammèches lèchent les rondins et ravivent la lumière dans cette modeste demeure. Immédiatement, la lueur permet de comprendre qu’elle a été abandonnée durant de longues années. Le mobilier est vétuste, son bois pourri et imprégné de poussière. Seulement, le docteur a bien deviné l’importance qu’à ce lieu pour le rescapé étendu sur une vieille couche dans des draps crasseux. _ « Bud… J’ai ramené de l’onguent et quelques décoctions de mon atelier au Walhalla. Avec ça, tu devrais vite cicatriser avant que les vitamines ne te redonnent ensuite la force de marcher. » A peine conscient, l’Ombre de Zeta secoue la tête comme pour essayer de lutter alors qu’il est à bout de force : « Andreas… Andreas... Syd… Cette maison… » Lui serrant la main pour tenter de le rassurer, Andreas lui susurre : « Oui… Je t’ai conduit dans cette maison où vos parents vous ont fait naître en secret, comme tu me l’as demandé quand j’ai retrouvé vos corps après la bataille. Néanmoins, je n’ai rien pu faire pour Syd. Il était déjà mort. Il n’y a que toi, véritable force de la nature, qui s’est accroché à la vie. Les obsèques des God Warriors tombés au combat il y a deux jours ont lieu aujourd’hui au Walhalla. J’y ai rendu le corps de ton frère à vos parents et à sa promise. Je sais qu’il te tenait à c½ur de lui rendre toi-même hommage, mais tu n’es pas en état de le faire. La Princesse de Polaris saura célébrer sa mémoire avec honneur. Toi, tu dois reprendre des forces. » Ayant lutté pour entendre ces quelques mots, Bud retombe dans un profond sommeil. Toutefois, Andreas n’est pas soucieux. En effet, il prend le pouls du Guerrier Divin et admire dans le fond de la pièce les God Robs de Zeta et de l’ombre de celle-ci. Sous formes totémiques, alors qu’elles portent encore les stigmates des combats contre les Saints de bronze, elles resplendissent et paraissent contribuer au maintien en vie du rescapé.
Pendant ce temps, quelque part sur le bord d’une plage désaffectée de la Méditerranée, loin de la présence de toute civilisation, seul le mouvement des vagues extirpe de sa léthargie un homme aux cheveux bleu foncé. Déposé par le reflux de la mer, sa tunique marine porte encore les marques de son combat sous les mers malgré la Scale qu’il portait à ce moment. Le visage enfoncé dans le sable humide, les muscles endoloris, ses sens reviennent peu à peu. Kanon retrouve d’abord cette sensation salée qui provient de l’eau de mer qu’il a dû ingurgiter en grande quantité lorsqu’il a été rappelé à la surface. _ « Mais pourquoi ? Pourquoi moi, s’interroge-t-il avec une soudaine culpabilité ? » Très vite, la réponse lui apparaît comme une évidence. En se redressant, entre lui et l’eau, planté dans le sable, le sceptre d’Athéna brille grâce à l’éclat du soleil. Tremblant, tenant difficilement sur ses jambes, il remarque avec une étrange passivité un corps partiellement immergé par les flots.
A bout de force, cette silhouette, encore consciente, lutte du peu de force qu’il lui reste pour garder sa tête à la chevelure pomme hors de l’onde pour éviter toute noyade. Grâce à une nage désordonnée, guidée par l’instinct de survie, Shaina parvient à toucher pieds du bout de ses escarpins. Rassurée bien qu’à bout, elle laisse le choc des houles la ramener sur les gravillons d’où l’observe penaud l’ancien Dragon des Mers. Seulement, l’étrange impression du Grec ne le quitte pas. Le reflet du soleil sur le sceptre ne l’aveugle pas autant que cette boule lumineuse qui trône au-dessus de l’eau à quelques brasses de là. Spontanément, il commence à s’enfoncer dans la mer pour découvrir de lui-même quel est cet étrange phénomène. Baigné jusqu’à la taille, il reconnaît enfin les formes en totem de trois armures qu’il identifie très vite : « Les armures d’or du Sagittaire, du Verseau et de la Balance… Pourquoi résonnent-elles à l’unisson ? » Les lames, violentes en raison de tous les remous provoqués en profondeur par l’effondrement du sanctuaire sous-marin, lui permettent de distinguer au loin dans la mer une silhouette flottant inanimée sur le ventre. Les longs cheveux mauves de cette apparence l’inquiètent. Son sang ne fait qu’un tour. Mais lorsqu’il essaie de s’y précipiter, une secousse violente le frappe en plein dos. Trop aguerri pour souffrir de réels dommages de cette attaque, Kanon se retourne pour distinguer son adversaire. Tout juste remise debout, Shaina, amoindrie, appelle en elle ce qui lui reste de cosmo énergie : « Je ne sais pas par quel miracle tu es encore en vie, mais tu dois payer pour tout ce que tu as fait. » Hautain comme à son habitude, Kanon ferme les yeux en tournant le dos à son adversaire : « Je n’ai pas le temps de t’expliquer. » L’Italienne n’en démord pas pour autant et envoie à distance les Griffes du Tonnerre : « Thunder Claw ! » En soufflant, d’un revers nonchalant de la main, il annihile la tentative du Saint d’argent puis plonge en direction des trois Cloths d’or.
Arrivé à leur hauteur, il retourne cette femme à la robe blanche que l’eau rend presque transparente. Tout en admirant sa beauté, le frère de Saga remarque que la couleur de sa peau n’a rien du teint livide d’un noyé. En approchant son visage du sien, il entend une respiration légère mais régulière pouvant dissiper les derniers doutes qui l’habitent. Alors, en puisant dans ce qu’il lui reste, la maintenant par la mâchoire pour lui sortir la tête de l’eau, Kanon nage jusqu’au bord de plage. Il sauve Saori, aidé par le cosmos des armures d’or.
Affaissée sur son postérieur, à bout de force, Shaina est abasourdie en voyant Kanon jaillir de l’eau avec sa déesse dans les bras, inconsciente, dégoulinante d’eau de mer, les cheveux mouillés et entremêlés, telle une sirène. Elle se traîne péniblement jusqu’à Kanon qui prend soin de déposer délicatement la vénusté sur le sable sec avant de se laisser tomber sur le dos. Shaina ne sait que dire. Sa première pensée est prononcée tout haut : « Athéna. Athéna ?! » Instantanément, les yeux de la Déesse de la Sagesse s’ouvrent. Les armures d’or filent comme des étoiles jusqu’au Sanctuaire et Kanon sourit niaisement, rassuré et libéré. D’une sérénité déconcertante, sans même faire le tour d’elle-même, la responsable de la Fondation Graad murmure : « Shaina. Kanon. Kiki… » Surpris, Kanon et Shaina remarquent à quelques mètres au bout de la plage le petit garçon se relever en tapotant sur ses vêtements pour détacher le sable collé dessus. Ses petits yeux malicieux et son sourire chenapan fixent déjà avec passion Sa Majesté. La gorge enrouée, trop faible pour se téléporter jusqu’à elle, il essaie d’exulter : « Athéna ! » En fixant le petit garçon venir jusqu’à eux, Shaina demande avec un certain soulagement : « Est-ce fini ? » Athéna confirme : « Oui. C’est terminé. L’âme de Poséidon sommeille dans les profondeurs des océans. » Coupable, Kanon fixe le sable. _ « Et… Le peuple du sanctuaire sous-marin, s’inquiète-t-il inopinément ? _ Il est sauf. Poséidon n’est pas mort. Si ses temples ont été envahis par les eaux, son cosmos est parvenu à maintenir le niveau des océans au-dessus de quelques rassemblements de ses fidèles. Le mythe de Poséidon ne s’est pas effondré avec lui. » Alors que cette phrase aurait dû laisser présager un sursaut d’orgueil pour l’ennemi d’Athéna qu’il était, Kanon parait seulement soulagé : « Des innocents qui n’auraient pas mérités la mort. Il y en a déjà eu tant d’autres. Par ma faute. » Comme interdite, Shaina détaille plus précisément son ancien ennemi : « D’autres victimes ? Tu n’es pas un simple Marina ? Mais, dans ce cas, tu serais… Oui, cette démarche, ça ne peut-être que toi… » Partagé entre fierté et douleur, Kanon confirme : « Oui, je suis Kanon du Dragon des Mers. Frère jumeau de Saga Saint d’or des Gémeaux et usurpateur au trône de Pope. Je suis celui qui a influencé le mal dans l’esprit de Saga. S’il a causé tant de désolation, c’est parce que je l’y ai poussé à une certaine époque. Il alla même jusqu’à défier la femme que nous aimions, Ambroisie d’Yíaros, la Déesse Hébé. » Convaincue, Athéna se relève en empoignant son sceptre : « Si Saga a choisi la voix du mal, c’est parce qu’il s’en était lui-même convaincu. L’homme par nature a toujours été tenté. C’est de lui-même qu’il a su surmonter ses tentations pour faire le bien… » Ces quelques mots ramènent Saori et Kanon quelques heures en arrière…
Flashback Le fracas de l’eau sur les roches arrachait les piliers des temples et engloutissait le palais de Poséidon. Quelques soldats de l’armée sous-marine essayaient de fuir, en vain, rattrapés par les vagues immenses. Impuissant, son visage, absorbé par la désolation qu’il avait causée, avait fait disparaître chez Kanon la déception de l’échec de son complot contre les dieux. Il entendait depuis son pilier effondré de l’Atlantique Nord les appels au secours de ses hommes que les flots avalaient à une vitesse folle. De seconde en seconde, le niveau de la mer grimpait et lui prenait déjà la Scale à hauteur de la taille. _ « C’est moi qui ai libéré Poséidon. Autrement dit, il est normal que ce soit moi qui reçois la colère des dieux, pensait-il en sentant l’onde glacée monter rapidement. » Plus loin, cinq lumières s’envolaient vers le plafond d’eau qui s’écroulait peu à peu. Puis deux autres les suivirent. _ « Les Saints de bronze… et leurs deux alliés, le Saint d’argent et le petit apprenti de Mû, fort courageux, constatait-il mélancolique… » Puis, comme pour libérer son âme, il confessa à voix haute : « Il y a treize ans, lorsqu’elle m’a sauvé, j’aurai dû faire comme ces Saints. Croire en Athéna. Le rayonnement de son cosmos les a guidés à la victoire. J’ai vu l’amour suprême qu’elle leur rendait en retour de leur dévotion. L’immense bonté qui émanait de sa personne lorsqu’elle retenait les eaux dans le Main Blade Winner a lavé trop tard mon c½ur empoisonné par le mal. Si je me réincarne un jour, j’espère que je serai auprès d’Athéna pour faire le bien. » Il ferma aussitôt ses yeux pour retenir les larmes de sa culpabilité et lorsqu’il les ouvrit, alerté par le son d’une immense déferlante synonyme de mort pour lui, il put reconnaître, devançant la vague, celle qu’il combattait encore quelques minutes auparavant. _ « Athéna ?! Il vous faut partir, vous mourrez si vous restez ici ! Vous devriez être loin, avec vos Saints à l’heure qu’il est ! _ Tous mes Saints ne sont pas encore rentrés sur Terre. J’ai entendu ta détresse Kanon. Un Saint est encore prisonnier des eaux. » La honte fût désormais trop lourde à porter. Il se laissa submerger par l’émotion. _ « Athéna… Tout est ma faute… Je ne suis qu’un idiot… Je vous en prie, rentrez sur Terre et pardonnez-moi. _ Oui Kanon, il est l’heure de partir. C’est le moment de renaître, comme tu l’as demandé. » Lorsqu’il eut assez de courage pour la regarder droit dans les yeux, comprenant qu’elle l’absolvait, Kanon ne se trouvait plus qu’en compagnie du sceptre de la bienveillante déité. Celui-ci l’enveloppait d’une aura qui lui fit perdre sa Scale et lui permettait de remonter à la surface en le protégeant de la pression de l’eau. Il jeta un dernier coup d’½il coupable vers la citée qu’il avait condamné et, catastrophé, remarqua Athéna, toujours sur place, bientôt écrasé par le mur d’eau qui lui était destiné. Alors qu’il perdait connaissance, perdant le peu d’air qui lui restait dans les poumons, il se jurait de se battre jusqu’à la mort pour Athéna et la justice dorénavant… Flashback
Kanon comprend aussitôt : « Vous…Vous êtes partie seulement une fois que vous vous êtes assurée que le peuple de Poséidon était à l’abri des eaux ?! » Elle confirme d’un hochement de tête. Puis, reprend le but de son échange : « Dorénavant, je sais que ton âme est purifiée par ta dévotion et ton v½u de m’épauler Kanon. Si les armures d’or sont reparties au Sanctuaire, c’est qu’elles ont pleinement confiance en toi et te confient ma garde en tant que Kanon des Gémeaux. »
Arrivant sur les genoux, brisant l’émotion partagée entre le Saint d’or fraîchement reconnu et sa Déesse de la Guerre, Kiki est surtout tracassé par toute autre chose : « Et Seiya ? Shiryu ? Hyoga ? Shun ? Et Ikki ? Est-ce qu’ils vont bien ? » Immédiatement, Shaina sent un frisson parcourir tout son corps, remontant jusqu’à sa nuque, inquiète du sort du Saint de Pégase. Heureusement, le visage d’Athéna rayonne : « Ils vont bien. Au moment de l’effondrement du monde aquatique, je les ai renvoyés chez eux, au Japon. La guerre est finie pour eux. » Rassurée, Shaina passe sa main sur son c½ur comme pour le soulager. Kanon, lui, se contente d’un sourire discret alors que Kiki rassemble son cosmos entre ses mains : « Ça ne sera pas facile, je suis épuisé, mais je devrais pouvoir nous renvoyer au moins jusqu’aux remparts du Sanctuaire. » Avenante, Saori pose sa main sur l’épaule du Muvien : « N’ais crainte. J’ai repris des forces depuis mon réveil. Et hormis moi, personne ne peut nous téléporter directement au sein de mon temple. C’est pourtant là où nous serons le mieux je pense. » D’un sourire malicieux, Kiki approuve cette décision. Juste avant que les quatre enveloppes charnelles ne quittent la plage, la divinité réclame : « A notre retour, Kanon veillera à mes côtés. Je n’ai pas besoin qu’on vienne lui demander de rendre des comptes. Shaina, Kiki, je compte sur votre discrétion. »
Au royaume d’Asgard, permettant de déboucher sur le Walhalla et situé après la Forêt d’Améthyste, le Temple de Hel, qui a vu combattre Syd et Shun, est emprunté par de nombreux villageois. Ceux-ci se rassemblent en direction du palais pour rendre un dernier hommage aux héros de la nation. Sur le parvis, Andreas tape ses pieds afin d’y faire tomber la neige restée accrochée à ses bottes. _ « Il faut croire que c’est un geste coutumier ici, lui déclare une voix douce. » En regardant à gauche puis à droite, le médecin identifie ses semblables exécuter le même réflexe avant de s’enfoncer dans le temple. Toutefois, s’il reconnaît l’accent étranger propre à ceux vivant plus à l’Est dans des contrées moins périlleuses, la Russie, il n’arrive pas à mettre un nom sur ce visage féminin inconnu qui vient de lui adresser la parole. La jeune femme a de longs cheveux châtains qui tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine couverte par sa robe violette sans bretelle. Malgré le froid ambiant, son manteau de fourrure resté ouvert semble n’être qu’un simulacre tant elle ne semble pas souffrir des températures négatives. Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Un petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze enjolivés par de fins sourcils. _ « Définitivement, elle n’est pas d’ici, en déduit-il. » Néanmoins, l’intruse ne parait pas perdue, au contraire. Son guide, aux longs cheveux argentés coiffés d’une frange et dans l’accoutrement traditionnel des soldats du royaume, lui indique d’un geste du bras la direction à suivre : « Par ici Ksénia ! » Andreas ne parvient pas à masquer sa surprise : « Balder de Hraesvelgr ! Dit Balder le solitaire ! Quelle surprise de te voir participer à une telle cérémonie ! Et accompagné qui plus est ! » Le susnommé a le regard vide, empli de dédain : « Quoi de plus normal que je me recueille sur la tombe de courageux God Warriors ? Odin les a choisis comme il m’a choisi lorsque j’étais enfant agonisant. Il m’a fait don de son immortalité et je sais que tôt ou tard il me donnera l’occasion d’exercer ce pouvoir. Après tout, seuls les God Warriors de la Grande Ours ont été appelés. Il reste encore sept God Warriors à réveiller. En venant honorer la mémoire de mes frères d’armes, je veux qu’Odin entende mes prières. Qu’il sache que je lui suis reconnaissant et que je reste dans l’attente de pouvoir lui rendre sa confiance sur le champ de bataille. » Devinant que Ksénia cache quelque chose, Andreas demande : « Beaucoup de gens sont morts en raison d’une guerre que la Princesse de Polaris n’a pas commandé. Balder, comment peut-on souhaiter repartir de sitôt à la bataille ? Et vous Mademoiselle, que pensez-vous de tout ceci ? Depuis combien de temps êtes-vous présente dans notre contrée ? » Balder fronce les sourcils mais Ksénia lui grille la politesse : « Je pense que le dieu Odin n’a pas été rappelé sur ce monde pour rien. D’autres forces sont à l’action partout dans le monde. Odin doit avoir son mot à dire. » Elle lui tourne le dos et traîne Balder par la main. _ « Et vous ? Qui êtes-vous ? Depuis quand êtes-vous parmi nous, espère la retenir Andreas. » Pour seule réponse, il sent une légère résistance tirer sur le bas de son gilet gris. Un enfant lui adresse un sourire affectueux avant d’être rejoint par ses frères et s½urs, menés par Helena, l’aînée : « Seigneur Andreas ! Je tenais à vous remercier pour les potions gracieusement préparées pour la rage de dents du petit. » Elle lui tend un maigre bouquet de trois fleurs : « Je sais que c’est peu de chose au regard de votre investissement pour nous autres dans ce royaume. J’aurai aimé vous offrir plus. Mais comme vous le savez le climat n’aide pas à… Seigneur Andreas ? » Helena tente de le rappeler à lui mais son attention reste fixée vers la Russe, déjà disparue à l’horizon avec Balder…
Au même moment, sur Yíaros, la plage au Sud de l’île vit des minutes intenses. Remis sur pieds mais franchement affaiblis, l’Ange garde tout de même un avantage considérable sur ses adversaires davantage meurtris. Contrairement à ses semblables, Phygée fait preuve de respect envers les humains. Et le fil à retordre qu’ils lui donnent le conforte dans cette attitude : « Je réalise maintenant la raison de toute cette attention de l’Olympe envers vous. Bientôt, l’ultime Guerre Sainte, opposant la Terre à l’Olympe, aura lieu. Athéna mènera les hommes. Je refuse de lui laisser des alliés de votre rang. » Côte à côte, Juventas et ¼dipe rassemblent leurs forces. _ « Pourquoi vouloir détruire la Terre maintenant, s’enquiert Juventas ? _ Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Les dieux de l’Olympe, ces divinités suprêmes, ne sont plus invoqués par l’Homme. Ces êtres se sont réfugiés dans des croyances qu’ils ont inventées. Pires, certains refusent toute existence divine possible. Cette Terre que nos maîtres ont confiée est détruite chaque jour. Les humains se haïssent eux-mêmes de plus en plus. Tout cela sous l’aval d’Athéna ou Hébé. Même des dieux mineurs tel Odin acceptent cela. Il y a près de deux cents ans par exemple, Hadès a été dupé par un humain du nom d’Alone. Pire, toujours à la même époque, des divinités ont été tuées. Les Dieux des Rêves. L’homme va trop loin et rien de ce que vous pouvez me dire ne me fera reculer. _ Dans ce cas, avançons vers cet ultime échange, s’impatiente ¼dipe. » Comme pour approuver la décision d’¼dipe, Phygée augmente l’intensité de sa cosmo énergie. La chaleur du feu qu’il invoque cristallise tout autour d’eux le sable. La plage devient un parterre de verre qui se raye sous les pieds bardés d’armure des trois guerriers. De leur côté, Juventas et ¼dipe ont du mal à lutter contre l’essence cosmique adverse. Alors qu’ils poussent leurs forces à leur paroxysme, ¼dipe propose un plan. _ « Il va s’attendre à ce que nous attaquions tous les deux. Je vais donc me présenter seul face à lui pour encaisser la totalité de son arcane. Ainsi tu auras le champ libre. _ Tu es fou. Poussée à pleine puissance, son attaque te tuera. _ Je ne dispose d’aucun sens. La douleur ne signifie rien pour moi. C’est le seul moyen de le vaincre. » Aussitôt sa phrase achevée, ¼dipe s’élance sans même laisser à Juventas la chance de le retenir. Se sachant condamné, il refuse de longs et poignants adieux. Trop tardivement, Juventas tend le bras pour désespéramment retenir le malheureux homme qui toute sa vie aura souffert de sa différence. C’est parce qu’il aura trouvé de la compassion et de l’amour sur Yíaros qu’il donne à cet instant sa vie sans hésiter. Surpris, Phygée projette son attaque en libérant toute sa volonté : « Forge of Fire ! » Tel un oiseau sorti de sa cage, ¼dipe étend ses bras. Il libère toute sa cosmo énergie pour dresser une barrière de cosmos dans laquelle il met toute sa passion. Son visage atrophié essaie d’esquisser un sourire. Contre la Forge de Feu, une violente secousse résulte alors. Le choc des deux murs fait voler en éclat les plaques de verre habillant le sol. Les morceaux cristallins s’effritent en milliards de particules au contact de leurs corps engagés. Dessous ce parterre brisé, le sable se soulève ensuite. Alors, il confond les adversaires dans un nuage de poussière. Le voile permet à Juventas de traverser à l’affût le champ de bataille. Phygée distingue à peine le corps à l’armure brisée et aux vêtements arrachés d’¼dipe retomber au sol. Juventas est donc prête à honorer le sacrifice de son ami. Hélas, resté aux aguets, Phygée la devine venir. Il réunit encore son cosmos dans son poing droit : « Je n’allais pas me faire avoir par une ruse aussi évidente. La mort de ton ami aura été in… » Contre toute attente, l’Ange n’arrive pas à achever sa phrase. Ses mouvements ralentissent. Son corps se pétrifie. Résonnant dans l’atmosphère, la voix d’¼dipe, pourtant étendu sans vie sur le sol, annonce : « Psycho Crusher. » Stupéfait, le fidèle d’Héphaïstos ne peut rien faire lorsque Juventas décoche à bout portant son arcane : « Funereal Trampling ! » Voyant sa mort imminente, Phygée réalise : « Je vois, l’Ecraseur Psycho n’était pas seulement une technique de défense mais aussi d’attaque. Le heurt de nos deux arcanes m’a fait croire que j’avais forcé sa défense. Mais en réalité l’onde de choc m’aura intérieurement atteint et affaibli. Trop préoccupé par la ruse de Juventas, je suis resté fixé sur mes appuis et je ne me suis pas rendu compte que mes mouvements étaient entravés. Lorsqu’ils s’unissent, ces humains sont étonnants, astucieux et puissants. Je comprends maintenant la raison de notre acharnement contre eux. Ils ont quelque chose qui… » Traversé de toute part par le Piétinement Funèbre, Phygée achève sa réflexion en soupirant ses derniers mots : « … nous dépasse. » Les bras ballants, Juventas attend debout que le cadavre de Phygée retombe au sol avant de se laisser tomber elle aussi…
A Asgard, à l’intérieur du palais royal, la salle de réception est comble. A l’abri des chutes de neige qui reprennent timidement, éclairés par les nombreuses torches fixées au mur, réchauffés par l’immense cheminée de la gigantesque pièce, les convives n’en demeurent pas moins glaciaux. L’affliction les étreint. Le sol marbré, foulé par le peuple asgardien au grand complet, ne reflète que les larmes d’une nation. Aux murs de pierres lisses, sur d’immenses tableaux, sept portraits peints rappellent la jeunesse des héros de la patrie disparus trop tôt.
Soutenue par les siens, qu’ils soient des classes les plus appauvries ou de la haute bourgeoisie, Hilda achève son discours à l’honneur de ses Guerriers Divins. Bien qu’ils soient d’ordinaire affamés, les villageois gouttent avec parcimonie le festin laissé à leur guise. Le banquet est bien triste.
Freya compte sur le soutien de Frodi et de Lyfia après la perte d’Hagen. Helena et les enfants prient devant le portrait de Thor afin de le remercier pour tous les efforts accomplis au profit des plus démunis. Héraclès et d’autres soldats vantent à la famille de Mizar à quel point Syd était un guerrier valeureux. Fafner en fait tout autant auprès des de Megrez en évoquant à quel point Alberich l’inspire. Mime et Fenrir ne sont pas laissés pour compte tant ces God Warriors et leurs rancoeurs peuvent être compris de Surt qui conte à ses hommes leurs faits d’armes le jour où un étranger, Rhadamanthe, a posé le pied à Asgard avant de vouloir lâchement s’enfuir.
Descendue de l’estrade, la Princesse de Polaris est accueillie par la famille de Dubhe, orpheline de Siegfried, seul God Warrior dont le corps n’a pu être mis en terre, n’ayant qu’une seule pierre tombale fixée dans la neige au contraire des sépultures plus ornementales de ses camarades. Inconsolable, la Prêtresse d’Odin essaie de masquer les apparences en rendant aux familles des défunts un semblant de dignité. _ « Je ferai construire une chapelle en la mémoire de Siegfried, assure-t-elle. » Elle n’ose pas poser ses yeux sur Sigmund qui refuse lui aussi regarder vers sa direction. Désormais balafré, le frère aîné de Siegfried lui tourne même le dos, préférant quitter la pièce.
Au détour du couloir, il croise Andreas qui le retient par le poignet. _ « C’est dur également pour la Princesse Hilda vous savez. _ Sire Andreas… Je… Je le sais… J’ai bien conscience qu’une force supérieure la dominait… Malgré tout, je n’arrive pas à trouver la force de lui pardonner. _ Il le faudra bien un jour. N’oublie pas que cette bataille nous a prouvé que chaque Asgardien peut à tout moment être appelé à son devoir et que ce sera bien la Prêtresse d’Odin qui guidera les hommes au front. _ J’en prends acte. Seulement, pardonnez mes propos Sire Andreas, mais il serait tellement plus juste qu’un homme sage comme vous puissiez guider les God Warriors plutôt que cette Prêtresse qui aura été trop faible pour lutter contre une force ennemie qui la rongeait de l’intérieur. _ Le fait que je t’ai porté assistance dans les cachots ne doit pas influencer ton jugement. _ Vous n’avez pas fait que ça. Vous m’avez soigné et accompagné dans mon deuil. Et ça, je vous en serai éternellement reconnaissant. » D’une tape amicale sur l’épaule, il laisse Sigmund disposer. En relevant ses yeux revigorés par de tels compliments, il les dirige vers le centre de la salle de réception où brille de son bleu saphir la God Rob d’Odin.
Disposée là pour rappeler au peuple la toute puissance de leur dieu et le réveil de celui-ci, elle apaise la crainte du peuple face à l’avenir incertain et les menaces divines qui planent sur Terre.
Son regard croise celui de Balder, à l’opposé de la pièce et tout aussi admiratif que lui de l’armure. Andreas ne peut maquiller un petit sourire niais, charmé qu’il est par le dévouement de Balder même si celui-ci parait trop pressé et son histoire d’immortalité octroyée par Odin, en sommeil jusqu’à la présente Guerre Sainte, inquiétants. C’est alors qu’il constate que sa partenaire Russe ne l’accompagne plus. En balayant la tête de droite à gauche, puis de gauche à droite pour la chercher, il distingue la dénommée Ksénia seule, à l’autre bout du couloir, dans la direction opposée à celle empruntée plus tôt par Sigmund. Elle est prête à descendre dans les cryptes du palais : « Qu’est-ce qu’une étrangère pourrait bien avoir à faire là-bas… » Là, il constate qu’elle le fixe avec insistance et qu’elle a les yeux posés sur lui depuis bien avant qu’il ne la cherche : « … Mais… On dirait qu’elle m’attend… » Seulement après s’être assurée qu’il a compris, elle s’enfonce sans la moindre torche dans l’escalier glacial à l’obscurité insondable. Andreas se précipite à sa poursuite : « D’ordinaire, l’entrée de ce lieu est hautement gardée… » Il arrive devant d’épaisses portes en acier encore marquées à leurs jointures par des couches de glaces qui viennent d’être rompues. Là, il cherche d’un coup d’½il en direction du bout du couloir d’où il vient le moindre allié qui pourrait déclencher l’alerte : « Personne… Ils sont tous dans la salle de réception, préoccupés par la cérémonie… » Il approche tout doucement sa tête à l’encadrement de porte fraîchement descellée : « La glace a été tranchée nette… Comme découpée au laser… Quel puissant cosmos peut être capable de ça ? » A ses pieds, étendus sur le dos, renversés sur les premières marches à prendre, trois gardes ont rendu la vie. Sans véritable espoir, mais par pur réflexe, Andreas prend leur pouls : « Leurs corps ne sont pas marqué. Comme si une simple pression de cosmos avait suffi à interrompre instantanément les battements de leurs c½urs. » Une dernière fois, il espère trouver du soutien lorsqu’il recule la tête en direction du couloir. Mais toujours personne. La salle de réception est loin. Tandis qu’il entend encore les escarpins de l’intruse sur les marches, à peine plus bas. _ « Serait-ce elle qui est à l’origine d’une telle démonstration de force ? Que peut-elle bien espérer trouver en bas ? On dit que cela fait plus de dix ans et les obsèques du patriarche de Polaris que le froid a condamné ce lieu ! » Ni une ni deux, il choisit de la suivre. Il enjambe les trois corps encore chauds, manquant de glisser sur les marches étroites et verglacées.
Fin de la partie 1 Partie 2 dans le post ci-dessous
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« on: 23 December 2025 à 17h44 »
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Cette version du chapitre 30 est une version rééditée de la publication originale du 02 juin 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 19 November 2023 à 14h19 »
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Cette version du chapitre 29 est une version rééditée de la publication originale du 30 avril 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
9
« on: 6 November 2023 à 13h33 »
Chapitre 84
Dans une des ailes réservées aux familles bourgeoises du Walhalla, à l’intérieur de ses appartements, Bedra de Edel, émerge doucement de cette nuit agréable, qu’elle a passé emmitouflée dans ses draps. Malgré le réveil, elle paraît toujours aussi séduisante. Ses longs cheveux blonds soyeux et à peine dépeignés, ne gâchent en rien cette beauté que chaque homme rêve d’avoir à ses côtés au matin.
Ses yeux améthyste se tournent instinctivement de l’autre côté du lit, celui-ci est hélas déjà vide en ce matin du 23 mars 1987. Très vite, son futur époux la rassure. Couvert de sa God Rob, casque sous le bras, Syd de Mizar admire le paysage depuis la grande fenêtre où il s’est posté : « Bientôt tu continueras à passer d’aussi agréables nuits que celle qui vient de s’écouler. » Sa promise se penche légèrement et admire un temps moins capricieux que d’ordinaire. Hormis quelques flocons qui voltigent dans un vent relativement calme, le ciel paraît clément en ce jour à Asgard. _ « Odin bénit déjà sa Majesté Hilda d’entreprendre notre conquête du Sanctuaire. _ Alors c’est toi que la Princesse de Polaris a choisi ? _ Oui. Je dois me rendre au Sanctuaire jauger la puissance des Saints qui protègent Athéna et, accessoirement, ramener sa tête si la tâche n’est pas trop ardue. » L’engouement du Guerrier Divin n’est pas partagé par la belle des neiges : « Je suis surprise que tu prennes plaisir à ôter la vie d’une déesse qui nous a toujours été présentée comme alliée à Odin. » Bien plus impulsif avec elle depuis qu’il a découvert sa liaison avec Bud, le God Warrior de Zeta s’emporte : « Parce qu’une divinité qui nous condamne à vivre ici dans ces conditions, est une alliée pour toi ?! Bien sûr, en restant au chaud à profiter des trophées de chasse de nos serviteurs, tu ne dois pas te rendre compte de la rudesse d’une vie ordinaire dans ces contrées ! Demande à Thor ce qu’il en pense. Interroge-le sur le nombre d’enfants morts le mois dernier à cause des conditions de vie déplorables ici ! » Discrète, effrayée, Bedra se contente de murmurer : « Je suis simplement surprise qu’Hilda accepte soudainement de faire appel à la violence. Elle et sa s½ur abhorrent toute forme de haine. D’ailleurs, en parlant d’elle, où est Freya ? Que pense-t-elle de tout ceci ? Et le Seigneur Sigmund ? On dit que son frère fut nommé à sa place God Warrior ! » Préférant s’épargner de longues explications, le second de Siegfried choisit de taire la mise au cachot de la cadette de Polaris. Il fixe son casque sur son crâne et déclare : « Qu’importe les moyens. Les Asgardiens souffrent depuis trop longtemps. Hilda me fait l’honneur d’être son messager. Il est convenu que je parte dès le lever du soleil. Je reviendrai victorieux au nom de notre futur mariage. Sous peu, tu épouseras un prestigieux Guerrier Divin sous le soleil grec. » Il emprunte la sortie sans plus poser un regard sur la jeune femme qui cajole son corps nu dans ses draps.
C’est lorsque son regard désespéré fuit vers l’horizon, qu’elle distingue au coin de la fenêtre une apparence similaire à celle de son fiancé. Toutefois, sa God Rob est d’une couleur plus laiteuse que celle de Syd. Un mélange de nostalgie, de gratitude et de soulagement se bouscule dans son c½ur quand elle réalise qu’il s’agit de Bud, son amant interdit, ombre éternelle de son premier amour. D’un léger hochement de la tête, son premier geste à son égard depuis des mois qu’ils ne se sont plus vus, Bud d’Alcor fait comprendre depuis l’extérieur qu’il veillera sur son jumeau…
Au même moment, à Blue Graad, à l’intérieur du palais, le nouveau roi traverse les couloirs en prenant le soin de renvoyer à chaque homme le salut qui lui est adressé. En tenue officielle, une longue cape blanche maintenue par des épaulettes d’acier bleues couvrant sa soutane immaculée, Alexer inspecte son palais. Sa promenade le conduit dans une chambre magnifiquement décorée. De longs morceaux de tulle rose sont accrochés par chaque extrémité au plafond, tandis qu’une dizaine de tableaux habillent les murs. _ « Cette touche féminine fait de cette pièce un lieu de dépaysement, déclare-t-il à l’occupante. » Assise devant son bureau, maniant la plume, sa s½ur recoiffe ses cheveux couleur de blé, afin d’être plus présentable devant son frère. _ « Il est vrai que ces pierres blanchies par le froid nous rappellent chaque jour la rudesse de notre contrée. Lorsque je m’enferme ici, je voyage quelque peu, lui répond-elle. » Le Blue Warrior surplombe sa s½ur pour chercher à lire ce qu’elle rédige. _ « Ecris-tu à l’Asgardien dont tu t’es énamourée ? _ En effet. Comme Utgarda, le messager, n’a pu partir hier en raison de la tempête, j’en profite pour écrire à Surt un courrier plus long que d’ordinaire. _ Il est vrai que le froid s’est levé beaucoup plus vite qu’à l’accoutumée. Peut-être devrais-je profiter de la présence d’Utgarda pour proposer une rencontre entre Hilda de Polaris et notre royaume ? Peut-être serait-ce l’occasion d’aborder d’éventuelles fiançailles entre Surt et toi ? » Aussitôt, sa s½ur lui bondit dans les bras. _ « Est-ce vrai ?! Tu accepterais ?! _ Comment pourrais-je refuser quelque chose à ma s½ur bien-aimée ? Et puis, je n’ai actuellement aucune épouse, aucune descendance. S’il m’arrive quelque chose, ce sera à toi de prendre le trône. » Alors qu’il prend congé, Natassia le serre chaleureusement dans ses bras : « Ne parle pas de malheurs voyons. »
En sortant de la pièce, Alexer retrouve son escorte personnelle, composée de Rung et Ullr. Sentant la fatigue le gagner, Alexer demeure songeur après son échange avec sa s½ur : « J’ai bien peur hélas que le malheur ne se soit déjà produit. Jamais dans toute l’histoire de Blue Graad une nouvelle vague de froid n’était tombée si vite. Ce signe n’est pas anodin. Le messager d’Asgard ne peut repartir dans de telles conditions et je ne peux me rendre à Asgard chercher des réponses. Je ne peux pas abandonner une nouvelle fois mon peuple. Cette situation m’inquiète quand même. Qu’est-ce qui se passe sur Terre ? Je sens les cosmos des Asgardiens s’accroîtrent jusqu’ici. » Il progresse finalement jusqu’aux portes du palais que deux gardes lui ouvrent à peine, la morsure du froid venant immédiatement souffler les torches du couloir.
Habitué à ce froid ravageur, lui qui a vécu dans les ruines positionnées plus loin durant ses années d’exil, Alexer entame une approche vers son ancien quartier général aujourd’hui abandonné. D’un signe de la tête, il laisse Rung et Ullr aux remparts du palais. Seul, à bonne distance, dissimulé par les épaisses bourrasques neigeuses, Utgarda, l’hôte d’Asgard, garde un ½il sur le Roi de Blue Graad. Bien qu’alliés désormais, l’Asgardien demeure attentif aux agissements des Blue Warriors.
Avec dépit, Alexer part faire le tour de ce camp de fortune où sont encore restés quelques fourrures et amphores vides, vestiges de la présence passée des renégats qu’il avait réunis. _ « Maintenant, mes hommes qui ont survécu ne font plus qu’un avec l’armée de Blue Graad. Pfft… L’armée… Une simple cohorte de vingt hommes. Heureusement que la paix est revenue. Mais pour combien de temps. » Il s’arrête devant ce qui était sa couche et se remémore quelques instants passés avec Ksénia : « Je t’ai toujours cru de bon conseil. N’ayant que toi auprès de moi, j’ai suivi tes recommandations. A quel prix ?! Mon père est mort et j’ai failli détruire ma nation. J’ai affaibli l’armée des Blue Warriors en perdant Midgard. Et pourquoi ? Quels intérêts pouvais-tu bien servir ? Je t’aimais et ton image reste gravée dans ma mémoire. Seulement, Ksénia, te reverrai-je un jour ? » Comme pour lui répondre, un tourbillon de flocons se forme sur le sol de la demeure où la neige réussit à tomber par les brèches dans le toit. De façon similaire aux différentes apparitions de Ksénia par le passé, le phénomène libère une pression cosmique intense. Penaud, ne sachant que faire, hésitant entre sentiment de colère et soulagement à l’idée de revoir enfin celle qui a occupé ses pensées ces dernières années, Alexer sert les poings, bras tendus le long de son corps. Peu à peu, la neige fond le long de cette silhouette qui se forme. Puis, tout autour, le parterre de glace devient une véritable marre qui inonde Alexer jusqu’aux chevilles. Très vite, Alexer comprend que ce n’est pas son ange, qu’il soit gardien ou démoniaque, qui vient à lui. Lorsque le blizzard passe à travers lui, il se change en un courant d’air chaud qui vient fouetter le visage du Sibérien et l’empêcher de parfaitement distinguer cet homme aux cheveux mi-longs, à la couleur du soleil couchant. Coiffé d’un diadème aux mêmes couleurs sombres et célestes que celles du reste de sa protection, l’inconnu présente des liens évidents avec la Grèce tant l’étole qui passe par-dessus son épaule gauche et dessous la ceinture de son armure pour former une jupette donne un style antique. Déçu, Alexer grommelle : « Je croyais qu’il s’agissait de mon ange. » D’une voix calme et posée, l’inconnu qui porte un cristal à chaque oreille confirme : « Mais je suis un Ange. Idaios, l’Ange qui vient de l’Olympe pour te donner la mort. » Face à l’annonce du rang de l’intrus, Alexer recule d’un pas, devinant le niveau de l’Olympien : « L’Olympe ?! Je ne comprends pas ? Quel sacrilège ai-je commis ? » Idaios ferme les yeux et s’avance avec suffisance : « Celui de fouler cette Terre. » Sans crier garde, l’ennemi balance un coup de pied, dont le talon fend par surprise la pommette droite du souverain. N’ayant pas le choix, ce dernier se ressaisit et balance une droite face à laquelle se baisse Idaios. Alexer espère le coincer contre le sol, alors il tente une gauche mais, cette fois-ci, très vite et très simplement, l’Ange saute au dessus de lui et à même le temps de le frapper avec son pied derrière la nuque en retombant derrière son dos. Quand Alexer se retourne pour tenter de l’attraper et l’étreindre, l’Ange effectue un salto dans les airs pour retomber le genou en premier sur le sommet du crâne d’Alexer et le faire tomber dans les flaques de neiges fondues…
Concomitamment, en Grèce, le soleil printanier passe aux travers les diverses brèches faîtes par le temps sur les pierres de la demeure du Bélier. Il se reflète sur les armures d’or des cinq Saints réunis chez Mû. Chaque Saint, Aiolia pour Pégase, Mû pour le Dragon, Milo pour le Cygne, Aldebaran pour Andromède et Shaka pour le Phénix, a à ses pieds les morceaux des armures des chevaliers de bronze qui ont risqués leurs vies pour Athéna. Brisant le silence qu’ils se sont imposés en se figeant devant le résultat de leurs affrontements contre les protecteurs de la Déesse de la Sagesse, Mû demande : « Vous êtes prêts ? Allons-y ! » Sans hésiter, Aiolia et Milo s’ouvrent les veines pour baigner de leur sang les Cloths meurtries.
Se soutenant les uns, les autres, conformément à l’invitation de Shaka la veille, Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki les rejoignent. _ « Aiolia ! Que faîtes-vous, demande Seiya ? » Impassible, Mû s’adresse au Saint du Dragon. _ « Shiryu, tu dois te souvenir du moment où j’ai régénéré l’armure de Seiya. _ Comme l’armure de Seiya d’alors, nos armures seraient-elles mortes ? _ Oui, les armures ne sont pas de simples protections. Elles sont vivantes. Pour les ressusciter, il faut leur sacrifier une vie. _ Je me souviens qu’il faut la moitié du sang d’un corps humain pour ça, réagit Hyoga. _ Mais l’être humain meurt s’il perd plus d’un tiers de son sang, complète Ikki. _ Vous allez donc ressusciter nos armures au péril de vos vies, s’inquiète Shun ? _ C’est naturel, déclare fermement Aiolia. Vous avez surmonté des épreuves inimaginables pour sauver Athéna. Vous avez accompli notre devoir de Saint d’or. Si nous pouvons nous acquitter ainsi de notre dette, notre honneur sera sauf. » Convaincu et reconnaissant, Seiya admire son aîné : « Aiolia ! » Milo développe : « Nous vous reconnaissons comme les vrais chevaliers protecteurs d’Athéna. » Suivi par Shaka et Mû, Aldebaran offre son sang en approuvant les propos du Scorpion : « Tout à fait ! » En quelques secondes, l’aura dorée des Saints d’or inonde les morceaux de bronze grâce au sang dans lequel ils baignent…
Pendant ce temps, à Blue Graad, dans les ruines à la frontière de la cité, Alexer balance tous les enchaînements possibles sans parvenir à ne serait-ce que frôler l’envoyé d’Héphaïstos. Lassé d’esquiver avec facilité, l’Ange le cogne à sa pommette fendue avec plus de puissance dans sa jambe que tout à l’heure. Alexer passe à travers un mur et choit dans la poudreuse. Défiguré, l’os sous son ½il droit probablement fracturé, il interroge son adversaire. _ « Cette façon d’apparaître tout à l’heure… Elle ne m’est pas inconnue. Ksénia… Tu la connais n’est-ce pas ? Il s’agit d’un Ange de l’Olympe c’est ça ? _ Tu veux sans doute parler d’Helénê ? Oui, il s’agit d’un Ange. L’Ange le plus puissant d’entre nous d’ailleurs. _ J’ai donc été un pion de l’Olympe, grimace le Sibérien. _ Bien évidemment. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous vivez sous l’égide des dieux. _ Ils se sont servis de moi pour organiser je ne sais quelle manigance ?! _ N’est-ce pas un honneur d’avoir été choisi par les dieux pour mener leurs desseins, demande sincèrement Idaios ? » En guise de réponse, le Blue Warrior écarte les bras et fait venir à lui son armure. _ « Certainement pas quand il ne s’agit pas de ma déesse ! D’Athéna ! _ Vous êtes si particuliers les humains. Nous parlons des dieux de l’Olympe, pas d’une vulgaire réincarnation qui a choisi de mener une existence faite de souffrance. » Galvanisé par le revêtement de son armure au bleu métallisé, le chevalier de glace accroît son cosmos afin de lancer une bille de cosmo énergie bleutée : « Voilà ce que j’en fais de ta vulgaire réincarnation ! Blue Impulse ! » La bille devient un réel orbe autour duquel gravite des anneaux de glace. La déferlante polaire fonce sur l’Ange qui n’esquisse même pas la moindre réaction. Au moment d’être heurté, il ralentit le mouvement glacial et le laisse danser devant lui : « Je suis stupéfait. Pas par ta technique mais par ta réaction bien sûr. Tu oses lever ta main sur le messager des dieux que je suis. Mais l’affront le plus grave, c’est cette offense même que tu fais aux dieux en refusant de mourir. Comment peut-on ignorer les règles de ces entités supérieures ? » Alexer continue d’injecter son cosmos dans son arcane immobilisé, afin de faire pencher la balance. _ « Et le libre arbitre ? _ Le libre arbitre, demande Idaios ? _ Que fais-tu du libre arbitre ? L’homme a toujours su s’émanciper, afin d’avoir droit à sa liberté. Tout ce qu’il a crée, il l’a bâti à la force de ses convictions, de son c½ur et de ses mains. _ Et que fais-tu de tous les cadeaux des dieux ? Le feu de Prométhée, les… _ Mensonges ! Mensonges de tes dieux qui ne supportent pas l’autonomie des hommes ! Pires, qui jalousent leurs vies faites de passions ! » Toujours aussi inexpressif, l’Ange déploie autour de lui sa cosmo énergie : « Je vois qu’il est inutile de chercher à convaincre un fou. Voilà donc ce qu’a engendré la faiblesse d’Athéna. Je refusais de croire à cela jusqu’ici. Il aura fallu que j’accepte cette mission sur Terre pour réaliser à quel point ce monde que nos maîtres vous ont offerts est corrompu. Vois donc ce que je fais de ton libre arbitre. » Tout à coup, comme s’il suffit pour lui de claquer des doigts, l’Ange change les anneaux de glace en anneaux de lave. Le c½ur de froid devient semblable à du magma en fusion. Le parterre givré devient une immense terre volcanique. La neige s’est changée en braises sur des kilomètres à la ronde, menaçant presque le palais et les habitants qui l’entourent. Des éruptions transpercent le sol et dévorent la neige pour laisser paraître un sol rocailleux qui n’avait pas été déshabillé depuis des millénaires. Au milieu de l’enfer de feu, Alexer tombe à genoux, déstabilisé par le choc des températures. La sueur lui coule dans les yeux et il manque de justesse d’être emporté par son orbe désormais enflammé, lorsque celui-ci lui est retourné. En roulant sur le sol, il est ébouillanté par la vapeur d’un jaillissement de lave. Et lorsqu’il réussit tant bien que mal à se relever, il encaisse une droite en plein visage. Reculant de quelques pas, il pare un enchaînement de droites et de gauches puis saute dans les airs pour s’extirper de ce corps à corps et de l’atmosphère suffocante. Malheureusement, à peine la distance prise, il remarque son adversaire dans son dos. Avec lui, par le biais de son cosmos, il semble avoir attiré une immense vague de lave : « Vulcanus Gash. » L’onde frappe Alexer sur toute la largeur de l’abdomen en lui fendant son armure. Le magma s’infiltre par la brèche, comme pour ronger le Blue Warrior dont le corps se tortille dans tous les sens avant de convulser et d’imploser. Les épaulettes, la ceinture et tous les ornements de sa Cloth volent en morceaux, tandis que son corps s’échoue sur le parterre boueux…
A cet instant, au Walhalla, strictement bardé de sa God Rob, Siegfried arpente les allées du temple sur la demande d’Héraclès que Hilda a fait mandater. Pas à pas, il progresse dans les appartements de l’impériale splendeur où le quitte le soldat qu’elle congédie une fois qu’il a accompli son devoir. Droit, tenant son casque sous le bras, le Guerrier Divin d’Alpha s’agenouille, en attendant que sa souveraine se présente depuis la pièce d’à-côté pour lui rendre les hommages qu’il lui doit. Durant la longue attente, il détaille les éléments qui composent le logis privé de la représentante d’Odin. Contre un mur, un tableau d’elle et de ses défunts parents tenant le nourrisson que Freya était. Sur celui d’en face, une immense glace renvoie l’image idyllique d’une famille heureuse. Les tapisseries sont propres, claires, illuminées par quelques bougies posées sur les commodes où trônent quelques corbeilles de fruits.
C’est alors que le timbre noble de l’aînée des de Polaris assure : « Ces fruits viennent de la dernière cargaison du Port du Destin en Crète… » Toujours à l’affût, Siegfried est pris pour la première fois au dépourvu en n’ayant pas senti venir celle qu’il aime. Sa surprise n’en est que plus grande lorsqu’il découvre ses longues jambes nues dépasser d’un peignoir noir en satin, les cheveux encore humides, un verre de vin à la main. Sa stupéfaction ne permet à aucun son sortant de la bouche d’Hilda d’atteindre son cerveau : « … et nous boirons de ce délicieux vin français sur les côtes où il a été réalisé lorsque Syd reviendra. » L’évocation de son ami ramène l’Asgardien à lui, après que l’aristocrate lui tend une coupe de ce fameux vin. En se relevant, convaincu que la tâche ne sera pas aussi aisée que l’entend son interlocutrice, Siegfried grimace en trempant ses lèvres, se gâchant le plaisir de goûter à l’arome onctueux. Surpris d’être reçu dans de telles conditions et, surtout, de découvrir pour la première fois la régente d’Asgard dans cette tenue, il emprunte un ton assez sec : « Ensuite ? Que ferons-nous une fois le Sanctuaire vaincu ? Ne faudra-t-il plus prier Odin sur ses terres ? J’imagine que c’est pour évoquer ce sujet que vous m’avez fait appeler ? » Venant tapoter de ses doigts fins contre le métal froid de la God Rob de Siegfried, Hilda toise avec un intérêt suspect les yeux gênés de l’athlétique Guerrier Divin : « Nous érigerons à Odin une statue sur les ruines du Sanctuaire. Sa reconnaissance n’en sera que plus grande… » A mesure que sa bouche s’ouvre, elle ne parle plus, mais susurre en approchant son visage de celui de Siegfried : « … et mon envie de plaisirs n’en sera encore que plus insatiable. » Sans se soucier des sentiments qu’il lui porte, sans même exprimer la moindre allusion à leur nuit respectivement passée avec Thétis, alors que cette incartade a tant nui à leur relation, elle l’embrasse à pleine bouche. Glissant ardemment sa langue contre la sienne, elle laisse le léger tissu qui la couvre s’ouvrir, pour lui offrir les prémices du plaisir dès lors que sa peau se colle contre l’armature solide et ferme qui couvre Siegfried. Désarmé, le Guerrier Divin laisse son verre lui échapper et se briser sur un tapis blanc immédiatement imprégné de l’élixir écarlate.
Confus, l’homme de bonne famille commence à se défaire de l’emprise passionnée de l’instigatrice de la nouvelle Guerre Sainte. Seulement, confirmant le changement brutal de comportement de l’ecclésiaste, celle-ci laisse volontairement son verre choir en rigolant crapuleusement. Elle s’empare des mains de son général et les lui glisse entre ses jambes : « Ne t’en fait pas. Lyfia s’occupera de ça. » Cette indifférence oblige l’intéressé à fuir l’étreinte. Il recule jusqu’à la porte le visage médusé. Perdu, ne trouvant plus en celle qui a bercé ses plus tendres rêves le charme et l’élégance qui faisait d’elle son unique projet, Siegfried a les mains ouvertes vers le ciel, comme démuni : « Je suis désolé Majesté mais je ne peux pas. Tellement de choses se sont produites entre nous et… Autour de nous, que je ne sais pas comment je dois réagir. » Coi, Hilda regagne vite de sa suffisance. Dissimulant ses attributs les plus charmants, elle plisse les yeux en pointant la sortie du doigt : « Tu apprendras que je n’autorise aucune traîtrise. Je n’accorde aucune seconde chance. Désormais, nos relations seront donc celle d’un fidèle général obéissant aux instructions militaires de son royaume. Sur ce terrain, tâche de te distinguer, car je n’attendrai plus rien de toi en cas d’échec là aussi. » Davantage meurtri que depuis le moment où Thétis est rentrée dans leurs vies, le Guerrier Divin garde pour lui ses états d’âme. Il se courbe devant l’autorité incarnée par sa bien-aimée et prend congé…
A Blue Graad, étendu inconscient sur le sol, Alexer est menacé par la progression du magma. L’avancée de la lave commence à avaler ses pieds, heureusement protégés par son armure. La chaleur insoutenable le ramène à lui. Immédiatement, le Sibérien roule sur le sol pour fuir la coulée ardente.
La tête lui tourne encore après le choc reçu. Ses sens s’amenuisent, diminués par son adversaire et troublés par le piège de lave qui l’entoure. C’est lorsqu’il comprend à peine les mots de l’ennemi et qu’il ne parvient plus à localiser leur provenance qu’il réalise à quel point l’Entaille de Vulcain lui a été fatale. _ « Tu es toujours vivant. » Alors qu’il manque de chuter en se retournant trop vite dans la direction de l’Ange, Alexer assure malgré tout : « Il en faudra plus pour me tuer. » D’un simple revers de bras, Idaios dirige un souffle rutilant qui oblige Alexer à prendre de nouveau les airs pour s’en extirper et mieux respirer.
Aussitôt, Idaios déploie grâce à son cosmos des ailes blanches dans son dos et le rejoint, comptant le prendre à revers comme auparavant : « Vulcanus Gash. » Cette fois-ci, alors qu’il prenait de la hauteur, Idaios ne parvient pas à surplomber Alexer. En effet, le Blue Warrior a cette fois sauté bien plus haut. Il cherche dans l’altitude le froid dominant de la contrée en sortant du brasier de l’Olympien. Alexer déploie ses pleins pouvoirs et réussit à l’oppresser avec son cosmos de glace. Les plumes épaisses et soyeuses gèlent d’abord puis se brisent en milliers de morceaux cristallins. Déséquilibré, Idaios libère son arcane à quelques centimètres à côté de sa cible qui a tout le loisir de contre-attaquer : « Blue Impulse ! » L’Orbe Bleue englobe Idaios avant une puissante implosion qui renvoie Alexer à l’intérieur de l’enfer volcanique.
Essoufflé, de nouveau affaibli par la température ambiante, il s’étonne de voir le sol continuer à s’ouvrir et à libérer son plasma. Très vite, les yeux presque clos, il fixe les airs, là où s’est produit l’onde de choc. Un épais brouillard humide voile sa vision. Toutefois, le ton suffisant de l’Ange lui permet de comprendre : « Comment peux-tu espérer avec un tel cosmos geler la lave de mon maître ? Même un Saint d’or, la caste la plus puissante parmi les hommes, n’y parviendrait pas. » Alors qu’il est parvenu à contrer Idaios, Alexer n’a pas libéré suffisamment de force pour l’abattre. Déterminé, il reprend malgré tout sa garde : « Dans ce cas, je surpasserai le niveau d’un chevalier d’or. Je créerai un froid suffisamment puissant pour geler ton volcan. » Sincère et stupéfait par l’abnégation de cet adversaire qu’il ne comprend pas, l’Ange lui propose une fois de plus de renoncer tandis qu’il regagne le sol : « Ne préfères-tu pas arrêter là ? Je ne doute pas de tes capacités qui sont au-delà d’un humain normal. Mais là tu es face à un Olympien. Des descendants d’enfants de dieux. Entend raison et ce soir je prierai nos dieux pour ton pardon. » En guise de réponse, Alexer arrive pied gauche en avant. Idaios se baisse pour l’éviter, mais est surpris par l’autre jambe qui le reprend de volée en plein visage. L’Ange lui rend la pareille. D’un mouvement acrobatique dans les airs, son pied droit le cogne en plein menton. Dorénavant trop affaibli pour ressentir encore la douleur, Alexer parvient d’un geste désespéré à lui décocher une droite en plein abdomen, suivi d’une gauche en plein nez. Il retente l’expérience mais cette fois-ci le guerrier d’Héphaïstos est plus prompt. Il lui bloque le bras et le devance coude en avant en plein buste. En regardant le roi s’écraser dans le sol devenu marécageux, Idaios se tient instinctivement son nez qui saigne : « Alors qu’il est plus mort que vif, il est parvenu à me surprendre. Pas que sa vitesse était illisible pour moi. Simplement qu’elle surpassait celle déployée jusqu’à présent. Et non pas seulement ses mouvements. Leur puissance aussi était différente. Il se relève chaque fois plus fort. »
Comme pour donner raison à son opposant, Alexer bondit par surprise alors qu’il semblait inconscient : « Blue Impulse ! » Comme s’il s’agissait d’une simple boule de neige, Idaios balaie l’assaut d’un mouvement de bras et riposte avec sa jambe. Cette fois-ci, le Blue Warrior la bloque avec sa main et balance sa jambe en direction du visage ennemi. Idaios s’en saisit et le renvoie au loin. Heureusement, à quelques mètres d’un chemin de lave, Alexer se ressaisit. Cependant, Idaios apparaît devant lui et lui serre chaque poignet pour l’empêcher de réagir. Il lui enfonce d’abord son genou dans l’estomac, fissurant un peu plus sa Cloth, puis enchaîne en levant sa jambe en plein visage. Déterminé à ne pas laisser le fidèle à Athéna cueillir une seconde chance de le surprendre, Idaios annihile toute possibilité pour Alexer de reprendre sa garde. De nouveau devant lui, il frappe genou contre poitrine suivi d’une droite qui lui explose l’arcade sourcilière gauche. Envoyé au tapis, Alexer se reprend en pleine chute et finit quand même par toucher la fierté de l’Olympien en lui égratignant la mâchoire d’une faible droite.
Chacun observe un minimum de distance avant de reprendre le combat. Alexer utilise son cosmos pour répondre à l’aide reçue à distance qui l’a revigoré et qu’il devine provenir de ses hommes. _ « Rung ?! Ullr ?! Ce soutien que j’ai ressenti, c’étaient vos cosmo énergies n’est-ce pas ? _ Roi Alexer, répond Ullr, tenez-bon, nous arrivons prestement ! _ Surtout pas, peste Alexer ! La neige fond à vue d’½il. Bientôt les remparts de la cité seront cernés de lave. J’ai besoin que vous utilisiez votre cosmos pour repousser sa progression. _ Mais, commence Rung… _ Il n’y a pas de mais Rung, l’interrompt Alexer ! Si j’échoue, vous demeurerez le dernier rempart de Blue Graad ! » De son côté, toujours aussi inexpressif, le guerrier aux cheveux et à la peau dorée, libère de nouvelles ailes dans son dos, pendant que son cosmos fait accroître les tremblements de terre. Face à lui, l’aura bleutée d’Alexer peine à se faire respecter. Pourtant, le Sibérien n’abdique pas : « Il est impressionnant. Après la Guerre Sainte contre Asgard, je n’ai cessé de poursuivre mon entraînement dans le but d’être un allié de poids pour Athéna. Au fur et à mesure du combat, je suis monté en puissance, jusqu’à porter l’ultime cosmos dans chacun de mes mouvements. Hélas cela n’a pas été suffisant. Je dois pousser mon froid à aller au-delà. Créer un froid semblable à celui qui a scellé cette cité sous-marine que j’ai sous ma surveillance. Atlantis a été séparée il y a plus de deux cents ans du reste du royaume de Poséidon, grâce à la libération d’un cosmos de glace porté à son paroxysme. Il faut que je trouve au fond de moi la source du zéro absolu… »
Soudain, une colonne de magma jaillit depuis le sol éventré, juste devant les yeux d’Alexer. Idaios réengage les hostilités. Ebouillanté, Alexer perd tout réflexe d’autodéfense et Idaios a tout le loisir d’apparaître derrière lui pour le cogner derrière la nuque avec son genou. Alexer essaie de réagir mais sa gauche est trop molle. Idaios lui frappe le dessus de l’avant bras, brisant sa Cloth et ses os avant de lui fracturer le nez avec sa jambe gauche. Enfin, Idaios estime pouvoir mettre un terme à cette bataille. L’émanation de lave présente tout autour d’eux se réunit devant l’Ange qui dégage sa cosmo énergie : « Vulcanus Gash. » Incapable d’effectuer le moindre geste, Alexer se laisse complètement submerger par la déferlante volcanique. Sa Cloth éclate peu à peu, ses orifices crachent du feu tandis que sa peau noircie…
En Grèce, au Sanctuaire, dans la maison du Bélier, au terme de quelques heures, une fois remis du sang qu’il a perdu, Mû achève de faire parler ses outils. Avec le soutien des siens, le représentant de Jamir donne le dernier coup de forge nécessaire à la finition de la dernière Cloth, celle du Dragon. Nouvelles, resplendissantes, débordantes de puissance, les armures de bronze sont désormais achevées et d’elles-mêmes viennent trouver leurs propriétaires. _ « Ce sont nos nouvelles armures, arrive Shiryu ? » Hyoga n’en revient pas : « C’est… » _ « Elles regorgent de vitalité, se montre plus loquace Ikki ! _ C’est extraordinaire, s’émerveille Shun ! _ Mû… Les amis ! Ces Cloths dégagent même vos vies. Mon corps… Non, tout mon être, est désormais entièrement rétabli, complète Seiya. »
Discret depuis le début, Shaka réagit alors : « Dans ce cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Un étrange danger guette Athéna, vous avez pu le découvrir hier soir. » Seiya dresse son poing : « Oui, nous rentrons de ce pas au Japon. » Il est suivi de Hyoga : « Maintenant que nous sommes remis, grâce à l’expérience de nos combats, il nous suffit de nous déplacer par nos propres moyens pour arriver en moins de deux. » Joignant le geste à la parole, les Saints de bronze quitte le Sanctuaire avec facilité à une vitesse à mi-chemin entre celle du son et de la lumière.
Souriants, les Saints d’or se séparent avec amabilité. _ « Tu quittes ta maison Mû, l’interroge Aldebaran ? _ Oui. Avant de partir pour le Japon, Kiki m’a parlé de Saül, le forgeron du Sanctuaire. C’est un Saint de bronze talentueux dans la confection d’armes. Et apparemment, il mérite qu’on s’intéresse à lui. » Déjà au loin, Shaka déclare : « Ce sera donc à toi Aldebaran d’être le premier rempart pendant quelques heures si un intrus venait à passer ici. » Taquin, Milo balance « Ça risque d’être compliqué ! Ça fait un moment que notre Taureau a la tête dans les nuages depuis qu’il profite de ses permissions pour fréquenter Europe à Rodorio ! » Très querelleur avec le Scorpion, le Lion le tire par le bras pour l’aider à fuir les éventuels foudres d’Aldebaran : « Je pense qu’il vaut mieux que tu prennes un peu d’avance car si Aldebaran te met la main dessus… »
Depuis tout le domaine, le peuple peut observer cinq étoiles filantes passer au-dessus de leurs têtes en plein jour. Tirant sur son fouet pendant qu’elle administre quelques ordres à ses troupes, June cache son chagrin : « Alors tu t’éloignes encore de moi. Quand pourrons-nous nous retrouver tous les deux, heureux et en paix, Shun ? »
En même temps, à Blue Graad, un micro climat de cendres et de souffre neutralise puis anéantit les efforts de la nature. Le cataclysme sibérien est effacé par cette manifestation volcanique inédite.
Inconscient, sur le toit d’une ruine qu’il occupait le temps de son exil, Alexer ne réalise pas que les vestiges de la cité qui lui servait de quartier général fondent dans la lave qui gicle des entrailles de la terre. Au beau milieu d’une rivière magmatique, comme sur un îlot peu à peu englouti, quelques battements de cils signent le réveil d’Alexer. Sa première réaction est une grimace. Elle le poursuit à chaque mouvement. Sa peau craquelée par le magma éclate dès qu’il contracte un membre. Sa langue n’est que braise dans sa bouche et ses yeux ne voit plus que l’incandescence des premiers remparts de la cité submergés. Ses oreilles n’entendent que le crépitement du feu et l’éclat des roches et des briques. Ses narines n’arrivent plus à aspirer l’air bouillant, elles ne recrachent que des flammes. Peu à peu dépourvu de ses sens, il ressent le mouvement de la charpente sur laquelle il attend la mort : « J’ai l’impression d’être désormais au milieu d’une mer de lave. » Le frère de Natassia cherche désespéramment son adversaire. En faisant plusieurs fois le tour de lui-même, il remarque que la fusion dévastatrice progresse vers le palais. Impuissant, les bras ballants, les larmes viennent à Alexer : « Le palais ! Les villageois ! » D’une totale indifférence, la voix de l’Ange lui permet enfin de le localiser : « Ils vont périr eux aussi. Ainsi, la patrie de Blue Graad sera le symbole de la réaction des dieux contre l’insurrection humaine. Soyez fiers de représenter le premier pas vers un nouveau monde décidé par l’Olympe… » Le soldat d’Héphaïstos lévite grâce à ses ailes d’énergie jusque devant Alexer puis poursuit : « … Je suis surpris de te voir toujours de ce monde cela dit. L’homme est un cloporte qui s’accroche désespérément à la vie. Une vie si éphémère que je ne comprends pas les raisons d’un tel acharnement. Face à tant de soucis, je ne peux donc décemment pas laisser cette base athénienne défier plus longtemps l’Olympe. » Enfin, ignorant totalement la présence du Sibérien condamné, Idaios poursuit son chemin jusqu’à devancer la progression de la lave. De son refuge clandestin, il ne reste à Alexer que le toit qui lui sert de barque peu à peu dévorée par la lave.
Idaios, lui, lévite jusqu’aux premiers postes avancés de surveillance où Rung et Ullr observent avec terreur l’étrange phénomène. _ « Rentrez tous à l’intérieur, s’écrie le second à l’assistance ! Barricadez toutes les portes ! Et veillez sur la Princesse Natassia ! » Parmi la foule, la bien nommée s½ur d’Alexer distingue à travers l’escorte qui la ramène de force à l’intérieur, son frère qui dérive sur, maintenant, un minuscule morceau de bois.
Avec grâce, l’Ange pose ses pieds sur le pont de pierre qui lie les deux tours où les deux Blue Warriors étaient en observation. Intéressé et curieux de la réaction qu’il juge en premier lieu stupide de la part de Natassia, il réalise que celle-ci lutte contre son escorte pour se lancer avec insouciance au secours de son frère. Il pointe alors son bras dans la direction prise par la troupe et les villageois, décidé à mettre un terme à cette civilisation au plus vite : « Comment peut-on attacher autant de passion pour un autre humain, un autre être faible, fragile, insignifiant, et ne pas vouer une adoration à la volonté olympienne ? Je vais faire cesser cette hérésie. Vulcanus Gash. » La vague de lave qu’il libère emporte le pont et les tourelles sur lesquels il était positionné. La déferlante de magma et de cosmos s’élargit pour dévorer l’aile où la cité se regroupe.
Quand, inopinément, la bulle incandescente stoppe tout mouvement. D’abord immobile, elle perd sa teinte rougeoyante. Bientôt pierreuse, elle finit par blanchir de froid puis elle gèle d’un coup avant de voler en des milliards de particules de cristal. Cette pluie de givre apporte d’abord surprise puis enthousiasme chez les Sibériens qui découvrent devant eux, dans le dos de l’Ange, Alexer. L’armure rayée et fissurée sur toute sa surface, mais debout, avec à ses côtés Rung et Ullr encore en position d’attaque pour survivre à la destruction de leurs tours, Alexer se contente de répondre à une des précédentes questions de l’Olympien : « C’est parce que nos vies sont éphémères qu’on s’acharne à les rendre les meilleurs possibles. »
Droit, maintenu dans les airs par ses ailes, l’Ange observe les morceaux de glace qui fondent puis s’évaporent en s’approchant de lui. Consciente du risque que prend Alexer, Natassia se ravise. Galvanisée par son retour héroïque, elle accepte de rentrer au palais avec les citoyens pour ne pas le déranger. D’un hochement de tête, Alexer intime à ses deux guerriers de couvrir les arrières du peuple.
Seul à seul, au milieu d’un clash permanent de vent polaire et de souffle volcanique, les deux rivaux restent immobiles. Alexer accepte enfin de résoudre la seconde question d’Idaios. _ « Cette folie dont tu parlais, celle de protéger autrui. Ça s’appelle l’amour. Il n’existe aucune croyance, aucune passion plus puissante que l’amour. C’est ce qu’Athéna a compris, c’est cette valeur qu’elle prône. Et c’est pour celle-ci que nous nous battons tous. _ Il semble que cette croyance t’a revigoré. Pour briser mon Vulcanus Gash il a fallu que tu emploies le zéro absolu. Cela demande une concentration extrême et une cosmo énergie très poussée. Seras-tu capable de reproduire le même exploit ? Seul qui plus est, maintenant que tes sujets sont partis se cacher ? » En guise de réponse, le Blue Warrior défiguré s’élance jambe en avant. Contré, il tente une droite à nouveau parée. Idaios tente à son tour de lever la jambe, mais Alexer réussit un mouvement acrobatique qui lui permet de frapper à nouveau. Idaios esquive encore et réussit du tranchant de la main à lui donner un coup sec en pleine mâchoire. Toutefois, l’enchaînement suivant reste inefficace tant Alexer parvient à bloquer chaque coup. Seulement, l’endurance de l’Ange devient de plus en plus difficile à supporter. Alexer finit par être déstabilisé en encaissant un coup de coude, suivi d’une reprise du pied en plein visage, ponctué par un renvoi au sol avec une majestueuse retournée. _ « Tôt ou tard, l’insecte finit toujours par être écrasé. Il a beau se débattre. Il n’y a aucune échappatoire, aucun espoir. » Bras tendu, à bout portant, Idaios concentre ses forces pour invoquer l’Entaille de Vulcain. Au devant de son palais, servant de rempart, Alexer refuse de céder et accroît son cosmos pour libérer lui aussi son arcane. _ « Vulcanus Gash. _ Blue Impulse ! » L’effluve de glace d’Alexer s’étend tel un mur contre lequel fonce un tsunami de magma. Le rideau gelé est cogné de plein fouet mais Alexer parvient ainsi à annihiler chaque flanc de lave et donc à protéger son peuple. Hélas, le c½ur de glace n’est pas suffisamment résistant pour contrer le noyau brûlant. Très vite le Sibérien est parasité par la cosmo énergie de l’Ange. Le mur protège la cité mais fond en son c½ur pour frapper de plein fouet Alexer. A genoux, Alexer refuse d’abdiquer. _ « Tu es déjà mort. Tes organes sont rongés de l’intérieur, tes nerfs, tes tendons, tes muscles… Tout en toi est calciné. Ton sang bouillant demande à jaillir de ta peau qui suffoque. Tu n’auras pas eu de seconde chance. Maîtriser le zéro absolu est un niveau que seul des entités d’exception tels que les Olympiens peuvent se vanter d’avoir. Les humains, même les plus puissants, ne peuvent que caresser l’espoir de l’entrapercevoir. » Les yeux fermés, à l’agonie, Alexer affiche un sourire niais : « Alors l’espoir est de mon côté. » Instantanément, Idaios se cramponne de douleur tandis que les jambières de sa Glory ainsi que ses épaulettes et les flancs de son buste se craquèlent. Pire, le givre lui ronge l’épiderme : « Malheur ! Il ne s’est pas contenté de protéger les siens. Il est parvenu à m’atteindre sur les côtés en faisant diversion avec cette attitude protectrice ! » Se tortillant, touché par la morsure du froid, Idaios perd son calme olympien : « Misérable larve humaine ! Tu m’as souillé ! Je n’oserai pas me présenter devant mon maître dans cet état sans lui ramener ta tête ! Non ! Ta tête ne suffirait pas ! Je lui ramènerai celle de tout ton peuple afin de lui signifier la disparition totale de la moindre lignée de Blue Graad ! » D’un ton calme, résigné, Alexer balbutie : « Qu’importe. Je peux mourir en paix. J’ai réussi à te prouver que l’homme pouvait s’extraire de sa condition pour frapper même les cieux. En te blessant, je t’ai transmis un sentiment qui plus jamais ne te quittera. La peur. Et cette peur tu la ressentiras désormais aussi bien en voyant tes maîtres qu’en voyant un simple être humain. Je t’ai anéanti psychologiquement. » Idaios écarquille grand les yeux. Fou de colère, meurtri par cette révélation, transcendé par la folie, il dégage toute sa cosmo énergie au point que tout autour de la cité, les plaines gelées disparaissent. Les terres chutent dans les abysses enflammés, le magma encercle le palais. Des colonnes de laves, véritables tornades en fusion, grignotent peu à peu les remparts.
Résigné, des larmes coulent sur les joues d’Alexer. Alors même qu’Idaios le frappe avec une intense violence en plein visage élargissant encore un peu plus ses plaies, le roi choit dans la neige réchauffée. Très vite, cette flaque d’eau bouillante, mêlée à son sang, s’évapore sous l’incandescence qui émane de l’Ange. Les reins, la colonne vertébrales, les côtes… L’ennemi d’Athéna rosse avec acharnement son adversaire en libérant un fou rire psychotique : « Ah, ah, ah ! Tu ne seras déjà plus de ce monde lorsque les femmes et les enfants de cette cité verront leur chair se détacher de leurs os sous l’horreur de feu que je leur réserve ! Ah, ah, ah ! » Totalement absorbé par cette peur qui le dépasse, Idaios déclenche une violence exacerbée. Quand tout à coup, une petite lame en croissant de lune vient brusquement dans sa direction depuis la droite. Il parvient d’un simple regard à la faire fondre et à bloquer le coup d’un intrus surgit de là où est venue l’arme. L’avant-bras droit de l’étranger est forgé dans le même métal que le bouclier qu’il porte au bras gauche. Des genouillères d’un gris bleuté, semblable à l’acier qui barde ses épaules, son plastron et son casque à cornes, attribut à ce renfort une apparence nordique différente de celle des Sibériens. Son pantalon et sa tunique sont de la même couleur que la fourrure bordeaux qu’il porte sous sa protection. Fourrure qui ressort de ses bottes. Cette tenue donne une allure certaine à cet homme aux longs cheveux bruns et aux yeux verts. _ « Utgarda, s’étonne Alexer ! » Le poing droit bloqué, le messager d’Asgard sort de derrière son dos avec son bras gauche un glaive. Il n’a pas le temps de le dégainer que d’un crochet du gauche, chargé de cosmos ardent, Idaios lui explose l’arcade et la pommette droite. Le héros éphémère atterrit à côté du Sibérien. _ « Utgarda ! Mais enfin, pourquoi ? » Utgarda ôte son casque déformé par le coup reçu. Malgré son piteux état, il se relève et sort de derrière sa ceinture une autre lame ovale : « Parce que, si je ne suis pas de Blue Graad, je reste un guerrier du Grand Nord. Asgard et Blue Graad sont de nouveau des nations unies. Et même si je ne suis qu’un simple messager d’Asgard, je refuse de laisser ce fléau de l’humanité s’en prendre à cette planète. A commencer par cette patrie qui nous est chère ! » Face à tant de détermination, Alexer tire sur la tunique d’Utgarda pour s’aider à se relever. Maintenu par l’Asgardien, le roi réussit tant bien que mal à rester sur pieds : « Ce que tu me dis me rend courage, messager d’Asgard. Je ne suis plus seul. Je ne suis pas seul. Je me suis égaré, j’ai été manipulé, mais aujourd’hui j’ai des alliés, une patrie qui m’aime, ma s½ur, l’honneur de mon père. Je ne peux être égoïste et attendre que la mort vienne me prendre, alors que j’ai désormais des gens qui comptent sur moi. » Côte à côte, les guerriers du froid commencent à intensifier une dernière fois leur cosmo énergie. _ « Je ne pourrai pas empêcher son cosmos de dévaster Blue Graad si je l’attaque de front. Nous savons tous les deux que tu n’es pas qu’un simple soldat. _ Disons que j’ai côtoyé certains grands d’Asgard tels que Sigmund et Siegfried de Dubhe ou encore Syd de Mizar. Je ne dirai pas être aussi fort qu’eux, mais je peux peut-être ralentir cet enfer volcanique le temps que vous vous concentrez sur lui, Roi Alexer. »
A Asgard, derrière le temple Walhalla, extrêmement surveillé, les geôles du royaume semblent animées depuis hier, tandis qu’elles sont restées muettes pendant des années. Les murs teintés de givres, le froid enrouant les voix, la prison d’Asgard se remplie de minute en minute. Là encore, deux soldats balancent dans une cellule un villageois qui refusent de s’engager dans l’armée asgardienne en vue de la conquête du Sanctuaire. Dans celle d’à côté, une femme hurle sous la torture de Fafner persuadé qu’elle cache des déserteurs. Le soldat espère lui délier la langue.
_ « C’en est trop, scande Freya ! » La prisonnière d’honneur n’a jamais lâché les barreaux de son cachot depuis qu’elle y a été conduite. Douce, belle et bourgeoisement vêtue, sa présence contraste avec celle du peuple dépassé par les évènements. Lorsqu’un aristocrate et ses enfants sont conduits, haches sous la gorge, à l’échafaud, elle s’insurge en invectivant le géant gardien qui lui a été affectée : « Il s’agit de la famille de Rik. Avec les de Edel, ils font partis de l’une des lignées les plus nobles du château. » Thor n’ose pas affronter le regard de la cadette des de Polaris. _ « Le patriarche de la famille de Rik a déclaré qu’attaquer le Sanctuaire n’était pas respecter la volonté d’Odin et met en danger l’équilibre du monde. Votre s½ur a décrété que comme tout homme défiant sa politique et donc le bien d’Asgard, il ne doit rien rester de lui. Jusqu’à son nom, il doit disparaître de l’histoire d’Asgard. _ Alors même les opposants de haut rang sont conduits ici, marmonne-t-elle désolée… Thor, se reprend-elle ! Ce que dit cet ami de la famille de Polaris est vrai. Si on ne prie plus Odin, c’est l’équilibre du monde qui est en danger. Les glaces fon… » Refusant tout dialogue comme il le lui a été ordonné, Thor l’interrompt : « Princesse Freya, comme je vous l’ai déjà dit, votre statut vous épargne un tel traitement. Soyez raisonnable et révisez votre jugement. Je suis sûr que votre s½ur comprendra. En attendant je m’engagerai à vous laisser en vie ici et à vous nourrir comme il se doit… »
A Blue Graad, la fusion brûlante entame les maisons et les appartements du château. A l’intérieur, la Princesse Natassia est entourée par son peuple. Peu à peu, ils sentent l’incandescence magmatique faire trembler le sol et rendre l’air irrespirable. Les yeux fermés, laissant leurs fronts perler de sueur, ils prient tous Athéna tandis que Rung et Ullr déploient leurs cosmos de glace pour ralentir la progression de la chaleur.
Dehors, Alexer et Utgarda accroissent leurs cosmos devant un Idaios frénétiquement hilare. Les blessures infligées par le Blue Warrior ont décuplé sa folie mais aussi sa puissance. Avant de tenter le tout pour le tout, Alexer doute quelques instants. _ « Utgarda, Odin, ton dieu, t’est-il déjà apparu ? _ Chaque fois que je le prie. Chaque fois que j’ai peur. Comme en cet instant. Je sens un étrange réconfort au fond de moi. Le même que me procure la Princesse Hilda de Polaris lorsque je suis auprès d’elle. J’en suis donc convaincu, il m’apparaît. _ Quelle bénédiction. Je n’ai jamais ressenti Athéna. En même temps, je ne l’ai jamais prié. Tout petit déjà, je haïssais cette destinée odieuse conférée à cette contrée. Je me suis détourné d’elle et j’ai même comploté contre elle. Natassia, ma s½ur, m’assure qu’en la priant j’obtiendrai son pardon. Mais j’ai trop honte, même si je suis aujourd’hui la voie qu’elle a choisi pour notre peuple, j’ai peur de me présenter à elle après les crimes que j’ai commis. _ Athéna ne juge pas. Et si tu refuses de l’implorer pour toi, joins-toi aux prières de ton peuple qui en cet instant l’invoque pour toi, ta protection et ta victoire. » Les yeux injectés d’exécration, Idaios interrompt ce bref échange en écartant grand les bras pour réunir sa cosmo énergie : « Blue Graad est entourée de lave ! Je vais désormais l’en noyer ! Vulcanus… » Sans se concerter davantage avec Alexer, Utgarda s’élance sur l’Ange pour l’empêcher de libérer son arcane. Dans sa course, il libère de courtes lames arrondies encore attachés à son ceinturon. Encore une fois, l’aura olympienne d’Idaios suffit à faire fondre les lames. Mais cela à l’effet escompté par Utgarda, l’ennemi focalise son attention sur lui. Arrivé nez à nez avec son adversaire, l’humain balance sa jambe en direction de son visage. Avec animosité, Idaios la bloque d’une main et frappe avec l’autre contre son genou, le lui brisant avec sa genouillère et pliant sa jambe dans le sens inverse permis par l’anatomie. Le hurlement de douleur de son allié permet à Alexer de se surpasser davantage. L’essence cosmique qui l’entoure, oscillant entre un blanc immaculé et l’or, commence à geler la lave alentour : « Encore ! Il me faut encore me surpasser ! Je suis loin d’atteindre les limites de l’homme ! Allez ! Encore ! » Plus loin, ne désespérant pas, Utgarda, sur une jambe, décoche une puissante gauche parée par l’Ange. Ce dernier réitère le même mouvement en lui brisant le coude et son bouclier. Bloqué par l’ennemi, tiraillé par la douleur, Utgarda essaie de garder un sourire provocateur : « Tant qu’il me reste un bras, ça sera suffisant. En attendant qu’Alexer soit prêt, je peux toujours sacrifier ma dernière jambe ! » Sans même craindre un nouvel acte de barbarie, Utgarda se résigne à frapper sur le flanc l’Ange mais cette fois-ci, le poing de l’ennemi lui brise totalement le tibia. Face à ce spectacle désolant, Alexer n’en peut plus. Il s’élance de tout son être, libérant non pas un orbe mais une véritable comète de glace : « Blue Impulse ! » Sentant une brise glaciale approcher en même temps que la boule d’énergie ennemie, Idaios balance comme un vulgaire morceau de viande Utgarda sur le côté et libère à son tour son effroyable puissance : « Vulcanus Gash ! » Une autre déferlante, mais de magma cette fois, vient rencontrer celle d’Alexer. Les deux concentrations, continuellement alimentées en cosmos par leurs expéditeurs, s’entremêlent. Elles se frictionnent. Elles se déchirent. Elles luttent pour prendre le dessus sur l’autre. Pris d’une détermination sans faille, Alexer parvient à maintenir à distance la force d’Idaios. Dans leurs dos, tout autour, au palais comme dans les plaines, la lave devient pierreuse. Le mouvement de feu est ralenti. Interdit par cet état de fait, Idaios écarquille grands les yeux et abandonne dans ses bras tout ce qui lui reste : « C’est tout ce que tu peux faire ?! Voilà maintenant le fossé qui sépare la Terre de l’Olympe ! » Aussitôt, la balance tourne en la faveur d’Idaios. Alexer est peu à peu repoussé. L’échange des deux forces s’amenuise pour ne laisser progressivement que l’énergie de l’Ange. Acculé, n’étant plus qu’à un mètre de la dévastation, Alexer puise dans ses réserves, sacrifiant peu à peu sa vie. Aux alentours de Blue Graad, la lave ne repart pas, mieux, la pierre blanchit sous l’effort d’Alexer. _ « Je sacrifierai ma vie sans hésiter mais Blue Graad restera intacte, décrète-t-il ! » Prêt à se donner lui-même en pâture à la boule de cosmos pour encaisser à lui seul la destruction de l’Entaille de Vulcain, il reconnaît sur le flanc d’Idaios le corps démantibulé d’Utgarda. Dans une extrême souffrance, le messager d’Hilda tend le seul bras qui lui reste de valide en souriant : « C’est parfait. Exactement ce que je voulais. Je vais maintenant pouvoir libérer le fruit de toutes ces années passées aux côtés de Sigmund et des autres. Ils me disaient toujours que cet arcane était capable de renverser la tendance. C’est l’occasion où jamais de vérifier qu’ils ne me flattaient pas par gentillesse ! Hallucination Loup ! " De son seul bras tendu, il projette une meute de loups de cosmos sur son adversaire. L’Ange, focalisé sur la fin imminente d’Alexer, continue de libérer sa cosmo énergie sans remarquer le heurt imminent. C’est seulement lorsque sa Glory commence à se craqueler à l’approche de la meute illusoire qu’il relâche sa concentration. Il libère son bras gauche pour tenter de retenir les loups qui foncent sur lui tels des faisceaux de lumière qui s’entrecroisent. A sa gauche Utgarda, en face Alexer, Idaios est partagé et maintient en suspens les deux arcanes ennemis. C’est alors que sur sa droite jaillissent les deux Blue Warriors qui ont laissés les Sibériens aux bons soins de la Princesse Natassia. Idaios ne remarque leur présence qu’après être frappé par surprise par les boomerangs tranchants de Rung sous chacune de ses aisselles. Par conséquent, les bras engourdis par le coup, l’émanation d’énergie qu’il confronte contre Alexer diminue. Immédiatement, galvanisé par l’ultime tentative de son camarade, Alexer tend de plus belle les bras en avant : « C’est maintenant ou jamais ! Athéna je vous en prie ! Pour mon peuple ! Pour Blue Graad et pour la Terre, prêtez-moi la force de le vaincre ! » Contre toute attente, l’image d’une jeune femme aux cheveux mauves et aux yeux resplendissants de bonté traverse son esprit. A des milliers de kilomètres, depuis le Japon, le cosmos d’Athéna vient réconforter l’homme qui l’appelle. Dès lors, l’effluve énergétique d’Alexer resplendit autant que l’or. Ses jambes tiennent fixement dans le sol, tandis que ses bras ne tremblent plus. Parfaitement tendus en direction d’Idaios, ils rééquilibrent la balance. Pris entre les trois, Idaios subit le contrecoup de son acharnement. Trop occupé à essayer de reprendre l’ascendant sur Alexer, il est incapable de se protéger de l’onde cosmique projetée par Ullr dans son épée aux flammes bleutées. Cogné sur le flanc, il ne maintient plus l’équilibre entre les forces ennemies et la sienne. La balance penche en la faveur des Nordiques. Ses membres sont pris de spasmes. Remontant le long de ses bras et de ses jambes, sa Glory commence à se désagréger. Petit à petit, c’est son corps qui se désintègre. Les yeux fermés, au bord des larmes, touché par la grâce d’Athéna, Alexer murmure : « Tu auras été l’adversaire le plus coriace que j’ai eu à affronter. J’ose à peine imaginer le nombre de tes semblables en Olympe. Alors, par respect envers Athéna qui a su me laver de mes péchés, je jure de survivre à mes blessures et de renouveler cette victoire contre les tiens aux côtés de ma Déesse de la Sagesse. Adieu. » Enfin, joignant les actes à la parole, il achève de libérer toute l’énergie conféré par la bénédiction de Saori. La vague de glace grossit jusqu’à devenir le double de ce qu’elle était, permettant à Utgarda d’achever ses efforts et à Rung et Ullr de ranger leurs armes. Elle annihile dans une explosion assourdissante la menace céleste. L’onde de choc provoquée cloue les quatre héros au sol. Le souffle chasse définitivement les nuages et le vent aux alentours de Blue Graad.
A l’intérieur du palais, le silence est lourd. La température devient douce. Ni la chaleur ni le froid ne menacent la cité. La cinquantaine d’habitant s’échange des regards dubitatifs. Oscillant entre incompréhension et espoir. La Princesse Natassia est la première à se lever. Instinctivement, le sourire aux lèvres, les larmes coulant sur ses douces joues, elle affirme : « C’est fini. Nous avons gagné. »
En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, Saül est à l’intérieur de son atelier. Le quarantenaire au visage buriné est positionné sur son bureau. Devant lui, un verre vide, sec, et une jarre d’anisette pleine occupent ses pensées. Sous son nez, les plans d’une armure inconnue, lui rappellent la nuit du triomphe d’Athéna il y a trois mois…
Flashback Le domaine sacré était en ébullition ce 21 décembre 1986. On fêtait depuis le matin la victoire d’Athéna. Pleutre, pas concerné par les différentes batailles menées, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur, se noyait dans son vomi après avoir vidé des litres de son alcool favori toute la journée. Au milieu de la bile et des morceaux d’aciers usagées qui jonchent son parterre terreux, l’Israélien se sent perdre toute vie : « Je vais partir, misérable comme je l’ai toujours été. C’est mieux ainsi. De toute manière, en quoi serais-je utile à Athéna ? » Soudain, il sentit de petites mains lui soutenir sa tête aux cheveux mi-longs châtains. La voix fluette d’un enfant espérait lui venir en aide : « Tenez bon chevalier ! Tenez bon ! » Derrière Kiki, la voix plus âgée et plus féminine de Filia soufflait d’exaspération : « C’est un lâche. Un bon à rien. Ces dernières années il s’est juste contenté de forger les armes qui ont servies aux hommes de Gigas. On devrait faire la fête au lieu de perdre notre temps avec cet incapable. » Ce rappel à la réalité fut pour Saül aussi dure que le quotidien qu’il traversait jusqu’alors.
Le lendemain matin, alors que la lueur de l’aube frappait les lucarnes de son grand entrepôt qui lui sert de domicile, ses mains cornues vinrent gratter sa mâchoire couverte d’épaisses pattes drues. Sa bouche pâteuse lui faisait remuer son menton en galoche et seule la vue de cette splendide jeune femme à la poitrine généreuse pressée dans son court maillot l’aida à revenir à lui. Se relevant difficilement, il identifia celle qui ne fit que le railler durant toute la nuit. La belle demoiselle était endormie contre un établi pendant que le garnement sautillait plus haut sur l’estrade, où sont entreposées quelques Pandora Box recouvertes par des bâches trouées. L’enfant, roux et marqué au front par les deux points distinctifs des Muviens, remarqua le réveil pénible du Saint : « Il faut être un rude forgeron pour se voir confier même des armures sacrées. » La voix enrouée, l’artisan grommela : « Je ne fais rien d’autre que de les garder ici. Je ne les répare pas. Une Cloth se régénère… » Impoli, Kiki acheva sa phrase : « … toute seule dans sa Pandora Box ! Je sais ! » Le petit garçon se laissa glisser sur la rambarde de l’escalier par lequel il était monté plus tôt et enjamba les morceaux d’armures de soldats ébréchées, les armes cassés et les boucliers percés ou fendus éparpillés partout au sol. En trottinant, il alla sur le mur de gauche agrémenté de trois larges fours chacun accompagné à ses côtés de larges bassins montés en pierres et à l’eau usagée : « Ah ! C’est super.
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« on: 23 October 2023 à 13h53 »
Autant je respecte un tel travail, autant l'univers Saint Seiya en Mugen ce n'est pas ce que j'en attends le plus.
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« on: 25 February 2023 à 16h32 »
NEWS
Cette version du chapitre 28 est une version rééditée de la publication originale du 3 avril 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 6 February 2023 à 13h34 »
Chapitre 83
Ce 22 mars 1987, parait semblable à n’importe quel autre jour au royaume d’Asgard. Le vent glacial propage la neige. Elle tombe depuis des heures tout autour du Walhalla. Chacun vaque à ses occupations, à l’exception près que celui qui accompagne la Princesse de Polaris ce jour n’est pas Siegfried mais Alberich. Et c’est bien pour cela que Sigmund rejoint l’Autel du Destin où prie chaque jour Hilda.
Confuse après le trouble semé entre eux par Thétis, Hilda préfère s’éloigner ponctuellement de son bienfaiteur, pour permettre à de Megrez de redorer cette image qu’il a tant de mal à faire valoir. Par précaution, conscient que son aîné, chef des armées d’Asgard, est appelé à devenir God Warrior un jour, Siegfried s’en est trouvé rassuré de pouvoir compter sur son frère pour garder un ½il sur eux.
Pourtant, en ce jour d’apparence ordinaire, une vaste secousse vient avertir les guerriers les plus alertes. L’ensemble du domaine tremble l’espace d’une dizaine de seconde. Renversant l’argenterie que Lyfia nettoie dans le grand salon. Menaçant de plusieurs avalanches les promeneurs, comme par exemple Freya qui peut compter sur Hagen pour la secourir. Ou mettant en exergue les combattants les plus vaillants comme Balder le vagabond, ou Fenrir et sa meute. Faisant s’écrouler les logis les moins bien lotis, que Thor maintient afin d’éviter à une famille toute entière d’être prise sous les décombres. Assisté de Syd il donne l’alerte aux plus démunis et évacue Helena et ses jeunes frères et s½urs. Faisant choir sur son postérieur la cohorte qu’entraîne Héraclès, son supérieur, dans l’enceinte d’une caserne. Inquiétant le malhonnête Fafner, encore impliqué dans une bagarre de taverne. Brisant quelques vitres du palais dont les éclats auraient défiguré ses habitants, si Frodi n’avait pas été présent…
Tout proche de l’Autel du Destin, alors qu’il voit la garde personnelle d’Alberich attendre à proximité, Sigmund est ébranlé par le tremblement. Comptant sur des réflexes capables de lui assurer le statut de God Warrior le jour de la résurgence de ce corps d’armée, Sigmund réussit à se maintenir sur pieds en bondissant de bloc de glace en bloc de glace, avant que chacun d’eux ne se brise suite au mouvement des plaques terrestres. Dans sa course, il devance la garde d’Alberich. Ce dernier n’apparaît plus à la vue de ses hommes. _ « Que s’est-il passé, leur emboîte le pas Sigmund ? _ On ne sait pas, répond le premier. _ Il y a eu un grand choc et la mer s’est soudain agitée, complète mieux le second. _ Il faut secourir Hilda, s’enquiert Sigmund ! » L’Asgardien presse davantage le pas lorsqu’il découvre la Princesse de Polaris étendue inconsciente au pied de l’autel, sans même remarquer le fourbe Alberich dissimulé en retrait dans une enclave de la falaise. _ « Hilda, s’époumone le frère de Siegfried ! » Alors qu’il peut se sentir rassuré en voyant Hilda se remettre de ses émotions, il n’en a guère le temps qu’il ressent un cosmos d’une étrange noirceur émaner d’elle. _ « D’où vient ce cosmos maléfique ? » Pour seule réponse, l’anneau des Nibelungen balaie l’aspirant God Warrior et les hommes d’Alberich. Ils sont encastrés contre la falaise qui s’écroule ensuite sur eux.
D’abord impuissant face au raz-de-marée, puis ambitieux lorsqu’il comprend que la mer lui a rendu Hilda porteuse de l’anneau des Nibelungen, Alberich se montre enfin. Croisant le regard malsain de la Prêtresse d’Odin, il se dirige alors vers les trois intervenants. Sigmund reprend difficilement conscience comme l’un des deux soldats. L’autre est mort sur le coup. Alberich n’hésite alors pas à fracasser le crâne de son sujet rescapé en abattant avec rage son talon dessus. Sentant Hilda s’approcher dans son dos, il n’a pas le temps d’achever Sigmund et s’incline stratégiquement. _ « J’ai vu comme leur réaction a provoqué votre courroux. _ N’est-ce pas ton cas Alberich ? _ Je ne suis là que pour vous satisfaire Princesse Hilda, ricane-t-il avec perfidie. _ Très bien, dit-elle en faisant scintiller l’anneau et tout en levant les yeux vers la Grande Ourse… »
En Grèce, au Sanctuaire, le printemps offre au domaine sacré un temps doux et clément. Bien que cela fait deux mois et demi qu’Athéna ne soit pas revenue, les oiseaux chantent avec entrain et égaillent même les visages sceptiques de deux camarades.
Assis tous les deux à examiner pièce par pièce les morceaux éparpillés des cinq armures de bronze des héros de la traversée des douze maisons, Aldebaran est confronté au constat que lui confirme Mû : « Il semble que comme leurs corps, leurs armures n’ont pas survécu à la bataille. » De nature optimiste, le Brésilien assure : « Il existe pourtant un espoir de ramener leur armure à la vie, tout comme la Source d’Athéna a pu soigner leurs plaies. » Circonspect, Mû se redresse en balançant désabusé le bouclier fendu en deux du Dragon : « Malheureusement, bien qu’ayant reçus tous les soins possibles, Seiya et ses compagnons ne se sont toujours pas réveillés. » Le Saint d’or du Taureau marche les bras croisés. _ « Je ne m’inquiète pas pour eux. Ils ont surmonté de lourdes épreuves. Ils reviendront à eux en temps voulu. Ce qui m’étonne surtout, c’est que tu n’abordes pas le sujet toi-même. Il existe une solution pour ces armures. _ En effet. Mais tu sais aussi bien que moi, que notre sang n’est pas suffisant pour réparer ces cinq armures. Même l’armure du Phénix, capable de renaître de ses cendres, est inutilisable. Il faudra beaucoup, beaucoup de sang. _ Nous ne sommes pas non plus les seuls Saints d’or survivants. Nous ne sommes pas non plus les seuls à avoir reconnus Seiya et ses amis à leur juste valeur. _ Tu suggères qu’il faut réunir Aiolia et les autres ? » Un simple sourire permet au Saint du Taureau de répondre par l’affirmative.
Plus loin, à la Source d’Athéna, devant le temple, là où les feuillages dissimulent le grand jardin fleuri qui encercle ce dispensaire miraculeux, une jeune femme rousse aux collants rouge et aux guêtres blanche observe un bijou. Sous son masque de femme chevalier, Marin détaille les symboles de Pégase et de la Chouette qui s’entremêlent : « Seiya… Je viens de réajuster ton Jonc à ton poignet. Je garde celui de ta s½ur précieusement. Peut-être m’aidera-t-il à retrouver la Chouette. »
Elle sert fort dans son poignet couvert de sa Cloth l’artefact lorsque, inopinément, une image holographique apparaît devant elle. L’apparence d’un homme jeune, robuste, brun, torse nu, aux pieds chaussés de ballerines, ne la laisse pas coi : « Pourquoi vous présenter à moi dans votre véritable apparence, Saint d’or de la Balance ? » Affûté, le Chinois projette depuis les Cinq Pics l’image de sa réelle apparence. _ « Simplement parce qu’après que tu te sois réellement présentée auprès d’Athéna, j’ai compris que mon subterfuge n’était pas nécessaire auprès de toi. _ En effet, j’ai toujours pu voir que votre apparence était volontairement vieillie. Le don que vous a fait Athéna est incroyablement puissant. _ Bien sûr. Néanmoins, je doute qu’il soit suffisant pour accompagner Seiya, Shiryu et les autres dans cette Guerre Sainte que tu prédis contre l’Olympe. Je mourrai sûrement avant. » L’Aigle tend le Jonc de la Chouette en direction de l’hologramme. _ « J’imagine donc que vous venez pour ça ? _ Bien sûr. Il est difficile de pouvoir te parler seul à seul alors que tu passes ton temps à parfaire l’entraînement des aspirantes Saintias. Je pense savoir qui est la Chouette d’Athéna. Depuis la nuit des temps, elle est liée à Pégase. Lors de la précédente réincarnation d’Athéna, elle s’était réincarnée en la mère du chevalier Pégase. _ Seiya et sa s½ur sont orphelins. Je peine à croire que sa mère soit… A moins que vous ne pensiez à… _ Sa s½ur ! Ça peut être une piste. _ Si c’est bien le cas, vous ne me facilitez pas la tâche, Seika a disparu lorsque Seiya est parti en Grèce il y a plus de six ans maintenant. _ J’ai beaucoup réfléchi à ta discussion avec Athéna et Mû. Et j’ai également suivi ton affrontement contre Hestia. Quelque chose m’est alors venu à l’esprit. Ce cosmos olympien dégagé par l’Ange. Je l’ai ressenti à plusieurs reprises. Y compris il y a six ans. Ce n’était pas le même, mais il était relativement proche. _ Si la Chouette est bien Seika, un Ange l’aurait abattu c’est bien ça ? _ Pas forcément. Mais j’ai souvenir d’avoir ressenti cette cosmo énergie semblable à celle de l’Ange que vous avez affronté avec Apodis, dépassant celle des Saints d’or, à proximité du Sanctuaire. Sur les frontières Sud. Qu’elle soit vivante ou morte, peut-être retrouveras-tu des traces de la Chouette, ou de Seika, ou conjointement des deux, là-bas ? _ Même si c’est très maigre, ça reste une piste. Il est vrai que Seika a quitté le Japon pour partir à la recherche de son frère. A force de détermination, elle a très bien pu arriver jusqu’aux portes du domaine sacré. J’essaierai de poursuivre mes recherches tout en veillant sur Seiya. Cependant, Athéna m’a confié la formation des Saintias et j’aimerai vraiment me rendre auprès de Nicol et Mei également pour les aider dans leur quête. _ Je suis à distance l’avancée de leurs recherches. Hélas, je piétine autant qu’eux. Athéna t’a demandé de substituer le rôle de la Chouette en veillant sur Seiya jusqu’à nouvel ordre tout en formant les Saintias. Je m’occupe de te faire dispenser l’apprentissage des Saintias. En deux mois et demi de temps, avec les bases qu’elles avaient, je pense qu’elles en ont assez pour prendre leur envol. Tu peux te focaliser sur Seiya et sa s½ur. Et pour ton Pendentif de Zeus, tu auras le temps de le chercher une fois de nouveaux indices recueillis. »
A Asgard, au temple Walhalla, après que l’immense vague de Poséidon a emporté Hilda pour l’ensorceler à l’aide de l’anneau des Nibelungen sous le regard d’Alberich, la Prêtresse d’Odin a réuni ses hommes sur la terrasse de son palais. Tous les nouveaux Guerriers Divins sont agenouillés et en tenue de guerre. Ils apprennent la prétendue volonté d’Odin, dictée par une Hilda sous l’emprise de Poséidon.
Esseulé depuis des mois, Bud a vu l’espace d’un instant l’espoir d’une vie meilleure lorsque l’armure double de Zeta se présenta à lui. Hélas, une fois arrivé auprès d’Hilda, ses rêves de retrouver légitimement Bedra de Edel et de faire valoir son rang de God Warrior, furent anéantis en réalisant qu’une fois de plus il n’était que l’ombre de ce frère qu’il hait. Face à la statue d’Odin, dissimulé derrière une colonne de marbres, Bud d’Alcor découvre le projet de conquête du Sanctuaire. Alors, lorsque la Princesse de Polaris achève son discours et demande à ses Guerriers Divins de rassembler les soldats du domaine, il profite de la savoir seule pour la rejoindre à ses appartements.
La suivant furtivement dans ses jardins privés, il ne prend pas la peine d’admirer les sculptures recouvertes de givres et de stalagmites lorsqu’elle lui confirme son rôle. _ « Moi ? L’ombre de Syd ? Je ne suis donc pas un Guerrier Divin ? » Elle le lui certifie en renvoyant dans le ciel un oiseau venu chercher l’accueil de ses mains. _ « Le Guerrier Divin de l’étoile de Zeta est et restera Syd de Mizar. Tu es son ombre, personne ne doit te voir. _ Majesté Hilda, je ne pense pas être inférieur à Syd en puissance. Je le surpasse même ! Alors pourquoi ? » En se retournant pour exposer un sourire sadique que personne ne lui connaissait avant aujourd’hui, elle conclut : « Odin, notre dieu, en a décidé ainsi. Veux-tu désobéir à Odin ? Si tu n’es pas satisfait de ton sort, tu peux partir. Cependant, si Syd devait faillir un jour, toi seul pourrais lui succéder en tant que Guerrier Divin de l’étoile de Zeta. » Résigné, Bud prend congés en s’assurant de n’être vu par personne. Avant qu’il ne soit parti trop loin, Hilda lui prouve une fois de plus son tempérament implacable : « En étant l’ombre de ton frère, tu constateras que je ne tolère pas la trahison à Odin. J’ai fait emprisonner Sigmund de Grani pour diffamation. Syd le conduit à l’heure qu’il est en cellule en compagnie de Thor. » Bud ravale sa morgue et fait profil bas.
Pourtant, Hilda ne parvient pas à aspirer au plaisir de la solitude qu’elle s’est découverte depuis la possession de l’anneau. Elle devine au pas pressé d’un des fidèles guerriers d’Asgard qu’il s’agit d’un noble qu’elle connaît bien : « Surt ! Ne devrais-tu pas être avec ceux rassemblés en bas, sous les ordres des God Warriors ? » Le jeune homme aux cheveux couleur feu ne tient pas en place. Malgré qu’il se soit incliné, il trépigne d’impatience : « Princesse Hilda ! Cette Guerre Sainte que vous déclarez au Sanctuaire me parait la plus légitime au monde ! Vous connaissez mon dévouement envers le Royaume d’Asgard et la rage qui m’anime envers les Saints d’Athéna ! Seulement, je me permets de vous poser la question, pourquoi n’avoir réveillé que les God Warriors de la Grande Ours ? » L’ami d’enfance de Camus, animé par sa soif de vengeance après que le Français a tué sa s½ur par accident, soulève un point qu’Hilda s’empresse de préciser. _ « Ton dévouement te rend perspicace mon cher Surt. Odin dispose de deux corps de God Warriors. Celui rassemblé sous l’égide des étoiles la Grande Ours. Et celui sous l’égide des créatures de la mythologie nordique. En bon stratège, il serait imprudent de dévoiler à l’ennemi l’ensemble de mon jeu. La Guerre Sainte sera déclarée par les représentants de la Grande Ours. Ceux-ci défendront le Walhalla, quand Athéna voudra que je lui rende des comptes. Et s’ils ne suffisent pas à assurer ensuite ma conquête, alors je marcherai sur le Sanctuaire avec les représentants de notre mythologie nordique. » Elle glisse sa main sur la tresse que porte Surt en hommage à sa s½ur et le rassure : « Surt d'Eikthyrnir, tel le cerf se tenant sur le Walhalla, tu marcheras avec moi sur le monde lorsque l’heure sera venue et que Odin fasse appel à toi. A présent descends avec les tiens. Et rassure ceux qui aspiraient à devenir comme toi les semblables de Siegfried et des autres. »
Dehors, camouflé dans des dunes de neige à l’intérieur de sa Robe blanche, Bud se tourmente : « Désobéir à Odin ?! Jamais de la vie. Au contraire, je compte bien lui prouver mon dévouement. » Comme si son dieu l’entend, il surprend une troupe de cinq soldats vêtus de fourrures sous leurs armures et portants l’emblème d’Asgard. _ « Que faites-vous ici à traîner, les agresse-t-il ? » Le meneur de l’escouade déclare : « Nous répondons à l’ordre de rassemblement des Guerriers Divins. Nous regagnons le Walhalla. Et toi ? Qui es-tu ? Ta God Rob ressemble étrangement à celle du Guerrier Divin de Zeta ! » Usant d’ingéniosité mais aussi de caractère, Bud ordonne : « C’est parce que je suis… Le second du God Warrior de Zeta, Syd de Mizar. Il m’a ordonné d’aller transmettre un message au Sanctuaire et m’a confié une équipe. Sachez que notre mission sera reconnue par Hilda en personne. Alors ?! » Sans même demander aux siens, le leader confirme pour eux : « Bien sûr que nous en sommes ! » Immédiatement, l’unité suit du mieux qu’elle peut le combattant des glaces qui s’assure déjà du succès de son opération : « D’après ce que j’ai pu comprendre du messager du Sanctuaire envoyé il y a quelques mois par Athéna quand j’épiais Hilda, ceux qui l’ont protégé des Saints d’or sont dans un état critique. Si je débarrasse déjà Hilda de ces gêneurs, je ne pourrai qu’être reconnu par Odin. C’est certain… »
En Grèce, au Sanctuaire, à la Source d’Athéna, la nuit est tombée. Un étrange vent glacial s’est levé. L’occasion pour les deux soldats de garde devant le temple où reposent Seiya et ses amis de discuter de cet étonnant froid. Baillant à l’unisson, ils sont troublés par un inattendu bruissement. Sans même avoir le temps de s’interroger, ils tombent sans vie. Leurs yeux, d’abord embués par le sommeil, perdent tout éclat pendant que leurs corps meurtris et couverts de givre, s’écrasent dans l’herbe devenue aussi fragile que du verre en raison d’une chute brutale de température.
Furtives, cinq ombres surgissent devant les cadavres. En contrôlant sa respiration, l’une d’elles murmure : « Une chance que les effectifs de l’armée d’Athéna se sont amoindris au fil des derniers mois. Sans quoi, nous n’aurions pas réussi à venir ici sans encombre. » Les quatre autres, retenant leur cosmo énergie pour mieux localiser leurs proies, s’introduisent dans le palais. A pas de loup, ils avancent sur le sol marbré dont le reflet glaçant dessine la forme d’hommes aux bottines en fourrure, couverts de plastrons métalliques par-dessus leurs laines épaisses, protégés au bras gauche par un bouclier pointu et ornés d’un casque à cornes. Le blizzard qui les accompagne, gèle en un instant l’eau de l’immense fontaine sculptée dans le même marbre blanc que les colonnes qui tiennent la voûte peinte en marine. Les statues gravées dans la pierre se brisent d’elles-mêmes sous l’effet du froid. Comme s’ils chassaient sur leur terre natale, éternellement couverte de neige, les assassins se positionnent à chaque coin de la pièce comme pour mieux cerner les lits de pierre drapés de linges blancs où sont étendus les Saints de bronze. Néanmoins, le visage d’un des étrangers se fige : « Quoi ?! Comment ?! Un des cinq lits est vide ! » Un rire moqueur réplique à cette surprise. Très vite, sortant de l’obscurité imposée par une statue, la figure spectrale d’un homme accompagne le sarcasme. Malgré son visage creusé, les cheveux bleus d’Ikki permettent à quiconque ayant déjà croisé le chevalier dans sa vie de le reconnaître. Uniquement en sous-vêtements, il expose ses muscles saillants bien qu’encore endoloris. Pour éloigner le danger, le Phénix leur tourne le dos et s’engage vers la sortie en traînant difficilement la jambe. _ « En temps normal, je les aurai éliminé avec précision d’un seul coup. Cependant, c’est un miracle si j’ai déjà pu me lever de ma couche. L’instinct certainement, réfléchit Ikki pendant sa retraite… »
A peine sorti, ses sens sont mis en alerte puisque, sans se retourner, il pressent qu’un des hommes est entrain de dégainer une hache. Il esquive le misérable sans tenir compte de son corps à peine rétabli. Avec une agilité qui le surprend presque, il ramasse au passage le bras de son assaillant et le renvoie auprès des quatre autres tout juste arrivés. Sans plus tarder, peu rassuré, Ikki concentre légèrement son cosmos pour libérer, d’une voix diminuée, un faible, mais suffisant, arcane : « Ho Yoku Tensho. » L’incandescence des Ailes du Phénix, offre une chaleur inédite à ces guerriers du froid. Leurs yeux terrifiés témoignent de la douleur éprouvée par cette attaque qui leur ôte immédiatement la vie. Toutefois, Ikki n’exprime aucune satisfaction. Au contraire, son corps se pétrifie pour une raison étrangère aux stigmates laissés par la bataille remportée trois mois plus tôt. Un cosmos glacé, puissant et dégageant un immense instinct meurtrier, surpassant les faibles assassins tout juste abattus, l’oppresse. Son porteur, une ombre blanche sortie de derrière un arbre, lance un coup à une vitesse à peine perceptible pour un Phénix convalescent. _ « Il se déplace à la vitesse de la lumière comme seul un Saint d’or sait le faire, songe-t-il ! » L’attaque d’une lumière aveuglante fonce sur lui en déchirant la nuit. Dans un tel état et sans armure, Ikki ne peut l’éviter. Résigné, il ferme les yeux et se contente d’envoyer une dernière penser à son petit frère : « Shun… » Lorsque le moment d’être fouetter par le froid meurtrier vient, une étrange enveloppe d’une énergie intense anéantie le choc. Une voix familière au Saint de bronze brise le suspens : « Kan ! » _ « Shaka, reconnaît Ikki ! » A peine le Japonais trouve le temps de se retourner pour reconnaître son sauveur, que l’ombre blanche de Bud d’Alcor disparaît dans la nuit…
Pendant ce temps, à Asgard, dans les couloirs du palais, Freya observe impuissante chaque God Warrior se réunir dans la salle du trône. Fermés, concentrés, tous sont déjà rivés d’un air solennel vers leur mission.
Tourmentée par le comportement de sa s½ur depuis ce matin, elle ne résiste pas au besoin de se précipiter auprès de Siegfried. Ne sachant par où commencer, elle souhaite sensibiliser le plus puissant des Asgardiens en allant droit au but. _ « Siegfried ! Ma s½ur a changé du tout au tout, elle est comme possédée par le démon. Tu t’en es sûrement rendu comptes ? Si on ne fait rien, elle subira le châtiment céleste ! Use de ta puissance pour libérer ma s½ur ! » Tout juste nommé général de l’armée de sa bien-aimée à la place son frère jugé pour haute trahison, encore peiné par cette nuit d’amour chacun passé dans les bras de Thétis, Siegfried refuse de nuire aux projets d’Hilda, ni même de croire que sa volonté d’agir dans l’intérêt de son peuple soit dictée par le diable. Sigmund a profité que son frère baisse sa garde un instant pour tenter un coup d’état que Freya semble suivre. Hors de question pour lui de ne pas saisir l’occasion de revenir dans les bonnes grâces d’Hilda. _ « Dame Freya, je ne peux que protéger Dame Hilda en toutes circonstances. Si Sa Majesté Hilda doit recevoir un châtiment céleste, moi, Siegfried, resterait à ses côtés jusqu’en enfer. _ Siegfried… _ Pourquoi ces doutes maintenant ? Je ne peux plus reculer, j’ai prêté serment. J’ai juré de protéger sa Majesté Hilda, quoi qu’il arrive. » Sans en dire davantage, il prend congés et rejoint ses six frères d’armes déjà positionnés entre le trône de la Prêtresse d’Odin et le grand foyer aux flammes bleutés qui donnent à la pièce aux teintes déjà froides davantage de cynisme.
A la suite du Guerrier Divin d’Alpha, Freya s’immisce dans la pièce, sans que cela ne dérange la Princesse de Polaris, impériale dans son fauteuil entouré de deux griffons en pierre. _ « Je vous ai tous réunis ici pour mener à bien une mission. Notre mission. Celle d’offrir au peuple d’Asgard une vie plus clémente. Là où le soleil brille sans cesse et où la faim ne nous tue pas. Des générations d’Asgardiens ont été suffisamment nombreuses à être sacrifiées. Au nom d’Odin, je demande réparation. Athéna a repris son Sanctuaire. Pourtant, que la Terre soit gouvernée par la Déesse de la Sagesse ou par un imposteur, rien ne change pour nos âmes meurtries. Il n’est que justice qu’Asgard confie cette lourde tâche qui nous a toujours incombés à d’autres. Pour cette raison, je choisis Syd de Mizar Guerrier Divin de Zeta pour se rendre au Sanctuaire et délivrer un message… » Couvert de sa noble God Rob, le tigre viking avance d’un pas pour acquiescer, lorsque la cadette d’Hilda intervient de sa frêle voix : « Attends grande s½ur ! Veux-tu vraiment qu’Asgard conquière le Sanctuaire afin de dominer la planète ? » Sereine, Hilda répond sans sourciller : « Les Guerriers Divins sont de mon côté. Je ne peux pas perdre contre Athéna. » Le regard de son aînée, d’ordinaire si tendre, est chargé d’une noirceur troublante. Si les Guerriers Divins et le peuple, à l’égard de leurs vies pénibles ici, peuvent juger légitime la décision d’Hilda, Freya n’en oublie pas moins les sages paroles d’antan de sa s½ur. Celle-ci l’a toujours destiné à la remplacer si jamais il venait à lui arriver malheur. Pour cette raison, elle connaît toute l’importance de leur rôle ici : « Qu’est-il arrivé ? Qu’est-ce qui t’a changé ainsi ? Réveille-toi, grande s½ur ! » Ne tolérant plus aucune insubordination, Hilda se lève : « Tais-toi ! Thor, emmène Freya. Mets-là donc au cachot ! » Stupéfait, le géant ne sait comment réagir. _ « Mais… _ Obéis-moi immédiatement, Thor ! » Alors que l’immense silhouette du God Warrior de Gamma lui fait de l’ombre, les yeux teintés de tristesse, Freya tente une dernière fois d’interpeller son aînée : « Grande s½ur… » Toutefois, la mine embarrassée, Thor passe devant elle pour l’inviter à quitter la pièce.
En Grèce, au Sanctuaire, à la Source d’Athéna, Ikki regarde Shaka examiner les cadavres des cinq guerriers des glaces devant le temple où il a sommeillé pendant trois mois. Les doigts du Saint d’or caressent les gravures faîtes sur leurs boucliers : « Deux corbeaux autour d’un écu frappé par les sept étoiles polaires… L’emblème d’Odin et du royaume d’Asgard. Mais pourquoi Asgard alors que la Prêtresse de Polaris a assuré allégeance à Athéna lors de son retour au pouvoir ? » Le Saint du Phénix, lui, fixe froidement ses adversaires : « Peu importe. S’il y a bien un moment où le Sanctuaire est fragile, c’est maintenant. Nous nous remettons à peine de la discorde causée par Saga. La réorganisation du domaine est donc friable et surtout, je le perçois, Athéna est loin d’ici. »
Un ton chevaleresque, bien qu’emprunté, répond à Ikki. Réveillé, soutenu par ses trois autres camarades qui ont émergés grâce aux vibrations du récent affrontement, Seiya sort du temple dans la même tenue que les autres souffrants : « Et nous ne pouvons pas laisser Saori seule… Alors qu’un nouveau danger la menace ! » Immédiatement, Shun court jusqu’à son frère pour l’aider à tenir debout. Enfin sur pieds, réunis, les chevaliers de bronze s’échangent fièrement un sourire rempli de conviction. Essayant de nuire le moins possible à ses solennelles retrouvailles, Shaka déclare : « Puisqu’il en est ainsi, allez donc revêtir vos tenues qui vous attendent à vos chevets et rejoignez-nous donc au lever du soleil, nous autres Saints d’or, chez Mû. »
Alors que Shaka les devance, Ikki remarque sur l’armure d’or de la Vierge quelques marques de givre, que l’adepte de Bouddha espérait jusqu’ici dissimuler. Serrant les poings, Ikki grimace : « Cette ombre blanche… Ça devait certainement être un de ces légendaires Guerrier Divin d’Asgard. Alors que même mes attaques les plus puissantes n’avaient pas été capables d’affliger à une armure d’or une simple éraflure, ce défenseur d’Odin y est parvenu. Même si on dit de la Prêtresse de Polaris qu’elle est une femme bienveillante, aimée et respectée de tous, il paraît inévitable que je retrouverai ce Guerrier Divin dans peu de temps… » Ikki devine déjà son prochain affrontement avec Bud d’Alcor…
Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, à l’extérieur du temple du soleil, dans les jardins du dieu Apollon, l’imposant maître des lieux laisse l’eau d’une fontaine tenter d’approcher sa main. Devant le monument sculpté à son effigie, le frère d’Artémis s’amuse à faire évaporer l’eau grâce à l’insoutenable incandescence de son divin cosmos. Derrière lui, dans leurs Glories, ses fidèles Anges, Helénê et Kassandra observent agenouillées les gesticulations du pitoyable Roloi qui mime à son maître la prise de possession d’Hilda par Poséidon. Ses pitreries amusent les quelques servantes du fils de Zeus, étendues dans le muguet qui couvre tout le parc du palais solaire. Plus loin, reculés, sous l’ombre d’immenses lauriers majestueux, Héra, Hestia et Héphaïstos, les trois autres comploteurs, attendent la fin du récit de Roloi, pour qu’Apollon leur adresse enfin la parole.
Hautain, Apollon susurre ces phrases courtes qui caractérisent son allocution condescendante : « Ainsi tout se déroule selon notre plan. » Le pas saccadé, boiteux, le torse nu, le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans s’expose à la vue de tous. Sa voix grondante retentit à travers sa barbe broussailleuse : « Rien n’est encore fait. Il y a beaucoup d’acteurs sur Terre. Qui te dit que personne ne viendra chambouler l’ordre des évènements que nous avons fixé. » Apollon dédramatise : « Poséidon va affaiblir Athéna en utilisant Asgard. Si Asgard ne suffit pas, si Poséidon ne suffit pas, Tezcatlipoca, Loki, Hadès, Eris et Arès feront l’affaire. Athéna mourra ou sera poussée à la faute. » Toute couverte de sa toge immaculée, la Déesse du Feu Sacré et du Foyer, Hestia, s’en extasie : « Dans les deux cas, Zeus ne pourra rester insensible au sort de l’humanité. » Immédiatement, les yeux plissés, impériale dans sa robe pourpre, la Déesse du Mariage, Héra, ramène sa semblable à la réalité : « Si Arès nous fait faux bond ? Si les Alcides de cette garce d’Hébé, ou encore Alexer de Blue Graad, se joignaient à Athéna pour combattre Poséidon et Hadès, ses ennemis légendaires, nos plans pourraient tomber à l’eau ! »
Tournant le dos à ses pairs, chassant d’un simple regard ses domestiques, le Dieu du Soleil attend d’être en toute intimité pour réagir de son ton sournois : « C’est pour cela que je vous ai conviés aujourd’hui. Helénê, la plus puissante de tous les Anges de l’Olympe, a été éloignée de moi trop longtemps. Réincarnée sur Terre sous le nom de Ksénia, elle a mené d’une main de maître notre conspiration. Ensuite, j’ai également mandaté Kassandra pour la lier à Arès. Elle pourra veiller à la bonne exécution des engagements de ce ridicule personnage. Roloi, lui, bien que n’étant un simple Olympien, se charge d’innover sans cesse dans le but que nous dupions du mieux possible Zeus. A votre tour, j’aimerai que vous engagiez enfin quelques forces dans la bataille. » Le menton carré et la large carrure d’Héphaïstos aurait de quoi effrayer quiconque en Olympe, surtout lorsqu’il s’insurge comme il le fait présentement : « Comment ?! Après notre confiance, tu oses nous demander un tribut encore plus lourd ! » Sans même écarquiller les yeux, Apollon ne laisse s’approcher davantage son acolyte. D’une simple émanation de cosmo énergie, il tétanise l’un des plus puissants gardiens du monde céleste. Immobilisé, contraint à courber l’échine, Héphaïstos abandonne très vite toute hostilité dans son regard, forcé de constater la toute-puissance de celui qui a, depuis la fondation de cet univers, toujours été envisagé à la succession de Zeus si d’aventure celui-ci venait à disparaître. Le célèbre adage du calme olympien n’étant jamais mieux justifié qu’ici, le dieu du Soleil suggère : « Est-ce donc une tenue à avoir auprès de moi Héphaïstos ? Je vais répondre logiquement à cette question. Non. Ce n’est pas ainsi que tu dois te tenir. Ce ne sera plus jamais ainsi. N’est-ce pas ? » D’un battement de cils, la titanesque entité valide la supériorité d’Apollon. Ce dernier l’invite : « Tes propos étaient d’autant plus déplacés, sachant qu’Héra est déjà intervenue par le passé pour contrer la Chouette. Et qu’Hestia a éliminé en personne Hébé. » Reprenant son souffle, essuyant du revers de la main la première goutte de sueur froide de son existence qui lui parcoure le front, Héphaïstos demande : « Qu’attends-tu de m… Que puis-je faire ? » Apollon reconnaît : « Héra a été clairvoyante. Il faut se méfier de l’apport des Alcides et des Blue Warriors. Nous ne devons laisser aucun allié à Athéna pouvant nuire à nos plans. »
En Grèce, au Sanctuaire, à l’Ouest du domaine, zone autrefois témoin d’une très grande bataille contre Arès, le village de Paesco reste le seul endroit du Sanctuaire où le chevalier de Pégase se sente réellement chez lui. Autrefois locataire de ce lieu, comme Orphée et Apodis, Seiya y titube. Tout juste remis, accompagné de Shiryu, Hyoga et Shun, il s’installe dans le misérable logis qu’il partageait avec Marin. _ « C’est bien peu, mais je ne me voyais pas passer une nuit de plus dans ce temple où nous sommes restés trois mois, s’installe Seiya sur son ancien lit de pierre. _ Dommage que mon frère ne nous a pas suivi, déplore Shun. _ Tu le connais Shun. Pour rien au monde Ikki ne se mêlerait à un groupe, dit Hyoga en posant affectueusement sa main sur son épaule. _ Il a préféré attendre que d’autres gardes viennent chercher les corps de nos assaillants, ainsi que ceux de nos deux soldats morts, avant de monter la garde en cas d’un éventuel retour, complète Shiryu. » Seiya s’allonge, les bras derrières la tête : « Il ne changera donc jamais ! Mais au moins, toi, Shun, tu as de la chance. Tu as un frère que tu vois toujours et qui ne t’ignore pas. » Ses trois amis comprennent vite où Seiya veut en venir. _ « Tu attends toujours des nouvelles de Marin, demande Hyoga ? _ Tu espérais peut-être la retrouver chez vous. Voilà pourquoi tu nous as menés ici, déduit Shiryu. _ C’est vrai. Depuis qu’Astérion a dit qu’elle est ma s½ur, le doute m’habite. Je ne sais plus quoi penser. Et si elle m’est venue à l’aide durant la traversée des douze maisons, j’aurai au moins voulu lui dire merci et lui demander… » Tout à coup, on frappe à la porte. Manquant de chuter, Seiya se précipite pour l’ouvrir en grand, mais montre involontairement une profonde déception, en voyant que le masque de femme chevalier auquel il fait face n’est pas celui du Saint de l’Aigle : « Ah… June… » C’est Shun qui prend la suite. D’un pas moins pressé que Seiya, il demande de sa douce voix : « June ! Tu es rétablie ! Quand es-tu arrivée en Grèce ? »
Préférant ne pas déranger Seiya plus longtemps, Andromède s’éloigne en compagnie de l’Ethiopienne aux cheveux couleur blé…
Dans la demeure, Seiya, aidé de Shiryu et Hyoga, repart s’effondrer sur sa couche. En se prenant la tête entre les mains, il remarque seulement le Jonc d’Athéna qu’il croyait perdu alors qu’il n’était encore que l’élève de Marin. _ « M… Mais… C’est mon bracelet ! Je ne l’ai même pas remarqué tout à l’heure lorsque je me suis rhabillé. J’ai fixé mes brassards machinalement sans faire attention. _ Cet objet à l’air très important pour toi, un peu comme la croix que Hyoga a reçu de sa mère. _ Oui. C’est un bijou qui me vient de mes parents. Enfin je crois. D’aussi loin que peuvent remonter mes souvenirs, je l’ai toujours eu. Et ma s½ur Seika avait le même. J’ai cru l’avoir perdu lorsque je faisais mon apprentissage de Saint. C’est étrange… » Préférant se ressourcer un peu, Hyoga botte en touche en rigolant : « Encore un bien étrange mystère que le cosmos devra résoudre ! » Les trois compagnons rient aux éclats comme pour libérer leur joie d’être sains, saufs et réunis.
Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos, Juventas Alcide des Juments de Diomède reste dans la salle du trône. A l’intérieur du temple d’Hébé, vide et terriblement silencieux, la régente de l’île, grande, mince, porte sa Cloth blanche et crème par-dessus sa tunique grenat. Elle fixe à travers son masque de femme chevalier le fauteuil qu’occupait il y a encore quelques mois la Déesse de la Jeunesse. Propre, rénovée après la tentative de coup d’état des hommes de Gigas, la pièce dégage encore l’odeur du ciment et du plâtre frais. Un parfum que le disgracieux ¼dipe ne pourra jamais ressentir. En traînant les jambes, l’hideux Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale s’invite par télépathie dans l’esprit de sa camarade. _ « Cela fera bientôt cinq mois qu’Hébé nous a quittés. _ Et mon c½ur saigne depuis. _ Il est évident que nous n’aurons jamais assez de temps pour faire le deuil de notre Grande Hébé. Mais peut-être devrions nous nous rapprocher d’Athéna, pour poursuivre la volonté de notre Majesté ? _ J’ai perdu les deux hommes qui auraient pu rendre ma fille heureuse. Je n’envisage pas de partir à la guerre et d’en faire une orpheline. _ Tôt ou tard hélas il nous faudra agir. Tu as dû ressentir comme moi une étrange cosmo énergie malfaisante planer autour de l’île depuis la mer. _ Crois-tu toi aussi qu’il puisse s’agir de Poséidon ? _ C’est envisageable. En plus du complot de l’Olympe, d’autres dieux ne se priveront pas d’attaquer la Terre. En plus des Olympiens, Athéna devra faire face à ses ennemis historiques. _ Oui… J’en ai conscience… » La guerrière au cheveux couleur taupe traverse la pièce pour prendre la direction des couloirs depuis laquelle elle scrute, grâce aux lucarnes, sa cité originelle : « … Seulement, notre armée se reconstitue à peine. Et pour tous ces jeunes gens, porter la dague hébéïenne sera une première. » ¼dipe la suit péniblement : « Je réalise que l’ultime bataille les conduira à la mort. Tout comme nous. Néanmoins, il en va de la survie du monde. Un monde auquel ta fille appartient. » La veuve d’Iphiclès cesse sa progression et abandonne ses pensées dans l’horizon. Les images bienfaitrices de son époux Iphiclès et de son amant Apodis se bousculent dans sa tête. Pourtant, elle réussit enfin à n’en tirer aucune nostalgie. Au contraire, le Lion de Némée et l’Oiseau de Paradis éveillent enfin en elle un désir de revanche : « Laissons à Athéna le soin de combattre ses ennemis historiques. Nous viendrons à son secours lorsqu’il conviendra de défaire les ennemis de tous les hommes et de tous les dieux qui veulent gouverner la Terre, l’Olympe. »
En Grèce, au Sanctuaire, la tête dans les étoiles, Shun progresse d’un pas lent et ordonné en compagnie de June bien silencieuse. En prenant la direction du Nord du domaine, le Japonais est stupéfait. _ « Je n’aurai jamais cru le Sanctuaire aussi grand. _ Lorsque je suis arrivée hier, j’ai eu du mal à me repérer aussi. Heureusement, Shaina m’a affecté à la surveillance d’une zone bien connue des gardes que j’ai sous mes ordres. _ Je suis content de te savoir heureuse ici. Te connaissant, je savais que la vie au Japon t’aurait semblé monotone. Comment vont Sho, Ushio et Daichi ? _ Très bien. Ils se sont parfaitement occupés de moi. » Instinctivement, s’étonnant après coup d’avoir fait une telle remarque, Shun demande d’un air inquisiteur : « Jusqu’à quel point ? » Confus, dérouté, l’élégant chevalier aux cheveux vert pomme a les joues qui s’empourprent. Seulement, c’est suffisant pour que June ôte son masque. _ « C’est tellement mieux ainsi. L’air est agréable pour cette première pleine lune du printemps tu ne trouves pas. _ June… Ton masque… Tu… _ Tu me l’as ôté Shun lors de notre combat au Japon. Tu sais ce que cela signifie n’est-ce pas ? » Shun peut lire dans les grands et beaux yeux bleus de son amie toute l’émotion qu’elle éprouve en restant rivée vers la lune. Il se contente d’un timide : « Oui. » Heureusement, bien vite, voulant stopper ce silence gênant, June s’exclame : « C’est ici ! » A visage découvert, elle se précipite dans un village où seules quelques ambiances musicales s’échappent des différentes tavernes. Les allées sont libres, quelques chandelles forment les ombres des habitants des petits logis que Shun et June s’amusent à observer en traversant la place : « Voici le village où je réside désormais ! »
Elle s’engouffre dans une modeste mais propre demeure. Au risque de le faire chuter alors qu’il est encore faible, elle tire Shun par le bras pour l’obliger à occuper l’espace. Une pièce principale où domine une grande table en bois sur laquelle l’urne de sa Cloth est posée. Une chambrette à droite, dont l’encadrement de porte est fermé par un rideau. Des peintures colorées et chaudes qui rappellent l’île d’Andromède… Shun se sent aussitôt comme chez lui. _ « Lorsque j’ai perçu ma première bourse de sacres pour m’installer après que je sois promue sergent, j’ai visité plusieurs demeures mais j’ai craqué aussitôt sur celle-ci. » Shun écarte le rideau de la chambrée pour finir son inspection. Il découvre un grand lit déjà couvert d’étoffes par June et un bassin d’un mètre vingt sur deux mètres carrelé avec de magnifiques mosaïques : « Je comprends, en effet, c’est sublime. » Accompagnée par la lumière intense de sa Cloth qui reprend sa forme en totem pour rentrer dans sa Pandora Box, June assure : « Nous serons heureux, ici, tous les deux. » Laissant Shun sans voix, elle défait ses vêtements en exposant sa totale nudité sans la moindre gêne. Elle déverse l’eau qui chauffe depuis plusieurs heures dans une marmite suspendue au-dessus du feu de la cheminée. Intimidé, Shun détourne ses yeux d’elle en se contentant de lui dire : « Tu es magnifique. » D’un ton volontairement hasardeux, alors qu’elle se glisse dans l’onde, elle lance : « Tu ne me rejoins pas ? » Fébrile, Shun se positionne sur une chaise et préfère décliner l’invitation : « Vois-tu, June, j’ai… Je suis… » Le regard perdu d’Andromède s’abandonne sur le sol de la maisonnette. Ne sachant comment s’y prendre, il ne remarque même pas le corps trempé de June venir le chercher : « Tu te souviens de ta promesse avant l’épreuve du sacrifice sur l’île d’Andromède ? » Confus, le chevalier regarde la jeune femme le dominer en se tenant droite devant lui, alors qu’il est complètement affaissé sur son siège. Instinctivement, il contemple le détail de ses courbes sur lesquelles glissent les gouttes d’eau chaude. Par phénomène de condensation, le corps tout entier de June dégage une vapeur qui crée une atmosphère licencieuse. Elle s’accroupit délicatement sur les genoux du Saint convalescent en prenant soin de rapprocher le plus possible son buste du sien, lui offrant au passage le frôlement de son affriolante poitrine contre son visage : « Tu m’as promis que lorsque tu retrouverais ton frère, tu reviendrais auprès de moi. Que crois-tu que j’attende à présent ? » Contraint de faire front à l’attitude avenante de son amie, Shun cesse son regard abandonné et la fixe avec émotion. _ « Je sais très bien ce que tu souhaites, mais d’autres batailles nous attendent encore. Je ne peux t’assurer une vie harmonieuse, tant que je n’aurai pas assuré la paix en ce monde. _ Cette nuit… Juste celle-ci, la paix, elle règne. Pourquoi en vouloir plus lorsque nous pouvons profiter des instants présents ? _ C’est juste que je ne veux pas te promettre des choses que je ne pourrai t’offrir. » Elle lui agrippe fermement les mains pour les lui poser sur ses seins. Ses yeux pétillent d’impatience tandis que machinalement, Shun se laisse guider par les mouvements circulaires que June l’incite à réaliser pour lui faire plaisir. Lorsque les gestes de Shun deviennent autonomes, voire initiateurs, June se penche jusqu’à son visage pour lui baiser le cou. A mesure que Shun poursuit ses cajoleries de plus en plus passionnées, il peut entendre entre chaque claquement de lèvres les petites poussées aigues de la voix satisfaite de June. Très vite leur étreinte devient plus fougueuse et le corps suintant du Caméléon trempe le maillot de Shun qui lui colle à la peau et épouse à merveille son athlétique torse. La vue de ce corps si parfait conjuguée aux mains de Shun qui parcourent dorénavant le reste de sa peau propulse June dans un état de grâce…
Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, à l’intérieur d’un des onze temples qui protège l’accès au Mont Olympe, son propriétaire entre dans une rage folle. A l’intérieur de la demeure aux pierres ternes et à l’atmosphère suffocante, le Dieu du Feu des Forges et du Volcan boitille en pestant : « Apollon prétend que je ne fais que profiter des risques qu’il prend ! Et que contrairement à Héra et Hestia j’attends que notre courroux contre les hommes se réalise en gagnant les faveurs de Zeus ! Mais c’est faux ! Je vais le lui prouver ! »
Traversant un pont de pierre à l’intérieur même de sa propriété, le maître des lieux passe au-dessus un torrent de lave. Tout autour, sur les plateformes en roches taillés dans un style dorique, les serviteurs du dieu, uniquement des hommes à peine vêtus en raison de la température ambiante, s’activent à présenter le nectar et l’ambroisie partout où leur souverain pourrait être amené à passer.
Lorsqu’il s’arrête en plein milieu du pont, ses yeux, larges et plissés, regardent au loin un atelier, depuis lequel on peut entendre s’entrechoquer quelques morceaux de métaux. Il observe la silhouette frapper devant un fourneau quelques pièces de métal et l’appelle : « Phygée ! » Le susnommé déploie immédiatement ce qui s’apparente à des ailes. Elles apparaissent par l’effluve de la cosmo énergie qu’il dégage.
En quelques secondes, il débarque devant son maître et s’agenouille de façon très solennelle. Couvert d’une Glory, il n’ose même pas regarder son souverain dans les yeux : « Maître, la réfection du char d’Apollon progresse à… » Héphaïstos ne laisse même pas l’Olympien aux longs cheveux azurs coupés en carré plongeant finir sa phrase : « Le char d’Apollon attendra. Fais venir Idaios. J’ai une mission bien plus grande à vous confier. »
Au Sanctuaire, à l’intérieur de la chaumière de June, la buée de son bassin condense sur les blocs de pierre qui forment ses murs. Eclairée par quelques chandelles, celles-ci dessinent les corps entremêlés de Shun et June, désormais étendus, nus, ne faisant plus qu’un, sur la couche aux draps soyeux. La propriétaire de la maison, couchée sur le côté, une jambe enlaçant fermement les cuisses de son amant, entrouvre légèrement les yeux à chaque soupir d’extase, afin de ne rien perdre de la vue alléchante du visage de Shun en plein effort. Appliqué, concentré, doux dans ses premiers gestes et fougueux lorsque la passion l’exige, le Saint d’Andromède accélère le mouvement de ses hanches à mesure que sa mâchoire se crispe. Venant en même temps qu’elle au point culminant du plaisir, ils libèrent tous les deux un râle sauvage mêlant bonheur et délivrance.
Cependant, ce soulagement prend des allures d’émancipation pour Shun. Etrangement, si attentionné jusqu’ici, Shun serre plus fort encore contre lui June, au point que la marque de ses bras qui l’encerclent stigmate son corps. En appui, lourde et rugueuse, la main droite de Shun remonte le long de sa poitrine, jusqu’à sa frêle gorge qu’il saisit sans ménagement. Ses mouvements de reins deviennent plus secs, plus violents. Stupéfaite, June écarquille grands les yeux et remarque que les cheveux pomme de Shun oscillent vers le prune. Ses yeux s’embrument et, avec son autre main, il serre fort son collier en forme d’étoile avec l’inscription « Your’s Ever » gravée dessus. Ne voyant pas d’autre solution, elle le gifle violemment pour le ramener à lui. Le choc est si violent que le Japonais en tombe à la renverse et recouvre ses esprits et son physique originel. _ « June ?! _ Shun… Mais… Enfin… Qu’as-tu ? Qu’est-ce qu’il te prend ? » Devinant sa mauvaise conduite, influencée par ce cauchemar qui le poursuit sans cesse, Shun baisse les yeux : « Je… Je ne sais pas. Je ne comprends pas… » S’entourant des étoffes pour couvrir son corps qui se refroidit après avoir intensément brûlé jusqu’ici, June s’inquiète. _ « La dernière fois que je t’ai vu ainsi, c’était avant que tu choisisses l’épreuve du sacrifice. Tu étais devenu fou de rage contre Reda et Spica. Ta colère te consumait à tel point que tu aurais pu détruire l’île entière. _ Je… Je suis désolé. Je ne sais pas pourquoi je deviens ainsi. Plus le temps passe et plus je me sens comme changeant. Je hais la violence. Pourtant ce cauchemar permanent d’une petite fille me portant, moi bébé, dans ses bras, chaque nuit, renforce en moi ce sentiment de colère. Il ne m’est pourtant pas apparu durant la bataille des douze maisons. Mais il faut croire que d’être resté trois mois dans le coma a eu un effet néfaste. Cette vision a décuplé en moi cette peur et cette haine que j’abhorre plus que tout. _ Tu devrais en parler à Athéna. _ Non. Ni à Athéna, ni à mon frère. Je ne veux pas les perturber avec ça. Des choses plus importantes les concernent. » June vient alors se coller contre lui et l’enlace amoureusement. _ « Dans ce cas, nous combattrons ensemble ce mal qui te ronge. _ Si seulement c’était si simple, sourit-il gentiment. _ Oui, bientôt tu retourneras auprès d’Athéna et tu seras à nouveau loin de moi. »
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« on: 22 December 2022 à 16h02 »
NEWS
Cette version du chapitre 27 est une version rééditée de la publication originale du 29 janvier 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 4 December 2022 à 13h38 »
Chapitre 82 Sur la plus septentrionale des quatre îles principales de l'archipel du Japon, Hokkaido, se matérialise la silhouette de Kyoko. Légèrement vêtue de sa jupe et de son chemisier, la jeune femme progresse dans le plus haut relief montagneux de l’île. Alors que quiconque ne tiendrait pas une minute dans ce climat, elle prend le temps de progresser dans la tenue scolaire qu’elle a choisi pour rendre visite à Mars en Grèce. D’apparence chétive, elle avance sans difficulté, caressée qu’elle est par les bourrasques de vent gelé, sur les sentiers sinueux. Tout à coup, au-dessus de sa tête, le bruit de raie d’hélices perturbe son allégresse. Un drone s’infiltre dans cette zone inhabitée et inexplorée depuis trois ans maintenant que le Jardin d’Eden a rejailli des entrailles terrestres. En débouchant en sortie de forêt sur le flanc de la montagne, elle s’en amuse : « Ils ne comprendront donc jamais. » A cet instant, morceau par morceau, l’appareil se disloque puis explose pièce après pièce. Elle observe alors devant elle des vestiges de la Grèce Antique taillés à même la roche. _ « Ils ne parviennent plus à accéder à ce lieu. Les barrières naturelles sont insurmontables. Alors ils tentent par leur technologie, sans jamais accepter qu’ils ne peuvent pas tout s’approprier sur cette Terre, d’atteindre ce lieu qui les rejette. La limite des hommes est atteinte là où le choisissent les dieux. »
Revenue de son escapade en Grèce avec Arès, Eris profite du soleil levé de ce 22 mars 1987 pour admirer en plein Japon de hautes colonnes de la Grèce antique. Elles érigent divers prieurés avec en sommet de flanc de montagne un temple plus imposant. Son ascension commence en slalomant les monceaux de roches retournés par la résurgence du Jardin d’Eden où se mêlent piliers effondrés et pierres brisées. Aussitôt, quelques Dryades aux Leaf noires et amarantes sortent des décombres pour prendre en étau la jeune femme jusqu’à ce que celles-ci reconnaissent leur déesse. Toutes s’agenouillent instantanément tandis qu’un Ghost Saint apparaît. D’un claquement de doigt il chasse les Dryades. _ « Rigel, quel plaisir que tu viennes m’accueillir. » Le Fantôme pose genou à Terre. Un voile flou couvrant ses yeux, Rigel, imposant dans sa Leaf d’Orion, démontre toute sa dévotion : « Quoi de plus normal Kyoko. » En passant à côté de lui, elle lui caresse affectueusement le visage en forçant à hauteur du menton pour le forcer à se relever : « Rigel… Je t’ai déjà demandé de ne plus me nommer ainsi en ce lieu… » Il la laisse passer devant et la fixe reprendre la route. Son regard s’éclaircit alors, reprenant la vigueur qui était la sienne avant qu’Eris ne lui ôte la vie sur l’Utérus. A cet instant, lui reviennent les souvenir du meurtre de Mayura et du baiser mortel qui le firent rentrer dans le camp de la Déesse de la Discorde… Il devina aisément l’affliction de ses anciens camarades il y a trois ans après la bataille sur l’Utérus…
Flashback Au Sanctuaire, les prêtresses, des aspirantes Saintia, allaient et venaient entre leur temple au sommet des douze maisons et le camp des femmes chevalier au Sud Est du domaine. Seules autorisées à pénétrer le camp, elles apportaient à Shaina, Marin et Geist l’aide nécessaire pour nettoyer les corps et les charrier dans les cimetières des villages alentours à l’aide de quelques b½ufs.
Là-bas, Erda, choquée de sa rencontre avec Deathmask qu’elle gardait pour elle, participait à l’effort malgré ses nombreuses blessures. Elle refusait de se faire soigner malgré les remontrances de ses aînées. Préoccupée à rendre à ce camp sa pureté d’antan, Erda repoussait chaque prêtresse alors que Shaina en renvoyait chaque fois une nouvelle à son chevet. Xiao Ling, elle, en retrait, recevait les soins sans perdre des yeux Erda. Traumatisée par cette journée sanglante, elle restait admirative du caractère bien trempé de sa camarade. Si bien qu’elle voyait à travers elle la défunte Saint de Cassiopée, Rebecca. D’ailleurs, Geist referma dans sa Pandora Box la Cloth de Cassiopée. _ « J’étais de passage au Sanctuaire pour rendre compte d’une mission au Pope, enfila-t-elle l’urne par-dessus son épaule. Il ne reste plus grand-chose à faire ici. La terre finira par absorber le sang qui jonche le sol. Les nouvelles recrues hisseront de nouveaux abris avec les débris de temple qui se trouvent ici, comme nous autrefois, s’adressa-t-elle à Shaina et Marin. Je m’en retourne accomplir mon devoir auprès du Pope. J’en profiterai pour lui restituer cette Cloth. » Comme pour refuser de dire adieu à sa maîtresse, Erda préféra ne pas poser ses yeux sur l’armure de Cassiopée et s’attela davantage à la tâche. Tandis qu’au contraire Xiao Ling s’embua les yeux en voyant le souvenir de Rebecca les quitter. Alors qu’elle claquait le cul d’un b½uf pour faire partir le char de celui-ci avec une prêtresse, Erda resta bloquée un instant sur la pile de cadavre. Le rire sarcastique de Deathmask retentit alors dans son crâne. Depuis sa rencontre avec lui, l’image de l’odieux Saint d’or restait gravée dans son esprit : « Pourquoi… Pourquoi Athéna a-t-elle fait de lui un de ses Saints ?! Je dois savoir pourquoi, ressassait-elle. » A cet instant, restée accrochée sur la feuille d’un arbre, une Evil Seed de l’Utérus tomba sur elle. Une graine maléfique se planta aussitôt en elle sans qu’elle puisse s’en rendre compte. Subjuguée par sa camarade, Xiao Ling admirait chacun de ses mouvements. Si bien qu’il fallut l’insistance d’une prêtresse qui répéta pour la seconde fois sa question pour qu’elle revienne à elle : « Vous allez donc faire partie de la nouvelle génération d’apprentie Saint ? » La vestale avait de grands yeux verts, de grands cheveux mauves coiffés d’une longue tresse et agrémentés d’une pince en or. Celle qui deviendra plus tard Lilith, la captive de Deathmask, faisait preuve d’intérêt pour son prochain et d’entrain à l’idée de parler à une rescapée qu’elle considérait comme héroïque. _ « Nous, prêtresses, et aspirantes Saintias, nous devons comme vous faire preuve de maîtrise martiale et de courage pour être dignes d’approcher Athéna. Malheureusement, je suis plus douée en tâches ménagères qu’en manipulation du cosmos, poursuivit-elle en souriant gênée. » Traumatisée et pleurnicharde, Xiao Ling craqua à l’idée qu’on puisse la voir comme courageuse. A l’inverse, les mots de la future Lilith parvinrent à Erda comme une évidence. Les Saintias peuvent approcher Athéna. Elle a les connaissances de guerrière. Ne reste que les bonnes grâces d’une gouvernante à savoir dispenser à sa déesse. Marin vint sortir Erda de ses songes en posant sa main sur son épaule. _ « Tu étais une des favorites de Rebecca. Tu as fait preuve de beaucoup de force aujourd’hui. Tant durant la bataille, qu’après. Par respect envers Rebecca, je peux achever ton instruction. J’ai ressenti ton cosmos lors des combats. La Cloth de Cassiopée irradiait et veillait sur toi quand nous vous avons rejointes ici. Il s’agit de ta constellation. Si tu le désires, cette Cloth t’es toutes destinée. _ Je n’ai plus de maître. Je refuse de suivre l’enseignement d’un autre professeur, répondit sèchement Erda. » Sa réaction ne passa pas inaperçue. Marin resta droite devant elle. Sans insister. Xiao Ling était pendue aux lèvres d’Erda qui poursuivit : « Je suivrai ma propre voie. Après aujourd’hui, beaucoup de questions me viennent. Seule la prière m’aidera à trouver les réponses. A compter de maintenant, je consacrerai ma vie aux prières afin qu’Athéna me guide. Je décide de devenir Saintia. » Après un long temps de pause, Marin comprit que des doutes profonds habitaient la jeune femme. Elle conclut : « Si tel est ton destin… Après tout, si la Cloth de ton maître t’est réellement destinée, alors elle te reviendra lorsque tu seras sacrée Saintia. » En entendant cela, Xiao Ling tourna la tête en direction de sa soignante : « Puis-je moi aussi devenir Saintia ? » La future esclave de Deathmask sourit : « Katya, notre Saintia en chef, et Mii, son assistante, sont très exigeantes lors du recrutement d’une aspirante. Il faut être serviable et prédestinée à un fort potentiel martial. Si je crains hélas de devoir un jour être renvoyée puisque je ne progresse pas, je pense que pour ton amie et toi, après vos exploits de ce jour, aurez droit à une dérogation du Grand Pope en personne. » Choquée par la bataille, la Chinoise voit l’opportunité de profiter de ses prédispositions au combat pour se cacher dans ce Sanctuaire en se rangeant au service de la déesse que chérissait Rébecca. L’occasion aussi pour elle de rester auprès d’Erda. Cette nouvelle rassura Xiao Ling qui inconsciemment vint toucher du bout des doigts ses lèvres en se souvenant du baiser malencontreux échangé plus tôt avec Erda. Elle comprit enfin que cela a déclenché quelque chose en elle. Que cette attirance soudaine qu’elle éprouve envers Erda est aussi forte que l’amitié qu’elle éprouvait pour Yufa. C’est alors, qu’une autre Evil Seed restée cachée de l’éradication faite plus tôt par Deathmask vint s’insinuer dans son c½ur. Ignorant l’affection soudaine de Xiao Ling à son endroit, Erda garda un instant de dignité lorsqu’elle chargea le dernier corps resté dans le camp, celui de Mito. Elle ferma les paupières solennellement. Ses adieux à sa camarade signifiaient pour elle ses adieux à ce camp où elle passa tant d’années…
Plus loin, à Honkios, avant la montée des marches des douze maisons, sur le flanc Ouest, Mirai pleurait devant la stèle de Mayura. Alerte, l’apprenti du Saint d’argent sentit un noble cosmos approcher dans son dos. Il lui dit sans même se retourner : « Le cimetière est à peine remis de l’éboulement provoqué par l’éruption de l’Utérus qu’il accueille déjà de nouvelles tombes. » Derrière lui, Shaka, Pandora Box du Paon sur le dos, présenta ses condoléances : « J’ai appris que ta condisciple, Shinato, avait héroïquement donné sa vie elle aussi. Tu peux être fier d’avoir été entouré de deux femmes d’une telle abnégation. » D’un revers de la main, Mirai essuya ses yeux afin de présenter une mine fière au Saint de la Vierge. _ « Shinato… Elle était apprentie… Sa place ne sera pas dans ce cimetière aux côtés des Saints et de notre maître… Sa place ne sera d’ailleurs nulle part… Tout au mieux, une pierre à son nom dans un cimetière isolé dans le Sanctuaire… Nous n’avons même pas retrouvé son corps… » Shaka pouvait deviner le tourment de l’élève à propos de Shinato. Il ressentait le même à l’endroit de Mayura. Malgré la distinction de celui-ci, impérial dans son armure d’or, Mirai pouvait lire sur le visage de Shaka une profonde affliction à l’endroit de son professeur. _ « Par respect envers mon amie, j’ai obtenu du Grand Pope le droit de conduire sa Cloth à Jamir afin qu’elle y soit réparée. J’aimerai que tu m’y accompagnes ? _ Pardon ?! _ Mayura me parlait souvent de Shinato et toi. Tu concoures à la Cloth de bronze du Petit Chien. Et Mayura ne tarissait pas d’éloges à ton endroit. Pour sa mémoire, le Grand Pope m’a autorisé à achever ton enseignement. A notre retour de Jamir, si tu es parvenu à surmonter les épreuves que je te ferai surmonter, tu seras promu Saint de bronze du Petit Chien. Qu’en penses-tu ? » Mirai, à la fois peiné de poursuivre sans Mayura et Shinato et conscient de l’opportunité de parfaire son apprentissage auprès d’un des plus réputés Saint d’or, hésita l’espace d’un instant. Shaka lut en lui comme dans un livre ouvert : « Le chemin pour devenir Saint est semé d’embûches. On supporte toutes sortes d’épreuves physiques et mentales. Les plus émérites les surmontent. Mais c’est seulement la vérité du champ de bataille, la mort, l’adrénaline qui en découle lorsqu’on la donne, mais également le chagrin qu’on éprouve lors de la perte de camarades, qui permet de déterminer vraiment si on est capable de devenir un chevalier. Aujourd’hui tu es face à ce dilemme. Et tu n’auras pas d’autres chances qu’à cet instant. As-tu traversé toutes ces épreuves pour arrêter maintenant ? Te crois-tu capable de surmonter la perte d’êtres aimés ? Sauras-tu supporter de perdre à l’avenir à nouveau des camarades ? Seras-tu prêt à mettre à chaque combat ta vie en péril maintenant que tu connais l’issue d’une Guerre Sainte ? » Mirai tourna les talons une dernière fois en direction de la tombe de Mayura. Il prit une profonde aspiration et dressa son poing : « Je souffre. Je souffre terriblement. Les stigmates sur mon corps ne sont rien par rapport à la déchirure de mon âme en cet instant. Durant toute notre formation, on l’entend, et on se croit prêt à vivre de tels désastres. Mais il n’en est rien. Pourtant, Shinato n’a pas tremblé au moment de partir secourir les femmes du camp. Elle n’a jamais baissé les bras même lorsqu’elle a découvert que la Cloth à laquelle elle aspirait, l’Oiseau de Paradis, était déjà portée par un Saint émérite. Elle était prête à tout pour servir le Sanctuaire et s’imaginait mercenaire s’il le fallait. Elle a même été jusqu’à dissimuler sa féminité pour être considéré comme l’égal de n’importe quel autre apprenti, sans traitements de faveur d’un côté ou brimades de l’autre. Et tout ça, c’est à Maître Mayura qu’elle le devait. Moi j’étais là, à les admirer toutes les deux, sans prendre au sérieux l’opportunité qui était mienne. Car c’est bien de ça qu’il en retourne aujourd’hui. Je suis en vie, moi. Et j’ai l’opportunité de pouvoir devenir Saint, moi. Je ne peux plus tricher, me cacher. La vérité m’a sauté aux yeux et le destin me fait face. Devant la tombe de Maître Mayura, en mémoire de Shinato, je ne peux me dérober… » Il se retourna vers Shaka, déterminé comme jamais et scanda : « Je deviendrai Saint sous votre enseignement ! Partons pour Jamir Seigneur Shaka ! »
Plus haut, sur le flanc droit entre le palais papal et la maison des Poissons, Katya veillait au chevet de Shoko dans le temple des prêtresses. Alors qu’elle ruminait encore l’accession de Shoko au statut de prêtresse, Mii changeait malgré elle les bandages de la souffrante. _ « Allons Alicia, l’appela Katya de son vrai nom, ne peux-tu pas ravaler quelques instants ta ranc½ur ? Cela transparaît sur ton visage ! _ Je suis désolée, serra-t-elle fermement les bandelettes de papier, mais profiter des circonstances pour faire de cette apprentie Saint une aspirante Saintia alors qu’elle a jusqu’ici toujours loupé les épreuves d’érudition nécessaires à être acceptée parmi nous ça me… » Le bond de son lit de la souffrante interrompit la rustre prêtresse : « Aïe, s’exclama Shoko ! » Katya se mit à rire : « Alicia… J’ai l’impression que tu es si douce que tu en as sorti notre invité de son coma ! » Mii ronchonna en reculant pour laisser de l’air à une Shoko hagarde. _ « Où… Où suis-je ? _ Au temple des prêtresses d’Athéna, vint lui prendre la main Katya. Tu te souviens de ce qui s’est passé ? » Elle profita de l’échange pour glisser dans la paume de Shoko le collier à l’effigie de Pégase que portait Kyoko. Elle le ramassa lorsque Kyoko le perdit quand Eris prit possession d’elle. Sentant le bijou froid au contact de sa peau, Shoko se remémora aussitôt. _ « Kyoko, sanglota-t-elle… _ Tu es restée inconsciente trois jours depuis. » Shoko gardait les yeux rivés sur l’objet. Les paroles troublantes de Kyoko sur son acception à être Eris et sur l’absence d’Athéna du Sanctuaire traversèrent son esprit. _ « Et ma s½ur ? Et le Saint du Scorpion ? Il a sacrifié sa vie pour lutter contre la destruction d’une partie du Sanctuaire. _ Le Seigneur Milo est en bonne santé. Il a participé à la mission destinée à l’éradication de l’Utérus, des Dryades et… _ D’Eris ? _ Oui. _ Et alors ? _ La mission est réussie. » Shoko resserra ses poings et tira ses draps vers elle par le même geste : « Ma s½ur est donc… » Katya se contenta d’hocher la tête d’un signe affirmatif en faisant la moue. _ « La mission est donc un succès, tenta de dédramatiser malgré elle Shoko. _ Si on peut appeler ça ainsi, rétorqua sèchement Mii. Le camp des femmes chevaliers a été dévasté. Seule Erda a survécu parmi les apprenties. Dame Rebecca a également succombé. Les Seigneurs Aeson et Rigel ont trahi le Sanctuaire au profit de ta s½ur ! Et Dame Mayura y a perdu la vie ! _ Dame Rebecca… Toutes les apprenties… Mais… Et… Rumi, mon amie ?! » D’un air sévère, Mii fit un signe négatif de la tête. Shoko sentit son c½ur se fendre à nouveau en apprenant que sa s½ur était responsable d’un nouveau drame. Elle murmura d’une voix triste : « Rumi… » Pourtant, elle refusa de se laisser abattre. Elle desserra le poing qui contenait le pégase de sa s½ur et sortit le sien, le même, de sous son maillot. Elle répondit alors aussi rudement à Mii que celle-ci s’était adressée plus tôt à elle : « Je comprends ce sentiment de trahison qui t’habite. Après tout, ici, Kyoko était ton aînée. Un modèle peut-être même. Toi qui attaches tant d’importance aux protocoles et à la fonction de Saintia, j’imagine à quel point tu dois être dévastée par les conséquences de sa trahison. Mais face à Kyoko… Non, face à Eris, je me suis faite une promesse. Et je vais te l’adresser comme un engagement solennel. Qu’importe que tu m’acceptes comme une semblable ou non. Qu’importe mes maladresses à appréhender mon futur rôle. Mon destin n’était pas d’être Eris. C’est Kyoko qui a choisi cette voie sans lutter. C’est son choix. Le mien est d’être au service d’Athéna. Je veux devenir une Saintia ! Et je deviendrai une Saintia ! Pour laver l’affront que ma s½ur vous a infligé. Pour vous. Pour moi. Pour Athéna ! » Restée en retrait durant cet échange musclé, Katya en garda un sourire convaincu. Mii, par un hochement de tête et un regard assuré, accepta de laisser sa chance à Shoko.
A quelques centaines de mètres de là, devant les grandes portes de la salle d’audience du Pope, Aiolia attendait de faire son rapport. Après Shaka, ce fut à Milo de rendre des comptes sur les évènements de la veille. Le Saint du Lion n’attendit pas longtemps. L’entrée fut ouverte en grand depuis l’intérieur de la pièce par les gardes qui s’y étaient enfermés avec le souverain. Aiolia ôta alors son diadème et attendit que Milo en sorte. Le Scorpion recoiffa ses longs cheveux du sien une fois dehors. Les deux Grecs s’échangèrent un rapide signe de tête au moment de se croiser. _ « Tu repars en mission, questionna le Lion ? _ Tu es perspicace, chambra le Scorpion. _ Pas bien compliqué. Tu portes deux Pandora Box qui ne sont pas les tiennes sur le dos. » En effet, en plus de celle de la Coupe, Milo avait récupéré la Cloth de Rebecca que Geist avait redéposé plus tôt. _ « J’ai obtenu du Pope le droit de rapporter la Cloth d’Aeson auprès de son élève, Crateris. Cela faisait des années qu’Aeson en trouver digne son disciple. Si bien qu’Aeson la sortait de son urne afin que Crateris entre régulièrement en symbiose avec lors de ses séances de méditation. Une sorte de passage de témoin en quelque sorte. _ Le Grand Pope a accepté qu’on respecte les dernières volontés de ce traître d’Aeson, grinça des dents Aiolia. _ Allons, tu sais que notre Grand Pope peut se montrer clément et ne pas s’arrêter uniquement sur les circonstances flagrantes. Il accepte volontiers de voir au-delà des apparences. Tu en as fait toi-même l’expérience par le passé. Et plus d’une fois si je ne me trompe pas. La trahison d’Aiolos. Ton tempérament rebelle lors de la Guerre Sainte contre les Titans… » Vexé par le souvenir de son frère, Aiolia ravala sa morgue. Milo n’insista pas, il conclut en montrant du doigt la Pandora Box de bronze dont il portait les lanières au-dessous de celle de la Coupe : « En échange de l’exécution de la volonté d’Aeson, le Grand Pope m’a demandé de conduire la Cloth de bronze de Cassiopée à Albior de Céphée sur l’île d’Andromède. Avant même le décès de Rebecca, Albior mentionnait dans ses messages à l’attention du Sanctuaire qu’un de ses élèves, Anikeï, était aspirant à cette Cloth. Le temps qu’il achève sa formation, la Cloth se sera régénérée dans son urne. » Aiolia acquiesça. Il songea un instant : « Le nombre d’aspirants est en constante progression en cette ère. Cela annonce de nombreuses Guerres Saintes en notre époque. Le Pope ne perd pas de temps afin de garder une armée importante en nombre. » Au regard inquiet de Milo, il comprit que son compatriote partageait la même pensée. Chacun reprit son chemin et bientôt Aiolia posait genou à terre devant le Grand Pope fermement cramponné à son trône. _ « Félicitations Aiolia. Tes frères d’armes ont tour à tour précisé que notre victoire d’hier n’a pu être possible que grâce à ton succès face à l’Utérus. » Portant encore sur lui les écorchures d’Hysminai et les ecchymoses de Galan, Aiolia restait focalisé sur son avenir. _ « Merci Majesté. Ce fut avec opiniâtreté que j’ai respecté votre plan d’assaut. Vous n’aviez plus fait appel à moi depuis la bataille contre Cronos. Il était important que je revienne dans les bénédictions d’Athéna. _ Ton impétuosité à l’époque a fini par me lasser. Toutefois, ce jour, tu parais bien plus mûr. Bien que je discerne toujours chez toi un tempérament de feu, pouffa sympathiquement de rire Saga. » Aiolia afficha une mine partagée entre flatterie et gêne. Il était rare que le Pope fasse preuve de sympathie. Néanmoins, il se remémora une des circonstances qui l’a rendue plus mature. _ « J’avoue que la révolte des soldats des Titans alors que j’avais obtenu auprès de vous leur grâce lors du climax de la Guerre Sainte contre Cronos m’a profondément atteint. L’enfant que j’étais s’était tant battu pour leur offrir une vie meilleure, comme moi qui me battais pour effacer l’image d’Aiolos qui me collait à la peau. » Sous son masque et son casque en or, Saga sua l’espace d’un instant. Le complot hourdis autour de l’accueil des soldats Titans au Sanctuaire demeurait un succès. A l’entendre, Aiolia n’y avait vu que du feu. _ « Lorsque je revins du Cronos Laburinthos et que je découvris leur tentative d’invasion, ma candeur a pris fin. Tout n’est pas blanc ou noir. L’être humain est complexe. Je compris qu’à mes yeux Aiolos était peut-être un grand guerrier. Il n’en demeurait pas moins un traître. La bataille me fit réaliser qu’ils avaient beau être les assassins de mon frère, les autres Saints n’en demeuraient pas moins mes frères d’armes de confiance. » Saga ne put retenir une larme tant le poids de ses mensonges avaient fini par corrompre l’amour et la foi d’un cadet envers son frère aîné. _ « Si bien que l’exil que vous leur offrîtes sur Death Queen Island était une bien douce punition, acheva Aiolia résigné. » Saga se racla la gorge pour ne pas trahir son émotion : « Il s’agit de la décision d’Athéna. Elle demeurera toujours bonne envers son prochain. Fut-il un ennemi. Athéna t’adresse à travers moi ses remerciements et ses félicitations pour cette mission accomplie Aiolia. Tu peux disposer et bénéficie de trois jours de permission qui t’aideront à te remettre de tes blessures. » Aiolia hocha la tête pour prendre acte et fit volte-face. En se dirigeant vers la sortie, il serra les dents : « Les soldats Titans… Finalement, ils avaient en ce dieu malfaisant qu’était Cronos le dieu qu’ils méritaient… Mais au fond de moi, maintenant que j’ai découvert la vérité à propos de Galan, cette guerre n’est pas finie… Lithos m’a menti… » Tandis qu’Aiolia quittait le palais, le Grand Pope indiqua d’un signe de la main aux deux soldats portiers d’en faire autant. Seul, il ôta son heaume et son masque pour libérer ses longs cheveux bleus et essuyer ses larmes de culpabilité. En se dirigeant vers le balcon qui domine l’horizon, il paraissait très affecté : « Aiolos… Mon ami… Comme je m’en veux de devoir infliger ces mensonges à ton frère… » Seulement, quelques secondes suffirent à sa chevelure pour devenir grisâtre. Les larmes ne coulèrent plus dans ses yeux rouge empreints de folie : « Cependant, cette Guerre Sainte contre les Titans m’aura permis d’achever la formation de nombreux Saints d’or et de découvrir que des entités bien supérieures à Hadès, Poséidon ou encore Zeus menaçaient mon plan de domination. Pontos… J’ai perdu contact avec lui qui fomentait également contre les Titans à l’issue de cette bataille. Il n’a pas pu disparaître ainsi. Sans que mes Saints ne s’en rendent compte, les différentes Guerres Saintes menées contre le panthéon égyptien m’a permis de récolter de nombreux indices. Pas encore assez, hélas. Mais je sais au moins que ce panthéon n’était qu’un leurre. Des marionnettes que l’Olympe a placées pour sceller des forces supérieures. Des ruines plus profondes. Où se terre certainement Pontos aujourd’hui. Le jeune Mirai ira compléter l’équipe de recherche de Retsu du Lynx une fois qu’il sera fait Saint. Dans l’attente, Juan et Georg iront renforcer les rangs également. La réquisition de gens de leur calibre ne devrait pas éveiller trop de soupçons sur mon obstination pour ces recherches… »
Au Sud Est du domaine, sortie du camp des femmes, Shaina se débarbouillait à l’abri des regards de son combat et des tâches harassantes qui s’en suivirent. Son masque, posé sur ses vêtements au bord de l’eau, fut ombragé par l’arrivée d’une camarade dont le cosmos lui était familier. _ « Ton rapport est terminé, demanda Shaina ? » Faisant grossièrement tomber ici et là chaque morceau de son armure de mercenaire, Geist se dépêcha de se laisser tomber dans l’onde pour rejoindre son amie. _ « Je n’eus pas besoin de m’étaler. Gigas m’attendait au coin d’une ruelle d’Honkios afin que je ne sois pas découverte à faire mon rapport au Grand Pope. » La brune se laissa tomber en arrière pour noyer ses longs cheveux. Passant de l’eau sur son visage, Shaina déplora : « Tout de même, quel fait d’arme te faudra-t-il pour avoir de nouveau droit aux faveurs d’Athéna ?! » Geist releva les genoux pour exposer son corps nu tout entier à la vue de l’Italienne qui en connaissait déjà les moindres détails : « Disons que cela est un bon compromis. Mon apparent exil me permet de réaliser des missions que beaucoup refuserait de faire et que j’accomplis sans état d’âme. Ça me permet de défouler cette part d’ombre en moi tandis que je reste dans les petits papiers du Pope Arlès. » Shaina l’imita pour venir la prendre par la taille : « Tout de même… Aujourd’hui c’est Misty le capitaine des armées. Mais si un jour je parviens à me hisser à ce rang, alors je demanderai au Général Gigas de te réhabiliter. » Geist approcha ses lèvres des siennes : « Je te manque tant que ça ?! » En aucun cas Shaina ne voulut se dérober à ce baiser. Elle en profita pour l’étreindre lascivement et sentir sa poitrine frictionner la sienne. A l’issue de cet échange langoureux, Geist la taquina. _ « Tu as pourtant Marin pour combler ta solitude. _ Je la soupçonne d’être attirée par le pestiféré du Sanctuaire, Aiolia. Elle passe dorénavant énormément de temps avec son disciple et lui à ce qu’on dit. _ De tous les hommes du Sanctuaire, il a fallu qu’elle choisisse le moins bon parti, ricana Geist. Néanmoins, je la comprends, elle qui a longtemps été brimée en raison de ses origines, elle doit comprendre mieux que quiconque la souffrance de cet homme, compatit-elle sans vouloir médire davantage. Cependant, ces années où elle s’est isolée après être faite Saint semble avoir été propice au développement d’aptitudes qu’on ne lui soupçonnerait pas. _ Que veux-tu dire ? _ Je ne sais pas… Durant notre combat contre Emony, j’ai senti comme un cosmos… Comment dire… Pas inhumain… Mais supérieur à nous autre en tout cas… Différent tout du moins ! _ Arrête. C’est impossible. Marin n’a jamais démontré un potentiel supérieur à la moyenne de notre caste de Saint d’argent. Et tu sembles oublier qu’après Mayura, j’étais la Saint la plus puissante du Sanctuaire. _ A ce propos, maintenant que Rebecca n’est plus, que Mayura ne pourra reprendre à sa place, j’imagine que le Pope va te confier la remise sur pied du camp, le recrutement et l’apprentissage des nouvelles femmes chevaliers. _ Rendre à ce camp sa beauté d’antan, je l’accepte volontiers. Après tout, nous y avons vécu tant de belles années. Recruter de nouveaux éléments, en visitant régulièrement l’ensemble du domaine, ou en partant en mission dans le monde contemporain, ça doit être possible. Néanmoins, prendre la responsabilité de l’apprentissage, très peu pour moi. Il me reste encore la formation de Cassios à achever. » Geist tourna le dos à son amie et reprit la direction de la berge. _ « Tu m’épates. Malgré tes réactions belliqueuses et ton ambition, tu restes mesurée et raisonnée. J’aurai aimé te ressembler. _ Où vas-tu ? _ Rejoindre mes hommes avant qu’ils ne soient découverts. Nous avons ordre de quitter au plus vite le Sanctuaire. Une nouvelle mission nous attend. _ Reviens-moi vite. _ Promis. Et en attendant, garde un ½il sur Marin. Tu l’as ignoré depuis qu’elle a quitté le camp. Nous étions toutes les trois très proches. A présent elle semble être une parfaite inconnue pour toi. Qui est son disciple ? Mes soupçons à propos de son potentiel sont-ils fondés ? Souffre-t-elle de solitude ? Ou bien, sa relation supposée avec Aiolia ne la met-elle pas en danger ? Autant de mystères que tu ferais bien d’élucider. _ J’ai toujours soupçonné que tu lui trouvais plus d’intérêt qu’à moi, minauda Shaina. _ Tu vas le faire, insista Geist ? _ J’ai peur que l’intérêt et le temps me manque, termina Shaina. _ J’espère dans ce cas que tu ne le regretteras pas ma belle. »
Dans les villages du Nord, Milo traînait des pieds à l’approche du logis où Aeson vivait reclus avec son disciple depuis des années. Il craignait de voir Crateris ouvrir la porte avec le regard rempli de doutes et de devoir lui briser ses derniers espoirs. _ « De toute évidence, il n’est pas dupe, se reprit Milo, en tant que futur Saint d’argent, il a bien ressenti le cosmos de son maître nous quitter. » Le Scorpion sortit de ses pensées lorsqu’il tomba nez à nez avec le prétendant de la Coupe déjà sur le perron. _ « Crateris… Tu m’as senti approcher ?! » Les yeux rougis par le chagrin, Crateris pointa du doigt la Pandora Box de la Coupe que Milo portait par-dessus celle de Cassiopée : « J’ai ressenti l’armure. Elle m’appelait à mesure que vous approchiez. » L’expression de son visage était dure. Il parlait sèchement. Depuis la veille où il était passé ici pour saluer Aeson, Milo avait constaté un profond changement chez Crateris. Il demeurait vêtu d’une tunique grise, gardait les poignets entourés de bandelettes de papier. Ses longs cheveux violets tombaient toujours derrière ses épaules et quelques mèches passaient encore sur son front et devant ses yeux bleu marin. Physiquement il était bien le même. _ « C’est l’émanation qui vient de lui. Cette impression de puissance, de maturité, de détermination qu’on ne trouve qu’en nous autre Saints confirmés. L’armure ne l’a pas encore revêtu qu’il dégage déjà le charisme d’un chevalier. » Crateris ramena Milo à la conversation. _ « Il le sentait Seigneur Milo. _ Pardon ?! _ Aeson. Il avait senti que le moment de mon sacre était venu. On dit qu’on peut voir son avenir à court voire moyen terme en observant son reflet dans l’eau qu’on déverserait dans le totem de ma Cloth. Il savait que cette mission était sa dernière. Et moi aussi. Je me suis vu, juste après lui, porter cette armure. Et je n’ai rien fait pour l’en empêcher. Je l’ai laissé partir. » Milo posa sa main sur l’épaule du jeune homme et déposa à côté de lui l’urne : « Tu n’as pas à t’en vouloir. Il avait reçu son ordre de mission. Il devait accomplir son devoir. Et l’armure avait déjà préparé sa succession. Comme elle la préparera un jour pour toi. » Aeson se plia en avant pour saisir la hanse permettant d’ouvrir la Pandora Box : « Elle n’en aura pas le temps. Car j’ai vu ma promotion… Puis ma mort… » Il tira dessus et libéra l’armure qui vint le couvrir : « Je mourrai des mains de l’ombre infini qui dévore la volonté des morts. Hadès en personne ! » Milo baissa la tête, confus. _ « Je n’en suis pas gêné, reprit Crateris. Après tout, c’est bien en notre époque qu’Hadès se réincarnera n’est-ce pas ? _ En effet. _ Alors, pour la mémoire de mon maître, j’espère faire en sorte que notre génération sera celle qui verra mettre un terme à la répétition de ces batailles. » Aussitôt, dignement, Crateris pose un genou à terre pour effectuer une révérence vers son supérieur qui, en déposa sa main sur le sommet de son crâne, l’adouba : « Je le souhaite de tout mon c½ur. C’est à cela que je suis préparé depuis que je suis fait Saint. Et même si ton appartenance à la chevalerie sera éphémère Crateris Saint d’argent de la Coupe, je te souhaite qu’elle soit honorable. »
Au temple des prêtresses, Shoko ajustait sa toge immaculée à l’instar d’Erda et Xiao Ling, nouvelles venues. Katya les présenta brièvement à leurs cons½urs. Chacune des trois ayant été acceptées pour leurs faits d’armes lors de la Guerre Sainte contre Eris, elles obtinrent toutes de sincères applaudissements chaleureusement menés par celle qui deviendra dans quelques mois la Lilith de Deathmask. Néanmoins, ce succès n’était pas au goût de toutes. Une prêtresse, recluse derrière les autres, applaudissait avec moins de dévouement. Dévisageant sa s½ur Katya qui souriait franchement aux trois recrues, Maria lisait à travers ce geste une reconnaissance qu’elle n’a jamais eue en retour. Elle maudit alors à nouveau sa faiblesse qui ne lui permit jamais d’obtenir un tel respect de son aînée contrairement à ces inconnues. Aussitôt, comme tant d’autres avant elle, une Evil Seed qui virevoltait depuis la veille au gré du vent, infiltra son c½ur. Devant, bien qu’élogieusement accueillie, Shoko n’en demeurait pas moins intérieurement bouleversée par les évènements récents. Tandis que Mii avait pris le relais de Katya pour assurer la visite des locaux, Shoko ne l’écoutait que d’une oreille. _ « … et ce sont les Saintias précisément qui sont les seules autorisées à s’occuper du corps humain de la déesse Athéna. Tâche si essentielle que seules Katya et Kyoko furent promises Saintias. Car elles ont su s’en montrer dignes... » A l’évocation du nom de sa s½ur, Shoko ne put refreiner un souffle d’amertume. Cela la sortit de sa léthargie et lui permit de remarquer qu’elle n’était pas la seule à rêvasser pendant les explications de Mii. En effet, Xiao Ling qui suivait à la semelle Erda semblait plus intéressée par elle que par leur future mission. Bien que cela amusa Shoko, Mii n’y gouttait guère : « … alors que nous autres, aspirantes, sommes uniquement des prêtresses pour l’heure. Et rares sont celles qui reviennent de leurs soins à Athéna ! Certainement bannies car jugées trop impures ou incompétentes pour cette tâche ! Après tout, il s’agit de satisfaire la volonté de la Déesse de la Sagesse ! N’est-ce pas Xiao Ling ?! » La Chinoise sursauta aussitôt, ce qui fit pouffer de rire Shoko. Mii, ignorant tous des m½urs de Saga qui provoquaient tant d’hécatombes dans leurs rangs, apparut bien sévère vis-à-vis de sa camarade asiatique qui s’effaça aussitôt. S’en fut assez pour que Shoko objecte : « Si je comprends bien Mii, toi qui es si passionnée par ton rôle et y mets tant de c½ur à l’ouvrage, tu es du même rang que nous et n’a jamais eu l’honneur de rencontrer sa Majesté Athéna ?! » Cette remarque acerbe ne manqua pas d’assurer un sourire en coin sur les lèvres de la discrète Erda, de soulager Xiao Ling et de renforcer la rivalité entre Shoko et Mii. Tout cela, bien entendu, sous le regard bienveillant de Katya, soulagée de savoir ces nouveaux caractères bienvenus à l’abri pour le moment des mauvaises pulsions de l’homme qu’elle aimait…
Pendant ce temps, dans les villages du Sanctuaire, Aiolia restait à regarder la fenêtre grande ouverte de la demeure où il vivait avec son frère avant que celui-ci n’attente à la vie d’Athéna. Désormais résidence de Lithos, il profitait qu’elle aéra cette maisonnette qu’elle a incroyablement fleurie pour la regarder s’agiter aux fourneaux. Il resta de longues minutes, partagé entre nostalgie de leur amitié passée et colère de lui avoir caché la mort de Galan. Compréhensif mais furieux, il revit l’espace d’un instant ses deux domestiques à ses côtés dans la maison du Lion. Ce tableau appartenant désormais au passé ne devait pas être brisé. Il tourna alors les talons, abandonnant toute dispute éventuelle. C’est alors qu’il se pensait assez loin, que la voix fluette de Lithos l’interpella : « Maître Aiolia ?! » Elle était juste dans son dos. Elle l’avait rejoint. _ « Je vous ai vu vous éloigner depuis ma fenêtre… Vous n’êtes pas venu me voir après votre mission… _ J’ai… C’est... C’est trop difficile… _ Ça ne l’a pourtant jamais été entre nous jusqu’à présent. » Aiolia garda le silence. La phrase de Lithos était volontairement pleine de sous-entendues. Admirative pour son sauveur alors qu’elle n’était qu’une enfant, dévouée à son service en tant qu’adolescente, elle ne pouvait pas demeurer insensible à sa droiture maintenant qu’elle était une femme. Pourtant, Aiolia ne l’entendit pas de cette oreille. Toujours dos à elle, il serrait nerveusement les poings. _ « Vous savez n’est-ce pas, s’hasarda-t-elle ? On dit qu’Eris a corrompu des êtres de bravoures du passé. Vous avez découvert la vérité c’est ça ? » Rompant le silence d’Aiolia, une voix familière répondit à sa place : « Dans les pires circonstances qui puissent être en effet. » Marin revenait alors du camp des femmes et croisa les deux amis. Comprenant que Marin prendrait la défense d’Aiolia, Lithos tenta de s’en expliquer : « C’était… C’était la volonté de Galan… Il m’a fait promettre de ne jamais vous le dire… Il préférait que vous le croyiez heureux et libre… Et… » Aiolia la coupa sans ménagement : « Au lieu de ça il a été mis en terre dans les bas-fonds du Sanctuaire. Torturé par Eris à qui il a refusé de prêter allégeance. Possédé, meurtri, anéanti corps et âme par l’Utérus. Alors que je l’ai toujours cru heureux et libre, oui. La vérité m’est venue de la bouche d’une Dryade. Pendant que j’étais en bonne santé et ignorant, mon ami, acteur de ma réussite, souffrait mille tourments de son vivant puis dans sa mort. » Confuse Lithos lâcha de façon malheureuse : « Nous n’aurions rien pu faire ! » Le visage défiguré par la colère, il se retourna en grondant vers elle : « Qu’en sais-tu ?! Qui es-tu donc pour pouvoir avoir de telles certitudes ?! » Choquée, vexée, profondément blessée par ces paroles, elle recroquevilla ses deux mains devant sa poitrine pendant que ses deux grands yeux ronds se gondolèrent de larmes. Tel un rugissement, la voix d’Aiolia avait attiré les passants. Quelques curieux commencèrent à tendre l’oreille. Hélas tristement connu, Aiolia ne put poursuivre davantage aux yeux de tous, devinant que déjà certains allaient médire à son sujet. D’un bond prodigieux, il disparut dans le ciel. Seule avec elle, Marin enfonça le couteau dans la plaie : « Je t’avais dit que la découverte un jour d’un tel mensonge serait pire que de lui avouer la vérité. » Meurtrie, Lithos dévisagea avec ranc½ur la Saint d’argent. Dans sa poitrine qu’elle cramponnait, une Evil Seed germait en secret. _ « Ne me dis pas que ça n’arrange pas tes affaires ?! » Marin préféra ne pas chercher querelle et tourna les talons. _ « C’est ça, continue à être Marin la juste, la bienveillante, toujours à tomber à pic pour remonter le moral d’Aiolia une fois que Galan et moi avions fini d’essuyer les pots cassés ! _ Alors c’est donc ça, cessa son départ Marin ?! _ Tu nous as pris Aiolia ! C’est toi qui l’as éloigné de nous ! C’est pour ça qu’il nous a renvoyé de chez lui ! _ Tu n’y es pas du tout. Il voulait une meilleure vie pour vous qui aviez tant subi à ses côtés justement. _ Mensonge ! Tu as toujours vu d’un mauvais ½il qu’une autre vive sous son toit ! » Marin avait compris que les années aidant, il y avait bien plus qu’un amour fraternel de Lithos envers Aiolia. Ignorant tout du fait que cet amour était exacerbé désormais par les graines de l’Utérus, Marin repartit comme elle arriva… En chemin, bondissant de roche en roche, elle revit quelques images horrifiques du bain de sang du camp des femmes qu’elle découvrit après la bataille. Animée par sa mission d’Aigle de Zeus, consciente des machinations qui entouraient les dernières Guerres Saintes, elle était davantage convaincue que l’entraînement qu’elle prodiguait à Seiya devait être le plus rigoureux possible. Car ce Pégase sera celui qui aura entre les mains l’avenir de l’humanité face aux dieux…
Dans la partie Ouest de l'Océan Indien, près de la Somalie, Milo n’arrivait pas à apprécier la brise. L’air marin sur l’île d’Andromède demeurait brûlant sur cette terre où une chaleur infernale le jour, dépassant aisément les 50 degrés Celsius, harassait les élèves d’Albior. Fixant la Pandora Box de Cassiopée qu’il a déposé au bord d’une falaise pour profiter par la même occasion de la vue, Milo souffla : « Je n’arriverai jamais à m’y faire à ce climat ! » Son interlocuteur, un homme blond, à la carrure massive et au visage mûr, rajouta : « Et encore, lors de tes visites tu ne t’es jamais attardé la nuit. Tu ignores tout du froid glacial qui s'abat sur l'île une fois le soleil couché. » Milo tourna la tête sur sa droite pour voir Albior le rejoindre. _ « Très peu pour moi. Je ne pensais pas revenir te rendre visite de sitôt mon ami. » Imposant dans sa Cloth d’argent, Albior inclina la tête en guise de respect et s’assit sur un rocher plus bas, juste aux pieds du Grec. Milo l’imita alors. _ « Ton courrier au Grand Pope a été apprécié. Il évoquait les difficultés qu’il avait à te rallier à lui depuis que nous sommes allés combattre en Egypte. _ Si notre présence en Egypte a permis de libérer quelques partisans athéniens du dictat des représentants du panthéon égyptien, combien de morts innocentes cela a-t-il engendré ? Cela justifie-t-il que depuis, les uns après les autres, nous attaquions chaque sanctuaire égyptien pour imposer notre régime ? _ Est-ce ce que tu inculques à tes élèves ? _ Pas le moins du monde. J’ai beau trouver la politique d’expansion du Pope en Egypte anormale, je garde un devoir de neutralité. La preuve, il a su le reconnaître en relevant dans mon dernier courrier qu’un postulant à la Cloth de Cassiopée est bientôt prêt à se rendre au Sanctuaire pour lui prêter allégeance. _ La perte de Rebecca a été l’opportunité pour le Grand Pope de te prouver la considération qu’il a pour toi. Il a immédiatement fait suivre cette Cloth. _ Certainement pour renforcer son armée et mener de nouvelles batailles. _ Si tel est le désir d’Athéna. » Albior soupira et se releva : « Pff… Je t’ai connu plus opiniâtre par le passé. » Milo le suivit vers le centre de l’île. _ « Où veux-tu en venir ? _ A l’époque, tu réfléchissais davantage aux causes et aux conséquences d’une Guerre Sainte. C’est cette sagesse, ton sens de la stratégie et ton acharnement sur le champ de bataille qui m’ont donné plaisir à lutter sous tes ordres, mon ami. _ Nous avons traversé de grandes épreuves ensemble, il est vrai. _ Toutefois, depuis, je te sais être parti de nombreuses fois au combat, exécuter diverses missions. Et à ton discours de l’instant, je ressens bien que tes agissements ne sont plus autant raisonnés qu’antan. » Les deux alliés arrivèrent au bord d’un précipice en bas duquel les disciples d’Albior s’exerçaient. Ceux-ci, tout en bas, furent interpellés par le reflet du soleil sur la Cloth de l’homme qui accompagnait leur professeur. Parmi tous, curieux et aveuglé, Shun baissa sa garde un instant, ouvrant une brèche que Spica s’empressa d’exploiter pour le renvoyer visage contre terre. June courut immédiatement le relever : « Shun ! Tu n’as rien de cassé ?! » Anikeï le réprimanda aussitôt : « Combien de fois faudra-t-il te dire de ne pas baisser ta garde même lorsque tu combats un camarade ?! La confiance aveugle que tu portes à tes adversaires finira par te jouer des tours. » Mais le futur Saint d’Andromède n’y entendait rien. Il restait fasciné par la vue de ce chevalier qui l’éblouissait et dont il n’arrivait pas à bien distinguer les traits. Reda, venu féliciter Spica pour sa victoire, s’empressa d’être condescendant : « Notre maître reçoit régulièrement des visites de Saints de haut rang venus tout droit du Sanctuaire ! Il a mené de grandes batailles et est respecté de tous. Quel dommage que tu offres un tel spectacle Shun ! A part décrédibiliser le travail accompli par Maître Albior, tu ne sers vraiment pas à grand-chose ! » Plus haut, loin de se soucier des querelles ou des piètres prestations de ses élèves, Milo demeurait vexé par les propos outranciers d’Albior. _ « Tu finiras par empoisonner tes élèves à tenir de tels discours, que tu le veuilles ou non. _ Je te rassure, j’ai choisi simplement d’inculquer mon art. Pour le reste, je fais preuve de neutralité. _ Faire preuve de neutralité c’est ignorer les ordres du Sanctuaire. Le Grand Pope est tout autant magnanime qu’il peut être intransigeant. Au point de faire punir ceux qu’il considère comme des traîtres par leurs proches. Un châtiment traumatisant destiné à marquer les esprits d’éventuelles mauvaises résolutions d’autres sujets. _ Gouverner par la terreur. Le Grand Pope Shion nous a habitué à mieux par le passé. Son frère Arlès n’aurait-il pas une mauvaise influence sur lui depuis ces dernières années ? _ Je crains surtout qu’avec une telle attitude, je ne sois envoyé un jour ici pour te punir en personne. » Albior le regarda alors fixement : « Si ce jour venait alors, par respect envers notre camaraderie, je te demande de me combattre de toutes tes forces. » Bien que droit, Milo grimaça : « Tu sais très bien que j’en serai incapable. Car je sais qu’au fond, tu demeures un Saint digne d’Athéna. Faire l’étalage de toute ma puissance serait alors te condamner sans retour possible. » Albior repartit récupérer la Cloth de Cassiopée en tempérant : « Prions Athéna alors pour que ce jour n’arrive jamais. » Milo le laissa prendre ainsi congé. Avant de repartir d’un bond jusqu’au Sanctuaire, sa récente discussion avec Aiolia et les doutes évoqués par Albior le perturbèrent : « Pourrais-je vraiment condamner Albior ? Après tout, il est vrai que le Grand Pope est très changeant. Par exemple, il accède à la dernière volonté d’Aeson alors qu’il a trahi par deux fois le Sanctuaire. La première fois en enfantant par deux fois avec une Saintia, un parjure envers Athéna. Et pire que tout, la seconde en se rangeant du côté d’Eris. Tout comme il semble accorder ses faveurs à Aiolia qui, même s’il est un vaillant frère d’arme, n’en reste pas moins le frère du traître. Comment garder les idées claires après tout ça ? » Flashback
Perdu dans ses pensées, Rigel demeure dans le sillage d’Eris. Il ne prête guère plus attention aux temples desquels s’écoule sous forme de cascades l’eau des ruisseaux, ni aux pierres blanches qui dallent le sol. Tout ceci, il l’arpente maintenant depuis trois ans au milieu des Dryades et de ses camarades Fantômes, Aeson et Olivia. D’ailleurs, c’est lorsque Kyoko arrive devant un banc de pierre entouré d’anciennes statues d’athlètes et penseurs, qu’elle ramène à lui le Ghost Saint. D’un demi-tour gracieux, elle lui offre un sourire semblable à ceux d’autrefois alors qu’elle était une Saintia et lui un Saint. _ « Cet endroit n’est-il pas magnifique ?! Je veux parler du Jardin d’Eden tout entier ! _ Si, bien sûr, incline-t-il la tête. » Elle achève la traversée de son Jardin d’Eden au sommet d’un escalier de pierre fort marqué par le temps. _ « Il me tarde de pouvoir entrer en scène ! Maintenant qu’Aeson, Olivia et toi êtes à mes côtés, j’ai hâte de retrouver le dernier membre de ma famille. La seule qui n’a pas voulu se joindre à moi. Shoko ! » Cette déclaration pleine de motivation rappelle à Rigel que les trois années passées ici à s’entraîner sont bien destinées à une Guerre Sainte plus sanglante que celle que le Sanctuaire croit avoir remporté contre Eris. Pour preuve, ils débouchent tous les deux sur l’esplanade principale au bout de laquelle autour du trône d’Eris, trois silhouettes l’attendent. Rigel n’avance plus, observant une distance que le rang de ces trois entités inspire. La première d’entre elle, un homme de grande stature, plus mature que les deux autres, s’impose. Blond, l’½il gauche dissimulé par une mèche de cheveu, il a un ton sévère : « Notre père Arès est-il enfin au courant ? » Kyoko fait apparaître entre ses mains sa lance à quatre branches. L’apparition de celle-ci réduit en cendres sa tenue contemporaine d’écolière et la remplace par sa longue robe pourpre. A cet instant, plus que jamais, elle est Eris : « Tout est prêt Deimos ! » Immédiatement, derrière l’athlétique Deimos, Harmonie, rejoint ses deux mains devant elle en entrelaçant ses doigts : « Alors après ces millénaires enfermés dans la Pomme d’Or, nous allons enfin pouvoir assister notre père. » Harmonie a de longs cheveux blonds et onduleux. Ses yeux sont bleus. Contrairement à ses frères, bardés des pieds à la tête comme de sanguinaires soldats, Harmonie est vêtue d'une robe blanche et d'un châle blanc. Enfin, d’apparence plus juvénile que Deimos et Harmonie, Phobos n’apparaît pas moins dangereux. Loin de là. Sa joue gauche balafré et la malice qui se dégage de son ½il gauche donnent au troisième membre de la garde rapprochée d’Arès une allure menaçante. L’½il droit caché comme son frère sous son diadème et sa mèche de cheveux bruns, il se précipite au-devant d’Eris : « Nous, les Ombres, la garde rapprochée d’Arès, allons enfin pouvoir être à ses côtés. Finis ces Berserkers qui n’étaient pour nous que des premières lignes. Ils ont causé assez d’échecs comme ça au Dieu de la Guerre en notre absence ! » Eris passe devant lui sans s’en soucier et s’installe lascivement dans son trône de pierre. D’un mouvement de la main, elle invite Rigel à la rejoindre. Le Saint déchu passe au milieu des trois dieux sans leur adresser un regard et s’agenouille aux côtés de sa bien-aimée. Eris conclut : « L’heure approche. Un peu de patience. En attendant, ça bouge à Asgard. Je viens de sentir le cosmos de Poséidon y interférer… »
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« on: 3 December 2022 à 14h18 »
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Cette version du chapitre 26 est une version rééditée de la publication originale du 9 janvier 2012. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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