Messages - Kodeni

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Cynarhum² / Re: Test
« le: 8 Avril 2026 à 9h40 »
Ca refonctionne parfaitement chez moi. Merci.

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Only for Love / Chapitre 87
« le: 8 Avril 2026 à 9h37 »
Chapitre 87

En ce matin du 5 avril 1987, les Saintias savourent dans leur temple leur adoubement.
Un peu en retrait, Katya observe chacune de ses cons½urs apprécier leur sacre à leur manière.

Très protocolaire, Mii n’oublie pas le rendez-vous du déjeuner, que leur a fixé Saori.
Elle s’active déjà à préparer le repas et place avec minutie sur plusieurs plateaux les différents mets que cuisine Xiao Ling.
La chinoise, elle, s’extasie de faire la cuisine et d’avoir l’occasion de concocter un plat typique de sa culture d’origine.
Néanmoins, elle jette un coup d’½il à droite pour admirer sa Cloth, qu’elle a reposé sous sa forme totémique et un coup d’½il à gauche pour chercher où peut bien être Erda. Xiao Ling se disperse beaucoup.
Beaucoup trop pour Mii, qui la reprend constamment.

Cela amuse beaucoup l’aînée qui est rejointe par Shoko.
La Saintia du Petit Cheval ne quitte pas sa Cloth.
Fière, c’est également le sentiment étrange que partage son armure avec elle qui l’intrigue.
La Grecque surplombe Katya restée assise contre un pilier.
_ « Je peux quelque chose pour toi Shoko ?
_ Katya... Toi qui as bien connu ma s½ur et l’a vu porter cette Cloth plus de fois que moi…
_ Oui. Elle a changé de forme depuis qu’elle a quitté Kyoko en effet. L’avant-bras, la pointe basse du plastron, les épaulettes, la ceinture… Ta Cloth a évolué.
_ Il n’y a pas que ça. Je sens l’empreinte de ma s½ur s’estomper. Mais aussi une autre âme à travers elle. Des pensées… Une culpabilité de ne pas avoir pu sauver Kyoko… Ces sentiments, ce sont les tiens n’est-ce pas Katya ? »
La meneuse des Saintias se relève alors et avance doucement vers les jardins, à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Suivie de Shoko, elle confesse : « Avant de ramener la Cloth de Kyoko au Pope, j’ai profité de mes blessures contre les Dryades pour verser mon sang sur elle, afin de l’aider à se régénérer dans sa Pandora Box en attendant le jour où tu prendrais le relais. Car je savais que ce serait toi. La Cloth t’a soutenu durant le combat contre Eris et tu as fait preuve d’une détermination sans faille. Une telle détermination qu’il était impossible d’imaginer que tu puisses en rester là. »
Après ces confessions, Shoko perçoit à travers les regrets captés par la Cloth, les réminiscences du passé de Katya. Sa relation avec le Pope, mais aussi les secrets qu’elle connaissait de Kyoko. Tout cela, sous forme de flashs qui frappent son esprit et meurtrissent son âme.
Elle s’en cramponne le c½ur et en tombe à genoux.
Katya se retourne alors vers elle : « Maintenant tu sais tout. »
Shoko relève les yeux vers Katya. Son regard mêle reconnaissance envers le sacrifice de Katya, souffrance pour les peines éprouvées par celle-ci, mais aussi colère contre tous ces secrets qui ont causés tant de mal et pervertis le c½ur de Kyoko.
Katya baisse les yeux, honteuse : « Je savais que par ce geste, mon message te serait délivré le jour où tu serais adoubée. Il était important pour moi de ne rien te cacher de nos passés à ta s½ur et moi. Encore plus désormais que nous sommes s½urs d’armes et que nos vies sur le champ de bataille dépendent, maintenant, l’une de l’autre. Je n’attends pas ton pardon, ni que tu me comprennes. Je souhaitais juste être franche avec toi, comme j’aurais dû plus l’être avec chacune des nôtres qui ont été sacrifiées pour les désirs de l’homme dont j’étais éperdument amoureuse. »
Alors qu’elle s’attend à un sermon, Katya sent contre ses épaulettes la poigne de chaque main de Shoko.
Celle-ci, debout à nouveau, lui adresse un sourire triste, gondolé de larme, mais sincère.
Sa voix, emprunte d’émotions diverses, allant de la colère à la compassion, promet : « Je te remercie de cette sincérité. La vérité m’aide à briser, une bonne fois pour toute, les regrets éprouvés envers Kyoko. Elle me convainc maintenant et définitivement de faire mieux qu’elle. Vous étiez s½urs, Kyoko et toi, dans le mensonge. Nous sommes s½urs, toi et moi, désormais, dans la vérité. »
Spontanément, Katya la prend alors dans ses bras et la serre très fort contre elle.
Les yeux fermés, absorbée par ce geste tendre auquel la froide Saintia n’est pas coutumière, elle ne remarque pas Maria, qui observe la scène depuis la lucarne des appartements du temple.

En effet, la prêtresse déchue, rassemble ses quelques objets personnels dans un panier en osier.
Interdite par cette scène attendrissante, elle sent une fracture au plus profond de son être.
L’Evil Seed dissimulée en elle développe ainsi à l’affût ses racines dans tout son être.
Consciente que son éviction lui fait perdre également sa famille, biologique pour Katya, et spirituelle pour les autres Saintias, cette affliction féconde davantage la graine maléfique et favorise son accroissement.
Soudain, le raclement de gorge de Marin lui rappelle de se presser.
Restée à l’encadrement de porte de la chambrée, le Saint de l’Aigle attend de pouvoir raccompagner sur ordre d’Athéna l’ancienne prêtresse, avant de reprendre ses recherches sur Seika et la Chouette…


Au même moment, au Japon, quelques grues s’activent en plein centre de Tokyo.
Alors qu’il y a encore 7 mois, les Galaxian Wars créaient d’interminables embouteillages sur l’avenue principale, la circulation est désormais fluide jusqu’au Coliseum.
De cette immense bâtisse, il ne reste plus que des vestiges de béton et de ferrailles.
Les galeries commerciales, cerclant les gradins capables de dépasser tous les records d’affluence de n’importe quelle enceinte sportive au monde, ont été réduites en cendres.
Les tribunes ne ressemblent plus qu’à des escaliers de pierre.
Les actes criminels orchestrés par Gigas et Phaéton ont réduit à néant, de prime abord, les efforts de Mitsumasa Kido.
En réalité, l’entreprise fut un succès, puisque cela a permis de dévoiler les cruelles intentions de Saga et de ramener Saori sur le trône du Sanctuaire.
Après le vol de la Cloth du Sagittaire par Ikki, la Fondation Graad a fini par communiquer qu’il s’agissait en réalité d’une mise en scène grandeur nature. Embourbée dans une lutte interminable pour récupérer la Cloth, puis reléguant ensuite cette quête derrière d’autres objectifs, Saori n’eut d’autres choix que de revoir sa communication aux yeux du monde contemporain.
Confiant cette tâche à Tatsumi, la population mondiale a peu gouté à cette mascarade. Et, si cela a permis finalement de taire au monde entier l’existence du Sanctuaire et des dangers qui entourent l’humanité, Tatsumi a ½uvré à racheter en apparence ce projet malvenu.
Tous les spectateurs ont été indemnisés. Tandis que les sponsors ont préféré renouveler leurs partenariats dès lors que la Fondation Graad a annoncé reconstruire sur les bases du Colisée un immense foyer caritatif destiné à accueillir, éduquer et insérer les plus démunis dans une société destinée à bâtir un monde meilleur. 
La campagne de communication et les travaux de déblaiement qui s’en suivirent aussitôt ont permis d’améliorer la réputation de la Fondation Graad, alors que tout semblait il y à peu, plonger celle-ci dans une catastrophe historique.

S’étant acheté la paix, elle a pu ainsi poursuivre ses travaux de renseignements généraux conduits officieusement dans les souterrains du Coliseum qui, eux, demeurent intacts.
Dès lors, les allers et venues d’agents de la Fondation Graad paraissent naturelles, puisque couvertes par la reconstruction manifeste et les intentions caritatives annoncées.

C’est ainsi que devant le rideau de fer conduisant au parking souterrain, Sho, Ushio et Daichi restent à débriefer ce qu’ils viennent de comprendre.
Ils saluent à tour de bras les passages des véhicules qui rentrent et sortent après les contrôles de sécurité. Les équipes de renseignement se succèdent, tandis que leurs trois responsables s’inquiètent de la situation.
En charge des actes des forces divines sur le monde moderne pour le compte d’Athéna, ils prennent très à c½ur leur mission de relais.
Dès lors, maintenant qu’ils suspectent qu’une force non encore identifiée agit dans l’ombre, ils sont contraints d’agir.
_ « Il nous faut faire preuve de prudence, commence Ushio. Nous ne savons pas à qui nous avons affaire.
_ Il y a surtout un risque de confiance, corrige Sho en qualité de meneur. Les populations locales sont ravies de la chute de la criminalité. Il va nous falloir faire preuve d’encore plus de discrétion pour mener nos enquêtes.
_ Cela tombe au plus mal, déplore Daichi. Pile au moment où nous déployons tous les moyens de la Fondation Graad dans le secours de la population mondiale après les inondations de Poséidon.
_ Peut-être aurions-nous dû nous en apercevoir bien avant cela, rétorque Ushio…
_ Ça ne sert à rien de nous flageller, insiste Sho. Visiblement cela a commencé bien avant que les Galaxian Wars débutent. Le plan de Mitsumasa Kido n’était pas encore dévoilé et Saori n’avait pas conscience de la mission qui allait être la sienne.
_ Je trouve au contraire que nous avons fait preuve de réactivité et de discernement, positive Daichi.
_ Absolument, conclue Sho. Edward, un messager du Sanctuaire, est venu sur ordre d’Athéna en personne délivrer un message à Tatsumi. Celui-ci me l’a communiqué. Depuis qu’elle est partie pour Asgard, Saori n’est pas rentrée au Japon. Elle risque de demeurer encore quelques temps au Sanctuaire. Elle rappelle donc à elle Jabu, Ban, Geki, Ichi et Nachi. Ils retrouveront June et les autres Saints au domaine sacré. Il m’apparait nécessaire de les alerter de notre découverte avant leur départ, afin que l’information parvienne à Athéna. Cependant, il nous faudra faire preuve de discrétion. Seiya et Shun sont restés au Japon après la bataille contre Poséidon. Encore convalescents, nous les savons capables de repartir contre la volonté de Saori en mission s’ils ont vent qu’une nouvelle menace plane. »


Pendant ce temps, au Mexique, tout autour de la pyramide de Tezcatlipoca, les Jaguars se consacrent comme chaque jour au service de leur dieu et des leurs.
Humain en peau de jaguar ou humanoïdes, enfants ou adultes, hommes ou femmes, les Jaguars s’organisent autour de leurs tipis.
Certains dépècent les prises de chasses, pendant que d’autres font cuire la viande sur une broche.
D’autres rapportent les mangues, melons et oranges rapportés de leurs cueillettes, pendant que, sur quelques lopins de terre, les soldats les plus habiles en techniques agricoles s’affairent à récolter le maïs, les avocats et les tomates.
Sinon, ce peuple guerrier perfectionne sans cesse son sens du combat, lorsqu’il ne prie pas en direction du polyèdre.

A l’intérieur de celui-ci, les prêtres s’activent à déposer devant l’horrifiante statue quelques offrandes, alors que Tezcatlipoca reste assis nu, les mains sur les genoux, les yeux clos, sans rien dire la majeure partie du temps.
Il tourne le dos au sceau d’Apollon qui retient prisonnier le Pendentif de Zeus et qui ressemble à une boule de feu semblable au soleil.
Ce dernier chauffe le dos du dieu aztèque qui en emmagasine sa toute-puissance.

Admiratif, le Prêtre Necocyaotl observe sournoisement son maître, sans ignorer l’arrivée lumineuse de Ksénia qui avance d’une démarche sensuelle.
L’ecclésiaste, mince, les épaules tombantes et le regard vicieux, détaille la jeune femme qu’il reconnaît parfaitement.
Arrivée à sa hauteur, l’Ange fixe l’attitude reposée de Tezcatlipoca : « Le Dieu du Soleil a parlé. »
Necocyaotl ouvre sa très large et très fine bouche pour arborer ses dents longues et pointues. Il sort sa grande langue pour venir lécher le visage de la vénusté qui, elle, le saisit par la mâchoire pour l’immobiliser.
Elle plonge ses yeux topaze dans le regard couleur feux du conseiller de Tezcatlipoca qui témoigne d’une expression malsaine.
Par cette poigne elle rappelle sa puissance écrasante à ces sujets humains.
_ « Le sceau du Dieu du Soleil a redonné à Tezcatlipoca la totalité des forces dont Athéna l’avait privé deux cents ans plus tôt. L’heure est venue de détruire le monde tel que nous le connaissons. L’éradication de l’humanité provoquera la levée d’un nouveau soleil. Vous êtes ceux qui initieront la fin du monde. »
D’un mouvement de tête, le prêtre se défait de la prise d’Helénê.
Le fond blanc de ses yeux totalement imbibé de sang, il complète.
_ « Nous sommes ceux qui initieront la fin du monde. Nous sommes nés pour ce grand jour. Et quand ce sera fini, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde sera exaucé.
_ Avant cela le Dieu du Soleil réclame un dernier sacrifice. Celui des quatre Saints qui tournent trop autour de nos projets. »
Un large sourire malsain se dessine sur le visage peint de jaune et noir, couleur de sa tribu, de Necocyaotl : « C’est parfait. Cela rentre pile dans mes plans. »
La Russe passe ses doigts sous le châle vert du Mexicain, pour caresser délicatement son torse. Rappelant ainsi que c’est elle qui dispose des hommes et non l’inverse : « Une fois les Saints morts, Tezcatlipoca pourra utiliser les pleins pouvoirs que lui donnent le sceau semblable à un soleil. »
Le second du dieu aztèque frémit de plaisir, alors que l’apparence de la messagère d’Apollon, déjà téléportée vers d’autres cieux, se dissipe dans l’air : « C’est parfait. Il ne me reste plus qu’à convoquer les lieutenants de Tezcatlipoca. »


Après cela, au Sanctuaire, à travers les douze temples du zodiaque, les Saintias parcourent les marches pour des raisons diverses.

Déjà en place en ce lieu depuis qu’elle est adoubée, Erda visite la maison du Cancer, qu’elle connaît pourtant déjà très bien.
A l’écart du chemin principal qui relie l’entrée à la sortie du temple, elle se dirige vers la chambrette de Deathmask, qu’elle n’avait jamais exploré.
Curieuse, elle pousse la lourde porte en bois de la pièce dont les gonds sont fixés dans la roche.
En colère contre la cruauté de ce Saint, perturbée par le baiser volé qu’il lui prit au Yomotsu Hirasaka, elle demeure obnubilée par le défunt Cancer.
Le petit lieu d’intimité est bien morne.
Le feu, par-dessus lequel est suspendu un immense chaudron, ne brûle plus depuis des mois. Le bois noirci qui servait d’unique chauffage à la minuscule chambre ne crépite plus maintenant que Shiryu a pris la vie de celui qu’elle s’était jurée de conduire à sa perte.
Par souci d’équité, identique à toutes les autres chambres dans les douze temples, la pièce ne contient qu’un large lit, avec à sa droite un lourd bureau, uni à une ridicule penderie. Et à sa gauche, une table et deux chaises.
Erda semble déçue : « Bien que les masques de mort ne hantent plus le temple, je croyais trouver ici plus de… Enfin… Peut-être… Non… Je ne sais pas… Je ne sais pas ce que j’espérais trouver. »
Les meubles sont taillés dans du chêne massif. Le signe zodiacal qui orne le devant de la maison est également frappé sur un tableau de marbre au-dessus de la couche. Le même marbre couvre le sol.
Au bout de la pièce, il descend sur une profondeur d’un mètre sur un mètre. Un bouchon bloque une évacuation qui se situe au fond de ces thermes miniatures. L'écoulement ressort à l’extérieur du temple.
_ « Alors voici où il faisait sa toilette et où il évacuait ses déchets… Finalement, pour la caste la plus digne, leurs conditions de vie étaient bien pauvres face aux notre. Que ce soit au temple des prêtresses ou au camp des femmes Saints… »
Soudain, elle réalise qu’elle s’apitoie sur le sort de l’homme qu’elle hait.
Elle écarquille grand les yeux en se reprenant, referme la porte en la claquant et fait demi-tour : « Non mais qu’est-ce qu’il me prend ?! Pour peu, j’en viendrai à trouver des circonstances atténuantes à ce monstre ! »

Heureusement, le bruit des pas en approche l’aide à se remettre de ses émotions.
Après qu’un frisson d’angoisse la parcourt à l’idée d’avoir témoigné de la compassion pour Deathmask, elle part retrouver les visiteurs.
Marin et Maria débarquent depuis la maison du Lion.
Erda comprend que Marin a pour mission d’escorter, celle qui a été évincée du groupe.
Alors que plus d’une n’auraient pas osé croiser son regard par gêne, Erda, au caractère bien trempé, fixe Maria.
Elle espère y trouver la détermination qui a fait tant défaut à Maria ces dernières années. Pensant qu’être libérée de la pression de servir Athéna, donnerait un second souffle à la jeunesse de Maria, elle ne lit que mélancolie dans ses yeux.
Abandonnant toute charité envers celle pour qui elle n’a plus la moindre estime, Erda s’en désintéresse dès que Marin lui adresse la parole : « Comme souvent Erda, je te retrouve à visiter ce temple dès que tu as du temps libre. »
Elles sont interrompues par la course pressée de Katya qui arrive à toute vitesse après avoir descendue toutes les maisons à vive allure jusqu’ici : « Maria ! Maria ! Attends ! »
Comprenant que l’heure des adieux est venue pour les deux s½urs, Marin et Erda s’éloignent.
Maria, elle, ne se retourne pas vers Katya et continue de traverser la maison.

_ « Mais ! Enfin ! Attends-moi Maria, dit Katya en lui barrant la route ! Tu ne comptais tout de même pas partir comme ça ?! Sans me dire au revoir ?!
_ A quoi bon ? Cela a-t-il vraiment de l’importance après tout ?
_ Bien sûr que ça en a ! Tu es ma s½ur !
_ Ta s½ur ? C’est plus Shoko désormais. Comme Erda. Mii. Ou encore Xiao Ling.
_ Que dis-tu voyons ?! Rien ne pourra rompre le lien qui nous unit. Le sang et toutes ces épreuves que nous avons traversées ensemble !
_ Les épreuves ? Quelles épreuves ? Tu as toujours été brillante. Plus forte. Plus obstinée. Dès lors que nous avons quitté notre foyer, je n’ai plus connu la faim, tu as toujours fait en sorte que cela n’arrive pas. Tu m’as toujours protégé. »
Malgré le fait qu’elle reste calme, employant un ton monocorde, blasée, Maria repasse devant Katya pour poursuivre son chemin.
_ « Seulement me couver ainsi ne pouvait durer qu’un temps. Les Guerres Saintes s’enchaînent. Et le lieu où tu m’as conduit pour me protéger d’elles n’est plus un lieu sûr. Et la vérité est criante, je n’ai même pas le niveau d’un garde du Sanctuaire, malgré toutes ces années de souffrance.
_ Je suis certaine qu’on peut trouver une sol…
_ Pas la peine, la coupe Maria. Athéna a prévu ma reconversion en me trouvant une bonne famille. Marin m’y conduit.
_ C’est formidable, se montre rassurée Katya !
_ J’aimerai être aussi enthousiaste que toi. Cette bonne escorte et mon lieu d’affectation, une famille d’un pauvre village du Nord, écarté du Centre, sont destinés à me mettre au trou, là où je ne parlerai pas de votre adoubement, ni de mes connaissances des secrets du passé les plus inavouables. Comme si je n’étais pas une personne dévouée et de confiance. »
Katya a du mal à supporter davantage ces lamentations qu’elle subit depuis tant d’années.
De plus, le pardon d’Athéna après son allégeance envers Saga et le souci de celle-ci pour mettre Maria à l’abri d’un maître mal attentionné ou d’un travail accablant, l’indigne du manque de considération de sa s½ur à l’endroit de la Déesse de la Sagesse.
_ « Je te trouve injuste. Athéna fait tout pour te garantir une belle retraite.
_ Elle fait tout pour me faire taire surtout. Qu’elle est le problème, si on sait que vous êtes devenues Saintias ?!
_ Peut-être qu’une mission importante et secrète doit nous être confiée et ignorée des menaces qui planent sur la Terre ! Si tu n’avais pas passé ton temps à te plaindre et que tu t’étais investie davantage, peut-être que tu saurais ce que c’est de devoir protéger le secret d’une mission ! »
La vérité la blessant fortement, Maria montre enfin un élan de révolte : « En effet, je n’ai pas cette chance d’être aussi forte et motivée que toi ! Cela m’a valu de ne jamais être dans ses petits papiers ni dans ceux de Saga d’ailleurs ! Je n’ai donc pas ton expérience pour garder des secrets aussi sordides soient-ils d’ailleurs ! »
Pour seule réponse, Katya la retourne vers elle en lui cramponnant le bras et la gifle violemment.
Si fort que Maria en fait un pas de côté.
La plus faible des deux, riposte par un regard effronté, voire haineux.
Elle mouche d’un revers de main le sang qui coule de son nez et essaie de garder un semblant de dignité en ne frottant pas la contusion qui apparaît sur sa joue.
A nouveau, elle reprend sa route. Fâchée.
Elle quitte le temple du Cancer sans un dernier mot pour sa s½ur qui a pourtant tant donné pour elle.
Vexée, Katya n’arrive pas non plus à la retenir pour s’excuser.
Elle se sent presque soulagée de la voir enfin quitter sa protection, mais regrette déjà de la quitter de cette façon…

En retrait, Erda reste pensive à l’endroit de Deathmask…
Marin le constate. Elle détaille la Saintia des pieds à la tête dans la Cloth qu’elle a hérité de Rebecca et engage la conversation.
_ « Tu lui ressembles beaucoup tu sais.
_ Pardon, dit-elle en sortant de ses pensées ?!
_ A Rebecca. Tu apparais aussi noble qu’elle dans cette Cloth.
_ Merci, susurre-t-elle en baissant timidement la tête. »
Marin piétine dans la demeure du Cancer en observant les lézardes sur les murs et le plafond : « Je me souviens de l’époque, où nous nous sommes retrouvées au camp des femmes Saints après l’invasion des Dryades. Tu avais refusé de suivre l’entraînement d’un autre maître que Rebecca, prétextant vouloir poursuivre ta propre voie… »
Erda garde la tête basse.
Marin fixe alors la porte de la chambrée de Deathmask au loin. Elle remarque la poussière sur le seuil de porte qui a été soulevée par le mouvement de celle-ci et comprend : « … Finalement tu as quitté la voie des Saints pour devenir une Saintia. Te sens-tu comblée d’avoir fait ce choix ? »
La vue d’Erda se fixe sur le pilier le plus proche.
Elle caresse alors la colonne, perdue dans son spleen.
_ « Je m’en doutais, poursuit Marin. Malgré tes excellentes capacités martiales, j’ai bien compris que tu ne portais pas le même soin au service et aux bonnes manières qu’on inculque aux Saintias. Ton orientation vers cette caste était motivée à des fins personnelles n’est-ce pas ?
_ Il fallait que je me rapproche d’Athéna, confesse-t-elle timidement. Il fallait que je lui demande pourquoi ? Pourquoi accepte-t-elle dans ses rangs des monstres comme Deathmask ?
_ Tu sembles garder un certain trauma à l’égard de ce Saint.
_ A l’insu des Saints, il a rasé le camp des femmes chevaliers lors du combat contre les Dryades, pour se débarrasser de celles-ci et des Evil Seeds de l’Utérus. Sans distinction, aucune, entre ennemis et innocentes. Et lorsqu’il a fallu me rendre des comptes, il en riait, s’en vantait. Et il était même prêt à me sacrifier, pour me faire taire. Alors j’ai voulu à l’époque rencontrer Athéna, pour lui demander comment il était possible qu’elle garde dans ses rangs un monstre pareil ?! Puis j’ai réalisé que le meilleur moyen pour moi de la rencontrer, c’était de rentrer à son service direct.
_ Mais depuis des mois que tu la sers, tu ne lui as pas demandé. La question ne fait plus sens à tes yeux.
_ J’ai appris que l’armure l’a quitté en plein combat contre Shiryu du Dragon. J’ai compris que ce n’était pas Athéna en personne qui l’avait adoubé… Mais tout de même, la Cloth l’a reconnu et protégé durant tant d’années. Elle a fermé les yeux sur ses agissements durant tout ce temps. Comment interpréter cela ?!
_ Et maintenant que tu es toi aussi investie d’un devoir sacré, tu te remets en question n’est-ce pas ?
_ La Cloth de Cassiopée m’a choisi alors que j’ai agi à des fins personnelles.
_ Tu te mens à toi-même.
_ Pardon ?!
_ Tu fermes aveuglément les yeux sur des aspects qui te paraissent contradictoires, pour ne pas voir l’évidence. La Cloth d’or du Cancer a protégé Deathmask en dépit de ses actes malveillants. Mais a-t-il toujours été ainsi ? Sans vouloir le défendre, ni même vouloir cautionner son attitude, n’y a-t-il pas eu des circonstances expliquant sa cruauté ? Son manque de discernement ? Malgré leur impact, ses actes ne servaient-ils pas une cause plus grande que sa barbarie ? Et toi ? La Cloth de Cassiopée a-t-elle juste fermé les yeux sur ta ranc½ur ou bien a-t-elle ressenti un sens du devoir plus grand que tu ne veux le montrer au fond de ton c½ur ? »
Ces insinuations de Marin choquent Erda. L’Aigle poursuit : « Athéna aime les Hommes. Avec leurs forces et leurs faiblesses. Elle tolère leurs défauts, car elle sait voir le bien que ceux-ci dissimulent derrière leurs torts. C’est ainsi que Deathmask est devenu Saint. C’est ainsi que tu es devenue Saintia. La Cloth de Cassiopée est entrée en harmonie avec toi après avoir ployée devant Athéna. Elle te reconnaîtra et te protégera comme la Cloth du Cancer l’a fait avec Deathmask tant qu’il y aura de l’humanité en toi. Et ce, jusqu’au jour où elle estimera qu’il n’y a plus rien à sauver chez toi. Je ne peux pas croire qu’une favorite de Rebecca soit à ce point asservie par ses sentiments. Rebecca croyait en toi. Elle ne tarissait pas d’éloges à ton propos. D’où ma proposition d’achever ton apprentissage à sa mort. Entre temps, tu as choisi d’enquêter sur Deathmask. Mais le mystère est en parti élucidé. Sa Cloth l’a renié. Athéna a repris son Sanctuaire. Et ta Cloth a su lire en toi une ferveur, que tu refuses d’admettre. Qu’en est-il pour toi à l’aube d’une mission essentielle ? »
Erda plaque sa tête contre le pilier sur lequel elle s’appuie depuis le début.
_ « Je… Je suis tellement frustrée que quelqu’un d’autre a accompli ce que je m’étais promise de faire… Shiryu du Dragon… Ma… Ma mission de Saintia a-t-elle encore du sens du coup ?
_ Deathmask n’a jamais eu raison d’agir comme il agissait. Mais on ne naît pas bon ou mauvais. Des évènements l’ont sûrement rendu si peu magnanime. Il n’est pas question de pardonner sa malveillance. Seulement, si ce sujet te tourmente tant, cherche à comprendre comment Deathmask en est arrivé là. Et en même temps, réalises-tu pourquoi cela te choque tant ?
_ Parce que ça va à l’encontre de tout ce en quoi je crois. L’altruisme, le courage, l’amour, l’amitié… Tout ce qu’on m’a pris…
_ Ai-je donc encore besoin de te rappeler alors pourquoi ta Cloth t’a reconnu ? Pourquoi Athéna t’a choisi alors qu’elle a ressenti les tourments dans ton c½ur ? »
Erda relève la tête, les yeux embués de larmes.
Marin la met face au destin : « Tu es une Saintia au service de la justice. Et la mission qui va t’être confiée est d’une importance capitale. Le doute ne sera pas permis sur le champ de bataille. Elude ce doute en ton c½ur et choisit ta voie. Il te reste quelques heures, avant de t’engager dans une quête, dont il sera impossible de revenir indécise. »
Les deux femmes entendent le ton monter entre les s½urs et voient Maria quitter le temple de colère.
Marin ouvre les yeux à Erda : « Je conduis Maria chez un notable du Sanctuaire. Elle sera en sécurité au service de son épouse. C’est Athéna en personne qui a sélectionnée cette famille pour elle lors de ses visites du Sanctuaire. Elle est soucieuse de ses sujets et a foi autant en leurs forces qu’en leurs faiblesses. Vas-tu te perdre en tracasserie ? Ou bien saisir l’opportunité de défendre une entité qui partage les mêmes valeurs que celles pour lesquelles tu t’entraînais au camp des femmes Saints ? »
Sans attendre sa réponse, Marin repart auprès de Maria.
Elle laisse tour à tour Erda, face à ses doutes, et Katya après lui avoir affectueusement saisi l’épaule en croisant son chemin.

Seule à seule, les deux Saintias s’observent dans cet immense temple vide.
Immobiles, elles font le vide dans leur esprit.
Katya, la première scande : « Même si c’est dur, j’ai enfin levé le poids sur mon c½ur. Je peux entamer ma mission sereinement dorénavant. Et toi ? »
Erda lui tourne alors le dos : « J’y vois plus clair en cet instant. Mais j’ai besoin de méditer seule sur quelques doutes qui m’habitent encore. »
Katya remonte alors vers le sommet des douze maisons : « Alors profite de nos derniers moments de répit, pour faire la lumière sur la cause qui est la nôtre. Pour laver le mal sur lequel j’ai fermé les yeux autrefois, je sais que j’aurai besoin de ta force et de ton courage Erda. »
Profondément touchée par cette déclaration d’amitié de son aînée, Erda lève la tête au moment où Katya croise son chemin. Elle peut lire dans ses yeux toute la sincérité de celle qui a su grandir et s’ouvrir après avoir reçu le pardon d’Athéna.
De quoi l’aider un peu plus à effacer le tourment qui l’habite.

A nouveau seule dans ce palais qu’elle ne connaît désormais que trop bien, Erda fait volte-face en direction de la chambre qu’elle a honteusement visité plus tôt.
D’un pas décidé, elle enfonce cette fois-ci la porte pour faire irruption au milieu du petit logis.
Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle, tant elle demeure droite de longues secondes à faire le tour d’horizon du modeste foyer.
A la droite du large lit, elle se laisse guider vers la ridicule penderie où sont grossièrement entreposés quelques vêtements que Deathmask portait lorsqu’il n’était pas couvert de sa Cloth.
Instinctivement, elle saisit le maillot noir qui habillait souvent le Cancer.
Il est encore fripé et semble avoir été posé sur son cintre pour sécher après qu’il l’a lavé.
Sans même réfléchir, elle le porte à son visage et le hume.
Ses yeux se ferment, son visage dur prend des allures attendrissantes, voire niaises : « Il porte encore son odeur… La même que lorsqu’il m’a pris dans ses bras il y a maintenant trois ans… »
Enfin, elle se ressaisit, balance d’un geste de dégoût soudain le vêtement et recule de trois pas : « Non mais enfin Erda ?! A quoi tu joues ?! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?! »
Elle cesse sa fuite en arrière lorsqu’elle pose ses yeux sur le bureau.
Dessus, elle remarque des morceaux de papier encore enroulés, une plume et un encrier à l’intérieur séché.
Elle traîne alors de la gauche du lit une chaise, jusqu’à sa droite pour s’asseoir devant le bureau en chêne.
Elle déroule la première lettre. Elle est adressée à Lilith.
La seconde également.
Ainsi que les suivantes.
Elle les dévore chacune. Rapidement.
Puis les reprend tour à tour, plus longuement.
Ensuite, elle les éparpille aux quatre coins de la desserte afin de les organiser.
Enfin, elle blêmit : « Lilith… Il n’y en a pas une. Mais deux. Deux femmes qui l’ont marqué. La première… Lui a fait subir mille tourments… Il lui écrivait chaque jour, malgré qu’il ait fini par s’en débarrasser… Elle a fait de lui un monstre. La seconde… C’est lui qui lui a fait subir mille tourments… Le monstre qu’il était devenu, elle a su l’apprivoiser et le ramener à son humanité… Avant d’avoir le sentiment qu’elle le trahisse en se rapprochant d’un camarade en qui il avait confiance… Finalement… Il a toujours été seul… Brisé par l’amour qu’il a tenté d’offrir et qui ne lui est jamais pleinement revenu… »
Abandonnant le désordre qu’elle laisse volontairement ici, comme pour rendre justice à la personnalité décriée de l’homme qui l’obsède, Erda pivote vers la penderie pour s’enivrer à nouveau de l’odeur de son maillot.
Elle ferme les yeux.
Répète une seconde fois son geste.
Laisse son visage glisser sur le tissu.
Et aspire à plein poumon son parfum une dernière fois.
Dépendante malgré sa volonté de son influence, elle le caresse tendrement en glissant ses doigts du col jusqu’au bas du vêtement : « Rien ne peut excuser tes atrocités, sale crabe. Malgré tout… Je te souhaite un jour de renaître. D’abord pour réparer le mal que tu as commis dans ta première vie. Puis, pour avoir ensuite la chance d’être aimé sainement par une personne sincère. »
Enfin, la main sur la poitrine, elle quitte la pièce non sans jeter un dernier coup d’½il dans la chambre désertée de toute vie.
Le c½ur lourd et, paradoxalement, soulagé à la fois, elle referme enfin définitivement la porte sur leur destin croisé.
Elle emprunte la même direction que Katya, résolument orientée vers l’avenir…


Au Japon, sur le parvis du manoir de la famille Kido, une berline noire est attendue par trois majordomes, dont Tatsumi.
Sans même attendre que ceux-ci ne viennent, Daichi saute de l’arrière du véhicule, tandis que Ushio se déploie tout courbaturé qu’il est : « Nous aurions gagné plus de temps à employer nos Steel Cloths pour venir jusqu’ici. »
Devançant le domestique venu jusqu’à sa portière, Sho sort calmement du siège chauffeur : « Il m’apparait préférable de passer inaperçu après les annonces faites par la Fondation. »
Tatsumi descend deux à deux les marches de l’entrée pour rejoindre les Chevaliers d’Acier : « Parfaitement ! Je ne me suis pas échiné durant des semaines et des semaines à travailler notre communication et au renouvellement de la confiance de nos partenaires, pour que, au final, nous perdions toute crédibilité par manque de discrétion ! »

Derrière eux, deux autres véhicules de la Fondation suivent. Des hummers cette fois-ci.
Les majordomes déjà présents ouvrent les coffres, tandis que Jabu et les autres sortent du bâtiment.
_ « Allons Tatsumi, détends-toi un peu, propose la Licorne, j’imagine que nos amis étaient pressés de nous voir avant que nous ne partions. »
Sho effectue un bon prodigieux par-dessus la berline, pour atterrir devant les Saints de bronze.
Il salue d’un hochement de tête ses camarades avant d’entrer dans le vif du sujet : « Je ne te le fais pas dire. »
Au regard inquiet de Sho, Jabu saisit la gravité de cette visite impromptue.
Il penche la tête sur le côté, afin de saisir l’attention de Tatsumi.
_ « Dans combien de temps décollons nous pour la Grèce ?
_ S’il le faut la Fondation peut voir avec les contrôles aériens pour décaler notre créneau.
_ Bien. Dans ce cas, entrons, propose le leader des Saints de bronze. »


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’opposé de la taverne où sont réunis ses amis, à l’autre bout du village, Nicol vient frapper à la porte d’une modeste maisonnette.
Il tient dans ses mains deux fruits vert foncé, brillants et verruqueux qu’il tend à la vue d’Iuitl qui lui ouvre la porte.
La charmante jeune femme tend les bras, agrémentés de brassards, pour s’en saisir.
Elle sourit en desserrant ses lèvres charnues.
_ « Des guanabanas ! Où en as-tu trouvé ?
_ Durant mes recherches dans la forêt. Avant de partir tu m’as demandé de passer te voir. Je ne voulais pas revenir les mains vides. »
La propriétaire ouvre plus grand la porte, pour inviter le Grec à la tenue négligée semblable à celle d’un garde du Sanctuaire à pénétrer dans la sobre demeure.

Le cultivé Saint d’argent, inspecte malgré lui, la qualité du mobilier faits de nattes travaillées à la mains.
_ « J’aime beaucoup vos matériaux d’ameublement. C’est magnifique.
_ Ne te moque pas de moi. Avec nos maigres revenus et le peu de moyens dont dispose le village, je n’ai rien d’autres pour cacher la misère, que de longues couvertures pour couvrir le sol et les murs. Et quelques récipients en céramique pour décorer.
_ Je ne me moque pas, je t’assure. Je suis même très content que tu me fasses autant confiance pour pouvoir m’inviter chez toi. »
La robe rouge foncé de l’autochtone, dédoublée avec audace haut sur la cuisse, remonte davantage lorsqu’elle s’accroupit pour sortir un couteau d’une malle.
Iuitl expose ainsi ses formes généreuses qui ne laissent pas le calme chevalier insensible.
_ « Il faut dire que depuis trois mois et demi que nous nous voyons, il était temps de prendre une décision et de franchir le pas. »
Avec application, elle découpe le fruit à la pulpe blanche et juteuse pour en proposer une part à son ami.
Celui-ci, légèrement plus grand qu’elle, peut admirer presque instinctivement sa ferme poitrine mise en valeur par le bustier de sa robe.
S’en voulant presque pour ce manque d’éducation, qu’elle ne remarque pas, ses joues s’empourprent.
_ « Il est vrai que je ne sais plus quoi penser. J’apprécie lorsque nous sommes à deux et je souffre de devoir chaque fois remettre à plus tard mon envie de te serrer contre moi.
_ Nous en avons déjà discuté. J’ai peur que cette relation ne me brise le c½ur. Je n’aime pas m’attacher aux gens de passages.
_ De passages ?! Cela fait maintenant trois mois et demi que je suis ici.
_ Ta quête ici est dangereuse. Peut-être que tu n’en reviendras pas. Et si tu en réchappes, alors un jour tu partiras.
_ Peut-être accepterais-tu de venir avec moi dans ce cas ? »
Les yeux tristes et chamboulés d’Iuitl, fixent le sol, tandis que sa main droite agrippe son c½ur pour l’aider à surmonter sa timidité et affronter ses sentiments : « Ne me fais pas de promesses que tu ne tiendras pas. »
Nicol abandonnent le guanabana et prend sensuellement Iuitl par la taille. Sa voix est rassurante : « Iuitl… Tu te rappelles le premier soir où nous nous sommes rencontrés ? Nous discutions dans la taverne et je te disais que le lendemain, je serai encore là. Et ce fut le cas. Depuis trois mois et demi, il n’y a pas un matin où je me lève sans penser à toi. J’en suis arrivé à reléguer ma mission, mon statut, le but de ma vie, au second rang uniquement pour passer du temps auprès de toi. Alors je te le redis, je te l’assure, demain, je serai encore là. Pour toi. »
Complètement envoûtée par l’application que Nicol met à lui prouver son amour, Iuitl est émue.
_ « Ne me trahis pas. Ne trahis pas ta parole.
_ Jamais, je te le promets. Je serai toujours là pour toi. »
Comme pour approuver enfin cette union qui est inévitable, Iuitl vient trouver la bouche de Nicol en se mettant sur la pointe des pieds.
Elle se contente d’un léger baiser auquel Nicol répond par un sourire charmeur.
Ses mains, aussi belles que si elles avaient été taillées dans le marbre, comme le reste de sa carrure digne d’une statue grecque, passent dans les cheveux longs, blonds et épais d’Iuitl, décorés de plumes noirs.
Elle l’imite en glissant les siennes sous son maillot pour savourer cran par cran, le passage sur ses abdominaux.
Les caresses de Nicol arrivent à hauteur du visage d’Iuitl, où son pouce vient faire le tour de ses lèvres qui épousent la forme de son doigt.
Les bras d’Iuitl sont remontés jusqu’aux pectoraux en acier trempé du Saint d’argent et lui permettent de lui ôter son maillot, pour venir se coller contre ce buste solide et chaud.
Tout en restant plongés dans le regard de l’autre depuis le début, Nicol remonte jusqu’à lui le menton de la villageoise, pour amener son cou jusqu’à sa bouche et le dévorer de langoureux baisers.
Conquise par le frottements des lèvres et de sa langue contre sa peau, rythmée par le souffle chaud qu’il libère dans sa nuque, lorsqu’il n’est pas à proximité de ses oreilles, Iuitl étreint Nicol encore plus fort, frottant inconsciemment les zones les plus érogènes de son corps contre cette sculpture vivante…


Dans le manoir Kido, dans le petit salon où il est si souvent arrivé à Seiya et ses camarades de se réunir au début de la bataille contre le Sanctuaire, un thé est servi aux Steel Saints, tandis que Tatsumi fait assoir l’ensemble des chevaliers.
Le regard grave de Sho reste rivé sur sa tasse fumante, une fois qu’il avait fini de relater l’objet de leur venue.
Sur la table basse, Tatsumi et chaque Saint de bronze prend puis repose des clichés et des rapports établis par les agents de renseignement de la Fondation Graad.
Jabu mesure à quel point la découverte des Steel Saints les accable : « Et donc, si j’ai bien compris, cette chute de la criminalité s’accroit en nombre. Elle réprimande les actes dans un ordre décroissant sur une échelle morale. »
Ichi, au contraire des Chevaliers d’Acier, se félicite d’une telle baisse : « Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’inquiétant à cela, au contraire ?! »
Daichi le reprend : « Je pensais comme toi au début. Mais nous avons observé que dans les pays où les crimes les plus graves et les plus nombreux ont baissé, ont commencé à suivre les méfaits mineurs. »
Nachi réagit : « J’imagine que les populations locales voient s’améliorer leur confort de vie. »
Ushio qui a pu observer le phénomène confirme : « Pour le moment l’opinion populaire est massivement satisfaite de cette chute soudaine mais… »
Le court silence que laisse volontairement Ushio pousse les Saints de bronze à creuser une certaine réflexion.
Ban le premier réalise le danger : « Mais jusqu’où peut-on considérer qu’un acte est criminel. Dans les cas que vous nous avez cité, une fois les plus graves délits endigués, ont été punis des actes plutôt malveillants que illégaux. »
Geki ajoute : « Tout le monde cause inconsciemment du tort à autrui. Qui peut juger les limites à ne pas franchir ? »
Jabu va plus loin : « Ce qui m’interpelle, ce sont les méthodes stratégiques et opérationnelles de ces punitions. Nous ne sommes clairement pas face à des actions menées, par des moyens conventionnels et humains. Des criminels de guerre ont été débusqués dans des coins où même les technologies modernes et les formations militaires ne permettent pas de se rendre efficacement. Aussi, les premiers éléments que vous nous avez fourni témoignent d’exécutions particulièrement chirurgicales. Pas forcément dans la précision des coups portés. Certaines scènes sont des bains de sang et témoignent d’un massacre volontaire, tandis que d’autres sont très propres si j’ose dire. Ce qui me fait dire ça, c’est le taux de réussite. Je remarque ici des carnages sans aucuns dommages collatéraux, parfois contre des milices entières. D’ordinaire, il faudrait un régiment tout entier pour débusquer et opérer avec succès. Sans aucune garantie de ne subir aucune perte dans ses propres rangs. »
Sho reprend la parole : « Nous en avons vite conclu que des cosmos sont derrière tout ça. »
Ichi passe sa tête par-dessus les clichés et les rapports que Tatsumi repasse en revue pour une énième fois.
_ « Des cosmos, demande l’Hydre ?
_ A des moments quasi simultanés d’un coin du globe à l’autre, des actes de ce type étaient perpétrés, confirme Ushio en pointant du doigt les documents que relit Tatsumi.
_ C’est ce qui nous conduit à vous aujourd’hui, va droit au but Sho. Vous repartez pour le Sanctuaire. L’information doit remonter à Athéna. Nous allons continuer de poursuivre notre mission. C’est-à-dire enquêter dans le monde contemporain, pour mieux cibler de quoi il en retourne réellement. Puis nous rendrons compte à un messager, que le Sanctuaire nous envoie régulièrement. Nous ne pouvions juste pas attendre sa prochaine venue pour faire part de nos doutes.
_ Peut-être que nous allons repartir plus tôt que prévu au combat finalement, suggère Nachi.
_ Oui, juste après nous être remis de nos blessures laissées par Syd de Mizar, dit Ban en frottant ses plaies fraichement cicatrisées. »

Tous ensemble, ils sourient nerveusement, à l’idée de cette potentielle menace qui plane sur eux.
Sho en profite pour balayer la pièce des yeux : « Bien entendu, je compte sur la discrétion de chacun. Athéna a été très claire à ce sujet avec nous. Seiya et les autres ne doivent pas prendre part aux prochaines Guerres Saintes. »
Tatsumi le rassure : « Shun a pris congé dans une autre aile de la résidence. Il ne sait donc pas que vous êtes ici. »
Ichi en profite pour rajouter : « Quant à Seiya, il passe son temps entre son studio et l’orphelinat ! Je le comprends en même temps ! Quand on a une aussi jolie fille que Miho qui vous y attend… »
Jabu lui passe une tape derrière la tête : « Cesse donc de dire des bêtises ! »
Geki amène davantage de légèreté en reprenant à son tour Ichi : « Dis-donc, ça n’est pas toi qui s’est trouvé un soudain intérêt également à soutenir l’orphelinat depuis que Miho a une nouvelle collègue. Erii Aizawa c’est ça ? »
Ichi parait bien embêté : « Ah… Euh… Mais pas du tout… Etant convalescent après la venue de Syd, je ne pouvais pas m’entrainer, donc j’ai cherché à être utile autrement en allant distraire les enfants… C’est tout… »
Cette courte distraction sert aux Steel Saints à se relâcher quelque peu et à prendre congé.

Raccompagnés sur le perron par Tatsumi et leurs amis, Sho écoute les conseils avisés de Jabu : « Bien entendu, nous tiendrons Athéna informée de vos investigations. Pour le moment, la population mondiale n’a pas encore conscience de ce qui se passe. Et j’imagine que d’un point de vue local, l’opinion populaire est conquise. Il vous faudra donc faire preuve de prudence dans les enquêtes, pour débusquer les origines de tout cela. Pendant ce temps, une guerre idéologique se prépare. Et nos contemporains y seront soumis par la force des choses. Un vent de panique s’en suivra quand les consciences débattront du bienfondé ou non de tels évènements. Je crains que les services de sécurité du monde entier aient à faire face à un mouvement populaire qui les dépasse. Il faudra donc que vous, chevaliers du monde moderne, avec les moyens humains, techniques et financiers de la Fondation Graad vous mainteniez l’ordre. Tandis que nous, Saints, déploierons nos cosmos pour stopper les instigateurs de ce phénomène nouveau. »
Sho acquiesce sans en dire plus.
A chaudes poignées de mains, ils se saluent avec moins de formalisme que lorsqu’ils se sont dit bonjour.
Les Guerres Saintes menées successivement, ainsi que les dangers à venir ont fait prendre conscience à chacun que chaque au revoir peut se transformer en adieu.

Sho se dirige vers la place du chauffeur de leur berline, mais Ushio l’en dissuade : « Laisse, je prends le volant. »
Daichi comprend l’intention de son ainé et fait remarquer à Sho : « Tu es toujours soucieux n’est-ce pas ? »
Sho s’installe côté passager : « Jabu a tout de suite pris conscience du danger qui nous guette. Il est double. Il y a une vraie menace idéologique qui va impliquer la population mondiale. Tandis que les Saints vont devoir s’engager dans une menace armée. »
Daichi s’attache à l’arrière : « Oui, d’ordinaire seuls les dieux et leurs forces s’affrontent à l’abris de l’humanité. Ici, elle risque d’être directement impliquée. »

Sur le parvis de la résidence, Jabu et les autres observent la voiture reprendre la direction du c½ur de Tokyo.
La Licorne enjoint ses amis à faire de même en pointant du doigt les hummers : « Allez ! Il est temps de saluer à notre tour Tatsumi, avant de retrouver le berceau de la chevalerie et d’enfin prendre nos fonctions définitives au Sanctuaire. »

3
Only for Love / Re: Chapitre 32
« le: 21 Février 2026 à 9h33 »
NEWS

Cette version du chapitre 32 est une version rééditée de la publication originale du 16 juillet 2012.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

4
Naologismes / Re: L'actualité de copain Yamauchi
« le: 21 Février 2026 à 9h29 »
Franchement, SOG ça s'écoute bien. Hormis un thème qui fait plus "bienvenue au Mexique !" que "dans le frimas d'Asgard", je la trouve de bonne facture.

Sur Saintia Sho, j'ai beau l'avoir écouté un nombre incalculable de fois, aucun thème si ce n'est les réorchestrations de Pegasus Fantasy ne me restent.

5
Only for Love / Chapitre 86
« le: 4 Février 2026 à 11h46 »
Chapitre 86

Ce 5 avril 1987, en Olympe, le soleil d’Apollon se lève comme chaque jour en prenant le relais de la lune d’Artémis.
Cette journée est semblable à toute autre pour un Olympien.
Ces élus des dieux, qui font parfois même partie de leurs descendants, se pressent dès l’aube de prier leurs bienfaiteurs.
Dans l’allégresse, chacun vaque ensuite à ses occupations.
L’entretien des potagers.
L’élevage des bêtes.
Les rituels dans les prieurés disposés tout autour des demeures.
Le service auprès des divinités qu’ils vénèrent.
L’entraînement dans les casernes du temple de la Lune pour les jeunes femmes intégrant la milice d’Artémis.
Les patrouilles continuelles des Anges dans tout le domaine.
Un quotidien bien rodé. Jusque dans les zones inexplorées de ce royaume idyllique…

En effet, prisonnier depuis des mois, Apodis demeure assis en tailleur au sommet de sa prison, un immense pylône suspendu au-dessus de l’Hyperdimension et désormais scellé par Zeus lui-même.
Torse nu, quelques morceaux de sa ceinture et de ses jambières, collant encore son pantalon craquelé, l’Oiseau de Paradis demeure inébranlable.
Sa musculature est toujours aussi saillante.
Ses blessures sont maintenant toutes cicatrisées.
Ses cheveux, devenus très longs, tombent sur son visage et ne font plus qu’un avec une barbe nouvelle qu’il ne peut entretenir.
Ses poils cachent son visage tout aussi crasseux que son corps, ô combien fermé et impénétrable.
Sa concentration et son abnégation lui ont fait oublier la faim, la soif, la peine et la souffrance.
Son cosmos brûle à l’infini.
Un infini qu’il n’explore que par la pensée, prisonnier d’un univers qui n’est pas le sien et où tout le monde semble l’avoir oublié.
Alors que lui n’oublie pas la Terre.
S’il ignore tout de ce qui s’y passe, il n’en est pas impatient pour autant.
Le temps ne lui parait plus long.
L’Eveil et l’Illumination lui ont appris à être au-dessus de tout ça.
Il cultive désormais ces facultés qui le rapprochent chaque jour un peu plus des dieux…


Si au Sanctuaire les évènements se sont enchaînés si rapidement que personne n’a vu les quinze derniers jours s’écouler, les jours paraissent interminables pour Mei au Mexique.
Les mois défilent sans que l’enquête du Japonais et de ses amis n’avancent. Ils piétinent dans la recherche de Tezcatlipoca.
Le réveil d’Hilda, la chute de Poséidon, les attaques de l’Olympe sur Blue Graad et Yíaros, l’incarnation de Loki…
Ils sont loin de tout cela, mais si peu efficaces malgré tout.

Dès l’aube, sur le toit de la taverne où il a élu domicile avec ses amis depuis leur arrivée il y a trois mois et demi, Mei fait virevolter une fumée blanche autour de lui.
Allongé, sur le dos, le bras gauche recroquevillé derrière la tête pour lui servir d’appui, le Saint de la Chevelure de Bérénice fait tournoyer les boules de brouillard avec sa main droite.

Incrédule, le visage à découvert, dégustant de la papaye, Yulij, sa petite amie, le rejoint.
Ses cheveux longs, blancs grisonnants, descendent dans son dos jusqu’à son postérieur. Ils tombent en de fines mèches sur sa poitrine habillée d’un maillot kaki. Son court short de la même couleur permet à ses fines jambes de se présenter sous leur plus bel aspect, tandis que ses chevilles sont lassés par ses spartiates à talons.
Ses fins sourcils remuent, à mesure que ses grands yeux bleus témoignent du plaisir que ses lèvres prennent à déguster le fruit.

Les épais cheveux de Mei, plus ébouriffés mais tout aussi blanc que ceux de la Grecque, sont recoiffés par la légère brise, lorsqu’il redresse son buste sans le moindre effort pour admirer celle qu’il aime.
_ « Déjà réveillée ?
_ Je n’aime pas rester seule dans mon lit tu le sais bien. »
En guise de réponse, Mei projette ses sphères sur Yulij.
Celles-ci l’encerclent et prennent pour certains, la forme de visages qui ne lui sont pas inconnus.
_ « On dirait… Les derniers disparus qui ont été enlevés par les Jaguars. Comment as-tu…
_ Il s’agit de feux follets. Autrement dit, les âmes des défunts. J’ai réussi à les appeler auprès de moi avant qu’elles ne tombent au Yomotsu Hirasaka. Ainsi j’ai obtenu quelques informations par ces sacrifiés des Jaguars sur le lieu de la citée où ils résident.
_ Par quel miracle ?
_ En fait, depuis le début de notre apprentissage du septième sens à Jamir, j’essaie de reproduire l’arcane de mon maître Deathmask. Cette technique aspire l’âme de l'adversaire, jusqu'à ce qu’elle soit jetée directement dans le puit de la mort, laissant son enveloppe charnelle à jamais inerte sur terre. Mais elle ne se résume pas qu’à ça. Je sais que Maître Deathmask savait manipuler ces âmes, les asservir parfois. Une fois arrivé au Mexique, j’ai choisi de m’ouvrir à cette voie en m’entrainant davantage. Cela m’a permis d’être le plus proche possible de la mort. Lorsqu’une âme quitte un corps, je peux dorénavant l’appeler à moi et l’interroger. Je maîtrise le Seki Shiki Meikai Ha et ai même appris à voir au-delà.
_ C’est incroyable. Ton maître aurait sûrement été très fier de toi. »
Mei serre les poings et lève les yeux au ciel : « Oui, j’aurai tellement aimé qu’il soit là. »
Absorbé par sa mélancolie, Mei ne voit pas Yulij lui sauter dessus : « Il faut absolument qu’on aille voir Nicol et Médée pour leur parler de ta technique et des informations que tu as pu glaner auprès des âmes des victimes de Tezcatlipoca ! »


Loin de là, sous le soleil de Grèce, Marin reste à l’ombre d’une colonne du temple des prêtresses.
Dans les jardins, elle supervise les efforts de celles qu’elle a façonnées ces trois derniers mois.
N’étant pas revenue auprès d’elles depuis son retour d’Asgard, elle est soulagée que son absence n’a pas provoqué de relâchement chez ses élèves.
Au contraire, elle remarque chez elles une évolution flagrante sur ces derniers jours.
A l’exception près de Maria qui parvient difficilement à suivre le rythme de ses semblables, Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling sont maintenant prêtes à rejoindre Katya au rang de Saintias.
Les quatre prétendantes font désormais jeu égal avec leur aînée Saintia de la Couronne Boréale.
Couvertes de poussières dans leurs tuniques d’entraînement déchirées, chacune donne ce qu’elle a. Que ce soit Shoko et Katya au corps à corps, Xiao Ling dans les exercices de musculations qu’elle copie sur Erda, ou encore Mii qui fait virevolter une sphère de cosmos tout autour d’elle durant sa méditation.
Tout à coup, sans dire un mot, Marin se montre enfin.
 
_ « Marin ! Mais enfin, où étiez-vous, s’inquiète Mii ?! Cela fait plus de deux semaines maintenant que nous étions sans nouvelles !
_ L’heure est venue, se contente de répondre Marin. »
Comprenant où leur mentor voulait en venir, les filles se regardent tour à tour, les unes les autres.
Les yeux bordés de larmes, elles s’échangent chacune un hochement de tête en guise de félicitations et d’estime envers leurs efforts communs.
Seule Maria, garde le visage rivé par terre. Sans que personne ne lui fasse remarquer, elle comprend bien qu’elle est ne fait pas partie du groupe.
Marin dresse un bandeau de papier qu’elle garde depuis ce matin dans le creux de sa main : « J’ai reçu d’un messager cette convocation d’Athéna. Votre convocation. Vos Cloths ont été réunies au palais du Grand Pope. Il y a quinze jours, après sa victoire sur Poséidon, Athéna a reconnu votre valeur. Le temps que certaines Cloths restées par-delà le monde soient ramenées au Sanctuaire, le jour de votre sacre est venu. »
Les futures Saintias demeurent interdites jusqu’à ce que Mii s’exclame d’angoisse : « Oh ! Mais vite ! Nous ne pouvons pas nous présenter à Athéna dans cette tenue ! Nous devons vite faire notre toilette et purifier nos corps pour porter nos toges immaculées ! »
Ni une ni deux, les filles se précipitent sous le regard amusé de Katya, déjà Saintia.
Marin regarde Shoko et Erda se bousculer pour être les premières à être prêtes, pressées qu’elles sont de recevoir leur titre.
_ « Ce sont ces deux furies-là les plus pressées qui prêteront le moins attention à leurs tenues, rigole Katya. »
Mii les suit en demandant à Xiao Ling si elle pourra lui coiffer les cheveux, une fois qu’elle les aura lavés vu qu’elle sait si bien le faire.
En l’entendant, Katya ne peut refreiner un gloussement.
Xiao Ling accepte une fois qu’elle aura vérifié qu’Erda se sera bien parée de bijoux afin d’être encore plus présentable.
Moins amusée que Katya, Marin remarque : « Une certaine complicité semble s’être installée entre elles. »
Katya attend que Maria, bonne dernière, cesse de traîner sa peine en suivant les autres à l’intérieur pour répondre.
_ « En effet. Notre caste ne comptant plus que nous, il a fallu nous montrer solidaires et faire preuve de compromis. Nous avons toutes une histoire différente. Et chacune a ses propres blessures. Certaines ont été exposées au grand jour, comme pour Shoko et moi-même. D’autres sont encore secrètes comme pour Erda et Mii. Pourtant, nous savons toutes que nous revenons de loin et avons toutes eu de l’estime pour l’abnégation des autres à s’accrocher à notre devoir. Nous ne serons peut-être pas toutes Saintias pour les mêmes ambitions. Mais nous serons toutes fidèles à notre serment.
_ Il le faudra, assure sèchement Marin.
_ Une mission nous attend déjà toutes n’est-ce pas ?
_ Pas toutes hélas. Tu te doutes bien que Maria ne sera pas retenue comme Saintia. Athéna va la renvoyer à la vie civile.
_ Cela me paraissait inévitable en effet, dit Katya en baissant la tête … »
Marin écoute résonner dans le temple, les éclats de voix des jeunes femmes qui se disputent les ustensiles nécessaires à leurs toilettes.
Si Katya est amusée à nouveau, Marin demeure préoccupée. Sa dernière entrevue avec Athéna lorsque celle-ci est revenue du sanctuaire sous-marin, il y a huit jours, lui revient en mémoire…

Flashback
Située derrière la salle du trône où siège habituellement le Grand Pope, Athéna se reposait dans ses appartements.
Dans sa grande salle d’audience où est dressé son lit de pierre, la jeune femme s’offrait un repos bien mérité, après les efforts cumulés des jours passés.
Ceux-ci ont permis à la déesse de s’éveiller progressivement à sa conscience et à son cosmos divin.
Peu à peu, Athéna prenait le pas sur Saori. Si bien, que malgré son sommeil, elle pouvait entendre depuis le palais papal l’approche d’un Saint.
Très vite, ses sens reconnurent la démarche de Marin.
Lorsqu’elle pénétra dans la salle d’audience, elle eut à peine le temps de s’agenouiller, sans se donner la peine de s’annoncer, que déjà sa souveraine, encore étendue, la saluait.
_ « Bonjour Marin. Déjà revenue d’Asgard ?
_ En effet Athéna. Après avoir porté assistance à Seiya là-bas, j’ai jugé bon de rentrer explorer une piste que le Vieux Maître m’a convaincu de ne pas négliger. Il s’agit de reprendre les recherches sur la s½ur de Seiya. Qui sait, peut-être que Seika est réellement la Chouette ? Quoi qu’il en soit, retrouver la s½ur de Seiya, c’est se rapprocher à coup sûr du mystère qui entoure la disparition de la Chouette. »
Athéna écarta les grands voiles rouges qui séparent sa chambre et les appartements privés du Grand Pope de la salle d’audience.
Elle apparut ainsi aux yeux de l’Aigle de Zeus.
Puis passa devant le trône papal : « C’est une sage réflexion du Vieux Maître et j’imagine que Mû du Bélier est d’accord ? »
Comme pour devancer son entrée, Athéna questionna le Saint d’or qui fit irruption depuis les grandes portes par lesquelles Marin était passée avant lui.
Il ôta son heaume et posa genou à terre pour lui rendre hommage.
_ « J’imagine, Mû, que tu as retrouvé ton disciple, poursuivit Athéna ?
_ Bonjour Majesté. Oui, à peine étiez-vous rentrés au Sanctuaire que Kiki s’est précipité pour me raconter le courage dont il a fait preuve. C’était une réelle expérience pour lui et je vous remercie de me l’avoir ramené sain et sauf du royaume de Poséidon. J’espère qu’il vous a fait honneur.
_ Hormis la fougue de sa jeunesse, il est à ton image. Fidèle et courageux. »
L’époux de Médée baissa encore plus bas la tête, flatté d’une telle remarque : « Merci Athéna. »
La splendide femme d’affaires, dorénavant garante de la paix, bomba le torse et adopta un ton plus concerné.
_ « Je sais que j’ai pu faire confiance à Kiki et qu’il a donc su garder sa langue. Cependant, n’étant pas tenu au secret, j’imagine que le Vieux Maître t’a informé de mon choix d’épargner un homme ?
_ En effet. Et même si je ne discuterai pas votre décision, je reste surpris de votre choix d’avoir sauvé Kanon. »
En découvrant l’identité du rescapé qu’Athéna lui gardait secrète jusqu’alors, Marin la conforta dans son choix.
_ « La prochaine bataille que nous allons mener va demander de terribles efforts. Kanon souhaite vraisemblablement expier ses fautes, ainsi que celles de son frère. Il est tout à fait capable de mener cette future Guerre Sainte contre Hadès.
_ A ce propos, quelle est votre décision concernant les Saints de bronze qui vous ont accompagnés à Asgard et chez Poséidon, releva Mû ?
_ Conformément à ce que nous avions décidé, Seiya et les autres sont chez eux. La guerre est finie pour eux. Du moins, pour le moment.
_ Ils doivent se remettre de leurs émotions, approuva Mû. Hadès est notre guerre. La destinée de la Terre après ce combat, sera entre leurs mains.
_ En effet, reprit la parole Marin, c’est pourquoi, je vais maintenant reprendre mes investigations. Mais avant cela, il est important que vous adoubiez en secret vos Saintias. Hormis l’une d’elles, elles sont prêtes.
_ En secret, l’interrogea Athéna ?
_ Oui, répondit gravement la Saint d’argent. »
Mû se redressa inconsciemment. Le ton pris par Marin l’inquiéta tout autant qu’Athéna qui en fronça les sourcils.
_ « Pourquoi y attaches-tu une importance particulière Marin, demanda le Bélier ?
_ Tu n’es pas sans savoir qu’actuellement ton épouse mène une mission au Mexique. L’objectif est de récupérer mon Pendentif et de me permettre de me rendre en Olympe retrouver mon maître, Zeus. Afin d’éviter une Guerre Sainte tragique, il est important que je puisse assurer mon rôle d’Aigle de Zeus et que je lui rapporte que des forces agissent contre son gré. Malgré tout, le mal est peut-être déjà fait et la bataille pourrait être inévitable. Sous le consentement de Zeus, voire avec sa participation, les dieux de l’Olympe peuvent soumettre les humains à de rudes épreuves depuis leur royaume. Un royaume inaccessible pour un mortel. L’Hyperdimension disloquerait quiconque voudrait la traverser. En l’occurrence, Athéna ne pourrait transporter son armée tout entière là-bas sans y laisser toutes ses forces. Et si elle s’y rendait seule, elle serait soumise à leur toute puissance en un très bref affrontement. Enfin, si Athéna et ses Saints affrontent à distance des entités capables d’agir sur les éléments et d’emporter à chaque action la totalité de l’humanité, il ne serait même pas question de parler de guerre.
_ Il existe un moyen de traverser les dimensions pour mon armée, intervint Athéna. »
Sous son masque, Marin sourit, satisfaite de faire remonter à la surface les souvenirs de la Déesse de la Sagesse.
_ « Le Navire de l’Espoir, poursuivit Athéna. Ce bateau a été construit lors des âges mythologiques en utilisant la totalité d'un arbre divin qui poussait sur l'Olympe. Le bois exceptionnel dont il est construit en fait un bateau vivant.
_ Les récits de l’ancienne Guerre Sainte contre Hadès de mon maître Shion, prêtent à ce bateau des capacités de vol dues à l'immense pouvoir emprunté à Poséidon, ajouta Mû. Seulement, Maître Shion explique aussi dans ses récits que le navire a disparu avec le Lost Canvas quand celui-ci fut détruit.
_ Il s’agit d’un artefact divin empreint du sentiment de ses réparateurs et des volontés des gens qui ont navigués dessus, tempéra Marin. Ajoutons à cela que l’orichalque de Poséidon le nourrit aussi désormais. Il n’a pas pu être détruit.
_ Il doit sommeiller quelque part sur Terre, suggéra Athéna. »
Bien que prudent, Mû parut plutôt convaincu : « Et donc tu envisages d’investir l’Olympe par surprise grâce à ce navire ? »
Marin se tourna vers Athéna pour recueillir son approbation : « C’est une éventualité qu’il ne faut pas négliger. »
Saori laissa tomber le poids de son corps sur le dossier du trône du Pope, contre lequel elle s’appuya de ses bras.
Elle baissa la tête pour rassembler ses esprits et déduire le plan de Marin : « Investir les Saintias de cette première mission peut leur servir de test. Personne ne saurait que ma garde rapprochée est reconstituée et leur absence n’éveillerait pas les soupçons. Elles pourraient enquêter, sans que cela n’attire l’½il de l’Olympe non plus, puisqu’elles n’ont encore aucun fait d’armes à leur actif et qu’ils ne suspectent guère la reconstitution de cette caste. »
Flashback

Au silence de Marin, Katya devine que sous son masque la Japonaise leur prédit une rude mission…


Toujours dans le camp d’Athéna, au Japon, d’autres forces se mobilisent.
Sous les ruines du Coliseum où ont eu lieu les Galaxian Wars, le quartier général de la Fondation Graad opère toujours depuis le terme de la bataille du Sanctuaire.
Les longs couloirs blancs sont désormais traversés par davantage d’agents, tous pressés de transmettre de services en services des relevés d’informations.

Dans la grande salle de contrôle aux écrans géants où s’enchainent sans interruption des retransmissions des chaînes d’informations du monde entier, jumelées à des séries de chiffres et statistiques, les Steel Saints orchestrent la man½uvre.
Sho, le meneur, achève de prendre connaissance d’un bulletin qu’on lui confie. Il fixe aussitôt un agent qui pianote son clavier : « Dites à nos équipes situées au Canal du Mozambique, qu’une fois que les populations des archipels des Comores et des Seychelles auront finies d’être prises en charge, il sera nécessaire d’aller aux renforts des équipes de Madagascar. »
Daichi, le plus petit des chevaliers d’Acier, sort la tête d’une autre console : « Impossible, déplore-t-il. Je supervise moi-même les opérations sur ces archipels. Bien que cela fasse dix jours que Poséidon ait été vaincu, les moyens sur place sont limités et la population a encore besoin que la Fondation reste à son chevet. »
Sho se laisse tomber sur un fauteuil à roulette et traverse dans son élan une bonne partie de la plateforme en râlant : « Rah… Mais les eaux et les dégâts causés n’ont pas encore été totalement évacués là-bas ! »
Les portes blindées coulissantes de la salle de contrôle s’écartent pour faire rentrer le dernier des Steel Saints. Ushio, marqué d’une cicatrice à la joue, se veut fataliste : « Comme partout ailleurs dans le monde hélas. Les dégâts sont colossaux et les pertes humaines se comptent par millions. Je reviens d’Australie. Alors que le pays dispose de meilleurs moyens, la situation n’est guère reluisante. »

Les trois camarades se rejoignent au milieu de la pièce après avoir gardé un court silence.
_ « Encore heureux que Saori ait anticipé ce genre de catastrophe, tente de se rassurer Daichi.
_ Il est vrai qu’après son triomphe au Sanctuaire, une fois revenue au Japon, elle a activé de nombreux plans de sauvegarde partout sur le globe, complète Sho. Saori souhaite mettre en ½uvre les moyens modernes de son défunt grand-père, pour anticiper les changements dans le monde et être plus efficaces encore que ses précédentes réincarnations dans le monde entier. Sans le déploiement d’immense moyens de prévention en amont, les pertes auraient pu être encore plus lourdes.
_ Les pertes ont été limitées à quelques millions pour cette fois. Bien que ce chiffre soit dramatique, cela aurait pu être pire. Et lorsque les plus démunis parmi la population mondiale seront enfin totalement pris en charge, les reconstructions dans des zones de sûretés ne devraient pas être trop longues grâce à la technologie Graad, complète Ushio. »
Malgré ces nouvelles qui pourraient être réjouissantes, une pointe de scepticisme obstrue sa voix. Ce que ne manque pas de relever Sho : « Tu ne m’apparais pas convaincu pourtant. »
Pour seule réponse, Ushio s’installe derrière un ordinateur libre et commence à y enchaîner quelques notes sur le clavier.
Il sort un rapport sur la criminalité en Australie : « Ma supervision des secours apportés sur le continent australien m’a permis d’être au contact de la population. En plusieurs endroits où je suis allé, on m’a fait constater qu’il commençait à faire bon vivre avant cette catastrophe. »
Daichi apparait crédule : « Tant mieux non ? »
Sho, lui, reste circonspect : « J’ai entendu ça moi aussi dans les différents lieux où je me suis rendu ces dix derniers jours. »
Daichi demeure optimiste : « Certainement une conséquence inconsciente du rayonnement de Saori depuis qu’elle s’est affirmée Athéna ?! »
Ushio appuie sur une touche pour faire défiler une série de diagrammes qui remontent le temps, semaines après semaines, jusqu’à pouvoir lisser le taux de criminalité sur les douze derniers mois glissants : « C’est ce que j’aurai aimé croire aussi. Mais, puisque je suis l’indicateur de la criminalité depuis que le quartier général est en fonctionnement, je peux affirmer, sur la base de mes études, que cela ne correspond pas. Cela remonte à bien avant le triomphe d’Athéna en fait. Tout d’abord, lorsque Saga a accéléré ses recherches de la Cloth du Sagittaire, on voit que des crimes de guerre se sont amplifiés un peu partout dans le monde, en même temps qu’il envoyait ses mercenaires prendre des positions dans le monde contemporain. Aveuglés que nous étions par la bataille contre le Sanctuaire, nous n’avons pas vu que dans le même temps, dans le monde entier, les délits d’autres types avaient chuté. »
Daichi s’en félicite en détaillant la courbe : « En effet, depuis quelques mois dans le monde entier le nombre de délits tend à diminuer. »
Ushio presse d’un coup ferme la touche entrée ; afin de basculer cette fois-ci le détail sur tous les écrans : « Je m’en étais arrêté là, trop accaparé par les inondations d’il y a dix jours. Puis les témoignages que j’ai recueillis ici et là, m’ont obligé à creuser davantage les différents types de délits. Les premiers à avoir diminué il y a environ un an, en occultant les actes de Saga qui eux ont augmentés, sont les plus répréhensibles. Meurtres, viol et violences aggravées. Quand les taux de cette catégorie ont drastiquement chuté en quelques semaines, les délits d’une gravité, si j’ose dire, moindre, ont suivi. A mesure que chaque catégorie sur une échelle de gravité décroissante s’amenuisait, la suivante commençait à s’amenuir aussi. Sans que les précédentes ne reprennent de l’ampleur. »
Sho fronce les sourcils : « Comme si un message était clairement passé. Et qu’on éradiquait le Mal. »
Daichi commence à comprendre et tempère aussitôt : « Sauf que là il n’est plus question de Mal si j’ose dire. Regardez les vols. Les menaces sans suites. Leurs courbes sont au plus bas comme si… »
Sho en déduit pour lui : « Comme si l’idée était de supprimer tout acte qui moralement nuirait à son prochain. »
Daichi suggère : « Ne devrions-nous pas nous en réjouir ? »
Ushio garde un ton grave : « J’aimerai. Toutefois, au hasard de discussions, et d’introspection dans quelques pays, y compris les plus démunis où le vol est un moyen de subsister et de subvenir aux besoins de sa famille, acte que je ne qualifie pas d’honorable, mais qui pourrait être jugé de façon conciliante, j’ai découvert qu’une justice totalitaire s’exerçait sans procès sur les prévenus. De façon anonyme qui plus est. Une seule sentence dans chacun des cas. Une mort, plus ou moins violente selon le délit commis. »
Ushio fait défiler quelques photos : « Par exemple, nous avons un sanguinaire démembrement ici pour un coupable de viol. Là une nuque brisée par un coup sec et net pour un cambriolage sans violence. »
Daichi murmure : « Quelqu’un veut rendre la justice… »
Sho le corrige : « Quelqu’un veut rendre sa justice ! »
Ushio complète : « Pas quelqu’un. Mais plusieurs personnes. Car des actes ont été répertoriés exactement au même moment, à des lieux totalement opposés. »
Daichi saisit le problème : « Et pas n’importe qui. Ces exécutions ont lieu dans des endroits, où il est impossible de se rendre sans être vu par le commun des mortels. Chaque fois sans laisser de traces. Ni d’images. »
Ushio acquiesce : « Précision chirurgicale et discrétion assurée. Meurtre aussitôt accompli, plus personne sur les lieux. Seules des personnes douées de cosmos peuvent échapper ainsi aux moyens contemporains. »
Ce constat fait peser un lourd silence dans la salle…


Dans le même temps, en Grèce, dans les cavités insondables sous les ruines de l’Aréopage, l’armée d’Arès n’est pas en reste.
Le temple du Dieu de la Guerre, ressemble à une véritable fourmilière où près de deux-cent hommes s’activent à des tâches militaires diverses sous la houlette des trois Berserkers.
Le parvis du palais aide à favoriser l’entrainement individualisé ou bien l’instruction stratégique, en groupes, sous les ordres de Tromos.
L’organisation du ravitaillement en vivres et en informations avec le monde contemporain appartient à l’appréciation d’Atychia.
Ainsi, Vasiliás réunit ses deux lieutenants, dans le but de coordonner les actions à mener avec discrétion et efficacité sur le monde moderne, afin de préparer l’humanité à sa prise de pouvoir.

Arès en a bien conscience, bien que cela ne soit jamais assez.
Affalé sur son trône au centre de son royaume entouré de lave, il s’impatiente devant un Vasiliás venu lui rendre des comptes.
Majestueux dans sa Nightmare, il remonte frénétiquement sa montre gousset qu’il garde sans cesse avec lui.
_ « Alors ? Où en est le bain de sang que tu m’as promis ?
_ N’en sommes-nous pas là où nous devrions en être Seigneur Arès ?
_ J’ai horreur qu’on me réponde à une question par une autre. Que veux-tu dire ? »
 Le Berserker de la Royauté pointe du doigt une troupe fraîchement revenue du monde contemporain, recouverte d’hémoglobine et autres phanères.
_ « Chaque jour de nouvelles escouades rentrent couvertes des tripes de cibles minutieusement sélectionnées par Atychia.
_ C’est bien ce qui me dérange… Nous agissons dans l’ombre quand tu m’as promis un carnage !
_ Nous avons déjà eu cette discussion. Tout cela appartient à ma stratégie. Vous m’avez donné les pleins pouvoirs et je les exerce comme il m’apparait opportun de le faire. D’abord, nous avons recruté une armée, qui exècre l’injustice dont elle a été victime dans le monde contemporain. Nous l’éveillons au cosmos. Nous assouvissons sa vengeance pour rendre la justice qu’elle mérite et qu’elle n’a pas reçu dans un monde protégé par Athéna. Tout ceci pour la gagner définitivement à notre cause. Une fois cela fait, nous gardons un pied dans le monde moderne pour rester aux faits des actes répréhensibles aux quatre coins du globe. Et discrètement nous rendons notre justice. L’opinion populaire en fait un acte bienveillant. Dès lors, quand nous renverserons Athéna et que je prendrai le contrôle de la Terre, vous serez érigé en dieu bienfaiteur qui m’a dicté cette conduite qu’ils ont déjà inconsciemment approuvé et félicité. Vous serez le dieu en lequel ils n’osaient plus croire. »
Bien que flatté, Arès n’en demeure pas moins incapable de contrôler son tempérament belliqueux. Il tape des poings sur les accoudoirs de son trône : « Certes ! Mais quand ?! Quand renverserons-nous Athéna justement ?! Quand viendra ce grand moment où les cadavres athéniens joncheront par centaines les allées enflammées du Sanctuaire ?! »
Dans le dos de Vasiliás, un soldat, Noir de peau, les cheveux courts et crépus, vient s’agenouiller. Il n’ose interrompre la discussion entre son dieu et son roi. Alors, dans sa tenue orange, cuirassée de rouge, il attend casque sous le bras qu’on le sollicite.
Impatient lui aussi d’en découdre, Vasiliás n’en démord pas devant son dieu. Il masque sa hâte en triturant sa montre gousset : « Patience Seigneur Arès… Patience… Nous gagnons l’opinion populaire mondiale progressivement… Tandis qu’Athéna perd ses forces dans d’autres Guerres Saintes… Bientôt Hadès attaquera. Et le Sanctuaire y laissera toutes ses forces. Nous n’aurons plus qu’à cueillir la victoire militaire, après avoir gagné la bataille des idées. »
Vasiliás prend congé et d’un hochement de tête il invite son soldat à le suivre…


Pendant ce temps, à l’extrême nord de l’Europe, à Asgard, la météo demeure douce depuis la défaite de Poséidon.
Mieux, les températures sont agréables.
Par endroit, les sols totalement déneigés apparaissent pour la première fois depuis leur naissance aux Asgardiens.
Nombreux sont les villageois qui sortent sans crainte leurs bêtes.
D’autres peuvent même tenter la culture en extérieur, en dehors des serres qu’ils faisaient péniblement tenir debout face aux tempêtes de neige.

C’est dans cette démarche, qu’Helena développe son jardin.
La fleuraison d’une plante était chaque fois un évènement il y a encore quelques jours.
Ses fleurs valaient une fortune et n’étaient réservées qu’à quelques privilégiés qui pouvaient avoir les moyens de se les offrir.
Aujourd’hui, elles égaient le quotidien des habitants de son village.
Son commerce est aussi florissant que la verdure.
Elle connaît enfin le bonheur de nourrir à leur faim ses frères et s½urs malgré la maladie qui l’affaiblit de jour en jour.

Infiniment reconnaissante envers les God Warriors qu’elle imagine, comme l’ensemble du peuple, responsable de cette accalmie, Helena se recueille au Walhalla.
Dans les jardins de la cour, devant une stèle en marbre sur laquelle est gravée le nom de Thor de Phecda, elle dépose une gerbe de fleur : « Merci Odin de nous avoir apporté des hommes si courageux pour défendre notre royaume. De les honorer ainsi de leur bravoure en nous accordant ce temps clément. »

A ses côtés, devant une chapelle encore en construction, une jeune femme blonde de haut rang parait inconsolable.
Ses longs cheveux soyeux, tombent sur ses épaules nues couvertes d’un épais pull rose au col en fourrure blanche.

Se sentant misérable dans sa robe taupe décousue par-dessus son pull jaune effiloché, Helena hésite un instant à se rapprocher de la bourgeoise éplorée.
Ridicule avec ses cheveux bruns grossièrement peignés, elle n’ose pas s’adresser à une dame de la cour.
Alors, discrètement, elle s’accroupit à côté d’elle pour déposer une autre gerbe, semblable à celle laissée à Thor.
Puis, elle se sauve presque.
Apercevant son geste de ses yeux améthyste malgré les larmes, Bedra de Edel la rappelle aussitôt : « Vous connaissiez mon fiancé ? »
Immédiatement, Helena plie le genou pour saluer la dame.
_ « Désolé Madame. Je ne cherchais pas à vous importuner.
_ Pas du tout voyons. Vous avez le droit de vous recueillir vous aussi.
_ Merci. J’ai beaucoup de respect pour Syd de Mizar en effet. Lorsque la secousse, qui était en réalité la vague de Poséidon, a frappé Asgard, tout le royaume fut ébranlé. Thor de Phecda et Syd de Mizar vinrent au secours de nombreux villageois, dont ma famille, avant d’être nommés God Warriors. Même bien avant cela, ils venaient rationner plusieurs fois par semaine nos villages, alors que nous connaissions la faim. »
Ces paroles réchauffent le c½ur de Bedra qui lève les yeux au ciel pour apprécier le soleil : « Une époque révolue, j’espère… »
Une voix impériale complète : « Nous l’espérons tous ! »
Dans une longue robe blanche surmontée d’une cape violacée et ornementée d’or, bien plus noble que l’apparence plus sobre qui était encore la sienne il y a peu, Andreas Riese apparaît.
Immédiatement, Bedra se courbe.
Alors qu’elle n’en faisait pas tant vis-à-vis de lui il y a peu encore, Helena se sent obligée d’imiter sa compatriote.
Digne, Andreas apprécie le geste et pointe du doigt la forêt d’améthyste où a combattu auparavant Alberich. L’horizon y est embrumé tout autour d’un gigantesque frêne vert.
_ « Mais je n’ai aucune crainte quant à ça. Yggdrasil semble avoir jaillit des entrailles d’Asgard peu après les obsèques des God Warriors ! Comme si Odin nous offrait ce présent pour féliciter la bravoure de nos héros. »

A l’affût, Utgarda, encapuchonné observe le médecin de la cour d’un air circonspect.
Accompagné de Sköll, son loup au pelage noir, il s’efface en toute discrétion…


Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, dans sa demeure du Soleil, Apollon est allongé sur un de ses divans.
La chevelure semblable à un foyer crépitant, le propriétaire des lieux pioche dans un plateau quelques fruits, qui lui ont été offerts par le peuple olympien en offrande dans les divers prieurés du territoire.
Il grappille avec sa main droite dans le plat que lui tend un serviteur, et recrache les noyaux sur le sol, que d’autres valets viennent avec joie nettoyer.
Jamais l’un d’eux n’ose lever les yeux sur l’immense Majesté sauf un.
Le plus vieux et le plus atypique des domestiques.
L’incroyable Roloi, aux cheveux blancs et aux fines moustaches.
Il reste les yeux rivés sur la bille que fait rouler entre son pouce et son index gauche le Dieu du Soleil.
Si son maître contemple avec ambition l’armillaire de Chronos, Roloi, lui, l’admire.

Tout à coup, le calme malsain qui règne dans la pièce cesse. Les grandes portes qui renferment la pièce principale dans laquelle le fils de Zeus se détend s’ouvrent.
Les pierres aux teintes sombres ne peuvent couvrir les cliquetis qui résultent de la démarche d’une jeune femme montée sur escarpins.
Sublime dans sa robe violette sans bretelles qui dissimule à peine sa généreuse poitrine, Helénê apparaît devant son souverain dans sa tenue humaine.
_ « Te revoilà dans la peau de Ksénia. Toi Helénê, la plus puissante des Anges au service de l’Olympe. »
La jeune femme aux rubans violets qui se mêlent derrière sa tête à ses longs cheveux châtains s’agenouille. Sa posture laisse apparaître ses longues et fines jambes pour lesquelles Roloi bavent sans ménagement : « Je me présente devant vous, comme vous me l’avez demandé Seigneur Apollon. »
D’un geste de la main, il congédie l’ensemble de ses sujets à l’exception de Ksénia et Roloi.
Il range l’Armillaire de Chronos sous sa cape et ordonne de sa voix soutenue et malsaine : « En effet. Dans quelques heures le sceau d’Athéna qui retenait prisonnier les 108 Spectres d’Hadès sera brisé. C’est le moment de mettre notre plan en marche. Hadès va attaquer Athéna. Loki va profiter de cet instant pour activer son plan. Pendant ce temps tu pourras annoncer à Tezcatlipoca que le jour de la destruction a été décidé par Apollon. Enfin tu iras trouver le Berserker de la Royauté afin d’envoyer Arès au Sanctuaire. Athéna sera débordée. Acculée. Poséidon l’a mise en garde avant d’être enfermé. A trop agir pour les humains, elle commettra une faute. Cela lui fera quatre Guerres Saintes à gérer. Elle n’aura pas d’autre choix que de prendre des décisions qui froisseront enfin le Dieu des Dieux. »
La jolie femme à l’accent slave acquiesce : « Bien. Je me rends de ce pas à Citlali puis à l’Aréopage. »
L’Ange fait demi-tour, pour le plus grand plaisir de Roloi, qui admire son déhanché et son postérieur.
La morve au nez, le vieillard est rappelé à l’ordre par Apollon, ce qui le fait sursauter : « Roloi. Tu peux allez prévenir Héra, Hestia et Héphaïstos de la prochaine tournure des évènements. Le spectacle devrait leur plaire. »


Sur Terre, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’orée de la forêt, là où plus aucun villageois n’ose s’aventurer, après les disparitions de plus en plus importantes orchestrées par les Jaguars, un homme à la carrure digne d’une statue grecque s’exerce à faire quelques tractions en s’aidant des branches d’un arbre.
Au-delà de sa tenue négligée et de ses cheveux châtain clair ébouriffés, son visage raffiné assure à ce bel étranger un charme incontestable.
Cessant cet exercice pour se défouler en abattant quelques arbres, Nicol affiche une maîtrise de ses gestes et une agilité certaines.
Durant ses enchaînements, il maintient entre son index et son majeur une curieuse bandelette de papier où sont marqués quelques symboles en grec ancien. Son cosmos la nourrit et la fait briller d’une lumière encore plus grande que l’aura qui l’entoure lorsqu’il est couvert de son armure.

Tout à coup, alors qu’il reprend sa garde, un mystérieux objet, aussi gros qu’une sphère, verte, fonce sur lui.
Avec assurance, d’une main, il se saisit de la pastèque envoyée depuis des mètres de là, par l’épouse de Mû.
Dissimulée sous son masque de femme chevalier, la Saint du Graveur aux longues nattes vertes, se montre.
_ « Incroyable réflexe !
_ Il faut dire que tu ne me l’as pas jeté de toutes tes forces Médée.
_ Tout de même, je te l’ai presque envoyé à la vitesse de la lumière. Il faut une sacrée virtuosité pour s’en emparer sans la briser.
_ Je n’ai pas déjeuné ce matin. Je n’allais donc pas la gâcher. La partageras-tu avec moi ? »
La Muvienne s’assoit à côté de Nicol sur une souche d’arbre couchée : « Volontiers. Je ne pensais pas te trouver seul ce matin. Tu n’as donc pas passé la nuit avec Iuitl ? »
Après l’avoir coupée à une vitesse folle du tranchant de la main, Nicol tend une part de pastèque à son amie tout en fixant le soleil levant avec désappointement.
_ « Hélas, ce n’est pas aussi facile que je le souhaite avec Iuitl. Il ne se passe toujours rien. Elle repousse mes avances, en prétextant qu’elle s’attacherait trop vite et vivrait mal mon départ lorsqu’il viendra.
_ Ce n’est pas au rythme où avancent nos investigations, que nous allons partir de sitôt. Tu peux la rassurer. »
Les camarades rigolent nerveusement quelques instants.
S’en suit un long silence pesant, qui leur rappelle qu’en effet leur quête du Pendentif de Zeus est toujours au point mort.

La femme chevalier brise alors le silence.
_ « Ce bandeau blanc avec des inscriptions anciennes dessus que tu manipulais avant mon arrivée, ce n’est pas ce que je pense tout de même.
_ Si. Il s’agit d’un sceau d’Athéna. Il me vient de mon maître Arlès, qui lui-même le détenait de son frère, le maître de ton époux Mû, Shion du Bélier, notre défunt Grand Pope. Arlès me disait toujours qu’il venait de la précédente Guerre Sainte contre Hadès et qu’il n’avait pas été utilisé. Il regorge donc encore de tous les pouvoirs d’Athéna. Je le garde précieusement auprès de moi, un peu comme porte bonheur. Et peut-être qu’un jour, j’aurai à l’utiliser… »


Au Sanctuaire, au sommet des douze maisons du zodiaque, le temple des prêtresses s’est vidé.
Sublimes dans leurs robes légères et immaculées, Shoko, Erda, Mii, Xiao Ling et Maria suivent Marin qui devance Katya.
Leurs supérieures ont revêtu leurs Cloths. Cela suscite une plus grande impatience chez les futures promues.

Malgré qu’elles bouillent intérieurement, l’atmosphère demeure légère.
La brise est agréable. Le vent est tempéré et suffisant.
Surtout, ce souffle est la seule chose que les femmes entendent, hormis les pas de leurs doyennes.

Intriguée, Shoko tourne furtivement la tête derrière elle, pour s’assurer que le Sanctuaire est toujours debout.
Bien entendu, la vie suit son court plus bas.
Néanmoins, après la maison du Scorpion, dernière encore gardée, il n’y a plus âme qui vive.
Shoko réfléchit à voix haute : « On dirait que le temps est suspendu après la maison du Seigneur Milo. D’ordinaire, on aperçoit, depuis le passage secret, aller et venir quelques messagers jusqu’au palais du Pope. Comme ce beau jeune homme blond que Mii aime souvent croiser, en nous faisant croire que cela arrive de façon fortuite et pas aussi souvent qu’on ne le croit. Edward c’est ça… »
Mii s’empresse de passer ses mains sur la bouche de Shoko pour la réduire au silence, tandis que toutes les autres, Marin y compris sous son masque, pouffent de rire.

Très vite, elles arrivent dans le temple immense, qu’elles ne connaissent maintenant que trop bien.
Devenues coutumières des bons soins de Saori, depuis qu’Athéna a repris son Sanctuaire et chaque fois qu’elle y est présente désormais, les prêtresses naviguent dans les couloirs sans hésitation jusqu’à la salle d’audience du Grand Pope.

Comme à chaque fois qu’elle pénètre en ce lieu, Katya ne peut refreiner un brin de nostalgie à l’endroit de Saga qu’elle a fréquenté ici tant d’années.
Les autres, y compris Marin, elles, sont subjuguées par l’allure de Saori.
Bien qu’elles lui portent ses repas, assurent ses toilettes et se sont familiarisées avec elle ces derniers mois, elles ne lui ont jamais trouvé autant de prestance qu’en cet instant.
Debout, le sceptre fermement cramponné dans sa main gauche, sa traditionnelle robe blanche est aujourd’hui ornée de bijoux en or.
En plus de sa ceinture d’acier qui couvre son abdomen, son bustier est agrafé d’une parure dorée.
Ces ornements sont parfaitement assortis à l’épais choker autour de son cou et aux bracelets qui serrent ses poignets et ses biceps.
Pour cette tenue de cérémonie, elle ne porte pas l’épingle habituelle avec laquelle elle coiffe ses cheveux mauves mais un diadème. 
Les extrémités de la tiare prennent la forme d’ailes par-dessus les oreilles et laissent pendre par-dessous des filaments couverts de diamants qui tombent jusque sur ses épaules.

Egalement élégamment vêtues, comme chaque fois qu’elles viennent à son service, les prêtresses paraissent bien sobres en comparant leurs parures et la majesté qui se dégage d’Athéna par rapport à elles.

Pour autant, Saori leur sourit avec cette simplicité et cette douceur à laquelle elles sont habituées.
Devant elle, quatre Pandora Box attendent en bas des marches qui élèvent le siège papal.
Naturellement, capables d’entrer en osmose avec leurs constellations protectrices, chaque aspirante capte instantanément l’objet de sa convoitise.
Le Petit Cheval pour Shoko, Cassiopée pour Erda, le Dauphin pour Mii et la Petite Ours pour Xiao Ling.
Immédiatement, Maria prend conscience de son sort.
Elle ne se faisait guère d’illusion jusqu’alors. Néanmoins, la voici définitivement fixée.

Marin devance ses camarades. Elle plie genou à terre, suivie de Katya derrière, puis des aspirantes alignées dans le dos de Katya.
Une fois ses sujets prosternés, le visage de Saori se raidit pour paraître plus neutre. Moins familier.
Son timbre est monocorde. Presque austère.
Elle cramponne davantage son sceptre qui rayonne dans la pièce.
Aussitôt, les Cloths se mettent à vibrer.
_ « Elles chantent, s’émerveillent en ch½ur les prêtresses ! »
Un effluve blanchâtre émane des urnes et vient trouver l’aura dorée qui entoure maintenant Athéna.
Le spectacle époustoufle les novices et assoit la toute autorité de la Déesse de la Sagesse.
_ « Marin, commence-t-elle, tu m’as certifié il y a quinze jours que ma garde personnelle est prête.
_ N’ayant rien à leur enseigner des us et coutumes d’une bonne servante, je les ai néanmoins rendues plus aguerries afin d’être prêtes sur un champ de bataille.
_ Alors ta tâche est accomplie. Je t’invite à reprendre tes investigations que le Vieux Maître et moi t’avons demandé. Tu raccompagneras Maria en partant. »
La solennité dans la voix d’Athéna, plus que l’annonce du renvoi de Maria en elle-même, mystifie les suivantes.
Gardant un ton impérieux, Athéna poursuit : « Le temps n’est plus à la charité. Maria, après toutes ces années de bon et loyaux services durant lesquels tu n’as pas failli à ta tâche de domestique, tu n’as hélas pas su montrer le moindre progrès dans l’art martial et la maîtrise du cosmos. Le temps des menaces est venu. Je vais être directement visée par des incursions ennemies. Et tout ce qui porte à ma personne sera visé. Le temple des prêtresses en premier lieu. Je ne peux y laisser, en connaissance de cause, une innocente qui sera la proie facile aux pires sévices que voudront m’infliger mes ennemis. »
Sans broncher, Marin dispose, non sans assurer une révérence avant de quitter la pièce.
Maria non plus n’émet aucune protestation. Son regard est vide, perdu dans le vague.
Machinalement, elle se relève et salue Athéna avant de suivre Marin.
Alors qu’elle passe devant elles, les filles, et à fortiori sa s½ur Katya, lèvent les yeux pour chercher son regard et témoigner de leur compassion. Toutefois, le voile de brume qui floute sa vue, prive Maria du moindre soutien, dont elle se moque éperdument au fond.
Athéna l’observe traîner les pieds et attend qu’elle disparaisse à l’horizon avant de reprendre.

_ « En témoigne le chant de ces armures à votre attention, je reconnais en vous les s½urs d’armes de Katya… »
L’effervescence des Pandora Box vient chercher et imprégner chacune des promises.
Hormis Mii qui s’oblige à garder genoux à terre pour respecter le protocole, Shoko, Erda et Xiao Ling abandonnent leur déférence. Elles laissent leurs futures Cloth entrer en osmose avec elles.
Elles regardent la vie des armures glisser autour de leurs membres, filés entre leurs doigts.
_ « … Depuis les temps anciens de la mythologie, continue Athéna, les Saintias m’ont protégée, servie et ont fait rempart de leurs vies. Ces armures ne peuvent être portées qu’au service des valeurs auxquelles j’aspire et ne jamais servir des ambitions personnelles. Votre statut est à part. Privilégié et à la fois si cruel. Vous n’êtes pas des Saints. Dès à présent, vous êtes des Saintias. Plus que des guerrières, vous êtes mes boucliers. Plus que des servantes, vous êtes mes complices. »
Les paroles d’Athéna valant adoubement pour les Cloths, celles-ci jaillissent des Pandora Box et soulèvent les corps gracieux de la garde rapprochée.
Leurs robes épousent à merveille leurs formes pour que, par-dessus, les Cloths les protègent.
Tandis qu’elles retombent fermement sur leurs jambes bardées de bronze, chacune effectue quelques mouvements pour se familiariser avec son armure.
Disciplinée, elles font preuve de la concentration nécessaire inculquée par Marin pour ne faire qu’une avec elles. Ainsi, aucune Cloth ne leur apparaît lourde et sans âme.
Devant ce spectacle dont elle ne se lasse pas, Athéna rejoint Katya qui se relève à son tour.
Emboîtant le pas à Athéna, la Saintia de la Couronne Boréale achève la cérémonie : « Shoko Saintia du Petit Cheval. Erda Saintia de Cassiopée. Alicia Saintia du Dauphin. Xiao Ling Saintia de la Petite Ours. L’heure est venue de prêter serment ! »
Les quatre nouvelles Saintias se mettent au garde à vous, poing contre le c½ur et écoutent scrupuleusement Katya.
_ « Nous, Saintias, prêcherons les sacrements d’Athéna et observerons ses commandements. »
En ch½ur, elles répètent les paroles de Katya.
_ « Nous protégerons Athéna. Nous appliquerons sa loi divine en n’étant dévouées qu’à elle, corps et âme. Nous ne lui mentirons jamais et resterons fidèles à notre parole. »
De nouveau, elles répètent sans sourciller. Puis concluent d’une même voix : « Nous, Saintias, en faisons le serment. »
Alors, Katya se retourne enfin et mime la même dignité que ses consoeurs : « Moi, Katya Saintia de la Couronne Boréale, renouvelle mon serment auprès de vous Athéna. »
Gonflant ses poumons d’autant d’oxygène que possible, Athéna se donne une stature encore plus incroyable.
Satisfaite, elle retourne en direction de ses appartements : « Parfait Saintias. Vous pouvez disposer. Retrouvez votre temple. Nous prendrons ensemble le repas de midi. Je profiterai de ce moment, pour vous confier votre première mission. Elle sera l’occasion pour vous de prouver votre allégeance et de vous distinguer. Celle-ci doit rester secrète. Tout comme votre adoubement. Interdiction de descendre à Honkios et de quitter les douze maisons. »

6
Naologismes / Re: L'actualité de copain Yamauchi
« le: 29 Janvier 2026 à 10h36 »
Sahashi pour la musique, c'était très bien Omega quoi bon sang...
Très très bien même je dirai.
J'ai beaucoup apprécié. Surtout celles de la saison 1.

7
Only for Love / Re: Chapitre 31
« le: 14 Janvier 2026 à 15h03 »
NEWS

Cette version du chapitre 31 est une version rééditée de la publication originale du 1er juillet 2012.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

8
Naologismes / Re: L'actualité de copain Yamauchi
« le: 14 Janvier 2026 à 14h46 »
Après ses récentes déclarations, j'avoue qu'un retour sur du Saint Seiya ne me déplairait pas.
Mais là, c'est un bien plus qu'un rêve...

9
Only for Love / Re: Chapitre 85
« le: 14 Janvier 2026 à 14h44 »
Je t'en prie.
Ravi que la fiction te plaise après autant de chapitres.

10
Only for Love / Re: Chapitre 85
« le: 7 Janvier 2026 à 11h09 »
Partie 2. Suite et fin du chapitre

L’endroit est sombre.
Encaissé.
Gelé.
Si enfoui sous cette terre de glace que la taille dans la roche n’est plus visible sous les épaisses couches de givre.
La descente parait interminable pour Andreas qui distingue de moins en moins les derniers rayons du jour qui s’infiltrent des grands vitraux du palais jusqu’au début des marches, avant de laisser les ténèbres régner.
Le froid masque l’odeur de renfermé. Heureusement, sinon elle incommoderait davantage Andreas une fois le pied posé sur le parterre dallé de grands carreaux de ciment.
Le gel reflète quelques torches que des gardes tiennent un peu partout dans la vaste pièce.
_ « Ces cryptes semblent s’étendre sous toute la surface du palais. Depuis mon enfance, j’entends de ce lieu qu’il regorge de vieilles tombes de représentants d’Odin d’antan ainsi que d’anciens artefacts vidés du cosmos qu’Odin leur insuffla jadis, songe Andreas. »
Il fait le tour de lui-même, surpris de voir, autour de caveaux et autres présentoirs, autant de soldats en garde ici et là.
Ils sont inflexibles, immobiles, rudement bardés de leurs protections.
_ « Comment est-ce possible que depuis une dizaine d’année ces guerriers ont pu rester postés ainsi ? A moins que… »
Une idée le faisant frémir parcourt tout son être.
Il se précipite jusqu’au guerrier le plus proche.
Celui-ci a le visage tatoué de symboles pourpres.
_ « … A moins qu’ils ne soient morts… Et revenus à la vie… Des Einherjar ! »
Il vivote d’un monument à l’autre pour étudier sous la lueur de leurs torches les morts vivants.
_ « Odin ferait garder ce tombeau par des Einherjar ? »
Seulement, au beau milieu de cet immobilisme malsain, le silence est rompu depuis son arrivée par les claquements lents des talons aiguilles de l’étrangère.
Ils poursuivent leur chemin sur un rythme continu. Ne marquant ni pause, ni hésitation.
Ils ne laissent pas à Andreas suffisamment de temps pour s’interroger davantage.
Il part à sa recherche en slalomant entre les colonnes de pierre qui soutiennent l’édifice.
Durant son parcours, pas un Einherjar ne réagit à sa présence.
Tandis qu’il se rapproche de Ksénia, les idées se mélangent, semant la confusion dans son esprit : « Si Odin s’est constitué une armée d’Einherjar ces dernières années, alors c’est qu’il est réveillé depuis tout ce temps. Ça n’a aucun sens. Il a fallu le rappel de sa God Rob pour réanimer son esprit à travers elle. »
C’est alors que l’ambiance lugubre prend une effervescence colorée.
Une lueur violacée, semblable à celle qui maquille les Einherjar sur leurs visages et parfois leurs corps, tamise la direction où les pas de Ksénia cessent de résonner.
Immédiatement, Andreas ne pense plus.
Sa cadence ralentit.
L’éclat mauve brille dans ses yeux.
Plus il s’en approche, plus le rythme de ses pas diminue.
Plus il en prêt, plus l’illumination devient intense.
Il est désormais arrivé à l’autre bout du palais.
Sur le mur du fond du souterrain, une stèle en brique est gravée à l’effigie d’un dieu ancien et craint : « Loki, souffle à peine Andreas ! »
La stèle soutien une urne d’où émane la lumière.
En y regardant de plus près, le médecin comprend que ça n’est en rien une illumination mais plutôt une aura : « Un cosmos… Mais il irradie d’une phosphorescence opaque… Etouffante… Et sur cette urne… »
Il plisse un peu plus les yeux sur le vase précieux pour reconnaître une bandelette de papier arrachée : « Un sceau… Un sceau frappé d’une rune… Malgré qu’il ait été arraché… On peut reconnaître à sa première lettre le sceau d’Odin… Mais alors... »
Sortant de derrière un pilier où elle s’était cachée, Ksénia se montre enfin.
Ne souffrant pas du froid malgré sa tenue affriolante, la Russe dévoile de son doux accent slave : « En effet, ici était emprisonné pour la nuit des temps Loki. »
Andreas remarque trop tard que l’effluve cosmique qui imprègne la salle entrave ses mouvements.
_ « Etait ?
_ Oui. Il y a des millénaires, lors de la bataille qui a permis à Odin de sommeiller jusqu’alors, il a triomphé de Loki. Il l’a privé de réincarnation en l’emprisonnant de toutes ses forces ici. Cet immense caveau où reposent les ancêtres de Polaris et leurs plus fidèles guerriers était le lieu parfait pour y abriter le sceau d’Odin.
_ Si Loki ne peut plus se réincarner, alors comment peut-il s’être échappé ?! Si Odin y a mis tout son cosmos alors seul un dieu a pu… Et pas n’importe quel dieu…
_ Tu as deviné. Seule la force des dieux qui gouvernent l’ensemble des panthéons a pu briser cette entrave. Lorsque Athéna s’est réincarnée sur Terre et que mon maître s’est préparé à lutter contre elle, nous étions loin de nous douter que nous pourrions utiliser les desseins d’un humain pour manipuler Poséidon et à fortiori les représentants d’Asgard. A la recherche de dieux mineurs pouvant arranger nos affaires en affaiblissant Athéna et en la conduisant à la faute, mon maître a profité des obsèques du père d’Hilda et que la prison de glace dans laquelle est condamnée Loki soit rouverte pour m’y envoyer. Jeune fille à l’époque, d’apparence innocente, je n’ai éveillé aucun soupçon au milieu de la foule immense réunie. Porteuse d’un sceau de la force solaire qu’il a confectionné pour l’occasion, j’ai profité d’être à l’abri des regards pour que la force d’Apollon annihile celle d’Odin.
_ Alors, Loki attend son retour, en secret, depuis qu’Hilda gouverne et que les portes se sont refermées après qu’a été déposée ici la dépouille de son père… L’immortalité que Baldr croit avoir obtenu d’Odin, elle ne vient de nul autre que de Loki n’est-ce pas ?!
_ En trompant Baldr, Loki nous a convaincu qu’il serait utile aux desseins de l’Olympe. Il ne nous manquait plus qu’une personne influente à Asgard qui n’éveillerait aucun soupçon pour que Loki puisse s’y incarner.
_ S’y incarner ?
_ Oui. Si Odin a brisé le cycle de réincarnation de Loki, celui-ci n’en reste pas moins un dieu. Il lui suffit de choisir un hôte. Et je crois qu’il a fait son choix. Depuis les millénaires qu’il attend… »
En effet, alors qu’il converse avec Ksénia, le corps d’Andreas se dirige irrémédiablement jusqu’à l’urne.
Son regard, absorbé, témoigne de l’envoûtement de Loki.
En aucun cas Andreas ne peut et ne veut lutter contre cette tentation.
_ « Sa libération puis notre absence il y a une dizaine d’années a dû exacerber sa volonté de prendre le contrôle d’Asgard. »
A ce stade, Andreas n’écoute déjà plus Ksénia.
Il est posté face à l’urne, les bras ballants.
Sa conscience est vidée de toute détermination à lutter.
Ses pupilles se dilatent.
Le cosmos sinistre finit d’émaner sous ses yeux.
L’urne est désormais vidée.
L’atmosphère lugubre est si lourde qu’il ferme ses paupières comme si elle lui pique les yeux.
Il hume à pleins poumons l’air piquant du froid asgardien.
A l’oxygène qu’il aspire se mêle la luisance violacée qui éclairait jusqu’alors l’espace.
Il la respire d’une longue et interminable traite comme s’il reprenait en lui tout le cosmos que Loki a libéré sur plus d’une décennie dans les catacombes d’Asgard.
Il rouvre alors les yeux.
Ses iris brillent désormais d’un rouge vif.
Il n’est plus question de phosphorescence mais bien d’une aura, un cosmos, qui émane maintenant de lui.
Il n’est plus Andreas. Il est Loki. 
Aussitôt, la lueur cosmique baisse et c’est la lueur des torches des Einherjar qui prend le relais.
Immédiatement, les morts vivants plient le genou à terre pour reconnaître celui qui les a ramenés à Asgard.
Satisfait, inquiétant dans cette pénombre nouvelle, il reprend sa conversation avec Ksénia.
_ « En effet. Cela m’a paru interminable.
_ Les événements chez Poséidon ont relégué votre réveil au second plan.
_ Je suis une issue de secours si je comprends bien.
_ Absolument.
_ Et qu’attend Apollon de cette issue de secours.
_ Ce que vous savez faire de mieux. Semer la confusion. »
Loki la fixe avec malice.
_ « Je ne suis pas le seul à savoir le faire apparemment.
_ Baldr n’était qu’un moyen d’attirer l’attention d’Andreas. Me faire passer pour une chétive voyageuse qui s’est perdue en cette contrée a été un jeu d’enfant vis-à-vis d’un rustre comme Baldr. Et cela m’a permis de prendre du plaisir dans la mission qui était la mienne de semer la confusion chez Andreas. »
Loki tempère ses ardeurs.
Il rebrousse chemin, laissant Ksénia dans son sillage.
_ « Semer la confusion. C’est bien ce que je compte faire. Mais à quoi bon si Apollon a décidé du sort de la Terre ?
_ Il a décidé du sort d’Athéna. Apollon attend surtout que les mortels retrouvent la foi légitime envers les Olympiens. Qu’ils les vénèrent et s’emploient à être plus vertueux. Tout le contraire de ce qu’Athéna leur fait être.
_ Et donc, il attend de moi de pousser Athéna à la faute pour ensuite mieux éradiquer l’humanité et ceux qu’ils considèrent comme dieux mineurs, dont moi, avec.
_ Le Seigneur Apollon est juste. La Terre ne l’intéresse pas. Il saura laisser celle-ci à celui qui aura remis les mortels sur le droit chemin. »
Loki remonte marche après marche les escaliers.
Alors qu’il entraperçoit la lumière du jour, il stoppe sa progression et apprécie quelques secondes la liberté qui lui tend les bras.
Il profite que Ksénia le rejoigne pour concrétiser un plan.
_ « La présence d’Odin à Asgard me gêne. Il pourrait tout faire échouer. D’autant plus qu’Hilda a renouvelé son serment à Athéna après avoir été libérée de l’Anneau des Nibelungen. Lutter seul contre Odin et le Sanctuaire ne sera pas une partie de plaisir.
_ N’ait crainte. D’autres pions sont placés pour occuper le Sanctuaire. »
Un sourire perfide se dessine alors sur le visage d’Andreas.
Il reprend sa montée et, dessinant devant lui avec sa main droite un cercle, il ramène à eux les trois gardiens défunts de la porte sacrée tués plus tôt par Ksénia.
Ils se redressent et, instinctivement, reprennent leur service pendant que la marque des Einherjar empourpre leurs visages.
Revenant à son tour à la surface, Loki attend que Ksénia sorte des catacombes pour redessiner sous ses yeux les couches de glaces qui emprisonnent les portes.
_ « On n’y voit que du feu, sourit-elle.
_ J’ai un plan. Le temps de le mettre en ½uvre, personne ne doit soupçonner une intrusion en ce lieu. »
Il tend l’oreille en direction du brouhaha qui vient de la salle de réception.
_ « Comptes-tu ramener les défunts God Warriors en Einherjar, suggère-t-elle ? Après tout, de simples soldats ne suffiront pas.
_ Cela éveillerait les soupçons. La tromperie c’est savoir faire croire que le dieu bienfaiteur des Asgardiens agit dans leur intérêt. Hilda n’a réveillé que les God Warriors de la Grande Ours. Il reste à Odin ceux de la mythologie. A moi de voir comment le neutraliser pour agir à ma guise désormais. Tu peux rentrer en Olympe rassurer Apollon à présent… »


Sur la plage d’Yíaros, la poussière est retombée.
Le sable est de nouveau couvert d’eau par le ressac des vagues.
Etendue, à peine consciente, Juventas se morfond : « D’abord Iphiclès, puis Apodis, les deux hommes de ma vie. Et maintenant toi, ¼dipe, mon ami. »
Brusquement, un déplacement inattendu l’extirpe de son affliction.
Reconnaissant la démarche très particulière de son camarade, l’Alcide des Juments de Diomède relève difficilement la tête : « ¼dipe ! Tu as sur… »
Néanmoins, la surprise est telle qu’elle reste sans voix.
Face à elle, progressant avec difficulté après les blessures reçues, l’Ange est encore debout.
N’ayant plus la force de parler, il se contente de lever avec difficulté le seul bras qu’il lui reste de valide pour achever sa mission.
Déçue, épuisée, la femme chevalier ne se sent plus la force de combattre.
Le moindre mouvement déchire sa peau craquelée par les flammes de l’Olympien.
Elle baisse la tête, résignée à une mort inévitable.

Quand, sorti des enfers, le timbre héroïque de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale retentit dans l’atmosphère : « Armageddon ! »
Inopinément, fonçant de toutes ses forces sur Phygée qui réussit à peine à se retourner pour découvrir l’ultime tentative d’¼dipe, le complice de Juventas transperce de ses deux poings la poitrine de l’Ange.
Les deux hommes, encore debout, restent rivés dans les yeux l’un de l’autre.
Phygée peut découvrir un regard plein de volonté et d’espoir chez un ¼dipe réincarné grâce à l’ultime cosmos.
L’Alcide lit de son côté toute l’admiration qu’éprouve l’Ange avant de s’éteindre.
Lorsqu’il retire ses bras du corps vaincu, ¼dipe redevient peu à peu l’être difforme qu’il a toujours été pendant que Phygée s’éloigne en titubant.
L’Ange finit par imploser, signifiant sa mort.
¼dipe, lui, commence par perdre l’équilibre.
Son corps part sur le côté.
Il faut l’intervention in extremis de Juventas qui s’agrandit les plaies pour lui épargner une chute fatale.
Hélas, la mort semble avoir déjà pris sa décision.
L’esprit d’¼dipe communique avec sa paire : « Pas mal pour un enfant prématuré, né d’un viol consanguin et abandonné dans les bidonvilles de Bolivie. »
Juventas ne parvient pas à retenir ses larmes. ¼dipe poursuit ses adieux.
_ « Quand je suis arrivé sur Yíaros, je pensais n’être que ça. Un monstre. Puis j’ai découvert le cosmos d’Hébé et ai été accepté tel que je suis par vous tous. Je me souviens de toi enfant, jouant avec Iphiclès. Jamais vous ne m’avez repoussé, au contraire, vous m’avez toujours considéré des votre. Je ne pouvais pas mourir sans rendre à cette île tout ce qu’elle m’a apporté. Iphiclès ne me l’aurait pas pardonné lorsque je serai arrivé dans l’au-delà. »
Le visage inondé par le chagrin, Juventas caresse le visage de son ami d’ordinaire insensible au toucher : « Je n’ai jamais senti quelqu’un me prendre dans ses bras. Pourtant, je ressens ta cosmo énergie qui m’entoure et m’apaise. C’est la plus belle preuve d’amour que j’ai ressenti dans ma vie. Merci à vous, Hébéïens, d’exister. »
Luttant contre les entraves que la nature lui a infligées, ¼dipe réussit à sourire pour rendre son dernier souffle avec un visage apaisé.
Désormais seule, face à la mer, Juventas réalise qu’il ne subsiste plus qu’elle pour surveiller Yíaros alors que la dernière bataille est proche.

11
Only for Love / Chapitre 85
« le: 2 Janvier 2026 à 17h02 »
Chapitre 85

Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, Apollon observe un pilier surmonté d’une lune.
Au sommet des vertes contrées où le peuple Olympien vit paisiblement, devant un des onze temples au pied du Mont Olympe, le Dieu du Soleil marque le pas devant l’entrée sur le territoire d’Artémis.
Les glaciers au sommet du Mont Olympe alimente un lac tout autour.
Le long chemin bordé du lac conduit plus à une véritable citée qu’à un temple.
Accompagné de son serviteur Roloi, il progresse sur un long pont jusqu’à une citadelle aux pierres froides. Elles soutiennent grâce à ses colonnes grecques des voûtes sur lesquelles sont gravés des croissants de lune.
Sur leur chemin, les jeunes filles au service d’Artémis, les Satellites, s’écartent en révérant le Dieu du Soleil.
Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portent un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblent être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune.
Aux abords de la bâtisse, vont et viennent les cohortes d’une véritable armée. Elles traversent les ruelles et allées du seul édifice d’un dieu de l’Olympe semblable à une caserne plutôt qu’à un palais.
Tout autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairent à nettoyer les lieux et à prier sans cesse.
L’un d’entre eux, un jeune garçon nommé Lytus fait preuve de maladresse en laissant glisser de ses doigts une amphore d’ambroisie.
Le fracas agace d’un claquement de langue Apollon tandis que Callisto chuinte instamment pour que Lytus se courbe plus bas que terre pour nettoyer prestement.
La protection de Callisto est semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de réceptionner sans crainte le Dieu du Soleil, elle apparaît extrêmement retorse.
_ « Seigneur Apollon. Sa Majesté Artémis attend votre visite avec impatience. Si vous voulez bien me suivre. »

Au détour de quelques couloirs, ils arrivent devant la salle impériale. Là, trône la Déesse de la Lune sur une grande ouverture à ciel ouvert.
Les cieux laissent apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune qui baigne tout le domaine d’Artémis de sa pâle lueur.
_ « Je vois que l’Olympe peut toujours compter sur ta rigueur ma chère petite s½ur. »
A cette remarque, Callisto se sent honorée pour sa maîtresse tandis qu’elle se prosterne en bas des marches qui conduisent au trône de sa déesse.
Véritable rempart d’Artémis, elle fixe avec dédain le serviteur d’Apollon qui ne présente pas d’aussi bonnes manières.
En effet, Roloi, resté derrière Apollon, garde les mains derrière la tête à admirer de ses grands yeux la Déesse de la Lune.
_ « Apollon… Que me vaut l’objet de ta visite…
_ Ton dévouement justement. Et ton incarnation de la droiture olympienne. »
Ainsi louée par la figure la plus emblématique du royaume après Zeus, Artémis est flattée.
Elle se presse de descendre les marches couvertes d’un tapis bleu pour se mettre au niveau de son jumeau, voire plus bas tant elle s’applique à plier les genoux pour le saluer.
Malgré cette admiration qu’il semble lui vouer, Apollon garde ce ton monocorde et hautain qu’il emploie d’ordinaire dans ses phrases courtes qui le caractérisent.
_ « Ton armée s’agrandit. Et se renforce. Je le sens dans la détermination et le cosmos de tes Satellites.
_ Hormis quelques élus, les Anges ne sont au service d’aucun dieu en particulier. Il s’agit d’un groupe de guerriers à notre disposition. Néanmoins, depuis des millénaires à présent, je pressens que l’obscénité humaine pullule à foison. Si bien que dans leur folie, les humains chercheront un jour à se retourner contre les dieux envers lesquels ils ne croient plus. Pire, qu’ils méprisent, fous qu’ils sont.
_ Crois-tu qu’ils envahiront un jour l’Olympe, suggère-t-il sans donner l’intonation d’une question.
_ Non. Pas qu’ils ne sont pas susceptibles d’essayer. Heureusement, les Anges puniront toutes tentatives. Seulement, avant cela, il faudra certainement un jour marcher sur la Terre pour ramener l’humanité vers la droiture qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
_ Si seulement tu pouvais gouverner ce monde, lâche-t-il intentionnellement.
_ J’y ai déjà songé. D’où la formation et l’amélioration constante d’une armée chaste. Symbole d’une Olympe pure. Première rempart s’il le fallait face à une humanité souillée.
_ Je suis rassuré de t’entendre parler ainsi. Surtout après les derniers événements sur Terre.
_ Notre chère petite s½ur se fourvoie. Athéna s’est laissée corrompre par le c½ur des hommes.
_ Peut-être serait-il bon de lui réserver le même sort qu’à l’humanité.
_ Par Zeus, non ! La châtier me parait devenir d’à propos. Mais faire preuve d’autant de radicalité… »
Conscient que bien qu’aveuglée par sa machination Artémis n’en demeure pas moins aimante envers sa s½ur, Apollon use d’ingéniosité.
_ « Je suis satisfait de te l’entendre dire. C’est pour cela que je viens à toi aujourd’hui. Il me revient régulièrement à l’oreille que nos semblables ne sont plus aussi patients que toi à l’endroit de la Déesse de la Sagesse. Peut-on lui accorder encore ce titre. La présence d’un de ses Saints dans la prison de l’Olympe reflète parfaitement où en est l’humanité. Elle confirme tes soupçons. Et justifie l’existence de ton armée destinée à tous nous protéger. Le Dieu des dieux t’en saura gré.
_ Que cherches-tu à me dire ?
_ Hadès est proche de se réveiller. Je le sens. Selon la résultante de sa Guerre Sainte inévitable contre Athéna des décisions seront à prendre. Je suis rassuré de savoir que la plus dévouée à notre cause soit également la plus raisonnée. Cela permettra de calmer les ardeurs des plus belliqueux d’entre nous si tu viens à devoir intervenir.
_ Et toi ? Comment réagirais-tu à ma place ?
_ L’humanité a eu plus de fois qu’elle ne l’aurait dû sa chance. Tu seras la dernière alternative à laquelle Athéna aura droit avant la colère des dieux. »

Une fois dehors et à l’abri des regards, Roloi tourne autour de son maître.
Alors qu’ils arrivent devant le pilier lunaire qui marque la limite du territoire d’Artémis, le vieux serviteur gesticule dans tous les sens.
Incapable de cacher dans ses grands yeux sa surprise, il cherche à connaître ce que cache le stratagème d’Apollon.
_ « Vous semblez satisfait de la situation ?! Hélas, malgré la chute d’Asgard puis celle de Poséidon, Artémis semble encore trop compatissante envers Athéna ?! Artémis est la plus investie dans son rôle de représentation de la vertu Olympienne ! Sa mesure envers les décisions à prendre à l’encontre d’Athéna va influencer les esprits les moins concernés par votre stratagème ! A coup sûr, Hermès, Aphrodite ou encore Déméter iront dans son sens plutôt que dans le votre lorsque viendra le moment de juger Athéna ! Et comme sa dévotion est appréciée du Seigneur Zeus, celui-ci consentira à suivre sa pédagogie ! Ça va à l’encontre de…
_ Cesse de t’agiter ainsi, l’interrompt sèchement le Dieu du Soleil. Crois-tu que tout ceci n’est pas contrôlé. Artémis est maintenant convaincue qu’il lui faudra intervenir. Elle sera clémente envers Athéna. Néanmoins ses méthodes ne satisferont pas Athéna. Trop rigoureuses. Pas assez altruistes envers les humains. Mettre Artémis sur la route d’Athéna est la meilleure chose à faire pour faire perdre le crédit que le Dieu des dieux accorde encore à Athéna. »
Rassuré, Roloi comprend mieux cette visite fortuite à Artémis.
Dès lors, il emboîte le pas à son maître jusqu’à lui barrer la route : « Dois-je donc demander à Helénê d’activer le second acte à Asgard ?! »
D’un hochement de tête, le Dieu du Soleil donne son approbation.

Alors qu’ils sortent du domaine d’Artémis, ils croisent une vieille Olympienne à la peau flétrie.
Son épaisse soutane n’est pas suffisante pour dissimuler son visage rubicond.
Ses pupilles rougies par les millénaires qu’elle a traversées trouvent la force de s’écarquiller tant la stupéfaction la saisit lorsqu’elle contourne les invités d’Artémis.
Sa bouche édentée reste entrouverte.
Prise de bégaiement, son attitude stupéfait le Dieu du Soleil qui n’a jamais connu pareille circonstance depuis l’aube des temps.
Comprenant rapidement le malaise qui parcourt l’ancêtre, Roloi fonce sur elle d’un pas autoritaire : « Vas-tu te calmer vieille folle ?! Ne vois-tu pas que tu as affaire au Dieu du Soleil ! »
La dame en laisse tomber sa canne et passe ses mains aux longs ongles jaunis par-dessus sa capuche pour se couvrir la tête du courroux du serviteur.
Jamais Roloi n’a fait montre d’une telle sévérité et jamais un Olympien ne lui a donné autant de crédit.
Poursuivant sa route sans vouloir jeter le déshonneur sur la propriété de sa s½ur, Apollon n’a cure de ce manque d’élégance de la part d’une vieillarde : « Allons Roloi. Pour une fois que tu t’intéresses à une fille de ton âge. Je n’ai pas de temps pour cela cependant moi. Il me tarde de trouver en mon temple de jolies muses. »
Jetant un dernier regard austère envers elle, Roloi s’écarte progressivement.
Il attend que l’aïeule ne soit plus pour lui qu’un point à l’horizon pour reprendre sa démarche pleine d’allégresse.

Resté en retrait, intrigué par cette entité rayonnante et son serviteur aux fines moustaches qu’il n’a de cesse de frictionner, le jeune Lytus sort de sa cachette.
Fringuant dans sa toge immaculée dont la jupette termine haut sur les cuisses, il détalle dans ses sandales lassées jusqu’au haut des tibias en direction de la dame affolée : « Hécate ! Hécate ! Que vous arrive-t-il enfin ?! »
La pauvre demeure tremblante, incapable de se ressaisir : « Il est réveillé… Après tout ce temps… »
Cherchant à la rassurer, il la prend par-dessus l’épaule : « Allons Hécate ! C’est le Dieu du Soleil ! Le frère jumeau de Sa Majesté Artémis ! Depuis ces milliers d’années passés ici vous l’avez déjà rencontré des centaines de fois ! »
Hécate reste cependant incapable de contrôler ses spasmes de panique.
Le jeune archer, affublé de son instrument et de ses munitions dans son dos, est perplexe.
Au fond de lui, il ne parvient pas à comprendre pourquoi la voici tant tourmentée : « J’ai l’habitude de voir divaguer cette ancienne servante de Sa Majesté Artémis. D’ordinaire elle va cueillir dans les jardins d’Olympe des herbes afin de concocter des mixtures tout en radotant des inepties autour de son chaudron. C’est vrai que le peuple l’a toujours trouvé étrange. Mais c’est la première fois que je la vois elle être ainsi interloquée. »


En Grèce, au royaume de la défunte Hébé, la population profite des premiers rayons de soleil depuis trois jours.
Ce 25 mars 1987, la décrue du fleuve du Nord-Est de l’île ainsi que de la mer au Sud sur le port permet aux villageois de vider leurs demeures des eaux boueuses qui ont tout ravagées.

En deux jours de temps, les choses se sont accélérées dans le monde et ont entraîné des répercussions même jusque Yíaros.
En effet, trop préoccupée par l’aide inconsciente fournie à Alexer, Saori n’a pas deviné l’attaque de Syd contre Aldebaran.
Heureusement, lorsque le God Warrior de Zeta est venue attenter à sa vie au Japon, les Saints de bronze sont venus à sa rescousse couverts de leurs nouvelles Cloths.
En coulisse, la liberté provisoire de Freya octroyée par Thor a permis la fuite de Hyoga venu enquêter sur le royaume d’Asgard.
Les Guerres Saintes, d’abord contre Asgard, puis Poséidon, s’en sont suivies.
Témoin inconscient des périples d’Athéna, la planète a vécu des heures très noires.
Des pluies torrentielles, des montées des eaux et des inondations historiques ont causé de nombreux dégâts et d’innombrables décès et disparitions.
Enfin, depuis près d’une heure, grâce à la victoire d’Athéna, le soleil reprend ses droits, signifiant l’enfermement de l’âme de Poséidon et l’achèvement de deux Guerres Saintes consécutives.

Sur Yíaros, la forêt de l’Est a totalement été balayée par les eaux, seuls quelques arbres sont encore debout.
A l’Ouest les éleveurs rassemblent le bétail noyé.
Les agriculteurs déplorent la perte des récoltes.
Au large, sur le port, quelques marchands ne peuvent que constater les dégâts. Leurs cabanons ont été enlevés et les pontons arrachés par la mer.
Les prêtres officient quelques cérémonies funèbres pour les quelques habitants qui n’ont pus échapper à la montée des eaux.
Déjà fort entamé ces dernières années, le moral des Hébéïens est davantage emprunté.
 
Accompagnant les pêcheurs pour déblayer le port, la régente de l’île, Juventas Alcide des Juments de Diomède pleure sous son masque.
Eprouvée par la charge mentale qui s’accumule ces derniers moi, elle attend de se trouver seule, à l’écart, pour enfin relâcher dans quelques sanglots son désarroi.
Assise sur la plage, Juventas se morfond : « Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement des dieux contre nous ? »
Inopinément, une voix inconnue lui rétorque : « Vous n’avez pas à vous poser cette question. Vous devez accepter le jugement de l’Olympe. »
Instantanément, la femme chevalier se retourne et découvre un homme habillé d’une armure d’un noir clair et brillant, affublée d’ornements célestes.
L’homme, aux longs cheveux azurs coupés en carré plongeant et coiffés d’un diadème, a un regard suffisant.
La jeune femme à la peau mate, grande et mince, demande : « Qui es-tu ? A entendre tes propos tu sembles être un Ange comme celui combattu par mon amie Baucis lorsque nous fûmes confrontés à Hestia ! »
Un sourire en coin, l’Ange n’est autre que l’envoyé d’Héphaïstos qui s’affairait dans son atelier à réparer le char d’Apollon.
_ « A la différence près, que moi, je ne me laisserai pas vaincre par de faibles créatures. Je suis Phygée Ange de l’Olympe. Je suis venu ici prendre votre tête à vous les deux derniers Alcides.
_ Qui t’envoie ? »
Pointant son doigt sur la jeune femme, Phygée l’immobilise aussitôt et brise son masque : « Il suffit ! Quel ton insolent ! Réalises-tu que tu t’adresses à un messager des dieux ? »
La courte robe grenat qui cache son short de la même couleur par-dessous la Cloth beige de Juventas est soulevée par le courant d’air provoqué par l’émanation de cosmos de l’Olympien. Ses cheveux couleur taupe s’hérissent sur sa tête au visage interdit.
Naturellement, sans disserter davantage, l’ennemi tend le poing dans la direction de son adversaire : « Forge of Fire. »
Son bras libère une immense Forge de Feu qui s’abat sur la mère d’Agape.
Le fracas est si violent qu’elle est projetée dans la mer, laissant derrière elle des morceaux de son armure couverts de sang.

Seul, convaincu de sa victoire, Phygée murmure : « Et d’un. Le second est justement arrivé. »
Contre toute attente, n’attendant pas que le second Alcide déchire l’air comme il en a l’habitude pour apparaître par une porte dimensionnelle, Phygée tend le bras dans le vide et semble creuser un passage d’où il extirpe le difforme ¼dipe.
Dans le même élan, l’ayant empoigné à la gorge, il l’encastre violemment dans le sable.
Le geste est si puissant qu’il crée une brèche qui s’ouvre jusqu’à la mer. La faille permet à l’eau de s’engouffrer dedans et emporte ¼dipe dans les abysses.
Ahurissant de force, le guerrier céleste tourne les talons en lâchant : « Et de deux. Je vais maintenant me rendre à Blue Graad achever ce qu’Idaios n’a pas su faire. »

Venue d’outre-tombe, la voix féminine de Juventas le rappelle : « Tu ne crois pas aller trop vite en besogne ? »
Ressortie de l’eau, ayant récupéré ¼dipe qu’elle garde sous son bras, Juventas apparaît plus déterminée que jamais : « Il n’est pas question de s’avouer vaincus contre les responsables de la mort de sa Majesté Hébé. »
Dépourvu depuis la naissance de ses cinq sens, ¼dipe confirme par télépathie : « Hors de question de ne pas venger Baucis et tous nos amis. »
Faisant volte-face, Phygée confesse : « Je comprends maintenant pourquoi Idaios et les autres ont eu tant de mal que ça à vous vaincre. Vous faites preuve d’une volonté incroyable. Ça n’en sera que plus glorifiant envers mes dieux que de la briser. »
Anatomiquement mal constitué, ¼dipe marche lentement en traînant les pattes tel un animal abattu. Le Bolivien, qui paradoxalement dispose de la plus belle Cloth parmi les Alcides, bave devant son adversaire. Sa télépathie lui permet de rétorquer : « Ce ne sera pas aussi facile que tu le penses de briser l’homme voué à l’obscurité dès sa conception que je suis. Affronte donc mon Fracas Mystique ! Mystic Smash ! »
Droit, Phygée reste inflexible.
Quand d’ordinaire les adversaires de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale se tordent de douleur alors que leurs organes implosent à l’intérieur de leurs corps, ici l’Ange se contente de sourire.
La seule à réagir est Juventas.
La jeune femme se plie subitement, ne comprenant pas ce qui lui arrive.
Ses contorsions s’achèvent lorsqu’elle passe ses mains dans le bas de son dos.
_ « On dirait que ton Fracas Mystique vient de lui détruire un rein. Il paraît qu’on peut vivre avec un seul. Dans ce cas je vais me charger de lui arracher le second si tu le permets.
_ Incroyable ! Il peut voir mes déplacements dans l’espace et retourner mes arcanes sans fournir le moindre effort, déplore ¼dipe. »
Seulement, l’immonde personnage refuse de livrer ainsi son amie à l’Ange qui approche pour l’achever.
Faisant barrage avec son corps, il espère annihiler l’assaut de l’Olympien.
_ « Forge of Fire.
_ Psycho Crusher ! »
La géante Forge de Feu se retrouve immobilisée dans un cube de cosmos qui rétrécit sur lui-même, condamnant l’émanation cosmique rivale à s’amoindrir puis disparaître.
Seulement, alors qu’il ne reste du cube plus qu’un minuscule dé, voué à être dissout par le cosmos d’¼dipe, celui-ci fonce contre toute attente sur l’Alcide.
Il brise sa barrière de cosmos juste avant de le frapper.
¼dipe est balayé de plein fouet et repoussé en arrière.
Seule face à l’Ange, Juventas réussit à se remettre sur pied et à accroître sa cosmo énergie.
Déterminée, elle réussit à ralentir l’approche de son opposant.
Son aura dorée dessine dans son dos les Juments de Diomède.
Lorsqu’elle abat ses mains en direction de son adversaire, celles-ci partent dans sa direction à la vitesse de la lumière : « Funereal Trampling ! »
Devenues faisceaux de lumière, les juments quadrillent la zone et rossent sur toute sa surface l’Ange.
Projeté dans les airs, il se réceptionne sur ses jambes fléchies.
La Glory rayée, partiellement entamée, il adresse à Juventas un regard admiratif.
A son tour, il déploie ses forces et libère une Forge de Feu encore plus grande que les précédentes : « Forge of Fire. »
Juventas, revigorée par l’inversement des rôles, réitère : « Funereal Trampling ! »
Cependant, la concentration de l’Ange permet à son instrument de feu de briser les traits lumineux laissés par les juments de Juventas.
Seulement, l’Alcide refuse de renoncer. Elle recroqueville ses bras en les passant devant sa tête pour encaisser l’attaque.
La masse incandescente lui arrache l’armure.
Effritant la Cloth morceau après morceau, l’arcane lui craquelle ensuite la peau.
La Forge de Feu laisse Juventas tenir debout, figée, la Cloth ne tenant sur elle qu’en quelques mosaïques par-dessus ses vêtements déchirés.
Pensant n’avoir plus qu’à l’achever, Phygée progresse vers son adversaire immobile.
C’est alors que jaillit depuis derrière elle ¼dipe.
Prenant par surprise l’Ange, il apparaît en ouvrant grand sa bouche.
Sa mauvaise dentition se transforme en canines alignées, faîtes de bronze.
Les ailes de sa Cloth s’agitent.
Ses ongles deviennent longs, affûtés et aussi solides que l’acier.
Pendant que semblent résonner des cris d’oiseaux, ses yeux rouges virent au sombre, ses ailes se déploient, ses bras s’écartent et sa mâchoire se déboîte.
L’invocation du septième sens à son paroxysme permet à ¼dipe de réhabiliter temporairement les cinq sens qu’il n’a jamais eus. Un son strident provenant de sa gorge criaille : « Armageddon ! »
Stupéfait, Phygée ne réagit pas.
La vitesse d’¼dipe surpasse celle de la lumière pour égaler celle des guerriers Olympiens.
Le chevalier céleste est frappé en plein buste, faisant voler le haut de sa Glory et son diadème en morceau.
Il retombe cette fois-ci au sol, tête la première, le visage couvert d’égratignures…


Pendant ce temps, à l’extrême Nord de l’Europe, dans le domaine gelé d’Asgard, le médecin de la cour se hâte dans les plaines reculées de la citée du Walhalla : « Le temps est doux aujourd’hui. Sans doute un répit après la tentative de conquête avortée de Poséidon. Mais cela ne durera pas éternellement, je dois me presser si je veux avoir le temps de soigner ce rescapé avant de me rendre au palais. »
L’homme, de haute stature comme la plupart de ses concitoyens, porte un châle marron par-dessus son long gilet gris.
Il lève sous les bras deux bûches épaisses tandis qu’un sac en bandoulière tapote contre ses reins au rythme effréné de ses grands pas.
Il progresse, neige aux genoux, jusqu’à ce qui semble avoir été une immense propriété depuis laquelle sort par la cheminée une diffuse fumée blanche.
Le blason couvert de givre sur le mur d’enceinte effondré par endroit est annonciateur de la noblesse d’antan des propriétaires. Il représente un tigre à dents de sabre.
Composée, à première vue, de plusieurs ailes, seul le bâtiment central tient encore péniblement debout.
Les vitraux des grandes fenêtres des niveaux supérieurs sont tous éventrés.
Le vent s’y engouffre dans un sifflement strident tandis que la neige recouvre les sols et fait gondoler le parquet réchauffé par le feu du dessous.
Sans frapper, Andreas entre à l’intérieur et se précipite balancer le bois dans le timide feu qui crépite dans l’âtre de la cheminée.
Très vite, les flammèches lèchent les rondins et ravivent la lumière dans cette modeste demeure.
Immédiatement, la lueur permet de comprendre qu’elle a été abandonnée durant de longues années.
Le mobilier est vétuste, son bois pourri et imprégné de poussière.
Seulement, le docteur a bien deviné l’importance qu’à ce lieu pour le rescapé étendu sur une vieille couche dans des draps crasseux.
_ « Bud… J’ai ramené de l’onguent et quelques décoctions de mon atelier au Walhalla. Avec ça, tu devrais vite cicatriser avant que les vitamines ne te redonnent ensuite la force de marcher. »
A peine conscient, l’Ombre de Zeta secoue la tête comme pour essayer de lutter alors qu’il est à bout de force : « Andreas… Andreas... Syd… Cette maison… »
Lui serrant la main pour tenter de le rassurer, Andreas lui susurre : « Oui… Je t’ai conduit dans cette maison où vos parents vous ont fait naître en secret, comme tu me l’as demandé quand j’ai retrouvé vos corps après la bataille. Néanmoins, je n’ai rien pu faire pour Syd. Il était déjà mort. Il n’y a que toi, véritable force de la nature, qui s’est accroché à la vie. Les obsèques des God Warriors tombés au combat il y a deux jours ont lieu aujourd’hui au Walhalla. J’y ai rendu le corps de ton frère à vos parents et à sa promise. Je sais qu’il te tenait à c½ur de lui rendre toi-même hommage, mais tu n’es pas en état de le faire. La Princesse de Polaris saura célébrer sa mémoire avec honneur. Toi, tu dois reprendre des forces. »
Ayant lutté pour entendre ces quelques mots, Bud retombe dans un profond sommeil.
Toutefois, Andreas n’est pas soucieux.
En effet, il prend le pouls du Guerrier Divin et admire dans le fond de la pièce les God Robs de Zeta et de l’ombre de celle-ci. Sous formes totémiques, alors qu’elles portent encore les stigmates des combats contre les Saints de bronze, elles resplendissent et paraissent contribuer au maintien en vie du rescapé.


Pendant ce temps, quelque part sur le bord d’une plage désaffectée de la Méditerranée, loin de la présence de toute civilisation, seul le mouvement des vagues extirpe de sa léthargie un homme aux cheveux bleu foncé.
Déposé par le reflux de la mer, sa tunique marine porte encore les marques de son combat sous les mers malgré la Scale qu’il portait à ce moment.
Le visage enfoncé dans le sable humide, les muscles endoloris, ses sens reviennent peu à peu.
Kanon retrouve d’abord cette sensation salée qui provient de l’eau de mer qu’il a dû ingurgiter en grande quantité lorsqu’il a été rappelé à la surface.
_ « Mais pourquoi ? Pourquoi moi, s’interroge-t-il avec une soudaine culpabilité ? »
Très vite, la réponse lui apparaît comme une évidence.
En se redressant, entre lui et l’eau, planté dans le sable, le sceptre d’Athéna brille grâce à l’éclat du soleil.
Tremblant, tenant difficilement sur ses jambes, il remarque avec une étrange passivité un corps partiellement immergé par les flots.

A bout de force, cette silhouette, encore consciente, lutte du peu de force qu’il lui reste pour garder sa tête à la chevelure pomme hors de l’onde pour éviter toute noyade.
Grâce à une nage désordonnée, guidée par l’instinct de survie, Shaina parvient à toucher pieds du bout de ses escarpins.
Rassurée bien qu’à bout, elle laisse le choc des houles la ramener sur les gravillons d’où l’observe penaud l’ancien Dragon des Mers.
Seulement, l’étrange impression du Grec ne le quitte pas.
Le reflet du soleil sur le sceptre ne l’aveugle pas autant que cette boule lumineuse qui trône au-dessus de l’eau à quelques brasses de là.
Spontanément, il commence à s’enfoncer dans la mer pour découvrir de lui-même quel est cet étrange phénomène.
Baigné jusqu’à la taille, il reconnaît enfin les formes en totem de trois armures qu’il identifie très vite : « Les armures d’or du Sagittaire, du Verseau et de la Balance… Pourquoi résonnent-elles à l’unisson ? »
Les lames, violentes en raison de tous les remous provoqués en profondeur par l’effondrement du sanctuaire sous-marin, lui permettent de distinguer au loin dans la mer une silhouette flottant inanimée sur le ventre.
Les longs cheveux mauves de cette apparence l’inquiètent.
Son sang ne fait qu’un tour. Mais lorsqu’il essaie de s’y précipiter, une secousse violente le frappe en plein dos.
Trop aguerri pour souffrir de réels dommages de cette attaque, Kanon se retourne pour distinguer son adversaire.
Tout juste remise debout, Shaina, amoindrie, appelle en elle ce qui lui reste de cosmo énergie : « Je ne sais pas par quel miracle tu es encore en vie, mais tu dois payer pour tout ce que tu as fait. »
Hautain comme à son habitude, Kanon ferme les yeux en tournant le dos à son adversaire : « Je n’ai pas le temps de t’expliquer. »
L’Italienne n’en démord pas pour autant et envoie à distance les Griffes du Tonnerre : « Thunder Claw ! »
En soufflant, d’un revers nonchalant de la main, il annihile la tentative du Saint d’argent puis plonge en direction des trois Cloths d’or.

Arrivé à leur hauteur, il retourne cette femme à la robe blanche que l’eau rend presque transparente.
Tout en admirant sa beauté, le frère de Saga remarque que la couleur de sa peau n’a rien du teint livide d’un noyé.
En approchant son visage du sien, il entend une respiration légère mais régulière pouvant dissiper les derniers doutes qui l’habitent.
Alors, en puisant dans ce qu’il lui reste, la maintenant par la mâchoire pour lui sortir la tête de l’eau, Kanon nage jusqu’au bord de plage.
Il sauve Saori, aidé par le cosmos des armures d’or.

Affaissée sur son postérieur, à bout de force, Shaina est abasourdie en voyant Kanon jaillir de l’eau avec sa déesse dans les bras, inconsciente, dégoulinante d’eau de mer, les cheveux mouillés et entremêlés, telle une sirène.
Elle se traîne péniblement jusqu’à Kanon qui prend soin de déposer délicatement la vénusté sur le sable sec avant de se laisser tomber sur le dos.
Shaina ne sait que dire.
Sa première pensée est prononcée tout haut : « Athéna. Athéna ?! »
Instantanément, les yeux de la Déesse de la Sagesse s’ouvrent.
Les armures d’or filent comme des étoiles jusqu’au Sanctuaire et Kanon sourit niaisement, rassuré et libéré.
D’une sérénité déconcertante, sans même faire le tour d’elle-même, la responsable de la Fondation Graad murmure : « Shaina. Kanon. Kiki… »
Surpris, Kanon et Shaina remarquent à quelques mètres au bout de la plage le petit garçon se relever en tapotant sur ses vêtements pour détacher le sable collé dessus.
Ses petits yeux malicieux et son sourire chenapan fixent déjà avec passion Sa Majesté.
La gorge enrouée, trop faible pour se téléporter jusqu’à elle, il essaie d’exulter : « Athéna ! »
En fixant le petit garçon venir jusqu’à eux, Shaina demande avec un certain soulagement : « Est-ce fini ? »
Athéna confirme : « Oui. C’est terminé. L’âme de Poséidon sommeille dans les profondeurs des océans. »
Coupable, Kanon fixe le sable.
_ « Et… Le peuple du sanctuaire sous-marin, s’inquiète-t-il inopinément ?
_ Il est sauf. Poséidon n’est pas mort. Si ses temples ont été envahis par les eaux, son cosmos est parvenu à maintenir le niveau des océans au-dessus de quelques rassemblements de ses fidèles. Le mythe de Poséidon ne s’est pas effondré avec lui. »
Alors que cette phrase aurait dû laisser présager un sursaut d’orgueil pour l’ennemi d’Athéna qu’il était, Kanon parait seulement soulagé : « Des innocents qui n’auraient pas mérités la mort. Il y en a déjà eu tant d’autres. Par ma faute. »
Comme interdite, Shaina détaille plus précisément son ancien ennemi : « D’autres victimes ? Tu n’es pas un simple Marina ? Mais, dans ce cas, tu serais… Oui, cette démarche, ça ne peut-être que toi… »
Partagé entre fierté et douleur, Kanon confirme : « Oui, je suis Kanon du Dragon des Mers. Frère jumeau de Saga Saint d’or des Gémeaux et usurpateur au trône de Pope. Je suis celui qui a influencé le mal dans l’esprit de Saga. S’il a causé tant de désolation, c’est parce que je l’y ai poussé à une certaine époque. Il alla même jusqu’à défier la femme que nous aimions, Ambroisie d’Yíaros, la Déesse Hébé. »
Convaincue, Athéna se relève en empoignant son sceptre : « Si Saga a choisi la voix du mal, c’est parce qu’il s’en était lui-même convaincu. L’homme par nature a toujours été tenté. C’est de lui-même qu’il a su surmonter ses tentations pour faire le bien… »
Ces quelques mots ramènent Saori et Kanon quelques heures en arrière…

Flashback
Le fracas de l’eau sur les roches arrachait les piliers des temples et engloutissait le palais de Poséidon.
Quelques soldats de l’armée sous-marine essayaient de fuir, en vain, rattrapés par les vagues immenses.
Impuissant, son visage, absorbé par la désolation qu’il avait causée, avait fait disparaître chez Kanon la déception de l’échec de son complot contre les dieux.
Il entendait depuis son pilier effondré de l’Atlantique Nord les appels au secours de ses hommes que les flots avalaient à une vitesse folle.
De seconde en seconde, le niveau de la mer grimpait et lui prenait déjà la Scale à hauteur de la taille.
_ « C’est moi qui ai libéré Poséidon. Autrement dit, il est normal que ce soit moi qui reçois la colère des dieux, pensait-il en sentant l’onde glacée monter rapidement. »
Plus loin, cinq lumières s’envolaient vers le plafond d’eau qui s’écroulait peu à peu.
Puis deux autres les suivirent.
_ « Les Saints de bronze… et leurs deux alliés, le Saint d’argent et le petit apprenti de Mû, fort courageux, constatait-il mélancolique… »
Puis, comme pour libérer son âme, il confessa à voix haute : « Il y a treize ans, lorsqu’elle m’a sauvé, j’aurai dû faire comme ces Saints. Croire en Athéna. Le rayonnement de son cosmos les a guidés à la victoire. J’ai vu l’amour suprême qu’elle leur rendait en retour de leur dévotion. L’immense bonté qui émanait de sa personne lorsqu’elle retenait les eaux dans le Main Blade Winner a lavé trop tard mon c½ur empoisonné par le mal. Si je me réincarne un jour, j’espère que je serai auprès d’Athéna pour faire le bien. »
Il ferma aussitôt ses yeux pour retenir les larmes de sa culpabilité et lorsqu’il les ouvrit, alerté par le son d’une immense déferlante synonyme de mort pour lui, il put reconnaître, devançant la vague, celle qu’il combattait encore quelques minutes auparavant.
_ « Athéna ?! Il vous faut partir, vous mourrez si vous restez ici ! Vous devriez être loin, avec vos Saints à l’heure qu’il est !
_ Tous mes Saints ne sont pas encore rentrés sur Terre. J’ai entendu ta détresse Kanon. Un Saint est encore prisonnier des eaux. »
La honte fût désormais trop lourde à porter.
Il se laissa submerger par l’émotion.
_ « Athéna… Tout est ma faute… Je ne suis qu’un idiot… Je vous en prie, rentrez sur Terre et pardonnez-moi.
_ Oui Kanon, il est l’heure de partir. C’est le moment de renaître, comme tu l’as demandé. »
Lorsqu’il eut assez de courage pour la regarder droit dans les yeux, comprenant qu’elle l’absolvait, Kanon ne se trouvait plus qu’en compagnie du sceptre de la bienveillante déité. Celui-ci l’enveloppait d’une aura qui lui fit perdre sa Scale et lui permettait de remonter à la surface en le protégeant de la pression de l’eau.
Il jeta un dernier coup d’½il coupable vers la citée qu’il avait condamné et, catastrophé, remarqua Athéna, toujours sur place, bientôt écrasé par le mur d’eau qui lui était destiné.
Alors qu’il perdait connaissance, perdant le peu d’air qui lui restait dans les poumons, il se jurait de se battre jusqu’à la mort pour Athéna et la justice dorénavant…
Flashback

Kanon comprend aussitôt : « Vous…Vous êtes partie seulement une fois que vous vous êtes assurée que le peuple de Poséidon était à l’abri des eaux ?! »
Elle confirme d’un hochement de tête.
Puis, reprend le but de son échange : « Dorénavant, je sais que ton âme est purifiée par ta dévotion et ton v½u de m’épauler Kanon. Si les armures d’or sont reparties au Sanctuaire, c’est qu’elles ont pleinement confiance en toi et te confient ma garde en tant que Kanon des Gémeaux. »

Arrivant sur les genoux, brisant l’émotion partagée entre le Saint d’or fraîchement reconnu et sa Déesse de la Guerre, Kiki est surtout tracassé par toute autre chose : « Et Seiya ? Shiryu ? Hyoga ? Shun ? Et Ikki ? Est-ce qu’ils vont bien ? »
Immédiatement, Shaina sent un frisson parcourir tout son corps, remontant jusqu’à sa nuque, inquiète du sort du Saint de Pégase.
Heureusement, le visage d’Athéna rayonne : « Ils vont bien. Au moment de l’effondrement du monde aquatique, je les ai renvoyés chez eux, au Japon. La guerre est finie pour eux. »
Rassurée, Shaina passe sa main sur son c½ur comme pour le soulager.
Kanon, lui, se contente d’un sourire discret alors que Kiki rassemble son cosmos entre ses mains : « Ça ne sera pas facile, je suis épuisé, mais je devrais pouvoir nous renvoyer au moins jusqu’aux remparts du Sanctuaire. »
Avenante, Saori pose sa main sur l’épaule du Muvien : « N’ais crainte. J’ai repris des forces depuis mon réveil. Et hormis moi, personne ne peut nous téléporter directement au sein de mon temple. C’est pourtant là où nous serons le mieux je pense. »
D’un sourire malicieux, Kiki approuve cette décision.
Juste avant que les quatre enveloppes charnelles ne quittent la plage, la divinité réclame : « A notre retour, Kanon veillera à mes côtés. Je n’ai pas besoin qu’on vienne lui demander de rendre des comptes. Shaina, Kiki, je compte sur votre discrétion. »


Au royaume d’Asgard, permettant de déboucher sur le Walhalla et situé après la Forêt d’Améthyste, le Temple de Hel, qui a vu combattre Syd et Shun, est emprunté par de nombreux villageois.
Ceux-ci se rassemblent en direction du palais pour rendre un dernier hommage aux héros de la nation.
Sur le parvis, Andreas tape ses pieds afin d’y faire tomber la neige restée accrochée à ses bottes.
_ « Il faut croire que c’est un geste coutumier ici, lui déclare une voix douce. »
En regardant à gauche puis à droite, le médecin identifie ses semblables exécuter le même réflexe avant de s’enfoncer dans le temple.
Toutefois, s’il reconnaît l’accent étranger propre à ceux vivant plus à l’Est dans des contrées moins périlleuses, la Russie, il n’arrive pas à mettre un nom sur ce visage féminin inconnu qui vient de lui adresser la parole.
La jeune femme a de longs cheveux châtains qui tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine couverte par sa robe violette sans bretelle.
Malgré le froid ambiant, son manteau de fourrure resté ouvert semble n’être qu’un simulacre tant elle ne semble pas souffrir des températures négatives.
Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Un petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze enjolivés par de fins sourcils.
_ « Définitivement, elle n’est pas d’ici, en déduit-il. »
Néanmoins, l’intruse ne parait pas perdue, au contraire. Son guide, aux longs cheveux argentés coiffés d’une frange et dans l’accoutrement traditionnel des soldats du royaume, lui indique d’un geste du bras la direction à suivre : « Par ici Ksénia ! »
Andreas ne parvient pas à masquer sa surprise : « Balder de Hraesvelgr ! Dit Balder le solitaire ! Quelle surprise de te voir participer à une telle cérémonie ! Et accompagné qui plus est ! »
Le susnommé a le regard vide, empli de dédain : « Quoi de plus normal que je me recueille sur la tombe de courageux God Warriors ? Odin les a choisis comme il m’a choisi lorsque j’étais enfant agonisant. Il m’a fait don de son immortalité et je sais que tôt ou tard il me donnera l’occasion d’exercer ce pouvoir. Après tout, seuls les God Warriors de la Grande Ours ont été appelés. Il reste encore sept God Warriors à réveiller. En venant honorer la mémoire de mes frères d’armes, je veux qu’Odin entende mes prières. Qu’il sache que je lui suis reconnaissant et que je reste dans l’attente de pouvoir lui rendre sa confiance sur le champ de bataille. »
Devinant que Ksénia cache quelque chose, Andreas demande : « Beaucoup de gens sont morts en raison d’une guerre que la Princesse de Polaris n’a pas commandé. Balder, comment peut-on souhaiter repartir de sitôt à la bataille ? Et vous Mademoiselle, que pensez-vous de tout ceci ? Depuis combien de temps êtes-vous présente dans notre contrée ? »
Balder fronce les sourcils mais Ksénia lui grille la politesse : « Je pense que le dieu Odin n’a pas été rappelé sur ce monde pour rien. D’autres forces sont à l’action partout dans le monde. Odin doit avoir son mot à dire. »
Elle lui tourne le dos et traîne Balder par la main.
_ « Et vous ? Qui êtes-vous ? Depuis quand êtes-vous parmi nous, espère la retenir Andreas. »
Pour seule réponse, il sent une légère résistance tirer sur le bas de son gilet gris.
Un enfant lui adresse un sourire affectueux avant d’être rejoint par ses frères et s½urs, menés par Helena, l’aînée : « Seigneur Andreas ! Je tenais à vous remercier pour les potions gracieusement préparées pour la rage de dents du petit. »
Elle lui tend un maigre bouquet de trois fleurs : « Je sais que c’est peu de chose au regard de votre investissement pour nous autres dans ce royaume. J’aurai aimé vous offrir plus. Mais comme vous le savez le climat n’aide pas à… Seigneur Andreas ? »
Helena tente de le rappeler à lui mais son attention reste fixée vers la Russe, déjà disparue à l’horizon avec Balder…


Au même moment, sur Yíaros, la plage au Sud de l’île vit des minutes intenses.
Remis sur pieds mais franchement affaiblis, l’Ange garde tout de même un avantage considérable sur ses adversaires davantage meurtris.
Contrairement à ses semblables, Phygée fait preuve de respect envers les humains. Et le fil à retordre qu’ils lui donnent le conforte dans cette attitude : « Je réalise maintenant la raison de toute cette attention de l’Olympe envers vous. Bientôt, l’ultime Guerre Sainte, opposant la Terre à l’Olympe, aura lieu. Athéna mènera les hommes. Je refuse de lui laisser des alliés de votre rang. »
Côte à côte, Juventas et ¼dipe rassemblent leurs forces.
_ « Pourquoi vouloir détruire la Terre maintenant, s’enquiert Juventas ?
_ Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Les dieux de l’Olympe, ces divinités suprêmes, ne sont plus invoqués par l’Homme. Ces êtres se sont réfugiés dans des croyances qu’ils ont inventées. Pires, certains refusent toute existence divine possible. Cette Terre que nos maîtres ont confiée est détruite chaque jour. Les humains se haïssent eux-mêmes de plus en plus. Tout cela sous l’aval d’Athéna ou Hébé. Même des dieux mineurs tel Odin acceptent cela. Il y a près de deux cents ans par exemple, Hadès a été dupé par un humain du nom d’Alone. Pire, toujours à la même époque, des divinités ont été tuées. Les Dieux des Rêves. L’homme va trop loin et rien de ce que vous pouvez me dire ne me fera reculer.
_ Dans ce cas, avançons vers cet ultime échange, s’impatiente ¼dipe. »
Comme pour approuver la décision d’¼dipe, Phygée augmente l’intensité de sa cosmo énergie.
La chaleur du feu qu’il invoque cristallise tout autour d’eux le sable.
La plage devient un parterre de verre qui se raye sous les pieds bardés d’armure des trois guerriers.
De leur côté, Juventas et ¼dipe ont du mal à lutter contre l’essence cosmique adverse.
Alors qu’ils poussent leurs forces à leur paroxysme, ¼dipe propose un plan.
_ « Il va s’attendre à ce que nous attaquions tous les deux. Je vais donc me présenter seul face à lui pour encaisser la totalité de son arcane. Ainsi tu auras le champ libre.
_ Tu es fou. Poussée à pleine puissance, son attaque te tuera.
_ Je ne dispose d’aucun sens. La douleur ne signifie rien pour moi. C’est le seul moyen de le vaincre. »
Aussitôt sa phrase achevée, ¼dipe s’élance sans même laisser à Juventas la chance de le retenir.
Se sachant condamné, il refuse de longs et poignants adieux.
Trop tardivement, Juventas tend le bras pour désespéramment retenir le malheureux homme qui toute sa vie aura souffert de sa différence.
C’est parce qu’il aura trouvé de la compassion et de l’amour sur Yíaros qu’il donne à cet instant sa vie sans hésiter.
Surpris, Phygée projette son attaque en libérant toute sa volonté : « Forge of Fire ! »
Tel un oiseau sorti de sa cage, ¼dipe étend ses bras.
Il libère toute sa cosmo énergie pour dresser une barrière de cosmos dans laquelle il met toute sa passion.
Son visage atrophié essaie d’esquisser un sourire.
Contre la Forge de Feu, une violente secousse résulte alors.
Le choc des deux murs fait voler en éclat les plaques de verre habillant le sol.
Les morceaux cristallins s’effritent en milliards de particules au contact de leurs corps engagés.
Dessous ce parterre brisé, le sable se soulève ensuite.
Alors, il confond les adversaires dans un nuage de poussière.
Le voile permet à Juventas de traverser à l’affût le champ de bataille.
Phygée distingue à peine le corps à l’armure brisée et aux vêtements arrachés d’¼dipe retomber au sol.
Juventas est donc prête à honorer le sacrifice de son ami.
Hélas, resté aux aguets, Phygée la devine venir.
Il réunit encore son cosmos dans son poing droit : « Je n’allais pas me faire avoir par une ruse aussi évidente. La mort de ton ami aura été in… »
Contre toute attente, l’Ange n’arrive pas à achever sa phrase.
Ses mouvements ralentissent.
Son corps se pétrifie.
Résonnant dans l’atmosphère, la voix d’¼dipe, pourtant étendu sans vie sur le sol, annonce : « Psycho Crusher. »
Stupéfait, le fidèle d’Héphaïstos ne peut rien faire lorsque Juventas décoche à bout portant son arcane : « Funereal Trampling ! »
Voyant sa mort imminente, Phygée réalise : « Je vois, l’Ecraseur Psycho n’était pas seulement une technique de défense mais aussi d’attaque. Le heurt de nos deux arcanes m’a fait croire que j’avais forcé sa défense. Mais en réalité l’onde de choc m’aura intérieurement atteint et affaibli. Trop préoccupé par la ruse de Juventas, je suis resté fixé sur mes appuis et je ne me suis pas rendu compte que mes mouvements étaient entravés. Lorsqu’ils s’unissent, ces humains sont étonnants, astucieux et puissants. Je comprends maintenant la raison de notre acharnement contre eux. Ils ont quelque chose qui… »
Traversé de toute part par le Piétinement Funèbre, Phygée achève sa réflexion en soupirant ses derniers mots : « … nous dépasse. »
Les bras ballants, Juventas attend debout que le cadavre de Phygée retombe au sol avant de se laisser tomber elle aussi…


A Asgard, à l’intérieur du palais royal, la salle de réception est comble.
A l’abri des chutes de neige qui reprennent timidement, éclairés par les nombreuses torches fixées au mur, réchauffés par l’immense cheminée de la gigantesque pièce, les convives n’en demeurent pas moins glaciaux. L’affliction les étreint.
Le sol marbré, foulé par le peuple asgardien au grand complet, ne reflète que les larmes d’une nation.
Aux murs de pierres lisses, sur d’immenses tableaux, sept portraits peints rappellent la jeunesse des héros de la patrie disparus trop tôt.

Soutenue par les siens, qu’ils soient des classes les plus appauvries ou de la haute bourgeoisie, Hilda achève son discours à l’honneur de ses Guerriers Divins.
Bien qu’ils soient d’ordinaire affamés, les villageois gouttent avec parcimonie le festin laissé à leur guise.
Le banquet est bien triste.

Freya compte sur le soutien de Frodi et de Lyfia après la perte d’Hagen.
Helena et les enfants prient devant le portrait de Thor afin de le remercier pour tous les efforts accomplis au profit des plus démunis.
Héraclès et d’autres soldats vantent à la famille de Mizar à quel point Syd était un guerrier valeureux.
Fafner en fait tout autant auprès des de Megrez en évoquant à quel point Alberich l’inspire. 
Mime et Fenrir ne sont pas laissés pour compte tant ces God Warriors et leurs rancoeurs peuvent être compris de Surt qui conte à ses hommes leurs faits d’armes le jour où un étranger, Rhadamanthe, a posé le pied à Asgard avant de vouloir lâchement s’enfuir.

Descendue de l’estrade, la Princesse de Polaris est accueillie par la famille de Dubhe, orpheline de Siegfried, seul God Warrior dont le corps n’a pu être mis en terre, n’ayant qu’une seule pierre tombale fixée dans la neige au contraire des sépultures plus ornementales de ses camarades.
Inconsolable, la Prêtresse d’Odin essaie de masquer les apparences en rendant aux familles des défunts un semblant de dignité.
_ « Je ferai construire une chapelle en la mémoire de Siegfried, assure-t-elle. »
Elle n’ose pas poser ses yeux sur Sigmund qui refuse lui aussi regarder vers sa direction.
Désormais balafré, le frère aîné de Siegfried lui tourne même le dos, préférant quitter la pièce.

Au détour du couloir, il croise Andreas qui le retient par le poignet.
_ « C’est dur également pour la Princesse Hilda vous savez.
_ Sire Andreas… Je… Je le sais… J’ai bien conscience qu’une force supérieure la dominait… Malgré tout, je n’arrive pas à trouver la force de lui pardonner.
_ Il le faudra bien un jour. N’oublie pas que cette bataille nous a prouvé que chaque Asgardien peut à tout moment être appelé à son devoir et que ce sera bien la Prêtresse d’Odin qui guidera les hommes au front.
_ J’en prends acte. Seulement, pardonnez mes propos Sire Andreas, mais il serait tellement plus juste qu’un homme sage comme vous puissiez guider les God Warriors plutôt que cette Prêtresse qui aura été trop faible pour lutter contre une force ennemie qui la rongeait de l’intérieur.
_ Le fait que je t’ai porté assistance dans les cachots ne doit pas influencer ton jugement.
_ Vous n’avez pas fait que ça. Vous m’avez soigné et accompagné dans mon deuil. Et ça, je vous en serai éternellement reconnaissant. »
D’une tape amicale sur l’épaule, il laisse Sigmund disposer.
En relevant ses yeux revigorés par de tels compliments, il les dirige vers le centre de la salle de réception où brille de son bleu saphir la God Rob d’Odin.

Disposée là pour rappeler au peuple la toute puissance de leur dieu et le réveil de celui-ci, elle apaise la crainte du peuple face à l’avenir incertain et les menaces divines qui planent sur Terre.

Son regard croise celui de Balder, à l’opposé de la pièce et tout aussi admiratif que lui de l’armure.
Andreas ne peut maquiller un petit sourire niais, charmé qu’il est par le dévouement de Balder même si celui-ci parait trop pressé et son histoire d’immortalité octroyée par Odin, en sommeil jusqu’à la présente Guerre Sainte, inquiétants.
C’est alors qu’il constate que sa partenaire Russe ne l’accompagne plus.
En balayant la tête de droite à gauche, puis de gauche à droite pour la chercher, il distingue la dénommée Ksénia seule, à l’autre bout du couloir, dans la direction opposée à celle empruntée plus tôt par Sigmund.
Elle est prête à descendre dans les cryptes du palais : « Qu’est-ce qu’une étrangère pourrait bien avoir à faire là-bas… »
Là, il constate qu’elle le fixe avec insistance et qu’elle a les yeux posés sur lui depuis bien avant qu’il ne la cherche : « … Mais… On dirait qu’elle m’attend… »
Seulement après s’être assurée qu’il a compris, elle s’enfonce sans la moindre torche dans l’escalier glacial à l’obscurité insondable.
Andreas se précipite à sa poursuite : « D’ordinaire, l’entrée de ce lieu est hautement gardée… »
Il arrive devant d’épaisses portes en acier encore marquées à leurs jointures par des couches de glaces qui viennent d’être rompues.
Là, il cherche d’un coup d’½il en direction du bout du couloir d’où il vient le moindre allié qui pourrait déclencher l’alerte : « Personne… Ils sont tous dans la salle de réception, préoccupés par la cérémonie… »
Il approche tout doucement sa tête à l’encadrement de porte fraîchement descellée : « La glace a été tranchée nette… Comme découpée au laser… Quel puissant cosmos peut être capable de ça ? »
A ses pieds, étendus sur le dos, renversés sur les premières marches à prendre, trois gardes ont rendu la vie.
Sans véritable espoir, mais par pur réflexe, Andreas prend leur pouls : « Leurs corps ne sont pas marqué. Comme si une simple pression de cosmos avait suffi à interrompre instantanément les battements de leurs c½urs. »
Une dernière fois, il espère trouver du soutien lorsqu’il recule la tête en direction du couloir.
Mais toujours personne.
La salle de réception est loin. Tandis qu’il entend encore les escarpins de l’intruse sur les marches, à peine plus bas.
_ « Serait-ce elle qui est à l’origine d’une telle démonstration de force ? Que peut-elle bien espérer trouver en bas ? On dit que cela fait plus de dix ans et les obsèques du patriarche de Polaris que le froid a condamné ce lieu ! »
Ni une ni deux, il choisit de la suivre.
Il enjambe les trois corps encore chauds, manquant de glisser sur les marches étroites et verglacées.

Fin de la partie 1
Partie 2 dans le post ci-dessous


12
NEWS

Cette version du chapitre 30 est une version rééditée de la publication originale du 02 juin 2012.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

13
Naologismes / Re: L'actualité de copain Yamauchi
« le: 28 Septembre 2024 à 16h02 »
Ah bon ?
Peux-tu poster les liens des vidéos que tu aurais pu voir ?
Parce que franchement, depuis la première vidéo, je n'ai rien regardé.
https://www.youtube.com/watch?v=bOKJRCl5-9A&t=3s#

 ;)

14
Only for Love / Re: Chapitre 29 - Un Ange étrange
« le: 19 Novembre 2023 à 14h19 »
NEWS

Cette version du chapitre 29 est une version rééditée de la publication originale du 30 avril 2012.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.

15
Only for Love / Chapitre 84
« le: 6 Novembre 2023 à 13h33 »
Chapitre 84

Dans une des ailes réservées aux familles bourgeoises du Walhalla, à l’intérieur de ses appartements, Bedra de Edel, émerge doucement de cette nuit agréable, qu’elle a passé emmitouflée dans ses draps.
Malgré le réveil, elle paraît toujours aussi séduisante. Ses longs cheveux blonds soyeux et à peine dépeignés, ne gâchent en rien cette beauté que chaque homme rêve d’avoir à ses côtés au matin.

Ses yeux améthyste se tournent instinctivement de l’autre côté du lit, celui-ci est hélas déjà vide en ce matin du 23 mars 1987.
Très vite, son futur époux la rassure. Couvert de sa God Rob, casque sous le bras, Syd de Mizar admire le paysage depuis la grande fenêtre où il s’est posté : « Bientôt tu continueras à passer d’aussi agréables nuits que celle qui vient de s’écouler. »
Sa promise se penche légèrement et admire un temps moins capricieux que d’ordinaire. Hormis quelques flocons qui voltigent dans un vent relativement calme, le ciel paraît clément en ce jour à Asgard.
_ « Odin bénit déjà sa Majesté Hilda d’entreprendre notre conquête du Sanctuaire.
_ Alors c’est toi que la Princesse de Polaris a choisi ?
_ Oui. Je dois me rendre au Sanctuaire jauger la puissance des Saints qui protègent Athéna et, accessoirement, ramener sa tête si la tâche n’est pas trop ardue. »
L’engouement du Guerrier Divin n’est pas partagé par la belle des neiges : « Je suis surprise que tu prennes plaisir à ôter la vie d’une déesse qui nous a toujours été présentée comme alliée à Odin. »
Bien plus impulsif avec elle depuis qu’il a découvert sa liaison avec Bud, le God Warrior de Zeta s’emporte : « Parce qu’une divinité qui nous condamne à vivre ici dans ces conditions, est une alliée pour toi ?! Bien sûr, en restant au chaud à profiter des trophées de chasse de nos serviteurs, tu ne dois pas te rendre compte de la rudesse d’une vie ordinaire dans ces contrées ! Demande à Thor ce qu’il en pense. Interroge-le sur le nombre d’enfants morts le mois dernier à cause des conditions de vie déplorables ici ! »
Discrète, effrayée, Bedra se contente de murmurer : « Je suis simplement surprise qu’Hilda accepte soudainement de faire appel à la violence. Elle et sa s½ur abhorrent toute forme de haine. D’ailleurs, en parlant d’elle, où est Freya ? Que pense-t-elle de tout ceci ? Et le Seigneur Sigmund ? On dit que son frère fut nommé à sa place God Warrior ! »
Préférant s’épargner de longues explications, le second de Siegfried choisit de taire la mise au cachot de la cadette de Polaris. Il fixe son casque sur son crâne et déclare : « Qu’importe les moyens. Les Asgardiens souffrent depuis trop longtemps. Hilda me fait l’honneur d’être son messager. Il est convenu que je parte dès le lever du soleil. Je reviendrai victorieux au nom de notre futur mariage. Sous peu, tu épouseras un prestigieux Guerrier Divin sous le soleil grec. »
Il emprunte la sortie sans plus poser un regard sur la jeune femme qui cajole son corps nu dans ses draps.

C’est lorsque son regard désespéré fuit vers l’horizon, qu’elle distingue au coin de la fenêtre une apparence similaire à celle de son fiancé.
Toutefois, sa God Rob est d’une couleur plus laiteuse que celle de Syd.
Un mélange de nostalgie, de gratitude et de soulagement se bouscule dans son c½ur quand elle réalise qu’il s’agit de Bud, son amant interdit, ombre éternelle de son premier amour.
D’un léger hochement de la tête, son premier geste à son égard depuis des mois qu’ils ne se sont plus vus, Bud d’Alcor fait comprendre depuis l’extérieur qu’il veillera sur son jumeau…


Au même moment, à Blue Graad, à l’intérieur du palais, le nouveau roi traverse les couloirs en prenant le soin de renvoyer à chaque homme le salut qui lui est adressé.
En tenue officielle, une longue cape blanche maintenue par des épaulettes d’acier bleues couvrant sa soutane immaculée, Alexer inspecte son palais.
Sa promenade le conduit dans une chambre magnifiquement décorée. De longs morceaux de tulle rose sont accrochés par chaque extrémité au plafond, tandis qu’une dizaine de tableaux habillent les murs.
_ « Cette touche féminine fait de cette pièce un lieu de dépaysement, déclare-t-il à l’occupante. »
Assise devant son bureau, maniant la plume, sa s½ur recoiffe ses cheveux couleur de blé, afin d’être plus présentable devant son frère.
_ « Il est vrai que ces pierres blanchies par le froid nous rappellent chaque jour la rudesse de notre contrée. Lorsque je m’enferme ici, je voyage quelque peu, lui répond-elle. »
Le Blue Warrior surplombe sa s½ur pour chercher à lire ce qu’elle rédige.
_ « Ecris-tu à l’Asgardien dont tu t’es énamourée ?
_ En effet. Comme Utgarda, le messager, n’a pu partir hier en raison de la tempête, j’en profite pour écrire à Surt un courrier plus long que d’ordinaire.
_ Il est vrai que le froid s’est levé beaucoup plus vite qu’à l’accoutumée. Peut-être devrais-je profiter de la présence d’Utgarda pour proposer une rencontre entre Hilda de Polaris et notre royaume ? Peut-être serait-ce l’occasion d’aborder d’éventuelles fiançailles entre Surt et toi ? »
Aussitôt, sa s½ur lui bondit dans les bras.
_ « Est-ce vrai ?! Tu accepterais ?!
_ Comment pourrais-je refuser quelque chose à ma s½ur bien-aimée ? Et puis, je n’ai actuellement aucune épouse, aucune descendance. S’il m’arrive quelque chose, ce sera à toi de prendre le trône. »
Alors qu’il prend congé, Natassia le serre chaleureusement dans ses bras : « Ne parle pas de malheurs voyons. »

En sortant de la pièce, Alexer retrouve son escorte personnelle, composée de Rung et Ullr.
Sentant la fatigue le gagner, Alexer demeure songeur après son échange avec sa s½ur : « J’ai bien peur hélas que le malheur ne se soit déjà produit. Jamais dans toute l’histoire de Blue Graad une nouvelle vague de froid n’était tombée si vite. Ce signe n’est pas anodin. Le messager d’Asgard ne peut repartir dans de telles conditions et je ne peux me rendre à Asgard chercher des réponses. Je ne peux pas abandonner une nouvelle fois mon peuple. Cette situation m’inquiète quand même. Qu’est-ce qui se passe sur Terre ? Je sens les cosmos des Asgardiens s’accroîtrent jusqu’ici. »
Il progresse finalement jusqu’aux portes du palais que deux gardes lui ouvrent à peine, la morsure du froid venant immédiatement souffler les torches du couloir.

Habitué à ce froid ravageur, lui qui a vécu dans les ruines positionnées plus loin durant ses années d’exil, Alexer entame une approche vers son ancien quartier général aujourd’hui abandonné.
D’un signe de la tête, il laisse Rung et Ullr aux remparts du palais.
Seul, à bonne distance, dissimulé par les épaisses bourrasques neigeuses, Utgarda, l’hôte d’Asgard, garde un ½il sur le Roi de Blue Graad.
Bien qu’alliés désormais, l’Asgardien demeure attentif aux agissements des Blue Warriors.

Avec dépit, Alexer part faire le tour de ce camp de fortune où sont encore restés quelques fourrures et amphores vides, vestiges de la présence passée des renégats qu’il avait réunis.
_ « Maintenant, mes hommes qui ont survécu ne font plus qu’un avec l’armée de Blue Graad. Pfft… L’armée… Une simple cohorte de vingt hommes. Heureusement que la paix est revenue. Mais pour combien de temps. »
Il s’arrête devant ce qui était sa couche et se remémore quelques instants passés avec Ksénia : « Je t’ai toujours cru de bon conseil. N’ayant que toi auprès de moi, j’ai suivi tes recommandations. A quel prix ?! Mon père est mort et j’ai failli détruire ma nation. J’ai affaibli l’armée des Blue Warriors en perdant Midgard. Et pourquoi ? Quels intérêts pouvais-tu bien servir ? Je t’aimais et ton image reste gravée dans ma mémoire. Seulement, Ksénia, te reverrai-je un jour ? »
Comme pour lui répondre, un tourbillon de flocons se forme sur le sol de la demeure où la neige réussit à tomber par les brèches dans le toit.
De façon similaire aux différentes apparitions de Ksénia par le passé, le phénomène libère une pression cosmique intense.
Penaud, ne sachant que faire, hésitant entre sentiment de colère et soulagement à l’idée de revoir enfin celle qui a occupé ses pensées ces dernières années, Alexer sert les poings, bras tendus le long de son corps.
Peu à peu, la neige fond le long de cette silhouette qui se forme.
Puis, tout autour, le parterre de glace devient une véritable marre qui inonde Alexer jusqu’aux chevilles.
Très vite, Alexer comprend que ce n’est pas son ange, qu’il soit gardien ou démoniaque, qui vient à lui.
Lorsque le blizzard passe à travers lui, il se change en un courant d’air chaud qui vient fouetter le visage du Sibérien et l’empêcher de parfaitement distinguer cet homme aux cheveux mi-longs, à la couleur du soleil couchant.
Coiffé d’un diadème aux mêmes couleurs sombres et célestes que celles du reste de sa protection, l’inconnu présente des liens évidents avec la Grèce tant l’étole qui passe par-dessus son épaule gauche et dessous la ceinture de son armure pour former une jupette donne un style antique.
Déçu, Alexer grommelle : « Je croyais qu’il s’agissait de mon ange. »
D’une voix calme et posée, l’inconnu qui porte un cristal à chaque oreille confirme : « Mais je suis un Ange. Idaios, l’Ange qui vient de l’Olympe pour te donner la mort. »
Face à l’annonce du rang de l’intrus, Alexer recule d’un pas, devinant le niveau de l’Olympien : « L’Olympe ?! Je ne comprends pas ? Quel sacrilège ai-je commis ? »
Idaios ferme les yeux et s’avance avec suffisance : « Celui de fouler cette Terre. »
Sans crier garde, l’ennemi balance un coup de pied, dont le talon fend par surprise la pommette droite du souverain. N’ayant pas le choix, ce dernier se ressaisit et balance une droite face à laquelle se baisse Idaios.
Alexer espère le coincer contre le sol, alors il tente une gauche mais, cette fois-ci, très vite et très simplement, l’Ange saute au dessus de lui et à même le temps de le frapper avec son pied derrière la nuque en retombant derrière son dos.
Quand Alexer se retourne pour tenter de l’attraper et l’étreindre, l’Ange effectue un salto dans les airs pour retomber le genou en premier sur le sommet du crâne d’Alexer et le faire tomber dans les flaques de neiges fondues…


Concomitamment, en Grèce, le soleil printanier passe aux travers les diverses brèches faîtes par le temps sur les pierres de la demeure du Bélier.
Il se reflète sur les armures d’or des cinq Saints réunis chez Mû.
Chaque Saint, Aiolia pour Pégase, Mû pour le Dragon, Milo pour le Cygne, Aldebaran pour Andromède et Shaka pour le Phénix, a à ses pieds les morceaux des armures des chevaliers de bronze qui ont risqués leurs vies pour Athéna.
Brisant le silence qu’ils se sont imposés en se figeant devant le résultat de leurs affrontements contre les protecteurs de la Déesse de la Sagesse, Mû demande : « Vous êtes prêts ? Allons-y ! »
Sans hésiter, Aiolia et Milo s’ouvrent les veines pour baigner de leur sang les Cloths meurtries.

Se soutenant les uns, les autres, conformément à l’invitation de Shaka la veille, Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki les rejoignent.
_ « Aiolia ! Que faîtes-vous, demande Seiya ? »
Impassible, Mû s’adresse au Saint du Dragon.
_ « Shiryu, tu dois te souvenir du moment où j’ai régénéré l’armure de Seiya.
_ Comme l’armure de Seiya d’alors, nos armures seraient-elles mortes ?
_ Oui, les armures ne sont pas de simples protections. Elles sont vivantes. Pour les ressusciter, il faut leur sacrifier une vie.
_ Je me souviens qu’il faut la moitié du sang d’un corps humain pour ça, réagit Hyoga.
_ Mais l’être humain meurt s’il perd plus d’un tiers de son sang, complète Ikki.
_ Vous allez donc ressusciter nos armures au péril de vos vies, s’inquiète Shun ?
_ C’est naturel, déclare fermement Aiolia. Vous avez surmonté des épreuves inimaginables pour sauver Athéna. Vous avez accompli notre devoir de Saint d’or. Si nous pouvons nous acquitter ainsi de notre dette, notre honneur sera sauf. »
Convaincu et reconnaissant, Seiya admire son aîné : « Aiolia ! »
Milo développe : « Nous vous reconnaissons comme les vrais chevaliers protecteurs d’Athéna. »
Suivi par Shaka et Mû, Aldebaran offre son sang en approuvant les propos du Scorpion : « Tout à fait ! »
En quelques secondes, l’aura dorée des Saints d’or inonde les morceaux de bronze grâce au sang dans lequel ils baignent…


Pendant ce temps, à Blue Graad, dans les ruines à la frontière de la cité, Alexer balance tous les enchaînements possibles sans parvenir à ne serait-ce que frôler l’envoyé d’Héphaïstos.
Lassé d’esquiver avec facilité, l’Ange le cogne à sa pommette fendue avec plus de puissance dans sa jambe que tout à l’heure.
Alexer passe à travers un mur et choit dans la poudreuse.
Défiguré, l’os sous son ½il droit probablement fracturé, il interroge son adversaire.
_ « Cette façon d’apparaître tout à l’heure… Elle ne m’est pas inconnue. Ksénia… Tu la connais n’est-ce pas ? Il s’agit d’un Ange de l’Olympe c’est ça ?
_ Tu veux sans doute parler d’Helénê ? Oui, il s’agit d’un Ange. L’Ange le plus puissant d’entre nous d’ailleurs.
_ J’ai donc été un pion de l’Olympe, grimace le Sibérien.
_ Bien évidemment. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous vivez sous l’égide des dieux.
_ Ils se sont servis de moi pour organiser je ne sais quelle manigance ?!
_ N’est-ce pas un honneur d’avoir été choisi par les dieux pour mener leurs desseins, demande sincèrement Idaios ? »
En guise de réponse, le Blue Warrior écarte les bras et fait venir à lui son armure.
_ « Certainement pas quand il ne s’agit pas de ma déesse ! D’Athéna !
_ Vous êtes si particuliers les humains. Nous parlons des dieux de l’Olympe, pas d’une vulgaire réincarnation qui a choisi de mener une existence faite de souffrance. »
Galvanisé par le revêtement de son armure au bleu métallisé, le chevalier de glace accroît son cosmos afin de lancer une bille de cosmo énergie bleutée : « Voilà ce que j’en fais de ta vulgaire réincarnation ! Blue Impulse ! »
La bille devient un réel orbe autour duquel gravite des anneaux de glace. La déferlante polaire fonce sur l’Ange qui n’esquisse même pas la moindre réaction.
Au moment d’être heurté, il ralentit le mouvement glacial et le laisse danser devant lui : « Je suis stupéfait. Pas par ta technique mais par ta réaction bien sûr. Tu oses lever ta main sur le messager des dieux que je suis. Mais l’affront le plus grave, c’est cette offense même que tu fais aux dieux en refusant de mourir. Comment peut-on ignorer les règles de ces entités supérieures ? »
Alexer continue d’injecter son cosmos dans son arcane immobilisé, afin de faire pencher la balance.
_ « Et le libre arbitre ?
_ Le libre arbitre, demande Idaios ?
_ Que fais-tu du libre arbitre ? L’homme a toujours su s’émanciper, afin d’avoir droit à sa liberté. Tout ce qu’il a crée, il l’a bâti à la force de ses convictions, de son c½ur et de ses mains.
_ Et que fais-tu de tous les cadeaux des dieux ? Le feu de Prométhée, les…
_ Mensonges ! Mensonges de tes dieux qui ne supportent pas l’autonomie des hommes ! Pires, qui jalousent leurs vies faites de passions ! »
Toujours aussi inexpressif, l’Ange déploie autour de lui sa cosmo énergie : « Je vois qu’il est inutile de chercher à convaincre un fou. Voilà donc ce qu’a engendré la faiblesse d’Athéna. Je refusais de croire à cela jusqu’ici. Il aura fallu que j’accepte cette mission sur Terre pour réaliser à quel point ce monde que nos maîtres vous ont offerts est corrompu. Vois donc ce que je fais de ton libre arbitre. »
Tout à coup, comme s’il suffit pour lui de claquer des doigts, l’Ange change les anneaux de glace en anneaux de lave. Le c½ur de froid devient semblable à du magma en fusion.
Le parterre givré devient une immense terre volcanique. La neige s’est changée en braises sur des kilomètres à la ronde, menaçant presque le palais et les habitants qui l’entourent. Des éruptions transpercent le sol et dévorent la neige pour laisser paraître un sol rocailleux qui n’avait pas été déshabillé depuis des millénaires.
Au milieu de l’enfer de feu, Alexer tombe à genoux, déstabilisé par le choc des températures.
La sueur lui coule dans les yeux et il manque de justesse d’être emporté par son orbe désormais enflammé, lorsque celui-ci lui est retourné.
En roulant sur le sol, il est ébouillanté par la vapeur d’un jaillissement de lave.
Et lorsqu’il réussit tant bien que mal à se relever, il encaisse une droite en plein visage. Reculant de quelques pas, il pare un enchaînement de droites et de gauches puis saute dans les airs pour s’extirper de ce corps à corps et de l’atmosphère suffocante.
Malheureusement, à peine la distance prise, il remarque son adversaire dans son dos.
Avec lui, par le biais de son cosmos, il semble avoir attiré une immense vague de lave : « Vulcanus Gash. »
L’onde frappe Alexer sur toute la largeur de l’abdomen en lui fendant son armure.
Le magma s’infiltre par la brèche, comme pour ronger le Blue Warrior dont le corps se tortille dans tous les sens avant de convulser et d’imploser.
Les épaulettes, la ceinture et tous les ornements de sa Cloth volent en morceaux, tandis que son corps s’échoue sur le parterre boueux…


A cet instant, au Walhalla, strictement bardé de sa God Rob, Siegfried arpente les allées du temple sur la demande d’Héraclès que Hilda a fait mandater.
Pas à pas, il progresse dans les appartements de l’impériale splendeur où le quitte le soldat qu’elle congédie une fois qu’il a accompli son devoir.
Droit, tenant son casque sous le bras, le Guerrier Divin d’Alpha s’agenouille, en attendant que sa souveraine se présente depuis la pièce d’à-côté pour lui rendre les hommages qu’il lui doit.
Durant la longue attente, il détaille les éléments qui composent le logis privé de la représentante d’Odin.
Contre un mur, un tableau d’elle et de ses défunts parents tenant le nourrisson que Freya était.
Sur celui d’en face, une immense glace renvoie l’image idyllique d’une famille heureuse.
Les tapisseries sont propres, claires, illuminées par quelques bougies posées sur les commodes où trônent quelques corbeilles de fruits.

C’est alors que le timbre noble de l’aînée des de Polaris assure : « Ces fruits viennent de la dernière cargaison du Port du Destin en Crète… »
Toujours à l’affût, Siegfried est pris pour la première fois au dépourvu en n’ayant pas senti venir celle qu’il aime.
Sa surprise n’en est que plus grande lorsqu’il découvre ses longues jambes nues dépasser d’un peignoir noir en satin, les cheveux encore humides, un verre de vin à la main. Sa stupéfaction ne permet à aucun son sortant de la bouche d’Hilda d’atteindre son cerveau : « … et nous boirons de ce délicieux vin français sur les côtes où il a été réalisé lorsque Syd reviendra. »
L’évocation de son ami ramène l’Asgardien à lui, après que l’aristocrate lui tend une coupe de ce fameux vin.
En se relevant, convaincu que la tâche ne sera pas aussi aisée que l’entend son interlocutrice, Siegfried grimace en trempant ses lèvres, se gâchant le plaisir de goûter à l’arome onctueux.
Surpris d’être reçu dans de telles conditions et, surtout, de découvrir pour la première fois la régente d’Asgard dans cette tenue, il emprunte un ton assez sec : « Ensuite ? Que ferons-nous une fois le Sanctuaire vaincu ? Ne faudra-t-il plus prier Odin sur ses terres ? J’imagine que c’est pour évoquer ce sujet que vous m’avez fait appeler ? »
Venant tapoter de ses doigts fins contre le métal froid de la God Rob de Siegfried, Hilda toise avec un intérêt suspect les yeux gênés de l’athlétique Guerrier Divin : « Nous érigerons à Odin une statue sur les ruines du Sanctuaire. Sa reconnaissance n’en sera que plus grande… »
A mesure que sa bouche s’ouvre, elle ne parle plus, mais susurre en approchant son visage de celui de Siegfried : « … et mon envie de plaisirs n’en sera encore que plus insatiable. »
Sans se soucier des sentiments qu’il lui porte, sans même exprimer la moindre allusion à leur nuit respectivement passée avec Thétis, alors que cette incartade a tant nui à leur relation, elle l’embrasse à pleine bouche. Glissant ardemment sa langue contre la sienne, elle laisse le léger tissu qui la couvre s’ouvrir, pour lui offrir les prémices du plaisir dès lors que sa peau se colle contre l’armature solide et ferme qui couvre Siegfried.
Désarmé, le Guerrier Divin laisse son verre lui échapper et se briser sur un tapis blanc immédiatement imprégné de l’élixir écarlate.

Confus, l’homme de bonne famille commence à se défaire de l’emprise passionnée de l’instigatrice de la nouvelle Guerre Sainte.
Seulement, confirmant le changement brutal de comportement de l’ecclésiaste, celle-ci laisse volontairement son verre choir en rigolant crapuleusement. Elle s’empare des mains de son général et les lui glisse entre ses jambes : « Ne t’en fait pas. Lyfia s’occupera de ça. »
Cette indifférence oblige l’intéressé à fuir l’étreinte.
Il recule jusqu’à la porte le visage médusé.
Perdu, ne trouvant plus en celle qui a bercé ses plus tendres rêves le charme et l’élégance qui faisait d’elle son unique projet, Siegfried a les mains ouvertes vers le ciel, comme démuni : « Je suis désolé Majesté mais je ne peux pas. Tellement de choses se sont produites entre nous et… Autour de nous, que je ne sais pas comment je dois réagir. »
Coi, Hilda regagne vite de sa suffisance. Dissimulant ses attributs les plus charmants, elle plisse les yeux en pointant la sortie du doigt : « Tu apprendras que je n’autorise aucune traîtrise. Je n’accorde aucune seconde chance. Désormais, nos relations seront donc celle d’un fidèle général obéissant aux instructions militaires de son royaume. Sur ce terrain, tâche de te distinguer, car je n’attendrai plus rien de toi en cas d’échec là aussi. »
Davantage meurtri que depuis le moment où Thétis est rentrée dans leurs vies, le Guerrier Divin garde pour lui ses états d’âme. Il se courbe devant l’autorité incarnée par sa bien-aimée et prend congé…


A Blue Graad, étendu inconscient sur le sol, Alexer est menacé par la progression du magma.
L’avancée de la lave commence à avaler ses pieds, heureusement protégés par son armure.
La chaleur insoutenable le ramène à lui.
Immédiatement, le Sibérien roule sur le sol pour fuir la coulée ardente.

La tête lui tourne encore après le choc reçu.
Ses sens s’amenuisent, diminués par son adversaire et troublés par le piège de lave qui l’entoure.
C’est lorsqu’il comprend à peine les mots de l’ennemi et qu’il ne parvient plus à localiser leur provenance qu’il réalise à quel point l’Entaille de Vulcain lui a été fatale.
_ « Tu es toujours vivant. »
Alors qu’il manque de chuter en se retournant trop vite dans la direction de l’Ange, Alexer assure malgré tout : « Il en faudra plus pour me tuer. »
D’un simple revers de bras, Idaios dirige un souffle rutilant qui oblige Alexer à prendre de nouveau les airs pour s’en extirper et mieux respirer.

Aussitôt, Idaios déploie grâce à son cosmos des ailes blanches dans son dos et le rejoint, comptant le prendre à revers comme auparavant : « Vulcanus Gash. »
Cette fois-ci, alors qu’il prenait de la hauteur, Idaios ne parvient pas à surplomber Alexer.
En effet, le Blue Warrior a cette fois sauté bien plus haut. Il cherche dans l’altitude le froid dominant de la contrée en sortant du brasier de l’Olympien.
Alexer déploie ses pleins pouvoirs et réussit à l’oppresser avec son cosmos de glace.
Les plumes épaisses et soyeuses gèlent d’abord puis se brisent en milliers de morceaux cristallins.
Déséquilibré, Idaios libère son arcane à quelques centimètres à côté de sa cible qui a tout le loisir de contre-attaquer : « Blue Impulse ! »
L’Orbe Bleue englobe Idaios avant une puissante implosion qui renvoie Alexer à l’intérieur de l’enfer volcanique.

Essoufflé, de nouveau affaibli par la température ambiante, il s’étonne de voir le sol continuer à s’ouvrir et à libérer son plasma.
Très vite, les yeux presque clos, il fixe les airs, là où s’est produit l’onde de choc.
Un épais brouillard humide voile sa vision.
Toutefois, le ton suffisant de l’Ange lui permet de comprendre : « Comment peux-tu espérer avec un tel cosmos geler la lave de mon maître ? Même un Saint d’or, la caste la plus puissante parmi les hommes, n’y parviendrait pas. »
Alors qu’il est parvenu à contrer Idaios, Alexer n’a pas libéré suffisamment de force pour l’abattre.
Déterminé, il reprend malgré tout sa garde : « Dans ce cas, je surpasserai le niveau d’un chevalier d’or. Je créerai un froid suffisamment puissant pour geler ton volcan. »
Sincère et stupéfait par l’abnégation de cet adversaire qu’il ne comprend pas, l’Ange lui propose une fois de plus de renoncer tandis qu’il regagne le sol : « Ne préfères-tu pas arrêter là ? Je ne doute pas de tes capacités qui sont au-delà d’un humain normal. Mais là tu es face à un Olympien. Des descendants d’enfants de dieux. Entend raison et ce soir je prierai nos dieux pour ton pardon. »
En guise de réponse, Alexer arrive pied gauche en avant.
Idaios se baisse pour l’éviter, mais est surpris par l’autre jambe qui le reprend de volée en plein visage.
L’Ange lui rend la pareille. D’un mouvement acrobatique dans les airs, son pied droit le cogne en plein menton.
Dorénavant trop affaibli pour ressentir encore la douleur, Alexer parvient d’un geste désespéré à lui décocher une droite en plein abdomen, suivi d’une gauche en plein nez.
Il retente l’expérience mais cette fois-ci le guerrier d’Héphaïstos est plus prompt. Il lui bloque le bras et le devance coude en avant en plein buste.
En regardant le roi s’écraser dans le sol devenu marécageux, Idaios se tient instinctivement son nez qui saigne : « Alors qu’il est plus mort que vif, il est parvenu à me surprendre. Pas que sa vitesse était illisible pour moi. Simplement qu’elle surpassait celle déployée jusqu’à présent. Et non pas seulement ses mouvements. Leur puissance aussi était différente. Il se relève chaque fois plus fort. »

Comme pour donner raison à son opposant, Alexer bondit par surprise alors qu’il semblait inconscient : « Blue Impulse ! »
Comme s’il s’agissait d’une simple boule de neige, Idaios balaie l’assaut d’un mouvement de bras et riposte avec sa jambe.
Cette fois-ci, le Blue Warrior la bloque avec sa main et balance sa jambe en direction du visage ennemi.
Idaios s’en saisit et le renvoie au loin.
Heureusement, à quelques mètres d’un chemin de lave, Alexer se ressaisit.
Cependant, Idaios apparaît devant lui et lui serre chaque poignet pour l’empêcher de réagir.
Il lui enfonce d’abord son genou dans l’estomac, fissurant un peu plus sa Cloth, puis enchaîne en levant sa jambe en plein visage.
Déterminé à ne pas laisser le fidèle à Athéna cueillir une seconde chance de le surprendre, Idaios annihile toute possibilité pour Alexer de reprendre sa garde.
De nouveau devant lui, il frappe genou contre poitrine suivi d’une droite qui lui explose l’arcade sourcilière gauche.
Envoyé au tapis, Alexer se reprend en pleine chute et finit quand même par toucher la fierté de l’Olympien en lui égratignant la mâchoire d’une faible droite.

Chacun observe un minimum de distance avant de reprendre le combat.
Alexer utilise son cosmos pour répondre à l’aide reçue à distance qui l’a revigoré et qu’il devine provenir de ses hommes.
_ « Rung ?! Ullr ?! Ce soutien que j’ai ressenti, c’étaient vos cosmo énergies n’est-ce pas ?
_ Roi Alexer, répond Ullr, tenez-bon, nous arrivons prestement !
_ Surtout pas, peste Alexer ! La neige fond à vue d’½il. Bientôt les remparts de la cité seront cernés de lave. J’ai besoin que vous utilisiez votre cosmos pour repousser sa progression.
_ Mais, commence Rung…
_ Il n’y a pas de mais Rung, l’interrompt Alexer ! Si j’échoue, vous demeurerez le dernier rempart de Blue Graad ! »
De son côté, toujours aussi inexpressif, le guerrier aux cheveux et à la peau dorée, libère de nouvelles ailes dans son dos, pendant que son cosmos fait accroître les tremblements de terre.
Face à lui, l’aura bleutée d’Alexer peine à se faire respecter.
Pourtant, le Sibérien n’abdique pas : « Il est impressionnant. Après la Guerre Sainte contre Asgard, je n’ai cessé de poursuivre mon entraînement dans le but d’être un allié de poids pour Athéna. Au fur et à mesure du combat, je suis monté en puissance, jusqu’à porter l’ultime cosmos dans chacun de mes mouvements. Hélas cela n’a pas été suffisant. Je dois pousser mon froid à aller au-delà. Créer un froid semblable à celui qui a scellé cette cité sous-marine que j’ai sous ma surveillance. Atlantis a été séparée il y a plus de deux cents ans du reste du royaume de Poséidon, grâce à la libération d’un cosmos de glace porté à son paroxysme. Il faut que je trouve au fond de moi la source du zéro absolu… »

Soudain, une colonne de magma jaillit depuis le sol éventré, juste devant les yeux d’Alexer. Idaios réengage les hostilités.
Ebouillanté, Alexer perd tout réflexe d’autodéfense et Idaios a tout le loisir d’apparaître derrière lui pour le cogner derrière la nuque avec son genou.
Alexer essaie de réagir mais sa gauche est trop molle. Idaios lui frappe le dessus de l’avant bras, brisant sa Cloth et ses os avant de lui fracturer le nez avec sa jambe gauche.
Enfin, Idaios estime pouvoir mettre un terme à cette bataille. L’émanation de lave présente tout autour d’eux se réunit devant l’Ange qui dégage sa cosmo énergie : « Vulcanus Gash. »
Incapable d’effectuer le moindre geste, Alexer se laisse complètement submerger par la déferlante volcanique. Sa Cloth éclate peu à peu, ses orifices crachent du feu tandis que sa peau noircie…


En Grèce, au Sanctuaire, dans la maison du Bélier, au terme de quelques heures, une fois remis du sang qu’il a perdu, Mû achève de faire parler ses outils.
Avec le soutien des siens, le représentant de Jamir donne le dernier coup de forge nécessaire à la finition de la dernière Cloth, celle du Dragon.
Nouvelles, resplendissantes, débordantes de puissance, les armures de bronze sont désormais achevées et d’elles-mêmes viennent trouver leurs propriétaires.
_ « Ce sont nos nouvelles armures, arrive Shiryu ? »
Hyoga n’en revient pas : « C’est… »
_ « Elles regorgent de vitalité, se montre plus loquace Ikki !
_ C’est extraordinaire, s’émerveille Shun !
_ Mû… Les amis ! Ces Cloths dégagent même vos vies. Mon corps… Non, tout mon être, est désormais entièrement rétabli, complète Seiya. »

Discret depuis le début, Shaka réagit alors : « Dans ce cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Un étrange danger guette Athéna, vous avez pu le découvrir hier soir. »
Seiya dresse son poing : « Oui, nous rentrons de ce pas au Japon. »
Il est suivi de Hyoga : « Maintenant que nous sommes remis, grâce à l’expérience de nos combats, il nous suffit de nous déplacer par nos propres moyens pour arriver en moins de deux. »
Joignant le geste à la parole, les Saints de bronze quitte le Sanctuaire avec facilité à une vitesse à mi-chemin entre celle du son et de la lumière.

Souriants, les Saints d’or se séparent avec amabilité.
_ « Tu quittes ta maison Mû, l’interroge Aldebaran ?
_ Oui. Avant de partir pour le Japon, Kiki m’a parlé de Saül, le forgeron du Sanctuaire. C’est un Saint de bronze talentueux dans la confection d’armes. Et apparemment, il mérite qu’on s’intéresse à lui. »
Déjà au loin, Shaka déclare : « Ce sera donc à toi Aldebaran d’être le premier rempart pendant quelques heures si un intrus venait à passer ici. »
Taquin, Milo balance « Ça risque d’être compliqué ! Ça fait un moment que notre Taureau a la tête dans les nuages depuis qu’il profite de ses permissions pour fréquenter Europe à Rodorio ! »
Très querelleur avec le Scorpion, le Lion le tire par le bras pour l’aider à fuir les éventuels foudres d’Aldebaran : « Je pense qu’il vaut mieux que tu prennes un peu d’avance car si Aldebaran te met la main dessus… »

Depuis tout le domaine, le peuple peut observer cinq étoiles filantes passer au-dessus de leurs têtes en plein jour.
Tirant sur son fouet pendant qu’elle administre quelques ordres à ses troupes, June cache son chagrin : « Alors tu t’éloignes encore de moi. Quand pourrons-nous nous retrouver tous les deux, heureux et en paix, Shun ? »


En même temps, à Blue Graad, un micro climat de cendres et de souffre neutralise puis anéantit les efforts de la nature.
Le cataclysme sibérien est effacé par cette manifestation volcanique inédite.

Inconscient, sur le toit d’une ruine qu’il occupait le temps de son exil, Alexer ne réalise pas que les vestiges de la cité qui lui servait de quartier général fondent dans la lave qui gicle des entrailles de la terre.
Au beau milieu d’une rivière magmatique, comme sur un îlot peu à peu englouti, quelques battements de cils signent le réveil d’Alexer.
Sa première réaction est une grimace.
Elle le poursuit à chaque mouvement.
Sa peau craquelée par le magma éclate dès qu’il contracte un membre.
Sa langue n’est que braise dans sa bouche et ses yeux ne voit plus que l’incandescence des premiers remparts de la cité submergés.
Ses oreilles n’entendent que le crépitement du feu et l’éclat des roches et des briques.
Ses narines n’arrivent plus à aspirer l’air bouillant, elles ne recrachent que des flammes.
Peu à peu dépourvu de ses sens, il ressent le mouvement de la charpente sur laquelle il attend la mort : « J’ai l’impression d’être désormais au milieu d’une mer de lave. »
Le frère de Natassia cherche désespéramment son adversaire.
En faisant plusieurs fois le tour de lui-même, il remarque que la fusion dévastatrice progresse vers le palais.
Impuissant, les bras ballants, les larmes viennent à Alexer : « Le palais ! Les villageois ! »
D’une totale indifférence, la voix de l’Ange lui permet enfin de le localiser : « Ils vont périr eux aussi. Ainsi, la patrie de Blue Graad sera le symbole de la réaction des dieux contre l’insurrection humaine. Soyez fiers de représenter le premier pas vers un nouveau monde décidé par l’Olympe… »
Le soldat d’Héphaïstos lévite grâce à ses ailes d’énergie jusque devant Alexer puis poursuit : « … Je suis surpris de te voir toujours de ce monde cela dit. L’homme est un cloporte qui s’accroche désespérément à la vie. Une vie si éphémère que je ne comprends pas les raisons d’un tel acharnement. Face à tant de soucis, je ne peux donc décemment pas laisser cette base athénienne défier plus longtemps l’Olympe. »
Enfin, ignorant totalement la présence du Sibérien condamné, Idaios poursuit son chemin jusqu’à devancer la progression de la lave.
De son refuge clandestin, il ne reste à Alexer que le toit qui lui sert de barque peu à peu dévorée par la lave.

Idaios, lui, lévite jusqu’aux premiers postes avancés de surveillance où Rung et Ullr observent avec terreur l’étrange phénomène.
_ « Rentrez tous à l’intérieur, s’écrie le second à l’assistance ! Barricadez toutes les portes ! Et veillez sur la Princesse Natassia ! »
Parmi la foule, la bien nommée s½ur d’Alexer distingue à travers l’escorte qui la ramène de force à l’intérieur, son frère qui dérive sur, maintenant, un minuscule morceau de bois.

Avec grâce, l’Ange pose ses pieds sur le pont de pierre qui lie les deux tours où les deux Blue Warriors étaient en observation.
Intéressé et curieux de la réaction qu’il juge en premier lieu stupide de la part de Natassia, il réalise que celle-ci lutte contre son escorte pour se lancer avec insouciance au secours de son frère.
Il pointe alors son bras dans la direction prise par la troupe et les villageois, décidé à mettre un terme à cette civilisation au plus vite : « Comment peut-on attacher autant de passion pour un autre humain, un autre être faible, fragile, insignifiant, et ne pas vouer une adoration à la volonté olympienne ? Je vais faire cesser cette hérésie. Vulcanus Gash. »
La vague de lave qu’il libère emporte le pont et les tourelles sur lesquels il était positionné.
La déferlante de magma et de cosmos s’élargit pour dévorer l’aile où la cité se regroupe.

Quand, inopinément, la bulle incandescente stoppe tout mouvement.
D’abord immobile, elle perd sa teinte rougeoyante.
Bientôt pierreuse, elle finit par blanchir de froid puis elle gèle d’un coup avant de voler en des milliards de particules de cristal.
Cette pluie de givre apporte d’abord surprise puis enthousiasme chez les Sibériens qui découvrent devant eux, dans le dos de l’Ange, Alexer.
L’armure rayée et fissurée sur toute sa surface, mais debout, avec à ses côtés Rung et Ullr encore en position d’attaque pour survivre à la destruction de leurs tours, Alexer se contente de répondre à une des précédentes questions de l’Olympien : « C’est parce que nos vies sont éphémères qu’on s’acharne à les rendre les meilleurs possibles. »

Droit, maintenu dans les airs par ses ailes, l’Ange observe les morceaux de glace qui fondent puis s’évaporent en s’approchant de lui.
Consciente du risque que prend Alexer, Natassia se ravise. Galvanisée par son retour héroïque, elle accepte de rentrer au palais avec les citoyens pour ne pas le déranger.
D’un hochement de tête, Alexer intime à ses deux guerriers de couvrir les arrières du peuple.

Seul à seul, au milieu d’un clash permanent de vent polaire et de souffle volcanique, les deux rivaux restent immobiles.
Alexer accepte enfin de résoudre la seconde question d’Idaios.
_ « Cette folie dont tu parlais, celle de protéger autrui. Ça s’appelle l’amour. Il n’existe aucune croyance, aucune passion plus puissante que l’amour. C’est ce qu’Athéna a compris, c’est cette valeur qu’elle prône. Et c’est pour celle-ci que nous nous battons tous.
_ Il semble que cette croyance t’a revigoré. Pour briser mon Vulcanus Gash il a fallu que tu emploies le zéro absolu. Cela demande une concentration extrême et une cosmo énergie très poussée. Seras-tu capable de reproduire le même exploit ? Seul qui plus est, maintenant que tes sujets sont partis se cacher ? »
En guise de réponse, le Blue Warrior défiguré s’élance jambe en avant.
Contré, il tente une droite à nouveau parée.
Idaios tente à son tour de lever la jambe, mais Alexer réussit un mouvement acrobatique qui lui permet de frapper à nouveau.
Idaios esquive encore et réussit du tranchant de la main à lui donner un coup sec en pleine mâchoire.
Toutefois, l’enchaînement suivant reste inefficace tant Alexer parvient à bloquer chaque coup.
Seulement, l’endurance de l’Ange devient de plus en plus difficile à supporter.
Alexer finit par être déstabilisé en encaissant un coup de coude, suivi d’une reprise du pied en plein visage, ponctué par un renvoi au sol avec une majestueuse retournée.
_ « Tôt ou tard, l’insecte finit toujours par être écrasé. Il a beau se débattre. Il n’y a aucune échappatoire, aucun espoir. »
Bras tendu, à bout portant, Idaios concentre ses forces pour invoquer l’Entaille de Vulcain.
Au devant de son palais, servant de rempart, Alexer refuse de céder et accroît son cosmos pour libérer lui aussi son arcane.
_ « Vulcanus Gash.
_ Blue Impulse ! »
L’effluve de glace d’Alexer s’étend tel un mur contre lequel fonce un tsunami de magma.
Le rideau gelé est cogné de plein fouet mais Alexer parvient ainsi à annihiler chaque flanc de lave et donc à protéger son peuple.
Hélas, le c½ur de glace n’est pas suffisamment résistant pour contrer le noyau brûlant.
Très vite le Sibérien est parasité par la cosmo énergie de l’Ange.
Le mur protège la cité mais fond en son c½ur pour frapper de plein fouet Alexer.
A genoux, Alexer refuse d’abdiquer.
_ « Tu es déjà mort. Tes organes sont rongés de l’intérieur, tes nerfs, tes tendons, tes muscles… Tout en toi est calciné. Ton sang bouillant demande à jaillir de ta peau qui suffoque. Tu n’auras pas eu de seconde chance. Maîtriser le zéro absolu est un niveau que seul des entités d’exception tels que les Olympiens peuvent se vanter d’avoir. Les humains, même les plus puissants, ne peuvent que caresser l’espoir de l’entrapercevoir. »
Les yeux fermés, à l’agonie, Alexer affiche un sourire niais : « Alors l’espoir est de mon côté. »
Instantanément, Idaios se cramponne de douleur tandis que les jambières de sa Glory ainsi que ses épaulettes et les flancs de son buste se craquèlent.
Pire, le givre lui ronge l’épiderme : « Malheur ! Il ne s’est pas contenté de protéger les siens. Il est parvenu à m’atteindre sur les côtés en faisant diversion avec cette attitude protectrice ! »
Se tortillant, touché par la morsure du froid, Idaios perd son calme olympien : « Misérable larve humaine ! Tu m’as souillé ! Je n’oserai pas me présenter devant mon maître dans cet état sans lui ramener ta tête ! Non ! Ta tête ne suffirait pas ! Je lui ramènerai celle de tout ton peuple afin de lui signifier la disparition totale de la moindre lignée de Blue Graad ! »
D’un ton calme, résigné, Alexer balbutie : « Qu’importe. Je peux mourir en paix. J’ai réussi à te prouver que l’homme pouvait s’extraire de sa condition pour frapper même les cieux. En te blessant, je t’ai transmis un sentiment qui plus jamais ne te quittera. La peur. Et cette peur tu la ressentiras désormais aussi bien en voyant tes maîtres qu’en voyant un simple être humain. Je t’ai anéanti psychologiquement. »
Idaios écarquille grand les yeux.
Fou de colère, meurtri par cette révélation, transcendé par la folie, il dégage toute sa cosmo énergie au point que tout autour de la cité, les plaines gelées disparaissent. Les terres chutent dans les abysses enflammés, le magma encercle le palais.
Des colonnes de laves, véritables tornades en fusion, grignotent peu à peu les remparts.

Résigné, des larmes coulent sur les joues d’Alexer.
Alors même qu’Idaios le frappe avec une intense violence en plein visage élargissant encore un peu plus ses plaies, le roi choit dans la neige réchauffée.
Très vite, cette flaque d’eau bouillante, mêlée à son sang, s’évapore sous l’incandescence qui émane de l’Ange.
Les reins, la colonne vertébrales, les côtes… L’ennemi d’Athéna rosse avec acharnement son adversaire en libérant un fou rire psychotique : « Ah, ah, ah ! Tu ne seras déjà plus de ce monde lorsque les femmes et les enfants de cette cité verront leur chair se détacher de leurs os sous l’horreur de feu que je leur réserve ! Ah, ah, ah ! »
Totalement absorbé par cette peur qui le dépasse, Idaios déclenche une violence exacerbée.
Quand tout à coup, une petite lame en croissant de lune vient brusquement dans sa direction depuis la droite.
Il parvient d’un simple regard à la faire fondre et à bloquer le coup d’un intrus surgit de là où est venue l’arme.
L’avant-bras droit de l’étranger est forgé dans le même métal que le bouclier qu’il porte au bras gauche. Des genouillères d’un gris bleuté, semblable à l’acier qui barde ses épaules, son plastron et son casque à cornes, attribut à ce renfort une apparence nordique différente de celle des Sibériens.
Son pantalon et sa tunique sont de la même couleur que la fourrure bordeaux qu’il porte sous sa protection. Fourrure qui ressort de ses bottes.
Cette tenue donne une allure certaine à cet homme aux longs cheveux bruns et aux yeux verts.
_ « Utgarda, s’étonne Alexer ! »
Le poing droit bloqué, le messager d’Asgard sort de derrière son dos avec son bras gauche un glaive. Il n’a pas le temps de le dégainer que d’un crochet du gauche, chargé de cosmos ardent, Idaios lui explose l’arcade et la pommette droite. Le héros éphémère atterrit à côté du Sibérien.
_ « Utgarda ! Mais enfin, pourquoi ? »
Utgarda ôte son casque déformé par le coup reçu.
Malgré son piteux état, il se relève et sort de derrière sa ceinture une autre lame ovale : « Parce que, si je ne suis pas de Blue Graad, je reste un guerrier du Grand Nord. Asgard et Blue Graad sont de nouveau des nations unies. Et même si je ne suis qu’un simple messager d’Asgard, je refuse de laisser ce fléau de l’humanité s’en prendre à cette planète. A commencer par cette patrie qui nous est chère ! »
Face à tant de détermination, Alexer tire sur la tunique d’Utgarda pour s’aider à se relever. Maintenu par l’Asgardien, le roi réussit tant bien que mal à rester sur pieds : « Ce que tu me dis me rend courage, messager d’Asgard. Je ne suis plus seul. Je ne suis pas seul. Je me suis égaré, j’ai été manipulé, mais aujourd’hui j’ai des alliés, une patrie qui m’aime, ma s½ur, l’honneur de mon père. Je ne peux être égoïste et attendre que la mort vienne me prendre, alors que j’ai désormais des gens qui comptent sur moi. »
Côte à côte, les guerriers du froid commencent à intensifier une dernière fois leur cosmo énergie.
_ « Je ne pourrai pas empêcher son cosmos de dévaster Blue Graad si je l’attaque de front. Nous savons tous les deux que tu n’es pas qu’un simple soldat.
_ Disons que j’ai côtoyé certains grands d’Asgard tels que Sigmund et Siegfried de Dubhe ou encore Syd de Mizar. Je ne dirai pas être aussi fort qu’eux, mais je peux peut-être ralentir cet enfer volcanique le temps que vous vous concentrez sur lui, Roi Alexer. »


A Asgard, derrière le temple Walhalla, extrêmement surveillé, les geôles du royaume semblent animées depuis hier, tandis qu’elles sont restées muettes pendant des années.
Les murs teintés de givres, le froid enrouant les voix, la prison d’Asgard se remplie de minute en minute. 
Là encore, deux soldats balancent dans une cellule un villageois qui refusent de s’engager dans l’armée asgardienne en vue de la conquête du Sanctuaire.
Dans celle d’à côté, une femme hurle sous la torture de Fafner persuadé qu’elle cache des déserteurs. Le soldat espère lui délier la langue.

_ « C’en est trop, scande Freya ! »
La prisonnière d’honneur n’a jamais lâché les barreaux de son cachot depuis qu’elle y a été conduite.
Douce, belle et bourgeoisement vêtue, sa présence contraste avec celle du peuple dépassé par les évènements.
Lorsqu’un aristocrate et ses enfants sont conduits, haches sous la gorge, à l’échafaud, elle s’insurge en invectivant le géant gardien qui lui a été affectée : « Il s’agit de la famille de Rik. Avec les de Edel, ils font partis de l’une des lignées les plus nobles du château. »
Thor n’ose pas affronter le regard de la cadette des de Polaris.
_ « Le patriarche de la famille de Rik a déclaré qu’attaquer le Sanctuaire n’était pas respecter la volonté d’Odin et met en danger l’équilibre du monde. Votre s½ur a décrété que comme tout homme défiant sa politique et donc le bien d’Asgard, il ne doit rien rester de lui. Jusqu’à son nom, il doit disparaître de l’histoire d’Asgard.
_ Alors même les opposants de haut rang sont conduits ici, marmonne-t-elle désolée… Thor, se reprend-elle ! Ce que dit cet ami de la famille de Polaris est vrai. Si on ne prie plus Odin, c’est l’équilibre du monde qui est en danger. Les glaces fon… »
Refusant tout dialogue comme il le lui a été ordonné, Thor l’interrompt : « Princesse Freya, comme je vous l’ai déjà dit, votre statut vous épargne un tel traitement. Soyez raisonnable et révisez votre jugement. Je suis sûr que votre s½ur comprendra. En attendant je m’engagerai à vous laisser en vie ici et à vous nourrir comme il se doit… »


A Blue Graad, la fusion brûlante entame les maisons et les appartements du château.
A l’intérieur, la Princesse Natassia est entourée par son peuple.
Peu à peu, ils sentent l’incandescence magmatique faire trembler le sol et rendre l’air irrespirable.
Les yeux fermés, laissant leurs fronts perler de sueur, ils prient tous Athéna tandis que Rung et Ullr déploient leurs cosmos de glace pour ralentir la progression de la chaleur.

Dehors, Alexer et Utgarda accroissent leurs cosmos devant un Idaios frénétiquement hilare.
Les blessures infligées par le Blue Warrior ont décuplé sa folie mais aussi sa puissance.
Avant de tenter le tout pour le tout, Alexer doute quelques instants.
_ « Utgarda, Odin, ton dieu, t’est-il déjà apparu ?
_ Chaque fois que je le prie. Chaque fois que j’ai peur. Comme en cet instant. Je sens un étrange réconfort au fond de moi. Le même que me procure la Princesse Hilda de Polaris lorsque je suis auprès d’elle. J’en suis donc convaincu, il m’apparaît.
_ Quelle bénédiction. Je n’ai jamais ressenti Athéna. En même temps, je ne l’ai jamais prié. Tout petit déjà, je haïssais cette destinée odieuse conférée à cette contrée. Je me suis détourné d’elle et j’ai même comploté contre elle. Natassia, ma s½ur, m’assure qu’en la priant j’obtiendrai son pardon. Mais j’ai trop honte, même si je suis aujourd’hui la voie qu’elle a choisi pour notre peuple, j’ai peur de me présenter à elle après les crimes que j’ai commis.
_ Athéna ne juge pas. Et si tu refuses de l’implorer pour toi, joins-toi aux prières de ton peuple qui en cet instant l’invoque pour toi, ta protection et ta victoire. »
Les yeux injectés d’exécration, Idaios interrompt ce bref échange en écartant grand les bras pour réunir sa cosmo énergie : « Blue Graad est entourée de lave ! Je vais désormais l’en noyer ! Vulcanus… »
Sans se concerter davantage avec Alexer, Utgarda s’élance sur l’Ange pour l’empêcher de libérer son arcane.
Dans sa course, il libère de courtes lames arrondies encore attachés à son ceinturon.
Encore une fois, l’aura olympienne d’Idaios suffit à faire fondre les lames.
Mais cela à l’effet escompté par Utgarda, l’ennemi focalise son attention sur lui.
Arrivé nez à nez avec son adversaire, l’humain balance sa jambe en direction de son visage. Avec animosité, Idaios la bloque d’une main et frappe avec l’autre contre son genou, le lui brisant avec sa genouillère et pliant sa jambe dans le sens inverse permis par l’anatomie.
Le hurlement de douleur de son allié permet à Alexer de se surpasser davantage.
L’essence cosmique qui l’entoure, oscillant entre un blanc immaculé et l’or, commence à geler la lave alentour : « Encore ! Il me faut encore me surpasser ! Je suis loin d’atteindre les limites de l’homme ! Allez ! Encore ! »
Plus loin, ne désespérant pas, Utgarda, sur une jambe, décoche une puissante gauche parée par l’Ange.
Ce dernier réitère le même mouvement en lui brisant le coude et son bouclier.
Bloqué par l’ennemi, tiraillé par la douleur, Utgarda essaie de garder un sourire provocateur : « Tant qu’il me reste un bras, ça sera suffisant. En attendant qu’Alexer soit prêt, je peux toujours sacrifier ma dernière jambe ! »
Sans même craindre un nouvel acte de barbarie, Utgarda se résigne à frapper sur le flanc l’Ange mais cette fois-ci, le poing de l’ennemi lui brise totalement le tibia.
Face à ce spectacle désolant, Alexer n’en peut plus.
Il s’élance de tout son être, libérant non pas un orbe mais une véritable comète de glace : « Blue Impulse ! »
Sentant une brise glaciale approcher en même temps que la boule d’énergie ennemie, Idaios balance comme un vulgaire morceau de viande Utgarda sur le côté et libère à son tour son effroyable puissance : « Vulcanus Gash ! »
Une autre déferlante, mais de magma cette fois, vient rencontrer celle d’Alexer.
Les deux concentrations, continuellement alimentées en cosmos par leurs expéditeurs, s’entremêlent.
Elles se frictionnent.
Elles se déchirent.
Elles luttent pour prendre le dessus sur l’autre.
Pris d’une détermination sans faille, Alexer parvient à maintenir à distance la force d’Idaios. Dans leurs dos, tout autour, au palais comme dans les plaines, la lave devient pierreuse.
Le mouvement de feu est ralenti.
Interdit par cet état de fait, Idaios écarquille grands les yeux et abandonne dans ses bras tout ce qui lui reste : « C’est tout ce que tu peux faire ?! Voilà maintenant le fossé qui sépare la Terre de l’Olympe ! »
Aussitôt, la balance tourne en la faveur d’Idaios.
Alexer est peu à peu repoussé.
L’échange des deux forces s’amenuise pour ne laisser progressivement que l’énergie de l’Ange.
Acculé, n’étant plus qu’à un mètre de la dévastation, Alexer puise dans ses réserves, sacrifiant peu à peu sa vie.
Aux alentours de Blue Graad, la lave ne repart pas, mieux, la pierre blanchit sous l’effort d’Alexer.
_ « Je sacrifierai ma vie sans hésiter mais Blue Graad restera intacte, décrète-t-il ! »
Prêt à se donner lui-même en pâture à la boule de cosmos pour encaisser à lui seul la destruction de l’Entaille de Vulcain, il reconnaît sur le flanc d’Idaios le corps démantibulé d’Utgarda.
Dans une extrême souffrance, le messager d’Hilda tend le seul bras qui lui reste de valide en souriant : « C’est parfait. Exactement ce que je voulais. Je vais maintenant pouvoir libérer le fruit de toutes ces années passées aux côtés de Sigmund et des autres. Ils me disaient toujours que cet arcane était capable de renverser la tendance. C’est l’occasion où jamais de vérifier qu’ils ne me flattaient pas par gentillesse ! Hallucination Loup ! "
De son seul bras tendu, il projette une meute de loups de cosmos sur son adversaire.
L’Ange, focalisé sur la fin imminente d’Alexer, continue de libérer sa cosmo énergie sans remarquer le heurt imminent.
C’est seulement lorsque sa Glory commence à se craqueler à l’approche de la meute illusoire qu’il relâche sa concentration.
Il libère son bras gauche pour tenter de retenir les loups qui foncent sur lui tels des faisceaux de lumière qui s’entrecroisent.
A sa gauche Utgarda, en face Alexer, Idaios est partagé et maintient en suspens les deux arcanes ennemis.
C’est alors que sur sa droite jaillissent les deux Blue Warriors qui ont laissés les Sibériens aux bons soins de la Princesse Natassia.
Idaios ne remarque leur présence qu’après être frappé par surprise par les boomerangs tranchants de Rung sous chacune de ses aisselles.
Par conséquent, les bras engourdis par le coup, l’émanation d’énergie qu’il confronte contre Alexer diminue.
Immédiatement, galvanisé par l’ultime tentative de son camarade, Alexer tend de plus belle les bras en avant : « C’est maintenant ou jamais ! Athéna je vous en prie ! Pour mon peuple ! Pour Blue Graad et pour la Terre, prêtez-moi la force de le vaincre ! »
Contre toute attente, l’image d’une jeune femme aux cheveux mauves et aux yeux resplendissants de bonté traverse son esprit.
A des milliers de kilomètres, depuis le Japon, le cosmos d’Athéna vient réconforter l’homme qui l’appelle.
Dès lors, l’effluve énergétique d’Alexer resplendit autant que l’or.
Ses jambes tiennent fixement dans le sol, tandis que ses bras ne tremblent plus.
Parfaitement tendus en direction d’Idaios, ils rééquilibrent la balance.
Pris entre les trois, Idaios subit le contrecoup de son acharnement.
Trop occupé à essayer de reprendre l’ascendant sur Alexer, il est incapable de se protéger de l’onde cosmique projetée par Ullr dans son épée aux flammes bleutées.
Cogné sur le flanc, il ne maintient plus l’équilibre entre les forces ennemies et la sienne. La balance penche en la faveur des Nordiques.
Ses membres sont pris de spasmes.
Remontant le long de ses bras et de ses jambes, sa Glory commence à se désagréger.
Petit à petit, c’est son corps qui se désintègre.
Les yeux fermés, au bord des larmes, touché par la grâce d’Athéna, Alexer murmure : « Tu auras été l’adversaire le plus coriace que j’ai eu à affronter. J’ose à peine imaginer le nombre de tes semblables en Olympe. Alors, par respect envers Athéna qui a su me laver de mes péchés, je jure de survivre à mes blessures et de renouveler cette victoire contre les tiens aux côtés de ma Déesse de la Sagesse. Adieu. »
Enfin, joignant les actes à la parole, il achève de libérer toute l’énergie conféré par la bénédiction de Saori.
La vague de glace grossit jusqu’à devenir le double de ce qu’elle était, permettant à Utgarda d’achever ses efforts et à Rung et Ullr de ranger leurs armes.
Elle annihile dans une explosion assourdissante la menace céleste.
L’onde de choc provoquée cloue les quatre héros au sol.
Le souffle chasse définitivement les nuages et le vent aux alentours de Blue Graad.

A l’intérieur du palais, le silence est lourd.
La température devient douce.
Ni la chaleur ni le froid ne menacent la cité.
La cinquantaine d’habitant s’échange des regards dubitatifs. Oscillant entre incompréhension et espoir.
La Princesse Natassia est la première à se lever.
Instinctivement, le sourire aux lèvres, les larmes coulant sur ses douces joues, elle affirme : « C’est fini. Nous avons gagné. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, Saül est à l’intérieur de son atelier.
Le quarantenaire au visage buriné est positionné sur son bureau.
Devant lui, un verre vide, sec, et une jarre d’anisette pleine occupent ses pensées.
Sous son nez, les plans d’une armure inconnue, lui rappellent la nuit du triomphe d’Athéna il y a trois mois…

Flashback
Le domaine sacré était en ébullition ce 21 décembre 1986. On fêtait depuis le matin la victoire d’Athéna.
Pleutre, pas concerné par les différentes batailles menées, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur, se noyait dans son vomi après avoir vidé des litres de son alcool favori toute la journée.
Au milieu de la bile et des morceaux d’aciers usagées qui jonchent son parterre terreux, l’Israélien se sent perdre toute vie : « Je vais partir, misérable comme je l’ai toujours été. C’est mieux ainsi. De toute manière, en quoi serais-je utile à Athéna ? »
Soudain, il sentit de petites mains lui soutenir sa tête aux cheveux mi-longs châtains.
La voix fluette d’un enfant espérait lui venir en aide : « Tenez bon chevalier ! Tenez bon ! »
Derrière Kiki, la voix plus âgée et plus féminine de Filia soufflait d’exaspération : « C’est un lâche. Un bon à rien. Ces dernières années il s’est juste contenté de forger les armes qui ont servies aux hommes de Gigas. On devrait faire la fête au lieu de perdre notre temps avec cet incapable. »
Ce rappel à la réalité fut pour Saül aussi dure que le quotidien qu’il traversait jusqu’alors.

Le lendemain matin, alors que la lueur de l’aube frappait les lucarnes de son grand entrepôt qui lui sert de domicile, ses mains cornues vinrent gratter sa mâchoire couverte d’épaisses pattes drues. Sa bouche pâteuse lui faisait remuer son menton en galoche et seule la vue de cette splendide jeune femme à la poitrine généreuse pressée dans son court maillot l’aida à revenir à lui.
Se relevant difficilement, il identifia celle qui ne fit que le railler durant toute la nuit.
La belle demoiselle était endormie contre un établi pendant que le garnement sautillait plus haut sur l’estrade, où sont entreposées quelques Pandora Box recouvertes par des bâches trouées.
L’enfant, roux et marqué au front par les deux points distinctifs des Muviens, remarqua le réveil pénible du Saint : « Il faut être un rude forgeron pour se voir confier même des armures sacrées. »
La voix enrouée, l’artisan grommela : « Je ne fais rien d’autre que de les garder ici. Je ne les répare pas. Une Cloth se régénère… »
Impoli, Kiki acheva sa phrase : « … toute seule dans sa Pandora Box ! Je sais ! »
Le petit garçon se laissa glisser sur la rambarde de l’escalier par lequel il était monté plus tôt et enjamba les morceaux d’armures de soldats ébréchées, les armes cassés et les boucliers percés ou fendus éparpillés partout au sol.
En trottinant, il alla sur le mur de gauche agrémenté de trois larges fours chacun accompagné à ses côtés de larges bassins montés en pierres et à l’eau usagée : « Ah ! C’est super.

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