Messages - Kodeni

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シナラムから日本へ / Re: Jeux vidéos : Saint Seiya
« on: 18 November 2011 à 18h28 »
Pour l'opening du jeu, j'aime beaucoup la vue sur l'arène des Saints et leur descente dedans.
Pareil... Mais franchement... C'est moche non ? Saorie elle sort de la PS2 ou de ma Game Cube non ? Enfin quoi, je suis aveugle ou j'ai pas compris... Ils ont cassé Saint Seiya  :snif:  Enfin.. RE-RE cassé Saint Seiya  :snif: :snif:
Oui, je suis d'accord, c'est moche. De toute façon, si je ne le trouve pas à moins de 20¤ ce jeu ce sera sans moi.

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シナラムから日本へ / Re: Jeux vidéos : Saint Seiya
« on: 18 November 2011 à 11h38 »
Pour l'opening du jeu, j'aime beaucoup la vue sur l'arène des Saints et leur descente dedans.

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シナラムから日本へ / Re: Jeux vidéos : Saint Seiya
« on: 13 November 2011 à 18h42 »
Oui je connaissais mais c'est le faut que ça tourne sur PSP qui m'étonne.

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シナラムから日本へ / Re: Jeux vidéos : Saint Seiya
« on: 11 November 2011 à 16h43 »
Je préfère attendre un RPG. Saint Seiya c'est tout de même un RPG dans un sens même dans l'animé ^^ Il y avait cette idée de dev français pour un jeu underground et une démo avait même été réalisé et elle tournait sur PSP. Cependant ils ont arrêté par faute de temps etc etc.
Comment c'est possible ça  :ouhla: ?

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Only for Love / Chapitre 24
« on: 1er November 2011 à 20h53 »
Chapitre 24

7 mars 1985.
Le premier acte s’achève sur Yíaros.
La victoire athénienne au Sud de l’île garde tout de même un goût amer. La disparition de Yakamoz ainsi que l’annonce du décès de Naïra qui a succombé aux blessures infligées par Baucis entachent cette première incursion.
L’atmosphère se rafraichit, le soleil tombe de plus en plus et la journée s’achève.

Au loin, proche du détroit, Shura somme à ses hommes de ne pas emprunter le chenal. Il a réajusté son casque sur sa tête après qu’avec du fil et une aiguille un soldat lui ait recousu le crâne.

Les Athéniens, après avoir positionné quelques sentinelles dans les montagnes, déblayent la côte.
Ils regroupent près de soixante cadavres hébéïens avec, dans le lot, l’Alcide Androgée.
Une bonne autre vingtaine de dépouilles n’a pas été retrouvée. Elles furent soit brûlées, soit ensevelies par les nombreuses avalanches.
Tandis que certains montent plusieurs tentes sur les flancs gauche et droit, d’autres creusent une fosse dans laquelle les morts sont lancés et brûlés.
La petite trentaine d’Athéniens décédés a droit aux honneurs du bûcher avec des sacres sur les yeux pour le passeur des enfers, alors que les religieux officient une cérémonie funèbre.
 
Aldebaran rejoint Shura en compagnie de Babel et Ptolémy qui sont désormais revenus à eux. Philémon a dans ses bras le corps de Naïra.
Shura comprend : « Voici donc notre première perte. Elle était chevalier. Avait-elle des camarades particuliers parmi les nôtres ? »
Ptolémy, pour une fois dépourvu de sa soutane et de son masque, restés sur le bateau, répond à son supérieur : « Seigneur Shura, elle était très appréciée de nos gardes au domaine sacré. Elle vivait dans la ville d’Honkios et participait à maintenir l’ordre à mes côtés dans la ville principale de notre cité. Le Seigneur Aiolia lui a sauvé la vie lors de l’invasion hébéïenne durant la Journée Sainte.
_ Dans ce cas Ptolémy, fidèle scribe de notre Grand Pope, tu rédigeras un billet à notre majesté pour l’informer de son décès et présenter nos condoléances au chevalier du Lion qui a été son sauveur. Dis-lui qu’elle s’est battue courageusement pour Athéna et qu’elle est décédée avec les honneurs. »
Ptolémy incline légèrement sa tête pour saluer la décision. Aldebaran annonce à Shura : « Ils ont enlevé Yakamoz. Ils souhaitent certainement faire des prisonniers pour les interroger ou les monnayer contre notre retrait de l’île. »
Shura sourit : « Enlever nos Saints n’est pas la meilleure façon d’obtenir des informations. Chacun sait que les chevaliers préfèrent mourir, plutôt que de trahir les leur. Nous, nous serons plus malins qu’eux, dans la mesure où nous ne perdrons pas de temps à interroger des captifs. Nos prêtres ont déjà effectué ici de nombreux pèlerinages et les lieux leur sont connus. »
Shura n’a pas l’air de se soucier du sort réservé à Yakamoz, celle avec qui il a passé d’agréables instants avant de débarquer sur l’île.
Aldebaran se retourne vers le Saint de bronze et les deux Saints d’argent : « Vous pouvez disposer maintenant chevaliers. Soignez-vos plaies, laissez vos armures reprendre des forces dans leurs Pandora Box et reposez-vous. Cette nuit, lorsqu’Apodis et ses hommes auront débarqué, nous commencerons à investir l’île. »
Les trois hommes quittent leurs deux supérieurs, Philémon rumine la disparition de Yakamoz pour laquelle il se sent responsable, Babel ne décolère pas de s’être fait avoir par Baucis pendant que Ptolémy, papyrus et plume en main, a déjà regagné le navire et a réendossé ses vêtements qui voilent son identité.
 
Les deux Saints d’or marchent le bord de l’eau et observent les bateaux hébéïens sombrer un à un.
_ « Les hommes installent le camp, commente Shura. Je leur ai demandé de ne pas se positionner trop près des montagnes pour éviter les attaques surprises ou les catastrophes provoquées par une explosion cosmique inattendue. Pour le moment je n’ai fait envoyer aucun éclaireur de l’autre côté du détroit. Je préfère que nos hommes se reposent durant la soirée. Nous attaquerons pendant la nuit. Une troupe de quinze soldats reste en permanence avec l’équipage pour veiller sur notre navire.
_ Sous mes ordres les soldats coulent leurs bâtiments afin d’éviter toute fuite de la part d’Hébé. Ils n’ont trouvé aucune nourriture dans les cales et les réserves. Il faudra attendre que les bateaux marchands arrivent sans quoi nos réserves s’épuiseront très vite. »
Shura tapote amicalement sur la Cloth d’Aldebaran au niveau de l’estomac : « Cette nuit Apodis avancera déjà vers le Parthénos et nous nous commencerons à envahir leur cité. Nous serons bientôt maîtres de leur domaine, ne te soucie donc pas de la nourriture, tu mangeras un festin demain ! »
Aldebaran rigole amicalement et fixe la lune qui devient de plus en plus visible en murmurant : « Apodis, soit prudent… »


Pendant ce temps, au Sanctuaire, la quatrième maison du zodiaque est vide.
La chambre du propriétaire est inoccupée.
Seules les catacombes sont animées.
Depuis la veille, Deathmask n’a de cesse de retrouver sa prisonnière.
Lilith, comme il l’a baptisé, se montre docile. Chaque fois qu’il lui amène son repas, il reste avec elle à l’observer et à lui caresser le corps de ses mains fermes.
 
Ce soir encore, il la fixe d’un ½il concupiscent, alors qu’elle se jette grossièrement sur la nourriture, n’utilisant aucun couvert et s’essuyant la bouche à l’aide de ses bras.
Elle porte sur elle le pantalon craqué et le maillot usé que lui a donné Deathmask. Ses beaux cheveux lilas sont salis par la boue qui couvre le parterre miteux de la geôle. Ses grands yeux océans sont inexpressifs. Elle a perdu toute trace d’élégance, toute bienséance. La seule chose qui permet de faire valoir l’éducation qu’elle a reçue est sa faculté à lire les écrits que lui laisse Deathmask. Chaque fois qu’il descend, il lui laisse des pages de son recueil où il évoque son enfance.
Maintenant qu’elle a fini de manger, elle approche du plateau où scintille une chandelle, seule source de lumière dans ces ténèbres. Elle examine l’écriture de Deathmask et reprend ainsi sa bibliographie là où il lui avait laissé.
Deathmask part s’accroupir au fond de la pièce, il étudie les mouvements de Lilith.
Il est soudain stupéfait lorsqu’il voit rouler sur son visage des larmes.
Elle est émue pour son agresseur, celui qui a tué son amie prêtresse et qui l’a enlevé après que le Grand Pope les ait violées.
Le Cancer en est persuadé, cette demoiselle a le c½ur pur.
Il rampe pour s’agenouiller à ses côtés et, d’une mine affectée, il lui essuie les joues de ses mains rêches. Sans réaliser l’importance de son geste, elle enroule ses bras autour de son cou et vient lui baiser les lèvres.
Surpris, le Saint d’or se défait de l’étreinte de sa prisonnière.
Il se relève brutalement et hurle : « Qu’as-tu fais ?! »
Lilith ne répond pas. Comme on lui a appris, elle ne dit mot si la parole ne lui est pas donnée : « Parle ! Qu’as-tu fait ?! »
Après des mois de silence, sa douce voix est enrouée : « J’ai cru vous faire plaisir en vous témoignant mon respect. »
Deathmask est perdu.
Il se prend la tête dans les mains et bascule le tout en avant puis en arrière pendant quelques secondes…
Il revient à lui et la pointe rageusement du doigt : « Tu mens ! Tu profites de ce que tu as lu pour essayer de m’avoir !
_ C’est faux maître. J’ai…
_ Silence ! Tu resteras enfermée ici sans manger ni boire jusqu’à ce que ma colère se dissipe ! »
Il referme la porte avec rage et quitte le sous-sol de sa demeure…
 
 
Les heures se sont vite écoulées depuis que les Athéniens ont posé leur camp sur la côte Sud de l’île d’Yíaros.
La nuit est entamée depuis quelques minutes maintenant.
En mer Egée, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île, le navire d’Apodis progresse toutes torches éteintes pour ne pas se faire repérer.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis ajuste son heaume sur son crâne.
Son regard est redevenu froid, sa haine envers les Hébéïens reprend de plus belle maintenant que son armée approche de la côte.
Cliff, un des fidèles soldats et amis d’Apodis, a eu raison. Les vents ont été suffisamment favorables pour qu’ils débarquent plus vite que prévu.
Apodis se concentre, afin de déceler si une quelconque menace les attend.
Lui viennent alors à l’esprit les bribes de sa première guerre…
 
Flashback
Printemps 1979 - Sur le champ de bataille à l’Ouest du Sanctuaire, Apodis venait d’être mis au sol par un Arèsien qui pointait son javelot vers sa gorge.
Attendant la mort avec impatience, Apodis sentit des gouttes de sang couler sur son visage. Néanmoins, cela ne le faisait pas souffrir : « Suis-je déjà mort sans m’en rendre compte ? »
Il ouvrit les yeux pour voir à quoi ressemblait le paradis.
Celui-ci était bien loin de ressembler à ce à quoi il aspirait.
Une nuit tombée.
Des râles tout autour de lui.
Des cliquetis d’armes qui s’entrechoquaient.
Couchés à ses côtés, des cadavres arèsiens et athéniens. Certains éclairant les environs grâce à la combustion des torches qui tombèrent sur eux lors de leurs chutes.
Cela lui parut évident, ça n’était pas le paradis.

Toujours éclaboussé par ce sang qui le couvrait de plus en plus, Apodis reconnut son opposant penché devant lui, sa gorge taillée.
Aux alentours, seul contre dix, Cliff protégeait son ami : « Ca va aller Apodis ! Il ne reste plus que nous. Nous ne devons pas reculer. Nous devons maintenir nos positions jusqu’à ce que les troupes qui occupent les flancs aient gagné la muraille. »
Apodis était navré. Le paradis était encore loin, son camarade venait de l’empêcher de mourir et se retrouvait en position difficile, en ayant cru bien faire pour lui.
Sans bouclier, le plastron endommagé par de violents chocs et démuni de casque, Cliff tenait fièrement sur ses jambes amochées, brandissant son épée fissurée après les télescopages qu’elle avait subie.
En tournant autour d’Apodis pour le défendre des adversaires venant de gauche, de droite, de devant et de derrière, il bloquait les coups de glaive, esquivait les javelots et utilisait son corps comme cuirasse pour encaisser les flèches. Il tranchait les membres de ses antagonistes, entaillait leur corps, transperçait leurs points vitaux.
Le Grec le regardait, sans comprendre pourquoi il luttait vainement.
Cliff devait attendre qu’Apodis se relève pour le seconder, cependant il n’en avait pas l’envie, pas le cran.
Irrémédiablement, les blessures commencèrent à se faire trop nombreuses pour l’Italien.
Son corps trop lourd.
Bien qu’à genoux, il continuait à se battre, à abriter Apodis de son être.
Les autres trépassaient mais lui tenait bon.
En face, chez les Arèsiens, c’était l’incompréhension.
 
Les rangs athéniens du centre fatiguaient.
La progression sur les ailes était longue à venir.
Il ne restait plus que quelques guerriers d’Athéna encore debout, au beau milieu du terrain gagné par les hommes d’Arès.
Parmi les athéniens, Cliff donnait du fil à retordre.

Couché sur le dos, Apodis discerna une majestueuse monture sombre, accourir vers eux.
Son regard se hissa jusqu’au cavalier et fut ébloui par l’éclat de la lune sur sa gemme d’améthyste. Un Berserker rejoignait ses hommes.
Sous son casque, de longs cheveux couleur prune tombaient jusqu’à ses épaules.
Il était grand d’au moins un mètre-quatre-vingt, tout en muscle. Ses yeux jaune canari auraient pu éclairer les environs tant ils étaient perçants.
D’une voix calme, il déclara : « Allons donc guerriers d’Arès, n’êtes-vous pas capable de vous débarrasser de deux ridicules soldats alors que leur ligne a été depuis longtemps écrasée ? Il faut que ce soit moi, Diodoros Berserker du Vent qui les réduise en pièces ! »
Sans dégainer son arme rattachée à sa Nightmare, Diodoros avança jusqu’à Cliff qui essaya de l’empaler. Diodoros arrêta l’épée à main nue : « Ton mouvement est trop lent, trop faible, pour m’inquiéter. »
Il empoigna le cou de Cliff et le souleva du sol en le serrant. Cliff commença à manquer d’air.
Diodoros sourit perfidement : « Qu’est ce qui te donnera la mort ? Le manque de souffle ou bien la rupture des os de ton cou ? Dans les deux cas ça sera une mort douloureuse je peux te le garant… »
Diodoros n’acheva pas sa phrase.
Expédiée depuis des lieux d’ici, une décharge cosmique s’abattit dans son dos et fendilla sa Nightmare tout en le faisant chanceler.
Enragé, Diodoros se retourna et découvrit Pullo, le dernier survivant de la garnison avec Cliff et Apodis. Il maintenait lui aussi sa position, seul contre un millier depuis tout à l’heure. Le corps aussi meurtri que Cliff, il défia Diodoros du regard : « Depuis tout à l’heure tes hommes ne parviennent pas à me faire tomber alors que je suis désarmé. J’espère trouver un adversaire à ma taille. Laisse ces deux enfants pour affronter quelqu’un qui te donnera du fil à retordre. »
Diodoros pouffa de rire : « Du fil à retordre ! J’aimerai voir ça. »
Il ordonna aux légions alentours de lui laisser Pullo ainsi que Cliff et Apodis afin qu’elles continuent leur avancée.
Pullo, en boitant, arriva à hauteur de Diodoros. Il s’inclina pour esquiver une droite et cogna le Berserker d’une droite puis d’une gauche dans les côtes. Enfin, il lui décocha un uppercut.
Rien de tout cela ne fit chanceler le Berserker.
Ce dernier, répondit d’un simple coup de tête.
Simple en apparence...
Mais en réalité trop puissant pour Pullo.
Sa tête fut balancer puissamment en arrière quand son nez éclata.
Néanmoins, le caporal resta fermement sur ses jambes.

A cheval, un autre Berserker gagna le combat.
Plus petit que Diodoros, il était également plus fort.
Une énorme barbe blanche empêchait de distinguer la forme de son visage déjà dissimulé par un heaume à cornes de buffle. Il interrogea son camarade : « Diodoros, de simples soldats te mettent dans tous ces états ! Plus haut, les lignes d’Athéna tiennent encore sous l’égide d’un sergent nommé Pajaros Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. Notre armée butte contre car il tient ses rangs à merveille. Moi, Evhémère Berserker de la Matière, je pars de ce pas le combattre. J’aurais aimé que tu viennes me prêter main forte. Ce vieux chevalier est coriace semble-t-il. Alors cesse donc de jouer ! »
Diodoros esquivait chaque coup de Pullo, déstabilisé par son hémorragie au nez.
D’un coup de pied tourné, il le fit tomber en arrière.
Pullo se releva en passant son bras devant son visage pour essuyer son sang.
_ « Je pense ne plus en avoir pour très longtemps. Evhémère, pourquoi ne demandes-tu pas de l’aide aux autres ?
_ Ennius et Nicator luttent tous les deux contre leur lieutenant Orphée de la Lyre qui a vaincu à lui seul des centaines de soldats. La tâche semble ardue. Je pense qu’Antiochos viendra à leur rencontre une fois la situation stabilisée sur l’aile droite. »
Diodoros, tout en martelant Pullo de coups s’étonne : « Personne ne protège le front gauche ?
_ L’avancée athénienne a été ralentie. Il n’y a rien à craindre, nos soldats suffisent. »
 
Evhémère reprit sa course vers le Nord pour atteindre les lignes qui tenaient encore.
Pullo, adossé contre une ruine, encaissait sans broncher. Il était réduit à un sac de sable. Incapable de la moindre réaction. Plus mort que vif.
Cliff puisait en lui des forces pour se relever.
Apodis tremblait, il était pâle, il avait si peur, si honte.
Dans un dernier élan Pullo envoya un crochet en pleine mâchoire du Berserker, Cliff suivit et frappa Diodoros en plein dos avec une hache.
Chanceux de porter son armure, la Nightmare du Vent, le Berserker se retourna indemne en extrayant sa lame de son fourreau. Il retira la hache plantée dans sa Nightmare et empala son épée en plein abdomen de Cliff démuni. Le pauvre essaya d’avancer malgré l’arme qui perforait son ventre. Diodoros l’enfonça davantage jusqu’à temps que Cliff tomba à genoux. A sa merci, Diodoros fit tournoyer la hache utilisée auparavant par Cliff par-dessus sa tête avant de la diriger avec plaisir en direction du cou tout frêle du Sicilien qui se vidait de son sang.
Pullo, n’ayant plus rien dans les bras, s’engagea l’épaule en avant dans les reins de Diodoros afin de le faire basculer et ainsi sauver son élève.
Diodoros retomba à quatre pattes.
Impétueux, il s’employa à balayer Pullo pour de bon.
Ses yeux d’un jaune profond s’élargirent, pendant qu’il collait ses bras contre son corps et ouvrait les paumes de ses mains vers le ciel. Dans ses deux paumes vinrent se formèrent deux sphères d’air agitées. En rejoignant ses mains, les deux sphères formèrent un cyclone. Son regard se braqua sur Pullo et il proféra le nom de sa technique : « Obitadashii Storm ! »
La Tempête Incommensurable débarrassa Diodoros de Pullo qui retomba non loin d’Apodis, le corps totalement lacéré par les puissants courants d’air…
Flashback
 
De retour au présent, Apodis regarde Pullo qui est maintenant à son service.
Celui-ci a bien vieilli depuis et porte encore les stigmates de cette bataille, comme par exemple sa cécité.
Il s’en veut encore mais garde espoir, en le sachant à ses côtés…


Plus loin, au Centre de l’île, beaucoup de femmes et d’enfants apprennent la mort de leurs proches après la déroute hébéïenne au Sud dans l’après-midi.
Le moral du peuple est au plus bas.
Rares sont les gardes encore présents pour veiller sur les habitants qui peuplent la cité.
L’ordre est maintenant tenu par les religieux qui connaissent à peine les bases de l’instruction militaire.
A l’intérieur du temple d’Héraclès et du temple d’Héra, prêtres et prêtresses officient des cérémonies funéraires en l’honneur des récentes victimes et consolent les familles.
 
Plus haut, dans le palais impérial, le Parthénos, une réunion de crise est présidée par Hébé.
La magnifique déesse, entourée de Juventas et d’¼dipe, s’entretient avec les deux cardinaux des temples ainsi qu’avec les riches familles de la cité. Un d’entre eux scande : « … il n’y a qu’une Alcide plus morte que vive et une trentaine de soldats mal en point qui sont revenus sur les cents hommes et deux chevaliers envoyés ! Dîtes-moi comment faire pour garder notre calme ? »
Un second renchérit : « Les Athéniens tiennent le port. Le rapport de nos survivants fait état de près de cent-cinquante soldats et de sept Saints débarqués, avec parmi eux des Saints d’or. »
La voix d’¼dipe retentit dans la salle d’audience du temple d’Hébé pour atténuer les propos tenus par le noble : « Eux aussi ont subi des pertes. Des soldats sont morts et un Saint de bronze a perdu la vie. Nous avons également capturé un Saint d’argent. »
Le premier intervenant s’exclame : « Magnifique ! Une prisonnière qui peut mettre à mal nos hommes et s’infiltrer jusqu’à sa majesté Hébé a été conduite ici ! Encore un plan ingénieux de sa Seigneurie Baucis de la Biche de Cérynie. »
Hébé tente d’atténuer les peurs de son peuple. Sa prise de parole fait reculer d’un pas les sujets les plus véhéments : « Il est vrai que les démarches de Baucis ont échoué mais elle n’est pas responsable de tous nos maux ! »
Sans manquer de respect à leur altesse, les patriciens n’en démordent pas. Tout en courbant l’échine, ils poursuivent : « Les dépositions de nos soldats font état d’à peine une trentaine de pertes chez les soldats athéniens et d’une vingtaine de blessés. »
Un troisième bourgeois réagit : « Il nous faut immédiatement profiter du fait, qu’ils soient acculés sur le port pour les repousser. Ils tiennent là un lieu essentiel à notre survie. Nos terres sont peu cultivables et le commerce extérieur est notre seule ressource. S’ils bloquent nos échanges le peuple mourra affamé et les hommes n’auront plus qu’à rendre les armes. »
Acis, le grand cardinal du temple des prêtres sort de son silence. Celui qui a secouru des années auparavant les jeunes Saga et Kanon fronce ses sourcils grenat tandis que ses cheveux orange coiffés en brosse s’agitent en même temps qu’il lève les bras au ciel : « Notre prisonnière a parlé ! La menace la plus imminente ne vient pas du Sud mais du passage de la rivière entre les montagnes du Nord et la forêt de l’Est ! »
Le premier aristocrate doute : « Qui nous dit qu’il ne s’agit pas d’un piège ? »
Acis surprend l’assemblée. Celle-ci est autant stupéfaite que la réaction de Yakamoz est impromptue : « Parce qu’elle a juré fidélité à Hébé devant sa statue dans le temple d’Héra où nous la retenons prisonnière ! "
L’assistance est abasourdie. Cette annonce surprenante fait soulever Hébé de son trône : « Acis ! Grand cardinal du temple d’Héraclès ! Conduis-moi immédiatement à cette femme chevalier qui est notre prisonnière ! »


A des centaines de kilomètres de là, au Sanctuaire, dans la quatrième maison du zodiaque, Lilith repense à l’ensemble des pages que lui a laissé Deathmask depuis qu’il l’a internée ici au milieu de rats et de cadavres en putréfaction.
Après avoir découvert son histoire, elle culpabilise d’ignorer le sort qu’il lui a réservé et de s’apitoyer plutôt sur celui de son bourreau.
Elle n’arrive toujours pas à comprendre son geste de tout à l’heure.
Elle l’a embrassé non pas par respect, elle lui a menti, elle s’est menti à elle-même.
_ « Comment avouer que je lui témoigne de l’affection ? A un monstre pareil, s’indigne-t-elle ?! »
Mais, déjà, elle regrette : « Il ne m’accordera plus jamais sa confiance désormais qu’il croit que je me joue de lui. »
Plus que de savoir qu’il va la laisser mourir de faim et de soif, c’est savoir qu’il ne lui donnera plus jamais l’occasion de découvrir ses mémoires qui la chagrine…
Quand, tout à coup, la porte en béton armé de sa geôle s’ouvre doucement.
Rongée de remords, la douce demoiselle discerne, grâce au scintillement de la chandelle qu’il porte, le chevalier du Cancer.
Deathmask pénètre dans la pièce.
Il est méconnaissable.
Blême, les yeux noyés de chagrin, il ne semble pas non plus s’etre remis de l’affection soudain que lui a témoigné Lilith : « Tu as voulu me blesser tout à l’heure n’est-ce pas ? »
Elle s’agenouille.
_ « Je vous conjure de me croire Maître, ce n’était pas mon intention.
_ Tu l’as lu pourtant ! Tu sais ce que représente pour moi ce genre d’échange ! Les seules personnes à m’avoir embrassé sont ces gens abjects que furent ma tante et mon oncle. !
_ Oui, ils vous ont recueillis en Sicile lorsque vous n’aviez qu’une demie-dizaine d’année après la mort de vos parents.
_ En effet, à l’approche de mon cinquième anniversaire, mon père découvrit les infidélités de ma mère. Fou de rage, il la massacra sous mes yeux encore innocents. Je fus confié à ma tante, Lilith, et à son mari qui revenait de Grèce après y avoir vécu durant des années. Cet homme, Cancro, était chevalier d’or du Cancer. Il était revenu sur sa terre natale après avoir laissé durant des années sa femme en Sicile. Dès mon arrivée chez lui, dans une chaumière isolée sur le Mont Etna, Cancro ne voyait en moi qu’un enfant misérable et chétif, comme en est peuplé le monde en dehors du Sanctuaire. Il voulait que je devienne un homme digne. A la hauteur de sa renommée. Capable d’être reconnu parmi les plus grands. Et c’est par la force, qu’il espérait me rendre ainsi. Un soir où je rentrais en rampant d’un terrible duel que nous avions échangé auparavant, je les ai surpris tous les deux, nus, en plein acte charnel. C’était violent. Intense. Ça ne ressemblait en rien à de l’amour… C’est elle qui me découvrit en premier. Lilith vint nue jusqu’à moi pour me relever et m’amener jusqu’au lit où Cancro me défiait du regard. Elle me coucha sur leurs draps gris, sales et puants en me déshabillant pour qu’ils puissent me violer tous les deux. Depuis, chaque soir, en rentrant de l’entraînement, ce calvaire était devenu coutumier. Inférieur à ce vieux chevalier d’or, moi le petit garçon qui commençait à peine à découvrir le cosmos, je devins le sous-fifre d’un diable. Ma rage et ma colère me rendirent ambitieux. Les dieux que vénéraient mes parents étaient des songes que les mortels se sont inventés pour se détourner des vrais dieux. Je l’ai compris durant mon apprentissage. J’ai aussi compris que seuls des gens comme Cancro et Lilith, qui étaient plus forts, réussissaient à imposer leurs lois. Dès lors, je choisis de devenir l’homme le plus puissant de la planète pour faire triompher ma justice. Je quittais fréquemment la cabane de Cancro situé sur le Mont Etna, puis descendais aux villages situés plus bas, pour tester ma force contre les hommes les plus craints des environs. Très vite mon niveau surpassa le leur et mon cosmos devint bientôt supérieur à celui de Cancro qui continuait à m’entraîner et, le soir venu, à me récompenser à sa façon. Un jour où il sortit du grenier de sa cabane une lourde caisse en métal couverte d’un drap noir, je compris qu’il s’agissait là de la clé de la reconnaissance et de la consécration. Il espérait la réendosser à nouveau, avant de se rendre au Sanctuaire pour une mission que venait de lui confier un messager du domaine sacré. Face à cette aubaine d’être reconnu par le Sanctuaire comme successeur de ce monstre, je défiai aussitôt Cancro de me tuer, sans quoi je lui prendrai cette armure à laquelle je m’étais moi-même destiné. L’armure d’or du Cancer ! La constellation avec laquelle je rentrais en harmonie lorsque s’accroissait ma cosmo énergie ! Je fus aisément vainqueur lors de notre combat. Affrontement durant lequel je sentis mes forces s’amplifier de façon exponentielle.
Mais au moment où je m’apprêtais à lui ôter la vie, il se jeta sur mes lèvres pour me voler un baiser avant de mourir. Un long baiser semblable à ceux que ma tante et lui avaient l’habitude de me prendre lorsqu’ils abusaient de moi. Cet acte est depuis scellé en moi, en me transmettant son armure, il m’a transmis son sadisme. J’ai commis mes premiers meurtres en me vengeant d’eux…
_ C’est donc pour cela que vous avez réagi ainsi lorsque je vous ai embrassé. Vous craignez la signification d’un baiser. Selon moi, un baiser doit être échangé entre deux êtres éprouvant un amour réciproque.
_ Comment pourrais-tu aimer un monstre tel que moi ?
_ Il n’y a que vous qui vous considérez ainsi.
_ Depuis mon enfance je suis un assassin. Je tue sans crainte et sans remord.
_ Vos premiers meurtres n’étaient que justice. Vous avez triomphé des fléaux qui ont fait de vous leur chose. Les autres ce n’étaient que pour rétablir la vérité, pour faire triompher Athéna. »
L’Italien essuie ses yeux gonflés par le chagrin. Il se reprend.
_ « Tu te cherches des raisons de me pardonner !
_ Aucun pardon ne peut effacer le traitement que j’ai reçu. Seules la compréhension et la compassion, peuvent me permettre d’accepter l’homme tiraillé que vous êtes et tolérer le sort que vous me réservez.
_ M’accepter ! Tu acceptes ce que je suis ? »
La belle demoiselle passe sa main dans son cou pour démêler les cheveux qui s’y trouvent et ainsi dégager sa chair. Gorge tendue en avant, les yeux fermés, elle annonce : « Je suis prête maintenant chevalier. Prenez ma vie si telle est votre mission initiale, si celle-ci peut soulager votre âme, en apaisant votre soif de vice insufflée par vos proches. »
Le Saint la dévisage longtemps pour finalement lui serrer la gorge de façon brutale.
Il la soulève et approche son visage du sien tandis qu’elle manque de souffle.
Lilith ne se débat pas.
Saga prêtresse d’Athéna, elle applique la bienveillance qu’on lui a instruit.
Quelle que soit la finalité, satisfaite d’avoir répondu à l’amour de son prochain, elle sourit en avouant d’une voix atténuée : « Je suis heureuse Maître de mourir maintenant que je sais que vous n’êtes pas responsable du fléau qui vous ronge. »
En entendant cela, Deathmask lâche aussitôt son emprise et laisse le corps tout frêle retomber sur le sol argileux.
Dans son regard se mêlent colère et détresse.
Finalement, c’est de la compassion qui lui vient lorsqu’il s’accroupit devant elle pour la soulever dans ses bras.
Quasi-inconsciente, Lilith ne comprend pas ce que fait Deathmask qui la sort de sa prison…
 
 
Au même moment, en mer Egée, dans le silence le plus complet, les derniers coups de rames du navire d’Apodis sont donnés pour approcher l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île d’Yíaros.
Le canal qui relie la rivière à la mer est suffisamment large pour permettre au navire de s’aventurer dans l’île comme l’ont assuré les prêtres athéniens qui connaissent bien Yíaros.
Apodis ordonne au chef de l’équipage de prendre ce chemin pendant que de chaque côté de la coque, les cinquante soldats débarquent sur la berge pour assurer la protection du navire.
Cliff se positionne dans les rangs sur le pont, en compagnie des autres soldats qui distinguent parfaitement la terre qui est en vue.
Apodis reconnaît le même éclat volontaire dans les yeux de Cliff que celui qui l’animait lorsqu’ils affrontaient les Arèsiens…
 
Flashback
Apodis était désolé en voyant lourdement tomber le corps de Pullo après qu’il ait été repoussé par le Berserker.
Devant eux, le reste des soldats d’Arès avançait non sans observer le combat mené par Ennius et Nicator, deux Berserkers, contre Orphée, toujours debout, le visage à peine égratigné.
Ennius, un bel homme aux cheveux mi-longs, roses, titubait, tandis que Nicator, grand, mince aux yeux fort ouverts et aux dents pointues était ligaturé par les cordes de la lyre.
Orphée regarda derrière lui et constata qu’il restait peu d’hommes avant que le village de Paesco puisse être atteint. Il toisa ses deux adversaires qui lui donnaient du fil à retordre : « Il est maintenant temps d’en finir ! »
Ennius se préparait à la riposte alors que Nicator, prisonnier des cordes, essayait de se débattre.
Orphée s’en prit d’abord à Nicator : « Tu ne pourras pas sortir de mon piège, ton corps va finir en morceaux après que ta Nightmare soit brisée par la restriction de mes cordes ! Stringer Fine ! »
Orphée n’eut pas tort, en quelques mouvements de doigts sur son instrument, les cordes séquestrèrent si fort Nicator que son armure se craquela et son corps fût écorché de toute part. Complètement défiguré, le cadavre retomba lourdement au sol, laissant Ennius seul face au Saint.
Ennius rassembla ses forces en ses poings. Trop épuisé par les nombreux assauts qu’il avait reçus jusqu’ici, il ne vit pas Orphée foncer sur lui.
Le Saint d’argent prouva que son accessoire n’était pas la seule chose redoutable chez lui puisqu’il le prit par la main gauche afin d’amener avec élan son corps meurtri vers lui pour lui enfoncer son genou dans l’estomac avec rage.
Ennius, courbé de douleur, crachait son sang et n’eut pas le temps de comprendre la suite de l’enchaînement d’Orphée qui le frappa avec le plat du pied en plein visage.
Après un tel choc il fut aisé d’entendre à des lieux d’ici les os d’Ennius se rompre.
Le corps inanimé d’Ennius vint rebondir sur le sol poussiéreux.
Le Berserker ne se releva pas, il succomba à ses blessures.
Les forces alentours choisirent de venger les deux guerriers d’Arès.
Seul contre cent, épuisé après son âpre combat, Orphée préféra utiliser la manière forte. Non sans mal il rassembla ses forces : « Allez-y ! Approchez tous ! Encore quelques pas et vous trouverez la mort que vous méritez tant ! »
Les Arèsiens entourèrent Orphée.
Il essuya quelques coups sans broncher jusqu’à ce qu’un glaive s’abatte sur lui.
C’est le moment qu’il choisit pour déclencher son attaque et atteindre un maximum de victimes : « Appréciez donc votre requiem ! Stringer Nocturne ! »
Les notes jouées produisirent une sorte de foudre qui vint balayer tous les hommes qui foncèrent sur lui ainsi que les derniers qui parvinrent à entrer dans le domaine sacré.
A lui seul il élimina au moins deux dixièmes des ennemis depuis le début de la lutte.
Il fit alors le tour de lui-même en se tenant les hanches de douleurs après son rugueux combat contre deux Berserkers.
Il constata que Circinus avait gagné les troupes sur le front droit pour les aider à lutter contre Antiochos Berserker de la Force Brute.
Les hommes de l’aile gauche, eux, étaient bien en difficulté, comme au loin où les lignes au centre furent bien entamées.
Considérant que la victoire serait leur s’il parvenait à gagner sur les flancs, Orphée choisit alors d’aller relever la gauche qui était la zone la plus critique…
 
Au centre, couché sur le dos, Apodis regardait Pullo s’étouffer en avalant son propre sang.
La Tempête Incommensurable de Diodoros l’avait tellement choqué qu’il n’avait plus la force de recracher sa bile.
Cliff, sur les rotules, à demi-conscient, devenait livide après que des flots de sang se soient déversés de ses plaies.
Diodoros marchait d’un pas résolu vers lui.
Pullo tourna la tête vers Apodis. Le jeune Grec ne reconnut même pas ses yeux. Les rafales de vent provoquées par Diodoros les lui avaient perforés. Cela ne l’empêcha pas de sentir la présence de son élève. La bouche ensanglantée il s’adressa à lui : « Apodis… Apodis… Prends ton épée… Sauve Cliff… »
Totalement misérable, Apodis rampait discrètement jusqu’à lui : « Je suis désolé Caporal, je ne peux pas… »
Pullo chercha à lui tenir la main malgré ses blessures. Ses plaies s’agrandirent davantage toutefois il ne semblait plus craindre la douleur. Il tenait à transmettre un message : « Je t’ai entendu expliquer à Cliff l’autre soir pourquoi tu te bats aujourd’hui… Tu… Tu espères trouver en la mort une délivrance… un honneur… Mais je ne comprends pas… Quel honneur peut-on avoir, lorsqu’on se résigne à voir nos frères mourir, alors qu’ils se sacrifient pour nous ? »
 
Plus haut des bruits sourds retentirent, l’armée d’Arès reculait petit à petit grâce à la détermination des dernières lignes du centre menées par un Saint de bronze.
Ce Saint était vêtu d’une armure d’un rouge vif. Son casque était semblable à un large diadème le protégeant du front jusqu’aux oreilles et formant un bec de couleur orangé qui descendait jusqu’à hauteur du nez. On admirait donc sa chevelure couleur rouille sans pour autant découvrir son visage puisqu’il était parfaitement dissimulé par son heaume qui s’arrêtait une fois la colonne nasale recouverte.
Les épaulettes semblables à un plumage fait de bronze subissaient un dégradé de couleur pour aboutir à un blanc pur en leurs extrémités. Elles ne faisant qu’un avec le plastron écarlate qui couvrait toute la surface pectorale.
Ses bras étaient couverts d’une simple protection qui descendait jusqu’à ses mains pour prendre à chaque bout de doigts une forme aiguisée semblable à des serres.
Une gemme orangée ornait le centre de sa ceinture et était entourée par de petites ailes déployées de la même couleur.
Ses genouillères étaient en forme de losange tandis que les jambières bénéficiaient également d’ailettes au niveau des chevilles.
Le Saint en question était Pajaros de l’Oiseau de Paradis.
Il menait un combat acharné contre un des trois derniers Berserkers. Evhémère de la Matière.
Une collision retentit dans le ciel et non loin de Pullo vint s’écraser Pajaros qui se releva péniblement.
Evhémère ne constata même pas que ses hommes reculaient face à la détermination des soldats du Sanctuaire.
Il était trop attaché à vaincre Pajaros qui lui donnait bien du mal.
 
Pullo sentait que le combat de Pajaros était son dernier car le cosmos du Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis communiquait un état de sacrifice. Il tentait désespéramment de relancer Apodis : « … Apodis… personne ne t’a jamais considéré comme un pleutre à part toi-même. C’est ton comportement qui a fait de toi ce que tu es aujourd’hui ! »
 
Pajaros menait un rude corps à corps contre le pesant Evhémère qui le plaqua au sol et le matraqua de coups de poings.
Pour se défaire du poids du Berserker qui se posa sur lui, Pajaros réunit ses mains face au visage du glouton et y fit exploser son cosmos.
Aveuglé par le coup, Evhémère était à la merci de Pajaros.
Toutefois, Pajaros remarqua en priorité le danger qui guettait Cliff.
Au lieu d’anéantir Evhémère, Pajaros concentra un amas de cosmos en son poing et le jeta contre la Nightmare de Diodoros du Vent qui s’amusait en bousculant l’amorphe soldat.
Evhémère reprit ses esprits et, en joignant ses deux mains, il cogna Pajaros en pleine colonne vertébrale.
Diodoros, furieux, choisit alors enfin de rejoindre Evhémère pour achever le Saint de bronze…
 
De son côté, Pullo poursuivit : « Toi, le poète qui a besoin d’être émerveillé pour être fort, regarde donc Cliff et nos pairs mourir côte-à-côte pour une cause qu’ils partagent… »
 
Diodoros espéra donner le coup de grâce à Pajaros, accroupit après la charge d’Evhémère.
Pajaros en effectuant une figure acrobatique, se redressa et tapa avec ses jambes Diodoros sous les genoux pour le faire chuter. Puis en prenant appui avec ses mains sur le sol, il vint, d’une reprise de volée, cogner la tête de Diodoros qui s’écrasa contre une ruine, le casque de sa Nightmare en miettes…
 
Pullo, captait l’intensité des échanges : « … Observe Pajaros concentrer sa cosmo énergie et prendre son envol… Ne sont-ce pas là des faits qui t’inspirent… Qui te procurent une volonté nouvelle… »


Le lourd Evhémère tapota ses poings l’un contre l’autre : « Je ne supporte plus de te voir te relever ! »
Pajaros sauta en l’air et écarta les bras tel un albatros qui affiche fièrement son plumage…
 
Pullo ne désespérait pas de remotiver Apodis : « … Si tu aimes tant que ça ta mère, tu n’as pas le droit de mourir maintenant… »

La cosmo énergie de Pajaros créa un halo aux couleurs arc-en-ciel autour de lui…
Rien qui n’effraye Evhémère : « Je sais comment te bloquer les ailes ! Il me suffit de t’enfermer dans la matière solide la plus dominante de ce monde… "
 
_ « … Une fois que les Berserkers auront envahis le village de Paesco, ils auront le champ libre pour remonter jusque Honkios en écrasant les paysans, fit part de ses doléances Pullo à Apodis… »
 
_ « … Je vais t’emmurer vivant dans une montagne, se léchait les babines Evhémère… »
Les couleurs vivaces autour de Pajaros firent briller les étoiles de la constellation de l’Oiseau de Paradis.
Il écarta ses bras et les abattit sur Evhémère.
L’obèse colosse tapotait de plus en plus fort ses poings l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’il en résulte un bruit sourd.
A cet instant, il tapa des deux poings sur le sol…

_ « … Ta mère se fera massacrer par ta faute Apodis. Ils la violeront, la tortureront, continua Pullo… »
Discrètement allongé à côté de Pullo, Apodis s’imaginait en larmes l’horrible scène…
 
_ « Wing Jikan No Yoyû, déclencha son arcane Pajaros ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux de Pajaros créa un violent courant d’air qui se dirigea contre Evhémère…
 
_ « … Elle mourra en pensant que son fils n’était pas à la hauteur, s’acharna Pullo, qu’il n’a pas su la protéger… »
Apodis s’en voulut davantage.
Il écrasa dans sa main une pierre, furieux envers lui-même d’avoir causé tant de souffrance à Pullo et Cliff…
 
Après qu’Evhémère heurta le sol, celui-ci se mit à trembler : « Rogoku Stone ! »
 
_ « … Tu retrouveras alors ta mère dans un monde de ténèbres et ton père t’y maudira éternellement, prédit Pullo… »
 
Evhémère remarqua trop tard le souffle de l’Oiseau de Paradis qui l’embarqua en le déchirant dans les airs, arrachant de toute part les ornements de sa Nightmare comme les cornes de buffles sur son casque…
 
_ « … J’ai vu ta flamme Apodis. J’ai vu ton étoile briller dans le ciel lorsque tu étais déterminé à tenir le coup durant mon entraînement car tu t’étais fixé l’idée de mourir sur ce champ de bataille… »

Le contrecoup de la Prison de Pierre d’Evhémère ne se fit pas attendre.
Bientôt, sous les pieds de Pajaros, se levèrent des tonnes de terres et de blocs de pierres qui vinrent l’ensevelir en formant au beau milieu du champ de bataille une inébranlable montagne…
 
Apodis observait le massacre en même temps que les paroles de Pullo s’ancraient en son esprit : « C’était ton défi ! Mais sache qu’il y a un défi encore plus grand que la mort… C’est la vie ! »
 
Diodoros se précipitait en direction d’Evhémère qui retrouvait ses esprits : « Incroyable, le souffle produit par ce misérable était bien plus puissant que celui de mon Obitadashii Storm ! »
Evhémère se redressait en inspectant son corps : « En voilà une chance de porter une telle armure. Sans elle j’aurai été découpé en petits morceaux par sa bourrasque. »

_ « … Tout comme il existe un sentiment encore plus fort que la haine qu’on éprouve envers soi-même d’être un perdant, c’est la volonté de devenir un battant… »
 
La montagne dans laquelle était emprisonné Pajaros s’écroula, libérant le glorieux Saint qui venait de faire exploser son cosmos pour trouver une issue.
Les roches l’avaient tout de même fort secoué.
Malgré que l’armure fût intacte, son corps d’homme commençait à perdre trop de sang..
 
_ « J’ai senti ton vrai potentiel Apodis. J’ai vu tes ailes se déployer… Tel un oiseau… »
 
Les deux Berserkers se concertèrent.
_ « Diodoros… Ma Nightmare ne résistera pas s’il attaque une seconde fois et ton souffle n’est pas suffisant pour contrer le sien.
_ A moins que tu ne l’empêches de déclencher son attaque. Si tu remarques bien, il est obligé de concentrer son vent en direction d’un lieu précis. En me mettant derrière lui et en me concentrant le premier il jettera ses forces contre moi. Toi tu profiteras de son inattention pour le capturer dans ta Prison de Pierre à nouveau. Et c’est une fois qu’il sera immobilisé dans ta montagne que je déclencherai à pleine puissance ma technique. »
 
_ « Un oiseau dont le battement d’ailes était si majestueux qu’à chaque envol il laissait derrière lui un magnifique arc-en-ciel… »
 
Le corps de Pajaros tanguait tant il était épuisé.
Même lui en souriait nerveusement.
C’était fini.
Il le savait.
Du haut de ses quarante-huit ans, il était fier de mourir sur le champ de bataille : « … Et puis… Quelle satisfaction de voir que les lignes arrière que j’ai mené tiennent encore le coup… »
D’un rapide coup d’½il il observa les bordures extérieures qui avançaient fort bien, surtout à gauche depuis qu’Orphée les avait rejoints : « Je peux mourir en paix, ma mission est accomplie. »
C’est avec le sourire aux lèvres qu’il centralisa une dernière fois l’effluve lumineux de son cosmos pour ne faire qu’un avec lui…
 
Pullo avait compris que la constellation protectrice d’Apodis était la même que celle de Pajaros : « … Tu es tel un Oiseau de Paradis ! »
En entendant ces mots, Apodis fixa le ruban de soie que Netsuai avait accroché à son poignet. Le vent le fit lever en direction de Pajaros, celui qui portait l’armure bientôt sienne.
Pajaros semblait attirer vers lui tout le courage des troupes athéniennes afin que leurs âmes vinrent saluer la sienne.
Apodis vit en ce ruban de soie comme la volonté de Netsuai de joindre sa détermination à celle de Pajaros, comme si elle lui pointait du doigt l’exemple à suivre.

L’arc-en-ciel formé par son cosmos autour de Pajaros lui donnait un semblant de noblesse, de fierté et de courage, ce qui apaisait les corps et les c½urs meurtris de ses camarades.

Ce merveilleux échange souleva l’âme d’Apodis et l’aida à imaginer de grands récitals contant sa gloire.
C’est seulement en cet instant qu’il comprit que c’est le courage qui le conduirait à l’inspiration.
Alors fièrement, comme pour saluer le Sergent Pajaros, Apodis se releva afin d’étudier l’assaut final, de n’en louper aucun rebondissement, pour pouvoir rapporter plus tard la magnificence de cet homme.
Oui, il lui fallait vivre pour évoquer à sa mère comment il put sauver leur domaine en compagnie d’un fier chevalier de bronze. De quoi vexer son tyran de père.
D’un coup il sentit le dégoût qu’il éprouvait envers lui-même se transformer en haine à l’encontre de Frontinus.
Cette même rage le rendit hargneux.
Animal.
Il sentait qu’elle lui insufflait une nouvelle vie.
Qu’elle lui faisait pousser des ailes.
Au sens propre comme au figuré.
En effet, son cosmos qu’il entrevît lors de sa formation militaire émana autour de lui comme un oisillon déployant ses ailes pour la première fois de sa vie.
Alors sa cosmo énergie entra en communion avec celle de Pajaros.
Elle dévoila toute son étendue.
Une étendue dont il n’avait même pas idée.
Leurs deux auras ne firent qu’une et gagnèrent le ciel pour illuminer chaque étoile de leur constellation commune.

Pajaros qui avait remarqué la concentration de Diodoros lui fit subitement volte-face sans pour autant relâcher son attention.
Il adressa à Apodis un regard satisfait et prononça : « Athéna. Ô Sublime Déesse, je te remercie de m’offrir cette mort en me concédant l’occasion de léguer mon savoir à celui qui prendra ma relève. Merci Ô Divine Majesté… »
Diodoros fit mine de s’élancer. Pajaros, au summum de ses capacités, déclencha alors sa technique : « Wing Jikan No… »
Il n’eut pas le temps de finir de prononcer le nom de son arcane que déjà la roche d’Evhémère le fit prisonnier puisque discrètement, le Berserker venait d’abattre ses deux poings au sol : « Rogoku Stone ! »
Pajaros ne broncha pas.
La montagne se dressa fièrement une nouvelle fois au beau milieu du champ de bataille d’où Diodoros s’élança pour achever Pajaros.

Apodis était résolu à ne plus laisser succomber un héros de leur chevalerie.
Il rassembla alors toutes ses forces.
Toute son imagination.
Tous ses souvenirs… Dont l’apprentissage de techniques de combat en analysant la boxe de son père…
Il concentra toute son irascibilité à l’encontre de Frontinus pour inventer quelque chose de nouveau. De fort. Sa plus propre attaque.
Il verrouilla son regard sur Diodoros qui sautait en direction du monticule pour frapper Pajaros.
Ses yeux rouge sang s’enflammèrent et sa colère créa une aura aux couleurs vives, changeantes, comme si Pajaros lui avait laissé son arc-en-ciel avant d’être prisonnier de la pierre. Il se lança à la rencontre du bourreau en hurlant.
Lorsque Diodoros le vit, il sentit qu’Apodis représentait alors un danger bien plus grand que Pajaros. Il lui décocha donc sa puissante bourrasque : « Obitadashii Storm ! »
Les bras écartés, tels un oiseau qui fend l’air, Apodis répliqua : « Frantic Fury ! »
L’illusion réalisée par sa cosmo énergie le transforma tel un Oiseau de Paradis qui fonçait résolument bec en avant sur son adversaire.
La vitesse à laquelle il s’était catapulté sépara la tempête de Diodoros en deux s’en qu’elle puisse l’inquiéter.
Il se présenta donc face au Berserker du Vent complètement désarmé, le bec pointé pour le terrasser.
En réalité son poing droit déclencha une multitude de heurts contenant toute sa Furie Frénétique avant qu’un dernier coup surpuissant en plein ventre ne lui éclate l’intérieur de l’estomac.
Apodis retomba gracieusement sur ses pattes, en même temps que la chair laminée de Diodoros qui s’écrasa au sol, la Nightmare en poussière.
 
Totalement abasourdi, Evhémère se précipita vers son ami qui n’eut même plus la force de parler.
Ses yeux étaient révulsés et les chocs qu’il venait de subir en plein c½ur et en pleine tête l’avaient rendu apathique.
Evhémère, témoin de ce massacre, ne put empêcher son camarade de rendre son dernier souffle.
 
Ne s’en préoccupant pas, Apodis cherchait le moyen de libérer Pajaros de cette cage de pierre qui maintenait l’Oiseau de Paradis captif.
Il voyait dans le ciel quelques étoiles de leur constellation commune s’éteindre.
Des secousses venues de l’intérieur permirent à la roche de s’écrouler.
Pajaros ayant du mal à s’extraire seul des décombres, Apodis se joignit à lui pour l’en sortir. L’armure de l’Oiseau de Paradis n’avait pas une seule rayure, pourtant Pajaros était à bout de souffle. Dans les bras de son successeur, il commença à fermer les yeux.
_ « Je me suis fait avoir comme un débutant n’est-ce pas ?
_ Restez calme Seigneur Pajaros ! Ne dîtes rien ! Ne gaspillez pas vos forces chevalier, nous allons vous sauver ! »
Pajaros tout en vomissant sa bile, se mit à rigoler : « Me sauver ?! Mais voyons ! Pourquoi vouloir me sauver ? N’est-ce pas une belle mort que de succomber à ses blessures dans les bras de son successeur ? »
Apodis sourit timidement, Pajaros poursuivit : « J’ai entraîné pendant des années des apprentis. Aucun n’est jamais arrivé à rentrer en osmose avec mon armure et ma cosmo énergie comme toi tu as su le faire. Lorsque j’étais bloqué dans cette prison, j’ai ressenti la terrible force que tu as dégagée contre ce chevalier d’Arès. Tu as découvert une technique qui t’est propre. Une botte secrète ultime qu’il te faudra améliorer chaque jour. Je regrette de ne pouvoir te transmettre tout mon savoir. J’aimerai donc te conférer mon attaque. Elle est beaucoup moins meurtrière que la tienne, mais elle est très subtile… »
Il leva sa main et la tendit à Apodis pour qu’il la lui serre.
Il lui conféra toute l’énergie qu’il avait emmagasinée et qu’il n’a pu projeter contre Diodoros : « Le Wing Jikan No Yoyû. Mon cosmos t’accompagnera pour ta première utilisation de ce savoir-faire. Fais-en… Bon usage… Et… Sache que mon âme… Sera toujours auprès de toi via notre armure… »
Il commença à balbutier.
L’air ne lui venait plus et son regard se perdait dans l’horizon.
En rendant son dernier soupire, il prononça : « Il est temps de sortir de ton nid jeune oisillon… »
Après ses mots, sa main relâcha le jeune garçon.
L’armure de bronze qu’il portait sembla chanter pour lui rendre hommage et, c’est pièce par pièce, qu’elle se détacha de lui pour s’ajuster sur Apodis en faisant éclater sa cuirasse de soldat…
 
Cliff, couché sur le côté, la bouche grande ouverte, fixait fièrement son ami.
Pullo raclait sa gorge comme pour se donner le courage de survivre pour participer au triomphe de son élève.
 
Au même instant le cor de l’armée athénienne sonna.
Les lignes latérales menées par Orphée avaient regagné les murailles.
L’ennemi, dont les rangs étaient forts affaiblis, était encerclé.
Aussitôt, les lignes du centre, repoussée jusqu’ici, purent inverser la tendance.
Alors qu’ils passaient à côté d’eux pour enfoncer les rangs adverses il y a quelques heures, les Arèsiens reculèrent pour atteindre le lieu où Cliff et Pullo, les seuls survivants de la garnison d’Apodis, allongés, tinrent si longtemps leur position.
 
Apodis marchait résolument vers Evhémère : « La bataille n’est pas encore terminée ! »
Avec suffisance, le Berserker lança son poing contre le nouvel Oiseau de Paradis.
D’un magnifique jeu de jambe dont seul Frontinus, son père, avait le secret jusqu’ici, Apodis esquiva sans mal cette tentative.
Ce fut son tour de balancer un puissant crochet du gauche dans ce ventre grassouillet.
Le télescopage fut si spectaculaire, que toute la masse graisseuse de l’ogre s’agita.
Sa Nightmare se craquela aussitôt.
Tandis qu’Apodis évitait tous les coups avec vitesse dans une allure sublime, son adversaire, lui, était trop lent pour se défendre.
Apodis tambourinait chaque partie de son corps si fort que lorsque ses jambes furent martelées de coups, Evhémère ne put supporter son poids.
Rejoint par les athéniens, Apodis laissa l’inoffensif Berserker, devenu bien misérable, à la merci d’une dizaine de soldats qui l’achevèrent de leurs glaives.
Au centre, la victoire était assurée. Apodis prit d’un bras Cliff et de l’autre Pullo : « Allez les amis ! Nous avons presque gagné la bataille ! Les troupes du Caporal Pullo seront également de la fête ! Tenez bon ! Nous allons bientôt retrouver le Lieutenant Orphée ! »
 
Sur leur droite, les hommes qui formaient les rangs restaient les seuls à être encore aux prises avec les Arèsiens.
Apodis remarquait que du haut de son cheval d’ébène, le dernier Berserker et sa cohorte, dominaient les débats.
Il était temps pour Apodis d’utiliser le savoir que lui a légué Pajaros, le Wing Jikan No Yoyu…
Flashback
 
Le navire ralentit et sort Apodis de ses songes.
Les voici enfin arrivés aux abords de la côte, ils entrent dans l’île par le chemin de la rivière.
Apodis se dresse devant ses hommes et lève le bras en l’air, prêt à discourir…
 
 
Au Sanctuaire, la nuit est tombée depuis plusieurs heures maintenant.
Dans la quatrième maison du zodiaque, Lilith revient à elle.
La flammèche d’une bougie s’anime devant ses paupières.
Elle l’oblige à ouvrir les yeux…
Il fait presqu’aussi sombre que dans sa prison.
La seule chose qui lui permet de comprendre qu’elle ne s’y trouve plus est cette température plus agréable.
L’air est plus sain.
La couverture dans laquelle elle est enroulée sent également un parfum de printemps qu’elle n’a plus humé ces dernières semaines.
Le support sur lequel elle est couchée, un matelas, est plus confortable que le sol argileux sur lequel elle recroquevillait ses membres il y a encore quelques heures.
Autour d’elle, une grande armoire. Un bureau. Une table et une chaise. Un foyer presque éteint avec un chaudron au-dessus. Quelques amphores et un tonneau d’eau au fond de la pièce.
Le sol marbré dispose d’un bassin d’un mètre sur un mètre. Vide. Et marqué de traces de pas fraiches.
A s’y méprendre, cette pièce ressemble à celles qui composent le temple des apprenties Saintias, les prêtresses, d’où elle vient.
C’est en se redressant pour examiner davantage cette chambre qu’elle reconnaît un sceau sur chacun des meubles. Celui du Cancer.
Enfin, au fond de la pièce, contre le mur qui fait face à une belle porte en chêne massif, avachi sur une seconde chaise, endormi les bras croisés, Deathmask reste tapis dans l’obscurité.
Lilith fixe longtemps la porte de la chambre en y voyant une issue.
Elle sourit alors anxieusement puis se redresse du lit en bois pour s’en approcher sur la pointe des pieds.
Elle ne remarque pas qu’en réalité Deathmask ne dort que d’un ½il, bien décidé à la tester…
C’est une fois arrivée à quelques centimètres de la porte qu’elle plie soudainement les genoux pour étudier avec attention une caisse métallique qui se trouve au milieu de la pièce plutôt que de tenter de fuir.
Plus curieuse qu’inquiète pour son sort, ses doigts fins caressent l’or de la Pandora Box. Elle fait le tour du dessin du Cancer qui permet d’identifier l’armure qui se trouve à l’intérieur du caisson. En le frottant ainsi, elle remarque que la boîte scintille de plus en plus. La lumière illumine complètement la pièce et rend visible Deathmask qui continue de feindre son sommeil.
Trop admirative face à sa découverte, Lilith ne se retourne pas vers le chevalier qui est pourtant à l’origine de ce phénomène de communion.
Elle craint même de le réveiller de son sommeil qui semble apaisé.
Elle fait volte-face, ignorant totalement la fuite, et retourne se camoufler sous ses draps doux et chauds.
L’Italien referme à cet instant ses paupières et remue les lèvres afin de dire, sans élever la voix : « Bienvenue chez toi Lilith. »


Loin de là, le débarquement de l’équipe d’Apodis est imminent et symbolise le coup de grâce portée par les Athéniens à l’armée hébéïenne…

186
Bonjour je voudrais savoir ou tu a eu la saison 3?
Auprès du scenariste de la série bien sur :gnehe:.


Sérieusement, il s'agit d'une fanfiction :sumanai:.

187
Cynarhum² / Re: Joyeux anniversaiiiiiireuh !
« on: 20 October 2011 à 17h57 »
En effet, elle a disparu du jour au lendemain. Sans même donner d'explications.

188
Cynarhum² / Re: Joyeux anniversaiiiiiireuh !
« on: 10 October 2011 à 19h57 »
Merci Kryshna et Didi.

189
Cynarhum² / Re: Joyeux anniversaiiiiiireuh !
« on: 9 October 2011 à 9h42 »
Merci Lionel et Ryo.

190
Only for Love / Chapitre 23
« on: 2 October 2011 à 12h44 »
Chapitre 23

En mer, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île d’Yíaros, le vent faiblit de plus en plus.
Les matelots rangent les voiles et les soldats rejoignent les marins pour pousser les longues rames, sous l’impulsion de Pullo qui hurle à la mort pour leur ordonner de se dépêcher.
Le soleil ne brille plus de la même intensité qu’au début de l’après-midi. Sa teinte est orangée et il est moins haut dans le ciel.
Apodis est perché sur le mat pour respirer l’air frais et se vider l’esprit.
Ainsi, il suit les combats qui se jouent dans le Sud d’Yíaros sous l’impulsion d’Aldebaran et Shura.
Cette Guerre Sainte lui rappelle celle qu’il vécut contre Arès, au moment de la bataille contre Cronos…
 
Flashback
Printemps 1979. Les premières lueurs du soleil furent aussi rouges que le sang qui avait coulé la nuit précédente des tentatives d’incursion d’Arès dans le Sanctuaire d’Athéna.
Les rayons matinaux traversaient les lucarnes faîtes dans les murs et vinrent chauffer le visage d’Apodis qui, en une semaine de formation expéditive, obtint le grade de soldat.
Lorsqu’Apodis entrouvrit les yeux, il reconnut Cliff se redresser sur la même couche que lui. En balançant son regard à droite puis à gauche, il distingua les deux femmes avec lesquelles ils passèrent la nuit.
A la veille d’une mort qu’il attendait avec impatience, Apodis s’était endormi avec les trois autres et recouvrait avec bien du mal ses forces, les muscles encore endoloris par les exercices de Pullo.
Afin de ne pas réveiller les deux femmes de petites vertus allongées sur le ventre, nues, les bras et les jambes écartées, Cliff chuchota à son camarade : « Allez Apodis, debout ! Il est l’heure. »
Le futur Saint de bronze enfilait ses vêtements grisâtres que portent tous les soldats et emboita le pas à Cliff qui souriait à l’idée de combattre pour le Sanctuaire.

En trottinant, ils se pressèrent de gagner le camp où Pullo leur avait donné l’instruction militaire.
A mesure qu’ils approchaient du campement, le c½ur d’Apodis cognait dans sa poitrine, lui inspirant à nouveau la peur. Il n’avait en tête que le visage de sa mère et s’imaginait la voir sourire, soulagée d’apprendre la mort de son enfant sur le front, pouvant maintenant jouir de la grâce de son père qui cessera de la battre pour lui avoir donné un fils indigne de ses aspirations. En mourant au combat, Apodis espérait laisser l’honneur de Frontinus sauf et réconforter sa maman.
 
Dans le centre en ruine, où Pullo les attendait depuis déjà une heure, beaucoup de soldats faisaient grise mine. Rares furent ceux ravis d’enfiler leurs casques contrairement à Cliff.
Apodis prenait son temps pour fixer son plastron, ses jambières, ses protections aux avant-bras et son casque qu’il avait lui-même enjolivé en y incrustant des plumes d’oiseaux. A sa taille était tenu un fourreau dans lequel reposait son glaive ainsi qu’une gourde en peau de chèvre remplie d’eau. Sur son dos, il portait son paquetage composé d’une partie d’une toile de tente, d’une gamelle vide, de bandages et d’un drap, sachant qu’il n’en profitera peut-être jamais comme la majorité des hommes. Il fut prêt lorsque son bras gauche soutint un bouclier trop lourd pour lui et que sa main droite leva sa lance.
Avec eux, les cuisiniers et autres esclaves de l’armée chargeaient les charrettes tractées par les mules. Chaudrons, élixirs pour désinfecter les plaies, eau, tenues des caporaux… ils étaient sommés de ne rien oublier.
 
Un cor retentit pour avertir l’approche des garnisons athéniennes venues du Sud pour rallier celles de Pullo.
Enfin, d’un signal de la main, Pullo, à cheval, lança la marche. Il devait leur faire traverser le Sanctuaire jusqu’aux lignes Ouest qui subissaient les assauts des Berserkers et de leurs soldats.
En chemin, dans les autres villages, cette légion absorbait les autres équipes qui se tenaient prêtes elles aussi.
Les soldats percevaient les villageois craintifs. Ceux-ci voyaient partir à la guerre leurs frères, leurs pères et leurs fils.
Pullo et quelques autres caporaux veillaient du haut de leurs chevaux à ce que les lignes soient bien maintenues, afin de rassurer le peuple en prouvant l’organisation et la resplendissante allure de l’armée du Sanctuaire.
 
Il leur fallut la matinée pour rejoindre les frontières Ouest.
A mesure qu’ils approchaient, ils remarquaient des bûchers ayant servis pour les dernières victimes de la nuit.
Les villages étaient de plus en plus déserts et les villageois empruntaient les mêmes chemins pavés que l’armée mais dans le sens inverse. Ils tentaient de gagner le Centre du domaine, Honkios, là où le Sanctuaire est censé être le plus sûr.
Au fur et à mesure qu’ils avançaient, Apodis et les siens reconnaissaient des traces de luttes et les premiers cadavres des soldats d’Arès qui réussirent à s’infiltrer dans le domaine sacré.
C’est une fois au sein du village le plus proche des murailles de l’Ouest, Paesco, qu’ils virent catastrophés, les remparts fracturés à l’horizon.
Sur leur flanc gauche une immense brèche, certainement provoquée par un éclat de cosmos, laissait à l’envahisseur l’entrée grande ouverte.
 
Tout en calmant sa monture, Pullo dispersait la légion en plusieurs cohortes. Il indiqua à Apodis, Cliff et les autres soldats de leur groupe, la direction d’un autre corps qu’il devait rattacher : « Le lieutenant de la zone Ouest a ordonné que nous soyons sous les ordres du Sergent Circinus Saint de bronze du Compas. Allez monter vos tentes avec les leurs en attendant les ordres. »
Ils finirent de traverser Paesco, village quasiment rasé. Les maisons encore debout, se comptant sur les doigts d’une main.
 
Une jolie jeune fille, accoudée à la fenêtre de sa chaumière, observait les troupes traverser le village. Le reflet orangé de ses cheveux bruns s’agita lorsqu’elle tourna la tête en direction d’Eurydice, sa s½ur. De ses beaux yeux bleus marines, elle s’inquiéta : « Il ne reste que nous et ceux qui ne veulent quitter la sépulture des victimes de notre village. Tout le monde a fui après les derniers incidents. Pourquoi s’obstiner à mourir ici ? »
Une mélodie vint reprendre ses propos. D’une voix douce et apaisante, l’homme, tapis dans l’ombre, assis sur la Pandora Box de la Lyre, ramena le calme auprès de l’adolescente.
Eurydice répondit à sa s½ur tout en admirant son bel amant, Orphée : « Fuir alors que d’autres donnent leurs vies pour nous protéger reviendrait à perdre tout espoir. Lorsque nous nous sommes offerts quelques jours dans la ville d’Honkios, nous nous sommes senties fortes parce que nous étions entourées d’Orphée et de nombreux soldats. Maintenant c’est à nous d’être fortes, pour soutenir les derniers habitants qui ne peuvent pas ou ne veulent pas fuir ce village car ils n’ont pas encore renoncé. C’est à nous d’être fortes pour prouver aux soldats que nous plaçons en toute confiance nos vies entre leurs mains. »
Se redressant en caressant sa coiffe bleutée, Orphée conclut : « Regarde Netsuai, ces hommes qui passent devant ta fenêtre… Tous ont quitté leur foyer pour protéger le nôtre. Ce petit village n’a que peu de valeur à leurs yeux, mais pour ce qui est de votre vie et de votre honneur, ils sont prêts à tout donner. Rester pessimiste alors qu’ils ont besoin d’encouragements, cela va à l’encontre de ce qu’Eurydice t’a appris jusqu’ici, cela va à l’encontre d’Athéna. Regarde les bâtisses et les ruines voisines, tout le monde en sort pour applaudir ces braves soldats et pour les acclamer. C’est avec votre soutien que ces hommes puiseront le courage de vaincre. »
Emue par ce discours, Netsuai prit aussitôt la porte, pour imiter les autres habitants de Paesco.
Elle regarda fièrement passer chaque cortège.
 
Apodis marchait péniblement et passa devant celle qu’il reconnut aussitôt comme étant la chipie qui lui prit son carnet de poèmes le jour où il a rencontré Orphée et Eurydice.
Netsuai constata qu’Apodis était le soldat le plus déboussolé et, dans un élan de bonté, elle détacha le ruban en soie qui maintenait sa robe rose à sa taille pour l’enrouler autour du poignet du malheureux tout en suivant sa marche. Elle lui souffla ce doux mot qu’elle aurait dû adresser au reste des troupes plus méritant que ce poltron : « Merci. »
 
Dans la maisonnette d’Orphée, le preux chevalier d’argent sentit le corps d’Eurydice se coller à lui chaleureusement : « Reviens-moi sain et sauf mon tendre amour. »
Orphée contempla les yeux en amende de sa muse : « Bien plus que ma dévotion envers Athéna, mon amour pour toi m’engage à te promettre de revenir victorieux. Et si couvert de sang il m’est contraint de rentrer, sache alors, que celui-ci sera celui de mes ennemis. »
Après avoir posé son instrument sur la Pandora Box de la Lyre, Orphée utilisa ses bras pour serrer Eurydice contre lui.
Le visage fermé, il reconnut en Eurydice la crainte de le perdre. C’est pourquoi il choisit de prendre sa lyre pour la guider dans un sommeil paisible en interprétant une courte ballade.
Ensuite, l’armure endossée, il se couvrit d’un voile blanc afin de masquer son identité et sortit dehors chercher Netsuai : « Il est l’heure pour moi de rejoindre mes pairs. Je ne peux te dire combien de temps durera la bataille, mais sache que je ne permettrai jamais au mal de vous atteindre ta s½ur et toi. Veille sur elle durant mon absence et garde foi en nous… »
 
A quelques mètres de la maison, à la sortie du village, les autres corps d’armée se divisaient eux aussi pour rallier des retranchements menés par d’autres sergents.
 
Epuisée par cette longue marche, l’équipe d’Apodis suivait Pullo en traînant les pieds jusqu’à la circonscription du sergent Circinus Saint de bronze du Compas, bien proche des lignes ennemies. C’était à cette hauteur que les murailles avaient été brisées et ils pouvaient observer les Arèsiens rassembler eux aussi leurs forces venues de l’Aréopage.
Quelques tranchées étaient creusées, pour abriter les premières lignes alors que les décombres des fortifications avaient été redressés pour servir de bouclier derrière lesquelles ils montaient leurs tentes.
Circinus fut ravi de voir débarquer Pullo. Le caporal se courba en avant en guise de respect pour son supérieur. Circinus n’en eut que faire et le serra dans ses bras.
Circinus était un vieil ami de Pullo et ils ne paraissaient pas en être à leur première bataille côte-à-côte tous les deux.
Son armure, couleur étain, se composait de courtes jambières et de genouillères rondes. Une simple ceinture lui maintenait la taille tandis que le torse et le dos étaient entièrement protégés par une sorte de sphère, marquée de dos comme de face des signes Nord, Sud, Est et Ouest. Chaque bras était couvert par un bouclier où les quatre points cardinaux étaient également gravés. Les deux boucliers étaient suffisamment larges pour couvrir les épaules du Saint, voilà pourquoi la Cloth du Compas était dépourvue d’épaulettes. La chevelure océan de Circinus était couverte par un imposant heaume sur lequel était dessiné au niveau du crâne l’étoile exposant les points cardinaux.
_ « Pullo ! Mon ami. Comme je suis rassuré de te savoir parmi nous. Nous avons bien besoin d’un homme comme toi pour nous aider à tenir.
_ Va, tu me flattes Circinus. Evoque-moi donc la situation !
_ Voici trois nuits que nous parvenons avec beaucoup de mal à contenir leurs assauts. Certains de leurs hommes ont même atteint les villages. Leurs catapultes sont venues à bout de nos tourelles, c’est ainsi qu’ils ont pu s’engouffrer aisément. Nous étions en sous-effectif vu que nos forces armées étaient surtout maintenues au Nord et à l’Est jusqu’ici. On a subi de lourdes pertes. La majorité des troupes d’Arès se sont donc rassemblées face à ce plateau désert depuis que le mur est tombé. L’attaque la plus lourde va avoir lieu ici. »
 
A cette annonce, Apodis fût pris de panique, il voyait scintiller au loin les flammes des torches ennemies qui reflétaient sur leurs protections rouges. Ils allaient être en première ligne sur un boulevard.
En regardant derrière lui, il vit de nombreuses autres garnisons les rejoindre. Il était évident que tout allait se jouer sur cette place.
Au lieu d’aider Cliff et les autres à monter le camp, à armer les catapultes ou à affûter les armes, Apodis épiait discrètement Circinus et Pullo.
_ « Circinus, quel est ce village derrière nous que tout le monde fuit ?
_ Il s’agit de Paesco. Si jamais ils atteignent ce village, ils auront gagné assez de terrain pour établir leur campement au sein même du Sanctuaire. Autant te dire que nous serons à leur merci dans ce cas. Sans compter les hommes de Cronos qui frappent également un peu partout sur le territoire.
_ A combien d’hommes évalues-tu l’armée qu’ils ont positionné face à nous ?
_ Arès a beaucoup promis à ses hommes. Ils ont été rejetés par la société, par leurs amis et leur famille. Il leur offre une occasion de prendre leur revanche et il a bien dû en regrouper trois milliers. Et toi Pullo, en réunissant toutes les garnisons avec qui tu as mené la marche aujourd’hui, combien d’hommes as-tu sous ton étendard ?
_ Un demi-millier seulement. Le Grand Pope a fait rappeler quelques unités placées dans les défenses extérieures en territoire ennemi chez quelques dieux mineurs. Mais c’est bien trop peu. D’autant plus que les galères qui les conduisent, n’arriveront que dans trois jours au plus tôt. Combien d’hommes te restait-il avant notre arrivée ?
_ J’ai perdu sept-cents hommes depuis le début de la bataille. Avant que vous ne veniez regonfler nos rangs nous devions être un peu moins d’un millier. Ce qui veut dire qu’à l’heure actuelle…
_ … Nous sommes à moitié moins nombreux qu’eux ! Nous avons mené trop de batailles ces dernières années, contre des dieux qui n’étaient pas franchement menaçants, déplora Pullo. Beaucoup d’hommes ont péri, ou ont été obligés de rester sur place pour maintenir l’ordre. Aujourd’hui la majorité de nos équipes sont des jeunes qui savent à peine tenir une épée !
_ C’est ainsi que nous avons commencé souviens-toi, sourit Circinus !
_ Oui, partagea Pullo la bonne humeur de son camarade ! Et puis aujourd’hui à trois milles contre la moitié, nous avons déjà vu pire ! »
Les éclats de voix des deux amis rassurèrent quelques-uns des soldats qui les accompagnaient.
Apodis, lui, ne fut absolument pas convaincu, d’autant plus que Circinus prit à part Pullo.
_ « Les plus à craindre ne sont pas les soldats mais plutôt les Berserkers.
_ Les Berserkers ?
_ Afin de récompenser les humains entrés à son service et qui réussirent à manipuler le cosmos sans difficulté, Arès offrit aux six plus forts et plus fidèles des armures, six de ses neuf Nightmares ! Ainsi, il forma son armée composée de six Berserkers, dont la force se situe entre celles des Saints d’argent et des Saints d’or. Leurs Nightmares les recouvrent de la tête aux pieds, laissant à peine leurs visages dévoilés de ces protections couleur sang, toutes ornées d’une pierre d’améthyste sur le torse.
_ Il vaut mieux tomber sur six Berserkers que sur neuf, essaya d’ironiser Pullo ! Il nous sous-estime en nous attaquant avec une armée incomplète !
_ Cinq Berserkers et non six, corrigea Circinus. Mensa Saint de bronze de la Table a usé de toutes ses forces pour se défaire de l’un d’entre eux. Il a perdu un bras dans la bataille et ses jours sont en dangers. Il a été admis par les prêtres dans un temple de la ville d’Honkios pour être soignés.
_ Mensa était pourtant réputé pour être un Saint redoutable !
_ Il se fait vieux Pullo ! Comme toi et moi. Le Grand Pope a envoyé nos meilleurs jeunes éléments s’endurcir contre des armées aux quatre coins du monde. Il ne reste plus que des briscards épuisés pour diriger des enfants… »
Apodis qui était pressé de trouver la mort commençait à la craindre, maintenant qu’il savait qu’ils allaient se faire massacrer…
Flashback
 
Une lumière…
L’horizon est baigné d’une lumière dorée provenant de la côte Sud…
Ce cosmos, celui du Capricorne, sort Apodis de ses songes.
L’Oiseau de Paradis sait que la victoire ne peut fuir Shura…
 
 
Au Sud de l’île d’Yíaros, sur le port, cent-cinquante Athéniens débarquent sur la côte.
Ils ravagent les navires hébéïens et foncent sur la trentaine de soldats restants.
 
Androgée choisit de se mettre en première ligne pour donner l’alarme et organiser la retraite de ses hommes lorsque Shura lui retient le pied : « Notre combat n’est pas terminé Taureau de Crète… »
Androgée essuie le sang qui coule depuis son front et qui se mêle à ses beaux et fins cheveux marine : « Tu es plus mort que vif. Mon Prophetic Horn t’a provoqué une fracture de la boîte crânienne et tu espères te montrer encore vaillant contre moi ? C’est de la folie ! »
Shura recroqueville pourtant ses genoux dans l’espoir de se relever mais Androgée ne lui en laisse pas l’occasion, il le cogne du plat du pied en plein visage. Shura est projeté au-delà du ponton et tombe inconscient dans la mer.
 
Plus loin, sur le flanc gauche, devant le tourbillon de feu provoqué par Baucis, Aldebaran décroise ses bras et projette son cosmos dans l’espoir de créer une onde de choc dont le courant d’air soufflera le brasier.
Au beau milieu de celui-ci, la belle Baucis Alcide de la Biche de Cérynie entame son duel avec Philémon du Lièvre.

Pendant ce temps, quelques soldats athéniens plongent dans l’eau pour repêcher le corps de Babel qui a été balayé par une précédente attaque de Baucis.


Au c½ur des flammes, les longs cheveux violets de Baucis s’agitent dans le vent. Elle bondit de gauche à droite, de bas en haut, de plus en plus vite en frappant Philémon qui esquive et riposte de la même manière.
La vitesse du son est vite atteinte et bientôt le corps à corps atteint une vitesse proche de celle de la lumière. Au terme de ce terrible échange, Baucis s’échoue au sol en retombant sur les omoplates…
 
 
Au Centre de l’île d’Yíaros, dans le Parthénos, à l’intérieur de son temple, dans la salle de réception, Hébé est debout à faire les cents pas.
A ses côtés, Juventas reste agenouillée, le visage braqué sur le tapis rouge où marche sa déesse. Elle suit avec attention le débarquement des Athéniens et la défaite des siens qui se profile.
 
Soudain, face à une Hébé totalement absorbée par ses pensées, le décor se fend en deux, comme si une épée tranchait un rideau laissant apparaître une silhouette. De l’atmosphère jaillit un homme aux genoux distordus, le faisant marcher lentement, traînant les pattes tel un animal abattu. D’animal il n’a pas que la marche, son dos, bossu, lui fait pendre les bras en direction du sol, du moins ce qui s’apparente à des bras, car son organe droit est complètement atrophié et les doigts de cette main sont retournés à l’inverse de ceux d’un homme anatomiquement bien formé. Son bras gauche est long et dénué de main, de coude et de toute autre particule composant un corps humain en bonne santé. Il ressemble à un long mat de bateau, rigide, portant de longs poils, comme s’il s’agissait d’une patte de chien.
Ses yeux rouges souffrent d’un strabisme inconcevable, son nez est désaxé de son visage tout comme sa bouche qui reste entrouverte et de laquelle s’écoule en continu sa bave qui sèche sur ses petites lèvres craquelées par laquelle on remarque une dentition particulière. Son crâne est dégarni sur le dessus alors que sur le tour de sa tête tombe d’épais cheveux gras et jaune pâle.
Juventas s’adresse à lui : « Alors ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, as-tu repéré quelque chose ? »
¼dipe ne sachant parler et n’écoutant qu’à l’aide de son cosmos, répond par l’intermédiaire de celui-ci en faisant résonner sa voix dans l’atmosphère : « Pour le moment aucune autre intrusion que celle du Sud n’est à déplorer. »
Hébé intervient : « Bien ¼dipe, je t’ai chargé de la défense du Centre de l’île pendant que Baucis et Androgée lutte contre l’invasion du Sud. Maintenant que plus rien n’est à craindre pour nous, j’aimerai que tu ailles sauver nos amis. Ils sont dans une situation critique.
- Bien majesté, je me battrais jusqu’au bout. »
Hébé le retient en s’écriant : « Non ! Ramène simplement le plus d’hommes possible. Si tu le peux, serre-toi de ta psychokinésie pour m’apporter des prisonniers capables d’être au courant du plan de guerre des Athéniens. »
¼dipe ne dit rien d’autre et se volatilise comme il est apparu.
 
 
En mer, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île, Apodis ne perd rien des affrontements en cours. Il se doute que cette victoire qui se profile au Sud de l’île est déterminante pour l’avenir de cette Guerre Sainte.
Du haut du mat où il est perché, l’Oiseau de Paradis observe ses hommes. Ils sont là, à scruter l’horizon, en attendant un périlleux débarquement. Cette attente est semblable, à celle qu’il a vécue lorsqu’il était encore soldat…


Flashback
Printemps 1979. Les heures s’écoulèrent sans que personne ne bougea sa position.
Apodis commença à redouter la mort qui lui était promise lors de l’assaut des Arèsiens.
Le soleil se coucha tandis que les servants apportaient la soupe que les soldats dégustaient assis sur leurs boucliers.
Cliff n’avait de cesse d’observer les ennemis, prêt à leur bondir dessus.
Apodis préférait examiner les environs pour trouver une issue, mais bien trop de lignes alliées l’auraient empêché d’atteindre le village de Paesco sans qu’il ne se fasse repérer et punir pour désertion. Il devait se résoudre à tenir sa ligne en compagnie de Pullo, Cliff et les autres élèves avec lesquels il s’était entraîné.
Aux alentours, Apodis reconnut dans d’autres troupes des garçons avec lesquels il jouait étant enfant, ainsi que d’autres qui le martyrisaient lorsqu’il sortait de chez lui. En eux, Apodis palpait la même peur que celle qui consumait son être. Il prononça de façon cynique : « Finalement nous serons tous égaux devant la mort. »
 
Soudain, Cliff se leva.
Une vaste colonne de brindilles montée au milieu des défenses ennemies et représentant une épée venait de s’enflammer.
Aussitôt les Athéniens entendirent le raisonnement produit par le claquement des lances arèsiennes contre leurs boucliers.
Cela était censé les intimider et Apodis aurait pu affirmer qu’il ressentait l’effet escompté par les hommes d’Arès, à l’inverse de Cliff qui avait déjà passé son casque comme la majorité des Athéniens.
Leur vacarme dura de longues minutes pendant lesquelles les caporaux et les sergents ordonnaient de former les rangs et de porter pilum.
La bataille allait commencer.
 
Un hurlement déchirant faisant cesser le vacarme se fit entendre au sein des régiments arèsiens. Aussitôt après, des machines s’activèrent en créant un sifflement bruyant venu des airs.
Il s’agissait d’énormes pierres fracassées après la destruction des remparts dont les ennemis se servaient comme projectiles qu’ils lancèrent grâce à leurs catapultes.
Les ruines vinrent toutes s’écraser au beau milieu des cohortes athéniennes, tuant sur le coup quelques dizaines d’hommes.
Malgré la panique, les caporaux ordonnèrent de garder les rangs. Certains Saints comme Circinus, ou d’autres soldats sachant manipuler le cosmos, projetaient des ondes de chocs pour faire exploser les blocs de bétons en de ridicules cailloux dont ils se protégeaient derrière leurs boucliers.
Heureusement que de tels guerriers accompagnaient l’armée sans quoi une grande partie aurait été décimée avant même le début de l’assaut.
 
Le commandant de ces légions, lieutenant de la zone Ouest se montra enfin.
Il était resté tapi depuis le début au beau milieu des troupes, caché sous son voile blanc qu’il ôta avec élégance.
Les yeux d’Apodis furent émerveillés par les reflets bleutés de sa Cloth. Son c½ur vrombit lorsqu’il reconnut le musicien qui accompagnait Netsuai et Eurydice le jour où il a abandonné ses poèmes. Orphée Saint d’argent de la Lyre veillait sur eux.
Le chevalier prit à lui seul la mesure des derniers projectiles qui leur étaient adressés malgré le fait qu’ils étaient lancés depuis des kilomètres. En jouant de son instrument, un nombre incalculable de cordes s’éparpilla pour former un grillage au-dessus des têtes athéniennes sur lequel les roches se brisèrent.
Les coéquipiers d’Apodis d'entrée inquiétés, scandèrent le nom d’Orphée, finalement rassurés.
Regonflés à bloc, l’armée était prête à la riposte.
 
Après cet assaut plus ou moins réussi, les ennemis firent silence.
Depuis le Sanctuaire, les Athéniens entendaient les cinq Berserkers prêcher la bonne parole à leurs guerriers du haut de leurs chevaux noirs magnifiquement décorés.
 
Pendant que les cordes d’Orphée retrouvèrent sa lyre, il fit de même que les Berserkers et discourut : « Soldats, Saints, mes frères ! Face à nous se dresse une nouvelle menace. Ces êtres sont nos semblables ! Ce sont de simples hommes ! Ils ont fait le choix de servir une divinité autre que celle que nous aimons et nous ne pouvons les blâmer pour cela. Arès a réuni à ses côtés des hommes rejetés par leurs familles et par la société. Parmi eux, certains ont été victimes de violences, témoins du massacre des leurs. En résumé, ils ont tous une revanche à prendre sur le monde. Ils espèrent laver la terre de tout ce mal qui l’occupe, en devenant les uniques habitants de ce monde nouveau qu’Arès leur promet. Nous savons qu’il leur ment, nous savons qu’il souhaite repeindre cette planète du sang des hommes, en prenant plaisir à les voir s’entretuer. Les Arèsiens sont aveuglés et ils nous tueront sans hésiter, que ce soit vous, vos femmes ou les héritiers de votre savoir ! Je sais qu’ils ont déjà blessé bon nombre de nos compagnons, et dans vos c½urs je lis la même peur qui ronge le mien ! Mais au sein du Sanctuaire vit une femme. Une femme qu’ils violeront. Une femme qu’ils tortureront et massacreront si on cède à cette peur. Cette femme je l’aime. Il s’agit d’Eurydice, ma compagne. Et c’est par amour pour elle, et aussi pour vos femmes, pour vos parents, vos frères, vos s½urs, vos amis et vos enfants que je n’hésiterai pas à me lancer à corps perdu dans la bataille ! A l’heure actuelle, les Saints d’or, les chevaliers les plus puissants de notre ordre, mènent une bataille contre d’autres dieux. Certains sont même partis dans le Cronos Laburinthos, son domaine. Nous n’avons pas le droit de perdre, alors que d’autres entament des combats encore plus éprouvants que les nôtres. Athéna veille sur nous, son cosmos bienveillant nous guide. Alors chevaliers ! Soldats ! Avec moi ! Pour Athéna ! Portez pilum ! »
Toute l’armée se mit en garde en grondant : « Pour Athéna ! »
 
L’ennemi fit de même en scandant le nom d’Arès.
Leurs pas résonnèrent sur le sol, ils s’élancèrent vers la muraille perforée.
D’abord en marchant, puis en trottinant et enfin en courant, tandis qu’à l’arrière, suivis par les Berserkers assis sur les chevaux qui trottèrent calmement, des centaines d’autres soldats avancèrent calmement en tirant avec eux leurs catapultes et leurs charrettes chargées d’arme.
 
Orphée dirigea ses bras en direction de chaque extrémité de ses lignes : « Les lignes extérieures doivent se lancer. Elles doivent gagner la muraille pour former un demi-cercle dans lequel les soldats d’Arès s'engloutiront. Les lignes au centre attendront qu’ils viennent. Nous devons maintenir nos positions, jusqu’à ce que les lignes de droite et de gauche rejoignent la muraille. Alors seulement nous les enfermerons dans notre arc de cercle pour ne laisser aucun survivant. »
Orphée restait droit devant, seul, prêt à être le premier pilier.
Tous l’admirèrent sur le coup.
Il attendit…
Et attendit…
Encore et encore…
Maintenant que les premières lignes d’Arès étaient à une dizaine de mètres de lui, il annonça le début de l’assaut en leva le bras : « Archers… »
Juste derrière la garnison d’Apodis, trois lignes d’affilés brandirent leurs arcs et sortirent leurs flèches.
_ « … Tirez, ordonna Orphée ! »
Une première salve terrassa les Arèsiens les plus téméraires.
La suite vint.
Orphée répéta son action : « Archers… »
Tous réarmèrent leurs arcs : « … Tirez ! »
Une pluie de flèche atteignit encore la foule.
Une bonne centaine de soldats étaient déjà à terre.
Orphée attendit que les autres approchent encore : « Archers… »
Toujours avec grâce et précision, ses semblables sortirent une nouvelle flèche : « … Tirez ! »
Sous un rideau de flèches qui masqua alors la lueur de la lune, de nouveaux corps s’affaissèrent.
Toutefois la progression ennemie était devenue trop importante.
Seul contre tous, Orphée écarta ses bras et ordonna : « Lignes latérales ! En avant ! »
Dans un amas de cris, ses compatriotes les plus à droite et les plus à gauche partirent en direction de la muraille, en essayant d’enrailler l’élargissement des troupes ennemies.
Les premiers râles de douleurs se firent rapidement entendre, les soldats des deux camps vinrent s’encastrer contre les lances et les boucliers adverses.
A coup de masses et d’épées, ils s’échangèrent de violents coups, dans ce qui ressemblait maintenant à une boucherie.
Orphée rejoignit ses deux bras en l’air tout en tenant sa lyre. Une fois réunis, il les abaissa en direction des ennemis qui n’étaient maintenant plus qu’à un mètre de lui : « Au centre ! Levez les lances ! Maintenez vos positions ! »
Cliff s’exécuta aussitôt, Apodis eut l’impression que l’Italien enracinait avec détermination ses pieds dans le sol afin d’être sûr de ne pas reculer.
Un premier Arèsien, lance en avant, se jeta sur Orphée qui l’évita sans crainte et le cogna en plein estomac. Puis essayèrent un second et un troisième… Et bientôt on ne distinguait plus Orphée tant la foule alentour l’engloutit avec facilité, isolant le brave lieutenant.
 
Apodis était à genou, derrière son bouclier, comme les autres, le javelot en avant.
Les résonnements métalliques des armures des soldats d’Arès approchèrent.
Les yeux fermés, sa tête casquée collée contre son bouclier, Apodis sentit son javelot trembler, une fois puis deux.
Puis, il vit sur sa droite un frère d’arme qui venait d’être frappé par-dessous son écu.
Et s’en fut un second par le dessus.
Le troisième n’attendit pas et dégaina son glaive qui trancha la tête d’un ennemi.
Apodis choisit donc de se lever aussi pour faire au moins semblant de se battre.
A peine sa tête fut levée de dessus son bouclier qu’il aperçut une énorme hache s’abattre sur lui.
Il essaya de tirer sur son pilum pour riposter, mais un ennemi qui s’y était empalé le bloquait de tout son poids.
Repoussé par le premier impact contre son écu qui le fit tomber sur le dos, le bouclier commença à se déformer sous le second coup de hache. D’autant plus qu’Apodis distinguait une forte progression ennemie qui fondait sur sa gauche. Il comprit qu’il allait se faire massacrer quoi qu’il advienne.
Avec l’énergie du désespoir, il tira donc sur le manche de sa lance qui se brisa. Equipé d’un bâton pointu, il profita que son assaillant reprenne son élan avec sa hache pour diriger son écorce tranchante au niveau de l’orifice oculaire de son casque. La peur le fit cogner si fort que le bâton ressortit de l’autre côté de sa tête.
Son adversaire tomba raide mort.
Premier meurtre d’Apodis qui devint immédiatement livide, éc½uré par les circonstances d’un tel décès.
Il n’eut pas le temps de se morfondre car les Arèsiens débarquaient par la gauche et par devant.
Préférant utiliser son épée en dernier recourt, il ramassa la hache qui venait de le cogner.
Dans cette multitude de corps à corps désorganisés, il frappa instantanément le flanc d’un premier adversaire qui passa à proximité.
Cet acte fit espérer à Apodis enrayer l’avancée ennemie de gauche afin de colmater la trouée qui venait d’être faite dans les lignes athénienne.
C’est donc avec le tranchant de son bouclier qu’il avançait, faisant de grands mouvements de bras, pour tailler la peau de ses ennemis. Cela marcha bien quatre fois d’affilée jusqu’à ce qu’un soldat plus expérimenté, vienne le contrer avec son propre écu.
Il se cacha derrière sa vaste protection afin d’essayer d’atteindre Apodis avec sa lance.
Le jeune Athénien sautillait en arrière en bloquant les coups avec son bouclier maintenant difforme. Il se protégeait et n’attaquait plus.
L’avancée des cohortes des Berserkers fut si importante que d’autres adversaires fondaient droit dans la direction d’Apodis.
Il sortit son épée de son fourreau pour entamer la chair de deux rivaux, tout en se protégeant du soldat à la lance.
Finalement l’ennemi parvint à lui effleurer la cuisse.
S’en fut assez pour faire chanceler le débutant.
Couché sur le dos, Apodis ne prit même pas la peine de cacher le haut de son corps avec sa carapace de fer.
Il estima avoir rempli sa part du travail.
Il ne restait plus qu’à la mort de faire la sienne en faisant de lui un héros mort au combat pour le Sanctuaire.
L’affront de son père serait ainsi lavé et sa mère ne subirait plus sa colère…
 
L’Arèsien pointa son javelot en direction de sa gorge.
Aux alentours d’Apodis, l’ennemi passait de plus en plus.
Il ne semblait plus rien rester de sa garnison et des quelques lignes qui tenaient derrière elle.
Apodis fermait les yeux et patienta… Il patienta encore… Et encore…
Flashback
 
La patience…
Celle d’Apodis aujourd’hui est mise à rude épreuve…
Il attend encore et toujours que vienne son tour de débarquer sur Yíaros pour venger sa mère et son fils.
 
 
Au Sud de l’île d’Yíaros, sur le port, face au détroit, un soldat hébéïen souffle dans une corne. Un signal que tout le monde comprend comme étant une retraite.
A côté de lui, Androgée observe les siens fuir le champ de bataille en évitant les lances et les flèches athéniennes qui les poursuivent.
Androgée dégage son cosmos pour frapper les groupements athéniens afin d’en éliminer le plus grand nombre.
Il n’hésite pas à retourner près des pontons, pour relever quelques-uns de ses hommes qui espèrent fuir les glaives sans pitiés pour les blessés.
Une fois que la majorité de ses ouailles suit le fleuve qui relie la rivière du Centre de l’île à la mer, il ordonne à l’un d’eux : « Conduit-les jusqu’au temple d’Hébé. Demande à ce qu’un nouveau plan de défense soit étudié. Il ne faut pas que les Athéniens passent le détroit, sinon ils auront le champ libre sur toute la cité.
_ Et vous Seigneur Androgée ? Qu’allez-vous faire ? "
_ Il reste des Hébéïens à sauver ainsi que Baucis. Je ne peux pas les laisser ainsi. Pars maintenant ! »
Androgée bondit de mètres en mètres pour atteindre le flanc gauche… Jusqu’à ce qu’une ligne creusant le sol depuis la mer jusqu’à la montagne se forme et lui barre la route.
La mer engloutie aussitôt le gouffre qui s’est formé et d’où ressort Shura, le visage lavé par l’eau salée.
Aussitôt jaillit de l’eau, son sang inonde à nouveau son corps depuis sa plaie crânienne. Toutefois, Shura semble décidé à gagner ce combat, il retire même son casque fendu et le pose au sol. En clignant des yeux pour dégager l’hémoglobine qui s’y déverse, Shura reprend le combat.
_ « Androgée, j’ai gagné !
_ Tu as radicalement perdu l’esprit, c’est désormais officiel !
_ C’est ce que nous allons voir, tu vas encaisser cet arcane qui t’est encore inconnu ! Jumping Stone ! »
Androgée ferme les yeux et exécute les mêmes mouvements que Shura en savourant déjà sa victoire : « Ridicule, mes Cornes de la Prophéties peuvent reproduire instantanément ta technique ! Prophetic Horn ! »
Shura court jusque devant son adversaire et, arrivé face à lui, effectue un saut périlleux pour glisser ses deux pieds sous ses bras et l’envoyer s’encastrer dans la roche des montagnes.
Une fois soulevé, Androgée effectue dans les airs un ciseau retourné avec ses jambes et parvient à passer au-dessus de Shura pour l’envoyer à sa place, de la même manière, contre la base des montagnes.
Le Capricorne est emporté par sa propre attaque contre les solides pierres, provoquant un éboulement sous lequel il est enseveli.
Plus loin, Androgée se réceptionne sur une jambe avec grâce et agilité en recoiffant encore ses cheveux.
C’est au moment où il s’apprête à repartir en direction de Baucis, qu’une étrange douleur le saisi du haut de l’épaule droite jusqu’à son genou gauche. C’est en voyant son bras droit se détacher du reste de son corps et en entendant sa Cloth se creuser de face comme de dos sur cette ligne droite qui relie son épaule à son genou qu’il réalise avoir été frappé.
Il s’effondre, le corps profondément entaillé, dans un bain de sang…
Désormais, partout sur la côte Sud, certains soldats athéniens s’approchent de lui sans vraiment comprendre ce qui lui est arrivé.
L’un d’eux pointe sa lance dans les airs, avant de l’encastrer dans la gorge de l’Alcide dont la peau est devenue aussi lisse que du beurre après que son cosmos se soit considérablement amoindri suite aux blessures infligées par Shura.
Androgée sent la lame lui perforer le cou sans pouvoir réagir.
L’air commence à lui manquer mais il reste pourtant conscient lorsque ses yeux distinguent un second Athénien planter son épée dans son dos laissée à l’air libre après que son armure ait éclaté.
Il perd connaissance lorsque d’autres soldats rejoignent ses deux bourreaux et qu’ils le martèlent de coups en espérant chacun participer à la mise à mort d’un chevalier qui égale un Saint d’or…
 
Devant les montagnes, une main s’échappe de l’amas de roche.
Quelques athéniens viennent aider Shura à sortir de sous les pierres en soutenant son corps meurtri. Ils l’aident à s’assoir sur un rocher, tandis que d’autres lui tendent leur gourde pour le désaltérer et nettoyer son visage souillé. Un des soldats porte une sacoche autour de la taille et l’ouvre pour sortir quelques bandages, des ciseaux et de l’alcool. Il verse toute une bouteille sur le crâne de son Seigneur qui ne réagit pas et presse bien fort sur la plaie avec un morceau de tissu qu’il a arraché de ses vêtements.
Shura est troublé par la vue de ce cadavre roué de coups et pense alors : « Androgée… Lorsque tu as dégagé toute ta puissance pour me fracasser le crâne, j’ai compris que la victoire ne pouvait que me revenir. J’ai vu tes limites et j’ai su que ta vitesse ne pouvait atteindre la mienne. Ton Prophetic Horn ne peut que copier une technique à la fois. Il m’a suffi de faire diversion avec le Jumping Stone pour riposter avec un Excalibur au moment où tu contrattaquais. Tu n’as pas été suffisamment rapide pour réétudier l’utilisation de l’épée sacrée. Moi j’ai simplement dégagé l’ultime cosmos qui est en moi. Je suis désolé que mes hommes soient les derniers que tu ais vu, j’aurai préféré moi-même te donner le coup de grâce pour honorer l’adversaire coriace que tu as été. Adieu Alcide, pars en enfer expier ton crime contre Athéna. »
 
Sur le flanc gauche, là où Aldebaran lutte contre les flammes, Philémon poursuit son combat contre Baucis qui repoussée à nouveau.
Le petit Grec aux cheveux hirsutes, prend appui sur le sol, le visage illuminé par l’avantage qu’il vient de prendre. Ses grands yeux bleus fixent l’Alcide aux formes généreuses. Il se lance contre elle encore plus vite que précédemment et lui laisse à peine le temps de se relever. Le coude en avant, il la cogne en pleine ceinture abdominale, enchaîne d’un uppercut qu’il la fait se lever du sol. Les épais sourcils du Saint de bronze se froncent lorsqu’il crie : « C’est le moment ! Tu vas subir le Balayage du Lièvre ! »
Il tournoie autour d’elle en accroissant sa cosmo énergie.
En une fraction de seconde, il réalise plus d’un millier de tour, créant ainsi un cyclone qui emprisonne la belle Alcide dont la Cloth se fissure. Le chevalier d’un mètre cinquante-huit cesse sa course et dresse ses deux mains en direction de sa tornade pour en prendre le contrôle et augmenter l’énergie destructrice : « Lepus Sweep ! »
La vitesse circulaire approche la vitesse de la lumière si bien qu’on ne distingue plus le corps de Baucis voltiger tellement il tournoie rapidement.
Philémon achève son ½uvre en localisant sa victime qu’il vient cogner en pleine face, de son poing galvanisé d’énergie cosmique en traversant sa propre tornade.
Le masque de femme chevalier de Baucis, déjà inconsciente, est fracassé sur le coup, son corps ensanglanté part s’encastrer contre un navire hébéïen amarré.
 
Pendant ce temps, l’incendie est amoindri par l’effort d’Aldebaran qui voit partir telle une étoile filante le corps de Baucis contre le bateau.
Le Taureau distingue au milieu du brasier Philémon, le seul encore debout.
Le Brésilien court jusqu’au Saint de bronze qui flanche.
_ « Seigneur Aldebaran, Athéna soit louée, j’ai cru que je finirai carbonisé par cet incendie. Babel est tombé à l’eau, il faut… il faut…
_ Ca va aller, nos hommes ont débarqué, ils sont allés le chercher. Tu as été extraordinaire. Tu as développé un puissant cosmos malgré les conditions qui t’ont amoindri avant le combat. Je suis fier de toi mon cher disciple. »
 
Une voix retentit dans le ciel, interpellant le Saint du Taureau : « Ce n’est pas pour autant signe de victoire. »
Aldebaran se retourne et cherche qui peut prononcer de tels propos.
Il reconnait sur le pont du navire où Baucis s’est écrasée un homme au physique ingrat, n’ayant rien d’humain. Cet Alcide fruit d’un viol consanguin n’ayant aucun de ses cinq sens depuis la naissance, celui qui a donné du fil à retordre à Deathmask et Camus, est ¼dipe des Oiseaux du Lac Stymphale.
A ses côtés, des squelettes et des cadavres en décomposition, habillés de la tunique marine des hébéïens et de leurs protections azures se dressent. Ces morts-vivants supportent le corps de Baucis alors que d’autres zombies sortent de sous la mer et investissent le champ de bataille pour se jeter sur les corps inconscients de Naïra, Yakamoz et Ptolémy.
Aldebaran écarte les bras pour défaire les gêneurs : « Great Horn ! »
La voix d’¼dipe retentit dans les airs : « Psycho Crusher ! »
Un mur télékinésique bloque l’effervescence cosmique du chevalier d’or et l’emprisonne en formant un cube cosmique qui implose.
Tandis que le corps d’Aldebaran est frappé par l’Ecraseur Psycho d’¼dipe, les mirages d’¼dipe se gazéifient en emmenant avec eux les corps de Baucis, de Yakamoz, de Ptolémy et de Naïra.
Philémon réagit et puise en lui pour se lancer contre ces hommes illusoires, leur faisant ainsi relâcher Naïra et Ptolémy. Alors qu’il traine la jambe jusqu’au groupe qui soulève le corps de Yakamoz, ¼dipe paralyse à distance le Saint du Lièvre. Le corps de Philémon est figé, tandis que le Bolivien lui apprend : « Je ne laisserai personne détruire cette île qui m’a apporté tant de bonheur. Je vais faire imploser ton c½ur, à moins que ce ne soit ton cerveau ou bien tes reins qui cèdent en premier sous mon Fracas Mystique ! »
Immédiatement, Philémon se contorsionne dans tous les sens et sent chacun de ses organes s’agiter indépendamment de sa volonté.
Finalement, il se tient la tête tandis que de ses yeux, de sa bouche, de son nez et de ses oreilles s’échappe du sang.
_ « Il semble que ce sera ton cerveau qui sera victime de ma toute puissance : Mystic Smash ! »
Alors qu’il allait subir le même désagrément que celui causé à Spartan par le Mystic Smash lors du début de la guerre au Sanctuaire, Philémon sent l’emprise d’¼dipe s’éparpiller dans tout son corps.
Heureusement pour le Saint du Lièvre, Aldebaran débarque à la vitesse de la lumière devant le difforme Alcide, les paumes des mains collées au visage du redoutable chevalier d’Hébé : « Great Horn ! »
La Corne du Taureau explose en pleine face de son adversaire.
La déferlante détruit l’embarcation.
Aldebaran, remis à temps du Psycho Crusher que lui a infligé ¼dipe, effectue un salto arrière pour retomber à côté de Philémon qui observe les dégâts.
Le sympathique chevalier de bronze sourit de façon crédule : « Vous m’avez sauvé la vie Maître, encore un peu et mon cerveau allait exploser dans mon crâne. Vous avez réussi ! »
Néanmoins, en observant le corps d’¼dipe gisant dans les airs, les pieds dans le vide après que l’esquif se soit dérobé sous ses pieds, décapité par l’arcane, Aldebaran n’a pas le même enthousiasme : « Non, j’ai échoué. Il n’y a plus de traces de mon ennemi, ni même de celles de la Biche de Cérynie et de Yakamoz. »
Philémon se retourne et ne retrouve en effet que les corps inanimés de Naïra et de Ptolémy, tandis que les soldats athéniens remontent celui de Babel.
Dans les airs il ne reste qu’un hologramme d’¼dipe qui disparaît, comme ça a été le cas précédemment avec ses autres illusions.
Aldebaran pose une main sur l’épaule de Philémon et le redresse facilement en observant les quelques Hébéïens restant fuir la côte Sud par le détroit avec, pour refermer la marche, quelques Athéniens qui les pourchassent…

La journée s’achève par une victoire athénienne au Sud de l’île.
A mesure que son navire bogue vers le Nord Est, Apodis regarde du haut du mat où il s’est posé ses amis Cliff et Pullo avec lesquels il s’apprête à mener une nouvelle bataille…

191
Only for Love / Chapitre 22
« on: 27 August 2011 à 17h38 »
Chapitre 22
 
En mer Egée, au Sud Est d’Yíaros, les dauphins suivent le bâtiment sur lequel a embarqué Apodis.
Tandis que le navire de Shura et Aldebaran est tout proche du rivage, le repas du midi est servi ce 7 mars 1985 à l’équipe d’Apodis qui vogue à l’abris des regards des Hébéïens.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis passe en revue les hommes laissés à sa disposition.
Connaissant déjà quatorze d’entre eux puisqu’ils composent son habituelle troupe, il s’attarde surtout sur les visages qui lui sont inconnus.
En compagnie de Pullo, son caporal, il n’y va pas par de grands discours.
Juste des paroles échangées pour faire connaissance, des révérences solennelles et parfois même de l’aide pour nettoyer les armes.
Pullo, malgré son infirmité, lui qui est devenu aveugle lors d’un combat, peut deviner la compassion que son supérieur a pour ses hommes.
Pullo le rejoint et lui demande alors d’un ton émotif : « Te souviens-tu Apodis de notre première rencontre ? »
Apodis se retourne et déclare d’une voix inquiète : « Que t’arrive-t-il Pullo ? Je ne te connaissais pas si nostalgique ! »
Le robuste caporal est soucieux : « Je me disais que six ans ont passé depuis, j’ai survécu de peu à la bataille contre Arès mais aujourd’hui, maintenant que je suis plus proche de la cinquantaine que de la quarantaine, j’ai l’impression que ce combat sera mon dernier. »
Le moral de Pullo affecte le groupe qui écoute attentivement. Apodis le secoue avec fermenté : « Que dis-tu là Pullo ? C’est toi qui m’as appris à devenir un homme, à ne pas être défaitiste, je t’interdis de sous-entendre que tu vas mourir ! »
Pullo écarte amicalement Apodis du bras en riant à pleins poumons : « Voyons Sergent, j’essayais simplement de vous faire comprendre qu’il était temps que je prenne la retraite que m’a déjà accordé le Grand Pope ! »
Subitement, tout le monde se met à rire. Volontairement, Pullo participe à détendre les guerriers avant le long combat qui les attend.
Si tout le monde en profite, les paroles de Pullo rappellent de vagues souvenirs à Apodis…

Flashback
Les semaines du printemps 1979 défilaient sans qu’Apodis ne prennent le temps de sortir de chez lui afin de profiter de l’atmosphère printanière.
Après sa rencontre avec Orphée, il était resté cloîtré. Il devait être un des seuls fils du Sanctuaire à n’avoir pas encore été baigné par les rayons du soleil.
La peau blafarde, Apodis grommelait à chaque fois que sa mère l’invitait à sortir : « Non, je reste ici ! Je laisse le soleil aux autres, plus joyeux, plus courageux, plus aimés et plus respectés que moi. Je préfère rester dans l’obscurité. Je n’en attends rien. Contrairement à la lumière qui illumine les pensées de choses bienfaisantes, les ténèbres soulagent les c½urs déjà meurtris car ils n’espèrent rien de l’ébène. »
Pourtant, c’est un de ces jours où il voyait tout en noir que le destin bascula pour lui.
Le Sanctuaire vivait dernièrement des évènements bien néfastes, les Titans de Cronos mobilisaient les plus valeureux chevaliers du Sanctuaires, les Saints d’or.
Certains Saints s’étaient même déjà rendus dans le Labyrinthe de Cronos, son sanctuaire.
Rajouté à cela, Arès Dieu de la Guerre, réincarné depuis bientôt trente ans sur Terre, nourrissait depuis des rêves de conquête.
 
La divinité belliqueuse attendait depuis longtemps de prendre sa revanche. Victime de cuisantes humiliations par le passé, il vivait paisiblement dans son repère situé sous les vestiges de l’Aréopage.
En effet, sous la colline à l’Ouest d’Athènes où se tiennent encore les ruines de ce tribunal de la Grèce antique, d’immenses galeries débouchant sur un royaume souterrain furent creusées, lors de la création de l’édifice.
Au-dessous d’un lieu rempli de touristes inconscients du danger qui les entourait, l’Aréopage devenait le fief d’un vaste complot.
Né de parents humains, Mars, jeune Grec brutal, comprit dès son enfance qu’il était doté de pouvoirs dépassant l’entendement humain, un cosmos divin. Très vite, il défia l’autorité parentale et massacra à l’âge de treize ans sa famille avant de fuir Athènes. Alors qu’il se cachait après son acte de barbarie, il prit le chemin de l’Aréopage où il se sentit subitement guidé. Explorant les vestiges de ce lieu dont la mythologie rapporte qu’ici fut acquitté Arès qui avait vengé le viol de sa fille Alcippé, Mars gravit ce qui aujourd’hui est un énorme monolithe gris bleu, veiné de rouge.
A cette hauteur, il chercha désespérément un lieu où il pourrait se cacher.
Soudain, il sentit une force l’attirer comme un aimant, il descendit la colline à toute allure et arriva sur le flanc droit de celle-ci qui ne ressemblait à rien d’autre qu’au bloc de pierre que tout le monde pouvait voir. Pourtant, il était toujours guidé par cette énergie cosmique qui le poussait à traverser ce rocher. Il se laissa aspirer à l’intérieur de celui-ci et se retrouva dans les souterrains de l’Aréopage. Seuls les êtres maîtrisant le cosmos pouvaient traverser ce pont cosmique et investir le lieu où il éveilla sa conscience divine.
Depuis, Arès concentrait son esprit à la recherche des pires criminels qui peuplaient la Terre et qui avaient des qualités leurs permettant d’entrevoir le cosmos. Il forma lui-même ses Berserkers qui enseignèrent à leur tour aux soldats l’art du combat.
Se découvrant une qualité qui lui manquait dans le passé, Arès étudiait patiemment le moment opportun pour prendre sa revanche sur l’histoire. Il savait les Saints d’or mobilisés par le retour de Cronos et que, quoi qu’il arrive, les deux ressortiraient affaiblis de cette Guerre Sainte, il n’aurait donc aucune difficulté à les achever. L’heure était venue.
 
Alors qu’en plein midi à Honkios, dans sa maison, Apodis somnolait en position f½tale sur sa couche, l’agitation de soldats et de villageois le tira des bras de Morphée.
La porte de sa maison s’ouvrit et une des mauvaises fréquentations de son père Frontinus débarqua pour les alerter : « Frontinus mon brave, c’est horrible, une armée toute entière a assailli l’Ouest du Sanctuaire ! »
Frontinus qui dégustait la soupe que sa femme Mujakis lui avait préparé leva les yeux.
_ « Nos Saints d’or affrontent actuellement l’armée de Cronos. Serait-il possible que ce soit eux ?
_ Non ! Les partisans de Cronos portent des protections couleur d’ébène alors que, ceux qui viennent de passer à l’offensive sont vêtus d’orange et portent des cuirasses rouges ! »
Mujakis se mêla de la conversation et posa le torchon avec lequel elle nettoyait la table : « Après les nombreuses catastrophes qui se sont déroulées dans le monde, l’alerte avait déjà été donnée. Le retour sur Terre de créatures mythologiques ainsi que les précédentes tentatives d’invasion des guerriers de Cronos ont dispersé bon nombre de nos forces armées et… »
Ignorant tous les deux la présence de la triste épouse, les deux comparses quittèrent la demeure pour chercher de plus amples réponses à leurs questions. Ils laissèrent la femme battue sans qu’elle ne pût objecter ce manque de considération, sous l’½il craintif d’Apodis qui épiait au coin de la porte de sa chambrette.
 
Dans l’après-midi, sous le sol tremblant des premiers éclats de cosmos d’une nouvelle guerre qui frappait à l’Ouest, des troupes athéniennes recensaient les demeures du domaine.
Des gardes du Sanctuaire frappèrent à la porte de chez Frontinus.
Lorsque la mère d’Apodis laissa un des hommes entrer, celui-ci prit une posture droite, ôta son casque et déroula un papyrus qu’il lut à voix haute : « Sur ordre de Notre Majesté le Grand Pope et par la volonté de la déesse Athéna, une incorporation se fera dans la ville d’Honkios ainsi que dans tous les villages du domaine. Les hommes en âge de porter un glaive, qu’ils reçoivent une formation militaire ou non, sont appelés à nous suivre immédiatement. Les femmes désireuses de servir Athéna au combat sont également conviées à intégrer le camp des femmes chevaliers. C’est pourquoi nous, soldats athéniens, nous avons ordre de conduire le jeune Apodis, fils de Frontinus, né en l’an 1967 et inscrit comme vivant dans le registre civil des prêtres d’Athéna, afin de lui faire suivre une instruction militaire. »
Apodis, toujours couché dans sa chambrette, remarqua par le jour de ses volets en bois que des dizaines de guerriers avaient investi les demeures voisines pour rassembler les autres enfants.
Les yeux d’Apodis se chargèrent de larmes et il traîna les pieds.
Mujakis le serra fort contre elle en répétant un nombre incalculable de fois : « Ne t’en fais pas, ça va aller mon fils. Je t’aime, ça va aller… »
Après trois longues minutes d’attention maternelle, l’officier arracha l’enfant des mains de sa mère et le conduisit dehors où le soleil lui roussit immédiatement son teint pâle.
Il était dans les rangs avec quelques autres garçons plus ou moins âgés que lui.
Il fit encore longtemps signe à sa mère restée sur le seuil de la maison et qui essuyait ses yeux avec ses mains craquelées par son travail dans les champs.
 
Apodis se retrouva dans une garnison menée par un homme d’une quarantaine d’années.
Sa peau était sale et ses petits yeux bruns étaient de la même couleur que sa fine barbe mal rasée. Ce coriace Pullo, était réputé pour avoir mené de nombreuses légions aux fronts même lorsque les situations étaient désespérées. Il en revint souvent seul, victorieux et couvert du sang de ses ennemis. Né sous la constellation du Scorpion, il ne fut jamais suffisamment doué, pour prétendre un jour devenir le porteur d’une Cloth, revenue à un certain Milo. Alors, comme les nombreux apprentis qui ne devinrent ni Saints, ni mercenaires, il se rangea dans la garde d’Athéna où il devint un caporal, soit le grade donné juste en dessous de celui attribué aux Saints de bronze et aux mercenaires qui sont des sergents.
Le caporal Pullo accueillit donc dans un des nombreux camps situés à l’extérieur d’Honkios la promotion d’Apodis, composée de trente-trois hommes âgés de dix à quarante-trois ans.
 
Aligné avec les autres, Apodis se tenait comme une larve, les épaules tombantes et les joues rougies par les larmes à peine séchées.
Pullo présenta la situation : « Le Sanctuaire est entré en guerre contre un nouveau dieu cette nuit. L’ennemi semble bien plus important qu’un vulgaire dieu mineur, comme nous en avons écrasé ces dernières années. Il est parvenu à forcer les murailles de l’Ouest et encercle les autres remparts du Sanctuaire. Nos Saints d’or sont déjà occupés contre un autre dieu. L’état d’urgence a donc été décrété. Tous les hommes capables de faire face à l’adversaire ont été rassemblés. Certains d’entre vous s’entraînent déjà dans le but d’obtenir une armure de Saint. Pour ceux-là, sachez que votre entraînement est actuellement suspendu. Dans les jours qui viennent vous allez apprendre à tenir les armes, à comprendre les stratégies militaires et surtout à savoir tenir les rangs. Plus vite vous serez formés, plus vite vous serez victorieux et plus vite vous reprendrez vos activités ou mieux, accéderez au statut de Saint après avoir prouvé votre valeur ! Je me nomme Pullo ! J’ai combattu avec les plus grands. J’ai été transpercé par des flèches, j’ai été fait prisonnier, on m’a torturé, j’ai tué, j’ai versé mon sang un nombre incalculable de fois et aujourd’hui je suis prêt à le refaire avec plaisir. Je suis un passionné, je ne crains pas la mort et ce que j’aime le plus, c’est me retrouver avec une petite bande de débutants comme vous ! La guerre forge le caractère et avec moi les règles sont simples ! Pas de larmes, pas de fuyards, juste du sang ! Les déserteurs c’est moi qui les tue.
Vous allez en baver, vous allez supplier la mort de vous prendre, vous allez me haïr pour au final mourir à mes côtés au nom de votre déesse. Vous avez une semaine pour vous endurcir. Juste une toute petite semaine avant qu’on ne vous envoie sur le champ de bataille en cas d’alerte… »
 
Apodis était amorphe, il constatait avec chagrin l’annonce de son instructeur : « Une semaine pour être prêt ! C’est de la folie. Si le but de son intervention était de nous préparer et de nous donner du baume au c½ur au nom d’Athéna, pour ma part c’est surtout l’occasion de pouvoir mourir avec un peu d’honneur. Une sorte de mission suicide qui redorerait mon image contrairement à celle de poltron qui me collait jusqu’ici. Mort sur le champ de bataille, voilà ce qu’on pourra dire de moi… »
 
Pullo poursuivit son discours : « Bien ! Passons aux choses sérieuses ! Nous attaquons tout de suite. Retirez tous vos vêtements et tenez-vous droit ! »
Sur les trente-trois à avoir été regroupé, vingt-cinq suivaient, ou avaient déjà suivi, une formation pour devenir Saint ou simple soldat. Parmi eux, certains adultes avaient abandonné l’instruction militaire pour se pencher sur une activité artisanale. Les vingt-cinq obéirent immédiatement et ôtèrent tous leurs vêtements, sachant ce qui les attendait s’ils faisaient défaut.
Apodis et sept autres furent les seuls à ne pas avoir le cran de le faire, ne sachant pas où cela allait les mener.
D’un signe de la main Pullo fit avancer deux soldats l’accompagnant.
Les hommes prirent les dénudés et les amenèrent dans un atelier.
Les huit autres élèves restèrent ahuris, mous et pantois face à Pullo.
 
Les deux acolytes de Pullo ressortirent quelques minutes plus tard avec les autres vêtus aux couleurs de la garde, portant casque, épée, bouclier et autres protections.
Pullo toisait les huit faibles du regard : « De bons soldats obéissent sans rechigner aux ordres de leur caporal. Mes hommes vont donc poursuivre la formation de ceux-là pendant que vous, vous allez découvrir ce qu’obéir aux ordres du caporal Pullo signifie ! »
Son petit air mesquin changea subitement, il ordonna violemment : « A poil maintenant bande de lavettes ! »
Ils se regardèrent tous les huit pour savoir lequel oserait le faire en premier.
Un courageux ne tarda pas et, sans rechigner, retira tous ses vêtements. Une fois nu comme un ver, ce blondinet se tint droit, les bras le long du corps et cria fièrement : « Bien Caporal Pullo ! »
Maintenant qu’un premier avait fait le pas, sans davantage se concerter, les autres, Apodis inclus, agirent de la même façon, certains non sans bougonner ou sangloter, en prononçant avec moins d’entrain que le téméraire Cliff : « Bien caporal Pullo. »
Un seul n’obéit pas.
Il se mit à tomber à terre en suppliant Pullo d’arrêter ce calvaire. C’était psychologiquement déjà trop dur pour lui, il avait peur de ce que le caporal lui réservait pour la suite.
Pullo avança jusque lui et lui releva la tête doucement. D’un ton mielleux il fit mine de prendre son désarroi en considération : « D’accord. Tu n’es pas taillé pour ça. Je sais ce qui te conviendra le mieux. »
Il fit signe de la main pour appeler un de ses deux camarades. Celui-ci prononça à l’autre : « Tiens en voilà déjà un qui n’ira pas plus loin ! »
L’autre pouffa de rire : « Il en faut toujours un pour servir d’exemple. »
Le soldat se précipita sur lui et le tira au milieu des vingt-cinq qui portaient déjà pilum.
Pullo s’écria : « Montrez-lui ce qu’on fait aux plaintifs ! »
Puis il fixa les sept restants : « Quant à vous, observez ce qui lui arrive ! Cet homme a désormais son destin tout tracé au sein de la chevalerie d’Athéna. Il a refusé d’obéir aux ordres d’un caporal. Il est soit promis à la peine de mort, soit promis à ça… »
 
Le pauvre était bousculé parmi les vingt-cinq qui lui arrachaient ses vêtements.
L’un d’eux l’immobilisa pendant que les autres s’amusèrent à le fesser ou à lui uriner dessus. Le bizutage au sein de l’armée la plus destructrice au monde, était vraiment très dur.
Excepté le mystérieux Cliff, Apodis et les autres tremblaient d’effroi devant un tel spectacle. Les vingt-cinq soldats prenaient plaisir à être si cruels, ils étaient déjà des machines de guerres.
Apodis et les autres furent loin d’imaginer que ces vingt-cinq avaient tous reçus pareil traitement avant d’être acceptés par leurs frères d’armes lorsqu’ils entrèrent dans leur premier service.
Pullo évoqua l’avenir qui attendait la victime : « Désormais il nous suivra en campagne, c’est lui et les autres de son espèce qui prépareront la soupe pendant que nous serons sur le front. C’est lui qui affûtera nos épées, qui nettoiera nos sandales, qui soignera nos plaies et qui vous sucera la queue quand vos femmes vous manqueront… Au départ il me maudira. Au fil des années il comprendra que même si son rôle est minime, il reste essentiel pour nous et avec quelques années d’expériences, il sera fier de son grade et se sera fait une place respectable auprès des nouveaux qui l’accompagneront… »
La cruauté de Pullo jumelée à celle des autres élèves convainquit Apodis dès le départ que cette semaine serait la pire de sa vie. S’il parvenait, ne serait-ce, qu’à y survivre…
 
Ils n’étaient donc plus que sept à la merci de Pullo.
Pour commencer, le caporal au crâne rasé ordonna plusieurs exercices visant à les décourager comme courir nu pendant des heures sur la piste, ramasser les déjections qui bouchaient les tristes latrines du camp, sans pouvoir se laver après…
Pour se nourrir il leur fallait lécher les restes des gamelles des vingt-cinq favoris et pour boire ils profitaient de laver le corps de Pullo, pour ingurgiter l’eau sale du tonneau dans lequel il se relaxait.
Seul Cliff semblait s’acclimater sans soucis. Ce n’était pas un semblant de fayotage, non, cet étranger était vraiment heureux de pouvoir être réquisitionné.
 
Après les deux terribles premiers jours, ils commencèrent les exercices physiques. Des tractions à ne plus en pouvoir, porter des poids jusqu’à s’en rompre les ligaments…
Apodis accomplissait tout ce qui lui était demandé en ne pensant qu’à l’avenir dont il rêvait, être transpercé par une épée, en plein c½ur sur le champ de bataille.
Il ne sentait plus ses bras ni ses jambes qui étaient gonflés à bloc. Il ne trouvait pas le sommeil tant les douleurs abdominales étaient atroces. Sa peau, avant de brunir, pelait après toutes les rougeurs provoquées par la chaleur. Son corps, à cause du soleil, puait le souffre et la transpiration.
 
Enfin, ils purent rejoindre l’autre groupe qui n’était maintenant composé plus que de vingt-deux élèves puisque trois avaient péri, un d’une infection, le second d’épuisement et le dernier par le glaive.
Cliff et Apodis étudièrent brièvement le maniement des armes et l’élaboration des stratégies de bases qu’ils appliquaient de façon laborieuse.
Pullo ne cessait de s’égosiller sous prétexte que c’était mauvais, qu’ils étaient tous des incapables qui ne seraient jamais au point.

Le dernier jour, après une terrible séance d’exercices physiques dont il avait le secret, Pullo leur appris : « Vous êtes restés huit jours sans rien savoir du monde extérieur. Sachez donc que la bataille continue. Vous avez certainement ressenti des ondes cosmiques s’entrechoquer tandis que la terre tremblait… »
L’esprit d’Apodis ironisait, il y avait déjà bien longtemps qu’il n’avait plus à c½ur de s’éveiller au cosmos. Quant aux vibrations sur le sol, il était trop épuisé pour les ressortir lorsqu’il se voyait accorder quelques minutes de sommeil sur les dalles sablonneuses de l’arène.
Il écouta la suite : « … cela venait du front où des Saints ont ralenti des Géants et des Titans tandis que nos soldats affrontaient des gardes de Cronos à l’intérieur du domaine, à Grevena. Toutefois, la menace qui s’est introduit à l’Ouest du domaine est le fait d’un autre camp. Le Dieu de la Guerre profite de cette bataille contre Cronos pour envahir le Sanctuaire. L’Ouest contient toujours l’intrusion mais est le théâtre de nombreux affrontements. Chaque minute, les Berserkers enregistrent les arrivées de nouveaux guerriers venus de l’Aréopage, le repère d’Arès. Il déploie toutes ses forces contre nous et gagne chaque jour du terrain. Si les Berserkers viennent à bout des postes frontières, ils accéderont aux villages et détruiront tout ce que bon leur semble, tueront femmes et enfants pour affaiblir notre moral et nos positions. Le Grand Pope souhaite renforcer ses ailes et m’a mandaté pour conduire plusieurs troupes à la zone Ouest du domaine, dont la vôtre, afin d’accroître les effectifs qui ont subis un cinglant revers ces deux derniers jours. Nous partons demain à l’aube, nous laissons ce camp à d’autres nouveaux qui viendront eux aussi nous prêter main forte après une formation express comme vous. Je vous accorde cette nuit. Vous êtes tous originaires de la ville d’Honkios. Retrouvez-vos familles, faites l’amour à vos femmes, dîtes à vos enfants que vous les aimez, et pour les plus jeunes, remerciez vos parents de vous avoir mis au monde pour porter l’épée en l’honneur d’Athéna. Profitez-en, cette nuit sera la dernière pour la plupart d’entre vous. »

Le camp se vida dans un mélange d’euphorie, pour les plus impatients d’en découdre, et de satisfaction, pour ceux qui vont pouvoir retrouver les leurs une dernière fois.
Il ne resta plus que Pullo, Apodis et Cliff.
Apodis était assis sur une des colonnes de ciment effondrée de son camp. Il observait ses compagnons repartir sur Honkios et interrogea le caporal : « Croyez-vous, Caporal Pullo, que tout le monde sera là demain à l’aube ? »
Pour la première fois, Pullo gratifia son élève d’un geste affectueux en posant sa main sur son épaule : « Les forces d’Athéna ratissent tous les villages pour trouver des recrues, nos frontières sont maintenant entourées par deux camps ennemis. Où crois-tu que les fuyards puissent aller ? Quoi qu’il arrive nous aurons bientôt rendez-vous avec la mort, alors à quoi bon l’obtenir en salissant son honneur, quand on peut la trouver dans la gloire ? »
Apodis fit la moue, convaincu qu’il n’existait pas d’autre issue pour lui en effet.
Il approcha ensuite Cliff, cet étranger d’origine sicilienne.
Le blondinet gringalet restait posé sur une pierre à frotter ses armes et ses protections métalliques en s’appliquant.
_ « Allons Cliff ! Tu ne vas tout de même pas rester ici ?
_ Je suis un étranger. Je suis arrivé au Sanctuaire il y a deux semaines. Je n’ai ni famille ni ami à Honkios. Mon petit frère travaille pour un tanneur dans le Sud du domaine. Je n’ai pas le c½ur à aller lui dire adieu… »

C’est en engageant la conversation que les deux apprentis de Pullo quittèrent le camp pour se promener dans les coins les plus malfamés d’Honkios.
En écoutant l’histoire de Cliff, Apodis se sentit misérable à côté du courageux orphelin.
_ « … il y a quelques années, le bateau de pêche conduit par mon père a sombré à cause d’un gigantesque typhon au large de la Sicile. A mon réveil, j’étais le seul survivant. Face à moi se tenait un homme ailé, vêtu de noir. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de l’ange de la mort venu me chercher pour retrouver les autres passagers. La tempête lévitait autour de lui, comme si elle ne pouvait pas l’atteindre. Je compris alors qu’il s’agissait de mon sauveur. Il me protégeait du monstre Typhon emprisonné au Mont Etna. Ce monstre profitait de la perte des pouvoirs des sceaux d’Athéna pour reprendre ses actes de barbaries. Le voile noir de l’ange se retira et il brandit alors un arc. Lui qui portait une armure d’or terrassa de sa flèche le géant qui partit s’abriter dans sa prison en attendant de se régénérer. Puis le guerrier disparu aussi soudainement qu’il était apparu. Ma mère ayant perdu la vie quelques années plus tôt, il ne restait plus que moi pour veiller sur mon petit frère resté en Italie. J’ai donc fait le serment de devenir aussi fort que mon père, qui a lutté jusqu’au bout contre Typhon en essayant de maintenir son bateau à flot pour sauver son équipage. Pour y parvenir, il me fallait devenir tel le héros qui me sauva de Typhon. Accompagné de mon petit frère, je menais l’enquête sur ses origines auprès d’antiquaires qui évoquèrent à de nombreuses reprises la légende des Saints d’Athéna qui vivent dans son Sanctuaire, un lieu reculé que le monde contemporain ne connaît pas et ne peut atteindre. Au fil des années, mes investigations m’ont conduit jusqu’aux frontières du Sanctuaire, que je suis parvenu à franchir non sans mal en portant à bout de bras mon petit frère. Il y a deux semaines, lorsque les gardes m’ont retrouvé, j’étais à bout de force, traîné par mon frère qui prit le relais. Le lieutenant de la frontière Est, par laquelle je suis arrivé, m’a gracié en m’autorisant à devenir un apprenti Saint. J’ai accepté et j’ai laissé mon petit frère travailler avec un tanneur du Sud du domaine sacré. Aujourd’hui, alors que la bataille fait rage, il est de mon devoir de respecter ma parole et de tenir l’épée jusqu’au bout. »
Cliff questionna à son tour Apodis, penaud face à tant de détermination et de bravoure.
_ « Et toi ? Pourquoi es-tu encore là ? Tu n’as plus de parents ?
_ Mon père ne m’a jamais porté le moindre égard. Quant à ma mère, par ma faute, elle a subi la colère de mon père. Je pense qu’être envoyé au front est la meilleure chose qui ait pu arriver. En donnant ma vie j’apaiserai sûrement la sienne. C’est pour cela que je ne veux pas la voir ce soir. Les adieux lui feraient encore plus de mal. »
Ils passèrent la majorité de la nuit dehors à discuter, sans jamais trouver le sommeil et sans se douter que Pullo les suivait avec attention, soucieux pour ses sous-officiers…
 
Cliff, débordant de sympathie et de joie de vivre, était décidé à ne pas laisser cette dernière nuit lui échapper. Maintenant qu’ils se trouvaient devant une taverne fréquentée par quelques habitants et certains esclaves, l’Italien refusait de partir sans en profiter. Il prit Apodis sous le bras : « Allons camarade ! Qu’attendons-nous pour jouir de notre dernière nuit ? »
Apodis vit sortir une femme à peine vêtue et toute décoiffée. Il comprit aussitôt de quel genre d’endroit il s’agissait.
_ « Voyons Cliff ! Ces femmes sont expérimentées et réclament des sacres, la monnaie courante du Sanctuaire, pour louer leurs corps.
_ Pas besoins de sacres ! Nous sommes des soldats et demain nous donnerons nos vies pour elles. Nous n’avons pas à les honorer par quelques pièces de monnaie. Notre seule présence sera bien suffisante pour glorifier ce taudis. »
D’une loquacité surprenante, Cliff parvint en effet à les faire grimper dans une chambre de l’auberge, en compagnie de deux femmes plus âgées d’une dizaine d’années qu’eux.
Cliff ne perdit pas de temps et se jeta sur la première, une esclave à la peau mate, aux cheveux et aux yeux macassar.
L’autre femme, à la peau et la chevelure aussi sombre que son amie, ne se différenciant d’elle qu’à l’éclat noisette de ses yeux, s’approcha du timide Apodis pour lui retirer ses vêtements…
Flashback
 
Brusquement, une explosion venue du Sud de l’île d’Yíaros sort le navire d’Apodis de son allégresse.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis revient à lui tandis qu’un homme d’Apodis s’approche de lui.
Ce grand blond, fin et armé d’une unique épaulette métallique rejoint Apodis et Pullo : « Apodis, qu’étais-ce donc ? »
Pullo répond à la place de son Sergent : « Cliff ! Le navire de Shura est arrivé sur le port d’Yíaros. La bataille a commencé ! »


Là-bas, sur la côte Sud d’Yíaros, tous les bateaux marchands de l’île sont amarrés sur les quais comme pour en bloquer l’accès, les tonnelles des marchands sont rangées dans les entrepôts et les villageois absents.
Au loin, les soldats hébéïens distinguent les dernières charrues rapatrier les vivres non vendus vers le temple d’Héraclès et le temple d’Héra.
La côte Sud d’Yíaros est faîte de pontons et de points d’amarrage montés par les Hébéïens il y a des milliers d’années.
Véritable place ambulante, le port est le point de commerce principal de l’île, c’est ici que les bateaux déchargent dans les entrepôts les marchandises aussitôt vidées pour être vendues sur le marché qui longe toute la côte.
Pour venir jusque-là, les habitants de l’île, concentrés dans le centre de la cité, descendent par l’unique détroit qui relie l’extérieur à l’intérieur. Ce passage étroit est situé en plein milieu du port, entre les montagnes. Certains viennent en carriole, d’autres en barques, profitant du bras d’eau qu’emprunte la rivière au Sud pour se jeter dans la mer.

Aujourd’hui, au milieu des esquifs réquisitionnés et stationnés, un seul parcage a volontairement été laissé pour qu’un vaisseau puisse l’atteindre.
Telle est la stratégie de la magnifique Baucis Alcide de la Biche de Cérynie qui a volontairement abandonné le port.
Du moins c’est ce qu’elle espère faire croire puisque devant cette aire prévue au stationnement des Athéniens, cinquante des cents Hébéïens réunis pour la protection de la zone Sud sont cachés dans les entrepôts, derrières des caisses en bois laissées sur le quai et dans les deux bateaux encerclant la surface d’arrivée.
Les cinquante restants sont dispersés sur la côte, dans les édifices ou même dans des barques ou sous les pontons en attendant les ordres.

L’embarcation d’Athéna approche en toute simplicité vers le piège qui lui est tendu.

Resté en retrait sur le mont qui borde le détroit, un Alcide au visage cuirassé sous son casque qui couvre l’ensemble de son crâne, pointant deux cornes acérées vers le ciel et dissimulant ses yeux par deux globes oculaires beiges, est sceptique : « C’est trop facile… Les Saints d’Athéna ne sont pourtant pas des imbéciles, quelque chose se trame… »
Le beau Androgée du Taureau de Crète, chargé par Hébé d’épauler Baucis en cas de besoin, voit ses doutes confirmés par une explosion, celle qui a retentit jusqu’au bateau d’Apodis.

Elle vient de l’extrême gauche du port, bien loin du regroupement de Baucis.
Un immense cratère devient visible à mesure que la poussière s’éloigne.
Le gouffre a fait sombrer les bateaux avoisinants, tuant les Hébéïens dissimulés dans les environs. Il a même entamé même la base d’une montagne.
La secousse fait vibrer la mer et une immense vague vient recouvrir la côte Sud tandis qu’au sommet des montagnes, quelques avalanches entraînent neige, pierres et boue sur les versants, emportant encore d’autres soldats armés d’arcs qui attendaient l’approche des Saints.


Lorsque l’eau termine d’envahir l’immense trou et que les résidus de terre sèche et de sable sont retombés au sol, six Saints sautent les rochers qui barrent leur route pour ensuite avancer tranquillement sur la partie des quais qui n’a pas encore été ensevelie par l’avalanche.
A proximité d’eux, les quelques hébéïens disposés là se font immédiatement massacrer pendant qu’au niveau du détroit, Baucis et ses hommes sortent de leur cachette.
En tête du cortège des six Saints, Shura donne les directives : « Comme convenu leurs ailes sont à découvert, ils ont regroupé leurs forces devant le détroit qui permet d’entrer dans l’île. Aldebaran va pouvoir garantir le débarquement de notre armée, tandis que nous allons vite progresser dans l’axe pour attirer l’attention sur nous… »
Derrière lui, quelques soldats Hébéïens sont éjectés et retombent dans leurs armures bleues en miettes, les corps meurtris. En ligne, trois Saints d’argent suivis par deux Saints de bronze accompagnent le Saint d’or du Capricorne : « Yakamoz Saint d’argent de la Grue, Babel Saint d’argent du Centaure, Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, Naïra Saint de bronze de la Colombe et Philémon Saint de bronze du Lièvre, déployez l’ensemble de vos forces pour défaire le plus grand nombre de gardes possible ! »
 
Alerte, réalisant l’échec du plan de Baucis, Androgée saute de roches en roches.
Il évite les éboulements et finit ses cabrioles juste devant la rivière qui traverse le passage. Il grommelle : « Evidemment, les Saints se déplacent au minimum à la vitesse du son ! Baucis, il ne fallait pas t’imaginer qu’ils allaient attendre qu’on attaque leur navire. Maintenant, un groupe de six Saints vont écraser nos hommes, pendant que les soldats athéniens auront le loisir de débarquer ! »
 
Devant le détroit, Baucis, dans sa tenue affriolante, un court bustier grenat pour recouvrir sa poitrine sur-volumineuse et un short de la même couleur pour mouler ses fesses rebondies, couverte de sa Cloth beige qui épouse avec sensualité son corps, est prise au dépourvue.
Sous son masque de femme chevalier, elle reste bouche-bée.
Mais l’avancée rapide des Saints la force à se ressaisir.
Elle ordonne à ses hommes de se jeter sur les six Saints tandis qu’elle tentera seule de neutraliser le navire.
Aussitôt, un soldat hébéïen souffle dans une corne et les autres le suivent en fonçant sur le flanc gauche où les Saints se frayent un passage à grand coup d’arcane et d’explosions cosmiques.
Baucis, elle, pose un genou sur le sol et croise ses bras contre sa poitrine pour accroitre son cosmos à son paroxysme. L’effluve qui se dégage de son aura dessine derrière elle une biche blessée par une flèche et devant elle l’imposant demi-dieu Héraclès.
Elle projette alors toutes ses forces contre le voilier qui approche tranquillement de la côte.

A bord de celui-ci, les Athéniens veillent l’arme au pied sur les mouvements adverses.
En apercevant cette sphère cosmique s’abattre sur eux, les hommes, militaires comme religieux, se couchent sur le pont mains sur la tête.
Heureusement, à la proue du navire, un Saint d’or veille au grain.
Il attend quelques instants que le souffle de l’Alcide soit proche, pour décroiser ses bras et dégager à son tour l’étendue de ses capacités.
Les deux champs d’énergie se télescopent au-dessus de l’eau et s’annihilent.
Baucis profère des injures tandis qu’Aldebaran adopte sa pose habituelle, serein et confiant.
Baucis choisit de réitérer son action jusqu’à ce que la voix familière d’Androgée l’en dissuade : « Laisse-moi ce Taureau d’or ! Moi Androgée du Taureau de Crète j’en fais mon affaire. »
Sans se retourner, celle qui a une réputation de femme vorace dans la cité hébéïenne identifie celui que tout le monde lui prête d’amant favori.
_ « Androgée, je t’interdis de me donner des ordres ! Je te rappelle qu’Hébé m’a confié cette mission.
_ Baucis, si tu souhaites que cette mission soit menée à bien alors je te conseille d’aller ralentir immédiatement les six chevaliers qui éliminent nos hommes. A l’heure actuelle ta stratégie n’est plus adéquate. »
Baucis serre longtemps le poing, puis, forcée de reconnaitre son échec, finit par se montrer docile.
Elle quitte les abords du détroit et part sur le flanc gauche.
 
Pendant ce temps, Androgée imite Baucis en tentant de frapper à distance le bateau, à qui il ne reste qu’une demi-dizaine de miles à parcourir pour débarquer.
Comme auparavant, Aldebaran stoppe la progression cosmique ennemie.
 
Baucis se déplace rapidement en prenant de vitesse ses hommes, afin d’engager plus vite le combat.
Toutefois, elle croise une lumière dorée…
 
Androgée s’acharne et projette encore sa cosmo énergie contre le navire.
Cette fois-ci, la sphère du Taureau de Crète n’a pas le temps de quitter la côte qu’elle est scindée en deux, laissant les deux moitiés se désintégrer dans l’atmosphère.
Androgée reconnait immédiatement la cause de cette agression, il s’agit de cette lumière dorée qu’a croisé Baucis à l’instant.
Il pivote légèrement sur sa gauche et observe un homme dont l’armure d’or est cachée sous sa cape enroulée autour de lui.
Bien que le haut du visage d’Androgée soit dissimulé sous sa Cloth beige et blanche, Shura devine aisément au sourire de celui-ci à quel point il doit charmer les femmes de cette île.
Shura lui renvoie son sourire provocateur : « Est-ce la folie qui te fait rire ? As-tu déjà perdu l’esprit en te rendant compte du fossé qui sépare nos capacités ? »
Androgée défie Shura : « Non, c’est le pari que je me lance qui m’amuse. Je me demandais combien de temps tu allais m’occuper avant que ne débarque l’autre Saint d’or ici pour que je puisse vous tuer tous les deux. »
Shura chambre à son tour : « Aldebaran et moi ?! Tu as l’ambition de vaincre deux Saints d’or ! Hum… Les Alcides ne manquent pas d’humour ! »
Androgée cherche à blesser Shura dans son orgueil : « Pourquoi pas après tout ? J’ai suivi les affrontements d’Iphiclès pendant que j’humiliais vos Saints de bronze au Sanctuaire. Iphiclès est bien parvenu à vous vaincre Aldebaran et toi ! »
Shura répond comme il le peut : « Il n’a pas réussi à nous tuer ! Et c’est lui qui est dans l’Hadès à l’heure qu’il est ! Ne t’estime pas au-dessus d’Iphiclès, c’était un guerrier d’un niveau extraordinaire. Oser te comparer à lui, est une insulte à sa mémoire ! »
Androgée cherche à gagner du temps : « Il est évident que le niveau du Lion de Némée était hors du commun. Néanmoins, j’aimerai m’assurer que tu connais bien la légende du Taureau de Crète… »
Shura qui connait la mythologie grecque sur le bout des doigts énumère rapidement le mythe.
_ « Le Taureau de Crète est l’animal pour lequel la reine Pasiphaé, femme du roi Minos, éprouva un désir contre nature. Ensuite Poséidon rendit furieux l’animal qui ravagea le pays avant d’être capturé par Héraclès.
_ Exact, c’est Poséidon qui inspira à la reine son désir. Une inspiration qui est l’origine de ma force. Elle me permet de lutter contre quiconque. »
Shura brandit son bras droit devant lui et se jette sur son adversaire : « C’est ce que nous allons voir, assez parlé ! Excalibur ! »
A la vitesse de la lumière, Shura frappe du tranchant de la main droite Androgée qui riposte avec sa jambe : « Prophetic Horn ! »
Deux épées semblent s’entrechoquer.
Shura est projeté en arrière.
Il se ressaisit et ne dit pas son dernier mot. Avec le bras droit, puis le gauche, les jambes aussi, il déclenche des coups affutés.
Pourtant, il est chaque fois paré par Androgée qui utilise ses membres comme le fait Shura, le repoussant chaque fois un peu plus fort.
Cette fois-ci Shura s’écrase sur le béton juste au bord de l’eau, arrachant ainsi sa cape. Un filet de sang s’écoule de sa bouche : « Impossible, la seule arme capable de contrer Excalibur est… Excalibur elle-même ! »
Androgée avance les mains sur les hanches : « Tu as enfin compris Shura. Les Cornes Prophétiques me permettent d’assimiler les techniques de mon adversaire, en même temps qu’il les exécute. Voilà en quoi consiste mon inspiration. Le Prophetic Horn est mon seul arcane, mais en représente finalement autant qu’il existe de techniques de combat dans le monde. A chaque utilisation, le Prophetic Horn s’approprie ton coup, le perfectionnant et le rendant plus puissant qu’il ne l’était à la base. Tu ne peux pas me vaincre… »
Obstiné, Shura entame alors un corps à corps tranchant.
Une droite de l’Alcide balafre la joue de Shura.
En riposte, Shura perce l’armure d’Androgée d’un coup du pied gauche dans le flanc droit. Androgée entaille la cuisse de Shura, en répondant d’un coup de poing à la jambe.
Shura rétorque du tranchant de la main contre le casque de l’Alcide qui se fend.
Le casque tombe en deux parties sur le sol et délivre la légère chevelure marine ainsi que les yeux océans du bel Alcide d’entre lesquels s’écoule l’hémoglobine.
Touché au front, Androgée recule de quelques pas, laissant Shura frapper à nouveau du plat du pied contre le thorax, émiettant ainsi son plastron.
Le Capricorne essaie de conserver son avantage en adressant à nouveau Excalibur en direction de la tête, pour cette fois-ci entamer le crâne du Taureau de Crète.
Toutefois, Androgée contre le bras gauche de Shura avec sa jambe droite et, tout en effectuant une retournée acrobatique avec ses jambes, cisaille avec son pied gauche Shura en pleine épaule droite, fissurant la Cloth dorée.
Shura sent que l’os s’est démis après le choc et que ses chairs sont profondément incisées. L’Espagnol se tient le bras droit avec douleur tandis qu’une nouvelle épée, chargée de tout le cosmos de l’Alcide, plus puissante que celles qu’il a reçues jusque-là, s’abat sur lui : « Prophetic Horn ! »
Shura n’a pas le temps d’esquiver l’attaque lancée à la vitesse de la lumière. Il n’est plus assez vivace pour cela. Le casque encaisse la percussion de cette copie d’Excalibur.
Androgée, encore en position d’attaque, observe attentivement l’endroit où le coup a été porté.
Le casque est rayé par une ligne qui parcoure tout le dessus du crâne. Cette ligne se creuse subitement, fendant le heaume sous un flot de sang qui résulte de la plaie crânienne de Shura…
 
Sur le flanc gauche, les cinq Saints ont déjà avalé de nombreux kilomètres en affrontant en corps à corps les soldats armés de dagues.
Désormais, c’est Baucis qui leur donne du fil à retordre.
Pendant qu’elle les épuise, les soldats en profitent pour les ralentir.
Naïra et Yakamoz sont déjà hors de combat, leurs armures sont réduites en morceau par les assauts répétés de Baucis. Seuls leurs masques ébréchés tiennent encore sur leurs corps ecchymosés.
Babel du Centaure et Philémon du Lièvre repoussent les gardes tandis que Ptolémy vient de cogner Baucis qui recule en se cramponnant l’estomac : « Selon la légende, Héraclès a réussi à capturer la Biche de Cérynie après l’avoir blessée d’une flèche. Tel le légendaire héros, je serai celui capable de vaincre l’animal aux sabots d’airain ! Encaisse encore une fois mes Flèches Fantômes ! Fantom Arrow ! »
Une pluie de Flèches Fantômes s’abat sur Baucis. Elle replie son bras gauche contre sa poitrine et tend son bras droit vers Ptolémy : « Hum… Tu veux me chasser comme l’a fait Héraclès ! Dommage pour toi, je suis la seule à posséder les puissantes flèches d’Héraclès ! Héraclès Hunting Arrow ! »
Un déluge de flèches illusoires, concentrées de cosmo énergie bloque toutes celles de Ptolémy et martèle le Saint d’argent d’une centaine d’impacts sur tout son corps.
Alors qu’il retombe en arrière, une dernière flèche, cette fois-ci réelle se dirige vers lui pour l’achever.
Babel surgit devant son camarade et utilise à son tour sa botte secrète : « Fotia Roufihtra ! »
Une boule enflammée consume la flèche et balaye Baucis qui est emportée à l’intérieur d’un entrepôt maintenant devenu la proie des flammes.


Babel relève aussitôt le corps de Ptolémy, inconscient, tandis que Philémon Saint de bronze du Lièvre protège des Hébéïens les corps de Naïra et Yakamoz toujours évanouies.
Cependant, le nombre croissant de ses adversaires ralentit fortement le Saint de bronze, d’autant plus que derrière eux, certains qu’ils ont mis hors de combat puisent dans leurs ressources pour reprendre la bataille.
De plus, l’incendie provoqué par Babel s’étend rapidement et épuise tout le monde hormis le Centaure.
_ « Seigneur Babel, je commence à faiblir. Moi, Philémon du Lièvre, ai beau utiliser mon arcane et ma super vitesse, ils sont de plus en plus nombreux et mes réserves diminuent ! »
L’incendie devient un véritable brasier et s’attaque au ponton sur lequel Philémon est acculé par l’ennemi.
Babel est tracassé : « Ce n’est pas normal, l’incendie est trop violent, il se disperse trop par rapport à l’énergie que j’ai dégagé ! Quelqu’un situé au centre du brasier doit l’alimenter encore ! »
Babel prend Ptolémy sur son épaule et approche de Philémon en dressant son poing de feu tel un lance-flammes sur ses adversaires : « Philémon, protège les corps de Naïra et Yakamoz. Il ne faut pas… »
Babel n’a pas le temps de finir sa phrase qu’il est frappé en plein dos par une rafale qui soulève son corps.
Le Centaure lâche immédiatement Ptolémy pour se libérer plus facilement de cette masse d’air qui tourne en spirales.
A l’intérieur de celle-ci, des grains de sable par millions tournoient à la vitesse de la lumière et viennent effriter la peau de Babel et corroder sa Cloth.
Inopinément, Baucis sort du bâtiment dans lequel elle a été rejetée et accroit la force destructrice de ce Tourbillon de Sable grâce à ses deux mains : « Sand Swirl ! »
A mesure que ses forces l’abandonnent, Babel comprend maintenant pourquoi le brasier s’est retourné contre eux. L’Alcide s’est servie des courants d’air qu’elle crée pour souffler les flammes en arc-de-cercle. Maintenant, ils sont prisonniers.
Les mouvements circulaires s’accélèrent sous l’impulsion de Baucis, déchirant la chair et endommageant l’armure du Saint d’argent…
Quand, brusquement, la tempête est stoppée nette sous l’impulsion d’un autre souffle atmosphérique de sens contraire.
 
Le corps de Babel, soulevé à plus de dix mètres du sol, retombe lourdement sur le ponton aux planches léchées par le feu, fracassant la plateforme et achevant sa chute dans l’eau…


Baucis cherche le responsable d’un tel renversement de situation et distingue un chevalier de petite taille autour duquel retombe le corps d’une dizaine de soldat hébéïens.
L’Alcide aux formes pulpeuses, fixe avec mépris ce minus aux cheveux bruns hirsutes, au teint brunit par le soleil et marqué d’une longue cicatrice, partant de son front et finissant sur sa joue en passant par son ½il gauche. Malgré les circonstances, il affiche une mine joyeuse tandis que ses grands yeux bleus sont braqués sur elle. Baucis le questionne alors.
_ « Comment as-tu réussi à contrer si facilement mon Tourbillon de Sable ?
_ La Biche de Cérynie à la vitesse et l’agilité légendaires ! Je me suis souvenu des qualités de cet animal et j’ai compris qu’il avait les mêmes attributs que moi, Philémon Saint de bronze du Lièvre. Pour exécuter nos arcanes, nous les concentrons de la même façon. Nous tournoyons autour d’une surface à une vitesse folle, pour former un cyclone que l’on dirige ensuite entre nos mains. »
Baucis ouvre ses mains vers le ciel et s’exclame : « Nous sommes tous les deux enfermés dans ce cercle de feu. Les Saints du Centaure, de la Flèche, de la Grue et de la Colombe sont également bloqués avec nous. De mes soldats, il ne reste que leurs cadavres. J’ai donc tout le loisir de décupler ma cosmo énergie à son paroxysme pour me débarrasser de toi ! »
Une aura cosmique gravite tout autour du mètre cinquante-huit du Grec, laissant apparaître derrière lui un Lièvre : « Dans ce cas, je te conseille d’égaler ma vitesse. En garde ! »
 
Au centre de la côte, depuis le navire d’Aldebaran, les premiers soldats athéniens sautent sur la voie aménagée au bord de la mer ou sur les navires avoisinants qu’ils brûlent aussitôt.
Les matelots jettent l’ancre et dirigent les passerelles sur les pontons pour débarquer l’ensemble des guerriers présents sur le bâtiment.

Immédiatement, Androgée vraisemblablement victorieux de Shura, décide de se précipiter contre le débarquement mais il est retenu à la cheville par la main du Capricorne.
Shura lève les yeux vers son ennemi, le visage maculé de sang : « Attends ! Notre combat ne fait que commencer. »

Aldebaran débarque à son tour.
Il bondit jusqu’à l’immense incendie où sont enfermés Ptolémy et les autres et dégage son cosmos qui souffle sur le foyer.

Des cents Hébéïens réunis sur la côte pour affronter les cent-cinquante Athéniens du navire, il n’en reste déjà plus qu’une trentaine.
Androgée se libère de la prise de Shura et constate la catastrophe.
Il faut que les hommes qui le peuvent se replient sans quoi il n’y aura pas d’Hébéïens pour témoigner de ce massacre…

192
シナラムから日本へ / Re: Topic unique Saint Seiya
« on: 10 August 2011 à 17h43 »
Voici pour Kodeni, qui me demandait ça en PM... Les sous-titres du Tenkai réalisés par mes soins en 2004. Si jamais l'un d'entre vous a raté ça à l'époque sur Cynarhum, ça doit sans doute encore s'y trouver, mais bon, voilà directement le fichier. ;)
Merci beaucoup.

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Only for Love / Chapitre 21
« on: 30 July 2011 à 19h43 »
Chapitre 21

Tandis que les navires de guerre athéniens voguent jusqu’à Yíaros, des navires venus eux aussi du Port du Destin en Crète, jettent l’ancre sur les terres nordiques du royaume d’Asgard.
Tout en haut des pays scandinaves, là où les terres norvégiennes ne sont plus que des calottes de glaces et où aucun être humain ne peut s’aventurer, au Nord Est du royaume d’Asgard, sur le port, quelques éclaircies passent au travers de la brume.
Elles illuminent le sol, couvert de son épais manteau de neige et se reflètent sur les plaques verglacées des mares gelées. Elles aveuglent les soldats asgardiens qui contrôlent la marchandise livrée par les marchands grecs.

Trois navires sont ainsi examinés et vidés de toute leur cargaison : jarres, amphores de vin, épices, fruits et légumes…
Mandaté par Hilda de Polaris pour surveiller les postes frontières, Thor de Phecda est chargé du déroulement de la transaction économique.
Dans une calle de l’un des navires, il entasse des centaines de tas de sacres, des pièces de monnaie du Sanctuaire et de ses domaines annexés, afin de verser aux marchands leurs dus.

Plus haut, dans les collines où il affronta Fenrir quelques jours auparavant, dans cette zone du domaine que l’on nomme la Clairière de Loki, monté sur un cheval noir, Rhadamanthe observe l’échange en compagnie d’un autre cavalier, monté lui sur un cheval gris et chargé de sa surveillance, le futur Guerrier Divin de Delta, Alberich de Megrez.
Curieux du mode de vie de cette contrée, Rhadamanthe interroge son gardien qui, bienveillant, lui répond avec beaucoup de courtoisie.
_ « Tout ce ravitaillement est acheté par la trésorerie asgardienne et, comme à l’accoutumée, sera distribué, à soixante-dix pour cent aux nobles qui vivent dans le Walhalla avec priorité à la famille impériale bien entendu. Le reste est acheté par les marchands des villages du domaine qui servent ces denrées dans leurs auberges, ou en revendent une partie aux villageois les plus offrants.
_ Et le peuple ne se révolte pas d’avoir si peu de nourriture ?
_ Si autant est versé aux nobles, c’est parce qu’ils paient tous les ans un impôt conséquent. Les gens du peuple ne versent aucune taxe, ils sont libres d’utiliser les sacres qu’ils gagnent comme bon leur semble.
_ Les sacres… Donc Asgard vit de la monnaie du Sanctuaire d’Athéna… Mais comment peuvent-ils gagner de l’argent dans un milieu si rude ?
_ Asgard est un domaine allié du Sanctuaire. Les Asgardiens gagnent de l’argent en braconnant et en revendant le gibier chassé. En travaillant dans des auberges, pour des forgerons, pour des ébénistes, pour des bucherons, ou encore en étant aux soins des plus riches. Mais pour beaucoup, il s’agit de familles de soldats asgardiens qui vivent de la solde versée par le royaume.
_ Quoi qu’il en soit, il faut bien faire rentrer de l’argent au royaume ! Car au final, après avoir voyagés de poches en poches dans tout Asgard, les sacres quittent bien le territoire pour enrichir le Sanctuaire d’Athéna non ?
_ Pas vraiment. Si depuis des millénaires le peuple d’Odin vit de la monnaie du Sanctuaire, c’est parce qu’elle y gagne justement… »
Le perfide Asgardien aux cheveux améthyste pointe du doigt une vingtaine de personnes en file indienne qui attendent devant les navires que Thor achève ses transactions.
_ « Tu vois ces gens qui patientent là-bas ? Avec leurs grands chars ou leurs traineaux couverts de grandes bâches ? Ce sont les commerçants d’Asgard. Une fois que Thor et ses hommes auront conclu leur troc et qu’ils ramèneront le ravitaillement au Walhalla, les marins grecs vont redescendre de leur navire pour acquérir les productions asgardiennes. Mobilier en chêne massif fait main, peaux d’animaux, animaux empaillés, commande de bois pour construction de fortifications, armes de guerre… Tout ce dont raffole le peuple du Sanctuaire d’Athéna et même ses intendants. En général, ils laissent plus de sacres qu’ils n’en sont venus chercher…
_ Ingénieux… »
Il fait demi-tour avec sa monture et choisit de rentrer après cette balade post-dinatoire…

 
Au même moment, au Sud-Ouest d’Asgard, tout au Nord de la Norvège, là où personne ne peut s’aventurer, là où la terre est bordée de calottes glaciaires, se trouve l’entrée du royaume.
Elle se matérialise par un rocher au milieu de l’eau appelé l’Autel du Destin. Il est relié au continent par un pont de pierre.
Ici, emmitouflée dans sa cape violacée, agenouillée, les mains jointes et les doigts entremêlés, les yeux fermés, Hilda de Polaris prie Odin.
Autour d’elle, son cosmos bienveillant inonde d’amour les gens alentours, à commencer par Siegfried qui veille depuis le continent, juste à l’abord du pont de fortune.
Après huit heures de prières sur l’autel où Athéna l’imitera dans quelques mois, la belle termine enfin d’invoquer son dieu.
Elle se relève délicatement afin d’arborer sa jolie robe azure et toise de ses grands yeux bleus l’horizon qui est, malgré le froid persistant, très coloré aujourd’hui.
Elle se retourne en direction de Siegfried et déclare : « Voici trois jours que le temps est clément. Ni neige ni vent violent. Le seigneur Odin doit certainement nous récompenser du geste d’hospitalité que nous concédons à Rhadamanthe. »
Tandis qu’elle traverse le pont, le digne héritier du pourfendeur du dragon Fafnir ne partage pas cet avis.
_ « J’aurai plutôt interprété cela comme une sorte de calme avant la tempête. Odin étudie votre hôte avant de prendre une décision. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas rassuré par sa présence. Mon grand frère Sigmund, général en chef de vos armées, partage mon avis. Et jusqu’à ce que ce Rhadamanthe quitte le royaume, je ne vous quitterai pas des yeux Princesse.
_ Rhadamanthe est avec Alberich actuellement. N’as-tu pas confiance en lui non plus ? Il est des nôtres pourtant. »
Siegfried essaie de se détendre davantage en desserrant les dents et en souriant : « Je ne saurai en être sûr. »
Hilda qui ne porte pas non plus spécialement Alberich dans son c½ur ne peut s’empêcher de rire.


Tout à coup, tandis qu’elle rejoint Siegfried, à quelques pas du continent, un rocher sur le bord du pont cède, laissant les pieds d’Hilda se dérober dans le vide.
A la vitesse de la lumière, Siegfried tend son bras pour saisir le poignet de sa majesté et tire dans sa direction pour lui éviter une fin catastrophique.
Avec l’élan elle retombe sur lui qui bascule en arrière.
Encore en état de choc après la vision d’une chute mortelle à laquelle elle vient d’échapper, Hilda met du temps à recouvrer ses esprits, elle se redresse en prenant appui sur la poitrine de Siegfried sans prêter garde à l’effet que pourrait avoir ce geste s’il était jugé déplacé.
Lorsqu’elle regarde enfin Siegfried, elle remarque que celui-ci a les joues empourprées de gêne mais aussi de plaisir inavouable.
Pourtant, elle laisse son léger postérieur assis sur les robustes abdominaux de son général…
Longtemps, ils restent l’un et l’autre plongés dans leurs regards, les lèvres entrouvertes, cherchant à prononcer des mots qui ne leurs viennent pas, attendant chacun de l’autre un geste qu’ils n’osent faire…
C’est seulement le hennissement du cheval blanc d’Hilda qui les sort de leurs songes.
Tout en se redressant, Hilda lance : « Peut-être devrions-nous rentrer ? Tu m’as suivi ici depuis tôt ce matin, tu dois mourir de faim ? »
Siegfried, tout en réajustant son épaulette gauche en cuir sur son maillot rose et blanc, répond : « Je n’ai d’appétit que si vous l’avez Majesté. »
Puis il lui tend la main, paume ouverte vers le ciel, afin qu’elle dépose la sienne contre et qu’il la conduise jusqu’à son cheval.
Ils doivent maintenant remonter, comme tous les jours, le domaine jusqu’au temple Walhalla situé tout au Nord.
Pour gagner le palais impérial, ils doivent emprunter la Route de Cristal où Thor affrontera Seiya et ses compagnons dans le futur, longer l’étroite Vallée des Avalanches qui sera déterminante dans l’affrontement entre Shiryu et Fenrir.
Cette vallée est bordée à l’Ouest par la Clairière de Loki et à l’Est par le Mont Baldr, une chaîne montagneuse au centre de laquelle se trouve la caverne volcanique où s’entraîne activement Hagen, ainsi que les vestiges du palais de Hermod où Ikki viendra au secours de Shun face à Mime un peu plus au Nord.
Une fois la vallée remontée, il leur faut traverser la Forêt d’Améthyste où le cruel Alberich s’exerce jour et nuit, et passer le temple de Hel qui marque l’entrée du Walhalla et verra Syd succomber à ses blessures contre Shun.
Enfin, le Walhalla, entouré de plusieurs dizaines de villages, sera à leur portée…


Là-bas, dans l’aile Nord du palais, par la fenêtre, guette une jolie demoiselle aux cheveux longs et fins.
Ses petits yeux améthyste cherchent par-delà la neige qui s’insinue contre les vitres une silhouette qui lui est familière.
En effet, la jolie Bedra de Edel observe son futur époux, Syd de Mizar en plein exercice physique.
Ayant entendu des pas derrière elle, elle reconnait immédiatement ceux de son amie Freya de Polaris accompagnée de Lyfia sa suivante.
_ « Il ne cesse de s’entraîner, admire Bedra.
_ Hagen aussi. Aujourd’hui encore il m’a délaissé pour aller à la grotte, près de la lave, là où personne n’ose aller de peur de suffoquer.
_ J’ai bien peur de devoir passer la journée à attendre son retour.
_ Peut-être accepteras-tu de nous accompagner à la salle de réception royale dans le bâtiment central ?
_Avec joie Princesse ! Faut-il que je me change pour recevoir votre invité ? »
Cette remarque fait baisser la tête à Lyfia, vêtue de vieille frusque moins chics que les nobles qu’elle sert.
_ « Du tout, il s’agit de Mime de Benetnasch, il vient régulièrement me rendre visite pour me faire entendre le son de sa lyre. C’est un virtuose de la musique figure-toi !
_ Et bien j’ai hâte d’entendre ses notes. »

Justement, dans le bâtiment central du palais, en salle de réception, le brillant Mime patiente accompagné de son assistant.
Celui-ci, un certain Myu, à l’opulente chevelure rose qui pointe vers le ciel, est vêtu d’un pantalon noir et d’un maillot gris à manche longue.
Habillé avec plus d’élégance, le futur Guerrier Divin porte par-dessus son fin pull blanc un maillot de couleur marine à col rabattu, ouvert seulement en haut du buste. Son pantalon blanc descend jusque dans ses bottines noires.
Il examine chacun des tableaux et déclare d’un ton acerbe : « Avant que je ne l’assassine, mon père adoptif venait fréquemment en ce lieu afin d’être honoré par la famille de Polaris pour ses exploits de soldat. Je connais cette pièce depuis toujours, je l’accompagnais souvent en ce lieu. »
Myu approche de son ami et, alors que Mime lui tourne le dos, il lui enlace la taille et pose sa tête contre son épaule : « Ne pense plus à cela, maintenant ta famille c’est moi. »
Mime se défait avec légèreté de l’emprise de son camarade pour lui faire face. Il pose sa main droite contre sa joue gauche qu’il caresse avec affection : « Ne t’en fais pas Myu, je n’ai jamais douté de ta fidélité. »
Après un long et intense regard échangé, Mime reprend ses émotions et choisit de disposer la salle à sa guise : « Myu, place donc une chaise là-bas, près du feu, je m’y installerai ! Je souhaite être de profil à la cheminée afin que puissent se refléter dans mes yeux les braises du foyer. Dépose face à moi la chaise de la Princesse Freya de Polaris et derrière celle-ci tu peux en positionner trois autres. Elle a régulièrement l’habitude de venir accompagnée de quelques amis. Quant à ta chaise tu n’as qu’à… »
Myu lui coupe la parole.
_ « Je ne resterai pas Mime ! Je suis du bas peuple, ma présence ne peut être davantage tolérée dans ce château. Il a beau être un dieu que je ne vénère pas, je ne souhaite pas fâcher Odin.
_ Il est vrai que tu as été repêché enfant par un bateau marchand qui t’a laissé ici. Tu n’es pas de sang nordique, tu n’avais que six ans lorsque tu es arrivé. L’Autriche est ton pays natal mais déjà à l’époque tu refusais de te soustraire à un dieu, prétendant que l’heure de ton jugement n’était pas encore arrivée.
_ Et elle ne l’est toujours pas. Je ne saurai t’expliquer le sens de cette phrase, mais depuis ma plus tendre enfance, elle résonne dans mon esprit, me torturant au plus profond de mon être.
Il n’y a que lorsque j’entends ta lyre que je me sens mieux. Elle m’aide à plonger dans mes songes, à voir l’avenir ou plutôt mon passé, qui j’étais dans une autre vie, dans d’autres vies… Et ce destin qui est toujours le même, celui d’être voué à un dieu différent du tien… »
Inopinément, la voix féminine de la douce Freya le ramène à la réalité : « Il s’agit ici de biens belles paroles. »
Aussitôt, Myu et Mime s’inclinent. Freya agite ses mains devant elle.
_ « Allons, allons, levez-vous, je vous en prie, vous êtes mes invités !
_ Princesse Freya, mon assistant me disait à l’instant qu’il ne voulait pas gêner et qu’il préférait s’éclipser du château. »

Derrière Freya surgissent Breda et Lyfia ainsi qu’un jeune noble dont les joues s’empourprent lorsque son regard s’attarde sur Lyfia, Frodi : « Veuillez pardonner mon retard Princesse. Bedra, c’est toujours un plaisir de te voir. Lyfia… »
La domestique lui renvoie un regard complice et mutin…

Ne relevant guère la passion qui lie ses camarades, Freya insiste auprès de Myu : « Vraiment cher Myu, vous êtes le bienvenu ici. Si notre présence vous intimide, positionnez-vous en retrait, la salle est assez grande, mais je vous en prie, soyez donc des nôtres. »
Myu se résout, toutefois il positionne sa chaise près de la sortie.

Au même moment, dans les couloirs du palais, Rhadamanthe, revient avec Alberich de sa promenade.
Il croise Siegfried, lui aussi rentré de son périple extérieur.
Ce dernier ne prend pas la peine de se serrer. Il bouscule le futur Juge des Spectres.
D’un tempérament de feu, Rhadamanthe réagit en faisant allusion au baiser offert par Hilda à Fenrir il y a quelques jours : « Tu sembles être l’homme le plus à craindre d’Asgard Siegfried de Dubhe. Cependant j’ai du mal à croire que toute cette ranc½ur que tu déverses contre moi soit anodine. J’ai plutôt l’impression que tu cherches un coupable vis-à-vis du baiser que Hilda de Polaris a destiné à un autre que toi. »
Siegfried, furieux, empoigne Rhadamanthe qui sourit : « J’ai vu juste. Tu sembles mêler ton devoir de protecteur d’Odin à tes sentiments. »
Siegfried recule son poing droit et le serre. Il le destine à écraser la face de Rhadamanthe.
C’est alors qu’il sent une lame lui piquer le dos.
Au bout du petit et fin poignard se tient Alberich qui pointe son arme sur celui dont il rêve de prendre la place.
Le cosmos d’Alberich commence à habiter l’arme : « Hilda m’a confié la garde de cet homme. Je ne peux te laisser le tuer et me faire passer pour un minable incapable de veiller sur la vie d’un hôte. »
Siegfried réfléchit quelques instants puis lâche prise avant de quitter ce couloir et d’emprunter une autre aile du temple Walhalla…
Alors Alberich et Rhadamanthe reprennent eux aussi leur route en direction de la bibliothèque du palais où l’Anglais aime se cultiver… Jusqu’à ce qu’il soit saisi par une musique qui adoucie son esprit.
Il stoppe net son avancée.
Il ferme les yeux, en souriant timidement, chose qui ne lui ressemble pas.
Le son de l’instrument joué ne lui est pas inconnu.
Il l’a entendu il y a… Il y a… Si longtemps…
Dans son esprit, quelques flashs lui viennent en mémoire.
De tous les temps, à toutes les époques, une femme sombre, aux doigts longs et fins, caressant les cordes d’un instrument…
Le futur Spectre se laisse ainsi guider jusqu’à la salle de réception où officie Mime.
Il appuie son épaule contre l’encadrement de porte et vide son esprit, les yeux clos…

Juste devant lui, sur sa chaise, Myu agit de la même façon.
Leurs illuminations sont les mêmes.
Une harpe, bien plus grande que la lyre de Mime.
Une femme qui apparaît à plusieurs époques sous des traits et des caractéristiques physiques quasi identiques. De longs cheveux ébènes. Des yeux noirs. Un collier autour du cou. Un autour de la cheville. Une bague en forme de serpent enroulé autour du doigt. Un autre bijou en forme de serpent autour… autour d’un trident. Et un voile noir. Ce voile noir qui couvre ce corps de femme nue, étendue sur le sol devant son instrument à corde. Ce voile qui épouse ses formes. Ce voile fin et léger d’où ne sort que son visage, les yeux cachés par quelques mèches de cheveux. Ces yeux qui fixent un médaillon au sol. Un de ses bras sort de sous le voile noir, libérant presque sa poitrine aplatie contre le carrelage obscur et froid sur lequel elle est prosternée. Ses doigts s’agitent pour approcher ce médaillon doré. Un bijou en forme d’étoile avec chacune de ses cinq branches reliées par un cercle. La jeune femme dégage son autre bras du voile et s’en extrait en tirant sur ses ongles plantés dans le parterre gelé. Elle s’avance maintenant le dos à l’air libre jusqu’à son graal qu’elle caresse enfin du bout du majeur, passant son autre main devant ses yeux pour dégager ses cheveux décoiffés et lire l’inscription sur le médaillon...
 
Soudain, des applaudissements.
Mime vient d’achever son morceau.
Il libère ainsi de l’extase la princesse de Polaris et ses convives.
Les bravos délivrent aussi de leurs visions, mais surtout des barrières qui emprisonnent leurs esprits, Rhadamanthe et Myu.
Les deux hommes qui en cette époque ne se connaissent pas encore, tremblent tous les deux. Leurs teints sont pales alors qu’ils sont en nage.
Les yeux écarquillés en grand, Myu murmure : « Le médaillon… La gravure… Yours Ever ! »
Il se lève discrètement de son siège, espérant quitter la pièce.
Néanmoins il tombe nez-à-nez avec Rhadamanthe, les sourcils froncés, encore à ressasser lui aussi ces flashs qu’il vient de vivre : « Le son d’un instrument à cordes… L’obstination de cette… De cette femme… Pandora ! »
Le Juge lève un instant la tête et croise le regard de son futur Spectre.
Ils demeurent ainsi de longues secondes à se dévisager jusqu’à ce que Myu, instinctivement, s’incline devant Rhadamanthe, un genou au sol, en guise de révérence.
Cet acte attire l’½il de tous.
 
Dans la salle, tout le monde est abasourdi.
Rhadamanthe dévisage avec insistance son futur soldat pendant que quelques flashs lui permettent de voir ce même Myu à une époque différente portant une armure orangée et pourpre…
Ne voulant attirer davantage d’attention, le Wyvern feint d’ignorer le geste de Myu. Il pivote légèrement sur le côté et déclare à Alberich : « Retournons à la bibliothèque. »
Sans attendre l’approbation de son gardien, l’Anglais file de nouveau dans les couloirs, laissant Myu, seul face aux interrogations du musicien et de son public…


Plus tard, dans les plaines boisées aux alentours du Walhalla, de la fumée sort par le conduit de cheminée d’une petite chaumière isolée par rapport au reste d’un village proche de la forêt.
Cette épaisse fumée résulte du contact entre le chaud et le froid qui s’insinue davantage depuis quelques minutes.
Les flocons de neige sont balayés par un vent violent qui s’est levé il y a peu.
Par les carreaux couverts de neige, on ne distingue à l’intérieur qu’une petite lueur résultant du foyer permettant de chauffer la demeure.
Toutefois, les occupants n’ont pas besoin de cela tant leur débat est ardent.
Dans la demeure de son défunt père adoptif, Volker, Mime s’emporte.
_ « Ne me mens pas Myu ! Tu es resté plongé dans son regard quelques instants et tu t’es courbé devant lui ! Tu dois donc bien le connaître ?
_ Je ne comprends pas non plus. Il m’a inspiré un vague souvenir et inconsciemment je me suis incliné face à lui. Mais je ne saurai t’en dire plus, ce qui m’a traversé l’esprit à cet instant est sorti de ma tête. Il est Anglais et moi Autrichien, je ne peux vraiment pas imaginer comment nous aurions pu nous rencontrer auparavant. D’autant plus que je n’avais pas plus de six ans lorsque je suis arrivé à Asgard. »
Mime reste assis sur son lit, préoccupé.
_ « Tout a commencé lorsque j’ai joué de l’instrument.
_ Je t’entends en jouer chaque jour. Cela ne peut-être le lien de causalité.
_ Peut-être était-ce le morceau ? Je jouais celui-ci pour la première fois.
_ Est-ce toi qui l’a composé ?
_Non, je l’ai appris grâce à un ouvrage qui se situe dans la grande bibliothèque du Walhalla. Son compositeur était inconnu, le titre était Descente au Meikai. »
A l’écoute du titre, le mot Meikai se répète dans l’esprit du Spectre qui revit en une fraction de seconde ce flash qu’il a eu tout à l’heure et dans lequel il voyait cette femme se hisser jusqu’à un médaillon.
_ « Cet ouvrage, de quoi s’agissait-il ?
_ Simplement de notes et de diverses compositions qu’on peut jouer à la lyre comme à la harpe… »
Myu s’assied au pied du lit, absorbé par ses pensées.
Mime finit par ajouter : « D’après ce que m’a dit la princesse Hilda le jour où j’ai regardé ce livre dans la bibliothèque, cet ouvrage a été récupéré sur les vestiges d’un lieu de bataille crucial lors d’une Guerre Sainte remontant au seizième siècle et il aurait appartenu à une jeune femme, proche du dieu Hadès. »
L’esprit de Myu est à nouveau sous l’effet du flash où il revoit le médaillon avec l’inscription Yours Ever. Il murmure alors : « Oui… Le seigneur Hadès… »
Mime ne perçoit pas les chuchotements de son ami, il se penche alors devant lui : « Cela t’évoque-t-il quelque chose ? »
Myu sort de ses songes et ment avec un sourire hypocrite : « Absolument pas ! »
Il agrippe le visage du futur Guerrier Divin et le conduit au sien pour embrasser amicalement son front : « Je suis désolé du souci que je te cause. Je pense qu’un peu de sommeil me fera le plus grand bien. »


De son côté, Rhadamanthe sort, feuillette et reclasse livre sur livre dans la grande bibliothèque du Walhalla.
Assis sur une chaise au bois grinçant, Alberich n’a de cesse de questionner celui sur qui il doit veiller.
Trop occupé à chercher un recueil en particulier, Rhadamanthe ne prend pas la peine de répondre.
Finalement, il découvre un grimoire manuscrit relatant l’ensemble des personnages et des objets se rapportant aux dieux.
Il étale le vieux livre au papier presque moisi sur la large table et examine page après page en cherchant désespérément un nom que ses lèvres ne cessent de dessiner.
C’est seulement lorsqu’il lâche une profonde exclamation qu’il s’assied.
Alberich bondit de son fauteuil qui couine et s’affale sur la table pour découvrir ce que pointe le doigt de Rhadamanthe qui déchiffre ligne par ligne l’écriture ancienne et l’ancre à peine visible.
En se penchant de plus près, Alberich arrive à lire : « Pandore… ! »
 
De longues minutes plus tard, Rhadamanthe achève sa lecture et se précipite de nouveau sur les étagères pour sortir tous les recueils possibles relatifs à ses récentes découvertes.
Alberich les feuillette un par un : « Hadès, Hadès, Hadès, encore Hadès, toujours Hadès, et… Hadès ! »
Il laisse l’invité d’Hilda entamer ses lectures et tire vers lui le livre traitant de Pandore qui est resté ouvert. Il tourne quelques pages et découvre quelques récits relatifs aux armes maléfiques dont dispose Poséidon depuis la nuit des temps : « Le trident du dieu des mers, l’a… l’anneau de Nibelungen ? »
En compagnie de Rhadamanthe, Alberich examine quelques pages qui attirent son attention.
Il dépose son grimoire sur un autre ouvrage qu’il lisait jusqu’ici, un recueil d’information concernant l’armure d’Odin et les sept saphirs divins…
 
 
Plus haut, dans une des salles impériales du temple Walhalla, assis sur une peau d’ours polaire, face à un feu, une coupe de vin à la main, Freya, Hilda, Lyfia, Hagen, Frodi, Sigmund et Siegfried reviennent sur les évènements de cet après-midi.
_ « … Je n’avais jamais vu Myu dans un tel état, s’inquiète Freya.
_ Ce que vous décrivez là, Princesse Freya, ressemble à un état de transe, suggère Sigmund.
_ Se peut-il que par son cosmos ce Rhadamanthe soit capable de contrôler de faibles esprits comme celui de Myu, l’incrimine aussitôt Siegfried ? »
Reposant sa coupe au sol, Hagen rectifie : « Myu n’est pas un homme faible. Il s’entraîne souvent en compagnie de Mime et, même s’il le cache, il dispose d’une cosmo énergie impressionnante. Et je suis certaine qu’il ne dévoile pas tout son talent. »
Frodi complète : « Syd de Mizar m’a déjà déclaré qu’il a observé ce fameux Myu durant un entraînement. Il ne savait comment l’expliquer mais selon lui cet homme dispose d’un cosmos beaucoup plus important qui serait scellé en lui. »
Siegfried n’en démord pas : « Comme ce Rhadamanthe en quelque sorte ! »
D’une voix douce, Freya déclare : « La présence de cet homme commence à m’inquiéter. »
Le vaillant Hagen brandit aussitôt son poing : « N’ayez crainte Princesse, tant que je serai à vos côtés vous n’aurez rien à craindre. »
Hilda qui se veut rassurante : « Je n’en doute pas Hagen. C’est pourquoi je te demande de raccompagner ma s½ur à sa chambre, accompagnée de Lyfia. Elle rentrera ainsi en ses appartements en étant moins angoissée. »
Hagen se redresse aussitôt et penche sa tête vers le sol : « Bien votre majesté. »
Freya se relève à son tour et remonte légèrement sa robe afin de plier les genoux en guise d’au revoir aux invités de sa s½ur.
Bien entendu, pouvant profiter d’un moment d’intimité avec Hagen, elle insiste pour ne pas la priver de Lyfia. Sa remarque amuse l’assemblée qui dissimule du mieux qu’elle peut quelques sourires mutins…
 
 
Loin de toutes ces considérations, à l’extérieur du palais, dans un village du royaume, des habitants s’agitent dehors.
Malgré le début d’une tempête de neige, les enfants sont les premiers agglutinés contre une chaumière où, sur le pas de la porte, un géant aux cheveux mi-longs et à la barbe fine sort d’un chariot couvert d’une bâche du pain et des fruits qu’il distribue le sourire aux lèvres.
A l’intérieur de la chaumière du grand gaillard, le jeune noble, Syd de Mizar peine à trouver le courage de sortir du lit de son camarade dans lequel il a retrouvé sa future épouse, Bedra de Edel.
Pour la énième fois, Thor ouvre en grand la porte de sa chaumière en grondant : « Syd ! Cela fait bientôt la sixième fois que ta fiancée et toi devez me rejoindre dans dix minutes ! Je pensais que vous vouliez m’aider à ravitailler le peuple ! »
Fort de cette amitié nouvelle, Syd sort sa tête de l’étoffe de la couche et offre un sourire chaleureux au colosse au grand c½ur. Il revêt enfin sa tenue et convie Bedra à faire de même après lui avoir baisé le front avec tendresse.
Leur mariage n’étant officié que dans deux ans, Syd et Bedra profitent de la moindre opportunité pour se retrouver en cachette de leurs parents qui, à l’heure qu’il est, sont encore attablés ensemble au Walhalla.

Tandis que Syd sort deux grands cageots de nourriture et que Bedra part rejoindre Thor, le futur Guerrier Divin de Zeta remarque qu’en dehors de la foule, un homme encapuchonné par un voile noir s’éloigne en direction du Walhalla.
Syd dépose les cageots dans les bras de Thor et lui annonce : « Je te le confie Bedra. Quelque chose de louche se trame ! »
Puis le tigre viking quitte en un éclair les lieux, sans laisser à son ami le temps de le questionner…
 
 
Au temple Walhalla, dans une luxueuse chambre du palais, Freya marche pied nu sur le sol marbré.
Seul un drap en soie blanc couvre son corps.
Ce doux tissu qu’elle a arraché du lit laisse Hagen sans le moindre moyen de couvrir sa nudité.
Il reste allongé sur le dos, les coudes en appui sur le matelas moelleux, faisant ainsi involontairement ressortir ses abdominaux qui le rendent si athlétique.
Freya tournoie sur elle-même, faisant voguer dans l’air l’étoffe qu’elle a dérobée à son fidèle ami.
Ce dernier la sort de son amusement.
_ « Il me faut partir.
_ Tu viens à peine de me raccompagner.
_ Je le sais Princesse, mais ma place n’est pas ici. Votre s½ur me confie votre vie et je profite de ces missions pour faire parler mes sentiments. Je devrais être châtié pour cela. »
Elle laisse glisser sur elle son unique habit et s’avance dans le plus simple appareil vers lui, la mine affectée : « Nous ne sommes plus des enfants. Aujourd’hui notre amitié est renforcée par une complicité que beaucoup appelle l’amour. Reste je t’en prie. »
Elle se blottit contre lui, le forçant à ne pas bouger de l’appartement alors qu’un danger semble s’abattre dans le domaine…
 
 
A quelques couloirs de là, au même étage, Hilda et Siegfried sont restés assis sur la peau de l’ours polaire à finir ce vin importé du Sanctuaire en Grèce.
Lyfia, Frodi et Sigmund ont pris congé d’eux.
Bien que l’atmosphère soit tout aussi romantique que celle qui règne dans les appartements de Freya, les deux protagonistes sont moins détendus.
Conscient de la tâche qui lui incombe, Siegfried n’ose poser ses yeux vers Hilda sous peine de se sentir obliger de lui avouer ce qu’il éprouve.
La représentante d’Odin passe sa main sur la peau douce de l’ours sur lequel elle est à moitié couchée, elle observe le feu et prend enfin la parole lorsqu’elle remarque une bûche craquer.
_ « Dis-moi Siegfried, as-tu remarqué que la neige retombait depuis quelques heures ?
_ Oui, j’ai constaté que le vent s’était levé, plus froid et plus sec. Je m’en suis rendu compte au moment où votre s½ur est venue témoigner de la réaction de Myu lorsque Mime a joué de sa lyre.
_ Je n’osais pas faire le rapprochement.
_ Les signes de la nature laissent-ils présager de mauvais augures ? Est-ce un message du seigneur Odin ?
_ Il est désormais évident que la réaction soudaine de Myu et la présence de Rhadamanthe parmi nous fâchent Odin. Tu avais raison, l’accalmie de ces derniers jours signifiait certainement une sorte d’observation avant de prendre une décision. Maintenant qu’elle est prise, Odin abat sa colère… »
 
 
Aux abords du temple de Hel, proche du Walhalla, près du temple où Bud affrontera Ikki, unique lieu de passage pour atteindre le Walhalla par voie terrestre, le mystérieux homme encapuchonné dans son manteau noir que Syd a pris en chasse poursuit sa route jusqu’au palais.
Il avance doucement un pas devant l’autre en faisant face au froid et au vent violent.
Derrière lui, de branches en branches, Syd épie furtivement l’homme dont il connait l’identité et s’interroge : « Comment se fait-il qu’il aille seul en direction du Walhalla ? »
A mesure qu’il suit l’intrus, Syd se sent étrangement surveillé à son tour.
Le tigre est pris pour cible et il le sait : « Non... Il n’est pas seul… Quelqu’un me suit également… Ou plutôt quelque chose… »
Syd fait volte-face et se fige devant le spectacle qui se dessine : « Hein ! Mais c’est un… Impossible… En cette contrée… Par un temps pareil… Comment un papillon a-t-il pu venir jusqu’en ce lieu ? Et comment peut-il battre si calmement des ailes alors que moi-même ai du mal à progresser dans cette tempête de neige ? »
De couleur jaune et pourpre, ce magnifique lépidoptère se maintient sans mal dans l’air. Il reste immobile face à Syd.
L’Asgardien se résigne à ne pas se faire remarquer en voulant éliminer un simple insecte et reprend à nouveau la direction de l’intrus.
Cependant, celui-ci a disparu.
Ses pas stoppent net dans la neige sans laisser aucune trace de lui.
Le célèbre chasseur d’Asgard fait aussitôt le tour de lui pour détecter sa présence mais rien n’y fait, il ne le voit plus et ne sent plus son cosmos.
Soudain, la branche sur laquelle il se maintient cède.
Le futur Guerrier Divin tombe lourdement dans le manteau blanc qui couvre le sol.
L’intriguant papillon descend jusque devant lui et bat des ailes avec agilité.
Lorsque l’insecte choisit de faire demi-tour et de repartir dans la direction depuis laquelle il est arrivé en compagnie de Syd, le futur marié le suit du regard et se retrouve nez-à-nez avec plusieurs arbres abattus qui lévitent dans les airs et fondent sur lui.
Avec toute l’agilité que son entourage lui connait, Syd esquive chacun des morceaux de bois.
Désormais, il a perdu la trace du papillon et de l’intrus. En restant sur ses gardes, il constate avec effroi : « De la télékinésie ! Il a caché son jeu durant tout ce temps. Il est redoutable… »
Il lève les yeux jusqu’en haut de la colline où le Walhalla est surplombé par la statue d’Odin et poursuit sa phrase : « … L’heure est grave ! Je dois me rendre auprès de sa majesté Hilda ! »
 
 
Pendant ce temps, dans l’obscure bibliothèque du Walhalla, illuminée par quelques torches aux flammes vacillantes, Rhadamanthe range tous les livres qu’il a sorti depuis son arrivée.
Dans le couloir, Héraclès, le soldat qui deviendra le God Warrior de Tanngrisnir, dépose un épais manteau de fourrure et un sac avec quelques victuailles comme lui a commandé Rhadamanthe. Chargé lors de ses gardes de prendre soin de l’invité d’Hilda, le colosse grommelle d’en être réduit à ces basses besognes.
Il écoute la conversation entre l’Anglais et Alberich.
_ « Je n’ai plus besoin de ta surveillance Alberich. J’ai pris une décision !
_ Mais quelle décision ?
_ Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Tu as été très charitable jusque maintenant et j’aimerai te demander un dernier service.
_ Quoi que tu me demandes et quelle que soit la réponse que je t’apporterai, sache que je ne te laisserai pas partir. Hilda m’a confié ta surveillance.
_ Quelle direction dois-je prendre pour me rendre en Chine le plus rapidement possible ?
_ La Chine ? J’ai feuilleté les ouvrages que tu as sortis. Hadès, la tour maléfique, la terre scellée en Chine. Tu t’engages sur un terrain dangereux ! »
 
 
Plus haut, là où la lumière est moins rare, dans les appartements d’Hilda, la représentante d’Odin et son général sont tourmentés.
_ « Un cosmos noir se développe à nouveau, ressent Siegfried. Il est à l’intérieur du palais. Il s’agit de Rhadamanthe cette fois !
_ Et un autre cosmos, vient de le rejoindre. Odin nous a avertis du danger, déplore Hilda ! »
 
 
En bas, Alberich craint les intentions de son hôte.
_ « Tu ne dois pas partir. Surtout pas là-bas. Si tu affiches clairement tes ambitions tu seras considéré comme un traitre envers le Sanctuaire. Asgard te donnera la mort.
_ Trop tard, ma décision est sans équivoque.
_ Mais quelle décision, s’impatiente Alberich ?! »
Soudain, un cosmos d’une noirceur extrême envahie la pièce.
Bien moins importante que celle de Rhadamanthe, l’énergie de cet homme immobilise Alberich.
Le responsable de cette technique télékinésique n’est autre que le mystérieux homme que suivait Syd.
Il entre dans la bibliothèque et défait son manteau noir couvert de neige pour arborer son maillot gris, son pantalon noir et son opulente chevelure rose : « Le Seigneur Rhadamanthe a pris la décision de trouver une réponse à ses questions là où il est sûr de pouvoir les comprendre. »
Myu se dévoile enfin.
A ses pieds, inerte, Héraclès, vaincu par surprise, jonche le sol.
La pression télékinésique contracte tous les membres d’Alberich qui demande avec beaucoup de difficulté : « Myu ? Est-ce toi ? »
Le futur Spectre de l’Etoile Terrestre Féérique ne répond pas et se prosterne devant le futur Juge des Enfers : « Pour une raison que j’ignore encore, je me sens tenu de vous prêter allégeance. Je vous suivrai donc afin de trouver moi aussi la raison de mon existence. »
Rhadamanthe observe Myu avec un air suffisant : « Partons à présent. Les évènements de cet après-midi ont dû éveiller quelques soupçons auprès d’Hilda et des siens au sujet de nos intentions. »
Alberich tente de retenir celui dont il a la garde.
_ « Attends ! Tu me disais que tu étais à la recherche de ton identité, d’une cause à défendre… Je n’aurais jamais imaginé que tu puisses autant vouloir détruire ce monde en offrant tes services à un dieu maléfique.
_ La destruction de ce monde est inévitable. Les hommes l’ont pourri par leurs vices et leurs ambitions démesurées. Ce monde est devenu bruyant, les hurlements de folies de ceux qui le gouvernent et les cris de désespoir de ceux qui en souffrent sont assourdissants. La mort apporte la paix à tous, aux fous comme aux malheureux. J’apporterai au seul dieu capable de réaliser cette mission sacrée qui est d’établir la paix, toute ma force et ma violence afin qu’il offre le confort de son silence au monde entier !
_ Tu es fou. »
Rhadamanthe passe devant Alberich et lui agrippe sa chevelure améthyste avant de répondre : « Pas plus que toi qui rêve de dominer le monde… Oui ! J’ai bien cerné tes lectures moi aussi ! Lorsque Hadès aura vaincu Athéna et Odin, pense à choisir intelligemment ton camp. »
Le Wyvern achève son discours en décochant un terrible coup de poing dans l’estomac du futur Guerrier Divin de Delta qui s’écroule inconscient, déjà épuisé par l’étreinte de Myu…
 
Dans les couloirs, Hilda, devancée par Siegfried, se dirige vers la bibliothèque et court prendre Alberich dans ses bras pour l’aider à reprendre connaissance.
Siegfried, lui, ramène Héraclès à lui.
Alerté par les cosmos ténébreux, Sigmund et Hagen les rejoignent.
_ « Majesté ! Siegfried ! C’est terrible, mes soldats qui veillent à la sécurité du palais, ils ont tous été vaincus. Les rares survivants affirment qu’il s’agit de Rhadamanthe et qu’il serait accompagné de Myu, constate Sigmund en chef des armées. »
Alberich revient à lui.
_ « Ha… Hadès… Ils semblent être des Spectres d’Hadès.
_ Des Spectres, s’interroge Hagen ? »
Siegfried pointe du doigt deux soldats qui viennent de débarquer.
_ « Vous ! Restez ici en compagnie d’Alberich et Hagen pour veiller sur Hilda. Moi je pars les rattraper.
_ Non attends Siegfried ! Je pars avec toi, le retient Hagen.
_ Je serai plus rassuré en te sachant auprès de Notre Eminence, tempère Sigmund en posant une main sur l’épaule de son frère.
_ Ça ira Siegfried, se ressaisit Alberich ! Vous ne serez pas trop de deux pour les arrêter. Ils ne reviendront plus ici, ils souhaitent se rendre en Chine. Je veillerai sur la Princesse Hilda. »
Siegfried défie du regard Alberich l’espace d’une seconde : « Sauras-tu ne pas faillir à ta tâche cette fois-ci ? »
Hilda ramène le calme : « Ça ira Siegfried ! Sigmund sera également présent pour veiller sur moi le temps de rassembler des hommes qui viendront à votre renfort. Hagen et toi pouvez disposer. »


A cet instant, près du temple de Hel où Syd fut attaqué, Rhadamanthe court, suivi de Myu.
_ « Myu, nous devons nous rendre en Chine.
_ Je connais ces terres glacées depuis mon enfance. Nous devons emprunter la direction du Sud Est pour atteindre la Laponie. C’est une région qui comprend le Nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et une partie de la Russie. C’est seulement lorsque nous aurons traversé les fjords, les vallées encaissées, les glaciers et les montagnes que nous... »
Brusquement, le sol se fend devant eux et interrompt le Papillon.
Rhadamanthe s’insurge : « Qui a fait ça ?! »
Depuis une branche d’arbre bondit le futur Guerrier Divin de Zeta, Syd de Mizar : « Je suis Syd de Mizar, protecteur d’Asgard. »
Myu surgit devant son nouveau maître : « Je vois, mon petit tour de tout à l’heure ne t’a pas suffi, tu es toujours sur mes traces. Cette fois tu vas mourir. »
Myu tente de paralyser Syd mais la cosmo énergie qui émane de ce dernier est si forte que le Papillon est contré. Ce don qu’il s’est découvert il y a peu et qu’il a gardé secret n’est pas encore au point. Troublé par l’avantage de Syd, Myu ne le voit pas débarquer devant lui, griffes en avant : « Goutte aux Griffes du Tigre Viking ! Viking Tiger Claw ! »
Myu est frappé en plein tronc, son maillot gris est déchiré.
Le futur Spectre recule de quelques pas en se cramponnant la poitrine de douleur.
Syd effectue un coup de pied retourné en plein visage du soldat de Rhadamanthe, l’envoyant ainsi dans les airs pour le laisser retomber lourdement dans un manteau de neige.
Syd se retourne ensuite vers Rhadamanthe : « A ton tour ! »
Néanmoins, le futur Juge a disparu au désarroi de l’Asgardien : « Comment ?! Mais… Où est-il ? »
La voix grave de l’anglais lui répond : « Derrière toi ! »
Syd fait volte-face mais ne trouve personne.
Il pivote à nouveau sur lui-même, puis une fois encore sans trouver quiconque.
En levant la tête vers les cieux, il distingue enfin un dragon s’abattre sur lui.
Il croise devant son visage ses bras afin de se protéger et se laisse frapper de plein fouet par l’émanation cosmique du Wyvern.
Aussitôt le coup projeté, Rhadamanthe jaillit derrière lui et le cogne avec son genou dans le rein droit.
Les pieds de Syd se soulèvent légèrement du sol.
Ce n’est que lorsqu’ils s’apprêtent à retoucher terre que Rhadamanthe joint ses mains pour cogner de toutes ses forces la colonne vertébrale de son adversaire qui s’échoue face contre terre dans la neige.
Rhadamanthe s’agenouille devant le crane de son ennemi et tend l’ensemble de ses doigts pour trancher la tête du futur Guerrier Divin.
 
C’est là, que du sol, jaillissent tels des pointes incérées des morceaux de roche qui soulèvent à des mètres de hauteur un Rhadamanthe totalement abasourdi.
Pendant ce temps, un jeune homme aux cheveux mi-longs, blonds, surgit devant Syd pour le protéger. Ce beau garçon, Hagen, est accompagné par un autre à peine plus âgé, Siegfried.
Ce dernier, le visage fermé, pointe du doigt le sol d’où jaillissent les lames rocheuses.
C’est uniquement lorsque Rhadamanthe s’écroule lourdement contre le sol couvert de son habituelle poudre blanche que Siegfried prononce le nom de son arcane : « Odin Sword. »
Rhadamanthe serre la mâchoire en se relevant.
_ « Misérable rat ! Tu m’as attaqué en traître !
_ Comment peux-tu parler de trahison alors que tu t’es joué de l’hospitalité de la Princesse Hilda ? Tu es venu auprès de nous uniquement pour te rapprocher de nos connaissances et cultiver ta passion du mal ! Nous ne pouvons laisser deux fanatiques d’Hadès quitter nos contrées pour répandre le chaos dans le monde. »
_ Ma passion du mal ! Je n’arrive pas à croire qu’un homme qui vénère un dieu qui laisse mourir de faim dans le froid son peuple puisse me donner des leçons.
_ Comment oses-tu manquer ainsi de respect à Odin, s’insurge à son tour Hagen ?
_ Ne t’en fais pas jeune Asgardien. J’en ai autant contre ton dieu que contre sa représentante terrestre. La famille de Polaris se plait à pleurnicher en implorant Odin d’être plus clément. Hadès, lui, n’attend pas qu’on se morfonde pour être généreux. Il laisse aussitôt derrière lui un monde sans souffrances où la peur, la misère et la faim ne sont plus. Il offre la délivrance et c’est dans l’intérêt de ton peuple, que je souhaite aujourd’hui affirmer ma fascination pour ce dieu. Hadès sera le libérateur d’Asgard et du reste du monde. »
Siegfried perd patience, il se lance face à Rhadamanthe en effectuant avec ses jambes un ciseau pour frapper de plein fouet son ennemi en hurlant : « S’en est trop ! »
Rhadamanthe protège ses côtes, en repliant son bras pour le mettre en opposition contre la jambe de Siegfried. Le Wyvern profite du fait que le futur Guerrier Divin d’Alpha soit déstabilisé dans les airs pour poser ses deux mains bien écartées contre sa poitrine et concentrer sa cosmo énergie : « Greatest Caution ! »
Le cosmos dégagé par Rhadamanthe prend la forme d’un dragon qui dévore Siegfried dans un flot de sang, le maillot totalement arraché, le faisant s’écraser contre un épais chêne qu’il fracasse pendant l’impact.
 
Derrière Hagen, Myu revient à lui.
Le futur Guerrier Divin de Beta est cerné.
Myu sourit : « Ne t’inquiète pas Hagen, tu retrouveras la Princesse Freya dans le monde utopique qu’Hadès créera à l’humanité. »
En entendant ces paroles, le sang d’Hagen ne fait qu’un tour et celui-ci se retourne face au Papillon pour le corriger.
Hélas, Rhadamanthe arrive derrière lui et lui balaye les jambes avec les siennes. Myu profite alors du déséquilibre d’Hagen pour foncer genou en avant en pleine face du fougueux Asgardien.
Hagen est projeté en arrière mais parvient grâce à un mouvement acrobatique à se réceptionner sur les jambes.
Bien que de son nez, désormais fracturé, s’écoule de l’hémoglobine en abondance, il se tient droit, concentré et déterminé. Il tend son bras droit, poing serré vers le sol et, avec, forme un arc de cercle tandis que son bras gauche reste plié pour s’assurer une bonne garde. C’est seulement lorsqu’il rejoint son bras droit contre son bras gauche qu’il joint l’ensemble devant sa poitrine et le lève jusqu’à hauteur de son visage comme s’il appelait dans ses poings le froid qui règne sur ces terres. Enfin, il dirige ses bras tendus contre ces deux ennemis et libère son arcane : « Universe Freezing ! »
Une gigantesque vague de froid vient frapper les deux futurs Spectres qui plient les genoux et cachent leurs visages derrière leurs mains pour lutter.
Hagen ne leur laisse aucun répit et répète les mêmes mouvements : « Universe Freezing ! »
Les deux acolytes commencent à fléchir alors qu’Hagen réalise un nouvel arc de cercle avec son bras droit.
Le passionné amant de Freya invoque à nouveau sa cosmo énergie alors que ses genoux tremblent, Rhadamanthe constate : « Il faut à tout prix trouver la parade, sinon nous finirons congelés dans des cubes de glace… »
Malgré ses jambes qui ploient, Hagen réitère : « Universe Freezing ! »
Cette fois-ci le Wyvern et le Papillon choient dans la poudreuse.
Hagen sait que ce coup sera le dernier, il peine à reprendre son souffle : « Seigneur Odin… Donnez-moi la force d’accomplir une dernière fois un miracle… Pour Freya… Pour Asgard… »
Rhadamanthe ne trouve pas le courage de se relever au contraire de Myu dans les yeux duquel brûle une lueur d’espoir. Dans son esprit s’anime une espèce de larve visqueuse qui sécrète une éruption acide dégageant tout sur son passage.
Myu murmure : « Je l’ai déjà réussi dans une autre vie… Sous une autre forme… Je peux le faire… J’en suis capable… »
Le représentant de l’Etoile Terrestre Féerique ferme les yeux en voyant Hagen déclencher une ultime vague de froid : « Universe Freezing ! »
Myu sourit à l’approche du souffle glacial et colle ses mains contre son front, paumes ouvertes en direction d’Hagen. Une aura cosmique verte s’agite alors : « Ugly Eruption ! »
Des mains de Myu, jaillit une lave acide qui fait fondre la neige à mesure qu’elle vient à la rencontre du souffle d’Hagen.
Le choc du chaud et froid, ainsi que des deux cosmo énergie qui les ont produits, provoque une impressionnante déflagration qui repousse en arrière les acteurs de ce combat.
 
N’ayant pas de temps à perdre, Rhadamanthe aide Myu à se ressaisir au beau milieu de l’épais brouillard de condensation déclenché par l’explosion.
Avançant avec difficulté tant la vue de l’horizon est obstruée, Rhadamanthe est retenu à la jambe.
En agitant sa main dans la brume, il distingue Hagen bien obstiné à faire barrage de son corps s’il le faut : « Voilà un adversaire bien coriace. Mais que peux-tu faire contre deux guerriers d’Hadès dans ton état ? Je vais te fracasser le crâne avec mon pied. »
Tandis qu’il prend de l’élan avec sa jambe, un dragon apparait devant Rhadamanthe, stupéfait.
N’ayant pas le temps de se ressaisir, il encaisse un violent coup de poing dans l’abdomen.
Le souffle coupé, il recule en se maintenant le ventre et en crachant du sang.
Myu qui se trouvait juste à côté de son supérieur avant que celui-ci ne recule est interdit : « Siegfried ! Tu… Tu es toujours en vie… »
Le torse nu, couvert d’ecchymoses, les sourcils froncés, le légendaire Siegfried fait face.
Rhadamanthe lève avec difficulté le menton : « Les rats ont la peau dure on dirait. »
L’Anglais est pris d’une crise de fou rire qui devient bien sarcastique. Même Myu commence à s’inquiéter devant l’état de folie emprunt par son supérieur. Il recule peu à peu pour se dégager du champ de bataille qui se dessine autour de Siegfried et Rhadamanthe.
Derrière chacun des deux hommes apparait un dragon. Celui de l’Asgardien, le dragon de Fafnir, a deux têtes tandis que celui de Rhadamanthe déploie ses immenses ailes.
Siegfried lance le premier assaut en pointant du doigt les pieds de Rhadamanthe : « Odin Sword ! »
Les yeux révulsés, Rhadamanthe évite les morceaux de roches affilés en se déplaçant à grande vitesse jusque Siegfried qui reste immobile et encaisse sous l’effet de surprise un violent coup de tête qui lui éclate l’arcade sourcilière gauche.
Le temps qu’il reprenne ses esprits, il est frappé par une multitude de coup de poing sur l’ensemble de son corps.
Espérant ainsi l’achever, Rhadamanthe écarte en grand ses bras pour dégager une violente onde de choc grâce au Greatest Caution.
Toutefois, contre toute attente, Siegfried semble à peine souffrir des échanges précédents et riposte avant lui.
De son poing droit il cogne si fort l’épaule droite de Rhadamanthe qu’il n’est pas difficile d’entendre celle-ci se déboiter.
D’un crochet du gauche il fend la pommette droite du Wyvern et d’un uppercut du gauche il le soulève du sol.
Rhadamanthe ne dit pas son dernier mot et saisit le poing qui vient de le heurter pour hisser son adversaire jusqu’à lui et le frapper à hauteur de la clavicule droite.
Désarmé par ce coup, Siegfried est écrasé par les quatre-vingt-quatre kilos de Rhadamanthe qui arrive sur lui coude en avant contre la cage thoracique en regagnant le sol.
Couché sur le dos, Siegfried ne laisse pas à Rhadamanthe le temps de se remettre sur ces jambes que déjà il le bouscule volontairement avec les siennes.
Ayant du mal à se servir de son bras droit en raison de la douleur ressentie à sa clavicule, Siegfried s’appuie sur sa main gauche et effectue un mouvement acrobatique lui permettant de lever les jambes en l’air afin de frapper simultanément Rhadamanthe dans le cou avec la gauche et contre la tempe avec la droite.
Poussé sur le côté par l’impact, Rhadamanthe se réceptionne contre un arbre tandis que Siegfried est déjà sur pieds.
Les yeux totalement brouillés par la rage, Rhadamanthe ne peut se contenter de ce match nul et écarte ses bras en poussant un râle inhumain.
_ « Tu vas subir ma colère !
_ J’ai déjà encaissé le Greatest Caution. Ça ne marchera pas cette fois contre moi.
_ Essaie de l’éviter sous cette forme, sourit Rhadamanthe. Greatest Caution ! »
En garde, prêt à voir surgir le coup de Rhadamanthe sous la forme d’un dragon, Siegfried est surpris de voir son rival maintenir ses bras bien écartés. Tout à coup, il sent une étrange sensation faire pression contre son corps, celui-ci commence à se déformer avant d’être soufflé par une violente onde de choc qui dégage les alentours du brouillard qui couvrait les environs.
Le corps inerte de Siegfried accompagne désormais ceux de Syd et Hagen.
 
Rhadamanthe revient à lui et tourne la tête vers Myu qui est encore sous le charme de la victoire de son maître.
Après avoir libéré un soupir de soulagement, l’Anglais choisit de rejoindre Myu mais son corps est mystérieusement paralysé.
Une goutte de sueur, preuve de la nervosité de Rhadamanthe, perle sur son front et vient se mêler au sang qui couvre son visage : « Myu ! Cesse-donc de te jouer de moi avec tes pouvoirs télékinésiques et reprenons notre route. »
En fixant son soldat, Rhadamanthe comprend que cela n’est pas de son fait.
Plus loin, le corps de Siegfried est toujours entouré par l’effluve de son cosmos. Cette même émanation tournoie autour de Rhadamanthe qui est figé : « Ainsi donc je subis directement la concentration de son cosmos… »
La voix venue d’outre-tombe de Siegfried répond sèchement : « C’est exact. La préparation de mon ultime arcane est si imposante que tu en ressens déjà les effets. »
Derrière Siegfried apparaît à nouveau le dragon de Fafnir tandis que le ciel s’obscurcit et que des éclairs s’abattent tout autour de Rhadamanthe.
Le Wyvern réunit une dernière fois l’ensemble de ses forces et, grâce à son aura violacé, se défait de l’emprise de son adversaire : « Ne crois pas m’effrayer avec ton manège ! »
Siegfried ne répond rien, plus mort que vif, il écarte légèrement les bras de sa taille et concentre son cosmos dans chacune de ses mains.
Rhadamanthe relève le défi : « Dragon contre dragon… Il ne va falloir qu’un millième de seconde pour nous départager… Encaisse une dernière fois ma terrible attaque ! Greatest Caution ! »
Rhadamanthe joint ses deux mains l’une contre l’autre, grandes ouvertes, pour laisser s’échapper sa cosmo énergie qui prend la forme d’un dragon.
Siegfried réunit ses deux mains, bras tendus, au-dessus de sa tête et accroit sa cosmo énergie qui prend la forme de deux sphères : « Dragon Bravest Blizzard ! »
Siegfried replie ses coudes pour prendre davantage d’impulsion et dirige ses deux bras, poings serrés, dans la direction de Rhadamanthe.
Les deux sphères s’enroulent l’une autour de l’autre afin de n’en faire qu’une seule qui dévore le dragon de Rhadamanthe et frappe le futur Juge en plein abdomen.
Le Wyvern est soulevé du sol et retombe aux pieds de Myu.
Les vêtements couvrant le torse de Rhadamanthe sont arrachés et un cercle s’est formé à l’impact du coup porté par Siegfried aussi bien sur son buste que dans son dos, comme si le Souffle du Dragon l’avait transpercé.
Siegfried, tête baissée, reste debout.
Ses bras pendent le long de son corps et ses cheveux voguent dans le vent.
Le ciel se désassombrit et la brume se dissipe dans un silence de mort.
Myu avale sa salive et décide d’affronter le dernier défenseur d’Asgard encore debout.
Lorsqu’il s’apprête à faire le second pas, sa jambe est retenue par la main de Rhadamanthe qui se remet peu à peu.
_ « Ce n’est pas la peine Myu. Il n’a plus aucune force. S’il est encore debout c’est parce qu’il souhaite faire écran de son corps afin de protéger ses deux amis couchés à terre.
_ Seigneur Rhadamanthe, si nous ne les éliminons pas maintenant, ils nous traqueront.
_ Nous sommes déjà bien affaiblis. D’autres arrivent, je les sens s’approcher. Nous ne pouvons prendre le moindre risque. Partons à présent. »
Myu cède aux ordres de son supérieur et emprunte la direction de la Forêt d’Améthyste et de la Route de Cristal pour espérer gagner la Laponie.
Rhadamanthe lui laisse quelques mètres d’avance et reste les yeux fixés sur Siegfried durant de longues secondes. Ses petits yeux jaunes dégagent un étonnant respect venant de sa part. Ils témoignent de profonds éloges envers l’adversaire le plus puissant qu’il a eu à affronter dans sa vie.
Le froid faisant frémir son corps désormais à demi-nu, Rhadamanthe recouvre enfin ses esprits et suit les traces de son fidèle serviteur qu’Hadès lui destine depuis des siècles, abandonnant Siegfried qui, impuissant, laisse des larmes s’échapper et rouler le long de ses joues meurtries.
 
Le grand protecteur d’Asgard attend que les siens arrivent auprès d’eux pour s’écrouler lourdement au sol en soufflant péniblement : « Alors c’est cela la décision d’Odin ? Abattre sa colère contre Hadès ? »
Un bel homme aux cheveux longs blonds réceptionne Siegfried avant qu’il ne s’écrase.
Siegfried reconnait son sauveur : « Mime… Myu, ton ami… Ils sont partis pour les terres du Sud… »


Tandis que des soldats du palais arrivent enfin sur leurs chevaux, Siegfried évoque à Mime les incidents provoqués par Myu.
Mime semble désolé à l’annonce de l’attitude de son fidèle compagnon. Il scrute la direction du Sud et déclare : « Les terres du Sud… Seulement après avoir traversés des milliers de kilomètres durant les plaines glacées, ils pourront atteindre la Russie. Je doute qu’ils puissent y parvenir, les conditions sont rudes et auront raison d’eux vu l’état dans lequel ils doivent être. »
 
 
Quelques minutes plus tard, au pas de course, Myu et Rhadamanthe emprunte la Route de Cristal pour quitter Asgard.
Juste avant de fuir ce territoire qui l’a accueilli enfant, Myu stoppe sa course et se retourne.
Les larmes envahissent ses yeux tandis qu’il murmure : « Mime… Mon ami… Je ne sais pas qui je suis. Chaque jour que le temps fait, en apprenant à tes côtés à maîtriser mon cosmos, je me suis découvert des prédispositions que je ne soupçonnais pas. Mes vraies origines sont scellées quelque part, je le sens. Je pars faire la quête de mon graal. Ne m’en veux pas d’avoir pris cette décision. Adieu. »

194
Ce n'est absolument pas d'actu pour le moment.
Je bosse sur une autre fanfiction.

195
Only for Love / Chapitre 20
« on: 8 July 2011 à 19h15 »
Chapitre 20

Yíaros… Ile de légende…
Il y a des milliers d’années, Yíaros était une île où Hébé et son armée établirent leur siège…

Plusieurs siècles plus tard, lors d’une Guerre Sainte où Alcides et Saints combattirent ensemble contre Arès, les Berserkers du Dieu de la Guerre frappèrent un grand coup contre Hébé. La bataille qui eut lieu sur Yíaros fut si acharnée, que même l’île en subit les terribles conséquences. Elle fût scindée en deux, suite à un terrible tremblement de terre provoqué par le cosmos divin d’Arès.
De nos jours, il existe deux îles d’Yíaros, celle que le monde contemporain distingue sur les cartographies dès l’école, celle où ont survécu uniquement des légendes.
Et celle où les légendes vivent encore, là où aucun homme ne peut aller, là où s’écrit une nouvelle page du monde…

Ce 7 mars 1985, les troupes envoyées par le Grand Pope finissent de passer à proximité de l’île d’Yíaros connues des hommes.
Elles s’engagent dans les eaux inaccessibles pour les marins du monde moderne en raison des courants forts maintenus par le cosmos d’Hébé.
En mer Egée, à quelques kilomètres de l’île d’Yíaros siège d’Hébé, il fait encore nuit, le soleil ne s’est pas encore levé en Grèce.
Sur le bâtiment du Capricorne, les hommes dorment encore sur le pont, leurs supérieurs leur autorisent.
La nuit fut plus difficile pour les huit chevaliers attablés autour d’une carte d’Yíaros, apportée par les prêtres qui connaissent bien ce domaine.
Réunis dans une calle illuminée par quelques torches aux flammes vacillantes, il n’en faut pas plus pour qu’ils constatent chacun les cernes de certains ou l’empressement d’autres.
Dans leurs armures, de bronze, d’argent ou d’or, ils sont tous épuisés et tous en désaccord bien que la décision finale incombe à Aldebaran et Shura. S’ils sont tous les deux sur la même longueur d’onde, ils préfèrent néanmoins réunir tous les avis et étudier tous les plans de secours qui peuvent être utiles.
Babel est sceptique à propos de ce plan périlleux : « Cette stratégie est ambitieuse. Pendant que nous attaquons leur port qui domine toute la côte Sud de l’île avec un seul navire en regroupant cent-cinquante de nos deux-cents soldats, vous souhaitez que les deux autres vaisseaux fassent machine arrière ? »
Aldebaran le rassure comme il peut : « En réalité, pendant que l’assaut sera donné de front sur le Sud, nos deux autres bateaux feront en sorte que la côte les perde de vue. Ainsi nous garderons un bateau en mer uniquement composé de l’équipage afin d’assurer les liaisons éventuelles entre Yíaros et le Port du Destin en Crète, tandis que l’autre navire fera le tour de l’île, à l’abri des regards ennemis… »
Shura prend la suite : « Il conduira un chevalier et nos cinquante hommes restants à l’Est. Le Nord et l’Ouest de l’île sont bordés par des montagnes infranchissables. Nos prêtres ont effectué de nombreux voyage là-bas, ils assurent que l’Est de l’île n’est pas habité et n’est aucunement surveillé. Il n’y a pas de plages pour débarquer et l’ensemble de cette région n’est qu’une vaste forêt. Le contour de cette zone nous permettra de ne pas être repérés. Ensuite, à l’encablure entre les roches montagneuses du Nord et les premières broussailles de la forêt de l’Est, une rivière se déverse dans la mer et constitue un plateau idéal pour débarquer. »
Philémon, le jeune Saint du Lièvre n’est pas rassuré : « Sauf votre respect Seigneur Shura, s’il s’agit d’un endroit idéal pour débarquer, il s’agit également d’un endroit idéal pour tendre une embuscade. »
Shura est bien sûr de lui : « De combien d’hommes pensez-vous qu’Hébé dispose encore ? Elle a amené la quasi-totalité de ses légions au Sanctuaire et elle n’en est repartie qu’avec une infime partie. Leurs survivants sont encore blessés et ceux qui ne le sont pas physiquement le sont moralement ! »
Aldebaran relaye l’espagnol : « Avec l’attaque de masse que nous allons faire sur leur port, nous allons percer leur défense et avancer au fur et à mesure vers le temple d’Hébé, le Parthénos qui se trouve au centre de l’île. Nous allons focaliser sur nous l’armée toute entière d’Hébé. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas une sentinelle en faction sur le point Nord-Est de l’île, mais un chevalier d’argent ou même de bronze peut réussir cette mission. Il faut vous dire qu’hormis un maigre accueil, rien ne barrera cette route. En réalité, pendant que nous attirerons depuis le Sud l’attention en direction du Parthénos, c’est cette troupe de cinquante hommes qui investira en premier le Parthénos ! »
Shura reprend : « C’est pour cela qu’il nous faut un homme de terrain qui a déjà fait ses preuves en menant une légion. »
La Turque ayant soif de revanche envers Apodis, Yakamoz de la Grue, assure aussitôt : « Apodis a à c½ur de mener cette tâche. Il a déjà prouvé lors de nombreuses situations qu’il savait mener une équipe. N’est-ce pas lui et ses hommes d’ailleurs que tout le monde surnomme au Sanctuaire « Achille et ses mirmidons » ? »
Shura acquiesce : « C’est exact Saint d’argent de la Grue. Très bonne réflexion. Apodis, j’imagine que tu es volontaire pour cette mission ! »
N’ayant pas le choix, il assure : « Bien que j’envoie mes hommes vers l’inconnu, j’accepte cette mission pour Athéna. »
Aldebaran, Shura, Yakamoz, Babel, Ptolémy, Naïra et Philémon crient en ch½ur : « Pour Athéna ! »

Avant qu’ils ne se quittent, Ptolémy, toujours caché sous sa soutane et son masque, soulage l’inquiétude d’Apodis : « Rassure-toi Apodis, je sais de source sûre que quatre Saints de bronze sont sur le chemin du retour pour le Sanctuaire. Le Grand Pope compte les envoyer immédiatement en soutien ici. Ce ne sera qu’une partie de plaisir pour toi. »
Yakamoz intervient : « Hum… Toi et tes sources Ptolémy, le fidèle messager du Grand Pope ! »
Ptolémy ne répond rien et disparait dans l’ombre, laissant seuls Yakamoz et Apodis. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis entame les hostilités/
_ « Tu nous envoies délibérément droit au massacre mes hommes et moi !
_ Je n’ai pas menti, je pense que tu es le meilleur pour cette mission.
_ Tu sais que c’est du suicide. Nous partons à l’inconnu ! »
Yakamoz quitte la calle et rejoint tous les autres Saints sur le pont. En partant elle déclare : « Je ne sais pas de quoi est faite cette mission, mais je t’avoue que si tu pouvais y trouver la mort, ma vengeance serait alors faite. Quoi qu’il en soit, tu mourras pour m’avoir menti et pour avoir vu mon visage. »
Apodis se retrouve seul entouré de caisses en bois.
Furieux, il fracasse la table autour de laquelle ils viennent de se réunir.
Animé par son désir de revanche, il doute de cette mission un instant. Ces doutes lui font venir en mémoire de biens tristes souvenirs…

Flashback
1979. Apodis avait maintenant douze ans.
Il ne connaissait son père que lors des rares soirs où il rentrait saoul en hurlant après sa mère et lui, les insultant et les menaçant.

Le souci n’aidait pas à soigner Mujakis de ses maux aux poumons. Ils lui faisaient cracher du sang à chaque quinte et la diminuaient à vue d’½il. 
Le seul rayon de soleil dans sa vie, c’était son petit garçon qui écrivait de nombreuses compositions dans lesquelles, il contait les aventures des anciens héros du Sanctuaire telles qu’on les lui avait racontées. Il faisait aussi dans ses reliures, l’éloge de divinités par de grands poèmes et autres récitals.
Apodis suggérait même à sa mère de venir travailler avec dans les champs afin de se payer l’école des scribes à Honkios où les prêtres du Sanctuaire donnent l’instruction. Ainsi il écrirait les lois, enregistrerait les messages des prêtres et des chevaliers, noterait les ordres de mission des Saints et les suivrait sur les champs de bataille pour rapporter les victoires sur papier…

Contrairement à ses autres camarades qui devenaient soldats, ou qui travaillaient dans les fermes ou les commerces des villages, Apodis passait ses journées sous les arbres, à écouter les oiseaux chanter tandis qu’il écrivait.
Lorsqu’il ne prêtait pas l’oreille pour les entendre, il les observait prendre leur envol dans le but d’adapter une technique de combat semblable à leurs mouvements fluides. Car ce jeune créateur nourrissait un second rêve, devenir fort pour protéger sa mère de son tyran de père.
Malheureusement, le chétif Apodis manquait de vivacité pour aboutir à un résultat.
Suite à une contre-indication de sa maman, Apodis n’a jamais été entraîné ni au maniement des armes, ni aux exercices physiques, ni aux arts de combat. Et encore moins aux notions de cosmo énergie.
Malgré toute sa bonne volonté, il devint la risée d’Honkios où les jeunes apprentis chevaliers de la ville flânaient auprès des jeunes filles et faisaient des démonstrations de force en se servant de lui comme sac de sable. Apodis espérait charmer ces demoiselles, en les émerveillant par quelques ballades qu’il composait. Toutefois, ses alexandrins n’eurent guère de charme puisqu’ils étaient prononcés par un moucheron qui subissait humiliations sur humiliations.
Lorsqu’il rentrait chez lui couvert d’ecchymoses, Frontinus constatait que son fils s’était battu. Il lui demandait chaque fois : « As-tu gagné ? »
L’adolescent baissait honteusement la tête comme il en avait la fâcheuse habitude : « Non. »
Furieux face à tant de faiblesse, Frontinus le corrigeait après avoir balayé sa femme qui espérait s’interposer. Il le flanquait à la porte : « Sors de chez moi ! Il n’y a pas de perdant ici. Tu ne rentreras dormir que lorsque tu te seras vengé. »
Dehors, tandis qu’il pleurait toutes les larmes de son corps, sous les regards moqueurs des enfants de son âge, pour certains déjà Saints, il entendait Frontinus tenir responsable sa femme de lui avoir donné un enfant aussi déficient.
Il ne pouvait pas rentrer chez lui protéger Mujakis du courroux de Frontinus, il ne savait déjà pas faire face à de simples villageois, un combat contre son père aurait été un massacre.
Sa promesse de protéger sa mère ne pouvait être tenue.
Il se découvrait être lâche en plus d’être peureux.
La fureur qu’il avait envers son père devint une rage contre lui-même.
Il se haïssait, se trouvait insignifiant, laid et pitoyable.

Les semaines défilèrent et quand les autres ne le passaient pas à tabac et qu’il pouvait rentrer chez lui, il découvrait sa mère qui sanglotait tout en préparant le repas de son mari, dont on entendait le râle dans la chambre conjugale en compagnie d’autres femmes.
Sa colère devint de l’affliction et il pleurait dans les bras de sa mère qu’il ne pouvait consoler.
Sous les arbres, les oiseaux ne chantaient plus en sa présence.
Sa force de frappe ne progressait pas, il s’écorchait à peine ses minables poignets contre les arbres.
Si bien qu’il cessa toute tentative, de crainte de se blesser davantage.

Sa perte de confiance rendit tout encore plus sombre autour de lui.
L’inspiration ne lui venait plus.
La lecture de ses récits d’antan n’avait plus de saveur.
Quand il se relisait, il découvrait des textes remplis de joie de vivre. Il déclarait alors cyniquement que tout ceci n’avait aucun sens.

A bout de force, arrivé à être dégoûté de ses ½uvres, il décida de s’en séparer et parti loin de chez lui pour les enterrer.
En traînant les pieds, remontant sur plusieurs kilomètres la rivière où s’entrainait Frontinus, il descendit jusqu’au Sud du domaine au beau milieu d’une plaine fleurie.
Dans cet herbage magnifique où de jolis rosiers enroulaient les vestiges de temples anciens, des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguaient au gré du vent.
Bien que le décor fût enclin au bonheur, chauffé par un soleil radieux et proche d’un lac à l’eau pure, Apodis broyait du noir.
Soudain, une douce berceuse vint soulever le poids de son fardeau. Jamais complainte ne fût si harmonieuse.
Il lâcha ses livres et se laissa tomber en arrière dans ce jardin féérique.
Son âme était apaisée par cet instrument qu’il reconnut être une lyre.
Couché, les yeux clos et le visage souriant enfin, il sentit la chaleur du soleil disparaître lorsqu’une ombre la lui cacha.
En revenant doucement à lui, son regard se figea dans les yeux noirs en forme d’amande d’une belle jeune femme.
Devenu peureux, il se redressa instantanément et recula en tremblant : « Pa… Pa… Pardon… Je suis désolé mademoiselle… »
Elle lui envoya un sourire amical tout en recoiffant ses cheveux blonds balayés par le vent qui se leva agréablement.
Apodis l’admira, menue dans sa robe beige maintenue à sa taille par un ruban de soie. Sa voix fut douce et le rassura : « Ce n’est rien jeune villageois. Je me nomme Eurydice et cette mélodie que tu as entendue est celle de mon ami Orphée. »
Sorti de nulle part, tout de bleu vêtu, ses cheveux, à peine plus clair que ses vêtements, tombant dans son dos, le Saint d’argent de la Lyre apparut derrière Apodis : « Ce lieu est paisible et m’inspire au plus haut point. Seuls les artistes peuvent venir s’y reposer en écoutant ma musique. Quel est ton talent ? »
Complètement apathique, Apodis maugréa : « Je n’ai aucun talent. »
Une nouvelle voix venue cette fois-ci de derrière Eurydice réagit. Elle parut plus jeune et remplie de malice : « Je suis sûre que c’est faux ! »
Apodis était anéanti. Avec le temps, il avait appris seul à percevoir la présence d’autrui, là il n’avait même pas constaté qu’il n’était pas seul ici.
Amorphe, il observa cette fille visiblement du même âge que lui, Netsuai. Ses cheveux bruns aux reflets orangés coiffés au carré, un carré plongeant, faisaient ressortir ses yeux bleus marine.
Elle s’accroupit dans sa fine robe rose qui la serrait de la poitrine à la taille où un fin ruban de soie semblable à celui d’Eurydice la maintenait. Dans ce sol fleuri elle ramassa les reliures d’Apodis et s’approcha d’Orphée. Ses délicats pieds nus se faufilaient dans l’herbe tandis qu’elle tenait du bout de l’index ses sandales par leurs lanières.
Eurydice gronda la jolie et souriante chipie : « Netsuai, ma chère s½ur, tu aurais pu rendre ses affaires à ce pauvre garçon au lieu de les donner à Orphée ! »
Apodis ne voulait pas manquer de respect en demandant qu’on lui restitue ses biens, il était surtout effrayé par la réaction que pouvait avoir ce chevalier dont le nom était connu de tous dans le domaine sacré.
Effondré, honteux à l’idée de l’opinion qu’allait se faire Orphée de ses lectures, Apodis baissa lourdement sa tête vers le sol.

Pourtant, après quelques minutes où il étudia cela à une vitesse incroyable, Orphée sourit cordialement et lui tendit ses notes
_ « Tu m’inspires jeune villageois. Tes propos sont purs et honnêtes. Toutefois je sens que l’ambiance vire au scepticisme à mesure que j’avance dans ton ½uvre. Pourquoi ce revirement soudain et quel est ton nom ?
_ Apodis. Je m’appelle Apodis fils de Frontinus de la ville d’Honkios.
_ Ecoute Apodis fils de Frontinus, je ne suis pas un faiseur de miracles. Néanmoins, moi, Orphée Saint d’argent de la Lyre, je m’implique depuis toujours à apaiser les êtres grâce à mes notes de musique. Laisse-moi jouer pour toi et je pourrai peut-être te rendre ce que tu as perdu. »
Intimidé, ne croyant plus en rien ni personne, Apodis eut le sentiment de recueillir la pitié d’un Saint.
Crispant le plus qu’il put son visage, pour ne pas laisser couler ses larmes devant Eurydice et Netsuai, il ne prit pas ses affaires.
Il fit demi-tour et s’enfuit sans même regarder derrière…
Surprise, Netsuai s’étonna : « Il est parti sans ses livres ! »
Orphée répondit d’un ton concerné : « Ils ne peuvent plus rien pour lui. Il a perdu confiance. Cette petite flamme qui vit en chaque artiste est bien difficile à maintenir. Lorsqu’il aura fini de douter il se manifestera de nouveau à moi et je serai là… »
Flashback

Au-dessus d’Apodis, des pas s’agitent et le ramènent à lui.
Dans un silence le plus complet et avec discipline, les soldats se réveillent et forment les rangs sur le navire mené par Shura.
Les soldats des autres navires gagnent avec le même civisme celui qui va partir de front sur Yíaros.
Les guerriers s’accumulent sur le pont et commencent à gagner les calles pour ne pas être serrés davantage.
Apodis ressort donc en étant salué comme il se doit par les soldats qui ajustent encore une fois leurs protections.
Il avance, torturé par ses mésaventures passées.
Il est absorbé par ses doutes.
Aldebaran le rejoint et lui accroche de ses deux grandes mains les épaules : « Ça ira Apodis ? »
Apodis a le regard perdu, il répond sans grande conviction : « … Oui… Ça ira… »
Aldebaran secoue franchement son ami : « Oh ! Apodis ! Oh ! A quoi réfléchis-tu ? »
Toujours ailleurs, il annonce lentement : « Aldebaran, mon ami, tu te souviens du jeune garçon que j’étais avant de devenir Saint ? J’étais peureux, maladroit et faible… »
Il relève d’un coup son visage, chargé de rage et de volonté : « … et bien je jure sur mon armure, que ce petit garçon est définitivement mort depuis la perte des siens. »
La souffrance causée par le meurtre de sa famille pousse Apodis à se galvaniser.
Aldebaran est ravi de voir Apodis aussi enthousiaste et le serre dans ses bras : « Je ne te souhaite pas bon courage mon camarade, tu n’en auras pas besoin ! »
Apodis lui confirme ses propos par un sourire chaleureux, puis effectue un bond prodigieux jusqu’à son navire où l’attendent déjà cinquante soldats dont quinze de ses hommes, quelques religieux et les membres de l’équipage.
Ils lèvent l’ancre pour le Nord Est d’Yíaros...

Sur le bateau de Shura, l’ancre est levée également, les voiles sont dressées et le vent favorable à une bonne prise de vitesse.
Le Saint du Capricorne fait le tour des troupes, inspecte leurs armes, leurs protections et les fixent dans les yeux pour jauger leur courage.
Il observe les prêtres et les prêtresses prier Athéna et effectue avec eux quelques citations élogieuses destinées à leur déesse.
Il achève sa démarche en inspectant les calles les plus sombres du navire pour s’assurer qu’aucun déserteur ne s’y cache.
Sa mine est satisfaite, il est rassuré de voir que tout est en ordre, bien que ses sens le persuadent de l’approche d’une personne.
Les talons de l’inconnue tapent sur le sol en bois sec et indiquent par leur cliquetis, qu’il s’agit d’un individu portant une Cloth.
Sans même demander, il perçoit par le cosmos l’identité de la personne en approche : « Ah c’est toi… Mais que viens-tu faire ici ? »
Un masque de femme chevalier venant d’être lâché roule sur le sol.
Dans la pénombre une jeune femme aux longs cheveux blonds s’avance en retirant progressivement sa Cloth et ses vêtements.
_ « Pourquoi viens-tu de retirer ton armure… Yakamoz de la Grue ? »
L’amante d’Apodis prend la bouche du bel Espagnol.
Après un langoureux baiser, elle avoue : « Parce que cette nouvelle Guerre Sainte est très périlleuse, les Alcides se sont révélés plus puissants qu’on ne l’aurait cru. Si je devais ne pas revenir vivante de cette bataille, j’aimerais au moins avoir pu dévoiler mon c½ur à l’homme que j’ai toujours aimé. »
Eprise d’Apodis mais déçue par celui-ci, Yakamoz se jette dans les bras d’un homme de prestige qui n’en demandait pas tant.
Fort de son extraordinaire notoriété au Sanctuaire, Shura n’a jamais eu le moindre mal à trouver les partenaires qu’il désire. A tel point qu’il n’avait jamais prêté jusqu’ici attention à l’existence de la femme chevalier entièrement dévoilée face à lui.
Cependant, les charmes dévoilés de la Grue ne laissent pas le Capricorne indifférent.
Il accepte volontiers l’offrande et ôte à son tour sa Cloth.
Les deux Cloths retirées reprennent d’elle-même leurs formes en totem.
Aussitôt Yakamoz s’évertue à offrir à Shura ses plus délicates attentions.
Se laissant couvrir de caresses, Shura se focalise malgré tout sur son armure d’or. L’importance de sa mission, ainsi que le rôle de chevalier de l’espoir qui est le sien, lui rappellent l’égard qu’il avait pour un vieil ami…

Flashback
Eté 1973 - Tous les ans, en Grèce, l’été est parsemé de fines averses.
S’il pleut généralement trois jours durant les autres saisons, les averses estivales restent légions.
Cet été là, comme pour les précédents et les futurs, dans la ville même d’Athènes, quelques touristes aspiraient sans relâche, à découvrir ce lieu que les légendes nomment Sanctuaire. Parmi eux, des journalistes bien documentés tentèrent de percer le mystère mais repartirent bredouilles. Aucune carte, aucun parchemin n’indique l’endroit exact où il faut se rendre. Même si cela venait à être le cas, personne ne survivrait à ce mortel périple.
Pour s’aventurer dans les montagnes d’Athènes, là où il faisait par contre très sec et où le vent balayait la boue séchée en formant des tourbillons de poussière, il fallait maîtriser la cosmo énergie, comme ce jeune garçon qui entra par le Nord du Sanctuaire.
Sous le soleil éclatant, il atteignit sans la moindre peine son objectif.
Le vent soufflait dans sa chevelure brune.
Son visage serein et sa musculature imposante ne permettaient à personne de déterminer son âge véritable.
Arrivé au niveau des murailles, les gardes en faction lui ouvrirent sans broncher les portes en bois chargées de barres métalliques.
L’urne en or attelée à son dos indiqua immédiatement aux soldats le statut de ce garçon vêtu d’un pagne et d’un gilet troué.
Malgré la chaleur, l’individu ne suait pas, il camouflait tout simplement son identité depuis l’Espagne.
A son bras il tenait un long drap noir qui lui permit certainement de couvrir sa Pandora Box.

Aussitôt à l’intérieur du domaine sacré, il arracha sa tenue de contemporain pour se présenter dans une tenue relativement plus locale. Un long maillot prune serré à la taille par une ceinture de cuir, une épaulette de cuir pour lui cuirasser l’épaule gauche, un pantalon noir avec les lanières de ses spartiates entourées autour de ses chevilles.

Il poursuivit sa route jusqu’au Centre du domaine et la ville d’Honkios où il s’assit un instant au bord d’une fontaine en compagnie de quelques villageoises qui remplissaient leurs amphores d’eau potable.
Il leur sourit chaleureusement et plongea ses deux mains dans l’eau pour en remonter à ses lèvres. Tout en se délectant, il observait l’horloge du zodiaque et plus particulièrement le signe du Capricorne qui figure dessus : « Le dixième temple, celui du Capricorne... »
Puis, l’attention du Saint glissa vers le temple du Pope et la statue d’Athéna.
De quoi l’enjoindre à poursuivre son retour en ce lieu.
Il déplaça son regard devant lui et reprit sa route.

Il passa à proximité du camp d’entraînement où il donna sang et eau à sa première arrivée d’Espagne.
L’enseignement des arts de la chevalerie ne fut pas chose facile pour lui, tout comme le combat qu’il dû mener dans cet endroit qu’il approchait, le colisée.
C’est dans ce lieu, qu’il remporta le titre de chevalier en battant son dernier opposant il y a deux ans déjà.
_ « Deux ans… »
Quelles lui semblèrent longues ses deux années loin du domaine sacré.
Après son sacre, le précoce enfant obtint du Pope le droit de réclamer auprès de l’ancien Saint du Capricorne la Cloth que ce dernier ne portait plus.
Ionia, un vétéran, autorisé par Shion à se retirer au profit d’une nouvelle génération.
Devenu lui-même instructeur, Ionia consentit à reconnaître Shura comme son successeur.
Après cela, Shura pu retourner s’entraîner dans les Pyrénées.
Aujourd’hui le voici aguerri et sûr de lui.
Il prit une grande inspiration et la conserva afin de se concentrer.
Lorsqu’il expira, il frappa une cible sur la plus haute montagne du domaine, derrière la statue d’Athéna, se trouvant à plus de trois kilomètres de distance. Son poing droit trancha les airs, créant un bruit particulier, à la vitesse de la lumière. Son coup atteignit finalement un temple ancien sur le Mont Etoilé, Star Hill, laissant ainsi s’échapper de la fumée.
A cet instant, il sentit un cosmos arriver derrière lui : « Hum, ce cosmos c’est… »
Il se tourna avec un sourire sur le visage. C’était Aiolos Saint d’or du Sagittaire, souriant avec amour et affection : « Shura ! Depuis quand es-tu de retour ? »
Shura ne répondit pas et prit le nouvel arrivant dans ses bras.
_ « Shura, tu as augmenté le niveau de ton cosmos n’est-ce pas ?
_ Je ne peux le comparer au tien.
_ Non… Il est sûrement égal au mien !
_ Le même que le tien ? »
Aiolos tendit sa main : « Parmi les douze temples, le dixième accueille finalement le retour de Shura Saint d’or du Capricorne. Félicitation Shura ! »
Shura serra la main d’Aiolos avec gratitude : « Merci Aiolos. »
Aiolos sentit que la main de son ami était devenue plus ferme, il s’étonna : « Quoi ? Cette main ! Il se serait entrainé jusqu’à ce niveau… Extraordinaire, Shura… »
Shura extirpa Aiolos de ses pensées : « Aiolos, que se passe-t-il ? »
Aiolos prouva par sa réponse qu’il considérait Shura comme son propre frère.
_ « Shura, ton retour dans le temple du Capricorne rend celui-ci parfait à présent !
_ Entendre ça de la bouche de celui que j’ai toujours jugé comme un modèle me rend très heureux…
_ Shura, j’ai à présent complètement effacé de ma mémoire le fait que tu sois plus jeune que moi de quatre années. Viens, allons voir le Pope. Ce soir nous aurons une longue conversation. »

Après avoir traversés par le passage secret les maisons du zodiaque, Aiolos laissa Shura se présenter seul à leur maître après avoir appelé à lui l’armure d’or du Capricorne.
Shion, le Grand Pope, assis sur son trône, le visage masqué par son casque en or et son corps bicentenaire dissimulé sous une lourde soutane blanche, souhaita la bienvenue à ce nouveau renfort : « Ah, Shura, tu es enfin revenu. »
Shura s’agenouilla respectueusement.
_ « Votre grandeur !
_ Ce soir, prend une bonne nuit de sommeil !
_ Oui ! Je vous remercie de votre sollicitude majesté. »
Derrière le trône du Pope, surgit un homme vêtu d’une même longue robe que le maître des lieux mais dont le heaume rouge donnait une allure plus agressive. Le visage dissimulé sous un masque violet, Arlès, le frère cadet de Shion intervint : « Shura, tu es sans doute devenu très fort ? »
Aiolos avait prévenu Shura qu’Arlès Saint de l’Autel aidait son frère, affaibli par la maladie, dans sa fonction. Etant Saint d’argent, il ne pouvait donc pas succéder à son aîné, mais sa personnalité loyale et juste avait la confiance de tout le Sanctuaire. Il bénéficiait de l’appui de ses pairs : « À présent, le Saint d’or du temple du Capricorne est de retour également. »
Le Pope prononça quelques mots en tentant de se lever lentement de son trône : « Arlès, demain tu donneras sa mission à Shura. »
Arlès suivit le Pope : « Oui ! Shura, tu peux disposer à présent. Prend un peu de repos. »
Alors que Shura s’apprêtait à partir en lâchant un merci, il fût saisi par un cosmos très puissant et défiant qui le rendit nerveux. Son corps tout entier trembla : « Que… Qu’est-ce que c’est ce que cette cosmo énergie ? »
Shion reconnut l’intrus et se retourna : « Saga ? »
Shura tourna la tête et vit derrière lui le Saint d’or des Gémeaux avancer lentement.
Saga affichait une vague grimace d’une grande froideur. Il ôta son heaume et posa un genou à terre : « Votre excellence … Moi, Saga Saint d’or des Gémeaux, je vous présente mes hommages. »
Shura, perdu dans ses pensées, voulu savoir si ce cosmos hostile émanait de Saga. Cependant le Saint des Gémeaux dégageait une énergie puissante et bienveillante, caractéristique de n’importe quel Saint d’or.
C’est Saga qui déclencha les hostilités. Toujours inquiet pour son Grand Pope, il interrogea celui qu’il n’avait jamais vu avant.
_ « Tu es ?
_ Shura Saint d’or du Capricorne !
_ Oh… C’est toi… »
L’Espagnol en profita pour mener son enquête.
_ « Il y a à peine un instant, j’ai ressenti un très grand cosmos qui me défiait… Toi aussi ?
_ Non. »
Circonspect, Shura s’assura d’un ton mesquin : « Vraiment ? »
Les deux Saints se tenaient l’un en face de l’autre, les yeux dans les yeux. L’atmosphère devenait quelque peu électrique, heureusement Shion intervint finalement.
_ « Saga, quelle est la situation avec Poséidon ?
_ Il n’y a guère eu d’activité jusqu’à présent.
_ Saga, surveiller Poséidon est très important. Tu ne dois pas négliger cette mission. La dernière Guerre Sainte date d’il y a 229 ans… Le jour de l’arrivée d’Athéna approche !
_ Oui Votre Eminence !
_ Saga, ce soir reste au Sanctuaire et repose-toi quelque peu !
_ Je vous remercie. »
Les yeux de Shura ne pouvaient se détacher de Saga : « Saga, un homme auquel il faudra faire attention… »

La nuit tomba sur le Sanctuaire, le ciel était chargé d’étoiles brillantes.
Shura choisit de descendre chez son ami Aiolos qui vivait dans le palais zodiacal juste en dessous du sien.

Dans la demeure du Sagittaire, Aiolos était dans sa chambre. Affalé sur sa chaise, juste couvert d’une serviette autour des hanches, il tenait une plume avec laquelle il composait quelques vers tout en observant les draps de son lit s’agiter.
Il observait ses deux esclaves, un homme et une femme, à peine plus âgés que lui, jouer l’un avec l’autre de leurs corps. Il détaillait chacun de leurs mouvements l’exhortant à se lever pour les rejoindre.
Il sentait Shura approcher de sa maison mais pour rien au monde il n’aurait refusé de se joindre à ses servants qu’il chérissait et choyait plus que tout. Il se coucha entre eux deux…

Une demi-heure plus tard, sur le porche de la maison du Sagittaire, sur la surface latérale débouchant sur le passage secret, tenant un verre reflétant l’éclat des astres, Shura attendait son ami qui arriva en marchant lentement : « Ta servante est arrivée à demi-nue pour me servir à boire. J’ai donc compris la raison pour laquelle tu n’es pas sorti de ta maison lorsque je suis arrivé. »
Aiolos qui venait d’être lavé par ses esclaves était amusé.
_ « Je savais que c’était toi, je n’avais donc rien à craindre. Hormis quelques missions en Egypte, aucun adversaire dangereux ne s’est présenté à nous.
_ Alors tu soignes personnellement tes esclaves !
_ Toi aussi tu en as un qui t’attend dans ta demeure. Tu l’as acheté juste avant de rentrer en Espagne pour qu’il prenne soin du temple du Capricorne.
_ Pff… Dabih… Je n’ai toutefois pas autant de familiarité avec lui.
_ Avec l’âge tu apprendras à passer du bon temps tu verras, rigola Aiolos…
_ Euh… Sûrement pas avec ce vieux ronchon ! »
Les deux amis rirent un long moment avant que Shura ne reprenne son sérieux.
_ « Tu me parlais tout à l’heure d’adversaire dangereux…
_ Oui ?
_ Aiolos, le chevalier Saga, quel genre d’homme est-il ?
_ Saga ? Eh bien, ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup de lui… Personne… Peut-être même pas le Pope ne sait qui il est vraiment. C’est pourquoi il est très difficile de lire dans ses pensées. Mais moi je vois que Saga tente désespérément de cacher une sorte de part d’ombre en lui… »
Aiolos se garda bien de rapporter l’approche qu’il tenta de faire quelques mois auparavant envers le Saint d’or des Gémeaux.
Shura, lui, repensait à l’éclat mystérieux des yeux de Saga et soudain, à nouveau, il sentit quelque part un cosmos qui le défiait ouvertement…
Flashback

Shura revient subitement à lui car le présent l’appelle à ressentir également des cosmos dont il se rapproche.
Il se redressa rapidement en relevant Yakamoz et, comme si l’armure lit dans ses pensées, sa Cloth le recouvre tout comme le fait celle de Yakamoz avec elle.
Il murmure : « Yíaros… Nous arrivons ! »
L’opportuniste Yakamoz lui retient le bras et, avant qu’elle ne réajuste son masque, lui dépose un langoureux baisé…


Au même moment, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, la voix roque de Gigas résonne dans les travées du colisée.
Il fait le tour des tribunes ou plutôt de ce qu’il en reste, accompagné du Grand Pope descendu plus tôt saluer le peuple pour les rassurer sur l’avancée de l’armée athénienne en mer Egée.
_ « … le feu dégagé par Babel lors de son combat contre l’Alcide de l’Hydre de Lerne a calciné de nombreux cadavres, mais rassurez-vous seigneur, le peu qu’il reste va être dégagé par nos soldats, tout comme les installations précaires qui ont permis de vous constituer une loge d’honneur ainsi… »
Saga n’écoute pas le général des armées, il est préoccupé par le combat que vont livrer ses hommes contre les Hébéïens. Bien entendu, Aldebaran et Shura sont du voyage. Il n’oublie pourtant pas qu’ils ont été vaincus par Iphiclès Alcide du Lion de Némée…
Néanmoins, Shura n’est pas du genre à être abattu facilement. Il se remémore le jour où il choisit d’½uvrer contre Shion…

Flashback
Eté 1973 - Vêtu de son armure, Saga se battait les yeux fermés contre deux mystérieux agresseurs.
Au Sud de la Grèce, sur la côte, bordé par la mer en furie, en-dessous du lieu où les touristes viennent visiter les célèbres ruines de ce qui était autrefois le temple de Poséidon, au Cap Sounion, Saga observait ses assaillants.
L’un grand et costaud, l’autre plus mince. Ils portaient tous les deux une étrange armure qui couvrait leurs jambes, leur torse, leurs avant-bras, leurs épaules et leur visage. Le casque, les bras et les jambes avaient même des extrémités métalliques semblables à des nageoires.
Saga conclut alors : « Ces Scales prouvent que vous êtes des Marinas à la solde des Généraux de Poséidon. Vous sortez enfin du Sanctuaire sous-marin. Cela veut donc dire que Poséidon est bien revenu à la vie ! »
Le plus costaud réfuta immédiatement : « L’âme de notre maître est toujours prisonnière du sceau d’Athéna, néanmoins l’emprise d’Athéna sur notre dieu se désagrège de plus en plus. Il ne tardera pas à revenir sur terre et lorsque ce sera le cas, il trouvera une planète où nous lui aurons préparé le terrain ! Ah… »
Les deux soldats de Poséidon se jetèrent sur Saga.
Le Saint d’or les rejoignit pied en avant pour cogner en plein visage le moins imposant des deux. Le malheureux tomba sur un rocher au bord de l’eau inconscient.
Il se retourna vers celui à la musculature imposante et lui déclara : « Je n’ai pas de temps à perdre avec toi : Another Dimension ! »
L’homme est immédiatement aspiré dans l’Autre Dimension créée par Saga et d’où il ne reviendra jamais…
Lorsque le second soldat revient à lui, il se figea, apeuré par le visage transformé de son adversaire.
Il était tétanisé par les yeux de Saga devenus rouge. Sans rien comprendre, il fut soulevé à la gorge comme un fétu de paille par le bras de Saga qui l’étranglait.
La pression du cosmos des Gémeaux était si pesante sur le malheureux qu’il n’essaya même pas de se débattre.
Avant que ses os du cou ne rompent, il observa un étrange spectacle : « Ses cheveux… Comme ses yeux… Ils changent de couleur… Ils deviennent gris… »
Un craquement retentit au bord de l’eau, achevant le Marina.
Saga dépouilla très vite le cadavre de sa Scale intacte avant de rentrer pour le Sanctuaire…

Quelques heures plus tard, le soir était venu.
Shura discutait avec Aiolos et évoquait sa rencontre avec Saga quand, soudain, à nouveau, il ressentit un cosmos qui le provoqua.
Pire, cette cosmo énergie était ouvertement hostile à l’ensemble du Sanctuaire.
_ « Aiolos ! »
Aiolos se tenait à l’affut. Shura affirma : « C’est cela, Aiolos ! C’est le cosmos que j’ai ressenti tout à l’heure ! »
Le visage d’Aiolos changea et il leva les yeux vers la statue d’Athéna : « Shura, allons-y ! »
Shura, nerveux et inquiet, ne savait pas ce qui se tramait. Aiolos courait aussi vite qu’il le pouvait en direction des maisons situées au-dessus d’eux : « Shura, le Grand Pope est en danger ! »
Les deux Saints se dirigeaient vers le temple du Pope.
Shura trainait un peu et pensait : « Par Athéna… Je ne suis pas encore aussi rapide qu’Aiolos… »
Utilisant la vitesse surhumaine des Saint d’or, ils arrivèrent en un instant devant les marches. Sans reprendre leur souffle, ils franchirent la porte, s’aventurèrent dans un appartement attenant à la salle de réception et découvrirent Arlès qui utilisait son corps comme bouclier pour protéger son frère des assauts d’un mystérieux ennemi.
Le second de Shion avait retiré sa soutane et son casque pour endosser son armure d’argent de l’Autel. Loin d’être faible, son corps était tout de même couvert de blessures, au point que son visage était tellement ensanglanté qu’il fut méconnaissable. Le plus surprenant fut que l’assassin semblait ne pas avoir une égratignure.
_ « Se peut-il que cet intrus soit plus puissant qu’un Saint d’argent, s’interrogea Arlès ? »
L’assassin portait un masque par-dessous son casque ainsi qu’une cape qui couvrait ses cheveux et presque tout son corps, dissimulant ainsi son identité.
_ « Arlès, s’époumona Aiolos !
_ Ah, se fait repousser Arlès… Aiolos ! »
Shura cria à l’assassin : « Qui es-tu ? Toi, l’être stupide qui ose pénétrer dans le temple du Pope pour l’attaquer, dis-nous ton nom ! »
L’inconnu resta muet comme une tombe.
Arlès reconnu l’armure qu’il portait et afficha une expression de surprise tandis que Shura se tourna vers Aiolos pour en savoir plus. A cela, Aiolos ne put que dire : « C’est la première fois que je vois quelque chose comme ça. »
La protection que portait l’assassin était totalement différente de celles que portaient les Saints.
Shura pensa : « On dirait des écailles de poissons ».
L’assassin ne répondit toujours pas alors Shion le fit à sa place : « Ce sont les écailles des guerriers de Poséidon. Une Scale ! »
C’était la première fois que Shura entendait parler des Marinas : « Scale ? »
Le Grand Pope poursuivit : « Ces Scales ont été construites avec le matériau légendaire appelé Orichalque. »
Shura lança à l’égard du meurtrier : « Cela veut dire… Que tu as été envoyé par Poséidon ? »
L’assassin ne réagit que par une attaque visant Arlès lancée à la vitesse de la lumière.
Epuisé et trop faible, Arlès ne bougea pas et s’effondra en se cramponnant le ventre.
Vivace, l’envoyé de Poséidon projeta la même déferlante cosmique en direction du Pope.
Surpris, Aiolos ne pouvait que crier sa plainte : « Oh non… »
Cependant, même si Shion était vieux et malade, il n’en restait pas moins un Saint d’or d’expérience. C’est donc aisément qu’il évita l’attaque.
Aiolos et Shura profitèrent du léger répit occasionné par le mouvement de l’intrus, pour se placer entre ce dernier et le Pope en criant en ch½ur : « Grand Pope ! »
Néanmoins, il en fallait plus pour déjouer les pièges de l’assassin. Il sauta précipitamment dans les airs et atterrit derrière le Pope sans que les deux amis ne puissent faire quelque chose.
Désormais, ils étaient placés derrière le Pope et avaient laissé l’assassin prendre tous les avantages, car ils ne pouvaient pas attaquer sans mettre en danger le représentant d’Athéna.
Très nerveux, transpirant fortement, Aiolos et Shura furent encore agressés par ce cosmos maléfique : « Ce… Ce cosmos… C’est… ! Est-ce possible ? »
Arlès se relevait difficilement et semblait soucieux en percevant cette énergie cosmique. Aiolos fit une tentative de dissuasion en dirigeant l’index de sa main droite vers le Marina en assurant : « Si tu veux vivre, je te conseille de laisser notre Grand Pope en paix ! »
De derrière son masque, l’intrus ricana fortement, alors Aiolos augmenta sa cosmo énergie et, par son index, lança un jet d’énergie sur l’intrus, frôlant au passage Shion qui avait du mal à se tenir debout.
L’individu esquiva la tentative d’Aiolos et leva sa main droite vers le Pope.
Aiolos ferma les yeux. Il savait qu’il risquait de blesser le Pope s’il attaquait dans cette position : « S’il avait été là, Saga aurait su quoi faire lui, se morfondit-il. »
Shura retint son souffle tandis qu’Arlès misait tout sur le plus vaillant chevalier du Sanctuaire : « Aiolos, cela dépend de toi maintenant ! »
Le Sagittaire connaissait ses limites et savait que le Saint des Gémeaux gérait mieux ce genre de situation. A la surprise générale il se contenta de demander spontanément : « A-t-on vu Saga ? »
Dans la seconde, le poing du Marina qui visait à atteindre le Pope s’abaissa, tandis que, de sous la cape qui bardait la Scale, l’opulente chevelure grise du soldat se dévoila.
A cet instant, le meurtrier parut déstabilisé alors Shion s’écarta, en sommant Shura de se servir de ses attaques tranchantes.
Immédiatement, telle une épée, la main de Shura relâcha un faisceau lumineux entaillant profondément l’agresseur au poignet droit.
A cela, Aiolos rajouta deux coups de poings lancés à la vitesse de la lumière sous la forme de flèches qui firent voler en éclat l’épaule droite de la Scale.
Shura jaillit devant l’individu tandis qu’Aiolos se positionna devant Shion et qu’Arlès tenait péniblement debout.
Face à trois adversaires ainsi que le cosmos grandissant d’Aiolos, l’inconnu ne pouvait plus rien, il força une lucarne servant de fenêtre et disparut donc dans les ténèbres…
Shura s’apprêta à le poursuivre mais Arlès ordonna en se tenant de douleur.
_ « Shura, laisse-le partir !
_ Quoi ?
_ Il fait sombre dehors… Si tu décides de partir à sa poursuite, tu risques de te faire attaquer par surprise. »
Shion approuva la décision de son frère : « Arlès a raison. »
Aussitôt, Shura calma ses ardeurs mais pas sa curiosité : « Je comprends. Mais qui est cet agresseur ? »
Aiolos se touchait la tête en disant : « Je suppose que c’est un serviteur de Poséidon, mais… »
Arlès ne dit rien, il enfila par-dessus sa Cloth sa soutane et prit sous le bras son casque d’intendant du Pope.
Shion fit un signe de gratitude de la tête : « Aiolos, Shura, je vous remercie tous les deux. »
Ils répondirent ensemble : « Ce n’était rien Votre Grandeur. »

Inopinément, Saga pénétra dans la salle où étaient réunis les siens.
Il apparut essoufflé, justifiant ainsi sa hâte et son inquiétude après les soubresauts cosmiques qui venaient d’avoir lieu.
Etrangement, il était habillé d’une soutane à manche longue, une tenue qui n’était pas très appropriée à la saison estivale.
Shura l’informa aussitôt : « Saga ! Il y a un instant, un intrus s’en est pris au Grand Pope ! »
En entendant cela, Saga fut stupéfait.
_ « Quoi ? Qui était-ce ?
_ Un soldat de Poséidon.
_ Comment ?!
_ Saga, intervint le Grand Pope, retourne immédiatement à ta position et surveille Poséidon ! _ Oui, fléchit docilement la tête Saga ! »

Pendant ce temps, Arlès épiait les moindres gestes du Grec en étant soucieux.
Le Saint des Gémeaux se sentant observé renvoya un regard d’une froideur intense à l’intendant du Pope.

C’est à cet instant, contre toute attente, que Shion choisit d’annoncer une nouvelle d’une importance majeure : « Il sera très bientôt temps de souhaiter la bienvenue à Athéna… »
Tout le monde fut très excité par la nouvelle, en particulier Shura qui était émerveillé comme un enfant.
Après avoir arboré un sourire jovial, la mine de Saga affichait une grimace glaciale qui n’échappa pas à Arlès.
Shion discourait toujours : « … Comme par le passé, lorsque l’on s’apprêtait à accueillir Athéna, c’était juste avant la Guerre Sainte. Poséidon n’est pas le seul à vouloir attaquer la terre. Hadès et Arès n’ont pas non plus abandonné leurs espoirs démoniaques. Nous devons nous préparer pour la prochaine Guerre Sainte. Ainsi, Saga, tu dois utiliser toute ton énergie à surveiller Poséidon et son activité… »
Saga se courba de nouveau : « Oui. »
Shion poursuivit : « … Quant à toi Aiolos, ta responsabilité est de protéger le Sanctuaire… »
Aiolos s’inclina à son tour : « Oui. »
Le Grand Pope conclut enfin : « … A présent l’heure est enfin venue. »
Ensemble, les cosmo énergie d’Aiolos, Saga et Shura s’élevèrent de concert après une telle annonce.
Arlès fixait son frère fatigué et songea : « Une telle annonce au beau milieu de ce tumulte… Shion aurait-il ressenti lui aussi un malaise ? Cette nouvelle est-elle destinée à jauger les attitudes de chacun ? »

Alors que le groupe allait se disperser, Shion tint à féliciter son jeune Saint d’or.
_ « Shura, ton attaque de tout à l’heure était très puissante.
_ Oui… Même si je ne savais pas comment la contrôler… C’est comme si ma main bougeait de sa propre volonté.
_ C’est quelque chose que nous ne pouvons voir, mais c’est un don d’Athéna certainement ! »
Saga et Arlès furent surpris par les certitudes du Pope, tout comme Shura qui affichait une mine joyeuse et fière.
Shion poursuivit : « C’est l’épée sacré que les dieux ont appelée Excalibur ! Il y a plus de deux-cent ans, mon camarade El Cid avait été béni du même don. Utiliser cette arme sacrée est ta récompense méritée pour le dur entraînement que tu as subi. Lorsqu’Athéna arrivera, tu pourras la protéger en étant à ses côtés ! »
Les larmes coulaient sur les joues de Shura : « Oui ! Je lui suis très reconnaissant. »
Le Capricorne observait admirativement son bras droit, preuve de sa dévotion pour sa déesse.
Aiolos lui prit la main en lui serrant très fort et Saga le complimenta d’une tape sur l’épaule.
_ « Shura c’est fantastique !
_ Félicitations Shura ! »
Le mouvement de Saga attira l’attention d’Arlès.
Le Saint d’argent devina une blessure sous la soutane du chevalier d’or à hauteur du bras, laissant s’écouler beaucoup de sang.
Il jeta un ½il discret sur son frère afin de voir si celui-ci l’avait remarqué lui aussi. Mais le vieil homme fatigué commençait déjà à tourner le dos à ses sujets.
Arlès, au fond de lui, demeurait dubitatif : « Shion… Pourquoi un tel timing dans l’annonce de la naissance d’Athéna pour y opposer ensuite un tel détachement ? N’as-tu pas perçu son attitude étrange ? Attends-tu une manifestation plus marquée ? Non… Moi je ne peux attendre davantage. Il en va de ta sécurité et de celle d’Athéna. Je dois en avoir le c½ur net. »
Arlès mit fin à cette effusion de joie : « Vous pouvez disposer ! »

Les trois chevaliers d’or firent un signe de la tête en guise de respect et d’obéissance tout en observant le Grand Pope marcher lentement vers ses appartements. Arlès se dirigea vers une autre salle et appela le chevalier des Gémeaux.
_ « Saga, peux-tu venir à côté ?
_ Arlès… Que se passe-t-il ?
_ Je voudrais te parler quelques instants… »

Aiolos et Shura descendaient vers leurs temples pendant que Shion s’était retiré à l’opposé du palais papal.

Après quelques secondes d’hésitations, peu à l’aise, Saga emboîta le pas à Arlès.
Devançant le Saint de l’Autel, Saga commença à crisper son visage pendant qu’une étrange lueur scintillait dans ses yeux.
Arlès était trop occupé à réfléchir à l’attaque que Shion venait de subir pour s’en apercevoir.
Une fois Saga au beau milieu de la pièce, Arlès referma la lourde porte derrière lui.
Eclairé par quelques torches faisant le tour de ce qui ressemblait à une bibliothèque, il observait le bras blessé et se précipita dessus pour remonter la manche du Grec.
_ « Saga ! Qu’est-ce que… ?
_ Quoi ? Mais que fais-tu ? »
Saga paniqua lorsqu’Arlès distingua la blessure infligée par Excalibur : « Saga, moi seul suis au courant. Si tu as des pensées maléfiques, je te conseille de les oublier dès à présent. »
Incapable de refreiner l’angoisse d’être découvert, Saga devint un autre homme en une fraction de seconde. Ses yeux virent au rouge sanglant.
_ « Ah… Arlès, si tu n’étais pas aussi curieux, tu aurais eu une vie plus longue…
_ Quoi ?! »
Ses cheveux blanchirent pour arriver finalement à une teinte grisonnante. Il leva le bras gauche au ciel tandis que le droit concentrait son cosmos : « Ne pas avoir de pensées maléfiques ? Ah, ah, ah… Je suis Saga Saint d’or des Gémeaux qui va prendre la place d’Athéna et devenir le maître du monde ! Voici l’attaque la plus puissante des Gémeaux… »
Toujours amoindri par l’assaut de tout à l’heure, Arlès ne pouvait plus bouger : « Galaxian Explosion ! »
Arlès encaissa l’arcane de plein fouet, faisant voltiger son casque qu’il tenait à la main et arrachant sa soutane.
Saga fixa avec dédain le corps d’Arlès, resté debout, mort, la Cloth ébréchée.
En passant à côté du cadavre qui resta vaillant jusqu’au bout, Saga le bouscula de l’épaule pour le laisser s’écraser lourdement sur le sol.
Il enfila la toge blanche d’Arlès, salie par le sang, par-dessus la sienne et ajusta le heaume écarlate à forme reptilienne sur son crâne en ricanant : « A partir de maintenant, je serai Arlès ! Saga le Saint d’or des Gémeaux n’est plus au Sanctuaire puisqu’il est parti surveiller Poséidon… Dorénavant, il me suffit d’attendre que le Pope me nomme, moi Saga, comme successeur. Et s’il n’en a pas le temps, c’est en tant qu’Arlès, son intendant que je préparerai mes plans de conquête. Ah, ah, ah… »
Flashback

Revivant avec satisfaction sa cruelle machination, Saga pouffe de rire à la surprise de Gigas qui préfère ne pas le questionner.
Saga remonte la manche droite de sa soutane et étudie avec minutie son poignet sur lequel il reconnaît une vieille cicatrice. Il chuchote alors : « Hum… Excalibur… L’arme qui nous ramènera la victoire d’Yíaros… »


Sur Yíaros justement, les premières sentinelles de la côte Sud voient approcher le pavillon Athénien.
Les Hébéïens se focalisent sur le navire de Shura sans distinguer celui d’Apodis qui contourne l’Est de l’île…

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