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Only for Love / Chapitre 63
« on: 3 August 2020 à 15h41 »
Chapitre 63

Le soleil hisse timidement ses premiers rayons dans le ciel pour inonder l’Himalaya de sa lumière bienfaitrice ce 11 décembre 1986.
A Jamir, région quittée quelques jours plus tôt par Mû, l’air est encore frais.
Les au revoirs échangés libèrent des bouches, remplies de confiance, de la fumée.
Toujours en retrait, Mei secoue, malgré tout, la tête en guise de salut pour Marin.
Celle-ci, Pandora Box sur le dos, incline son buste en avant, afin de remercier Médée pour son hospitalité, alors que son mari est parti pour le Sanctuaire après un détour par les Cinq Pics en Chine.
Un salut moins formel témoigne à Yulij un respect mutuel, tandis qu’une caresse véhémente sur la joue de Nicol, lui renvoie toute l’affection qu’il lui porte.
Le meneur de cette équipe de mutins du Sanctuaire reste droit, la mâchoire contractée afin de ne pas trahir son habituelle solennité. Toutefois, sa voix teintée d’inquiétude le trahit : « Sois prudente.
_ N’ai crainte. Je voyagerai sans utiliser ma cosmo énergie. Et une fois au Sanctuaire, je connais le lieu comme ma poche. J’arriverai sans faire de grabuge sur Star Hill.
_ Tu me diras à quoi cela ressemble, plaisante-t-il.
_ Tu le sauras le jour où tu prendras cette place qui est tienne désormais, répond Marin avec sérieux. »

Ces mots heurtent Nicol à tel point qu’il ne remarque même pas Marin s’éloigner à l’horizon.
Tandis que Médée et Yulij lui font de grands signes de bras, Mei tourne le dos en direction de la demeure.

Une fois Marin disparue de leur champ de vision, Médée grimace : « C’est dommage que tu n’ais pas pu interpréter les symboles qu’elle a vu. Nous aurions pu l’aider. »
Nicol dévoile un sourire rempli de certitude : « Mais nous allons l’aider. Je sais exactement ce qu’elle a vu. »
Yulij s’offusque : « Pourquoi ne pas le lui avoir dit ?
_ Parce qu’elle a raison. Le plus important aujourd’hui c’est d’aider Athéna à récupérer sa place. Nous ne ferions que les gêner à nous rendre au Sanctuaire. Nous aiderons donc Marin… Je veux dire Athéna, à préparer la prochaine étape : la survie de l’humanité toute entière. »
Le regard déterminé de Nicol se brise sous la réflexion sarcastique du Saint de la Chevelure de Bérénice : « Tu es sûr que ce n’est pas plutôt qu’elle t’a tourné la tête cette Marin.
_ Pas du tout, rougit Nicol !
_ Après tout ça n’aurait rien d’étonnant. Je veux dire, Marin est une Olympienne, toi tu es vachement cultivé et ton statut de Saint de l’Autel aspire à suppléer, voire remplacer, le Grand Pope. Il est normal que tu ais des goûts de luxe. »
Nicol commence à menacer son rival. Amicalement, les deux chevaliers ont besoin de Médée et Yulij pour être séparés.

Tandis que les deux hommes boudent chacun dans leurs coins, Médée déclare avec enthousiasme : « Bien, dans ce cas nous allons récupérer le Pendentif de Zeus. Destination… Le… La… Euh… Mais où allons-nous au fait ? »
Face à tant de légèreté, ses amis ne savent comment réagir. Après qu’une brise de honte caresse ses cheveux, Médée obtient la réponse de la bouche du Saint d’argent de l’équipe. Il prend la relève en pointant avec détermination l’horizon : « Préparez vos baluchons les amis. Nous partons pour le Mexique ! »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la nuit laisse place au jour dans le coliseum.
Les fidèles s’y font de plus en plus nombreux.
Ceux restés à prier chez eux ou dans les temples la veille pénètrent dans l’enceinte, curieux de ne pas voir leurs semblables en revenir.
 
Au milieu de celle-ci, Apodis distingue difficilement son reflet dans le carrelage brillant qui habille cette majestueuse arène. Ses yeux sont tellement gonflés après les coups reçus, qu’il ne peut distinguer son nouvel adversaire qu’à l’aide de ses autres sens accrus.
Fort de quatre victoires durant la nuit, le chevalier a déjà réalisé ici un exploit que chaque Olympien n’ose pas nommer « miracle ».
L’Ange qui s’amuse avec lui depuis ces dernières heures, se montre bien plus difficile à appréhender.
Ce dernier, fier dans sa Glory, affiche sans cesse une expression dédaigneuse. Il garde sous la main le diadème de son armure, afin de ne pas l’entremêler dans ses longs et lisses cheveux au bleu aussi clair que ses yeux.
A l’image d’un chat qui joue avec une souris, Cycnos tourne autour d’Apodis en s’amusant à le repousser chaque fois au sol lorsque le Grec amorce une tentative pour se mettre debout.
A genoux, sur les coudes, Apodis baisse la tête pour souffler d’exaspération.
_ « Si seulement j’étais capable de maîtriser pleinement les septième et huitième sens à ma guise. Je parviendrais à surmonter instinctivement toutes mes peines, songe-t-il. »
Un nouveau coup de pied dans le creux des reins, le ramène à la réalité.
Son visage heurte le sol pour la énième fois et lui occasionne une contusion supplémentaire au front.
Quelques quolibets pleuvent encore des tribunes et lui donnent encore la rageuse envie de repartir de plus belle au combat.
Mais comme il en a pris la fâcheuse habitude, Cycnos l’humilie une fois encore en lui remémorant son infériorité.
Refusant d’abdiquer, Apodis lève les yeux vers son adversaire qui le dévisage avec mépris.
Malgré une nette fatigue, Apodis prend par surprise son ennemi.
Il fait exploser son cosmos pour projeter son corps, tête la première, contre la poitrine de l’Ange.
Stupéfait et démuni, Cycnos en lâche son diadème. Il est projeté dans les airs et s’y maintient en créant des ailes d’énergie afin d’éviter une dangereuse chute.
Entre lui et le sol, le sang qui s’échappe de sa Glory fissurée s’égoutte jusqu’à son adversaire.
Le Saint est étendu sur le pavement, inconscient, souffrant d’une terrible lésion crânienne après le choc. Sa perte de connaissance le plonge dans de sombres souvenirs qui le rapprochent peu à peu du terme de sa vie…

Flashback
Grelottant, Apodis rentrait dans son logis avec quelques bûches dans les mains. La cape sous laquelle il s’était abrité était couverte de neige en ce mois de décembre 1983.
En balançant un morceau de bois dans la cheminée, il se précipita tout sourire au chevet de sa bien-aimée.
Autour d’elle, des prêtresses s’affairaient à faciliter l’accouchement du fruit de leurs amours.
Surexcité, Apodis leur déclara : « J’ai relancé le feu. Je ne veux pas que notre enfant ait trop froid ! »
Pour réagir à son grand sourire, une prêtresse adopta une mine empruntée.
Eprouvant un profond malaise, Apodis se précipita au chevet de Netsuai : « Que… Quoi… Que se passe-t-il ? »
Aucune prêtresse n’osait répondre au chevalier, elles poursuivaient le nécessaire à la mise au monde de l’enfant.

C’est finalement Netsuai, livide, qui attrapa avec sa main gauche munie d’une alliance, celle de son époux, ornée du même bijou : « Mon époux… Les prêtresses disent que je perds trop de sang…
_ Ne… Non… Ce n’est rien. Hein ce n’est rien ? N’est-ce pas, questionnait Apodis autour de lui l’air faussement rassuré ? »
Aucune des sages-femmes ne répondait. Apodis commença alors à moins bien gérer son angoisse : « Non, ce n’est pas possible. Ce n’est rien. Je vais te couvrir de ma cosmo énergie pour empêcher ceci. Je vais soigner cette hémorragie et…
_ J’ai déjà perdu trop de sang, apparemment je serai trop faible après la mise au monde de notre enfant pour m’en remettre et… »
Netsuai, pousse d’inaudibles cris de souffrances, alors qu’apparait peu à peu la tête de l’enfant.
Apodis serra fort sa femme et, contre son avis, l’inonda de son cosmos puissant et chaleureux.
Il était tellement concentré sur le visage de sa femme, espérant la voir se remettre, qu’il n’entendit pas une prêtresse scander : « C’est un garçon ! »
Il ne regarda même pas son fils, lorsqu’une autre le prit à bras et le débarbouilla de tout le sang dont il était couvert.
Les linges sur lesquels Netsuai était allongée, étaient si imbibés que l’hémoglobine gouttait sur le sol, incapables d’en absorber plus encore.

Soudain, un sourire apparu sur les lèvres de Netsuai, craquelées par sa mort imminente.
Ses yeux, gondolés de larmes en se faisant une raison, distinguèrent l’apparence de ce petit être qui naquit de son amour inestimable pour Apodis.
Elle accueillit le petit homme contre sa poitrine et le plaqua. Elle le maintenait fort contre elle en mélangeant soulagement et chagrin.
Elle échangeait cette fusion d’apaisement et de souffrance avec son mari impuissant qui voulait à la fois partager leur joie d’être parents et le refus d’abdiquer devant la mort.
Son corps était de plus en plus froid et elle ne ressentait plus la douleur. Pas plus que le poids du nouveau né posé dans ses bras.
Elle ne ressentait pas non plus la chaleur du cosmos de son mari, plongé de plus belle contre elle et leur fils.
Elle n’entendait plus non plus. Ni les pleurs de l’enfant. Ni Apodis étouffer ses sanglots contre l’oreiller.
Il ne lui restait que sa vue en parfait état.
La douleur partie, il ne lui restait que le bonheur de la vue de cet enfant et l’affliction qu’elle laissait à son mari.
Les prêtresses, impuissantes, avaient abandonné la pièce les unes après les autres.
Avec le peu de force qui lui restait, Netsuai saisit son époux pour le serrer encore plus fort contre eux. L’obligeant ainsi à relever la tête et à abandonner ses efforts inutiles.
D’une voix haletante et faible, elle murmura : « Sperare… signifie… espérer en italien… Notre fils… Sperarus… Il s’appellera… Sperarus… Parce qu’il est… pour moi… l’espoir… de te savoir… heureux… malgré… mon absence… »
La douleur était si grande qu’Apodis n’arriva pas à lui répondre. Il ahanait de chagrin.
L’enfant cessa ses pleurs, comme pour accompagner calmement sa mère dans ses derniers instants.
_ « Apodis… Je te laisse un petit peu de moi grâce à Sperarus… Je vous aime… Apodis Sperarus… Merci pour tout… »
Aussitôt, Apodis entendit le c½ur de son épouse battre une dernière fois. Le battement retentit dans son esprit. Mais il idéalisait tellement sa femme, il la voyait si forte, qu’il aurait pu jurer que ce dernier interlude en aurait fait craquer les murs. 
Il plongea son regard malheureux dans le sien, pour lui répondre à quel point il l’aimait lui aussi mais aucun son ne put sortir.
Seulement, alors que ses membres cessaient toute étreinte, les yeux de Netsuai pouvaient lire, comme ils l’avaient toujours fait, l’amour que lui vouait son époux.
Puis, plus rien. Il ne resta qu’un sourire sur ce visage désormais éteint.
Apodis prit son enfant et pencha son visage sur celui de sa femme qu’il embrassa sur ses lèvres une dernière fois. Puis, il ferma ses paupières en gémissant : « Moi aussi, je t’aime Netsuai. »
Il recula de trois pas et, s’effondra.
Il chuta sur son postérieur, l’enfant à bras.
Il hurla de douleur pendant que le nourrisson le regardait avec curiosité de ses petits yeux innocents…
Flashback

Le bruit de la chute incessante d’une goutte dans une flaque travaille le subconscient d’Apodis.
_ « Est-ce le bruit de mes larmes qui ne cessaient de couler ? Je ne crois pas. C’est moins limpide. Cela veut dire que je ne suis pas encore auprès de vous… Netsuai… Sperarus... Oui, ce ruissellement, c’est celui du sang de mon adversaire. Cela veut dire que le combat n’est pas terminé. Et puisque je suis voué à vous rejoindre, autant que je le fasse en Saint d’Athéna. En hommage pour mes amis défunts, pour Hébé, pour Athéna… Et pour vous ! »
Apodis revient à lui en murmurant : « Oui, pour vous et tout l’amour que les hommes peuvent partager entre eux… »
Il expose son corps recouvert d’hématomes et achève sa phrase en hurlant : « … Je mourrai en homme fier ! »

Cycnos regagne l’arène et prononce, impassible : « Je vais mettre un terme définitif à cette hérésie. »

Apodis ramasse le diadème abandonné par son opposant et lui balance à pleine vitesse.
Semblable à un objet hostile à cette allure, Cycnos l’esquive et ne peut reprendre sa garde à temps. Le Saint cogne l’Ange en pleine poitrine et enchaîne de plusieurs coups de poings sur l’ensemble de son torse. Cycnos entrevoit une ouverture, dont il profite d’un direct du droit en plein visage. Il l’attrape par le cou pour le balancer contre le mur en haut duquel sont installés les dieux. Cycnos espère le coincer contre le mur en lui éclatant la tête contre la roche.

Le carambolage est si impressionnant, que l’assistance croit entendre le fracas de la boite crânienne d’Apodis.
Seulement, rien d’autre que la roche froide n’est fracturée par Cycnos.
L’Ange regarde instinctivement dans les airs et reconnaît Apodis, bras écartés, tel un oiseau qui déploie ses ailes sous le soleil levant, comme pour en absorber la chaleur.
Les ongles du chevalier de bronze s’allongent à mesure qu’il retombe en direction de son adversaire, comme un rapace qui rase le sol pour piquer dessus au dernier moment.
De ses dix doigts brûlants il entame l’armure de l’Ange et passe au travers pour taillader sa chair et la calciner par la même occasion.
En retombant derrière lui, Apodis murmure le nom de son arcane : « Shining Apus Claw. »

Encore debout, profondément lacéré et brûlé aux nombreux points d’impacts choisis par l’être humain, l’Olympien maintient avec difficulté son imperturbabilité. Ses veines maquillent son expression d’une profonde haine.

Le Saint dresse toujours sa tête aux yeux gonflés en direction d’Hestia.
Même s’il n’arrive plus à le voir, il tient à exposer jusqu’au terme de sa vie sa volonté de venger Philémon et les Hébéïens victimes de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
En même temps, il cogite : « Les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis n’ont pas réussi à l’achever. Mes réserves s’épuisent. Il me faut achever ce combat au plus vite. »

Cycnos profite de l’immobilité de son adversaire pour l’attaquer dans le dos en balançant sa jambe en direction de sa tête.
Étalant toutes ses dispositions et son expérience, Apodis perçoit le mouvement sans avoir à l’observer. Il s’abaisse pour esquiver et riposte d’un coup de coude en plein visage en faisant volte-face.
Cette fois-ci, c’est Cycnos qui est projeté contre le mur de pierre.
En se heurtant la tête contre, l’arrière de son crâne s’ouvre et libère une importante quantité de sang qui se mêle à ses longs cheveux soyeux. Autrefois azure, sa chevelure est désormais vermillonne.
Bluffé par la résistance de l’humain et son cosmos toujours plus puissant chaque fois qu’il se relève, Cycnos refuse de s’avouer vaincu.
Il effectue un coup de pied retourné qu’Apodis évite en basculant sa tête en arrière. Il profite de l’élan pour cogner avec sa tête Cycnos en pleine tempe.
L’Ange repart s’appuyer contre le mur pour se maintenir debout. Il lève la tête en direction de la tribune d’honneur.

Là-haut, Hermès se lève pour manifester sa lassitude.
Arborant sur ses cheveux couleur or son pétase, sa longue robe bleue agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules se plie à mesure qu’il s’incline en direction de Zeus : « Ô Seigneur Zeus. Ce combat a duré de trop longs instants pour me permettre de m’y intéresser davantage. J’aimerai retourner auprès de mes fidèles afin de bénir les offrandes qui m’ont été apportées. »
Aux côtés de son père, Apollon répond pour lui avec cette flegme qui le caractérise : « Hermès. La vue de cette mise à mort t’affecte-t-elle ?
_ Aucunement. Seulement, je me languis de la fin de cet être qui ne vient pas. »
Les petits yeux sombres et inquiets d’Hestia suggèrent : « D’autres Anges pourraient intervenir pour en finir au plus vite. »
Le visage très fin, les traits très tirés, Héra fixe de ses yeux larges et plissés qui expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, sa semblable : « Et cela reviendra à avouer au peuple l’impuissance d’un seul Olympien face à un seul homme. »
La voix tonnante de Zeus clôt le débat : « Nous n’en sommes pas là. Nous resterons tous ici pour rappeler aux Olympiens qu’un homme a subi mille tourments pour avoir osé défier les dieux. »
Aussitôt, parfaite dans sa robe cristalline, Aphrodite indique d’un pressant hochement de tête à l’Ange qui est à son service d’achever au plus vite le combat.

Cycnos s’exécute alors. Ses ailes d’angelot, invoquées par son cosmos s’enroulent autour de lui pour concentrer tout ce dont il est capable.
Peu bavard, comme l’ensemble des siens, Cycnos gratifie Apodis de quelques explications : « Je vais rassembler toute ma cosmo énergie pour t’achever. Ma Douche Soufflante libère un coup qui perce toute défense et surtout toute surface qu’elle rencontre. Tu seras déchiqueté par l’impact. Blowing Shower ! »
Les ailes de Cycnos ne laissent qu’une boule d’énergie absorbée par son poing, afin de mieux la libérer sur le chevalier.
Les bras ballants, Apodis ne réagit que trop tard. Il évite au dernier moment que son c½ur soit frappé. Hélas, c’est à droite de sa poitrine que le faisceau lumineux libéré par Cycnos le transperce.
L’Oiseau de Paradis retombe sur le dos, un trou aussi large qu’une balle de tennis en plein pectoral droit duquel s’écoule avec abondance énormément de sang…


En dehors de la tour de garde où vit Mû à Jamir, urnes encapuchonnées sous des draps, Mei, Nicol et Yulij attendent que Médée daigne sortir de la tour.
_ « Un long voyage pendant lequel nous ne pourrons pas faire l’usage de nos cosmos nous attend encore, soupire Mei. »
Tous les trois armés sous le bras d’un maigre paquetage, ils feignent de tomber à la renverse quand Médée arrive déjà toute vêtue de son poncho et d’un chapeau en criant avec le soleil dans la voix : « Mexique me voilà ! »
Sous ses bras, d’énormes sacs de pagnes accompagnent le reste de sa garde-robe.
Mei se moque d’un ton méprisant : « Tu espères passer incognito dans cette tenue. Le Mexique c’est encore loin je te signale. »
Involontairement, mais toujours dans la contrariété à destination de Mei, Nicol relève : « Toutefois je note que tu as eu l’ingénieuse idée d’ôter ton masque et de voiler ton visage. Cela semblera déjà moins louche lorsque nous traverserons le monde contemporain. »
Les grands yeux mauves de Médée, seul attribut visible de son visage, scintillent de plaisir pour une fois qu’on lui évite une moquerie.

Yulij l’imite en tournant le dos aux siens.
A visage découvert, elle est soudain attirée par une distorsion sur le sol juste devant. Elle pivote légèrement en avant pour identifier cet étrange phénomène quand tout à coup deux énormes yeux globuleux apparaissent. Tout autour de ces globes, se dessine la silhouette d’un enfant aux cheveux roux et au sourire chenapan.
Déstabilisée, le Saint du Sextant tombe en arrière et ramasse aussitôt le linge qui dissimule sa Pandora Box pour se cacher derrière.
L’enfant, identifiable comme étant un Muvien grâce aux deux points qui marquent son front, adopte l’attitude d’un être ensorcelé : « Ouah ! Comme elle est belle ! »
Passablement révolté qu’on ait pu voir le visage de sa bien-aimée, Mei dresse déjà son poing en avant : « Qu’est-ce qu’il a dit ?! »
Médée s’interpose entre l’enragé et le clown qui continue de vanter la beauté de la jeune femme : « Kiki ça suffit ! »
Nicol, bras croisé, ne peut s’empêcher de trouver cela amusant.


En Olympe, le coliseum applaudit déjà la mort proche d’Apodis.
Passablement amoché, Cycnos, le cinquième Ange de suite à faire front à Apodis, reçoit les louanges qu’il a difficilement méritées. En effet, le sang qui le souille et sa Glory en piteux état, attestent la difficulté qu’il a eu à venir à bout de cet homme qui ressort chaque fois plus fort des épreuves rencontrées.

Là, étendu dans son sang, l’être conspué glapit en essayant de contenir sa douleur pour se relever.
« Ces Anges… Un jour ils viendront sur Terre détruire tout ce pourquoi je me suis battu jusqu’à présent. Tout ce qui a été construit au prix d’innombrables sacrifices. Je ne peux laisser les tombes de ma mère… De mon épouse… Et… De mon fils ! … Je ne peux pas les laisser être profanées par ces dieux qui nous rabaissent, s’encourage-t-il ! »

Les acclamations de la foule s’amoindrissent à mesure qu’Apodis reprend appui sur ses membres devant un Cycnos interdit : « P… Pourquoi insiste-t-il ? Les humains font preuve de lâcheté. Ils renoncent au moindre obstacle. Alors pourquoi lui… »
Plus mort que vif, Apodis ne laisse pas à Cycnos le temps d’achever sa réflexion.
Il balance une gauche avec désespoir. L’Ange s’en saisit sans le moindre mal : « Aussi combatif puisses-tu être, tu es limité par ton humanité. Tu as épuisé toutes tes forces. Il ne te reste rien. »
Ayant trop de mal après les heurts subits pour bouger correctement sa mâchoire, Apodis rétorque difficilement : « Si. Il me reste ma combativité. »
Il rappelle si fort et si soudainement sur son poing gauche prisonnier que Cycnos en est déstabilisé et ne parvient pas à éviter une nouvelle droite, bien plus inquiétante et dangereuse que le coup précédant. Celle-ci transperce la poitrine de Cycnos au même endroit où ce dernier a infligé son Blowing Shower à Apodis.

L’assistance est coite.
Certains fidèles se retournent de nouveau vers leurs dieux, pour les prier avec davantage d’assiduité.

Cependant, au centre de l’arène, rien ne change.
Cycnos profondément meurtri essaie de balancer une droite à laquelle Apodis riposte avec plus de vitesse d’un coup en pleine face.
Cycnos tente le tout pour le tout en vidant toute sa cosmo énergie dans la bataille : « Blowing Shower ! »
Cette fois-ci, Apodis bloque le coup dans la paume de sa main. L’onde de choc est si puissante, que l’épaule droite d’Apodis cède sous la pression exercée, dans une gigantesque éclaboussure de sang. Néanmoins, comme s’il devenait insensible à la douleur, le Saint n’abdique pas et, tout en gardant le bras de son adversaire prisonnier de sa paume, il libère avec son autre bras son arcane habituel : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Et même s’il n’a plus qu’une seule aile, le Battement d’Ailes Majestueux libère un cosmo insoupçonné qui arrache progressivement l’armure de Cycnos.
Puis son épiderme.
Jusqu’à le désintégrer totalement…

Le vent cosmique et violent libéré par Apodis souffle jusqu’aux loges divines où Héphaïstos protége les siens, loin d’être inquiets, en le contrant d’un vulgaire revers de la main.

Plus bas, les genoux tremblants, Apodis lutte pour rester debout. Il sait qu’un sixième Ange va le rejoindre.
Instantanément, la silhouette gracieuse d’une Olympienne apparaît pour lui donner raison.
Celle-ci porte une Glory adaptée à ses formes féminines. Le bustier libère sa frêle poitrine, tandis que l’armure protège ses jambes, dès le bas de ses fermes cuisses. Ses yeux gris font le tour de la surface de combat, sans jamais s’attarder sur l’être humain qu’elle dénigre lorsqu’elle parle de lui.
En s’agenouillant en direction de sa maîtresse, elle déclare : « Ô Déesse des Plaisirs et de la Beauté, je m’engage personnellement à achever ce misérable Saint d’Athéna. Moi Penthesíleia Ange de l’olympe j’en fait le serment sur ma Glory. »

Après sa révérence, toujours sans poser le moindre regard sur son adversaire, la guerrière aux longs cheveux noirs bouclés se contente de pointer le doigt dans sa direction : « Amazon Arrow Express. »
Un filet de lumière traverse Apodis en plein genou droit. Toutefois, il ne fléchit pas pour autant. Penthesíleia réitère la même technique sur le genou gauche sans pour autant qu’Apodis ne perde l’équilibre.
L’Ange s’en inquiète : « Les Flèches Expresses des Amazones sont sensées faire perdre toute vie à l’organe qu’elles touchent. Les cellules de tes genoux auraient dû se dissoudre et tes jambes lâcher dès que mes flèches t’ont transpercées. »

Tête baissée, le corps balançant au gré du vent, le chevalier ne répond rien.
Face à cette attitude, l’Ange tend ses dix doigts en direction du mort-vivant : « Dans ce cas, je vais libérer toutes mes forces : Amazon Arrow Express ! »


Au pied de l’Himalaya, mélangé à la population locale, la bande de Nicol et Mei entame son périple.
Derrière, Mei grommelle encore contre l’arrivée fortuite de Kiki.
En tête, Nicol partage les impressions de la Muvienne concernant le garnement.
_ « … Je vois, donc Mû en a fait son apprenti. Il est très doué pour la téléportation en tout cas, s’amuse Nicol. »
Cette dernière remarque ne fait guère sourire Mei.
Médée poursuit : « Durant ces derniers mois il est resté au Japon, au c½ur du conflit entre le Grand Pope et Athéna. Mû a voulu qu’il assiste à la bataille au plus près, afin de le confronter à la réalité des combats de Saints.
_ Tu ne lui as pas dis où nous allons, interroge Nicol ?
_ Non. Il a la langue bien pendue. J’aurai trop peur qu’il en parle à Mû. Je ne veux pas détourner mon mari de sa mission.
_ Tu as bien fait. Et Kiki sait au moins où est Mû ?
_ J’ai refusé de le lui dire. S’il est aussi doué que mon époux le prétend, alors il parviendra à le localiser tôt ou tard et à le rejoindre lorsqu’il arrivera au Sanctuaire s’il n’y est pas déjà parvenu aux Cinq Pics. »


Au centre de l’arène de l’Olympe, dix flèches libérées des mains de Penthesíleia viennent transpercer les principaux points vitaux d’Apodis.
Seulement, l’Olympienne aux belles anglaises n’obtient pas l’effet escompté.
Apodis erre toujours au c½ur de la surface de combat. Seuls quelques filets de sangs s’écoulent des plaies.
_ « Non. Non une seule flèche devrait avoir raison de toi. La destruction des cellules se propage dans tout ton corps. Là j’ai même percé ton c½ur et ton cerveau des Flèches Expresses des Amazones.
_ …
_ Que… Quoi ? Je n’entends pas ? »
La foule se tait pour essayer de percevoir les sons qui s’échappent de la bouche d’Apodis : « … »
Ne craignant plus rien de ce cadavre ambulant, l’Ange se rapproche et lui flanque une droite qui le fait juste reculer d’un pas.
Face à une telle insensibilité, l’Ange lève les yeux l’air penaud vers Aphrodite.
C’est à cet instant, à une vitesse que seuls les dieux peuvent percevoir, qu’Apodis accroche la gorge de Penthesíleia : « Je disais, il est normal que je ne sente pas la destruction de mes organes. Je ne ressens plus rien depuis des heures déjà. »
La voix enrouée, Penthesíleia reste médusée : « C’est impossible. »
_ « Rien n’est impossible pour l’homme. Nous vivons en harmonie avec l’univers. Et même si nos corps sont brisés, le cosmos, lui, est immortel. »

Au sommet du coliseum, Zeus surprend tout le monde : « Face à l’immortalité des dieux, il a répliqué par la fusion de son cosmos avec l’univers. Il a atteint l’éveil. »
Tous posent les yeux vers leur maître, hormis Apollon qui reste rivé sur le combat.

Sans remord, Apodis continue de serrer ses doigts sur la gorge de la guerrière céleste.
Celle-ci prononce difficilement le nom de son arcane en libérant par centaines des Flèches Expresses des Amazones sans pour autant faire flancher Apodis.
Au contraire, le cosmos doré du Saint devient blanc, immaculé. Sa voix retentit dans tout le stade : « Frantic Fury ! »
Il libère avec son autre main un oiseau de cosmos opalin qui arrache instantanément toute trace de Penthesíleia.

La Furie Frénétique d’Apodis gagne la tribune d’honneur une fois de plus.
Héphaïstos se contente du même mouvement qu’auparavant.
Malgré cela, rien n’y fait.
Il est contraint cette fois-ci, au dernier instant, d’écarter les deux bras pour mettre fin à cette vague menaçante.
Une sueur froide roule le long du dos du Dieu du Feu, des Forges et des Volcans.
Hestia, profondément marquée par la blessure provoquée par l’abnégation d’Apodis par le passé, se cachait déjà les bras face à la déferlante.
Apollon se redresse d’un mouvement lent et calculé.
Sans même craindre la colère de Zeus qui doit le leur autoriser, Apollon est debout pour mieux dominer les siens.
_ « Aphrodite. Je pense que tes Anges ont fait ici l’étalage de leur faiblesse. Je vais m’occuper de faire cesser cette offense. Helénê. »
A l’appel de son nom, l’Ange plus connue sous le nom de Ksénia apparaît derrière son maître. L’amante de Vasiliás et la prétendue amie de Saori Kido se montre dans sa Glory qui épouse à merveille ses courbes si généreuses. Le petit c½ur rosé tatoué sur sa joue et ses yeux topaze lui donnent une allure que les autres Anges n’ont pas.
Face à l’attitude autoritaire d’Apollon, tous sont pendus aux lèvres de Zeus, impatients de connaître la suite.
Celui-ci la fait connaître en exposant à son tour sa très grande taille, bien plus imposante encore que celle de son fils : « Assieds-toi, mon fils.
_ Dieu des dieux je… »
Des éclairs accompagnent la grogne du dieu des cieux : « J’ai dit… Assieds-toi ! »
La colère dans la voix provoque une onde de choc qui cloue les spectateurs à leurs sièges.
Digne, Apollon s’exécute en gardant le menton en l’air et sans baisser les yeux.
Zeus poursuit plus calmement : « Envoyer Helénê. La plus puissante de tous les Anges réunis, l’être le plus puissant au monde après les dieux, pour abattre un Saint d’Athéna. Si nous en arrivons là, c’est que cet homme à quelque chose de spécial. Les humains font d’habitude preuve de peu de persévérance. Alors que lui, regardez-le, même à l’article de la mort, il se met de nouveau sur pieds pour faire face. Je laisse une dernière chance à Aphrodite de me prouver que ses Anges sont à la hauteur.
_ Bien, dans ce cas, j’appelle Troïlos, acquiesce Aphrodite honteuse.
_ Ne devrais-tu pas plutôt appeler Hektor et Paris ? Après tout, ils sont tes plus puissants défenseurs, suggère Artémis.
_ Ils composent ma garde personnelle. Troïlos sera parfait pour clore ce combat. »

A l’appel de son nom, le nouvel Ange arrive depuis les airs.
Les cheveux mi-longs, blond pâle, le teint laiteux, ce grand et mince chevalier céleste a une allure très élancée. Ses yeux couleur or s’accordent à merveille avec les deux petits anneaux accrochés à ses oreilles.
Alors que tout porte à croire en la venue d’une entité douce et délicate, comme le son de sa voix, son sourire perfide le trahit : « Quelle horreur. Un être humain qui souille ces lieux. Et qui plus est dans cette tenue et dans cet état. N’as-tu pas honte de vivre ? Il n’y a rien de plus misérable que la condition humaine. Mais dans cette situation, commettre l’outrage de persister à arborer une telle impolitesse devant nos dieux représente le plus grand sacrilège. »
Les bras croisés, refusant de toucher terre, lévitant à merveille grâce à ses ailes d’énergie, Troïlos est surpris par la réponse narquoise du Saint.
Alors qu’il tangue en fonction de l’insistance avec laquelle sa tête lui tourne, Apodis s’amuse à faire de l’esprit en balbutiant : « Parle autant que tu veux, je n’entends plus rien de toute façon. »
Comme une personne ivre, Apodis se met à ricaner nerveusement.

Cette attitude nonchalante provoque l’indignation des tribunes.
Celles-ci implorent les dieux par d’incessantes prières de mettre un terme à tout cela.

Troïlos, croise ses jambes et se tient dans les airs comme s’il était allongé sur un divan, la tête reposant dans la paume de sa main : « Je comprends mieux maintenant pourquoi Eurypylos et les autres ont été vaincus. Tu t’es affranchi de toutes tes faiblesses pour revenir au sommet de ta force. Tu tires cette énergie de l’univers. Ce qui pourrait te rendre invincible. Seulement, pour maintenir un tel niveau, il faut avoir l’esprit sain. Garderas-tu la même détermination une fois que… »
L’Ange s’évapore dans l’atmosphère pour réapparaître dans la même pose mais juste au-dessus d’Apodis sur le crâne duquel il effectue de son index une légère pression tout en achevant sa phrase : « … la Fantasmagorie Angélique t’aura entretenu du fond de sa pensée ? Angelic Fantasia. »

Instantanément, ses sens reviennent peu à peu à Apodis…
L’Olympe disparaît, pour laisser place à une plaine fleurie à l’herbage doux où de jolis rosiers s’enroulent sur les vestiges de temples anciens…
Des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguent au gré du vent.
Le soleil radieux réchauffe le visage du Saint assis sous un arbre, sur lequel chantent des oisillons.
Il s’étonne de se voir habillé de sa tunique turquoise en parfait état.
Proche d’un lac à l’eau pure, là où il a rencontré Netsuai pour la première fois, le chevalier de bronze distingue au loin son épouse approchant avec leur fils dans les bras.
_ « Ils sont magnifiques n’est-ce pas, lui demande une voix étrangement familière ? »
Le Grec se retourne et reconnaît Mujakis, sa mère, à laquelle il ne répond que d’un regard stupéfait.
Mujakis comprend alors : « Oh, notre présence te trouble sûrement ? »
En prenant appui contre le tronc sur lequel il est adossé, Apodis tente d’approcher sa mère qui recule. Elle emprunte la direction de Netsuai et Sperarus : « Qu’attends-tu ? Viens avec nous ?
_ Je ne peux pas. Je dois me battre.
_ Te battre ? Mais pourquoi donc ? Que trouveras-tu après cette bataille ? Plus personne ne t’attend. Alors que nous nous sommes là. »
Le jeune homme grimace en baissant la tête.
Inconsciemment, il amorce un pas, puis deux, en direction de sa femme et de son fils.
L’air est si doux. Les éclats de rire de Netsuai qui n’étaient qu’un lointain souvenir, sont si réels.
Arrivé à leur hauteur, Apodis reconnaît les gazouillis de Sperarus.
Il est saisit au c½ur par un sentiment insoutenable de bien-être lorsque Netsuai lui sourit avec amour. Le soleil reflète sur ses cheveux bruns quelques mèches orangés et fait ressortir le bleu profondément amoureux de ses yeux.
Sur son épaule, Apodis sent la main chaude et pleine de compassion de sa maman : « Allons, prends-les dans tes bras. Ils n’attendent que ça.
_ Mais… Puis-je vraiment ? Pas maintenant ! Je suis en plein combat, dit-il par réflexe en faisant le tour de lui-même pour chercher son adversaire ! »
Pourtant, ni à proximité, ni à l’horizon, rien ne ressemble à ce coliseum, où depuis des heures ses pieds glissent dans son sang.
_ « Quel combat ? »
Apodis s’obstine à guetter le moindre danger. Mais ni les injures des Olympiens, ni la voix tonnante de Zeus ne lui viennent. Il n’entend que les oiseaux et sa femme rire avec leur fils.
_ « Mais… Puis-je vraiment… Ils ne font plus partis de mon monde désormais, se persuade Apodis. »
Netsuai tend leur enfant dans sa direction et s’inquiète de sa douce voix : « Comment peux-tu dire ça ? Tu es si proche de nous à présent ! »
Apodis détourne son regard vers une statuette d’Athéna couverte de verdure : « C’est que… J’ai une mission… Et Juventas… Et sa fille Agape… Elles méritent que je me batte encore. »
Netsuai reprend son enfant contre sa poitrine : « Comment ?! Tu veux dire que tu nous as remplacé ?! Que tu les aimes plus que nous ?!
_ J… Jamais de la vie… Ce n’est pas… »
Ne voulant peiner davantage celle qui lui manque tant, Apodis s’approche encore pour chercher son fils.
Le bambin tout potelé, dégage cette même odeur d’onction hydratante qu’il lui appliquait sans cesse et qu’il achetait sur le marché d’Honkios.
Il ferme les yeux pour savourer plus intensément cet instant…

Dans le coliseum, l’assistance est muette.
Sans n’avoir rien fait d’autre que de toucher le crâne de son adversaire, Troïlos réussit à faire chuter Apodis.
Réduit à l’état de chair sans âme, le Saint de l’Oiseau de Paradis retombe lourdement sur le dos.
Les battements de son c½ur ralentissent inexorablement.
Toujours confortablement installé en lévitation, Troïlos commente : « Son âme est à deux doigts d’accepter la funèbre fatalité qui a été réservée aux siens. Il va retrouver ceux qu’il aime en renonçant à sa volonté combative. »

Prisonnier de son subconscient, Apodis poursuit l’étreinte contre son petit garçon.
Peu à peu, il étouffe en sanglot : « Vous m’avez tellement manqué. Je meurs chaque jour depuis que vous m’avez quitté. »
Par compassion, Netsuai se laisse submerger par l’émotion. Elle tend Sperarus à Mujakis pour se consacrer à son époux. Elle ramasse son visage de ses soyeuses mains et essuie avec ses pouces les larmes d’Apodis : « J’imagine. Tu avais perdu le sens de ta vie. »
Elle commence à s’approcher de lui pour l’embrasser.
Instinctivement, il se laisse guider.
Son c½ur en crève d’envie, il a attendu ce moment si longtemps.
Pourtant, quelque chose le dérange.
La dernière phrase de Netsuai le contrarie. Au dernier moment, il tourne la tête et se contente de serrer contre lui sa chère et tendre. Ses yeux marquent un trouble de plus en plus profond : « Le sens de ma vie…
_ Quelque chose te dérange ?
_ Vous êtes le sens de ma vie.
_ Alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ?
_ L’amour est le sens de ma vie.
_ C’est nous que tu aimes, alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ? »
Apodis recule progressivement, refusant de regarder plus longtemps les siens : « Parce que c’est vous que j’aime justement. Parce que Juventas et Agape me l’ont rappelé. »
Le visage de Netsuai se crispe. A mesure qu’il s’éloigne elle perd patience : « Tu les aimes plus que nous !
_ Je n’aime pas plus Juventas et Agape que vous. Je vous ai dans la peau, au plus profond de moi. Et elles je les aime, parce qu’elles me rappellent chaque jour que j’ai pu avoir une famille, auprès de laquelle j’ai fais le serment de me battre pour l’amour et la justice sur Terre. Le sens de ma vie ! Ce sont elles qui m’ont convaincu de poursuivre la lutte pour honorer votre mémoire ! Afin de tenir la promesse que je t’ai faite, d’être le chevalier que tu as toujours voulu que je sois ! »
Apodis revient à l’arbre contre lequel il se reposait et arrache sa tunique pour exposer son torse criblé des empreintes de ses récents combats.
Déguisé de la robe rose qui sert de la poitrine à la taille Netsuai, Troïlos laisse apparaître totalement son visage : « Tu ne peux refuser l’amour des tiens ! »
Totalement apathique, comme il l’est en dehors de son subconscient, Apodis réalise un effort pour prononcer : « En effet. Je ne peux y renoncer. C’est pour ça que je me bats : Shining Apus Claw ! »
D’un lourd mouvement de bras, il projette les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis qui viennent entailler et incendier le visage de Troïlos.
Le hurlement de douleur de Troïlos brise le charme.

Sur l’air de combat, Apodis se relève inexorablement.
Troïlos, lui, perd son équilibre et s’effondre au sol, le diadème brisé, le visage entre les mains sous le regard médusé de l’assistance.

En tribune, tous se regardent.
Au sommet, Aphrodite tourne très lentement la tête vers Zeus de crainte de recevoir son courroux.
A la place de celui du dieu des dieux, concentré sur le centre du coliseum, elle encaisse celui d’Apollon, toujours immobile dans son siège.

Le cadavre ambulant qu’est le chevalier de bronze entame sa pénible approche en direction de l’Ange.
Ce dernier, rampe désespérément en voulant cacher son faciès lacéré. Lui, si fier de son apparence androgyne, ressent au plus profond de ses entrailles la chaleur des Serres Brûlants.
Bavant, ne contrôlant plus son martyre, Apodis bredouille : « C’est fini… J’ai gagné… »
Désemparé, Troïlos abandonne sa fuite et reprend le combat. Il affiche son faciès épouvantablement distordu par l’arcane essuyé.
_ « Bien. Si la douceur de la mort que je t’offrais ne te convient pas. Je torturerai ton esprit. Angelic Fantasia ! »
Il cogne en plein tempe Apodis qui laisse le coup envahir son esprit…

Le coliseum laisse place à la maison d’Apodis dans le village de Paesco.
Le Saint de bronze porte son armure, abîmée après la bataille menée contre Hébé, lors de la Journée Sainte de 1985.
Bien que blessé, son corps ne porte pas les mêmes plaies que celles laissées par les Anges, loin de là.
La demeure est ravagée après le passage du Caraib Ghost Saint de la Méduse et du combat mené contre Mensa de la Table.
Ses pieds trempent dans le sang des siens et son regard est figé sur le petit corps sans vie de Sperarus.
Le nourrisson baigne dans une marre d’hémoglobine. Il crie de toutes ses forces en demandant au ciel une explication.
Apodis se retrouve exactement dans la peau de celui qu’il était le 4 mars 1985, alors qu’il découvrait le soir de la Journée Sainte la mort des siens.
Même homme. Mêmes circonstances. Mêmes questions.
Néanmoins, une voix venue d’outre-tombe lui donne les réponses qu’il n’a pas eu à l’époque.
Rocailleuse et méprisante, il reconnaît le timbre insultant de son père Frontinus Caraib Ghost Saint de la Méduse : « C’était inévitable. Tu n’es qu’un faible et c’est ce qui arrive aux faibles. Ils ne peuvent protéger leur famille. »
Aussitôt, il dévisage cet homme au menton carré et aux petits yeux noirs remplis de haine. Ses cheveux blancs poisseux sont couverts d’un heaume arrondi qui représente l’animal symbole de son armure de mercenaire, la Méduse.
Le Caraib Ghost Saint tient encore dans sa main sa femme qu’il a assassiné : « Tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ta mère. Ah… Mujakis ! Elle gémissait comme une catin pendant que je la violais sous les yeux innocents de ton fils. »
Apodis, impuissant, médusé, fait un signe négatif de la tête comme pour refuser ces allégations.
_ « Et ton petit garçon braillait aussi fort que toi lorsque je te battais pendant que je l’étranglais avec mes tentacules…
 _ Non, geint Apodis en passant sa main devant sa bouche…
_ Je regrette que tu n’ais pas pu assister à tout ceci. J’aurai voulu lire le désespoir dans tes yeux, comme je le lis en cet instant.
 _ Arrête, implore Apodis en retenant ses sanglots ! »
Le mercenaire arrache les vêtements de Mujakis et s’amuse à la traîner dans le sang qui s’écoule de son corps : « Regarde comme je la rabaisse à ton rang. Un insecte. Une larve. »
Apodis tape des poings sur le sol, pendant que Frontinus part dans un fou rire machiavélique : « Arrête ! »
Le père indigne, reprenant peu à peu les traits de Troïlos, poursuit ses sarcasmes.
L’Ange s’étonne de devoir forcer davantage sur la voix de Frontinus pour se faire entendre.
En effet, la névrose d’Apodis prend le dessus.
Le visage dans les mains, le Saint de bronze se gausse.
Nerveusement, la folie prend le dessus.
Troïlos n’arrive plus à s’entendre.
Il est étonné d’être dérangé par un autre éclat de folie que celui qu’il joue.
Apodis relève les yeux, hilare, devant un Troïlos médusé.
Gardant la voix du monstrueux paternel du Saint de bronze, l’Ange s’indigne : « Qu’est-ce qui t’amuse ? Tu ne mérites pas ton rang de Saint ! Si tu avais un tant soit peu de fierté tu te donnerais la mort ! »
Comme lors de l’échec précédent de Troïlos, l’apparence illusoire d’Apodis disparaît pour laisser dans ce décors trompeur son corps meurtri.
_ « Misérable Troïlos ! Tu ne vaux pas mieux que mon père de croire pouvoir me pousser au suicide en jouant sur mes culpabilités ! Il y a bien longtemps que j’ai su les surmonter ! Et là où tu as commis une erreur, c’est de penser que j’étais encore sous l’influence malsaine de mon père ! Mais sache que c’est que c’est avec plaisir que je vais mettre fin à ta vie en te frappant sous son apparence. »
Sans même invoquer de technique, Apodis loge son poing en plein flanc, sous le c½ur de Troïlos.
 
Autour des deux combattants, le coliseum reprend forme et expose des Olympiens médusés.
Dans les loges d’honneur, Aphrodite est atterrée. Elle tremble à l’idée de se retourner à nouveau en direction d’Apollon.
Zeus, lui, grimace de colère. D’abord fasciné par ce combat, l’issu l’oblige à un constat : « Félicitations. Après qu’il ait atteint l’éveil en poussant son cosmos à l’infini, ton Ange lui a permis d’atteindre l’illumination, en faisant de son âme un esprit combatif indéfectible. »
D’un violent coup de poing qui fracasse son accoudoir, Héphaïstos propose : « Ô Seigneur Zeus, laissez-moi mettre fin à cette mascarade.
_ Qu’ai-je fais par le passé, demande alors Zeus ? Pour m’élever à mon rang, je me suis éveillé et mon esprit s’est illuminé. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune frontière infranchissable entre cet homme et nous. L’éliminer reviendrait à nier ma propre histoire ! »
Absolument hystérique, perdant son calme Olympien, Hestia se lève : « Mais enfin… »
Un gigantesque éclair s’abat en plein milieu de l’arène et enlève Apodis.
Ce geste de colère de Zeus interrompt la déesse : « Le nies-tu ?! »
Hestia baisse la tête. Tous les autres dieux, excepté Apollon, l’imitent.

Face à la colère impériale, les spectateurs abandonnent l’arène traversée par d’innombrables éclairs laissant croire que le dieu des dieux a anéanti d’un coup Apodis et ainsi exaucé leurs prières.

De longues minutes de silences suivent.
Seuls les puissantes entités attendent les explications de Zeus.
Celles-ci viennent alors qu’il tourne le dos aux siens, après que le tonnerre laisse place à la pluie.
Resté seul à agoniser de ses blessures, Troïlos implose.
Un déluge suit les premières gouttes. Il lave l’arène de tout le sang perdu par le Grec, inonde les travées désertées, se regroupe en flaques, puis mares. Elles se déversent dans le vide au-dessus duquel est suspendue l’arène. Vide sans fin, sauf conduit vers l’Hyperdimension.

A l’abri dans les loges d’honneur, Apollon, fièrement installé dans son trône ne bouge pas.
Il écoute son père sans esquisser la moindre réaction.
_ « La prison de l’Olympe est le seul refuge pour ces êtres qui s’opposent à nous et que nous refusons de reconnaître. Je l’y ai renvoyé, emprisonné de mon sceau. J’ai créé les hommes et ils récompensent mon amour en me défiant. Je ne permettrai jamais que cela se propage. Cependant, le garder en vie est le meilleur moyen de nous rappeler que les sous-estimer peut s’avérer dangereux. »
Pour conclure, la prunelle de ses yeux laisse place à la foudre qui change son corps en éclairs. Ceux-ci prennent la forme d’un aigle qui repart en direction du Mont Olympe.

Tour à tour, Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès imitent Zeus et regagnent leurs temples.

Dans le coliseum, seuls les conspirateurs sont restés dans la tribune d’honneur à observer les dernières gouttent tomber du ciel pour se perdre plus bas.
Tapis dans l’ombre en attendant leur dieu, Helénê et Roloi patientent calmement, refroidis par les déclarations de Zeus.
Héphaïstos, lui, s’inquiète de la décision de Zeus : « Étrange qu’il veuille garder cet humain en vie. »
Les phrases courtes du meneur des conjurés ponctue son calme impérial : « C’est fâcheux en effet. Cela prouve qu’il tient encore les humains en estime. »
Hestia s’en indigne : « Si ce que tu dis est vrai, Apollon, ce serait une insulte de Zeus vis-à-vis de nous !
_ Je dirai plutôt qu’il s’agit d’une punition. Si les Anges d’Aphrodite avaient correctement fait leur travail tout aurait été différent. Zeus aurait compris que les hommes sont insultants et n’inspirent aucun respect.
_ Certes mais Helénê aurait pu le tuer. Il n’avait pas à le protéger. »
La ténébreuse Héra corrige : « Au contraire. Cela a permis à Zeus de mettre en défaut les dieux qui veulent à tout prix reprendre la Terre à Athéna. En valorisant les actes de cet homme, il espère prouver que ceux-ci peuvent être dignes d’intérêt, comme veut le faire croire Athéna.
_ Exactement, ponctue Apollon. Lorsque Athéna provoquera sa colère, cet homme sera ici la représentation de ma chère s½ur. Il en paiera les conséquences.
_ Athéna parviendra-t-elle au moins à perdre la confiance de Zeus, s’inquiète Hestia ?
_ Elle y parviendra. N’ait crainte. Nous avons encore beaucoup de cartes à jouer. Et notre plus beau jeu est sur Terre, assure Apollon. »
En disant cela, il regarde avec détermination Helénê, responsable en tant que Ksénia de toute sa machination auprès des dieux sur Terre.

A plusieurs kilomètres de là, étendu sur le dos, respirant difficilement en raison de la douleur et de l’effort que cela nécessite pour lui, Apodis marmonne : « Et maintenant, que vont-ils faire de moi ? »
En dehors de la tour où il est retenu prisonnier, Déméter se maintient debout au-dessus du vide. Toujours aussi peu vêtue, ses formes envieuses fort exposées, la déesse aux cheveux noirs de jais, approche sa main en direction du rideau de lumière qui entoure désormais la prison. Aussitôt, quelques grésillements hostiles annoncent une probable décharge du cosmos de Zeus : « L’amour de Zeus pour les hommes émousse sa colère. C’est son amour sans limite qui a rendu les hommes forts. Et aujourd’hui, manipulé par les discours des siens, il veut leur faire payer leur insolence. Tu n’es qu’un exemple.
_ Je vois. Quoi qu’il arrive, même si je parviens à me rétablir, je suis voué à finir mes jours ici.
_ De plus, le cosmos de Zeus m’empêche de te maintenir en vie comme je le faisais jusqu’ici. Je crois en l’homme. Mais je ne peux agir pour lui. Quand le moment sera venu, d’autres hommes seront là pour t’aider. En attendant, persévère, poursuit ton entraînement. Car les Anges d’Aphrodite ne sont rien face à ceux d’autres dieux. »
La silhouette de la divinité s’évapore dans l’atmosphère, tandis qu’Apodis bombe son torse en prenant une profonde aspiration : « J’espère qu’à ce moment là, Athéna sera auprès de moi. Car aujourd’hui, c’est en son nom que j’ai surmonté tous les obstacles. »


Sur Terre, vers laquelle Apodis envoie ses prières, les événements s’accélèrent.
Le Grand Pope reçoit tour à tour, les nouvelles des défaites des Saints envoyés punir les différents rebelles.
L’idée de faire appel aux Saints d’or pour clore la menace japonaise, trotte de plus en plus dans sa tête…

2
Only for Love / Chapitre 62
« on: 5 July 2020 à 16h27 »
Chapitre 62

A la frontière de la Chine et de l’Inde, là où l’atmosphère se raréfie et où les tibétains eux-mêmes ne s’aventurent jamais, une jeune femme aux cheveux orangés et le visage masqué achève de traverser un pont.

Ce 10 décembre 1986, derrière elle, retombent en morceaux plusieurs squelettes qui s’étaient dressés pour lui barrer la route de Jamir.
Son corps porte quelques égratignures dues aux épreuves endurées pour parvenir jusqu’ici.
En brassant de l’air avec ses mains, elle parvient à dissiper le brouillard himalayen et à apercevoir au loin l’immense tour qu’elle est venue visiter.
Elle rehausse les lanières de sa Pandora Box d’argent et puise en elle la force d’achever son périple.
« Traverser la planète à pieds sans user de ma cosmo énergie pour ne pas me faire repérer ni du Sanctuaire ni de l’Olympe n’aura pas été de tout repos. J’espère que Mû saura m’accueillir comme il se doit, pense-t-elle. »

Tout à coup, si proche de son but, l’intruse est étrangement immobilisée, sans remarquer la présence de qui que ce soit.
Une voix féminine accompagne une gracieuse silhouette qui apparaît au détour d’une roche : « Le périple pour venir jusqu’ici est long et douloureux. Je pense que ton épuisement t’a empêché de remarquer les cheveux de Bérénice. »
La voyageuse s’attarde sur ses membres paralysés, pour cette fois-ci distinguer une sorte de filaments qui l’enserrent et qui rejoignent la main d’un inconnu derrière elle.
La complice de son bourreau, cheveux longs, fins et argentés, elle aussi le visage dissimulé sous un masque, la questionne : « C’est étrange que le Sanctuaire n’envoie qu’un seul assassin. Tes amis sont-ils morts devant le cimetière des armures ? »
La prisonnière confesse : « Je suis Marin Saint d’argent de l’Aigle. Si tu es toi aussi poursuivie par le Sanctuaire, tu dois savoir que j’ai été, au même titre que toi, cataloguée comme renégate. »
Un troisième allié se montre à son tour. Il expose sans gêne un visage aussi mature que celui de certains Saints d’or. Ses cheveux châtain clair ébouriffés et sa carrure digne d’une statue grecque lui donnent un certain charme, que Marin lui reconnaîtrait volontiers dans d’autres circonstances.
D’un geste raffiné et d’une voix imposant un certain charisme, il se présente : « Je suis Nicol Saint d’argent de l’Autel. Cette jeune femme à qui tu fais face est Yulij Saint de bronze du Sextant. Et l’homme qui te tient en joug est Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. Nous aussi nous sommes venus chercher asile à Jamir. »
Marin gesticule pour montrer que la façon dont on la traite est inappropriée : « Je ne suis pas vraiment venue chercher asile. Et si tel avait été le cas, j’aurai tout de même espéré un autre accueil. »
En fermant les yeux, d’un hochement de tête, Nicol demande au moins docile de ses complices : « Ça ira Mei, tu peux la relâcher. »
Le Japonais s’exécute en marmonnant : « Agis comme ci ! Pas comme ça ! Non mais, pour qui il se prend celui là ?! »

Enfin, une quatrième personne vient accueillir le Saint de l’Aigle.
Également masquée, deux longues nattes de ses cheveux pommes tombent par-devant ses épaules. Habillée de sa Cloth de bronze faite d’épaulettes ovales et d’un plastron qui met sa poitrine en valeur, Médée berce Marin de sa voix douce et mélancolique : « Bienvenue sur la terre de mes ancêtres. Entre donc te reposer. »


A l’est de l’Olympe, dans les terres habitées par les fidèles qui ont été élus par les dieux, un brouhaha résonne dans le Coliseum.
Inoccupé depuis des décennies, ce stade qui a vu par le passé de grands combats rassasier le plaisir des dieux commence à se remplir de spectateurs.
Hormis les prêtres et les servants des temples des dieux de l’Olympe, tout le peuple se déplace dans la discipline la plus totale à l’intérieur du stade.

Les tribunes sont ouvertes en arc de cercle. Elles dominent l’arène et sa plateforme rectangulaire. Celle-ci, suspendue par d’énormes chaînes par-dessus le vide, surplombe ainsi le grand lac de l’Olympe. Cette mer s’étend à perte de vue et meurt au pied de l’arène dans l’Hyperdimension.
Les gigantesques chaînes s’élèvent vers la pointe montagneuse qui abrite l’arène. Elles sont reliées dans la main d’une statue de Zeus taillée dans la roche.
Au centre des gradins, surélevées par des colonnes de marbres, les loges des dieux représentent, sous la statue de Zeus, le point culminant du Coliseum.

Dispatchés sous leurs bienfaiteurs, les Olympiens ne cessent d’applaudir chaque divinité qui elles ne daignent même pas les regarder en se positionnant dans leurs fauteuils.
Arrivées chacune sur litière, les déesses s’installent en premières.
Hestia, accompagnée d’Héra, prend plaisir à observer la surface carrelée et brillante qui accueillera sous peu Apodis.
Les deux manipulatrices sont suivies d’Aphrodite et Artémis toutes deux aveuglément tombées dans le piège ourdi.
Déméter, aux traits aussi tirés et à la démarche aussi fière que les siens, n’affiche cependant pas le même plaisir que les autres.
Hermès et Héphaïstos ferment la marche.
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans glisse un regard complice à Héra et Hestia, en prenant place à côté d’un Hermès crédule.

Les invocations envers les dieux s’atténuent peu à peu. C’est seulement lorsque le silence le plus complet revient que se montre enfin l’empereur des cieux.
Dans l’assistance, tous s’inclinent, tête baissée. Certains pleurent même face au bonheur de voir enfin leur seigneur.
Lui qui se montre peu, se racle la gorge avant de prendre la parole.
A cet instant, l’impact de son imposante voix fait résonner le tonnerre.
Un éclair illumine davantage l’espace d’un instant le Coliseum.
Les épais sourcils de ses yeux larges et plissés se froncent à mesure que s’ouvre la bouche de Zeus : « Peuple de l’Olympe… »
Ces deux mots seuls suffisent à faire trembler les tribunes. Si le temps se suspend lorsqu’il ouvre la bouche, le monde autour de lui tremble : « … vos dieux bienfaiteurs vous ont réunis en ce jour pour condamner l’hybris d’un homme. Il a commis la faute fondamentale. Défier les dieux. Son châtiment est la destruction. »
Aussitôt, le souverain prend position dans son trône et laisse ses épaisses mains tomber sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche.

A ses côtés, son fils se positionne dans l'ombre de la musculature inouïe du dieu des dieux, en tapant dans ses mains. Son geste est si noble, si discret et délicat qu’il émet à peine le son dû à l’éloge de son père.
Apollon entame ainsi les applaudissements que suivent durant de longues minutes le reste de l’assemblée en hommage à Zeus qui reste impassible.
Le dieu du Soleil, lui, dissimule du mieux qu’il peut son regard sadique destiné au c½ur de l’arène où apparaît malgré lui Apodis.

Agenouillé, habillé de son pantalon bleu, encore recouvert sur les jambes et les poignets de quelques morceaux de sa Cloth de bronze, le Saint de l’Oiseau de Paradis expose son torse nu et son regard fier à l’entité qui lui fait face.

Debout, bras tendu vers lui, responsable de son arrivée dans l’arène, un ange arbore sa Glory et dévisage Apodis avec dédain. Son armure, semblable à celle de Peleus et des autres Anges, laisse passer par sa clavicule un linge blanc qui couvre la moitié de son torse. Ses cheveux opulents, oscillant entre l’azur et le vert bleuté sont coiffés par le diadème de sa Glory. Cela permet de dévoiler ses yeux jaunes et son sourire fier qui défient le chevalier.

Seul contre tous, Apodis tourne sur lui-même et ne reçoit du public qu’insultes et moqueries. Il remarque, plus haut, les dieux aisément installés qui se délectent de nectar et d’ambroisie que des échansons leurs servent déjà à foison.
D’abord circonspect en apercevant parmi eux Déméter, si bienveillante à son encontre, son expression change radicalement lorsqu’il reconnaît Hestia.
Alors qu’aucun Olympien n’a osé dévisager les dieux, Apodis fixe avec audace la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
Des premiers mots descendent des travées pour l’invectiver suite à son comportement.
Hermétique, Apodis a le regard de plus en plus noir. Le reflet rouge de ses yeux scintille de plus en plus.

En haut, d’abord outrée, Hestia a du mal à se sentir rassurée. Elle, la seule déesse ici présente qui connaît désormais la peur depuis qu’Apodis l’a atteinte sur Terre. Elle souhaite fuir son regard assassin, mais son rang l’en empêche.
Refusant voir cette mascarade continuer plus longtemps, Apollon, de sa voix lente et malsaine, suggère à Aphrodite : « Aphrodite. Toi qui tenais tant à ce que ce soit tes anges qui punissent cet homme. Faut-il encore attendre qu’il nous souille davantage ? »
Apeurée par le seul d’entre eux qui ne craint pas de se positionner à côté de leur souverain, Aphrodite effectue immédiatement un geste de la main à son fidèle sujet qui n’attend que ça.

L’ange se courbe pour accuser réception de l’approbation d’Aphrodite, puis se dresse en direction d’Apodis.
Alors qu’il n’a pas quitté Hestia des yeux, Apodis sent une soudaine douleur lui heurter la poitrine.
Il s’effondre au sol sans même comprendre ce qui lui est arrivé.
Ses yeux se ferment aussi forts que ses poings sont serrés afin de retenir la douleur et de ne pas pâlir sous les huées du stade.
A côtés de lui, il peut entendre les cliquetis métalliques de la rencontre entre les pieds de son ennemi couvert de sa Glory et le carrelage brillant de l’air de combat.

Enfoncé avec élégance dans le fond de son siège, Apollon remue une coupe de nectar dont il se délecte en esquissant un très léger rictus sadique.
Devant lui, les mains enroulées de crispation dans sa toge, Hestia remue nerveusement sa jambe. Son esprit est ailleurs, son comportement, limite profane, inspire chez Héra, sa voisine, un profond agacement. Elle le manifeste en tapotant légèrement et discrètement la cuisse de l’anxieuse déité.

Plus bas, l’ange ramasse Apodis par les cheveux. Il l’élève avec froideur à direction des spectateurs.
Apodis reste fixé sur ses pensées : « Toutes ces semaines d’entraînement… Trop lent, trop faible… Trop loin de Peleus, cet Ange que j’ai combattu sur Terre. Pas étonnant que je n’ai pas le niveau contre celui-là. Les instants de répit offerts par les Olympiens ne m’ont pas permis pas de surpasser ce cap nécessaire, pour aller au-delà du niveau du simple humain.
Les jours ont passé et chaque fois je sentais venir ma limite. Il me manquait le déclic, l’éveil… »
Insensible, le chevalier céleste garde son visage strictement fermé lorsqu’il déclare à Apodis : « Je suis surpris de voir que tu es en vie. Tu as encaissé de plein fouet la Grande Croix. Aucun homme ne peut survivre à l’attaque d’Eurypylos Ange de l’Olympe. »
Maintenu par la tête, la douleur dissipée, Apodis défie Eurypylos du regard : « Désolé. Je suis un homme fait de contrariété. »
D’un calme propre aux Olympiens, Eurypylos réagit à la provocation en balançant Apodis dans les airs afin de lui faire perdre tout appui : « Tu as eu tort de me provoquer. Tu vas recevoir cette technique à pleine puissance. Big Cross. »
Il remonte ses bras qu’il croise en direction d’Apodis. La rencontre de ses deux membres libère un X lumineux que seuls des yeux avertis peuvent distinguer.
Celui-ci frappe Apodis en plein torse et lacère profondément sa chair, sans qu’il puisse faire quoique ce soit. Il retombe à plat sur le carrelage où se déverse son sang.
Avec dédain, Eurypylos s’assure de son immobilité avant de s’agenouiller en direction de la Déesse des Plaisirs et de la Beauté.
Néanmoins, l’assistance retient son souffle. Dans le dos du guerrier, Apodis prend appui sur ses bras pour reprendre le combat.
_ « Je ne peux le croire. Tu es plus mort que vif après ces deux échanges. Comment fais-tu pour ne pas succomber ? L’homme est semblable à un insecte. Il doit mourir quand on l’écrase. »
D’un revers de la main, l’Oiseau de Paradis essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche et remarque la sensibilité de ses plaies après que la Grande Croix lui ait entaillé profondément la poitrine. « Si je ressens encore la douleur, c’est que je ne suis pas encore totalement arrivé à surmonter mes cinq sens, réfléchit-il. »
Entêté, il entame un pas en avant, puis un second. Après s’être assuré qu’il tient parfaitement sur ses jambes. Il tente une approche jusqu’à Eurypylos, sous les sarcasmes des spectateurs.
Arrivé devant lui, sans même tenir sa garde, Apodis le regarde droit dans les yeux avec un sourire idiot.
Eurypylos cligne des yeux pour témoigner son incompréhension. Aventureux, il s’empresse de lui asséner un direct du gauche dans l’estomac, suivi d’un coup de pied retourné dans la tempe, qu’il ponctue d’un direct du gauche dans l’arrête nasale.
A peine déstabilisé, Apodis ne perd pas des yeux son adversaire tout en riant encore.
Eurypylos fronce légèrement ses sourcils, abandonnant son visage serein. Il repart lui heurter la poitrine coude gauche en avant, puis frappe son c½ur du plat du pied. Il saute devant lui pour mettre tout son poids dans son coude droit, qu’il laisse retomber sur le sommet de son crâne. En reculant, Apodis manque de chuter mais tient bon.
Eurypylos s’en mord l’intérieur de la joue. Il s’élance à une vitesse dépassant l’entendement,  jambe gauche en pleine gorge, poursuivi d’un uppercut gauche, il passe derrière lui pour cogner son genou contre sa nuque.
Emporté par l’élan, Apodis se laisse tomber en glissant sur le parterre brillant.
La foule se lève alors et scande le nom d’Eurypylos.

Au sommet des loges, le dieu des dieux réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Il prononce dans sa barbe dense qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre : « Voilà. Était-ce la peine de réunir notre peuple pour un seul homme ? »
Parmi les siens, aucun n’a l’arrogance de répondre à cette voix qui fait trembler les murs hormis le Dieu du Soleil : « C’était nécessaire. Notre suprématie doit être justifiée à ceux qui nous vénèrent. Il est indispensable que les infidèles soient punis. Il n’y a qu’à voir le plaisir procuré à nos ouailles.
_ Dans ce cas… »

Brusquement, l’attention sévère de Zeus est rappelée au centre de l’arène.
Les cris de joie se changent en sifflets.
Sous les injures des partisans de l’Olympe, Apodis est de nouveau sur pieds.
Devant le Saint de bronze, Eurypylos est perplexe : « Co....Comment ? Comment peux-tu encore tenir debout ? »
Le corps balançant, Apodis n’affiche rien d’autre que sa mine provocante.
Eurypylos perd les nerfs. Il hausse le ton puis s’élance bras tendu.
_ « Tu devrais déjà être mort depuis longtemps ! »
Avec une agilité déconcertante et une vitesse inattendue, Apodis esquive et riposte d’une reprise de volée acrobatique. Il se réceptionne et poursuit de trois directs en pleine poitrine.
L’Ange réagit d’un crochet du droit mais, à peine celui-ci encaissé en plein visage, le Saint déclenche un coup de pied dans le flanc gauche de son adversaire.
Le choc est si violent, que dans les travées, tous entendent la Glory se fissurer sur le coup.
Eurypylos recule en se tenant ses côtes brisées : « Impo… »
Il n'a pas fini sa phrase qu’Apodis arrive par les airs pour balancer toute sa puissance dans son poing droit. Autour de lui, son aura devenue dorée dessine un oiseau majestueux qui déploie ses ailes avant de foncer sur son adversaire : « Frantic Fury ! »
L’impact contre le sommet du crâne d’Eurypylos est si puissant que les yeux de l’ange sortent de leurs orbites et que du sang coagulé, certainement mêlé à des morceaux d’organes réduits en bouillis, jaillit de ses orifices.

Complètement démantibulé, le cadavre d’Eurypylos s’écroule et implose sous l’attention de spectateurs médusés.
Les sifflets cessent.
Le vent emporte au loin le bruit de la détonation provoquée par la destruction du corps d’Eurypylos.
Le bruissement de l’eau qui chute au pied de l’arène dans l’Hyperdimension devient audible et son chuintement angoissant peut même être reconnu dans les travées aphasiques.

En haut, Zeus passe sa main dans ses cheveux blancs grisonnants qui se mêlent à sa barbe. Sa voix détonne : « Intéressant. »
Il lance ainsi les premiers échos des spectateurs qui plus bas s’échangent :
_ « Il a commis l’outrage de tuer un Ange.
_ Sa folie n’a pas de limite
_ Le moindre de ses souffles est un sacrilège pour nous autres.
_ … »
Apodis pourrait y prêter attention, s’il cessait de fixer avec hargne Hestia et d’adresser contre elle son cosmos hostile.
Hestia, elle, se cramponne aux accoudoirs de son siège. Les voix s’élèvent de plus en plus fort. Néanmoins, le tollé dont est victime Apodis ne vient même pas à ses oreilles. Les battements de son c½ur sont trop forts pour lui permettre d’entendre autre chose que sa peur.

Déméter, elle, reste insensible en apparence mais, au fond d’elle intéressée, remarque : « Contrairement à ce qu’il pensait, cet humain a fait d’énormes progrès. En plus de sa force et de sa vitesse, il a entraîné sa résistance. Ainsi il a pris le temps d’analyser les mouvements de son ennemi pour le devancer. Astucieux. »
Élégante et majestueuse dans son affriolante robe blanche, Aphrodite se contente de claquer des doigts pour ramener le calme autour d’elle.

Immédiatement, depuis les airs, ailes d’angelot dans le vent, arrive un nouveau chevalier céleste.


A Jamir, à l’intérieur de la tour, dans les étages supérieurs, sur des tapis brodés aux motifs orientaux, Nicol, Médée et Yulij, sont assis autour d’une table en compagnie de Marin.
Celle-ci, dos tourné, enlève son masque un instant pour déguster la tisane qui lui est servie.

Resté debout, en retrait, à l’encadrement d’une fenêtre, Mei observe l’horizon d’un air songeur : « Donc si j’ai bien compris, tu as affronté une déesse de l'Olympe et pas des moindres, en compagnie d’Hébé et d’une partie de son armée ?
_ En effet. Tous mes compagnons sont morts pour me permettre de récupérer le Jonc d’Athéna. »
Yulij, comme Médée et Mei, reste crédule : « C’est quoi le Jonc d’Athéna ? »
Marin restant bien étrangement silencieuse, Nicol éclaire ses amis des connaissances qu’il tire de son défunt professeur Arlès : « Après la première Guerre Sainte qu’elle dut livrer, malgré la victoire, Athéna comprit que son armée avait besoin d’un réel meneur. Durant cette bataille, Pégase s’illustra particulièrement. Comme pour les suivantes. Elle confia alors à sa Chouette, sa messagère personnelle, d’être à chaque réincarnation proche de Pégase afin de le réunir à Athéna. A chaque réincarnation, Pégase et la Chouette sont dotés d’un bracelet destiné à les identifier et à les réunir. Il s’agit des Joncs d’Athéna. »
Mei se rapproche de la table en agitant son doigt : « Attends, attends, attends. On parle quand même d’artefacts divins. D'accord pour cette histoire de Joncs d’Athéna, mais moi ce qui m’inquiète le plus, c’est cette histoire de pendentifs de Zeus. »
Visage à nouveau caché après son breuvage, Marin baisse la tête : « Comme Pégase et la Chouette sont liés, je suis liée à mon frère qui s’est réincarné comme moi en portant une clochette à la forme particulière. Il s’agit des pendentifs de Zeus. Tout comme je soupçonne l’Olympe d’être à l’origine de l’enlèvement du Jonc de la Chouette, je suis persuadée qu’ils ont ma clochette.
_ Donc tu voudrais venir ici, pour savoir de Mû, comment faire pour se rendre en Olympe, croit comprendre Mei ?
_ Hélas, mon mari est parti hier. La situation au Sanctuaire implique son retour impératif, s’excuserait presque la douce et chaleureuse Médée.
_ N’en soit pas désolée Médée. Et non, je ne cherche pas à me rendre en Olympe. Pour se faire, je sais comment agir. Et mon pendentif me serait indispensable. J’ai pu découvrir en ôtant le sceau qui retenait le jonc dans le temple d’Hestia,  quelques indices sur le lieu où était retenu mon Pendentif. Du moins, j’ai eu quelques flashs et les connaissances de Mû m’auraient sans doute permis de combler les lacunes restantes.
 _ Bref, nous sommes dans une impasse. Allons Yulij, partons nous entraîner, ça vaut mieux. Nous pourrons ainsi rejoindre Mû et combattre avec ceux qui se révoltent contre le Pope, s’impatiente Mei en tirant par le bras son amante. »

Médée, elle, débarrasse le plateau et laisse Nicol, extrêmement pensif, en compagnie d’une Marin totalement perdue.
_ « Moi dans tout ça, ce que j’aimerai savoir, c’est quel est ton rôle dans toute cette histoire ? Je veux dire, Pégase et la Chouette sont liés à Athéna. Toi et ton frère à Zeus. Mais pourquoi ? Que fais-tu sur Terre ? »
Marin regarde autour d’eux pour s’assurer qu’aucune mauvaise langue ne soit restée dans les parages : « Lorsqu’il a laissé la Terre à sa fille, Zeus aimait profondément les humains. Et ceux-ci lui vouaient, comme à tous les dieux de l'Olympe, une foi inébranlable. Quand les Guerres Saintes contre Athéna ont éclaté, ses rivaux les justifiaient auprès de Zeus comme étant des actes de punition envers ces hommes qui ne respectaient plus leur planète et encore moins les dieux. Ne voulant croire à cela et impressionné par le dévouement de sa fille envers les hommes, Zeus a maintenu sa confiance en Athéna. Seulement, Poséidon et Hadès n’étaient pas les seuls à se plaindre de la passion de moins en moins entretenus des hommes pour eux. Dans l’Olympe, d’autres vinrent apprendre à Zeus l’émancipation progressive des humains. Ne voulant prendre de décision trop hâtive, il choisit de réincarner à chaque époque ses deux sujets les plus fidèles, son Aigle et son Trait de Foudre. Porteurs des Pendentifs de Zeus, ils pouvaient aller et venir à leur guise du monde des mortels à l'Olympe. Des Olympiens vivant sur Terre. Générations après générations, ils confirmaient à Zeus que l’homme perdait la foi mais qu’ils se réfugiaient dans d’autres valeurs, telles que l’amour et la solidarité. En même temps furieux et curieux, il choisit de se retirer définitivement de ce débat. Ne demandant à son Aigle et à son Trait de Foudre de ne l’avertir que si Athéna, trop attachée aux hommes, outrepassent ses droits, ou si l’un de ses ennemis attente à l’équilibre du monde. Malheureusement, dans l’Olympe, d’autres dieux ne l’entendirent pas ainsi et refusèrent de laisser plus longtemps Athéna et les hommes vivre sans leur exprimer la moindre reconnaissance. Ils profitèrent de nos jeunes réincarnations à mon frère et moi pour nous mettre hors jeu. Mon pendentif m’a été subtilisé et j’ignore tout de ce qu’il a pu advenir de mon frère. Aujourd’hui Zeus est seul, pensant que même ses sujets les plus fidèles l’ont abandonné, entouré par des dieux médisants qui ne rêvent que d’une chose, soumettre à nouveau les hommes. »
Alors que de telles révélations en feraient frémir plus d’un, Nicol, absorbé, se gratte le menton : « Si ce que tu dis est vrai, alors la Terre risque de vivre la Guerre Sainte la plus meurtrière qui soit. Tout va se jouer maintenant, en notre époque.
_ Je le pense aussi. Poséidon, Hadès et les autres ne seront que des épreuves cette fois-ci. Le vrai danger, c’est l’Olympe.
_ Je sais que l’idéal serait que tu récupères ton pendentif et que tu alertes Zeus de tout ce qui se trame, comprend Nicol préoccupé. Cependant, pour qu’Athéna puisse se montrer à la hauteur des épreuves qui nous attend, il me semble impératif qu’elle puisse récupérer son Sanctuaire. Tu ne penses pas ?
_ Si bien sûr. De toute manière, sans Mû, je ne sais pas qui pourra interpréter les signes qui me sont apparus.
_ Mon maître, Arlès, et son frère, le Grand Pope Shion, auraient pu…
_ Tu les as connu tous les deux ?
_ Jusqu’à ce qu’ils disparaissent au sein même du Sanctuaire, oui. Mon maître m’apprenait même à lire les étoiles comme le faisait le Grand Pope. Il disait qu’un jour peut-être je pourrai monter sur Star Hill y établir des prophéties. »
Un déclic surprend tout à coup Marin : « Star Hill ! Tout à l’heure tu m’as bien dis qu’après qu’ils aient disparu, tu as cherché quasiment dans tout le Sanctuaire ton maître et le Grand Pope en vain ?!
_ Oui. Hormis l’armure d’Arlès prisonnière à Dignity Hill, je n’ai jamais rien retrouvé.
_ Et sur Star Hill ? Tu aurais peut-être pu y apprendre quelque chose ?
_ J’y avais songé. Mais l'escalade de ce pic rocheux nécessite des capacités surpassant même le niveau d’un simple Saint d’or. »
Sous son masque, Marine sourit : « N’oublie pas qu’à l’origine je ne suis pas humaine.
_ Tu comptes t’y rendre ?
_ Je n’ai pas spécialement le choix. La Chouette n’étant jamais apparu pour protéger Pégase, il me faut alors aider Pégase à vaincre l’usurpateur qui occupe le trône de Grand Pope. Pégase est trop important pour qu’on puisse le laisser mourir bêtement.
_ Je comprends. »

Médée les rejoint avec un plateau sur lequel sont disposés quelques étoffes, des huiles locales et du coton : « Tu nous feras le plaisir de prendre d’abord une nuit de repos avant de reprendre ta route. Tu trouveras derrière la tour, en direction du village où vivent encore quelques Muviens, un cours d’eau où tu pourras te prendre une agréable toilette. »
Marin espère pouvoir protester mais Nicol lui prend sagement la main et la devance : « Bien sûr qu’elle va rester se ressourcer ici. Un bon repas et un peu de repos n’ont jamais tué personne. Et puis comme ça Marin pourra me parler des signes qu’elle aurait voulu que Mû interprète. Qui sait, peut-être en sais-je suffisamment pour la mettre sur la voie ? »


Dans le Coliseum en Olympe, sur la surface carrelée où il a triomphé d’Eurypylos, Apodis découvre son nouvel adversaire.
Fort bien apprêté dans son armure semblable à celles des autres anges, celui-ci présente un teint plus halé. Ses cheveux couleurs feu, s’accommodent à merveille avec son regard brûlant et ses anneaux orangés accrochés à ses oreilles.

Depuis la loge d’honneur, Apollon balance : « Memnon ! Voici un des meilleurs Anges au service d’Aphrodite. »
Aux côtés du Dieu du Soleil, Zeus s’affaisse confortablement dans son trône : « Espérons que ce combat soit plus divertissant. »
Les autres divinités écarquillent leurs yeux après cette déclaration. Quand eux attendent la punition d’un vulgaire humain, Zeus, favorable envers les hommes jusqu’à peu, s’impatiente de voir ce qu’un être à la solde d’Athéna peut avoir à montrer.

Dans l’arène, Apodis, conspué, ne compte pas attendre d’être mis à terre comme face à Eurypylos.
Memnon s’avance en lévitant grâce à ses ailes d’énergie. Bien silencieux, il ne prend même pas la peine de se présenter à son adversaire. Le dédaigneux Olympien engage même les hostilités en lui crachant dessus.
Apodis esquive la salive de son ennemi qui en profite pour lui asséner un coup de coude en pleine pommette, la fendant sur le coup. Malgré l’impact, l’humain parvient à lancer suffisamment haut sa jambe pour lui rendre la pareille et lui égratigner la joue.

C’est la consternation dans la foule. Les apostrophes manquent, tant le répertoire a eu le temps d’être usé en raison de la grande résistance du Grec.

Néanmoins, l’Ange, toujours en l’air, n’abdique pas. Son regard, toujours aussi sévère, attire inexorablement Apodis. Involontairement, le chevalier de bronze est plongé dans ces yeux ardents. Ceux-ci semblent projeter des chatoiements dans le cerveau d’Apodis. Pour la première fois, l’Ange fait entendre sa voix en nommant son arcane : « Curtain Falls. »
Alors qu’il reprenait sa garde, Apodis est immobilisé, voire statufié. Ses yeux n’expriment plus rien, son souffle est court.

Au sommet, Héphaïstos de sa voix grondante est amusé : « Memnon n’a jamais été du genre à aimer perdre son temps n’est-ce pas Aphrodite ?
_ En effet. Même s’il n’a aucun respect pour son adversaire, Memnon ne joue pas avec lui. »
Portant noblement son pétase sur la tête, Hermès s’étonne : « Tout de même. Utiliser le Curtain Falls. »
Soudain, l’air derrière eux semble les aspirer. Zeus ouvre sa bouche pour commenter à son tour : « Le Curtain Falls. Le Rideau Tombe. Cette attaque psychique annihile totalement le système nerveux. L’être qui la subit est plongé à tout jamais dans les souvenirs du passé. Son esprit en est prisonnier et ne peut plus contrôler son corps. Ce Saint d’Athéna va mourir à petit feu. Son corps se décomposera sans qu’il ne s’en aperçoive, noyé dans les sentiments qui l’habitent. »
Toujours aussi peu rassurée, Hestia se cramponne à son siège pour se donner un élan qui surprend tout le monde. A pleins poumons, elle ordonne à Memnon : « Je refuse d’attendre qu’il meurt ! Chaque souffle qu’il recrache encore est une injure envers moi ! Qu’on l’achève ! »

A côté d’Apodis, l’Ange d’Aphrodite courbe l’échine, comme pour approuver l’ordre donné par Hestia.
Il plane jusqu’à lui et se laisse tomber pied en avant, en plein dans le foie de son adversaire qui était resté debout. Totalement amorphe.
Il décoche une droite à ce qui n’est plus rien d’autre qu’un sac de sable. Tout son corps est martelé, le sang coule à flot sans qu’Apodis ne puisse réagir.

L’attraction du cosmos d’Artémis prend totalement place après que le soleil d'Apollon n’ait chauffé le domaine céleste toute la journée.
Les serviteurs de l’Olympe allument les immenses torches qui encerclent la surface et réfléchissent leurs lueurs chatoyantes sur le carrelage inondé de sang.
La nuit tombante annonce pour Apodis une longue et pénible soirée…


Sur le chemin de retour du village des Muviens, Nicol et Marin rient de la réaction du peuple de Mû : « Je n’arrive pas à y croire. Ils étaient encore plus enchantés que moi, qu’on puisse se rencontrer. »
Nicol, mains derrière le dos, s’en amuse : « C’est normal, les Muviens sont très croyants. Et là, ils ont eu affaire à l’Aigle en personne. Eux qui sont habitués à former et à recevoir des Saints, ils ont eu droit à la présence d’une Olympienne.
_ Dans l’âme. Car de sang et de naissance, je suis humaine, comme toi. »
Nicol fixe le masque de la jeune femme avec insistance. Sa voix est empruntée : « Mais tu as quelque chose de spécial. Le Pendentif de Zeus t’accordera tes vrais pouvoirs. Ceux-ci sont scellés actuellement.
_ Il est vrai qu’à la base le Trait de Foudre et moi-même sommes semblables aux Anges en origine et en force. Seulement, plus les jours passent et plus je désespère. »

A mi-chemin entre la tour de garde et le village des Muviens, Nicol saisit les mains de Marin et la dévisage : « Je refuse de te laisser t’abattre ainsi. Ce n’est pas parce que les signes que tu as entraperçu ; une tribu de guerrier dans une jungle tropicale, des guerriers en forme de jaguars humanoïdes ; ne m’éclairent pas plus, que personne ne peut le faire. Quand tu seras au Sanctuaire, une fois la bataille terminée, peut-être que Mû saura les interpréter. »
Ne pouvant lui rendre le sourire chaleureux qu’il lui témoigne, Marin laisse glisser ses bras à l’intérieur des mains de Nicol qui la retiennent. Elle caresse alors avec les siens ses doigts longs et doux. Bien qu’il a vécu dans la misère et travaillé de ses mains durant treize ans, les membres de Nicol sont magnifiques, aussi soignés que son visage est raffiné.
A cet instant, ni l’un ni l’autre ne savent quoi dire. Leurs gorges se nouent et leurs corps deviennent moites.
Cela fait bien longtemps que Nicol n’avait pas été si proche d’une femme, mais ses manières de gentleman lui interdisent d’ôter le masque qui le cache d’un portrait dont il rêve de convoitise. « Il me serait si simple de le lui retirer, se morfond-il. »
Elle, haletante dessous sa parure, seule et en manque d’affection depuis sa séparation brutale avec Aiolia se surprend à vouloir sentir cet homme au plus près d’elle : « Son charme dégage tellement de bien-être. »
Finalement, elle dépose sa tête contre son athlétique torse et se contente de lui dire : « Merci pour cette attention portée sur moi. J’en ai eu tellement besoin ces derniers mois. »
Il ouvre la bouche sans finalement être capable de lui dire ce qu’il a sur le c½ur. Somme toute, il lui passe le bras dans le creux de ses reins afin de l’étreindre davantage et de soulager la Japonaise, convaincu que ce geste vaut bien plus que des mots.


En Olympe, dans les gradins, les applaudissements et les acclamations retentissent de plus belle.
La fraîcheur de la nuit tombée ne calme pas la foule.
Presque tous s’agenouillent en direction des dieux pour leur consacrer quelques louanges que leurs idoles, pourtant si friandes de tant d’égards, ignorent totalement.

Sous les yeux des emblématiques seigneurs, seule la correction d’Apodis incombe.
Celui-ci, insensible aux coups qui lui sont adressés, immobilisé par l’arcane de Memnon, ne sent pas ses plaies s’ouvrir ni ses os craquer. Il est totalement absorbé par sa mémoire…

Flashback
1982 - Un beau jour comme les autres, alors qu’il achevait son tour de garde, Apodis s’étonnait de ne pas voir Netsuai sur le chemin du retour.
A mesure qu’il regagnait Paesco, il percevait une profonde réserve de sentiment inhabituelle chez les villageois. Aucun n’osait le regarder dans les yeux.
Alors qu’il approchait peu à peu le c½ur du village, il remarquait un attroupement autour de la maison d’Orphée. Tous portaient le deuil.
_ « Que se passe-t-il, interroge Apodis ? »
Sans même attendre de réponse, il força la porte de la demeure de son maître et fut témoin d’une horrible scène.
Allongée, en sanglot, par-dessus le cadavre de sa s½ur, Netsuai était rongée par le chagrin.
Devant elles, Orphée, le regard vide, le visage bleui par les larmes, muré dans le silence, se basculait sur sa chaise.
Apodis passa sa main sur sa bouche lorsqu’il observa le teint livide de la défunte : « Eu… Eurydice… Mais comment est-ce possible ? »
Trop affectée, Netsuai ne put rien dire. La réponse était si insoutenable, qu’elle plongea davantage dans le chagrin.
Orphée, sans exprimer la moindre vivacité ni dans son ton, ni dans le regard, ni dans les gestes, expliqua d’une voix basse : « Je peux tuer facilement. Je peux sentir n’importe quel danger. Je donnerai ma vie pour ma bien-aimée. Toujours. Toujours je lui ai assuré qu’elle pouvait vivre sans crainte à mes côtés. J’ai éliminé les adversaires du Sanctuaire. Je l’ai protégé des guerriers d’Arès. Et là… Un serpent. Comme dans la mythologie. Un ridicule… Serpent ! »

Ne sachant que faire, debout les bras ballants, Apodis choisit de venir détacher Netsuai de sa s½ur pour l’étreindre contre lui.
Ensemble, ils s’assirent dans un fauteuil à attendre.
Attendre le regarde vide.
Attendre sans savoir que dire. Que faire.
Attendre qu’Orphée se décide d’agir, n'ayant aucune autre solution que de préparer ses funérailles.
Il attendit que Netsuai s’endorme pour se lever et décréter : « Il faut que j'aille l'arracher des griffes d'Hadès ! »
Apodis déposa délicatement son amie reposant dans les bras de Morphée avant d’ouvrir en grand les bras : « Malgré tout le respect que je vous dois maître, laissez-moi vous dire que c’est de la folie !
_ Tu crois que je ne suis pas capable de réussir à atteindre le royaume des enfers ? Il me semblait pourtant t’avoir enseigné qu’il existait un sens au-delà même du septième qui permettait de contrôler sa propre conscience dans le royaume des morts.
_ Le problème ne vient pas de là maître. Vous m’avez vous-même appris qu’il était contre nature et égoïste de vouloir faire revivre les morts.
_ Ne soit pas stupide Apodis, s’énerva Orphée lui qui était habituellement si serein en l’empoignant ! Imagine s’il s’agissait de Netsuai ! Tu ne ferais pas tout pour la ramener près de toi ?
_ Athéna l’a accompagné jusque dans l’au-delà. Cela s’arrête là, assure Apodis qui se défit de son maître d’un mouvement d’épaule. Quitter le Sanctuaire sans accord est un acte de haute trahison. Et je ne parle pas de votre projet de requête auprès d’Hadès. »
Il tourna le dos à son professeur et assura : « Maître, je préférerai que vous renonciez et je vais faire comme si vous n’aviez rien dit. »
Soudain, un picotement parcourut tout le corps du jeune Grec. Son corps se raidit et un lien fin et solide l’enserra. Orphée arborait sa lyre : « Hélas mon garçon, ma décision est prise. Je suis désolé. Peut-être vivras-tu difficilement le fait que je sois catalogué comme déserteur, mais moi je ne peux vivre sans Eurydice. Je vais utiliser mon Death Trip Serenade à un niveau moindre que d’ordinaire. Tu seras plongé dans un simple sommeil pendant quelques heures. À ton réveil, je serai parti avec le corps d’Eurydice. Ne cherche pas à nous retrouver. Si je reviens, ce sera seulement victorieux. Pas autrement. Adieu Apodis et merci pour tout…
_ Maître attendez ! Ne faites pas ça !
_ Death Trip Serenade. »

Quelques heures plus tard, libéré de tout lien et de tout maléfice, la lueur d’une chandelle virevoltait à travers les paupières clauses d’Apodis. Cela le ramena à lui.
Peu à peu, légèrement étourdi par l’arcane de son maître, il se redressa et reconnut l’apparence de son amie, assise sur la couche où reposait auparavant la dépouille d’Eurydice.
Elle examinait une lettre qu’elle s’empressa de résumer à Apodis : « Il est parti avec elle. Orphée a emmené ma s½ur. Il a dit qu’il ne reviendrait pas tant, qu’il ne l'aura pas ramené parmi nous. Il parle d’un voyage que toi seul peux comprendre. Et que durant celui-ci, il offrira une sépulture digne de ce nom à Eurydice. Loin de tout. »
Le Grec se tenait la tête tant elle bourdonnait, alors qu’il se relevait. Netsuai chercha à savoir : « Qu’est-ce qu’il a voulu dire ? »
Ne préférant pas l’accabler davantage, il la serra fort contre lui et lui dissimula la vérité : « Je n’en ai aucune idée. J’imagine qu’il s’est retiré loin d’ici et qu’il consacrera le reste de sa vie à jouer de sa lyre sur la tombe de sa bien-aimée. Ils partageront dorénavant, seul à seul, la vie qu’il reste à Orphée. »
Déchirée, elle se mit sur la pointe des pieds et se nicha dans le cou de son ami pour chercher du réconfort. Il lui proposa alors : « Tu étais ici chez eux. Une page se tourne après leur départ. Ne devrais-tu pas venir vivre chez moi ? Ma demeure est suffisamment grande et… »
Contre toute attente, elle lui répondit par un délicat baiser sur les lèvres.
Pris au dépourvu, il laissa ses bras prendre le long de son corps sans réagir. Il éprouvait à cet instant une sensation nouvelle et si… chaude. Son c½ur était tel un brasier qui enflammait tout son être. Son sang chaud et brûlant alimentait son organisme.
Lorsqu’elle eut fini de lui prendre ses lèvres, c’est à son tour qu’il délivra un langoureux baiser. D’abord délicat, puis peu à peu passionné, il commença à l’agripper aux épaules avant de glisser ses mains dans son dos.
Libérée par un tel geste qui représentait un aveu de ses sentiments, elle glissa ses doigts sous le maillot de l’athlétique chevalier. Ses doigts heurtèrent chaque carré d’abdominaux qui lui dessinait une parfaite silhouette. Ils s’arrêtèrent à hauteur de ses pectoraux, durs et parfaitement assortis au reste de sa parfaite apparence.
Lui continuait à descendre dans le creux de son dos puis passa ses mains sur ses hanches pour les soulever fermement.
Elle l’enserra avec ses jambes autour de sa taille et se laissa guider dans une autre pièce de la maison où se tenait sa propre couche.
Arrivés là, il l’allongea délicatement en plongeant dans ses yeux pour lui déclarer avec sincérité à quel point il l’aime. Ce qu’elle fit, elle aussi, simultanément.
Tous deux se mirent à sourire, tant la circonstance n’était finalement pas si surprenante. Tant leurs aveux étaient une libération. Un soulagement. Après tant d’émotions en quelques heures.
Ce moment de complicité se solda par une nuit calme où tous deux finirent par s’allonger côte à côte. Épuisés par les tragiques événements du jour, ils s’endormirent en songeant à des lendemains plus radieux. À des lendemains où Apodis aspirerait à ce sens, qui allait au-delà du septième. Comme l’avait fait Orphée auparavant.
Flashback

Défiguré, le visage et la poitrine couverts de sang, le corps d’Apodis voltige dans toute l’arène sous les va et vient de la brutalité encouragée par les spectateurs.
Memnon s’étonne qu’après les nombreuses contusions infligées, son adversaire soit encore instinctivement debout. En virevoltant dans les airs tout autour de lui comme pour mieux l’observer, l’Ange choisit enfin de toucher terre pour venir soulever son menton.
Immédiatement, son apparence austère change radicalement. Il est stupéfait par les yeux révulsés d’Apodis et par ses lèvres qui bougent toutes seules.
Il recule d’un pas tremblant face à son adversaire en transe.

Au plus proche des cieux, Zeus tend l’oreille d’un air satisfait, tandis que les siens optent pour le silence afin de mieux entendre les paroles du cadavre ambulant.

Sous eux, l’euphorie des spectateurs s’essouffle à nouveau. Jusqu’à obtenir un calme suffisant pour distinguer les murmures d’Apodis : « … Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… »
Le Saint de bronze continue de répéter en boucle cette phrase, de plus en plus fort, comme s’il redevenait lucide.

Tout autour de son poing, Memnon concentre son cosmos et choisit de donner sans plus tarder le coup de grâce.
Alors qu’il allait heurter Apodis en plein c½ur, celui-ci se saisit du poing adversaire avec une vitesse déconcertante. D’une force inouïe, il lui brise le poignet en le fixant avec une expression à nouveau déterminée : « Je dois te remercier. Grâce à toi je me suis souvenu de ce que mon maître Orphée me disait de l’Arayashiki : « Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort. » ».
Le bruit de fracas des os et de la Glory de Memnon accompagne le flot de sang qui s’en suit. Apodis poursuit : « Même si je meurs peu à peu, je reste maître de ma volonté. Et c’est celle-ci qui guide mon destin. »
Avec son second poing, l’Ange essaie de balancer une nouvelle droite devant laquelle Apodis s’accroupit et répond d’un direct du gauche. Le choc violent oblige Memnon à se plier en deux. Il espère lui balayer les jambes avec la sienne, mais Apodis se déplace suffisamment vite pour venir le cogner du genou derrière le crâne.
L’Ange retombe jusque devant la loge d’honneur, le diadème de son armure brisée et le visage souillé d’hémoglobine.
Pendant qu’Apodis approche de Memnon pour l’achever, deux autres Anges arrivent par les airs, chacun sur un flanc.
Aussi bien protégés que leurs semblables, les deux Anges foncent à vive allure sur Apodis qui ne prend même pas la peine de les étudier.
Sans même savoir à quoi ils ressemblent réellement, il concentre dans ses poings tout son cosmos doré et libère derrière lui l’image d’un oiseau battant des ailes : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux de l’Oiseau de Paradis déclenche un véritable cyclone. Il anéantit le vol de ses ennemis, les emporte, les balaie, les lacère et les fait imploser sans qu’ils aient eu le temps de montrer leurs visages.
Après un tel exploit, l’homme chute sur ses genoux, les bras lui retombant le long du corps.
Totalement désabusé, à bout de force, Apodis lève malgré tout son visage pour défier une fois de plus Hestia.

Dans les tribunes, fortement secoué par le prodige opéré par Apodis, le peuple implore des yeux leurs dieux de les débarrasser de ce fléau. Certains prient, suivis d’autres qui se mettent à genoux et supplient qu’un terme soit mis à la vie de cet hérétique.

Ceux-ci ne répondent rien, l’angoisse d’Hestia est palpable tandis qu’Apollon reste digne et discret.

Déshonoré, Memnon titube jusqu’à son adversaire agenouillé. Sans crier garde, il lui flanque un violent coup de pied en plein buste.
Emporté en arrière, condamné à s’écrouler sur le dos, Apodis compte avec l’énergie du désespoir sur sa musculature abdominale pour se relancer en avant. Il bondit, poing chargé de sa cosmo énergie, en plein visage de son adversaire. Le choc, juste entre les deux yeux, est si violent que Memnon recule se tenant la tête entre les mains, la rétine brûlée par l’impact.
Comptant malgré tout sur des sens hyper accrus, le guerrier à la peau brunie utilise son dernier bras valide pour riposter. Cette fois-ci, c’est Apodis qui fléchit, désorienté.
Memnon en profite pour lui agripper la gorge et pour la lui serrer jusqu’à ce qu’il manque de souffle ou bien que sa nuque se brise.
Puisque Memnon profite d’une allonge plus grande, Apodis balance irrémédiablement ses bras en avant sans pouvoir faire grand-chose. Par miracle, il finit par réussir à attraper un des anneaux accrochés aux oreilles de Memnon. Il tire fort dessus et lui arrache le lobe. Éclaboussé par son sang, Memnon lâche prise sur le coup. Apodis en profite pour envoyer un crochet en direction de l’oreille blessée pour accentuer la douleur.
Perdu après une telle correction, Memnon erre sur la surface noyée d'hémoglobine, sans reprendre sa garde. Apodis se jette de tout son poids et vient le cogner avec ses deux genoux dans les reins. Memnon plonge tête en avant et glisse sur le parterre souillé.

Épuisé, Apodis traîne la jambe jusqu’à son adversaire qui rampe pitoyablement en espérant pouvoir se relever.
L’Oiseau de Paradis, du tranchant de la main, achève son ennemi d’un coup sec derrière la nuque.
Ce qui reste de son corps implose pour ne laisser qu’un homme au milieu d’une foule hostile. Sous les yeux de dieux enragés.
Pourtant, l’homme, est réduit à s’asseoir sur son postérieur. Ne pouvant plus lever le petit doigt, il ne perd pas de vue Hestia pour autant.

3
Only for Love / Chapitre 61
« on: 15 June 2020 à 20h37 »
Chapitre 61

La fin de l’automne n’a aucun effet sur les dunes de sable en altitude à proximité d’Oran.
Dans ce territoire annexé du Sanctuaire, le soleil est ardent chaque jour de l’année. Même ce 8 décembre 1986.
Reculé de la ville haute, dans les monts de l’Aidour, cet ancien siège politique d’Athéna a été ravagé il y a des centaines d’années, lors d’une bataille opposant le domaine sacré aux dieux Egyptiens. Depuis, les ruines des temples détruits servent d’abris aux nombreux apprentis dans ce qui est devenu désormais un camp d’entraînement pour Saints, aujourd’hui dirigé par Lilium Saint de bronze de l’Octant.

Revenu la tête basse du Japon depuis plusieurs semaines, Jabu s’entraîne à l’écart, dans le désert qui entoure le camp.
Vexé par sa défaite lors de la Galaxian War, le chevalier de bronze se montre plus humble qu’autrefois. Alors qu’il aurait pris par le passé plaisir d’humilier les autres apprentis, la Licorne préfère s’exercer au loin, pour ne pas leur faire d’ombre.
Habillé d’une tunique violette sous sa djellaba en coton, Jabu supporte désormais parfaitement la chaleur. Il n’éprouve aucune gêne à respirer, malgré l’atmosphère étouffante. Le sable, ces petits grains résultant de la désagrégation des roches, ne lui brûlent plus la peau.
Sa cosmo énergie violacée virevolte tout autour de lui, tandis qu’il frappe le vide à une vitesse qui l’épate lui-même : « Mes mouvements sont beaucoup plus rapides que lorsque je suis rentré au Japon. Ils sont également plus souples. »
Néanmoins, quelque chose le tracasse : « Lilium m’avait assurée qu’elle viendrait m’aider à développer le Unicorn Gallop. Il est étonnant qu’elle ne soit pas encore arrivée. Je ferai mieux de regagner le camp… »


En Grèce, sous l’Aréopage, à des kilomètres de profondeur, bien en dessous des ruines que les touristes visitent encore malgré l’arrivée prochaine de l’hiver, le sanctuaire d’Arès est animé par le son d’une cornemuse du diable.
Au sommet du temple en forme de cône, dans la chambrée la plus haute, marbrée du sol au plafond comme l’entièreté de l’Aréopage, Vasiliás reste suspendu au balcon de sa chambre à observer Arès manipuler son orgue. L’instrument produit un retentissement infernal dans l’ensemble de l’Aréopage.
Placé au rez-de-chaussée, sur l’estrade au fond de la pièce principale où siège le trône d’Arès, les longs et larges tuyaux de l’orgue dégagent un bourdonnement, qui atteint chaque niveau du temple.
Le général arèsien est pensif. Vêtu d’une tunique blanche, les poignets et les mains pansés par des bandelettes en papier, il se frotte sa barbe de deux jours, aussi courte que ses cheveux qui couvrent d’à peine trois millimètres son crâne rasé.
Derrière lui, sur un valet de chambre, repose son costume blanc qu’il portait avec plaisir lorsqu’il côtoyait encore le monde contemporain.
Ses beaux yeux bleus aux reflets verts regardent sans les voir vraiment, les nymphes couchées autour d’Arès. Vautrées sur des tapis et d’épais oreillers dorés qui couvrent l’estrade, elles s’enivrent en vidant des jarres de vins au beau milieu de pièces d’or.
Contre les murs du cône, de haut en bas, derrière des vitraux rouges, scintillent des torches qui se reflètent sur les pièces d’or et les étoffes couvrant le plateau et leur donnent une teinte sanguine.
Au sommet, le visage rougit par le scintillement des flammèches tamisées par les parois cristallines écarlates, Vasiliás perçoit la présence d’une jeune femme à l’encadrement de sa porte : « Puis-je t’aider Atychia ? »
Vêtue d’une courte jupe blanche dont la soie remonte en deux épaisses bretelles pour dissimuler sa poitrine, la Bulgare s’agenouille instantanément : « Pardonne mon intrusion Vasiliás. Je m’inquiète simplement de ne pas te voir depuis ce matin auprès de nos soldats. »
Vasiliás se retourne et lui envoie un sourire fort sympathique : « Merci de te soucier de moi, Berserker du Malheur. »
Ses yeux bleus remarquent que le reflet des diamants que porte Vasiliás à ses oreilles s’accommodent à merveille à son regard sincère.
Troublée, la jeune femme baisse la tête vers le sol : « Tromos veille sur nos troupes. Néanmoins, cette armée c’est toi qui l’as façonné. Tu as donné un sens à la vie de beaucoup de gens ici. Moi compris. Je pense que descendre saluer tes hommes, comme tu le fais chaque jour, est plus intelligent que de rester dans ta chambre à broyer du noir. »
Reconnaissant comme juste les propos de sa seconde, Vasiliás dirige légèrement son buste en direction de la débauche dans laquelle se complet Arès : « Tu as raison. Je me demandais simplement ce qu’Arès attend de nous. »
Atychia passe l’épaisse tresse qui coiffe ses longs cheveux blonds derrière son dos et demande d’une voix peu assurée : « Puis-je te soumettre ma pensée ? »
L’Américain tend son bras en direction de son lit pour inviter la guerrière à s’y asseoir au coin.
Elle racle sa gorge avant d’émettre ses soupçons : « Et bien, ne trouves-tu pas étrange que le Dieu de la Guerre accepte de se mettre en retrait pour confier son armée à un humain, à qui il accorde la faveur de le faire Roi de la Terre ? »
Vasiliás se positionne à côté de la jeune femme, les coudes sur les genoux et les mains entremêlées. Il reste silencieux de longues secondes avant de dire simplement : « Il sait que je peux lui rapporter la victoire et que le combat que nous mènerons sera sanglant. De quoi le satisfaire. C’est tout.
_ Il se contenterait uniquement de ça ? Je veux dire, tu vas aller risquer ta vie dans le Meikai pour récupérer son armure. Tu vas lui donner les pleins pouvoirs. N’as-tu pas peur qu’il ne tienne pas parole ?
_ J’ai besoin qu’il dispose de toutes ses forces pour qu’il puisse vaincre Athéna.
_ Risquer tant de vies, pour que tu puisses contrôler le Sanctuaire et le monde, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? »
L’ancien prétendant à l’armure d’or du Lion, reste les yeux rivés sur son costume afin de ne pas croiser le regard de son soldat, de peur de céder à l’émotion : « C’est le Sanctuaire qui m’a retiré à ma famille, pour faire de moi un défenseur de la paix et de la justice. Lorsque j’ai disparu, mes parents en sont morts. Et lorsque j’ai prouvé que j’étais le meilleur, l’armure d’or n’a pas voulu de moi. Pire, j’ai été chassé par le Sanctuaire. Par Athéna. Et pendant ce temps, tous les gens que j’ai aimés dans ma vie d’homme sont morts. Il ne me restait plus que mon grand-père pour me reconstruire dans le monde contemporain. J’ai suivi ses valeurs qui font de moi ce que je suis aujourd’hui, pour reprendre l’entreprise familiale et la développer. Je vivais comme un être humain lambda, rendais heureux mes employés, et m’en accommodais. Mais le Sanctuaire m’a retrouvé. Me bannir ne leur suffisait pas. Il leur fallait m’éliminer. J’ai encore perdu ceux qui m’entouraient. Pas une fois Athéna n’a présenté sa clémence à un homme qui oeuvrait pour le bien d’autrui. Alors aujourd’hui, je le dis, défendre Arès, n’est pas pire que de défendre Athéna. Et gouverner en son nom, permettra d’instaurer un règne de terreur. J’apporterai au monde les promesses faites aux soldats qui ont incorporés notre armée. Un monde sans guerre, sans criminalité. Les êtres mauvais craindront d’être frappés à coup sûr par ma justice royale et les gens réaliseront pour la première fois quelle façon de vivre est juste. Si le monde change, l’homme change. Un monde fait de respect envers autrui et envers les règles de savoir vivre.
_ As-tu la garantie qu’Arès respectera sa parole, insiste Atychia ?
_ Si tel n’est pas le cas, je trouverai une solution. J’ai dépassé le niveau de l’homme. J’ai surpassé mes capacités qui étaient équivalentes à celles d’un Saint d’or. Je suis à mi-chemin entre l’homme et dieu. Et avec le Sanctuaire d’Athéna entre mes mains, je trouverais bien une solution pour contenir le cosmos d’Arès s’il le fallait.
_ Tu complotes énormément. J’ai l’impression que l’influence de Ksénia sur toi a eu des effets néfastes. Je te l’ai déjà dit : à force de complots, on finit un jour par être soi-même victime. »
Le nom de la Russe frappe Vasiliás en plein c½ur : « Ne dis pas de sottises, cela fait plus de deux mois que je suis sans nouvelles d’elle. Et cela n’altère en rien mon jugement.
_ Tu as l’air très peiné, à l’idée qu’elle soit loin de toi, grimace-t-elle.
_ J’avoue. Je pense chaque jour à elle.
_ Un peu comme moi vis-à-vis de toi, empourpra la Berserker ses joues.
_ Je… Je ne sais pas quoi te dire, se plonge stupéfait le Roi dans le regard troublé d’Atychia.
_ Ne dis rien. Après tout, c’est mieux comme ça. Je dois savoir faire la part des choses. Hormis le fait que tu me plais énormément, l’idée que je seconde ton projet, en compagnie de Tromos, doit influencer mes décisions.
_ C’est donc que le monde que je veux créer te convient ?
_ Quand tu es venue me chercher j’étais à la merci de mon maître. Cet ancien émissaire du domaine sacré s’était retiré dans un village reculé de Bulgarie. Il y a massacré tous ses habitants et m’a gardé avec lui. Dès mon plus jeune âge, il a abusé de moi et m’a considéré comme son esclave. Et puis un jour… »

Flashback
Dans son village abandonné de Bulgarie, la jeune Atychia rapportait de l’eau.
Sous les bourrasques de vent de ce mois d’octobre 1985, le poids de l’eau dans le récipient était un trop gros fardeau pour la jeune femme à l’apparence famélique et à la tenue honteusement rapiécée. Alors qu’elle allait le laisser lui échapper, un mystérieux inconnu lui ramassa en même temps qu’il la cueillit dans ses bras : « Attention mademoiselle. Je vais vous aider. »
L’homme, élégant dans son costume blanc, lui adressait un chaleureux sourire auquel la malpropre n’osa pas répondre. Son sauveur lui demanda : « Je suis étonné de tomber sur un village fantôme. Cela facilitera mes recherches cela dit. Sais-tu ce qu’est le cosmos ? J’en ai ressenti un ces derniers jours dans les environs et il présente un potentiel fort intéressant. »
Elle ne répondit rien, fort embarrassée. Il la sentait tremblante dans ses bras : « Je t’effraie peut-être ? Mon nom est Vasiliás. Et toi, comment t’appelles-tu ? »
Elle recula d’un pas, tel un animal sauvage. Vasiliás pouvait remarquer quelques hématomes sur le corps de la malheureuse : « Qui d’autre vit ici ? »
Une voix roque épargna à Atychia de s’exprimer : « C’est moi qui pose les questions ici ! »
Vasiliás se retourna et distingua un homme assis sur le capot de sa nouvelle voiture de sport rouge qu’il avait stationné au bout de l’allée déserte.
L’homme, barbu, dont on n’apercevait que les petits yeux sombres, avait le visage enrubanné.
Vasiliás n’y alla pas par quatre chemins : « Je cherchais une cosmo énergie pleine d’espoir. Je l’ai senti émettre dans les environs. Je forme une armée. Dans ton cas, je sens bien un cosmos, mais il est chargé de mal. Avant de te demander qui tu es, je vais t’ordonner de descendre de ce véhicule. Il est à moi et c’est impoli venant de ta part de t’y asseoir. »
D’un rire bien gras, son interlocuteur s’avança vers lui en bougeant fièrement ses épaules : « Ah, ah, ah… Des ordres, un cosmos, une armée. J’ai l’impression de me retrouver à nouveau messager pour le Sanctuaire. Sauf qu’à l’époque, les minets dans ton genre, on les faisait taire. Et je vais te montrer comment ! »
Alors que l’individu approchait, Vasiliás constata la peur que le grotesque personnage provoquait chez Atychia.
Une fois arrivé à sa hauteur, il n’eut pas le temps de prendre son élan, que déjà Vasiliás lui avait balayé les jambes pour lui faire mordre de la poussière.
_ « Non. Définitivement, tu n’es pas le cosmos que j’ai ressenti. »
Alors que l’ennemi se mettait à genoux dans l’espoir de se relever, Vasiliás abattit sauvagement son pied sur sa main droite. Tous ses os se brisèrent sur le coup, tandis qu’il hurlait de douleur.
_ « Bon, maintenant que tu es plus docile tu vas m’écouter. J’ai ressenti clairement une autre cosmo énergie que la tienne dans les parages. Qui d’autre encore vit ici ? »
L’inconnu brailla : « Personne ! J’ai tué tout le monde il y a près de dix ans ! Je n’ai gardé qu’elle ! Pour mes plaisirs personnels ! Si tu la veux je te la donne ! Prends-la ! Elle est très bien ! Très serviable ! Elle t’apportera beaucoup de plaisirs et… Ah ! »
Il n’eut pas la chance d’achever sa phrase que Vasiliás lui brisa un genou : « Ça suffit ! Je me passerai de tes recommandations ! »
Atychia restait en retrait sans rien dire. Elle regardait son bienfaiteur, avec un semblant d’admiration.
Vasiliás se pencha pour demander au déserteur du Sanctuaire : « Sais-tu qui je suis ? »
Grimaçant de douleur, il secoua la tête d’un signe négatif. Le Berserker lui murmura : « Je suis le Roi de cette planète. Et je commence dès à présent à punir tous les êtres malfaisants qui la peuplent. »
Le second genou de l’individu céda aussitôt sous la colère de Vasiliás.
Il fixait sans plaisir l’assassin ramper au sol pour espérer fuir.
Atychia avalait sa salive devant le malaise d’une telle scène. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou craindre d’être tombée sur quelqu’un de beaucoup plus fort que son bourreau.
Pourtant elle le sentait au fond d’elle, de cet homme soigné se dégageaient une classe, une bonté et une volonté totalement différente.
Tandis que Vasiliás brisait la seconde main du bandit, Atychia vida le seau d’eau qu’elle tenait fermement contre elle, puis s’avança, comme guidée par son instinct : « Le voir ainsi lâche et faible… Réduit à l’impuissance… N’est-ce pas moi finalement la fautive dans tout ça ? N’aurai-je pas pu me défendre aussi plutôt que de me réfugier dans la peur ? »
Elle passa devant Vasiliás et toisa avec rage son tortionnaire. Ses yeux étaient inondés de larmes et son visage défiguré par un mélange profond de vengeance et de délivrance. Sans crier garde, elle fracassa le seau sur la tête de l’émissaire du Sanctuaire affaibli.
Comme cela ne suffit pas à soulager son émoi, elle lui attrapa la tête qu’elle cogna à de nombreuses reprises, de plus en plus fort, contre le sol.
Comprenant la délivrance d’Atychia, Vasiliás s’écarta discrètement et étudia son attitude.
A mesure qu’elle le massacrait, Atychia libérait inconsciemment une cosmo énergie de plus en plus visible.
C’est lorsque l’odieux individu se mit à convulser, le crâne défoncé, la cervelle dégoulinant dans les flaques d’eau et de sang, qu’elle cessa son acharnement.
Vasiliás lui prit la main, abandonnant le corps qui gesticulait nerveusement, agonisant en souffrance : « C’est donc toi que je suis venu chercher. Allez viens. Partons. »
Flashback

Atychia achève sa phrase en même temps qu’elle termine de se remémorer son passé : « … tu m’es apparu. Je te dois tellement. Je te suivrai. »
Il lui passe avec beaucoup d’émotion sa main contre sa joue et se lève en écartant les bras : « Je te remercie Atychia. Ta présence m’a rappelé à mon devoir. Je vais descendre saluer nos hommes. »
Alors qu’il passe l’encadrement de sa porte de chambre, il ne distingue pas la silhouette tapis dans l’ombre qui l’observe. Une jeune femme aux cheveux bleus. Sa tenue, stricte et scolaire, dénotant pourtant sans l’ombre d’un doute avec les lieux…


En Algérie, le camp, fort marqué par les vestiges de la Grèce antique, est étonnamment calme.
Les pas de Jabu retentissent sur les pavés couverts de sable. Ils n’étaient toutefois pas nécessaires pour que l’arrivée du chevalier soit remarquée.
Tous les apprentis, postés tout le pourtour du camp, l’attendent en le dévisageant.
Inhabituellement défiants envers lui, les neufs élèves de Lilium affichent un mépris inconcevable.
D’abord surpris, Jabu est effrayé, lorsqu’il reconnaît au milieu de la place le cadavre d’un jeune homme qui gît sur le ventre, le sang absorbé par la poussière.
Jabu se précipite vers lui en s’époumonant : « Eguski ! Eguski ! »
Il prend dans ces bras celui qu’il surnommait « l’Espagnol » à l’époque de son apprentissage de Saint où il se montrait plus arrogant qu’aujourd’hui. Les cheveux mi-longs, attachés en queue de cheval, l’hispanique a le regard éteint. Son corps est martelé de coups.  Jabu craint comprendre : « Toutes ces marques, ces blessures… C’est vous ? C’est vous n’est-ce pas, interroge-t-il ses camarades ? Vous l’avez abattu comme un chien ! Mais pourquoi ?! »
Une voix douce et familière répond fatalement : « Parce qu’il a suivi le traître. »
Jabu se retourne et reconnaît son professeur.
Mince, la peau très blanche, les longs cheveux roux, le visage masqué, Lilium apparaît vêtue de sa Cloth. Celle-ci, de couleur grise, couvre sommairement ses tibias, ses genoux, sa poitrine et ses poignets.
_ « Je ne comprends pas.
_ Une missive nous est parvenue ce matin. Tu t’es rendu coupable de trahison envers le Sanctuaire, en suivant une dénommée Saori Kido. Celle-ci se fait appeler Athéna et utilise les pouvoirs de la chevalerie à des fins personnelles.
_ C’est faux ! S’insurge Jabu. Nous avons certes combattu dans un tournoi aux yeux du monde moderne, mais dans le but de faire apparaître au grand jour le mal.
_ Silence ! Tu aggraves ton cas. Tous ici sont d’accord pour te mettre aux arrêts… »
Les neufs aspirants s’avancent d’un pas décidé en direction de Jabu tandis que la Tunisienne achève sa phrase : « … Pour exécuter ta sentence. La mort ! »
Jabu baisse la tête en direction du sol pendant que les siens l’encerclent : « Eguski a préféré croire que je n’étais pas un traître n’est-ce pas ?
_ Et il a essuyé la loi du Sanctuaire.
_ Je n’arrive pas à croire que toi, qui fus ma maîtresse durant toutes ces années, tu n’arrives pas à croire en mon innocence, alors qu’un homme que j’ai brimé pendant tout ce temps, a refusé de me voir comme un coupable. Eguski a su voir en moi mieux que quiconque ici !
_ Comment peux-tu parler de nous, alors que tu as trahi le Sanctuaire ? Rends-toi compte, tu défends une usurpatrice qui ose se faire appeler Athéna !
_ Je n’étais pas au courant que Mademoiselle Kido en était arrivée là. Mais c’est une personne intègre. Et nul doute que si elle se fait appeler comme ça, que si Seiya et les autres la suivent, c’est qu’elle dit vrai. Cela expliquerait l’acharnement du Sanctuaire à vouloir éliminer tous ceux qui sont proches d’elle. »
Dissimulant jusqu’ici une pointe de jalousie, Lilium s’emporte : « Puisque tu choisis cette femme à nous qui t’avons tant donné et qui avons fait de toi un Saint, alors meurs ! »
Comme si elle venait de sonner la charge, ses disciples se jettent sur la Licorne.
Il fait le tour de lui-même pour les implorer de ne pas aller plus loin : « Je vous en prie. Si vous souhaitez un combat à mort contre moi, vous savez très bien que je sortirai vainqueur. Ne mourrez pas en défendant aveuglement le mal. Vous êtes dans l’erreur. »
Malheureusement, un premier jette son pied en direction de son dos. Jabu s’élance en l’air pour l’éviter et retombe pied en avant en direction d’un second opposant qui recule de justesse. Deux nouveaux assaillants lui arrivent de chaque côté et enchaînent une multitude de coups de poings et de pieds que Jabu pare sans trop de difficultés. Il en chasse un d’un coup de pied en plein visage et balaye à la suite de ce mouvement les jambes de l’autre.
Le cinquième n’a pas le temps d’esquisser le moindre geste, que Jabu le frappe à distance d’un violent coup de poing en plein ventre qui l’abat sur le coup. Son voisin, décontenancé par une telle puissance ne remarque pas que Jabu s’est précipité face à lui. Du tranchant de la main, d’un mouvement sec et vif, il lui brise la nuque.
Le septième parvient à frapper derrière la rotule de Jabu. Le Saint se retrouve un genou à terre et encaisse en pleine face, le direct d’un autre élève. Le dernier apprenti surgit des airs les bras en croix et plaque Jabu au sol, sur le dos, en l’empêchant de respirer.
D’un habile mouvement, Jabu attrape chacune des mains de son assaillant et les tire vers l’extérieur afin de le déséquilibrer. Ainsi, en relevant sa tête, il parvient à le cogner en plein nez et lui fait lâcher prise.
Un des premiers agresseurs tente d’arriver par les airs, comme l’a fait le dernier mais cette fois-ci Jabu est plus prompt. Il le prend de court en le rejoignant et en le frappant avec sa jambe dans le flanc gauche. Le choc est si puissant que tous ses os se rompent.
En se réceptionnant, Jabu prend l’élan nécessaire pour cogner avec son coude le dos d’un quatrième ennemi dont la colonne vertébrale se brise instantanément.
Des cinq derniers adversaires, l’un profite de l’inattention de Jabu pour exécuter sur lui le même geste. La Licorne est propulsée contre une maisonnette, mais se relève sans le moindre mal, accusant une résistance digne d’un chevalier. Il finit par justifier l’écart de niveau en se déplaçant à une vitesse que seule Lilium réussit à analyser. Il cogne le sommet du crâne de son adversaire et le tue sur le coup.
De nouveau, l’un se lance désespérément et meurt sous la fulgurance d’un coup de genou en pleine cage thoracique.
Les trois élèves restants n’abdiquent pas. Arrivant chacun d’un côté, Jabu n’en n’est pas désarmé pour autant. Il recule face au pied de l’un, s’abaisse devant le direct de l’autre. Enfin, il passe au-dessus du dernier qu’il élimine d’un coup de pied retourné.
Il toise les deux apprentis restants : « Ça suffit maintenant. Prenez les corps de nos amis et offrez-leur des funérailles décentes. La tragédie a assez duré. »
Les deux complices, sans se concerter, reculent comme pour reconnaître leur défaite. Néanmoins, le ton impérial de leur professeur leur somme de poursuivre : « Tuez-le ! Ou vous serez exécutés vous aussi pour haute trahison ! »
Malgré la menace, aucun ne bouge. Lilium projette alors ses poings chargés de cosmos pour abattre sa miséricorde. Quand tout à coup, l’armure de bronze de la Licorne surgit devant les disciples pour leur servir de muraille.
Une fois après les avoir sauvés, elle abandonne sa forme de totem pour venir habiller Jabu : « Désolé Lilium. Si tu as choisi de te laisser embrigader dans le faux, j’empêcherai que tu ne fasses davantage de victimes.
_ Alors que tu n’étais pas encore Saint tu as réussi à me surprendre et à me faire perdre mon masque. J’ai d’abord choisi de t’aimer, mais finalement je vais opter pour l’autre choix qu’autorise la loi de la chevalerie. Je vais te tuer sans ménagement. »
Elle passe à l’assaut à son tour et avec grâce cogne du talon la tempe de Jabu.
Heureusement, protégé par son casque, le chevalier se remet à temps pour se défendre des trois droites enchaînées par Lilium. Il riposte de deux coups de poings dans le ventre et la repousse à son tour en la frappant du plat du pied en pleine poitrine.
Elle se rétablit pour exécuter le même mouvement. Jabu, après avoir été repoussé, réitère mais elle saute par-dessus sa jambe et le repousse d’un magistral coup de pied retourné.
La Licorne se déhanche dans les airs pour se réceptionner et la frapper à son tour, jambe tendue en plein visage. L’Octant frappe sa poitrine du coude, il lui balance sa jambe en plein menton, elle renchérit d’une violente droite en plein visage.
Ils se réceptionnent chacun à bonne distance de l’autre en frottant les parties de leurs corps blessés.
Sous son masque, les fines lèvres de Lilium sourient : « Félicitations Jabu. Tu as atteint le niveau d’un Saint de bronze confirmé. Hélas, nos techniques n’ont aucun secret l’un pour l’autre et nous ne parviendrons pas à nous départager si nous n’usons pas de nos plus puissants arcanes.
_ J’aimerai ne pas en venir là. Nos arcanes non plus n’ont aucun secret l’un pour l’autre non plus. La tienne consiste en un puissant coup de pied qui projette si fort l’ennemi contre le sol que celui-ci a le sentiment d’effectuer une chute abyssale dans les profondeurs de l’océan. »
Lilium propage sa cosmo énergie tout autour d’elle, comme pour annoncer son intention d’aller jusqu’au bout : « Et la tienne consiste à frapper de plusieurs coups de pieds ton adversaire avant de l’achever du plus puissant coup. »
Jabu grimace et se tient prêt. Les deux s’envolent de toutes leurs forces :
_ « Unicorn Gallop !
_ Abyss Submerge ! »
Dans un mouvement aérien acrobatique et puissant, Lilium évite tous les coups de pieds envoyés par Jabu jusqu’à parvenir à lui. A cet instant, leurs jambes s’entremêlent et seul le plus puissant coup de Jabu heurte la jeune femme en plein visage. Jabu encaisse lui aussi de plein fouet le Plongeon Abyssal.
Ils s’écroulent tous les deux au sol, inconscients…


A l’intérieur du temple d’Arès, dressé sur un îlot entouré de lave, Vasiliás fait la revue de ses troupes.
Comme les balcons d’un immense théâtre, des mezzanines forment une dizaine d’étages jusqu’au sommet du cône.
Dans les avancées, comme dans une fourmilière, se trouvent les appartements des soldats, leurs salles d’armes, les cuisines et les bains.

Le général en chef, de l’armée d’Arès les visite en recevant à chaque fois de profondes marques de respect de la part de ses hommes. Derrière lui, Atychia le suit fièrement : « Tous les soldats lui présentent une fidélité sans borne. Hommes ou femmes, ils savent qu’il y a désormais quelqu’un pour appliquer la sentence de la justice. Ils ont été directement ou indirectement victimes de criminels, de personnes immorales, sans que personne ne vienne à leur secours. Malgré leurs prières, aucun dieu ne leur est parvenu. Pas même Athéna qui est pourtant celle qui gouverne cette planète. Puis Vasiliás leur est apparu. Il leur a enseigné qu’il était possible de changer le monde en leur inculquant la voie du cosmos. Il les a motivés à surmonter leurs peurs, leurs faiblesses, leurs fragilités pour construire une armée. Ensemble, nous ferons couler le sang des êtres malfaisants de cette planète. Finalement il ne restera que des hommes et des femmes remplis de bonté, pour vivre dans un monde nouveau dans lequel Vasiliás deviendra notre roi, s’émerveille-t-elle… »
Ses pensées la renvoient au jour de sa rencontre avec l’Américain.

Flashback
Dans la voiture de l’ancien homme d’affaires, Vasiliás cafouillait son tableau de bord. Cela l’amusait : « J’ai du mal à trouver le chauffage. Cela te ferait du bien. J’ai été obligé de changer de modèle. Ma précédente voiture a fini en pièces détachées après qu’on a essayé de me tuer. C’était il y a quelques mois. Au Canada. Remarque, je dis ça, cela m’étonnerait que tu suives les informations. As-tu déjà vu un véhicule de ce genre au moins ? »
Atychia tournaient la tête en direction de sa vitre.
La voiture roulait à bonne allure.
_ « Avant que ce monstre ne vienne ici, j’avais une existence normale. Bien sûr que je sais, ce qu’est une voiture.
_ Désolé. Je ne voulais pas que tu le prennes comme ça. Je cherchais simplement à te faire parler. »
Elle se ferma à nouveau dans le silence. Comprenant la situation dans laquelle se trouvait la jeune femme, Vasiliás se tut à son tour.

Quelques kilomètres plus tard, Vasiliás trouva enfin une trace de civilisation.
Il fit le plein à une pompe à essence puis alla réserver une chambre dans un motel.
Il sortit la jeune femme : « Viens. C’est tout pour aujourd’hui. Tu vas aller te laver et te reposer. Moi je vais te chercher des fringues dans la boutique en face. »
Quelques minutes plus tard, après l’avoir déposé à leur chambre et s’en être allé faire quelques achats, Vasiliás revint. Il ouvrit en grand la porte et, toujours avec beaucoup de sympathie, s’exclama à travers la porte de la salle de bain : « Ils n’ont hélas que quelques tenues légères. Je te laisse les affaires sur le lit. Je reste le dos tourné en direction de la fenêtre. Tu peux sortir quand tu veux. »
Le silence qui s’en suivit, fut rompu par le cliché de la porte annonçant la sortie d’Atychia.
Bras croisés, Vasiliás tenait parole. Il lui tournait le dos.
Surprise, interrogative, Atychia hésita. Elle déclara un simple : « C’est bon. », pour inviter Vasiliás à faire volte-face.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit la jolie blonde dévêtue.
Il recula d’un pas et baissa honteusement la tête.
Pourtant, Atychia continua de s’approcher de lui.
Elle s’agenouilla une fois à sa hauteur et commença à lui déboutonner son pantalon, comme si cela lui semblait naturel.
_ « Que fais-tu, se défit-il délicatement de sa tentative ?
_ C’est à moi de vous demander ça ! Que pouvez-vous donc attendre d’autre de moi ? »
Vasiliás se prit la tête entre les mains et souffla quelques instants. Il se passa sa main devant sa bouche pour frotter ses quelques poils de barbes qui commençaient à apparaître, puis défit vivement sa veste. Il l’habilla avec et l’assit sur le lit avant de se positionner à côté d’elle : « Bon, déjà tu me tutoies. Cesse de me vouvoyez. D’accord ? »
Elle hocha affirmativement la tête.
_ « Tu te souviens de ton enfance n’est-ce pas ? La façon dont tu vivais et dont tes voisins vivaient était totalement différente avant l’arrivée de ce monstre.
_ Lorsqu’il est arrivé, il disait qu’il était le plus fort. Qu’il était la justice. Et qu’il méritait pour tous les services rendus à la paix une retraite comme il l’exigeait. Il m’a obligé à faire des choses horribles.
_ Le principal c’est que tu réalises, que tout ce qu’il a fait est mal. »
Elle craqua et plongea dans les bras de son aîné de deux ans en sanglot. Vasiliás la serra chaleureusement contre lui.
Au bout d’une heure, une fois toute sa détresse évacuée, il lui demanda : « Tu l’as observé n’est-ce pas ? Lorsqu’il s’entraînait ? Même si tu ne sais pas ce que veut dire cosmos, tu sais qu’il existe un niveau de force que tout un chacun peut apprendre à maîtriser ? »
Elle essuya ses larmes : « J’avais toujours nourri l’espoir de venger les miens. Alors j’étudiais comment il faisait pour être si fort. Mais je n’arrivais pas à atteindre les espérances que je me faisais. Donc un jour, j’ai perdu tout espoir. »
Vasiliás la redressa pour qu’elle puisse lire dans ses yeux toute sa conviction : « Non, tu as réussi. Tu as su t’y éveiller. Et je vais t’apprendre à le développer. Je vais te rendre l’espoir. »
Flashback

Un raclement de gorge sort la Berserker de ses songes.
En suivant inconsciemment Vasiliás dans tout l’Aréopage, Atychia ne s’est pas aperçue qu’ils étaient arrivés à ses appartements : « Quelle concentration ! Cela fait plusieurs secondes que je te parle sans obtenir de réponse.
_ Je suis désolée. J’étais plongée dans mes souvenirs. Le jour où tu m’as assuré pouvoir me rendre l’espoir.
_ Ah ? Oui, je m’en souviens aussi.
_ C’était un temps funeste pour moi à l’époque. »
Vasiliás devient soucieux tout à coup. Il attrape les épaules de sa jolie camarade : « Le temps… Pour recréer un monde idéal, dépourvu de mal, alors du temps, il m’en manquera toujours. Voilà pourquoi je veux pouvoir compter sur Tromos et sur toi. »
Le regard sincère et profond de Vasiliás trouble tellement la Bulgare que celle-ci baisse honteusement la tête en balbutiant : « Tu auras tout le temps dont je dispose. Ma vie t’appartient… »
A cet instant, les doigts de Vasiliás, relèvent le menton de son amie pour lui renvoyer un regard troublant. Une étrange chaleur anime la poitrine d’Atychia qui lève la tête pour approcher celle de Vasiliás en fermant les yeux.
La courte distance qui sépare leurs lèvres lui semble infinie. Si bien, qu’elle est interrompue dans son élan par l’arrivée de soldats qui sortent de la salle d’armes toute proche.
Gênée, Atychia recule d’un pas. Ce geste l’accule contre le mur du couloir. Elle n’ose plus regarder son général dans les yeux : « Je n’ai… Je n’ai jamais eu droit à d’autres attentions que celles de mon bourreau avant que tu ne viennes me délivrer. Dans quelques mois, lorsque notre armée sera enfin prête, nous nous lancerons dans une lutte sans merci, durant laquelle je risquerai ma vie sans hésiter pour toi. J’aurai aimé savoir ce qu’est l’amour, le vrai, qu’un homme peut me porter. Hélas, aussi passionnée que je puisse être pour toi, je n’oublie pas que ton c½ur est ailleurs. Je ne peux supporter de n’être pour toi qu’un second choix qui comble le manque d’amour en son absence. »
Elle achève sa résolution en s’inclinant avant de s’enfoncer derrière le rideau écarlate qui ferme l’encablure de sa chambre : « Merci pour tout Seigneur Vasiliás. Notre roi. »
Inflexible, le Berserker de la Royauté la laisse lui échapper sans rien dire. Son visage est peiné, ennuyé. Une mélancolie constante lui empêche d’adopter cette attitude si déterminée qu’il a d’ordinaire.
Il traîne des pieds jusqu’aux thermes de l’Aréopage, où l’attendent les servantes qui assureront sa toilette.
Entre les deux étages, l’intruse en tenue scolaire et aux cheveux bleus dissimulée dans les pas de Vasiliás le fixe avant de lever les yeux en direction d’Atychia.
Son visage étranger, si doux, affiche soudainement un sourire malicieux, alors que ses grands yeux mauves chaleureux prennent une expression angoissante…


La sensation de chaleur d’Oran sur son visage ramène Lilium à la réalité en premier.
Son réflexe est de passer la main sur ses yeux et sa grande bouche : « Mon masque, s’inquiète-t-elle ! »
Plus loin, près des débris du masque de son adversaire, Jabu se relève le visage couvert de sang.
Son nez est cassé et ses lèvres sont explosées.
La Licorne ne laisse pourtant transparaître aucune difficulté. Préférant cesser ce combat, il vocifère : « Et maintenant ?! »
Lilium ne dit rien, son regard noir fixe avec rage Jabu. Elle repart à l’attaque.
Elle lui inflige un direct du gauche auquel il répond avec sa jambe contre son torse, suivi d’une droite. Elle lui envoie un uppercut sous le menton et conclut d’une terrible droite qui le cloue au sol.
_ « C’est fini. L’Abyss Submerge t’a causé plus de dégât que ton Unicorn Gallop ne m’en a causé. Ta mort va signifier le début de la chute de cette Saori Kido. Cette fausse Athéna subira les foudres du Sanctuaire. Elle finira traînée nue dans la boue par les gardes, tirée par des chaînes à son cou, souillée par les esclaves et violée par les chiens errants du domaine sacré ! »
Ces menaces font écarquiller aussitôt les yeux de Jabu : « Mademoiselle Saori, songe-t-il ! »
Il se remet sur pied aussitôt et pour la première fois prend un ton menaçant : « Jamais… Jamais je ne te laisserai salir le nom de Mademoiselle Saori !
_ Alors c’est ça. C’est vraiment pour elle que tu es devenu chevalier. Quel déshonneur pour Athéna, constate Lilium navrée !
_ Si Mademoiselle Saori est réellement Athéna comme elle le prétend, alors ma dévotion pour elle prend encore plus de sens. Je rechignais à te vaincre par égard pour notre passé. Mais pour Mademoiselle Saori, pour Athéna et tout ce qu’elle défend, s’il faut ta mort pour rétablir la vérité au Sanctuaire et permettre à Mademoiselle Saori de reprendre la place qui est sienne, alors tu mourras. »
Cette déclaration à l’attention de la représentante de la Fondation Graad ruine définitivement le c½ur de Lilium. Elle s’élance de tout son cosmos sur Jabu : « Même si tu me contres avec le Gallop de la Licorne, j’arriverai à éviter une grosse partie des chocs et tu mourras d’épuisement : Abyss Submerge ! »
Immobile, Jabu détaille chaque mouvement de son professeur et concentre dans ses jambes sa cosmo énergie.
Lorsque le Saint de bronze de l’Octant retombe pied en avant vers lui, il libère par son regard et par la corne dressée sur son casque des ondes cosmiques qui tétanisent Lilium dans les airs, de sorte qu’elle ne puisse pas esquiver le bond prodigieux qui s’ensuit.
Il arrive sur son flanc gauche, les deux pieds en avant, chargés de toute sa cosmo énergie : « Unicorn Gallop ! »
Le télescopage est si destructeur que le corps de Lilium se contorsionne irrémédiablement. Son cadavre désarticulé retombe dans les débris de sa Cloth.
Jabu se réceptionne à ses côtés, les yeux noyés de chagrin.
Il reste quelques instants à ses côtés, sans la regarder, à lui caresser ses cheveux soyeux désormais entremêlés dans son hémoglobine.

Les deux disciples, derniers survivants, approchent Jabu  d’un pas timide: « Je sais que vous ne me croyez toujours pas. Mais j’aimerai que par respect envers nos amis, nous leur accordions des funérailles dignes de ce nom. »
Etrangement, aucun des élèves ne répond.
Lorsque Jabu les dévisage pour lire dans leurs expressions une réponse, il les découvre tétanisés, un filet de sang fuyant leurs bouches.
Leurs tuniques orientales se déchirent soudainement, libérant un gros trou dans leurs bustes.
Jabu réceptionne leurs dépouilles et fixe l’origine d’une mort si inattendue.
L’apparence d’un homme protégé d’une armure ne tarde pas à sortir de l’ombre de la maisonnette de Lilium.
L’inconnu tape des mains d’un mouvement lent, moqueur : « Félicitations Saint de bronze. J’observais ton combat avec intérêt et bien au frais à l’intérieur de cette demeure. Tu m’as diverti. Lilium s’est laissée surprendre comme une débutante. Elle devait tout de même se douter que tu avais quelques dons de télékinésie, même si ceux-la sont vraiment minimes. Et enfin, changer ton arcane pour ne frapper qu’un seul et puissant coup avec tes deux jambes… Vraiment intéressant ! »
Jabu se met en garde tout en étudiant le moindre détail de l’intrus.
Habillé d’une armure argentée qui protège à merveille ses jambes, ses flancs et ses épaules, ses cheveux bruns mi-longs passent en de fines mèches sur son visage orgueilleux.
_ « Qui es-tu ?
_ Naos Saint d’argent de la Poupe. »
A l’annonce du statut du Saint, Jabu sent ses membres trembler : « Mais que vient faire un Saint d’argent ici ?
_ Je suis le messager du Sanctuaire chargé de te faire exécuter. Le Sanctuaire a envoyé un Saint d’argent par mesure de sécurité, au cas où Lilium aurait choisi de suivre ton chemin. Heureusement, hormis les deux froussards que j’ai achevés, tout le monde ici s’est évertué à corriger le traître.
_ Comment peux-tu être fier d’être à l’origine de tant de morts aujourd’hui ?
_ Allons ! Ils sont morts pour le Sanctuaire. Pour une cause juste. Et puis ils ne sont pas morts en vain, puisque je vais prendre ta tête. »
Sans qu’il ne puisse voir le moindre mouvement, Jabu est envoyé au tapis en se cramponnant de douleur. Naos lui écrase la tête contre le sol : « Voila qui est mieux. C’est ici que se trouve la place d’un Saint de bronze face à un Saint d’argent.
_ C’est impossible, je n’ai rien vu venir.
_ Il existe un fossé entre la puissance d’un Saint d’argent et un Saint de bronze comparable à celui qui sépare un lion, d’une fourmi. »
Naos retire son emprise en se contente de pointer son doigt en direction de Jabu encore étendu : « Bien, il est temps que je rentre en Grèce. Adieu. Silver Maelstrom ! »
Un Tourbillon Argenté soulève le corps du chevalier de bronze et l’envoie tourner sur lui-même à une vitesse si puissante qu’il n’arrive plus à reprendre son souffle. Ses organes se compriment et son armure crisse sous la force du vent. Il finit son périlleux voyage dans la demeure de Lilium…


Dans la salle des bains de l’Aréopage, le Berserker de la Royauté garde la tête en arrière, en appui sur les petits carreaux de carrelages qui forment d’antiques mosaïques.
La condensation fait perler sur son visage quelques gouttes d’eau qu’il laisse glisser sur son épiderme.
Ses yeux clos permettent à son imagination de travailler les souvenirs de ces instants passés en compagnie de Ksénia. De son apparition durant son enfance à ces moments charnels partagés jusqu’à leurs au revoir. Vasiliás passent en revue toutes ces pensées si agréables qui le rendent nostalgique.
Si bien qu’il ne remarque même pas, malgré ses sens surdéveloppés, le départ des servantes d’Arès sous l’impulsion d’une mystérieuse visiteuse.
Celle-ci se déhanche nue jusqu’aux marches qui lui permettent de plonger ses remarquables formes jusqu’à son importante poitrine.
D’un mouvement gracieux, elle s’approche délicatement de l’Américain toujours absorbé par le passé.
Sans doute a-t-il perçu son approche, puisqu’il n’esquisse pas la moindre surprise lorsque la jeune femme blonde vient lui baiser son torse à moitié sorti de l’eau.
Le contour de ses yeux relâche même cette tristesse qui l’habite depuis ces derniers jours, à mesure que le corps féminin vient se coller à lui.
Alors qu’elle l’embrasse, il esquisse un petit sourire, timide mais ravi, en lui rendant ses baisers.
Elle, le dominant légèrement pour faciliter l’étreinte à venir, Vasiliás laisse la poitrine de sa partenaire lui caresser le visage pendant qu’il agrippe ses fermes cuisses sous l’eau.
Lorsqu’elle s’abaisse enfin pour ne faire plus qu’un avec lui, un gémissement de plaisir lui échappe en même temps qu’il laisse retentir un léger râle de bonheur.

Durant les minutes auxquelles elle s’adonne à lui, jamais il n’ouvre les yeux, son visage, devenu serein, arbore tout du long l’extase d’un tel échange.
Elle a compris qu’il ne pense pas à elle, qu’il s’imagine avec Ksénia.
Toutefois, il était suffisamment intelligent pour ne pas lui faire comprendre à travers son regard qu’il maintient clos.
Après plusieurs balancements de hanches plus vifs que les précédents, elle se libère de lui sans le dévisager davantage.

Alors qu’elle repart aussi discrètement qu’elle était venue, des larmes se mêlent à un sourire de soulagement. Un bonheur inattendu lui permet de souffler un émouvant « merci », auquel il ne répond pas.

Vasiliás préfère attendre qu’Atychia quitte les thermes pour enfin recouvrer ses esprits.
En passant sa main sur sa barbe volontairement mal taillée, il susurre : « Ksénia… »

Tandis que la Berserker quitte les thermes pour rejoindre ses appartements, au milieu des allers et venues des soldats Arèsiens, l’inconnue élégante dans sa longue jupe scolaire se fraye un chemin.
Son regard est désormais plissé et son air, jusque là réservé, dégage désormais une aura malsaine.
Les gardes, pourtant alertes, n’osent pas interrompre sa progression. Aucun ne donne même l'alarme. Tous sont oppressés par l’émanation cosmique de l’intruse.
Personne ne s’oppose à ce qu’elle se dirige jusqu’à Arès. Pas même lui.
Sans même faire mine de la remarquer, il la laisse passer derrière lui. Elle plaque son dos contre son trône, à l’envers de l’assistance, comme si elle souhaite se dissimuler des plus curieux.
Dès lors, son cosmos malfaisant cesse d’émettre et l’expression noble qui se dégage d’elle s’abandonne pour une mine plus sage.
Tout autour, ne voyant leur dieu n’émettre aucun camouflet, les Arèsiens vaquent à leurs occupations, devinant que cela est préférable.
Arès attend que les derniers curieux reprennent le cours de leurs activités, pour chasser ses servantes d’un revers de la main.

Une fois le grand hall du temple vide, il s’affaisse dans son trône et plaque sa tête contre pour communiquer avec celle dont la tête est collée de l’autre côté du siège : « Alors te voici réapparut après un premier échec, Kyoko. Ou bien devrais-je dire Eris ? »
La susnommée sourit avec gêne : « Il faut croire que nous sommes tenaces Mars. Ou bien devrais-je dire Arès ?
_ Il est vrai que comme toi, ma première tentative en cette époque a été un échec. Néanmoins, je n’ai pas été directement chassé par les Saints d’Athéna.
_ Moi non plus. Je sommeillais jusqu’alors dans mon Jardin d’Eden après l’attaque de l’Utérus par les Saints d’or. Mais ni moi, ni mon armée n’ont été atteints. Endormis, tout au mieux. Mais durant cette période où nous avons été en retrait, il nous a suffi de nous ressourcer et d’apprécier les Evil Seeds qui ont proliférées partout dans le monde.
_ Je vois. L’homme ne manque pas de peur, de ranc½ur. Et les actes du Sanctuaire d’Athéna ont pu également contribuer à accroître tout ceci. »
Kyoko se laisse lascivement glisser le dos contre le trône en faisant fléchir ses genoux et en avouant avec gourmandise : « Oh oui… Et il t’a permis de recueillir dans ton Aréopage un excellent élément…
_ Vasiliás…
_ … Oui. Doté d’une armée d’hommes et de femmes torturés par leur passé.
_ Qu’envisages-tu ?
_ L’armée d’Athéna est prise d’un conflit interne. Pourtant, quelle qu’en soit l’issue, le Sanctuaire restera une menace que nous ne pouvons pas négliger. Impossible de l’attaquer seul. Que ce soit toi. Ou moi.
_ Qui te dit que je suis seul ? »
Kyoko finit de choir au sol. Elle replie ses genoux qu’elle plaque contre sa ferme poitrine et laisse ses mèches cacher ses yeux : « Arès, voyons… De qui parles-tu ? Vasiliás ? Ou alors cette petite Olympienne qui fait depuis plusieurs années des allers et retours entre la Terre et l’Olympe ? Pas à moi… Nous savons tous les deux que ni l’un ni l’autre ne t’inspirent confiance…
_ Peut-être… Mais alors, que me proposes-tu ? »


En Algérie, le Saint d’argent de la Poupe tourne le dos à la maison écroulée dans laquelle Jabu s’est échoué. Il ôte son diadème et le pose contre sa poitrine en regardant la dépouille de Lilium : « Lilium Saint de bronze de l’Octant, sa Majesté le Grand Pope sera informé de ta fidélité. Ton nom sera désormais synonyme de respect et je veillerai à ce que ta mémoire soit honorée jusqu’à la fin de mes jours. »
La voix sortie d’outre-tombe de Jabu précise : « C'est-à-dire bientôt ! Donc si tu ne m’en veux pas, je vais me faire l’héritier de la mémoire de Lilium. »
Couvert de sang, à bout de souffle, Jabu envoie valser une énorme poutre qui le bloque sous les décombres.
D’un air suffisant, le chevalier d’argent s’étonne : « Tiens donc, tu as survécu.
_ Bien sûr. Et je vais me battre contre toi.
_ Je crois que tu n’as pas bien réalisé. La différence qui sépare le niveau d’un Saint d’argent à un Saint de bronze n’est pas mesurable. 
_ Et pourtant, Seiya et ses amis ont réussi à vaincre tes semblables n’est-ce pas, questionne Jabu en se mettant en garde ?
_ Ils ont eu de la chance c’est tout ! Ce ne sera pas ton cas, assure Naos d’un air supérieur ! »
Le chevalier d’argent se jette contre Jabu qui use de sa télékinésie.
Néanmoins, cela n’entrave en rien les mouvements de Naos.
Une fois arrivé face à Jabu, il demande d’un ton perfide : « Tu as terminé ? »
Peu rassuré, Jabu avale sa salive. Il décoche une droite que Naos évite.
La Poupe chasse facilement avec sa jambe celles de Jabu et soulève littéralement son corps du sol d’une puissante gauche dans l’abdomen.
Les pieds de Jabu retouchent à peine le sol que Naos exécute le même mouvement suivi d’un coup de pied au visage.
Déstabilisé, Jabu, sans grande conviction, balance une droite face à laquelle son adversaire s’abaisse. Il espère alors le frapper avec son genou mais Naos bouge beaucoup plus vite et le devance avec un coup de pied retourné, puis un coup de tête qui couche Jabu.
Le chevalier de la Poupe chambre son adversaire qui se tient la tête de douleur : « C’était vraiment trop facile. Il aurait fallu un miracle pour que tu puisses me vaincre. »
Avec l’énergie du désespoir, Jabu s’élance pied en avant : « Et miracle il y aura ! Unicorn Gallop ! »
Naos riposte uniquement avec son doigt : « Silver Maelstrom. »
Un nouveau Tourbillon Argenté terrasse Jabu qui s’échoue lamentablement devant son ennemi : « Pitoyable. Je vais te faire comprendre qu’il n’y a plus d’espoir et seulement après je te donnerai la mort. »
Plusieurs dizaines de fois, Naos martèle les jambes de Jabu.
Il s’acharne dessus.
Encore.
Et encore.
Pourtant, chaque fois Jabu refuse la défaite et se redresse sur ses jambes tremblantes.
Jusqu’à ce que chacune d’elle finisse par rompre.
Les jambières fissurées, la tête entre les mains, Jabu hurle de douleur.
Il est à la merci de son adversaire.
_ « Acceptes-tu ta défaite Saint de la Licorne ? Puis-je t’achever ? »
Les yeux de Jabu témoignent d’une profonde défiance malgré la douleur. Naos s’en amuse : « Allez, ta propre existence est un crime déjà bien trop grand envers Athéna. Je vais t’achever : Silver Maelstrom. »
Le doigt pointé à bout portant de la Poupe libère un tourbillon qui cesse net devant Jabu.
Le mouvement d’air stagne un instant tandis que la Licorne fixe l’arcane avec insistance.
Naos invoque davantage de cosmos sans que cela ne change quoi que ce soit : « Mais enfin ?! Que se passe-t-il ?! »
Des yeux et du casque de la Licorne de Jabu se matérialisent enfin des ondes.
Le mouvement d’air s’exécute en sens inverse et emporte brusquement celui qui l’a invoqué.
_ « Il se produit un miracle, scande Jabu ! »
Tête la première, Naos regagne le sable chaud de l’orient.
Son diadème se défait de son crâne sous le choc et un filet de sang s’écoule depuis son front : « Comment est-ce possible ? »
Toujours allongé, les jambes paralysées, Jabu reste confiant : « Pendant que tu m’assenais ta supériorité, j’ai étudié chacun de tes mouvements, j’ai puisé en moi toutes les ressources nécessaires mais surtout, j’ai combattu avec le sentiment d’agir pour la justice.
_ Foutaises ! Tu as trahi le Sanctuaire ! La justice est de mon côté ! Tu as réussi à me toucher une fois par hasard. Tu es bien loin d’avoir accompli un miracle ! Encaisse à pleine puissance ma Tornade Argenté : Silver Maelstrom ! »
Une nouvelle fois, à la force de son mental, Jabu déjoue la tornade qui se retourne contre le chevalier d’argent.
Cette fois-ci, Naos en ressort avec bien plus de dégâts : « Il est plus mort que vif. Où puise-t-il une telle résistance ? Cela signifierait que sa détermination lui aurait permis à dépasser le niveau d’un vulgaire Saint de bronze ? Alors que moi, je n’ai jamais réussi à surpasser mon niveau de Saint d’argent ?
_ Ouvre les yeux. Si un Saint d’argent est envoyé pour tuer des Saints de bronze, c’est parce que le Grand Pope a conscience du danger que nous représentons. Seul toi ne t’en es pas encore rendu compte. Il n’y a plus aucun fossé qui nous sépare désormais, dit Jabu en relevant son buste. »
Le visage de Naos se perd dans l’inconnu, ses yeux voient flous et son souffle est court : « Non… Non ça ne peut pas être seulement ça… »
Inopinément, apparaît derrière Jabu l’apparence voluptueuse de Saori Kido que Naos ignore être Athéna. Il est désarçonné par le cosmos de la jeune femme et est pris d’un doute terrible qu’il espère conjurer en achevant son ennemi rampant : « Si le Silver Maelstrom n’est plus d’aucun effet, tu restes tout de même démuni de ton arcane vu l’état de tes jambes. Je vais t’achever à mains nues et te faire taire à jamais. »
Tel un fou furieux, il bondit bras en avant contre la Licorne.
Jabu, en fermant les yeux, prend appui sur le sol avec ses bras : « Mademoiselle Saori… Athéna… Faites qu’un miracle se produise… »
Il fait exploser son cosmos à travers ses mains pour soulever son corps et devancer Naos. Bras droit tendu, il libère tout ce qu’il lui reste : « Lilium, mon maître. Nous devions travailler à développer une autre forme du Gallop de la Licorne. Je vous dédie ce coup : Unicorn Gallop ! »
De toutes ses forces, de tout son c½ur, Jabu transperce la poitrine de Naos. Une fois de plus, le Saint d’argent de la Poupe voit apparaître derrière la Licorne l’image de Saori Kido.
A cet instant le Saint d’argent serre Jabu dans ses bras, afin de le protéger lorsque tous les deux retombent au sol.
Ils roulent à deux sur le sol avant de choir chacun tête la première dans la poussière.
La mort étant toute proche, Naos relâche son étreinte en déclarant en toute sincérité : « J’espère que tu dis vrai. J’espère que tu es de ceux qui réalisent des miracles… Pour la justice. »
Jabu s’étend de tout son corps à côté de Naos.
Entièrement vidé, fier d’avoir réussi à vaincre un Saint d’argent, anéanti d’avoir dû tuer autant de monde pour faire éclater la vérité, il se laisse submerger par l’émotion.
Les sanglots l’étouffent.
Ses larmes piquent ses plaies et font réfléchir davantage le soleil du désert dans ses yeux.
Seul désormais, dans ce camp en Algérie, Jabu sait que la route est encore longue avant de pouvoir rejoindre Seiya…

4
Only for Love / Chapitre 60
« on: 2 May 2020 à 13h51 »
Chapitre 60

Le 3 décembre 1986, au Libéria, dans ce pays d’Afrique où la jungle prédomine, situé à l’intérieur des terres, bien loin de la mer, Bomi Hills accueille sur sa terre aride des pas cinglants de pieds couverts de métal. Ceux-ci laissent d’immenses traces sur le parterre poussiéreux.
L’inconnu, vêtu d’une imposante Cloth bleue, armée de pointes acérées aux genoux et sur les épaulettes, arbore une carrure impressionnante. Son visage, ferme et carré, affiche une froideur à en faire fuir la faune alentour.
D’un violent coup de poing, il réduit à néant une hutte qu’il vient de visiter, puis fait le tour de lui-même comme s’il cherchait la direction à suivre. Il abandonne son calme passable, pour libérer un hurlement de colère. Sa grosse voix retentit à des mètres à la ronde : « J’en ai assez de tourner en rond ! J’ai été missionné par notre nouveau général, Phaéton, pour te trouver et t’éliminer Saint du Loup ! Où te caches-tu ?! »

Plus loin, le ton grondant de l’émissaire fait frémir ledit chevalier.
Nachi, couvert de sa Cloth, transpire à grosses gouttes tant la crainte le ronge.
Le Japonais, revenu sur les lieux qui l’ont vu devenir Saint de bronze afin de rattraper le retard qu’il avait sur Seiya et ses compagnons, transpire de panique.
Il reste à genoux, les mains jointes devant une croix plantée au sol : « Ô maître, mon bien cher maître. Vous qui étiez fait de sagesse et de courage, vous qu’il ma fallut défaire au péril de votre vie pour que je devienne chevalier. Ô mon maître, si vous saviez comme j’ai honte. Je suis revenu ici, afin de parfaire mon entraînement et je sais que je suis devenu plus fort, mais je n’ai jamais réussi à surpasser ma peur. Vous m’aviez appris à encaisser les coups, à surmonter la douleur, malheureusement une sorte d’appréhension subsistait en moi. Le Phénix a su l’utiliser à bon escient. J’ai peur de mourir sur le champ de bataille. Un homme hostile vient d’arriver à, Bomi Hills et j’ai… »
Soudain, une secousse ébranle le sol. Si fort que la terre se fissure.
Pris de panique, Nachi recule en rampant. Il hurle de panique, avant de se recroqueviller sur lui-même en tremblant.
Le choc est si violent que le sol s’entrouvre pour former un gouffre dans lequel s’échoue la tombe de son professeur.
Impuissant, Nachi recule encore, les yeux mêlés de peur et de chagrin.
Malgré la fin de la catastrophe, le sol continue à trembler sous les pas du robuste visiteur.
Il apparaît tout sourire à l’orée d’un bois : « Ah ! Te voilà enfin ! J’ai cru devoir être obligé de raser ce pays tout entier vu que tu ne sortais pas de ta cachette ! Ah, ah, ah ! »
Le visage crispé de panique, Nachi n’inspire à l’étranger qu’une colère phénoménale : « Que… Quoi… Tu chiales ?! Mais qu’est-ce que c’est que cette lavette que le Sanctuaire m’a envoyé combattre ?! De qui se moque-t-on ? On a fait faire au grand Voskos Saint de bronze du Bouvier des milliers de kilomètres pour un misérable, que quelques gardes auraient réussi à achever sans même utiliser leurs lances ?! »
Affolé, Nachi ne réagit même pas aux provocations de son adversaire.
Face à cette attitude indigne d’un chevalier, Voskos bondit jusqu’à lui.
La réception de ses cent quatre-vingt-trois kilos, provoque un léger séisme qui fait choir à nouveau Nachi sur son postérieur, n’inspirant que dégoût au Bouvier : « On m’a parlé de renégats Japonais, qui avaient bafoués les codes de la chevalerie. Et qui aujourd’hui tiennent tête à des Saints d’argent… »
Apprendre le niveau atteint par ses amis peine davantage Nachi, il réalise qu’en plus d’être un pleutre, son entraînement ne lui a pas permis d’atteindre une aussi grande maîtrise de son cosmos.
_ « … Et moi, on m’envoie éliminer celui qui devait jouer le rôle de manche à couilles dans cette équipe. Le combat est déjà terminé. »
Au lieu de le révolter, une telle insulte fait douter davantage Nachi. Accroupi face à son adversaire, il le laisse abattre son énorme pied contre son visage.
Nachi perd connaissance, le crâne encastré dans le sol sablonneux…


Dans une dimension qui surplombe la Terre, dans l’une des deux zones non occupées de l’Olympe, là où échouent les êtres qui, pour avoir commis des actes immoraux et des affronts envers les dieux, finissent par mourir, Apodis médite.
Au sommet d’une de ces innombrables colonnes sphériques qui pointent vers le ciel d’un bleu beaucoup plus obscur que celui qui domine le reste de l’Olympe, le chevalier de bronze a les jambes en tailleur, les mains sur les genoux et les yeux fermés.
Immobile sur l’une de ces surfaces plates et surélevées au pieds desquelles l’Hyperdimension est grande ouverte, l’Oiseau de Paradis fait tournoyer autour de lui une déferlante de cosmo énergie.
Dans les prisons de l’Olympe, l’aura que dégage Apodis, est à la hauteur de l’évolution de ses capacités et de sa totale maîtrise du septième sens. Aujourd’hui dorée, sa cosmo énergie a suivi toute l’évolution qui a fait d’Apodis un Saint aguerri.
Autrefois orangé, puis brun après la perte des siens, son cosmos est dorénavant aussi éclatant que son calme et sa maîtrise de l’ultime cosmos.
La voix bienfaitrice de Déméter ne lui fait perdre en rien sa réflexion : « Je vois que tu continues de t’exercer malgré l’annonce de ton jugement. »
Le Grec ouvre ses yeux pour toiser la déesse à l’apparence d’une femme quasiment nue, l’intimité à peine dissimulée par quelques ornements, sans que cela n’altère son entraînement. « Maintenant que je sais que je serai mis à mort, je n’ai pas l’intention de partir sans combattre. Je veux montrer aux dieux à quel point l’être humain et fier et brave. Ici, je n’ai pas idée du temps qui s’écoule. Et tant mieux, chaque instant en ce lieu me parait infini. Mon corps récupère avec merveille de mes blessures, grâce au nectar et à l’ambroisie que vous m’offrez, même si j’ignore toujours votre nom. »
La boule de cosmos continue de tournoyer maintenant autour d’eux, sans nécessiter la moindre attention d’Apodis. Comme si ce don lui est inné. Le noyau de force virevolte, près des longs cheveux noirs de jais de la Déesse de l’Agriculture et des Moissons : « Dans ton monde, cela fait déjà plus de deux semaines que les Olympiens ont fixé ton sort. Néanmoins, pour eux qui disposent de l’éternité, ça n’est même pas semblable à quelques secondes de perdues.
_ C’en est autant de gagné pour moi !
_ Tu espères faire changer le jugement des dieux ? »
Apodis se relève et arbore son torse nu athlétique. Il tourne autour de Déméter, dans le sens opposé de celui de son cosmos. Le claquement des derniers morceaux de sa Cloth qui couvrent ses pieds contre le pylône où il est retenu prisonnier provoque une cadence musicale rythmant cet endroit où le calme est effrayant : « Quel dieu ici peut comprendre la cause des hommes ? Des dieux que j’ai aperçu jusqu’à présent, seule Hébé était digne de respect. Les autres, hormis nous regarder de haut et mépriser notre existence, ne cherchent pas à savoir qui nous sommes. Si l’homme s’est émancipé d’eux, c’est justement parce qu’ils ont eux aussi quelque chose à apporter à l’humanité. »
Déméter dissimule son corps svelte et plein de grâce d’une toge sombre au tissu très fin permettant de voir au travers. Son visage aux traits très tirés et ses larges yeux répondent à Apodis avec moins de dédains que ses semblables : « Je demande à voir.
_ Qui êtes-vous ? Pourquoi me gardez-vous en bonne santé ?
_ J’ai toujours été favorable aux hommes. Et je crains un complot visant la Terre, mais surtout je crains que Zeus ne se fasse duper. Les efforts répétés de certains dieux de l’Olympe commencent à faire douter Zeus des humains. Peut-être seras-tu l’homme qui parviendra à maintenir son estime pour l’humanité, le temps que sur Terre Athéna s’éveille totalement et reprenne les choses en main.
_ Et pourquoi ne pas aider Athéna ?
_ Je ne suis qu’une simple observatrice. Et puis en t’aidant, je l’aide finalement aussi un peu. »
Apodis cesse son exercice et laisse la vague cosmique venir le heurter sans qu’il en souffre.
La déesse l’en félicite : « Tu présentes de grosses facultés à encaisser les coups. Cela te sera très utile dans l’arène.
_ Qui vais-je affronter ?
_ Des Anges.
_ Alors cela ne suffira pas à m’aider. Jusqu’à ce qu’ils décident de me mettre à mort, je dois m’entraîner encore. Je ne suis pas au niveau de cet Ange, Peleus, que nous avons vaincu sur Terre.
_ Les Anges sont bien plus puissants que les meilleurs des hommes que vous nommez Saints d’or. T’en sens-tu capable ?
_ Si pour les dieux deux semaines ce n’est rien, pour un humain c’est déjà beaucoup. Ce qui pour eux est du temps perdu, est pour moi du temps gagné. »
Le visage de Déméter reste figé comme d’habitude. Alors qu’elle s’apprête à quitter les lieux, Apodis l’interpelle : « Je ne suis pas seul ici n’est-ce pas ?
_ Pardon ?
_ Il y a un autre prisonnier loin d’ici. Même si je ne le vois pas en raison de la distance qui nous sépare, je le sens. Lui est plus fort qu’un Saint d’or. Qui est-il ?
_ Un être qui a trop voulu s’approcher des dieux.
_ Vous l’avez puni pour ça ?
_ Certains considèrent que c’est une punition. Mais pour d’autres, ce n’est qu’une étape.
_ Une étape avant quoi ?
_ Son sacre. Il n’a plus rien d’un homme, il s’est exorcisé de son statut humain. »

Au loin, là où le cosmo terrifiant que ressent Apodis prend forme, un globe d’éclairs entoure la colonne où est retenu le prisonnier.
Ceux-ci crépitent, s’entrechoquent, sous le regard masqué de l’inconnu qui les invoque. Ses grands yeux bleu ciel, fixent avec fierté cette énergie invoquée qu’il manipule à merveille.
Ses cheveux roux ébouriffés, volent dans le vent au gré de ses rapides déplacements.
Enfin, en dressant ses poings vers les cieux, il libère d’une voix emprunte de confiance, tout son cosmos qui s’envole dans le néant : « Highest Altitude ! »
Ses bras, couverts jusqu’au biceps du même tissu jaune pâle que son pantalon, retombent le long de son corps. Ils arrivent là, où s’arrêtent le long voile blanc qui habille son torse, ceinturé à la taille pour former une jupette sur le haut de ses cuisses.
Il arbore un sourire fier sans même s’essouffler d’une telle attaque.
Sans le surprendre, un bruit de pas résonne derrière lui.
Immédiatement, le ciel s’assombrit et la lune apparaît.
Sur le pied habillé d’une ballerine blanche retombe un immense voile blanc qui couvre même jusqu’aux mains la blafarde Déesse de la Lune : « Quels progrès incroyables. Ton arcane est digne de toi, Ikaros. »
Le susnommé lui fait face et s’agenouille : « Ne croyez pas que je suis un être faible, ô Artémis. Je ne suis plus un humain. Je deviens semblable à un dieu. »
Artémis s’approche de lui pour lui ôter le masque qu’il s’est imposé pour lui plaire : « Je le sais. Ce masque destiné à renier ton identité terrestre et le don de toi à t’appliquer chaque jour à devenir plus fort sont des preuves suffisantes. »
Elle plonge ses yeux jaunes dans les siens, instaurant une profonde passion et ramenant à la surface des souvenirs partagés…

Flashback
1980 - Le visage tuméfié, ses modestes vêtements déchirés, un petit garçon était étendu au sommet d’une des colonnes de la Prison de l’Olympe.
Dans des circonstances qui feraient frémir plus d’un guerrier confirmé, l’enfant de sept ans restait les yeux rivés vers le ciel, froncés avec détermination. Il tenait avec sa main droite son épaule gauche démise sans se plaindre. Sa mâchoire était crispée pour contenir la douleur.
Après de longues heures sans vaciller, son champ de vision se mit à être brouillée par l’arrivée inopinée de la lune. Ses sens aiguisés lui permirent d’entendre des pas délicats venir à lui.
_ « Qui peut bien marcher ici, sur une tour au milieu du vide, si ce n’est un dieu, déduisait-il ? »
L’enfant redressa son buste sans difficulté, comptant sur un travail musculaire acharné.
Il fut saisi par les larges yeux jaunes et la chevelure, blonde pâle, de cette grande et ravissante entité, qu’il avait déjà identifié rien qu’à la façon dont elle lui était apparue.
Le jeune frère de Marin se permit de prendre la parole : « Vous êtes la Déesse de la Lune n’est-ce pas ? »
Elle lui paraissait magnifique. Ses épaules nues lui laissaient apparaître une peau laiteuse qu’il soupçonnait douce et agréable au touché.
Froide, le visage inexpressif, Artémis lui répondit : « Est-ce toi l’humain que mon frère Apollon a puni ? Celui qui a commis l’outrage de vouloir être comme un dieu ? Je m’attendais à plus impressionnant. »
Le Japonais, tout en continuant à courber l’échine, fit scintiller quelques faisceaux lumineux teintés de rose juste devant la déité.
_ « Des éclairs ! C’est un pouvoir peu commun. Et surtout, le pouvoir de notre roi tout puissant. »
Il la regarda alors fièrement dans les yeux, sans même se douter qu’elle aurait pu considérer ceci comme un outrage.
Artémis pointa la clochette que portait le garçon autour du cou : « Qu’est-ce donc ? »
Toma la dissimula sous son maillot miteux : « Cela n’a aucune valeur.
_ Comment t’appelles-tu humain ?
_ Je n’ai pas de nom humain. Je suis au-dessus de cela.
_ Quel homme de valeur peut renier son origine ?
_ Il n’y a aucune valeur à vivre dans la tristesse comme un humain. La vraie valeur, c’est celle qui permet de surmonter la faiblesse des sentiments.
_ Tu risques de perdre toute humanité.
_ C’est le meilleur moyen de me rapprocher des dieux.
_ Ne connais-tu pas l’histoire d’Icare ? Pour un homme, trop vouloir s’approcher des cieux mène à sa perte. »
Tout en restant modeste, Toma prouve sa détermination : « S’en approcher ? Mais les cieux, n’y suis-je pas déjà aujourd’hui ? »
Pour la première fois, les petites lèvres roses d’Artémis s’élargirent très légèrement, pour dessiner ce qui s’apparente à un sourire.
Elle avança jusqu’à lui et, d’un très lent signe de la main, elle l’invita à se lever.
Toma obéit, en gardant néanmoins la tête en direction du sol en guise de respect.
Pendant de longues minutes, instaurant un silence gênant, Artémis fixait la tête à la chevelure poisseuse. Elle décida enfin : « Si tu n’es pas un humain, si tu rêves d’approcher les dieux, alors tu es comme Icare. Désormais, tant que tu vivras ici, tu te nommeras Ikaros. »
Toma la dévisagea enfin, lui témoignant toute sa conviction et tout le respect qu’il lui vouait.
Lorsqu’elle lui tourna le dos, avant de disparaître, elle l’avertit : « Sous cette colonne est ouvert un passage sur l’Hyperdimension. Les prisonniers y tombent et s’y désintègrent lorsqu’ils sont à bout de force, affamés ou qu’ils délirent car la solitude les pèse. Comme Icare, tomberas-tu toi aussi ? »
Flashback

Toma rompt le silence et les souvenirs de sa déesse : « Majesté, ne vous ai-je jamais montré à quel point je vous suis fidèle ? Quand pourrais-je vivre auprès de vous et non plus dans cette prison ? »
Les yeux d’Artémis s’écarquillent. Elle lui caresse délicatement la joue en murmurant : « Seuls les Olympiens peuvent vivre hors de cette prison. Quant à vivre auprès de moi… »
Toma assure d’une voix confuse : « Je ne pense qu’à vous servir. Devenir un Ange de l’Olympe, seul les Olympiens le peuvent. Etre un Ange m’assimile à eux non ?! »
Elle s’accroupit pour mieux faire face à son sujet pendant que celui-ci continue : « Non. Non, je ne suis pas eux. Je suis au-delà. Je le suis pour vous. Faites de moi votre bras armé, votre parole, votre… »
Elle approche si prêt sa tête de celle d’Ikaros que leurs lèvres se frôlent presque, lorsqu’elle l’interrompt pour achever sa phrase : « … souffle ? »
Toma, troublé, avale sa salive : « Si cela est votre volonté. »
Elle ne lui répond que par une caresse lente, presque sensuelle, le long de son visage, du haut de son oreille jusqu’à son menton.
Lorsqu’elle se relève, à mesure que la lune s’éloigne, sa silhouette s’évapore dans l’air, ne laissant juste que le temps pour elle de prononcer : « Ikaros, mon fidèle Ange. L’heure de ta grâce approche. N’ait crainte. »


Au Libéria, à Bomi Hills, étendu face contre terre, Nachi est inconscient.
Voskos, selon toute vraisemblance vainqueur, crache sur sa dépouille, d’où s’écoule beaucoup de sang sortant de l’importante plaie crânienne qu’il a provoquée.

Prisonnier de son subconscient, l’esprit de Nachi se laisse approcher par une étrange aura qui émane de sa Cloth.
_ « Maître ! Est-ce vous ? Je vous sens si proche de moi, interroge-t-il perturbé ».
Une voix chaleureuse mais non moins déterminée lui répond : « C’est toi qui es proche de moi. Tu es proche de la mort. Une mort que tu m’as donnée, afin de prendre ma place et de protéger Athéna mieux que moi je n’en étais capable arrivé à mon vieil âge. Hélas, tu t’es égaré en chemin Nachi. »
Nachi se voit dans un immense puit en haut duquel la silhouette de son adversaire l’attend : « Je ne peux pas vous abandonner maintenant Maître. Sans quoi je retournerai me faire martyriser par cette brute. »
L’âme du professeur rétorque : « Te faire martyriser ?! Mais mon garçon, as-tu idée des souffrances des Enfers ? Sais-tu au moins qu’on souffre davantage une fois mort que vivant ? Et que c’est pour offrir la paix à tout défunt, qu’Athéna affronte Hadès à chacune de sa réincarnation ? »
Nachi refuse de regarder plus longtemps la lumière du jour : « Athéna ?! C’est elle qui envoie aujourd’hui ces assassins du Sanctuaire contre nous autres ! »
Un déchirement de douleur répond à Nachi. Le son est si puissant, si malsain, si angoissant que le Loup se cache à nouveau derrière ses bras : « Maître ?! Est-ce vous ? Que se passe-t-il ? J’ai peur ! »
La voix bien plus fatiguée qu’au début de l’entretien, l’ancien Saint du Loup reprend la conversation : « Ce n’était que le gardien de la prison des enfers où je suis enfermé, qui est venu m’infliger mon supplice quotidien. »
Nachi avale difficilement sa salive : « La mort est-elle si ignoble ? »
La voix du maître est de plus en plus haletante : « Tu n’as pas idée Nachi. Trouve Athéna. Délivre-nous du martyr de la mort. La souffrance de la vie n’est qu’un détail de nos trop courtes existences sur cette Terre. »
Nachi panique : « Mais suis-je suffisamment fort pour le vaincre ? Et comment trouver Athéna alors qu’elle gouverne le Sanctuaire ? Vous m’entendez Maître ? Maître ?! Maître ! »
Seuls de nouveaux cris résultants de la torture répondent à Nachi.
Il reste de longues secondes à réfléchir, tourmenté par la douleur éternelle de la mort de son professeur et la peur de se retrouver face à son adversaire.
Les déchirures de la mort commencent à l’affoler. Il choisit alors de se donner la chance d’éviter cela, en plantant ses doigts contre la paroi du puit pour se hisser en dehors.

Face à Voskos, Nachi commence à se redresser.
Le Bouvier toise de son mètre quatre-vingt-dix-sept, celui qui lui paraît n’être qu’un minuscule microbe.
Toutefois, en se relevant, Nachi rigole. Il se tient la tête d’où s’écoule toujours beaucoup d’hémoglobine : « La douleur à ma tête ne paraît pas aussi insurmontable que les souffrances qu’endurent mon maître qui était un homme courageux… »
Il regarde avec conviction Voskos : « … Donc ça ira ! J’arriverai à surmonter ma peur ! Je le lui dois ! »


En Olympe, au bord de la tour qui le retient, Toma reste immobile à observer le vide, sans se douter qu’en cas de chute dans l’Hyperdimension il n’aurait, grâce à sa clochette rien à craindre. La clochette n’est autre qu’un Pendentif de Zeus permettant de voyager entre la Terre et l’Olympe.
Il revit le temps de quelques instants les souvenirs qu’il a depuis sa première rencontre avec Artémis…

Flashback
1980 - Semaine après semaine, sans relâche, Ikaros poursuivait ses entraînements acharnés. Guéri, déterminé, il s’activait sans cesse à prouver de quoi il était capable après qu’Artémis l’ait mis au défi.
Il n’avait pas mangé depuis son arrivée, ni bu. Seuls les exercices lui importaient pour devenir plus fort. La fatigue, la faim, la soif, la douleur, le chagrin, le manque de sa famille… Tout cela disparaissait peu à peu de sa tête, de son c½ur. Il ne voyait qu’elle, celle qui lui est apparue lorsqu’il est arrivé ici, Artémis. Développant sans s’en rendre compte sa source nourricière qui allait substituer peu à peu tous les besoins dont il s’était privé, le cosmos.

1981 - Amaigri mais sculpté, effilé, Toma arborait, dans sa piteuse tenue une carrure athlétique. Son visage était déjà plus marqué, plus dur. Quasi inexpressif.
Les grésillements lumineux qu’invoquait son cosmos étaient désormais des éclairs.
La fatigue, la faim, la soif, la douleur, le chagrin, le manque de sa famille n’existaient plus. Quelques tintements de sa clochette qu’il dissimulait sous son maillot, venaient parfois lui ressasser quelques images en vracs dans sa mémoire, sans lui faire oublier que celle qu’il attendait désormais c’était Artémis.

1982 - Elle lui vint. De la même façon que la fois précédente. Il n’attendit pas et s’inclina aussitôt.
Elle marcha d’un pas lent et calculé jusqu’à lui. Sa démarche était parfaite, Toma était admiratif.
_ « Icare n’est pas encore tombé ?
_ Seuls les dieux peuvent influencer le destin. Je vous ai prouvé que le destin d’Icare pouvait être changé si vous le vouliez.
_ Un dieu ne présente pas une tenue aussi lamentable.
_ Habillez-moi selon votre convenance. »
Artémis, d’un ton monocorde, se contenta de répondre : « En es-tu digne ? »
Immédiatement, apparurent derrière elle cinq êtres. Tous libérant une jupette par-dessus une armure.
_ « Voici Makhaon, Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus. Ils sont des chevaliers de l’Olympe. Des Anges. Ils portent les Glories. »
Sans qu’elle n’ait besoin de le lui demander, Makhaon passa devant Artémis. Il regardait avec dédain Toma : « Je ne peux comprendre ce que sa Majesté Artémis peut trouver comme intérêt auprès d’un humain. »
Toma fit scintiller dans les airs quelques éclats roses : « J’apporte tout simplement la garantie de protéger celle qui saura me reconnaître tel que je suis réellement, contrairement à toi. »
L’Ange qui se faisait appeler comme le Machaon de la mythologie, fils d’Asclépios et excellent médecin, tourna au bord du précipice, de sorte à forcer Toma à se positionner au centre de la surface où il était prisonnier.
Le regard sévère, couleur feu, comme ses cheveux, Makhaon toisa son adversaire : « Je crains que sa Majesté Artémis ne soit dupée par tes belles paroles. Tu mourras pour celles-ci. Le Crépuscule Lunaire aura raison de toi : Moon Twilight Flash ! »
Aussitôt, la lumière perdit de son intensité. Alors que le jour allait laisser place à la nuit, une lumière diffuse apparut brusquement et transperça Toma en pleine poitrine à une vitesse sensationnelle. Le malheureux fut projeté au sol, pris d’une douleur intense à la poitrine.
_ « J’en étais sûr. Ce mouvement était proche de celui de la lumière, une vitesse que nous arrivons facilement à dépasser. Et tu n’as même pas su l’esqui… »
L’Ange ne put achever sa phrase que déjà l’épaulette droite de sa Glory explosa dans un éclat de sang.
Toujours au sol, Toma affichait malgré la douleur un sourire provocateur : « En effet, cette vitesse était vraiment futile. La prochaine fois, je m’appliquerai à frapper plus fort en veillant à ne pas me faire surprendre. »
Makhaon leva les yeux en direction de Toma. Son regard avait changé. Comme Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus, il observait l’être humain avec un sentiment nouveau. La surprise.
Artémis, elle, affichait sur son visage froid et hautain une expression nouvelle. Ses lèvres prirent une forme qu’elle n’adoptait que très rarement, s’apparentant à un sourire. Cela était provoqué malgré elle, par un sentiment étrange de bien-être à la vue de cet homme.
Makhaon, refusant de se soumettre, tourna à nouveau sur la plateforme : « Moon Twilight Flash. »
La lumière du jour commença à disparaître de nouveau, mais alors que la dernière lueur du jour prit la forme d’un filet de lumière destiné à abattre Toma, une barrière d’éclair entoura le Japonais pour le protéger.
Immédiatement, Ikaros se mit en position d’attaque pour riposter.
Abasourdi, l’Ange ne le vit pas surgir derrière lui pour le cogner dans le creux du dos avec son coude.
Il se retourna aussitôt pour frapper du gauche, mais Toma passa au-dessus de lui pour frapper d’un coup de pied retourné l’estomac du malheureux qui retomba devant la Déesse de la Lune.
Couché sur le dos, il essuya le regard méprisant de sa maîtresse.
Furieux envers lui-même, il tenta une nouvelle fois d’invoquer son arcane que le prisonnier s’empressa de contrer à nouveau. D’ordinaire doté du même sang-froid, que les Olympiens, l’Ange devint survolté : « C’est impossible. Je t’ai projeté le Crépuscule Lunaire deux fois de suite à pleine vitesse et de toutes mes forces. Même les plus puissants êtres humains sont incapables de voir cette puissance qui dépasse le commun des mortels. »
D’une attitude bien plus posée que celle de son adversaire, Toma répondit sèchement : « C’est que dans ce cas, j’ai dépassé le stade de l’être humain. Tu as voulu jouer avec moi en me sous-estimant. Hélas, cela m’a suffi pour analyser ta technique. Quelle que soit la puissance et la vitesse que tu dégageras pour l’invoquer à nouveau, je la contrerai. Je te domine. »
Ne l’entendant pas ainsi, l’Ange s’élança mais fut saisit par la vitesse à laquelle Toma se précipita à son tour contre lui. Il lui envoya un coup de pied en plein menton. Projeté dans les airs, Makhaon effectua un salto pour se remettre sur ses jambes et repartir à l’attaque. Il réussit à cogner avec sa jambe l’estomac de Toma et voulut enchaîner d’une gauche, qu’il s’empressa d’éviter en s’élançant dans les airs.
Makhaon empêcha qu’il ne lui retombe dessus en effectuant un magistral mouvement acrobatique. Néanmoins, à peine avait-il retouché le sol qu’il était balayé par les jambes d’Ikaros.
Il s’appuya sur le sol pour se lancer contre Toma et réussit à le frapper avec son pied droit au visage. Profitant du même élan et d’une incroyable agilité, il effectua le même geste avec la jambe gauche, obligeant Toma à baisser sa garde pour passer ses mains contre sa pommette ouverte après le choc.
Ne réalisant pas que l’étau se resserrait autour de lui, Makhaon regardait son rival essuyer son sang.
Ikaros lui tourna le dos pour approcher le précipice et balança l’hémoglobine qu’il avait recueillie dans la paume de sa main afin de vexer davantage son adversaire : « Il est hors de question que je souille de mon sang la surface sur laquelle la Déesse Artémis a posé les pieds. Pas une goutte de mon sang ne la souillera. »
Makhaon se tint aussitôt son épaule ensanglantée qui salissait la geôle depuis le début de l’affrontement.
À la fois affectée par l’humiliation de son homme de main et charmée par la performance d’Ikaros, Artémis prononça d’une voix calme à l’attention de Makhaon : « Tue-le. Sinon, s’il est au-delà de l’être humain comme il le dit si bien, Ikaros vaincra. "
L’Ange refusa de se laisser ridiculiser plus longtemps. Il se lança contre lui. Poing gauche, coup de pied sauté, droite, rien ne passa. Ikaros était trop vif.
Alors l’Ange usa d’ingéniosité. Il écarta les bras et laissa sa cosmo énergie souffler les lieux pour repousser Toma dans le vide.
Ce dernier, ne pouvant contenir une telle rafale s’élança dans les airs, pour le plus grand plaisir de Makhaon.
Sans qu’il ne concentre le moindre effort, le guerrier matérialisa dans son dos deux ailes d’angelot qui lui permirent de voler jusqu’à Toma.
Pouvant se mouvoir à sa guise, il reprit le dessus en malmenant Toma dans les airs. Il le projeta plus loin grâce à un coup de pied, menaçant ensuite de le faire tomber dans l’Hyperdimension en le cognant des deux poings derrière sa tête.
Il choisit de jouer avec lui plus longtemps pour réaffirmer sa supériorité auprès de sa maîtresse en le renvoyant plus haut d’un magistral uppercut.
Au moment où tout semblait fini pour Toma, d’étranges grésillements se firent entendre autour de lui.
Alors qu’il était à la merci de Makhaon, celui-ci perdit de l’altitude. Les grésillements devinrent pour l’Ange des crépitements qui s’attaquèrent à ses ailes. Des éclairs roses rongèrent ses plumes et l’obligèrent à réintégrer la surface de combat.
Cependant, Makhaon ne perdait rien de son sourire, il se délectait de voir Toma s’échouer vers l’Hyperdimension.
Alors que la chute semblait acquise, les éclairs continuaient de graviter autour de Makhaon.
Celles-ci devinrent de plus en plus bruyantes, alors que de grands traits de foudre venaient de là où avait sombré Toma.
Artémis commenta : « Comme Icare, Ikaros a réussi à voler. Saura-t-il ne pas se brûler les ailes ? »
A cet instant, Toma réapparut. Il dominait le vide grâce à l’émanation de ses éclairs. Il lévitait avec élégance, voire majesté.
Les quatre autres Anges restés en retrait. Eux, descendants des dieux, ressentaient de l’admiration. Makhaon, de la peur.
A quelques centimètres du sol sur lequel l’attendait son adversaire, Toma, grâce à son envol, le dominait. Il resta de longues secondes à le dévisager pour reconnaître sur le visage d’ordinaire insensible de l’Olympien, un sentiment de rage qui se changeait peu à peu en épouvante.
Makhaon, inconsciemment, commença à glisser un pas en arrière. Il était effrayé.
Toma ne le laissa pas en faire un second. Il lui colla un crochet du gauche en plein torse, le transperçant sur le coup. Il garda son bras logé dans la carcasse de son adversaire qui agonisait. Il invoqua toute sa cosmo énergie pour le foudroyer dans un champ d’éclair : « Highest Altitude. »
Pour la première fois de son existence, Artémis entendit hurler de douleur et de désespoir un Ange. Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus abandonnèrent leurs visages habituellement si inexpressifs, pour grimacer devant la terreur qu’inspirait Toma.
Les éclairs sortaient de Makhaon par tous ses orifices. Ses oreilles, son nez, sa bouche et même ses yeux libéraient des gerbes de foudre, tandis que la Glory éclatait de part en part, ne supportant plus la pression exercée.
Enfin, dans un dernier râle, les souffrances de Makhaon prirent fin. Son corps céda et implosa, ne laissant plus que Toma seul au milieu d’un nuage de fumée.
Quand le calme regagna les lieux, Toma avança jusqu’à Artémis. Les quatre Anges passèrent devant la Déesse de la Lune, mais aucun n’osa se dresser contre l’homme.
Il s’inclina devant Artémis : « Si mes capacités n’ont pas réussi à vous convaincre que suis digne de vous, alors laissez-moi souffrir ici seul davantage de votre absence. »
A cela, Artémis resta sans réaction. Elle ne décrocha son regard hautain, que lorsqu’elle choisit de lui tourner le dos et de disparaître comme elle était venue, en compagnie de ses quatre sujets.
Seul, à genoux, Ikaros restait serein, il savait qu’il avait conquis l’Olympienne.

1983 - Toma était assis, en tailleur, au milieu de la surface où il avait tant brillé.
Il ne pensait plus à la soif, à la faim, à la douleur ou au chagrin. Il n’était pas impatient non plus. Il savait que le jour arriverait.
Et il arriva. Artémis réapparut avec ses quatre Anges. Toma se leva, les quatre s’agenouillèrent. Il l’avait compris, Artémis l’avait reconnu.
Elle se contenta de lui dire : « Suis-moi. »
Il s’exécuta et lévita hors de la Prison de l’Olympe. Il survola les vertes contrées où le peuple Olympien vivait paisiblement. Il suivait la trace du cosmos qu’Artémis avait laissé derrière elle avant de disparaître. Autour de lui, ailes déployées, Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus l’escortaient.
Ils arrivèrent devant onze temples positionnés au pied du Mont Olympe. Immédiatement, le Japonais leva les yeux en direction du sommet qu’il ne pouvait distinguer de là où il était. « Zeus, admirait-il… »
Il suivit les quatre Anges qu’il devinait désormais à son service et arriva devant un temple gardé par des jeunes filles, les Satellites. Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portaient un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblaient être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune.
Il les survola avant de pénétrer dans le palais aux pierres froides et aux colonnes grecques qui soutenaient des voûtes sur lesquelles étaient gravés des croissants de lune.
Autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairaient à nettoyer les lieux et à prier sans cesse au beau milieu des allées sous les ordres de Callisto qui sermonnait à l’occasion un jeune garçon nommait Lytus.
La protection de Callisto était semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de le dévisager, il apparut aussitôt à Toma qu’elle était extrêmement retorse.
Au détour de quelques couloirs, ils passèrent devant la salle impériale où, d’ordinaire, trône la déesse sur une grande ouverture à ciel ouvert qui laisse apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune.
Sur le flanc, de la pièce, les Anges cessèrent et d’un mouvement de tête, Theseus fit comprendre à Toma qu’il devait poursuivre seul derrière la porte dressée devait lui.
Il l’ouvrit sans ménagement et fut saisi par la chaleur qui s’échappait des vapeurs d’eau de la salle des thermes.
Même dans la salle d’eau, l’empreinte lunaire rendait l’atmosphère lugubre.
Néanmoins, cela ne dérangeait guère l’homme qui cherchait parmi la brume une quelconque silhouette.
Celle qu’il vit l’ensorcela.
Au beau milieu d’un bassin, le visage ruisselant, entièrement vêtue, Artémis avait de l’eau jusqu’à la nuque. Ses vêtements blancs lui collaient à la peau et laissaient transparaître ses formes gracieuses.
Toma était admiratif. Il fallut que des servantes viennent lui attraper les bras, afin de le guider dans le bassin pour qu’il reprenne ses esprits.
Il descendit progressivement dans l’eau chaude, jusqu’à ce que l’onde couvre ses épaules.
A mesure qu’il avançait, les servantes lui ôtaient ses vieilles frusques, afin qu’il puisse tremper auprès de sa déesse dans le plus simple appareil.
D’autres lui frottaient le corps en prenant soin de s’attarder sur chaque partie de son intimité, afin de nettoyer cette apparence devenue si athlétique. Ses cheveux mouillés, une fois lavés, passaient devant ses yeux, mais ne l’empêchaient pas de voir Artémis venir jusqu’à lui.
Elle lui passa ses mains mouillées devant son visage, pour lui dégager la vue et laissa perler quelques gouttes qui roulèrent jusqu’à ses lèvres. Toma restait immobile à admirer celle qui lui permettrait de s’élever au rang de dieu.
Délicatement, très lentement, les mains d’Artémis descendirent jusque dans son cou, caressèrent ses pectoraux puis s’écartèrent sur ses épaules pour descendre le long de ses bras et lui tenir fermement ses mains : « Ikaros. Tu es diffèrent. Tu seras sous ma protection. Tu es le seul humain que j’ai choisi. »
Après cela, les sujets d’Artémis vinrent chercher de nouveau Toma pour le sortir et le sécher. Elles l’habillèrent d’un pantalon jaune pâle comme les guêtres qu’elles lui passèrent le long des bras. Elles couvrirent son torse d’un long voile blanc qu’elles ceinturèrent à la taille pour former une jupette sur le haut de ses cuisses. Elles lassèrent ses chevilles de spartiates tout en plongeant chaque fois dans ses beaux yeux bleus. Ikaros ne laissait personne indiffèrent.

Après l’avoir nourri de nectar et d’ambroisie en l’invitant à prendre place sur les couches qui entourent la sienne, Artémis fit un simple signe de la main pour que ses quatre Anges qui gardaient la salle fassent venir sur un plateau une armure resplendissante.
_ « Mais c’est…
_ Une Glory. Ta Glory. »
Il se leva aussitôt et se précipita sur elle pour la détailler. Elle se défit de son socle lorsqu’il essaya de la toucher et se laissa couvrir par celle-ci.
Avec fierté, il se tourna en direction d’Artémis pour la saluer en s’agenouillant.
Seulement, elle fronçait ses sourcils.
Elle cueillit une fois encore son visage : « Malgré cette tenue, en te regardant, j’ai toujours l’impression de voir un humain.
_ Alors changez-moi ce visage. Rendez-moi divin à vos yeux. »
Elle passa ses mains sur le diadème de la Glory qui coiffait ses cheveux roux comme le fait toute Glory. Celui-ci vint dans ses mains et épousa une autre forme. Elle ajusta affectueusement ce qui est devenu un loup : « Maintenant tu es Ikaros. L’Ange qui commandera l’armée de la Déesse de la Lune pour l’Olympe. »

1985 - Droit, le visage dressé vers les sommets, seul sur sa plateforme où il est resté vivre, Ikaros était pensif.
L’obscurité naissante annonçait l’arrivée d’Artémis qu’il salua en s’agenouillant comme il en avait l’habitude.
La voix pleine de dépit, il prononça à peine : « Venez-vous me chercher pour passer la journée à vos côtés avant de me ramener ici une fois encore ? »
Elle s’empressa de venir lui plaquer sa tête contre sa douce poitrine : « Tu deviens chaque jour plus fort, plus proche de ton but. Un jour viendra où une mission te sera confiée. Elle sera alors l’occasion pour toi de t’affirmer aux yeux de tous. De faire de toi un Olympien à part entière. Alors, seulement, tu seras autorisé à quitter cette prison, pour d’autres circonstances que celles qui t’autorisent uniquement à m’accompagner. »
Flashback

Toma dresse son poing vers le ciel et fait virevolter ses éclairs : « Oui, ce jour viendra. Et je leur montrerai à tous que je suis un dieu. »


Au Libéria, le vent soulève la poussière de Bomi Hills qui couvre le sol et voile la vision des deux Saints de bronze.
Le visage dégoulinant d’hémoglobine, Nachi lutte contre ses doutes pour faire face à un Voskos qui fait craquer ses poignets d’impatience : « Bon, il semble que tu sois plus généreux que je ne l’aurai cru. Tu vas m’offrir un peu de divertissement finalement. »
A peine une demie seconde s’écoule après la fin de sa phrase, que le Saint du Bouvier cogne de plein fouet la poitrine du Loup.
Projeté plus loin, Nachi passe sa main contre sa Cloth qui protège son torse comme pour la remercier d’être toujours en vie. « Quelle force brute. J’ai l’impression qu’un troupeau tout entier vient de me piétiner, ressent-il. »
Néanmoins, il se relève avec le sourire, faisant grimacer le colosse : « Mon premier coup t’aurait-il fait perdre la tête pour que tu sois amusé malgré la situation ? Dans ce cas, je vais abréger tes souffrances en t’achevant d’un unique coup. Le Piétinement Sauvage va te remettre les idées en place ! Katapatisi Agria ! »
De son poing titanesque, Voskos libère toute sa force.
Nachi observe la masse d’énergie se diriger contre lui, en grimaçant. Il plisse les yeux comme pour appréhender la douleur et n’arrive pas à avaler sa salive, tant la crainte de souffrir le gagne. Mais il en est convaincu : « Je dois surmonter ma peur. »
Face au cosmos dévastateur, il écarte grand les bras et se laisse heurter de plein fouet.

Le vent résultant de l’onde de choc soulève un rideau de fumée qui cache la vue de Voskos, l’empêchant d’apprécier jusqu’où il a projeté son adversaire.
Cependant, la voix de Nachi l’informe des intentions de ce dernier : « Le meilleur moyen de vaincre sa peur, c’est d’y faire face, encore et encore, en l’endurant. Je surmonterai les pires souffrances, jusqu’à ce que je devienne inflexible face à ma peur. »
Le chevalier se libère du rideau poussiéreux et arbore son visage égratigné, avec une confiance de plus en plus grandissante.
Voskos fronce ses sourcils : « Ça alors ! Tu as encaissé sans broncher et tu es encore debout !
_ Je suis doué. J’ai du talent. Et je suis résistant. J’ai même repris l’entraînement depuis des semaines. Toutefois, ma peur est un handicap. Mais je vais la chasser de mon esprit grâce à toi. Tu vas être mon exorciseur ! »
Le Japonais surprend d’un déplacement agile le Grec. Il lui décoche une gauche en plein estomac. Le second direct est bloqué par le buffle qui le tire vers l’avant de son bras droit et le cogne entre les omoplates de son énorme poing gauche. Nachi s’échoue à terre. Il redresse à peine son buste qu’une reprise de volée du pied de Voskos l’envoie s’encastrer dans une roche à proximité.
La brute charge le Loup de tout son poids, mais Nachi parvient à le bloquer en fixant fermement ses jambes au sol. Il riposte d’un direct dans la poitrine, puis saisit Voskos par son énorme cou et le balance par-dessus lui. La violence de l’impact est telle que la roche contre laquelle le Bouvier s’écrase se brise.
Il sort des décombres furieux. Il perd son sang froid et s’élance à nouveau. Cette fois-ci Nachi esquive une droite, en effectuant un salto arrière. Il pivote la tête de gauche à droite, puis de bas en haut pour éviter les enchaînements de Voskos.
Malgré toute la puissance invoquée par le Bouvier, le Loup parvient même à bloquer sa dernière droite et à le corriger d’une gauche. Le géant retombe sur le dos, le nez brisé.
Malgré la douleur, il n’est pas prêt à renoncer : « Je vais t’apprendre à jouer le malin avec moi. Encaisse donc mon arcane avec tout ce qu’il me reste de puissance : Katapatisi Agria ! »
Le cosmos libéré par le Bouvier, prend la forme d’un troupeau de bovins qui se précipite sur un loup esseulé. Pourtant, l’animal solitaire parvient à ralentir la troupe, l’onde de choc s’estompe entre les mains de Nachi.
_ « C’est impossible, un être aussi faible ne peut stopper une telle puissance à mains nues !
_ Rien n’est impossible pour un chevalier. Une même attaque ne marche jamais deux fois contre un Saint averti. »
Stupéfait, Voskos recule d’un pas mais se ressaisit, il refuse de renoncer : « Non ! Même si le Piétinement Sauvage n’a plus le moindre effet, la force de mes membres réussira à te faire taire. »
Ebranlé par la détermination de Nachi, Voskos lâche sa garde et se jette de tout son poids.
Le Loup effectue une cabriole pour passer au-dessus de son ennemi et pour le frapper dans le dos : « Dead Howling. »
Malgré la simplicité du geste, le coup de poing de Nachi est si rapide qu’il fend l’air à la vitesse du son en prenant la forme de griffes tranchantes. La vitesse crée un si puissant impact que la protection dorsale de Voskos se brise dans un éclat de sang. La brute s’écroule dans un râle à l’intonation fort grave.
Nachi ne perd pas sa garde pour autant : « Relève-toi, j’ai bien compris qu’il en fallait plus pour t’abattre. »
Malgré la douleur, Voskos s’exécute en grommelant de rage.
Lorsqu’il fait face de nouveau au Japonais, il est stupéfait par l’émanation de son cosmos. L’effluve cosmique dessine derrière lui un loup qui hurle à la mort.
De nouveau, le Bouvier recule d’un pas. Néanmoins, il ne parvient pas à se ressaisir cette fois.
_ « J’ai l’impression que les rôles se sont inversés. Désormais c’est toi qui es pris de peur.
_ Fadaises !
_ Vois la vérité en face. Tu es à bout de force et j’ai retenu volontairement mon coup pour ne pas t’achever. J’ai pris l’avantage. Non seulement martialement, mais aussi et surtout psychologiquement. Le cosmos de mon maître qui habite cette armure, m’a rappelé à quel point il était impératif que je surmonte mes craintes. Rajoute à cela mes dernières semaines d’entraînement, et tu te retrouves face à un Saint de bronze confirmé. Renonce à présent et rentre au Sanctuaire.
_ Jamais ! La justice est de mon côté, même si je suis à bout de force, Athéna m’apportera la victoire. »
L’expression de Nachi gagne en maturité et en clairvoyance : « N’as-tu donc pas compris ? A l’heure actuelle mes compagnons affrontent au Japon des Saints d’argent et ils sont victorieux. J’ai refusé de voir la vérité jusqu’à présent, mais celle qui est à l’origine de notre union au Japon ne peut-être autre qu’Athéna. Saori Kido est Athéna. Sans quoi nous serions morts depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui se trame au Sanctuaire, mais malgré le traitement qui nous a été réservé durant notre enfance, Mitsumasa Kido et sa petite fille n’ont pas organisé tout cela pour rien. »
Voskos s’époumone : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes ! Cela dit, une chose est sûre, tu vas mourir prestement ! Katapatisi Agria !
_ Désolé. Adieu chevalier. Dead Howling ! »
Les lames tranchantes du Hurlement Mortel de Nachi annihilent progressivement le Piétinement Sauvage de Voskos puis lui transpercent le c½ur. Le visage dur et ombrageux du Grec se fige instantanément, perdant toute vigueur à mesure que son corps s’échoue comme un poids mort dans la poussière du sol libérien.
Sans le moindre regret, pris d’une fulgurante confiance en lui, Nachi serre le poing : « Maître, merci pour tout. Bientôt je retournerai auprès d’Athéna. Et alors, je n’aurai plus peur d’être ce que je suis. J’ai surmonté les traumas laissés par Ikki. Comme Seiya et les autres, moi aussi je peux devenir un Saint accompli grâce à vous. »
A des milliers de kilomètres de là, en Grèce, au Sanctuaire, loin de se soucier du sort des Saints de bronze renégat à l’heure actuelle, Deathmask est en plein spleen.
L’air nauséabond de la quatrième maison n’émeut en aucun cas son propriétaire.
D’ordinaire fier des masques de mort qui ornent son temple du sol au plafond, jusqu’à déborder sur le champ latéral de la demeure qui relie le passage secret des douze palais, il n’en éprouve aujourd’hui qu’une profonde amertume.
Assis sur les marches qui débouchent sur le passage secret, couvert de sa Cloth, il se décide à s’exercer à quelques acrobaties pour se délier les muscles.
« Depuis que je suis assigné à résidence par le Grand Pope, j’en ai les muscles endoloris, songe-t-il… »
Néanmoins, ses déplacements restent lents et sans convictions.
« Lilith… Rien ne va plus depuis que tu n’es plus dans vie… Que faisais-tu… Que faisais-tu auprès d’Aphrodite, se tourmente-t-il… »
Soudain, ses sens l’alertent : « Une cosmo énergie descend depuis la maison du Lion ! »
Il lève la tête vers les marches du passage secret et reconnaît une jeune brune aux reflets châtains.
Sa ceinture dorée enserre sa taille et permet de faire ressortir de sa longue robe immaculée ses formes généreuses.
_ « Ah ! C’est encore toi ! Cela faisait longtemps, souffle le Cancer !
_ Crois pas non plus que ça me fasse plaisir de te voir sale crabe, rétorque effrontément la servante aux yeux verts ! »
Elle progresse sans même le considérer davantage.
Deathmask se dresse alors en travers de sa route : « Minute la domestique ! Montre-moi ton autorisation de passage !
_ Comme si tu n’avais pas l’habitude de me voir aller et venir à Honkios, pour assurer comme mes semblables les provisions pour sa Majesté Athéna, soupire-t-elle en balançant la tablette sur laquelle est accrochée la missive ! »
Le Saint d’or s’en empare sans ménagement et reconnaît le sceau du Pope, bien qu’il ne doutât pas un instant de l’y trouver.
Il lui rend avec dédain et s’amuse à faire tourbillonner avec son autre main un halo violacé : « Par la présente sa Majesté le Grand Pope autorise Erda, à traverser les douze maisons ce 3 décembre 1986 afin de rapporter l’approvisionnement nécessaire aux bons soins d’Athéna et de ses servantes. »
La susnommée lui arrache la tablette des mains, sans répondre à cette première provocation, la lueur lugubre ravivant l’espace d’un instant un holocauste, au milieu duquel elle figure impuissante.
Tandis qu’elle poursuit son chemin en direction de la maison des Gémeaux, Deathmask lui fait marquer le pas en disant : « Approvisionner Athéna et ses bonnes… J’imagine que tu n’auras pas trop de charges… Vous ne devez plus être très nombreuses… »
Spontanément, elle se retourne et libère de son poing une fournaise : « Greatest Eruption ! »
D’un hochement de tête, le Saint esquive sans mal la rafale de feu tandis que le poing d’Erda frôle son visage.
Il profite de l’instant pour la saisir par le creux de son dos et la plaquer contre son torse.
Le geste inattendu laisse l’aspirante Saintia interdite, tandis que ses joues s’empourprent.
_ « C’est bien ce que je me disais, tu es plus forte que la dernière fois ! D’ailleurs, depuis cette époque, tu as mis ton corps à rude épreuve, constate-t-il en glissant les doigts de son autre bras le long de son biceps droit décoré d’un bracelet doré ! »
D’abord incroyablement sensible au geste provocateur mais tendre de son contradicteur, les raisons qui l’ont poussé à redoubler d’efforts lui reviennent à l’esprit.
Aussitôt, elle se défait de l’étreinte : « En effet, je me suis jurée de devenir Saintia pour avoir l’honneur d’approcher un jour Athéna et lui demander… Lui demander pourquoi elle garde dans ses rangs une pourriture telle que toi. 
_ Je pourrai te faire exécuter pour insubordination tu sais. Je pourrai même le faire moi-même, sans qu’on m’en tienne rigueur. Après tout, qui en a à faire d’une pauvre domestique. Néanmoins, pour m’avoir brûlé un cheveu, je te laisse la vie sauve. »
En colère et impuissante, dépitée d’être encore bien trop loin du niveau pour prétendre rivaliser, Erda reprend malgré elle les règles de bienséances indispensables à son rôle d’assistante d’Athéna.
Elle tourne le dos à Deathmask et poursuit sa route.
Alors qu’il l’observe s’éloigner, le bourreau perd peu à peu son sourire provocateur. Refusant de remettre en question ses principes, il peste en silence : « Foutue gamine… Si tu parviens à accéder au statut que tu souhaites, alors la réalité des champs de bataille te fera réaliser que parfois, nous n’avons pas le choix. Alors seulement là, tu comprendras… »

5
Only for Love / Chapitre 59
« on: 6 April 2020 à 18h08 »
Chapitre 59

Cela fait plusieurs minutes que Seiya tourne en rond dans la cour de l’orphelinat « Les enfants des étoiles ». Il shoote d’un léger coup de pied, chaque caillou sur son passage pour tuer le temps.

Ces dernières semaines de répit permettent à la Fondation Graad et au Sanctuaire, d’accroître tous deux de leurs côtés, les recherches sur les parties de l’armure d’or qu’ils leur manquent.
Après la tragédie qui a touché Shiryu, Saori a choisi d’élaborer un plan d’attaque en compagnie des Steel Saints, afin d’accorder un peu de repos à Seiya, Hyoga, Shun et Ikki.
Ce 28 novembre 1986, le Saint de bronze de Pégase a choisi de se changer l’esprit, en rendant visite à son amie Miho.

Tout à coup, la cloche de la chapelle sonne et aide à calmer l’impatience de Seiya. « Enfin, les enfants ont fini leurs devoirs. Miho va pouvoir se libérer. Cela fait tellement longtemps que je ne l’ai pas vu, réfléchit-il. »
Le tintement de la cloche le laisse songeur : « Seika, grande s½ur, que j’aimais écouter cette cloche ici jusqu’à ce que nous soyons séparés. Entendre de nouveau ce son me rend nostalgique. Je me rappelle les fois où tu me racontais que nous habitions une petite maison avec nos parents, près d’une église. Hélas, je n’ai plus aucun souvenir d’eux. Et toi Seika, il ne me reste plus que ton visage et le souvenir de ta voix. »

Brusquement, il se sent tiré par le bas. Il revient à lui et reconnaît Makoto et ses amis, Akira et Tatsuya, accrochés à son pantalon : « Ah ! Les enfants ! C’est vous ! »
Les trois amis malicieux répondent à tour de rôle :
_ « Ça fait un moment qu’on t’appelle sans tu répondes, commence Tatsuya.
_ Tu pensais à Miho n’est-ce pas, le taquine Akira.
_ On peut dire ça, joue le jeu Seiya.
_ Vous feriez un joli couple si vous n’étiez pas aussi maladroits, conclut Makoto !
Le sourire aux lèvres, le trio s’exclame bien fort et à plusieurs reprises : « Ils sont amoureux, ils sont amoureux… »
Préférant ne pas attirer l’attention des autres membres du personnel de l’orphelinat, Seiya leur murmure : « Oui, oui, si vous voulez, mais gardez ça pour vous hein. »
Puis, en leur tendant un sachet de friandises d’une main, il leur fait signe de l’autre de prendre le large.
Makoto saute pour le lui arracher des mains et s’éclipse avec ses camarades pour les déguster sans être importunés par les autres enfants.

Sur leur passage, les garnements croisent Miho que Seiya aborde avec un sourire affectueux.
_ « Cet orphelinat est un véritable havre de paix pour moi. J’aime m’y ressourcer.
_ Si bien que cela fait plus d’un mois que nous ne t’y avons pas vu. Tu étais encore entrain de risquer ta vie je suis sûre. »
Face à l’air contrarié de Miho, Seiya passe sa main derrière sa tête en faisant l’idiot : « Mais non, mais non voyons.
_ Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t’entêtes à aider cette fille, qui est la cause de tous tes malheurs. »
Un petit sourire apparaît alors aux coins des lèvres de Seiya, tandis qu’il l’attrape par l’épaule : « Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour être avec toi. Pas pour parler de Saori. Ici je peux réellement me détacher de tout. En ta présence, je peux être simplement moi-même, Seiya, et pas le chevalier Pégase. »
Elle lui renvoie affectueusement son sourire charmeur et aborde des sujets plus réjouissants.


Au loin, au même moment, depuis une colline, Shun et Ikki observent la mer.
Réunis dans un cimetière, le c½ur de Shun vrombit dans sa poitrine à l’idée que son frère soit à ses côtés.
Sa mine radieuse adopte un rictus plus affecté, lorsqu’il se recueille sur une tombe. « Depuis que nous sommes devenus alliés, nous nous recueillons ici régulièrement. De plus en plus souvent ces temps-ci. Peut-être est-ce le fait que Saori nous ait sauvé de la mort lors de l’explosion de Death Queen Island qui a permis à Ikki de réaliser que les dangers que nous allions rencontrer allaient devenir de plus en plus périlleux, s’interroge-t-il ?
Tandis que ses pensées s’égarent, Shun verse une larme.
Ikki le reprend vite : « Ne pleure pas Shun. Si tu le fais parce que l’amour de nos parents te manque, ils ne reposeront jamais en paix.
_ J’ai du mal à me souvenir de leurs visages, mais il me manque terriblement.
_ Moi je me souviens d’eux. Tu ressembles beaucoup à notre mère, affirme Ikki le visage dénué de toute émotion. »
Shun sort alors de sous son maillot un médaillon en forme d’étoile, avec l’inscription « Yours Ever » gravée dessus.
Ikki sourit enfin : « A bien y penser, Esméralda te ressemblait beaucoup aussi. Cela doit être un signe du destin. Andromède veille sur moi.
 _ Ne dis pas de bêtises, celui qui veille sur l’autre depuis le début c’est toi, se vexe Shun les yeux larmoyants.
_ Cesse donc. Au final, nous avons tous soufferts mille morts pendant six longues années, payant de notre chair et de notre sang, pour supporter le poids de cette destinée qui a fait de nous des chevaliers. »
Shun écoute la respiration profonde de son aîné, comprenant toute la peine qui le submerge, en repensant au passé et à Esméralda.

Soudain, le tonnerre gronde.
_ « Ikki… Le ciel s’obscurcit. Un orage est à prévoir.
_ Tu ferais mieux de rentrer.
_ Tu ne rentres pas à la résidence Kido avec moi ? »
En guise de réponse, un éclair fendit le ciel, suivi d’un nouveau grondement.
Ikki tourne le dos à son cadet : « Je te l’ai déjà dit, je ne supporte pas d’être au sein d’un groupe. Ne t’en fais pas, je me présenterai bientôt à la base secrète du Colisée pour faire le point avec vous. »
Andromède commence à le suivre mais Phénix stoppe son avancée : « Shun, nous autres Chevaliers, nous sommes prêts à mourir à chaque instant pour Athéna. Je ne sais pas quand nous pourrons nous recueillir à nouveau sur cette tombe. Cependant, nous ne devons jamais renoncer. Bats-toi jusqu’au bout, comme un homme. »
Shun se résigne à laisser partir Ikki. Il tourne les talons à son tour et murmure : « Je t’en fais le serment devant notre mère. »
Sous cette promesse, une plus battante se met à tomber.


En Tanzanie, devenue au fil des années une montagne emblématique, le Kilimandjaro est très prisée par les milliers de randonneurs qui réalisent son ascension, tout en profitant de la grande diversité de sa faune et de sa flore.

En marge des sentiers empruntés par les visiteurs, au sommet de la montagne, sur la calotte de neiges éternelles, se dresse une cabane.
À l’aspect vétuste, l’habitation est animée par la concentration cosmique d’un habitué des lieux.
De son mètre quatre-vingt-un, imposant ses quatre-vingt-trois kilos, Ban concentre dans son poing son cosmos.
Son visage arbore un sourire fier, sous les yeux d’une vieille dame, rabougrie, encapuchonnée et au visage dissimulé sous un masque. Plus dans l’idée de protéger ce corps flétri, que de le cacher, l’ancienne ne permet même pas de voir l’état de son âge fort avancé. Même Ban, qui a passé six ans de sa vie à ses côtés, ne sait pas à quoi elle ressemble. Il n’a même pas idée de la forme de son masque. Elle reste une énigme, tout comme son véritable nom. Depuis qu’un représentant de la Fondation Graad l’a déposé en ces lieux, cette personne venue l’accueillir se fait appeler « Dame Leo ».
Malgré tout le mystère qui l’entoure, cela ne l’empêche pas de féliciter d’une voix caverneuse son apprenti : « Félicitations Ban. Tu as fait beaucoup de progrès depuis ton retour du Japon. »

Le chevalier du Petit Lion relâche son attention et ôte son maillot, pour essuyer son front qui perle de sueur : « Je n’aurai jamais pu y arriver sans vous Dame Leo. »
Il traverse la cahute pour y chercher un peu d’eau qu’il a collecté dans un récipient.
Après s’en être délecté, il reprend : « Je pense être en mesure de rejoindre Seiya et les autres. La situation a dû empirer depuis notre départ. Ils doivent avoir besoin de nous.
_ Tu n’es pas encore prêt.
_ Pourquoi ?
_ Parce que tu imagines la situation au Japon sans en être certain. Un vrai Saint sait concentrer son attention sur le monde qui l’entoure. Si tu avais plus de discernement, tu saurais ce qu’il en est réellement. »

Ban soupire face à son incompétence. Il se penche sur l’embrasure de la lucarne qui lui sert de fenêtre et observe sa Pandora Box qui repose dans la neige : « Comme toujours, vous devez avoir raison. De plus, je doute que mon armure se soit remise des dommages subis lors de la Galaxian War. »
Dépité, il part s’allonger sur l’unique couche de la demeure : « Quand serais-je capable de devenir comme vous ? Vous ne dormez jamais, vous ne mangez jamais, vous savez tout sur tout. »
La gorge enrouée de Dame Leo ricane : « Ah, ah, ah. Cette réflexion prouve davantage que tu n’es pas prêt. Peut-être l’épreuve qui t’attend t’aidera à y voir plus clair.
_ L’épreuve qui m’attend ?
_ Oui, concentre-toi… »


Sous une pluie semblable à des rafales de mitraillettes, Shun, trempé jusqu’aux os, se presse de rentrer dans le manoir de la résidence Kido en réfection après les assauts de Docrates et de l’Ennetsu Saint.

Il tombe malencontreusement en plein banquet organisé par Saori. Celle-ci a réuni tous les responsables des services du bâtiment de la Fondation Graad pour remettre à neuf au plus vite les ailes ravagées par l’ennemi. S’en est suivi un cocktail, au beau milieu duquel Shun fait tâche dans cette tenue.

Cette irruption n’est pas du goût de Tatsumi, qui s’empresse de le gronder discrètement : « Imbécile ! Que fais tu ici et dans cet état ? N’as-tu pas vu nos invités ? Je t’ai pourtant déjà dit d’utiliser la porte de derrière ! »
Confus, Shun fait immédiatement une révérence aux invités, pour s’excuser de son manque d’éducation et commence à rebrousser chemin, jusqu’à ce que la réincarnation d’Athéna intervienne : « Ce n’est rien Shun. Tu ne nous déranges absolument pas. Qui pourrait passer à travers les gouttes par ce temps ? Monte vite te réchauffer veux-tu.
_ M… Mais, Mademoiselle, tente de s’excuser Shun…
_ Mademoiselle Kido, vous ne devriez vous montrez aussi complaisante avec ces bons à rien. Ils sont suffisamment malpolis comme ça, surenchérit le majordome.
_ Tatsumi, je vais raccompagner mes invités. Emmène donc Shun à sa chambre. Tu le porteras sur ton dos jusque là-haut, nous n’allons pas le laisser monter ainsi, ordonne Saori ne supportant plus l’attitude méprisante de son second.
_ Comment !? Moi, le porter ?!
_ Faut-il que j’insiste ? »
Sous les rires des plus hauts responsables et investisseurs de la Fondation Graad, Tatsumi se courbe pour faire monter Shun en grommelant : « Bien. A présent grimpe Shun. Et vite ! »
Pendant qu’il monte les marches, Tatsumi fulmine : « Ignores-tu que les dieux nous ont gratifié d’une chose dénommée pudeur ?! Tâche donc de t’en rappeler la prochaine fois ! »


Averti d’une étrange présence en les lieux par Dame Leo, Ban jaillit de sa tanière torse nu.
Ses sens sont en alerte : « Vous avez raison Dame Leo. Je ressens une présence menaçante approcher. Cela est d’autant plus étrange que nous sommes sur un lieu que jamais personne n’approche d’ordinaire. »
Un coup d’½il à gauche, un autre à droite, Ban tourne plusieurs fois sur lui-même, totalement affolé : « Je suis de plus en plus oppressé. Une cosmo énergie me défie. »

Enfin, un rire fripon, au timbre doux et féminin, lui permet de localiser son adversaire. Celle-ci, une frêle demoiselle vêtue d’une robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche, présente une allure sensuelle. Des mèches de ses fins cheveux châtains passent par-dessus un masque qui camoufle son visage. Celui-ci lui permet à Ban de comprendre qu’il s’agit d’une femme chevalier : « Qui es-tu ? Pourquoi te moques-tu ? »
L’aura verte de la cosmo énergie de l’intruse, fait apparaître derrière elle une armure dont le totem représente une couronne de feuille.
Le Japonais se met aussitôt en garde : « Incroyable. Elle a fait venir à elle sans difficulté son armure. Je comprends maintenant pourquoi Dame Leo insiste sur mon inexpérience, confesse-t-il. »
L’armure se sépare et prend forme en un éclair sur la femme chevalier. Couverts de ses pieds, surélevée par des talons aiguilles, jusqu’en haut de ses tibias par des jambières vert pomme, ses membres sont habillés par des genouillères marrons qui couvrent également le bas de ses cuisses. Cette couleur de feuilles mortes maquille également ses épaulettes aux pointes acérées et le bustier qui couvre sa petite poitrine. La couleur vert clair, se retrouve à hauteur des pièces du thorax et des avant-bras. Un diadème, à la forme d’une couronne de feuilles, couvre le tour de son crâne et enfin, une ceinture de bronze lui protège la taille et maintient contre elle sa robe blanche, dont le bas retombe comme un voile sur ses jambières.

Inquiet, Ban guette du coin des yeux sa propre armure vers laquelle il espère se précipiter.
Toutefois, l’importune, devinant ses intentions se dresse entre eux deux.
Ban s’insurge : « Qui es-tu à la fin ? »
Une voix délicate, contrastant totalement avec l’attitude provocante observée jusqu’ici, répond : « Je suis Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe. J’ai été missionnée par le Grand Pope en personne. Le Sanctuaire vous condamne, vous, chevaliers de bronze, qui avez désobéi à la loi du domaine sacré en vous montrant en spectacle lors d’un tournoi, en refusant de vous soumettre aux ordres de notre Grand Pope et donc à ceux de notre Majesté Athéna, en vous alliant à cette Saori Kido qui prétend défendre la justice. Pour cela, la sentence est la rédemption ou la mort. »

Désinvolte, Ban se retourne vers Dame Leo : « Le Grand Pope, c’est bien le chef de tous les chevaliers ? Celui qui vit dans ce que vous appelez le Sanctuaire n’est-ce pas ? »
L’ancêtre hoche la tête d’un geste affirmatif.

L’attitude de Ban provoque le mépris d’Hasu : « A qui parles-tu ? L’annonce de ta mort t’aurait-il déjà fait perdre la tête ?
_ Pardon ?! Je parle à mon professeur bien entendu, rétorque Ban l’air étonné.
_ Oui, bon, tu sembles être une cause perdue. Ta mort ne peut-être qu’un bien dans ce cas.
_ Ta décision semble prise à mon sujet. Je regrette que tu sois si catégorique. Je comprends que la Galaxian War soit à l’encontre des principes de la chevalerie, mais je reste perplexe quant à l’acharnement dont nous faisons preuve. Lorsque j’ai quitté le Japon, mes amis affrontaient des envoyés du Sanctuaire. Et la cause de leur présence était tout autre que de punir notre outrage à la chevalerie. Ils souhaitaient récupérer l’armure d’… »
La Saint ne le laisse pas terminer. Elle lui colle un violent uppercut, qui l’envoie choir sur son postérieur.
Ban se relève en se frottant le menton : « La volonté du Sanctuaire de nous éliminer cache quelque chose. Tu dois m’écouter. »
En guise de réponse, Hasu réitère son assaut.
Cette fois-ci, Ban se saisit du poing d’Hasu et la fait passer par-dessus son épaule pour l’encastrer dans le sol neigeux : « Ça suffit ! Si tu ne veux pas entendre raison, je ne me laisserai pas vaincre sans combattre. »
Elle se redresse sans mal : « Quelle prétention ! Elle est à la hauteur de celle de Saori Kido qui se fait appeler Athéna ! »
Décontenancé par cette nouvelle, Ban se laisse surprendre par un coup de pied derrière les genoux qui le désarçonne. Hasu enchaîne avec une dizaine de coups de poings qui lui rossent le visage.
Le Petit Lion s’effondre dans la poudreuse.


Sous une douche bien chaude, Shun masse son corps avec le savon.
A la différence de Seiya et des autres qui présentent un corps viril sculpté par l’entraînement, Shun arbore des formes aussi élancées que sa peau est douce.
Ne portant que son médaillon autour du cou, il soupire, inquiet, le nom de son frère. Se demandant bien à nouveau où il a pu disparaître.
Tout à coup, une voix le sort de ses songes, celle de Saori qui vient aux nouvelles depuis l’extérieur de la salle de bain.
Shun vient à elle, une serviette entourée à la taille.

Bizarrement, la jeune femme ne se sent pas aussi gênée que lorsqu’elle avait aperçu Seiya quelques mois auparavant dans son appartement dans les mêmes circonstances.
Elle s’en rend compte presque instantanément, lui faisant réaliser que plusieurs semaines auparavant, elle avait voulu prendre un baiser à Seiya, quand celui-ci l’a tiré des serres de Jamian.
Préférant ne pas s’embrouiller davantage l’esprit avec ses sentiments personnels, elle vient aux nouvelles : « Ton frère n’est pas rentré avec toi ?
_ Comme il lui plait de le dire, Ikki est un solitaire. En réalité, je pense que mon frère s’en veut beaucoup pour tous les soucis qu’il nous a causés. Et c’est sans doute la raison pour laquelle il semble toujours froid avec nous. Qu’il refuse de se battre à nos côtés en se contentant de nous porter secours de temps à autre. »
Saori s’assied à côté de Shun, sur le coin du lit. Elle pose la main sur la sienne en lui souriant : « Petit il était déjà comme ça. C’est regrettable. »
Depuis le début posté à l’encadrement de porte, Tatsumi ne se prive pas de pester : « Il a toujours été effronté.
_ Tatsumi, le reprend Saori ! »
Pas encore habitué au changement d’attitude de la petite fille de son maître, Tatsumi cherche à se défendre : « Oui, mais… Mademoiselle…
_ Ikki n’en reste pas moins un puissant allié sur lequel nous pouvons compter. Son aide est indispensable, pour nous permettre de vaincre le mal qui règne en maître sur le Sanctuaire, conclut-elle. »
La confiance démontrée à haute et intelligible voix par Saori envers Ikki, ravive le c½ur de Shun et le soulage avant d’aborder une bonne nuit de sommeil.


Effondré dans la neige verglacée du Kilimandjaro, Ban cogite.
_ « Saori se dit être Athéna. Si cela est vrai, alors l’obstination du Sanctuaire dont nous sommes victimes prend tout son sens. Le Sanctuaire serait donc sous l’emprise du mal, réalise-t-il. »
Avec difficulté, il se remet debout.
_ « Tu n’as pas compris, savoure déjà sa victoire Hasu ? Il faut que je me fasse plus démonstrative dans ce cas.
_ Attends. Avant que tu ne me tues, j’aimerai savoir quelque chose. Qu’en est-il de la bataille que mène mes amis au Japon ? »
La demande semble affliger Hasu. Son regard fixe le sol et son ton est plus amère : « Le Grand Pope n’a pas eu d’autres choix que d’envoyer des Saints d’argent pour mater la rébellion. Hélas, ceux-ci ont joué de malchance jusqu’à présent. Même Misty et, surtout, Algol, ont péri.
_ Je ne connais aucun des deux hommes que tu as cités, mais à ton affliction, notamment à l’évocation d’Algol, je peux deviner l’amertume que tu éprouves. Toutefois, cela ne te semble-t-il pas étrange que de simples Saints de bronze, réussissent à vaincre des Saints d’argent. Ne crois-tu pas qu’une force dépassant notre imagination les guide ?
_ Que sous-entends-tu ?
_ Et si Saori Kido était réellement Athéna ? »
Immédiatement, l’ex-compagne du Saint de Persée perd patience : « Impossible ! Athéna est née il y a treize ans au Sanctuaire. Depuis, elle n’en est jamais sortie. Ce sont ses propres ordres que j’exécute aujourd’hui. Et c’est avec plaisir que je vais venger Algol. »
Elle se jette contre son ennemi pieds et poings en avant.
Cependant, avec une parfaite maîtrise de sa remise à niveau des dernières semaines, Ban anticipe à merveille les assauts. Fluide dans ses mouvements, de plus en plus rapide, il réussit même à placer peu à peu quelques coups qui font mouche.
Hasu tente un nouvel enchaînement mais Ban pare sa droite. Il lui bloque le bras et lui accroche l’autre épaule pour attirer la jeune femme contre son physique athlétique. Ainsi, il lui envoie un bon coup de tête en pleine face afin de la déstabiliser. Une fois après l’avoir libéré de sa prise, il lui martèle les cuisses de ses énormes poings pour affaiblir ses appuis.
La souffrance la ramenant à elle, Hasu espère le frapper au cou du tranchant de la main mais le Saint de bronze l’évite en se courbant en arrière. Il revient rapidement face à elle et profite de l’élan pour décocher un crochet du gauche dans l’abdomen, puis un autre en plein visage qui l’envoie à quelques mètres en arrière.
Contrairement à la jeune femme essoufflée, Ban ne présente aucun souci d’endurance. Néanmoins, il observe ses doigts rougis par les chocs de sa peau contre la Cloth adversaire.
« J’ai beau avoir repris le dessus. Tant qu’elle sera protégée de son armure, elle n’aura pas à craindre la défaite. Nous ne nous battons pas à arme égale. Je dois réussir à appeler mon armure sans être obligé d’être près d’elle. »
Instantanément, une aura orangée entoure le chevalier et se disperse au sommet de la montagne où le combat a lieu.
Remise sur pied, Hasu ne s’avoue pas vaincue : « Je vois, tu espères récupérer ton armure sans que je puisse intervenir. Je ne te donnerai pas une occasion de me vaincre. Le fait que tu essaies de me tenir tête depuis tout à l’heure est en soit un affront insupportable. Je vais user de toute ma cosmo énergie pour t’abattre d’un seul coup. »
De son côté, l’effluve cosmique de Ban imprègne les lieux ainsi que la Pandora Box du Petit Lion, sans pour autant déclencher une réaction de sa part.
Sa concentration est perturbée par l’apparition au sol d’écorces d’arbres qui habillent la neige. De plus, au dessus de lui, des feuilles mortes tombent du ciel.
Il réalise trop tard qu’Hasu a les mains grandes ouvertes dans sa direction : « Still Life ! »
Immédiatement, les feuilles qui arrivent du ciel tombent comme de lourds poids tranchants, tandis que les écorces d’arbres rejoignent de la même façon les feuilles. Lorsque les feuilles et les écorces entrent en contact, plusieurs détonations retentissent, tandis que Ban est pris au piège et est martelé de heurts.
Une fois de plus, il s’échoue dans le parterre de coton. Le sang s’écoulant de son front lui pique les yeux qui implorent l’aide de Dame Leo : « Je vous en prie Dame Leo. Aidez-moi. »
La demande de son ennemi provoque la moquerie d’Hasu : « Le voici qui parle encore tout seul. La folie s’est emparée de lui. »
Ban commence à comprendre qu’il est le seul à voir apparaître son professeur : « Da… Dame Leo… »
La vieillarde titube jusqu’à lui : « Ban, tu es toujours aussi maladroit. Aussi puissant que soit ton cosmos, ce n’est pas lui qui fera venir à toi ton armure. Ton armure est le reflet de ce que tu es. De ce que tu ressens. Qu’a donc Hasu dans son c½ur à cet instant ?
_ La volonté de venger ceux qu’elle aime. Le sentiment d’accomplir la justice au nom d’Athéna.
_ Et toi, qu’as-tu dans ton c½ur à cet instant ?
_ Je… Je me bats pour mes amis, dit-il d’un air déterminé après avoir hésité un bref instant. Parce qu’ils sont dans le vrai, parce qu’ils défendent la justice, assure-t-il en resserrant les poings. »
Il se tient droit, les bras écartés, pour accueillir son armure qui vient à lui comme si c’était une évidence : « … Parce que s’ils surmontent toutes ces épreuves, c’est qu’ils sont aux côtés d’Athéna ! »
Au-dessus de l’urne du Petit Lion, l’image de Saori apparaît aux deux Saints.
Une cosmo énergie chaleureuse les baigne quelques instants de son onde bienfaitrice.
L’armure de bronze réagit aux paroles et à la volonté de son maître.
L’urne s’ouvre.
La Cloth en jaillit.
Elle se sépare de son socle pour habiller Ban.
Celui-ci, gonflé à bloc, pointe Hasu du doigt : « Je suis Ban Saint de bronze du Petit Lion et je défends la justice au nom d’Athéna. »
À nouveau, Hasu invoque la Nature Morte : « Voyons dans ce cas, laquelle de nos deux Athéna est la vraie.
_ Je ne me fais pas de soucis, la vérité est dans mon camp. »
Il s’élance vers elle, le bras droit lancé : « Lionnet Bomber ! »
Néanmoins, la Nature Mort lui bloque le chemin et le châtie à nouveau : « Still Life ! »
Repoussé à quelques mètres, Ban tient sur ses jambes : « Sans mon armure, je n’aurai pas survécu à ce second Still Life.
_ Malgré ton armure, ton arcane est trop lent. Tu étais bien plus rapide, lorsque tu te battais en simple corps à corps tout à l’heure. »
Cette déclaration touche Ban au plus profond de lui : « Elle a raison. Depuis mon retour ici, j’ai appris à dégager plus de puissance, plus de vitesse. Mais jamais je n’ai concilié ça à ma technique. J’ai voulu grandir d’un coup, sans m’attarder sur les bases qui font de moi un Saint. Voilà pourquoi Dame Leo me dit que même si j’ai fait des progrès, je ne suis pas prêt. »
Convaincu qu’il peut encore faire pencher la balance en sa faveur, il bombe son torse pour s’étirer de quelques courbatures qui le font souffrir : « Très bien. Je vais concilier mon apprentissage au Sursaut du Petit Lion. La victoire ne peut m’échapper.
_ Même si tu en accrois la force et la vitesse, tu ne me surprendras pas. Ne t’a-t-on jamais enseigné qu’une même attaque ne marche jamais contre un chevalier ?
_ Si. Justement. »
Les deux chevaliers tiennent leurs positions. Les effluves de leurs cosmos s’entrechoquent à mesure qu’ils rassemblent leurs forces pour l’assaut final.
Synchronisés, ils s’élancent tous les deux.
_ « Still Life !
_ Lionnet Bomber ! »
A une vitesse presque supérieure à celle du son, Ban passe au travers de chaque détonation, provoquée par les rencontres entre les écorces et les feuilles.
Ayant baissée sa garde pour frapper de toutes ses forces son adversaire, Hasu n’a aucun moyen de riposter. Elle s’apprête à esquiver un coup de poing chargé de cosmos comme lors du premier Sursaut du Petit Lion.
Toutefois, arrivé à sa hauteur, Ban s’élance au niveau de son visage, pieds en avant, pour la serrer avec ses membres inférieurs.
S’ensuit un violent craquement.
Les deux rivaux retombent sur le sol.
Ban se réceptionne sur ses quatre membres.
Hasu, elle, s’échoue, le corps totalement désarticulé.
Elle n’a pas survécu à la pression exercée par la clé de jambes de son adversaire.
La contorsion pratiquée contre son cou le lui a brisé.
Le Saint de bronze de la Couronne Australe est morte sur le coup.


Au Japon, à la résidence Kido, emmitouflé dans ses draps, Shun laisse revenir les mêmes images qu’il ressasse sans cesse chaque nuit.
Il se voit, nourrisson, dans son berceau, à sourire à son grand frère qui veille sur lui. Ses rires s’accordent à merveille à la musique de la berceuse qui tourne en boucle.
Inopinément, une petite fille au regard inquiétant prend la place de son frère et le toise de manière intéressée.

En nage, Shun bondit de son lit en se prenant la tête entre ses mains : « Encore et toujours ce même cauchemar. Plus le temps passe et plus il me revient. »
Brusquement, son expression change : « Que… Quels sont ces cosmos agressifs ? »
Il se précipite sur le balcon de sa chambre : « L’un d’eux m’est familier. L’autre… »
Il n’en dit pas plus et saute depuis la rambarde.

Torse et pieds nus, il court sur l’herbe fraîche et humide des jardins de la résidence.
Il les traverse puis saute de toits en toits à quelques kilomètres du domaine des Kido.

Sa course cesse enfin sur les docks. Là l’y attend celui qui l’a attiré jusqu’ici.
Il reconnaît cet homme qu’il a affronté sur un îlot désert de la méditerranéen. Il porte une armure violacée et ses petits yeux fixent avec une folie meurtrière le Saint de bronze.
Shun se met en garde immédiatement : « Spartan ! »
Le mercenaire affiche un sourire perfide : « Andromède ! Je suis heureux de te revoir. Tu n’as pas idée du désir de vengeance qui m’habite, depuis notre dernière rencontre. Je vais venger la mort de mon meilleur ami, Algol. Et une fois que je t’aurai éliminé, ce sera au tour de Seiya et enfin de cet infirme de Shiryu. »
L’inquiétude de Shun ne vient pas des menaces de Spartan, mais plutôt de l’homme qui l’accompagne. Un homme qui se tient debout aux côtés d’une Pandora Box ouverte. Celle-ci présente une armure en forme de haut calice. L’inconnu est vêtu d’une tunique grise et a les poignets entourés de bandelettes de papier. Ses longs cheveux violets tombent derrière ses épaules et quelques mèches passent sur son front et devant ses yeux bleu marine. L’expression de son visage est dure.
Spartan l’éclaircit : « Ah oui, je n’ai pas fait les présentations. Je ne suis pas venu seul. J’ai amené avec moi Crateris Saint d’argent de la Coupe.
_ Encore un Saint d’argent, déplore Shun. »
Loin d’être intéressé par la querelle qui oppose Spartan au Japonais, Crateris déclare sèchement : « Alors que notre Seigneur le Grand Pope, se réserve le temps de prendre une décision vous concernant, vous les renégats, le général Phaéton m’a envoyé vous châtier. Il m’a confié cette tâche dans le but de soulager le Grand Pope des préoccupations que vous lui causez. »
Spartan passe devant Crateris : « une minute Crateris, cet homme est à moi. Phaéton a accepté que je sois son bourreau. Toi tu es juste là pour me faire profiter de tes talents. »
Etrangement docile, Crateris s’assoit, les jambes croisées, aux côtés de son armure pour observer le combat.
En mauvaise posture, Shun choisit d’appeler son armure seulement, chaque fois qu’il émet sa cosmo énergie, une entrave l’en empêche.
_ « Ah, ah, ah. Ma télékinésie se sert de mon cosmos pour brouiller les perceptions du monde qui nous entoure, se gausse Spartan. Ainsi, dans le périmètre où nous sommes, tu ne peux ressentir ce qui se passe à l’extérieur, tandis que dehors ils ne peuvent plus rien ressentir venant de toi. Y compris ta Cloth.
_ Je n’aime pas ça. Seulement tu ne me laisses pas le choix. Dans ce cas je t’affronterai à mains nues… »
A peine a-t-il prononcé ces mots, qu’il est pris d’une violente douleur à l’estomac.
Tandis qu’il se cramponne le ventre, Spartan lui explique : « A mains nues ? Ne te donne pas cette peine, ma télékinésie t’épargnera des efforts inutiles. »
S’ensuivent deux autres coups que Spartan frappe à la force de son esprit. Shun est mis au tapis en quelques secondes.
A genoux, ses bras sont balayés, de sorte qu’il s’écrase la tête la première sur le sol. Son bassin, légèrement relevé est cogné violemment sur la droite. Le chevalier roule sur le côté en hurlant de douleur.
Préférant l’humilier davantage, Spartan fait léviter le corps de Shun et le transporte jusque devant la Cloth de la Coupe. Il fait approcher le visage de l’asiatique juste au-dessus de la Coupe remplie d’eau.
Shun, à moitié conscient, y voit alors un homme qui lui ressemble. Il porte une longue cape aussi noire que ses cheveux. Son regard est embrumé et son teint est pâle. Pourtant, ils portent tous les deux le même médaillon.
Face à l’incompréhension de son adversaire, Spartan précise : « Lorsqu’on observe la surface du liquide versé dans la Coupe, il est possible de voir son propre avenir au lieu de son reflet. »
Shun ne réalise toujours pas. Il ne comprend pas la raison de ce changement physique le concernant. De plus, la douleur des coups subis, l’empêche d’être lucide.
Spartan le renvoie s’écraser plus loin : « Bien. Je présume que tu as vu ton cadavre dans la coupe. Je vais donc accomplir ton destin. »
Spartan ferme ses yeux, comme il en a l’habitude lorsqu’il use de son don.
Seulement, ses paupières se froncent de plus en plus sans que Shun ne subisse le moindre choc.
Lorsqu’il les rouvre, il remarque Andromède debout, s’essuyant le filet de sang qui s’écoule de sa bouche.
Le Saint de bronze est confiant : « Si ma cosmo énergie ne peut communiquer en dehors de la zone que tu as quadrillé, elle peut toujours se propager à l’intérieur de celle-ci.
_ Tu voudrais dire que ton cosmos oppresse suffisamment le mien pour empêcher ma télékinésie de t’atteindre ? Mais c’est impossible ! Cela signifierait que tu es au moins aussi puissant que moi qui ai le niveau d’un Saint d’argent confirmé.
_ Je n’ai aucune prétention. Néanmoins, je te recommande de ne pas aller jeter un ½il dans la Coupe. Tu y verrais ta défaite.
_ Baliverne ! »
Le mercenaire utilise sa faculté de se rendre intangible, afin de glisser dans les airs à une vitesse folle autour de Shun.
Ainsi, lorsqu’il se matérialise, il réussit chaque fois à prendre au dépourvu Shun pour le marteler.
De face, de dos, sur les flancs, dans les jambes, contre la poitrine, Spartan se déchaîne contre le chevalier qui ne vacille pas pour autant.
Au contraire, il se relève chaque fois plus concentré que jamais.


En Tanzanie, debout, le casque tenu dans sa main, contre sa poitrine, Ban observe une croix en bois plantée à même la glace. Fixée devant un rectangle de neige retourné, Ban la prie en fermant les yeux : « Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe, tu n’as été hélas qu’une victime de notre véritable ennemi. Je regrette de t’avoir prouvé que la vraie Athéna était de notre côté de la sorte. Je suis certain que tu aurais aimé défendre l’authentique justice en son nom. Je te jure sur mon armure que nous parviendrons à rétablir la vérité au Sanctuaire. Repose en paix. »
Le Japonais se retourne vers son professeur et lui sourit : « Je comprends à présent pourquoi vous ne dormiez pas. Pourquoi vous ne vous nourrissiez pas. Pourquoi j’avais l’impression lorsque je suis arrivé ici la première fois que le représentant de la Fondation Graad ne vous avez pas vu. Pourquoi Hasu ne vous voyait pas. Pourquoi en fait je suis le seul à vous voir. Vous êtes l’esprit de l’armure.
_ Tu as enfin compris. J’ai repris cette armure il y a près de deux cent ans, à la mort de Blériot, le précédent porteur juste après la Guerre Sainte qu’il avait mené. Après des années de services rendus auprès du Sanctuaire, le Grand Pope m’a autorisé à prendre une retraite pendant laquelle je formerai un nouveau disciple. Personne n’est parvenu jusqu’ici. Et quand mon dernier souffle est venu, j’ai juré sur cette armure, que je survivrai à travers elle pour former mon successeur. Tu es venu. Et aujourd’hui, grâce à ce combat, tu as compris tout ce qu’il te restait à apprendre. Tu es enfin prêt. »
Ban commence à être submergé par une étrange sensation. Il sent une seconde vie à travers l’armure. L’apparence de Dame Leo commence à devenir translucide : « Dame Leo ! Non, ne partez pas. J’ai encore tellement à apprendre.
_ Je ne peux plus rien t’apprendre. Continue de t’entraîner. Et quand tu auras confiance en toi, quand tu te sentiras prêt, retourne auprès d’Athéna. »
Dorénavant, le spectre se volatilise. Ne laissant tomber au sol que le masque de femme chevalier que portait la vieillarde.
Ban, le visage inondé de chagrin, finit par le ramasser et le place sous sa Cloth, à hauteur du c½ur : « Même par delà la mort, vous avez tenu votre engagement envers le Sanctuaire. Vous ferez toujours partie de cette armure et de ma vie. Je deviendrai un Saint dont vous serez fière. J’en fais le serment. »


Sur les docks, au Japon, Shun ne lâche rien, il se relève chaque fois plus déterminé qu’auparavant, malgré l’acharnement de Spartan.
A plusieurs mètres d’eux, Crateris commence à s’inquiéter.
Il se relève et observe Shun d’un air soucieux : « Le vent se lève depuis quelques minutes. Sa cosmo énergie ne cesse de s’accroître dans ce lieu que Spartan a confiné. Elle commence à oppresser l’atmosphère. »
Alors, discrètement, il pointe son doigt vers le ciel et susurre : « Soul Thief. »

Devant lui, Spartan poursuit son acharnement contre le chevalier de bronze sans se rendre compte que lorsqu’il se matérialise, ses gestes ralentissent et que, par conséquent, l’impact de ses frappes s’amoindrit.
C’est seulement lorsqu’il devient totalement immobile qu’il s’alarme : « Je… Ma… Mon… »
Shun l’observe avec pitié : « Je ne veux pas en venir là. Cesse le combat avant que je ne te tue. »
Totalement paralysé, Spartan comprend : « Ingénieux. Tu as utilisé l’espace que ma télékinésie a restreint pour y confiner ton cosmos. J’ai été pris à mon propre piège. Ton énergie me ronge tellement, que j’en ai même du mal à parler. »
Et pour cause, un brouillard rosé, au couleur de l’effluve cosmique de Shun, imprègne les lieux : « Maintenant que tu as compris, cesse immédiatement ton emprise. Renonce et abandonne tes mauvaises intentions.
_ Jamais. Je suis dévoué au Sanctuaire. Vous vous êtes rebellés contre Athéna et vous avez tué mes amis. Je ne peux vous le pardonner.
_ Je t’en prie, mon cosmos bouillonne. Bientôt je ne pourrai plus le retenir dans un espace aussi restreint et cet environnement se chargera en tempête. »
Spartan essaie de se débattre, provoquant, sans même que Shun ne puisse le contrôler, un puissant souffle qui s’abat tel un mur contre Spartan. La déferlante arrache armure, tissu et épiderme du prodigieux télépathe.
Totalement dépassé par sa propre force, Shun ne peut empêcher le massacre du mercenaire qui décède sur le coup.
Son cadavre écorché s’écroule sur les docks, près de containers vides.
La barrière télékinésique se brise instantanément, libérant toute l’énergie retenue jusqu’ici.

Face à l’horrible conséquence d’une telle puissance, Shun s’écroule en pleurant la mort de Spartan : « Je ne voulais pas aller jusque-là. Je sais ce qu’il se passe lorsque je libère toutes mes forces. Tu as subi uniquement le Nebula Stream. Si j’avais libéré la Nebula Storm, les conséquences auraient pu être bien plus lourdes. »
Pourtant, son chagrin n’émeut absolument pas son dernier adversaire.
Derrière lui, désormais couvert de sa Cloth, Crateris arbore une allure très sereine : « Je l’avoue. Tu as été incroyable. Je crois que si cela avait duré plus longtemps, j’aurai pu être inquiété moi aussi. Malheureusement pour lui, Spartan était aveuglé par son désir de revanche. Il n’a pas été suffisamment clairvoyant pour peser les conséquences d’une telle emprise contre toi. Alors, je me suis permis de prendre les devants. Tu ne m’en voudras pas ? »
Shun fronce les sourcils après une telle question. Il ne voit pas où le Saint d’argent veut en venir.
Seulement, il refuse de se faire avoir une fois de plus. Il écarte les bras pour faire venir à lui sa Cloth de bronze.
Alors Crateris rigole : « Elle ne viendra pas non plus. »
Shun devient livide, son visage se creuse et des cernes apparaissent : « Qu’est-ce que cela signifie ? De plus, je me sens si faible tout à coup.
_ Face au retournement de situation dont a été victime Spartan, je me suis permis d’invoquer mon plus puissant arcane, le Voleur d’Ame. Tu es sous l’emprise de mon Soul Thief. »
Il pointe une coupe formée par l’effluve de son cosmos avant de poursuivre : « Regarde l’aura qui s’échappe de ton corps. Elle se dirige dans cette coupe que mon cosmos produit. Lorsque j’aurai vidé ton âme de tout son cosmos, ton corps sera vidé de toute vie. D’ores et déjà Andromède se vide même de sa propre existence, puisque l’armure ne te reconnaît déjà plus. »
Le Saint de bronze tombe sur le dos. Véritablement amaigri, ses yeux s’embrument à mesure que sa vie s’épuise : « Tu… m’as… attaqué… en… traître… Tu… n’es… pas… digne… d’être… chevalier…
_ Nous ne présentons pas tous le même code d’honneur que toi, ni même ta pudeur cher Andromède. »
Dans un dernier élan désespéré, Shun lève le bras vers le ciel : « Ikki… Ikki… Mon frère… Viens à mon secours… Je… t’en… prie… »
Face à la main de Shun tombante dans le monde funèbre, le Saint d’argent le prive de tout espoir : « Lorsque tu es arrivé ici, Spartan a privé toute liaison de ton cosmos vers l’extérieur. Aussitôt après, le Soul Thief a dérobé ton âme. Personne ne sait que tu es ici. Demain les ouvriers du monde contemporain retrouveront ton cadavre desséché, sans savoir ce qui s’est passé ici. Et pour ton frère, le Phénix il me semble, ne t’en fais pas, je l’enverrais te rejoindre sous peu. »

Convaincu de sa victoire, il tourne le dos à sa victime, prêt à rendre sa Cloth à sa Pandora Box.
Pourtant, la coupe du Voleur d’Ame ne cesse d’être alimenté. Si bien que le cosmos de Crateris ne peut contenir davantage d’énergie et finit par déborder. Il fait volte-face : « Impossible ! Il aurait encore autant de cosmo énergie ! C’est plus qu’un Saint d’argent. »
Il voit Shun toujours mourrant, libérant non plus un cosmos teinté de rose mais une aura violacée. De plus en plus sombre. Ses cheveux prennent une teinte prune et son corps commence à reprendre une forme convenable.
La coupe du Soul Thief est rongée par le cosmos libéré par Shun : « Je ne peux contenir une telle cosmo énergie, elle est plus importante que celle d’un Saint d’or ! »
Totalement désemparé par la cosmo énergie qui échappe à son contrôle et qui l’entoure désormais, Crateris ne conçoit même pas que celle-ci est aussi noire que les ténèbres.
Le cosmos tourbillonne autour de lui.
Si bien qu’il semble prendre vie.
Prendre une forme humanoïde.
Celle-ci prend de la hauteur par rapport à Crateris et ouvre la bouche pour le dévorer.
Elle l’engloutit d’un coup, dans un vacarme assourdissant résultant du hurlement de terreur de Crateris.

Lorsque le calme revient, l’onde cosmique s’est dissipée. Crateris est encore debout. A ses pieds, un tas de poussière, correspondant à son armure brisée, gît.
Il est maintenu à la gorge par la main ferme de Shun.
Ses yeux embrumés et ses cheveux couleur prune, manifestent la présence d’une entité différente de celle d’Andromède.
Les yeux exorbités, Crateris essaie de parler : « Tu n’es pas qu’Andromède. Au fond de toi, vit une âme bien plus obscure, que j’ai malheureusement dérangé. Cela explique pourquoi tu ne sais pas toi-même contrôler ta propre force. »
Ses yeux injectés de sang, manquant de souffle, Crateris fixe le médaillon que Shun porte contre son torse nu depuis le début du combat : « Yours Ever ? »
D’une voix plus impériale qu’à l’accoutumée, Shun rétorque : « Oui. Et toi aussi, tu es désormais à moi, à jamais. »
Du médaillon se libère toute la cosmo énergie malfaisante d’Hadès qui consomme, annihile puis désintègre totalement le Saint d’argent.
Enfin, maintenant qu’il ne reste plus rien de son adversaire, le bras de Shun retombe le long de son corps.
Ses cheveux reprennent leur teinte habituelle et ses paupières se ferment.
Il s’écrase lourdement face contre terre.


En Grèce, au Sanctuaire, dans l’immense jardin qui juxtapose la demeure de la Vierge, quelques pétales de deux grands arbres sont soulevés et virevoltent au gré du vent.
Le propriétaire de ce jardin, vêtu d’une simple toge blanche qui habille à peine son poitrail, s’y promène les yeux fermés.
D’un calme incroyable, il ouvre la paume de sa main droite pour cueillir un de ces pétales. Dès lors, les propos tenus par une de ses anciennes amantes résonnent dans sa tête : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclues pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification. »
La voix douce d’Hasu attriste Shaka : « Hasu… Ta cosmo énergie nous a quitté. Tu t’es égaré sur le chemin de l’éveil. Si tu avais suivi jusqu’au bout mon enseignement et compris mes intentions, alors tu n’aurais pas perdu la vie aujourd’hui. Ce drame est un triste évènement à rajouter à la longue liste de ceux qui accablent notre Sanctuaire ces derniers temps. Ces renégats du Japon ont déjà commis trop de crimes. Quand le Grand Pope se décidera-t-il à nous envoyer, nous, Saints d’or ? »


Titubant dans les rues calmes, au beau milieu de la nuit, Shun a les bras en croix contre sa poitrine pour se protéger des basses températures de novembre.
Son corps porte les ecchymoses des deux affrontements, dont il se souvient à peine.
_ « Je me rappelle n’avoir pas su contrôler ma force face à Spartan. Mais pour l’autre chevalier ? Que s’est-il passé ? La dernière chose que j’ai en mémoire, c’est que j’étais couché sur le sol et je me vidais de toute ma puissance. Un sentiment de colère et de rage inhabituelle commençait à me dévorer de l’intérieur. Je crains que ce ne soit cette force obscure que j’ai en moi qui a fait basculer le combat. Cela ne me ressemble pas. Pourtant, je le sens, chaque fois que je laisse exploser ma force, un étrange sentiment de méchanceté s’empare de moi. Je dois à tout prix éviter de me battre le plus possible, s’inquiète Shun sans se douter de l’origine du mal qui le ronge. »

6
Only for Love / Chapitre 58
« on: 2 March 2020 à 9h52 »
Chapitre 58

Seul, en Olympe, au dessus de l’Hyperdimension, Apodis s’impatiente.
Sans nouvelles de la Terre depuis l’affrontement contre Hestia, il craint que le sacrifice d’Hébé n’ait été vain.
Le temps lui paraît interminable, coincé sur cette surface minuscule avec rien d’autre que le néant à perte de vue.
Ce 17 novembre 1986, deux semaines se sont écoulées.
Deux semaines assis.
Sans bouger.
Ses plaies cicatrisent mal.
A méditer.
Essayant de ne pas penser à la faim ni la soif qui l’affaiblissent.
La solitude laisse place aux doutes.
Elle aide aussi à faire le vide.
Une fois les instincts primaires surmontés, elle permet de se recentrer sur l’essentiel.
Lorsqu’il ouvre les yeux, il s’attarde sur le lieu où lui est apparue une étrange silhouette féminine il y a deux semaines. « Elle détient des réponses, s’obstine-t-il. »

Interminablement, il lorgne dans sa direction en espérant la voir venir à lui.
Cependant, le ciel s’assombrit pour la première fois depuis qu’il est ici et une aura oppressante se fait sentir.
Sans pouvoir bouger, pris au piège de cette émanation cosmique, il distingue une autre apparence. Plus masculine cette fois-ci.
Tout comme la première personne à être apparue devant lui, celle-ci marche sur le vide, sans craindre de tomber dans le gouffre et l’Hyperdimension.
Le visage dur, les cheveux très tirés et les yeux couleur or très larges et plissés, l’inconnu vient délivrer un message.
Il se tient droit, dans sa longue robe azur, agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules.
Son faciès très strict permet de faire comprendre à Apodis qu’il est face à un dieu.
Le chevalier reste de longues secondes à attendre que l’entité daigne lui adresser la parole. Il reconnaît au pétase, ce chapeau rond qu’il porte sur ses cheveux couleur blé, l’identité du hautain personnage.
De son grand mètre quatre vingt dix, il surplombe de toute sa hauteur le pauvre humain.
_ « Si j’en juge par ce cosmos infiniment puissant et par cette tenue, commence Apodis nullement effrayé, j’en déduis que tu es le dieu du commerce et le messager des dieux. Hermès.
_ Tu oses prendre la parole sans y avoir été invité, remonte davantage les épaules le susnommé pour prendre encore plus de grandeur. Alors on ne m’avait pas menti. Les humains sont vraiment devenus ingérables. Votre anéantissement est inévitable.
_ Qu’est-ce que tu racontes, tente de se lever Apodis malgré la pesanteur exercée par Hermès ? »
Outré par la tentative de révolte du Saint de bronze, Hermès exerce encore plus son pouvoir, forçant Apodis à se vautrer sur le sol, rouvrant ses plaies sous la pression.
_ « Couché, insecte ! Je n’arrivais pas à en croire mes oreilles lors de l'assemblée des dieux de l’Olympe, lorsqu’il a été question de la rébellion de l'humanité. Il a été présenté à Zeus, qu’Athéna entretenait la ranc½ur des hommes envers nous. Si Zeus a refusé que nous châtiions Athéna, faute de preuves, il a autorisé ta mise à mort lente et douloureuse dans le coliseum. Dans quelques jours, tu seras présenté au peuple olympien dans l’arène. Nos fidèles sujets, pourront ainsi nous prier de te donner la mort, pour l’affront que tu as commis envers les dieux.
_ Ah… Attends, balbutie Apodis écrasé parterre. Tu es dans l’erreur. Athéna aime les hommes et les protège. Elle veut qu’ils vivent en paix et en harmonie. Ce sont les dieux qui complotent contre elle. Certains dieux conspirent pour vous faire croire à notre révolte. Tu tombes dans leur piège à l’heure qu’il est !
_ Silence vermine ! J’étais chargé de te délivrer l’annonce de ta mise en mort. J’ai pu constater que celle-ci correspond bien aux prémices de la destruction de la Terre. »
Sans laisser la moindre chance de s’exprimer à Apodis, Hermès disparaît comme il est venu. Son apparence s’évapore dans l’atmosphère, à mesure qu’il s’éloigne en marchant par-dessus le vide.
Une fois seul, les bras serrant son torse déchiré par les hématomes, Apodis hurle à pleins poumons : « Athéna ! »


Sur Terre, dans une immense forêt d’arbres feuillus, un grognement bestial anime la population animale.
Dans les Rocheuses, au fin fond du Canada, un mammifère au grand corps trapu et massif, gesticule de douleur autour de deux petits de son espèce. La patte arrière droite décharnée, le géant au pelage dense et hirsute se vide peu à peu de son sang.
Gravement blessée, cette ourse n’abdique pas et protège sa progéniture d’une meute de loups affamés.
Malheureusement, la panique l’affaiblit de plus en plus et les canidés l’encerclent, en attendant patiemment la fin.
A bout de force, rampant à terre, l’ourse est à la merci de la meute.
Le chef s’élance, gueule grande ouverte, sur les petits recroquevillés contre leur maman.
Quand tout à coup, un homme au maillot et au pantalon bleu foncé, jaillit de derrière un fourré.
Bardé d’une musculature impressionnante, le géant tend le bras en avant pour que l’animal le lui chope.
Celui-ci s’en saisit et s’acharne dessus sans faire sourciller le colosse qui le soulève comme un fétu de paille. Il garde le bras gauche fermement agrippé par le loup en l’air et prend un léger élan avec son bras droit pour cogner l’animal féroce en plein flanc.
Le loup s’écrase inconscient quelques mètres plus loin, faisant fuir le reste de la meute.
Le bras gauche sans la moindre égratignure, le sauveur des oursons s’approche jusqu’à leur mère.
Souriant, les yeux débordant de compassion, Geki s’étonne : « Il y a encore quelques mois, l’idiot que j’étais, vous aurait achevé pour affirmer sa supériorité. Ma défaite au Japon et les propos de Jabu m’ont mis face à la réalité. »
Il caresse d’une main les petits tandis qu’avec l’autre, il communique son cosmos à l’animal mourant.
Bien vite, les petits retrouvent la joie qui caractérise la jeunesse puisque leur maman revient à elle.
L'ourse reprend ses esprits et elle est stupéfaite de se trouver en pleine forme, elle, ainsi que ses oursons.
De nature sauvage et prudente, elle se met en opposition à Geki qui s’en amuse : « Ah, ah, ah… Ce n’est pas très sympa. Je te signale que je viens de te sauver la vie. »
À ce moment, les petits viennent chercher de nouveau la compagnie du Japonais.
Ressentant la bonté qui se dégage du chevalier, la maman baisse sa garde et quitte les environs en ramenant ses enfants jusqu’à leur tanière.

Seul, les mains sur les hanches, Geki contemple la petite famille avec le sentiment d’avoir accompli une bonne action.
Il se penche au dessus du loup mal en point et marmonne : « Bon ! A toi maintenant ! Et après, je compte bien reprendre mon entraînement. »
Pendant qu’il réanime le loup, son expression devient plus grave : « Cela fait bientôt un mois et demi que je suis rentré auprès de mon maître. Un mois et demi que j’ai versé mon sang sur ma Cloth et que je l’ai laissé se régénérer dans sa Pandora Box. Mais il est encore bien trop tôt pour la revêtir de nouveau et revenir auprès de Seiya et des autres. Eux aussi on dû progresser. J’avais déjà beaucoup de retard à rattraper. »


Au même moment, au sud de l’île d’Yíaros, sur le port, aucun embarcadère n’est occupé. Aucun marin, aucun commerçant ne peuple cette gare maritime. Pas même les soldats ne montent la garde.
Marin dérive sur une barque sans être inquiétée.
Échouée sur son embarcation en bois, elle se dirige avec sa main, affaiblie, jusqu’au ponton le plus proche.
Son corps porte encore les marques du combat contre Peleus et Hestia, tandis que son poignet arbore le Jonc d’Athéna dont elle s’est emparée.
Une fois à destination, elle s’extirpe de son moyen de locomotion et titube jusqu’à l’unique passage qui, entre deux chaînes de montagne, relie le sud au centre de l’île grecque.
C’est seulement arrivée à ce delta qu’elle découvre deux soldats en faction.
Ceux-ci reconnaissent immédiatement l’ancienne invitée d’Hébé.
Rassurée et épuisée, elle s’effondre dans leurs bras.


Pendant ce temps, dans au Canada, à la base d’une roche épaisse où il a élu domicile, un vieil homme reste assis devant la Pandora Box de l’Ours.
Son regard s’évanouit dans le vague, pendant qu’une femme se tient derrière lui, les bras croisés.
La demoiselle, cachée derrière un masque, porte une armure marron par-dessus son bustier et son boxer couleur grenadine. Son ton n’est en rien agressif. Sa voix est calme, passionnée : « En tant qu’ancien Saint de bronze de l’Ours, tu dois donc comprendre la décision du Sanctuaire. »
Le vieillard abandonne sur le sol le message écrit sur papyrus et frappé du sceau du Sanctuaire qui lui est adressé.
_ « Oui. Oui je comprends, marmonne-t-il. Geki est considéré comme un traître et j’ai pour ordre de vous aider, vous Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, à l’éliminer. Néanmoins, j’ai bien peur de devoir refuser cet ordre. En effet, depuis plusieurs années, j’ai le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond au Sanctuaire. Oh, bien sûr, au vu de mon âge bien avancé, il aurait été trop prétentieux pour un Saint de bronze tel que moi, de défier l’autorité suprême. Seulement, quand Geki est venu à moi, j’ai vu en la jeune génération de Saints l’espoir d’endiguer le mal. »
_ Endiguer le mal, passe-t-elle le poing devant son opulente poitrine ?! Avec tout le respect que je vous dois, les amis de Geki se battent désormais pour une prétendue Athéna. Après s’être livrés à un tournoi ridicule, aux yeux du monde pour leurs intérêts personnels, ils défient le domaine sacré en voulant remplacer notre déesse par une richissime héritière du monde contemporain. Leur affront n’a pas de limite ! Ils ont même été jusqu’à tuer mon bien-aimé, le Saint d’argent de Persée, scande-t-elle les cheveux agités au vent. »
Le vieillard qui devait bénéficier par le passé d’une musculature impressionnante, n’est désormais plus que l’ombre de lui-même.
Tout recroquevillé, les épaules lui tombant en avant, il ne craint pourtant pas la menace d’Hevelius : « Ils sont même allés jusqu’à vaincre des Saints d’argent ! Ils vont au-delà de mes espérances. Je suis désolé mademoiselle, mais j’ai combattu avec le Grand Pope il y a une cinquantaine d’année. Il était venu nous porter assistance sur le champ de bataille. Bizarrement, j’ai senti qu’il n’était plus le même depuis plus de dix ans. Et tous ceux qui ont émis ce constat au grand jour sont mystérieusement morts. Je ne sais pas à quoi aboutira la rébellion de Geki et ses amis, mais j’espère simplement qu’elle mettra en lumière certains faits troublants.
_ Je vois qu’il est inutile de discuter davantage, soupire Hevelius.
_ Oui, sourit le colosse dans sa barbe blanche. J’ai lu la lettre jusqu’au bout et je sais quel sort m’est réservé. Je ne m’y opposerai pas. Je n’ai plus la force de le faire.
_ Adieu ancien Saint de bronze de l’Ours, lève-t-elle le bras au ciel. Adieu chevalier. »
Elle abat le tranchant de la main sur l’ancêtre.
Sa tête se détache et roule sur le sol, arborant toujours un rictus de satisfaction, à l’idée d’être allé jusqu’au bout de ses convictions.
Le reste de son corps s’écrase misérablement dans un flot de sang qui éclabousse le visage d’Hevelius.

Plus loin, dans les Rocheuses, Geki relâche la concentration de son cosmos.
Une étrange aura vient à lui. Il l’accueille dans sa main et s’inquiète : « Cette lueur ! C’est celle de mon maître. J’ai un mauvais pressentiment. »


Au sommet de sa prison olympienne, Apodis tourne en rond.
Les mains derrière le dos, tête baissée, perdu dans ses esprits, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis fait les cent pas.
De temps en temps, il regarde les directions par lesquelles lui sont apparus Hermès et une femme dont il ignore encore l’identité.
Sa marche circulaire prend finalement fin, lorsqu’il se recentre au beau milieu de la colonne et dégage de son poing, en direction du ciel, une vague de cosmos : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ! »

Il a beau s’époumoner, rien n’y fait.
En soufflant d’exaspération, se tenant le ventre et la gorge en raison de sa faim et de sa soif grandissante, il se laisse tomber sur le dos.
Il ferme les yeux et se laisse submerger par les souvenirs du passé…

Flashback
1981 - Désormais promu sergent, Apodis s’était établi dans le village de Paesco.
Les journées passèrent et pendant ce temps Pullo et Cliff soumirent à Apodis une soixantaine de soldats, parmi lesquels il recruta les treize meilleurs.
Il ne les jugea pas pour leurs capacités physiques ou leurs dispositions au combat. Il voulait une équipe de féroces soldats, impartiaux au combat et charitables envers le peuple.
Parmi ces treize élus, aucun n’était issu du même milieu. L’un était le fils d’un riche artisan, l’autre fouillait les ordures pour survivre, alors qu’un autre était soldat depuis plus de vingt ans. Il choisit même dans ses rangs une femme chevalier qui avait été rejetée de son camp d’entraînement pour avoir essuyé trop de défaites. Ainsi qu’un pauvre souffre douleur et son opposé, séduisant et sûr de lui qui n’avait pour seule gloire que le nombre de conquêtes tombées sous son charme.
« Tous différents et réunis sous le même emblème : Athéna, répétait souvent le sergent Apodis. »

Apodis et Cliff laissèrent les treize pousses sous la houlette de Pullo, tandis qu’ils s’attachaient à la fabrication de la demeure de Mujakis et à la fortification d’un camp.
Pour les aider à réaliser tout ce travail, Apodis avait pris sous son aile des villageois sans emploi, qu’il récompensait par bien plus de sacres qu’il n’en fallait.
La vie d’Apodis prenait un sens.
Le peuple appréciait sa présence et sa mère était épanouie grâce à lui.
Souvent, elle admirait à son fils : « Comme je suis fière de toi, répétait-elle souvent. »

Le jour, après des longues heures de labeur, Apodis flirtait avec Netsuai.
Elle était présente sur chaque chantier occupé par le chevalier. Elle lui apportait de l’eau et de la nourriture.
Ils échangeaient leurs points de vue sur tous les sujets de la vie quotidienne et souvent s’amusaient de partager les mêmes avis.
L’Oiseau de Paradis partageait également une profonde relation d’amitié avec sa voisine Marin Saint d’argent de l’Aigle et son disciple, le jeune Seiya. Souvent, Aiolia venait les visiter et Apodis appréciait de pouvoir converser avec un chevalier d'or.
Trop peu de monde accordait de l’importance à Aiolia en raison du passé honteux de son frère et ce, malgré le fait que le Lion se soit révélé être un des héros de la Guerre Sainte contre les Titans.
Certains avaient le même dédain pour son amie Marin à cause de ses origines asiatiques.
Apodis était donc un des rares à les saluer et même à s’incliner au début de leurs rencontres, pour leur témoigner le respect qui leur était dû. Bien vite ils lui demandèrent de se tenir droit face à eux, le considérant comme un ami. Il aimait leur confier son affection pour Netsuai.
À son tour, il comprit bien vite qu’ils partageaient une forte attirance amoureuse l’un envers l’autre, même s’ils voulaient le cacher. Il se prêtait donc au jeu et faisait fi de ne pas avoir conscience de l’amour réciproque entre Aiolia et Marin.

La nuit, il découvrait les joies des repas intimes chez Misty.
Là-bas, il s’amusait de voir Aphrodite soudoyer tous les invités pour participer à des jeux charnels comme il aimait en soumettre.
Il riait lors des parties de cartes en compagnie de Docrates et Aldebaran.
Il charriait Jamian qui évoquait sans cesse ses mésaventures quotidiennes.
Il engageait de sérieuses discussions à propos de la surveillance du domaine en compagnie de son lieutenant Misty. Tous les deux vautrés dans des sofas, pendant que plusieurs esclaves les massaient et les nourrissaient. Ils prenaient de sérieuses décisions devant quelques danseuses et danseurs qui s’exhibaient dans le plus simple appareil.
Mensa et Circinus venaient les rejoindre autour d’un verre de vin, pour prendre note des nouvelles instructions, afin d’améliorer la vie des villages de l’ouest.
Enfin, Apodis jouissait de son statut, de sa beauté et de l’attention qui lui était portée auprès des plus belles créatures à la solde de Misty.

Les mois défilèrent très vite.
La troupe d’Apodis était prête. Il lui fallut juste trouver un remplaçant à un de ses soldats qui ne survécut pas à l’intensité de l’entraînement de Pullo.
Contre un sac de sacres suffisant, Apodis put obtenir de Saül, le forgeron du Sanctuaire, des tenues, des protections et des armes sur-mesure pour ses soldats.
Ainsi, contrairement à tous les autres gardes du Sanctuaire, la cohorte d’Apodis était dotée d'une tenue spécifique. Les quinze guerriers d’Apodis portaient un casque couvrant entièrement leurs têtes et prenant la forme d’un bec qui descendait pour couvrir leur nez, à l'instar du diadème de la Cloth de l’Oiseau de Paradis.
De cette façon, le peuple reconnaissait la cohorte qui jouissait d’une grande réputation. Apodis leur faisait répéter souvent : « Accomplir des miracles est un don qui nous a été fait par les dieux. En faire usage pour les hommes selon le bon vouloir d’Athéna, tel est notre devoir. »
C’est cette unité qui permettait à cette équipe de témoigner d'un profond sentiment humaniste.
Apodis était très exigent envers ses soldats, tout comme il l’était envers lui-même. Il se considérait comme leur égal. Il s’entraînait avec eux, donnant des conseils à ceux qui en avait besoin, acceptant leurs remarques et leurs recommandations lorsqu’elles étaient justifiées.
Chaque fois qu’un événement majeur de leurs vies comme un anniversaire, un mariage ou la naissance d’un enfant pour ceux qui avaient une famille, le permettait, ils les célébraient tous ensembles au court d’un repas convivial.
Fermes mais justes, ils étaient soudés, ils s’appréciaient et été aimés du peuple.
Eurydice aimait venir à leur rencontre et Orphée leur jouait souvent de sa lyre, en guise de reconnaissance pour le travail accompli.
Cette majestueuse réputation s’étendit au fil des mois sur tout le Sanctuaire et incita de nombreux habitants à se rapprocher des villages sous leur protection.
Bienfaiteurs aux yeux du peuple, Apodis et ses soldats étaient surnommés Achille et ses Mirmidons.
La réussite des missions confiées par le Grand Pope sur les territoires ennemis sans pertes humaines, acheva de conforter cette appellation.

Un tel succès ne laissait indifférente aucune femme.
Seulement, au fil du temps, Apodis ne cherchait les faveurs que d’une seule.
Celle qui faisait battre chaque jour plus fort son c½ur depuis leur première rencontre.
Lorsqu’il se plongeait dans son regard, les yeux de Netsuai ne dégageaient pas toute la convoitise des autres. Elle voyait au plus profond de son âme et lisait quel homme il était, au plus profond de lui.
Leurs rencontres quotidiennes lui permirent de connaître chaque secret de son c½ur et elle ne pouvait être inconsciente de l’amour qu’ils se vouaient.
Flashback

Brusquement, une lueur blanche l’extirpe de ses souvenirs.
Il se relève sans se soucier de ses plaies ouvertes et distingue cette silhouette féminine quasi nue qu’il avait pu admirer il y a presque deux semaines.
L’intimité de l’intruse est à peine dissimulée par quelques ornements. Ses cheveux longs noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Elle s’avance en marchant sur le vide en regardant le pauvre homme ébahi.
Une fois à sa hauteur, elle dissimule son corps svelte et plein de grâce d’une toge sombre au tissu très fin permettant de voir au travers.
_ « C’était vous n’est-ce pas, demande Apodis resté assis, l’autre fois, qui m’êtes apparue pour me conseiller de ne pas sauter ? »
Elle reste silencieuse. Son visage aux traits très tirés et ses larges yeux toisent Apodis sans le moindre mot.
_ « Votre regard, votre façon de vous tenir. Vous me faîtes penser à elle. Celle qui est la cause de ma présence ici. Hestia. Vous êtes du même rang n’est-ce pas, en déduit-il ? »
L’entité accepte de répondre d’un hochement de tête affirmatif.
_ « J’ai eu droit à la présence d’Hermès tout à l’heure pour m’annoncer que bientôt on m’exposerait comme une bête de foire dans une arène. J’imagine que vous êtes venue me chercher et que c’est pour cela que vous ne vouliez pas que je saute la dernière fois ? »
En guise de réponse, elle ouvre délicatement sa toge et, à la place de son abdomen parfaitement dessiné et de sa poitrine à peine couverte, apparaît une sorte d’univers.
De cet espace temps qu’elle a invoqué, jaillissent des mets aux formes inconnues pour Apodis ainsi qu’une jatte.
_ « On dirait des fruits ? Je n’en ai jamais vu de tels. »
La divinité consent enfin à prendre la parole. Sa voix, tout en étant calme, impose un profond respect : « Il s’agit de nectar et d’ambroisie.
_ La nourriture des dieux ! Vous les avez fait téléporter jusqu’ici ! Mais enfin, pourquoi ? »
Elle lui tourne le dos de nouveau : « Comme tu l’as dis toi-même, il s’agit des mets des dieux. Une seule bouchée de cela devrait soigner tes blessures et te redonner pleine possession de tes moyens. Tu en auras besoin. L’épreuve qui t’attend dans le coliseum sera rude.
_ Pourquoi tant de considération à mon égard ? Et qui êtes-vous à la fin ? »
Elle lui tourne le dos et repart comme elle est venue, ne prenant pas le temps de répondre.


Sur Terre, en quelques bonds, Geki arrive devant le rocher où son maître et lui vivaient.
Il est immédiatement saisi par la vision d’horreur, provoquée par les circonstances de la mort de son maître. La tête détachée de son corps roule au gré du vent.
Les cent deux kilos de l’Ours, s’effondrent à genoux : « M… Maître… »

Un rire sarcastique se fait rapidement entendre.
Depuis le creux laissé dans la roche à l’intérieur de laquelle le défunt vivait, Hevelius se montre.
Le masque de femme chevalier, ainsi que l’armure qu’elle porte ne laisse aucun doute à Geki.
D’un revers de la main il sèche ses larmes et se redresse : « Je suis Geki Saint de bronze de l’Ours. L’homme que tu as tué était mon maître. Et il était innocent. »
D’ordinaire si calme et si douce, Hevelius présente une attitude bien plus hostile depuis la mort d’Algol : « Non. Il était coupable. Coupable de s’être allié avec un traître de ton espèce. Un chien au service de cette Saori Kido. Responsable de la mort de Misty, Astérion, Mozes, Babel et… Algol.
_ S’il s’agissait de gens envoyés contre Seiya et ses amis, comme l’avait été Phénix, alors il s’agit d’un acte de justice, fait craquer ses poings Geki. Nous avons été attaqués par le mal, alors que nous n’avions rien fait. Peut-être que de nous être exposés lors de la Galaxian War aux yeux du monde était une erreur, mais je doute que cela justifie l’acharnement dont nous sommes victimes.
_ Cela va bien au-delà de ça. Vous avez défié délibérément le Sanctuaire. Alors ne compte pas t’en sortir.
_ Mais je n’y comptais pas. Il était hors de question que tu partes d’ici, sans avoir payé la mort de mon maître de toute façon, se met en garde l’Ours. »
Sans prévenir, Hevelius se jette sur le Japonais. Elle balance ses deux jambes musclées en avant et profite d’un prodigieux élan, pour le frapper avec ses deux pieds en pleine face.
Le mètre quatre vingt huit de Geki est soulevé comme un rien du sol.
Le temps qu’il se ressaisisse, il ne peut esquiver un crochet en plein poitrail, suivi d’un coup de pied sauté au visage.
En reculant de trois pas, Geki a à peine le temps de se remettre en garde que son adversaire apparaît déjà derrière lui. Elle le cogne avec ses deux poings dans les reins.
Dépourvu de la moindre protection, Geki s’écroule.
_ « Minable, le regarde-t-elle avec dépit ! Je me demande pourquoi on m’a envoyé, moi, Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, pour t’éliminer. De simples soldats auraient suffi.
_ Il est facile de se vanter lorsqu’on attaque un adversaire sans armure, se relève-t-il difficilement.
_ Faudrait-il que j’accède à cette faveur ? Tu me promets un combat plus relevé si je te laisse porter ton armure ? »
D’un revers de la main, Geki se nettoie le sang qui s’échappe de ses lèvres. Son regard est emprunt d’une animosité rageuse. Son sourire lui donne une mine confiante : « Surtout pas ! Tu sembles être une Saint de bronze aguerrie. T’affronter sans armure sera un test pour m’assurer de mes progrès. »
Derrière Geki, l’effluve de sa cosmo énergie dessine un ours.
Le chevalier s’élance à son tour.
Son mouvement, beaucoup plus fluide que tout à l’heure, surprend Hevelius.
Arrivé devant elle, il l’assomme en laissant tomber sa grosse main gauche sur le sommet de son crâne. Il l’enchaîne, avec une agilité qu’Hevelius n’aurait pas prêtée à un tel gabarit, d’un coup de pied retourné qui fissure le masque de la compagne du défunt Algol.
Passablement sonnée, la jeune femme choisit de concentrer son cosmos dans sa main droite : « Très bien, tu vas subir ma technique prépare-toi à… »
Seulement, Geki se précipite sur elle avec une maîtrise totale du déplacement à la vitesse du son. Il cogne du gauche l’avant bras droit d’Hevelius pour lui faire perdre son accumulation de cosmo énergie. S’ensuit un uppercut du droit et un coup de tête qui aggrave l’état du masque.
Tandis que son corps s’échoue en arrière et que ses forces l’abandonnent, Hevelius revoit les plus beaux instants de sa vie passés en compagnie d’Algol.
Néanmoins, une terrible pression contre sa boite crânienne la ramène à la triste réalité.
Avec ses deux énormes mains, Geki s’est saisi de son crâne qu’il serre de toutes ses forces.
Le masque se brise totalement et le visage d’Hevelius commence à se déformer tandis que du sang jaillit de ses yeux, de sa bouche, de son nez et de ses oreilles.
D’un hurlement bestial, Geki proclame son succès : « Cette victoire, maître, est pour vous. Et pour tout ce que vous m’avez enseigné. Pour l’amour, pour la justice… Pour Athéna ! Hanging Bear ! »
Le diadème de la Cloth de bronze du Petit Renard cède et couvre le bruit provoqué par le craquement des os de la jeune femme.
La boite crânienne en lambeaux, la compagne du Saint de Persée est partie rejoindre son amant.
Geki, lui, reste immobile. Il abandonne le cadavre de son ennemie qui s’échoue à ses pieds.
Des larmes lui viennent : « Maître, vous êtes mort parce que vous croyiez en moi. Malgré mes progrès, je doute de pouvoir rattraper le niveau de Seiya et des autres. Mais je jure en votre mémoire, que je me battrai à leurs côtés jusqu’au bout. »


Aux confins de la dimension qui surplombe la Terre, le temple de Zeus domine le Mont Olympe.
Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.

A l’intérieur, dans la chambre qui juxtapose la salle des banquets, la salle du trône, le débat est vigoureux.
Sur le sol marbré, positionnés en arc de cercle devant un trône immense, onze sièges imposants sont partiellement occupés.
En effet, les dieux résidents en l'Olympe se concertent.
_ « Bien évidemment, les principaux concernés sont absents, pointe du doigt trois fauteuils vides Hestia. Hadès, Poséidon et surtout Athéna ne sont pas là lorsqu’il s’agit de débattre à propos de la Terre.
_ Mais bien plus que de la Terre elle-même, aujourd’hui, il est question de l’Homme, précise à côté d’elle Héra.
_ À commencer par celui qui a osé attenter à Hestia, rajoute leur complice Héphaïstos assis à l’autre bout. Il est retenu aux prisons de l’Olympe. Il s’agit à présent de valider la suggestion faite il y a peu de temps.
_ Au vu des éléments exposés ici et des événements de plus en plus irrévérencieux à notre encontre ces derniers siècles, intervient Artémis, j’estime que la sanction que nous avions prise à l’égard de cet humain indélicat est adéquate.
_ J’ai voulu moi-même en avoir le c½ur net, affirme Hermès à côté d’elle. Je me suis rendu aux prisons pour voir de mes yeux cet affront. Je ne me suis jamais autant senti insulté par le simple regard qu’il pouvait me jeter. Cette punition est sans conteste la plus appropriée. »
Les mains posées avec grâce sur les accoudoirs de son majestueux fauteuil, les jambes croisées avec élégance, Aphrodite Déesse des Plaisirs et de la Beauté propose d’une voix douce mais assurée : « Je suis profondément choquée par l’impudence de cet homme. J’insiste pour que les Anges qui forment ma garde personnelle, s’occupent de châtier cet individu dans l’arène. »
Enfin, tous tournent leur regard vers le siège du milieu, celui qui fait face au trône de Zeus.
Silencieux depuis le début, le visage inexpressif, Apollon attend que le silence règne, pour offrir sa divine parole.
Ses petits yeux plissés se lèvent en direction du trône.
Sans en attendre la permission, preuve de son influence pressante dans l’Olympe, le Dieu du Soleil s’adresse à leur souverain avec ses courtes phrases qui le caractérisent si bien : « Et bien. Dieu des dieux. Voici la preuve, s’il en fallait une, de ce que je t’avançais. Sous la coupe d’Athéna, les hommes se dressent contre nous. Ce chevalier mourra contre le premier Ange auquel il sera confronté. A défaut de celle des humains, cette divine punition fera accroître la foi des olympiens en nous. »
Aussitôt, les regards se lèvent sur l’empereur des cieux. Sachant qu’une réponse de sa part est attendue, Zeus se racle au préalable la gorge.
Le son provoqué est si intense qu’il retentit tel un coup de tonnerre.
Au sommet de l’Olympe, un éclair déchire le ciel.
Les mains épaisses du roi des dieux, tombent sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche, provoquant un second grondement.
Ainsi, il prend appui sur ses jambes et se lève pour exposer ses deux mètres quarante-sept maintenus par une musculature inouïe.
Il réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Ses yeux larges et plissés sont coiffés d’épais sourcils. Ceux-ci sont d’un blanc aussi grisonnant, que sa longue et opulente chevelure. Celle-ci se mêle à sa barbe dense, qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre. 
Lorsqu’il commence à ouvrir la bouche pour apporter sa réponse, le temps semble se suspendre. Tous sont pendus à ses lèvres. Sa voix détone à en faire trembler les murs : « La situation est en effet préoccupante. Jamais je n’aurai pu croire qu’un humain se rende coupable d'une telle offense à l’égard de l’Olympe. Lorsque j’ai légué la Terre à ma fille Athéna, j’espérais qu’elle ferait des hommes des êtres à notre image. Hélas, le vice qui les ronge les condamne de génération en génération à notre colère. Cependant, depuis mon retrait dans l’Olympe, j’ai pris pour habitude d’écouter les c½urs des humains en faisant réincarner sur Terre mon Aigle et mon Trait de Foudre. Ils me servaient de messagers et me permettaient de peser le pour et le contre entre les qualités et les défauts des hommes. »
Le maître des huit divinités réunies ici s’assied, comme pour conclure sur une indécision.
Préférant obtenir une autre réponse, Apollon lui suggère : « Pardonne-moi dieu des dieux. Tu sembles soucieux. Toutefois, cela fait des siècles que nous te faisons part de notre inquiétude. La gouvernance des hommes par Athéna laisse à désirer. Elle les soutient dans leur rébellion contre notre autorité. Certains en viennent même à nier notre existence. Ton Aigle et ton Trait de Foudre sont la preuve que même réincarné, un olympien peut être corrompu par la bassesse des hommes. Aujourd’hui, ils ne sont pas revenus vers toi. Ton Aigle et ton Trait de Foudre, ont bafoué leur allégeance en ton nom. »
Pensif, presque dérangé, Zeus passe sa main dans sa barbe drue.
Ses yeux prennent la direction du dernier membre de leur comité.
Cette déesse, bien silencieuse depuis le début du débat, observe les siens.
_ « Lesquels mènent le complot et lesquels en sont victimes, s’interroge-t-elle ? »
L’intimité à peine dissimulée par quelques ornements, quasiment nue, celle qui est apparue à Apodis sous une toge sombre au tissu très fin, réalise la tournure que prennent les événements. P
référant ne pas faire le jeu de ses semblables, elle s’est mue jusqu’à présent dans le silence.
Néanmoins, la voix caverneuse de leur souverain l’interpelle : « Et bien Déméter. Tous ont donné leur avis ici sauf toi. Que suggères-tu ? »
L’entité aux longs cheveux noirs de jais, préfère ne pas éveiller les soupçons et fait le jeu des conspirateurs : « Seigneur Zeus, le coliseum n’a pas été utilisé depuis des siècles. Je pense qu’il serait du meilleur effet d’y inviter votre peuple pour les divertir. La mise à mort d’un homme leur offrira un passe temps original. Quant à nous, cela nous rappellera aux bons souvenirs des guerres d’antan. »
Cette réponse satisfait Héphaïstos, Héra et Hestia qui arborent une expression suffisante. Apollon, lui, reste terne comme à son habitude. Ravi néanmoins au fond de lui que son plan se déroule comme prévu.
Voyant que Zeus ne partage pas les mêmes certitudes qu’Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès, le Dieu du Soleil précise : « Dieu des dieux. S’il t’en fallait plus, je me contenterai de citer la légèreté d’Hébé. Comme ma s½ur Athéna. Elle a toujours cru bon de se réincarner parmi les hommes. Les encourageant même, dans leur entreprise de destruction du temple d’Hestia sur Terre. »
Confronté à une vérité montée de toute pièce, Zeus n’a pas d’autres choix. Il fronce les sourcils et grommelle : « Qu’il en soit ainsi. Le chevalier d’Athéna sera jeté dans le coliseum. Il affrontera les Anges au service d’Aphrodite comme celle-ci l’a proposé. Il les affrontera jusqu’à ce que mort s’en suive. »


Durant ce temps, à l’intérieur d’un temple qui porte encore les traces de l’occupation athénienne de ces derniers mois, Marin recouvre ses esprits sur Yíaros.
Son premier réflexe est de caresser son visage, pour s’assurer qu’il est toujours caché.
A cet instant, la stupeur la prend, ses doigts caressent sa peau. « Mon masque, s’inquiète-t-elle aussitôt ! »
Elle bondit de la couche où elle se reposait, sans se soucier de ses plaies encore fraîches.
Heureusement, la voix chaleureuse et familière de Juventas la ramène au calme : « Ne t’en fais pas. Tu es dans le temple réservé aux prêtresses d’Hébé. Le temple des femmes, le temple d’Héra. »
Marine se saisit immédiatement du masque, que lui tend l’Alcide des Juments de Diomède : «  Merci. Je… Je ne voulais pas te sembler impolie. »

Les deux jeunes femmes sortent côte à côte.
Leurs regards dissimulés fixent une statue d’Hébé qui trônait autrefois fièrement devant ce temple et qui est maintenant couchée et brisée, après le massacre orchestré par les Athéniens.
_ « Il ne reste plus rien d’elle désormais, déclare tristement Juventas. »
La voix venue du ciel et communiquée par télépathie par ¼dipe, réagit au sous-entendu de son amie. Son apparence disgracieuse fend l’air, pour le laisser prendre place à proximité des jeunes femmes : « C’est faux. Il règne sur cette île une atmosphère bienfaisante. Comme si l’empreinte du cosmos de notre Majesté était ancrée à jamais. Et le plus important, c’est que cette île a toujours vu ses habitants vivre dans l’amour. De notre divine Hébé, il restera toujours nos c½urs aimants. »
Au loin, Juventas regarde sa fille Agape courir après d’autres enfants.
_ « Et si d’Iphiclès il me reste Agape, que me reste-t-il d’Apodis ? Et de Baucis ? Et Philémon, relance avec peine Juventas ?
_ Il nous reste l’espoir, tend Marin le Jonc que ses amis ont gagné. Ils sont parvenus à arracher cet artefact indispensable à la protection d’Athéna, pour les véritables combats à venir. Maintenant nous pouvons passer à l’étape suivante. Une fois qu’Athéna aura repris son Sanctuaire…
_ Oui, l’interrompt Juventas. Une fois qu’elle aura repris son Sanctuaire, seulement à cet instant, nous prêterons allégeance à Athéna. Maintenant, l’étape suivante, quelle qu’elle soit, sera pour moi de protéger l’île et de veiller sur le peuple.
_ Après la mort d’Iphiclès, Juventas est devenue le général des armées hébéïennes, précise avec beaucoup d’affection pour Marin ¼dipe. Sans déesse désormais, Juventas devient légitimement la régente d’Yíaros. A cet effet, je deviens son sujet. Et je préfère t’avouer que je lui donne parfaitement raison sur sa décision. La querelle interne au Sanctuaire d’Athéna nous a coûté tout ce que nous avions. »
Soutenue, Juventas, le corps noyé par les larmes qui s’échappent de sous son masque, conclut d’une tape amicale sur l’épaule de Marin : « Le premier Jonc que tu avais ramené sur Yíaros repose toujours sur le siège d’Hébé. Tu es libre de le reprendre.
_ Je comprends votre décision, baisse la tête amèrement Marin. Je poursuivrais donc, seule, mes investigations. Cependant j’aimerai, au contraire, avec votre accord, laisser ce second Jonc ici, en compagnie du premier. Je ne voudrais pas qu’ils finissent entre de mauvaises mains, si je venais à faire une sale rencontre.
_ Bien entendu. Je te laisse le soin de réunir au Parthénos les deux Joncs. Nous restons les alliés d’Athéna, même si cette quête en son nom s’arrête ici pour nous. »


En Olympe, à l’intérieur du temple du dieu du Soleil, aux pierres aussi froides que son c½ur, Apollon laisse son fidèle serviteur, le vieux Roloi, lui tenir sa cape pour faciliter son avancée.
Derrière eux, l’Ange le plus puissant de l’Olympe, Helénê, connue sous le nom terrestre de Ksénia, arbore un sourire à mesure que le petit bonhomme moustachu félicite la stratégie de leur maître : « … De plus, vous devez être ravi que ce soit sa Splendeur Aphrodite, qui propose de punir le chevalier. Alors qu’elle n’est même pas complice de votre plan, elle suit parfaitement le déroulement de celui-ci. Et sans compter Hermès, à qui il a suffit de voir la grossièreté de l’humain pour être certain de sa culpabilité. »
Arrivé devant une litière sur laquelle il choisit de s’allonger, Apollon se défait de l’assistance de Roloi d’un mouvement de bras qui signifie tout son agacement.
Les gros yeux inondés de bêtise du bougre au crâne dégarni s’écarquillent malgré tout pour exprimer un plaisir tout particulier lorsque Apollon prend la parole.
_ « Tes conseils m’ont été d’une grande utilité également, le satisfait Apollon. Il faut le dire. Avoir séparé l’Aigle et le Trait de Foudre de Zeus dès leur enfance terrienne. Il s’agissait d’une ingénieuse idée. Aujourd’hui Zeus ne peut voir que les défauts des hommes, que rapportent les Olympiens. Il ne voit plus ce qu’il prétendait être leurs qualités, lorsque ses seconds les lui rapportaient. »
Roloi s’écarte pour laisser d’autres serviteurs servir à leur maître du nectar et de l’ambroisie.
Face à l’euphorie de Roloi, Helénê s’emballe : « Maintenant qu’Hébé a été anéantie, Athéna est désormais seule sans le soutien de quiconque. C’est le moment idéal pour porter un coup fatal. »
Tout en tournant autour de la vénusté Roloi la regarde avec indélicatesse. Prêt à laisser balader quelques mains bien audacieuses sur les courbes de l’Ange, Roloi préfère atténuer son enthousiasme : « Agir ainsi serait bousculer les choses. Alors que tout se met en place progressivement, il serait dommage de tout gâcher. »
Elle corrige les mauvaises manières du vieillard sénile, en lui tapant la main.
Face à tant de décontraction, Apollon prend un ton impérial qui impose le respect à ses deux sujets et fait fuir ses esclaves : « Cessez vos imbécillités. Helénê n’a pas tort. Athéna est affaiblie. Mais Roloi a raison. Les autres dieux qui ne sont pas au fait de mon plan tombent dans le piège. Ils se font manipuler aisément. Tu as semé quelques graines sur Terre Helénê. Auprès d’Hadès. Auprès de Poséidon et d’Odin. Auprès d’Arès également. Laisse-les donc germer. Athéna sera obligée de commettre l’irréparable. Ne laissant plus d’autre choix à Zeus, que d’accepter ma réalité. »


En Grèce, les vagues viennent mourir sous les pontons du port de l’île d’Yíaros dans le calme le plus total.
Assise au bout d’un de ceux-la, Marine retire son masque pour scruter l’horizon.
Elle est perdue dans ses pensées : « Je repars de zéro à présent. L’idéal serait pour moi de récupérer mon Pendentif de Zeus. Cette vision que j’ai eu lorsque j’ai été frappée par le cosmos d’Hestia m’a délivré quelques signes. Hélas, je ne sais comment les interpréter. En plus de l’Olympe, je suis chassée par le Grand Pope. Et le seul qui n’en a cure et qui dispose des connaissances nécessaires est Mû de Jamir. Je n’ai que lui vers qui me retourner. »

7
Only for Love / Chapitre 57 - Un avertissement pour l'Olympe
« on: 9 February 2020 à 18h39 »
Le lendemain de la catastrophe s’annonçait terrible pour Marine. Comment allait-elle rentrer sur Yíaros et surmonter le regard accusateur des hébéïens ? Non seulement l’île avait perdu deux Saints d’Athéna, Philémon et moi, qui avions adoptés Yíaros comme notre seconde patrie, mais une enfant du pays, Baucis. Et surtout, leur raison d’être, l’objet de leur culte, leur bienfaitrice, la Déesse de la Jeunesse, Hébé.
Dans l’Olympe, l’échec d’Hestia allait certainement faire grand bruit, puisqu’il représentait également un revers pour les conspirateurs du royaume céleste…



Chapitre 57 - Un avertissement pour l’Olympe

En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

3 novembre 1986.
Dans les couloirs des appartements du Grand Pope, seuls quelques gémissements ambiancent le bâtiment désertique. Ces bruits, semblables à des sanglots, proviennent du maître des lieux.
Agenouillé, le visage libéré de son masque et de son casque, Saga la mine bleuie par les larmes, marmonne : « Ainsi tu as été au bout de ta mission sur Terre… Ma chère Ambroisie… Hébé… Je t’aimais tellement. »
Il s’effondre à genoux : « Plus de doutes possibles. Je ne ressens plus ta cosmo énergie. Le mal qui m’habite voulait attenter à ta vie. Cependant, l’humanité et l’amour de notre passé commun avaient réussi à lui arracher un compromis, en te laissant prisonnière de ton île. Ainsi, tu gardais la vie sauve sans contrecarrer mes plans. Maintenant, je n’ai plus à m’en faire. Je peux libérer ton île de mon contrôle et rappeler mes hommes pour accroître mon autorité auprès de mes sujets situés dans les domaines annexés, comme ceux où se cachent les renégats qui ½uvrent pour Saori Kido. Je n’ai plus rien à craindre d’Yíaros. Malheureusement… »
D’un revers de la main, il essuie ses larmes et ramasse son heaume rouge, pendant que ses cheveux se teintent d’un blanc grisonnant : « Oui… Car hélas, ta mort ronge encore un peu plus le peu de bien qui restait dans mon c½ur… »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Au pied du Mont Olympe, au sommet duquel le temple de Zeus surplombe le domaine des cieux, dans un des onze palais appartenant aux autres divinités olympiennes, la tension est palpable.
Dans cette demeure en pierre aussi froide que le c½ur de sa propriétaire, cette dernière passe sa main sous son épaisse bure contre son abdomen marqué d’une légère cicatrice. Aussitôt, chaque fois que ses doigts buttent contre la bosse qui marque la réunification de sa chair, ses petits yeux plissés défient la lame qui l’a transpercé.
Celle-ci, la dague brisée d’Hébé, trône sur un banc de pierre.

Vexée, marquée au plus profond d’elle par la découverte d’un sentiment nouveau : la douleur, provoquée par un humain, Hestia tire chaque seconde un peu plus fort le voile qui couvre ses cheveux rougeoyant pour s’y camoufler. « Voici ce que les faibles appellent la douleur ? Et la sensation qui s’en suivait… Etait-ce ce que les humains considèrent comme la peur ? », se tracasse-t-elle.

Face à elle, tenue droite dans sa longue robe pourpre, Héra garde toute sa hauteur en dévisageant la Déesse du Feu Sacré. Son visage fin et ses traits très tirés expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie : « Comment cela est-il possible ?
_ Je n’arrive pas à comprendre moi-même. Tout était sous contrôle.
_ Rien qu’avant cela. Ils sont tout de même parvenus à vaincre un Ange, un de nos puissants serviteurs.
_ Mais après cela, ils étaient à ma merci… »

Une voix indélicate et bien connue des déesses, ne dégage aucune formalité malgré la révérence que son propriétaire se devrait d’avoir : « Toujours est-il que les deux Joncs d’Athéna sont libres à présents. Si la Chouette venait à récupérer son bracelet… »
Héra identifie aussitôt l’importun. Un vieil homme, habillé d’une simple toge blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or. Il tire sur ses fines moustaches à chaque coin de ses lèvres.
_ « Roloi, le serviteur du chef d’orchestre de notre plan ! Ne t’inquiète pas vieillard sénile ! Cela n’arrivera pas. S’il n’est pas parvenu à la tuer, l’Ange à qui j’avais confié cette mission a réussi à mettre la Chouette hors d’état de nuire.
_ Tu peux donc dire à ton maître qu’il est inutile de s’inquiéter. Notre dessein est toujours aussi infaillible, rajoute Hestia. »
Le bougre, de petite taille, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de ses cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Ses yeux sont inondés de bêtise :
_ « Hestia ! Comment se porte la déesse poignardée par un humain ?
_ Comment oses-tu t’adresser ainsi à une déesse de l’Olympe misérable être abject ? », s’insurge la Déesse du Mariage du ton emprunté à l’encontre de sa semblable. 
Roloi courbe immédiatement l’échine et passe ses mains sur sa tête comme pour se protéger du courroux d’Héra.
Heureusement, une voix grondante lui vient en aide : « Il n’a pas tort pourtant ! »
Un pas saccadé s’ensuit, présentant la silhouette de l’intervenant. Celui-ci, boiteux, approche l’assistance. Titanesque, au torse bardé de muscle, il expose son corps athlétique en ne le dissimulant qu’avec une toge enroulée autour de sa taille. Son menton carré est couvert d’une barbe broussailleuse qui passe sous son nez épaté. Il porte le même regard hautain que les siens.
Roloi remercie son sauveur. Il se redresse et gesticule comme un enfant à qui on vient de lever une punition : « Oh Seigneur Héphaïstos ! Quel plaisir de vous voir parmi nous ! »
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans remet prestement le serviteur à sa place : « Il suffit Roloi ! Ce n’est pas parce que tu bénéficies de la protection d’un des nôtres, que tu ne dois pas te comporter comme tout bon olympien. »
Roloi cesse ses pitreries et s’agenouille illico.

Avec grandeur, le barbu poursuit : « Comme tu le dis Hestia, notre dessein est toujours aussi infaillible. Certes. Pourtant l’idéal aurait été que Pégase soit privé lui aussi à l’époque de son Jonc, afin d’éviter tout danger. »
Enfin, une dernière arrivée complète la discussion. Accompagné de la magnifique Helénê, connue sur Terre sous le nom de Ksénia, l’éminent Dieu du Soleil impose chez les siens un respect sans pareil.
Chacun incline la tête devant la grande et mince entité au regard bleu perçant et aux cheveux flamboyants.
Roloi se hâte de se prosterner à ses pieds, de l’autre côté de là où se trouve Ksénia. Entouré de ses fidèles sujets, Apollon conclut : « Hélas, inconsciemment, enfant, Athéna a réussi à protéger Pégase en l’envoyant devenir Saint au Sanctuaire. L’atteindre sans éveiller les soupçons de notre Seigneur Zeus était trop risqué. Voilà pourquoi j’ai envoyé Helénê, auprès des diverses divinités présentes sur Terre, pour affaiblir Pégase avant même que nous n’intervenions. Ainsi Odin fera involontairement la guerre à Athéna, sous la coupe de Poséidon, qui lui aussi servira à son insu nos intérêts. Enfin Hadès ne manquera pas d’affronter une fois de plus Athéna en cette ère. Avec autant d’occasions il est impossible qu’Athéna et Pégase ne soient pas poussés à la faute. Et s’il le faut, j’ai désormais Arès dans ma poche. Notre Seigneur Zeus aura alors face à lui un terrible constat d’échec. Sa fille à qui il a confié la Terre, sera devenue aussi malfaisante que les humains qu’elle affectionne. Dans ces conditions il nous permettra légitimement de prendre possession de son ancien royaume. »


A Jamir :

Au sein de la contrée himalayenne, les élèves de Mû volent peu à peu de leurs propres ailes.
Les conseils prodigués par le Saint du Bélier ne sont pas miraculeux, s’ils veulent maîtriser l’essence même du cosmos, Mei, Yulij, Médée et Nicol doivent trouver d’eux-mêmes leurs propres voies.

Le jeune couple, Mei et Yulij, y est parvenu à force de défiance l’un envers l’autre. A vouloir pousser chaque fois leurs limites pour surpasser l’autre, ils sont parvenus à s’y éveiller.
Tout en continuant à se chamailler, amoureusement, ils apprennent à le maîtriser totalement.

L’épouse de Mû rencontre plus de difficultés. Malgré la sagesse et la bienveillance inculquées par son conjoint, le Saint de bronze du Graveur doute beaucoup trop de l’avenir. Les évènements qui entourent le Sanctuaire et dont elle cause avec Mû la pousse involontairement à se poser trop de questions qui nuisent à sa totale concentration.

Une concentration dont s’arme pourtant Nicol. Le Saint d’argent de l’Autel n’a de cesse de se recentrer sur lui-même, lorsqu’il n’échange lors de débats passionnés avec Mû et qu’il n’observe pas les étoiles.
Celles-ci ont été bavardes ces derniers jours. Et il le sait : « Aujourd’hui est le jour de ma consécration. Les étoiles me l’ont dit, les signes qui entourent ma constellation sont sans équivoque. »
Une brise de plus en plus violente balaie les cheveux châtains clairs ébouriffés du jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque.
Son visage, relativement mature pour un jeune homme de vingt-cinq ans, est paisible, détendu.
Quasi inexpressive, son attitude atteste qu’il a fait le vide dans son esprit.
Debout devant la tour de Jamir, dans laquelle ses amis prennent un léger repas, il ne pense plus à la faim. Les dialogues de ses camarades ne l’atteignent pas. Il ne fait plus qu’un avec la nature capricieuse.
La météo se gâte, le ciel s’assombrit. Le tonnerre gronde, sans que cela n’altère l’application du chevalier.
Une première goutte tombe depuis le ciel. Cet évènement, somme tout anodin en temps normal, ne passe pas ici inaperçu pour l’héritier d’Arlès.
En effet, le son de l’eau qui s’écrase sur le sol rocailleux lui parvient à l’oreille. Il résonne si fort dans sa tête qu’il lui permet de réaliser la teneur de son travail acharné. En effet, celui-ci a permis de mettre tous ses sens en alerte. Ce choc représente pour lui, le top départ de son dernier test.
A la première goutte, suivent d’autres. D’abord par dizaines, puis par centaines, et enfin par milliers.
Pourtant, tout en restant sur place, malgré une pluie désormais battante, Nicol n’est pas mouillé.

L’attitude parfois condescendante de Nicol à l’égard de Mei, a amené chez le japonais un sentiment de rivalité envers le grec.
Cela l’amène à s’intéresser en plein repas à l’étrange exercice auquel son concurrent se soumet.
Il rejoint Mû, déjà posté à une lucarne de sa tour, les bras croisés, entrain de l’épier.
_ « Incroyable. Un ½il innocent croirait que l’eau ne l’atteint pas.
_  Pourtant il est perpétuellement en mouvement afin d’éviter toutes les gouttes qui s’abattent sur lui.
_ Mû… Il bouge si vite autour du même point qu’il crée une image rémanente n’est-ce pas ?
_ Il n’y a qu’une façon de réaliser cela…
_ … c’est de se déplacer à la vitesse de la lumière. »

Dehors, le tonnerre gronde. Le vent est de plus en plus violent.
Des éclairs de plus en plus grands illuminent le ciel jusqu’alors assombrit par la grisaille.
Face à cela, Nicol reste impassible. L’image rémanente ne bouge pas d’un millimètre tandis que le grec est toujours au sec dans ses vêtements.
L’orage devient davantage menaçant et se sont désormais des trombes d’eau, poussées par des rafales violentes qui tombent à présent.
Soudain, l’image rémanente laisse apparaître que l’ancien disciple d’Arlès ouvre ses yeux.
Aussitôt, la foudre s’abat sur le sommet d’une montagne voisine. Immédiatement, l’apparence de Nicol disparaît.

Dans la tour, Mei observe le point de chute de la foudre : « Il a été suffisamment rapide pour arriver à la destination de la foudre juste avant elle. Il a pu calculer sa trajectoire alors qu’elle commençait à peine à illuminer le ciel.
_ Pour réaliser un tel exploit, il ne faut pas seulement se déplacer à la vitesse de la lumière, mais aussi ne faire qu’un avec la nature pour sentir le départ de la foudre et connaître le lieu où elle a va tomber. Même parmi nous, les Saints d’or, très peu en sont capables avec autant de précision.
_ Notre apprentissage du septième sens continue. Cependant, j’ai l’impression que pour atteindre le niveau de Nicol, il va falloir poursuivre davantage nos efforts.
_ En effet, Arlès a fait du très bon travail avec lui. S’il continue ainsi, il pourra très vite concurrencer les Saints d’or. »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Devant la montagne impériale sur laquelle siègent les douze dieux du royaume, après les demeures du peuple olympien et leurs innombrables prieurés, là où les chemins habituellement faits de pavés ne sont plus que des routes détériorées et désertiques couvertes de poussière, de dangereuses bourrasques soufflent sans cesse.

A l’ouest, la voie cesse devant un gouffre insondable. De celui-ci jaillissent d’incalculables colonnes sphériques. Elles pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur que celui azuréen qui règne sur tout le reste du royaume
Personne ne s’aventure en ce lieu où sont réunis les ennemis de l’Olympe.
C’est au sommet des colonnes à la surface plate que s’impatientent les prisonniers. Il n’existe pour eux qu’une seule échappatoire. Lorsque la faim, la soif ou la peur deviennent trop insoutenables, la chute vertigineuse jusqu’au fond du gouffre offre une mort certaine, puisque ici l’abîme n’est autre qu’un passage vers l’Hyperdimension.

Au pic d’une des colonnes, seul au milieu d’autres tiges vides, un homme ne portant plus qu’un pantalon et aillant le bas des jambes revêtu par ce qui s’apparente être des morceaux d’armures, est étendu sur le dos. Son torse nu et son visage sont maculés de sang séché.
Profondément plongé dans le sommeil, quelques souvenirs du passé viennent le perturber…


Flashback
1981 - Cela faisait deux ans qu’Apodis avait été fait Saint.
Après des débuts où il se montra bien orgueilleux, les remontrances du Saint de la Lyre eurent l’effet escompté. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis était devenu un chevalier respectable.

De retour de mission d’Egypte, le maître et l’élève finissaient de rendre des comptes au Grand Pope.
Désormais Saint aguerri, une nouvelle orientation attendait Apodis. Le Grand Pope venait de le proclamer sergent. Il allait avoir la mission de créer sa cohorte et de veiller sur le secteur ouest, sous le commandement du lieutenant Misty.
Pressé de retrouver sa bien-aimée, Orphée pris congé d’Apodis.

Plusieurs choses avaient changé depuis le départ du Saint de la Lyre.
Le post de général des armées qui lui était destiné, est finalement revenu à un autre, puisqu’il avait préféré s’attacher à l’apprentissage du Saint de bronze.
Maintenant, il devenait un Saint d’argent qui pouvait couler des jours paisibles en attendant d’être rappelé par le Grand Pope pour une mission.

La première chose que fit Apodis, une fois les marches des douze palais du zodiaque descendues, ce fut de se rendre dans la maisonnette de ses parents à Honkios.
Cela faisait deux ans qu’il avait été réquisitionné dans l’armée pour combattre les arèsiens.  Depuis, sa famille restait sans nouvelles.
Son père et tout le voisinage pensaient que, comme de nombreux jeunes soldats envoyés sur le front au moment de la Guerre Sainte contre Arès, le chétif grec n’avait pas survécu. Seule sa mère refusait de se résigner.

Lorsque la porte d’entrée s’ouvrit en grand pour laisser apparaître le visage plus mûr et la taille plus athlétique de son fils, Mujakis perdit connaissance.
Apodis réceptionna sa mère dans les bras : « Tu ne rêves pas maman. Je suis de retour.
_ Oh Apodis, mon grand garçon, si tu savais depuis le temps que j’attends que tu ouvres cette porte. Ton nom n’a jamais été cité, lorsque les prêtres énuméraient l’identité des morts retrouvés lors de la bataille. Je me suis toujours refusée à te croire… »
Le bonheur et les larmes l’empêchèrent d’achever sa phrase. Apodis la serra fort contre son torse bardé de muscles : « C’est fini. Je suis de retour à présent. »

Dans ces propos, on pouvait sentir une certaine affliction. Apodis reconnaissait difficilement sa mère. Elle avait le visage creusé, fatigué. Elle était devenue rachitique, tremblante et marquée de coups.
Apodis pointait du doigt un hématome que portait sa mère : « A ce que je vois, malgré mon absence, cela n’a pas empêché mon père, Frontinus, de manifester du mécontentement. Il s’en est pris à toi de façon plus acharnée depuis. »
La malheureuse baissa la tête sans rien dire.
Le fils averti releva sa mère et brandit son poing en l’air : « N’ait crainte. Désormais je suis assez fort pour te protéger.
_ Tu ne le verras pas. Il ne repasse que très peu à la maison. Il s’est fait une nouvelle bande d’amis. Ils jouent le rôle d’usuriers pour le compte de riches commerçants qui veulent récupérer de l’argent auprès de leurs mauvais clients. Ils sont sous la coupe d’une jeune femme qui était apprentie Saint. Une certaine Geist. Frontinus ne repasse ici que lorsqu’il est trop ivre pour poursuivre ses desseins. »

Le jeune homme aux cheveux bleutés réfléchissait. Il faisait le tour de lui-même dans cette demeure d’où il ne gardait que de mauvais souvenirs. Puis, il avança jusqu’au tableau accroché sur la cheminée. Il s’agissait d’un portrait de son ancêtre, Tenma de Pégase.
Il le décrocha et l’observa quelques instants. Il pouvait distinguer au dos de la peinture qu’elle était signée par un certain « Alone ».
Après avoir détaillé avec minutie le visage de son aïeul, il glissa le tableau sous son bras et décréta : « Bien. Ramasse tes affaires. Nous partons d’ici. Je suis devenu un Saint d’Athéna… »
Dès cette annonce, les yeux de sa mère s’émerveillèrent, témoignant toute la fierté qu’elle pouvait éprouver à cet instant devant la réussite de son petit garçon devenu un homme fier : « … et j’ai été nommé sergent dans le secteur ouest du domaine sacré. Nous allons commencer une nouvelle vie. Frontinus ne nous retrouvera pas. Et si ça venait à être le cas, je le châtierai. »
En quelques minutes, la maison fut vidée. En pleine nuit, Apodis entamait une longue marche à travers le Sanctuaire en tirant une carriole sur laquelle sommeillait sa mère et reposait sa Pandora Box ainsi que quelques vêtements et quelques victuailles.
Leur maison d’Honkios, symbole de tant de malheurs, n’était bientôt plus qu’un point à l’horizon. Un point enflammé, après qu’Apodis ait choisi d’effacer toute trace de leurs vies précédentes dans cette ville.

Le lendemain matin, à peine éloignée d’Honkios, Mujakis ouvrit les yeux et bondit de la charrue que tirait son fils. Celui-ci était absent à son réveil. La seule chose qu’elle reconnaissait, c’était un champ de ruines au beau milieu duquel se dressait un petit colisée.

A l’intérieur de celui-ci, Apodis avançait sous les regards défiants des soldats qui se tenaient adossés contre les murs ou les colonnes doriques.
Certains s’échauffaient ou ficelaient leurs protections en vue d’une rude journée d’entraînement.
Une voix familière à Apodis arbitrait un combat : « Allons soldats ! Qui est encore de taille à se mesurer à Cliff ? »
Apodis reconnut aussitôt le grand Pullo. Il fut son caporal à l’époque où lui n’était que simple soldat. Tout comme son compagnon Cliff. L’italien est resté auprès de leur instructeur pendant qu’Apodis apprenait auprès d’Orphée.
Apodis s’élança d’une voix enjouée : « Moi bien sûr ! »
Devenu aveugle durant la Guerre Sainte contre Arès, Pullo ne pouvait cependant pas se tromper. Il cria de joie : « Apodis ! »
A son tour, l’italien aux boucles blondes se jeta dans les bras de son camarade : « Apodis ! Tu es de retour !
_ Lors de ma convalescence on m’a appris que tu étais parti en compagnie d’Orphée, explique Pullo. D’abord pour apprendre les bases ici au Sanctuaire, puis pour une mission d’évaluation en Egypte. Je suis heureux de te savoir revenu. Ton cosmos inspire aujourd’hui sécurité et puissance. Tu as fais beaucoup de chemin ces deux dernières années.
_ Merci Pullo. C’est aussi grâce à toi que j’ai su relever la tête durant la guerre et ainsi recevoir l’armure de bronze. Néanmoins je suis attristé de voir que tu n’as pu recouvrer la vue.
_ Ce n’est rien mon garçon, il n’y a pas que les yeux qui nous servent à voir. Ce que le c½ur peut percevoir est bien plus passionnant. Et puis privé d’un sens, j’ai été forcé d’accroître mes perceptions grâce aux autres.
_ Et toi Cliff ! Je suis ravi de te retrouver en pleine possession de tes moyens, assura Apodis tout en déposant sa main sur l’épaule de Pullo.
_ Après la bataille il a perdu beaucoup de sang, répondit Pullo pour Cliff, et il n’était pas hors de danger. Néanmoins il a puisé au fin fond de son cosmos le courage de se relever. A peine la plaie était pansée, qu’il voulait déjà porter l’épée sur les derniers fronts où le Sanctuaire menait encore la lutte.
_ Depuis je suis resté dans la garde d’Athéna et j’ai été plus d’une fois du voyage pour m’assurer de la suprématie d’Athéna sur nos territoires annexés aux quatre coins du monde, compléta l’intéressé.
_ Il a même été promu caporal !
_ En fait j’ai été promu caporal à la place de Pullo ! Le Pope lui a « accordé » une retraite forcée en lui offrant une petite parcelle de terre à cultiver. Néanmoins, je ne l’y ai jamais vu poser les pieds. Il est toujours là à réprimander mes apprentis soldats ! »
Les trois acolytes se mirent à rire.
Ils finirent de fêter leurs retrouvailles autour d’un verre, sous la tonnelle dressée pour les services du caporal Cliff.
Après quelques joyeusetés, Apodis racla sa gorge, comme pour annoncer le sérieux de ce qui allait précéder : « Je suis heureux de vous avoir retrouvé sains et saufs. Au-delà de ça, ma présence ici est également intéressée. Je suis devenu sergent pour le secteur ouest du Sanctuaire. Je dois m’établir là-bas et y constituer ma troupe pour rattacher la défense de nos frontières. J’ai immédiatement pensé à vous. »
Cliff et Pullo levèrent aussitôt leurs verres en guise d’acceptation.
Toutefois, Apodis restait ferme : « Seulement, il me faut un seul caporal. Je compte sur les notions de respect, d’ordre et de discipline qu’impose l’expérience de Pullo. Je suis donc désolé Cliff. »
Malgré une pointe de frustration dans le regard de l’italien, celui-ci trinqua une fois de plus avec ses amis : « Je continuerai à apprendre de Pullo dans ce cas. »

Accompagnés de Pullo et Cliff, Apodis et sa mère arrivèrent dans un paisible village de l’ouest bien connu par le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, Paesco.
Ils trouvèrent devant la demeure d’Orphée, les Saints d’argent du Lézard et de la Lyre en pleine discussion.
Immédiatement, Pullo, Cliff et Mujakis s’inclinèrent. Apodis se courbait légèrement.
_ « Tu tombes bien Apodis, affirma Orphée en tendant le bras vers son disciple. Approche donc que je te présente à ton lieutenant. Il est également le capitaine de notre armée et dirige tous les Saints de bronze et d’argent. Misty du Lézard.
_ Voici l’élève d’Orphée ! L’élève de celui qui est notre modèle à nous tous, chevaliers d’argent et de bronze, gratifia Misty en penchant légèrement sa tête en avant. Le Saint d’or des Poissons que tu as déjà rencontré en te rendant chez le Grand Pope, m’a appris hier lors d’une de nos rencontres à quel point tu étais séduisant. J’ajouterai donc que tu apparais en plus de cela, comme quelqu’un de très mystérieux. Rares sont les jeunes Saints qui demandent à veiller sur nos murailles. En général, ils préfèrent s’attacher à la surveillance de la grande citée d’Honkios puisqu’elle respire la joie de vivre et les festivités. Ici, à l’ouest, nous sommes dans les campagnes les plus reculées du domaine sacré. Cela me fait donc plaisir d’avoir à mon service un jeune volontaire. D’habitude ce sont les anciens comme Mensa et Circinus qui postulent pour les postes frontières. Rares sont les intrus qui nous assaillent. Ici c’est un endroit paisible pour installer sa famille et ne pas avoir trop de travail. Loin des cités du centre, où il faut constamment intervenir pour régler les querelles, escorter les prêtres qui portent les malles de sacres de leurs temples jusqu’au capitole…Quoique le peuple dans les petits villages frontaliers est très uni et solidaire. Les révoltes contre la répression ne sont pas à écarter en cas de crises. Il faut donc faire preuve d’une grandeur d’âme et d’une bonté suffisante pour apprendre à gérer le peuple sous notre juridiction, mais également faire preuve d’autorité et de charisme pour mener une équipe. Sauras-tu faire preuve de toutes ces qualités ? Oui, tu le seras. Je le sens, continua Misty, sans laisser à Apodis le soin de répondre. A présent il va falloir que tu poses tes valises sur les terres que tu protèges. Comme tu peux le remarquer, ce n’est pas l’espace qui manque ici. Paesco est un village paisible, qui a beaucoup souffert de la Guerre Sainte contre les arèsiens. Prends le temps nécessaire pour te créer ton habitation en fonction de la solde que les intendants du Pope viennent de m’attribuer pour toi, lui dit-il en lui balançant une besace remplie de sacres. En général fabriquer son logement demande peu de temps à un Saint pour qui le poids des matières et la montre ne sont que rigolade en vu de ses capacités physiques. C’est pourquoi je te demande de composer par la même occasion une équipe de quinze hommes et de nommer parmi eux un caporal. Ta troupe veillera à la fois sur les murailles et les villages qui les longent, ainsi que ceux qui rejoignent le centre du domaine. Les sergents Mensa Saint de bronze de la Table et Circinus Saint de bronze du Compas te donneront plus en détail l’étendue de notre zone de surveillance. Chaque mois je vous annoncerai vos plannings de surveillance, afin que vos troupes travaillent en roulement. Lorsque vous n’êtes pas à la sécurité des villages, votre caporal doit entraîner vos soldats tandis que vous veillez en même temps au développement économique, social, agricole et militaire de votre secteur. Tu incarnes dorénavant la loi du Sanctuaire tout en étant l’assistant personnel de chaque habitant… "

Après plusieurs minutes d’explications, Misty prit congé d’Orphée et d’Apodis, laissant le maître et l’élève à l’½uvre.
_ « Alors, penses-tu te construire un logis ?
_ Oui, quelque chose de grand et lumineux pour y installer ma mère. En parallèle, je compte dresser un camp pour mes hommes. Je me ferai ma propre demeure une fois que tout le monde sera à l’abri du besoin. Pendant ce temps, je vivrai avec mes hommes. »
Une voix venue de derrière Orphée demanda à Apodis : « Pourquoi ne viendrais-tu pas te loger chez nous en attendant ? »
Malgré les deux années pendant lesquelles il ne l’avait pas vu, Apodis reconnut tout de suite la s½ur d’Eurydice qu’il appréciait tant. Netsuai.
Elle aussi avait bien grandi. Elle était resplendissante dans sa fine robe rose qui la serrait de la poitrine à la taille où un fin ruban de soie la maintenait. Son sourire rayonnait sur ce visage orné de ses beaux yeux bleus.
_ Merci beaucoup Netsuai, dit-il en lui passant la main dans ses fins cheveux bruns coiffés au carré, mais je ne voudrais pas vous importuner. Cependant, j’espère que cela ne m’empêchera pas de profiter de ta bienveillance lorsque je m’accorderai quelques instants de repos. »
Flashback


Le visage radieux et angélique de sa défunte épouse tire Apodis du profond repos dans lequel il s’est plongé d’épuisement.
La tête lui tourne terriblement et le moindre mouvement tire sur ses plaies à peine sèches.
Se tenant le crâne et grimaçant, il redresse son buste et détaille les lieux autour de lui.
« Rien. Personne. Que ces maudites colonnes. », constate-t-il.
D’un pas tremblant, il approche le précipice au fond duquel se trouve l’Hyperdimension. Il murmure : « Je ne sais pas ce qu’il y a au fond, mais je n’ai pas le choix, si je veux partir d’ici… »
Sans qu’il s’y attende, une voix féminine et impériale lui conseille : « Là-dessous c’est l’Hyperdimension. Si tu y tombes ton corps sera inexorablement désintégré. Tu ne parviendras pas à sortir de cette dimension comme tu as pu y entrer.
_ Qui est-ce, questionne-t-il en faisant le tour de lui-même, tout en en se maintenant ses côtes qui le font abominablement souffrir, qui est là ?
_ Ici il y a de nombreuses personnes. D’autres prisonniers. A des kilomètres à la ronde. Tous finiront par se jeter dans ce précipice. Mais toi, tu es un prisonnier spécial. Je sens que le sort qui t’est réservé est tout autre. »
En plissant les yeux, Apodis distingue l’apparence d’une femme quasiment nue, l’intimité à peine dissimulée par quelques ornements. Ses longs cheveux noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Celle-ci lui tourne le dos et semble réussir l’exploit de marcher dans le vide avant de disparaître. Laissant Apodis plein de doutes.


A Jamir :

L’orage s’est dissipé pour laisser place à un temps plus clément.
Tous en profitent pour reprendre l’entraînement là où ils l’avaient laissé, notamment Mei, impatient à l’idée de surpasser son rival Nicol.

Ce dernier n’a pas bougé depuis qu’il a intercepté la foudre. Il s’est positionné en tailleur et médite de nouveau.
Sa perception affûtée lui permet de remarquer l’approche du maître des lieux.
_ « Seigneur Mû, dois-je comprendre en votre présence qu’il est l’heure d’une de nos fameuse conversation ?
_ Tu ne peux en vouloir à un ermite de vouloir converser avec un esprit cultivé, sourit le muvien.
_ Un ermite ? Derrière votre tour vit pourtant le reste de votre peuple. Je veux bien admettre que votre communauté soit peu nombreuse, cependant, vous ne pouvez dire que vous êtes seul.
_ Tu dis cela parce que ça ne fait pas longtemps que tu es chevalier. Tu comprendras très vite que la vie d’un Saint est faite de solitude. Nous frôlons la mort à chaque instant. Notre mission sur Terre et si fondamentale que notre existence peut cesser malgré notre jeune âge.
_ Oui, je comprends tout à fait. Je disais cela pour vous taquiner Seigneur Mû. Parfois, je trouve en vous l’attitude pessimiste de mon maître Arlès. Il faut dire qu’il était le frère de votre maître Shion. Vous avez dû hériter de leur mélancolie, rigole enfin Nicol.
_ Et pas toi ?
_ Cela se témoigne chez moi par une attitude plus austère.
_ Il faut dire que tu es bien plus mature que Mei et Yulij qui t’accompagnent.
_ C’est vrai, confesse le Saint de l’Autel. Heureusement, votre épouse m’accompagne et me permet d’évoquer certains sujets qui ne passionnent guère nos deux jeunes camarades. D’ailleurs, je m’inquiète énormément pour le devenir de Yulij. Je l’aime comme un frère peut aimer une s½ur.
_ Je comprends. La bataille que livre en interne le Sanctuaire peut s’avérer dangereuse. »
Nicol secoue la tête. Il pense à autre chose et se rapproche, sans le savoir, des visions qu’a eu Marine la veille, lorsqu’elle a touché le sceau qui retenait le Jonc prisonnier.
_ « Certes. Néanmoins, j’ai vu d’autres signes dans les étoiles. Je ne sais pas pourquoi, mais le combat que nous allons mener n’a rien à voir avec la reconquête du Sanctuaire. Quelque chose d’autre se trame. Une situation bien plus dangereuse que celles rencontrées par Athéna dans le passé. Je pense que la réponse se trouve auprès du Saint de l’Aigle. Les étoiles de cette constellation m’intriguent depuis plusieurs jours.
_ Dans ce cas si votre chemin venait à ne pas être celui de la libération du Sanctuaire, alors nos routes se sépareront. Mais j’ai foi en vous. Tout comme j’ai foi en les chevaliers que suit actuellement mon disciple Kiki. Je sais qu’ils parviendront à libérer le Sanctuaire du mal. Et si votre quête consiste à aider Athéna, alors elle n’en pourra qu’être plus utile une fois le Sanctuaire épuré du mal qui le ronge.
_ Merci Seigneur Mû.
_ Tu n’as pas à me remercier. Je reconnais dans tes propos la sagesse propre à Arlès. Tu disposes de tous les attributs nécessaire à un Saint de l’Autel qui destine ce chevalier à être le second du Pope, voire son suppléant si besoin est. »
Nicol, touché par une telle déclaration, scrute l’horizon avec fierté.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

A l’intérieur de la demeure de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer, les dieux conspirateurs, Apollon, Héphaïstos, Héra et Hestia, poursuivent leur bilan sous les yeux de Roloi et Helénê, les fidèles sujets d’Apollon.

_ « Tout de même, qu’un humain parvienne à blesser un dieu, cela me laisse circonspect, persiste Héra devant la mine confuse d’Hestia.
_ Plait-il ? Il ne s’agit en aucun cas d’un humain mais d’Hébé ! Cette traîtresse s’est sacrifiée pour les hommes et a affaibli Hestia, précise de suite Héphaïstos qui refuse qu’il soit porté atteinte à leur céleste statut.
_ Le coup a tout de même été porté par un humain, précise Héra, moins sûre qu’à l’accoutumée. C’est indéniable… »

Grand meneur de cette confrérie, Apollon se contente d’une de ces courtes phrases qui le rendent si charismatique et qui le caractérisent si bien.
_ « Héra à t’entendre on croirait que tu crains les hommes.
_ Absolument pas, assure-t-elle avec grandeur en bombant la poitrine. Je pare à toute éventualité. C’est tout. Il s’agit d’un guerrier d’Athéna. Il a réussi à porter un coup à l’une des nôtres. Que cela soit grâce à Hébé ou non, les faits sont là. De plus, il est parvenu à repousser Hestia jusqu’ici et à la suivre. Cela signifie que…
_ Il suffit à présent, interrompt Apollon, imposant à la Déesse du Mariage le silence. L’homme n’a jamais été rien d’autre qu’un cafard pour nous. Cela ne changera jamais.
_ Toujours est-il que la présence de cet homme en Olympe est une injure, rétorque Héphaïstos, seul semblable d’Apollon à oser lui répondre. Il est parvenu à traverser l’Hyperdimension. Notre dimension ! Et cela, indemne !
_ C’est un miracle, rajoute Hestia amère.
_ Seuls les dieux sont grands. Leurs actes sont semblables à des miracles pour les hommes. Les humains espèrent en accomplir. Car c’est tout ce qui leur permet de s’accrocher à leur misérable existence, annonce Apollon d’un sourire perfide qui témoigne de toute la confiance qu’il place en son essence divine. Traverser l’Hyperdimension n’est en rien miraculeux pour un Dieu. Ni pour un homme bénéficiant de l’assistance d’un dieu, adresse-t-il à Héphaïstos en lui balançant avec dédain la dague brisée d’Hébé après l’avoir saisit sur le banc de pierre où elle trône.
_ Alors ce guerrier est sorti indemne de l’Hyperdimension parce qu’il était protégé par la dague d’Hébé, aboutit Héphaïstos.
_ Il la tenait fermement dans ses mains jusqu’à notre arrivée en ce lieu, se souvient douloureusement Hestia. »
Héra reste néanmoins dérangée : « Toujours est-il qu’il est ici, en Olympe. Vivant. Sa présence ne peut qu’être préjudiciable à nos plans. Si le Seigneur Zeus venait à…
_ Dès son intrusion ici je l’ai fais conduire aux prisons de l’Olympe, réagit prestement Apollon. Voici des décennies que notre coliseum n’a pas accueilli de divertissement pour notre bon plaisir. Je me charge de Zeus. »



J’étais pris au piège, bien loin de m’imaginer le sinistre complot organisé par quelques olympiens.
Baigné par les souvenirs de mon passé, j’essayais de penser à autre chose, qu’à ma modeste condition dans la prison céleste.
Heureusement, la lecture des étoiles par Nicol, laissait présager que Marine ne serait pas seule pour poursuivre la lutte contre Apollon et les siens.
D’ailleurs, dans un monde ou chacun jouait un jeu, je me demandais si les conseils de cette femme mystérieuse étaient sincères. Pourquoi m’avait-elle sauvé d’un saut dans l’Hyperdimension ? Mais surtout, qui était-elle ?

8
Only for Love / Chapitre 56 - Une journée de sacrifices
« on: 2 January 2020 à 12h06 »
La journée du 2 novembre 1986, était celle où je réalisais que quel que soit le niveau de l’homme, jamais il ne lui serait aisé d’atteindre les dieux.
L’écart entre l’Olympe et la Terre se faisait nettement sentir.



Chapitre 56 - Une journée de sacrifices

En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Après une chute de plusieurs centaines de mètres, Marine, Baucis et Philémon se réceptionnent au fond du gouffre où Apodis les a précédé.
L’étrange lueur qui provient de l’intérieur du temple leur indique le chemin à suivre.
Devant eux se dressent les vestiges du temple d’Hestia, où des colonnes doriques maintiennent la croûte terrestre qui forme le plafond.
Sur le parvis, là où restent seulement les bases de quelques statues arrachées, leur compagnon Apodis gît dans son sang.

Celui-ci, toujours conscient, appelle ses proches à la prudence : « Soyez vigilent les amis. Au bout du temple, au pied de la statue d’Hestia, sur un banc de pierre, se trouve le Jonc. Un étrange guerrier le garde. »
Philémon lève aussitôt les yeux dans la direction indiquée par Apodis et distingue leur adversaire. Un homme grand, mince, aux cheveux verts descendant sur ses épaules et devant ses sourcils.
L’impétueux chevalier se jette dessus en souriant : « Pas de soucis, je m’en occupe. »

La fine bouche de l’ennemi n’esquisse pas la moindre réaction et son regard est inexpressif.
Il se contente de sautiller sur le côté pour éviter le poing de Philémon. D’un geste acrobatique, il décoche à une vitesse folle un coup de pied au Lièvre qui s’écrase contre un pilier.

Voyant son concubin en danger, Baucis se précipite à son secours. Son poing libère ses Flèches d’Héraclès : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Avec son seul index, le protecteur de la demeure se contente d’immobiliser chaque coup pourtant porté à la vitesse de la lumière.
Une fois la dernière flèche immobilisée, toutes se retournent aussitôt contre Baucis. L’Alcide est balayée par sa propre attaque.

A l’entrée du temple, Marine relève Apodis. Ses propos arrêtent le couple qui s’apprête à attaquer de nouveau : « Du calme Philémon. Baucis. Cet adversaire n’a rien à voir avec ceux que vous avez pu affronter jusqu’à présent. Il n’a rien d’un humain. Il est à mi chemin entre un homme et un dieu. Il s’agit d’un olympien. Plus précisément, un guerrier de l’Olympe, un Ange. »
Pour la première fois, l’Ange amorce sur son visage ce qui s’apparente à de la surprise : « En effet, je suis Peleus. Un Ange. »
Apodis marmonne : « Peleus… Comme le Pélée de la mythologie grecque, fils d’Eaque et de la nymphe Endéis ?! »
Marine confirme : « En effet, ces guerriers élus des Dieux de l’Olympe portent les Glories, des armures inspirées des héros et autres personnages importants de la mythologie. Si pour certains d’entre vous le septième sens est nouveau, pour ces êtres d’exception, il est inné. »
Philémon essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche : « Tu m’as l’air rudement bien renseignée ! »
Peleus réalise à qui il a à faire et répond pour Marine : « L’Aigle. Tu es l’Aigle, je comprends tout à présent. »
Malgré la situation critique, Philémon chipote : « L’Aigle ! L’Aigle ! L’Aigle ! Ça va bien cinq minutes ces histoires d’oiseaux ! Qu’est-ce que ça signifie bon sang ? »
Marine n’apporte aucune explication. Elle fixe avec insistance la direction du bracelet scellé et demande à Peleus : « J’imagine que si je parviens à toucher le sceau, j’entrerai directement en contact avec l’Olympe et parviendrait à trouver où est détenu le Pendentif de Zeus ? »
Philémon continue de se plaindre : « Jonc d’Athéna ! Maintenant Pendentif de Zeus ! Est-ce qu’on va avoir le fin mot de tout ça ? »
D’un ton froid et monocorde, Peleus ignore Philémon : « Allons Aigle, tes pouvoirs sont scellés eux aussi. Tu es aussi faible qu’un humain ordinaire. Tu as beau avoir poussé le vice en devenant Saint pour développer un cosmos, la puissance du sceau te tuerait. Aucun humain ne peut ôter ce sceau. »
Marine réplique : « Mais tu l’as dis toi même, je ne suis pas humaine, je suis l’Aigle. »

Apodis interrompt le dialogue en se mettant devant Marine : « La seule chose que je comprends à vos histoires, c’est que toi seule, Marine, peux ôter le sceau d’Hestia n’est-ce pas ? Dans ce cas, Philémon, Baucis, nous devons tout faire pour protéger Marine et vaincre ce type ! La protection de la Terre est en jeu. Alors pour Athéna… »
Philémon concentre son cosmos : « Pour Athéna… »
Baucis les imite : « Pour Hébé… »
Tous trois se jettent en criant en ch½ur : « … A l’attaque ! »

Peleus se terre de nouveau dans le silence.
Avec son index droit et son index gauche, il repousse le Wing Jikan No Yoyu d’Apodis et le Héraclès Hunting Arrow de Baucis. Ceux-ci esquivent les contre-attaques, pendant que Philémon fonce à la vitesse de la lumière sur Peleus qui a perdu sa garde : « Lepus Sweep ! »
Ses deux mains occupées à repousser les arcanes d’Apodis et de Baucis, Peleus fait preuve d’une souplesse incroyable en fléchissant ses genoux pour courber son dos en arrière et laisser passer Philémon au-dessus de lui sans craindre le Balayage du Lièvre.
Désarmé, Philémon reçoit l’index de Peleus contre son poitrail. Cette fois-ci l’Ange ne se contente pas de repousser la technique de son adversaire, il attaque à son tour : « God Anger. »
Le Saint de bronze du Lièvre est propulsé en direction du plafond fait de terre. Il y reste encastré. Sur le sol retombent déjà des morceaux de son plastron imprégné de son sang.

Apodis et Baucis atteignent Peleus. L’Ange, de nouveau sur pieds, les voit changer de positions.
Baucis libère un souffle sablonneux dans chacune de ses mains, tandis qu’Apodis s’élance en l’air : « Sand Swirl ! »
Les Tourbillons de Sable cachent Apodis de la vue de l’Ange, sans pour autant l’inquiéter.
Chacun de ses index se charge de prendre le contrôle des bourrasques.
Pendant ce temps, Apodis recroqueville ses coudes alors que ses ongles s’allongent. Les trente neuf étoiles de sa constellation se relient dans le ciel et embrasent son corps. Tel un rapace qui rase le sol, il se rabat à grande vitesse en direction de Peleus.
Lorsque ce dernier est en mesure de repousser la technique de Baucis, il est surpris par Apodis venu le frapper de ses dix doigts affûtés et brûlants grâce à l’incandescence de son cosmos poussé au septième sens : « Shining Apus Claw ! »
De toute sa vitesse, de tout son poids, le grec s’écrase contre l’Ange qui n’a pas d’autre choix que de renoncer à repousser le Sand Swirl de Baucis. Apodis et lui sont pris dans les Tourbillons de Sable et les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

A l’intérieur de son temple, Hébé médite sur son trône. Le Jonc d’Athéna amené par Marine serré dans sa main droite, la Déesse de la Jeunesse cramponne l’accoudoir de son siège avec la main gauche.

Prosternés à ces côtés, Juventas Alcide des Juments de Diomède et ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale perçoivent un profond malaise.
Vêtus de leurs Cloths, les deux chevaliers voient leur doute être confirmés par leur déesse.
Celle-ci, douce et délicate, fait apparaître dans sa main gauche, d’un geste parfaitement contrôlé, une arme.
Juventas commente : « Un manche tressé d’un cuir bleuté qui permet de manipuler une fine lame ovale aux reflets azurs. Il s’agit de l’arme emblème de sa Majesté Hébé. »
Les grands yeux bleus de la déesse s’ouvrent enfin : « Baucis et les chevaliers d’Athéna vont avoir besoin de la plus grande aide qui soit. »
L’infirme ¼dipe utilise son cosmos pour faire résonner sa voix : « Éminence, vous n’allez tout de même pas vous rendre sur Ténédos ?
_ N’ait crainte ¼dipe. Si le Sanctuaire découvre que je quitte ce lieu, alors le Grand Pope sonnera la charge contre l’île. Il craint trop que je ne trouve Athéna pour m’allier à elle. Voilà pourquoi il préfère que nous nous neutralisions mutuellement. Lui, en encerclant l’île et ainsi en menaçant notre peuple si je tente une riposte. Moi, en restant ici sans tenter quoi que ce soit. Mon corps restera donc en ce lieu. Seul mon âme ira à la rencontre de Baucis et des autres. »
Juventas explose : « Altesse ! Avec tout le respect que je vous dois, c’est de la folie ! Si vous n’y envoyez que votre âme et que celle-ci est confrontée à une dure épreuve, il est possible que vous y succombiez ! »
L’amie d’enfance de Saga reste placide pour ne pas inquiéter ses deux soldats : « Je le sais. Hélas, Athéna lutte actuellement pour reprendre son Sanctuaire. Elle n’est pas totalement éveillée et est trop faible pour lutter contre ce qui attend Baucis et nos camarades. Cette bataille la dépasse pour le moment. Pour la justice, l’amour et la paix, il n’y a que moi qui puisse agir… »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Sous terre, dans les vestiges du temple d’Hestia, un nuage de fumée s’est soulevé après le choc des cosmos de Baucis et d’Apodis contre Peleus.

Avant que la poussière ne soit dissipée, Baucis crie déjà victoire.
Quand, inopinément, surgit face à elle l’Ange à la Glorie fissurée sur toute sa surface. Quelques plaies souillent son corps et le défigurent légèrement, pourtant son visage reste inexpressif face à la douleur et la colère.
Son arrivée imprévue désarçonne totalement Baucis prête à encaisser le God Anger.
L’index pointé contre le ventre de l’Alcide enceinte, Peleus est gêné par l’arrivée dans son dos d’Apodis.
Bien que son épaule gauche et son thorax soient blessés et sa Cloth partiellement endommagée, l’Oiseau de Paradis vient au secours de sa camarade.
Les sens en alerte, Peleus tourne sur lui-même pour accueillir en pleine face le courageux Saint d’un coup de pied retourné.

Renvoyé au tapis, Apodis a du mal à recouvrir tout de suite ses esprits. Peleus achève son acrobatie en balayant au sol les jambes de Baucis restée immobile. La jeune femme chute à son tour.
Lorsqu’il souhaite l’achever, Peleus est étrangement dérangé. Il remarque que Marine n’est plus positionnée là où elle était au début des assauts.

Subitement, grâce à un heureux réflexe, il lève les yeux au ciel. Il reconnaît l’Aigle foncer sur lui jambe droite tendue en avant : « Eagle Toe Flash ! »
Peleus réceptionne le pied de la Saint d’argent avec son index droit et renvoie contre elle toute la puissance de son arcane.
Baucis s’allie à Marine en projetant les Flèches d’Héraclès : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Mais avec son autre main l’Ange repousse l’attaque contre Baucis.

Apodis se relève alors juste sous les yeux de son adversaire désarmé et le frappe de toutes ses forces en plein visage de sa plus puissante technique : « Frantic Fury ! »
Tel un oiseau qui s’élance de toute sa force et tout son poids, Apodis libère sa Furie Frénétique contre l’olympien. A la vitesse de la lumière, semblable à un éclair, l’immense sphère de cosmo énergie traverse la pièce et renvoie au fond du temple Peleus.
D’abord frappé en plein visage, le globe de cosmos a ensuite dévoré l’Ange pour matraquer l’ensemble de son corps.
Le gardien du Jonc s’écrase contre la statue d’Hestia qui se brise sous le coup. Les décombres fracassent le banc de pierre où repose le bracelet et le renverse au sol.

Apodis reste immobile à observer le poing duquel il a libéré ce miracle : « C’est prodigieux. Mes efforts réalisés sur l’île Kanon ont porté leurs fruits. »
Devant lui, retombe le diadème brisé de l’Ange. Il relève les yeux jusqu’à la statue brisée, en suivant du regard les tâches de sang et les débris de la Glorie qui jonchent les dalles.

Derrière le chevalier de bronze, Marine et Baucis se remettent de leurs efforts.
Baucis lève les yeux au plafond pour distinguer le corps de Philémon, toujours inconscient, encastré dans la roche.
Elle commence à s’avancer jusqu’à en dessous de lui pendant qu’Apodis suit Marine, pressée de récupérer le Jonc.

Soudain, Apodis perd son petit sourire joyeux. Son exceptionnel sens de perception ne le trahit pas.
Il a à peine le temps de pousser Marine au sol pour lui éviter d’être abattue, qu’il encaisse à sa place une terrible onde de choc qui pulvérise son plastron.
Sorti des débris, l’Ange au visage couvert de l’hémoglobine qui s’écoule de ses plaies murmure le nom de l’arcane administré : « God Anger. »
Son expression reste insipide. Son corps, revêtu d’un tissu prune arraché et d’une jupette déchirée, est protégé par quelques miettes de ce qu’il reste de sa Glorie.
Il n’exprime pas la moindre douleur, malgré l’état dans lequel il se trouve. Sans crier gare, il tend son index à nouveau en direction du plafond où est encastré Philémon et provoque une onde de choc pour le libérer de la croûte terrestre.
Tout en gardant le doigt tendu en direction de son adversaire, Peleus libère une seconde fois la Colère des Dieux pour abattre Philémon avant que celui-ci ne revienne à lui : « God Anger. »
La trajectoire de son bras est dévié par Marine : « Ryu Sei Ken ! «
Le fluide surpuissant de Peleus heurte le plafond et provoque un éboulement. Baucis se saisit de Philémon en pleine chute et s’extirpe à temps. Le couple retombe au sol pendant que Peleus se retourne en direction de Marine.

Celle-ci, préférant ne pas voir son arcane retourné contre elle, entame un corps à corps.
Peleus la devance, en lançant une droite qu’elle fuit en sautant au-dessus de lui. Elle retombe en le frappant avec le talon droit au sommet du crâne mais il lui bloque la jambe. Elle se déhanche alors dans les airs et parvient à le frapper à l’abdomen avec sa jambe gauche.
Tout en gardant son calme habituel, Peleus répond en lui balançant sa jambe gauche en plein visage. Heurtée de plein fouet, elle encaisse un enchaînement de plusieurs coups de poings successifs sur tout le corps.
Totalement désorientée, elle ne peut rien faire, lorsqu’il pose son index contre sa poitrine pour déclencher la Colère des Dieux.
Miraculeusement, un Tourbillon de Sable passe entre lui et Marine, le contraignant à abandonner sa tentative. L’Alcide de la Biche de Cérynie, débarque sur son flanc droit pour prendre la relève : « Sand Swirl ! »
Un autre Tourbillon de Sable dévaste tout à mesure qu’il s’approche de lui.
A bout de force, Marine, elle, tombe à genoux.

Avec son index, Peleus retourne en direction de Baucis le Sand Swirl. Celle-ci contre alors sa propre attaque avec un nouveau Tourbillon de Sable : « Si Marine a réussi à t’atteindre, cela veut dire qu’Apodis t’a considérablement affaibli. Je suis certaine qu’on peut te vaincre. Montre-moi donc jusqu’où tu peux aller avec ce qu’il te reste de cosmos : Sand Swirl ! »
Sans difficulté, Peleus repousse le Tourbillon de Sable. Baucis amplifie sa cosmos énergie jusqu’à son paroxysme pour repousser l’accumulation de cosmos en suspens entre eux deux : « Essaie donc de repousser l’accumulation de tous ces tourbillons mêlés à tout ce qu’il me reste de cosmos : San… »
Aux côtés de sa concubine, se redresse Philémon. Bien que meurtri après le God Anger encaissé, il adresse un sourire fripon à sa bien-aimée : « A cela je t’invite mon cher Pélée à repousser une seconde tornade… »
Le Saint du Lièvre libère sa cosmo énergie pour la conjuguer à celle de sa compagne : « Lepus Sweep !
_ Sand Swirl ! »
Les tornades deviennent des cyclones, obligeant Peleus à utiliser son second index pour les contenir.
L'amas de cosmos stagne devant l’Ange qui déclare sans la moindre émotion : « Il ne fallait pas vous attendre à un miracle. Vous n’êtes que des humains. »

Inopinément, les yeux du hautain personnage s’écarquillent lorsqu’il remarque que sur le côté Marine se redresse.
Ne pouvant réagir, il assiste, impuissant, à une énième tentative de la part des êtres qu’il dénigre.
Marine se jette à ses pieds, entre lui et les amas de cosmos, pour libérer de sa main droite : « Ryu Sei Ken ! »
Dans l’incapacité ni d’esquiver, ni de renvoyer les Météores, il les encaisse sans broncher. Cela le déstabilise suffisamment pour lui faire perdre son duel contre le couple.
Il est avalé par la tempête, déchiré puis pulvérisé avant d’être désintégré comme le seront plus tard Odysseus et Theseus.

Aussitôt la cible anéantie, les arcanes du couple se dissipent dans l’atmosphère.
_ « Je crois qu’on l’a eu. », sourit Philémon.
Baucis se laisse tomber sur le dos et soupire : « Oui, on a réussi. »


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Autour de leur souveraine, ¼dipe et Juventas exultent : « Ils ont gagné ! »
La voix d’¼dipe gronde : « Ils sont parvenus à récupérer le second Jonc d’Athéna ! »

Néanmoins, leur gaieté tranche franchement avec l’anxiété de leur maîtresse. Celle-ci est affolée, elle tremble et est défigurée par l’angoisse : « Non, ils n’ont encore rien fait. La vraie bataille ne fait que commencer. »
Elle bondit d’un coup de son trône et plante sa dague dans les dalles de son palais.

Son corps, d’habitude si chétif, présente une tenue autoritaire et puissante. Ses sourcils sont froncés et son regard déterminé.
Juventas observe l’attitude inquiétante de la divinité. Celle-ci attache autour du poignet d’¼dipe le Jonc d’Athéna que lui a confiée Marine.
Né sans l’usage de ses cinq sens, ¼dipe perçoit grâce à son cosmos, l’énergie bienfaitrice d’Hébé entrer en contact avec lui : « ¼dipe, je te confie le Jonc d’Athéna en attendant le retour de Marine. Toi, l’homme qui a été abandonné par les siens à sa naissance, si tu as su trouver ici l’amour d’un peuple, c’est parce qu’au fond de toi tu as beaucoup à offrir, à partager. Le peuple d’Yíaros compte sur toi. Guide-le à la lumière, auprès d’Athéna, lorsque l’heure sera venue. Merci à toi d’être l’Alcide que tu es. Merci à toi d’être venu auprès de moi, pour offrir à la déesse que je suis, la richesse du c½ur d’un être humain. »
S’il le pouvait, ¼dipe pleurerait sûrement à l’heure qu’il est. Cette déclaration d’Hébé l’émeut tellement qu’il n’arrive pas à y répondre.

Hébé se tourne devant Juventas qui a déjà ôté son masque pour implorer la déesse de ses grands yeux noyés de chagrin de ne pas commettre l’irréparable.
Hébé vient cueillir le visage du nouveau général de son armée : « Ah… Juventas. Comme il me manque ce temps où j’étais Ambroisie et que nous nous promenions en compagnie de Saga et Iphiclès dans les champs de notre royaume. Iphiclès et toi n’étiez encore que des enfants, mais déjà vous exprimiez toute la bonté, la vigueur et l’honnêteté des hommes. Je ne veux pas que cela change. Hébé va partir à la rencontre de Baucis. Il ne restera plus ici que l’enveloppe charnelle d’Ambroisie. J’aimerai alors qu’à cet instant tu me serres dans tes bras comme je le faisais avec toi durant ton enfance. Accompagne Athéna lorsque la Guerre Sainte contre l’Olympe éclatera. Tu as retrouvé auprès d’Apodis la passion et la paix à laquelle aspire chaque être. Sers t’en pour lutter contre les dieux malveillants. Yíaros est sous ta juridiction désormais. Le royaume n’a plus besoin d’Hébé. Tout comme la Terre, il n’a plus besoin de dieux, mais d’amour, seulement d’amour. »
Elle baise le front de la jeune Alcide au visage bleuit par la peine…


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Dans les vestiges du temple d’Hestia, se sont rajoutés aux ruines du passés, les débris des affrontements d’aujourd’hui.
L’essence divine d’Hestia qui imprègne ce lieu de culte abandonné permet aux torches de scintiller sans fin.

Elles éclairent Marine, esseulée, qui arrive à proximité du Jonc. Elle fixe l’artefact avec insistance et s’en saisit de la main droite. Elle se remémore le jour où elle a obtenu le premier Jonc qu’elle a confié à Hébé…


Flashback
Année 1981 - Il faisait chaud. L’air était sec et les vêtements du jeune garçon dont elle avait la responsabilité étaient noyés par sa sueur.
A proximité de Paesco, le village où elle vivait, Marine entraînait Seiya comme elle en avait l’habitude depuis presque un an.
Le petit garçon approchait le millième enchaînement demandé par le Saint d’argent, pour lui forger une résistante ceinture abdominale.
Sous son masque, les yeux de la japonaise scintillaient en voyant à travers l’enfant son petit frère disparu. « Toma… Es-tu toujours en vie ? As-tu survécu à l’attaque dont nous avons été victimes ? Sans mon Pendentif de Zeus, il m’est impossible d’accomplir la mission qui nous a été confié. Voilà pourquoi j’ai choisi d’entrer dans la chevalerie. Pour approcher nos jumeaux astraux, Pégase et la Chouette. Hélas, il semblerait que eux aussi aient été victimes d’un complot. La Chouette n’est plus auprès de Pégase. Et Athéna ne semble pas être présente dans ce Sanctuaire. Je vais donc devoir jouer le rôle de la Chouette, pour permettre à Athéna de se rapprocher de son plus puissant atout. Si Pégase est aux côtés d’Athéna, alors elle sera certainement capable de surmonter les maléfices qui s’abattent sur Terre. Cela nous aidera donc peut-être à nous retrouver. », pensa-t-elle.

La nuit venue, alors que le japonais reprenait des forces, étalé sur sa couche, la bouche grande ouverte, libérant un épais filet de bave qui confirmait son profond sommeil, son professeur le surplombait.
Les bras croisés, Marine regardait un bracelet accroché autour du poignet droit de Seiya. Le bijou est gravé de deux symboles s’entremêlant, Pégase et la Chouette. Marine soupire : « Seiya, si tu savais vraiment à quoi correspond vraiment ce bracelet. Normalement c’est ta s½ur qui devrait être auprès de toi pour te guider à Athéna. Malheureusement, je crains qu’elle n’ait été victime des maléfices de l’Olympe. Je vais devoir te priver du seul objet qu’il te reste d’elle pour tenter de la retrouver. »
Elle lui subtilisa délicatement l’artefact…

Le lendemain matin, comme chaque matin, il fallut à Marine un seau d’eau glacé qu’elle balança sur Seiya pour le sortir de sa torpeur : « Combien de fois faudra-t-il que je le répète ? Tu dois être capable de sentir dans le soleil cette source de vie qui t’habite. Elle t’est nécessaire pour apprendre à maîtriser le cosmos… »
Seiya baillait en ouvrant grand la bouche, obligeant Marine à le cogner derrière la tête : « … Seiya !
_ Mais ça ne va pas Marine ?! J’ai failli me mordre la langue !
_ Ça n’arriverait pas si tu sentais le soleil se lever ! Cela m’éviterait d’être obligé chaque matin à te tirer du lit ! Tu te dois d’être prêt à t’entraîner dès l’aube ! »
Seiya s’agaça en regardant en direction du seul souvenir qu’il avait de sa s½ur : « Pour une fille, tu n’es pas très douce. Au moins, pour me réveiller, Seika, ma s½ur me… Mais… »
Il bondit instantanément et défit ses draps : « Mon bracelet ! Le bracelet que ma s½ur et moi avions en commun ! Où est-il ? »
Marine joua parfaitement la comédie : « De quoi parles-tu ? »
Seiya, paniqué, déboussolé, tendait son poignet en direction de Marine : « Mon bracelet. Là ! A mon poignet ! J’avais un bracelet ! Je l’ai depuis mon arrivée ! Où est-il ? »
Marine lui tourna le dos et s’engagea : « Cesse de chercher des excuses pour ne pas aller t’entraîner ! Dépêche-toi à présent ! Nous sommes déjà en retard !
_ Je n’irai nulle part sans mon bracelet ! »
Marine le souleva par le col et le passa par-dessus elle pour le jeter dehors : « Je me fiche de ton bijou. Tu as dû le perdre en t’entraînant ! Si tu faisais un peu plus attention à ce qui t’entoure tu ne l’aurais pas perdu. »
Seiya, blessé et attristé, tourna la tête pour ne pas montrer ses yeux gondolés par les larmes.
Marine pensa en passant à côté de lui : « Je te le rendrai lorsque tu seras auprès d’Athéna et que j’aurai retrouvé mon Pendentif. Un jour, tu comprendras… »
Flashback


Elle sort de ses songes et approche sa main gauche, tremblante à l’idée de toucher le sceau d’Hestia.

Plus loin, Philémon avance en boitillant en direction du corps gisant de l’Oiseau de Paradis : « Je vois Apodis là-bas. Il faut voir s’il est vivant. »
Baucis qu’il ignore porter son enfant retient le petit grec : « Attends ! J’ai quelque chose d’important à te dire. »
Convaincu de leur victoire et de l’absence de tout danger, elle imagine le moment opportun pour lui annoncer la nouvelle. Elle caresse le bas de son ventre et ôte son masque de femme chevalier pour lui dire de ses yeux amoureux : « Je suis… Je porte… »


Brusquement, une lumière ardente et aveuglante envahie la pièce, l’empêchant d’achever sa phrase. Les hurlements de souffrance de Marine accompagnent cette lueur.

Philémon regarde, inquiet, sa bien-aimée : « Marine ! Le sceau ! Elle essaie de le retirer !
_ Cette lumière, on dirait celle qui émanait des animaux possédés par le feu sacré dans la forêt. »

Le corps peu à peu marqué par l’incandescence du foyer qui se dégage du sceau, Marine n’abdique pas. Elle tire de toutes ses forces sur l’estampille qui frappe le Jonc.
Des flashs lui viennent alors. D’abord des souvenirs, puis d’étranges liens avec ce qu’elle cherche réellement : Deux enfants… Une jeune fille et un petit garçon, son frère, Toma… Deux clochettes, les Pendentif de Zeus… Un temple aztèque, une tribu qui vénère le soleil… Au c½ur de la pyramide aztèque, son Pendentif de Zeus…

Autour de l’équipe d’Apodis, la terre se met à trembler.
Les colonnes se fendillent, permettant au plafond terreux de descendre peu à peu, menaçant les personnes qui se trouvent dans le temple d’être ensevelies.

Les remous ramènent Apodis à lui. Il se relève avec difficulté en tenant sa poitrine couverte de sang.
Il distingue difficilement Marine, prisonnière au beau milieu du foyer.

Cette dernière est toujours frappée par des flashs : Elle et Toma, battus, séparés… Un Ange qui apparaît devant eux… Le Pendentif de Marine dérobé… Puis, la tribu sud-américaine qui célèbre le sceau apposé sur le pendentif en forme de clochette…
Dans un hurlement surhumain, Marine réussit enfin à retirer le sceau et à libérer le Jonc.

Le foyer disparaît aussitôt et libère Marine de sa souffrance. Son corps est partiellement brûlé tandis que sa Cloth s’est fissurée sous l’effet de la chaleur.
Pourtant, cela n’empêche pas Marine de rire aux éclats.
La pensant folle, Apodis titube et demande : « Tu vas bien ? Marine ? »
Elle libère d’une voix pleine d’extase : « Je l’ai vu ! Mon Pendentif de Zeus ! J’ai un indice grâce au cosmos olympien qui imprégnait ce sceau. »

Philémon et Baucis les rejoignent. Le petit grec demeure impatient : « Tu veux être plus claire à présent ? »
Marine consent enfin à libérer le lourd secret qui l’entoure : « Mon frère, disparu, et moi-même, disposons d’un Pendentif de Zeus comme Pégase et la Chouette sont censés posséder un Jonc d’Athéna. Toutefois, le mien a été dérobé au même titre que celui de la Chouette. Le bracelet que détient Hébé et qui nous a guidé à celui-ci appartient à Seiya le Saint de bronze de Pégase. Normalement la Chouette est toujours à ses côtés pour rapprocher Pégase et Athéna. Cependant, durant l’apprentissage de Seiya, j’ai pu voir que la Chouette ne venait pas et j’ai compris alors que son Jonc avait dû lui être dérobé. J’ai donc pensé qu’en retrouvant le Jonc, je retrouverai les responsables de la perte de ma clochette. »
« Et tu l’as retrouvé ? », croit comprendre Baucis.
_ « Hélas non, pas précisément. J’ai besoin des connaissances d’un homme occupant de hautes fonctions et étant capable de m’éclaircir sur ce que j’ai vu. Je saurai alors où est retenu mon Pendentif de Zeus et je retrouverai mon frère. »
Apodis insiste : « Veux-tu enfin nous dire qui es-tu désormais ? Et nous expliquer à quoi servent ces bracelets et ces clochettes ?
_ Bien sûr. Je suis… »


Soudain, une voix retentit dans l’atmosphère et empêche Marine d’en dire plus.
Le ton est méprisant, l’allocution est claire et uniforme : « Misérables humains. Comment avez-vous pu vous permettre de bafouer mon temple ? »
L’espace temps se courbe mystérieusement à hauteur de la statue détruite d’Hestia et ouvre une brèche sur l’Hyperdimension.
Celle-ci libère une entité aux traits féminins. Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche. Un voile couvre sa tête et ses cheveux rougeoyants. Ses petits yeux sombres ne perdent rien de leur hauteur. Larges et plissés, exprimant à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, l’entité présente un visage très fin, aux traits très tirés.
Elle libère une cosmo énergie oppressante qui tétanise les quatre alliés.

Les chevaliers ne tardent pas à comprendre qu’ils ont en face d’eux la maîtresse de ces lieux.
La Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
Hestia.

Pressentant une effroyable menace, Apodis passe devant ses amis pour les protéger : « Fuyez avec le Jonc à présent ! Je vais retenir Hestia ! »

A l’écoute de ces paroles injurieuses, le regard condescendant d’Hestia prend la direction du Saint de bronze.
Immédiatement, son corps se fige et une puissante déflagration lui souffle le torse et le visage, ne laissant plus que du Saint sa peau nue jusqu’à la taille, dévêtue du moindre tissu et du moindre morceau de Cloth.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Dissimulant du mieux qu’elle peut son affliction, Hébé libère Juventas de son étreinte et se relève en dressant sa dague en direction du ciel.
L’arme libère peu à peu une lueur azure, qui englobe au fur et à mesure qu’elle inonde la pièce le corps de la déesse.
Avant qu’elle ne perde de vue ses deux Alcides, Hébé leur adresse un sincère sourire : « La lutte continue. Comme nos cosmos, l’amour est immortel. »

Le scintillement atteint son apogée pour finalement cesser brusquement.
A mesure que ces yeux se réhabituent à la lumière ambiante, Juventas remarque le corps d’Hébé, debout, livide, le bras pointant la direction du ciel : « La dague… Elle a disparu. »
La cosmo énergie d’¼dipe complète : « Et la présence d’Hébé… Aussi ! »
Le corps, totalement désarticulé, s’affaisse.
Juventas s’en saisit à temps et le sert fort contre elle, comme le lui avait demandé sa déesse.
Avec effroi, elle hurle son nom : « Hébé ! »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

A peine sortie de l’Hyperdimension, Hestia ne daigne même pas poser davantage les yeux sur le corps d’Apodis qui s’effondre sans vie.

Les trois derniers chevaliers se mettent en position sans que cela n’arrache la moindre réaction sur le visage impérieux de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer. D’une voix toujours aussi imposante, elle commente ce qui vient de se produire : « Oser parler ainsi de moi comme l’a fait ce misérable est outrageux. »
Elle remarque enfin les trois acolytes en garde : « Vous qui essayez d’être supérieurs aux dieux, les dieux ne peuvent le permettre. Vous devez être punis. »
Marine réagit : « L’homme ne cherche pas à être supérieur aux dieux. Il essaie de vivre. »
Philémon, furieux devant le corps inanimé d’Apodis, complète : « D’ailleurs, que sont ces dieux qui ne protègent pas ceux qui essaient de vivre ?
_ Que sont ces dieux ? Un humain n’a même pas à poser une telle question… »
Elle tend son bras en direction du groupe, prête à invoquer la même technique que celle qui a eu raison d’Apodis : « … Les humains ne peuvent renier les dieux. Je vais vous rappeler pourquoi : Sacred Fire. »
Une lueur intense éblouit le souterrain et arrache tout sur son passage dans une totale déflagration, provoquant un peu plus l’effondrement du vétuste temple.

Insignifiants face à une déesse, le trio ne peut rien faire d’autre que de croiser les bras pour espérer se protéger.
A l’instant où le déchaînement du Feu Sacré s’apprête à les anéantir, un objet jaillit devant eux.
Celui-ci, la dague au manche tressé d’un cuir bleu marin et à la lame fine aux reflets bleu azur, resplendit et englobe les humains de son cosmos bienfaisant.

Une fois le souffle passé, Hestia reste inexpressive devant les survivants. Elle constate avec mépris : « Seul un objet divin peut réussir un tel miracle… Hum… Je vois… Les dieux qui se sont approchés des hommes ne valent pas plus qu’eux. J’espère que tu t’en rends compte, Hébé. »
Par-dessus l’arme, se matérialise l’apparence d’Hébé : « Protéger les hommes et les envelopper de leurs connaissances, voilà ce qu’un dieu est censé faire. »

Baucis est subjuguée par l’intervention de sa divinité protectrice : « Faute de ne pouvoir quitter l’île sous peine de laisser notre peuple à la merci du Sanctuaire, notre Majestueuse Hébé nous a envoyé l’artefact qui la symbolise. Tout comme Athéna possède Niké, l’arme d’Hébé est la dague. »

La Déesse du Feu Sacré et du Foyer ignore totalement la joie de ses adversaires et continue de se jouer de la Déesse de la Jeunesse : « Malheureuse. Être restée auprès d’Athéna sur Terre tous ces siècles t’a rendu aussi insignifiante que les hommes qu’elle protège. Tu en es réduite à projeter ton cosmos à distance, afin d’éviter à ton peuple la violence d’autres hommes. Mais une telle démarche, en plus d’être totalement stupide, t’affaiblit considérablement. Tu ne pourras pas protéger longtemps tes misérables vermisseaux : Sacred Fire. »
Une nouvelle vague de cosmos s’apprête à engloutir les chevaliers.
Devant eux, la matérialisation de l’âme d’Hébé écarte les bras : « Sweet Halo ! »
L’onde de choc des deux cosmos divins éloigne dans des directions opposées les corps des quatre chevaliers du temple.
Une radiation bleutée vient annihiler le Feu Sacré d’Hestia. Les deux cosmo énergies s’entremêlent. Elles forment entre les deux divinités une sphère d’énergie qui grossit davantage chaque fois que l’une ou l’autre déesse essaie de la retourner contre son adversaire.

Entre deux puisements dans ses ressources, Hébé se retourne et cherche les chevaliers qu’elle est venue défendre.
L’éclat provoqué par la confrontation lui permet juste de distinguer Marine et Baucis : « Partez. Partez avec le Jonc à présent. »
Marine hoche la tête et emboîte le pas à Philémon sans se soucier du reste, elle ramasse Apodis sur son chemin.
Avant d’approcher la sortie, elle lance un sincère : « Merci pour tout, grande Hébé. »
Derrière elle, Baucis refuse d’abandonner celle dont elle est censée assurer la protection : « Non Majesté. Je ne partirai pas sans être assurée que vous n’êtes plus en danger. Projeter votre âme loin de votre corps vous affaiblit. Je ne peux me résoudre à vous voir vous sacrifier pour moi. »
Le visage d’Hébé est de plus en plus déformé par la douleur. La boule d’énergie commence à pencher en sa défaveur. Cela ne l’empêche cependant pas d’adresser tout son amour comme elle en a l’habitude : « N’ait crainte. Il est du devoir d’un dieu de croire en l’homme. Je crois en vous. Lorsque la paix sera revenue au Sanctuaire et qu’Athéna aura surmonté les obstacles qui sont les siens, elle suivra la voix que je suis aujourd’hui. Et toi Baucis, tu l’accompagneras avec tes amis Alcides. A cet instant tu seras devenue une jeune et belle maman. Profite de l’amour et la tendresse d’un enfant. Bats-toi pour assurer cette vie de famille. Car c’est en cette époque que le sort du monde se joue. »
Hébé se retourne et puise dans ses derniers retranchements pour libérer son cosmos céleste : « Sweet Halo ! »
Un immense orbe azur se libère de ses mains et arrache le plafond terreux du temple, offrant au jour la possibilité de s’engouffrer en ce lieu. Au sol, les dalles sont soulevées et laissent sous elles des mètres de vide.
La vague d’Hébé désintègre tout sur son passage jusqu’à Hestia qui remarque sa bure se décomposer peu à peu.

Pourtant, la méprisante olympienne ne perd rien de ses sarcasmes : « Pauvre Hébé. Les dieux sont puissants et éternels. Nous avons le pouvoir. Toi qui as pactisé avec les hommes, tu ne peux égaler cette essence mirifique. Sacred Fire. »
Le cratère laissé par Hébé n’est rien par rapport au vide incommensurable provoqué par le Feu Sacré d’Hestia.
La genèse des deux cosmos divins prend le dessus sur Hébé et ravage ce qui restait du domaine abandonné de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.

Au pied de la sortie, Marine s’extirpe du gouffre avec Apodis sous le bras, tandis que Philémon revient sur ses pas chercher Baucis restée auprès de sa maîtresse et balayée comme un fétu de paille par la puissance d’Hestia : « Allons Baucis, fuyons. Nous ne pouvons pas rester ici. »
Sous son masque, Baucis est noyée par le chagrin : « L’âme d’Hébé va être anéantie par ce globe de cosmos.
_ Dans ce cas, ni toi ni moi ne pouvons faire quoi que ce soit. »
Face à la résistance de sa bien-aimée, Philémon se résigne à la cogner du tranchant de la main derrière la nuque pour lui faire abandonner toute résistance. Il s’élance à la suite de Marine.

Prise au piège, contenant du mieux qu’elle peut cette concentration ravageuse, Hébé regarde derrière elle pour s’assurer que les chevaliers sont à l’abri.
Elle n’échappe cependant pas aux quolibets de son adversaire : « Tu as le choix. Soit ton âme retourne auprès de ton corps, sauvant ainsi ta vie en abandonnant la lutte contre moi. Soit tu résistes et ton âme est détruite, ne pouvant plus jamais se réincarner et t’éliminant du court de l’histoire. Dans le premier cas, tu sacrifierais les hommes pour ton existence divine. Dans le second, tu irais au bout de ta bêtise et en mourrais. »
Hébé plie de plus en plus. La forme de ses mains commence à être avalée par le cosmos.
Hestia continue : « Il n’est pas trop tard. Admets que suivre les hommes est une hérésie. Tu auras la vie sauve et peut-être que l’Olympe te pardonnera tes affronts. »
Hébé sourit, son visage, d’ordinaire si magnifique, commence à être rongé par le cosmos : « Désolé, mais je vais suivre les humains dans leur quête. Hébé meurt peut-être, mais si un jour je peux me réincarner, j’espère être humaine de nouveau. Humaine dans un monde lavé de la jalousie des dieux. »
Hestia est furieuse : « Tu l’auras voulu : Sacred Fire ! »

La sphère devient semblable à un astéroïde formé de cosmos qui annihile complètement le corps d’Hébé, faisant peu à peu disparaître ses membres, érodant son visage.

Sortis du cratère qui ne laisse plus rien du temple détruit, Marine, Baucis et Philémon ne parviennent pas à garder leurs pieds au sol. Tout comme les arbres qui sont déracinés, pire, dissous par l’émanation du Feu Sacré d’Hestia, ils sont projetés aux quatre coins de la forêt, dans des directions opposées.
Accrochant de toutes ses forces le Jonc, Marine ne parvient pas à garder auprès d’elle le corps d’Apodis déjà dans un triste état.

A l’intérieur du fléau cosmique, avant qu’il ne reste plus rien d’elle, le tronc de la Déesse de la Jeunesse brille de mille feux. Une étincelle aveuglante au milieu de ce brasier libère une dernière fois la voix d’Hébé : « Hestia a peut-être raison. Les Dieux ont peut-être le pouvoir et l’éternité. Mais n’oubliez pas qu’en faisant exploser vos cosmos, vous donnez naissance à des miracles. A cet instant, vous fusionnez avec l’univers et êtes à jamais infiniment plus proches de lui. Ne l’oubliez pas. Ne l’oubliez jamais. Je ne vous dis pas au revoir, je sais à présent que je fais partie de cet univers avec lequel vous ne faîtes qu’un. »
L’étincelle d’Hébé s’étend.
Elle devient une lumière immaculée.
Elle contient le Feu Sacré d’Hestia à l’intérieur du cratère qui était il y a peu encore son temple.
Elle l’absorbe.
Le tout dans un bruit assourdissant.
Puis implose.
Laissant place au silence le plus absolu.
Tout disparaît.
Hébé.
Hestia.
Tout…


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Sur les dalles du temple d’Hébé, les pieds déformés d’¼dipe tournent le dos à Juventas. Sa voix annonce : « C’est terminé. »
Le corps que Juventas tient dans ses bras, pâlit de plus en plus, au point de ne bientôt plus être visible et de disparaître.
Avant de n’être plus qu’un mirage, le message d’Hébé retentit aussi dans leur esprit : « Les Dieux ont peut-être le pouvoir et l’éternité. Mais n’oubliez pas qu’en faisant exploser vos cosmos, vous donnez naissance à des miracles. A cet instant, vous fusionnez avec l’univers et êtes à jamais infiniment plus proches de lui. Ne l’oubliez pas. Ne l’oubliez jamais. Je ne vous dis pas au revoir, je sais à présent que je fais partie de cet univers avec lequel vous ne faîtes qu’un. »


A la fin de cette forme d’adieu, Juventas attrape son visage dans ses deux mains et hurle de douleur : « Ambr… Ambroisie… Hébé… Majesté… Hébé ! »


De longues secondes, ¼dipe et Juventas restent enfermés dans le silence.
Chacun appréhende déjà la réaction du peuple. Mais bien avant ça, ils ne savent lequel des deux aura les épaules pour l’annoncer.
D’autres doutes les assaillent aussitôt : « Et maintenant ? Que faire face au Sanctuaire ? Et Athéna ? Et l’Olympe ? », se questionnent-ils tous deux.
Puis enfin, un long soupire les libère de leurs craintes et leur permet de se remémorer le message personnel, qu’Hébé a adressé à chacun d’eux avant de leur délivrer le dernier mot commun.

Juventas se relève enfin et réajuste avec élégance son masque, pour répondre à la remarque d’¼dipe : « Non, ce n’est pas terminé. Ce n’est que le commencement. »
Le corps ingrat d’¼dipe se retourne alors et, s’il savait sourire, il l’aurait fait volontiers.


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Au large de l’île, les habitants sortent tous de leurs maisons pour s’échanger des regards circonspects. La terre tremble encore et un vent violent venu du centre de la forêt, a arraché la plupart des toitures.
Très vite, les plus bavards lancent des affirmations : « Les légendes de cette île étaient donc vraies ! »
Dans le bar où se sont battus les chevaliers, certains reprennent seulement leurs esprits : « Je suis sûr que ce sont ces sales touristes ! »
En recul du reste des autres bâtisses, la communauté grecque de l’île qui entretient la légende du temple d’Hestia reste coi. L’ancien de l’ordre se contente de souffler : « Cela devait arriver. Hestia n’a jamais vraiment été priée par les hommes. La colère de l’Olympe s’abat. »
Au c½ur du village, un courageux et robuste gaillard dresse son poing : « Je vais aller voir ce qu’il se passe ! » Aussitôt, il rameute autour de lui d’autres comparses intrépides.
Le vieillard vient alors les trouver : « Laissez. Laissez, vous ne pouvez rien faire. Ce qui se passe là-bas dépasse votre entendement… »


Au centre de l’île, dans ce qui était il y a encore une dizaine de minutes la forêt, Baucis, Philémon et Marine reviennent peu à peu à eux.
Leurs armures sont très abîmées et les femmes chevaliers ont leurs masques fissurés.
Première à être debout, le Saint d’argent de l’Aigle fixe quelques secondes le Jonc qu’elle a en main, avant de découvrir une terre de désolation.

Il n’y a plus aucune végétation. La terre est retournée. Si bien qu’il n’y a même plus de relief. Derrière elle, le sol est plat à perte de vue. Devant, il ne subsiste que le cratère laissé par les deux arcanes divins. Là où se trouvait le temple d’Hestia, il n’y a plus aucune trace des vestiges d’antan.
Seul, sur un monticule terreux, là où était positionnée l’âme de la défunte Déesse de la Jeunesse, subsiste le manche de sa dague dont la lame est brisée dès la base.

Baucis traîne les jambes, jusqu’à arriver au bord du précipice où elle reconnaît l’arme d’Hébé. Elle tombe à genoux, n’arrivant presque plus à reprendre son souffle, tant les sanglots lui montent.
Derrière elle, ne sachant que dire, Philémon se contente de s’accroupir et de la serrer fort contre lui.

Enfin, Marine s’inquiète : « Apodis ! Quelqu’un sait-il où il est ? »
Philémon grimace : « Il a reçu la technique d’Hestia de plein fouet. Je ne pense pas qu’il y a survécu. Et si c’était le cas, il a dû être trop faible pour résister à l’explosion. Je crains qu’il ne soit enseveli.
_ Impossible, je l’ai tenu contre moi du mieux que j’ai pu lors de la confrontation finale. Il ne m’a échappé qu’à la toute fin et je… Je… Je… »
Philémon remarque l’étrange attitude de Marine qui se tétanise. Il tourne la tête en direction du point qu’elle fixe : « Qu… Quoi… Mais… Mais qu’est-ce que… ? »

Plus loin, face à la dague d’Hébé, sur un autre monticule, là où trônait la statue détruite d’Hestia, la porte vers l’Hyperdimension est restée ouverte.
Baucis réalise : « Non. Le sacrifice d’Hébé a été vain. Hestia… Hestia n’est pas morte. »

La Déesse du Feu Sacré et du Foyer apparaît à la sortie de la porte dimensionnelle. Sa bure est quasiment arrachée, libérant ses courbes magnifiques et ses formes envieuses qu’elle répugne tant à montrer d’ordinaire.
Son visage, bien que sali et très légèrement écorché par l’attaque suicide d’Hébé, reste ferme et n’exprime rien d’autre que suffisance envers les humains : « Pauvres idiots. Vous pensiez vraiment que moi, Hestia, déesse de l’Olympe, je me ferai vaincre par une bâtarde, qui par son affiliation aux hommes n’a plus rien de divin ? »
Elle pointe du doigt Marine et, d’un ton toujours aussi monocorde, assure : « Ce Jonc ne partira pas d’ici. »
Aussitôt, Philémon se jette à corps perdu contre Hestia : « Baucis ! Marine ! Fuyez ! »
Le petit grec aux cheveux hirsutes, arrive, poing en avant sur Hestia qui ne manifeste aucun sentiment sur son visage. Elle se contente simplement de cueillir ce poing si frêle pour elle dans la paume de sa main droite.
Ses pieds nus se tournent sur les dernières dalles de son temple, que son cosmos a protégé au moment de l’explosion. Bien qu’elle ne le serre pas spécialement fort, Philémon est paralysé par le cosmos oppressant de la déification du Feu Sacré et du Foyer.
Elle fait face à l’Hyperdimension et, pour la première fois, affiche un sourire sadique en déclarant son intention : « Que des hommes osent lever le poing vers les dieux ! Mais je comprends. Vous qui vous soulevez contre nous, vous rêvez d’avoir notre puissance. Je vais donc t’offrir un voyage dont chaque humain rêve. Un voyage dans la dimension des dieux qui nous permet de voyager d’un royaume à l’autre… »
Elle tend le petit corps à l’entrer de la porte dimensionnelle. Elle l’y fait entrer peu à peu, sur le côté, en commençant par le flanc gauche puisqu’elle le suspend par le droit.

En haut, impuissante, Marine tourne la tête.
Baucis, elle, se tient le ventre, terrifiée par la mise à mort du père de son futur enfant.

A peine l’épaule de Philémon passée, celui-ci hurle à la mort. Quasi-instantanément, son armure, sa chair, son sang et ses os éclatent en milliards de particules avant d’être totalement désintégrés.
_ « L’Hyperdimension parcoure des dizaines de milliers d'années lumière. Seuls des dieux ou des gens ayant reçu leurs protections, sont capables de franchir cet endroit sans être immédiatement désintégrés. »
Elle mêle la pratique à la théorie en avançant davantage le Saint du Lièvre qui voit sa clavicule être dévorée, ainsi que le début de son bassin.
Ses yeux, grands ouverts, sont gondolés par les larmes qui expriment la douleur d’un tel traitement. Sentant sa fin proche, il réalise l’opportunité de subir ce calvaire par le côté gauche de son corps : « Bientôt, mon c½ur sera disloqué, je mourrai sans plus souffrir. Désolé Baucis… Désolé de ne pas avoir pu te protéger davantage… »

Soudain, la sentence cesse. Philémon sent son corps être libéré de l’emprise d’Hestia. « Ça y est ? Je suis mort ? », se questionne-t-il le temps de chuter au sol.
Mais le choc sur les dalles aux pieds d’Hestia le ramène à la réalité.
Par-dessus lui, avec l’énergie du désespoir, par amour, Baucis a encore le poing tendu contre la joue d’Hestia.
La déesse, trop sûre d’elle, s’est laissée prendre par surprise par l’Alcide. Aussitôt, ses grands yeux larges s’écarquillent, tandis qu’une griffure libère un fin filet de sang sur sa joue.

Baucis se réceptionne aux côtés de son amant bien mal en point. Son teint est livide et son corps tremble de froid : « Philémon… Mon amour. Je t’en prie, tiens bon. »
Philémon sourit malgré tout : « Tu te souviens quand j’ai brisé ton masque ? Tu disais que tu me tuerais tôt ou tard. C’est le moment. Après avoir ton masque de brisé, tu ne pouvais que m’aimer ou me tuer. Je te demande de faire les deux aujourd’hui. Épargne moi davantage de souffrances. Je… Je… »
Elle lui pose le doigt sur ses lèvres. Espérant lui redonner courage et espoir en lui annonçant la nouvelle : « Le moment est certainement mal choisi. Mais je voulais que tu saches avant notre fin, ici, que je porte ton enfant. »
Philémon lève instantanément les yeux sur sa chère et tendre. Le bonheur et la fierté que peut ressentir un homme à un tel moment le revigore malgré son corps meurtri : « Alors… Voici pourquoi tu tenais tant à te battre à nos côtés.
_ Je ne voulais pas qu’il arrive malheur au futur père de mon enfant. Je te connais et je savais que tu mettrais ta vie en danger sans hésiter pour la réussite de cette mission. J’espérais te protéger. »
Ces confidences, sous le nez d’Hestia, ont plus un goût d’adieu que de déclaration. Le couple se devine condamné.

Hestia le leur rappelle lorsqu’elle reprend enfin la parole. Ses doigts caressent la légère plaie faite par Baucis : « Mon sang… Mon sang divin… Pour la première fois, je l’aperçois… »
Provocateur jusqu’à la fin, Philémon se relève difficilement et tente de toucher la déesse comme l’a fait plus tôt sa compagne : « Et quelle surprise ! Ton sang est rouge ! Comme celui des hommes ! Ah… »
Elle se saisit sans mal de son poing.
Le geste rapide qu’il a tenté a nécessité la contraction de tous ces membres. Là où l’Hyperdimension l’a ravagé, du sang s’écoule du corps de Philémon en abondance : « Misérable. Tu es trop faible. Ton corps ne supporte pas ses blessures. »
Elle laisse le Saint choir sur ses genoux, blême, le regard vide. En quelques secondes, tout autour de Philémon, c’est un fleuve d’hémoglobine qui coule. Une dernière étincelle brille dans ses yeux, le temps que son cosmos pénètre le c½ur de Baucis, comme pour lui délivrer un dernier message.

Bien loin d’attendre que chacun se remette de ses émotions, la déclaration d’Hestia ne laisse aucun doute sur ses intentions sans remords : « Les sentiments ! L’amour ! Une faiblesse propre aux hommes. »
Elle avance d’un pas décidé en direction de Baucis, prise au piège entre l’Hyperdimension et la déesse.
Plus l’Alcide recule, et plus elle sent le néant l’aspirer peu à peu. Elle attend une réaction de Philémon, mais bien vite, elle comprend qu’il est plus mort que vif. Alors elle baisse la tête et caresse son ventre qui porte pour encore quelques secondes la vie.
Hestia, de par sa grande et fine taille la domine bien vite. Quand elle décide de dresser sa main contre la jeune femme pour invoquer le Feu Sacré, elle perçoit l’arrivée de plusieurs coups portés à une vitesse qui lui parait bien futile.

Postée en haut de la crevasse, Marine tente le tout pour le tout afin de libérer Baucis d’une mort cruelle : « Ryu Sei Ken ! »
La main d’Hestia abandonne la direction de l’Alcide et se dresse contre les Météores bien vite dissous par le Feu Sacré qui châtie Marine et la projette loin d’ici : « Sacred Fire. »
Pendant la déferlante de cosmo énergie, Baucis prend appui sur ses jambes afin de fuir, en vain. Avec son autre main, Hestia l’empoigne à la gorge et la présente toute entière dans l’Hyperdimension. Le mouvement et si rapide et si violent que Baucis en perd son masque.
Le corps engouffré dans le chemin des dieux, son dernier regard se porte sur Philémon, le c½ur déjà arrêté. A peine murmure-t-elle un « je t’aime », tout en gardant une main sur son ventre que son corps tout entier se disloque, s’éparpille en des milliards de particules puis disparaît.

Au loin, titubant, Marine assiste au spectacle, impuissante. Il ne reste plus qu’elle face à l’insensible divinité.
Ne pouvant lutter davantage, elle laisse Hestia tendre la main dans sa direction pour l’abattre.
Pendant que l’atmosphère se déchire le temps que le cosmos divin se matérialise dans la paume d’Hestia, une voix venue d’outre-tombe commente les tragiques événements : « Comment peut-on se moquer comme tu l’as fait des sentiments et de l’amour. Qu’est-ce qu’un dieu qui ne peut aimer ? »

Sans savoir d’où elle provient, Marine reconnaît la voix du Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis : « Apodis ! »

Troublée, Hestia abandonne l’invocation du Feu Sacré et cherche le chevalier en question.
Celui-ci fond depuis les airs tel un oiseau qui a localisé sa proie.
Hestia libère son cosmos contre l’importun : « Sacred Fire. »
Le corps contusionné, torse nu, ne portant sur ses jambes que quelques morceaux de ce qui fut sa Cloth, Apodis ramasse en pleine chute la dague brisée d’Hébé et la dresse en direction d’Hestia à mesure qu’il traverse la vague de cosmos : « Un dieu comme ça… Je n’en veux pas ! »

Abasourdie, Marine assiste à une scène qu’elle n’aurait jamais cru voir.
Grâce à l’impulsion prise auparavant par le grec, Apodis arrive à hauteur de la déesse qu’il empale à l’abdomen avec ce qu’il reste de la lame d’Hébé.
Pour la première fois, une expression autre que le mépris se lit sur le visage d’Hestia. Ses yeux sont grands ouverts, son esprit s’interroge. Elle découvre pour la première ce qu’est… « La… La douleur ? »

Sachant pertinemment où allait le mener une telle attaque suicide, Apodis maintient bien fort dans sa main droite la dague plantée dans Hestia et avec la gauche il fait le tour de la taille de la déesse. Avec l’élan pris pour réaliser une si puissante charge, ils s’envolent en direction de la bouche dimensionnelle.
Avant d’y être totalement entré, Apodis use de son cosmos auprès de Marine : « Si je ne sais pas qui tu es au final, je me souviens de ces années passées à tes côtés au Sanctuaire et je sais au moins ce que tu es pour moi, une amie. Rapporte ce Jonc, trouve ton Pendentif de Zeus, et apporte la vérité aux yeux du monde. Libère les hommes de la folie des dieux. Pour l’amour, seulement pour… »
Le message s’interrompt une fois Hestia et Apodis disparus et l’Hyperdimension refermée derrière eux.

Seule, le Jonc d’Athéna en main, Marine ôte son masque pour permettre à ses larmes de mieux couler.
Il ne reste plus qu’une terre de désolation, certainement ce qu’il restera de toute cette planète à la fin de la dernière Guerre Sainte qu’ils mèneront.
Le corps de Philémon, toujours sur les genoux, trône en vestige d’une rude bataille.
Pourtant, le sacrifice d’Apodis ne lui semble pas vain. Même si son ami est mort, elle garde foi en sa mission. Elle dresse le Jonc en direction des cieux et achève la phrase qu’a commencé le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis avant de mourir : « Pour l’amour, seulement pour… L’amour ! »



Une page se tournait dans l’histoire du monde mythologique. Ma mort, conjuguée à celles de Philémon et Baucis, n’était rien face à celle d’Hébé. La Déesse de la Jeunesse disparaissait du cours normal de la vie terrestre et divine.
Ce n’était même pas le premier acte de la Guerre Sainte contre l’Olympe, et déjà, il y avait tant de pertes à déplorer.
Je me doutais que mon sacrifice n’était pas suffisant. Hestia ne pouvait pas mourir suite à ça. Mais après la griffe de Baucis sur sa joue, et la dague plantée dans son abdomen, je savais qu’en la repoussant dans la dimension d’où elle venait, je frappais un grand coup. Oui, vous, les grands olympiens, je vous adressais un message : les hommes n’abdiqueraient pas.

9
Only for Love / Chapitre 55 - Retourner la situation
« on: 11 June 2016 à 17h03 »
Après les échecs de plusieurs Saints d’argent, Saga attendait une réplique venant du Japon afin de se débarrasser de Seiya et de ses amis.
Il préférait profiter de cette interruption momentanée dans la lutte directe contre Athéna pour l’affaiblir.
Partout dans le monde, le Grand Pope avait fait envoyer des assassins dans le but, soit de rallier les derniers dissidents à sa cause, soit de les éliminer.
Pendant ce temps, nous achevions de traverser la Mer Egée…



Chapitre 55 - Retourner la situation

En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

2 novembre 1986.
Historiquement grecque, l’île de Ténédos est sous la souveraineté de la Turquie depuis le traité de Lausanne en 1923.
L’île compte de nos jours approximativement deux mille cinq cent habitants désormais majoritairement turcs.
Néanmoins, une petite communauté grecque y vit et tente de faire subsister les légendes d’antan comme celle voulant qu’un culte de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer fût dressé ici.

Embarqués sur un navire de marchandises, après avoir passés sous les eaux la barrière maritime dressée par le Sanctuaire tout autour de Yíaros, Apodis, Marine, Philémon et Baucis arrivent à bon port.

Au sein d’une communauté où il n'est pas rare de croiser des femmes portant le voile, Marine et Baucis passent inaperçues après avoir enrubannées leurs visages masqués de femmes chevaliers.

Affublés de leurs Pandora Box sur le dos, Philémon suggère à ses amis : « Avant de nous faire repérer, nous ferions mieux de chercher un guide pour nous trouver rapidement le temple où est prisonnier le Jonc. »
Baucis s’engage dans un bar pour donner raison à son amant : « Oui. Il ne nous manque plus qu’à trouver un grec qui accepte de nous y conduire. »


A l’intérieur du bistrot, tout ce qu’il y a de plus contemporain, seuls des hommes profitent des boissons proposées sur la carte.
Dans un nuage de fumée soulevé par le tabac qu’ils inhalent tous, les autochtones s’étonnent de découvrir la présence d’une femme qui, malgré la toge qu’elle porte par-dessus ses vêtements pour dissimuler son identité, ne peut camoufler ses formes particulièrement avantageuses. Son opulente et ferme poitrine ainsi que son fessier rebondi ne passent pas inaperçus.
Apodis, Marine et Philémon la précédent. Les accompagnateurs sont vus d’un mauvais ½il par les clients, qui ne baissent pas les yeux devant les étrangers.
Préférant ignorer tout ceci, Apodis s’adosse au comptoir et demande au propriétaire : « S’il vous plaît. Nous sommes grecs et nous souhaitons visiter l’île. »
Un habitué répond pour le propriétaire : « Ici on paie d’abord une tournée quand on est étranger. »
Moins courtois qu’Apodis, le petit Philémon écarte du bras le malotru qui lui cache la vue du propriétaire : « Nous n’avons pas le temps pour ces petits jeux. »
Vexé, le client envoie son poing en direction de Philémon : « Petits jeux ! Tu vas voir si on rigole ici sale… »
Le provocateur n’a pas le temps de finir sa phrase que Philémon se saisit de son poing dans la paume de sa main. Il le sert si fort que le mal élevé courbe l’échine sous la douleur : « Tiens-toi tranquille sinon je te brise la main. »
Impatiente, Baucis tape du poing sur le zinc : « Où peut-on trouver un guide ici ?! »
Sur leurs gardes, Marine et Apodis voient se lever tout autour d’eux les compatriotes du rustre. Sans être effrayé, Apodis ne décolère pas envers Philémon : « Ce n'est pas croyable ! Tu as le don pour nous mettre dans de ces situations ! »
Philémon est amusé : « Quoi ?! Ce n’est pas moi qui l’ai cherché ! »
Le craquement des os rompus du poignet de son assaillant ouvre les hostilités.
Philémon se jette avec des yeux d’enfants et un sourire gredin : « Laissez-les moi les amis ! »

Ses trois amis font la moue devant le comportement enfantin du Saint de bronze du Lièvre, qui ressemble à un enfant se chamaillant avec d’autres dans la cour de récréation.

Une fois son divertissement achevé, Philémon revient vers le patron du bar en se frottant les mains : « Bon ! Ce guide ! »
Tremblant, le tenancier pointe du doigt le seul homme à ne pas avoir quitté sa chaise et qui continue de boire son café comme si de rien n’était : « L… Lui… Lui est grec, il connaît l’île comme personne ! »
L’homme montré du doigt accroît davantage l’impatience des visiteurs. Il termine paisiblement son café avant d’enfin se présenter à ses semblables : « Bonjour. En effet, je connais l’île mieux que quiconque. J’y suis né. Et si je me souviens bien des contes de mon grand-père, ce que vous portez sur votre dos derrière ces vieux draps se sont des Pandora Box n’est-ce pas ? »


En Finlande, au Lac Holtz :

Dans un lieu reculé de la Finlande, abandonné de toute civilisation en raison des légendes terrifiantes qui entourent cette immense surface aquatique, le Lac Holtz reçoit la visite d’un messager du Sanctuaire.

Positionnée au beau milieu de l’eau, élevée sur pilotis, une cabane abrite l’homme, habillé d’une tunique ocre, bardée d’épaulettes de cuir. Il est accroupit devant le destinataire du courrier qu’il apporte.
Celui-ci, laisse tomber la lettre frappée du sceau du domaine sacré sur le sol. Tout de noir vêtu sous sa Cloth bleu, l’homme au visage renfrogné et aux cheveux châtains se cramponne sur la barrière qui entoure la cabane.
Le soldat lui demande : « Seigneur Finrando Saint de bronze du Poisson Volant, que dois-je apporter comme réponse au Sanctuaire ? »
Les yeux noirs de Finrando assombrissent davantage son visage : « Rapporte au Sanctuaire que j’exécuterai mon élève Ichi Saint de bronze de l’Hydre pour haute trahison sans la moindre hésitation. »
Le messager repart aussi vite qu’il est arrivé en bondissant jusqu’à la berge.

Seul, le maître d’Ichi observe la silhouette de son disciple remonter vers la surface de l’eau : « Ichi. Voici déjà plus d’un mois que tu es revenu ici. Malgré tes dispositions à devenir chevalier, m’obligeant à assurer ta formation, je n’ai jamais réussi à apprécier l’homme que tu es. Voici que j’apprends que tu t’es battu pour des intérêts personnels, à l’encontre du Sanctuaire. Je vais me faire un plaisir de te punir. »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos : 

Sortis du village principal où est regroupée la quasi-totalité de la population, Apodis et ses amis s’enfoncent dans la forêt.
Leur accompagnateur mène le pas et leur apporte les réponses qu’ils attendent : « … et le mythe le plus répandu ici est celui de Ténès. C’est à lui qu’on doit le nom de l’île. Cependant, il ne reste de cette légende que l’histoire. Aucun objet, aucune ruine n’y a survécu. »
Marine - " Dans ce cas, où nous conduis-tu ? "
Le guide - " Vous vouliez savoir s’il existe un temple ancien. Il y en a bien un. Mais personne ne s’y rend. Peu de monde, peut d’ailleurs précisément le localiser. Il s’agit de ruines. On dit que ce culte voué à une déesse a été abandonné des hommes en raison de son absence sur Terre. Le temps et un éboulement ont eu raison de cet édifice. C’est la première fois que je m’y rends. On dit que personne n’en est revenu vivant. Ah ! Les deux grands chênes ! Ce doit être un peu plus bas sur notre droite. "
Apodis étudie les alentours : « Il est vrai que les arbres et les feuilles mortes ne portent aucune trace de passage, qu’elle soit humaine ou animal. Le lieu est peut-être véritablement dangereux. Tu ferais mieux de nous laisser ici. Nous finirons par trouver seuls. »
Le natif de Ténédos s’engaillardit : « Non ! Je suis en présence des légendaires Saints ! Je ne crains rien ! »
Sans le moindre égard, Marine brise cet enthousiasme : « Tu parles d’une déesse qui a quitté la Terre. Sais-tu son nom ? »
L’autochtone répond fièrement : « Oui. Elle demeure en permanence sur l’Olympe. Il s’agit de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer il s’agit… »
« D’Hestia ! », murmure Baucis.

Instantanément, un souffle puissant balaie un parterre de feuille en contrebas d’une pente et libère une crevasse.

Surprise par la réaction provoquée par son intervention, Baucis déclare : « Je pense que nous n’avons pas besoin de chercher davantage. »
L’Alcide s’avance en compagnie de Philémon et Apodis tandis que Marine s’obstine auprès de leur accompagnateur : « J’insiste, mais je préfère pour votre sécurité que vous ne veniez pas ! »
Tout sourire, l’homme lève les bras au ciel : « Puisque je vous dis que je ne crains rien avec… »
Le malheureux n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une gerbe de flamme jaillit de sa poitrine.
Baucis passe ses mains devant son masque : « Par Hébé ! »
Le feu se propage sur tout son corps depuis l’intérieur et le calcine sous l’½il impuissant de ses touristes.

Les quatre amis se regroupent et tournent sur eux même pour chercher l’origine d’un tel mal :
Apodis - " De quoi Hestia est la Déesse déjà ? "
Marine - " Du Feu Sacré et du Foyer. "
Philémon - " Le feu sacré c’est plutôt un sentiment noble et passionné, une ardeur, et non pas le feu au sens littéral du mot. "
Baucis - " Parmi les attributs d’Hestia, se trouve le feu. Je pense donc que ce lieu est protégé. "
Apodis pointe du doigt une immense créature enflammé qui débouche du haut d’une colline :
Apodis : «  Tu ne crois pas si bien dire ! »
Le comique du groupe, Philémon, lâche un cri de panique : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Marine détaille la forme particulière que dessine cette silhouette de flamme : « Cela ressemble à une araignée. Une immense araignée de feu. »
Pour amuser la galerie, Philémon se cache comme un enfant derrière Apodis : « Tu m’étonnes qu’elle est immense ! Elle doit bien faire trois mètres de haut ! »
Baucis ne les rassure pas en ajoutant : « Comme ses copines. »
Les Saints se retournent et voient depuis les airs voler une guêpe de feu suivi par un lombric qui laisse une terre calcinée là où il rampe.
Philémon grimace : « Et moi qui ai la phobie des insectes. »

Inopinément, d’entre ses mandibules flamboyantes, l’araignée balance l’équivalent d’une balle sur le groupe. L’équipe se disperse tout autour de l’entrée du temple.
La balle, une fois au sol, provoque une explosion.
Philémon s’essuie le front : « Merde ! C’est comme une grenade ! »
Sa petite amie le rappelle à la raison : « C’est pire que cela. Cette bombe de feu était chargée d’une cosmo énergie inquiétante. »
Pendant qu’elle étudie la situation, la bande se laisse cerner.
Apodis - " Je comprends maintenant pourquoi le guide disait que personne ne s’aventurait ici et surtout que personne n’en était revenu vivant. "
Marine - " Si on regarde bien l’anatomie de ces monstres de flammes, on remarque qu’un foyer les alimente en cosmo énergie au centre de leurs corps. "
Apodis - " J’imagine qu’il s’agit du noyau qui les alimente en cosmos. "
Leur réunion est interrompue, lorsque le lombrics se jette sur Philémon qui s’échappe d’une roulade en hurlant : « Maman ! »
Baucis s’élève pour frapper le ver à l’endroit stratégique indiqué par Marine, mais elle entend dans son dos le bourdonnement de l’hyménoptère géant. Grâce à une agilité parfaite, elle réussit à esquiver le dard brûlant aussi large qu’une poutre embrasé et aussi acéré qu’une lance.
Marine prend appui sur le sol pour la sortir de ce mauvais pas, mais Apodis la retient en arrière afin de lui éviter une nouvelle balle de feu de l'arachnide.
Philémon détale aussi vite que le lièvre symbole de sa constellation protectrice pour éviter l’acharnement du ver.
Le rampant arrive devant Marine et Apodis. L’Oiseau de Paradis choisit de concentrer sa cosmo énergie : « Je vais nous débarrasser de toi en premier ! Wing Jikan No Yoyu ! »
Il abat ses bras en direction de l’insecte pour le balayer avec le vent qu’il a invoqué.
Cependant, la guêpe s’interpose et d’un battement d’aile repousse le souffle d’Apodis.
Apodis, Philémon et Marine sont repoussés par un air brûlant.
Baucis profite que la guêpe et le ver soient déconcentrés par les Saints, pour les attaquer à revers. Seulement, elle est coupée dans la concentration de son cosmos par l’araignée qui la percute de plein fouet avec une de ses balles. L’explosion repousse Baucis dans les bras de ses alliés.

Apodis, premier debout, se met en tête du groupe : « Bon sang ! Ça va être plus compliqué que je ne le pensais. »
Philémon pose sa main sur l’épaule de son compatriote : « Ça suffit Apodis. Nous allons nous en charger. Toi, continue ton chemin à l’intérieur de ce passage souterrain. »
Baucis et Marine confirment l’initiative du Lièvre : « Nous ne savons pas encore combien de dangers nous attendent. Cela ne sert à rien que nous nous épuisions tous les quatre ici. Garde tes forces pour l’intérieur. »
Baucis - " Nous allons les retenir. "
Philémon fait un clin d’½il à son ami : « Je dirais même qu’on va se charger d’eux et qu’on te rejoindra à l’intérieur. »

L’araignée aide Apodis à se décider. Elle balance une nouvelle balle que Marine fait exploser à distance : « Ryu Sei Ken ! »
Apodis grimace à l’idée d’abandonner les siens. Toutefois, il se concentre sur l’importance de sa mission : « Entendu. Je vous attends à l’intérieur du temple. Pour Athéna ! »
Marine et Philémon répondent en ch½ur : « Pour Athéna ! »
Baucis, elle, hoche simplement la tête.

Le grec plonge alors la tête la première dans l’entrée du tunnel.


En Finlande, au Lac Holtz :

Les mouvements provoqués sur la surface de l’eau, habituellement calme, remémorent au lac les six dernières années.
En effet, depuis bien longtemps, le Lac Holtz était resté habitué à une grande quiétude dont le propriétaire de la cabane surélevée était témoin.
Finrando Saint de bronze du Poisson Volant n’avait pas eu de disciple depuis bientôt dix ans avant l’arrivée d’Ichi.
Un jour, ce petit garçon est entré dans sa vie. Et le voici obligé aujourd’hui de l’en sortir.
Le finlandais, assis les bras sur la table, grimace en regardant la Pandora Box de son disciple. Il n’a pas bougé d’ici depuis le départ du messager et sent l’approche de son élève.

Depuis la surface, l’apparence ondulée d’un corps humain remonte peu à peu.
D’abord, c’est la crête blanche qui coiffe le crâne d’Ichi qui sort en premier de l’eau. Puis, son visage souriant. En nageant sur place, il se félicite : « J’ai donc réussi. Mes mouvements sous l’eau sont de plus en plus rapides. J’imagine qu’à l’air libre mes attaques devraient bénéficier d’un impact et d’une vitesse plus importants. J’irai m’exercer après le repas dans la forêt pour vérifier ça. »
En quelques mouvements de bras, il regagne la demeure de son maître.

Sur la terrasse, il ramasse la serviette qu’il avait laissée auparavant. Il essuie son visage et son torse nu. Celui-ci présente de nombreuses cicatrices témoins de son difficile apprentissage pour devenir chevalier. Athlétique, son buste se gonfle de bonheur au moment d’entrer dans la cabane où il a vécu pendant six avec son professeur.
A l’intérieur, il remarque son mentor qui le fustige du regard.
Ichi regarde son pantalon mauve et ses chaussures de ville goutter sur le sol. Il passe sa main derrière sa tête en signe de confusion : « Pardonnez-moi maître. Je nettoierai ça une fois que je me serai changé. »
Le regard noir de Finrando ne décolère pas pour autant. Le japonais cesse de faire le pitre et réalise qu’un malaise plus profond s’installe : « Seigneur Finrando, qu’y a t il ? »
Finrando - " Te rappelles-tu des histoires que je t’ai enseigné ? Du Sanctuaire plus particulièrement ? "
Ichi - " Oui. Bien sûr, le Sanctuaire, berceau de la chevalerie. "
Finrando - " Le Sanctuaire vient de me faire parvenir un courrier, dans lequel il m’expose qu’au Japon des Saints se sont battus pour leurs propres intérêts. "
Ichi comprend la colère de son maître : « Oui. Je sais. Je m’en excuse. Je… »
Finrando - " Ce n’est pas tout. Vous vous êtes battus pour le compte d’une jeune fille, qui a révélé l’existence des chevaliers au monde entier et qui aujourd’hui se fait passer pour Athéna. "
Ichi - " Pour Athéna ?! Il n’en a jamais été question lorsque je suis parti du Japon. "
Finrando - " Toujours est-il que des assassins ont été envoyés au Japon pour l’éliminer elle, ainsi que ceux qui la protègent. "
Ichi se précipite vers sa Pandora Box : « Comment ?! Alors Phénix n’agissait pas pour son propre compte. Je dois absolument aller aider Seiya et les autres. »
Le Poisson Volant apparaît devant lui et le repousse en intensifiant son cosmos : « Pas la peine d’aller jusqu’au Japon pour mourir. Les ordres sont clairs. Le Sanctuaire a choisi de t’éliminer. »
Ichi se relève, déterminé : « Vous ne comprenez pas. Certes nous nous sommes battus en toute insouciance en nos propres noms. Cependant le tournoi a été interrompu et nous avons été attaqués bien avant que le Sanctuaire nous considère comme des renégats. Cela cache quelque chose. »
Finrando - " Qu’importe. Vous avez désobéi aux lois. La volonté du Grand Pope est unanime. "
Ichi - " Maître. Je vous dois tout. Et malgré la façon dont vous m’avez traité, je rechigne à l’idée de vous affronter. "
Finrando affiche un visage méprisant à l’encontre de son élève : « Tant mieux, ma victoire n’en sera que plus rapide. »
Ichi - " Votre victoire ? Vous oubliez qu’aujourd’hui je suis moi aussi un Saint de bronze. Un chevalier de votre rang ! "
Finrando - " Qu’importe. Tu es un faible et tu as toujours été un faible. Tu le resteras toute ta vie. Même en étant Saint. Le courrier me rapporte, que tu as perdu pitoyablement pendant le tournoi au Japon. Cela ne m’étonne pas de toi. Je me suis pourtant donné beaucoup de mal pour t’enseigner ce que je sais. Seulement, tu n’as jamais su l’assimiler. "
Ichi reproche à son maître sa méchanceté : « Peut-être que si j’avais eu un mentor plus attentif à mes lacunes il m’aurait permis de corriger ça et de me rendre meilleur ? Depuis mon retour, bien que je vous ai dis vouloir progresser davantage, vous ne vous êtes pas soucié de moi. Je m’entraîne seul depuis plus d’un mois. »
Finrando - " Tu m’as déjà fait perdre suffisamment de temps pendant six ans. J’ai été fait chevalier ici, sur ma terre natale. Le Sanctuaire m’a demandé de veiller sur la seconde armure du Lac Holtz et de former celui qui en serait digne. Pendant vingt ans j’ai vu venir des apprentis des quatre coins du monde et tous étaient plus motivés et performant que toi. Cependant, aucun n’a survécu à l’épreuve du lac. Plonger dans les abysses pour affronter les créatures mythologiques qui veillent sur l’armure demandait trop d’effort. Seulement, toi, le plus mauvais de mes apprentis, le plus lâche, le plus faible, tu y es parvenu en plongeant contre mon gré pour réaliser l’épreuve. "
Ichi - " Si j’ai tenté l’épreuve c’est parce que je ne supportai plus vos brimades et vos mauvais traitements. J’espérai vraiment trouver la mort au fond de l’eau. Seulement, lorsque je suis arrivé jusque devant la Pandora Box de l’Hydre, j’ai réalisé qu’au final c’était à ma portée. Qu’en fin de compte je n’étais pas plus mauvais qu’un autre. J’ai alors enfin vu l’occasion de briller à vos yeux. Cette confiance soudaine m’a permis de surmonter le reste des épreuves. Je ne suis pas un lâche ni un faible ! "
Déjà revêtu de sa Cloth, Finrando se met en position de combat : « Alors prouve-le ! »
Ichi essaie de se concentrer aussitôt pour appeler à lui son armure mais déjà son maître retourne la table pour arriver devant lui : « Tu es trop long à entrer en osmose avec ta Cloth ! »
Le Poisson Volant lui colle un violent coup de tête, qui lui brise le nez en l’envoie au tapis.

Le finlandais laisse son ancien apprenti sur le sol et ramasse l’urne de l’Hydre. Il la saisit par les lanières et la balance en direction du lac, arrachant par la même occasion le mur de la maisonnette.
Ichi, le visage ensanglanté, voit son armure plonger dans les abysses.
Démuni devant son maître protégé de la Cloth du Poisson Volant, Ichi l’observe attentivement : « Ses pieds jusqu’aux genoux sont protégés. De même que ses hanches, son buste et ses épaulettes. Il faut que je reste méfiant de ces fameuses épaulettes. Les ailes du Poisson Volant qui sont rattachées aux épaulettes et descendent jusqu’à ses cuisses sont aussi dangereuses que les griffes qui jaillissent de mon armure. »

Le japonais est sorti de ses songes lorsque son maître poursuit sa correction. Il le fait retomber sur le dos, après lui avoir décoché un coup de pied au visage.
Il espère lui éclater la cage thoracique du plat du pied, mais Ichi se dégage en roulant sur le sol. Bien vite, la cabane présente ses inconvénients. Le mouvement d’Ichi est stoppé par une cloison. « Dans un espace aussi confiné, je ne peux me dégager librement. », reconnaît-il.
Finrando revient à la charge mais cette fois-ci Ichi est plus prudent. Il esquive une droite et riposte d’un crochet du gauche dans l’abdomen non couvert de son professeur. Celui-ci réplique avec une seconde droite qu’Ichi est obligé de paré. Son bras nu, dépourvu de la moindre protection, est immédiatement brisé par le poing bardé de bronze de Finrando.
Nez et bras gauche cassé, Ichi recule pour chercher une solution. Toutefois, en à peine trois pas il est acculé contre un nouveau mur. « Je ne peux me déplacer de toute ma vitesse ici. Et même si je brise les murs, je suis entouré par l’eau. Il me suffirait de bénéficier d’un mode de défense. », conclut-il.

Ses pensées sont de nouveaux troublées par le Poisson Volant. Les deux ailes reliées à ses épaulettes battent dans l’air subitement : « Tu n’as pas oublié cette technique que je t’ai enseigné. Le Melow Poison que tu diffuses par les griffes de ta Cloth, moi je le répands par l’air qu’abattent mes ailes. Dans une pièce si petite, tu vas rapidement être intoxiqué. »
Ichi se passe le bras droit devant le nez, ce qui amuse profondément son professeur : " Ha, ha, ha… Allons, tu sais très bien que le poison pénètre directement ta peau. Il ne suffit pas de l’inhaler pour en mourir. Succombe dorénavant au… Melow Poison ! "
Les mouvements des ailes deviennent plus violent, plaquant Ichi contre le mur. Sa chair est lacérée par les courants d’air et permet au poison de pénétrer plus rapidement dans ses entrailles. Ses petits yeux ébène se ferment et son visage grimace pour témoigner sa douleur…


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Profond de plusieurs centaines de mètres, le gouffre dans lequel s’est jeté Apodis prend fin.
Plongé dans l’obscurité tout le long de sa chute abyssale, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis découvre par une étrange lueur qui provient de l’intérieur. Les vestiges du temple d’Hestia. Des colonnes doriques maintiennent la croûte terrestre, qui forme désormais le plafond. Devant, sur le parvis, gisent les bases de quelques statues arrachées.

En pénétrant à l’intérieur, Apodis est stupéfait de voir que la lumière qu’il apercevait depuis devant provient des torches accrochées contre les murs : « Elles brûlent toujours. Je sens la même cosmo énergie que celle des animaux de dehors. J’imagine qu’il s’agit de l’empreinte du cosmos d’Hestia qui les a maintenues allumées. »
Le vacillement des flambeaux offre à Apodis la vue d’un temple ravagé. Hormis les pierres qui soutiennent l’édifice, il ne reste rien : « Voici donc ce qu’il reste du temple d’une déesse qui a préféré l’Olympe à la Terre. »

Brusquement, son attention est frappée par l’appel du cosmos oppressant ces lieux. Il provient d’une statue. La seule encore debout, au fond du temple. Elle représente la déesse Hestia droite, debout, sévèrement vêtue.
Plus précisément, le cosmos provient du sceau qui retient un objet sur le banc de pierre au pied de la statue.
De là où il se trouve, Apodis reconnaît un bracelet, semblable à celui que Marine a confié à Hébé : « Le second Jonc d’Athéna ! Il est là. Je n’arrive pas à croire que c’est le cosmos qui administre ses pouvoirs au sceau qui régit tout le secteur. Je vais devoir l’en débarrasser. », choisit le chevalier.

Il projette un coup à distance en espérant que l’onde de choc soit suffisante pour défaire l’empreinte. Cependant, son coup s’essouffle à mesure qu’il parcourt la pièce : « Comment est-ce possible ? »
En guise de réponse, de derrière la statue d’Hestia, sort un homme vêtu d’une armure inconnue d’Apodis :
Apodis - " Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu veux ? "
L’homme, un Ange, habillé d’une Glorie semblable à celle d’Odysseus et Theseus qu’affronteront Seiya et les siens dans quelques mois, ne daigne pas répondre.
Il attaque si vite qu’Apodis n’a même pas le temps de voir les traits de son visage.
Sa course s’arrête devant Apodis, contre lequel il pose simplement et délicatement l’index de sa main droite contre son épaulette gauche. Une détonation en découle. Apodis est repoussé en arrière, l’épaulette fissurée et le bras ensanglanté.

En se redressant, le grec peut enfin observer son adversaire. Ses cheveux verts descendent sur ses épaules et devant ses sourcils. Sa fine bouche n’esquisse pas la moindre réaction et son regard est inexpressif. Son visage est lisse, ses traits fins.
Apodis se relève et répond à son tour. Il écarte les bras et concentre sa cosmo énergie : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux soulève les gravats et la poussière du temple à mesure que le souffle approche l’Ange.
Pourtant, sans exprimer une fois de plus le moindre sentiment, il tend le bras devant lui comme pour couper le vent. Celui-ci se scinde en deux et fait demi-tour dans son dos pour revenir vers Apodis.

Pour ne pas encaisser sa propre attaque, Apodis saute dans les airs.
Il est suivi par l’Ange qui surgit devant lui. Sans pouvoir se mouvoir à sa guise, Apodis ne peut empêcher l’index de l’Ange de se poser contre son thorax cette fois-ci.
Une nouvelle détonation projette Apodis contre la roche qui fait office de plafond et lui fend la protection au niveau de la poitrine.
Il retombe violemment au sol, le torse ensanglanté.

En Finlande, au Lac Holtz : 

A l’intérieur de la petite maison sur pilotis, Ichi est encastré contre le mur.
Sous les effets du Melow Poison, Finrando pense lui avoir fait perdre connaissance. Il s’avance vers l’Hydre pour l’achever.
Lorsqu’il lève le bras en l’air pour prendre son élan, Ichi profite que son professeur baisse sa garde pour s’extraire du bois. Avec son poing droit, il le cogne sur le sommet du crâne suffisamment fort pour le distraire quelques secondes.
Le japonais enchaîne en écorchant les biceps, l’abdomen et l’intérieur des cuisses du chevalier chaque fois là où il n’est pas protégé.

Finrando recule de quelques pas en observant ses plaies : « Comment peux-tu encore bouger ainsi, alors que le poison devrait déjà avoir détruit ton système nerveux ? »
Ichi - " J’ai peut-être été pour vous un mauvais élève, mais j’ai été selon moi un élève attentif. Vous m’avez enseigné que pour que les effets d’un poison soient inutiles, il faut soi-même bénéficier d’un poison plus nocif. "
Finrando - " Je ne comprends pas. Le poison de l’Hydre ainsi que celui du Poisson Volant réside dans leurs armures. Comment peux-tu en bénéficier sans ta Cloth ? "
Ichi - " Simplement en me l’étant inoculé. Après ma défaite au Japon, j’ai réalisé qu’il était inutile de posséder une armure dotée d’un puissant poison si celle-ci est détruite. J’ai alors choisi de faire de mon corps une seconde armure. A la fois défensive et offensive, puisqu’en le manipulant, j’ai su rendre mon poison plus puissant que le votre,. "
Finrando - " Offensive ?! Que veux-tu dire ? "
Ichi - " En vous frappant sur chaque partie non protégée de votre corps, j’ai libéré ce poison. Le Melow Poison n’est plus simplement dans mes griffes, il est également dans mes coups. J’ai retenu les leçons de mon échec au Japon. J’ai affronté un chevalier à l’armure renforcée par les glaces éternelles et au corps capable de reproduire ce même froid. Vous le sauriez si vous vous étiez soucié un peu de ma présence ici depuis un mois. J’ai passé toutes mes journées à m’entraîner. "

Finrando commence à être tétanisé. Ses membres se raidissent et de tous ses orifices s’écoulent du sang. En crachant de l’hémoglobine, Finrando cherche à blesser davantage l’esprit de son disciple : « Tu es revenu ici dans le but de t’améliorer en défendant cette fausse Athéna. Mais sache que tu n’atteindras jamais le niveau nécessaire. Des Saints d’argent ont été envoyés au Japon. Tu resteras toujours le faible orphelin que tu étais en arrivant ici. »
Ichi passe aux côtés de son maître sans poser les yeux sur lui : « Un faible qui a suffisamment progressé pour vous vaincre. »
Finrando succombe après avoir entendu ces paroles. Son corps s’écroule lourdement contre le sol, passant à travers le plancher et sombrant au fond du lac.

Seul, accoudé sur la rambarde de la terrasse, Ichi pleure : « Il avait beau être cruel, il avait pourtant raison sur un point. Si le Sanctuaire envoie des assassins de plus en plus puissant contre Seiya et les autres, le fossé que je suis venu rattraper va continuer de se creuser. Quoi qu’il en soit, je vais continuer à m’entraîner et je reviendrai auprès de Saori plus utile que je ne le suis aujourd’hui. Et si elle prétend être réellement Athéna, alors je pousserai davantage à l’extrême mon entraînement pour la rejoindre encore plus fort. Le fait de n’avoir pu appeler à moi mon armure sans avoir besoin d’une extrême concentration est la preuve qu’il me reste encore une marge à réduire. Adieu maître. »
Le Saint de l’Hydre replonge aussitôt dans le Lac Holtz pour poursuivre sa quête.


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Dans la forêt, Marine, Baucis et Philémon sont de plus en plus dérangés par les monstres de feu. Les tentatives des animaux provoquent d’importants dégâts. Un incendie se propage peu à peu tout autour du trio.


Face au ver, Philémon esquive les charges. Le lombric tente d’écraser avec son corps enflammé le petit grec.
Ainsi, les gerbes de feu qu’il laisse au sol encerclent le Saint du Lièvre. Il commence à suffoquer, la tête lui tourne : « l’incendie qui m’entoure prélève l’oxygène de l'air et m’empêche de respirer. Je vais mourir par asphyxie si ça continue. »
Le chevalier de bronze est interrompu dans sa réflexion lorsque le ver attaque de nouveau.
Affaibli, Philémon n’arrive plus à s’éloigner. Il passe ses bras devant lui et accroît sa cosmo énergie pour se protéger du cosmos ardent. Néanmoins, la force de son adversaire l’écrase peu à peu au sol.

A ses côtés, sa compagne, Baucis, court pour échapper au dard flamboyant de la guêpe. L’aiguillon enflammé détruit tout sur son passage. L’Alcide finit acculée contre un monticule de pierre. Le bourdonnement de l’insecte volant effraie davantage sa victime. La femme chevalier espère le repousser en dégageant un déluge de flèches de son poing : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Cependant, l’émanation de chaleur dégagée par le corps de la guêpe atténue la puissance des coups de Baucis.
Le dard brûlant lui transperce la cuisse. Le craquement de la végétation à l’épreuve des flammes couvre le hurlement de détresse de la guerrière d’Hébé.
L’aiguille se libère de la jambe et reprend son élan pour piquer de nouveau. Baucis veut profiter de se laps de temps pour fuir mais sa jambe, considérablement brûlée, ne répond plus.
Ses membres se raidissent : « Le feu produit des gaz toxiques. Le venin qu’il m’inocule est fait de ces poisons. Je ne peux plus bouger, je suis à la merci d’une seconde piqûre. »

A proximité, de branches en branches, Marine évite les balles de feu de l’araignée.
Cependant, celle-ci, heurtent les arbres et propagent un immense feu de forêt qui rejoint celui engendré par les deux autres monstres.
Contrainte de regagner le sol, Marine perd en agilité. La Saint d’argent de l’Aigle est sans issue face à l’incendie : « Dommage. Le feu sacré qui l’alimente est situé au centre de son corps. Si je parvenais à sauter juste au-dessus de lui, j’aurai pu frapper ce point vital. »
L’araignée en profite pour dégager davantage de puissance en transformant sa balle en boule de feu. Marine a à peine le temps de se retourner. Elle se contente de prononcer : « Kuken. »
La boule la percute de plein fouet et la dévore.

Toujours à la lutte sous le poids des flammes du rampant, Philémon essaie de gagner du temps. « Il produit des gaz chauds qui chassent l’air. Cela accentue le phénomène d’asphyxie. Pour lutter contre, il va falloir que je crée un puissant courant d’air. Seulement, pour exécuter mon arcane, j’ai besoin de beaucoup d’espace pour me déplacer. Or, la surface tout autour de nous n’est qu’un immense brasier... ».
Le poids des flammes lui rappelle l’urgence de la situation. Il décide : « Tant pis. Je devrais me déplacer dans le feu suffisamment vite pour espérer ne pas être brûlé par les flammes. Seul le septième sens me le permettra. Maître Aldebaran, que votre enseignement me permette de surpasser mes limites ! »
Philémon se dégage du poids du ver et s’échappe dans les flammes à tout vitesse.
Le bras devant le visage, il réalise : « La chaleur me pèse. Je dois aller plus vite. Plus vite encore… »
Il tournoie à l’intérieur du foyer autour du ver en accroissant sa cosmo énergie. En une fraction de seconde, il réalise plus d’un millier de tour, créant ainsi un cyclone qui emprisonne le monstre. Le feu tout autour de lui est éteint par les bourrasques que sa course produit. A l’intérieur du tourbillon, le corps de flammes du ver se désintègre peu à peu, ne laissant place qu’au noyau de cosmo énergie qui alimente la bête.
Le chevalier d’un mètre cinquante-huit cesse sa course et dresse ses deux mains en directions de sa tornade pour en prendre le contrôle et en augmenter l’énergie destructrice. La vitesse circulaire approche la vitesse de la lumière. Philémon achève son ½uvre en cognant de son poing galvanisé d’énergie cosmique le noyau après avoir traversé sa propre tornade : « Lepus Sweep ! »
Le choc est si violent que la cosmo énergie du noyau s’envole dans les airs et se dissipe, pour ne laisser retomber qu’un vulgaire ver de terre semblable à tous les autres qui peuplent cette forêt.
Philémon, l’épiderme partiellement rongé, sourit devant l’insecte devenu inoffensif.

Immobilisée, Baucis réfléchit en attendant le coup de grâce : « Le foyer que dégage son noyau vital atténue mes Flèches d’Héraclès. Il faudrait que je frappe ce point à pleine puissance. Pour cela, l’idéal serait de repousser le feu comme je l’avais fait sur Yíaros face à Babel du Centaure. »
Elle essaie de se redresser mais le poison la paralyse. Pourtant, elle refuse de se laisser mourir. Sa main caresse le bas de son ventre qui abrite le fruit de son amour pour Philémon. Cela lui donne suffisamment de détermination pour recueillir la cosmo énergie suffisante entre ses mains.
Au moment où l’aiguillon s’abat, le corps de flamme est immobilisé par une rafale.
La masse d’air libère des grains de sable par millions qui tournoient à la vitesse de la lumière et corrode le monstre : « Sand Swirl ! »
L’atteinte du septième sens par Baucis lui permet de dissiper le poison qui la ronge. Elle se relève et observe le noyau.
Celui-ci, à peine le Tourbillon de Sable finit, commence à libérer de nouveau des flammes.
La compagne de Philémon refuse de le laisser reprendre des forces et le frappe de son second arcane : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Encore plus rapides que des étoiles filantes, les Flèches d’Héraclès percent et anéantissent le noyau. Ce dernier explose et libère une guêpe qui repart aussitôt vers son essaim.

L’arachnide tourne le dos à sa proie qui retombe calcinée. Le corps de Marine est méconnaissable.
Pourtant, sa voix résonne dans l’atmosphère : « Eagle Toe Flash ! »
Prise à revers la bête n’a pas le temps de remarquer que le cadavre a disparu et que, en pleine santé, Marine arrive pied en avant, chargé de cosmos, depuis les airs.
Le noyau est heurté, provoquant la destruction du monstre.
Seule subsiste une petite araignée qui gesticule ses pattes à toute vitesse pour se cacher loin d’ici.
Philémon et Baucis rejoignent Marine :
Philémon - " Tu m’as fais peur. "
Baucis - " J’ai cru un instant que tu avais vraiment été touchée par ce monstre. "
Marine - " J’ai utilisé le Kuken sur moi. Le Coup Vide est censé faire voir l’illusion d’un coup porté. En pensant m’avoir touché, la bête a baissé sa garde et j’ai pu détruire son point vital. "
Philémon - " Ce qui est étonnant, c’est que ces animaux ont repris leur état normal une fois vaincus. "
Marine - " Le cosmos d’Hestia possédait ces insectes. Elle leur a prodigué la ferveur de défendre ce lieu. Une fois leur feu sacré détruit, ces bêtes n’avaient plus de raison de garder cette forme. Elles sont libérées de l’influence maléfique de la déesse. "
Baucis - " Heureusement, nos techniques de vent à Philémon et moi ont réussi à éteindre les feux. La vie va reprendre son court normal ici. "
Tout à coup, désormais silencieuse, la forêt libère les hurlements de détresses qui proviennent du tunnel où s’est engouffré Apodis.

Marine, Baucis et Philémon hochent la tête pour s’accorder sur l’importance de porter assistance au Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis.



La Guerre Sainte contre l’Olympe commençait ce jour à partir du moment où nous profanions le domaine d’Hestia. Sans connaître à ce moment la nature exacte de mon adversaire, j’étais soumis à la supériorité de l’Ange. J’attendais avec impatience les interventions de mes compagnons. Peut-être cela me permettrait de garder la vie sauve ?
Intervenir auprès de ses amis était aussi le souhait d’Ichi. Néanmoins, il savait que la route était longue, s’il voulait approcher le niveau de Seiya et des autres. Pourtant, il ne soupçonnait pas qu’il avait réussi quelques progrès. A bien y réfléchir, il s’était servi de sa défaite contre Hyoga pour retourner une situation critique et vaincre un Saint de bronze expérimenté sans même porter son armure. Il fallait espérer le même succès pour ses camarades Jabu, Nachi, Geki et Ban.

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Only for Love / Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna
« on: 13 February 2016 à 18h08 »
Cela faisait neuf jours que Marine et moi étions sur Yíaros. Neuf jours que je faisais le vide dans mon esprit. Je m’y trouvais en bonne santé, heureux, épanoui, auprès de Juventas et Agape.
Je savais hélas que ça ne durerait qu’un temps. Le sort de la Terre allait nous rattraper et bientôt j’allai devoir dire encore une fois au revoir à des êtres que je chérissais.



Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna

En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

28 octobre 1986.
Main dans la main, Apodis et Juventas se baladent le long des jardins du temple d’Héra en compagnie de Philémon et Baucis. Devant eux, la jeune Agape court après un lapereau qui s’amuse de sa lenteur.

Profitant des derniers rayons de soleil de l’automne, les couples évoquent Marine. L’Alcide aux longs cheveux violets confirme :
Baucis - " ¼dipe est formel. Il n’a pas quitté l’entrée du Parthénos depuis qu’elle s’est enfermée avec Hébé. Aucune d’elles n’est sortie de la salle d’audience. "
Juventas soupçonne un danger qui les dépasse : « Pour que sa Majesté Hébé s’inquiète autant des raisons de la présence de Marine, c’est qu’il doit s’agir d’un objet avec des vertus spécifiques. »
Apodis - " Marine m’a montré un bracelet qu’elle a présenté comme étant une clé. Jusqu’à maintenant, même si elle était réservée, Marine n’a jamais donné le sentiment de détenir des renseignements importants. "
Philémon qui l’a côtoyé également au Sanctuaire rajoute : «  Le plus étrange c’est qu’elle se soit simplement présentée à Hébé comme étant l’Aigle, et non pas comme Saint de l’Aigle. Moi quand je donne mon nom je ne dis pas « le Lièvre », je dis Saint du Lièvre. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope : 

Sur le long tapis rouge de la salle de réception du représentant d’Athéna, Phaéton se recroqueville sur lui-même face à la colère de son souverain.
Des éclairs jaillissent de l’effluve de son cosmos lorsqu’il évoque la situation au Japon : « Les chevaliers d’argent ne suffisent pas ! Ils ont réchappé à la destruction de l’Ile de la Mort ! Le casque de l’armure d’or demeure irrécupérable ! »

Catapulté général en lieu et place du déserteur Gigas, Phaéton reste là à subir les sautes d’humeur du Saint des Gémeaux. Il se hasarde à demander : « Dois-je envoyer d’autres Saints d’argent contre ces renégats ô Votre Grandeur ? »
Saga - " Non. Malgré tout, ils ont beaucoup souffert ces derniers temps. Je pense que laisser une période de vide sera idéale pour les faire douter. En attente d’une réplique de leur part, je souhaite accroître nos efforts sur des mises à mort stratégiques. Ainsi, Athéna sera privée d’alliés. "
Phaéton - " Que votre volonté soit respectée Altesse. "
Saga - " Bien. Tous les Saints ayant participé à la Galaxian War au Japon sont des traîtres. D’après nos espions envoyés au Japon, certains sont repartis auprès de leurs maîtres. Nous allons donc envoyer nos messagers les informer de la décision prise par le Sanctuaire de les éliminer. Pour ceux qui sont réticents à cette idée, nous ferons d’une pierre deux coups. "
Phaéton - " Qu’il en soit ainsi. "


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur des couloirs du palais, Hébé et Marine marchent côte à côte. Aucune des deux n’émet le moindre mot. Le visage de la déesse est franchement soucieux, tout comme l’est celui de Marine sous son masque.

Elles regagnent la salle du trône sur lequel siège le bracelet que le chevalier d’argent a amené jusqu’ici.
Hébé - " Je vais essayer de nouveau. "
Marine - " Déesse Hébé, vous devriez vous reposer. Cela fait neuf jours que vous concentrez sans cesse vos efforts. "
Hébé, douce et généreuse, pose sa main sur l’épaule de Marine pour la rassurer : « Ne t’en fais pas. Ce repas frugal m’a rendu des forces. »
Marine - " Je m’inquiète, le sceau apposé semble être difficilement décelable. "
Hébé - " Le sceau n’est pas vieux. Voilà pourquoi il représente un obstacle pour moi. "

La Déesse de la Jeunesse s’assied sur son impérial fauteuil et enferme dans la paume de ses mains le bracelet sur lequel s’entremêlent les symboles de la Chouette et de Pégase.
Elle clôt ses paupières et entre dans une transe spectaculaire. Bien que Marine assiste à ce phénomène depuis plus d’une semaine, la japonaise n’en reste pas moins émerveillée.
Le cosmos de la divinité inonde la pièce de sa lumière bienfaitrice et englobe peu à peu l’île.
L’énergie, empreinte d’une grande bonté, touche chaque personne d’Yíaros et leur réchauffe le c½ur.


Soudain, la déité aux cheveux blonds stoppe sa méditation et s’écroule sur le sol.
Marine se précipite vers elle pour la relever tandis que les gardes, pris d’un étrange pressentiment, pénètrent dans la pièce accompagné d’¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale.
Un soldat s’inquiète : « Elle vomit du sang ! »
La voix d’¼dipe retentit dans la pièce : « Je sens qu’elle essaie de maintenir un lien télépathique. C’est ce qui la fait souffrir. »
Hébé relève la tête vers le ciel, du sang coule de ses oreilles, de son nez et de ses yeux.
Marine - " Arrêtez Majesté ! "
Cependant, la transe d’Hébé ne cesse pas. Au contraire, elle s’amplifie, le souffle semble manquer à la vénusté. Ses yeux sont révulsés. Elle bleuit et convulse.

Des flashs frappent son esprit : « Mer Egée… Ile de Ténédos… Au c½ur de l’île… Sous terre… La croûte terrestre qui forme un plafond soutenu par des colonnes doriques… Les vestiges d’un temple… Sur le parvis, des statues arrachées dès leurs bases… L’intérieur est ravagé… Il ne reste que les pierres qui soutiennent l’édifice… Seul subsiste un banc de pierre au fond de la salle… Dessus… Un second bracelet… Identique à celui de Marine… Frappé d’un sceau… Surplombant le banc, une statue… »

Brusquement, elle revient à elle en reprenant son souffle à plein poumon.
Elle se redresse si subitement que toute l’assistance, prise de panique, recule d’un pas, croyant faire face à une revenante
¼dipe - " Comment allez-vous Majesté ? "
L’ancienne amie d’enfance de Saga et Kanon, essoufflée, cherche de ses yeux ensanglantés Marine. Elle lui cramponne le bras et lui sourit : « Je l’ai trouvé. J’ai trouvé le second bracelet. »


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le Sanctuaire : 

Les étages du temple conique se vident.
En rang, s’agenouillant dans leurs tenues orange, cuirassées de rouge, les soldats se présentent face au trône d’Arès.

Passant en revu ses hommes depuis son fauteuil, le Dieu de la Guerre et de la Destruction, les bras sur son accoudoir, la tête en appui contre son poing droit, attend l’arrivée du Berserker de la Royauté.

Suivi de ses lieutenants, Atychia et Tromos, Vasiliás se manifeste dans sa Nightmare d’un rouge écarlate.
Sous son casque ovale formant une gueule de lion, sa voix, étouffée par le masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts, ne passe pourtant pas inaperçu.
Arrivant en dernier, traversant toute la salle, il scande bien fort : « Justice ! Justice ! ... »

Finissant sa marche devant le trône de son maître, l’américain retrouve le silence.
Il patiente.
Le temps que les Berserkers du Malheur et de la Terreur se courbent à ses côtés.

Dès lors, il reprend : « Justice ! Voilà bien un mot oublié, perdu. Un mot que j’ai choisi de redéfinir avec vous afin de l’étendre au monde entier. Nos ennemis, les dieux qui se chamaillent la Terre depuis sa création, n’ont jamais su inspirer notre définition à la face du monde. Athéna la première. Celle qui se veut amour et paix, ne cautionne en réalité que le délabrement du genre humain qui n’offre finalement au plus faible que l’injustice du plus fort… »
Il lève le bras à l’attention des soldats positionnés en fond de salle, près de la grande porte, les invitant à l’ouvrir : « … Alors je vous ai trouvés. Et vous m’avez tous couronné, faisant de moi le roi du nouveau monde. Un monde de loi et de justice. Faisant de moi l’espoir… »
La porte ouverte, il tend les bras dans sa direction.

Dehors, sur l’îlot au c½ur de la Terre, entouré de lave, des hommes, nus, agenouillés, les mains ficelées dans le dos, sont sous la menace des épées arèsiennes.
L’assistance se retourne tandis que Vasiliás poursuit : « … Certains d’entre vous, les plus aguerris, sont envoyés en mission depuis des mois. Des criminels de guerre dans les pays en conflit, des violeurs, des tueurs, des voleurs récidivistes partout dans le monde… Tant de fléaux qui ont ruinés votre vie et en anéantissent d’autres. En contaminent d’autres. Nos hommes nous débarrassent d’eux. Vous, vous allez nous débarrasser d’eux. Pendant qu’Athéna règle ses conflits en interne et se chamaille sa souveraineté avec d’autres dieux, vous vous allez rendre la justice en ce monde. Discrètement. Avec discernement. Mais chaque fois avec violence. Pour marquer les esprits. Et déjà les prémices de notre loi favoriseront dans l’esprit humain la compréhension lors de notre prise de pouvoir. Inspirons dès maintenant la normalité, pour que le jour où nous raillerons les autres divinités de ce monde, il ne reste plus que les hommes justes et leur roi que vous aurez érigé ! »
L’assistance lève immédiatement le poing au ciel en criant d’un air victorieux.

Accroupie à côté de lui, Atychia relève sa tête vers Vasiliás pour lui témoigner toute son admiration.
Le charismatique orateur poursuit : « L'être humain a droit au bonheur. Mais à cause de quelques gens pervertis, ce droit disparaît soudain avec une facilité déconcertante. Rendre nous même la justice par la mort, surpasser les lois de pays aux justices trop laxistes ou corrompues, permettra aux gens de réaliser quelle est la juste façon de vivre. La justice ne s’acquiert pas en attaquant, en piégeant ou, à plus forte raison, en tuant son prochain. Vous aspiriez au bonheur sans nuire à celui d’autrui, en respectant les droits des autres et la justice de vos pays respectifs. Mais vous avez été dupés. Victimes. C’est désormais vous qui allez inspirer le devoir à chaque homme. Ces derniers mois, vous avez tous découverts et manipulés le cosmos. Certains ont même surpassé leurs limites. Pourtant, beaucoup attendent encore de prouver leur valeur. Cela passera par une inévitable Guerre Sainte. Par le combat, le sang, la mort. Rendre la justice fera peut-être de nous des criminels. Mais ce mal n’est-il pas nécessaire ?! »
De nouveau, la foule lève les bras au ciel en signe d’approbation.
Alors Vasiliás déclare : « Continuellement, jusqu’à ce que le jour de la bataille vienne, de nouvelles troupes seront formées. Envoyées incognito, en civil, dans ce monde perverti par le mal. Elles iront rendre la justice. Vidant les ghettos de leurs malfrats, déracinant les mafias les plus puissantes, brisant chaque dictateur et son gouvernement, nettoyant les prisons de chaque pays. Oui, sans annoncer pour le moment à la face du monde notre existence, nous allons créer un sentiment de justice divine. Une ambiance de justice rendue, instaurant la peur de commettre le mal. Et c’est lorsqu’il n’existera plus de menace divine que nous annoncerons à la face du monde qui nous sommes, ce que vous avez fait pour lui. Dès lors, vous serez reconnus comme les sauveurs de l’humanité. Une nouvelle ère commencera. Allez vous vivre en cette ère avec moi ?! »
Encore, l’armée s’époumone de joie. Leur chef conclut : « Nous devons alors tous porter notre pierre à l’édifice. Nos épées doivent être toutes teintées du sang de nos ennemis… »
Il pointe du doigt les dizaines de prisonniers dehors : « Avant de retrouver le temps d’une mission une vie civile, durant laquelle vous serez des justiciers, découvrez quelle est la couleur du sang souillé par le mal ! »
Sans être encouragé davantage, près d’un millier d’hommes se rue sur les otages de leurs pairs. Ordonnés, malgré la précipitation, les rangs viennent frapper de leurs épées les corps dénudés. Chaque arèsien cherchant, pour la plupart, à frapper là où la chair n’est pas encore entaillée, transpercée, afin d’avoir un sentiment d’exclusivité, comme si chacun était devenu « le » justicier, celui qui aurait rendu l’impartialité du roi en premier.

Dans le grand hall vide, Vasiliás se tourne vers Atychia : « Organise de nouvelles équipes. Cinq hommes. Répartis dans plusieurs régions du monde. Qu’ils soient discrets. Qu’ils soient efficaces. Aucune pitié. Tous doivent rendre la justice et revenir fiers. Après cela, il ne restera plus qu’un obstacle pour que le monde soit à nous. »
L’admirative bulgare incline la tête pour affirmer son obéissance et s’empresse déjà d’exécuter les ordres.
Le roi virevolte de l’autre côté pour sourire à son ami : « Que se passe-t-il Tromos ? »
Le géant argentin grimace dans sa longue barbe : « Pour ceux qui ne se sont pas encore vengés de leurs vies passées, tu te doutes bien qu’ils vont saisir l’occasion d’une telle mission. »
Vasiliás - " Parfait, c’est exactement ce que j’attends. "
Tromos - " Atychia a eu droit à sa chance avant même que tu n’en fasses un Berserker. "
Vasiliás - " Je vois où tu veux en venir. Ton tour viendra Tromos. Ton tour viendra. "

Puis, en levant les yeux plus haut, Vasiliás remarque un Arès totalement subjugué par le massacre qui lui est offert. Absorbé par les giclées de sang, le dieu belliqueux ne perd pas une goutte du spectacle. Pour le plus grand plaisir de Vasiliás. « C’est bien, régale-toi Arès. Cette scène était également pour toi. En plus d’être une épreuve pour les plus hésitants, cette mise en scène est une façon de te faire croire en ma promesse, en une Terre ravagée par la guerre. En cet instant mes hommes sont désormais totalement investis dans leur mission, et toi tu me laisses toute latitude pour gérer mes plans. », réfléchit-il.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe : 

Dans le domaine des cieux, la vie s’écoule paisiblement. Il s’agit d’un monde où les dieux sont aimés, adulés, priés.

Aux confins du royaume, au sommet du Mont Olympe, le temple de Zeus surplombe cet univers.

Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.
Allant de débats vigoureux à d’interminables banquets, les divinités y scellent leur volonté.

A l’entrée du Palais des Dieux, se rejoignent onze chemins. Tous conduisent à onze temples en pierres aussi froides que le c½ur des autres dieux de l’empire.
Ils sont alignés au pied du Mont Olympe et dominent une immense vallée.

La nature est y saine.
L’eau, pure et claire des lacs, provient du Mont Olympe.
Le décor est similaire à celui que subira le Sanctuaire lors de l’occupation d’Artémis.
La verdure riche offre de longs jardins fleuris.
Loués par le peuple, Zeus maintient un ciel constamment bleu et laisse se succéder l’attraction lunaire et le soleil qu’offrent Artémis et Apollon.

A l’est, jusqu’au fond de la vallée, tout autour des habitations, là où l’eau qui s’écoule des montagnes repose à perte de vue, subsiste un vieux Colisée.
Vestige des temps anciens, les places assises, aujourd’hui couvertes de verdure, sont en demi-cercle autour d’une arène suspendue au bord du vide. Les dieux y faisaient combattre leurs prisonniers de guerre.

Le peuple, lui, est discret et décent. Vêtus d’une simple toge blanche accrochée stratégiquement par des broches en or pour ne rien dévoiler de leur intimité, ces privilégiés sont des descendants des héros mythologiques, des nombreux enfants illégitimes des dieux ou encore des fidèles élus par les dieux avant que ceux-ci ne se retirent ici.
Chaque foyer possède son logis. Tous salubres, leurs architectures sont identiques. Ils sont faits de colonnes de plâtres qui soutiennent les murs et les toits aux pierres impeccablement blanches. La pièce principale est dominée par un autel à l’honneur des dieux olympiens. Ils disposent de terres parfaitement fertiles où chaque foyer cultive et élève son bétail à la convenance de ses propres besoins.
De sa plus tendre enfance jusqu’à la fin de ses jours, l’olympien voue sa vie à la reconnaissance des dieux et travaillent pour eux. Tous sont éduqués dans le but de servir l’Olympe. Que ce soit en étant prêtre serviteur ou un Ange guerrier de l’Olympe.

En guise de foi et de remerciement pour cette vie de félicité, le peuple couvre chaque jour les prieurés d’offrandes.
Ces temples, montés sur des colonnes doriques et d’à peine vingt mètres carrés, sont dressés tous les deux kilomètres à la ronde. Aucun n’est pourtant vide plus d’une heure. Ils sont tenus par les prêtres et prêtresses au service des dieux. Les déités goûtent, au Palais des Dieux, à longueur de journée, les offrandes laissées par le peuple et servis par les religieux.

Les prieurés sont tous reliés par des routes de pavés qui, en direction d’une autre montagne faisant face au Mont Olympe, conduisent à un carrefour.
A mesure que les chemins s’éloignent du c½ur de l’Olympe, les routes sont de plus en plus détériorées et désertiques. Quand il n’en manque pas, les pavés sont fissurés, le sol est couvert de poussière et un vent violent se dresse, ne laissant des routes plus que deux sentiers.

Le premier part en direction des Prisons de l’Olympe. C’est ici qu’échouent les hommes qui, sur Terre, ont commis des actes immoraux et des affronts envers les dieux.
D’innombrables colonnes sphériques pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur. C’est sur ces surfaces plates et surélevées que sont faites prisonnières les victimes de l’Olympe. Le vide, un passage vers l’Hyperdimension, y est donc sans fin.

Le second se perd dans un désert semblable à celui que traversera Seiya lorsque le Sanctuaire d’Athéna sera sous le contrôle d’Artémis.
Au bout de ce désert, une fois l’horizon perceptible, l’autre montagne se dresse. Un chemin étroit, en serpentin, tout autour d’elle, regorge des ruines de temples et de statues. A son sommet, un étrange lac rayonne de mille couleurs.
Personne ne s’y est aventuré depuis des siècles. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des olympiens.


Là où chaque souverain est flatté jusqu’à outrance, dans le Palais des Dieux, un habituel festin est dressé.
La pièce juxtapose la salle du trône où reposent, autour du trône de Zeus, les onze sièges de ses pairs.
La salle de banquet est drapée des murs au plafond de longs voiles blanc.
Des parterres de fleurs et d’arbustes agrémentent le sol marbré lavé sans cesse par les serviteurs.
Des estrades sont dressées tout autour de ce hall immense. Des fauves s’y baladent en total liberté et admirent la lascivité des Dieux.

En cet instant, deux déesses sont allongées sur des couches aux coussins ivoire.
Elles dégustent l’ambroisie apportée par les prêtres, qui se prosternent à chaque plat apporté. Elles savourent le nectar en observant avec dédain la nourriture donnée aux animaux.
Les serfs leur servent les mets offerts par les olympiens sur les autels.
Elles remarquent à peine, avec suffisance, les plus beaux sujets, hommes ou femmes, qui se baignent dans les multiples bassins embellissant la pièce, jouent de la harpe, dansent, ou réalisent des acrobaties, dans le but de les divertir.

Les deux déités ont le visage très fin, les traits très tirés. Leurs yeux sont larges et plissés, exprimant à chaque instant la supériorité dont elles se glorifient.
L’une d’elle est dérangée par le couinement de la grande porte qui sépare la salle du trône de la salle de banquet.
Elle est vêtue d’une longue robe pourpre. Celle-ci libère sa poitrine généreuse et lui serre sa fine taille jusqu’à mouler parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses. Ses ongles vernis à la couleur de sa robe soulèvent une coupe en cristal jusqu’à ses lèvres pulpeuses. Ses cheveux noirs tirés, pour former un magnifique chignon, sont coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate.
D’un ½il inquisiteur, elle fixe l’olympien responsable de ceci.

Le bougre, un homme de petite taille et d’un certain âge, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Aussi indélicat que sa présence ici, son allocution ne dégage aucune formalité : « Déesse Héra, je vous importune quelques instants. Mon maître s’inquiète. »
La Déesse du Mariage se redresse immédiatement : « Que se passe-t-il Roloi ? »
Comme s’il était sénile, le vieillard tire sur ses fines moustaches qu’il a à chaque coin de ses lèvres. Ses yeux sont inondés de bêtise : « Enfin, je ne voudrai pas vous alarmer pour rien, mais comme vous êtes une des instigatrices de tout ceci… Bon, bon. En fait ça concerne surtout la Déesse du Feu Sacré et du Foyer ! »

Accompagnant Héra, Hestia, accoudée sur sa couche, se redresse aussitôt.
Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche. Un voile couvre sa tête et ses courts cheveux rougeoyants. Ses petits yeux sombres ne perdent rien de leur hauteur : « J’imagine qu’il s’agit de notre plan. »
Roloi agite ses bras comme un comédien : « Exactement. Un cosmos est entré en liaison avec le Jonc qui vous a été confié et que vous gardez prisonnier sur Terre. »
Hestia - " Athéna chercherait-elle à s’en emparer ? "
A l’évocation du nom de la Déesse de la Sagesse, Héra ne peut s’empêcher de plisser davantage ses yeux. Roloi secoue son doigt d’un signe négatif : « Pas du tout ! Apparemment il s’agit d’un autre cosmos. Celui de la Déesse de la Jeunesse ! »
L’appétit coupé par l’évocation des déesses protectrices de la Terre, Héra se retire en soufflant : « Hum… Hébé… Elle s’est donc réincarnée elle aussi à cette époque. Une de plus qu’il faudra rayer de l’histoire. Hestia, je te laisse nuire à leur recherche. »
Hestia - " N’aie crainte. Le Jonc est bien gardé. "

Alors qu’il s’apprête à quitter le banquet à son tour, Roloi fait demi-tour précipitamment : « J’allais oublier ! Mon maître propose de vous laisser son plus fidèle Ange pour protéger ce lieu. »
Hestia devine que Roloi parle de celle qui s’est réincarnée sur Terre sous le nom de Ksénia : « Je vois. C’est qu’il craint réellement qu’Hébé puisse récupérer le Jonc pour qu’il me confie Helénê. Cependant, le lieu est déjà gardé par un autre Ange. Rassure ton maître. S’il le faut, je me déplacerai en personne. »
Satisfait, Roloi affiche un sourire aussi large que sa bêtise.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

Considérablement affaiblie, Hébé est affalée dans son trône. Ses yeux sont cernés et ses membres tremblent encore.
A ses côtés, Marine, recouverte de son armure, observe l’ensemble des Saints et des Alcides présents sur l’île.

Apodis, Philémon, Juventas, Baucis et ¼dipe, se tiennent droits, casque de leurs Cloths dans les mains.
Tous sont soucieux de la tenue d’Hébé et des mystères qui entourent Marine. Apodis le premier. Volontaire pour accompagner Marine ici, il s’impatiente de connaître la suite.

Marine leur tend le bracelet : « Ce bracelet détient des pouvoirs au service de la déesse Athéna. J’ai trouvé le second bracelet. »
Apodis s’exclame : « Ah ! Parce qu’il y a deux bracelets à présent ! »

Pressentant que Marine n’arrivera pas à se faire totalement entendre par ses pairs, Hébé puise au plus profond d’elle-même pour se redresser. Son geste impose le silence.
Ses mains grelottantes prennent appui sur les accoudoirs de son fauteuil pour lui permettre de se mettre debout.
Aussitôt, la tête lui tourne et Marine se hâte de la soutenir.
Les chevaliers, eux, s’inclinent aussitôt.

Le ton est bas et sa voix déraille, mais elle tient à garder toute sa noblesse en poursuivant : «  Le combat que livre en interne le Sanctuaire n’est rien par rapport à la menace qui plane sur Terre. Le vrai danger pour Athéna n’est ni Poséidon, ni Hadès, comme cela pouvait être le cas dans le passé. Aujourd’hui, une conspiration semble être menée par l’Olympe. Nous ne savons pas s’il est question de tous les olympiens. Cependant certains éléments nous permettent de savoir qu’il s’agit d’eux… »
Elle coupe un instant pour récupérer quelques forces.
Les chevaliers espèrent qu’elle les éclaircisse sur ces fameux événements. Hélas, cela semble être de l’ordre de la confidence avec Marine. Elle enchaîne sur les artefacts : « Athéna va avoir besoin de toutes les forces dont elle peut disposer. Car c’est bien sur elle que repose l’avenir de notre planète. Les dieux mineurs, moi compris, ne seront jamais de taille à soulever seul le complot. Nous serons donc une des forces d’Athéna. Et c’est en tant que tel, que nous nous devons de réunir aujourd’hui le reste de ses atouts. Parmi eux, les bracelets. Oui, il existe bien deux bracelets. Il s’agit des Joncs d’Athéna. L’un d’eux a été dérobé par les olympiens. Fabriqués à l’époque de la création de sa chevalerie par Athéna en personne, les Joncs ne peuvent être détruits. Alors celui aux mains des olympiens a été scellé. »
La déesse se pose de nouveau sur son siège pour laisser Marine finir.
Cette fois-ci, c’est Juventas qui profite du changement d’interlocuteur pour demander : « Avec tout le respect que je vous dois, nous déplacer en Olympe pour récupérer cet objet est un outrage fait envers les dieux. »
Marine - " Heureusement nous n’aurons pas à aller en Olympe. Ce qui nous pousse à croire que tous les olympiens ne sont pas derrière cette machination est le fait que le Jonc soit encore sur Terre. "
Hébé clarifie : « Il se trouve précisément dans un temple abandonné sur l’île de Ténédos. »
La japonaise demande à son camarade grec : « Tu m’accompagnes toujours Apodis ? »
Apodis - " Même si tout ceci reste très flou, il s’agit de la sécurité d’Athéna. Bien sûr, je suis avec toi. "
Le petit Saint de bronze du Lièvre, amant passionné de Baucis, suggère avec véhémence : « Majesté Hébé, puisqu’il s’agit du bien d’Athéna, permettez-moi d’être de cette mission. »
Hébé - " Tu es un Saint d’Athéna Philémon. Si tes services ici nous sont très utiles, et je t’en remercie, je ne peux te retenir contre ton gré. "
Philémon se courbe : « Merci Déesse Hébé. »
L’amante du passionné chevalier, Baucis de la Biche de Cérynie, intervient : « Ô Divine Éminence, j’aimerai également accompagner les Saints d’Athéna dans leur succès. »
Hébé grimace quelques secondes. Elle reste intriguée par une étrange sensation qui émane de Baucis. Un rayon de bonheur intense qui brûle en son être. Seulement, elle reconnaît : « Il est vrai que Juventas et ¼dipe suffisent à ma sécurité. Bien. Baucis accompagnera les Saints d’Athéna dans ce cas. »
L’Alcide de la Biche de Cérynie effectue une révérence : « Si cela est votre choix, ô Grande Hébé. »


A Jamir : 

La contrée himalayenne, si calme d’ordinaire, est le théâtre de l’apprentissage difficile du septième sens des convives de Mû.

Quand il ne se replie pas sur lui-même pour méditer, Nicol profite de l’expérience de Mû pour étudier davantage l’ultime cosmos.

Esseulée lorsque son mari lui est accaparé, Médée, elle, brûle son cosmos à son paroxysme jusqu’à épuisement total. Elle espère ainsi franchir à chaque fois un pallier.

Inséparables, Mei et Yulij repoussent leurs limites en se livrant bataille sans cesse.
Parfois même trop dangereusement.

Aujourd’hui, ils ont choisi de se retrouver dans une grotte pour leur affrontement quotidien :
Mei - " Nous affronter dans l’obscurité la plus totale, nous privant de la vue, va nous permettre de faire travailler de façon plus assidue tous nos autres sens. "
A peine rentré, Mei boitille déjà. Les séquelles de ses entraînements précédents.
Yulij, le bras gauche déjà pansé pour les mêmes raisons que son ami, s’enfonce dans les ténèbres : « Cette fois-ci, c’est moi qui gagne. »
Mei - " Tu me dis ça chaque jour. "
A peine a-t-elle entendu la réponse de Mei sur sa droite, qu’elle encaisse un coup sur sa gauche.
« Je vois, il se déplace très vite. Il a profité d’entendre ma voix pour m’attaquer en premier. Je ne me laisserai pas avoir une seconde fois. », décrète-t-elle.
Son discernement lui permet de sentir l’approche du japonais dans son dos.
Elle s’accroupit et évite ainsi un nouveau coup. Sa riposte ne se fait pas attendre et elle décoche un uppercut sous son menton.
Repoussé Mei, tente un second puis un troisième assaut, en vain.

« Elle ne bouge pas, elle se concentre sur les sons qu’émet ma gestuelle pour contre-attaquer à chaque fois. Il faudrait que je sois partout à la fois. Je sais, le Lost Children va me le permettre. », déduit-il.
Il écarte délicatement ses bras pour ne pas attirer l’attention de Yulij. De la paume de ses mains jaillissent des centaines de filaments qui font peu à peu le tour de la pièce.
Ceux-ci frottent volontairement les parois de la caverne pour déstabiliser Yulij.

« Il me prépare un mauvais coup. Il m’attaquera certainement de toutes ses forces en pensant avoir trouver la faille cette fois-ci. Il ne sera pas sur ses gardes et je pourrai le surprendre avec mon Falling Stars. Depuis notre arrivée à Jamir je n’ai pas réutilisé cette technique. Je suis certaine que les fruits de mon assiduité vont le surprendre. Je vais réussir à surpasser de loin la centaine de coups à la seconde. », se convainc Yulij.

Inopinément, les fils de Mei frottent de partout contre les parois de la caverne pour désorienter l’audition de Yulij.
Privée de la vue et d’une ouie parfaite, Yulij commence à perdre l’équilibre lorsque sa conscience lui fait remarquer que la seule position silencieuse est au-dessus de sa tête.
Elle réalise aussitôt que Mei l’attaque réellement par les airs : « Lost Children ! »
Yulij - " Falling Stars ! "
Non plus par centaines, mais par millions, les étoiles du Sextant se heurtent aux cheveux de Bérénice.
La rencontre des deux arcanes se résume à d’indénombrables faisceaux lumineux qui s’entrechoquent et illuminent par flashs en un millième de seconde la caverne.

Quelques coups de la Chute d’étoiles sont passés outre Mei et ont percé le plafond de l’excavation. Laissant apparaître le jour et illuminant les deux adversaires.
Mei chute sur les genoux aux côtés de Yulij. Il se cramponne la poitrine de douleur et laisse couler un épais filet de sang de sa bouche.
La jeune femme se tient encore debout, poing dressé vers le ciel : « Je t’avais dis que je gagnerai aujourd’hui. »
Croyant trop vite sa victoire acquise, Yulij sent plusieurs entailles parcourir son corps, preuve que les filaments de Mei ont réussi à l’atteindre.
Un filet de sang coule depuis son front et descendant le long de son nez jusqu’à son menton. Certes, son visage est également éraflé, mais surtout, son joli minois est pour la seconde fois mis à découvert par Mei.
L’ancien disciple de Deathmask tend son masque à Yulij : « Pour la puissance de nos coups je dirais que nous avons fait jeu égal. Pour ce qui est de la vitesse, j’ai l’impression que j’ai un cran d’avance. »
Elle lui arrache son masque des mains, furieuse.
Face à cette attitude, Mei la taquine : « Estime-toi heureuse, si je n’avais pas pris le temps de t’ennuyer un peu, j’aurai pu frapper plus fort et plus vite. »
Tête baissée, Yulij balance d’un revers de la main le masque que Mei lui tend. Elle empoigne son camarade par le col et le soulève avec vivacité. Fier de lui, il ne perd rien de son rictus moqueur.
Néanmoins, le baiser que lui vole Yulij parvient à le désarçonner.
Subitement, sans laisser paraître le moindre sentiment, elle l’embrasse fougueusement.

Lorsqu’elle relâche sa prise, Mei est tremblant. Sa gorge s’assèche et son c½ur cogne fort dans sa poitrine. Il essaie d’ouvrir la bouche mais aucun son ne vient. Yulij lui épargne une nouvelle tentative en approchant de nouveau son ami.
Cette fois-ci, c’est lui qui s’engage en la devançant. Ses mains saisissent ses hanches et sa bouche vient chercher la sienne pour échanger un langoureux baiser.
Il enlève avec délicatesse le maillot kaki de la jeune femme. Celle-ci ne perd rien de sa fougue et gagne quelques secondes en arrachant directement le tissu usé qui couvre le torse du chevalier. Ses lèvres viennent baiser les pectoraux d’acier forgés par l’ardu entraînement de Deathmask. Encore humidifiés par la salive de sa camarade, les pectoraux de Mei sont réchauffés par la poitrine de Yulij qui vient plaquer son corps contre le sien…


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur du temple d’Hébé, les Saints et les Alcides prennent congé de la Déesse de la Jeunesse.
Au seuil de la salle d’audience, Baucis est rattrapée délicatement par le poignet par sa déesse.
Tous se retournent stupéfaits mais la jolie vénusté leur demande de les laisser seules : « J’aimerai m’entretenir avec Baucis avant son départ. »
Aucun ne discute les ordres.

Seules, les deux jeunes femmes peuvent discuter en toute liberté.
Hébé vient soulever le masque de son Alcide afin de pouvoir admirer son regard. Avec son autre main, elle presse avec attention son ventre : « J’en étais sûre. Baucis, depuis combien de temps es-tu au courant ? »
Baucis n’ose pas regarder sa déesse dans les yeux. Son regard est partagé entre bonheur et gêne : « Je l’ai découvert il y a une semaine. Les prêtresses d’Athéna suggèrent que je suis enceinte d’approximativement un mois. »
Hébé ne dissimule pas son bonheur : « Félicitations Baucis. La divinité que je suis se réjouit d’un tel événement. Qu’en a dit Philémon ? »
Baucis - " Il n’est pas au courant. Je comptais lui dire aujourd’hui. Cependant, face à son enthousiasme devant la mission que les Saints se sont confiés, je ne peux pas le déconcentrer avec cette nouvelle. "
Hébé - " Voilà pourquoi tu l’accompagnes alors. "
Baucis - " Oui, Philémon est intrépide, passionné. Il serait capable de donner sa vie sans hésiter pour réussir. Je ne veux pas que mon enfant naisse sans son père. J’y vais pour le protéger. "
Hébé - " Il est intrépide et passionné. Comme toi. Dans le cas inverse, tu n’aurais pas hésité à te lancer dans la bataille. Je peux le lire dans ton c½ur. "
Baucis rougit.
Hébé - " Maintenant que je sais, je ne suis pas certaine que te laisser te rendre sur Ténédos soit la meilleure idée. Toutefois, si tel est ton v½u, je ne peux t’en empêcher. Promets-moi seulement d’être prudente. "
Baucis s’agenouille et réajuste son masque de femme chevalier : « Merci Majesté. Je ferai tout mon possible pour que vous soyez fière de moi. »
Avant qu’elle ne passe la porte, Hébé précise, d’un ton délicat : « Je le suis déjà. »
Baucis, immobilisée quelques secondes par un tel éloge, se sent prise d’une fierté intangible.



Il en était ainsi, la vie calme à laquelle j’aspirais ne pouvait m’être promise tant que le règne d’Athéna n’était pas garanti.
Déjà, je quittais pour une énième fois l’amour d’une femme et d’un enfant. Je ne me doutais pas qu’au bout du chemin m’attendait l’Olympe, j’espérais simplement pouvoir un jour m’en retourner auprès de cet amour qui me manquait déjà cruellement…

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Only for Love / Chapitre 53 - L’Aigle
« on: 3 January 2016 à 13h14 »
Au Japon, l’apprentissage était dur pour Seiya et ses amis. Shiryu avait perdu la vue contre Algol, Saori venait d’être enlevée par Jamian, Seiya se retrouvait avec elle au fond d’un ravin le bras cassé et victime d’un traumatisme crânien.
A Jamir, cela faisait une semaine que Nicol, Mei, Yulij et Médée suivaient les préceptes de Mû.
A Asgard, Bud, Alberich et Mime rentraient en héros.
Pendant que Marine et moi étions coincés.



Chapitre 53 - L’Aigle

Quelque part sur la Mer Egée : 

19 octobre 1986.
Le vent souffle violemment sur une embarcation de fortune. Celle-ci est secouée par les vagues.
La mer agitée ne rassure pas l’un des deux occupants. Apodis tient avec acharnement les lanières de l’urne dans laquelle est enfermée son armure. Ses cheveux bleus sont noyés par l’écume : « Je dois t’avouer que j’aurai espéré une traversée plus calme. »
La jeune femme qui accompagne Apodis tient elle aussi sa propre urne : « Nous n’avons pas d’autres choix. Tout autour de Yíaros, les navires du Sanctuaire bloquent les liaisons avec l’extérieur. Nous déplacer dans les airs en bondissant depuis la côte nous aurait été fatal. Nous aurions été à la merci d’une riposte. »
Apodis pointe du doigt la direction de l’île d’Hébé : « Parce que tu penses qu’une petite barque va passer inaperçue au milieu de tous les bâtiments remplis de soldats ? »
Marine - " Non plus. Mais ça nous a permis d’approcher jusqu’ici sans nous faire repérer. Il nous faudra finir la traversée à la nage à partir d’ici. "
Malmené par les bourrasques, Apodis s’exclame : « Comment ?! »
Marine - " Oui, à partir d’ici nous sommes à la portée de leurs longues-vues. Nous devons passer par-dessous la mer pour arriver jusqu’à l’île. "

Marine joint la parole aux actes et endosse sa Pandora Box pour se jeter dans l’eau. Avant de l’imiter, Apodis confesse : « J’étais persuadé dès le départ que tu me conduirais dans une aventure impossible ! »


Au royaume d’Asgard : 

Le sourire qui se dessine sur les lèvres des trois hommes est représentatif de la joie de chacun de mettre fin à ce voyage exténuant. Syd, Alberich et Mime rentrent enfin de Blue Graad.

Ayant ressenti leur cosmos en approche, Hilda a fait préparer un cortège pour venir à leur rencontre dès la route de cristal, là où Seiya affrontera Thor dans quelques mois.
Les soldats relâchent les chiens de traîneau pour les soulager et amènent des chevaux aux trois héros, car c’est bien ainsi qu’ils sont considérés.

Hilda s’approche d’eux sur son grand cheval blanc, les obligeant à attendre un peu avant de grimper sur leurs montures.
Ils effectuent une révérence fort prononcée que leur renvoie la prêtresse d’une mine complice :
Hilda - " Félicitations guerriers d’Asgard. Vous êtes parvenus à sauver Blue Graad et à ramener Alexer sur le droit chemin. Mais trêve de bavardages, vous devez être exténués. Je vais vous faire raccompagner jusqu’à chez vous pour vous reposer avant le grand banquet que j’officierai ce soir en votre honneur. "
Syd et Mime s’échangent un regard coopératif, Alberich, lui, montre toutes ses dents en se sentant enfin considéré comme il se doit.


En traversant les hordes de villageois qu’ils rencontrent en remontant jusqu’au Walhalla, Syd salue chaleureusement son ami Thor, tandis que Mime joue quelques notes de sa lyre pour satisfaire davantage les adulateurs. Alberich, lui, ne cesse de lever le poing haut en l’air, afin que les acclamations de la foule flattent encore et encore son ego.
Les retrouvailles entre Siegfried et Syd se font bien plus solennelles que celles avec Thor, mais non moins joyeuses. Avec toute la politesse qui lui est connue, Mime incline à peine la tête devant l’ange gardien d’Hilda sur le parvis du palais, tandis qu’Alberich profite de passer à proximité de lui pour lui souffler du coin des lèvres : « Tu vois mon cher Siegfried, je serai toi je surveillerai ma place, je pourrai prendre goût à être considéré comme tu l’es habituellement, en héros. »
Siegfried se contente de lui lancer un regard sombre, tout en conservant son calme pour ne pas gâcher la fête.
Une attitude que Syd imite en voyant arriver devant lui la Princesse Freiya de Polaris accompagnée de ces amis, Hagen de Merak et, surtout, Bedra de Edel.
Freiya et Bedra effectuent une révérence en l’honneur du brave, alors que Hagen se contente de pencher la tête non sans respect comme l’a fait auparavant Mime envers Siegfried.
Une fois les usages réalisés, Bedra ne tient plus de se jeter dans les bras de son futur époux. Syd accepte l’étreinte avec une certaine retenue. Il n’a pas oublié que sa promise trouve aussi du réconfort dans les bras de son frère lorsqu’il n’est pas là.

Mime vient taper sur l’épaule de son équipier : « C’est là que nos chemins se séparent. Tu as bien mérité un peu de repos. »
Syd - " Ce fut un plaisir de faire équipe avec toi. "
Le trio se sépare aussitôt, prêt à se réunir une dernière fois au festin prévu ce soir en leur honneur.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

Au sud de l’île, dans le port réfectionné après l’invasion du Sanctuaire il y a un an et demi, les pontons sont déserts.
L’embargo instauré par le Sanctuaire et l’isolement de l’île qui en découle a fait cesser toute activité maritime pour le sanctuaire d’Hébé.

A bout de force et de souffle, Marine et Apodis atteignent le rivage.
A peine la tête sortie de l’eau et les pieds sur le sol, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis hume l’odeur si particulière de cette île, lui rappelant que c’est ici qu’il a passé des nuits paisibles après des années de tourments.

Devant eux, le reste de l’île est dissimulé par une chaîne montagneuse où il n’existe qu’un passage. Celui-ci consiste à longer le chenal qui traverse l’île du nord/est jusqu’au sud.
Apodis - " Nous devons remonter ce cours d’eau. A mon avis, une fois que nous serons entre les deux flancs des montagnes, nous aurons droit au comité d’accueil. "


Marine le suit et ne peut que donner raison à Apodis.
A peine sont-ils arrivés sur les flancs des montagnes, que surgissent une quinzaine de soldats couverts d’une armure azure par-dessus leur tunique bleu marine. Ils brandissent leurs dagues ovales en direction des intrus. Le chef de la cohorte demande : « Vous portez des Pandora Box des chevaliers d’Athéna. Déclinez votre identité ! »
Une voix emplie de sympathie retenti depuis le sommet du col montagneux. L’homme de petite taille, les cheveux bruns hirsutes, le teint brunit par le soleil et marqué par une longue cicatrice affirme à ses hommes : « Ça ira soldats ! »
Le soldat s’exécute : « Bien Seigneur Philémon Saint de bronze du Lièvre. »
Vêtu d’un plastron en métal rouillé par-dessus son maillot noir, le joyeux homme atterrit devant les étrangers. Il fronce ses épais sourcils et reconnaît de ses grands yeux bleus de vieilles connaissances : « Apodis ! Mon ami, tu es revenu ! Et accompagné, si mes souvenirs sont bons, de Marine Saint d’argent de l’Aigle n’est-ce pas ? »
Marine se contente de hocher la tête pour confirmer son identité. Pendant ce temps, le petit grec sert son compatriote dans ces bras : « Tu es sain et sauf ! Je suis tellement content. Juventas aussi sera heureuse de te retrouver. »
Apodis - " Je l’espère Philémon. Je suis également content de te voir en bonne santé. Je vois que tu as pris du galon. Tu officies dans l’armée d’Hébé désormais ? D’ailleurs, je suis surpris de voir autant de soldats. Il n’y en avait plus de vivants au moment de mon départ de l’île. "
Philémon - " Après que le Sanctuaire ait été repoussé, il fallait organiser une milice pour préparer leur retour. Beaucoup de villageois qui ont participé à la révolte se sont portés volontaires pour entrer dans les rangs. Quand aux jeunes, pendant le temps où les athéniens ont été sur l’île ils avaient été formés aux armes. J’ai donc donné un coup de pouce pour achever leur apprentissage. Par contre j’évite de porter ma Cloth ici. Ça fait mauvais genre après les tragiques événements. "

Le ton dominateur de la compagne de Philémon confirme les propos de son amant :
Baucis - " Même si nous vous savons alliés, nous préférons que vos armures ne soient portées qu’en cas de force majeure. "
Apodis reconnaît la jeune femme qui arrive dans leurs dos. Physiquement remarquable puisque sa tenue et ses formes ne laisse personne insensible, son visage est masqué tandis que sa Cloth beige épouse avec sensualité sa poitrine sur volumineuse, sa taille de guêpe et ses cuisses musclées et robustes. Un court bustier grenat habille très peu sa poitrine tandis qu’un short de la même couleur couvre à peine ses fesses rebondies.
Apodis salue la femme chevalier : « Baucis Alcide de la Biche de Cérynie. »
Elle lui renvoie le respect témoigné par Apodis en inclinant légèrement sa tête sur le côté.

Philémon demande à ses pairs : « Alors vous êtes venus vous réfugier ici ? »
Marine répond pour Apodis : « Pas vraiment. Je suis venue demander une audience auprès d’Hébé. »
Ne connaissant pas la japonaise, Baucis marche en se déhanchant jusqu’à elle. Elle la saisit de la main gauche par le menton et glisse ses doigts le long de son masque avec la main droite. Sa main descend le long de son cou et s’arrête juste au creux de sa poitrine sans que Marine n’esquisse la moindre réaction.
Baucis conclut sa provocation en déclarant à Apodis : « Si tu l’as emmené avec toi, c’est que j’imagine que tu sais ce que tu fais. »
Le grec soupire, soulagé de voir la tension redescendre. Sans savoir ce que Marine attend d’Hébé, il souffle : « Naturellement. »


Au royaume d’Asgard, au temple Walhalla : 

Enfin chez lui, dans les appartements du Walhalla, Syd peut maintenant supprimer cette fausse joie qu’il garde sur son visage.
Il défait ses vêtements usés par le voyage, puis enroule son corps d’une serviette de bain sans dire un mot à sa promise.
La blonde aux cheveux soyeux s’inquiète de cette froideur brutale : « Mon amour, tu descends aux bains ? »

Syd ne lui dévoile rien de son intention de descendre se débarbouiller dans l’immense salle de toilettes comprenant différents thermes que se partagent les aristocrates du palais.

Avant qu’il ne prenne la porte, la jeune femme aux yeux améthyste lui barre le chemin. D’une voix friponne, elle lance : « Attends, tu sais que tu as un certain charme avec ce style vagabond ? »
Provocante comme Syd l’aime d’ordinaire, le futur Guerrier Divin ne réagit pas comme l’espère Bedra. Tourmenté par la relation qu’il soupçonne entre sa fiancée et Bud, Syd froncent ses sourcils : « Tu l’as rencontré n’est-ce pas ? »
Bedra - " Pardon ?! "
Syd - " Tu sais qui il est, n’est-ce pas ? "
Bedra - " Mais de qui me parles-tu ?! "
Le visage de Syd est défiguré par la colère : « De mon frère ! »
Il présente la moitié de pendentif qu’il a ramassé à Blue Graad.
Bedra est sans voix. Elle regarde tournoyer le bijou suspendu au bout d’une chaîne.

Démasquée, elle préfère poser cette question qui lui mord les lèvres et qu’elle s’efforçait jusqu’ici de masquer par sa joie de retrouver Syd : « A-t-il a survécu ? »
Syd arrache son propre médaillon et le jette de rage sur sa promise ainsi que celui de son frère : « Alors c’est lui que tu aimes ?! »
Bedra se cache trop tard le visage, l’un des deux morceaux du bijou en forme de c½ur ricoche sur sa joue.
Elle s’effondre en sanglots, ses larmes se mêlent au sang qui s’écoule de sa plaie.

Syd est transformé, il regarde avec une certaine indifférence sa fiancée. Sa voix est sèche et autoritaire : « Réponds-moi ! C’est lui que tu aimes ?! »
Il la relève en l’empoignant par la gorge pour mieux la plaquer contre un mur.
D’un timbre abîmé, étouffée par la colère de Syd, Bedra confesse : « Je ne peux choisir lequel de vous deux je désire le plus. »
C’est seulement lorsque Syd comprend la détresse qui se lit dans les yeux de la belle, des yeux rougis par l’étreinte, marqués par le manque d’oxygène, qu’il revient à lui. Il desserre ses mains et la laisse retomber sur la moquette de sa chambre.
Tel un point mort, elle s’échoue au sol, reprenant difficilement sa respiration.

Il lui tourne le dos, refusant d’être confronté davantage à la vue de cette menteuse.
Après plusieurs expirations profondes, il reprend un ton plus habituel : « Je ne sais pas s’il a survécu. Il m’a sauvé alors que la situation était tendue. Une violente explosion s’en est suivie, c’est tout ce que je sais. »
Bedra - " Syd… Je suis… "
Syd - " Je n’arrive pas à croire que tu ais pu me faire ça. "
Bedra - " Il était… Il est tellement… Toi ! Semblables physiquement, la personnalité de l’un comblait les manques laissés par l’autre. J’aurai voulu pouvoir vous aimer dans le plaisir, sans avoir un jour à choisir… "
Il l’interrompt : « Arrête ! N’en dis pas plus ! C’est déjà suffisamment dur comme ça. »
Bedra - " Je suis désolée, je n’ai jamais voulu te blesser. Je me suis laissée partager entre mon amour pour toi et l’amitié pour lui. "
Syd - " Alors ce n’est même pas une simple attirance qui aurait juste pu servir à combler mon absence ? Tu éprouves malgré tout des sentiments pour cet homme ? "
Bedra - " Il était seul, abattu. Il a tellement manqué d’amour qu’il en voulait au monde entier. Il a tenté de se rapprocher de moi dans le but de se venger de toi. Mais tout comme au fond de toi, j’ai compris qu’il n’avait pas une âme vile. Quand je lui ai déclaré comprendre qu’il n’était pas Syd de Mizar, il m’a alors avoué son histoire. C’est un homme perdu, débordant d’affection derrière cette carapace qu’il travaille. J’ai toujours rêvé qu’un jour il puisse venir à toi pour t’apprendre son existence, pour rattraper ce temps perdu durant lequel vous auriez pu jouir d’un amour fraternel. "
Syd - " Je sais qui il est. Je l’ai su bien avant de te connaître. Je l’ai rencontré durant mon enfance et j’ai fais admettre à mes parents que notre ressemblance physique ne pouvait pas être un hasard. Alors ils m’ont avoué. Ils l’ont toujours aimé… Et moi… Moi je l’ai toujours inconsciemment aimé aussi. Seulement les lois d’Asgard sont ainsi et jamais tout cela n’aurait dû se produire. S’il a réellement survécu à Blue Graad et qu’il se présente à toi, je te conseille de me le dire. Je l’exécuterai et tu le suivras dans la tombe si je découvre que tu me mens de nouveau. "
Bedra - " Que dois-je faire à présent ? "
Syd - " Il est hors de question d’annuler notre mariage. Il en va de la fierté de nos familles. Je ne veux pas que nos noms soient traînés dans la boue à cause d’une femme infidèle. Refuse de le voir, dis-lui de fuir Asgard et qu’il ne remette jamais plus les pieds ici. Mais jamais, ô grand jamais, tu ne dois lui dire que mes parents et moi-même sommes au courant de son existence. Je préfère qu’il me haïsse plutôt qu’il cherche à affronter les lois d’Asgard qui lui ont choisi un tel destin. "
Bedra hésite un instant. Elle balbutie avec chagrin : « Qu’il en soit ainsi. »

Tandis qu’il quitte l’appartement, elle l’interpelle avec timidité : « Syd, je t’aime. »
Syd ne daigne toujours pas la dévisager : « Dans ce cas aime-moi sans me le dire. C’est trop tôt pour que je puisse te pardonner. »


En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

Disséminées tout autour du temple des hommes, le temple d’Héraclès, et du temple des femmes, le temple d’Héra, les habitations se sont reconstruites.
Les villageois s’entraident toujours pour restaurer les demeures des plus démunis.

Après avoir été réquisitionnés par les athéniens, les temples sont de nouveaux des lieux de culte revenus aux mains des prêtres et des prêtresses. Devant ces lieux de recueil, la verdure a poussé autour des statues hébéïennes couchées par les soldats du Sanctuaire.

Les jardins fleurissent à nouveau après avoir été des champs de terre abandonnés sur lesquels les hébéïens imprudents étaient exécutés.

Apodis sourit, ravi de cette reconstruction. Il salue chaque fois avec obligeance les villageois qui le reconnaissent.
Même du temps où il était leur ennemi, la complaisance d’Apodis à l’égard des faibles a toujours été appréciée.

Pourtant, malgré sa politesse, il cherche partout un visage connu qui lui a tant manqué, celui de Juventas.
C’est alors que la foule s’écarte pour laisser passer un chétif être qui marche par petits pas. La petite fille, bien qu’encore faible sur ses jambes, progresse d’un pas décidé vers Apodis.
Le grec a les yeux qui débordent de larmes lorsqu’il reconnaît l’enfant de Juventas pressée de se jeter dans ses bras : « Agape ! Comme tu as grandi ! »
Il la soulève et la fait tournoyer au-dessus de sa tête en riant aux éclats avec elle.
Il la présente à Marine : « Il s’agit de la fille d’Iphiclès, l’Alcide qui a donné tant de mal aux Saints d’or au Sanctuaire, et de Juventas Alcide des Juments de Diomède. Elle a deux ans. Elle est née la même année que Sperarus, mon défunt fils. »

L’intonation si chaleureuse qui lui a le plus manqué le foudroie en plein c½ur. Juventas se joint à la fête : « Elle t’a beaucoup réclamé tu sais. N’arrivant pas à dire Apodis, elle disait souvent « Apopo ». Avant d’abandonner ce nom pour « papa ». »
Apodis soulève avec fierté l’enfant de son amie et la sert chaleureusement dans ses bras.
Il reste de longues secondes émerveillé par le charme de l’Alcide pourtant masquée aux yeux de tous.
Grande, mince, à l’allure très féminine, elle est comme ses semblables, vêtues d’une tunique grenat et porte une Cloth blanche et crème. Ses cheveux couleur taupe descendent en de nombreuses pointes dans son dos et sur son front dissimulé. Sa peau mate, brunie par le soleil de Grèce, lui donne un teint éclatant.
Avec une certaine réserve, face à la foule observatrice, Apodis se cantonne d’un timide : « Je suis très heureux de te revoir. »
Sous le masque aux expressions inquiétantes de Juventas, des larmes coulent : « Moi aussi. »
Le peuple applaudit ces retrouvailles pour féliciter le retour d’un héros. Comme Philémon, il est reconnu pour avoir su se retourner contre les siens qui ½uvrent pour le mal.

Enfin, des applaudissements se poursuivent alors que tous les hébéïens ont cessé de frapper dans leurs mains.
La foule se prosterne à mesure qu’une lumière aveuglante et chaleureuse les inonde.
Apodis et Marine observe la même attitude que l’ensemble des habitants en s’inclinant devant Hébé.
Le Saint de l’Aigle détaille de bas en haut la déesse.
Ses délicats pieds, chaussés de spartiates, aux doigts fins et aux ongles parfaitement manucurés s’enfoncent sur le gazon. Les lacets de ses sandales couleur châtaigne enroulent ses minces chevilles. De ses jambes, Marine n’aperçoit que ses mollets parfaitement dessinés, ses cuisses qu’elle imagine douces et ravissantes sont tenues couvertes par une longue toge de satin, rose, épousant à merveille ses hanches et sa légère taille, agrafée à hauteur des épaules par des broches d’or, métal pur et précieux qu’on retrouve le tour de ses frêles biceps et de ses poignets. Un collier de perle descend jusqu’au creux de sa ferme poitrine pour tenir à son bout un c½ur d’or incrusté de diamants.
Ses mains menues, aux ongles vernis d’or, viennent effleurer ses petites mèches de cheveux qui lui caressent les joues. Ses courts cheveux blonds ne descendent pas plus bas que sa chétive nuque et son front est parfaitement dégagé puisqu’elle est coiffée d’une couronne en forme de feuilles de laurier trempée dans l’or. Son nez est fin, ses lèvres d’un rose innocent paraissent suaves. Ses sourcils subtilement épilés s’accordent à merveille avec ses grands yeux bleus aux couleurs du ciel lorsque celui-ci est au paroxysme de sa clarté.

Hébé - " Bon retour à toi Apodis. "
Apodis se baisse encore plus bas : « Merci de m’offrir votre hospitalité déesse Hébé. »

Devant la déesse, l’atmosphère ondule, comme si l’air venait d’être fendu.
De façon irréelle, apparaît le maître de l’illusion. Le dernier Alcide, ¼dipe des Oiseaux du Lac Stymphale. Son physique disgracieux ne fait pas sourciller Marine, pourtant elle en aurait eu le droit.
L’homme aux genoux distordus, marche lentement. Il traîne les pattes tel un animal abattu.
Le bolivien distance ainsi sa déesse de Marine qu’il ne connaît pas. Ne sachant pas parler, dénué dès la naissance de ses cinq sens, ¼dipe utilise la télépathie pour faire résonner sa voix dans l’atmosphère : « Il me semble ne jamais t’avoir rencontré. Qui es-tu pour recevoir l’insigne honneur de te présenter devant sa Majesté Hébé ? »
La japonaise se contente d’une réponse vague : « Je suis l’Aigle. »
Apodis la dévisage, surpris d’une réaction aussi floue.
Hébé plisse légèrement ses yeux. ¼dipe insiste : « Est-ce ainsi qu’on se présente ?! Veux-tu te soumettre convenablement ! »
Hébé réagit pour Marine : « Ça ira ¼dipe. Elle t’a parfaitement répondu. Elle est l’Aigle. Et elle va me suivre dans mon palais. J’aimerai m’entretenir seule avec elle. »

L’assistance reste pantoise. Marine abandonne Apodis sans la moindre explication.


Au royaume d’Asgard au temple Walhalla : 

Au Walhalla, dans la salle de réception, la fête bat son plein.
Comme à Blue Graad, Mime accompagne les musiciens d’Hilda à la lyre tandis que Syd reste attablé en compagnie de Bedra et de leurs parents en faisant mine de vivre un parfait bonheur.
Bedra a le visage enroulé par une écharpe qui remonte sur le haut de son visage, de façon à masquer sa joue blessée et son cou bleui par la marque des mains de son fiancé.

Pendant ce temps, Alberich n’a de cesse de se complaire des éloges que lui font les convives d’Hilda, à commencer par cette dernière.
Cela a pour conséquence de provoquer l’hilarité d’Hagen et le manque d’appétit de Siegfried. Les deux amis positionnés aux côtés d’Hilda et de Freiya se navrent de manière différente du comportement de leur compatriote. En observant les femmes intéressées par ce succès d’Alberich, Hagen bouscule Siegfried avec son coude : « J’ai l’impression que pour une fois il ne repartira pas seul. »
Le cynisme de Siegfried tranche avec la bonne humeur d’Hagen : « Qu’il en profite, cela ne durera probablement pas. »


A Jamir :

Le calme de la contrée himalayenne fait réagir de façon différente les apprentis de Mû.
Depuis une semaine qu’ils se sont invités chez le Saint du Bélier, ils s’exercent à leur manière pour trouver la voix du septième sens d’après la présentation que leur en a fait Mû.

Mei et Yulij espèrent le maîtriser en repoussant leurs limites en se livrant bataille sans cesse.
Nicol en ouvrant son esprit à la nature chaque jour en allant s’isoler dans la montagne.
Médée en demandant sans cesse à son époux de lui faire partager son expérience des champs de bataille et de son apprentissage auprès de Shion.

Pour la muvienne, c’est l’occasion de passer davantage de temps avec l’être aimé.
La dure réalité leur rappelle que des Guerres Saintes ont déjà éclaté ces dernières années et qu’elles n’étaient rien par rapport à celles qu’ils allaient tous les deux devoir livrer dans les mois à venir.
Régulièrement tranquilles grâce à l’entraînement de leurs convives, ils profitent de ces instants pour partager le plaisir de l’amour en oubliant pendant ces minutes leur dure mission de chevalier.
Dans une couche en osier, elle émerge progressivement de son court sommeil. La tête appuyée sur le torse magnifiquement sculpté de son mari, elle soupire : « Suis-je la seule à m’être assoupie ? »
Mû - " Je suis trop préoccupé pour trouver le repos. "
Médée - " Qu’est-ce qui te préoccupe ? "
Mû - " Toi. Chaque jour tu progresses. Et cela pour aller jouer ta vie sur les champs de bataille. Moi je suis Saint d’or. Ma mission me vaudra très certainement la mort. J’en suis conscient. Mais si tu venais à partir toi aussi dans tous les combats que nous aurons à mener, que restera-t-il de nous ? "
Médée - " La mort est-elle obligatoirement notre seule issue ? "
Mû - " Si tu vas au Sanctuaire bousculer la hiérarchie de l’usurpateur, alors oui ça sera le cas. "
Médée - " Tu me demandes alors de fermer les yeux sur ce qui se trame en ce moment. "
Mû - " Pas nécessairement. Mais ces Saints de bronze au Japon, leurs techniques se perfectionnent de combat en combat. Ils ont réussi à égaler des Saints d’argent voire à les surpasser. Je ne serai pas surpris qu’ils renversent le Sanctuaire sans que tu ais besoin d’intervenir. "
Médée - " Tu me mets sur la touche si je comprends bien. "
Mû - " Tu assisteras le Sanctuaire le temps voulu. Il y a encore bien des dangers qui le guettent. "
Médée - " Attendons de voir comment va évoluer la situation. "


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, au centre de l’île : 

Au c½ur de l’île, là où la majorité de la population hébéïenne est regroupée, la demeure de Juventas vit de précieux instants.
Penché au-dessus du petit lit d’Agape, Apodis reste rêveur devant le visage endormi de l’enfant.
Juventas, dévêtue de sa Cloth, lui précise : « Elle ne s’était pas endormie aussi rapidement depuis ton départ. »
Apodis - " Vous m’avez terriblement manqué toutes les deux. "
Juventas ôte son masque et arbore une mine radieuse. Ses grands yeux dévorent Apodis : « Pour combien de temps es-tu là ? »
Apodis - " À vrai dire je n’en sais rien. Je ne sais pas ce que manigance Marine. Elle me paraît bien étrange. L’ordre du jour n’est plus de renverser le Sanctuaire mais de l’aider elle pour une mission bien plus importante. "
Juventas - " Dans ce cas là, si elle vient chercher l’aide d’Hébé, c’est que nous ferons certainement équipe. "
Apodis se rapproche d’elle et la serre contre sa poitrine. Malgré l’épaisse couche de muscle qui barde sa cage thoracique, Juventas peut entendre le c½ur de l’athénien cogner fort dans sa poitrine.
Apodis - " Quelle que soit mon rôle, je tiendrai ma promesse. Je te reviendrai en vie. "
Elle lève les yeux vers lui et pousse très légèrement sur la pointe de ses pieds pour hisser son mètre soixante douze au mètre soixante quinze d’Apodis.
Enfin, ils s’échangent un long baiser durant une étreinte passionnée…


Au royaume d’Asgard au temple Walhalla :

La fête à l’honneur des héros s’achève à mesure que les invités regagnent leurs appartements à l’intérieur du Walhalla ou leurs domaines tenus dans les environs du palais.

Bedra de Edel salue les derniers invités d’Hilda ainsi que cette dernière en affichant une fausse euphorie. Elle laisse seul Syd, obligé de raconter pour la énième fois les détails de son combat contre Alexer aux derniers participants au repas.


En retrouvant sa chambre, Bedra abandonne au sol l’épais foulard qui lui enroule le cou et masque sa blessure à la joue. S’ensuivent le reste de ses vêtements pour qu’enfin, d’une parfaite nudité, elle puisse se blottir dans ses draps.

N’arrivant pas à fermer l’½il, l’esprit trop ennuagé par les derniers événements, elle se met à fondre en larmes.

Soudain, depuis l’ombre laissée par le reflet de la lune sur la cheminée, une voix familière la surprend : « Je ne ressens que du chagrin dans l’univers que tu dégages. »
Bedra bondit de son lit en reconnaissant le jumeau de son futur époux. Elle vient lui tomber dans les bras et l’embrasse ardemment : « Par Odin ! Tu es vivant ! »
Bud l’enlace bien fort pour la convaincre qu’il est sain et sauf.

Malheureusement, les retrouvailles deviennent moins enjouées à mesure que Bedra comprend qu’elle est confrontée à une dure réalité. Entre son engagement envers Syd et son désir pour l’ermite, elle doit faire un choix.
Son sourire se charge brusquement d’une affliction. Les chaudes larmes qui lui viennent à nouveau surprennent Bud : « Que t’arrive-t-il ? »
Elle baisse honteusement la tête, souffrant de la décision qu’elle sait devoir prendre. Son mouvement fait remarquer à Bud les marques des mains de Syd sur le cou de l’aristocrate : « Qui… Qui t’a fais ça ?! C’est Syd ?! C’est lui n’est-ce pas ?! Il a osé ?! Et… Et ta joue ?! »
Tandis que le visage de Bud se charge d’une rage folle, Bedra le prend au vif : « Va-t-en ! »
La colère du jeune homme laisse place à l’incompréhension : « Pardon ? »
Bedra - " Tu as bien compris. Je ne veux plus te voir. "
Interloqué, il persiste : « Tu n’es pas sérieuse ? Que t’est-il arrivé ? Tu n’as pas l’air dans ton état normal… »
Bedra lui coupe la parole : « J’ai voulu vous aimer les yeux fermés, rester celle que vous désiriez tous les deux sans jamais avoir à choisir. Néanmoins, la réalité me rattrape. Aujourd’hui je suis obligée de me décider. »
Bud refuse d’abdiquer : « Alors tu privilégies l’empire que mon frère te propose à l’espoir d’un amour infini… »
Bedra se cramponne le c½ur. Elle le sent cesser de battre à mesure qu’elle ment pour le bien des deux hommes qu’elle aime : « Je choisis simplement la voix de l’amour. C’est lui que j’aime, pas toi. »
Bud reste sans voix, il tente un ultime geste vers elle qu’elle refuse en reculant d’un pas davantage décidé : « Va-t’en à présent. Et ne reviens jamais. »
Bud - " Je… Je t’ai toujours… "
Il fait la mou, remplit ses poumons d’oxygène pour retenir son chagrin puis se résout.
En baissant la tête, il prend la direction de la fenêtre par laquelle il avait l’habitude de fuir après leurs instants secrets partagés autrefois.
Un pied en appui sur le rebord de la fenêtre, prêt à prendre toute son impulsion pour quitter les lieux, Bud présente pour la première fois devant Bedra ce regard froid qui le caractérise habituellement : « Une fois de plus Syd m’a pris ce qui me revenait. Je le maudis… Oui, je le maudis du plus profond de mon être et je jure sur Odin que je reviendrai malgré ton souhait. Je reviendrai plus fort pour prendre cette place qui doit être mienne auprès de la cours d’Asgard et surtout auprès de ton c½ur. »
Sans même lui offrir un dernier regard, il disparaît dans les forêts enneigées où il a grandi.

Hagarde, la riche héritière de la famille de Edel traîne les pieds jusqu’à la fenêtre pour la fermer. Elle exécute mécaniquement les gestes nécessaires pour la clore puis s’assied au pied de son lit. Sans la moindre étincelle de vie dans son regard, elle passe doucement ses doigts sur sa joue marquée à tout jamais par son adultère. Cette cicatrice qui lui restera gâchera aussi péniblement sa beauté que les souvenirs qu’elle retiendra de ces moments passés où elle a pu aimer deux hommes et être la plus comblée des femmes.
Enfin, petit à petit, comme si l’air dégage une odeur inhabituelle, elle sent ses narines être prises d’une étonnante brûlure. Le cruel parfum de la réalité la rattrape, lui déchire son âme.
Renoncer à l’un des hommes qu’elle aime, c’est comme renoncer à une partie d’elle-même.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur du palais d’Hébé, de nombreux habitants travaillent à sa réfection. Le bâtiment a beaucoup souffert de la tentative d’assassinat perpétrée contre la Déesse de la Jeunesse.
La grande salle de réception, vidée de toute présence, autre que celle de Marine, à la demande de la maîtresse des lieux, témoigne de la violence des combats livrés ici. Le plafond est toujours ouvert par plusieurs trous faits dans la roche. Les murs sont encore couverts de sang, les tentures arrachées et le marbre au sol fissuré.

Cependant, Marine n’est guère étonnée. Elle achève ses explications en tendant le bracelet où sont marqués les symboles de Pégase et de la Chouette : « … Et c’est pourquoi j’ai besoin de votre divin cosmos pour localiser le second bracelet. Un autre cosmos divin l’a scellé et m’empêche de faire le lien entre les deux artefacts. »
Hébé - " D’après tout ce que tu m’as raconté, ce bracelet sera certainement surveillé. Il vous faudra combattre, Apodis et toi, des Anges de l’Olympe. "
Marine - " Très certainement en effet. "
Hébé - " Apodis semble disposer d’une cosmo énergie impressionnante. Bien différente de celle qu’il détenait quand il a quitté l’île la dernière fois. Mais ça ne sera pas suffisant. Si la conspiration de l’Olympe que tu m’as exposé s’avère exacte, alors il est capital que vous réussissiez cette mission. Je vais donc joindre mes forces à votre succès. "



Le 19 octobre s’achevait sur encore bien des mystères et des morts.
Au Japon, Jamian, Dante et Capella avaient péri face aux Saints de bronze.
Sur Yíaros, Marine devenait de plus en plus énigmatique. Celle qui s’était faite appeler l’Aigle devant Hébé, semblait avoir un lien privilégié avec les dieux.
J’étais loin de me douter que la dernière Guerre Sainte se jouait déjà et que j’allais en être un acteur majeur.

12
Only for Love / Chapitre 52 - Renaissance
« on: 11 February 2014 à 21h44 »
Une Guerre Sainte avait eu lieu en Sibérie. Je ne l’avais pas ressentie.
Mei et ses amis approchaient de Jamir. Je ne m’en doutais pas.
Ksénia était repartie auprès de l’Olympe. Je n’en avais même pas idée.
Les camps d’Arès et d’Hadès se renforçaient. Je ne m’en préoccupais pas.
Le Sanctuaire avait envoyé au Japon les Saints d’argent. Je ne l’aurai jamais soupçonné.

Non, moi j’errais. J’errais de pays en pays, mourant de faim et de soif, agonisant de mes plaies qui ne cicatrisaient pas, brûlées par les lanières en cuir de ma Pandora Box rentrées au plus profond de ma chair. Je m’imaginais rejoindre mon fils et ma femme.
La douleur devenait de plus en plus supportable.
Mon corps s’affaissait peu à peu et j’allais mordre la poussière à quelques mètres de la frontière qui sépare la Turquie à la Grèce…



Chapitre 52 - Renaissance

Quelque part à la frontière qui sépare la Turquie à la Grèce :

13 octobre 1986.
Apodis a le visage écrasé dans la poussière. Son bras gauche, toujours gelé par le Diamond Dust encaissé sur Yíaros, ne l’aide pas à s’extirper de cette honteuse condition.
Toujours en route pour l’île Kanon après sa rencontre avec le vieux maître Dohko, il y a près d’un mois, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis rampe tel le vermisseau qu’il est devenu.
Sa gorge lui brûle, elle est sèche. Ses lèvres sont craquelées et son estomac crie famine. Ses plaies sont toujours à vif.

« Je sens de moins en moins la douleur. Je quitte peu à peu ce monde. Je vais retrouver ma femme et mon fils… », s’imagine-t-il.
Il retire les lanières de sa Pandora Box qui l’écrase contre le sol et se tourne sur le dos pour observer le soleil brûlant.
Ce soleil lui rappelle celui qu’il observait aux côtés de Juventas et de la fille de celle-ci sur Yíaros : « Juventas… Je lui ai promis que je reviendrai auprès d’elle. »
Ses flous souvenirs sont interrompus par le passage continu de vautours au-dessus de lui.

Cette situation et ses souvenirs lui redonnent la force de reprendre sa route. Il s’écrie dans la douleur : « Je n’ai pas le droit d’abandonner ! »

Soudain, une voix familière lui répond : « C’est bien ce que j’espère. »
Apodis, les yeux à peine ouverts, réclame : «  Qui est là ? »
Il distingue difficilement, de ses yeux mi-clos, les chaussettes blanches par-dessus les collants rouges d’une jeune femme venue à son secours.
Couverte de sa Cloth bleue et cachée sous son masque, la Saint d’argent de l’Aigle à l’opulente chevelure rousse soulève par-dessus son épaule le bras droit d’Apodis :
Apodis - " Ma… Marine c’est toi ? "
Marine - " Tais-toi. Garde des forces pour tenir le coup jusqu’à l’île Kanon, je t’y emmène. "


Sud/est de l’Asie centrale, l’Himalaya :

A la frontière de la Chine et de l’Inde se trouve une région montagneuse où culmine à près de six milles mètres d’altitude la terre du diable.
Là-bas, l’oxygène se raréfie et les tibétains eux-mêmes ne s’y aventurent jamais, le nom de ce territoire est « Jamir ».


Au bas des montagnes himalayennes, la foule venue à dos de mules, de bovins ou de vieux véhicules motorisés, se dispersent sur un marché immense.
Paysans, touristes, moines, occidentaux et orientaux se laissent séduire par les spécialités locales. L’agriculture de l’orge, du blé, du seigle et des pommes de terre est très prisée par les paysans. Tout comme le coton, le chanvre et le soja. Les éleveurs, prennent plaisir à y trouver de nombreux animaux pour leurs élevages personnels, comme les yacks, les moutons et les chameaux.
Quelques alcools locaux ainsi que l’artisanat, comblent les touristes du monde entier.


Une halte dans cette dernière zone habitée a permis à Mei et ses compagnons de reprendre des forces. Yulij est la première à féliciter Médée, la régionale de l’étape : « Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un vrai repas. »
Le meneur du groupe, Nicol, précise : « Sept jours exactement. Cela fait sept jours que nous traversons le monde pour venir jusque chez Médée. »
Mei - " Heureusement que nous avons quand même utilisé une infime partie de notre cosmo énergie pour nous déplacer. Sans quoi nous serions encore loin d’être arrivés. "
L’épouse de Mû justifie : « Faire appel à plus de cosmos aurait permis au Sanctuaire de localiser nos positions. Une fois arrivée à Jamir, nous aurons tout le luxe de dévoiler nos potentiels. Le magnétisme des montagnes empêche la télépathie pour ceux qui ne la maîtrisent pas parfaitement. »
Nicol - " De plus, il me semble que nous serons en sécurité, là-bas, auprès de ton mari n’est-ce pas ? "
Médée - " En effet, mon mari est très respecté malgré ses divergences d’opinion avec le domaine sacré. Mais ce n’est pas tout. Pour parvenir jusqu’à lui, il faut passer le cimetière des armures. Voilà pourquoi j’ai préféré que nous nous arrêtions prendre quelques forces. "
Le Saint du Sextant s’inquiète :
Yulij - "  Le cimetière des armures, qu’est-ce donc ? "
Médée - " Jamir est défendue par une tour. Elle sert de lieu de travail et de vie à mon mari. Derrière, plus loin, réside les muviens, les descendants du peuple du Mû et habitants de Jamir. Le cimetière des armures sert de rempart à Jamir. C’est un lieu où les gens se perdent et errent sans fin. Les intrus finissent par se retrouver en ce lieu où des squelettes de guerriers encore vêtus d'anciennes Cloths en débris les attendent. Il s’agit des fantômes de ceux qui ont voulu s’aventurer de trop près. "
Mei, plutôt fier, affiche un certain mépris : « Des faibles donc ! »
Médée - " Détrompes-toi. Dans le lot, beaucoup de Saints d’argent désireux de faire réparer leurs armures y ont perdu la vie. Et rejoins les rangs, par la force des choses. "
Yulij - " Oui, mais toi qui vient de Jamir, ils te laisseront passer n’est-ce pas ? "
Nicol répond pour Médée : « Traverser le cimetière des armures est une épreuve. Un test. Il faut être digne de pouvoir atteindre Jamir. Notre maître Arlès, originaire de cette contrée, me disait souvent qu’il devait chaque fois prouver sa valeur lorsqu’il revenait sur sa terre natale. »
Mei taquine Yulij qui semble inquiète. Il dépose sa main sur son épaule : « Ne t’en fais pas va, je te protégerai. »
Nicol étale tout son savoir : « Ce n’est pas si simple. Pour traverser le cimetière, il faut attaquer sans se retourner. Mon maître disait qu’il fallait avancer. Sans cesse avancer. Quoi qu’il arrive. »
Mei continue de badiner auprès de Yulij : « Mince, tu n’auras pas intérêt à te trouver derrière moi. Sans quoi je ne pourrai pas venir te chercher. »
Yulij, vexée, dégage la main que Mei a déposé sur son épaule : « Ça ira je te remercie. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Visible depuis le Sanctuaire, cette petite île de la Méditerranée est réputée pour les vertus de son volcan en éveil constant. Ses vapeurs ont des propriétés curatives, capables de soulager et développer les pouvoirs des Saints meurtris.

« Un homme normal n’y survivrait pas », pense Marine en traversant le seul village de l’île Kanon.
Vêtue de sa Cloth, portant d’un bras Apodis et de l’autre la Pandora Box de l’Oiseau de Paradis, la Saint d’argent de l’Aigle n’attire même pas la curiosité des habitants.

Le peuple a été habitué au fil des siècles à voir débarquer ici des chevaliers.
Ce domaine annexé par le Sanctuaire reçoit régulièrement des navires du Port du Destin venu les ravitailler.
La monnaie est le sacre, celle du domaine sacré.
Les villageois vivent du commerce des pierres de lave, auxquelles on assimile des bienfaits réparateurs pour de simples humains. Ainsi, le commerce de ces pierres auprès des marchands du Sanctuaire permet aux habitants de l’île Kanon d’acheter boisson et nourriture puisqu’ils ne peuvent rien cultiver sur le peu de terre aride dont ils disposent.

Apodis revient peu à peu à lui : « Marine… Sommes-nous déjà arrivés ? »
Marine - " Oui, j’ai pu me déplacer rapidement grâce à ma cosmo énergie. Accroche-toi, nous sommes tout proche. "


Alors qu’ils entament l’ascension du cône montagneux, la silhouette d’un vieillard rabougri aux cheveux grisonnants se positionnent sur le perron d’une vétuste maison comme toutes celles de cet antique village.
L’observateur, d’un signe de la main, appelle deux soldats qui sortent du logis. Ils emboîtent le pas à l’infirme qui s’aide d’une canne pour marcher.
Un des deux hommes demande au vieux borgne : « Seigneur Gigas, pourquoi suivez-vous ces Saints ? »
Gigas - " Parce que l’un d’eux est activement recherché par le Pope et que l’autre ne peut être qu’une traîtresse puisqu’elle l’accompagne. Je tiens mon billet pour rentrer en grâce aux yeux de notre maître. La défaite de Ennetsu Saint et ma fuite seront bientôt du passé. "


Plus haut, Marine descend au c½ur du volcan, au plus près de la lave. Sans crier garde, elle balance l’urne d’Apodis dedans.
Apodis - " Marine ! Tu es folle ! Comment pourrais-je la récupérer ? "
Marine - " La fumée du volcan ne fera pas de miracle. Vu ton état et celui de ton armure, seule la lave pourra vous guérir rapidement. "
Apodis - " Mais c’est de la folie, jamais je ne pourrai me jeter là-dedans sans mourir. "
Marine - " Alors c'est qu’Orphée ne t’a rien appris ! Si tu visualises la cosmo énergie qui est en toi, alors tu sauras l’appréhender, la contrôler. Si tu y parviens, alors tu modèleras ton cosmos selon ton bon désir. Il t’enveloppera, te protégera. Et alors tu ne feras qu’un avec le magma et n’importe quel élément qui t’entoure. "

Marine abandonne Apodis au bord du magma. Il tombe devant comme un poids mort.
Marine - " Je t’attendrai au village tout en bas. Sache que j’en sais beaucoup sur les catastrophes de la Journée Sainte qui ont coûtées la vie à ta mère et on fils. Si tu veux en savoir plus, rejoins moi là-bas. "
Elle remonte aussitôt les parois, laissant le Saint affaibli au bord des larmes. Apodis, sûr de mourir ici, n’entrevoit que le désespoir…


Himalaya, à l’approche de Jamir :

L’équipe de Mei a repris sa progression. Au milieu des montagnes, face à un épais rideau de brume, à la file indienne, Pandora Box sur le dos, la bande s’enfonce dans le brouillard.

En bout de file, Yulij, positionnée juste après Mei, constate : « Le brouillard est devenu si épais que je ne peux voir où je mets les pieds. »
Nicol, derrière Médée qui dirige la bande, reconnaît : « Oui. De plus l’oxygène se raréfie. »
Mei - " Moi, depuis quelques mètres, j’ai le sentiment que le sol craque sous mes pas. "
Yulij frissonne : « Oui, de plus, j’ai l’étrange sensation que nous sommes observés par la mort… »

Médée stoppe sa marche et s’accroupit. Elle balaie de sa main le brouillard qui l’empêche de distinguer sur quoi ils piétinent. Elle identifie ce qu’elle croit être un ossement : « C’est parce que nous sommes arrivés au beau milieu du cimetière. »

Des voix sorties de l’inconnu donnent raison à la muvienne : « Où allez-vous imprudents ? »
Un second esprit les met en garde : « Vous êtes à la frontière de Jamir, le territoire des héritiers du continent de Mû. »
Un troisième complète : « Partez si vous tenez à la vie. »

La régionale de l’étape prend la parole : « Je suis Médée de Jamir. Saint de bronze du Burin du Graveur et je viens rentrer chez moi pour… »
Un coup jaillit de la brume pour cogner en plein estomac la jeune femme.
Elle s’écroule sur le sol pendant que des centaines de squelettes se forment.
Yulij - " Incroyable ! De sous nos pieds s’élèvent dans les cieux tous les ossements et les débris d’armures pour former des chevaliers-squelette. "
Mei ironise : « On se croirait dans un mauvais roman féerique ! »
Nicol relève Médée et rappelle au sérieux son équipe : « Ce n’est pas le moment d’être cynique. Nous devons reformer notre ligne et foncer jusqu’à Jamir. »
Un premier fantôme réagit : « C’est très bien pensé. Mais pourrez-vous avancer tous ensemble sans vous accabler des faiblesses de l’un de vous ? »
Médée, en tête de file, charge les rangs ennemis : « Il n’y a qu’une seule façon de le savoir ! »
Elle assaille le premier adversaire genou en avant, de quoi décrocher sa tête du reste de sa carcasse. Elle esquive ensuite les coups des deux squelettes suivants, laissant le soin à Nicol de les mettre hors d’état de nuire.
Derrière eux, Mei veille à garder le chemin ouvert pendant que Yulij repousse ceux qui auraient profité du léger laps de temps entre leur passage pour se reconstituer.

Bientôt proches de la sortie, Médée et Nicol finissent de coucher les derniers piliers, pendant que Mei se retourne avec désinvolture en direction de Yulij toujours sur le qui-vive : « Je t’avais bien dit qu’il n’y avait rien à craindre. »
A cet instant, un chevalier-squelette profite de ce manque de sérieux pour le cogner à la tempe. Sonné, le japonais s’écroule sur le côté.
Yulij défait l’adversaire de son ami et le rattrape par le bras alors que sa chute n’en finissait pas.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice revient à lui, suspendu au-dessus du vide. La brume se dissipe, ne laissant apparaître qu’un étroit pont de pierre en dessous duquel gisent les chevaliers-squelette et les corps des malheureux qui, comme lui, ont manqué de discernement.

De l’autre côté du pont, les mains sur les hanches, l’attendent Médée et Nicol. Ce dernier esquisse un rictus désolé en réponse à l’impertinence de l’apprenti de Deathmask.
Blessé au plus profond de lui, Mei découvre enfin ce qui le tient encore dans ce monde.
Yulij le retient par le bras : « Tu ne voudrais pas t’aider un peu pour te remonter. C’est qu’avec ta Pandora Box sur le dos tu n’es pas très léger tu sais. »
Avec son autre bras Mei prend appui sur le pont pour s’extirper de cette situation où il se sent pitoyable. Sa camarade plaisante à son tour : « Heureusement que j’étais derrière pour veiller sur toi. »
Mei marmonne dans sa barbe jusqu’à ce que Nicol rappelle les cadets du groupe : « Allons, du calme. Nous sommes bientôt arrivés. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Abandonné à côté d’une cascade de lave, Apodis hésite.
Il ne se sent pas le courage de plonger récupérer son armure. Il n’a même pas la force de se relever. Rien que la température extérieure l’étouffe. Cela ne l’aide pas à surmonter ses doutes. Il n’ose pas imaginer la chaleur de la lave. Son corps suinte et sa peau le brûle déjà.


Plus bas, sur le versant du volcan, Marine réfléchit : « Apodis, tu as bénéficié de l’entraînement du meilleur des Saints d’argent. Bien que tu sois Saint de bronze, tu es prêt à endurer dès à présent cette épreuve. Orphée t’a préparé au septième sens, il n’appartient plus qu’à toi de t’y éveiller définitivement. Si j’avais eu le temps d’apprendre à Seiya à atteindre ce même niveau, j’aurai agi de la même façon en l’abandonnant ici. Le sort de la terre en dépend. »

Un raclement de gorge perturbe la japonaise dans ses pensées.
Elle identifie très rapidement la personne qui en est l’origine : « Gigas ! »
Le général déchu est accompagné par un soldat, tandis que le second arrive dans le dos de Marine : « Je vais pouvoir vous ramener au Grand Pope. Je récupérerai ainsi ma place auprès de lui. Quelle aubaine n’est-ce pas ? »
Marine - " Comment tu le dis, c’est une véritable aubaine. Je comptais faire le point auprès d’Apodis sur les récents événements du Sanctuaire. Tu pourras m’y aider lorsqu’il sera rétabli. "

Ne l’entendant pas de cette oreille, Gigas envoie ses deux hommes sur la jeune femme.
Celui dans le dos de Marine se jette poing en avant. Sans même le regarder, elle l’esquive facilement en tournant sur elle-même. Elle renvoie le second à côté de l’autre en le frappant d’un coup de pied au menton.
Ses assaillants lui faisant face tous les deux désormais, Marine les achève grâce aux Météores : « Ryu Sei Ken ! »
Les malheureux meurent sur le coup devant Gigas.

Le vieillard se met rapidement à genoux : « Je t’en prie Marine, ne me fait pas de mal. Je suis certain qu’avec ta force nous pouvons faire de grandes choses toi et moi. Pourquoi n’irions nous pas chercher Apodis pour le livrer au Pope ? Il nous pardonnera certainement tous les deux et ainsi nous remontrons dans son estime et… »
Marine soulève Gigas en l’attrapant par le col : « Nous demanderons à Apodis ce qu’il en pense quand il reviendra du volcan. En attendant nous allons discuter. J’ai plusieurs questions à te poser… »


A Jamir :

A l’intérieur de l’immense tour sans porte, assis en arc de cercle sur un tapis autour d’une cheminée où le feu chauffe une théière suspendue, Nicol, Yulij et Mei observent l’architecture de ce lieu antique.

Mei se lève prendre l’eau brûlante. Il la verse dans trois tasses posées sur un plateau en bois peint aux motifs d’animaux de la région et au fond desquelles se trouvent des feuilles séchées.
L’élève de Deathmask s’impatiente : « Ils commencent à être longs. »
Nicol lui rappelle les bonnes manières : « Un Saint d’or nous fait l’insigne honneur de nous recevoir dans sa demeure et de nous offrir le thé. Profitons-en pour nous remettre de nos émotions, pendant que Médée finit de lui exposer la situation. »
Face aux nerfs d’acier du Saint d’argent, Mei opte difficilement pour la diplomatie. Il retourne poser son postérieur sur l’épaisse étoffe où sont brodés des éléphants.


A l’étage inférieur, vêtu d’une longue toge blanche ajustée autour de son cou qui descend jusqu’à son bas ventre et dans le creux de son dos, Mû passe subtilement sa main sur le visage, défait de son masque, de sa femme. Il dégage quelques mèches vertes de son front où sont présents deux points de même couleur que les siens, symbole de ses origines muviennes. Il l’embrasse pour la énième fois avec délicatesse. Ses doigts descendent le long de sa colonne nasale et glisse jusqu’à sa petite bouche aux lèvres charnues : « Je suis si heureux que tu me sois revenue saine et sauve, après tous les risques que tu as pris. »
Médée - " Tu comprends maintenant pourquoi je veux que tu nous prodigues tes connaissances ? "
Mû - " Je ne veux pas être le professeur qui vous guidera vers la mort. Combattre le Sanctuaire est dangereux. "
Médée - " Et Kiki alors ? Tiens, en parlant de lui, où est-il ce garnement ? "
Mû - " Je l’ai justement laissé à Seiya et ses compagnons. Avec la rébellion menée contre le Sanctuaire au Japon, j’ai trouvé que ce serait un bon exercice pour Kiki de vivre la tension de tels événements. C’est l’occasion de lui faire gagner en maturité sans l’exposer directement aux combats. "
Médée - " Et pour nous ? "
Mû - " Je vais aller parler à tes amis. "


En haut, trop empressé, Mei n’a pas résisté à l’envie de visiter davantage l’étage.
Contre les recommandations de Nicol, il vient s’étaler dans une couche en osier faite à la main : « S’il faut encore attendre des heures, je préfère me mettre sur quelque chose de plus confortable que sur ce tapis. »

La voix calme et retenue du Saint d’or rappelle toutefois à l’ordre le Saint de bronze : « Voici donc le remerciement qu’un brave est en droit d’avoir, lorsqu’il t’offre l’hospitalité ? Je reconnais bien là les manières de Deathmask. »
Mei s’insurge : « Qui que vous soyez je vous interdis de porter un tel jugement sur mon maître. Il a toujours été bon et généreux envers moi. L’éducation qu’il m’a donnée, était basée sur le respect. Malgré la découverte de ses actes abominables, je refuse qu’on puisse librement salir son nom. »
Mû maintient un ton courtois malgré des propos durs : « Dans ce cas tiens-toi convenablement, si tu ne souhaites pas être jugé comme un vaurien. »
Mei serre les poings : « Répète un peu ! »
Mû - " Quoi donc ? Le fait que je te demande de te tenir mieux que ne le ferait un singe ou bien le fait que tu ne sois qu’un prétentieux qui ne supporte pas d’entendre la vérité ? "
S’en est trop pour le japonais qui se précipite sur le propriétaire.
Il balance son pied en avant sous le regard désarçonné de Nicol qui déplore déjà la conduite de son camarade.

Mû, les yeux fermés, tend simplement le bras pour immobiliser dans les airs le jeune homme : « Ridicule. »
Il s’amuse à faire tournoyer dans la pièce son bouc émissaire et s’adresse aux autres pendant que Mei l’invective : « Finalement, quand je vois votre niveau, je comprends que Médée me demande de vous ouvrir la voix vers un entraînement plus complet. »
Il relâche enfin Mei qui se réceptionne sur le postérieur, l’air totalement idiot.
Mû lui sourit pourtant : « Quand tu sauras te défaire de ma télékinésie, alors tu imposeras le respect. En attendant, tant que tu seras ici, tu me présenteras un minimum d’égard. »
Trop fier, Mei ramasse sa Pandora Box et l’enfile sur son dos : « C’est complètement ridicule. J’ai déjà réussi à entrapercevoir le septième sens. Je n’ai pas besoin de ce guignol qui se prend pour je ne sais qui. »
Il crache sur le sol de la demeure et saute depuis la fenêtre pour quitter Jamir, sous l’½il désemparé de ses compagnons…


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Seul, étendu au bord du précipice, Apodis commence à se sentir mal.
La chaleur l’insupporte.
Cependant, alors qu’il commence à perdre connaissance, sa détermination est renforcée par les propos de Marine. Celle-ci sait ce qu’Apodis veut savoir. Les réelles circonstances de la mort de sa famille.
« Je n’ai pas de temps à perdre. Aussi meurtri que mon corps, ma Cloth s’enfonce dans les abysses brûlants de seconde en seconde. Plus que jamais je dois mettre en application les enseignements de mon maître Orphée. Je vais me jeter tout entier dans ce volcan, en luttant grâce à ma cosmo énergie. Ainsi, je me régénérerai plus vite et je développerai davantage mes facultés. », décide-t-il.

Avec son seul bras droit encore valide, il se hisse jusqu’au bord de la falaise de lave.
Ayant à peine la force d’ouvrir un seul ½il, il observe le tourbillon de magma qui bouillonne à des mètres plus bas.
Sans même le courage d’hésiter davantage, il se laisse tomber dans la lave comme il abandonnerait un vulgaire caillou du haut d’un précipice.
Un point mort.
Tombant sans grande conviction dans un torrent de feu rougeoyant.

La chute provoque à peine une éclaboussure.
L’épais fluide ardent se contente d’amortir l’affaissement progressif de ce corps qui rougit.
Puis noircit.
Avant de disparaître dans les limbes brûlantes…

Englouti par le magma, sa peau se désagrège peu à peu.
Ses cheveux commencent à se dissoudre.
Pourtant il est apaisé.
Il ne ressent plus rien. Il n’ose d’ailleurs pas à ouvrir ses paupières de crainte que ses yeux fondent sous la chaleur. Apeuré qu’il est de se souvenir de ce qu’est la douleur.
Le liquide ardent s’engouffre par ses orifices.
Jusqu’au plus profond de ses entrailles.

« Alors voilà, je n’y suis pas arrivé, je perds connaissance et quitte ce monde sans parvenir à tenir mes promesses. Mes sens m’abandonnent, je meurs. », avoue-t-il avant de finir inconscient…


Flashback
1979 - Cela faisait deux mois qu’Apodis suivait le pénible entraînement d’Orphée.
Après avoir lutté contre les troupes d’Arès, Apodis avait été reconnu comme un Saint par l’armure de bronze de l’Oiseau de Paradis.
Depuis, jamais il n’eut droit d’avoir recours à sa Cloth. Son professeur ne préférait le voir la porter que lorsqu’il serait un chevalier accompli.
Il restait pour cela encore beaucoup de chemin à parcourir.

Les premières semaines consistèrent à développer sa musculature et son renforcement organique sans faire appel au cosmos.
« L’intérêt est déjà de faire travailler ton corps car derrière l’armure et les bienfaits de la cosmo énergie, tu restes un homme avec ses faiblesses. », lui avait assuré Orphée.
Ses exercices sans relâches lui permirent de jouir bien vite d’une carrure physique plus importante.

Orphée accepta donc de passer à la maîtrise du cosmos.
Les quelques combats menés contre les apprentis d’autres Saints le rassurèrent sur ses capacités martiales et bien vite il profita de cette notoriété grandissante.


Un matin, alors que les rayons du soleil perçaient la tanière qu’il s’était confectionné à côté de la demeure du Saint de la Lyre, Apodis bondit.
Orphée lui avait enseigné que la journée d’un Saint aguerri commençait dès le levé du jour.
Une fois ses vêtements miteux enfilés, ses bras pansés de bandelettes de papier et quelques protections en cuir ceinturées, il alla trouver le chevalier d’argent déjà debout devant chez lui à observer la rosée matinale : « Alors maître ?! Quel exercice me réservez-vous aujourd’hui ? »
Orphée - " Oh, rien de bien compliqué. Aujourd’hui tu auras droit à une journée de repos en notre compagne. Nous partons, avec Eurydice et Netsuai, le long du fleuve qui traverse le Sanctuaire. "
A l’annonce de cette invitation, Apodis grimaça : « Maître, je vous suis reconnaissant d’avoir pensé à moi. Seulement j’aurai aimé poursuivre ma maîtrise de la cosmo énergie. J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup à faire. »
Agréablement surpris par l’investissement de son disciple, Orphée n’insista pas.
Au grand damne de Netsuai. La s½ur cadette d’Eurydice appréciait tout particulièrement le caractère, emprunt d’assurance, naissant chez le jeune homme. Elle s’en était fait son ami.

Quelques heures plus tard, tandis qu’il dormait en compagnie d’une fille de fermier dans le foin de la grange, Apodis fut surpris par l’irruption du Saint d’argent.
Par réflexe, Apodis couvrit le corps dénudé de son amie d’une bâche et cacha sa propre intimité par ses vêtements.
Le chevalier de la Lyre, tout en restant calme et appliqué dans son allocution, manifesta sa colère : « Mon pauvre garçon. Tu manques encore de discernement. Comment pouvais-tu croire que tu allais me mentir ainsi ? Si tu exerçais réellement ta cosmo énergie, grâce à mes facultés accrues de concentration, je l’aurai ressentie, aussi insignifiante soit-elle ! »
Devenu bien fier en si peu de temps, le nouveau Saint de bronze se rhabilla avec une expression bien dédaigneuse sur le visage : « Insignifiante ?! Ma cosmo énergie ?! Vous oubliez que je suis un des héros de la tentative d’invasion des arèsiens ?! J’ai même tenu tête aux Berserkers ! »
Orphée - " Ces Berserkers étaient d’un niveau pitoyable. Cependant je veux bien croire que mes dons aient été floués. Peut-être n’ai-je réellement pas constaté ta rapide évolution au point de me tenir tête ? "
Apodis - " Vous me défiez maître ?! "
Orphée - " Considère-le comme tu le veux. Je t’attends dehors. "

Orphée, admiré par tout le domaine sacré, sorti de la grange.
Autour, quelques villageois de Paesco furent ameutés par l’arrivée fortuite du chevalier. A commencer par le père de la jeune femme qui a partagé quelques instants de folies en compagnie d’Apodis. Le pauvre homme, décomposé en voyant sa fille sortir à moitié dévêtue, et totalement déshonorée face au peuple, priait Athéna qu’Apodis soit puni.

Dehors, rhabillé grossièrement, Apodis mit quelques instants à habituer ses yeux au soleil de plomb.
Aussitôt, la lumière du soleil lui pesa comme d’ordinaire et la sueur se forma sur son front.
A mesure qu’il distinguait la foule de plus en plus grande, il se sentit honteux envers Netsuai qui le dévisageait avec une certaine déception. C’était pourtant bien avec elle qu’il partageait depuis deux mois quelques instants complices durant lesquels ils se chamaillaient, se confiaient et se réconfortaient l’un l’autre.
« Entre elle et moi, il y a bien plus que de l’amitié. », pensait souvent le grec.

Sans le prévenir, l’homme aux cheveux d’un bleu très clair frappa son élève d’un violent coup de poing dans l’estomac.
Les petits yeux rouges sang contrastant avec la chevelure marine d’Apodis exprimèrent surprise et douleur.
Après avoir reculé de plusieurs petits pas, il s’en remit et rendit la pareille. Du moins il essaya. Les yeux fermés, Orphée esquiva en se permettant de jouer une petite note de musique sur sa lyre pour le ridiculiser : « J’imagine que ton intensif entraînement de cet après-midi t’a épuisé. Le combat n’est donc pas équitable. Pour cela je te propose de ne me battre qu’avec mes jambes. Mes bras serviront uniquement à agrémenter la foule de mon art musical. Il faut bien leur offrir un peu de spectacle vu à quel point tu es pitoyable. »
Le cynisme des propos d’Orphée amusa quelques spectateurs, ce qui provoqua la colère d’Apodis.
Tête baissée, il fondit sur le musicien qui s’amusait de son instrument en parant pieds et poings d’Apodis avec ses jambes et les yeux clos.

Au bout de quelques secondes qui se firent sentir sur l’organisme d’Apodis par un essoufflement important, la colère de l’Oiseau de Paradis ne régressa pas. Cela permit de faire de sa rage un atout qui accrut considérablement son cosmos. Ainsi, il put invoquer l’arcane avec lequel il massacra un Berserker quelques mois plus tôt : « Frantic Fury ! »
Tel un oiseau qui déployait ses ailes, Apodis fonça à une vitesse surpassant celle du son sur Orphée. Il dégagea l’alliance parfaite de son courroux et de son cosmos.
Refusant depuis le début du combat de sous-estimer les capacités de son apprenti, malgré les apparences, Orphée abandonna son engagement. Il utilisa ses bras et invoqua davantage de cosmos pour encaisser cette attaque surprenante.

Un flash se produisit, aveuglant la foule le temps du choc. Après quoi, la stupéfaction générale laissa place à la découverte du succès du maître.
La lyre d’Orphée retombait depuis le ciel où il l’avait projeté pour recevoir dans ces deux mains l’impact d’Apodis. Il s’en ressaisit avec la main gauche, tandis que son bras droit restait tendu contre le visage d’Apodis à hauteur de sa tempe.
Durant quelques secondes, Apodis, les yeux perdus dans le vague, resta en position de frappe sans bouger le moindre membre.
C’est seulement lorsque du point d’impact gicla un important flot de sang, que le corps du jeune homme s’échoua au sol.
A cet instant, toutes les admiratrices d’Apodis tournèrent la tête pour esquiver cette vision d’horreur.

Seule Netsuai bouscula la foule pour gagner son ami qui l’avait déçu. Elle résista à la retenue par le bras d’Eurydice, mais ne put contester l’autorité de l’amant de sa s½ur :
Orphée - " N’avance pas plus Netsuai. Je me charge de ramener Apodis à lui… "
Le virtuose incline la tête en direction de sa bien-aimée : « … Cela me demandera du temps. J’ai l’intention de lui en apprendre davantage et vu son caractère de cochon, il me reste du travail. Nous ne rentrerons pas avant. »
La douce Eurydice se contenta d’acquiescer, laissant Orphée prendre sur son épaule le corps inanimé d’Apodis, tout en masquant les fourmis qui parcourait ses bras suite à la surprenante décharge de cosmos de son élève.
Enfin, d’un bond prodigieux, il se propulsa à plusieurs kilomètres d’ici…


Apodis rouvrit les yeux seulement à la nuit tombée, lorsque Orphée balança son corps dans une eau fraîche.
Le fier disciple, pris d’un violent mal de crâne après le choc reçu, ressortit aussitôt de l’onde en hurlant de rage : « Où je suis bordel ?! »
Assis sur la base usée d’une colonne dorique, Orphée rigolait : « Nous sommes là où j’ai été fait Saint. Là où ton entraînement va réellement commencer. »
Apodis - " Merde… J’ai l’impression que mon corps pèse une tonne. "
Orphée - " Je t’ai connu plus poli jeune homme. Il me semble que tes excès de zèle ont réduit à néant la bonne éducation que Mujakis, ta mère, t’a pourtant donnée. "
Apodis - " Ce n’est pas qu’une impression, mon corps est irrémédiablement attiré par le sol. J’ai l’impression que mes muscles vont céder et mes os se rompre. "
Les nerfs d’Apodis jaillirent tous au travers de sa peau, alors qu’Orphée ne semblait pas souffrir de cette nouvelle loi de la pesanteur.
En observant l’eau dans laquelle ses jambes trempaient encore, Apodis remarqua que le fluide s’écoulait depuis plusieurs rivières. Celles-ci venaient se réunir dans d’immenses bassins pour alimenter quelques fontaines et divers thermes. Tout autour, d’immenses jardins fleuris embellissaient les ruines de nombreux temples.
Apodis - " C’est quoi ce lieu ? Nous sommes toujours au Sanctuaire ? "
Orphée - " Nous sommes à Dignity Hill. "
Apodis - " Dignity Hill ! Il s’agit de la zone interdite du Sanctuaire, située dans les collines du nord. Même les Saints d’or ont ordre de ne pas s’y rendre. "
Orphée s’en amusa : « On va dire que je dispose d’une dérogation spéciale du Grand Pope. »
Apodis - " Qu’est-ce que ce lieu ? Pourquoi mon corps souffre-t-il autant ? "
Orphée - " Ce sont les vestiges du Sanctuaire d’Abel. "
Apodis - " Abel ? "
Orphée - " Le dieu solaire oublié. Ancien dieu du soleil, son nom fut rayé de l’histoire à cause de sa trop grande ambition. "
Apodis - " Mais alors… Pourquoi son sanctuaire se trouve au sein du notre… "
Orphée - " Parce qu’il est le frère de sa Majesté Athéna. Lorsque les dieux choisirent de le supprimer du court normal de l’histoire, il présentait un amour sans égal pour sa s½ur. Pour cette raison il établit son camp au sein même du domaine sacré. Afin d’honorer cet amour, Athéna accepta de conserver le Temple de Corona où nous nous trouvons actuellement. "

Apodis suivit des yeux la direction présentée par le bras d’Orphée.
Au centre des ruines, au sommet d’une élévation, se dressait toujours le temple du soleil. Depuis ce lieu impérial, émanait un cosmos divin, oppressant et terrifiant.

Orphée - " Malgré le retrait d’Abel depuis des millénaires, sa présence se fait toujours ressentir aux abords de son temple grâce à la bannière de force de son cosmos, un kekkai. Un homme dénué de cosmos serait déjà mort à l’heure qu’il est. Et pour ceux qui le maîtrisent, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne meurent épuisés. "
Orphée se gratta grossièrement la tête, brisant le charme qui émanait naturellement de lui. A présent qu’ils sont seuls ici, élève et maître, il n’était plus question de bonnes manières :
Orphée - " C’est pour cela que nous allons rester ici jusqu’à la fin de ton entraînement. "
Apodis - " Mais c’est impossible, comment voulez-vous que je m’entraîne dans ces conditions ? "
Orphée - " C’est en apprenant à t’habituer à ces conditions que tu reviendras plus fort. C’est ici que je suis devenu un chevalier capable de rivaliser avec les Saints d’or. Pour quitter ce lieu il ne te reste que deux solutions. Surpasser le niveau d’un Saint d’argent ou mourir. "
Hurlant à la mort, refusant de douter comme il a pu le faire durant son adolescence, Apodis appelait en lui toutes ses forces pour réussir à sortir complètement de l’eau.

Lorsqu’il leva le menton en direction d’Orphée pour lui manifester son choix, son maître avait disparu.
Il fut tétanisé en entendant la voix de son maître derrière son dos.
« Même avec un dixième de sa force, le Seigneur Orphée est capable de se montrer aussi vif ! », admira le jeune Apodis.
Orphée - " Parfait. Tu es maintenant prêt pour la seconde phase de ton apprentissage ici. "
Il l’attrapa par le col de son maillot et le traîna jusqu’à un bassin dont les profondeurs parurent insondables.
Apodis - " Maître que faîtes vous ?! Si vous me lâchez dans autant d’eau, avec la pression exercée par le kekkai, je vais tomber comme un morceau de plomb et mourir noyé ?! "
Orphée - " J’attendrais jusque là alors. Je n’accepterai que tu sortes de là qu’à l’unique condition que tu réussisses à me parler sous l’eau. "
Apodis - " Que je vous parle sous l’eau ?! Mais je ne suis pas télépathe moi. "
Orphée - " Laisse la télépathie à ceux qui en ont le don. Toi tu ne possèdes que celui du cosmos et tu n’es pas capable d’en faire un bon usage. Lorsque tu parviendras à survivre en canalisant le peu d’oxygène que tu as dans tes poumons grâce à ta cosmo énergie alors tu pourras passer à l’étape suivante. C’est-à-dire rentrer en communication avec la mienne. Seulement à cet instant, tu seras capable de prétendre maîtriser ton cosmos. "
Apodis - " Non… Maître attendez… Attendez… "
Plus lourd qu’un rocher, le corps de l’Oiseau de Paradis s’enfonça dans l’eau après avoir provoqué une immense éclaboussure.
Pris de panique, il ne tarda pas à manquer d’air à mesure qu’il s’enfonçait…

Orphée resta de marbre devant un tel spectacle.
Pour lui donner l’exemple de ce qu’il devait apprendre à faire pour conclure cette expérience, la Lyre profita d’une infime étincelle de cosmos chez son disciple et s’en saisit pour lui parler grâce au sien : « Le cosmos ne sert pas qu’à frapper brutalement son adversaire. Il est capable de substituer les éléments naturels qui nous maintiennent en vie. La faim, les températures anormalement basses ou hautes, l’air. Plus le cosmos est grand, plus la survie est forte et plus on en sort aguerri. Il est impératif que tu saches t’en servir comme bouclier le jour où tu rencontreras des environnements hostiles ou pire, si tu affrontes un adversaire qui les manipule. La cosmo énergie est un art, un état d’esprit, une culture intérieure, pas une force. »
Flashback


Au fond du lac incandescent, le corps d’Apodis heurte un objet.
Une urne métallique.
Elle résonne.
A mesure que le sang d’Apodis fuit ses plaies, celui-ci se mélange à la lave.
Cette fusion inonde l’urne métallique.
Elle résonne plus fort.
De plus en plus fort.

Apodis revient à lui : « Ma Pandora Box… Je la sens, mon armure, elle m’appelle. Cette sensation d’énergie qui me permet de communiquer avec elle et de rester en vie, ce n’est pas mes cinq sens, ni même mon sixième sens. C’est bien au-delà de ça. Je ne fais plus qu’un avec mon armure et l’île Kanon. C’est grâce à ce qui m’a permis de survivre à l’enseignement de mon maître. C’est… L’ultime cosmos, le septième sens ! »
Immédiatement, Apodis ouvre ses yeux et écarte ses bras.
Son corps rayonne et son armure jaillit devant lui.
La Cloth est comme neuve, le mélange du sang nécessaire à sa reconstruction et les bienfaits du volcan l’ont réparé.
Les plaies d’Apodis cicatrisent peu à peu. Son bras gauche bleui par le froid commence à réagir…


A Jamir :

Alors qu’il est proche de sortir du domaine des muviens, Mei, le visage renfrogné, froissé par l’humiliation que lui a fait subir Mû, ressent la présence de Yulij lui courir après.
Celle-ci n’a pas pris sa Pandora Box contrairement à lui, il comprend donc : « Tu vas rester ici alors. »
Yulij - " Et toi aussi tu dois rester. "
Mei - " Certainement pas. "
Yulij bouillonne : « Mais enfin qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tu as été l’élève d’un Saint d’or. Et alors ? Quel droit ça te donne de plus ? Quelle capacité exceptionnelle as-tu de plus que les autres ? Aucune ! Hormis Nicol, nous sommes tous à un niveau quasi équivalent. »

Encore plus piqué au vif par de tels propos, Mei tourne le dos. Son ego est sérieusement troublé.
Yulij insiste pour le retenir. D’une voix plus douce, elle déclare : « Tu n’as rien à prouver. »
Cependant, la décision de Mei est prise : « Je m’en vais. »
Yulij passe devant lui et se met en position de combat : « Tu partiras d’ici seulement après m’avoir vaincue. »
Mei - " Arrête Yulij. Tu es ridicule et je ne veux pas… "
Il n’a même pas finit sa phrase que la jeune femme au maillot et au short kaki l’envoie au tapis d’un crochet du gauche.

Pour Mei, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il défait les lanières de sa Pandora Box et se met en position de combat. Ses yeux sont embrumés par la colère.
Il répond d’une droite qu’elle pare sans difficulté. Elle en profite pour lever le genou vers son estomac, mais il le bloque avec son coude gauche. Il enchaîne avec un coup de tête en plein visage de Yulij et lui fissure son masque de femme chevalier.
La Saint du Sextant s’en remet vite et effectue un coup de pied retourné. Il l’esquive en s’accroupissant. Il joue ainsi de la flexion de ses jambes pour prendre appui et plaquer violemment Yulij contre les rochers qui les entourent.
Secouée, la demoiselle parvient difficilement à se tenir droite. Mei espère ainsi la mettre hors de combat en lui collant un uppercut.
C’est sans compter sur l’opiniâtreté de son adversaire qui lui attrape le bras et fait passer Mei par-dessus elle pour le faire s’écraser au sol.
Yulij - " Tu vois. Finalement tu n’es pas plus fort qu’un autre. L’entraînement de Mû te sera bénéfique. "
Mei refuse de s’avouer vaincu, il se jette genou en pleine figure de Yulij. Après avoir voltigé dans les airs, elle s’échoue lamentablement au sol.
Mei - " Je t’interdis de croire que tu peux rivaliser avec moi ! "

Sous ses pieds, il sent quelques fracas. Sa rage s’atténue lorsqu’il comprend qu’il s’agit du masque brisé de Yulij : « Te… Ton masque ! Je… Je ne voulais pas, je suis désolé. »
Yulij se relève déconcertée. Elle passe ses mains sur son visage qui reste magnifique, malgré l’aigreur qui la défigure.
Ses fins sourcils sont froncés et ses grands yeux bleus toisent son rival, subjugué, voire gêné, par sa beauté :
Yulij - " Comment as-tu pu ? "
Mei - " Je… Je m’excuse. "
Sa cosmo énergie commence à s’étendre tout autour d’eux, laissant Mei penaud.

Heureusement, la concentration de la jeune femme est interrompue lorsqu’un foulard tombe sur ses cheveux blancs grisonnants.
Médée, en tête, lui assure : « Ajuste donc cela pour dissimuler ton visage. Mon mari te refera un masque ne t’en fais pas. »
Derrière sa conjointe, Mû, plein de bon sens, déclare : « Alors Mei. Cette confrontation a été un bon exercice. Je suis sûr que tu réalises avoir encore beaucoup à apprendre. Si tu es prêt à te conformer à mes exigences et à suivre rigoureusement mes conseils, alors j’accepte que tu restes parmi nous. »
Mei, indécis, baisse la tête vers le sol.
Nicol rajoute alors : « Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Yulij. Maintenant que tu as vu son visage, elle n’a pas d’autres choix que de t’aimer ou de te tuer. Epargne-lui une traque inutile à travers le monde. »
Mei rendosse l’urne de son armure et tourne le dos à ses amis.

Pourtant, il est incapable de reprendre sa marche.
Ses membres tremblent d’effroi après avoir constaté l’écart insignifiant entre Yulij et lui.
Lui, l’élève d’un des Saints les plus puissants au monde, réduit au même niveau qu’une vulgaire paysanne du Sanctuaire.
L’image cruelle de Deathmask, abattant son courroux sur Epione, brisant le souvenir paternel qu’il gardait de lui, lui revient aussitôt en mémoire.
Tout comme son impuissance face à la mort de Dabih.
Il réalise alors que sa propre faiblesse remet chaque fois en question ses certitudes.

Longtemps immobile, il finit par laisser s’échapper quelques larmes.
C’est seulement lorsqu’il devient capable de dissimuler son émotion, qu’il fait demi-tour : « Très bien, j’accepte de rester… »
Une fois arrivé à hauteur de Mû, Mei concède, tout en le fixant dans les yeux et en abandonnant son ton fier : « … Et je m’excuse pour mon comportement grossier. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Le soleil se couche à l’horizon, ne laissant qu’une teinte orangée dans le ciel.
Au sommet du volcan, dans le nuage de fumée, apparaît peu à peu l’ombre d’un chevalier habillé de son armure de bronze. Celle-ci brille de mille feux.

Resplendissant, le Saint se détaille lui-même avec admiration : « Incroyable, c’est comme une seconde vie. Je n’ai jamais été aussi en forme. Je n’ai plus une seule cicatrice, toutes mes plaies ont été résorbées. Et mon armure, je la sens emprunte d’une nouvelle vie. »
Il ferme les yeux un instant avant de déclarer : « Juste en bas, je ressens le cosmos de Marine. Elle est accompagnée d’une autre personne. J’y vais. »


Après un bon prodigieux, à la vitesse de la lumière, à peine sa phrase achevée, qu’Apodis se réceptionne devant Marine.
Celle-ci, assise, les jambes croisées, est restée à fixer toute la journée le captif Gigas.
D’un hochement de la tête, comme pour la remercier, Apodis se contente de prononcer le nom de son amie : « Marine. »
Elle lui renvoie le même signe et pointe du doigt Gigas : « Apodis, il faut que nous parlions. Beaucoup de choses sont arrivées au Sanctuaire. »

Pendant plus d’une heure, Apodis reste les bras croisées à écouter les interventions de Marine conjuguées à celles de Gigas.
Apodis - " Alors Docrates, Misty, Babel et les autres sont morts sans savoir qu’ils officiaient pour le mal. Et c’est aujourd’hui Phaéton qui a pris la place de Gigas, après que celui-ci a fuit une fois sa dernière tentative au Japon avortée. "
Marine - " Tout le monde n’est pas mort sans connaître les raisons obscures de leurs missions. Il y avait parmi eux les Ghost Saints. "
Apodis - " Les Ghost Saints ? "
Marine bouscule Gigas pour le faire parler :
Gigas - " Euh… Hum… Les Ghost Saints étaient un groupe de mercenaires du Sanctuaire. Un peu comme Docrates et Crystal Saint. Seulement leurs actes étaient criminels et par sécurité, une fois leur mission principale achevée, on les a exilés du Sanctuaire. C’est sur l’île où ils se sont réfugiés que Seiya et les autres les ont vaincus. Voilà, c’est tout. "
Marine le chahute davantage : « Non ce n’est pas tout. »
Apodis - " Tu parlais d’une mission principale. Laquelle était-elle ? "
Gigas - " Comme tu le disais tout à l’heure, sur Yíaros plusieurs soldats portaient ma marque. Il s’agit d’hommes sans scrupules. En plus de soldats je disposais d’une équipe de mercenaires, dont les Ghost Saints. Sur demande du Grand Pope, nous les avons utilisés pour monter le complot lors de la Journée Sainte. C’est eux qui ont attaqués les athéniens. "
Apodis - " Tu veux donc dire que ce sont des athéniens qui ont tués d’autres athéniens. "
Gigas affirme honteusement d’un mouvement de tête. Marine, d’un ton autoritaire, somme à Gigas de dire toute la vérité : « Dis-lui qui était chargé de s’occuper de la maison d’Apodis ! »
Les yeux d’Apodis, remplis de douleur, se lèvent instantanément sur Gigas. Ils deviennent chargés d’une rage folle.

L’ancien général commence à reculer, espérant prendre la fuite : « Je… J’accepte de te le dire… Seulement… Seulement promets-moi de me laisser la vie sauve. »
Apodis se précipite devant lui : « Parle ! Je t’écoute ! »
Gigas - " Le… Le plan du Pope était de profiter de la soi-disant attaque d’Hébé, pour frapper directement les chevaliers qui se posaient trop de question sur la politique qu’il menait. Il a donc chargé les Ghost Saints d’attaquer ta maison. Voilà, c’est tout. Laisse-moi partir maintenant. "
Les yeux d’Apodis débordent de brutalité. Ses veines gonflent sur son front et sa mâchoire est prête à se broyer tant il serre les dents.
Marine, d’une voix douce, comme pour ne pas amplifier la furie montante en Apodis, ordonne à Gigas : « Ce ne sont pas les Ghost Saints qui ont attaqués sa maison, mais un d’eux. Dis-lui lequel. »
Alors qu’il est déjà à quelques mètres d’Apodis, il continue de marcher en arrière : « Il… Il s’agissait du Ghost Saints de la Méduse. »
Apodis, sans desserrer la mâchoire : « Son nom ? »
Gigas - " Il a accepté de rentrer dans la bande de Geist, la chef des Ghost Saints, par dépit. Le fait que tu deviennes chevalier et que lui ne le serait jamais l’avait anéanti. "
Apodis - " Son nom ? "
Gigas - " Lorsque nous avons mandaté les Ghost Saints pour le complot de la Journée Sainte, il s’est aussitôt proposé volontaire en entendant ton nom sur la liste des gens à punir. "
Apodis - " Son nom ?! "
Gigas - " Mais il a été puni tu sais. Il a trouvé la mort des poings de Seiya de Pégase. Aujourd’hui son cadavre gît dans les eaux boueuses de… "
Apodis hurle : « Son nom ! »
Gigas - " F… Front… Frontinus… Il s’agissait de Frontinus. Ton père. "

Comme ayant reçu un électrochoc, Apodis s’écroule à genoux.
Les yeux dans le vague.
Son mémoire revit la découverte de sa maison ravagée.
Du cadavre de sa mère.
Du corps gisant de son petit garçon.
« Mon père… Frontinus… Alors il aura détruit ma famille jusqu’au bout. Nous avoir rendu malheureux ma mère et moi ne lui aura pas suffit. Il a osé… Sa femme… Son… »
La douleur est si forte qu’il n’arrive pas à achever sa phrase dans son esprit.
Il baisse la tête au sol pour vomir de dégoût.
De rage.
De tristesse.
D’incompréhension.
Il hurle la fin de sa phrase en posant ses mains sur son visage pour étouffer ses sanglots : « Son petit fils ! »

Déjà loin, Gigas s’enfuit en traînant la jambe.
Marine vient déposer sa main sur l’épaule d’Apodis : « Je suis désolée. Mais il était impératif que tu saches. »
D’abord haletant, Apodis reprend son souffle.
Il efface du bras ses larmes et affiche une mine ferme, fidèle au cap qu’il s’est fixé.
Il pose sa main sur celle de Marine : « Merci Marine. »
Il se redresse et se contente d’un : « Je reviens. »
Avant de foncer en direction de Gigas.

Dans son dos, Gigas sent un vent violent le heurter derrière sa jambe valide. La chair de sa cuisse vole alors en lambeau sous le coup porté à distance et avec précision par Apodis.
Le vieux bougre s’échoue sur le sol.
En levant l’½il en l’air, le borgne déclare à Apodis : « J’avais demandé la vie sauve. »
Apodis - " Et tous les innocents morts par ta faute, que leur as-tu répondu lorsqu’ils demandaient la vie sauve ? Et ma mère ? Et mon fils ? "
Gigas - " Ce n’était pas ma faute, c’est le Grand Pope le responsable de tout ça. Tiens tu sais quoi, tu es très fort. Marine aussi l’est. Pourquoi n’irions-nous pas au Japon retrouver Seiya et les autres ? En nous alliant à eux, je suis sûr que nous pourrons renverser le Grand Pope et… "
Gigas n’arrive pas à finir sa phrase, la main d’Apodis s’aventure dans sa bouche : « Je ne supporte plus de t’entendre. »
D’un coup sec, il lui arrache la langue.
Le vieillard crapuleux se roule sur le sol de douleur, alors qu’Apodis lui attrape sa barbe pour le tirer sur le sol.
Dans un son inaudible qui signifie « pitié », Apodis tire Gigas durant de longues minutes jusqu’au sommet du volcan.

Son visage lui brûle tant Apodis le traîne résolument.
D’abord écorché, le genoux de sa jambe invalide finit par être corrodé jusqu’à l’os tant la distance sur laquelle il est promené semble interminable.
Plus le roublard implore le pardon, et plus Apodis s’arrête pour lui briser les membres. D’abord les doigts, puis les poignets, les chevilles, les bras, les jambes.
De son genou entamé et de sa jambe amputée à hauteur de la cuisse, une route d’hémoglobine reliant Marine jusqu’au sommet du volcan est tracée.

Arrivé au sommet, le malheureux pleure. Hurle. Implore le pardon d’Apodis.
Mais l’Oiseau de Paradis tient son sous-fifre par-dessus la lave par sa barbe. Impassible. Ferme. Déterminé : « Maman, Sperarus, ce n’est ici qu’une partie de ma vengeance. Je tiendrai parole et me battrai jusqu’au bout pour l’amour. Seulement pour l’amour. L’amour que j’ai pour vous. »

Il cherche une dernière fois le regard miséricordieux et alarmé du condamné pour lui faire comprendre qu’il n’y a plus d’issue.

Cette torture psychologique semble bien plus longue à Gigas que son chemin de croix.
Si bien, que lorsque la main d’Apodis se desserre, il parait enfin soulagé.

La chute semble pourtant longue.
Interminable.
Suppliciée pour Gigas.
Sa chair se détachant de sa peau à mesure qu’il approche la lave.

Libératrice pour Apodis.
Il savoure presque l’odeur de la peau brûlée et du souffre qui se libère de l’éclat.

Un éclat discret.
Epais.
Enflammant barbe et cheveux du général déchu.
Déchirant son visage.
Insinuant le feu de la vengeance au plus profond de son visage.
Et bientôt de ses entrailles…

Gigas meurt dans l’enfer du volcan en activité après une chute de plusieurs centaines de mètres dans une atmosphère insoutenable.

Apodis ferme les yeux quelques instants puis aspire l’air à pleins poumons avant de le relâcher d’un long soupire qui libère toutes ses tensions.


Il se retourne vers Marine qui l'a suivit jusqu’au sommet : « Et maintenant ? »
Marine s’assoit et scrute l’horizon : « Le Sanctuaire perd de précieux alliés. Crystal Saint, Misty, Astérion, Moses, Babel. Seiya et ses amis de leurs côtés, apprennent à devenir chaque jour de plus en plus fort. Ils ont perdu des biens matériaux comme le Colisée ou une partie de la Résidence Kido où ils vivent, mais ils se reconstruisent peu à peu et renforcent les liens qui les unissent. Aujourd’hui de jeunes garçons nommés les Steel Saints leur prêtent main forte. Une nouvelle base stratégique sous leur Colisée se termine. Et surtout, Athéna est avec eux. »
Apodis - " Comment peux-tu être sûre qu’il s’agit bien d’Athéna ? "
Marine ne détourne pas son regard du paysage : « Sais-tu quel jour sommes nous ? »
Apodis - " Aucune idée. "
Marine - " Pour vous, les hommes, le 13 octobre 1986 s’achève. "
Apodis - " Pour nous les hommes ?! Je ne comprends rien à ce que tu racontes Marine. "
Marine - " Comme Seiya est auprès de Saori, tu n’as pas besoin d’aller les aider au Japon. Tant que Pégase est auprès d’Athéna, nous n’avons rien à craindre. Tu vas donc pouvoir m’aider. "
Apodis, penaud, regarde Marine se lever et dresser le bras vers le sud : « J’ai besoin que nous nous rendions sur Yíaros. »
Apodis - " Yíaros ?! Mais j’en viens ! "
Marine sort un bracelet sur lequel sont dessinés deux symboles s’entremêlant : « Mais là-bas tu n’avais pas la clé. »
Apodis - " La clé ? Mais qu’est-ce que ça signifie ? "
Apodis détaille avec minutie le bracelet et distingue : « Les symboles qui s’entremêlent, on dirait… »
Marine confirme : « Oui. Pégase et la Chouette. Deux éléments indissociables du succès pour Athéna. »
Apodis - " Si je te suis sur Yíaros, me diras-tu alors le sens de tout ceci ? "
Marine - " Je ne suis pas la réponse. Je n’en suis qu’une infirme partie. "



J’étais rétabli, j’avais libéré tout mon potentiel enfermé au plus profond de mon être et déjà une nouvelle quête me guettait.
Le monde était devenu fou. Tout autour de nous, la pagaille disséminée par le Sanctuaire avait crée plusieurs clans qui s’évertuaient chacun de leurs côtés à faire régner la paix et la justice. En somme, l’amour. Seulement l’amour.

13
Only for Love / Chapitre 51 - Devenir plus fort
« on: 20 January 2014 à 14h33 »
Après les tristes événements de la veille, le moral des troupes n’était pas au beau fixe.
Au Japon, Seiya et ses amis ne revenaient qu’avec le casque de l’armure d’or et avaient perdu Ikki.
En Grèce, Mei, Nicol, Yulij et Médée étaient parvenus à fuir le Sanctuaire au prix de la vie de Dabih.
Au Sanctuaire, Saga s’inquiétait que l’armure de l’Autel ait pu être gagnée.



Chapitre 51 - Devenir plus fort

En Grèce, dans les montagnes qui délimitent le Sanctuaire du reste du monde :

6 octobre 1986.
Il fait encore nuit noire. Au loin, en contrebas, les fuyards peuvent apercevoir quelques points lumineux qui correspondent aux lumières de la ville contemporaine.
Plus haut, quelques torches de soldats scintillent.

Médée, embusquée derrière un rocher, abandonne sa position pour rejoindre ses nouveaux compagnons.
Ceux-ci sont accroupis au bord d’un bras d’eau qui descend de la montagne. Nicol s’en abreuve sous l’½il admiratif de Yulij : « Cette Cloth… Elle est aussi belle que dans mes souvenirs, lorsque notre maître Arlès la portait. Elle est d’autant plus belle qu’elle est sur tes épaules aujourd’hui. »
Le Saint d’argent lui sourit affectueusement.

Face à tant d’amour et de compassion, Mei, endeuillé par le sacrifice de Dabih, s’éloigne pour s’esseuler.

Médée vient les informer :
Médée - " Les troupes à nos trousses rebroussent chemin. Nous sommes trop proches du monde contemporain. Ils ne veulent pas se faire remarquer. "
Nicol - " Bien. Dans ce cas nous allons nous reposer ici. Nous avons besoin de prendre des forces. Nous monterons la garde à tour de rôle. Je vais commencer. "
Médée accepte volontiers et, sans le moindre effort, fait apparaître sa Pandora Box devant elle afin d’y renvoyer son armure.
Yulij est stupéfaite :
Yulij - " Waouh ! Incroyable. "
Depuis le coin où il s’est isolé, Mei imite Médée et grommelle :
Mei - " Il n’y a rien de compliqué à ça. L’urne est liée à ton armure et par conséquent à toi. Il suffit d’entrer en osmose avec ton armure pour faire apparaître ta Box. A l’intérieur ta Cloth se régénère. C’est sa manière à elle de se reposer. Après les combats livrés cette nuit, je te recommande de faire pareil que Médée. "


En Allemagne :

A l’intérieur d’une maison inoccupée où ils se sont invités, Myu et Reinheit restent accoudés à la fenêtre pour observer ce monde contemporain qu’ils ont si peu connu.
Recueilli à Asgard dès son enfance, Myu découvre seulement la jeunesse à laquelle a le droit le reste du monde depuis qu’il voyage avec Rhadamanthe.
Reinheit, elle, n’en garde que peu de souvenir après qu’elle ait été amenée de force au Port du Destin il y a des années.

Leurs avis sur ces infrastructures et sur le comportement des gens divergent. Reinheit déclare :
Reinheit - " Comme ce monde est magnifique. Les femmes peuvent se promener libres, sans avoir à se vendre pour survivre. Les vêtements qu’elles portent sont sublimes, les moyens de transports sont collectifs et tous sont égaux en droit. "
Myu soupire :
Myu - " A tel point que ce brave monsieur au bout de la rue, n’arrive pas à marcher en raison de son âge. Il peine à tirer ses courses et personne ne l’aide, personne ne le voit. Ce monde est vraiment pourri. "

Rhadamanthe apparaît dans leur dos. Propre, les cheveux encore humides après un bain, il a remplacé ses vieilles frusques contre des vêtements trouvés dans l’armoire des chambres :
Rhadamanthe - " Myu a raison. Nous ne sommes égaux que face à la mort. Voilà pourquoi Hadès doit gouverner. "
Déjà apprêtée avec une robe qu’elle a subtilisé dans le mobilier, la plus vieille de l’équipe, Reife, se moque des deux hommes :
Reife - " Hadès… Le dieu qui détruira ce monde… Qu’elle hérésie de croire qu’il nous offrira un monde meilleur. "
Rhadamanthe s’emporte aussitôt. Le poing dressé, il affirme :
Rhadamanthe - " Ce monde a besoin d’être mis sur un pied d’égalité. En prenant le contrôle, Hadès offrira à tous une vie éternelle, sans souffrance, en faisant de la surface son nouveau royaume. Alors maintenant cesse de blasphémer, sans quoi je te ferai regretter tes paroles ! Mange à présent, profite de l’absence des propriétaires de cette maison pour te ressourcer. Nous repartons dans quelques heures achever notre long périple. "
Myu profite de l’occasion pour s’approprier des vêtements moins miteux que les siens, puis part se débarbouiller.

Rhadamanthe s’approche de sa fidèle maîtresse dont il semble se jouer.
Il s’accroupit derrière elle et lui caresse les cheveux :
Rhadamanthe - " Vois-tu Reinheit, ce que tu vois ici n’est qu’une façade. Personne ne prête attention à personne. Dans les ruelles les plus sombres, des femmes sont contraintes de faire de sales besognes malgré tout. Certaines le font de force, d’autres n’ont pas d’autre choix pour nourrir leurs enfants. D’autres encore le font en toute connaissance de cause, pour pouvoir porter ces jolies robes et paraître aux yeux du monde aussi libres que tu le crois. Cette vie n’est pas mieux que celle que tu vivais auparavant. N’est-ce pas ? "
Aveuglée par l’amour et la confiance qu’elle porte au futur Juge, elle acquiesce :
Reinheit - " Oui. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope :

Le jour se lève peu à peu et inonde les visages défraîchis de Sirius, Dio et Algethi.
Le combat de cette nuit et l’alcool avalé chez Misty aidant, le trio argenté a la mine décomposée.
Sous les regards des soldats positionnés devant la grande porte de la salle d’audience du Grand Pope, les trois Saints d’argent traînent les pieds.
Ils repartent en direction des douze maisons alors qu’ Algol arrive en face d’eux, casque sous le bras :
Algol - " Sirius, Dio, Algethi. "
Ses trois pairs lui répondent d’un hochement de tête.
Algol - " J’ai été convoqué par le Pope après les événements de cette nuit. Dignity Hill a de nouveau été bafoué. "
Sirius - " Nous sortons à l’instant de la chambre du Pope car nous avons failli. Les fuyards ont réussi à nous échapper. "
Dio - " Alors qu’on les tenait à notre merci, l’un d’entre eux nous a eu par surprise. Il était au moins aussi fort et rapide que nous. Nous n’avons pas pu l’identifier. "
Algol - " Et les autres ? "
Sirius - " Le cadavre de l’un d’eux était celui de Dabih. Un esclave racheté par Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. "
Dio - " Il était accompagné de deux femmes chevaliers. L’épouse de Mû de Jamir, Médée Saint de bronze du Burin du Graveur. "
Sirius - " L’autre devait porter l’armure volée chez Saül, celle du Sextant. "
Algethi - " De plus les gardiens de la prison d’Honkios nous ont avertis que deux détenus s’étaient échappés. Il s’agit de Nicol et Yulij, les deux personnes qui ont été arrêtés à Dignity Hill. Il y a fort à parier qu’il s’agit d’eux qui accompagnent Mei et Médée. "

« Mei… Dire que c’est moi qui l’ai accueilli à son arrivée au Sanctuaire. Quand à Nicol et Yulij, j’étais là quand ils ont été arrêtés à Dignity Hill. J’aurai dû demander plus de surveillance sur leurs cellules. », s’acharne contre lui-même le Saint de Persée.

Sirius le sort de ses pensées :
Sirius - " Le Grand Pope nous a renvoyé tenir nos positions sur le champ. Nous ne tardons donc pas ici. Aphrodite Saint d’or des Poissons est déjà dans la salle d’audience. Bon courage. "
Les deux autres saluent Algol et quittent le palais.
Le chevalier d’argent attend seul que le Pope l’invite à rentrer.


De l’autre côté de la porte, debout devant son siège, le Pope gronde son mécontentement :
Saga - " … Deux évasions de la prison principale ! Deux vols d’armures ! Deux autres chevaliers qui se retournent contre moi ! Des Saints et des soldats incapables de ralentir quatre misérables chevaliers débutants ! Heureusement que l’esclave a été tué, sans quoi nous passions pour des moins que rien ! "
Casque au sol, agenouillé, Aphrodite baisse la tête et ne prononce pas le moindre mot. La raison de sa convocation ici est désormais évoquée :
Saga - " Le précédent Pope t’avait chargé d’une mission à Dignity Hill et tu n’as pas su t’y conformer. Le jardin que tu gardais devait veiller à retenir prisonnière une des Cloths qui nous a été dérobée. Puis-je encore te faire confiance après de telles circonstances ? Sans oublier ton comportement déjà puni il y a un mois ! "
Aphrodite se relève et enfile son casque sur sa tête :
Aphrodite - " Précédent Pope, nouveau Pope. Nous savons tous deux que cela ne rime à rien. Je suis toujours le même. Je me tiens toujours sous la bannière de la justice. La politique menée depuis des années par le Sanctuaire nous a amenés de grandes victoires. Il n’y a rien de plus beau que le succès. Et je ne trahirai jamais la beauté. "
Saga - " Hum… Dans ce cas, va ! Je ferai appel à tes services de nouveau lorsque l’occasion se présentera. "
Aphrodite incline la tête en guise de respect :
Aphrodite - " Merci Majesté. "
Il traverse le long tapis rouge de la pièce jusqu’au deux lourdes portes qu’il écarte sans ménagement.


Dehors, dans le couloir, attend Algol. Comme tous les soldats présents, le Saint d’argent s’incline face au Saint d’or.
Pourtant le suédois ne ménage pas le saoudien :
Aphrodite - " Être convoqué pour la faute d’un lieutenant qui n’a pas su veiller sur le secteur qu’il a sous sa juridiction, je n’aurai jamais cru que cela m’arriverait. "
Algol grince des dents. Aphrodite poursuit :
Aphrodite - " Le prochain qui bafoue mon jardin par ta faute te coûtera la vie. "
Algol ne bronche pas et attend que son supérieur soit sorti du palais pour se relever.

Le chevalier de Persée traîne les pieds jusqu’au Pope. La voix impériale du représentant d’Athéna résonne dans la pièce et fait frémir les gardes qui referment les portes derrière Algol :
Saga - " Algol ! "
Le Saint se courbe :
Algol - " Majesté je vous… "
Saga - " Par deux fois en un mois, le secteur de l’est a été le théâtre de drames que je refuse de voir. Dignity Hill est le sanctuaire du dieu Abel, frère d’Athéna. Bien que ce dieu ait été renié de l’histoire, il est interdit en la mémoire du frère de notre déesse, de bafouer cet endroit par une présence quelconque ! Cela n’est-il pas assez clair pour toi ? "
Algol - " Je vous assure que si Majesté… "
Saga - " Alors comment expliques-tu que les incidents d’hier soir aient eu lieu sous ton nez ? "
Le chevalier préfère taire son absence d’hier soir au profit d’une soirée chez Misty.
Saga - " Je vais devoir te relever de tes fonctions. "
Furieux contre lui-même de tomber en disgrâce, Algol manifeste sa passion d’Athéna :
Algol - " Je vous en prie Majesté ! Ce grade de lieutenant est pour moi un insigne honneur de représenter notre grande déesse Athéna ! J’ai voué toute ma vie à ce rôle et je… "
Saga - " Silence ! Il est vrai que tu as toujours fait preuve de dévotion. J’ai déjà pu avoir vent de ta passion, par l’ancien Pope, lorsque tu étais envoyé sur les champs de bataille contre les Kshas de Shiva. "

Une longue pause crée un certain malaise chez Algol pendant que le Pope réfléchit.
« Quelle vexation ! Tomber si bas dans l’estime du Grand Pope. Il a raison. Les catastrophes récentes sont intolérables. Si hier soir j’étais resté auprès de ma douce compagne Hevelius au lieu de passer des instants interdits auprès d’Hasu, j’aurai été plus près de Dignity Hill et j’aurai pu intervenir. Après tant d’effort pour gagner la confiance de l’ancien Pope, voici que je détruis tout face à son successeur. Si jamais une seconde chance m’est accordée, je jure sur mon armure de devenir plus ferme. », se promet-il.

Le Grand Pope choisit :
Saga - " J’irai calmer Athéna et je l’informerai qu’il t’a été accordé une seconde chance. Tâche de ne pas la décevoir. "
Algol - " J’appliquerai à la lettre les consignes du Sanctuaire. Les faibles, les fuyards et les hors-la-loi seront traités selon vos désirs Majesté. "
Saga - " A présent tu peux disposer. "
Algol - " Bien votre Majesté. "


Enfin seul, Saga libère son visage de son masque violet et son casque rouge pour avaler une coupe de vin malgré la matinée naissante :
Saga - " Encore plus dangereuse que l’armure d’or du Sagittaire, l’armure de l’Autel ne doit pas être en liberté. En effet, certains ici savent qu’en plus d’être le frère du Grand Pope décédé, Arlès était le Saint d’argent de l’Autel. Le fait qu’il y ait un nouveau Saint d’argent signifierait que je ne suis pas celui que je prétends être. C’est pourquoi il nous faut identifier et tuer au plus vite toutes les personnes hostiles à ma position, partout où ils se trouvent avant que les fuyards ne s’allient à eux. "


En Allemagne, au château d’Heinstein :

La traversée de l’Allemagne est moins difficile grâce à des tenues plus dignes et plus contemporaines pour le quatuor mené par Reife et Reinheit. Le groupe approche le château après quelques heures de marche.

Les deux femmes s’immobilisent à l’orée du bois qui sépare ce château maudit du reste de la civilisation contemporaine. Elles sont tétanisées par l’atmosphère morose des parages.
Voici bien des kilomètres qu’ils n’ont plus croisé âme qui vive. Les maisons sont abandonnées, les commerces fermés.
Une brume jaillie depuis la forêt, empêchant de distinguer le château depuis l’endroit où ils se trouvent.
Les deux Spectres ignorent le comportement craintif des femmes, ils avancent d’un pas décidé.

Pour la énième fois depuis qu’ils ont approché les zones inhabitées, Reife, l’aînée du groupe, répète :
Reife - " Cet endroit n’a vraiment plus rien à voir avec ce que j’ai connu. "
Les hommes, eux, sourient à mesure qu’ils avancent en direction du château. Reinheit reste accrochée au bras de Rhadamanthe pour ne pas voir les cadavres d’animaux en putréfaction et éviter d’observer cette nature morte sur laquelle elle marche.

Soudain, Myu, en éclaireur, fait volte-face pour offrir à son supérieur son plus beau sourire : « Je distingue enfin le château. »

Reife se sent immédiatement soulagée : « Bien, vous avez eu ce que vous vouliez, Reinheit et moi-même nous vous avons conduis ici. Relâchez-nous à présent. »
Comme pour affirmer son détachement de sa responsable, Reinheit s’accroche davantage au bras de Rhadamanthe.
L’anglais en est amusé : « Non ma jolie, tu viens avec nous. »
L’allemande commence à reculer pour fuir, mais déjà Myu lui barre le chemin après avoir bondit avec agilité jusqu’à elle. Il lui cramponne le bras : « Je suis convaincu que les nôtres seront ravi de t’avoir comme cadeau de bienvenue. »
Rhadamanthe reste froid comme à son habitude. Il se contente de pointer du doigt un chemin d’eau : « Bonne initiative Myu. Mais je te recommande de ne pas la faire marcher dans cette eau. Ce fluide ne me dit rien qui vaille. »

En effet, à ce lieu gisent deux dépouilles humaines. Grâce aux vêtements que les corps décharnés portent, n’importe quel Squelette passant dans les environs pourrait identifier les reporters qui s’étaient aventurés ici le jour où Ksénia est venue rencontrer Pandore.

Myu balance donc Reife de l’autre côté de la rive, tandis que Rhadamanthe porte dans ses bras Reinheit. Il marche sans exprimer la moindre douleur dans ce fluide nocif.


Enfin, ils débouchent sur ce qui s’apparente aux jardins de la famille Heinstein.
Le cadre est lugubre. Les statues sont noircies par la moisissure. Quelques mottes d’herbe morte errent sur le sol bosselé et à la terre humide. Des fontaines, s’écoule du sang à la place de l’eau. Des gerbes de lumière verte jaillissent du sol et provoque des écroulements de terrain, séparant petit à petit le château du reste du domaine.
Rhadamanthe - " Tu le sens Myu ? "
Le Papillon est émerveillé devant ce spectacle de désolation : « C’est le cosmos de notre maître. »

Une intonation particulière, semblable à un croassement, confirme les dires de l’autrichien de naissance. Elle vient d’un homme voûté, marchant à quatre pattes. Le misérable est doté d’une fort mauvaise dentition et son visage est marqué par quelques pustules. Zélos accueille les derniers arrivants : « C’est bien cela Myu. Seigneur Rhadamanthe, sa Majesté Pandore sera ravie de vous savoir parmi nous. »
Rhadamanthe plisse les yeux, le temps que le représentant de l’Étoile Terrestre de l’Étrangeté lui revienne en mémoire : « Hum… Zélos… »
Le cambodgien  se couche plus bas que terre :
Zélos - " Oui Seigneur Rhadamanthe. "
Rhadamanthe - " Il est temps que je présente mes hommages à sa Majesté Pandore. "

Le hideux personnage s’exécute et invite Rhadamanthe à pénétrer dans ce château sorti tout droit de la bouche des enfers, avant que les halos de lumière verte n’encerclent le palais et ne les précipitent dans le Meikai.


En Grèce, dans les montagnes qui délimitent le Sanctuaire du reste du monde :

Le groupe désormais mené par Nicol revient peu à peu à lui.
Yulij rejoint le japonais qui émerge après cette nuit difficile :
Yulij - " Nous allons y aller Mei. Médée revient de la ville la plus proche. Elle a réussi à voler quelques étoffes pour que nous camouflions dessous nos Pandora Box. "
Mei - " Bien. Une longue route nous attend si nous allons au Japon. "
Yulij - " Apparemment Nicol aurait une autre idée. "
Aigri, Mei déclare :
Mei - " Ah oui ! J’oubliais que ton petit ami était un stratège hors pair. "
Yulij commence à glousser :
Yulij - " Mon… Mon petit ami ?! Idiot, il est bien plus vieux que moi pour être mon petit ami. Il s'est occupé de moi comme le ferait un frère une fois notre maître disparu. "
Mei - " Ah. Vous êtes si proche que j’aurai cru. Et puis il ne m’est pas facile de deviner ton âge sans que je vois ton visage. "
Yulij - " Une femme chevalier ne montre pas son visage à un homme. Sinon elle n’a pas d’autre choix que d’aimer ou de tuer celui qui la démasque. "
Mei - " Oui, je sais. Merci. Est-ce pour me donner des cours sur la chevalerie que tu es venue auprès de moi ?! "
Partis sur de mauvaises bases tous les deux hier, Yulij aimerait réparer ça :
Yulij - " Non. Je tenais avant tout à te remercier pour hier. Tu nous as libéré et tu as sacrifié ta vie pour me permettre d’obtenir mon armure, alors que j’ai été ingrate avec toi dès notre première rencontre. "
Mei se relève pour rejoindre Médée et Nicol. C’est au tour du japonais de se montrer désagréable avec la jeune femme :
Mei - " Dabih aurait aimé entendre tes remerciements aussi. Hélas, il est mort pour nous sans que tu ais pu être reconnaissante envers lui. "

Face à Nicol, Mei garde un ton assez peu courtois :
Mei - " Yulij m’a dit que tu changeais nos plans ! On ne va plus au Japon ? "
Plus mature, Nicol reste calme et expose calmement les faits :
Nicol - " Nous discutions avec Médée et nous nous sommes rendus compte que pour aller au Japon incognito, il nous faudra des mois, si nous ne voulons pas utiliser notre cosmo énergie pour nous déplacer. Cependant le Sanctuaire va envoyer des tueurs à nos trousses qui eux ne se gêneront pas. Autant dire qu’ils auront toujours une longueur d’avance. "
Son calme et sa clairvoyance font de lui le leader naturel de cette équipe. Mei l’accepte peu à peu sans broncher. Nicol continue :
Nicol - " Avec Médée nous discutions des combats livrés hier. Nous étions bluffés par ta faculté à accroître ta cosmo énergie bien au-delà du niveau d’un simple Saint d’argent. Médée a cru comprendre que tu savais ce qu’était le septième sens. Personnellement, mon maître pouvait rivaliser avec un Saint d’or et je sais qu’aujourd’hui je suis capable de dépasser le niveau mon maître. Médée connaît aussi la notion d’ultime cosmos grâce à son mari. Même si elle n’a jamais réussir à s’en approcher, elle peut dépasser le niveau d’un simple Saint de bronze. "
Médée rajoute :
Médée - " Je pense qu’aller auprès de mon époux, à Jamir, nous assurerait la sécurité. Cela nous permettrait également d’en apprendre davantage auprès d’un Saint d’or. Car Mû de Jamir est le Saint d’or du Bélier. "
Mei conteste cette décision :
Mei - " J’ai été élevé par un Saint d’or. Je n’ai rien à apprendre qui puisse venir de quelqu’un d’autre que mon maître. "
Médée, malgré son calme habituel, s’emporte :
Médée - " Ton maître fait parti du camp de ceux qui veulent nous mettre à mort désormais. "
Par son charisme, Nicol rappelle au calme :
Nicol - " Pas de conclusions hâtives s’il vous plaît. Je comprends que Mei pense avoir suffisamment appris auprès de son professeur. C’est un signe de respect tout à fait louable. Cependant, Médée a raison. Nous serons plus utiles à tes amis au Japon si nous maîtrisons certaines bases que nous n’avons pas tous ici. "

Mei s’assoit sur sa Pandora Box, les bras croisés.
Médée et Nicol emboîtent le pas. Leur décision est prise.
Yulij, avant de les suivre, prend Mei par la main :
Yulij - " Ils ont raison tu sais. A quoi serviront nous au Japon si nous ne sommes pas de taille pour les aider ? "
Mei grimace mais suit malgré lui sa jeune amie.


En Allemagne, au château d’Heinstein :

A la traîne dans les couloirs du manoir, Zélos étudie d’un ½il inquisiteur les accompagnatrices des deux Spectres comme le font tous les Squelettes croisés dans les couloirs.
C’est seulement lorsqu’ils arrivent en haut d’un escalier que Zélos, essoufflé par le long chemin, peine à annoncer :
Zélos - " Nous y sommes. Derrière ces portes vous arriverez dans les appartements de sa Majesté Pandore. "
Myu attend l’accord du futur Juge pour entrer, Zélos profite de l’occasion pour affirmer :
Zélos - " A moins que vous préfériez vous attirer les foudres de sa Majesté Pandore, je pense qu’il est préférable que vous me laissiez ces adorables femmes. "
Le Spectre de Frog se redresse déjà, pour caresser les chevilles de Reinheit que Rhadamanthe protège en la gardant à bras.
Le violent anglais repousse son soldat d’un coup de pied :
Rhadamanthe - " Bas les pattes Zélos ! Personne ne touchera à cette femme sans mon accord… "
La jeune femme dépose à cet instant un regard passionné pour son héros.
D’un mouvement de tête, il indique Reife avant d’achever sa phrase :
Rhadamanthe - " … Seule celle-ci est à vous. Réunis Queen, Sylphide, Gordon, Valentine et tous les autres Spectres à ma botte et dis-leur qu’il s’agit d’un cadeau de leur Seigneur. "
Zélos s’empresse de venir étreindre Reife, sans oublier de caresser grossièrement ses formes afin de l’enlever de force dans les autres pièces du palais :
Zélos - " Merci mon Seigneur. Vous êtes bien bons. "
Reife hurle et tente de se débattre, mais, trop facilement, Zélos réussit à l’assommer.
A mesure qu’ils s’éloignent, Reinheit regarde Reife sans le moindre remord, alors que sa compatriote à toujours pris soin d’elle jusqu’à présent. La jeune allemande n’a d’yeux que pour Rhadamanthe, comme si elle souffrait du syndrome de Stockholm.

Rhadamanthe observe de longues secondes l’entrée de la chambre de Pandore sans oser prendre de décision. Il est tremblant à l’idée d’y entrer en compagnie de Reinheit et de devoir la sacrifier comme Reife. « Certainement un de ces futile sentiment humains » se moque-t-il en réfléchissant.
Néanmoins, sa décision est prise. Reinheit a confiance en lui, elle a respecté sa parole en l’amenant ici. « Je n’avais pas d’autres choix que de l’amener avec moi, ça aurait été prendre un risque que de laisser ces femmes vivantes. Elles auraient pu dévoiler le retour des Spectres à tout le Sanctuaire. », pense-t-il en voulant se donner bonne conscience.
Il se décide :
Rhadamanthe - " Mon fidèle Myu. Je te laisse rejoindre nos compagnons et faire connaissance avec eux. J’irai seul présenter nos hommages à sa Majesté Pandore. "
Myu ne bronche pas et part visiter les lieux.

Après avoir pris une forte aspiration, Rhadamanthe s’élance enfin vers la porte.
Seulement, avant qu’il ne puisse clicher la poignée, Reinheit vient cueillir son visage. Comme si elle a un mauvais pressentiment, comme pour se préserver elle-même de la rencontre qu’elle va faire, elle l’embrasse après lui avoir échangé un regard sincère :
Reinheit - " Je t’aime Rhadamanthe. "
Son regard peine à rester indiffèrent, néanmoins il s’engouffre à l’intérieur.

Quelques chandelles tamisent la chambre d’une faible lueur. La pièce est vaste, les murs sont couverts de portraits de famille où Rhadamanthe reconnaît Pandore enfant.
Dans le fond de la pièce, assise devant une glace, la propriétaire du château coiffe ses longs cheveux fins. Ceux-ci tombent dans son dos nu.

Rhadamanthe dépose enfin Reinheit sur les tapis qui couvrent le sol où il s’agenouille :
Rhadamanthe - " Majesté Pandore, je viens répondre à l’éveil de mon étoile maléfique. "
Un long silence fait office de réponse, pendant que la ténébreuse héritière de la famille Heinstein continue de démêler ses cheveux.
Puis, venant d’outre-tombe, des éclats de rire glacent le sang de Rhadamanthe.
Depuis l’ombre de la pièce, sort un couple qui devait certainement discourir avec Pandore avant leur arrivée.
Les gloussements de l’homme semble familiers au Wyvern :
Rhadamanthe - " Hum… Eaque… Juge des Enfers… Je reconnaîtrais cette voix entre mille. "
Le Garuda s’expose à la vue des deux nouveaux arrivants, avec une jeune femme au corps marqué de cicatrices :
Eaque - " Rhadamanthe ! Tu n’as pas changé ! Nouvelle époque mais toujours cet esprit désinvolte ! Comment peux-tu souiller les sols de la chambre de Sa Majesté Pandore avec la présence d’une intruse ? "
Rhadamanthe - " Non… Depuis la nuit des temps je suis au service de Sa Majesté Pandore pour le bien-être du Seigneur Hadès. Je n’ai jamais eu l’intention de la déshonorer. "
Aussitôt, la compagne d’Eaque se presse de surgir dans le dos de Reinheit pour enlacer l’allemande :
Violate - " Venez-vous donc l’offrir à nos hommes ?! Sa peau est tendre, fraîche… "
Violate s’amuse à sentir la nuque de Reinheit pendant qu’elle lui effleure les hanches avec les mains sous le sourire psychotique d’Eaque.
Rhadamanthe s’emporte aussitôt et d’un revers de la main gifle Violate avec une telle force qu’elle est envoyée au sol :
Rhadamanthe - " Je t’interdis de lever la main sur elle et de… "

La s½ur de l’âme d’Hadès sort enfin de son mutisme. Tout en reposant sa brosse sur sa coiffeuse, elle demande :
Pandore - " Allons Rhadamanthe, aurais-tu oublié cette dévotion que tu as pu avoir à mon égard en d’autres époques, pour oser me manquer de respect en entrant dans mon intimité en compagnie d’une autre femme. De plus, tu oses prendre sa défense en levant la main sur l’une des notre ?! "
Maintenant qu’elle lui adresse la parole, Rhadamanthe s’incline un peu plus. Il n’ose même pas regarder Reinheit dans les yeux, alors que celle-ci attend de son héros une réponse en sa faveur.
Néanmoins, le peu d’humanité que Reinheit suscitait à Rhadamanthe est réduit à néant sous l’attraction de Pandore envers son Juge.
Rhadamanthe - " Non… Non je n’ai pas oublié Majesté Pandore. Votre visage est gravé dans mon esprit, depuis le jour où j’ai senti en moi que mon destin était lié au Seigneur Hadès. "
Le rugueux Spectre n’a pas le courage de voir le visage de Reinheit se décomposer.
La jeune femme comprend que son idylle est achevée. La raison lui vient enfin et la réalité est bien cruelle.

Tout à coup, le silence macabre est brisé par le hurlement de détresse d’une femme qu’elle peut identifier sans problème. Depuis une des salles du château, les appels au secours de Reife retentissent dans le domaine, provoquant les rires sarcastiques d’Eaque et Violate, l’indifférence de Pandore, ainsi qu’une vision sordide de sa compatriote à Reinheit.

Entièrement nue, l’héritière de la propriété se lève pour faire comprendre que sa toilette est finie. De l’ombre apparaissent encore d’autres personnes, des femmes à l’apparence entièrement dissimulée sous un voile. Comme les hommes devenus fidèles à Hadès en devenant des Squelettes, ces femmes sont les servantes de la représentante d’Hadès et de ses soldats.
Elles habillent leur maîtresse de son épaisse soutane, en prenant le soin de ne pas toucher à sa lisse chevelure puis s’en vont sans le moindre bruit.

Rhadamanthe reste admiratif devant sa silhouette à peine illuminée, laissant une part de mystère sur la réalité de ses formes.
La peur qui imprègne Reinheit domine l’esprit de jalousie qu’elle aurait eu auparavant.

Les domestiques quittent la pièce en attrapant chacune la jeune allemande totalement désemparée :
Reinheit - " Non… Non je vous en prie… Ne me… Rhadamanthe… Aide-moi… "
Lui ferme les yeux et ignore les appels au secours. Il reste seul en compagnie de Pandore pendant que Eaque et Violate ferment les portes de la chambre en suivant le groupe.


Une fois seuls, elle avance jusqu’à lui :
Pandore - " Crois-tu qu’il s’agit d’amour ? "
Rhadamanthe - " Pardon Majesté ?! "
Pandore - " Ce sentiment qui te lie à moi, crois-tu qu’il s’agit d’un sentiment amoureux ? "
Rhadamanthe - " Cette émotion ne m’est jamais venue auparavant. Je ne saurai vous dire. "
Pandore - " Pourtant tu semblais éprouver quelque chose pour cette fille ?! "
Rhadamanthe - " J’ai été ému par cette confiance qu’elle pouvait avoir pour moi. "
Pandore - " Au point de commettre un outrage en l’amenant jusqu’à moi, moi qui me suis toujours montrée assurée de tes capacités ?! "
Rhadamanthe - " Pardonnez-moi Majesté, ce n’était nullement mon but. "
Pandore sort de sa robe un collier qu’elle expose à la vue de son sujet :
Pandore - " Sais-tu ce qu’est ceci ? Il s’agit d’une protection du Seigneur Hadès me permettant, en tant que s½ur et conseillère, de résider au Meikai et d’aller et venir à ma guise entre le monde des vivants et celui des morts. Cela m’a permis de te rencontrer, toi, le vrai Rhadamanthe, fidèle et passionné. Et si tu pouvais enfin retrouver ton âme, tu saurais à quel point je te rends cette ferveur, en t’accordant une confiance bien plus grande que celle de cette femme. Dès mon arrivée au Meikai tu t’es montré attentionné à mon endroit. Alors je te le demande encore une fois, crois-tu qu’il s’agit d’amour ? "
Rhadamanthe - " Quelle que soit l’émotion que j’éprouve à votre égard, je peux vous assurer Majesté qu’elle fait honneur à votre rang et que je vous offrirai le plus grand dévouement que vous pouvez attendre de moi. "
Elle lui tend sa main agrémentée d’un bijou en forme de serpent :
Pandore - " Alors baise-moi la main pour confirmer ce serment… "
Avec beaucoup d’élégance, l’anglais met en pratique la bonne éducation qu’il a reçue, sentant en cet instant son c½ur cogner dans sa poitrine de façon inexplicable. En une fraction de seconde, des souvenirs de ses instants du passé partagés avec son ancêtre le bouleversent. De l’allégeance catégorique aux instants passés à l’enlacer, il réalise qu’il y a bien plus qu’un lien de maître à subordonné entre eux depuis la nuit des temps.
Sa mémoire cesse de voyager lorsqu’elle le gifle d’un violent revers de la main pour conclure :
Pandore - " … et garde en tête ceci pour ne pas l’oublier. "
Rhadamanthe lève les yeux vers elle. Habituellement rempli de violence, son regard se montre totalement épris de la jeune femme.
Pendant qu’elle quitte en premier sa chambre, elle déclare :
Pandore - " Les chambres à côté de la mienne sont destinés aux Juges des Enfers. Minos et Eaque ont pris leurs quartiers de chaque côté de ma chambre. Pourquoi n’irais-tu pas t’installer dans la chambre qui est face à la mienne ? "

Rhadamanthe la regarde partir sans broncher, perdu dans ses rêves.
Un pincement au c½ur lui rappelle soudain la complexité de cette relation qu’il entretient depuis toujours avec elle, partagé entre sa servitude et sa grandeur d’âme.

Lorsqu’il sort enfin de la chambre, décidé à visiter le reste de son nouveau domicile, Rhadamanthe est interpellé par Eaque qui l’attendait dans le couloir.
Ses deux mains en appui sur le mur, tenant prisonnière Violate entre la paroi et son corps, le népalais ricane tout en baisant le cou de Violate qui reste droite, complètement assujettie :
Eaque - " Hi, hi, hi… Ce cher Rhadamanthe retrouve ses bonnes vieilles habitudes auprès de Sa Majesté Pandore. "
Le blond au regard perçant préfère ignorer la présence de son pair.
Eaque - " La servitude mon cher… La servitude… "
Rhadamanthe craque, sa vraie nature ne tarde pas à refaire surface. Il se jette sur Eaque qu’il plaque violemment contre le mur :
Rhadamanthe - " Où veux-tu en venir ? "
Eaque - " Le lien qui vous unie elle et toi, il est semblable à celui qui rattache Violate à moi, c’est la servitude. Ne te leurre pas sur la nature des sentiments de Sa Majesté Pandore. "
Rhadamanthe dégage Eaque en le repoussant en arrière. Le népalais sourit, il sait qu’il a raison et que Rhadamanthe en a pris conscience. Il disparaît donc dans les nombreuses ailes de la demeure.

Rhadamanthe observe Violate, prête à suivre Eaque :
Rhadamanthe - " Pourquoi le suivre alors qu’il te traite ainsi ? "
Violate - " Pourquoi êtes-vous inexorablement attiré par Sa Majesté Pandore ? "
Rhadamanthe - " Parce que depuis toujours… "
Violate - " Voilà ! Depuis toujours vous vous sentez le plus heureux des hommes auprès d’elle comme depuis toujours je suis proche du Seigneur Eaque. En cette époque, bien avant que ma nature de Spectre me vienne à l’esprit, il est venu à moi pour me libérer de la basse condition dans laquelle je vivais. Aussitôt je suis devenue une de ses ailes. Le destin nous a toujours rapproché et chaque fois je lui étais redevable. Je l’aime, c’est tout. Et cet amour durera aussi longtemps que ces Guerres Saintes contre Athéna se poursuivront. "
Rhadamanthe se montre ferme sans être hostile à la jeune femme :
Rhadamanthe - " Alors sois assurée Violate de Béhémot que cet amour sera éternel, car c’est en notre génération que nous offrirons enfin la victoire à notre Seigneur Hadès. "
Avant de rattraper son supérieur, Violate incline respectueusement la tête en affichant une mine enjouée par de tels propos.



Un nouveau périple s’annonçait pour Mei et ses amis.
Pendant ce temps, le Grand Pope voyait apparaître un nouveau groupe de rebelles. L’annonce de la mort de Docrates, après sa tentative de récupérer le casque du Sagittaire avortée n’allait en rien rassurer Saga. Et même si le retour en hélicoptère du reste de l’armure s’acheminait, l’usurpateur avait de quoi être soucieux.

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Only for Love / Chapitre 50 - Mourir en homme libre
« on: 31 December 2013 à 17h08 »
Au Japon, Ikki s’était sacrifié pour sauver son frère et ses amis de Docrates. Si ce dernier parvenait à sortir des décombres durant la nuit, d’autres événements nocturnes avaient lieu à des kilomètres de là.


Chapitre 50 - Mourir en homme libre

En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

5 octobre 1986.
La ville principale est sans bruit, comme morte. Une fois la nuit tombée, plus personne ne traîne dans les rues.
D’ordinaire, Honkios reste le centre névralgique du domaine sacré. Les tavernes sont ouvertes jusqu’au petit matin et les villageois y chantent et dansent. Pourtant, ce soir, elles sont closes.

Les quelques flammèches des chandeliers qui éclairent les chaumières s’éteignent lorsque les habitants entendent les pas synchronisés des gardes en faction.
Pour accompagner cette marche militaire, la voix d’un caporal somme d’arrêter un contrevenant : « Halte ! Cet homme ne respecte pas le couvre-feu instauré par notre bien-aimé Grand Pope ! Qu’on le mette aux fers ! Il sera jugé demain sur la place publique pour avoir outrepassé ses droits ! »
Obéissant, un soldat s’empresse d’exécuter les ordres et s’en gargarise : « Alors renégat ! Le Sanctuaire des faibles et des paresseux c’est terminé. A cette heure-ci tu devrais prier notre Majesté le Grand Pope, puis reprendre des forces pour t’engager dans notre armée ! » 


A quelques encablures de là, tapis dans l’obscurité, Mei suit à pas de loup Yulij. Ils se faufilent au nez des gardes jusque chez Saül, le forgeron du Sanctuaire.
Le japonais se surprend à regarder, bien qu’il n’arrive pas à supporter son caractère, les courbes sensuelles de la jeune femme montée sur des spartiates à talons et habillée d’un maillot et d’un short kaki.
Perdu dans ses pensées, le chevalier vêtu de sa Cloth freine brusquement sa course pour ne pas percuter Yulij qui stoppe net :
Yulij - " Nous y sommes ! J’espère que Saül ne nous fera pas d’histoire pour nous remettre l’armure. "
Gentiment, le Saint espère la rassurer :
Mei - " Si tu es bien la Saint du Sextant comme le dit Nicol, alors il n’aura pas d’autres choix que de constater que l’armure vient à toi. "
La jeune femme rétorque sèchement :
Yulij - " Bien sûr que je suis la Saint du Sextant ! Si Nicol l’a dit ça ne peut être que vrai ! "
Mei - " La vache ! Ça ne te rend pas plus aimable en tout cas ! "

Inopinément, Yulij plaque Mei contre un mur :
Yulij - " Merde ! Une troupe de plus qui approche. "
Collés l’un à l’autre dans le peu d’espace ombragé dont ils disposent, Mei avale sa salive, gêné de sentir la poitrine de sa camarade s’écraser contre sa Cloth. Plaqué entre elle et le mur, il suggère d’une voix faible :
Mei - " Restons ici le temps qu’ils passent. "
Yulij - " J’ai une autre idée. Apparemment aucune alerte n’a été donnée concernant notre évasion. Vu que tu es Saint et que tu es habillé de ton armure, tu peux légitimement te trouver dehors. Tu n’as qu’à faire diversion. Pendant ce temps, je vais rentrer chez Saül. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :
 
Brillant au beau milieu de la nuit profonde, dans le village de l’est du domaine où vivait Apodis, la demeure de Misty est à la fête.
Par toutes les lucarnes de la maison, jaillissent les lueurs des torches murales.

A l’intérieur, l’alcool coule à flot. La musique est jouée par un groupe qui officiait habituellement à la taverne d’en face, jusqu’à ce que le couvre-feu soit décidé à l’annonce de la succession du Pope ce matin. Le banquet est servi en continu par les esclaves, hommes et femmes, du Saint du Lézard.

A une table, Spartan, Algol, Mozes et Dio se disputent autour d’une partie de poker :
Mozes - " Or de question que je verse un sacre de plus ! Je suis sûr que tu utilises ta télékinésie pour voir mon jeu ! "
Algol prend la défense de Spartan devant un Dio hilare face à la mauvaise foi de Mozes :
Algol - " Allons camarade. Tu perds à chaque fois de toute façon. Que Spartan joue où non ! Allez, sort les sacres que tu as misé ! "
Le Saint de la Baleine sort une bourse de laquelle il extrait la monnaie du Sanctuaire en bougonnant :
Mozes - " Tu ne devrais pas être auprès d’Hevelius toi, plutôt que de prendre la défense de Spartan ? "
Algol - " Hevelius n’aime pas ce genre de soirée. Elle est restée chez moi. Je ne tarderai pas à partir de toute façon une fois que je vous aurai tous plumés ! "
Spartan lève sa choppe de bière et trinque avec ses trois camarades :
Spartan - " J’aimerai voir ça tiens ! "

Dans un sofa au cuir véritable, tanné par un artisan du domaine, Misty, Astérion et Capella se détendent en observant le spectacle qui se déroule devant eux. Des danseuses et un jeune éphèbe se déhanchent sur le rythme sensuel des sons joués par les musiciens. Le malheureux a été affublé d’un costume de paon fait d’or. Celui-ci maquille seulement son dos de plumes dressés vers le ciel, comme lorsque l’animal fait la roue, laissant le reste de ses attributs nus. Les femmes, elles, ne portent qu’un léger voile transparent autour du bassin.
Tout en observant le beau garçon au regard de braise danser nu devant lui, le capitaine du Sanctuaire assure :
Misty - " Profitez bien de cette soirée mes amis. Ce sera la dernière avant longtemps. Notre nouveau Pope exige plus de rigueur et de discipline et nous nous devons de montrer l’exemple. "
Puis, d’un mouvement de la main, le chevalier exhorte le danseur à s’approcher de lui afin de le distraire davantage.

A la table derrière eux, Dante et Sirius parient tout ce qu’ils ont sur les duels au bras de fer que se livrent Algethi et Arachné. Tandis que quelques notables et sénateurs de la ville se vautrent dans la luxure et la gourmandise dans les couches prévues à cet effet en compagnie d’esclaves qu’ils ont fait venir.

D’autres encore préfèrent l’intimité d’une table d’amis pour dîner et s’amuser à bonne convenance comme le font Jamian et Hasu, accompagnés de quelques riches commerçant du domaine sacré.
L’ancienne amante d’Algol et de Shaka rie aux éclats en écoutant les périls hilarants du quotidien de Jamian.
Néanmoins, chaque fois que la Saint de bonze de la Couronne Australe reprend son souffle, elle ne peut s’empêcher d’avoir une attention toute particulière pour son ancien fiancé, le chevalier de Persée, attablé plus loin.


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

A une intersection, Mei jaillit devant une troupe de soldat :
Mei - " Bonsoir. "
Reconnaissant une armure de bronze, le caporal et ses neuf soldats se courbent aussitôt : « Bonsoir chevalier. »


Plus loin, Yulij en profite pour se glisser chez Saül.
Elle force facilement la porte d’entrée et découvre un immense atelier plongé dans la noirceur de la nuit.
A terre le sol couvert de paille est jonché de morceaux d’armures de soldats ébréchées, d’armes cassés, de boucliers percés ou fendus.
Le mur de gauche est agrémenté de trois larges fours, chacun accompagné à ses côtés de larges bassins en pierre.
Le mur de droite est pris de tout son long par un établi où les outils se mélangent aux pièces travaillées.
Depuis les poutres du plafond, sont suspendus des tenues de soldats mais aussi des armures de mercenaires comme celles que portent les hommes de Docrates.
Au fond, sur une grande estrade, sept urnes sont recouvertes par de vieilles bâches trouées.

Sous son masque de femme chevalier, Yulij sourit en devinant que c’est juste là-haut que sa Cloth se trouve.

Seulement, même avec la meilleure volonté du monde, elle ne peut y avancer sans faire le moindre bruit. Le sol est trop en chantier pour permettre d’être davantage discrète.

En dessous de l’estrade, assis face à un bureau  recouvert de crayons et de plans, à la lueur de son chandelier, le propriétaire des lieux remarque la présence intrusive de la jeune femme.
L’israélien bondit de sa chaise et dégaine une épée :
Saül - " Qui êtes-vous ? "
Yulij distingue peu à peu ses traits. Des cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu laissent glisser jusqu’à sa mâchoire d’épaisses pattes. Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire.
Il observe de ses petits yeux gris la jeune femme qui ment très mal :
Yulij - " Je... Euh… J’ai… Je suis… Le Grand Pope m’a sacrée Saint de bronze du Sextant tout à l’heure et j’ai obtenu le droit de venir chercher ma Cloth ici. "

Dehors, Mei tente de jouer la comédie :
Mei - " J’ai comme l’impression que notre Majesté le Grand Pope va pouvoir être fier de la nouvelle direction qu’il donne à son Sanctuaire. "
« En effet, le couvre feu est un succès. Et le recensement opéré chez les habitants est fructueux. Nos rangs vont très vite se renforcer. », confirme le caporal.
Une autre garnison passe à proximité de celle retenue par Mei. Néanmoins, à défaut d’être dirigé par un caporal, elle est menée par le second de Gigas, le commandant Phaéton.
Phaéton - " Bonsoir messieurs. Et bien, que se passe-t-il ? "
Le caporal incline la tête avec simplicité : « Nous discutions avec le chevalier… Le chevalier comment déjà ? »
Le japonais commence à ravaler sa salive. Il se tient au garde à vous devant son supérieur :
Mei - " Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. "
Le commandant s’indigne aussitôt :
Phaéton - " N’as-tu pas reçu ce matin un ordre de mission du Grand Pope te demandant de te rendre au Japon ? Que fais-tu encore ici ?! "


Dans l’atelier, Saül réfléchit quelques instants :
Saül - " Hum… L’armure du Sextant… Oui. Oui elle bien ici. "
Yulij commence à emprunter le raide escalier qui conduit à l’estrade lorsque Saül relève :
Saül - " Toutefois, le général Gigas est passé ici me commander une armure pour un de ses hommes. Il est étonnant qu’il ne m’ait pas informé de votre venue. "
Yulij - " C’est que… Euh… En fait il n’était pas présent lorsque le Grand Pope m’a… "
De l’autre côté du bureau, en attente dans la pénombre depuis que Saül a été interrompu, un homme se manifeste et coupe la parole à la menteuse. Il est habillé d’un maillot et pantalon jaune orangé. Ses cheveux sont couleur feu : « C’est tout de même étonnant. Moi qui suis le bras armé du général Gigas, je l’ai suivi toute la journée dans le palais du Grand Pope. Jamais je ne t’ai vu y venir. »
Yulij s’indigne :
Yulij - " Me traiterais-tu de menteuse ? "
L’homme tient dans ses mains un plan sur lequel travaille Saül et qui représente ce que sera bientôt l’armure du mystérieux homme de main de Gigas : « J’ai renoncé à mon nom pour me faire appeler Ennetsu Saint, le chevalier des flammes. Et oui, j’annonce sans peur que tu mens. »
Saül semble embarrassé par l’atmosphère hostile qui gagne son logis :
Saül - " S’il vous plait mademoiselle. Veuillez quitter ma demeure. "
Le mercenaire le rassure :
Ennetsu Saint - " Pas d’inquiétude Saül, je vais nous débarrasser d’elle en prenant soin de ne pas faire de votre atelier un brasier ardent. "
Il replie ses deux bras en arrière et concentre sa cosmo énergie pour faire jaillir deux jets de flammes qu’il dirige vers les fours éteins. Le foyer est si puissant que les flammes remontent jusqu’au sommet des cheminées et alertent aussitôt l’ensemble des troupes en faction d’Honkios.


A l’extérieur, les colonnes de flammes ont l’effet escompté par Ennetsu Saint.
Phaéton pointe aussitôt la direction de la maison de Saül de son doigt :
Phaéton - " Il doit se passer quelque chose de grave chez Saül allez-y. "
La première faction s’y rend, la seconde attend d’autres instructions :
Phaéton - " Saint de bronze, je te mets aux arrêts pour ne pas avoir exécuté ta mission et… "
Paniqué par la tournure tragique des événements, Mei ne laisse même pas finir le grec qu’il lui colle un violent croché du droit en plein visage.
Les soldats de Phaéton ainsi que ceux partis devant sont instantanément immobilisés par d’étranges filaments libérés par les doigts de Mei. Ceux-ci, semblables à des cheveux, se multiplient de façon exponentielle. Ils enserrent les gardes jusqu’à leur rompre les os :
Mei - " Lost Children ! "
Il se lance ensuite à la rencontre de Yulij.
Pendant ce temps, Phaéton se remet de ses émotions. Il ramasse sur le cadavre d’un soldat une corne pour souffler l’alerte.


En une fraction de seconde, Mei débarque chez Saül et découvre Yulij à terre dans la rue. La malheureuse a la peau légèrement brûlée et a des difficultés à se relever.
Bien qu’il essaie de l’aider, Mei est repoussé par la caractérielle chevalier :
Yulij - " Ça va aller, ne t’inquiète pas. Mon cosmos m’a en partie protégé de son arcane. "
Elle montre du doigt Ennetsu Saint pour signifier qu’il est à l’origine de l’échec de leur tentative.
Tout autour d’eux, des soldats arrivent par toutes les rues. Ils sont encerclés.
Mei grogne :
Mei - " La prochaine fois que tu as des plans aussi bons pour nous faire passer incognitos, tu te les gardes. "
Yulij - " Je t’aurai bien envoyé paître en temps ordinaire, mais je dois avouer que nous ne serons pas trop de deux pour nous sortir de ce mauvais pas. "
Mei - " Bon. Tu vas aller chercher l’armure chez Saül. Moi, je vais les retenir. Mais dépêche-toi, ma cosmo énergie risque de vite s’amoindrir. "
Yulij - " C’est de la folie, ils nous encerclent petit à petit par groupes de dix. "
Mei - " Dépêche-toi ! "
Le ton autoritaire de Mei secoue Yulij. Pour la première fois, elle se tait face au Saint qui fait preuve de caractère lui aussi.

Mei lève la main gauche vers le ciel et libère ses fils par centaines. Sa cosmo énergie accroît tout autour de lui :
Mei - " Lost Children ! "
Les liens s’élèvent vers les ciels et retombent au sol pour former un dôme tout autour de l’étable de Saül.
Quelques soldats essaient de pénétrer dans le dôme avant que celui-ci ne soit complètement clos. Néanmoins, ils se font transpercer par ces cheveux aussi fins que des aiguilles.
L’Ennetsu Saint, bloqué dans le dôme, lance un sourire défiant à Mei :
Ennetsu Saint - " Qu’espères-tu faire alors qu’il ne te reste qu’une main pour te défendre ? "
Mei - " T’attaquer avec celle qui reste ! "
Ennetsu Saint - " Pauvre idiot. Sais-tu ce que font des cheveux au contact du feu ? Ils brûlent ! Fire Screw ! "
Le mercenaire déploie ses Vrilles de Feu contre les parois du dôme qui s’enflamme et s’ébrèche.
Mei redouble d’effort pour consolider ses parois afin de les rendre plus résistantes aux flammes. Ses jambes commencent à trembler : « C’est un adversaire bien faible, mais je dois me contenter de nous isoler. Il faut que Yulij se dépêche. Je ne tiendrai plus longtemps. »


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le sanctuaire souterrain :

Sur l’îlot où se dresse le sanctuaire d’Arès, sur le parvis de son temple, le Dieu de la Guerre se dresse face à ses sujets tous admiratifs des exploits de Vasiliás.
Vêtus d’orange et protégés par des cuirasses rouges, les soldats s’agenouillent face à leur dieu. Tromos et Atychia se positionnent à ses côtés.
Céleste, les yeux rouges et le visage frappé d’une inquiétante sévérité, celui qui s’est réincarné depuis trente cinq ans n’a plus la même apparence que lorsque Ksénia est venue à lui la première fois l’année dernière.

A cette époque, il avait perdu de sa bestialité. Résolu à ne rester que la risée des olympiens après sa nouvelle défaite en 1979 contre les athéniens.
Cependant, le travail réalisé par Vasiliás et les espoirs entretenus par Ksénia de gagner une place dans l’Olympe ont ravivé la fougue de cette entité sanguinaire.

La divinité dans sa toge blanche qui recouvre son robuste torse nu et son pantalon couleur sang fait la lumière sur la disparition de Vasiliás après qu’il ait déclaré : « Il ne peut être qu’aux portes du Meikai ! »

Sa voix roque et son ton hautain font frissonner les adeptes du Berserker de la Royauté :
Arès - " Votre Roi a utilisé une technique ancestrale. Si elle est innée chez les dieux, elle reste à apprendre pour les hommes. Il s’agit de l’Aionia Anagennisi. En d’autres termes, l’Arayashiki. Le huitième sens. Il peut ainsi se déplacer dans le royaume des morts corps et âme sans craindre l’emprise d’Hadès. "


Comme s’il veut donner raison à Arès, Vasiliás réapparaît de nouveaux après dans une série d’éclair.
Près de deux cent hommes réunis ici s’écartent pour le laisser passer jusqu’à Arès.
Sa marche est solennelle, son regard déterminé.
Son charisme rayonne auprès de ses hommes au point d’éclipser à leurs yeux le maître des lieux. Hormis quelques fidèles à la bestialité d’Arès, la majorité des hommes a été recrutée par Vasiliás et formatée à son état d’esprit. Ils le suivront dans la tombe quand il le faudra.

L’américain s’incline devant Arès et assure :
Vasiliás - " L’heure de récupérer votre armure est proche. J’ai pu découvrir le raccourci guidant directement au c½ur du Meikai. "
Arès - " Parfait Berserker de la Royauté. Quand tu auras récupéré cette armure, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire et tu pourras devenir le Roi de cette planète après m’avoir offert un véritable carnage contre nos ennemis. "
Puis, il s’en retourne dans son temple avec un sourire perfide : « Oui… Un Roi qui sera le pantin du Dieu de l’Olympe que je serai alors. Je me ferai un plaisir de réduire à néant l’humanité au nom des olympiens pour obtenir ce statut que je mérite tant. La planète bleue ne sera bientôt plus qu’un océan de sang. »

Vasiliás, lui, regarde la divinité s’enfoncer dans l’obscurité de l’Aréopage. Les poings serrés il décrète : « Une fois que je me serai emparé du Sanctuaire, j’y trouverais le moyen de te sceller. Jamais je ne te laisserai faillir à ta parole. La Terre est mienne et j’y ferai prospérer l’amour, l’égalité et la paix pour les hommes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :

Dans la demeure de Misty, la musique et les rires ne permettent pas aux convives de s’inquiéter des événements extérieurs.
Fauché après la victoire surprise de Dio à leur partie de cartes, Algol confesse à Spartan :
Algol - " Le pire, c’est qu’il ne sait même pas bluffer ! "
Spartan - " Finalement j’aurai peut-être dû utiliser ma télékinésie. "
Mozes, tout près, tend un verre de vin au mercenaire :
Mozes - " Tiens ! Bois un coup, ça t’évitera de te moquer de moi ! "
Spartan accepte volontiers tandis qu’Algol prend congé des siens :
Algol - " Pour ma part je vais saluer Misty et le remercier pour cette soirée, puis je rentre retrouver Hevelius. Amusez-vous bien. "

Dehors, une jeune femme vêtue d’une longue robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche attend le Saint de Persée.
Algol reconnaît rapidement Hasu aux quelques mèches de ses longs cheveux châtains qui tombent sur ses épaules et sur son masque.
Hasu - " Algol. "
Déçu par le comportement inhabituel qu’elle a pu avoir ces dernières semaines, Algol préfère garder ses distances :
Algol - " Oui Saint de bronze de la Couronne Australe. "
Hasu - " Algol je t’en prie, tout sauf ça. Ne me traite pas comme s’il ne s’était jamais rien passé entre nous. "
Algol - " Je n’oublie rien. Je n’oublie pas non plus que je t’ai retrouvé nue chez moi après avoir passée ma compagne à tabac. "
Hasu - " Je suis désolée pour Hevelius et ai déjà eu l’occasion de m’excuser auprès d’elle à notre camp de femme chevalier. Et pour le reste, j’ai très mal vécu que tu m’effaces de ta vie. "
Algol - " Tout comme j’ai souffert lorsque tu m’as jeté pour Shaka ! "
Hasu - " J’en suis consciente aujourd’hui. Mais tu vois, moi non plus je n’oublie rien. Pas même ses longs moments passés à t’embrasser pendant que tu caressais ma peau. "
Algol commence à reculer comme pour éviter une quelconque tentative de la grecque :
Algol - " Non. Non il faut passer à autre chose. "
Hasu - " Peux-tu passer outre ces longs moments de plaisirs que nous vivions l’un contre l’autre ? "

Algol grimace comme pour retenir son envie de se jeter contre la jeune femme.
Comme s’il balaie l’air avec sa main, il lui tourne le dos et s’engage en direction des villages du nord d’où il vient.

Seule, Hasu va se poser contre le flanc de la maison pour souffler de dépit. Elle retire son masque de femme chevalier. Ses grands yeux bleus semblent se résoudre à la perte définitive d’Algol.
Lorsque brusquement, surgit devant elle son être aimé. Algol, revenu sur ses pas, l’enserre par la taille et lui prend les lèvres pour échanger un langoureux baiser.
D’abord surprise, Hasu recule sa tête pour scruter les pupilles du saoudien. Puis, ses paupières se ferment et elle enlace à son tour Algol par le cou pour poursuivre leur échange suave…


En Grèce, au Sanctuaire, à Dignity Hill :

Dans l’obscurité la plus totale, à l’abri des torches des gardes en faction, Nicol et Dabih se faufilent dans les bois.

Très vite, ils arrivent sans encombres devant le jardin empoisonné d’Aphrodite :
Nicol - " Fichtre ! La Cloth est de nouveau envahie par les ronces et les roses. "
Dabih - " N’était-ce pas déjà le cas ? "
Nicol - " Lors d’un arcane, en concentrant ma cosmo énergie à son paroxysme, j’étais parvenu à faire mourir cette nature sauvage. Seulement, le cosmos d’un Saint d’or prouve encore une fois leur supériorité. "
Dabih - " Dans ce cas, utilisez donc la même technique de nouveau ! "
Nicol - " Nous sommes parvenus jusqu’ici sans nous faire repérer alors que la sécurité ici a été renforcée. Je ne veux pas que ça change. "
Dabih - " Qu’allons nous faire alors ? Vous n’allez pas vous jeter là-dedans, les ronces vous tueront les fleurs sont empoisonnées. Rien que le parfum qu’elles libèrent me donne déjà mal à la tête. "
Nicol - " Tu vas te contenter de faire le guet. Je n’ai pas d’autre choix que de traverser ce jardin jusqu’à l’amas de ronces pour gagner cette armure. "

Dabih obéit en allant se positionner dans un arbre pour surveiller les lieux.

Nicol entame son périple. Au premier pas dans la verdure luxuriante, des effluves se libèrent des pétales de roses. Le parfum mortel imprègne l’oxygène qu’inhale le jeune grec et s’infiltre par les pores de sa peau.
Cependant, il affiche une mine rassurée : « Parfait, le sang d’Aphrodite a été parfaitement assimilé. Je ne ressens aucun effet. »
Il poursuit son chemin de plus en plus épineux. Les tiges des ronces deviennent plus épaisses à mesure qu’il avance et les épines pénètrent sa peau. Même si les piqûres toxiques sont sans effet, sa chair souffre des lacérations et des empalements des dards acérés.
De plus en plus hautes, les ronces défigurent l’élève d’Arlès, lui taillent le cou, transpercent ses cuisses et ses mains, fouettent son dos, déchirent ses vêtements et lui arrachent la chair de son torse pour laisser son corps à vif.

Dabih tourne les yeux devant un spectacle aussi horrible. Il n’arrive plus à regarder le courage de cet homme qui, à quelques pas du succès, n’a pas émis la moindre plainte malgré la douleur inimaginable. Il est pris d’admiration pour celui qui avance ensanglanté, le regard déterminé et la mâchoire contractée.

Nicol y est. Il s’effondre contre le tas d’épines qui recouvre l’urne de son dû. Sa main traverse une dernière fois cet enfer végétal pour lui permettre de caresser la Pandora Box.
Les yeux fermés, méconnaissable, il sourit et pleure à la fois dès qu’il entre en contact avec le métal froid.
Immédiatement l’urne touchée, un son provenant de l’intérieur retentit.
Nicol murmure :
Nicol - " Après des années de sommeil, te voici libérée. Je t’ai admiré tant d’années sur les épaules de mon maître et t’ai rêvé tant de nuits depuis sa disparition… Je t’en prie, viens à mon secours et reconnais moi comme étant celui qui t’aidera à rétablir la vérité. Car je suis… Nicol Saint d’argent de l’Autel ! "
L’urne s’ouvre en déchirant la verdure qui la retenait prisonnière. Une lueur s’en dégage et vient baigner Nicol pour soulager sa douleur :
Nicol - " Ce cosmos… C’est celui de mon maître… "
La voix calme et douce d’Arlès résonne dans l’esprit de son disciple : « Nicol, je te lègue cette armure. Protège Athéna, combats pour la justice. Je n’ai toujours vu que toi comme étant digne de prendre ma relève. Je t’aime comme un père pourrait aimer un fils. Adieu Nicol. »
Rétabli par les dernières forces de ce père adoptif, Nicol est chargé de chagrin :
Nicol - " Il portait son armure au moment de sa mort. Ses dernières forces m’étaient destinées. Il y a laissé son cosmos pour me délivrer ce message. Merci mon maître, mon père. "

Dabih essaie de contenir sa voix en alertant Nicol :
Dabih - " Félicitations. Néanmoins, la lueur dégagée par l’ouverture de votre urne rameute les troupes en faction des environs. Je vois différents mouvements de torches venir jusqu’ici. "
Nicol - " Bien. Nous n’avons plus rien à faire ici. Allons directement au point de rendez-vous prévu. J’espère que tout va bien pour Yulij. "
Dabih, descendu de l’arbre, rajoute :
Dabih - " Ainsi que pour Maître Mei ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :

Un garde court à en perdre haleine. Il est tellement préoccupé qu’il passe à proximité d’Algol et Hasu, étendus nus, endormis, l’un contre l’autre, dans quelques ballots de paille derrière la demeure de Misty, sans même les remarquer.

Sa course extirpe le Saint d’argent de son sommeil.

Le soldat pénètre à toute allure dans la maison, interrompant les musiciens et immobilisant ainsi l’ensemble des hôtes du capitaine.
Essoufflé, il délivre son message : « Le… commandant Phaéton… m’envoie chercher… le plus… de renfort possible… Mei… Saint de bronze de la Chevelure Bérénice… N’a pas exécuté un ordre du Pope… De plus une intrusion a eu lieu à Dignity Hill… Les responsables sont en fuite… On les a vu s’enfuir vers l’est… »

Algol qui débarque sur le perron est pris d’assaut par Misty, le capitaine du Sanctuaire :
Misty - " Algol ! Le secteur nord du domaine est sous ta juridiction. Et plus particulièrement Dignity Hill après les récents événements qui ont eu lieu là-bas ! Comment est-ce possible qu’une intrusion a pu avoir lieu ? "
Algol essaie de répondre mais à peine a-t-il la bouche ouverte, que le lieutenant est remis à sa place :
Misty - " Retourne de ce pas voir ce qui s’est passé là-bas ! "
Le Saint de Persée s’exécute après avoir laissé s’échapper dans les yeux d’Hasu un regard coupable.
Misty poursuit son courroux :
Misty - " Dio ! Sirius ! Algethi ! Vous êtes les lieutenants du secteur est, j’espère pour vous que ces déserteurs ne réussiront pas à fuir. "
Sirius balance sa coupe de vin et assure :
Sirius - " Nous, le trio argenté, allons de ce pas nous en assurer. "
Le Saint du Grand Chien et ses deux amis quittent illico les lieux.

Navré de devoir achevé cette soirée, Misty déclare :
Misty - " Tout le monde dehors, en tant que capitaine je dois me rendre sur les lieux. Mes esclaves vont s’occuper de ranger tout ça. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

Sous le dôme en proie aux flammes, Mei peine à maintenir sa bulle protectrice. Ennetsu Saint s’amuse à épuiser le japonais en le regardant combler les brèches que le feu produit.


A l’intérieur de chez Saül, Yulij avance avec insistance en direction de l’estrade.
Tremblant, le forgeron grimpe sur l’estrade et retire les bâches qui recouvrent les Pandora Box. L’une d’elle est disposée seule, à distance des autres. Il s’y précipite :
Saül - " Pas un pas de plus ! Sans quoi j’ouvrirai l’urne de mon armure et je vous éliminerai sans état d’âme. "
Yulij reconnaît sur les gravures de l’urne qu’il s’agit de la Cloth de bronze de l’Atelier du Sculpteur.
Néanmoins, elle n’en démords pas :
Yulij - " Vous ne me croyez certainement pas, mais ce qui se passe est grave. Le nouveau Grand Pope est un usurpateur et… "
L’israélien passe sa main sur son front dégoulinant de sueur. Il est tremblant :
Saül - " Je m’en moque. J’ai toujours accompli mon travail sans que… "

Soudain, une voix de femme les interrompt : « Toujours aussi sûr de toi Saül ! »
Le timbre est doux et mélancolique. Presque rassurant malgré les circonstances.
La jeune femme sort de l’ombre du fond de la pièce, derrière la porte d’entrée.
Son visage est dissimulé par un masque. Seuls ses cheveux verts coiffés de deux longues nattes et sa Cloth permettent à Saül de la reconnaître :
Saül - " Ca alors ! Tu es Médée. L’épouse et assistante de Mû de Jamir. "
Médée - " Et Saint de bronze du Burin du Graveur. "
Affichant une grande prestance dans sa Cloth bleutée, protégée par des épaulettes ovales et un plastron qui met sa poitrine en valeur, celle qui a été blessée par Fyodor explique la raison de sa présence ici :
Médée - " Cette jeune fille dit vrai. Cela fait des années que mon mari émet des doutes quand à la véritable identité du Pope. J’ai très bien connu Arlès puisqu’il est originaire de Jamir comme Mû et moi. Or, quand je suis venu à lui, je n’ai pas eu besoin de dialoguer à propos des soupçons de mon époux, Arlès ne m’a pas reconnu alors que je m’étais présentée. J’ai donc compris qu’il y avait un problème. Je suis donc venue voir la seule personne que je connais vraiment au Sanctuaire après toutes ces années à être restée à Jamir, toi. Je suis arrivée avant que le Saint de la Chevelure de Bérénice nous bloque ici. "
Médée fait le tour de l’atelier en observant les travaux de son ami :
Médée - " Tu fais de l’excellent travail. Dommage qu’il te manque les instruments et le savoir des muviens, sans quoi tu serais un expert du niveau de Mû. Tes connaissances et tes ½uvres pourraient être utile pour la paix si tu venais avec nous. "
A cela, Yulij comprend que Médée souhaite faire partie de ses alliés.
Saül, lui, abandonne l’idée de revêtir sa Cloth :
Saül - " Non, je serai plus une gêne pour vous. Je n’ai en réalité plus endossé mon armure depuis le jour où j’ai été fait Saint il y a plus de trente ans. J’ai préféré me concentrer sur mon art, loin des champs de bataille et des différents partis à suivre. Je travaille pour Athéna, pour le Sanctuaire et donc pour le Grand Pope. Je ne veux pas me mêler d’une guerre où je n’ai pas ma place. Et rien ne me prouve la culpabilité du Grand Pope. Je ne veux pas prendre de risque à être du clan de ceux qui se trompent et fomentent un coup d’état… "
Il se saisit de l’urne du Sextant et la balance du haut de l’estrade :
Saül - " Néanmoins, en respect pour notre amitié, je te laisse l’armure que réclame cette jeune femme. Si vous êtes du côté de la justice, alors je ne veux pas vous entraver. Par contre, si vous vous trompez, cette armure ne vous sera d’aucune utilité. "
Aussitôt aux pieds de Yulij, l’armure jaillit et l’habille. De couleur rouge, ses épaulettes descendent jusqu’à sa poitrine. Ses avant-bras et ses jambes, jusqu’au cuisses, sont bardés.
Médée vient poser sa main sur l’épaule de sa nouvelle partenaire :
Médée - " L’armure t’a reconnue comme étant chevalier. Toutes mes félicitations. "
Yulij - " Maintenant il nous faut retrouver Mei. "
Médée - " Il est dehors et doit avoir besoin de nous. "

Yulij, d’un hochement de tête, remercie Saül et se précipite dehors. Médée imite la jeune femme et la suit.
Seul, Saül regarde son armure avec honte.
Il sort de sous les draps au fond de l’estrade, parmi plusieurs autres vides, une bouteille d’alcool anisé et s’en verse un verre :
Saül - " Ah ma vieille amie… Je crois que je vais avoir besoin de toi pour oublier ma lâcheté une fois de plus. "


Sous le dôme enflammé, Mei est à genoux. Son bras gauche essaie péniblement de combler les sinistres tandis que son bras droit crée devant lui un bouclier de filaments contre les flammes d’Ennetsu Saint.

Quelques soldats parviennent à s’engouffrer dans les percées du dôme et se jettent en direction du chevalier de bronze totalement à leur merci.
Heureusement, Yulij bondit devant eux et leur barre la route grâce à son arcane semblable à des météores :
Yulij - " Falling Stars ! "
Médée, en pleine course, détache de la ceinture de sa Cloth un marteau et un burin en or.
Elle s’interpose devant les flammes et frappe du marteau contre le burin tendu en direction d’Ennetsu Saint :
Médée - " Gammanium Destroyer ! "
Des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths, jaillissent des outils.
L’incandescence des flammes semble pourtant avoir raison de la quasi-totalité du Gammanium Destructeur :
Ennetsu Saint - " Cela a peut-être annihilé cette vague de feu, mais c’est inutile. J’ai encore beaucoup d’énergie à… "
Le mercenaire s’écroule au sol pris d’une terrible douleur à l’estomac : « Un coup, un seul de ses coups est parvenu à m’atteindre. Il a suffit à m’envoyer au tapis. »

Yulij et Médée en profitent pour relever Mei. Médée demande à la jeune femme :
Médée - " Et maintenant ? Vous avez prévu un plan ? "
Yulij - " Deux amis doivent nous attendre à la zone est du domaine. Nous devons fuir du Sanctuaire. "
Mei remarque de plus en plus d’intrusions à mesure que son Lost Children se désagrège :
Mei - " Ne perdons pas de temps avant que les renforts arrivent. "
Yulij laisse Médée prendre de l’avance avec Mei, tandis qu’elle frappe une dernière fois le maximum de gardes :
Yulij - " Falling Stars ! "

Le trio disparaît dans la nuit sous le regard impuissant d’Ennetsu Saint. Yulij fraye un passage à ses amis, ne laissant aux gardes que leur souffle pour alerter leurs alliés du chemin emprunté par les rebelles.


A vive allure, Médée et Yulij maintiennent Mei. Ils gagnent l’est du domaine en traversant les forêts et en repoussant la milice.

Mei - " Ça ne devrait plus être long. Dabih et Nicol doivent nous attendre ici. "
Médée - " Et après ? "
Mei - " Après nous quitterons incognito la Grèce. Au Japon, un groupe de Saints se rebelle également contre le San… "

Inopinément, un tonnerre de griffes leur barre la route.
Yulij et Médée posent à terre Mei et se positionnent devant lui pour le protéger de la femme chevalier responsable de cette attaque.
Celle-ci, vêtue d’un pantalon vert et d’une armure violette, ordonne : « Halte ! Je suis Shaina Saint d’argent d’Ophiuchus. Vous êtes sous le coup d’une arrestation pour rébellion contre le domaine sacré. »
Yulij ne veut pas perdre de temps et se jette contre la Saint d’argent : « Falling Stars ! »
La Chute d’étoiles ne touche pas une seule fois Shaina qui vient au contact : « Thunder Claw ! »
Les Griffes du Tonnerre taillent la chair de Yulij là où sa Cloth ne la protège pas.

Médée s’élance à son tour mais elle n’a même pas le temps de sortir ses armes pour déclencher son arcane que déjà le poing de Shaina la heurte au visage. Déstabilisée, Médée essaie de lancer un coup de pied vrillé en retombant vers le sol, mais Shaina lui attrape la jambe et la fait tournoyer au-dessus d’elle pour la balancer contre un arbre.

Très vite, des soldats arrivent. Mei puise dans ses réserves pour les repousser au corps à corps.
Médée et Yulij le rejoignent :
Médée - " Il va falloir se dépêcher. D’autres vont arriver. "
Mei - " Avant cela, il va falloir qu’on réussisse à vaincre Shaina. "
Shaina - " Très bien, je vais vous montrer le faussé qui sépare un Saint de bronze d'un Saint d’argent. "


Au loin, à proximité des remparts, cachés dans un faussé, témoins des rassemblements de gardes aux murailles, Dabih et Nicol s’inquiètent :
Dabih - " Que font-ils ? "
Nicol - " Ils sont proches, je sens leur cosmos en alerte tout près d’ici. "
Dabih - " Allons les aider. "
Nicol - " Hors de question. Rappelle-toi notre plan. Si aux douze coups de minuit un des deux groupes venait à ne pas pouvoir être là, l’autre doit quitter le Sanctuaire sans se poser de question. "
Dabih - " Jamais je ne partirai sans Maître Mei ! "
Nicol - " Si nous sortons d’ici nous serons repérés. Il y a trop de gardes. Si nous indiquons notre position maintenant, ils auront le temps d’ameuter des renforts pendant que nous attendrons les autres. Au final, il nous sera impossible à tous de fuir. Alors reste là et fait leur confiance. "


Mei propose un plan :
Mei - " Je vais l’attaquer de front. "
Yulij - " C’est trop risqué. Tu t’es déjà suffisamment sacrifié pour aujourd’hui. "
Mei - " Nous n’avons pas d’autres choix. Elle est beaucoup plus rapide que nous. J’ai suivi les entraînements d’un Saint d’or et ai quelques connaissances de ce qu’est le septième sens. Même si je ne peux que m’en approcher, je réussirai peut-être éviter certains de ces coups. Je vais me battre au corps à corps en tournant autour d’elle pour la rendre prisonnière de mes liens. Pendant ce temps, concentrez tout ce qu’il vous reste pour lui porter un coup fatal. Vous frapperez quand je vous le dirai. Frappez sans hésiter, peu importe où je me trouverai à ce moment. "
Yulij ne répond pas, elle veut protester mais Médée, plus mature, répond pour elle : « Très bien. »

Mei libère déjà quelques filaments en se précipitant contre Shaina : « Lost Children ! »
Shaina - " Thunder Claw ! "
Les Griffes du Tonnerre tranchent les premiers filaments, sans pour autant empêcher les nouveaux de se développer pendant que Mei tourne autour d’elle.
Tout en tournoyant sur elle-même, Shaina décoche une droite, il l’encaisse. Une seconde, il l’esquive. Une gauche, il la pare. Une droite, il l’esquive. Une gauche, il l’évite à nouveau. Il se prend même le luxe de lui renvoyer un uppercut au menton.
Ses mouvements sont de plus en plus fluides. De mieux en mieux organisés. Petit à petit, il met Shaina en difficulté. Jusqu’à ce que ses jambes fatiguent après les efforts précédents.
Shaina le remarque et, après avoir tapé plusieurs fois dans le vent, elle effectue un coup de pied chassé dans les jambes de Mei qui s’écroule contre elle. Le voyant tomber de tout son poids sur elle, Shaina l’accueille d’un uppercut si violent qu’il est projeté en l’air. Il en profite alors pour tirer son bras et l’ensemble de ses liens : « Lost Children ! »
Tout le cosmos de Mei, concentré jusqu’ici et poussé à paroxysme, se déverse dans ses fils et foudroie Shaina.
Avant de s’effondrer, Mei hurle : « Maintenant ! »
Yulij et Médée, de concert :
Yulij - " Falling Stars ! "
Médée - " Gammanium Destroyer ! "
L’italienne reçoit deux fois l’équivalent d’une centaine de coups frappés à la vitesse du son sans qu’elle puisse les éviter.
Renvoyée quelques mètres d’ici, elle s’échoue inconsciente.

Les femmes récupèrent Mei :
Yulij - " Quelle puissance ! C’était prodigieux. "
Médée - " J’ai déjà vu ce qu’est l’ultime cosmos. Tu t’en approchais petit à petit. "
Mei, à bout de force, à peine conscient, déclare péniblement : « Je vous en prie, sortez moi d’ici. »
Elles obéissent et le prennent à bras sans perdre plus de temps.


Le trio s’approche peu à peu de Nicol et Dabih qui les distinguent : « Reste caché Dabih. Je vais me débarrasser des gardes qu’il y a ici afin de leur ouvrir la voie. Ne sors sous aucun prétexte. »
Aussitôt, Nicol jaillit sur les remparts et élimine au corps à corps la quinzaine de gardes positionnés là.
Voyant que d’autres arrivent sur les flancs tout en soufflant dans leurs cors l’alerte, il se précipite sur les manivelles afin d’ouvrir la grande porte.
A cet instant, Médée, Mei et Yulij arrivent sous les tirs de flèches des soldats embusqués dans la forêt.

Ralentis, les trois Saints de bronze se voient de plus barrer la route par le trio argenté qui débarque.
Sirius cogne un uppercut dans l’estomac de Yulij pendant que Dio chasse les jambes de Médée avec les siennes. Secouées, les femmes lâchent à terre Mei, à la merci d’Algethi qui lève le pied en l’air pour lui écraser la tête.
Une fois le pied rabattu des os rompent sous le poids du colosse africain.
Mei sent des kilos lui presser le crâne. Seulement, il ne s’agit pas d’Algethi.
A la surprise de tout, Dabih est venu se jeter par-dessus son ami pour le protéger. C’est son dos qui a encaissé le choc.
Le marocain vomi du sang alors qu’il est immobilisé, la colonne vertébrale broyée.

Sous l’effet de l’émotion, Mei, inquiet pour le quarantenaire, fronce ses sourcils et charge son poing de toute sa fureur :
Mei - " Dabih ! Non ! "
Il cogne si fort le Saint d’argent à la poitrine que le plastron s’effrite, alors que son poignet se brise sous le choc.

Trop faible pour venir au secours des femmes, Mei se croit abandonné au triste sort que lui réservent Dio et Sirius mais ceux-ci sont aussi surpris que Mei lorsqu’ils sont projetés en arrière par un flash lumineux :
Nicol - " Shi no Scan ! "

Le Saint d’argent de l’Autel ramasse les femmes alors que Mei essaie de redresser Dabih sans le faire souffrir davantage.
Nicol - " Le Scanner de la Mort crée un flash lumineux qui absorbe la vie. Ces deux chevaliers vont se sentir affaiblis un certain laps de temps mais le colosse que tu viens de repousser et les soldats qui débarquent de tous les côtés ne vont pas tarder à nous poser davantage de problèmes. Il faut y aller, la sortie du Sanctuaire est juste devant nous. "
Mei - " Il est hors de question que j’abandonne Dabih ici. "
Nicol - " Il a été littéralement pulvérisé. Ses os sont en morceaux et ses organes comprimés. Il faut te faire une raison. Il t’a sauvé la vie, fais en sorte que ça ne soit pas inutile. "
Dabih ajoute difficilement : «  I… Il a raison Maître… »
Mei pleure alors que Nicol et Médée avancent vers la sortie. Yulij les suit, des larmes coulent sous son masque.
Dabih - " Allez-y Maître… Rattrapez-les. "
Mei commence à briser quelques flèches qui tombent dans leur direction. Les soldats approchent. Cependant, il est résolu : «  Pas sans toi. »
Dabih - " Maître… J’ai été esclave. Je suis fils d’esclave. Le père de mon père l’était aussi. Et ainsi de suite depuis la nuit des temps. Après avoir été affranchi par un homme aussi bon que vous, j’aimerai vraiment pouvoir vous dire, comme tout homme libre, laissez-moi. Laissez-moi mourir comme je l’ai choisi. "
Mei voit ses compagnons franchir la muraille alors que les ennemis approchent. Algethi commence à se relever. Il est tiraillé par la décision qu’il doit prendre : «  Da… Dabih. Je ne veux pas. »
Dabih - " Maître… "
Mei - " Non ! Mei ! Plus de Maître. "
Dabih - " D’accord… Mei. Partez à présent. "
Une flèche tombe juste aux pieds de Dabih. Mei se relève et passe le bras devant ses yeux :
Mei - " Merci Dabih. "
Dabih - " Non. Merci à vous Mei. "
Mei s’éloigne à toute vitesse pour ne pas tomber en sanglot devant son ami.

Il regagne très vite Yulij qui l’attend de l’autre côté du mur tandis que Médée et Nicol entament déjà la traversée des montagnes.

Dabih, le regard déjà flou, entend les douze coups de minuit du clocher du village voisin retentir, accompagné du sifflement de plusieurs flèches qui tombent dans sa direction.
Il sourit et pousse un dernier soupir avance d’être transpercé de part en part :
Dabih - " Grâce à vous je suis né comme un esclave et aujourd’hui je meurs comme un homme. Merci et adieu Maître Mei. "



Le 5 octobre 1985 s’achevait avec la mort de Dabih. Si l’ancien esclave découvrait le royaume d’Hadès, Vasiliás, lui, apprenait à s’y rendre sans y perdre sa volonté d’homme.
Le 6 octobre commençait au Japon par l’enlèvement de Saori par Docrates tandis qu’il signifiait la liberté pour Médée, Mei, Nicol et Yulij.
Maintenant qu’ils quittaient le Sanctuaire, une nouvelle aventure commençait…

15
Only for Love / Chapitre 49 - Rien ne sera jamais plus pareil
« on: 24 December 2013 à 10h56 »
Les précédents chapitres de mon recueil, regroupaient les dramatiques événements qui n’avaient jamais été portés à votre connaissance.
Une page se tournait le 5 octobre 1986. En effet, la victoire de Seiya et les siens contre Ikki et l’arrivée de Docrates au Japon, officialisaient la guérilla menée par le Grand Pope contre la Fondation Graad, avec les conséquences que vous connaissez.
Seulement, dans l’ombre, de nouvelles quêtes se tramaient. Rhadamanthe et Myu étaient enfin arrivés en Allemagne avec Reife et Reinheit, tandis que Mei élucidait bien des mystères.



Chapitre 49 - Rien ne sera jamais plus pareil

En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

5 octobre 1986.
Dans sa triste demeure située dans la contrée de l’est du domaine sacré, Mei est attablé.
Plusieurs rouleaux de papyrus sont déballés sur le meuble qu’il ne quitte plus depuis son arrivée.

La présence de Dabih à ses côtés offre à la maisonnette un accueil plus chaleureux. Les livres, les parchemins et tout autre objet disséminé sauvagement au sol à leur arrivée sont maintenant classés en rang sur les étagères que le serviteur a confectionné.
Le mobilier est propre et les divers trous dans la toiture ont été comblés.

Les gargouillis de son ventre sortent Mei de ses décryptages :
Mei - " Alors Dabih ! Qu’attends-tu pour rentrer ? Avec tous les bibelots inutiles que nous avions ici et que je t’ai envoyé vendre, tu devrais pouvoir nous ramener facilement de quoi nous nourrir pour la semaine ! "
Seulement, un son lourd et gras lui répond.
Cette percussion retentit à de multiples reprises, forçant le japonais à sortir de sa demeure chercher une explication à un tel grondement.
Dehors, devant un temple d’Athéna comme il y en a partout disposé dans le Sanctuaire, il reconnaît un énorme disque de métal maintenu en l’air par deux cordes reliées à un rondin de bois.
La rouille corrodant la cymbale permet à Mei de confirmer sa pensée : « Elle n’a pas dû servir depuis de nombreuses années. »
L’homme qui tape contre avec un énorme gourdin au bout lassé de cuir épais, est vêtu d’une longue toge blanche que portent tous les prêtres que Mei a rencontrés depuis son arrivée.

Dans les rues du village, habituellement désertique, tous les villageois se montrent, s’exposant aux yeux des autres malgré le danger et le banditisme.
Mei est décontenancé. Contrairement aux autres fois, personne n’a de mauvaise pensée. Aucune provocation n’est faite. Certains pleurent même.
En tendant l’oreille, le chevalier distingue même qu’au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, dans les villages voisins, les cymbales agressives et puissantes vibrent.

Enfin, il aperçoit au loin Dabih revenir avec un chariot de victuailles.
Il court le questionner :
Mei - " Dabih, quel est tout ce vacarme ? "
Le visage du sexagénaire est violacé de larmes :
Dabih - " Le Grand Pope est mort. "
Mei - " Comment ?! "
Dabih - " J’étais au marché de la place principale d’Honkios quand les premières cymbales ont sonné. Des crieurs se sont précipités devant les temples, pour annoncer que l’âge avait emporté le Grand Pope dans la nuit. N’ayant eu le temps de nommer un successeur, c’est son frère Arlès, qui le secondait déjà, qui a été nommé à sa place. Ce dernier a déjà pris des mesures. Il souhaite reconstituer une armée digne après les nombreuses pertes de ces dernières années. Chaque enfant, homme ou femme, en âge de rentrer dans les rangs est réquisitionné. Les faibles et les déserteurs seront torturés puis tués. "
Mei - " C’est impossible. Arlès ne peut devenir Pope. "
Dabih - " Effectivement. Normalement c’est un Saint d’or qui doit succéder au Pope. Mais cela fait des années qu’Arlès travaille en compagnie de son frère. Les Saints d’or sont trop jeunes et inexpérimentés pour assurer une telle fonction. Il est donc le plus légitime au trône. Et il va s’en dire qu’une telle annonce n’aurait pu être faite sans l’aval d’Athéna. "
Mei - " Ce n’est pas ça que je veux te dire. "
N’arrivant pas à se faire entendre l’un l’autre avec le vacarme environnant, Mei tire le marocain à l’intérieur de leur maison où ils s’enferment. Mei pointe du doigt plusieurs documents :
Mei - " Voici des notes. Des notes de Nicol et Yulij, les deux personnes qui vivaient ici. Ils ont bien été trois à une époque mais il n’a jamais s’agit de la femme qu’on a retrouvé morte et qui avait un quelconque lien avec Deathmask du Cancer et Aphrodite des Poissons. La troisième personne était Arlès Saint d’argent de l’Autel… "
Il sort des étagères d’autres documents qu’il expose à Dabih :
Mei - " … Ces cahiers, sont des exercices scolaires. Ils sont tous datés et tous les énoncés sont signés par Arlès. Les premières mentions de l’absence d’Arlès ont été rédigées par Nicol et Yulij. Elles datent de septembre 1973, soit treize ans. Pourtant, bien avant cela, quand Arlès venait ici enseigner à ses apprentis, il officiait déjà auprès de son frère le Grand Pope. Ce n’est donc pas sa mission qui l’a empêché de poursuivre l’apprentissage de ses élèves. Nicol et Yulij recueillent au fil des années qu’ils soupçonnent une machination autour du Grand Pope. D’éléments en éléments, d’indices en indices exposés ici, leur théorie prend tout son sens lorsqu’ils annoncent avoir retrouvés l’armure de leur professeur à Dignity Hill. Le sanctuaire abandonné et interdit d’Abel était gardé par le Saint d’or des Poissons. Ce dernier écris datent du 10 septembre de cette année. Soit la veille de leur emprisonnement. "
Dabih, tout tremblant après une telle annonce, tend sa main derrière lui à la recherche d’un siège pour se poser et réussir à encaisser tout ceci.
Mei sourit en lui tendant une chope remplit d’eau :
Mei - " Moi aussi j’ai eu du mal à reprendre mes esprits à mesure où tout s’éclaircissait. Au final, cette fille retrouvée morte à Dignity Hill devait être une proche d’Aphrodite. Le Grand Pope a certainement voulu faire taire la vérité, en annonçant qu’elle était complice de Nicol et Yulij considérés dès lors comme renégats. "
Dabih - " Et maintenant Maître, qu’allons-nous faire ? "
Mei pose ses mains sur les genoux de son vieil esclave et approche son visage du sien, plein de fougue :
Mei - " Nous allons faire éclater la vérité. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

Le propriétaire des lieux sort de ses thermes. L’eau ruisselle sur son corps d’athlète et embellit davantage ce corps qu’il admire dans la glace. Ses cheveux gris et ses yeux injectés de sang reflètent sur le miroir sa réelle apparence :
Evil Saga - " Ne suis-je pas divin ? "
Saga - " Ce corps parfait ne suffit pas à faire de toi un dieu. "
Evil Saga - " En effet, l’armure d’or du Sagittaire étant bientôt en ma possession, il ne me manque plus que Niké et la tête d’Athéna pour devenir l’égal d’un dieu. "
Saga - " Ne crains-tu pas que quelqu’un conteste ton autorité ? "
Evil Saga - " Qui donc ? Ils avalent tous à l’heure qu’il est, la prétendue mort de Shion et l’accession d’Arlès. "

Il se retourne, abandonnant sa discussion avec son double et fixe les deux tenues avec lesquelles il a jonglé ces treize dernières années. L’une dispose d’un heaume doré alors que l’autre est bardée de pointes acérées et accompagnée d’un casque rouge.
D’un mouvement de bras, avec la pression de l’air exercée, il envoie voler au fond de la pièce la cuirasse que Shion et ses ancêtres portaient avant lui et endosse la tenue vermillonne par-dessus sa toge blanche :
Evil Saga - " Désormais je n’aurai plus à me faire passer pour Shion, seule la tenue d’Arlès sera celle que je devrais adopter. Ainsi, en changeant de Pope, je vais pouvoir légitimer mon changement de politique, en commençant par me débarrasser ouvertement des faibles et des personnes suspicieuses, non plus discrètement comme autrefois. "

Son monologue cesse lorsqu’il entend frapper à sa porte.
Le second de Gigas, le commandant Phaéton, mène la marche de plusieurs serviteurs. Ceux-ci tiennent un immense cadre qu’ils viennent dresser en toile de fond dans la salle d’audience.
Saga lui-même vient retirer le voile qui dissimule la peinture et s’extasie devant la fresque :
Saga - " Parfait. "
Phaéton - " Comme vous le vouliez Seigneur, un tableau de vous qui reflète toute votre grandeur. "
Saga - " Bien, tu féliciteras Gigas pour avoir accompli cette mission à merveille. D’ailleurs, où est-il ? "
Phaéton - " Il suit de près les événements au Japon. Il m’a chargé de vous dire que nos soldats envoyés aux quatre coins du monde ont déjà réalisé leurs tâches. Parmi elles, il ne reste plus rien du Royaume d’Amelia. Et une conférence sur la paix a été interrompue après la mise à mort de tous les agents. "
Saga - " Parfait. Et qu’en est-il de la liste des renégats de nos domaines annexés qui refusent de se joindre à nous ? "
Phaéton - " Le général Gigas dispose de la liste que vous avez établie. Il réquisitionne des Saints de bronze et d’argent pour aller exécuter les traîtres. "
Saga - " Bien. "

D’un mouvement du bras, le Grand Pope, satisfait, chasse ses hommes pour confesser une fois seul :
Saga - " Parfait. J’espère que ces troubles dans le monde contemporain forceront Athéna à se manifester. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

A l’intérieur de leur maisonnette, Dabih s’active. Il finit de rassembler dans des paniers en osiers quelques aliments et boissons ainsi que des linges pour dormir.
Alors qu’il enfile les lanières de ces sacs sur son dos, le marocain assure :
Dabih - " Tout est prêt Maître. "
Mei endosse sa Pandora Box :
Mei - " Merci Dabih, c’est parfait. Mais tu peux retirer ça de ton dos. "
Dabih - " Il est hors de question que je vous laisse porter ça seul Maître. "
Mei - " Pourtant tu n’as pas le choix. Tu restes ici Dabih. Tu ne pars pas. Une fois que j’aurai libéré Nicol et Yulij, je serai catalogué comme un renégat et certainement tué. Je ne veux pas qu’une personne qui n’a jamais été considéré comme un homme puisse mourir pour un maître sans avoir pu vivre libre. Je te rends ta liberté et te fais don de cette maison. "
Les larmes aux yeux, le vieil esclave s’accroche fermement à ces paniers :
Dabih - " Vous êtes ce qui m’est arrivé de meilleur Maître. J’ai pourtant été au service de grands hommes depuis mon enfance. Toutefois, jamais aucun n’a su considérer l’être humain mieux que vous. Alors, si aujourd’hui vous voulez me châtier pour que je vive enfin comme tout homme, j’accepte. Et c’est en tant qu’homme libre que je décide de venir avec vous. Permettez-moi de vous suivre et de continuer à vous appeler « Maître ». "
Mei sourit :
Mei - " Tu es incorrigible. Sache que si tu m’accompagnes, quelle que soit la façon dont tu me nommes, tu viens en tant qu’ami et non plus en qualité de serviteur. "

Inopinément, cet échange d’amitié est interrompue. On frappe à la porte :
Mei chuchote à son camarade :
Mei - " Cache les sacs, vite. "
Le japonais entrouvre la porte et reconnaît un soldat agenouillé qui tend un papyrus frappé du sceau papal :
Soldat - " Seigneur Mei ? "
Mei - " Euh… Oui ! "
Soldat - " Seigneur Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice, je viens vous porter une missive rédigée par le général Gigas en personne selon les désirs de notre Seigneur le Grand Pope Arlès. "
Le chevalier fait la moue tant l’évocation du « Pope Arlès » sonne faux pour lui :
Mei - " Merci. Je vais en prendre bonne note à tête reposée. "

Il claque la porte au nez du brave et se terre dans le silence après avoir lu mot par mot les instructions.
Dabih - " Un problème Maître ? "
Mei - " Je viens de recevoir mon premier ordre de mission… "
Mei pâlit :
Dabih - " Et ? "
Mei - " Les infidèles à Athéna doivent être tués. Parmi eux, on m’a confié la mort de Saori Kido.  "
Le senior remarque un profond malaise chez son ami :
Dabih - " Qui est cette personne ? "
Mei - " Une jeune femme auprès de qui je me suis fait passer pour mort depuis cinq ans. Son grand-père m’a envoyé en Sicile pour faire de moi un chevalier. Lorsque des employés de leur entreprise sont venus faire le point et avertir que je devrais revenir plus tard participer à un tournoi, je me suis fais passer pour un autre enfant et j’ai déclaré que Mei avait été tué pendant l’entraînement. Depuis tout ce temps, je n’ai plus pensé à cette famille. Aujourd’hui, l’ordre de mission précise qu’elle doit être exécutée pour s’être immiscée dans l’ordre des chevaliers et pour les avoir utiliser dans un tournoi, révélant aux yeux du monde l’existence du Sanctuaire censé être secret. "
Dabih - " Cela va donc retarder la libération de Nicol et Yulij. "
Mei observe le sceau qu’il n’a pas abîmé et la signature en bas du document qu’on lui a délivré. Il affiche une mine optimiste :
Mei - " Au contraire, je crois que ça va nous faire gagner du temps. Au fait, nos voisins sont toujours aussi agressifs avec toi lorsque tu passes devant chez eux ? "
Dabih - " Oui, la dernière fois ils ont failli me faire rendre gorge pour me voler les victuailles que j’étais parti vous chercher. Sans votre arrivée, je ne serai plus de ce monde. Alors qu’une troupe de soldats du Sanctuaire était en faction juste à côté. Les gardes riaient et se moquaient de moi. "
Mei - " Parfait ! "


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido :

Dans une des ailes du manoir, celle réservée aux chevaliers revenus avec leurs armures, deux domestiques ramassent des détritus sur le sol du petit salon.
Ils n’osent pas lever les yeux vers le colosse d’un mètre quatre vingt huit qui reste affalé toute la journée devant la télé depuis son retour du Canada.

De la pièce d’à côté, sortent trois jeunes femmes peu élégantes qui réajustent le peu de vêtements qu’elles ont.
Elles sont raccompagnées jusque dans le couloir par le non moins costaud Ban qui bouscule au passage un valet.
Cela ne cause pas le moindre souci à Ban qui vient chiper la télécommande de Geki :
Ban - " Tu as eu tort de ne pas me suivre. Avec les trois c’était le pied. "
Geki sort de sa poche arrière une carte de visite :
Geki - " Je préfère attendre ce soir. J’ai décroché le numéro d’une petite journaliste. Qui voulait faire un reportage sur la Galaxian War et notre apprentissage de Saint. "
Ban lui tape sur l’épaule avant de rire grassement avec son compagnon :
Ban - " Veinard ! "

Dépités, les employés préfèrent quitter la pièce pour revenir la nettoyer plus tard au calme.

Ban s’installe confortablement sur le fauteuil à côté du canapé que monopolise Geki. Il pose ses pieds chaussés sur la table et assure :
Ban - " C’est quand même le fantastique ici. Une juste récompense après tant d’années d’effort. "
Geki - " Tu m’étonnes ! Je ne comprends même pas comment Seiya a pu préférer se prendre un appartement loin de la ville ? "
Ban - " En même temps, avec la petite minette qu’il a trouvé, Miho je crois, je comprends qu’il n’ait pas envie de la ramener ici. Il a peur de la concurrence. "

Le raclement de gorge d’un majordome vient les importuner au beau milieu de leur discussion graveleuse.
Les deux chevaliers se retournent en défiant du regard le bourreau de leur enfance volée, Tokumaru Tatsumi. Celui-ci n’apprécie guère le ton choisit par les deux perdants du tournoi :
Tatsumi - " A l’heure qu’il est, Seiya est loin de s’amuser. Je vous signale qu’il s’est rendu sans armure en compagnie de Shun et Hyoga dans la Vallée de la Mort pour affronter Ikki et récupérer l’armure d’or. "
Geki ramasse une canette de bière qu’il décapsule et lève en l’air :
Geki - " Tant mieux, à leurs santés. Moi j’ai ramené mon armure, je pense que la fondation peut bien me foutre la paix après tout ce que j’ai enduré pour elle. "
Ban - " Tu m’étonnes. Elle s’est fait voler l’armure. C’est son problème, pas le notre. "

Tatsumi ne décolère pas et s’approche d’eux en les invectivant :
Tatsumi - " Et des valeurs comme la paix, l’amitié, vous en faites quoi ? C’est pour ça qu’ils sont partis combattre. Parce qu’Ikki incarne désormais le mal. Ils veulent savoir ce qui a pu lui arriver et ramener l’armure qui représente une source d’espoir. "
Étant le seul à savoir la réelle identité de Saori et connaissant le but avoué de ce tournoi par son ancien maître Mitsumasa Kido, le trentenaire s’emporte. En pointant son doigt contre le crâne de Geki, il assure :
Tatsumi - " Je comprends mieux vos défaites durant la Galaxian War. Vous n’avez aucune bravoure. Sur les cent enfants envoyés, je m’étonne encore que vous fassiez partis de ceux qui sont revenus. "
Ne supportant plus ni les propos ni le comportement du majordome, Geki le soulève d’une main par la gorge comme un fétu de paille :
Geki - " Vire ta sale patte de là ! Tu nous as suffisamment battu quand nous étions faibles et tu mériterais mille tourments. Alors ne me démange pas ! "

Une voix autoritaire somme Geki de cesser immédiatement : « Ca suffit Geki ! Lâche-le ! »
Des mains gantés apparaissent d’abord contre l’encadrement de porte, avant de laisser surgir le reste de l’apparence sportive de Jabu.
Geki s’exécute aussitôt pendant que Ban s’étonne :
Ban - " Jabu ! Tu es déjà sorti de l’hôpital. Les médecins ont dis que ta clavicule était fracturé et que tu présentais de sérieux traumas après le coup porté par Phénix. "
A l’évocation de sa blessure, celle-ci démange aussitôt la Licorne, alors que Tatsumi reprend son souffle sur le luxueux tapis du living. Jabu le remercie :
Jabu - " Ça ira Tatsumi. Je m’occupe de ces deux là. "

Le second de la Fondation Graad obéit et laisse seuls les trois Saints de bronze.
Ban - " Comment ça tu te charges nous ? "
Geki - " Tu acceptes que ce connard continue à nous traiter de la sorte, après tout le mal qu’il nous a fait ? Ce n’est plus qu’un ver de terre aujourd’hui, un minable. Il mériterait qu’on lui donne une bonne leçon ce moins que rien. "
Jabu est dépité :
Jabu - " C’est que tu n’as rien compris alors. Ton entraînement n’a servi à rien. J’ai moi-même été comme toi durant de longues années en Algérie. Puis un jour, j’ai appris à ravaler ma fierté. Aussi minable Tatsumi soit-il à tes yeux, il a toutefois entièrement raison. Que sont devenus les deux hommes que vous êtes, alors que nos compagnons se livrent des duels à mort pour percer le mystère qui entoure l’un de nous ? "
Geki et Ban baissent honteusement la tête. Jabu poursuit son sermon :
Jabu - " Je hais Ikki. Je le hais pour l’humiliation qu’il m’a fait subir aux yeux de tous. Mais je n’oublie pas toutes ces épreuves que nous avons endurés enfants, tous ensemble, quand nous avons été réunis à la fondation. Avant d’arriver ici, j’étais seul dans mon orphelinat. Personne ne se souciait de moi. Éducateur comme enfant. Puis nous avons été une centaine à être réunis ici. Et même si nous n’avons pas toujours été d’accord, même si nous n’avons pas tous agis de la même façon, que nous nous chamaillions, je me sentais moins seul. On me parlait, on m’écoutait. Et on me soutenait. Malgré que j’ai pris le parti de lécher les bottes… "
Ce travail sur lui-même manifeste aux yeux de tous les conséquences sur son ego de sa défaite devant Saori. Il réussit même à arracher un timide sourire à ses camarades qui se tiennent comme deux enfants qu’on vient de mettre au piquet.
Au plus profond de lui ému, vexé, Jabu continue :
Jabu - " … Nous formions une famille. Et notre envoi dans des camps d’entraînement avait pour but de solidifier ces valeurs. On nous a enseigné le sens de la justice, du don de soi, de l’amour et de la paix au nom d’Athéna. Alors sur cent enfants, si seuls nous dix avons survécu, j’ai envie de croire qu’on puisse servir ces codes. Comme le font Seiya et les autres. "
Geki - " Mais comment faire ? "
Ban - " Oui ? Tu as bien vu que nous n’avions pas le niveau ? "
Geki - " De plus nos armures sont endommagées ! "
Jabu - " Les armures se régénèrent peu à peu d’elles-mêmes dans leurs Pandora Box. Ichi et Nachi sont sortis cette semaine de l’hôpital et sont venus me dire qu’ils repartaient auprès de leurs maîtres rattraper le fossé qui nous sépare des autres. Je vais faire pareil. Avis aux amateurs. "
Ban et Geki se renvoient un sourire déterminé.


En Grèce, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios :

Sur le versant d’une montagne, taillée à même la roche, la prison principale du Sanctuaire a des allures de tour.

Vêtu de sa Cloth, Mei, accompagné d’un soldat, se présente devant les gardes en faction à l’entrée. Il pointe du doigt une charrette que le soldat tire. Dedans se trouvent les corps d’un homme et d’une femme, pieds et poings liés. Les prisonniers gesticulent dans tous les sens :
Mei dresse un ordre de mission :
Mei - " Voici l’ordre de mission que notre Seigneur le Grand Pope m’a confié. Je viens faire emprisonner ces deux brigands. "
Le premier gardien s’exclame :
Soldat n°1 - " Encore ! Depuis la nomination du nouveau Pope ce matin ça ne fait que ça. "
Soldat n°2 - " Nos effectifs ici ont même été réduits pour aller à la chasse aux renégats. "
Mei grimace :
Mei - " Et ça ne va pas s’arranger. Si vous lisez bien l’ordre de mission, il est indiqué que j’ai ordre de réquisitionner de gardes à l’intérieur de la tour pour m’accompagner dans une autre tâche. "
Le premier des gardiens soupire, submergé par le travail, tandis que le second grimace en observant les prisonniers :
Soldat n°2 - " Merde. Vous les avez bien amochés ceux-là. Ils crachent beaucoup de sang. "
Mei - " Oh ! On a été obligé de leur couper la langue. Ils protestaient trop. "
Tandis qu’ils ricanent bougrement, ils laissent passer Mei et son complice avec le chariot.

Une fois à l’intérieur, l’accompagnateur retire son casque :
Dabih - " Et maintenant, comment les trouve-t-on ? "

Dehors, des crieurs continuent de faire le tour des villages et viennent s’époumoner en annonçant la mort du Pope et la prise de pouvoir d’Arlès.
Depuis les lucarnes bardées de barreaux, les prisonniers entendent de dehors les crieurs.
Pendant que certains prisonniers lèvent leurs écuelles vides en l’air pour exprimer leur joie, Nicol et Yulij se précipitent contre leurs barreaux de cellule pour hurler au complot.

Mei reconnaît les protestations :
Mei - " Il n’y a qu’à demander. "
Dabih - " Ca semblait venir des étages supérieurs. "
Mei - " Bien, je vais prendre nos prisonniers sur le dos, toi ramasse dans la charrette les vêtements de soldat que nous avons volé. Et remet ton casque, on risque de croiser d’autres gardes. "


Après avoir visités plusieurs étages, Mei et Dabih découvrent un jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque. Ses cheveux châtain clair ébouriffés et son visage marqué d’un âge aussi avancé, voir plus, que celui des Saints d’or laisse présager l’identité de celui-ci.
En effet, contrairement aux autres prisonniers rencontrés jusqu’à présent, Nicol a un visage raffiné que les voyous du Sanctuaire n’ont pas.
Dans la cellule d’en face, ils reconnaissent une jeune femme cachée sous un masque et aux longs cheveux blancs grisonnant ne pouvant être que Yulij.
Dabih va décrocher les clés postées dans le couloir.
Par galanterie naturelle, Mei se précipite sur la cellule de Yulij pour l’en libérer.
Instantanément, une fois la geôle ouverte, elle se jette comme une furie sur Mei.

Le japonais a juste le temps d’éviter le poing de la prisonnière :
Mei - " Merde ! T’es folle ou quoi ? "
Yulij - " Alors ça y est ? L’usurpateur est sur le trône. Il en profite pour nous faire exécuter. "
Mei agite grand ses bras et chuchote :
Mei - " Tais-toi ! Tu vas nous faire repérer ! "
Yulij n’en démord pas, elle concentre sa cosmo énergie.
Il faut que Nicol, depuis sa cellule, hausse la voix pour obtenir d’elle un peu plus de calme :
Nicol - " Ça suffit Yulij ! "

Mei souffle, rassuré, et lance les clés à Dabih pour qu’il libère le dernier captif.
Pendant que Dabih remplace Nicol et Yulij dans les cellules par les hommes et femmes qu’ils ont amenés dans leur charrette, Mei leur tend des tenues de soldats :
Mei - " Ça va nous permettre de fuir le secteur avant même qu’ils ne se rendent compte de quoi que ce soit. "


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le sanctuaire souterrain :

Sur l’îlot où se dresse le sanctuaire, au bord de la lave, un colosse de deux mètres quatre vingt trois, réalise ses échauffements quotidiens. Le Berserker de la Terreur termine ces pompes qu’il enchaîne à une vitesse folle :
Tromos - " … Dix neuf mille neuf cent quatre vingt dix huit, dix neuf mille neuf cent quatre vingt dix neuf… Et vingt mille ! "
Il se redresse grâce à la force de ses bras, sans le moindre essoufflement. Sans se retourner, il ressent la présence de sa s½ur d’arme :
Tromos - " Quel bon vent t’amène Atychia ? "
La Berserker du Malheur ne s’étonne même pas des perceptions de son pair :
Atychia - " Je cherche Vasiliás. Nous devions passer en revu les rangs aujourd’hui. "
Tromos pointe du doigt le magma :
Tromos - " Je crois que tu vas devoir une fois de plus le faire seule. Il est là-dedans. Il médite il m’a dit. "
Atychia - " Ce n’est pas possible. Quand il n’est pas dans sa chambre pour lire il est dans la lave, et quand il n’est pas dans la lave il lit ! "
Tromos - " Notre général est très soucieux depuis qu’il est revenu d’Angleterre. D’après ce que j’ai pu voir, il déchiffre un morceau de papyrus qu’il a ramené avec lui du Sanctuaire lorsqu’il a été contraint à l’exil quand il était enfant. J’ai essayé de le lire mais le mal de tête m’est vite apparu. J’ai préféré m’entraîner ici comme chaque jour. L’exercice physique, il n’y a que ça de vrai. "
Atychia - " Apparemment ce document en grec ancien démontre une technique permettant de se déplacer corps et âme dans le Meikai lorsque nous voulons nous élever au-delà du septième sens. "
Tromos - " Et bien moi, je cultive mon art du combat grâce au septième sens et c’est bien suffisant. Pas besoin d’aller chercher les difficultés. "
Atychia lui répond avec tendresse :
Atychia - " Ça ne m’étonne pas de toi gros bêta ! "


Plus bas, à des mètres de profondeurs, dans le magma en fusion, assis en tailleur dans son pantalon et maillot blanc en coton, Vasiliás se concentre. Sa peau ne souffre nullement de la chaleur, ses vêtements ne s’embrasent pas. Sa cosmo énergie et en symbiose parfaite avec l’élément qui l’entoure. Sa concentration est extrême, son cosmo grandit et vient heurter celui de chacun des habitants de l’Aréopage.
« Faire preuve d’abnégation. Oui, je dois chercher cette cosmo énergie que tout homme a, à la source de sa vie, l’Arayashiki, le huitième sens. Le document que j’avais subtilisé à mon maître parlait d’une technique permettant à tout un chacun de se déplacer dans le Meikai une fois notre volonté ouverte au huitième sens. La Renaissance Eternelle : Aionia Anagennisi. Pour cela, il me faut faire le vide dans mon esprit. », réfléchit-il.


Depuis la surface, la lave s’agite. L’événement est si impressionnant que bien vite l’ensemble des soldats environnants se rue autour de Tromos pour observer l’étrange phénomène.
Comme si un typhon attaquait l’Aréopage, le magma tourbillon à une vitesse folle. La force provoquée par une telle rotation permet de voir le fond de cette rivière bouillante, avec en son centre, le Berserker de la Royauté.
L’aura de Vasiliás, oscillant entre le blanc et l’or, irradie le souterrain bientôt plus que la fournaise flamboyante. La pression cosmique exercée fait léviter son corps en transe.
Des éclairs gravitent tout autour de lui.

Tromos commente :
Tromos - " Alors c’est ça ? Ça y est, il est y arrivé. Le huitième sens. "
Atychia - " Il est parvenu en à peine cinq jours à s’illuminer au huitième sens. Tous ces exercices mentaux qu’il s’est imposé en attendant d’atteindre cet éveil ont développé un cosmos effrayant. Même Tromos et moi réunis, au summum de nos capacités au septième sens, serions des insectes face à lui sur un champ de bataille. "

Les paupières de Vasiliás s’ouvrent, ne laissant apparaître que le blanc de ses yeux. L’effluve de sa cosmo énergie fait apparaître derrière lui un lion ailé avec des cornes en ivoire aux coudes et aux genoux.
Cette transe si puissante le pousse à s’égosiller le nom de l’arcane qu’il espère tant manipuler :
Vasiliás - " Aionia Anagennisi ! "
Alors les éclairs deviennent de plus en plus grands et l’encerclent totalement jusqu’à le faire disparaître.

L’assistance est époustouflée.
Tromos - " Ça alors… Où est-il ? "

Une voix roque venu des portes du temple lui apprend :
Arès - " Il ne peut-être qu’aux portes du Meikai ! "


En Grèce, au Sanctuaire, en dehors d’Honkios :

Le groupe déguisé composé de Dabih, Nicol et Yulij, suit Mei jusqu’à la sortie de la ville principale en direction des villages du nord sans dire un mot. Se contentant de saluer les villageois et les autres gardes qu’ils croisent.
Nicol et Yulij stoppent subitement leur route à l’orée d’un bois et défont leur déguisement.
Mei qui mène la marche a à peine le temps de se retourner pour demander la raison d’un tel arrêt qu’il encaisse une violente droite de Nicol qui l’envoie au tapis.
Yulij saisit aussitôt Dabih par la gorge. Elle lui balaye les jambes afin de le faire tomber au sol.

Après que Yulij ait voulu l’agresser en prison, ce manque de sympathie commence à agacer Mei. Il fronce les sourcils :
Mei - " C’est comme ça qu’on dit merci chez vous ? "
L’apprenti d’Arlès reste ferme :
Nicol - " Cesse de nous prendre pour des idiots. Qui t’envoie ? "
Mei - " Pardon ?! "
Nicol - " Cet homme qui t’accompagne n’a rien d’un vrai soldat. Les tuniques que nous portons ont donc été subtilisées. Aucun garde ne donnerait sa tunique sans combattre. J’imagine donc que vous avez attaqué des hommes du Sanctuaire. Ensuite, ces gens que vous avez envoyés derrière les barreaux à notre place, ils avaient la langue coupée et le visage tuméfié. J’ai donc du mal à croire que vous soyez nos anges gardiens. "

Mei soupire :
Mei - " Et bien dis donc, gagner votre confiance n’est pas une mince affaire. Pour ta gouverne sache que les soldats que nous avons dépouillés sont de chez toi. De Fóvos. Pas besoin donc de te rappeler l’assistance qu’ils peuvent porter aux plus démunis. Et les deux défigurés qui ont été jetés à vos places sont vos voisins qui dévorent les cadavres des gens qu’ils détroussent. Personne ne pleurera leur sort donc. "

Mei avance et dégage Nicol d’un coup d’épaule puisqu’il est sur son passage.
Il arrive jusqu’à Yulij qu’il relève du sol en la tirant par le bras afin de libérer Dabih.
Refusant de se soumettre, elle repousse Mei et essaie de le cogner avec sa jambe. Le Saint de bronze esquive facilement et répond d’une violente gifle qui fait choir la jeune femme sur son postérieur.
Mei - " Tu seras bien gentille de lâcher mon ami et de ne plus lever la main sur nous. "
Nicol, lui, reste soucieux :
Nicol - " Tu sembles être bien renseigné sur Fóvos et les gens qui nous entourent. "
Mei - " Normal. Je suis le nouveau propriétaire de ta maison. "


A Yomotsu Hirasaka :

L’atmosphère est lugubre. L’air malsain et nauséabond tire peu à peu l’intrus de son sommeil.
Tout de blanc vêtu, il apporte un semblant de lumière dans ce monde au ciel rouge et noir.
Le silence se brise sous les pas de l’individu qui, pour la première fois, découvre ce monde transitoire entre la vie et la mort.
Vasiliás - " Voici donc l’antichambre de l’au-delà. J’y suis parvenu. "
Son regard est captivé par une longue chaîne humaine qui n’a pas de début. Celle-ci s’achève au bout d’un gouffre où tous se précipitent.
« Tous ces gens sont morts et dépourvus de conscience. Ils viennent envahir peu à peu le Meikai. Je pourrai donc me jeter là-dedans pour atteindre le royaume d’Hadès. Je ne crains rien vu que je peux m’éveiller à l’Arayashiki désormais. Seulement, j’arriverai certainement comme tous ces gens à la porte des Enfers et je devrais traverser le fleuve Achéron.
Seulement, ce n’est pas par cette route que j’aimerai venir. J’ai appris au Sanctuaire qu’il existe un raccourci. Je dois le trouver. », décide-t-il.

Il scrute les horizons à la recherche d’un quelconque indice.
C’est alors qu’il remarque, à proximité du puit de la mort, une bâtisse en ruine.
A mesure qu’il s’en approche, des hurlements de souffrance deviennent de plus en plus insupportables.
Par une lucarne aux murs fissurés, Vasiliás découvre une pièce encore viable dans ces vestiges. Seul un piano magnifique donne à cette salle lugubre un aspect humain. Des chaînes et des crochets pendent depuis les murs et les plafonds. Dessus sont attachés quelques cadavres desséchés. D’ailleurs, un homme s’agite encore dans ces attaches.
« C’est donc lui qui s’égosille depuis tout à l’heure. Son visage est décharné. Et il se débat contre l’homme qui se tient debout face à lui. », détaille Vasiliás.
Effectivement, une main sur la hanche l’autre le long du corps, un borgne vêtu d’une armure sombre semble s’amuser de la situation. Celui-ci décroche du mur une énorme tenaille pour venir démembrer sa victime.
Vasiliás comprend : « Il ne peut s’agir que d’un Spectre. Il torture les âmes des morts qui traversent Yomotsu Hirasaka. »

Brusquement, Vasiliás sort de ses pensées. Il sent un objet voler jusqu’à lui. Il esquive de justesse la tenaille du tortionnaire.
Démasqué, il s’engouffre dans la sinistre prison sans parvenir à retrouver la trace de son assaillant. Il en profite alors pour libérer la triste âme qui erre instantanément de nouveau en direction du puit.

Le silence pesant est anéanti par quelques notes funèbres jouées au piano.
Dos à Vasiliás, l’interprète aux cheveux blonds portent une coiffe avec voile et une robe violette comme les religieuses :
Vasiliás - " Tu n’es pas l’homme que j’ai vu torturer. Qui es-tu ? "
Seule une composition musicale répond à l’américain.

Inopinément, une voix jaillit d’outre-tombe assure : « Voici une nouvelle âme errante. J’ai comme l’impression que tu vas m’amuser un peu avant que je ne t’aiguille en direction du puit. »
Vasiliás - " Je n’ai nullement besoin de guide. Qui es-tu ? "
Dans son dos, l’homme vêtu d’un Surplis sort de l’ombre et se jette sur lui.
Le Berserker l’évite et reconnaît le borgne qui daigne enfin se présenter :
Fyodor - " Je suis Fyodor de la Mandragore de l’Étoile Céleste de la Blessure. "

Une voix beaucoup plus atténuée complète :
Veronica - " Et moi je suis Veronica du Nasu de l’Etoile Céleste de l’Étude. Je compose quelques morceaux pour étouffer les cris des détenus de Fyodor. "
Crédule, ne voyant toujours pas le Spectre dissimulé sous son étole, Vasiliás prêche le faux pour savoir le vrai :
Vasiliás - " Désolé mademoiselle, mais vos instruments ne sont en rien efficaces puisqu’à des kilomètres à la ronde, j’entendais les exhortations du prisonnier. "
Enchanté d’être appelé « mademoiselle » par un homme aussi charmant que le Berserker, Veronica se défend :
Veronica - " Pardonne-moi mon poussin. Je revenais du Meikai où j’officiais mon art auprès de sa Majesté Hadès. "
Vasiliás se félicite : « C’est ça, j’ai ma réponse, le raccourci se trouve ici. »

Fyodor fait craquer ses poignets d’impatience :
Fyodor - " D’ailleurs je pense que tu vas vite découvrir de quoi nous parlons lorsque nous évoquons le Meikai. "
Veronica écrase de ses dix doigts des touches du piano pour provoquer un accord désagréable :
Veronica - " Doucement avec celui-la Fyodor. Il me plaît bien. J’aimerai bien qu’il soit encore conscient lorsque je viendrai voler dans les plumes de ce petit poussin. "

Vasiliás éclate de rire avant de disparaître petit à petit entouré d’éclair :
Vasiliás - " Je suis désolé mais j’ai à faire. Mais promis, je reviendrai jouer avec vous dans peu de temps : Aionia Anagennisi. "
Aussitôt, la Renaissance Éternelle renvoie le Roi là d’où il est venu, à l’Aréopage.


En Grèce, au Sanctuaire, dans une forêt qui relie le centre au nord du domaine sacré :

Le groupe continue d’avancer jusqu’au nord du Sanctuaire. Cachés dans le bois, il progresse rapidement avant que l’alerte ne soit donnée.
Mei a profité de la traversée pour expliquer la raison de sa venue auprès des détenus :
Mei - " … Et c’est ainsi que j’en ai conclu que mon maître Deathmask et Aphrodite étaient proche d’un Pope usurpateur et probablement responsable de la disparition d’Arlès de l’Autel. "
Nicol - " Incroyable. Et tu as pris tous ces risques pour nous sauver. "
Mei - " Je suis un chevalier d’Athéna. Je défends l’amour et la justice. Et ce que j’ai vu du Sanctuaire depuis mon arrivée ici est loin de la conception que je me faisais de la paix. "
Yulij - " Heureusement que tu as reçu un ordre de mission et que tu t’en es servi pour en faire un faux. "
Mei - " C’est Dabih qu’il faut féliciter pour ça. Moi je n’ai rien fais. J’ai eu l’idée et lui le talent pour dupliquer ce type de document. "
Pour la première fois de sa vie, Dabih ose interférer dans une discussion d’un de ses maîtres :
Dabih - " Ça nous laisse plus de répit. Attaquer directement la prison n’aurait pas été du même effet. "

Le petit groupe arrive aux sacs en osier qu’a préparé plus tôt Dabih. Cachés derrière des fougères, ils permettent à tout le monde de se rafraîchir et à Yulij et Nicol de pouvoir enfin manger à leurs faims.
Yulij - " Désolé d’interrompre ce succulent repas. Je voudrais simplement savoir ce que vous avez prévu. "
Mei - " Si nous remontons au nord, c’est pour aller à Dignity Hill. J’imagine que vous ne vous trouviez pas là-bas pour rien. "
Nicol - " En effet. Mon maître est mort c’est une certitude. "
Mei - " Comment peux-tu en être sûr ? "
Nicol - " Parce que son armure m’appelle. Jamais il n’aurait abandonné son statut de Saint. A sa mort, l’armure m’a reconnu comme son successeur, comme maître Arlès m’y avait préparé. "
Dabih - " En d’autres termes vous voulez dire que vous êtes… "
Nicol - " Je suis le Saint d’argent de l’Autel. "
Mei a un petit sourire à l’évocation de cette bonne nouvelle. Il est soulagé de ne plus être le seul chevalier ici.
Yulij poursuit :
Yulij - " Tu as raison Mei quand tu penses que le Saint des Poissons est lié au Pope. Parce que c’est lui qui garde prisonnière l’armure de l’Autel dans un jardin empoisonné de Dignity Hill. Heureusement, lors de notre affrontement contre Aphrodite, Nicol est parvenu à absorber et à maîtriser l’antidote. Il s’agit du sang d’Aphrodite. "
Mei - " Parfait. Ça n’en sera donc que plus facile pour récupérer cette armure. Ainsi nous serons deux Saints. Un d’argent et un de… "
Nicol précise :
Nicol - " Trois Saints ! Un d’argent et deux de bronze. "

Mei regarde de façon crédule Dabih. Celui-ci répond, en écarquillant ses yeux, qu’il ne comprend pas. Nicol, amusé par tant de naïveté, tend sa main vers Yulij :
Nicol - " Alors qu’elle a appris à lire les étoiles comme moi, Yulij n’a même pas remarqué que la constellation du Sextant irradie à son paroxysme chaque fois qu’elle intensifie sa cosmo énergie. "
Yulij esquisse un rictus de gêne sous son masque. Avec modestie, elle se passe sa main dans ses longs cheveux blanc :
Yulij - " Je n’aurai jamais cru… "
Nicol - " Et pourtant. La lecture des étoiles ne trompe pas. "
Mei - " C’est bien beau, mais où la récupère-t-on cette armure ? "
Dabih s’immisce :
Dabih - " Chez notre forgeron ! "
Nicol tape dans ces mains :
Nicol - " Bien sûr ! Saül ! "
Mei et Yulij se surprennent à formuler en même temps : « Pardon ?! »
Dabih - " Saül est le forgeron du Sanctuaire. C’est lui qui réalise toutes les cuirasses, de cuir ou de métal et les armes des soldats. Il fabrique également sur demande toutes les armures des mercenaires du Sanctuaire. "
Nicol complète :
Nicol - " Et vu qu’il est connu et apprécié de tous ici, c’est lui qui récupère les armures des Saints qui choisissent de se mettre à la retraite sans choisir de successeur. Il les range dans son atelier en attendant que de futurs Saints viennent les chercher après consentement du Pope. "
Dabih - " J’ai été l’esclave d’un prêtre du Grand Pope il y a peu. Il avait acheté mes services car le Pope lui avait confié une tâche pénible. Il devait pointer les armures sans propriétaires partout dans le Sanctuaire et avait donc besoin de main d’½uvre. Il m’a donc fait envoyer chez Saül pour réaliser ces recherches. "
Yulij, refusant de s’enflammer malgré la nouvelle, remet à tous les hommes les pieds sur terre :
Yulij - " Et après ça ? Où irons-nous ? "
Mei - " L’ordre de mission originale que j’ai reçu me chargeait de tuer une femme au Japon, Saori Kido. Celle-ci s’est entourée de Saint de bronze et le Sanctuaire semble leur en vouloir. J’avais pour ordre de la tuer pendant qu’ils seraient occupés à défendre eux-mêmes leurs vies. J’ai pensé les rejoindre pour leur prêter main forte si leur cause était identique à la notre. Le nombre nous permettrait peut-être d’être moins ridicule en cas de grosse bataille. "
Nicol - " C’est une bonne idée. "
Mei - " Dans ces cas là allons d’abord chercher ton armure puis nous irons chercher celle de Yulij avant de quitter la ville. "
La maturité et les connaissances de Nicol lui permettent de s’affirmer peu à peu comme le leader de ce groupe :
Nicol - " Nous devrions d’abord nous remettre de nos émotions. Un peu de repos nous fera le plus grand bien. Il y a peu de passage dans cette forêt. Les gardes utilisent généralement les sentiers pour se déplacer. Il vaut mieux veiller à tour de rôle pendant que les autres se reposent. Nous irons chercher les armures cette nuit. "



L’annonce du changement de Grand Pope avait des conséquences irrémédiables. Saga accentuait ses recherches tout en prenant soin d’éliminer la moindre menace.
Et celle qui planait autour de Mei et ses camarades était à prendre au sérieux.

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