Topics - Kodeni

Pages: [1] 2 3 ... 7
1
Only for Love / Chapitre 71
« on: 5 April 2021 à 13h31 »
Chapitre 71

Au Japon, dans la résidence Kido, à l’intérieur d’un grand salon illuminé par quelques halogènes, c’est le brouhaha.
Malgré les désaccords qui les opposent, la maîtresse de maison finit de convaincre ses chevaliers : « Il ne s’agit que d’une simple fête d’anniversaire. J’y vais pour affaires. Et puis Tatsumi m’accompagne. »
Le Saint aux mains gantées et à la tenue pourpre pousse ses camarades, Ichi, Nachi, Ban et Geki à le soutenir : « Malgré cela, un danger pourrait toujours roder. Je refuse que Seiya et les autres aient risqué leurs vies, pour vous laisser tomber dans les griffes d’un nouveau péril. Nous sommes le 21 mars 1987. Cela fait trois mois qu’ils sont dans le coma malgré les soins reçu à la Source d’Athéna, rappelle Jabu !
_ Jabu a raison, confirme Sho accompagné d’Ushio et Daichi. Seiya et nos amis sont toujours dans le coma. Rien n’est rassurant les concernant.
_ Vous tombez pourtant à pic, dit Saori en se tournant vers ses Saints d’acier. Vous pouvez confirmer qu’avec les moyens technologiques mis à votre disposition à notre quartier général sous le coliseum, vous pourrez tracer ma présence.
_ Oui mais…
_ Dans ce cas, vous n’aurez rien à craindre. De plus Ushio nous accompagnera pour piloter le jet qui doit m’amener dans la propriété des Solo, près du Cap Sounion. Je ne serai pas seule. »
De façon inattendue, silencieux jusqu’ici, Tatsumi sort de derrière un meuble un sabre de bois qu’il fait tournoyer autour de lui : « Et n’oubliez pas qu’elle sera accompagnée de Tatsumi troisième dan de Kendo ! »
Sa démonstration se solde par un geste malheureux qui fait basculer le buste de bronze sculpté à l’image de Mitsumasa Kido.
Il faut compter sur la réactivité d’une dernière invitée pour sauver l’ornement.
D’un claquement violent, un fouet vient enrouler la sculpture pour ensuite la ramener vers son maître d’arme.
Apparue par la fenêtre ouverte, ses spartiates montées sur talons et enroulées par-dessus son pantalon jaune au niveau des chevilles, la jeune femme blonde au justaucorps rose tend volontiers la statue à Saori.
Navré, Tatsumi se jette aux pieds de la réincarnation d’Athéna : « Oh ! Mon maître, mon maître ! Qu’ai-je fait ? »
Sous son masque, l’héroïne s’amuse de la situation. Quelques mèches de ses longs cheveux blonds tombent sur son masque de femme chevalier.
_ « Merci June Saint de bronze du Caméléon.
_ A votre service Athéna.
_ Alors ça y est, bondit Daichi jusqu’à l’amie de Shun ? Tu sembles parfaitement rétablie !
_ Oui, je suis de nouveau sur pieds et c’est pour cela que je voulais profiter de votre départ pour la Grèce Déesse Athéna pour vous accompagner. J’aimerai vivre au sein du berceau de la chevalerie, au Sanctuaire. Et…
_ Et veiller sur Shun n’est-ce pas, sourit amicalement la déité ? C’est entendu. »
A la fois gênée et enchantée de recevoir la bénédiction d’Athéna, June se courbe bien bas, pour lui rendre les hommages qui lui sont dus.


Dans les entrailles de la Terre, en Grèce, sur un îlot entouré de lave, les Arèsiens s’exercent avec discipline.
Ils travaillent sous l’Aréopage, face à un temple grec en forme de cône dont le sommet vient se planter dans la croûte terrestre qui sert de plafond à cette immense cavité.
Vêtus d’orange et portant une cuirasse rouge, ils obéissent à la grosse voix de Tromos.
Le Berserker de la Terreur, colosse de deux mètres quatre-vingt-trois, bardé de muscles, porte sa Nightmare couleur sang, dissimulant presque tout son corps, arborant une pierre d’améthyste au centre de sa poitrine.
Le guerrier d’Arès répète avec ses hommes diverses formations militaires.

Plus loin, debout au milieu d’Arèsiens assis en tailleur, le second Berserker sous les ordres de Vasiliás explique également diverses stratégies militaires.
Atychia Berserker du Malheur, garde toute sa féminité dans cette armure écarlate qui épouse à merveille ses formes généreuses.
Avec sérieux, les troupes du Dieu de la Guerre se préparent à l’affrontement contre Athéna promis par Vasiliás à Yoma.

Le Berserker de la Royauté, responsable des troupes du dieu moqué par l’Olympe, observe ses gens s’exercer avec succès.
Impérial dans sa Nightmare d’un rouge vif qui couvre l’intégralité de ses jambes, bardant chaque genou de cornes courbées qui remontent à mi-hauteur de ses cuisses, il sourit sous son masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts et qui est maintenu par son casque ovale formant une gueule de lion tel le casque de l’armure divine de Zêta.

En retrait, en direction du chemin souterrain qui relie le monde contemporain à l’Aréopage, le général voit revenir la silhouette d’un de ses hommes.
Soucieux, il s’approche de Tromos qui ôte aussitôt son heaume et s’agenouille.
_ « Tromos. D’où revient ce soldat ? Il ne me semble pas avoir envoyé quiconque à l’extérieur. Les vivres ont été rapportés en quantité suffisante il y a peu. Et nous ne manquons pas d’eau. Je sais qu’il reste quelques mauvais esprits parmi mes hommes issus de la première génération d’Arèsiens en notre époque. Se pourrait-il qu’il en fasse parti et soit allé semer le trouble sur Terre ? »
_ Vasiliás, dissimule sa gêne Tromos dans sa longue barbe ! Non… Euh… En fait… Comment dire… C’est moi qui l’ai envoyé.
_ Sans m’en avertir ?
_ Oh… Euh… Mais… Euh… Toujours dans le but de faire appliquer ta justice.
_ Explique-toi.
_ Pour la plupart d’entre nous, quand tu nous as convaincu de te rejoindre pour faire régner la justice en faisant couler le sang de tous les criminels de ce monde, tu as rendu justice à ceux qui avaient un passé douloureux. Je pense par exemple à Atychia que tu as aidé à venger sa famille. Dans mon cas, c’était beaucoup plus complexe. Alors j’ai demandé à un de nos soldats d’aller enquêter en Argentine, mon pays natal pour…
_ Ça va, ça va. La prochaine fois, pense à m’en parler avant, c’est tout. »

L’espion saute par-dessus la mer de lave et vient s’incliner devant les deux Berserkers : « Seigneur Vasiliás. Seigneur Tromos. »
L’homme au front dégarni, regarde Vasiliás, comme pour l’implorer de laisser le messager s’exprimer.
D’un mouvement de bras résigné, l’Américain cède : « Parle. Nous t’écoutons. »
Le soldat se racle la gorge : « Comme vous le savez, Buenos Aires est extrêmement grande et très dense. Cependant, il ne m’a pas fallu trop de mal pour trouver ce Segador. Son nom fait froid dans le dos à quiconque l’entend là-bas. Il est resté caché pendant plusieurs années, le temps de se faire un nom. Mais maintenant qu’il s’est bâti une véritable fortune, il a corrompu les autorités locales et tue aujourd’hui sans vergogne. Il se rend tous les soirs au Disfrute, un club très tendancieux qui lui appartient en plein centre de la ville. »
Las, Vasiliás passe sa main sur son visage : « Bon… Ça fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de remettre un beau costume. Allons donc faire une toilette puis retrouvons le monde d’aujourd’hui Tromos. »
Le robuste Berserker se relève aussitôt, les larmes aux yeux et déterminé…


En Grèce, à proximité du Cap Sounion, suspendu à la pointe d’une falaise avec vue sur la Méditerranée, un immense manoir voit de nombreux domestiques s’agiter.
Debout, dans une immense salle de bain, le richissime et somptueux héritier de la famille Solo ajuste son smoking blanc.
Pendant qu’il admire son reflet dans le miroir, Julian précise : « Ce soir Saori Kido sera des nôtres. A ce qu’on dit, elle est aussi belle qu’une déesse. Mon père et son grand-père avaient pour habitude de faire des affaires ensemble. A nous deux, à la puissance de nos fortunes, de nos moyens et de nos ambitions, nous pourrions conquérir le monde. Qu’en penses-tu ? »
Son regard bleu fixe l’image de son ami, positionné dans son dos.
Tout aussi soigneusement vêtu, achevant de fixer un foulard blanc par-dessus sa veste bordeaux, Sorrento tempère : « Je ne sais quoi vous répondre Monsieur Julian. Après tout, cela ne fait que peu de temps que j’ai la chance de côtoyer votre monde. »
Le chef d’entreprise se retourne pour admirer le regard gêné de son camarade.
_ « Il est vrai que notre rencontre fut inattendue. Je finançais un orphelinat, lorsque tu venais jouer de ta flûte pour les enfants malheureux.
_ Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, joignant nos causes l’une à l’autre. »
Les yeux océans de Julian s’égarent vers l’horizon…
_ « Oui, la construction d’un monde heureux dans un cycle instrumental mélodieux... »
Julian se racle ensuite la gorge pour se résoudre à changer de ton.
_ « Toutefois tu ne m’as pas répondu au sujet de Saori Kido.
_ Etes-vous au moins sûr qu’elle partage les mêmes idéaux que vous M. Julian ?
_ Qui ne voudrait pas construire un monde nouveau ?
_ Certains voudraient laisser les choses telles qu’elles sont aujourd’hui.
_ Est-ce vrai ?
_ Certains dieux sont pour.
_ Des dieux auxquels je ne crois pas dans ce cas, durcit aussitôt le ton le Grec.
_ Après tout, engage le Marina un autre sujet en dissimulant du mieux qu’il peut sa satisfaction d’avoir entendu ça, vous êtes admiré par d’autres femmes.
_ A quoi bon me réfugier dans ce qu’il y a de plus simple, quand ce que je convoite le plus ne me demande que peu d’efforts supplémentaires ?
_ Alors votre décision est prise ?
_ Oui, ce soir Saori Kido sera mienne.
_ Y a-t-il une chance qu’elle refuse ?
_ J’ai tout. Le pouvoir, l’argent et les mers. Peut-on fermer les yeux sur tout ce que j’offre ? Sur tout ce qu’offre un être semblable au Dieu des Mers et des Océans ?
_ Elle possède le pouvoir et l’argent elle aussi. A défaut des mers, les Kido dominent la terre.
_ Conquérir son c½ur c’est conquérir la terre. Elle ne peut qu’accepter de me permettre ainsi de dominer le monde. »


Dans la dimension qui surplombe la Terre, à l’intérieur d’un des onze temples qui forment la base du Mont Olympe, le temple du soleil, le silence et la peur règnent en maîtres.
Allongé sur une de ses banquettes à savourer le nectar et l’ambroisie, Apollon laisse la chaleur d’un immense foyer suspendu au milieu de son temple lui caresser le visage.
Irradiant dans un immense socle maintenu par d’épaisses chaînes au plafond, Apollon reste les yeux fermés, froid et imposant.
Seul le raclement de gorge de son serviteur, petit, sénile et dégarni, le sort de sa quiétude : « Seigneur Apollon. Je me demandais, quand comptiez-vous intervenir auprès de Tezcatlipoca ?
_ Exprime ta pensée Roloi.
_ Cela fait plusieurs mois que des Saints d’Athéna le traquent. Sans succès jusqu’à présent, certes. Néanmoins ils se rapprochent chaque jour un peu plus de lui. Ne craigniez-vous pas qu’ils finissent par le débusquer, l’avoir par surprise et faire échouer votre plan. »
D’un ton monocorde, le dieu du Soleil s’expriment par ses phrases courtes qui confirment chaque fois la haute estime qu’il a de lui-même : « Il est trop tôt pour que Tezcatlipoca attaque la Terre. Il n’est pas suffisamment fort tout seul pour attaquer Athéna qui vient de récupérer son Sanctuaire. Il sera plus utile en complément d’une autre Guerre Sainte. Roloi, cesse de t’inquiéter. Mon plan se déroule à merveille. Bientôt sur Terre Poséidon se servira d’Odin. Hadès se réveillera et formera une alliance avec Arès. Tout ceci grâce à Helénê. De ton côté tu as récupéré l’Armillaire de Chronos. Alors que Helénê est mon pion sur Terre tu es mon pion en Olympe. Et mon jeu progresse en silence avec efficacité. »
Les petits yeux plissés du fils de Zeus expriment tant de fierté, qu’ils ne croisent pas le regard du serviteur, pourtant tout aussi avide de succès.


A proximité du Cap Sounion, les invités de la maison Solo, tous plus élogieux les uns que les autres, sont arrivés bien vite.
Si vite que les domestiques n’ont pas vu la nuit tomber.
Le vestiaire, les hors-d’½uvre, le champagne… Les serveurs ne savent plus où donner de la tête dans cette immense salle où de nombreux musiciens s’évertuent à rythmer l’ambiance de musiques classiques.
Dans la foule élégante, Saori salue timidement les divers associés et politiciens avec lesquels elle a eu l’habitude d’échanger ces dernières années.
Accompagnée de Tatsumi qui fait honneur au buffet, elle n’a de cesse de se sentir à l’étroit dans un monde qui était encore le sien il y a un an.
Les affaires ne lui semblent maintenant n’être qu’une corvée qu’elle doit accomplir afin de garder l’anonymat sur sa réelle identité afin de préserver l’équilibre du monde.
Lorsque le ministre français des affaires étrangères vient la saluer afin d’échanger sur un dossier en suspens, Saori préfère déléguer l’échange à Tatsumi.
Elle se précipite à un des nombreux balcons pour admirer l’océan.
Splendide dans sa robe blanche, qui va à merveille avec le bijou agrafé à un ruban rosé autour de son frêle cou, la petite fille de Mitsumasa Kido souffle d’impatience : « Seiya… Je suis si proche de toi… Cependant, il m’est impossible de revenir auprès de toi. Mes sentiments de femmes s’effacent là où commence ma mission divine… »
Ses pensées s’éloignent, lorsqu’elle reconnaît sur les rochers devant elle la passagère qui l’accompagnait dans son jet.
Dissimulée dans l’ombre, le fouet à la main, la Pandora Box couverte d’un linge blanc, June veille au grain. Elle attend qu’Athéna lui fasse signe de la tête pour la quitter en toute quiétude et s’engager en direction d’Athènes et du Sanctuaire.
_ « June… Tu vas pouvoir veiller au chevet de Shun. Profite de cette occasion. Comme j’aimerai pouvoir être à ta place en cet instant, confesse Saori. »

Plus loin, là où la plage n’est pas illuminée, le bas de pantalon de velours pourpre et les chaussures de Sorrento, ne craignent pas de venir tremper dans l’onde calme de la Méditerranée.
Il laisse une brise salée venir le décoiffer, pendant qu’il hume à pleins poumons cet air qui lui sied tant…

A l’intérieur, un domestique de la propriété Solo s’avance sur l’estrade ornée d’un trident, blason de la famille de Julian.
Au-dessus de sa tête, sur les rideaux rouges, une banderole « Happy Birthday » lui évite un long discours. Il lève sa coupe d’alcool pétillant et attire vers lui l’attention des convives de son maître : « Je porte un toast pour célébrer les seize ans de Julian ! Santé ! »
Tous l’imitent dans la bonne humeur, rappelant depuis dehors Athéna a ses devoirs d’humaine.
Elle retrouve Tatsumi qui s’étonne toujours autant de croiser tout ce beau monde : « Impressionnant, tous les grands de ce monde sont réunis ici. C’est normal puisqu’il s’agit de la fête d’anniversaire du fils de la première fortune mondiale. Mais tout ça n’est-il pas un peu exagéré ? »
La familiarité du Japonais oblige Saori à le rappeler à l’ordre, alors qu’il se goinfre des succulents mets proposés : « Tatsumi, tiens ta langue. Bien que Julian n’ait que seize ans, il assure la succession de son père, y compris à la tête du clan Solo. »
En flânant, Tatsumi se rattrape : « Je ne suis pas sans ignorer que c’est une personne très importante. »
Tout ceci amuse énormément le maître de maison.
Raffiné, imposant toute sa puissance et son charisme, Julian se révèle enfin aux yeux de Saori : « Je suis très honoré d’être le sujet de votre discussion Mlle Saori Kido. »
Ignorant totalement la présence du bras droit de la jeune femme, il traverse la pièce et vient lui baiser la main.
_ « Je suis Julian Solo. Bienvenue à ma fête d’anniversaire. Il s’agit là de notre première rencontre, mais on m’a dit que mon père et Mitsumasa Kido étaient très proches.
_ En effet, mon grand-père m’a souvent parlé de la riche famille grecque Solo et de son empire maritime.
_ Je vous ai invité car je voulais vous rencontrer depuis longtemps. Vous êtes encore plus belle que je ne l’imaginais. J’aimerais vous parler seul à seul, dans le calme. Allons sur la terrasse, venez. »
Prenant Saori par la taille, il abandonne Tatsumi sans même daigner le regarder.
Le robuste second de la Fondation Graad grogne : « Mademoiselle ! Ce type ne me plait pas du tout ! »
Arrivés à une autre aile que celle empruntée plus tôt par Saori, les deux chefs d’entreprise échangent devant une petite zone portuaire.
_ « Il y a plusieurs siècles de ça, ma famille s’est bâtie un empire sur les sept mers à commencer par la Méditerranée et elle s’est constituée une fortune colossale. Mon père disait souvent, celui qui domine les mers, domine le monde. Car les océans couvrent soixante-dix pour cent de la surface terrestre. Bientôt, je dominerai moi aussi les sept mers et le monde, par conséquent. Saori, accepteriez-vous de partager cette joie avec moi ? Moi, Julian Solo, je souhaite que vous deveniez mon épouse.
_ Votre épouse, s’étonne de ses grands yeux profonds et circonspects Saori ? Vous plaisantez ?
_ Ce n’est pas une plaisanterie, Mlle Saori. Avant même de vous rencontrer, je sentais un lien fort entre nous. Et j’en ai la confirmation ce soir. Nous nous sommes déjà rencontrés, jadis, bien avant notre naissance. »
Soudain, sans même qu’ils s’en rendent compte tous les deux, leurs deux présences intérieures communiquent avec plus d’insistance.
_ « Quelques siècles auparavant… Non, durant l’antiquité, je sens que nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises, ressent Julian. »
Une étrange atmosphère s’en suit, durant laquelle les deux restent les yeux fixés dans le regard de l’autre avec détermination.

Lorsque la manifestation de leur for intérieur s’estompe, il reprend un ton charmeur, passionné.
_ « Qu’en pensez-vous Mlle Saori ?
_ Je suis très flattée. Mais je suis au regret de devoir refuser. Excusez-moi. Je suis fatiguée, aussi vais-je prendre congé de vous. Je dois repartir très tôt demain matin pour le Japon. Au revoir. »
Elle tourne aussitôt les talons et retourne à l’intérieur.
Pantois, seul, le magnifique bellâtre refuse d’admettre la réalité : « Saori… Impossible ! Il existe une femme capable de me résister ? »
Pourtant, très vite, il reprend cette mine fière que Sorrento lui connaît si bien : « Depuis ma naissance, j’ai toujours obtenu tout ce que je désirais. Vous deviendrez mienne vous aussi. »
Résolument convaincu, mais aussi profondément blessé, Julian ne se voit plus retourner faire la fête et recevoir les flatteries des puissants.
Inopinément, une lumière resplendit au loin : « Qu’est-ce qui brille au Cap Sounion ? Il n’y a pourtant rien là-bas ! »
Il s’engage en direction de l’escalier qui lui permet de longer la plage en ignorant son majordome venu l’interpeller au balcon.
_ « Seigneur Julian ! Seigneur Julian ! Où allez-vous ? Vos invités vous attendent !
_ Je… J’ai vu… Là-bas… Il y a… Non. Laisse. Dis-leur que je suis fatigué. Que je ne me sens pas très bien, balbutie-t-il en se retirant.
_ Mais enfin la soirée ne fait que comme… »
L’entêté héritier ne répond plus, il est comme aimanté par cette lumière, qu’il voit scintiller de plus belle.
La voix de son employé ne lui parvient plus.
Ses chaussures blanches sont léchées par le sable humide et son pantalon s’arrache à mesure qu’il grimpe les rochers pour atteindre le sommet du Cap Sounion.
Malgré les obstacles, il n’abdique pas.
Aveuglé, il approche jusqu’à la pointe du précipice : « Qu’est-ce que c’est ? »
Il lève les yeux du sol vers les cieux en étudiant avec minutie le long manche doré qui maintient fixé en son sommet trois pointes marines à l’acier lisse et tranchant : « D’où vient ce trident ? »
Une voix semblable à une mélodie lui répond : « C’est le vôtre depuis les temps mythologiques. »
Cette symphonie qui lui parcoure le dos l’oblige à se retourner : « Qui êtes-vous ? »
Il découvre une jeune femme agenouillée couverte d’une armure en forme d’écailles rosées aux longs cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.
_ « Je suis Thétis de la Sirène Marine.
_ La Sirène Marine ? Et vous dites que ce trident est à moi ?
_ Oui, maître Julian Solo ou plutôt maître Poséidon Empereur des Mers.
_ Poséidon ?
_ Maître Julian, vous êtes la réincarnation du dieu Poséidon, maître des océans depuis les temps mythologiques.
_ Moi la réincarnation de Poséidon ?
_ Oui. Vous nous revenez après deux cent ans d’absence. Accompagnez-moi au temple de Poséidon.
_ Au temple de Poséidon ?
_ Oui, seul ce sanctuaire sous-marin est digne de votre divine personne. Les Marinas, les Généraux et héros des océans, vous y attendent. Bien, allons-y. »
Sans même lui laisser la moindre chance de se débattre, Thétis l’enlace par la taille avant de se jeter avec lui.
Du haut du Cap Sounion, ils plongent dans une mer plus agitée que sur la plage : « Que faîtes-vous ? Ah… »


A la surface, à l’autre bout du monde, une voiture sportive rouge progresse lentement et ne passe inaperçue auprès d’aucun piéton au c½ur d’une ville encore calme à la nuit tombante.
A l’intérieur, mal à l’aise dans des vêtements civils qui l’habillent de trop, Tromos reconnaît bien son pays natal : « Ça bouge à peine à cette heure-ci à Buenos Aires. Pourtant, lorsque nous serons au c½ur de la nuit, la fête battra son plein. La musique des clubs se mélangera dehors aux rires des passants pour former un brouhaha inaudible. »
Vasiliás admire, impeccable dans son costume blanc, les nombreuses enseignes festives : « Tant mieux... Cela n’en rendra que plus discrets nos agissements. »
L’objet de leur venue ramène Tromos à de douloureux souvenirs.
Le géant, à l’étroit dans ce véhicule que Vasiliás a insisté pour louer, n’ose pas regarder son supérieur.
_ « Ca me touche que…
_ Tromos. Lorsque j’ai choisi de constituer mon armée, j’ai promis à chaque homme enrôlé de tout mettre en ½uvre pour garantir la paix et la sécurité de tout un chacun. L’existence même de ce Segador est en contradiction avec le monde que nous voulons créer.
_ Je me demandais quand même, même si nous tuons des criminels, n’en devenons nous pas non plus en agissant ainsi ?
_ Tu doutes de la morale de nos engagements ?
_ Depuis la nuit des temps, les dieux s’affrontent pour instaurer leurs paix sur Terre. Mais au final, rien n’a changé. Les famines, les guerres, les hommes mauvais, rien n’a été éradiqué.
_ C’est pour cela qu’ils doivent recevoir notre châtiment.
_ Même si nos actes me semblent justes, on parle quand même d’extermination. D’êtres mauvais, certes. Mais qui peut juger ? Crois-tu que nos hommes auront les épaules assez larges pour ça ?
_ Le costume du justicier peut paraître ingrat à porter. C’est pour cela que je me ferai roi de ce monde. Moi seul dois vivre avec l’esprit tourmenté pour la punition que nous infligerons aux criminels. Nos hommes ne seront que de simples exécutants.
_ Mais dans ce cas nous ne te suivrons que par peur du châtiment.
_ Vous me suivrez uniquement pour la paix et le bonheur de vivre en sécurité sans être raillés ou menacés.
_ Une extermination massive aura donc lieu.
_ Détruire les racines du mal à un prix. Mais les esprits pervertis ne doivent pas systématiquement être annihilés. Les coupables d’actes majeurs éliminés, les coupables d’actes mineurs devront seulement être jugés. Même si c’est sévèrement, cela permettra de faire réaliser quelle façon de vivre est juste. Les mentalités changeront et chacun s’évertuera à acquérir son bonheur sans nuire à celui des autres.
_ Alors je te suivrai. En appliquant ta loi, j’offrirai aux hommes le bonheur auquel je n’ai pas eu droit.
 _ J’ai l’impression que tu renouvelles ton serment envers moi, sourit l’Américain en restant concentré sur la route. Lorsque j’ai été retiré à mes parents, surenchérit Vasiliás au silence gêné de Tromos, des êtres aimants qui faisaient mon bonheur de petit garçon, je n’avais pas conscience des souffrances de ce monde. C’est arrivé au Sanctuaire, le berceau de la justice, c’est là que je me suis rendu compte que la nature humaine était viciée. Brimades, humiliations, violences, menaces… La vie dans le domaine sacré n’avait rien d’un conte de fée. Le pire fut, lorsque je pus découvrir la vie contemporaine avec mes yeux d’adulte. Lors de ma fuite, en trouvant refuge au Canada, j’ai constaté que le monde auquel on m’avait retiré, celui dont me protégeait mes parents, ce monde que maintient Athéna, n’était que tragédies. Vols, abus de faiblesse, meurtres, viols, pédophilie… Rien ne correspondait aux souvenirs de l’éducation familiale que j’avais reçu. Non seulement le Sanctuaire m’avait privé de mes parents qui moururent de chagrin après ma disparition, mais il se battait depuis des siècles pour protéger ce courant fou, qui bafoue les valeurs que je veux instaurer. Ma soif de justice n’en est que plus justifiée. »
Convaincu, Tromos fixe avec détermination une enseigne illuminée dont le nom se reflète d’un rose luxurieux. Il laisse son énorme main taper sur la cuisse de son supérieur pour l’alerter : « Là ! Le « Disfrute » ! »
Le roi au service d’Arès détaille avec minutie la façade : « Cinquante bons mètres de devanture, une grande porte à l’avant, uniquement une clientèle assez mondaine qui fait la queue, un vigile tous les deux mètres dans la file d’attente et… qui surveillent tout le pourtour du bâtiment ! Impossible de passer par une porte de service sans éveiller les soupçons. »
Commençant à ouvrir la portière alors que la voiture est en pleine marche, Tromos déclare : « Qu’importe ! A la vitesse à laquelle nous savons nous déplacer nous n’avons rien à… »
Malgré la différence de corpulence entre les deux hommes, le leader tire sèchement son second pour le dissuader de descendre. Son geste, ferme et oppressant, convainc l’enfant du pays d’y réfléchir à deux fois.
_ « Il y a trop d’innocents ici. Et n’oublie pas ce qu’a dit l’espion que tu as fait envoyer. Beaucoup de dissidents à Segador se trouvent emprisonnés à l’intérieur. Apparemment, le rez-de-chaussée est un immense dancing avec plusieurs salles. Il y a un étage, les appartements privés certainement. Si tu regardes au sol, il y a quelques trappes à l’angle des murs. Certainement des grilles d’aération pour les sous-sols. S’il y a des prisonniers, c’est là que nous les trouverons.
_ Je veux Segador !
_ Il sera à toi. Mais n’oublie pas que pour les gens de ce monde, nous sommes des surhommes. Ils ne doivent pas soupçonner notre existence. Nous faire remarquer par la cosmo énergie nous révèlerait également à Athéna. Si elle découvre qu’Arès a fondé une nouvelle armée, elle pourrait nuire à nos projets.
_ Que comptes-tu faire alors ? »
Tout en stationnant avec simplicité son véhicule un peu plus loin, Vasiliás resserre légèrement sa cravate : « Tu vas être mon partenaire de soirée ! »


En Grèce, sous la mer, dans le sanctuaire sous-marin, Julian revient peu à peu à lui.
Etalé de tout son long sur les dalles blanches du parvis du temple du Dieu des Océans, il ouvre mollement ses yeux.
L’eau salée lui pique encore.
Ses narines lui brûlent après que l’eau se soit infiltrée dans ses poumons. Mais c’est bien l’air qui lui fait gonfler de nouveau sa poitrine.
_ « Pourtant, le bruit berçant des vagues… Ce va et vient apaisant… Je l’entends toujours, réalise-t-il en revenant à lui. Pourquoi ne suis-je plus dans les abysses ? A mesure que je m’y enfonçais avec cette femme, je souffrais. J’ai perdu connaissance. Où suis-je ? Nous avons plongé dans la mer, sommes-nous sortis de l’eau ? Où est passée l’eau, s’interroge-t-il en levant la tête vers le ciel ? L’eau est au-dessus de nous, telle une voûte céleste, réalise-t-il instantanément ! Nous sommes donc bien dans les fonds marins ?
_ En effet. Dans les abysses maritimes se trouve votre empire. »
Thétis l’accueille debout devant un des sphinx, qui décore l’extérieur du palais.
Bouche bée, le Grec admire les étendus au relief fait de roches spongieuses.
Enfin, lorsqu’il finit de faire le tour de lui-même, il tombe nez à nez avec une immense bâtisse aux colonnes doriques.
_ « Regardez. Voici votre temple.
_ Un temple aussi énorme sous l’océan, comment est-ce possible ? Voici donc le temple de Poséidon, le sanctuaire des mers. Et c’est… »
Son attention se focalise sur une Scale majestueuse qui l’attend sur les marches de l’édifice.
Dès lors, les écailles rentrent en harmonie avec lui, révélant sa cosmos énergie tout en épousant ses formes.
L’alchimie est parfaite, la conscience de Poséidon s’éveille en même temps que la Scale habille Julian.
Déjà une centaine de soldats Marinas venue de tout le royaume se prosterne à ses pieds.
Devant eux, arrivent sept Généraux couverts d’écailles aux couleurs semblables aux siennes.
Parmi eux, tête baissée, n’osant pas lever les yeux, Sorrento se courbe. Suivi de Bian, Io, Krishna, Kassa et Isaak.
Seul le Dragon des Mers s’avance un peu plus que les autres avant de s’incliner.
_ « Seigneur Poséidon, votre armée est au complet. Votre peuple attend vos ordres. »
Durant de longues secondes, l’empereur scrute chaque homme qu’il a sous ses ordres sans dire le moindre mot.
Autant de temps où, sous son heaume, Kanon sent rouler sur son front la sueur froide que seul un homme complotant contre les dieux peut ressentir : « Il est de retour. C’est l’instant fatidique. Si tout se passe comme je l’ai prévu, il se contentera de voir que nous sommes prêts et il ne restera plus qu’à lui faire mettre l’anneau des Nibelungen à Hilda. Les Guerriers Divins remporteront la victoire pour nous et je pourrai gouverner en utilisant ce dieu pantin. »
L’instant de vérité ne lui fait pas défaut.
Le dieu tourne le dos à ses sujets et entame la montée vers ses appartements.
_ « Dragon des Mers. Tu sembles avoir été le chef de mes rangs en mon absence.
_ C’est le cas.
_ Je te félicite d’avoir réunis mes Généraux et une armée de Marinas. Mes hommes savent se tenir. Et si je suis ici aujourd’hui, c’est qu’Athéna est revenue en ce monde. Viens donc t’entretenir avec moi sur la situation. »
Sans mot dire, Kanon s’enfonce dans les profondeurs des locaux, pendant que les hommes retournent vaquer à leurs occupations.
Seul, au milieu de la place vide, Sorrento lève enfin les yeux en direction du chemin emprunté par son maître : « Même si vous n’avez eu aucune considération en égard à l’amitié que nous partagions dans notre ancienne vie, je reste fidèlement vôtre. J’ai passé ces derniers mois à vos côtés, sans me soucier des décisions prises par le Dragon des Mers. Je prie pour qu’elles soient à la hauteur de vos espérances. »

A l’intérieur, progressant les yeux fermés à mesure que la mémoire lui revient, Poséidon emboîte le pas à Kanon.
Après avoir traversés les différents appartements et autres salles de réunions, les deux hommes forts du sanctuaire sous-marin empruntent un pont de pierre.
La passerelle est suspendue au-dessus d’un bain immense. Ce dernier est alimenté par l’eau qui provient du plafond et qui s’écoule sur toutes les parois.
Ce splendide décor n’impressionne en rien Poséidon qui continue d’échanger avec son Général : « … Alors après cela tu as commencé à réunir les Généraux.
_ En effet. Tout en confiant la tenue des rangs aux premiers rassemblés, j’utilisais les Scales qui me servaient à identifier les autres promus. Entre temps, j’effectuais diverses recherches pour vous permettre d’affaiblir Athéna et conquérir la Terre. Pour cela, il m’a fallu envoyer Isaac du Kraken à Atlantis.
_ Hum… Atlantis… Mon esprit s’y est éveillé il y a plus de deux cent ans pendant une Guerre Sainte entre Athéna et Hadès.
_ En effet. Il a été rendormi par l’intervention du Saint d’or du Verseau de l’époque. Cela a valu à la cité d’être condamnée. Son seul accès restant Blue Graad. J’ai donc organisé une Guerre Sainte entre Blue Graad et Asgard afin de faire diversion et d’y envoyer notre homme. _ Atlantis est parsemé d’artefacts puissants. Pour lequel l’as-tu envoyé là-bas ?
_ L’anneau des Nibelungen. J’ai pu étudier ces treize dernières années les diverses entités de cette planète et j’ai trouvé celle d’Asgard, Odin, digne de notre intérêt. Cela s’est confirmé durant la Guerre Sainte entre les royaumes du grand nord. Les défenseurs d’Odin ont un niveau capable d’égaler les meilleurs saints d’Athéna. Et surtout, si la Prêtresse d’Odin cesse ses prières, les glaces des pôles sont menacées de fondre. La fonte des pôles signifierait une victoire des océans sans même mener nos hommes à la bataille.
_ Et si Athéna combat les God Warriors, elle n’aura plus de forces armées pour lutter contre mes Marinas.
_ Athéna est déjà affaiblie après un complot interne, qui a décimé la moitié de ses hommes.
_ Et les nôtres ? J’ai cru dénombrer une centaine de soldats.
_ Nos Généraux ont un niveau digne de vous. Cependant, nos soldats ne valent pas mieux qu’un vulgaire Saint de bronze d’Athéna. »
Poséidon termine de gravir l’escalier d’eau et parvient devant deux immenses portes, dans lesquelles est gravé un imposant trident en or. Grâce à son cosmos, il les ouvre sans le moindre effort et observe sa salle du trône où, sur son siège, resplendit la bague maléfique.
_ « L’anneau des Nibelungen.
_ Je pense qu’il fera le nécessaire, sourit dans l’ombre de son casque avec perfidie Kanon. Votre peuple a assez souffert ces derniers millénaires, pour éviter de subir de nouvelles pertes inutiles. Les femmes et les enfants qui peuplent les environs vous vénèrent chaque jour que vous leur accordez. La population est de moins en moins importante, mais elle est l’héritage des élus que vous aviez choisi dans les temps mythologiques pour repeupler votre nouveau monde. »
Par télékinésie, l’empereur vient faire virevolter par-dessus la paume de sa main le bijou alors qu’il se pose au fond de son siège.
_ « Tu me disais toi-même que les hommes de la prêtresse d’Odin étaient puissants. Pour sceller l’anneau il ne faudra pas que nous soyons dérangés.
_ Hilda de Polaris, c’est le nom de la prêtresse, est toujours accompagnée de Siegfried de Dubhe. Peut-être que si nous infiltrons Thétis, nous arriverons à les séparer le temps de…
_ Si Thétis a ta confiance, alors prépare là à cette mission sur le champ. Dès demain, Hilda sera sous mon emprise. Et la Terre n’aura alors jamais mieux portée le nom de Planète Bleue ! »


En Argentine, à Buenos Aires, très élégant, Vasiliás patiente calmement dans la file à quelques mètres de l’entrée du Disfrute.
_ « Allons, cesse de faire la tête, dit-il en levant les yeux vers Tromos.
_ Je ne suis pas venu danser.
_ Ça tombe bien, moi non plus. J’aime la musique, mais je danse comme un pied. On va boire un verre, observer les allers et venues des hommes de Segador et on agira discrètement. »

Enfin arrivés à l’entrée, une fois scrutés de haut en bas par les vigiles à l’allure menaçante, les deux Berserkers sont accueillis par une hôtesse à la peau chocolat.
Les cheveux courts, d’un noir de jais, le regard perçant, sa voix est suave : « Je suis Peligra. Vous n’êtes pas des habitués de notre club n’est-ce pas ? »
Face à la nervosité de Tromos, Vasiliás choisit d’être l’interlocuteur privilégié de la vénusté montée sur des escarpins aussi ténébreux que sa veste de tailleur grande ouverte sur sa peau d’ébène luisante.
_ « Effectivement. Nous sommes Américains et avons fait une halte à Buenos Aires pour affaires chère demoiselle Peligra.
 _ Alors je vais me charger de vous faire visiter, lui dit-elle en lui tendant la main. Comme pour chaque client, je suis la chargée à votre service. »
Elle lui serre et caresse la paume de main avec attention lorsqu’il la lui donne.
Elle dirige son bras libre en direction de diverses salles toutes mystérieusement dissimulées par des rideaux de velours rouge.
_ « Dans cette direction se trouve notre restaurant et le piano bar. Ici le bar où vous seront versés les meilleurs cocktails que vous pourrez trouver en Argentine. Une piste de danse vous permet de vous mêler à la foule, ou bien peut-être préférerez-vous l’intimité de quelques banquettes encerclant un podium sur lequel je pourrai vous réserver une petite danse ? »
Vasiliás snobe le charme de sa guide en pointant la direction de l’étage.
_ « Ces escaliers ne nous sont pas accessibles ?
_ Il s’agit des alcôves réservées à nos meilleurs clients, passe-t-elle sa main sur l’épais n½ud de soie saumon qui lui sert de jupe. Après se trouvent les appartements privés de la direction.
_ Dans ce cas j’espère devenir très vite le meilleur de vos clients, sourit-il de ses grandes dents pour complimenter la splendide employée.
_ Cela ne tiendra qu’à vous, lui rétorque-t-elle avec un regard provocateur.
_ Cette musique me donne déjà mal à la tête, mais je suis partant pour boire un verre, casse l’ambiance Tromos laissé pour compte dans ce jeu de séduction. »
Peligra devance alors les deux compagnons. Elle traverse la piste de danse.
Esquivant les corps qui se déhanchent au milieu des stroboscopes, des lasers et de la fumée, les Berserkers échangent leurs impressions.
_ « Tu as vu, nous sommes passés incognito, relativise Vasiliás. Elle n’a même pas remarqué que tu es Argentin. Il faut dire que lorsque tu as quitté ton pays, tu devais encore avoir tous tes cheveux.
_ Je ne perds pas mes cheveux, j’ai le front large, c’est différent, frotte Tromos le haut de son crâne assez dégarni ! »
Après un sourire complice échangé, Tromos revient à l’objet de leur présence.
_ « Comment comptes-tu t’organiser ?
_ Si tu regardes bien, dans tous les groupes venus ici, il y a une hôtesse qui ne les lâche pas. Il en sera de même pour la nôtre. A moins que l’un de nous ne se l’accapare.
_ C’est bon, j’ai compris. Je suis de trop.
_ Continue de jouer la carte de l’indifférence. Une fois que nous serons séparés, trouve le chemin qui mène au sous-sol. Je te laisse d’abord libérer les prisonniers. Ensuite, seulement, tu pourras te rendre à l’étage. Segador et ses hommes seront à toi. »
Tromos choisit donc la direction du bar pour tromper la vigilance de Peligra.
Avant qu’il ne s’en aille, Vasiliás retient l’homme aux petits yeux noisette : « N’oublie pas d’agir en toute discrétion. Je compte sur toi. »

Au milieu de trois couples remuant l’un contre l’autre sensuellement, Peligra s’inquiète du départ précipité du robuste client : « Ma présence l’indispose-t-il ?
_ Absolument pas. Mais il est du genre réservé. Difficile à croire que cette montagne de deux mètres quatre-vingt-trois aime passer inaperçu. Il est parti noyer son chagrin d’avoir aujourd’hui loupé un gros contrat en allant au bar.
_ Que dois-je faire pour vous satisfaire dans ce cas ? Peut-être vous présenter à d’autres clients ? Ou vous entraîner sur la piste ?
_ Je n’aime pas danser.
_ Les fauteuils dans ce coin dans ce cas ? Ils sont occupés par un grand investisseur local.
_ J’ai déjà signé beaucoup de contrats aujourd’hui. J’ai affirmé ne pas aimer danser. Mais je n’ai jamais dit que je n’aimais pas qu’on danse pour moi… »


Loin de la moiteur de l’Amérique du Sud, à l’entrée même du domaine d’Asgard, sur la route de cristal, là où Seiya et Thor s’affronteront dans quelques jours, une silhouette couverte d’un épais manteau de laine blanc progresse péniblement dans la neige.
La masse cotonneuse drape les terres gelées du dieu Odin.
Les cheveux d’or et le teint halé de la voyageuse permettent à quiconque la croiserait de l’identifier comme une intruse.
Hélas, la météo capricieuse de ce jour ne permet pas à Thétis de croiser le moindre habitant ni le moindre garde.
_ « Par ce froid, il faudrait être fou pour sortir, assure-t-elle. Le Dragon des Mers m’a demandé de trouver le moyen d’écarter la Princesse de Polaris de son fidèle bienfaiteur Siegfried. Ce ne sera pas tâche aisée et il me faudra jouer de tous mes charmes. »

Arrivée devant un croisement, la Danoise qui a élu domicile sous la Méditerranée ces dernières années est face à un dilemme.
_ « La route s’écarte. A gauche une vallée qui maintient de la neige fraîche, propice aux avalanches, et à droite, une progression vers une montagne. »
Soudain, le frisson d’un danger lui parcourt le dos. Une légère secousse retentit.
_ « Il n’y a pas de doutes possibles. Il s’agit d’un cosmos. Vers la montagne, devine très vite Thétis ! »
 
En effet, plus loin, plus haut, en direction du Mont Baldr au sommet duquel Mime trouvera la mort contre Ikki, une cavité est formée à travers la roche.
Tout autour de cette entrée, la neige fond en raison de la chaleur libérée par la lave du volcan où s’entraîne régulièrement Hagen.
Aux abords, Freya ne craint donc pas le froid.
La peau blanche, les yeux verts concordant à merveille avec le tissu qui couvre ses épaules par-dessus sa robe blanche, la magnifique demoiselle admire tout le courage d’Hagen.
Aujourd’hui, il s’entraîne dehors. L’athlétique guerrier nordique surmonte la rudesse du froid. Il exécute en mêlant vitesse et puissance de nombreux enchaînements.
Lorsqu’un courant d’air glacial vient lui arracher son maillot kaki, pour lui couper la peau à hauteur de l’abdomen, il ne sourcille même pas. Il contre le souffle avec le sien en dégageant son arcane : « Universe Freezing ! »
C’est une fois qu’il est parvenu à couper le souffle du vent, qu’il s’accroupit enfin pour contenir son hémorragie.
Inquiète, les doigts entremêlés, les cheveux blonds épais couverts d’un bonnet rose, Freya ignore le danger qui règne dehors. Elle se précipite vers son amant pour le ramener à l’intérieur de la caverne volcanique.
_ « Je t’avais dit de t’entraîner à l’intérieur, près du volcan, comme d’habitude.
_ Non Princesse Freya. Je sais que vous souffrez trop de la chaleur à proximité de la lave et je ne veux pas vous imposer ça. »
Il se cramponne fermement le ventre pour contenir sa plaie.
Alors, la cadette de la famille de Polaris prend le relais. Elle essuie l’hémoglobine séchée sans même exprimer le moindre dégoût. Au contraire, son geste lui permet de caresser les lignes fermes des abdominaux du futur God Warrior.
Son attention lui vaut un sourire plein de charme de l’Asgardien, qu’elle s’empresse de prendre à pleine bouche.
Accroupit au-dessus de lui pour dominer sa grande taille, elle l’embrasse avec passion maintenant que sa plaie cesse de saigner.
Alors qu’il remonte peu à peu la longue robe de sa bien-aimée pour enfin avoir l’immense plaisir de parcourir de ses mains le long de ses douces jambes, Freya se presse de lui défaire son pantalon blanc…

Perdue, titubante, la vue obstruée par la neige, Thétis est parvenue à remonter la trace du cosmos d’Hagen.
L’inconnue de ces terres aux neiges éternelles surgit inopinément face au couple qui ne fait plus qu’un.
Attirée par la clameur libérée crescendo et simultanément par le frottement régulier de la chair des deux amants, Thétis apparaît devant eux.
Sa douce voix libère une mélodie lorsqu’elle prononce avant de s’écrouler face à eux : « Aidez-moi… Je vous en prie… »
Pris au dépourvu, charmés par cette voix harmonieuse, ils s’échangent d’abord un regard mêlé de charme et de surprise. Puis réajustent leurs vêtements en accourant vers elle…


Au même moment, en Grèce, dans le sanctuaire souterrain d’Arès, le calme est propice à la progression funeste de la discorde.
Sa représentante divine, Eris, profite de l’absence de Vasiliás et Tromos pour s’infiltrer au sein de l’Aréopage.
Voulant poursuivre avec elle ses manigances, Arès sort discrètement de son temple.
Il avance seul par-dessus la lave qui encercle l’îlot où se dresse l’antique palais.
Insensible au magma, il rejoint sa s½ur réincarnée.
_ « Je savais que la reprise de son Sanctuaire par Athéna ne t’avait pas laissé indifférente.
_ Beaucoup de morts, de ranc½ur, de peine, de trahisons, de doutes… Il est temps de passer à l’action tu ne crois pas.
_ A l’époque, elles ont été scellées chez toi n’est-ce pas ? Dans ton Jardin d’Eden à Hokkaido. »
Sous les traits de Kyoko, Eris devine où veut en venir Arès.
_ « En effet. Tes Ombres. Les guerriers à ton service qui commandent les Berserkers.
_ Alors lors de la dernière bataille où ils étaient à mes côtés, Athéna a eu la malice de les emprisonner dans ton temple enseveli pendant que tu étais prisonnière de la Pomme d’Or à la dérive dans l’espace. Astucieux. Elle pensait que tu ne te réincarnerais pas de sitôt et cela me privait de mes meilleurs atouts.
_ Avec eux, lors de ta première tentative d’invasion du Sanctuaire en 1979, tu aurais réussi ton coup.
_ Pas sûr, relativise le dieu assagi avec le temps et influencé par les stratagèmes de Ksénia et Vasiliás. Je me suis précipité et y suis allé avec une armée incomplète. J’ai profité de la Guerre Sainte contre les Titans pour tenter de m’emparer du Sanctuaire d’Athéna et ai été repoussé par des Saints de bronze et d’argent. Très vite, les Saints d’or revinrent victorieux. Même avec mon armée de Berserkers au complet, commandés par mes Ombres, nous aurions été mis en difficulté car pris à revers par le retour des Saints d’or du Cronos Labyrinthos.
_ Quelle clairvoyance ! Je t’ai connu moins calme !
_ La vérité c’est toi qui me l’as montré. Par ta façon de t’immiscer dans le c½ur des hommes. Mon Berserker de la Royauté a rebâti mon armée. Il l’a façonnée avec des soldats pleins de souffrances. Il met à ta disposition de parfaits candidats à tes Evil Seeds. Il a monté son plan d’invasion du Sanctuaire avec minutie et patience. Nous n’aurons qu’à le cueillir lorsqu’il aura accompli le travail. Et lorsqu’il croira me prendre à revers, mes Ombres le cueilleront comme toi tu cueilleras toutes ces âmes, arèsiennes et athéniennes que tes Evil Seeds auront égrainées durant la bataille. »
Enjouée, Eris s’approche de son frère pour coller d’affection sa tête contre son torse.
_ « Tu avais donc tout prévu mon frère…
_ Je ne suis pas le seul, n’est-ce pas ? Si mon échec de 1979 était conséquent à mon manque de patience, je te sais, toi, bien moins rustre. Et capable de plus de réflexion. Lorsque tu as attaqué en 1984 le Sanctuaire, tu brouillais les pistes n’est-ce pas ? »
Démasquée, la Déesse de la Discorde sourit avec perfidie.
S’émancipant des bras de son frère, Eris fait apparaître sur elle un chemisier blanc rentré dans une jupe crème donnant à Kyoko une apparence contemporaine.
_ « C’est une longue histoire. Que penses-tu de profiter d’être nés humains en cette ère pour goûter au plaisir qu’ils s’offrent avant notre avènement ?
_ Seulement si tu promets de me révéler le détail de tous les meurtres commis sous ton influence, accepte-t-il. »
Dès lors, il s’affuble lui aussi de vêtements.
Habillé d’un long manteau beige qui descend jusqu’à un pantalon de costume gris, il prend la direction de la surface dans de belles chaussures de ville : « Bien, gouttons à ce monde en tant que Kyoko et Mars, avant de le diriger en tant qu’Eris et Arès ! »

2
Only for Love / Chapitre 70
« on: 8 March 2021 à 15h19 »
Chapitre 70

Les douze flammes de la grande horloge du Sanctuaire, sont éteintes depuis bientôt quinze jours.
Le retour d’Athéna au Sanctuaire a achevé l’année 1986 par un message de paix.
Depuis, à chacune de ses apparitions, Athéna est saluée par une clameur populaire qui rompt le calme habituel du domaine sacré.
Du fait de la conspiration de Saga des Gémeaux, son visage était resté mystérieux, au point même que certains doutaient de son existence. Dorénavant, depuis son avènement, la déesse se montre à eux régulièrement dans toute sa splendeur et sa noblesse.
Les habitants du Sanctuaire ne perçoivent aucun point obscur dans le sourire plein de force qu'Athéna leur retourne. Ils se réjouissent de la victoire de la justice et prient pour que la paix dure pour toujours.

Néanmoins, Saori conserve une profonde réserve de sentiments.
Si une certaine amélioration est à noter dans le rétablissement de ses Saints de bronze, elle s’ennuie néanmoins d’eux.
De plus, les messages réguliers des Steel Saints, relayés par des messagers basés à Athènes, inquiètent l’héritière de la Fondation Graad.

Ce n’est pas l’arrivée de Tatsumi qui la rassure.
Le majordome, accompagné de plusieurs gardes dont son inséparable acolyte, le père de Kyoko et Shoko, qu’il a rebaptisé du même nom que le sien, se présente dans la salle d’audience du Grand Pope.
Comme dans la plupart des maisons du zodiaque en travaux, il peut sentir l’odeur du plâtre et du ciment frais. Il ne reste bientôt plus rien des champs de bataille où le sang de beaucoup d’amis a coulé.
_ « Ah ! C’est incroyable Mademoiselle Kido ! Tout est bientôt comme neuf, la félicite Tatsumi !
_ En effet, nos ouvriers et nos soldats ont travaillé sans relâche. »
L’homme au visage dur et au crâne dégarni peut remarquer la mélancolie qu’exprime la déité. Gêné, il approche jusqu’au siège où elle est positionnée et se penche en avant pour lui remettre en bonne et due forme un courrier : « Je suis désolé de vous ramener à vos obligations humaines. Toutefois, Sho m’a transmis une invitation qui vous a été envoyée par la famille Solo. En effet, le riche héritier de cette compagnie partenaire de notre Fondation Graad vous invite à son anniversaire dans sa résidence en Grèce. »
Avec délicatesse, elle s’approprie le document et l’examine quelques secondes : « Je vois… C’est à quelques kilomètres d’ici et… Ce banquet aura lieu dans deux mois et demi. En attendant, je devrai pouvoir m’occuper des affaires de la Fondation depuis ces lieux, souffle-t-elle pleine d’amertume. »
La voix fort avisée de son protecteur, Mû, retentit dans la salle : « Peut-être devriez-vous retourner au Japon le temps de régler certaines choses Majesté. Après tout, aucun danger ne nous guette pour le moment. »
La parfaite réincarnation aux cheveux lilas n’attendait que l’aval de ses plus proches conseillers.
Tout en regardant le Saint d’or du Bélier faire son entrée depuis les deux grandes portes de la salle qu’il a ouvert lui-même, elle lève les yeux vers le plafond et demande : « Il est en effet nécessaire que je retourne auprès des membres de ma société. Beaucoup de décisions doivent être prises pour favoriser des ½uvres humanitaires et des investissements dans les pays en voie de développement. Qu’en pensez-vous Dohko ? »
Par télépathie, l’intonation fatiguée du Saint de la Balance approuve la décision : « Comme le dit Mû, aucun danger ne vous guette. Vos messagers sont revenus avec des retours favorables des différentes prises de contact avec les autres dieux. Blue Graad vous a renouvelé sa fidélité. Asgard et Yíaros ont salué votre retour. Les représentants des dieux égyptiens et indiens ont été heureux d’apprendre votre décision de retirer les troupes de Saga de leurs territoires. De plus, il est difficile pour Athéna de faire oublier à Saori qui elle est, ainsi que ses obligations. Il est nécessaire pour votre propre bien être de retourner vous ressourcer au Japon. Mû et les autres veilleront sur Seiya et ses amis durant ce temps.
_ Dans ce cas, peut-être pourrais-je rentrer en compagnie de Jabu, Ichi, Nachi, Geki et Ban ? Ils assureront ma garde tout en étant heureux de rentrer chez eux.
_ Il serait préférable de laisser un Saint d’or vous accompagner, s’inquiète Mû, sans vouloir manquer de respect à vos amis…
_ Jabu et les autres sont très fiers des exploits de Seiya et de ses compagnons. Il leur tient à c½ur de prouver leur valeur à eux aussi. Je suis certaine d’être en sécurité avec eux. 
_ Qu’il en soit ainsi, valide Dohko d’un air amusé depuis les Cinq Pics.
_ Dans ce cas Majesté, j’insiste pour que Kiki vous accompagne. En étant au plus près de vous, il pourra m’informer du moindre danger.
_ J’accepte sa compagnie avec plaisir Mû, rassure Saori d’un élégant sourire. »


A l’autre bout du monde, le réveil du 3 janvier 1987 dans ce village perdu sud-américain est semblable à tous les autres pour les villageois.
Chacun s’affaire à ses tâches quotidiennes à Icnoyotl au Mexique.

Posté sur le toit de la taverne où il séjourne avec les siens, Mei cesse sa méditation pour observer de façon assidue les faits et gestes de chaque passant.
_ « Le retour d’Athéna en son Sanctuaire est une merveilleuse nouvelle pour le monde. Si nous parvenons à accomplir cette mission pour Marin, nous parviendrons à lui donner toutes les cartes nécessaires à son succès. Et ainsi je laverai l’affront de mon maître. »
Il cesse de se recueillir quand il remarque au détour d’une ruelle calme l’apparence de deux êtres qui lui sont bien connus.
En effet, esseulés, Nicol et Iuitl, la serveuse de la taverne, sont assis, adossés contre le mur d’une maisonnette.
Côte à côte, la jolie jeune femme blonde garde sa tête en appui sur l’épaule du Grec qui est tout aussi endormi qu’elle.
En se frottant le menton, le Japonais s’amuse : « Apparemment la soirée s’est bien déroulée pour lui. »
Puis, d’une mine plus perplexe, il s’inquiète du calme sous ses pieds.

Inévitablement, contrairement au reste du village, le réveil est plus compliqué dans l’auberge où la fête a battu son plein toute la nuit.
Étendues toutes les deux, seules, chacune dans leurs lits, Médée et Yulij n’arrivent pas à émerger, malgré le soleil resplendissant qui passe à travers les lucarnes des chambres.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice s’en navre : « Un soir de plus à avoir fait la fête. J’ai l’impression que certains oublient même le but de notre présence en ces lieux. »

Rapidement, l’attitude étrange d’un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, lui donne raison.
D’un pas saurien, l’insolite personnage interpelle le chevalier : « C’est Cuetzpalli, un serveur de l’auberge. Comme tous les autres, il a fini son service de nuit. Mais pourquoi guette-t-il si prudemment tout autour de lui ? »

De toit en toit, Mei suit furtivement la trace du maigre employé.
Celui-ci sort par plusieurs ruelles d’Icnoyotl et s’engage au sein même de la forêt.
_ « Ichtaca, le patron de l’auberge, nous a dit que hormis les voyageurs, personne ne quittait le village. Tous en sont originaires, se souvient Mei. »
Le chevalier de bronze s’enfonce dans la jungle en quête de réponse.

Le chant de la forêt, mêlant craquements de branches, pas et cris d’animaux, ambiancent rapidement sa filature.
Tel un lézard qui se faufile, Cuetzpalli emmène Mei au plus profond de la jungle, dans une direction où l’étranger n’a pas encore mis les pieds.
Laissant pendre sa très grande langue, le régional de l’étape avance sans plus se retourner.
_ « Il semble avoir baissé sa garde depuis qu’il est sorti d’Icnoyotl. Voudrait-il cacher ses ballades dans le coin ? »
D’arbre en arbre, l’asiatique ne prête attention qu’à sa proie.

Il ne se rend donc pas compte qu’il est devenu une proie à son tour.
Il l’est, pour un mammifère carnivore grand et massif qui l’a pris en chasse dans le sillage de Cuetzpalli.
Alors qu’il saute en direction d’une nouvelle branche à une demi-douzaine de mètres de haut, il est happé par la gueule d’un félin tacheté.
L’animal lui plante ses crocs en plein flanc et lui brise ainsi plusieurs côtes.
Il l’entraîne dans une lourde chute où il se réceptionne à merveille alors Mei, toujours dans sa gueule, s’échoue tête la première.

Secoué et blessé, le chevalier revient à lui tant la douleur de la morsure l’insupporte.
Il parvient à choper dans chaque main la mâchoire du prédateur et à l’écarter suffisamment pour s’en extraire.
Il espère la lui briser en l’écartant encore plus grand, mais les muscles extrêmement puissants de la bête l’en empêchent.
La pression que ses bras exercent sur ses côtes brisées ne l’aide pas à réaliser ce qu'il voulait faire.

L’homme et l’animal se mettent alors en position, ils tournent tous les deux l’un autour de l’autre en se fixant les yeux dans les yeux.
_ « Comment a-t-il pu sauter si haut ? Le jaguar est un félin trapu et plutôt court sur pattes, raisonne Mei. »
L’animal, lui, est plutôt alléché par l’odeur du sang qui s’écoule des plaies de sa victime et qui s’incruste dans son maillot jaunâtre.
Choisissant de mettre un terme à cette plaisanterie, Mei tend le bras en direction de l’animal pour invoquer son arcane.
Seulement, à peine ouvre-t-il la bouche pour en prononcer le nom, que deux autres animaux bondissent de derrière des fougères. Le premier chope le bras de Mei et le lui transperce tandis que le second lui mord directement le crâne, en espérant porter un coup fatal au cerveau.
Heureusement, avant même que les crocs n’atteignent son organe vital, il balance le lourd jaguar accroché à son bras en l’air, d’un mouvement spectaculaire, pour cogner celui qui arrive par-dessus lui.
En gémissant, les nouveaux arrivés sont repoussés en arrière.
Hélas, un tel mouvement a profondément lacéré l’avant-bras droit de Mei.
Il n’a pourtant pas le temps de s’en plaindre que son premier prédateur lui arrive contre la poitrine pattes en avant.
Le poids du félin renverse Mei qui n’a pas d’autre choix que de coller sa main gauche contre une de ses oreilles, rondes et noires au revers avec une tache blanche au milieu, et murmure : « Lost Children. »
Des filaments s’échappent aussitôt de ses mains et percent le cerveau de l’animal en passant par son conduit auditif.
La carcasse lourde de plus de quatre-vingt-dix kilos s’affaisse sur l’homme écorché vif.
Il parvient à bousculer son adversaire et cherche en vain les deux autres.
Il tourne sur lui-même, regardant de bas en haut : « Rien ! Cuetzpalli aussi a disparu ! »
Il détaille son bras droit et ses côtes gauches meurtris pour mieux décider : « Dans cet état il est plus prudent que je rentre. »

Avant même qu’il ne s’engage dans la direction d’où il vient, son attention est prise par le bruit de plusieurs pas, lourds et fugaces.
Le chemin du retour est bloqué par une dizaine de jaguars gueules grandes ouvertes.
Cynique, Mei se permet de ronchonner : « Je croyais que les jaguars étaient des chasseurs solitaires. Faîtes-moi penser à engueuler Nicol pour ses leçons intuitives en rentrant. »
Puis, aussitôt, à vive allure, il fait demi-tour et court.
Il fuit les animaux enragés sans user de trop de cosmos : « Je pourrai aller plus vite, mais j’ai peur de ne plus avoir suffisamment de cosmos pour contenir la douleur de mes blessures. »

Après plusieurs kilomètres de courses, la forêt s’achève brutalement au bord d’un précipice où s’écoule plus bas une rivière.
Derrière lui, Mei entend l’approche de ses chasseurs : « La vache, là-dessus par contre Nicol avait raison. Ils ont une très grande endurance. »
Soudain, la voix aiguë de Cuetzpalli complète : « Ils sont d’excellents nageurs aussi. »
Le chevalier remarque le Mexicain en appui contre un rocher, patientant tranquillement depuis qu’il a quitté la vue de Mei.
Le Saint espère l’attraper mais les ronronnements furieux sont tout près : « Alors ? Que vas-tu faire ? Te laisser dévorer en voulant m’avoir ou bien plonger pour sauver ta vie ? »
N’ayant guère le choix, voyant les plus véloces jaguars pointer le bout de leurs museaux, il se résigne et se jette dans le vide.
Sans même hésiter, les animaux l’accompagnent.
La chute est vertigineuse et le niveau d’eau pas suffisamment élevé pour amortir l’arrivée de Mei. Celui-ci touche le fond et se déchire le corps contre les rochers…


Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, le temple d’Apollon, agrémenté à l’entrée d’un soleil gravé dans la roche et surélevé par des colonnes doriques, vit des heures calmes, silencieuses.
Debout, dans l’arrière-cour, fixant solennellement le sommet de la montagne où demeure Zeus, le Dieu du Soleil se tient noblement. Ses petits yeux plissés et ses traits fins lui donnent cette allure hautaine qui le caractérise.
Dans son dos, portant quelques corbeilles d’ambroisie et des jarres de nectar, des servantes dressent de nouvelles offrandes qu’elles ont ramassées dans les prieurés où se regroupe le peuple. Observant une parfaite discrétion afin de ne pas troubler la quiétude des lieux, l’une d’elle laisse échapper une vive exclamation lorsqu’elle sent la main mal attentionnée d’un vieil homme lui caresser le postérieur.
Les doigts ridés du petit bonhomme s’aventurent contre la toge fine et immaculée de la fidèle d’Apollon. Le plaisir qu’il en tire se lit dans ses petits yeux ronds inondés de bêtise.
Aussitôt, le propriétaire des lieux cesse sa méditation et affiche un regard encore plus cruel à l’attention de celles qu’il considère comme des esclaves.
Les innocentes prêtresses pressent le pas et abandonnent le vieillard harcelant qui tire sur ses fines moustaches comme pour dissimuler ses âneries.
Le bougre, au sommet du crâne dégarni, ne garde autour de la tête qu’une épaisse touffe de cheveux blancs coton. D’un certain âge, il avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre.
Sa fausse bonne conduite devant son maître ne convainc pas ce dernier pour autant : « Faut-il toujours que tu te fasses remarquer négativement Roloi ? »
Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds commencent à afficher une certaine perfidie lorsqu’il toise la divinité : « Vous m’excuserez pour cet écart Dieu du Soleil, mais il me semble que le résultat de ma mission mérite un peu de divertissement. »
De sous sa robe blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or, le bougre sort une boule faite de cercles métalliques qui tournent les uns sur les autres. Au centre de cette petite sphère une bille représente la galaxie.
Le conspirateur cueille l’objet dans ses mains et félicite son sujet : « Ainsi tu l’as obtenu. Tu as bravé les monts interdits, à l’opposé de l’Olympe. Là où toute vie olympienne cesse. Tu as suivi le chemin étroit, en serpentin, tout autour de ces pics rocheux qui regorgent de ruines de temples et de statues. Là où personne ne s’est aventuré depuis la nuit des temps. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des Olympiens. Mais toi, tu es parvenu à son sommet où un étrange lac rayonne de mille couleurs pour revenir avec l’Armillaire de Chronos.
_ Comme vous l’aviez vous-même pensé Seigneur Apollon, le lac est toujours endormi et l’artefact secret était libre d’accès. »
Piétinant sans gêne quelques fleurs que les prêtres de son temple entretiennent sans cesse, Apollon arbore l’objet mystérieux en direction du ciel et affiche une expression sournoise : « Désormais, plus rien ne pourra se mettre en travers de ma route. L’astrolabe sphérique que Chronos gardait à portée de main, pour le jour où il affronterait Zeus, est entre mes mains. Si mon plan échoue et que Zeus ne parvient pas à se défaire de l’affection qu’il a pour Athéna et les hommes, alors l’Armillaire le retiendra prisonnier et lui dévorera la vie. »


Ramené sur la rive de la forêt mexicaine par le courant, Mei revient peu à peu à lui.
Sa vision est floutée par un voile rouge, issu du sang qui s’échappe avec abondance d’une plaie frontale résultant de sa chute.
Il distingue à côté de lui deux animaux morts, certainement pour les mêmes raisons que lui est mal en point.
Cela n’empêche pas le ronron d’un autre jaguar qui s’approche de lui depuis la terre ferme. L’animal au pelage humide grogne si fort qu’il couvre le bruit de l’écoulement de l’eau.
Derrière Mei, trois autres animaux nagent en approche.
Sur le sol marécageux, l’approche saugrenue de Cuetzpalli confirme les doutes que Mei avait à son propos : « Alors tu es un Jaguar ? »
En guise de réponse, il se raidit et libère de longues canines qui remplacent ses dents. Des poils jaillissent sur toute la surface de son corps pour lui attribuer un pelage tacheté. Sa masse corporelle se développe légèrement mais arrache malgré tout le pagne qui fait le tour de sa taille. Ses ongles deviennent griffus et seule sa crête subsiste au sommet du crâne de ce personnage atypique.
_ « Je vois, vous pouvez vous transformer à tout moment.
_ Pour les Jaguars les plus assidus dans la maîtrise du cosmos, il est facile d’enclencher le processus dans les deux sens et ainsi n’être revêtu de son Nahual qu’en cas de nécessité. »
Malgré sa mauvaise posture, Mei garde le sourire : « Dans ce cas, je ne me sentirais pas coupable en appelant à moi ma Cloth. »


Plus loin, à Icnoyotl, toujours endormis sous la chaleur du soleil désormais bien haut dans le ciel, Nicol et Iuitl profitent de ces instants câlins.
Lorsque soudain, depuis la taverne, une étoile jaillit par la fenêtre de la chambre de Mei.
Le Grec revient aussitôt à lui et réveille Iuitl dans son sursaut : « Mei ! Son armure ! Elle est partie en direction de la forêt ! »
Alors que ses yeux s’habituent difficilement à la lumière du jour, Iuitl bougonne : « De quoi parles-tu ?! »
Le Saint d’argent pointe du doigt le chemin emprunté par la Cloth de son compagnon : « Dans cette direction ! La forêt ! Sais-tu où elle mène ? »
L’autochtone se mordille d’inquiétude ses lèvres charnues : « Je suis née dans ce village et n’en suis jamais sortie en raison du danger. Encore plus ces derniers temps. »
Malgré tout, la décision du chevalier d’argent est prise : « Tant pis, j’y vais ! »
La jeune femme blonde coiffée de plumes noires le retient par le bras : « Je t’en prie, laisse-moi venir avec toi ! »
N’ayant pas de temps à perdre, Nicol se résigne et la prend à bras avant de s’engouffrer par de grandes enjambées dans la jungle…


Là-bas, encerclé, Mei s’élance dans les airs pour recevoir la protection de sa Cloth.
Celle-ci, d’un gris oscillant entre teintes claires et plus profondes, habille parfaitement ses frusques usagées. Son diadème couvre sa plaie, tandis que le cosmos libéré par l’armure revigore le chevalier de la Chevelure de Bérénice.
Devant la beauté du spectacle, Cuetzpalli n’en reste pas moins confiant. Il passe sa longue langue pendue tout autour de ses babines et ordonne à ses compagnons : « Allez-y mes fidèles protecteurs ! Faîtes-lui rendre gorge ! »
Cette fois-ci, Mei ne se laisse plus surprendre.
Malgré ses côtes gauches brisées et son bras droit lacéré, le Saint de bronze esquive un à un les quatre derniers animaux : « Ça suffit Cuetzpalli ! Je ne souhaite pas faire du mal à tes bêtes domestiques. Affronte-moi d’homme à homme… Si je puis dire… »
L’ironie de son ennemi agace davantage l’autochtone.
Il écarte ses bras pour appeler en lui toutes ses forces : « Je vais te faire ravaler tes sarcasmes : Thunderbolt Fang ! »
A peine le Mexicain achève sa phrase que le tonnerre gronde, couvrant le cri de détresse de Mei projeté dans l’eau d’où il est sorti.

Couché au fond du fleuve, le Japonais sent une profonde douleur sous sa poitrine dont l’armure est ébréchée : « Incroyable. Comme si ses crocs avaient invoqué le tonnerre, j’ai été frappé par la foudre. »
Brusquement, il sent sa jambe être happée vers la rive.
Les crocs plantés dans l’armure, un des jaguars ramène sa proie à son maître.

Sur la rive, Cuetzpalli caresse l’animal docile : « Merci à toi. Je l’ai volontairement laissé en vie pour que vous puissiez avoir le plaisir de le dépecer vivant. Allez-y, régalez-vous de sa chair ! »
Les quatre félins obéissent sans hésiter et se précipitent sur le garçon aux cheveux argentés.

Convaincu de sa victoire, le serveur, l’un des deux espions envoyés par le prête Icnoyotl, tourne le dos à son adversaire.
Pourtant, quelques couinements lui font réviser son jugement.

Derrière lui, les animaux sont soulevés par de fins filaments.
Ceux-ci sortent des mains de Mei qui reprend position, tout en gardant prisonniers autour de lui les bêtes enragées : « Je t’avais dit de laisser tes matous hors de ça. »
Il les balance un à un contre Cuetzpalli qui les évite sans chercher à leur épargner une chute brutale.
Agacé, le Jaguar prend les devants, suivi de sa troupe : « Je vais te faire fermer ton clapet : Thunderbolt Fang ! »
Mei passe ses mains devant lui comme pour faire écran.
Il libère des cheveux qui forment un bouclier dont les filaments se plantent dans le sol : « Lost Children ! »
Les Crocs du Tonnerre échouent contre la barrière de Mei qui sert de paratonnerre.
Mei libère après coup une vrille de fils qui menace Cuetzpalli.
Le Jaguar, d’un habile déhanché, empêche son c½ur d’être transpercé.
Cependant, c’est son épaule qui est traversée.
Après avoir percée l’épaule du guerrier de Tezcatlipoca, la vrille libère ses milliers de cheveux pour transpercer de part en part les animaux acharnés.
A une vitesse incroyable, Mei est parvenu à contrer l’attaque de son adversaire, à riposter et à tuer dans d’atroces souffrances les quatre jaguars.
_ « Sans mon entraînement à Jamir, je n’aurai jamais réussi un tel exploit. Et encore, je n’ai pas réagi à la vitesse de la lumière, affirme au fond de lui le chevalier. »
Essayant de contenir l’hémorragie de son épaule gauche, Cuetzpalli garde la main droite contre.
Ses babines remontent pour arborer ses crocs menaçants : « Tu vas payer pour avoir tué mes jaguars.
_ Tu ne peux en vouloir qu’à toi-même. Je t’avais demandé de faire partir tes gros minets. De plus, trop confiant, tu m’as dévoilé ton arcane sans la déployer au maximum de son potentiel. Hélas, une attaque ne marche jamais deux fois contre un chevalier averti. Mes fils plantés au sol me servent de paratonnerre. Ils absorbent le choc de ta technique. »

Refusant d’abdiquer malgré tout, Cuetzpalli fonce sur Mei. Celui-ci pare la droite du thérianthrope et tire, grâce à sa main libre, sur sa langue pendue pour amener son visage contre le sien et le frapper d’un coup de tête en plein museau.
La truffe en sang, la langue arrachée, Cuetzpalli réussit malgré tout à rappeler à Mei que c’est proche de la mort qu’un animal s’avère être le plus dangereux.
Grâce à une charge violente, il repousse le Japonais à l’eau.
Baignant jusqu’aux genoux, il réalise trop tard le stratagème de Cuetzpalli, qui déclare avec difficulté : « Un paratonnerre ne te servira à rien dans l’eau. Je vais mettre toute ma vie dans cette ultime tentative : Thunderbolt Fang ! »
Mei se contente de tisser un seul lien entre lui et Cuetzpalli : « En effet. Mais je suis persuadé que je résisterai mieux que toi, quoi qu’il arrive : Lost Children. »

Un simple fil permet de conduire la foudre invoquée par les Crocs du Tonnerre de Cuetzpalli.
Les dents serrées, les yeux plissés, Mei encaisse et garde en ligne de mire Cuetzpalli.
Plus le Jaguar libère d’énergie, plus celui-ci en ressent les effets.

Comme prévu, Cuetzpalli s’écroule en premier, mettant fin au calvaire du chevalier.
Le corps anthropomorphe, lourdement encastré dans le sol boueux, libère encore la fumée indiquant le triste état de ses organes carbonisés.

Malgré l’eau et ses blessures antérieures, Mei, lui, s’extirpe de l’onde, la tête baissée et le pas lent.
Sur la rive, il se laisse tomber à genoux.
_ « Ce combat aura été un bon test. En plus de la puissance et de la maniabilité de ma technique, j’arrive à adopter différents stratagèmes instinctivement en plein combat. Et ma résistance, même mise à rude épreuve, est bien plus grande elle aussi, se félicite-t-il. »

Inopinément, le sol tremble progressivement tandis qu’un grognement approche.
De derrière les fougères, arrachées d’un simple mouvement de bras, surgit le premier Jaguar auquel ont été confrontés Mei et ses amis à leur arrivée au Mexique.
Les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, Titlacauan, le lieutenant de Tezcatlipoca, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Comme on se retrouve étranger ! »
Mal en point, Mei grimace à l’idée de combattre un lieutenant du dieu ennemi dans son état.
Malgré tout, il ne perd pas son ton provocateur : « Tu m’étonnes, grosse peluche. On peut dire que tu tombes à pic. »
La voix grave et ronronnante de Titlacauan n’apprécie guère les railleries de Mei.
Tout en retournant sur le dos Cuetzpalli, il le provoque : « Même s’il avait la langue bien pendue, Cuetzpalli n’avait pas une aussi grande gueule que toi. Je suis surpris de voir qu’un simple guerrier Jaguar ait pu te mettre dans cet état.
_ Te fous pas de moi. On sait très bien tous les deux qu’il existe différents niveaux de puissance parmi vos guerriers Jaguars. Cuetzpalli n’était pas le plus mauvais. »
Tout en fixant avec colère le regard d’un Cuetzpalli agonisant, il maugrée : « Apparemment Cuetzpalli n’a pas su se taire. Comme à son habitude il a fallu qu’il t’en dise trop sur nous.
_ Il faut dire qu’il croyait pouvoir me vaincre facilement, flâne d’un air irrévérencieux Mei. Mais ce n’est pas avec une armée de chatons que vous viendrez à bout de moi. »
Face aux dépouilles des jaguars qui jonchent le sol, Titlacauan n’arrive plus à tolérer davantage de propos outrageants.
Sa force brute provoquant par le simple mouvement de son bras un puissant appel d’air, Titlacauan choisit d’envoyer un lourd coup de poing à un Mei abattu.

Miraculeusement, le coup est stoppé en pleine course par l’arrivée fortuite de Nicol.
Celui-ci reçoit dans la paume de sa main, la pénible pression exercée par le lieutenant.
Si puissamment que le sol s’affaisse et qu’il se retrouve comme Mei avec de l’eau jusqu’aux chevilles.

Abandonnée derrière un arbre, Iuitl se montre à son tour et passe ses mains avec émotions devant Cuetzpalli qui convulse. Elle reconnaît l’homme au pelage tacheté : « Oh mon dieu. Cuetzpalli… Que t’est-il… »

Au bord de l’eau, Nicol et Titlacauan ne bougent pas d’un pouce.
Toujours aux prises l’un contre l’autre, Nicol, d’une voix claire et posée, propose : « Sans remettre en question tes aptitudes au combat. Je doute que tu puisses faire le poids contre deux Saints. Même si l’un des deux est meurtri. Je te propose donc de rebrousser chemin. »

Soudain, une nouvelle voix, aiguë et perfide, libérée par une très large et très fine bouche aux dents longues et pointues, rejoint le groupe : « Ta clarté d’esprit et ton comportement me plaisent de plus en plus étranger. »

Depuis l’obscurité de la forêt, apparaît seul un homme mince, les épaules tombantes, le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
Titlacauan abandonne aussitôt son opposition et incline légèrement sa tête : « Necocyaotl, Prêtre de Tezcatlipoca. »

Nicol profite du recul du Jaguar pour relever sous son bras Mei.

L’ecclésiaste continue : « Je vois que vous êtes de mieux en mieux renseignés sur nous. Je me demande jusqu’où cela nous conduira. »

Titlacauan retourne auprès de son supérieur qui utilise son écharpe rouge pour les enrouler tous les deux dans le but de les faire disparaître comme lors de leur première rencontre avec les Saints.
_ « Attendez, s’empresse Nicol !
_ Tut tut tut, souffle Necocyaotl… Ne sois pas pressé. Peut-être seras-tu l’ultime sacrifice fait au soleil avant que celui-ci ne nous offre un nouveau monde ? »
Les deux sujets de Tezcatlipoca disparaissent aussitôt.
Ils laissent à Nicol le loisir de repartir comme il est venu, en compagnie d’Iuitl.
Celle-ci totalement dépassé par les événements, est désemparée par la mort de Cuetzpalli.


Sur l’île où régnait il y a encore deux mois Hébé, la placidité règne.
A Yíaros, le peuple surmonte l’après-guerre avec le sourire, malgré la perte de leur déesse et de la quasi-totalité de ses chevaliers.
Malgré la tristesse, une étrange aura bienfaitrice domine toujours ce domaine, comme si la Déesse de la Jeunesse veillait toujours sur les siens.
A l’intérieur de son temple, le Parthénos, le vent de l’hiver s’engouffre dans les couloirs vides.
Les grandes portes sont ouvertes.
Il n’y a désormais presque plus âme qui vive.
Quelques soldats, de nouveaux et très jeunes gardes prenant la relève de leurs aînés décimés, nagent dans les tuniques marines et azures qu’ils ont récupéré.
Ils se réunissent dans l’immense palais pour déterminer les rondes et les actions à mener auprès du peuple.
_ « L’armée se reconstruit, fait résonner par la pensée d’¼dipe. »
L’Alcide aux multiples handicaps traîne ses immondes jambes aux côtés de Juventas, promue responsable de Yíaros après la tragédie qui a frappé les Hébéïens.
La jeune femme, fixant à travers son masque de femme chevalier les Joncs d’Athéna que Marin lui a confiée, répond avec amertume : « Crois-tu que cela sera suffisant pour contrer nos futurs ennemis ?
_ Athéna est revenue. C’est elle qui attirera les futures menaces, pas nous.
_ Contre des menaces comme Poséidon ou Hadès, elle saura faire face, seule. Mais contre l’Olympe, il faudra que tous ses alliés sur Terre s’unissent. Voilà pourquoi j’ai préféré dire au messager du Sanctuaire que nous reconnaissions Athéna comme l’une des notre, mais que nous préférions rester en retrait pour le moment. Je veux mêler le moins possible notre peuple à une nouvelle Guerre Sainte. Cependant, lorsque l’Olympe attaquera, ça ne sera pas Athéna qui sera visée mais l’humanité toute entière, Yíaros compris.
_ Du coup, crois-tu que garder les Joncs ici est une bonne idée ? »
Des cliquetis de chaussures sur le sol marbré du temple suspendent la discussion.

En toute liberté, reconnue ici comme une alliée, le Saint d’argent de l’Aigle rejoint les deux Alcides.
_ « Marin. Viens-tu chercher les Joncs d’Athéna ? Se pourrait-il que tu ais retrouvé la Chouette, espère Juventas ? »
_ Hélas non, déplore la Japonaise d’origine olympienne. Cependant, Pégase a été privé suffisamment longtemps de son Jonc. Je compte le lui remettre à son poignet. S’il parvient un jour à atteindre l’Illumination, Pégase pourra ainsi pleinement bénéficier de ses pouvoirs.
_ De quoi s’agit-il réellement ?
_ Je passe du temps depuis bientôt quinze jours au temple des prêtresses d’Athéna. Ce lieu regorge de lectures passionnantes. Il semblerait que le Jonc permet à Pégase d’appeler à lui sa véritable Cloth, sa Cloth originelle.
_ L’Illumination est un stade avancé qui est lié à l’Eveil, affirme le cultivé ¼dipe. L’Eveil est la fusion du cosmos avec l’univers. L’Illumination est la transformation de l’âme en un esprit combatif indéfectible. Ces phases caractérisent les dieux. Un humain ne peut espérer l’entrevoir s’il ne maîtrise pas totalement les septième et huitième sens.
_ Autrement dit, vu le niveau affiché lors de la bataille qu’il a mené, et l’état actuel dans lequel il est, Pégase est loin de pouvoir franchir ce niveau, en déduit Juventas.
_ La route qui l’attend est semé d’épreuves qui l’aideront peut-être à pousser sa détermination jusque-là, corrige Marin. »

Dehors, après quelques minutes de marche, les trois chevaliers regagnent le centre de l’île.
Là, une petite fille sort d’une maisonnette.
L’enfant, accompagnée de sa nourrice, trotte jusqu’à sa mère qui la prend fort dans ses bras.
Marin observe Juventas qui enlace sa progéniture : « Depuis la disparition d’Apodis, elle me réclame sans cesse des câlins. Elle se sent seule et manque sûrement de repères. J’ai du mal à concevoir qu’au terme de cette bataille, elle sera sûrement orpheline.
_ Beaucoup d’entre nous mourrons, c’est indéniable, reconnaît Marin. Mais ta fille, Agape, représente l’espoir des générations futures, qui conforteront la paix pour laquelle nous nous serons battus.
_ J’aurai tellement voulu qu’Apodis soit là. Il aurait eu les mots pour me réconforter. Il me manque tellement. Après la perte d’Iphiclès, je croyais que plus jamais je ne pourrai aimer un homme comme lui je l’aimais. »


Au Mexique, dans la cité de Citlali, Necocyaotl et Titlacauan débarquent devant la pyramide de Tezcatlipoca.
Ils approchent des tipis dans lesquels vivent les fidèles.
Le lieutenant marche en fixant d’un air suspect le prêtre.
_ « Tu aimerais t’entretenir avec moi Titlacauan, ressent Necocyaotl sans le dévisager ?
_ À vrai dire, votre attitude me perturbe. Avec notre Grand Tezcatlipoca, vous préférez ignorer la présence de ces Saints. Pourquoi donc ?
_ Ils sont très loin de localiser notre position et très loin de se douter de ce que nous tramons réellement. Aller les provoquer pourrait faire pencher la balance en notre défaveur.
_ Mais tout de même, il va falloir s’en méfier. Tout à l’heure, ce Nicol, lorsqu’il s’est interposé, j’ai senti un puissant cosmos en lui. De même que Mei, qui a parfaitement neutralisé Cuetzpalli. Ce Jaguar était un très bon élément et je crois ce chevalier lorsqu’il dit que ce combat était un test pour lui et qu’il n’avait pas donné tout ce qu’il a. Les éliminer au moment où ils ne s’y attendent pas seraient plus ingénieux.
_ Tu oublies que nous avons encore un espion à Icnoyotl. Lorsque nous frapperons contre eux, ne t’en fais pas, ils ne s’y attendront vraiment pas. »


Dans son temple, Apollon réajuste sa longue cape au-dessus de lui après s’être étendue dans un de ses nombreux sofas.
Assis au sol, à côté de lui, Roloi lui tend une coupe de nectar avec délicatesse.
Ses yeux d’un bleu aussi clair que celui du ciel de l’Olympe, suivent l’avancée d’une de ses semblables.
Grande, la poitrine généreuse libérée par une longue robe pourpre, qui lui serre sa fine taille et qui moule parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses, la Déesse du Mariage affiche du coin des lèvres un rictus de satisfaction. Le visage fin, les yeux larges, elle exprime à chacun de ses mouvements la supériorité divine dont elle se glorifie.
Sans un mot, en se positionnant dans les oreillers et les étoffes qui couvrent un banc de pierre, elle tend une main aux ongles vernis à la couleur de sa robe.
Aussitôt, d’autres serviteurs que Roloi se pressent de lui servir la même boisson qu’à leur maître dans une coupe en cristal.
_ « Quelle hospitalité, flatte Héra après avoir retirée ses lèvres pulpeuses du récipient ! Nous pouvons dire que nous sommes bien reçus dans la demeure du Soleil.
_ Que puis-je pour toi, se contente d’articuler le frère d’Artémis peu enjoué à la conversation ?
_ Me rassurer. Hestia, Héphaïstos et moi-même avons suivi ta machination, qui pour le moment s’est avérée être un succès. Pourtant, quelques événements inattendus auraient pu nous mettre en échec. Je pense au Jonc d’Athéna que tu avais confié à Hestia et qui a été récupéré par les Saints d’Athéna. Je ne sais pas si tu continues de suivre cela de près, mais il me semble également que le Pendentif de Zeus que nous avons subtilisé à l’Aigle il y a plusieurs années est convoité lui aussi par les Saints. Autrement dit…
 _ Autrement dit tu m’importunes pour rien, la coupe-t-il d'un ton impérieux. Depuis qu’il est notre le Pendentif de Zeus a été confié à un dieu mineur. Tezcatlipoca. Ce dieu m’a toujours glorifié. Le soleil est nécessaire à sa toute-puissance. Je confère au sceau qui retient prisonnière cette clochette une partie de mes pouvoirs. Cela permet d’accroître le cosmos de ce dieu mais surtout de renforcer sa fidélité. Ainsi, il défend ce sceau et, inconsciemment, ce qu’il renferme comme son culte le plus précieux. Lorsque je lui en donnerai l’ordre, il participera à pousser Athéna à la faute. Et même s’il échoue, il sera trop tard pour ma chère petite s½ur. Le sort de la Terre est scellé.
_ Pour cela, faut-il encore qu’il garde le sceau suffisamment loin des Saints avant que tu ne lui donnes l’ordre de tout détruire.
_ Que veux-tu dire ? »
La plantureuse entité aux cheveux noirs tirés pour former un magnifique chignon, coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate, balance son verre au sol en méprisant du regard les serviteurs qui se précipitent pour nettoyer. Elle quitte le temple en déclarant : « Inquiète-toi un peu plus de ce qui se passe sur Terre ! Les Saints approchent chaque jour un peu plus de Tezcatlipoca. Et ils pourraient réussir à l’atteindre plus vite que tu ne l’as prévu. Nous t’avons suivi corps et âmes dans cette conspiration, ne nous fait pas tomber. »
Pendant qu’elle s’engage en dehors du palais, l’une des plus puissantes déesses de l’Olympe est soudain immobilisée.
Tétanisé, l’angoisse rend son visage plus vulnérable. Plus humain.
L’incompréhension qui la gagne trouve très vite une réponse. 
Alors qu’elle lui tournait le dos, Apollon apparaît devant elle depuis les airs, comme s’il s’était téléporté.
Pendant que sa longue cape retombe sur le sol, il attrape entre ses mains la gorge de la mère d’Héphaïstos et la presse légèrement en exprimant un certain sadisme : « Héra. Je n’ai pas eu besoin de te pousser dans mon complot. Ta haine envers les hommes et ta jalousie pour Athéna ont été suffisantes. Dorénavant je m’appliquerai à mieux suivre les actes de Tezcatlipoca. Mais avant ça, je tiens à veiller que tu n’oublies jamais que je te suis supérieur. Et que tu me dois le respect. »
Habituellement si orgueilleux, les yeux d’Héra expriment une profonde frayeur et une sincère docilité.
Du mieux qu’elle peut, elle remue la tête pour affirmer son allégeance.
Enfin, elle reprend instinctivement son souffle, lorsque le fils de Zeus la relâche.
Accroupie, affaiblie, elle se sent craintivement soumise devant ce géant qui la domine par son imposante carrure et son regard impassible.
_ « Tu peux partir à présent. La prochaine fois que tu viendras trouver ma demeure tu y seras invitée. Tu ne fouleras plus ce sol autrement. »


De retour à Icnoyotl, dans l’auberge, à l’intérieur de la chambre de Nicol, Mei est assis sur le coin du lit.
Il garde son franc parlé malgré les blessures : « Ils s’amusent avec nous. Nous sommes un passe-temps, lorsqu’ils ne butent pas des gens pour calmer leur histoire de soleil. »
Circonspecte, Yulij déplore les blessures de son amant.
Alors qu’elle rentre dans la pièce avec des linges, du coton et de l’alcool pour désinfecter et soigner les plaies de son camarade, Médée surenchérit : « Mei n’a pas tort. Sans quoi ils auraient très bien pu nous attaquer depuis longtemps.
_ Oui Médée. Ils doivent certainement vouloir poursuivre leur activité sans qu’on y nuise, suspecte Yulij.
_ Et cela doit fonctionner sans quoi nous serions déjà morts, grimace Mei à mesure que la Muvienne panse ses plaies.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça, réagit d’une voix douteuse Nicol ?
_ Enfin, c’est évident. Cuetzpalli qui était tout proche de nous depuis notre arrivée était un espion. Pourtant, il n’a cherché à me tuer que lorsque je l’ai découvert. Tant qu’ils ne nous attaquent pas, c’est que nous sommes sur une fausse piste ou que nous sommes loin d’eux, explique Mei d’un ton amer.
_ Tu suggères qu’il y a d’autres espions, suppose Yulij ?
_ J’en suis persuadé. Il n’y a qu’à voir la copine de Nicol !
_ Pardon, réagit malaisément Nicol ?!
_ Cela ne te semble pas bizarre que malgré sa transformation, elle a réussi à reconnaître Cuetzpalli. Surtout qu’il était dans un sale état.
_ Avec la crête qu’il portait sur la tête, quoi de plus normal que de le reconnaître ?
_ Ne te fous pas de moi ! Elle était complètement bouleversée par sa mort !
_ C’était son collègue, son ami ! Ils sont tous les deux originaires de ce village ! Normal qu’elle soit affectée !
_ Elle t’a surtout tapé dans l’½il oui !
_ On va se calmer, dit Médée pendant qu'elle serre les bandages de Mei pour le faire baisser d’un ton ! Cela ne sert à rien de monter sur nos grands chevaux. Vu le stade où nous en sommes, toutes les pistes, même les plus improbables, sont possibles. »
Acerbe, l’élève de Deathmask préfère quitter la chambre.
Comme à son habitude, il ne manque pas de défier le Saint d’argent : « Ça fait combien de temps que nous sommes ici ? Deux semaines ? Si ce n’est pas encore fait et que tu ne comptes pas te servir d’elle pour notre mission, alors tape-la toi et cesse de perdre ton temps avec cette serveuse ! Elle pourrait nous attirer des emmerdes ! »
Les propos de Mei soulèvent la face cachée de l’homme raffiné qu’est Nicol.
Le Grec sort de ses gonds.
Il se jette sur Mei qui peut compter sur les réflexes conjugués de Médée et Yulij.
Après quelques tentatives d’intimidations avortées par les femmes, les bousculades cessent lorsque Mei claque la porte.

Dans le couloir, sur la mezzanine qui surplombe le rez-de-chaussée de la taverne, Mei reconnaît à sa robe rouge foncé dédoublée avec audace haut sur la cuisse la jeune femme à l’origine de sa querelle avec Nicol.
Assise sur le plancher vétuste, Iuitl qui a tout entendu de leur conversation recroqueville ses jambes jusqu’à son visage pour camoufler son chagrin.
Impitoyable, le Japonais n’en démord pas : « Es-tu satisfaite ? Ton plan marche à merveille, tu sèmes la zizanie dans notre groupe. Mais dis bien à tes Jaguars qu’il en faudra plus pour vaincre les Saints d’Athéna. »
Malgré son affliction, Iuitl garde son caractère bien trempé : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes, espèce de cinglé ! »
Aussitôt, sortant d’une chambre voisine, du linge sale sous les bras, Ichtaca, le tenancier au visage marqué par une griffe sur l’½il gauche, s’indigne : « Est-ce une façon de s’adresser à une dame ?! Si je tolère votre présence ici, étrangers, c’est parce que vous payez. Et si tu es encore dans ce lieu aujourd’hui, tu le dois à la sympathie de tes amis. Ne l’oublie jamais. »
En regagnant sa chambre, Mei tourne le dos à Ichtaca pour lui signifier tout son mépris : « Je ne l’oublie pas. Comme je n’oublie pas que tu as été à une certaine époque un Jaguar. »

A l’intérieur de la chambre de Nicol, la colère de ce dernier s’amenuise.
Tous ont observé le silence pour suivre les propos échangés entre Mei et les Mexicains dans le couloir.
Comme il la considère comme sa s½ur, Yulij en profite pour préciser à Nicol : « Il n’a pas tort tu sais. Aussi bien toi que nous, nous nous sommes alertés tardivement du danger qui guettait Mei aujourd’hui. Nous nous laissons entraîner par les fêtes ou par nos sentiments au détriment de notre mission. Si tu ne t’étais pas réveillé brusquement tout à l’heure, qui sait ce qui serait arrivé à Mei ?
_ Yulij a raison, déplore Médée. Que nous profitions du cadre et de la gentillesse de nos hôtes, c’est une chose, mais il va falloir nous recentrer sur notre devoir. »
Les deux femmes quittent la pièce en laissant la porte grande ouverte.
En sortant, elles préfèrent ignorer la présence d’Iuitl, tandis que Médée se contente de passer affectueusement sa main sur l’épaule d’Ichtaca, pour lui rappeler sa toute confiance en lui.

Seul, Nicol se positionne sur son lit.
Il saisit son visage entre ses mains. Torturé par ses sentiments et par le constat d’échec qui lui fait face.
Devant lui, accablée devant l’encadrement de la porte, Iuitl implore sa confiance en le regardant tristement…


En Grèce, le jet qui a permis à Seiya et ses camarades de se rendre au Sanctuaire vole au-dessus de la mer Egée.
Installés à l'intérieur, Saori et les Saints de bronze profitent d’un voyage calme.
Contrairement à son c½ur agité, la mer Egée, que Saori contemple, brille doucement dans des tons vert émeraude.
Assis à la place de ses protecteurs qui ont fait le chemin aller avec elle, Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki semblent aux yeux de la jeune fille de bien maigres lots de consolation.
Son âme de déesse se refuse pourtant à de tels discernements.
Malgré tout, son caractère de jeune femme ne peut s’empêcher de confronter les deux groupes de Saints de bronze.

Plus loin, devant, Tatsumi se chamaille avec Kiki qui refuse de reposer la télécommande de la télévision installée dans l’avion. Leur querelle oblige malgré lui Kiki à presser une touche.
Aussitôt, la diffusion des vidéos prises pour la Fondation Graad des Galaxian Wars focalise l’attention de tous les voyageurs.
Bien vite, Ban, Geki, Ichi puis Nachi, baissent honteusement la tête en revoyant leurs défaites.
Cependant, la Licorne reste fière.
Avec détermination, il brise le silence que ses camarades et lui-même se sont imposés depuis le début du voyage par respect envers l’affliction de Saori : « Athéna, il est vrai que notre parcours dans ce tournoi a été pitoyable. Toutefois, nous n’avons pas à rougir de nos défaites. Elles nous ont permis de nous rappeler que notre rôle est de chaque jour perfectionner nos techniques pour mieux vous servir. Grâce à cela, nous avons pu nous entraîner de nouveau et revenir plus fort auprès de vous. Et même si nous sommes loin du niveau de nos camarades, sachez que nous tous ici sommes prêts à mettre nos vies en jeu pour vous honorer. C’est pourquoi nous avons profité de ces quinze derniers jours au Sanctuaire pour demander à Aldebaran du Taureau de nous entraîner ! »
La bravoure et la fidélité de Jabu rappelle à la responsable de la société de Mitsumasa Kido qu’il y a encore six mois, elle était heureuse de pouvoir s’appuyer sur cet homme, qui était bien un des seuls à la reconnaître malgré son mépris constant.

La splendeur d'innombrables étoiles va bientôt éclairer doucement le ciel nocturne.
A l’intérieur de l’avion, Saori choisit de s’inquiéter autant de la présence de ses nouveaux anges gardiens que s’ils avaient été ses précédents. Car c’est tout ce qu’elle peut offrir de mieux à ces hommes qui ont foi en elle.


Plus bas, dans le centre du Sanctuaire, là où la ville d’Honkios débouche vers les marches des douze temples du zodiaque, l’heure est au recueillement.
Juste avant d’emprunter la montée vers le temple du Bélier, le sentier qui conduit au cimetière des Saints est particulièrement usité depuis ces quinze derniers jours.
Le mausolée où reposent les Saints d’or tombés au combat est encerclé de fleurs et diverses offrandes laissées par le domaine sacré tout entier.

En face, assis les jambes croisées sur un rocher, Milo reste contemplatif malgré la nuit tombée.
Son regard est vague.
Ses yeux ronds.
Ses pensées nostalgiques.
_ « Camus, déplore-t-il hagard… Tu auras tenu ta ligne de conduite jusqu’au bout… Si ton disciple s’en remet, gageons que cela lui serve à prendre un jour ta relève pour en faire un Saint aussi digne que toi, mon ami, mon frère… »

Soudain, les exclamations d’une voix maladroite en train de se ressaisir le ramènent à lui.
Dans son dos, trébuchante après avoir roulée le pied sous un caillou, l’indiscrète Shoko le rejoint.
Comptant sur un entraînement plus assidu depuis que Marin a rejoint les prêtresses, elle s’épargne une chute ridicule, mais n’en mène pas large pour autant devant le charismatique Scorpion qui la toise du haut de son rocher.
_ « Oups, dit-elle en tirant honteusement la langue.
_ Que viens-tu faire ici, lui assène-t-il d’un ton ferme ?
_ Oh… Euh… Je suis désolée, perd-elle immédiatement son entrain devant une réaction qu’elle aurait espéré plus cordiale, je venais simplement me recueillir comme chaque fois que j’ai la permission de quitter le temple des prêtresses. Je sais, c’est un peu ridicule, mais puisque c’est ici que ma s½ur a choisi d’abandonner son humanité pour accepter d’être Eris, c’est pour moi aussi l’endroit où nous avons perdu Kyoko, confesse-t-elle gênée et mélancolique. »
Suite à sa sauvage réaction, Milo regrette et se réceptionne alors face à elle.
Tête baissée, elle constate son approche grâce à l’éclat de sa Cloth d’or dans la nuit.
Sans rien dire, il lui saisit le menton pour l’obliger à redresser son minois embué de chagrin.
_ « J’ai été grossier. Veille à m’en excuser si tu le veux bien. »   
Sans attendre, il tourne les talons pour repartir rejoindre son temple.

C’est alors qu’avec précipitation, il sent Shoko le rejoindre et se plaquer fermement contre son dos en le serrant fermement par la taille.
Derrière lui, le visage niché dans sa cape, elle demeure incapable de trouver les mots.
Néanmoins, devinant l’émoi que suscitent les douloureux souvenirs de leur rencontre ici, Milo ressent aussi le lien fort qui les unit, après ce qu’ils ont traversé ce jour où Eris a réapparu sur Terre.
Se défaisant de l’étreinte en lui ôtant les mains, il se retourne vers elle pour croiser son regard et l’enlacer à son tour.
Malgré la Cloth qui les sépare, Shoko ressent alors une immense chaleur et une profonde passion par ce geste.

Pendant qu’il se détache enfin d’elle pour rentrer chez lui, il ne remarque pas au loin, venue fleurir la mémoire d’Aphrodite, le père de son fils, Myrrha, restée jalousement dissimulée sur le flanc du sentier…
Toujours fâchée envers Milo, il n’en faut pas plus pour qu’elle abandonne de colère les fleurs sur le chemin et qu’elle tourne les talons…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, la nuit est rythmée par les claquements de mains et de pieds qui accompagnent la musique jouée dans la taverne.
Comme chaque soir, la fête bat son plein entre locaux et visiteurs.

Couché sur son lit, Mei écrase ses oreilles avec ses oreillers : « Crois-tu qu’ils cesseront un peu leur bordel ?! J’aimerai dormir ! »
Remuant sur le matelas, secouant par la même occasion son bougon d’amant, Yulij gesticule au rythme de la musique tout en tortillant ses cheveux blancs entre ses doigts.
Ses grands yeux amoureux s’illuminent, lorsqu’elle s’affaire à ennuyer davantage le grincheux personnage.

Dans la pièce d’à-côté, Médée trempe un linge dans la bassine d’eau qu’on lui a fait venir. Elle le glisse au creux de sa poitrine comme elle le fait sur le reste de son corps nu.
Son visage, à découvert, accepte ces quelques gouttes agréables qu’elle s’amuse à faire tomber sur son front, entre les deux points qui permettent d’identifier ses origines muviennes.
Cependant, son esprit n’en reste pas moins préoccupé par les événements de la journée : « Même s’il a un rôle incontestable de meneur, Nicol s’expose à certaines déconvenues s’il ne s’inquiète pas plus de ses fréquentations. En même temps, j’accorde également beaucoup de confiance à Ichtaca. Suis-je entrain de me tromper moi aussi, s’interroge-t-elle ? »

La chambre accolée à la sienne est vide.
Après les propos tenus, Nicol a choisi de la déserter pour la soirée.
En retrait de l’euphorie qui retentit dans les mètres alentours, le Saint d’argent s’est reclus à l’autre bout du village, dans les ruelles sombres, en compagnie d’Iuitl.
_ « J’espère qu’Ichtaca ne t’en voudra pas trop que tu t’absentes comme ça en, pleine soirée.
_ Vu mon chagrin, je pense qu’il me pardonnera.
_ Je suis vraiment désolé pour Mei. Il parait bourru comme ça mais c’est un…
_ Oui, je sais. Mais à ce que j’ai pu voir et comprendre aujourd’hui, vous êtes ici pour vous battre.
_ Pas vraiment. Le combat est une nécessité lorsque le dialogue ne permet pas d’avancer. Si nous sommes ici, c’est parce que la paix de la planète en dépend.
_ Que veux-tu dire ?
_ Je ne peux pas t’expliquer davantage. Après tout, je suis un Saint et toi tu ignores tout du monde dans lequel j’évolue. N’est-ce pas ? »
Le timide hochement de tête de la blonde aux cheveux agrémentés de plumes noirs rassure Nicol sur les intentions de son amie.
_ « Seulement, insiste-t-elle tout en prenant une mine décontenancée, Cuetzpalli est mort. Et demain ce sera peut-être toi. Ou d’autres amis à moi. Voilà pourquoi je préférerai ne pas m’attacher. »
Elle lui tourne le dos pour cacher son affliction.
Ne sachant comment la réconforter, il pose ses mains fermes sur les petits biceps d’Iuitl dont l’un est agrémenté d’un brassard tressé. La chaleur réconfortante d’Iuitl fait battre son c½ur encore plus vite que la cadence qui résonne ici depuis la fête.
_ « Je comprends bien. Voilà pourquoi jusqu’à présent je n’ai pas voulu me montrer trop entreprenant. J’espère ne pas te brusquer.
_ J’avoue que m’endormir en pleine rue après une nuit de fiesta je n’avais encore jamais fait, lui sourit-elle de ses lèvres charnues en faisant volte-face.
_ Peut-être la prochaine fois accepteras-tu de me suivre dans ma chambre, tente-t-il timidement ?
_ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! »
_ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! »

3
Only for Love / Chapitre 69
« on: 7 February 2021 à 15h13 »
Chapitre 69

Au Sanctuaire, Athéna poursuit sa marche dans l’ensemble du royaume pour signifier son triomphe à son peuple.

Dans le bourg autrefois habité par Apodis et sa famille, Paesco, le calme est retombé après le passage de la Déesse de la Sagesse.
Chez elle ici depuis son arrivée au Sanctuaire, Marin retrouve son modeste logis qu’elle a partagé durant des années avec Seiya.
Comme pour les gardes qui cessent de suivre la Déesse de la Sagesse à mesure qu’ils gagnent les lieux de leurs affectations, Marin a choisi de quitter les rangs pour regrouper quelques affaires, avant de prendre ses fonctions au temple des prêtresses comme le lui a demandé Athéna.
Le temps de la convalescence de Pégase sur qui elle doit continuer de veiller, elle achèvera la formation des aspirantes Saintias. 
Elle tourne dans cette minuscule demeure aux sols et aux murs faits de pierres.
Son regard s’attarde sur un tableau où est accroché le poster de l’anatomie humaine.
Elle reste les yeux rivés dessus et retire son masque pour libérer son visage éreinté par les derniers événements : « Seiya… Tout s’est déroulé tellement vite depuis ton départ, que je n’ai encore rien rangé du matériel qui me permettait de te donner des cours. »
Une voix empreinte d’une affection profonde fait sursauter la jeune femme : « Qu’a-t-il bien pu se passer depuis ce départ ? Je ne t’ai plus revu depuis que tu es partie au Japon en compagnie de Misty. »
La Saint d’argent se tourne, pour mieux profiter de la beauté de l’homme qui vient de faire irruption chez elle.
Malgré leur rupture il y a un an et demi, ils n'ont jamais cessé de penser à l’autre. Et l’opportunité de se retrouver seul avec celle qu’il aime était trop tentante pour Aiolia.
Le Grec aux cheveux châtain clair décrispe son visage dur, pour laisser émerger un timide sourire envers l’Aigle de Zeus. Ignorant tout de l’origine de Marin, il espère que celle-ci puisse lui en dire plus en répondant à sa question.
Néanmoins, elle préfère inverser les rôles.
_ « Tu sembles t’être bien remis de ton combat face à Seiya ?
_ Il est vrai qu’il est parvenu à m’asséner plusieurs coups durant notre affrontement. Malheureusement, je n’étais pas moi-même à cet instant.
_ Athéna a accepté que tu cesses de l’accompagner ?
_ A vrai dire, j’ai prétexté vouloir m’assurer que les prises de fonction des nouvelles unités de soldats se fassent comme il faut pour m’attarder ici.
_ Une vraie tête brûlée. Tu ne changeras donc jamais. »
L’expression charmée de Marin ne passe pas inaperçue auprès du Lion qui se précipite devant elle pour lui cramponner les mains. Il profite qu’elle ne porte pas son masque pour lire dans ses yeux et voir à quel point elle l’aime toujours. Espérant en tirer profit, il lui déclare sincèrement : « Maintenant qu’Athéna est parmi nous, peut-être pourrions nous lui demander sa bénédiction ? »
Sachant cela impossible après les révélations qu’elle a faites, Marin prétexte : « As-tu envisagé la même chose avec la défunte Naïra Saint de bronze de la Colombe ?
_ Nous étions séparés et le contexte était nettement différent.
_ Crois-tu qu’il l’est aujourd’hui ?
_ Athéna est revenue. La paix va pouvoir perdurer. Et… Et moi je n’ai jamais cessé de t’aimer.
_ La paix est éphémère, tu le sais tout autant que moi. D’autres dieux se montreront. Quand à nous, tu sais que malgré tout l’amour qu’on peut se porter, c’est impossible. »
Le chevalier d’or refuse d’entendre raison. Il tire fort contre lui Marin, à tel point que leurs deux Cloths s’entrechoquent. L’enserrant fermement avec son bras droit dans le creux du dos, il l’approche à chaque seconde un peu plus de lui.
La pression accumulée par les dernières batailles, ainsi que le manque d’affection de ces derniers mois pèsent dans la décision de Marin. Inexorablement attirée par cet amant pour qui son c½ur bat la chamade, elle hisse son mètre soixante-sept jusqu’au mètre quatre-vingt-cinq du frère d’Aiolos. Très vite, elle recouvre cette sensation chaude et humide qui la parcoure en reconquérant les lèvres d’Aiolia. Quelques baisers délicats suffisent à délier leurs corps.
A mesure que leurs langues se caressent lors de suaves mouvements, ils défont l’un l’autre, morceau par morceau, les pièces métalliques qui plus d’une fois leurs ont portés assistance.
Pendant que leurs mains parcourent le corps de l’autre sous leurs tuniques, Marin s’appuie à son tour contre lui pour le forcer à s’allonger sur l’épaisse table en bois où Seiya s’endormait durant les leçons qu’il recevait.
Le dominant en cet instant, elle installe ses sommaires cinquante et un kilos sur son bassin pour mieux se pencher et lui dévorer le buste. Partant de ses pectoraux en acier trempé, elle descend peu à peu tout le long de son torse jusqu’à sentir sous ses lèvres chaque cran de ses abdominaux. Pendant que ses mains continuent de plonger plus bas sous ses vêtements, elle réussit à murmurer : « Quoi qu’il puisse se passer, cet instant que nous partageons est bel et bien le dernier. »
Couché sur le dos, passant ses mains dans ses cheveux, partagé entre le plaisir intense des baisers langoureux qui s’approchent de son intime anatomie et la détresse de perdre celle qu’il aime, Aiolia ferme les yeux…


Bien plus loin, Athéna est enfin arrivée au dernier village du Sanctuaire, celui situé le plus au sud, Rodorio.
Malgré les kilomètres effectués pour traverser tout le domaine sacré, la journée a semblé relativement courte à Athéna.
_ « On dit de Rodorio qu’il s’agit d’un village reconstruit sur les vestiges des remparts du sud, raconte une jeune femme qui accueille la Déesse en lui tendant un bouquet de fleurs. C’est le lieu du domaine le plus facile d’accès. Les parois rocheuses qui empêchent quiconque dénué de cosmo énergie de venir au Sanctuaire sont moins capricieuses. Beaucoup de messagers et de Saints en mission passent par ici lorsqu’ils reviennent. »
Malgré son aspect frêle et fort juvénile, Saori reconnaît facilement que sa guide est bien plus âgée que les enfants qui l’accompagnent. Elle ramasse les fleurs aux pétales pourpres.
_ « Quelles sont ses fleurs ? Et comment dois-je vous appeler ?
_ Je me nomme Europe, Ô Athéna, s’agenouille la demoiselle aux grands yeux bleu ciel et à la légère robe blanche dont les bretelles sont nouées à hauteur des épaules. Et ce que vous tenez entre les mains sont des Clematis Niobe. »
Pensive pendant qu’elle observe le bouquet, Saori se contente de répéter à voix basse : « Clematis… Niobe… »
Elle s’accroupit pour se mettre à la hauteur de son hôte : « Et bien Europe, levons-nous. Et allons découvrir Rodorio ensemble. »

Dans le sillage d’Athéna et Europe, il ne reste désormais plus que les villageois de Rodorio et les Saints d’or.
Les gardes, les Saints de bronze et Shaina sont partis prendre leurs postes.
Pendant qu’elle présente les siens à Athéna, Aldebaran reste les yeux rivés sur Europe. Observateur, Milo vient glisser à l’oreille de son compagnon : « Jolie fille n’est-ce pas ? »
Le Brésilien croise les bras comme pour nier l’évidence : « Ah… Euh… Oui… Non… De qui parles-tu ? »
Cet instant de légèreté permet de dérider la caste la plus solennelle de l’armée de la Déesse de la Sagesse.
Néanmoins, pendant ce temps, ils ne remarquent pas derrière eux, rentrant dans l’habitation contre laquelle est accolée une échoppe, une femme aux cheveux courts, châtain clair aux reflets roux.

La démarche timide, cette belle villageoise, vêtue d’une robe jaunâtre ceinturée à la taille par un long ruban, progresse timidement, chaussée de ses spartiates.
Une fois à l’intérieur, elle se retrouve nez à nez avec un vieil homme rabougri et moustachu qui ajuste sur sa tête aux cheveux grisonnants un béret : « Et bien, tu ne vas pas voir Athéna ? Tu devrais pourtant. On dit qu’elle est capable de soigner les maux des gens. Peut-être pourra-t-elle faire quelque chose contre ton amnésie, Seika ? »
La recluse décline d’une faible voix l’invitation : « Malgré tout le bien que vous m'avez dit de cette divinité, je n’ose pas me présenter à elle. J’ai trop peur de faire affront en me présentant ainsi, faible et vide, devant une telle entité. »
Le vieillard, gonflé à bloc, s’engage dans le sens opposé à sa fille adoptive : « Et bien moi je compte bien pouvoir ne serait-ce que la voir. Qui sait, peut-être aurai-je la chance qu’elle soigne cette maudite arthrite ?! »

Ainsi, sans savoir qu’ils pouvaient rapprocher plus tôt Seiya de sa s½ur, les chevaliers achèvent leur journée.
Alors qu’ils reprennent la route des douze maisons du zodiaque, les habitants de Rodorio viennent les saluer.
Sans y prêter garde, Aldebaran, évoluant au sein de la foule pour rendre les hommages qu’on lui adresse, tombe face à Europe qui lui sourit timidement. Toute menue face à ce colosse aux joues rouges, elle ne se démonte pas.
_ « Merci pour votre visite Saint d’or du Taureau.
_ Oh… Euh… Appelez-moi Aldebaran.
_ C’est rare d’avoir la chance de recevoir d’aussi nobles visites que les vôtres.
_ Hum… Et bien… Je… Nous repasserons… Dans la mesure du possible…
_ Je crois que ce que cette brute au c½ur tendre n’arrive pas à vous dire, c’est que lui aussi serait très enchanté de vous revoir, se joint Milo taquin à la conversation. »
Revenu de son escapade amoureuse, Aiolia vient tirer par le bras le Scorpion, comprenant qu’il dérange son camarade du Taureau.
Pendant que les deux Grecs se chamaillent un peu plus loin, comme lors de leur plus tendre jeunesse lorsqu’ils affrontaient les Titans, Aldebaran se racle la gorge : « Ce qui est certain, c’est que lorsque je repasserai, je le ferai très certainement sans Milo. »
Malgré son assurance, la charmante paysanne commence à rougir en lui tendant une Clematis Niobe de sa petite main : « A bientôt dans ce cas. »
Il la cueille entre ses deux épaisses mains : « Oui. A très vite. »
A mesure que le cortège impérial s’éloigne, Europe reste les yeux rivés sur celui dont la joie de vivre et la gaucherie l’ont séduite. Deux de ses amies se pressent à ses côtés pour échanger d’un air mutin sur cette brève rencontre entre Europe et le gardien de la maison du Taureau.

Plus loin, derrière Athéna escortée par Mû et Shaka, Aldebaran, Aiolia et Milo traînent un peu. Le Scorpion continue de tourmenter son ami : « … et c’est ça qui est surprenant. Car si je me souviens bien, tu étais adepte des soirées organisées par Misty !
_ Pas du tout, se défend Aldebaran en espérant qu’Athéna n’entende pas ! Si j’y allais c’était pour boire un verre avec des amis et jouer aux cartes !
_ Hum… Ouais, ouais…
_ Je t’assure ! Demande à Aiolia ! Ça lui arrivait de s’y rendre parfois ! Il pourra te dire !
_ Houlà ! Ne me mets pas là-dedans moi ! Je passais simplement saluer quelques connaissances. Je n’ai rien à voir avec tout ça. D’autant plus qu'étant frère d’Aiolos, ma présence n’était pas toujours la bienvenue.
_ Et bien merci l’amitié ! Moi qui comptais sur toi pour m’accompagner la prochaine fois que j’allais à Rodorio !
_ Je peux venir moi si tu veux, propose Milo ?!
_ Certainement pas ! Je préfère encore y aller avec Shaka !
_ Là tu peux être certain que toute approche avec Europe sera anéantie dans ce cas, s’amuse Aiolia. Et puis Milo semble avoir fort à faire avec la petite prêtresse là, c’est comment son nom déjà ?! Shoko ?! »
Les rires des trois amis parviennent jusqu’au trio de tête.
Malgré le manque de révérence, Saori accepte de mettre ça volontiers sur le coup de la fatigue en cette fin de journée. Ces éclats de joie la font sourire et lui permettent d’oublier quelques instants sa peine de c½ur vis-à-vis de Seiya.
Mû et Shaka, nerveusement, se mettent à rire aussi, influencés par la décontraction de leurs pairs.


Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la vie continue de s’écouler paisiblement dans le domaine des cieux.
Les villageois olympiens ne se soucient guère des événements sur Terre. Ces êtres, élus des dieux, continuent de les aimer, de les aduler et de les prier.

Sur le versant du Mont Olympe, entre le temple de Zeus situé au sommet, et les onze temples des autres divinités, positionnés sur la base de la montagne, le Palais des Dieux est plus inquiet.
Réunis depuis des heures pour un interminable banquet, Héra, Hestia, Héphaïstos et Apollon échangent leurs opinions au cours d’un débat passionné.
Héra Déesse du Mariage, profondément hostile à Athéna, félicite Apollon : « Tout fonctionne comme tu l’avais prévu Apollon. Athéna est, certes, revenue dans son Sanctuaire, mais son armée n’en est que plus décimée.
_ Il ne reste plus qu’à ce qu’elle commette l’irréparable, confirme de sa voix grondante Héphaïstos. Le Seigneur Zeus est encore trop indécis sur le sort que nous devons réserver aux mortels. »
Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche, Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer est la seule à ne pas être couchée dans les banquettes.
Préoccupée par son désir de revanche après la blessure que lui a infligé Apodis, un vulgaire mortel au service d’Athéna, Hestia fixe les siens de ses petits yeux sombres : « Pourquoi attendre encore ? Athéna est affaiblie, il nous suffirait de passer à l’action maintenant. »
Étendu plus loin que ses semblables, Apollon la ramène à la raison de sa voix froide et cruelle : « Nous prendrions le risque de donner au dieu des dieux la confirmation de notre haine viscérale envers Athéna et l’humanité. Poséidon va se réveiller. Helénê a fourni à ses hommes le moyen de manipuler la représentante d’Odin. Arès est réincarné. Helénê l’a aidé à constituer une puissante armée. L’astre solaire sous mon pouvoir a ramené près de la Terre la comète Repulse pour permettre la libération d’Eris. Tezcatlipoca obéit à mes directives. Hadès se réveillera bientôt. Helénê a pu constater que son armée était déjà réunie. Six armées, toutes plus désireuses les unes que les autres de massacrer Athéna et ses Saints. Nous avons suffisamment semé d’éléments pour pousser Athéna elle-même à la faute. Le dieu des dieux n’aura pas d’autre choix que de constater l’évidence. »


Sur Terre, à Honkios, alors que le tour du Sanctuaire d’Athéna est achevé, la citée reste en ébullition.
La nuit tombe.
Les villageois chantent et dansent sur la place publique, les festivités battent leur plein.
Sur la place du marché, des groupes de musiciens créent des attroupements où les villageois s’échangent leurs partenaires de danse à tour de bras.
Sous la lueur des flambeaux disséminés partout sur la place, les enfants virevoltent dans la foule tandis que les parents vont et viennent des tavernes avec des plateaux remplis de verres en tout genre.
Au milieu des festivités, une magnifique créature se distingue parmi l’affluence.
Élégante et envoûtante dans ses mouvements, la fille d’un des marchands les plus en vue, Filia, attise les convoitises.
Sans cesse invitée à partager une danse, elle n’accepte d’accompagner sur la piste que cet enfant espiègle marqué au front par deux points mauves. Le Muvien, au bras paré d’un bracelet en or, s’attire la sympathie de celle qui s’est offerte à Seiya durant ses années d’apprentissage au Sanctuaire.
Par sa malice et ses dons de télékinésie, Kiki réussit vite à devenir la vedette de la place.
Au bras de Filia, il se fait remarquer davantage et amuse une assistance qui ne manque pourtant pas de motivation pour faire la fête.

Malgré tout, à quelques mètres de là, dans son étable, un homme, un Saint, au visage buriné, ne partage pas le bonheur des autres.
Affaissé sur sa chaise, une bouteille d’alcool anisé dans la main, il fixe chaque morceau de sa Cloth de bronze éparpillée tout autour de sa Pandora Box. Le meilleur forgeron du Sanctuaire a le regard vague.
Depuis qu’il a accueilli Athéna aux marches des maisons du zodiaque pour son triomphe, il s’est retiré pour plonger dans son addiction.
_ « Youpi… La guerre est finie, marmonne-t-il agacé… »
Il reprend une gorgée en grimaçant : « Maintenant que la moitié des Saints d’or est morte, que les soldats qui étaient des traîtres sont emprisonnés, soit la majorité de notre armée, il va falloir m’envoyer au combat. J’ai horreur du combat. J’ai peur du combat. Et pourtant cette satanée armure de l’Atelier du Sculpteur m’a choisi ! »
Il essaie de se mettre sur ses jambes mais titube sur trois mètres avant de s’échouer lamentablement à terre : « Je suis Saül… Le forgeron du Sanctuaire. Pas un chevalier. Je ne veux pas mourir. »

Plus loin, alors qu’il saute dans les airs, en pleine euphorie, Kiki voit à travers la lucarne de son atelier Saül s’effondrer parterre.
Discrètement, en compagnie de Filia, ils s’extirpent de la liesse.
_ « Suis moi, j’ai vu un homme tomber là-bas.
_ Là-bas ? Il s’agit de Saül. Ça ne m’étonne pas.
_ Pourquoi dis-tu ça ?
_ Il a un penchant pour la bouteille, si tu vois ce que je veux dire. C’est le meilleur forgeron du domaine. On dit même qu’il ne lui manque plus que les outils des Muviens pour être aussi bon, voire meilleur qu’eux. Cependant, c’est un poltron qui a laissé l’alcool abreuver sa peur.
_ Tu ne crois pas que nous devrions l’aider ? Après tout, Saül est un Saint d’Athéna.
_ C’est peine perdue.
_ Pas sûr. Suis-moi, la tire Kiki par le bras. »

Au pas de courses, ils débarquent chez l’Israélien qui s’étouffe dans son vomi.
Ecoeurée, Filia reste à l’écart, tandis que Kiki se précipite sur lui pour lui relever la tête afin de le sauver.
_ « Je crois que je vais rester quelque temps auprès de lui pour lui apporter mon soutien. »
Star de la foule, Filia croise les bras pour bouder cette soirée gâchée.
_ « Ça va aller chevalier. Ça va aller, reste Kiki les yeux rivés sur le quarantenaire.
_ Non, bave Saül, ça n’ira pas. Ma place n’est pas ici… Pas en ce lieu… Je devrai être là-bas, tend-il le bras désespérément vers l’horizon, avec les traîtres pour qui j’ai fait des armures pendant des années…
_ De quoi parle-t-il, demande Filia en regardant d’un air louche la direction empruntée par le bras de Saül ?
_ Je n’en sais rien. Toujours est-il que je ne peux pas laisser un Saint dépérir ainsi, mon maître Mû ne me le pardonnerait pas. »


Plus loin, dans la direction évoquée par le Saint de l’Atelier du Sculpteur, loin de la foule, loin du bruit, loin de la moindre festivité, l’ambiance est morne.
Les murs de pierre entre lesquels ils sont enfermés font résonner les conversations d’une quinzaine d’infiltrés dans le mausolée taillé dans la roche du cimetière des Saints.
Dispersés autour de cinq cercueils plus récents que ceux abrités dans cet immense tombeau, les intrus paraissent agités.
La plupart sont vêtus de l’habit que portent les soldats sous leurs cuirasses.
A l’exception près que contrairement aux hommes encore en faction après la bataille, ceux-ci portent sur le bras, la jambe, la nuque ou le torse, la marque de Gigas. Une tête de mort tenue par un reptile ailé à la queue pointue.
Devenu l’emblème du règne de Saga, il ne fait plus bon genre aujourd’hui de l’arborer et c’est ce qui les inquiète.
_ « … et que devons nous faire dans ce cas ?! Nous rendre, questionne un ancien garde ?!
_ Athéna n’a pas condamné à mort nos camarades capturés ! Elle est magnanime, invoque un autre !
_ Qu’importe, déplore un troisième, avec tous les crimes que j’ai pu commettre, il lui serait impossible de me pardonner.
_ Tu n’as qu’à dire que tu pensais que le Grand Pope incarnait la justice, comme moi, suggère une ancienne marchande !
_ Facile à dire pour toi qui te contentais de faire fuiter les soupçons entendus dans ton commerce ! Torturer les opposants pour mon bon plaisir, transparaît plus que tout, malgré que j'affirme le contraire, confie un ancien inquisiteur de Gigas.
_ Dans ce cas tu n’as qu’à organiser une fuite pour ceux qui veulent déserter le Sanctuaire, suggère à la marchande une autre femme.
_ Facile à dire, proteste la commerçante, toi qui n’es qu’une prostituée, personne ne t’en voudra d’avoir offert ta vertu pour survivre. Mais moi, si je me fais arrêter en organisant la fuite de ces hommes, tu sais ce qu’on me fera ?
_ Oh ! La pute n’est pas toute blanche non plus, assure un ancien serviteur de Saint, en plus d’être la favorite de Phaéton, elle était envoyée auprès d’hommes mariés pour les faire chanter. Et ça, c’était sa manière douce d’agir. Sinon elle profitait de ses charmes pour isoler et faire assassiner par vous autres les cas trop difficiles à gérer par la menace, dit-il en pointant du doigt les combattants ici présents. »
Aussitôt, chacun cherchant désormais à justifier ses actes, un brouhaha s’en suit dans ce lieu de recueillement.
Seule à ne pas porter le symbole sur son corps, se distinguant de ses compères aux allures ternes grâce à sa robe immaculée, Katya est en retrait.
_ « Vous me dégoûtez, les interrompt elle. »
Tous cessent alors leurs querelles.
_ « Qu’est-ce qu’elle a dit la pucelle là, s’en prend violemment un des hommes ?
_ J’ai dit que vous me dégoûtez. Vous étiez tous là à vous targuer hier encore de vos positions dans la hiérarchie du Sanctuaire, ou à tirer les bénéfices de vos actions en suivant le Grand Pope. Et aujourd’hui, la queue entre les jambes, vous vous querellez en espérant faire croire que vous êtes plus propres que vos semblables, parce que vous craignez maintenant pour vos vies, déplore Katya !
_ Tu crois être en mesure de nous donner des leçons peut-être avec tes grands airs, s’énerve la fille de joie ?! Tu penses que c’est parce que tu portes la robe blanche des prêtresses d’Athéna, qu’on ignore que si toi t’es encore en vie contrairement à tous les gens de ta caste c’est parce que t’as dû faire bien plus que semblant de t’occuper d’une Athéna qui n’était même pas là !
_ Je ne cherche pas à laver mes péchés moi. Je reconnais volontiers mes crimes. Et rien de ce que je fais ne pourra les expier, ni m’offrir d’issue à cette situation. Pas plus qu’à vous d’ailleurs.
_ Alors pourquoi nous avoir réuni ici dans ce cas, soupçonne un ancien mercenaire ?
_ Je l’ai fait pour laver de votre couardise la mémoire de Saga, avoue-t-elle en caressant le cercueil de celui-ci.
_ Pardon, demande l’ancien serviteur ?! »
Aussitôt, sa poitrine est transpercée par la main tendue de Katya.
Instantanément, avant même que la prostituée n’ait le temps de porter ses mains devant sa bouche horrifiée, Katya bondit pour bloquer la sortie et barrer la route d’un des soldats les plus alertes.
Tandis qu’il est rejoint par ses compères, ceux n’étant pas en mesure d’opposer une résistance s’enfuient à l’opposée de la pièce qui n’offre cependant aucune issue.
_ « Votre veulerie ne m’étonne guère ! Pour mener à bien ses basses besognes Saga avait besoin de gens lâches et faibles comme vous ! Pas étonnant que vous soyez démunis maintenant qu’il n’est plus là ! Jewelic Tears ! »
Des cristaux de glaces terrassent ses opposants, sans qu’elle s’aperçoive que le mercenaire plus robuste et rapide que les autres, passe derrière.
Les deux mains jointes, il la cogne derrière le crâne, la propulsant au milieu des corps de ses adversaires retombés sur les tombes des Saints d’autrefois.
Étourdie, la robe relevée jusqu’au haut des cuisses, Katya sent le guerrier la tirer vers lui par une cheville.
_ « Je suis d’accord avec toi, lui concède-t-il, les autres ne sont que des lâches. Personnellement j’aurai plutôt tenté un coup d’état. Mais maintenant qu’il ne reste plus que nous deux, j’ai d’autres projets. La putain et les faibles partis se planquer dans le fond n’ont pas ton cran et certainement pas ta saveur, ricane-t-il en baissant son pantalon. Tu sais, j’étais un fervent défenseur du Pope et passer derrière lui ne me dérange nullement… D’ailleurs... J’ai une question qui me taraude… Ne sachant à quoi ressemblait vraiment ce Saga… Tu la trouvais bonne sa queue, lui dit-il en lui écartant de force les cuisses ? ».

A l’extérieur, achevant son pèlerinage aux allures de triomphe, Athéna entame la remontée des douze maisons.
Pendant que des enfants accourent aux pieds des marches pour lui faire de grands signes d’au revoir, elle se retourne pour faire un geste tendre de la main.
Soudain, un pincement lui serre la poitrine. Son attention se porte aussitôt en direction du cimetière des Saints qui jouxte le chemin vers la maison du Bélier.
Alors Saori prend congé de ses Saints d’or, prétextant vouloir achever cette journée en se recueillant seule sur les sépultures des chevaliers tombés au combat.

A proximité, à l’intérieur du grand caveau, Katya réagit péniblement aux gestes dominateurs de son agresseur.
Lorsqu’elle sent celui-ci lui arracher avec animosité son sous-vêtement, elle cesse de feindre sa léthargie.
Elle redresse son buste au moment où le mercenaire s’y attend le moins et saisit fermement dans sa main droite ses parties génitales.
La mine stupéfaite du prédateur amuse aussitôt la Saintia réprobatrice. Elle matérialise le froid libéré par sa cosmo énergie.
Il a à peine le temps de secouer la tête pour implorer pardon, qu’elle lui gèle l’entrejambe.
Elle finit par le lui faire voler en cristaux de glace.
Le cristal s’éparpille dans la pièce, suivi de gerbes de sang.
De marbre, elle se redresse, faisant retomber le long de ses jambes sa robe et prend la direction des fuyards.
Lui, tombe à genoux, face contre terre, les mains entre les jambes, espérant ralentir l’hémorragie.
Guidée par sa fidélité envers Saga, elle ne remarque pas derrière elle la lourde porte de pierre ouverte par Saori en personne.
La Déesse de la Sagesse resserre immédiatement ses bras contre elle, saisie par le froid de Katya qui règne dans l’atmosphère.
Elle remarque ensuite les corps sans vie des porteurs de l’emblème de Gigas, puis sent sa robe s’alourdir à mesure qu’elle progresse. Frottant le sol, sa tenue éponge le sang du mercenaire qui inonde très vite les pavés.
Au détour d’un cercueil, elle distingue le cadavre qui n’a pas tenu longtemps l’agonie.
En découvrant ceci, son c½ur se serre à nouveau. L’étau se resserre dès que des appels au secours venant du fond du mausolée lui viennent.
Elle décroche alors une torche et suit le chemin de cris qui s’estompent.
Moins nombreux.
Moins forts.
Si bien qu’au terme de sa progression, ne demeure plus que le râle d’un visage défiguré étendu sur un monceau de corps brisé desquels s’écoulent des litres de sang.
La tenue empourprée, Saori tend la torche pour bien se rendre compte que derrière les corps se dresse le mur du fond.
Le raclement de gorge juste dans son dos la persuade enfin qu’elle est ici bloquée avec l’assassine.
_ « Je comprends mieux maintenant pourquoi je ressentais du tourment en te voyant Katya.
_ Vous n’auriez jamais dû venir ici seule Athéna.
_ Qu’ai-je à craindre, demande Saori qui sent le souffle haletant de Katya dans sa nuque tant elle est proche d’elle ?
_ Plus rien d’eux, répond sèchement Katya le visage maquillé de plasma. Mais en ce qui me concerne… »
Katya balaie le doute en elle en tendant ses doigts pour rendre ses mains dégoulinantes plus tranchantes le long de son corps…
_ « Avant que tu n’agisses, je me demandais, as-tu éliminé les derniers adorateurs de Saga en liberté pour garder ton secret intact ? Ou bien était-ce un moyen d’obtenir la rédemption ?
_ Des adorateurs ?! Ils n’avaient rien de tels ! C’était juste des opportunistes qui choisirent de se ranger derrière lui pour leurs profits personnels ! Le pouvoir ! La sécurité ! La richesse ! L’ivresse des plaisirs !
_ C’est maintenant évident. Toi tu as agi par amour.
_ Puisque tu lis si bien dans les c½urs, pourquoi m’avoir posé la question alors ?
_ Parce que je voulais te l’entendre dire. Tout comme je vais te dire une vérité que tu souhaites entendre, que personne ne dira, mais que je ressens sincèrement. Saga était bon Katya. J’en suis autant convaincue que toi.
_ Comment peux-tu dire cela ? Dit Katya, alors qu'elle passe devant la déesse ?! Tu as lutté contre sa cause ! Tu l’as tué !
_ Je ne l’ai pas tué. J’ai lutté contre celui que Saga a lui-même tué. Tu as ressenti aussi qu’il était tiraillé entre le bien et le mal. C’est le bien qui a pris dessus sur le mal, se servant de mon sceptre pour le terrasser. Et si tu l’as vraiment connu, si tu l’as vraiment aimé, tu sais que je ne mens pas, assure-t-elle en voyant les yeux de Katya s’embuer sous ses cheveux emmêlés collés et peints de rouge. Les années aidant, son côté maléfique a adopté des manières expéditives, convaincant son bon côté que même en possession de mes pleins pouvoirs je ne serai pas prête à tout pour défendre le monde comme lui en serait capable. Il t’a alors montré qu’il pouvait gouverner par la force et la terreur, dit-elle impitoyablement alors que Katya recule. Et tu l’as accepté. Tu l’as accepté malgré que tu ne partages pas cette vision du monde. Il n’y a qu’à voir comment tu viens de traiter des gens qui incarnaient des valeurs contraires aux tiennes alors qu’elles servaient le côté maléfique de Saga.
_ Certains fomentaient un coup d’état ! D’autres envisageaient de dénoncer les autres pour espérer acheter leur liberté ! Ou encore préparaient leur désertion en espérant n’être jamais punis des crimes qu’ils ont commis !
_ Tu ne les as donc pas éliminés juste par respect pour la mémoire de Saga. Cela prouve que tu n’es pas comme eux. Que tu n’es pas comme le mal qui rongeait chaque jour Saga.
_ Alors, c’est tout ? Tout se termine ainsi ?
_ Qu’attends-tu ? Que je t’emprisonne ?! Que je te fasse exécuter ?! Katya, j’ai besoin d’une garde rapprochée. La plus efficace sera celle qui a connue et surmontée mille tourments.
_ Une Saintia se doit d’être chaste et vertueuse, balbutie-t-elle défigurée par le déshonneur, je suis loin de l’être.
_ Au contraire. Tu as donné ton corps et ton âme par pure dévotion envers le Saga qui t’a sauvé. C’est le Saga qui t’a montré que le monde pouvait être gouverné par la justice et l’amour dont tu t’es éprise. Et par conviction, tu as accepté sa part d’ombre. Tu étais prête à tout pour lui, car il était prêt à tout pour sa cause. Car oui, il était bien prêt à tout, c’est bien le Saga en qui tu as vu une grande âme qui est venu à bout du mal… »
Saori s’agenouille pour être à à hauteur de la Saintia recroquevillée de honte.
_ « … C’est d’une Saintia comme toi, formée par Saga, pour le meilleur et pour le pire, dont j’ai besoin pour aider Marin à former ma garde. C’est d’une Saintia comme toi, proche des décisions stratégiques prises jusqu’à présent, dont j’ai besoin pour devenir une meilleure déesse. »
Katya tremble.
_ « Je... Je ne sais que dire après de si profondes vérités… Je… Je suis sincèrement… Je m’ex… »
Athéna la relève de cette flaque écarlate, en même temps qu’elle la prend par les épaules.
_ « Non Katya, c’est moi qui dois te demander pardon. Pardon de ne pas avoir été là quand tu as dû endurer tout cela seule.
_ Je n’étais pas seule, sourit tristement Katya, Saga m’épaulait malgré sa distance.
_ Alors aide-moi à faire en sorte que Saga des Gémeaux ne soit pas mort en vain. »
Reconnaissant dans son regard une foi sans faille, loin des ambiguïtés qui perturbaient Saga, Katya essuie de sa main ensanglantée les larmes qui forment des stries sur son visage vermillonné.
Elle s’agenouille solennellement : « Dans ce cas, Ô Athéna, acceptez mes v½ux de fidélité envers votre cause, à vous, et Saga des Gémeaux, en m’accueillant auprès de vous comme Saintia de la Couronne Boréale ! »

Pour Athéna et Katya, la nuit s’achève loin des festivités d’Honkios.
Épuisée par son parcours, Saori se laisse dévêtir par Katya qui, dans son rôle de Saintia, la conduit dans les thermes du palais papal pour sa toilette.
Toutes les deux couvertes du sang des victimes de Katya, Saori imite les mouvements de sa servante pour lui défaire à elle aussi sa robe empourprée.
Lui prenant chaque main avec les siennes, elle la guide dans l’immense bain où elles s’agenouillent nues toutes les deux.
Sans dire un mot, cueillant chacune leur tour de l’eau dans les paumes de leurs mains, elles inondent le sommet du crâne de l’autre pour faire luire leurs corps humidifiés grâce au vacillement des torches qui font le tour de la pièce.
Entièrement mouillée, Katya se relève alors pour récupérer quelques linges au bord du bassin.
Saori admire alors la plastique de sa prêtresse tout en constatant au détour de quelques caresses sur sa propre poitrine qu’elle fait autant femme qu’elle.
A son retour, Katya se remet à la hauteur de Saori et laisse s’imprégner les serviettes d’eau pour ensuite lui caresser chaque partie du corps.
Prenant le temps de passer délicatement sur chaque courbe, prenant soin de marquer encore plus d’égard à l’approche de son intimité, Katya assure sa fonction avec application comme cela lui a été enseigné.
Alors que sa tâche est achevée et qu’elle tire sa déesse par la main pour la sortir, Katya est retenue par Saori.
Elle se ravise alors et remarque Athéna essorer une autre serviette pour imiter sa Saintia. S’attardant là où le sang ennemi a séché et ne s’est pas encore détaché de son corps, Athéna, par ce geste, lave Katya de ses péchés.
Devinant le sens profond de ce geste, Katya ferme les yeux et se laisse guider.
Soulagée par ce baptême, elle se sent purifiée, alors qu'Athéna saisit enfin sa tête pour la coller contre sa ferme poitrine et la serrer fort contre elle, lui signifiant qu’enfin tout est bel et bien terminé…


Le lendemain matin, tandis que les hautes portes de la salle d’audience du Grand Pope sont grandes ouvertes, sous la surveillance de Mû qui monte la garde, Saori gravite de colonnes en colonnes.
Observée par Katya qui lui a déposé son petit déjeuner, Athéna analyse chaque pilier en glissant ses doigts sur la roche creusée, fissurée, déplorant encore l’étendue des dégâts causés par le combat de Saga contre Seiya et Ikki.
Chaque fois qu’elle replie sa main droite dans la paume de sa main gauche, elle peine à reprendre son souffle, devinant les souffrances endurées par ses chevaliers.
Elle détourne même le regard, lorsque sa curiosité croise des éclaboussures de sang séché sur les dalles pavées.
_ « Non, songe-t-elle… Je ne dois pas me dérober. Ceci fait partie de mes responsabilités en temps qu’Athéna. »

Mû, d’un signe de la tête, fait alors comprendre à Katya qu’il est temps pour elle de prendre congé.
A la sortie des hautes portes, elle croise un inconnu aux longs cheveux blanc grisonnant.
Obéissante, elle hoche simplement la tête à son endroit. L’homme à l’épais collier de barbe marqué par quelques rides lui renvoie le même geste d’un air solennel.
Il passe devant Mû qui lui sourit amicalement et s’adresse immédiatement la déesse : « Mise sur le fait accompli d’un tel spectacle, je n’ose imaginer le tourment en votre c½ur. »
Saori guette alors instinctivement l’entrée pour découvrir l’intrus.
Une longue étole beige descend par-dessus son kimono bleu nuit usé.
_ « Le Grand Pope Shion qui a très bien connu votre précédente incarnation me répétait souvent comme il était insoutenable pour vous de voir vos Saints s’engager au combat. Il me vantait également souvent votre beauté et la noblesse qui s’en dégageait, mais j’étais bien loin de me douter que votre prestance me toucherait autant. »
Mû présente l’homme qui pose un genou à terre.
_ « Voici Ionia, ancien Saint d’or du Capricorne. Il a combattu sous les ordres de mon maître Shion les années précédant votre réincarnation.
_ Tu fais donc parti de ces Saints partis à la retraite afin de libérer leurs Cloths aux générations suivantes et enseigner ton savoir, complète Athéna.
_ Absolument. Après la dernière mission confiée par le Grand Pope Shion, j’ai obtenu son accord pour intégrer un camp d’entraînement d’apprentis Saints par-delà les frontières de la Grèce. Un jour, il m’informa par courrier qu’un jeune prétendant à la Cloth du Capricorne allait venir me confronter. Dès son arrivée, j’ai senti en lui la fougue de la jeunesse mais également une maîtrise martiale que je n’avais plus… »
Le c½ur de la déesse se serre, attristé en devinant qu’il s’agit du défunt Shura.
_ « La Cloth du Capricorne entrait en résonance avec le cosmos qui émanait de lui. Sans un mot, sans la moindre confrontation, la Cloth jaillit de sa Pandora Box et revêtit son nouveau propriétaire, tout en restant en harmonie avec ma cosmo énergie. D’elle-même, bienveillante, elle assura ce passage de témoin. D’un regard fixe et solennel, Shura hocha la tête avant de s’en retourner au Sanctuaire. Seulement, peu de temps après, je sentis un malaise en mon être. La cosmo énergie de mon souverain n’émanait plus. Et quelques jours plus tard, sur ordre du soit disant Grand Pope, Shura revint m’affronter. Nous étions condamnés à mort pour complicité avec Aiolos dont j’apprenais la tentative de meurtre à votre encontre. Il élimina l’ensemble de mes disciples. Sans Cloth et en difficulté contre la force de Shura, je perdis le combat et fut laissé pour mort. C’est à l’arrivée d’un jeune garçon, que je dois la vie sauve… »
Il relève la tête en direction de Mû qui lui reste stoïque.
Mû reprend.
_ « Après la disparition du cosmos de mon maître, des assassins dépêchés par Saga sont venus à Jamir. Saga souhaitait certainement éliminer toute trace des personnes proches de Shion. Grâce à la Cloth de mon maître, venue à mon secours, j’ai su faire face et j’ai alors compris qu’il n’était plus parmi nous. Et qu’en aucun cas mon maître Shion, m’aurait accusé de trahison. J’ai réalisé aussitôt que des alliés comme Dohko ou Ionia, que m’avait présenté mon maître, seraient en danger.
_ Arrivé à temps et discrètement, grâce à son Crystal Wall, il put amortir le dernier coup fatal de l’Excalibur de Shura. Je retombai au sol, inconscient et, semble-t-il, mort. Mû resta alors à mon chevet une fois la mission de Shura accomplie. Comme d’autres, nous étions dispersés et esseulés. Incapables de savoir si la tentative d’Aiolos était fondée. Mais suffisamment intimes de Shion, pour savoir que les actes récents du Sanctuaire n’étaient pas de son fait. Traqués et éliminés, nous étions incapables de réagir alors que nous pensions Athéna entre les griffes de l’imposteur. Jusqu’à hier où Mû vint me rendre visite, pour m’apprendre que Saori Kido, entourée de Saint de bronze, a défié le Sanctuaire de Saga des Gémeaux en prouvant être cette Athéna qu’Aiolos réussit à sauver à défaut d’avoir attenté à sa vie. »
D’un geste de la main, elle invite Ionia à se relever.
_ « Et j’en remercie Mû. Après avoir repris mon Sanctuaire, Mû m’a été d’une aide précieuse pour recenser les alliés hélas peu nombreux qu’il nous restait.
_ J’imagine que si vous avez fait appel au vieux chevalier que je suis, c’est que vous avez une mission à me confier. »
Elle leur tourne le dos pour sortir de sous le trône papal un coffret.
_ « A l’intérieur de cette boite se trouve l’arme avec laquelle Saga des Gémeaux a essayé de m’ôter la vie il y a treize ans.
_ Je sens une aura malsaine qui tente de s’échapper de cette boite, dit Ionia.
_ Tout comme la flèche qui m’a blessé il y a deux jours, une arme normale, même animée du cosmos d’un humain hostile, n’aurait pu percer ma cosmo énergie qui émanait naturellement du nourrisson que j’étais.
_ Il fallait l’aide d’une entité supérieure pour cela, complète Mû. Et le cosmos qui émane de cette boite, je l’ai ressenti il y a sept ans, lorsque nous étions confrontés à Cronos.
_ Le dieu Cronos serait alors à l’origine de votre tentative de meurtre, en déduit Ionia ?
_ Je pense que Saga n’a été influencé par personne d’autre que sa propre part d’ombre, rectifie-t-elle. Néanmoins, il a dû bénéficier de complicité.
_ Plusieurs complicités, ajoute Mû.
_ Plusieurs, s’inquiète Ionia ?!
_ Le cosmos qui a frappé par une flèche Athéna aux marches des douze maisons n’était pas le même que celui de Cronos. Il s’agissait d’une force plus ancienne. Plus obscure encore. Plus profonde. Comme les abysses de la mer nourricière de toute vie.
_ En quoi puis-je vous aider, demande Ionia ? »
Saori leur tourne le dos et passe derrière les tentures qui cachent les appartements du Pope et d’Athéna.
D’un hochement de tête pour lui donner la bénédiction, Mû enjoint Ionia à la suivre et lui emboîte le pas.
Ensemble, au bout d’un couloir à peine éclairé par la lueur des torches murales, ils arrivent dans une pièce au centre de laquelle une table est couverte de reliures.
Elle pose alors la main sur une pile de manuscrits.
_ « Malgré ses intentions indélicates, Saga prenait son rôle de Grand Pope très à c½ur. Comme ses prédécesseurs, il consignait toutes ses journées, ses théories, ses hypothèses. Marin de l’Aigle, sur le Mont Étoilé, a ainsi retrouvé ses mémoires ici présentes.
_ Lors de la Guerre Sainte contre Cronos, et depuis, Saga a renforcé nos positions en Egypte, reprend Mû.
_ L’Égypte, murmure Ionia… Nous y avons également longuement combattu les Saints de ma génération et moi-même, se souvient-il… Aiolos, jeune Saint promu à l’époque, y a également livré bataille sur demande de Shion.
_ Pourtant, depuis le passage d’Aiolos justement, Saga est explicite. Les Egyptiens n’ont plus défié le Sanctuaire. Les dieux égyptiens se sont retirés il y a bien des siècles pour un repos éternel face à la suprématie de l’Olympe. C’est la présence accrue des Athéniens et les profanations des temples de leurs dieux qui ont créé plusieurs mouvements de révoltes dans les sanctuaires de leurs représentants. Il paraît évident que Saga cherchait autre chose. Saga voulait dominer la terre, les Enfers et les cieux. Il y a là-bas quelque chose qui pouvait lui permettre d’y parvenir ou à l’inverse le menacer. Nous menacer. »
Mû reprend la parole.
_ « Parmi les quelques pages que nous avons feuilletées, il s’avère que le responsable des investigations est un Saint de bronze. Retsu du Lynx. Mirai, nouveau Saint de bronze du Petit Chien, a été envoyé avec une nouvelle troupe de soldat il y a peu pour approfondir les recherches. Ils ont reçu les renforts de Georg Saint d’argent de la Croix du Sud et de Juan Saint d’argent de l’Ecu. Ils sont aidés par une égyptologue contemporaine que nous avons intégrée au Sanctuaire, Miko Hasegawa. Nous avons déjà fait envoyer un messager pour annoncer le triomphe d’Athéna et surtout cesser tout agissement hostile envers les armées égyptiennes. »
Athéna continue.
_ « Néanmoins, il est impératif qu’ils maintiennent leurs positions en attendant l’arrivée d’un nouveau renfort en ta personne Ionia. Après être revenus me prêter allégeance, ils sont aussitôt repartis pour l’Égypte. Tes connaissances, ta longue expérience auprès de Shion, font de toi un atout inestimable pour notre armée. Ionia, je te demande de renouveler ton serment envers moi. Ta première mission consistera à étudier l’entièreté des mémoires de Saga, afin de découvrir concrètement l’objet de ses recherches. Tu iras ensuite rejoindre nos hommes en Égypte et décidera, selon tes conclusions, de poursuivre ou non ces recherches. Tes connaissances permettront certainement de voir plus claires dans les informations récupérées par Saga. »
Ionia s'agenouille.
_ « Déesse Athéna, c’est avec une immense fierté que j’accepte cette mission et renouvelle mon serment de fidélité envers vous. »

4
Only for Love / Chapitre 68
« on: 2 January 2021 à 13h23 »
Chapitre 68

De retour dans le palais du Grand Pope, Athéna et ses Saints constatent que malgré la bonne volonté des gardes, tout est encore en chantier.
L’odeur de la poussière et du sang hante encore les lieux.
Tout n’est plus que ruines.
Les dalles au sol, sont complètement retournées, voire brisées.
Les voilures arrachées, les murs fissurés et les colonnes effondrées.
Les plafonds ébréchés et branlants.
Pourtant, au milieu de ce désordre, Athéna progresse sans hésiter.
Guidée par la lumière des Cloths d’or des Saints défunts qui illuminent la pièce, elle se recueille devant elles.
Tandis qu’elle verse ses larmes sur chaque armure auprès desquelles elle prend le temps d’adresser ses pensées, de gauche à droite Milo, Aiolia, Shaka, Aldebaran et Mû posent le genou à terre.
Derrière eux, Shaina les imite.
Une fois ses prières achevées, Athéna progresse sur l’estrade où trône au milieu du chambard le siège intact du Grand Pope.
Avec classe, elle pose sa main sur le dossier et affiche, après la peine, une grande assurance.
_ « Shaina, comme nous l’avons fait pour les maisons du zodiaque qui ont le plus souffert, nous confierons aux meilleurs artisans du domaine de réaménager ces locaux. Et nos ouvriers pourront compter sur des soldats pour faciliter la maniabilité des différents poids à transporter et à surélever pour faciliter les travaux. Nos hommes ne devraient pas s’opposer à ces directives n’est-ce pas ?
_ En effet Athéna. Après avoir été dupés, ils cherchent à présent à se racheter auprès de vous. Comme nous tous d’ailleurs, moi compris.
_ Je reconnais bien ta ferveur Shaina. Aussi, si la revue des effectifs entamée avec Mû est juste, je crois savoir qu’il n’existe plus de général des armées.
_ C’est exact, confirme Mû. Phaéton a succombé à ses blessures lors du climax de la bataille d’hier.
_ J’ai pu constater que pour le respect qu’elle impose à ses pairs, Shaina serait toute attitrée pour remplir cette fonction, suggère Athéna. »
Derrière leur déesse, les Saints d’or félicitent entre eux d’un hochement de tête cette décision.
Sous le masque de l’Italienne, des larmes signifient toute la joie que procure une telle intronisation.
Quittant la proximité prise avec le trône du Pope, Athéna avance d’un pas en direction de ses sujets : « Toujours dans le but de réorganiser au plus vite et au mieux mon armée, j’ai besoin de nommer un nouveau Grand Pope. Depuis toujours, j’ai privilégié l’expérience, la pureté de l’âme et la toute puissance d’un Saint d’or pour occuper ce rôle majeur. En l’occurrence, Dohko Saint d’or de la Balance est le plus à même de remplir cette tâche, surprend-elle. »
Aiolia, serre fermement son diadème sous son bras : « Athéna avec tout le respect que je vous dois, nommer le Vieux Maître alors qu’il ne quitte jamais les Cinq… »
La voix rocailleuse du Chinois s’invite à la fête : « Jeune camarade. Même si l’âge et l’expérience de la Guerre Sainte contre Cronos t’ont rendu plus mature, tu as gardé ton tempérament de feu. »
Eternel moqueur, son compatriote Milo ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’½il amical à Aiolia.
Le Saint du Taureau, lui, ne peut s’empêcher de rire à haute voix ce qui provoque l’agacement de Shaka.
_ « S’il vous plait. Je pense qu’il est important d’écouter ce que le Vieux Maître a à nous dire par télépathie.
_ Merci Shaka. Je tenais simplement à confirmer que je ne peux quitter les Cinq Pics pour le moment et que vous en comprendrez la raison le jour où je reviendrai parmi vous. Cependant, mon rôle en Chine ne m’empêche pas de suivre ce qui se passe au Sanctuaire. Je vous sais également tous suffisamment responsables pour ne pas avoir également à être sous ma tutelle constante. De plus, Mû sera mes yeux et ma voix lorsqu’il le faudra. »
En ch½ur, Athéna et Mû remercient Dohko pendant qu’Aiolia serre les dents et que Milo, d’un mouvement de tête, lui signifie qu’il partage son incompréhension.
_ « Avant de nous réunir pour entamer la traversée du domaine, poursuit Athéna toujours plus pressée face à la journée débordante qui l’attend, il reste quelques points à élucider. Tout d’abord, il faut s’occuper des sépultures des Saints morts hier. Quel qu’ils soient, il est indispensable de leur offrir une tombe digne de ce nom. Les corps des Saints d’argent et de nos autres adversaires morts au Japon, eux, ont été gardés par la Fondation Graad dont je suis héritière. Je chargerai Tatsumi de les faire rapatrier ici, au cimetière des Saints. Maintenant, je souhaite que les partisans emprisonnés de Saga et de Gigas ne soient pas mis à mort et qu’ils soient au contraire bien traités.
_ Athéna, s’insurge encore une fois le Lion, je me permets de protester. On parle là de tueurs, de criminels qui ont profités de la tyrannie imposée par Saga pour agir à des fins personnelles. »
Attentif, Shaka attend résolument la réponse d’Athéna.
_ « Et qui serons nous si nous leur prenons la vie, demande-t-elle ? Ne serons-nous pas des tueurs qui agissent à des fins personnelles pour assouvir leur vengeance ? Ne serons-nous pas à notre tour des criminels ? Je veux éviter la mort d’autrui. La vie est un don précieux que chaque chevalier doit préserver du mieux qu’il peut. »
L’homme aux yeux clos, passablement tourmenté depuis son combat contre Ikki, affiche une poignante satisfaction à l’écoute de ces mots.

De plus en plus déconcentrée par un bourdonnement assourdissant, la réunion perçoit désormais quelques clameurs.
_ « La foule attend devant les marches des maisons du zodiaque, dit Milo. Honkios et tout le reste du Sanctuaire s’impatiente de votre visite Athéna. On les entend d’ici.
_ Dans ce cas, ne les faisons pas attendre davantage. Après notre visite auprès des Athéniens, je voudrais que des messagers portent la nouvelle de mon retour au Sanctuaire, auprès des différents domaines annexés. Y compris ceux conquis par Saga, l’Egypte et l’Inde, ainsi que les royaumes amis comme ceux du grand nord et Yíaros.
_ Je confirai cet ordre à nos meilleurs hommes, acquiesce Shaina en prenant congés.
_ Parfait. Avant de vous laisser m’emboîter le pas en direction du peuple, dit-elle en descendant jusqu’à ses Saints d’or, j’aimerai te remettre quelque chose Aiolia… »
Pendant que tous patientent les yeux fermés, sages et appliqués, Aiolia plonge les siens dans ceux de sa déesse qui s’est abaissée face à lui.
Habituellement fougueux, il est pris par la tendresse que lui témoigne sa douce bienfaitrice.
Sa mine est apaisée puis curieuse, à mesure qu’elle tend la paume de ses deux mains jusqu’à lui pour lui présenter un pendentif.
_ « Ce présent appartenait à ton frère. Pour calmer les larmes du nourrisson que j’étais la nuit où il m’a sauvé, il me l’a offert. Je crois bon qu’il te revienne après toutes ces années. »
La gorge nouée, Aiolia reçoit le bijou sans savoir quoi répondre. Le félin, transformé en agneau, voit sa vue embuée par les larmes.
L’ensemble de l’assistance est attendri par ce moment qu’Athéna choisit pour clore cette première réunion.
_ « Je vous rejoins en compagnie de Mû dans quelques minutes. »

A mesure que les cliquetis des Cloths des Saints d’or s’éloignent, Mû se relève pour se positionner entre Saori et une intruse dissimulée derrière une colonne.
_ « Il ne reste plus que Mû. Tu peux sortir Marin, annonce Athéna.
_ Merci Athéna de me donner audience. »
Le corps encore marqué par les heurts subis la veille, Marin attend qu’Athéna poursuive.
_ « C’est tout naturel. Après tout, tu as participé à notre victoire. Tu es des nôtres.
_ À vrai dire, c’est de cela dont j’aimerai m’entretenir avec vous. Mais avant toute chose, j’aimerai que Mû garde pour lui ce qu’il entendra ici.
_ Tu as sa parole, comme la mienne.
_ Je suis à la recherche de votre Chouette, Athéna. »
Rien qu’une telle annonce glace le sang de Mû, tandis qu’elle renforce l’attention de la Déesse de la Sagesse.
_ « Comme vos souvenirs vous l’indiquent à mesure qu’ils vous reviennent, vous devez vous rappeler qu’à chaque réincarnation, la Chouette vous suit en compagnie de Pégase. Elle et Pégase sont liés. Cependant, Pégase est arrivé seul au Sanctuaire, affublé de son Jonc. J’ai pu découvrir que le second Jonc, celui de la Chouette, était détenu par l’Olympe. Ce qui signifie qu’il a été dérobé à la Chouette.
_ Celle-ci serait donc hypothétiquement morte, s’interroge Athéna ?
_ Comment as-tu pu découvrir ceci, relève Mû avec son calme légendaire ? Quels sont ces Joncs exactement ? »
Le Bélier parait pour la première fois bien crédule, tandis qu’Athéna se montre tourmentée.
Marin profite alors qu’Athéna soit cloîtrée dans le silence pour éclaircir la situation au Muvien.
_ « Depuis la nuit des temps, pour assurer la victoire à Athéna, la Chouette et Pégase l’accompagnent. Lorsque ceux-ci se réincarnent, pour garder un ½il sur les événements de la Terre, qu’il a confié à sa fille, Zeus fait réincarner son Aigle et son Trait de Foudre. Nous pouvons dire que la Chouette avec l’Aigle et Pégase avec le Trait de Foudre sont jumeaux astraux. Pour rester liés l’un à l’autre, la Chouette et Pégase ont chacun un artefact similaire. Un bracelet qui maintient une plaque où figurent entremêlés les symboles de Pégase et de la Chouette. Cela permet à la Chouette de retrouver Pégase et le réunir auprès d’Athéna.
De leur côté, pour rester liés l’un à l’autre, l’Aigle et le Trait de Foudre ont chacun une clochette. Cela leur permet de voyager librement entre l’Olympe et la Terre. Leur rôle est de veiller à ce qu’aucun Olympien n’interfère dans les batailles que se livrent perpétuellement Athéna, Poséidon et Hadès sans l’autorisation de Zeus. Et qu’Athéna, devenue trop proche des hommes, ne commettent pas d’actes irréparables ni d’affront envers l’Olympe. Zeus veut garantir le juste équilibre des choses. Je suis la réincarnation de l’Aigle de Zeus. Cependant, des membres de l’Olympe ont comploté contre mon frère, le Trait de Foudre, et moi. Ils m’ont dérobé ma clochette durant mon enfance et m’ont ainsi condamné à vivre comme une humaine et à passer pour une traîtresse aux yeux de Zeus en ne me présentant jamais à lui. Lors de l’attaque, mon frère et moi avons été séparés. J’imagine qu’ils ont agi ainsi avec la Chouette et Pégase. Pégase, lui, a eu la chance de ne pas être immédiatement retrouvé et a échappé à ce complot. Heureusement, au moment de son vol, j’ai été frappé par le pouvoir de ma clochette, le Pendentif de Zeus, et ai pris conscience de ma mission. J’ai donc choisi de me rapprocher d’Athéna pour révéler la conspiration qui la vise, elle, ainsi que mon maître Zeus. C’est ainsi qu’en tant qu’Olympienne, j’ai pu surmonter les obstacles et atteindre le Sanctuaire pour y devenir très rapidement Saint. Hélas, le complot de Saga m’empêcha de révéler à Athéna le piège tendu par les dieux célestes. De plus, mon cosmos est en quasi-totalité scellé par les dieux qui m’ont dérobé mon pendentif. Heureusement, l’arrivée de ce petit garçon porteur du Jonc, Seiya, me rendit espoir. Je l’ai formé en l’absence de la Chouette et l’ai suivi jusqu’à ce qu’il vous retrouve, vous Athéna. En même temps, j’ai profité de la présence sur Terre d’Hébé, Déesse de la Jeunesse, pour trouver l’autre Jonc. Grâce à celui que j’avais subtilisé à Seiya durant son entraînement, nous avons pu chercher et localiser le second. Au cours de cette quête, j’étais accompagnée de deux Saints, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Philémon du Lièvre, et d’une Alcide, Baucis de la Biche de Cérynie. Tous trois périrent face à un Ange de l’Olympe et Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer en personne. Hébé même ne pu s’en sortir. Elle se sacrifia pour que je puisse conjurer le mal.
_ De valeureux chevaliers, baisse Athéna les yeux au sol aussitôt après l’annonce de nouvelles pertes… Et une grande divinité… Alors que les Guerres Saintes ne font que commencer…
_ En effet Athéna. En plus des Guerres Saintes que vous mènerez très certainement contre Hadès, voire Poséidon, une bien plus importante vous attend. »
La splendide déité se relève pour dominer ses deux sujets prostrés.
Elle fixe Mû avec détermination : « Il est impératif Mû que tu gardes pour toi tout ce que tu as pu entendre. Quelles que soient les circonstances, jamais tu ne dois évoquer cela.
_ Absolument Majesté. Si j’ai bien compris, ses amis et surtout Pégase sont indispensables à votre succès.
_ En effet, Pégase a toujours accompagné Athéna dans la victoire, ajoute Marin. Il en sera sûrement ainsi à notre époque charnière.
_ Cependant, il n’est pas prêt. C’est un miracle s’il est toujours en vie aujourd’hui. Il lui faudra franchir d’autres obstacles pour monter graduellement en puissance si un jour l’Olympe est notre ennemi. »
La voix fatiguée et pleine de sagesse du Vieux Maître se permet de rejoindre le trio : « Tout à fait. Pardonnez mon intrusion mais en tant que Pope, je ne voulais pas manquer. Rassurez-vous Athéna, comme Mû je garderai le secret pour ne pas tourmenter davantage nos troupes. Là encore le Saint d’or du Bélier a raison. Dans les nombreuses batailles que vous aurez à mener, Seiya et ses amis seront obligés de développer ce que la bataille des douze maisons leur a enseigné. Je présume également qu’Hadès ne tardera pas à se montrer. Alors à cette bataille, et celle-ci uniquement, puisqu’il s’agira d’une des plus éprouvantes, nous devrons prendre le soin de les ménager, car il ne restera certainement plus qu’eux, pour faire face à l’Olympe.
_ Qu’il en soit ainsi. Ils m’accompagneront jusqu’à la Guerre Sainte contre Hadès. »


A quelques kilomètres de là, dans les profondeurs sous-marines de la Méditerranée, les rayons du soleil qui percent le plafond d’eau créent une chaleur humide.
Elle fait dégouliner dans le creux de la poitrine d’une splendide créature des gouttes de sueur au sein du temple de Poséidon, à l’intérieur des appartements réservés aux Marinas.
Blonde, aux formes généreuses, assise nue contre un homme tout aussi simplement vêtu, elle donne la main à son amie, brune, collée contre le dos de leur amant afin de lui baiser le cou.
Enlacés tous les trois, s’enroulant dans les draps noyés de transpiration du général aux cheveux bleus, ils ne peuvent retenir les gémissements que procurent les frottements de leurs corps moites les uns contre les autres…
Appuyée contre l’encadrement de la chambrée aux pierres blanches, une troisième femme observe les échanges passionnés sans pour autant se sentir dérangée.
Couverte de sa Scale rosée, la Danoise aux yeux océan attend sagement que son supérieur achève son râle d’extase.
Aussitôt satisfait, le Dragon des Mers, d’une tape légère, mais non moins autoritaire, sur les fesses de ses partenaires, les renvoie : « Merci mesdames. Vous pouvez retourner auprès des vôtres dans les villages en contrebas. »
Sans se soucier d’elles, il ramasse ses vêtements avant d’appeler à lui ses écailles.
Les nymphes, aux regards concupiscents et à peine gênée par leur légèreté, passent devant Thétis en prenant soin de ne pas la bousculer.
Celle-ci, d’une voix sèche, démontre tout le dédain qu’elle éprouve envers une telle attitude : « Cela fait près d’une heure que vous avez convoqué les Marinas dans la salle d’audience de Poséidon. Ils vous attendent. »
En s’approchant d’un air supérieur après avoir fixé son heaume qui ombre son visage, Kanon passe ses bras contre chaque flanc de l’encadrement de porte comme pour mieux dominer la magnifique Mermaid : « Ces femmes habitent les villages du sanctuaire sous-marin et manifestent leur confiance en notre armée. Tout comme d’autres le font avec certains autres Marinas. Je ne vois pas pourquoi mon comportement t’indignerait le plus ? »
Etrangement attirée par cette assurance qui fait du Dragon des Mers leur meneur, Thétis baisse les yeux pour reconnaître sa supériorité : « C’est simplement que nous avons ressenti différents cosmos s’entrechoquer hier. Le retour d’Athéna en son Sanctuaire et l’absence du retour de Poséidon nous inquiètent. Nous attendons que vous nous éclairiez. »
Elle recule pour le laisser s’engager dans le couloir : « Ne craigniez rien. Le Dieu des Mers et des Océans sera bientôt parmi nous. Et sans que nous ayons à lutter, la Terre sera nôtre. »


Dans le palais ravagé du Grand Pope, les explications de Marin annoncent à Saori l’ampleur de la tâche d’Athéna en cette époque.
L’Olympe sera donc l’issue définitive de toutes les Guerres Saintes livrées sur Terre depuis la nuit des temps. Et pour cela, Athéna aura besoin de Pégase.
Voilà pourquoi il est convenu de préserver Seiya, et à fortiori ses camarades, lors des batailles à venir, notamment celle contre Hadès, afin qu’Athéna dispose de son fidèle destrier en pleine possession de ses moyens lors du combat final.

Un court silence permet de statuer du sort de Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
Pendant qu’il inspecte son heaume, pensif, Mû réfléchit à la situation présentée par Marin.
_ « Pour en revenir à l’Olympe. J’ai cru comprendre que tu t’étais rendue à Jamir ?
_ En effet, j’espérais t’y trouver pour interpréter les signes que j’ai vu, lorsque j’étais au contact du sceau qui retenait prisonnier le Jonc de la Chouette.
_ Il semblerait que quelqu’un a su le faire à ma place, sourit-il.
_ Impossible ! Nicol m’a bien dit que… A moins qu’il ne m’ait délibérément menti.
_ Nicol de l’Autel était le disciple d’Arlès, le frère de mon maître Shion. Ces signes ont dû lui paraître évidents. Tout comme il lui paraissait évident, que tu te rendes auprès de Seiya pour participer à l’ascension d’Athéna. Cette fois, il a fait mouche. Donc j’imagine qu’il fera la même chose, à partir des indices que tu lui as laissé.
_ Nicol, se remémore Saori. Il s’agit du Saint qui accompagne Mei de la Chevelure de Bérénice, Yulij du Sextant et ton épouse Médée du Graveur ?
_ En effet, il s’agit des quatre Saints que je vous ai présentés lors de notre revue des effectifs. Kiki m’a dit qu’il les a vus quitter Jamir. En cet instant, je ressens leurs cosmos à l’autre bout du monde.
_ Peut-être devrions-nous envoyer une équipe leur prêter main forte, propose Marin ?
_ Comme l’a préconisé le Vieux Maître, je pense qu’il est plus prudent de nous focaliser sur les dangers à venir, s’y oppose fermement Mû. A moins que Marin ne veuille les rejoindre, le plus important, avant le Pendentif de Zeus, ce sont Seiya et nos amis blessés.
_ Je préférerai que Marin reste auprès de Seiya pour ma part, s’inquiète Saori, comme elle l’a toujours fait jusqu’ici. Puisque nous avons une équipe déjà en investigation loin d’ici, j’aimerai que Marin poursuive les siennes près de nous.
_ Comme bon vous semblera Athéna, accepte l’Aigle.
_ Toutefois, j’aimerai que tu occupes le temps de sa convalescence une autre tâche Marin.
_ Comme il vous plaira.
_ Saga a décimé l’ordre des prêtres. Il a gardé quelques prêtresses. J’imagine, au regard du potentiel que j’ai ressenti chez elles, qu’il ne les a pas épargnées que pour son bon plaisir, mais pour éventuellement s’en faire des alliées, comme c’est le cas avec la seule Saintia nommée ce jour.
_ Vous avez donc remarqué la distance prise par Katya de la Couronne Boréale, remarque Mû.
_ En effet. Il est évident qu’elle partageait avec lui le secret de sa culpabilité. Les autres ayant des capacités, Saga espérait sûrement pouvoir les enrôler un jour. Mais n’en étant pas certain, il n’a pas pris de risques en limitant leur instruction martiale. En ces temps troublés, j’aurai besoin de ma garde rapprochée. Marin, je souhaite que tu formes ces prêtresses afin de pouvoir en faire des Saintias.
_ Tu profiteras de cette occasion pour remettre en question les certitudes de Katya, suggère Mû, puisque Sa Majesté Athéna a jugé bon de ne pas l’emprisonner avec les autres renégats.
_ Ce ne sera pas nécessaire Marin, stoppe Athéna. Je me chargerai moi-même de Katya. Charge à toi dès lors de lui permettre de libérer son plein potentiel une fois que je l’aurai libéré de ses doutes. Tu peux prendre tes quartiers au temple des prêtresses pendant la convalescence de Seiya. »


Toujours en Europe, plus au nord, en Allemagne, l’immense propriété de la famille Heinstein est le théâtre d’un regroupement phénoménal de soldats.
Dominant une forêt abandonnée, vidée de toute vie, dans ce qui s’apparentait autrefois à de magnifiques jardins fleuris, les squelettes d’Hadès montent la garde et s’entraînent dans des corps à corps où les plus faibles sont massacrés sans états d’âme.
Ce lieu, où les rayons du soleil ne percent plus les nuages sans cesse présents, est nourri par quelques faisceaux lumineux verdâtres qui surgissent des entrailles de la Terre et s’envolent vers le ciel. Y balancer les cadavres des Squelettes vaincus est dorénavant la seule occupation de ces guerriers qui attendent avec impatience l’avènement du dieu, pour lequel ils se sont rassemblés ici et envers qui ils ont prêté allégeance.

Pendant ce temps, à l’intérieur même du château, c’est le retour d’une autre divinité qui accapare l’attention de la maîtresse de maison.
Assise sur un petit tabouret dans un hall d’où débouchent divers appartements de la demeure, l’Allemande aux cheveux prune et au visage fermé, glisse ses doigts sur les cordes de sa harpe sur laquelle elle entonne une mélodie en attendant la réunion qu’elle a convoquée.
Le premier arrivé auprès de Pandore n’est autre que Rhadamanthe, suivi de Myu et de Valentine, désormais arrivé lui aussi auprès des Spectres.
Le futur Juge est subjugué par la beauté de sa supérieure que la lumière inonde en passant par le dôme vitré sous lequel elle est positionnée.
Ils sont rejoins par Eaque et Minos, suivis respectivement par Violate et Byaku.
Les trois Juges se positionnent juste devant la s½ur aînée d’Hadès, tandis que les autres Spectres se positionnent derrière.
Peu à peu, vêtus sobrement, débouchant de toutes les portes par lesquelles communique ce hall, arrivent d’autres futurs appelés à porter les Surplis.
Si Dohko ou Shion étaient là, ils reconnaîtraient à coup sûr les visages de Queen, Gordon, Sylphide, Yvan, Rock, Kagaho, Gigant, Fyodor, Cheshire, Wimber et Tokusa parmi tant d’autres. L’espace d’une musique, cent sept futurs Spectres, ayant pris conscience de leur réelle attribution, ont rallié Pandore.
Bon dernier, d’une démarche désinvolte, en smoking et couvert d’un chapeau haut-de-forme, Yoma progresse en esquivant ses semblables prosternés, faisant preuve d’une grande agilité en manipulant avec pitrerie, un plateau sur lequel une tasse de thé attend Pandore.
Une fois celle-ci servie et le majordome parti au loin rejoindre les siens, la ténébreuse jeune femme explique : « Au fil des derniers mois, vous vous êtes tous sentis appelés par une quête essentielle à notre monde. Vous êtes devenus concernés par notre miséricordieux souverain. Sachez que l’heure de la Guerre Sainte est proche. Il n’est plus question que de quelques mois avant que les étoiles maléfiques soient libérées. Et à cet instant, nous pourrons attaquer. Lors de mes nombreuses visites auprès de vos âmes circulant librement dans le Meikai, et de mes entretiens avec Sa Majesté Hadès, nous avons convenu d’un plan. Les récents évènements dans le Sanctuaire d’Athéna renforcent notre stratégie, car dans sa bonté toute naturelle, sa Majesté Hadès refuse de vous voir être blessés au combat. Lorsque l’heure sera venue, se sont ses propres Saints qui prendront la tête d’Athéna… »


Pendant ce temps, au pied des douze marches des maisons du zodiaque, une partie du peuple est amassée en attente de l’arrivée d’Athéna.
La plupart des gens arborent des tenues qu’ils réservent pour les grandes occasions.
Partout au milieu des attroupements se réunissent quelques musiciens.
Dispersés dans la foule, des enfants partagent leurs paniers pour jeter en l’air des pétales de fleurs.
Les villageois les plus festifs, eux, trinquent à tour de bras en partageant les amphores offertes par la guilde des artisans.
Les plus calmes préfèrent les cotillons à l’alcool, ils colorent le ciel des multiples artifices distribués.
Une telle ivresse n’avait pas été vue depuis le 5 mars 1985 et sa Journée Sainte qui s’était achevée en pugilat.

Plus haut, rassemblés dans la maison du Bélier, Shaina, Aldebaran, Aiolia, Shaka et Milo attendent Mû et Athéna.
Toujours très enjoué, le Saint du Taureau caresse les parois de la demeure de son ami en charriant Shaka : « Mû qui aime le calme ne sera pas embêté par les travaux. Contrairement à toi Shaka. Quelques gardes risquent de venir faire du bruit pour la réfection de la maison de la Vierge. »
Le bouddhiste, devenu suffisant ces dernières années, répond cette fois par un sourire timide et sincère. Il se retourne ensuite en direction de sa maison, troublé. Il se perd dans ses pensées : « La sixième maison… Celle où j’ai pu revenir avec Ikki… »

Flashback
Après l’explosion causé par le cosmos d’Ikki, Shaka errait dans une vaste étendue d’une autre dimension.
Étant sans corps, ni esprit, il venait de rentrer dans ce que le bouddhisme appelle Shânta-Bhâva, une atmosphère paisible et sereine, dans laquelle on se sent proche de son idéal choisi. Tout autour de lui, l’univers était visible, tandis qu’en dessous se dressait un parterre de fleurs de lotus.
Il restait ainsi un certain moment quand doucement une silhouette prit forme derrière lui et qu’une présence se fit ressentir.
Cette présence était sereine et emplie de bonté.
Immense, doré et apaisant, Bouddha vint à Shaka.
_ « Mon brave Shaka, je vois que tu souffres d’un grand trouble. Veux-tu m’en parler ?
_ Ô Éveillé, quel bonheur d’entendre à nouveau votre voix. Où étiez-vous ? Je vous ai appelé plusieurs fois, mais vous n’avez jamais répondu. Fallait-il que je meure pour vous entendre de nouveau ?
_ J’ai toujours été présent à tes côtés, Shaka. Et je t’ai parlé. Mais, malheureusement, ton orgueil se dressait entre nous deux.
_ Mon orgueil ? Je ne comprends pas ?
_ Je sais ce qui te trouble l’esprit, Shaka, c’est l’incertitude, le doute. Tu viens de découvrir une nouvelle vérité qui te met dans un désarroi mental. Est-ce que je me trompe ?
_ Non, Ô Éveillé. Vous ne vous trompez pas.
_ Alors confie-toi à moi, Shaka, tout comme tu le faisais durant ta jeunesse et tes débuts dans l’ordre d’Athéna.
_ Je suis un Saint d’or protecteur d’Athéna. Je me bats pour la justice et je ne servirai jamais le mal. Le Pope, sensé être le plus grand protecteur d’Athéna, n’était autre que Saga, cet usurpateur emplit de mal. Et pourtant… pourtant…
_ Continue, mon brave Shaka et n’hésite pas.
_ Quand je fus nommé Saint, j’ai côtoyé à plusieurs reprise le Pope sans connaître sa vraie identité et son acte malsain envers Athéna et j’ai toujours senti de la bonté et de la générosité en lui… parfois même de l’amour. Le peuple l’a toujours aimé sincèrement. Si Saga s’était tourné graduellement vers le mal alors pourquoi moi, Shaka, qui suis capable de voir si une personne est du côté du mal ou du bien, ne l’ai-je pas remarqué ?
_ Ce manque de perspicacité est ce qui te met aujourd’hui en détresse, n’est-ce pas ?
_ Bien sûr ! Je vivais dans la certitude de détenir la vérité absolue, que le Pope était la bonté et la justice même. Mon combat contre Phénix a ébranlé cette certitude. Seul un Saint qui a la justice à ses côtés aurait pu me vaincre et Athéna représente la justice, donc nos jeunes Saints avaient Athéna de leur côté et non le Pope. Ô Éveillé, pourquoi n’ai-je pas ressenti la juste cause du Phénix et de ses amis !?
_ Mon brave Shaka, tu détiens toi-même la réponse à cette question dans tes dires.
_ Je ne comprends pas…
_ Tu as été victime de ta propre certitude.
_ Ma certitude… je ne saisis pas. Le doute est issu de l’ignorance de la vraie nature de toute chose. Cette vraie nature est la vacuité ou bien le vide. Cette vacuité ne signifie pas que les choses n’existent pas, mais seulement qu’elles ne sont rien d’autre que des apparences. L’ignorance de cette vacuité forme avec la haine et le désir, les trois racines du mal qui enchaînent les êtres vivants à notre monde et au cycle des réincarnations. L’ignorance mène au désir qui à son tour engendre la haine. Tout bouddhiste, non… tout être vivant a comme devoir de vaincre ces trois racines, s’il veut atteindre l’Éveil et la libération en ce monde. Comme l’ignorance est la source des deux autres racines, abolir cette ignorance est la première chose à faire et peut ainsi aider à la neutralisation des deux autres. Seule la connaissance permet d’en finir avec cette ignorance et de ce point de vue là, Ô Éveillé, n’est-il pas concevable que la certitude est égale à la connaissance ?
_ Certes, Shaka, la certitude peut être vue comme une forme de connaissance. Mais si tu laisses la certitude prendre le dessus sur le reste, cette même certitude devient une forme d’orgueil et l’orgueil est une forme du désir et donc une racine du mal. »
Derrière Shaka, dans cette atmosphère de sérénité, Bouddha tourna la paume de la main gauche vers son corps, celle de la main droite vers l’avant. Le pouce et l’index de chaque main formèrent deux cercles qui se touchèrent légèrement. C’est le Dharmachackra-Mudrâ, appelé aussi Tenpo Rin In, le geste avec lequel le Bouddha indique qu’il est sur le point d’enseigner une chose importante.
_ « Durant ton enfance et en tant que jeune Saint, tu n’excluais pas le doute de ton esprit et tu évitais de poser tes opinions comme des certitudes. C’est ce mélange de doute et de certitude qui te donnait la faculté de lire dans le c½ur des hommes et de voir s’ils étaient du côté du bien ou du mal.
_ Mais alors, comment se fait-il que je me sois trompé au sujet de Saga ?
_ De part sa gémellité, Saga possédait aussi bien le mal que le bien en lui. Fort heureusement pour lui, durant la plus grande partie de son imposture en tant que Pope, le bien régnait en lui. C’est cette bonté, que tu as ressenti lorsque tu étais encore un jeune Saint. A force de sentir ce bien et les sentiments des autres, tu t’es progressivement bercé avec l’idée que tu détenais la certitude de la vérité absolue. C’est là que cette certitude a fait naître l’orgueil en toi et que ton aveuglement pour la vraie vérité prit place. Et l’aveuglement n’est rien d’autre qu’une forme d’ignorance, la racine qui engendre les deux autres qui forment l’obstacle à l’Illumination.
_ Je vois. Phénix savait que Saori était Athéna et cela fut la cause de la détermination que j’ai ressenti en lui durant notre combat. Il était prêt à mourir afin de vaincre son adversaire. En se sacrifiant, il a non seulement remporté la victoire sur moi, mais également sur mon ignorance et il m’a ouvert au doute.
_ En laissant de nouveau la place au doute dans ton esprit, tu es retourné au stade de ta jeunesse, où tu étais bien plus abouti que tu ne l’es maintenant. Si tu es capable de comprendre cela et de persévérer dans cet aboutissement, tu seras réellement l’homme le plus proche des dieux.
_ Merci beaucoup, dessina Shaka un sourire aux lèvres, Ô Éveillé, de m’avoir guidé par votre sagesse à l’origine du trouble dans mon esprit. Je sais maintenant ce que je dois faire.
_ Bonne chance, Shaka et à bientôt. »
La présence du Bouddha se dissipa dans l’univers.
Shaka avait retrouvé une paix intérieure et décida d’agir en retrouvant sa demeure et en expiant sa faute auprès d’Athéna...
Flashback

Le souvenir de sa défaite hante suffisamment le Saint d’or pour lui rappeler les décès de ses disciples Shiva et Aghora : « Pardonnez mes certitudes. Elles auront eu raison de vous. »
Aussi, l’image d’Hasu, la Sainte de bronze de la Couronne Australe, avec laquelle il aura partagé quelques instants charnels, le poursuit : « Quant à toi, Hasu, c’est mon arrogance qui t’aura détourné de ton amour pour Algol. Tu es morte seule, par ma faute. Si seulement j’avais su t’écouter… »
Les propos d’Hasu alors qu’il mettait un terme à leur aventure lui reviennent : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclus pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification… Un jour tu perdras ton invulnérabilité. Etre un Saint d’or proche des dieux, n’enlèvera rien au fait que tu puisses rencontrer quelqu’un dont le c½ur et la conviction te fassent vaciller. Et j’espère que ce moment te forcera à reconsidérer tes positions actuelles. A cet instant, je serai disposée à te recevoir de nouveau chez moi. »
Le natif de la Vallée du Gange baisse sa tête, amer : « Tu avais raison. Et tu n’étais pas la seule. Mon amie Mayura Saint d’argent du Paon aussi. »
Le souvenir de paroles blessantes lors d’une dispute avec Mayura lui revient en mémoire. Il se souvient de ces derniers mois, où Bouddha ne venait plus à lui, sans qu’il sache intelligemment s’interroger. La veille de sa mort, Mayura lui asséna : « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Et qu’une remise en question te ferait le plus grand bien ? »
Soudain, l’arrivée du propriétaire du temple du Bélier, accompagné d’Athéna et Marin sort Shaka de sa léthargie : « Hasu, Mayura… Mon plus gros regret est que vous ne soyez plus là pour que je reconnaisse mes torts devant vous. »
 
Ses Saints remarquent que pour l’occasion, Saori est affublée d’or par-dessus sa robe immaculée.
Un bracelet, un collier et un diadème doré accompagnent la fine ceinture qui enserre sa taille. Cette tenue ressort à merveille avec son sceptre et lui donne davantage de majesté en plus de faire honneur à ses courbes.
Shaina, inquisitrice, remarque : « Marin ?! Tu étais présente au sein des douze maisons ?
_ Hum… Athéna m’a autorisé à me reposer à l’intérieur de ses appartements. »
Inopinément, le bruit de trompettes évite à l’Aigle de pénibles excuses.

Devant les marches, le public recule.
Sur les flancs, à chevaux, arrivent les soldats les plus gradés, les caporaux.
A pieds, derrière eux, armures nettoyées, lances et boucliers à la main, les gardes suivent en rangs.
En membre d’honneur, habillé de son plus beau costume, Tatsumi suit la marche en compagnie de ses nouveaux acolytes, avec parmi eux son frère de c½ur, le père adoptif de Kyoko et Shoko.
Avec discipline, ils se positionnent entre les escaliers de pierre et l’assistance qui admire le défilé.
Quelques minutes après, des applaudissements accompagnent l’arrivée des Saints de bronze. Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki progressent avec noblesse jusqu’aux premières marches, forçant la reconnaissance des soldats qui s’inclinent devant les Japonais suivis de trois autres Saints de bronze qui leur sont inconnus. Les deux premiers, Retsu du Lynx et Mirai du Petit Chien, sont rappelés de mission pour l’occasion. Enfin, le forgeron du Sanctuaire, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur ferme la marche.
Les huit chevaliers de bronze s’agenouillent sur le premier pallier des marches, à mi-chemin vers la maison du Bélier.
Le rythme des vivats s’accélère quand les ombres de Marin et Shaina prennent forment sur le parvis de la demeure. Les Saints d’argent s’installent à genoux, trois marches plus en bas, en direction de l’entrée sombre en attendant les derniers remparts.
Elles sont rejointes par Georg de la Croix du Sud et Juan de l’Ecu, revenus avec Retsu et Mirai.
Les bravos deviennent des acclamations quand les cinq Saints d’or se positionnent en arc de cercle devant les quatre derniers Saints d’argent.
La foule n’en peut plus, les gens tapent des mains, des pieds, s’égosillent jusqu’à ce qu’ils aperçoivent d’abord le sceptre de la déesse resplendissante illuminé par le soleil.
Enfin, la silhouette gracieuse d’Athéna, dégageant une impériale grandeur, inonde le peuple de tout son éclat. Il se prosterne aussitôt.
Kiki quitte l’assemblée pour se téléporter aux côtés de celle qu’il a connu comme étant simplement Mademoiselle Kido. Après un effort de concentration inouï, il fait venir le Bouclier de la Justice aux côtés d’Athéna qui le tient fermement sous sa main gauche.
Enfin, seul élément irrévérencieux, il écarte grand les bras, rassuré par le grand sourire que lui adresse Saori, et libère un puissant : « Hourra ! Hourra ! Vive Athéna ! »
Aussitôt, des confettis et des colombes sont lâchés dans le ciel, le peuple saute, exulte.
A chacun de ses sujets, Athéna adresse un sincère sourire.
Tour à tour ses chevaliers, toujours inclinés, s’échangent une mine désormais soulagée.
D’abord les Saints d’or, puis ceux d’argent, et ensuite ceux de bronze, se lèvent après qu’Athéna passe devant eux.
Elle descend une à une, avec raffinement, les marches jusqu’à poser un premier pas sur Honkios.
Immédiatement, comme dans tous les autres villages par la suite, un groupe d’enfant vient l’accueillir avec un bouquet de fleur. A chacun, elle caresse la tête tendrement.
A chaque vieillard elle serre passionnément la main.
A tous les habitants qu’elle rencontre, elle réchauffe leurs c½urs de son cosmos bienfaiteur.
Derrière elle, l’armée toute entière réunie, se disperse peu à peu, à mesure qu’ils progressent, dans chaque secteur qui est donné à l’administration d’une faction.
Les Saints, eux, patientent devant tous les temples croisés où Athéna va se recueillir.

Tandis qu’Honkios se désemplit, la foule suivant les pas d’Athéna, la silhouette parfaitement tracée de Katya dans sa toge légère fixe avec dédain le départ de la déesse.
Comme une quinzaine d’autres, pour la plupart des soldats, elle goutte peu aux réjouissances et, comme si elle les menait, d’un signe de la tête, les enjoint à la suivre en direction du cimetière des Saints.


Au dehors du Sanctuaire, en Grèce, sous l’Aréopage touristique, le domaine d’Arès est d’un étrange calme relaxant.
Dehors, sur l’îlot entouré de lave où se dresse la forteresse du dieu, Atychia et Tromos, les deux Berserkers de Vasiliás, s’exercent parmi leurs hommes, sans entendre les vents puissants de l’orgue d’Arès rythmer les lieux.
Ils se félicitent des progrès de leurs sujets.
_ « Notre armée est désormais prête, ça ne fait aucun doute. Lorsque Vasiliás aura récupéré l’armure d’Arès, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire, assure fièrement Atychia. »
Le géant de deux mètres quatre-vingt-trois ne portant qu’un voile blanc ceinturé à la taille pour lui former une jupette, approuve la Bulgare aux cheveux tressés : « Nous n’attendons plus que cela pour écraser Athéna, en effet… »

A l’intérieur du palais, sur l’estrade qui domine l’espace et sur lequel trône Arès, le Dieu de la Guerre échange avec son général revêtu de sa Nightmare de la Royauté : « … et désormais tout devrait s’accélérer c’est bien ça Vasiliás ?
_ En effet. Dès que le Sanctuaire sera attaqué par ses propres hommes sous l’égide d’Hadès, je pourrai me rendre au Meikai pour récupérer votre armure. Et c’est là, et seulement là, que nous attaquerons le Sanctuaire.
_ Il me semblait qu’il était convenu que nos hommes attaqueraient le Sanctuaire, pendant que tu serais au Meikai.
_ C’est ce qui a été convenu en effet avec le Spectre que j’ai rencontré. Cependant je ne lui fais pas confiance. Tout comme je n’ai pas confiance aux chances de victoire d’Hadès contre Athéna. Dans tous les cas, si nous attaquons le Sanctuaire pendant la bataille entre Athéna et Hadès au Meikai, le gagnant nous prendra à revers une fois la bataille aux Enfers terminée.
_ Tu vas donc trahir tes engagements ?
_ Ce ne sont là que des promesses non tenues envers un dieu auquel je ne crois pas. »
Le dieu, vêtu d’une longue toge blanche par-dessus son imposant torse nu et son pantalon rouge, se lève fermement de son siège. Ses cheveux hirsutes, couleur sang, et ses épais sourcils noirs allant à merveille avec ses yeux rouges, donnent à son visage une inquiétante sévérité.
_ « Et moi ? Suis-je un dieu auquel tu crois ?
_ Je crois en votre promesse de me faire roi de cette planète. Une planète où votre soif de sang sera assouvie par la mise à mort de tous les criminels. Si votre parole tient toujours, mon allégeance également.
_ Parfait. Tu peux disposer. »
Le Berserker de la Royauté s’exécute solennellement avant de partir s’enfermer dans ses appartements au sommet du temple en forme de cône.
Sa Nightmare retirée, il se laisse tomber sur son lit, les bras en croix, en soufflant : « Ksénia… Où es-tu ? J’ai tant besoin de toi, de tes conseils. Je sais qu’Arès n’est pas quelqu’un de confiance. »

En bas, pensif, Arès ignore tout de la présence de ses servantes qui se vautrent dans la luxure à ses pieds.
Il pense : « Helénê… Ange de l’Olympe… Tu as mis ce Berserker de la Royauté dans mon sillage. Il m’apportera la victoire, Eris me débarrassera ensuite de lui et de ses sujets complaisants, l’Olympe me donnera la gloire, et j’apporterai à cette Terre le désespoir. Je t’en remercie. »


A la Source d’Athéna, dans le temple où reposent Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, les prêtresses passent quelques linges humidifiés sur les fronts des héros pour faire chuter leur fièvre.
Un petit peu trop collée à elle à son goût, Erda chasse Xiao Ling : « Va donc t’occuper de ton Saint, la congédie-t-elle ! »
Cette saute d’humeur face à l’intérêt persistant que la Chinoise porte à son aînée amuse beaucoup Mii, Maria et Shoko.
A cela, la suspicieuse Erda rajoute : « D’ailleurs on s’en sortirait mieux si Katya daignait nous aider ! Où peut-elle encore bien être ?! »
A l’annonce de l’absence de sa s½ur, Maria baisse honteusement la tête.
Mii et Xiao Ling, devinant la peine de Katya suite à la perte du Grand Pope Saga auprès de qui elle était dévouée, préfèrent taire le sujet.

Guillerette, elle, Shoko ignore complètement la remarque.
Elle bouge aussi délicatement que possible le corps de Seiya afin de lui éviter des escarres.
La langue tirée au coin des lèvres, signe de concentration, la maladroite Shoko s’applique.
Elle prend sa mission très à c½ur en hommage à Seiya.
Elle se souvient encore du jour de leur rencontre…

Flashback
Le calme était redescendu dans les travées du colisée ce 16 septembre 1986.
Un colosse dont l’envergure donnait l’impression qu’il faisait deux fois la taille de son adversaire restait cloué au sol.
Fébrile, accroupi dans une mare de sang, Cassios se tenait la tête en grommelant de souffrance.
Sous ses pieds, son oreille gauche flottait dans la flaque d’hémoglobine.
Comme Shaina et les soldats, Shoko n’en revenait pas.

Désignée au ravitaillement du temple des prêtresses, l’aspirante Saintia profitait comme souvent de son passage à Honkios pour guetter les combats qui s’y déroulaient.
Celui de ce jour lui parlait davantage que les autres, car ce jeune Seiya affrontait le géant Cassios pour l’armure de Pégase. Pégase n’était autre que l’emblème du collier qu’elle partageait avec Kyoko.
Dès qu’elle reconnut la Pandora Box de Pégase, Shoko ne put s’empêcher de serrer fort dans la paume de sa main le collier en se remémorant le douloureux souvenir du réveil d’Eris en Kyoko.
Pégase symbolise pour Shoko la voie des Saintias qu’elle a choisi pour laver l’honneur de sa s½ur.
Et l’assurance du Japonais qui faisait face à Cassios la convainquait que, même face à un géant, un homme peut surmonter les obstacles pour devenir ce qu’il souhaite au fond de son c½ur.
Seiya martelait de coups Cassios et le faisait à nouveau chuter genoux à terre.
Absorbée par l’assurance dont faisait preuve le futur Saint, Shoko s’en mit à mimer ses mouvements sous les regards inquisiteurs des soldats venus encourager Cassios sous l’influence de Shaina.
Menue dans sa robe immaculée, la maladroite prêtresse fut pourtant une des seules à reconnaître les coups portés à la vitesse du son de Seiya.
_ « Ryu Sei Ken, murmura-t-elle… »
Tandis que Cassios était soulevé du sol par la pluie de coups, elle regarda son pendentif et corrigea : « Pegasus Ryu Sei Ken… Des Météores… Comme j’ai pu le faire le jour où la Cloth de ma s½ur m’a vêtu pour me protéger… Je dois parvenir à les reproduire si comme Seiya je veux atteindre mon but… »
Tandis que Saga, sous l’identité de Shion, rappelait à Seiya le rôle d’un Saint, Shoko, était dévisagée par les rageurs partisans de Cassios.
Elle s’éclipsa donc discrètement.

Passant par les fondations au ciment craquelé des gradins, elle faisait tournoyer au bout de ses doigts sa chaîne pour balancer comme une fronde le bijou de Pégase en son extrémité.
Une fois de plus l’étourderie la rattrapa lorsque, perdue dans ses pensées, elle heurta une caisse lourde et métallique qui lui barra la route.
Seiya, pressé par Marin de quitter le stade hostile maintenant qu’il était Saint, coupa la route à la distraite Shoko. Celle-ci percuta alors frontalement la Pandora Box de bronze et en tomba à la renverse, perdant durant le choc sa parure.
Alors que le collier partait en direction de la foule qui s’amassait en direction des issues, Seiya retarda sa fuite pour s’en saisir.
Hagarde, Shoko ne put retenir une larme en découvrant que c’était Seiya en personne qui lui tendait son bijou.
_ « Ca ne va pas ? Désolé, je ne pensais pas t’avoir blessé.
_ Ah… Euh… Pardon, je n’ai rien, c’est juste que c’est un souvenir de ma grande s½ur. Que ce soit le nouveau Saint de Pégase qui m’évite d’égarer cet objet dont le Pégase est l’emblème, je trouve ça plutôt cocasse. D’autant plus que votre combat m’a profondément inspiré.
_ Vraiment ?
_ Oui. Ma grande s½ur a fait les mauvais choix et est partie très loin de moi. Désormais, je tente tout pour laver son honneur et le courage dont vous avez fait preuve aujourd’hui Saint de Pégase m’a rappelé que, même si les obstacles paraissent infranchissables, je dois persévérer.
_ Je t’en prie, appelle moi Seiya. Je vois que malgré la douleur qu’a causé ta s½ur dans ton c½ur, tu lui portes tellement d’amour que tu tiens à redorer son nom. Moi aussi j’ai une s½ur aînée. On m’a séparé d’elle dans j’étais tout petit. Je ne sais pas où elle est aujourd’hui. Il m’est arrivé de penser que je ne la reverrai plus jamais. Mais je veux y croire. Ma s½ur est quelque part et elle veille sur moi en pensée. Et un jour je la reverrai j’en suis sûr ! Alors en attendant ce jour, quoi qu’il arrive, je me battrai et je vaincrai ! »
La voix de Marin le rappela avec autorité : « Seiya ! »
Déjà sous un arc de pierres servant de sortie, son professeur ne souhaitait pas tarder davantage en territoire inamical. A l’autre bout, Shaina et ses hommes débarquaient.
Alors qu’il lui tournait le dos pour reprendre la route de Paesco, Shoko l’apostropha une dernière fois : « Seiya ! Moi… Moi aussi je me battrai ! Merci ! »
En guise de réponse, il leva le pouce en l’air avant de disparaître au milieu de la foule…
Flashback

Réajustant les draps sur le corps bandé de Seiya, Shoko sourit instinctivement. Elle aussi va déployer ses ailes comme lui pour atteindre son but. Avec le retour d’Athéna et les efforts qu’elle va encore décupler, un jour, bientôt, elle se battra à ses côtés…

5
Only for Love / Chapitre 67
« on: 5 December 2020 à 17h04 »
Chapitre 67

Tandis que l’enquête piétine au Mexique, la nuit tombe en Grèce.
L’obscurité permet à l’ensemble de la population du Sanctuaire de voir la dernière flamme de l’horloge du Sanctuaire vaciller.
Toutes sur le parvis de leur temple, à l’orée des marches qui relient le palais du Pope à la statue d’Athéna, les prêtresses distinguent une silhouette tituber en direction du sommet.
Parce qu’elles ignorent qui est Seiya, la tension est à son comble.
_ « Ca y est, tout est perdu, pleurniche Xiao Ling.
_ Ne dis pas de bêtise, l’invective Erda !
_ Hormis deux cosmos qui s’entrechoquent encore dans le palais du Pope, je ne ressens plus de cosmos qui s’affrontent, dit Shoko tout en étant concentrée.
_ Tu te trompes, la corrige Mii, plus bas vers le passage secret, des combats ont encore lieu.
_ Oui, les cosmos sont plus faibles mais les échanges n’en demeurent pas moins violents, ajoute Xiao Ling.
_ Il s’agit des Saints d’argent de l’Aigle et d’Ophiuchus, reconnaît Erda ! Et parmi les cosmos qui s’opposent à elles, celui du général déchu Phaéton !
_ Le doute n’est plus permis, assure Shoko le poing dressé, les rumeurs de ces derniers mois sont donc vraies ! Les soi-disant renégats n’en seraient pas ! La fille qui les accompagne serait donc bien Athéna !
_ C’est impossible, angoisse Mii en se passant les mains devant sa bouche défigurée…
_ Pourtant, tu l’as certainement entendu plus d’une fois sur les marchés, lorsque nous descendions en ville toi aussi n’est-ce pas ? Ces histoires de complots de plus en plus nombreuses, les opposants de plus en plus rares qui disparaissaient, les prêtres éradiqués, et nous prêtresses pas loin de l’être. »
Toutes les quatre osent à peine se regarder dans les yeux.
Xiao Ling fait alors demi-tour pour rejoindre Katya.
Recroquevillée dans un coin à l’intérieur du temple, dans les bras de sa s½ur Maria, Katya a les yeux gonflés par les larmes qu’elle verse à l’abris des regards suspicieux de Shoko et Erda. La Saintia ne daigne même pas regarder sa camarade, lorsque celle-ci lui demande : « Qu’en penses-tu Katya ? Après tout, de nous toutes, tu es la seule Saintia et la seule à pouvoir rencontrer le Grand Pope. »
La gentillesse de la Chinoise ne trouve de réponse que dans la dureté des propos d’Erda qui est suivie de Shoko et Mii : « C’est parce qu’elle côtoie justement le Grand Pope que Katya n’en pense rien. N’est-ce pas Katya ? S’il y a bien quelqu’un ici qui doit savoir ce qui est arrivé à nos camarades ces dernières années et ce que trame le Grand Pope, c’est bien toi ! »
Erda ne reçoit pour seule réponse qu’un regard plein d’amertume.
_ « S’en est de trop ! Je ne peux me résoudre à rester cachée ici jusqu’à l’issue de cette bataille, se résout Shoko !
_ Oui, la suit Erda sans hésiter !
_ On y va Xiao Ling, commande Mii à sa semblable avant de tourner le dos à Katya. J’ai eu foi en une figure qui n’était pas ici, il est temps pour moi de faire pardonner mon ignorance. Il n’est pas trop tard pour toi de te faire pardonner tes péchés Katya. »
Les quatre aspirantes s’engagent en direction du passage secret, tandis qu’avant elles Saga rejoint Seiya plus haut.
Katya demeure désorientée dans les bras de Maria.

Tandis qu’il a rampé, usé toutes ses forces, Seiya parvient à brandir le Bouclier de la Justice.
A cet instant, la dernière flamme du cadran du zodiaque s’éteint.
La flèche logée dans la poitrine d’Athéna est anéantie.

Au pied des douze maisons du zodiaque, Saori se réveille entre les bras de Tatsumi et Jabu.
Depuis les Cinq Pics, en Chine, Dohko profite du succès des Saints de bronze pour raconter la réalité sur l’usurpation de l’identité du Pope aux Saints d’or survivants.

Dans le passage secret, des soldats dévalent les marches.
Après avoir sauvé Marin et Seiya, Shaina est rattrapée par Phaéton et les derniers hommes de confiance du Grand Pope.
Marin, affaiblie par les roses d’Aphrodite, et Shaina, encore convalescente du coup reçu par Aiolia, luttent à bout de force.
Sur les rotules après avoir éliminé trois nouveaux soldats, Shaina ne voit pas arriver dans son dos Phaéton. En traître, il la cogne de volée dans les reins.
_ « Lâche, s’indigne-t-elle !
_ Il n’est pas trop tard, le Pope lutte encore. Je reviendrai en grâce à ses yeux !
_ Tu n’en auras pas le temps. Tu vas succomber aux coups que Marin et moi t’avons porté.
_ Dans ce cas je vous emmènerai avec moi dans la tombe !
_ C’est ce que tu crois, scande la voix héroïque de Shoko ! »
Instantanément, Phaéton est repoussé par de multiples coups semblables à une pluie de météores.
Au même moment, Marin, désorientée, est secourue des trois gardes qui l’encerclent par l’arrivée d’Erda, Mii et Xiao Ling.
Shaina reprend ses esprits et traîne la jambe jusqu’à Phaéton.
Agenouillé, il n’a plus la force de se relever. Elle le saisit par la gorge et lui écrase le larynx. Elle lève son autre main au ciel avant de l’abattre dans un souffle d’éclairs : « Thunder Claw ! »
Achevé à bout portant, le corps de Phaéton retombe en arrière dans une gerbe de sang qui souille la Saint.
Néanmoins, celle-ci demeure solennelle : « Prêtresses d’Athéna… Merci de votre aide… J’imagine que vous avez compris la vérité. Je vais vous en dévoiler les grandes lignes. Il faut que vous descendiez dans tous les villages rapporter ce qu’il s’est passé ces treize dernières années… »

Pendant que Saori, suivie de Tatsumi, Jabu, Ban, Ichi, Nachi et Geki, entame la montée des marches, les aspirantes Saintias entament le processus inverse par le passage secret.
C’est alors qu’elles ressentent le cosmos d’Athéna au détour d’un temple qu’elles longent, que Shoko stoppe sa course.
_ « Athéna… Elle est dans la maison de la Balance avec ses Saints…
_ Certes, consent Erda, cependant Shaina nous a confié une mission. Nous aurons tout le loisir de prêter serment à Athéna à notre retour.
_ Oui, dis-toi que ce que nous faisons c’est avant tout pour Athéna, la convainc Mii déterminée à se racheter auprès de sa déesse après avoir été dupée. »

Très vite, la nouvelle se répand à travers tout le Sanctuaire.
Filia, comme de nombreuses autres personnes dans tous les villages du domaine, s’époumone en traversant Honkios : « Le Grand Pope Arlès n’a pas succédé à son frère il y a deux mois et demi ! Les deux, le Grand Pope Shion et Arlès Saint d’argent de l’Autel ont été assassinés il y a treize ans… »
Aussitôt, quelques têtes commencent à sortir des demeures et quelques informations sont échangées entre les villageois qui osent se montrer à découvert.
_ « C’est le Saint d’or des Gémeaux qui aurait commandité tout ça, déclare l’un !
_ Il aurait ensuite voulu assassiner Athéna, surenchérit l’autre ! 
_ C’est Aiolos du Sagittaire qui l’a sauvé in extremis au péril de sa vie, intervient un nouveau !
_ Athéna fut alors élevée comme une petite fille ordinaire au Japon, complète un dernier ! »
 
Sans cesse, partout où Filia et les autres villageois heureux vont crier la bonne nouvelle, ces échanges donnent lieu à des scènes d’hystérie, où chacun essaie de prouver à l’autre qu’il détient la vraie version de l’histoire.
Séparées aux quatre coins du domaine, les prêtresses apportent une touche d’authenticité.
Très vite, les rumeurs deviennent vérité.
Comme pour accompagner la véracité des propos scandés, les cloches des temples présents dans chaque village retentissent.
D’ordinaire, lors de tels évènements, se sont les prêtres et les prêtresses qui descendent transmettre la parole d’Athéna et du Grand Pope.
Hélas, les quatre dernières prêtresses ne peuvent compter sur leurs équivalents masculins. Leur caste a été progressivement décimée par un Saga toujours plus soucieux de préserver son anonymat.

Dans tout Honkios, quelques soldats réalisent les faits.
_ « Cela aurait commencé quand le Sanctuaire a retrouvé la trace de l’armure d’or d’Aiolos, comprend un garde !
_ Oui, celui que nous considérions comme un traître était en fait un héros, corrige un autre !
_ C’est à cet instant qu’une nouvelle bataille plus discrète a commencé au Japon, se rend compte un troisième ! »
Aussitôt, dans chaque faction quelques soldats marqués du tatouage que portent les fidèles de Gigas commencent à fuir les rangs.
Très vite rattrapés par leurs semblables, crédules jusqu’ici, ils n’opposent aucune résistance.
Tous comprennent : « Athéna s’éveilla au Japon et avec des Saints de bronze elle a réussi à faire éclater la vérité ! Tous ceux qui profitaient du comportement odieux du Pope pour justifier leur cruauté personnelle doivent être punis ! »

Dans les villages, hautement surveillés par la répression instaurée par Saga, ce sont les paysans qui en profitent pour se révolter et désarmer les quelques soldats qui désertent les rangs de peur d’être jugés.

Les derniers fidèles à l’injustice du Grand Pope sont rapidement maîtrisés, ficelés et amenés par le reste du peuple.
En quelques minutes, dans la nuit tombée, muni de torches, le peuple tout entier se réunit au pied des douze temples du zodiaque pendant que Saga rend son dernier souffle.
Hommes, femmes, enfants, serviteurs, paysans, artisans ou soldats, tous, à bout de force, désoeuvrés, par toutes les batailles menées par l’usurpateur ces dernières années, s’amassent grâce à Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling dans Honkios et ont les yeux rivés vers la statue d’Athéna.
Les larmes aux yeux, la bouche en c½ur, le peuple attend qu’Athéna s’adresse à eux.

Au sommet, derrière la chambre d’Athéna, sur la cour de la déesse, marquée par les nombreux fracas des combats acharnés menés encore il y a encore quelques minutes, l’attention de Saori est portée vers le ciel. Sur l’étoile polaire plus précisément. Alors qu’elle tient passionnément Seiya contre elle, une étrange intuition la saisit.
Seulement, Aldebaran, de son timbre grave, se permet de toussoter pour ramener à elle leur Majesté.
Athéna revient alors pour détailler avec amour le visage de chacun. Meurtrie par la vision de Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, dans les bras respectifs de Mû, Milo, Aiolia et Shaka, elle réalise en voyant Marin et Shaina se soutenir mutuellement, les souffrances endurées également par le peuple.
Kiki en profite pour sautiller partout en informant la déesse : « Athéna ! Athéna ! Regardez ! En bas ! Tout le Sanctuaire est réuni ! »
Timide, honteuse également de n’avoir pu agir plus tôt, un léger « Oh ! » s’échappe de Saori.
Aussitôt, Athéna se ressaisit. Elle accroche fermement son sceptre et laisse Seiya aux bons soins du Saint d’or du Taureau.
Elle se positionne le plus près possible du vide pour exposer sa silhouette aux yeux de tous. Malgré la distance, ses sens accrus de déesse lui permettent de distinguer chaque visage à la fois rassuré mais aussi fatigué après tout ce que le peuple a supporté.
Instinctivement, après une profonde inspiration, elle entame son allocution : « Athéniens… »
Sa voix douce et chaleureuse porte loin. Elle résonne dans l’air et dans le c½ur du peuple qui s’agenouille immédiatement. Le brouhaha cesse. Même les enfants observent le silence.
Recroquevillée dans son temple, Katya n’arrive pas à ignorer l’aura chaleureuse qui la soutient dans son chagrin.
Si la distance empêche la population d’admirer parfaitement la beauté de leur souveraine, elle peut néanmoins voir briller le sceptre divin qui libère peu à peu un cosmos doré. La cosmo énergie bienfaitrice d’Athéna inonde progressivement les spectateurs.
_ « … De tout rang, de tout âge, de toute condition, à cause de moi vous avez souffert mille tourments et je vous suis éternellement reconnaissante de votre courage. J’ai conscience du sacrifice de chacun, de la douleur de la perte de vos proches et de ce que cela implique. Grâce à vous, Athéniens, la paix va enfin pouvoir régner sur le Sanctuaire et sur le monde entier. Sachez que dorénavant, je me battrai avec vous, comme tous ceux qui nous ont déjà quittés. De tout mon c½ur, merci. »
Le cosmos divin fait pleurer l’assistance.
D’allégresse les plus démunis.
De culpabilité les voyous au service du mal. Mis à genoux par leurs camarades et les villageois.
Les afflictions de chacun, physiques ou morales, s’estompent le temps de ce bain de lumière.
Bien vite, la lueur divine s’étend sur tout le domaine, faisant éclore quelques bourgeons malgré le solstice d’hiver.
Très vite, le monde entier est touché par cette éclosion.
Dans Honkios, les misérables abdiquent face à l’unité de tout un peuple.
Les villageois s’agenouillent de façon solennelle.
D’une même voix, ils prêtent serment : « Athéna. Nous nous rangeons à vos côtés pour protéger la paix et la justice sur Terre. »
En haut, les larmes d’Athéna accompagnent celles de ses fidèles.

Cette nuit du 20 décembre 1986, lors de la libération du Sanctuaire, le monde entier est inondé par le cosmos d’Athéna. Ce sentiment d’allégresse, inexpliqué pour la quasi-totalité des êtres humains dans le monde a pour les Athéniens et tous les alliés du Sanctuaire une signification particulière. Il laisse présager à tous les hommes et à toutes les femmes des jours de bonheurs. Il apaise les c½urs meurtris.
Et même si cela annonce pour ses ennemis des jours difficiles et de nouvelles Guerres Saintes à venir, Athéna apprécie tout particulièrement ce moment de communion auprès des siens.


Le lendemain matin, à l’arrière de la salle d’audience du Grande Pope aux murs et sols totalement ravagés par la bataille menée la veille, les appartements d’Athéna ont été investis subrepticement par la réelle propriétaire des lieux.
Epuisée, étendue sur un lit de pierre, Saori n’a pas attendu que les locaux soient nettoyés pour les reprendre.
Encore tachée de sang, à peine débarrassée du cadavre de Saga, la pièce centrale, où résidaient autrefois les anciennes réincarnations d’Athéna, offre la vue d’une splendide jeune femme aux cheveux mauves couchée sur le côté. La tête reposant dans le creux de son bras, les cheveux virevoltant au gré du vent.
Il souffle. Par les épaisses trouées faites dans les murs lors des combats acharnés de ses héros protecteurs. La brise s’engouffre sans cesse dans les couloirs aux colonnes fissurés et aux pavés décelés. Elle apporte la froidure hivernale qui chatouille les bras et les jambes nus de la resplendissante Déesse de la Sagesse.
Ses paupières closes remuent sous l’impulsion du malaise qui la gêne durant son court sommeil. Elle se revoit tenant Seiya dans ses bras.
La cruelle bataille est arrivée à son terme après plus de douze heures de luttes.
Pendant que les Saints d’or soignent Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki ; Saori, elle serre de plus en plus fort Seiya au creux de sa poitrine. Elle l’embrasse sans cesse en l’appelant inexorablement par son prénom : « Seiya ! Seiya ! Seiya… »
Il l’entend, elle en est persuadée. Bien qu’il n’ait plus assez de forces pour lui répondre, ses paroles viennent jusqu’à lui, elle le sait. Tout comme ses larmes doivent réchauffer son corps aussi dur et froid que la pierre, elle le sent. Du plus profond de son c½ur, elle ne peut s’arrêter de crier son nom.
_ « A l’époque où je n’étais qu’une enfant capricieuse et égoïste, avant que je ne comprenne mon destin, tu étais le seul qui m’affrontait ouvertement. Pourtant, j’ai toujours ressenti que nous avions une destinée commune. Lorsque mon amie Ksénia n’était pas là, malgré les apparences d’une vie sans privation, j’étais seule. Je n’étais pas heureuse. Et lorsque je voyais mon reflet dans tes yeux, Seiya, je comprenais combien nous sommes semblables. J’ai toujours attendu au plus profond de moi que tu me dises quoi faire. Les profondeurs de mon âme espéraient que tu me guides. Et lorsque tu as revêtu l’armure de Pégase, le visage vigoureux, mon c½ur a compris que mes sentiments d’enfant n’étaient qu’un prélude à notre sort. A cet instant, j’ai changé et je me suis rapprochée. Le froid entre nous a quelque peu disparu. A chaque bataille, à chaque épreuve, à chaque obstacle franchi, la distance entre nous se réduisait de plus en plus. Et aujourd’hui, alors que tout peut enfin nous réunir, tu es à deux doigts de me quitter. Et moi, je suis maintenant Athéna. »
Ce ressentiment trop douloureux réveille non pas Athéna mais Saori, une jeune fille effrayée par l’ampleur de ses sentiments.
Elle se redresse et prend appui sur les pavés aux trous parfois comblés par le ciment apposé par les serviteurs ces derniers siècles.
Les rayons d’un timide soleil de décembre illuminent la pièce sur son flanc droit et éclairent les marches qui guident jusqu’à la cour.
D’un pas léger, voire hasardeux, Saori suit la lumière et retrouve ce sol où l’hémoglobine de la nuit dernière n’a pas encore séchée.
Elle progresse jusqu’au sommet.
Au pied de sa statue, elle revoit le sourire de Seiya. Bien qu’inconscient, il lui offrait hier le sourire victorieux et soulagé du chevalier qui avait accompli son devoir.
Bien entendu, il n’ébahissait pas Saori, mais Athéna comme le murmure cette dernière : « Seiya… Pégase, était satisfait de donner la victoire au symbole de paix que je représente. Cependant, moi, Saori, j’étais heureuse de répondre avec mon c½ur de femme à ce sourire. »
Ses propos la ramènent quelques fractions de secondes dans son rêve, jusqu’à ce que tout à coup une sensation de chaleur lui brûle le c½ur. Elle réalise alors : « A cet instant encore, comme durant mon sommeil, je cesse d’être Athéna et je redeviens une fille normale. »
Elle lève alors les yeux, comme pour demander une réponse à la statue d'Athéna qui s'élève devant elle.

Un raclement de gorge la ramène brusquement à ses obligations.
Elle se retourne et distingue parfaitement dans les marches qui mènent sur le plateau où elle se trouve, ce chevalier à l’armure d’or au cou protégé de cornes : « Mû !
_ Si je puis me permettre, s’agenouille le bien nommé, Majesté, je pense que Seiya souriait autant à Saori que Pégase à Athéna. »
Prise d’une profonde allégresse grâce à ces paroles, la déesse cligne des yeux et arbore un sourire plein de grâce.
_ « Mû… Comme tu es attentionné. De plus, tu es déjà présent, si tôt.
_ En effet Athéna. Nous avons tous peu dormi. Et une longue journée nous attend.
_ Oui. Mais avant cela, je tenais à vous remercier d’avoir veillés aux soins de Seiya et des autres, vous et vos compagnons Saints d’or. »
A mesure qu’Athéna se rapproche, Mû se prosterne. Il ôte son casque qu’il colle fermement contre sa poitrine : « C’est tout à fait normal Déesse Athéna.
_ Avant que la foule ne se réveille, j’aimerai que tu me conduises à la Source d’Athéna. »


Plus bas, dans le village de Noioso, on s’active en espérant la venue d’Athéna.
Ce village du sud du Sanctuaire est abandonné par la jeunesse prometteuse du domaine sacré.
D’ordinaire calme, il voit aujourd’hui ses vieillards et ses quelques miséreux, généralement des serviteurs affranchis, sortir parés de leurs plus belles tenues.
Tous balaient devant chez eux, balancent de grands seaux d’eau sur les statues pour les rendre plus vivantes et déposent leurs maigres victuailles devant le temple.
Les gardes en faction font briller leurs casques et tirent sur leurs vêtements froissés, pour les tendre. Comme partout, on attend la visite d’Athéna.
Comme partout ou presque, car dans une des demeures aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, malgré les gazouillis de joie de son fils, Myrrha pleure devant la rose rouge laissée la veille par Aphrodite à leur enfant Adonis.
Le visage couché sur la table, étouffé par ses bras qui l’entourent, cette rousse au teint pâle et aux grands yeux bleus revit quelques instants l’annonce de la mort de son ancien amant.

Hier soir, après que tout le Sanctuaire se soit déplacé jusqu’à Honkios, des nouvelles venues d’Athéna étaient délivrés par tous les messagers dans le domaine.
On y annonçait le statut quo pour cette nuit, la visite d’Athéna le lendemain et les noms des Saints et des soldats tombés au combat.
Le soulagement ressenti lorsqu’elle apprit la bonne santé de Milo, son compagnon actuel, retomba dès lors qu’Aphrodite fut mentionné parmi les défunts.
Bien qu’elle pensât avoir fait le deuil de ses sentiments envers le Saint d’or des Poissons, la nouvelle de son décès la bouleverse malgré tout. 

La porte de sa modeste demeure s’ouvre en ce début de matinée pour accueillir un beau Grec d’un mètre quatre-vingt-cinq qui égaille depuis quelques mois sa vie.
Sa Cloth du Scorpion enroulée par une magnifique cape, l’homme râblé aux cheveux bleus tend un panier en osier dans lequel reposent quelques pâtisseries fraîches : « Ce ne fut pas compliqué ce matin de trouver de quoi manger. Tous les commerçants ont ouvert leurs étalages et distribuent des vivres à qui en veut pour célébrer le retour d’Athéna, prononce difficilement Milo la mine triste.
_ Et toi ? Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être auprès d’Athéna, se force à sourire Myrrha qui essuie d’un revers de main ses larmes ?
_ Mû se charge de l’accompagner. En attendant de nouvelles directives, nous devons tourner dans le Sanctuaire pour accompagner les villageois nécessiteux. J’ai immédiatement pensé à toi. »
La frêle demoiselle se jette alors contre l’armure glacée de son amant qui l’étreint avec attention.
_ « Quand la bataille fut achevée et que les pertes furent annoncées, j’ai pensé aussitôt à toi. Lorsque j’ai perdu Inakis, tu as été là pour me réconforter. Je m’en veux de n’avoir pu venir que maintenant auprès de vous pour vous accompagner, tente de soutenir Milo malgré toute l’animosité qu’il avait à l’égard d’Aphrodite.
_ C’est d’autant plus généreux de ta part que je devine dans ta voix toute la peine ressentie par la perte du Saint d’or du Verseau. »
Milo répond par un timide sourire et approche son visage de celui de son amante, mais celle-ci préfère baisser le sien.
_ « Ai-je dit quelque chose d’inappropriée ?
_ Non, dit-elle en pointant du doigt la rose laissée par le défunt Suédois. C’est juste… Il a laissé cette rose à Adonis. Avant de partir hier matin. Et malgré qu’il ne soit plus là, la fleur continue d’irradier d’une aura dorée, apaisante. Il avait un mauvais pressentiment.
_ Nous avons pu découvrir hier qu’Aphrodite n’était assurément pas quelqu’un qui était du côté de la justice. Il avait sa propre conception de cette notion.
_ C’est tout ce que tu trouves à répondre à cela, s’offusque-t-elle ?
_ Non. Pas du tout. C’est juste que…
_ Il était comme il était, mais je l’ai aimé parce que je savais qu’au fond de lui il y avait du bon. Il souffrait de cette image qu’il donnait. Mais il en était fier également. Il n’a jamais voulu s’en défaire et est mort avec. Je suis persuadée que si un jour il revenait à la vie il profiterait de cette seconde chance pour faire le bien, déclare-t-elle en se défaisant de l'accolade du Scorpion.
_ Si tel est le cas, alors j’espère que tu dis vrai. Ecoute… J’ai peut-être parlé maladroitement de lui et le moment était peut-être mal venu pour le faire…
_ Peut-être oui, lui signifie-t-elle en ouvrant grand la sortie ! »
Les yeux grands ouverts, pris au dépourvu, Milo prend la sortie et entend la porte claquer derrière lui. Il soupire en quittant Noioso : « Ah… Camus… Mon ami… Mon frère… Je suis convaincu que tu aurais eu encore moins de tact que moi… Et pourtant, toi, on t’aurait passé cet écart… »
Il lève les yeux au ciel et murmure avec une pointe de nostalgie : « Pff… Tu me manques déjà tellement. »


Au centre du domaine, la ville d’Honkios n’a jamais été autant animée.
Les habitants les plus riches se promènent sur leurs plus belles montures et sont affublés de leurs plus beaux bijoux pour rendre hommage à la beauté d’Athéna.
Les plus démunis, eux, soignent la tenue de leurs enfants afin qu’ils soient présentables lorsque passera près d’eux leur déesse.
Les serviteurs ont rentré les poules et autres bêtes qui se baladent habituellement dans les allées et nettoient les chaussées.
Les musiciens des tavernes sont sur le perron des bâtiments pour contribuer à l’euphorie collective.
Les étalages des marchands sont remplis de nourriture et de fabrications artisanales qui sont distribuées gratuitement en ce jour si spécial.

Dans l’une des auberges, vautré sur le comptoir, le mètre quatre-vingt-cinq d’un chauve complètement débraillé ne passe pas inaperçu.
Autour de lui, des chopes entières de bières sont couchées et des soldats avec.
L’un d’eux, père adoptif de Kyoko et Shoko, encore en état de balbutier, l’index en l’air, assure à l’étranger : « Non… Franchement… Hic ! On ne savait pas nous… Hic ! Que c’était la vraie Athéna ! Maintenant avec les copains, on ne t’en veut pas de t’être… Hi ! … Battu contre nous hein ! Hic ! Même… Même que franchement… Hein… Franchement… Même qu’on t’aime bien ! Hic ! Hein les copains ! Franchement ! Qu’on l’aime bien ? ... »
L’ivre guerrier à la moustache drue en se retournant, les yeux dans le vague, ne remarque pas que les membres de son équipe sont tous affalés dans leurs vomis.
Cela n’empêche pas son interlocuteur, l’imposant Tatsumi, sabre de kendo posé contre son tabouret, de lever un nouveau verre : « Mais moi aussi je vous aime ! Mon maître… Le grand Mitsumasa Kido… Serait très fier de voir le retour de sa petite fille en son Sanctuaire aujourd’hui ! Et de voir que d’aussi valeureux combattants que vous sont prêts à la servir ! Je vais même te dire quelque chose… T’es un petit peu comme mon frère maintenant ! Je vais donc t’appeler comme moi : Tatsumi ! Alors, Tatsumi, pour Mitsumasa Kido, trinquons ! »
Le père des aspirantes Saintia, debout, trinque volontiers : « Ouais… Hic ! C’est ça… Appelle-moi comme toi Titsamu ! A Sitmusama Kodi ! Hic ! »
Soudain, une voix fluette, depuis l’entrée, à hauteur des portes battantes, appelle les siens à la rescousse. Le malicieux Kiki s’exclame : « C’est bon ! Je l’ai retrouvé ! Jabu ! Tatsumi est là ! »
Les deux acolytes du comptoir se redressent alors pour articuler difficilement : « Oui je suis là ! »
_ « Félicitations Kiki, le congratule le Saint de la Licorne d’un ton assuré. Je savais qu’on pouvait compter sur toi. »
Jabu, casque sous le bras, tapote sur la touffe de cheveux du gamin : « Tu peux retourner auprès de ton maître à présent. On s’occupe de Tatsumi. »
Derrière lui, les colossaux Geki et Ban emboîtent le pas à Ichi et Nachi.
Le Saint de l’Ours s’adosse à côté du majordome passablement éméché, tandis que Ban profite de son statut de sergent pour sermonner le dernier rescapé des festivités : « Alors soldat ! Dans quelle tenue vous trouvez-vous ? C’est le triomphe d’Athéna aujourd’hui. Dans peu de temps elle sera parmi nous. Alors je t’encourage à ramasser tes équipiers et à vous jeter dans la fontaine la plus proche afin d’être frais pour l’accueillir ! »
Le malheureux, la tête bourdonnante, s’exécute devant des Ichi et Nachi hilares.
Pendant ce temps, Geki secoue Tatsumi : « Dis-moi Tatsumi. Ces gars là, ce n’était pas les mecs qui voulaient te trucider en même temps que Mademoiselle Kido cette nuit ?
_ Si. Mais ils étaient dans le faux comme beaucoup. Dès qu’ils l’ont compris, ils ont juré fidélité et obéissance à Mademoiselle Kido, en disant cela il se redresse et plaque son poing contre son c½ur, comme moi, ils donneront leur vie pour Athéna. Il y en a même un qui a accepté de porter mon nom en hommage au grand guerrier que je suis, conclut-il devant son partenaire au garde à vous après cette annonce !
_ C’est bien beau tout ça, lui dit Jabu en le tapotant dans le dos, mais tu n’as pas oublié que Mademoiselle Kido allait bientôt se présenter à tout le Sanctuaire. Il serait de bon ton que tu sois des nôtres.
_ Mince, s’écarquillent aussitôt les petits yeux noirs du majordome ! Mon estomac gargouille, j’ai mal au crâne et je n’ai rien à me mettre !
_ Tiens grand dadais, lui dit Nachi en lui tendant son smoking ! Tu l’avais laissé dans le jet avec lequel vous êtes venus.
_ Oh ! Il se précipite vers son compatriote pour le récupérer ! Mer… Oh… »
Le geste est certainement trop brutal, il vomit en pleine course, déversant l’alcool non digéré aux pieds d’Ichi, trop hébété à ricaner depuis le début pour esquiver. Cette fois-ci, se sont ses amis qui s’esclaffent alors que lui a les jambières de sa Cloth imprégnées d’acide gastrique.

Plus loin, dans l’étable d’un marchand, une jolie demoiselle aux yeux verts, aux lèvres pulpeuses et aux nattes prune, ajuste sa tunique volontairement dégrafée à hauteur de sa généreuse poitrine.
Pour beaucoup de femmes au c½ur libre du domaine, l’arrivée de nouveaux chevaliers accompagnants Athéna est l’occasion rêvée de se mettre en valeur.
Néanmoins, pour cette vénusté, cela signifie le retour de son amour d’enfance. Ignorant tout de l’état physique dans lequel se trouve Seiya, Filia, actrice principale de la résistance menée par les habitants du Sanctuaire lors de l’oppression de Saga, aimerait séduire à nouveau celui dont elle s’est éprise au fil de leurs rendez-vous amoureux d’antan.


A l’autre bout du monde, au Japon, l’ambiance est moins festive dans l’hôpital de la Fondation Graad.
Sagement couchée dans sa chambre, vêtue de sa blouse de patiente, le Saint de bronze du Caméléon lit une revue. Cette blonde au visage angélique tourne les pages à une vitesse folle, n’arrivant pas à se concentrer sur l’une d’elles.
_ « Shun, murmure-t-elle encore en regardant par la fenêtre de la chambre par laquelle Marin était passée quelques jours plus tôt… »

Soudain, devinant à la hâte des pas venant du couloir que son attente allait être récompensée, elle réajuste son masque sur son visage.
Aussitôt, on frappe à la porte. Sans qu’une seconde tentative ne soit lancée, June s’empresse de crier : « Entrez ! »
Son masque cache son visage figé, dans l’attente d’une nouvelle de l’homme qu’elle aime.
Sa gorge est nouée.
Son c½ur ne bat plus.
D’abord Daichi, le plus petit, Ushio, marqué d’une balafre à la joue, puis Sho, tenant un magnifique bouquet de roses jaunes, s’engouffrent dans la salle.
_ « Bonjour June, commence le Saint d’Acier à l’élément Céleste qui se veut bien trop formel.
_ C’est bon ! Ils ont gagné ! Athéna a remporté la victoire, le devance alors Daichi !
_ Nous avons reçu un fax au quartier général, envoyé depuis des messagers du Sanctuaire à Athènes pour nous en informer, confirme Ushio.
_ Et Shun, bondit June de son lit alors qu’elle tremble encore de fatigue ?!
_ Il est convalescent. Le pronostic vital est engagé, mais il s’en sortira, pense Sho.
_ Il est soigné au Sanctuaire c’est ça, demande-t-elle en se dirigeant fébrilement vers sa penderie ?
_ Je pense qu’il serait préférable que tu restes parmi nous, le temps que tu sois remise de tes émotion, lui dit Ushio.
_ C’est ce que Shun voulait en te laissant auprès de nous, confirme Sho en déposant le bouquet sur le chevet. Lorsque tu seras remise, nous pourrons profiter des moyens de la Fondation Graad pour te faire rejoindre le Sanctuaire. Mais en attendant, me doutant que tu ne tiendrais pas en place ici, je te propose de venir avec nous au quartier général. Tu pourras t’y reposer tout en ayant en temps réel les informations qui nous parviennent de Grèce. »
Contrainte de se rasseoir sur son lit, elle hoche la tête pour approuver cette décision.


En Grèce, au Sanctuaire, à la périphérie d’Honkios, les mains magnifiquement manucurées de Saori soulèvent légèrement sa robe blanche pour éviter de la salir.
Dans la forêt luxuriante où se situe entre autres le camp des femmes chevaliers, la jeune femme fixe ces environs qui sont imprégnés dans sa mémoire de déesse.
Mû remonte à la surface les souvenirs de sa souveraine qui marche à ses côtés avec une démarche noble.
_ « … et donc, dans cet ancien petit temple, dont peu de monde connaît l’existence, se trouve la Source d’Athéna.
_ C’est donc là que vous avez amené Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
_ En effet. Ce lieu de soin miraculeux était indispensable pour maintenir vivant nos amis, qui agonisaient de leurs blessures. »
A mesure qu’ils s’enfoncent dans la forêt, la vue est de plus en plus dissimulée par d’épaisses branches touffues qui tombent du haut des arbres jusqu’au sol.
De plus en plus sombre, le bois contribue à renforcer le mystère.
_ « La tenue austère de cette flore n’est sans doute pas étrangère au fait que la Source d’Athéna soit si méconnue du peuple. »
Inconsciemment, sentant la présence de ses amis, la divinité presse le pas, faisant voltiger sa robe autour d’elle.
_ « Exactement. De plus, une cosmo énergie oppressante, la vôtre, fait ressentir aux plus faibles un profond malaise qui accroît l’envie de rebrousser chemin. Patience Athéna, lui barre la route Mû tandis qu’elle accélère !
_ En tant qu’Athéna, il est tout naturel que je m’inquiète pour mes Saints. De plus, c’est par ma faute qu’ils…
_ Absolument pas. Ils sont chevaliers. C’est normal qu’ils se blessent ou qu’ils meurent en votre nom, Athéna. Et pour cela, vous devez être fière d’eux. »
Erudit, le Saint d’or ressent parfaitement que la femme qui lui fait face n’est pas Athéna mais Saori Kido. Seulement, au vu de l’importance de son rôle, tout en la préservant, il refuse de s’apitoyer.
Seulement, la réaction de Saori le désarçonne : « Prenez-moi dans vos bras. S’il vous plait, Mû. »
D’abord, Mû ne réagit pas. Il reste droit, la bouche entrouverte. Ne sachant que faire.
Le regard persistant de sa déesse le déstabilise.
Hésitant encore l’espace d’une seconde, le Bélier écarte finalement les bras, embarrassé, pour l’accueillir contre sa Cloth.
Malgré cette barrière d’or, solide et froide, il sent cogner fort le c½ur troublé de la douce créature. L’aura qui se dégage d’elle l’accapare totalement.
Instinctivement, il se sent totalement soumis et comblé de l’être.
_ « Si je venais à perdre Seiya… »
Cette remarque prouve au Muvien que la jeune femme, aussi puissante puisse-t-elle être, sait également se montrer encore plus fragile que la légère tenue de soie qu’elle porte et dont il préfère ne pas imaginer les courbes généreuses dont elle s’imprègne.
Comme pour s’extirper de ses mauvais songes provoqués par cette étreinte fortuite, il se racle la gorge avant de la rappeler à son devoir : « Il est inconcevable qu’Athéna ne porte son amour qu’à un seul Saint. L'amour d'Athéna doit être équivalent pour chaque chevalier. »
Cette phrase interpelle la raison d’Athéna qui soustrait Saori à ses obligations de déesse : « Euh… En effet Mû. Je m’égare. Reprenons notre chemin si tu le veux bien. »
Les fragments du passé revenant toujours un peu plus à Saori, Mû la laisse reprendre les devants. Il s’efface, songeur : « On dit que le plus dur est de gagner la guerre. Je dis que le plus dur est de maintenir la paix. Athéna a triomphé. La plus grosse difficulté aujourd’hui pour elle est de tout reconstruire. Il faut rebâtir une armée, faire valoir son statut, se faire reconnaître auprès des siens et préparer l’avenir. Néanmoins, pour cette Athéna là, l’épreuve la plus éprouvante, va sûrement être de combattre… Saori Kido. »
Soudain, une barrière de liserons bourgeonnants bloque le chemin et le ramène à lui.
Il emboîte le pas à Saori pour écarter la végétation de son bras et dévoiler une voûte de fleurs. Celle-ci trace un chemin parfumé et coloré.
_ « Autrefois, la Source d’Athéna n’était qu’un temple comme tant d’autres, où les chevaliers et les soldats blessés attendaient que la mort vienne les chercher. Il s’agissait de l’anti-chambre de la mort pour ceux qui avaient risqués leurs vies pour la justice. Face à ce macabre rituel, depuis les hauteurs de la statue d’Athéna, on dit qu’une larme tomba. A cet instant, doté d’un cosmos charitable et puissant, la larme enveloppa le temple et ses alentours.
Elle guérit les hommes et alimenta sans cesse l’eau qui s’écoulait dans les fontaines… Personnellement, il me parait plus juste de croire qu’une de vos précédentes réincarnations s’est rendue ici où étaient réunis des Saints agonisants et que de chagrin ses larmes se mêlèrent au court d’eau qui nourrit ce lieu… »
Saori débouche sur un jardin aux pétales tourbillonnant légèrement au gré du vent. Plusieurs statues, à l’effigie de soldats et de chevaliers d’Athéna, trônent sur l’herbe épaisse et douce.
Concernée, Saori progresse jusqu’à un autel. Celui-ci représente un chevalier au sol qui redresse le buste, réagissant à la main tendue d’Athéna, venue le relever après la bataille.
_ « Il existe plusieurs lieux sacrés qui permettent aux Saints de se ressourcer, continue Mû. Comme l’île Kanon par exemple. Cependant, aucun n’est plus bénéfique que la Source d’Athéna. »
La petite fille de Mitsumasa Kido lève ses yeux au ciel et distingue à travers les branches des arbres, surmontant l’épreuve des âges, dressé autour de colonnes ébréchées, ce temple si fondamental.
Légèrement surélevé, bercé par l’écoulement de cette eau nourricière et légendaire, l’abri de pierre blanche voit les différents fleuves et ruisseaux du Sanctuaire se regrouper à proximité de lui. Dans son sillage, dans l’horizon, la statue d’Athéna, à l’expression noble et harmonieuse, est parfaitement visible.
Les quelques mètres qui séparent Saori de l’entrée, lui semblent être les plus longs de sa vie.
Il lui tarde de retrouver ses compagnons si chers.
En surgissant au beau milieu de l’immense salle, elle ne remarque pas les pourtours minutieusement travaillés, jouissant de magnifiques statues gravées dans la pierre. Pas plus que le marbre au sol projetant un reflet glaçant. L’immense fontaine, sculptée dans le même marbre blanc que les colonnes qui tiennent la voûte peinte en marine, sans cesse alimentée par les eaux claires de l’extérieur, passe également inaperçue.
Le regard de la déesse pulpeuse demeure sur ces lits de pierre drapé de linges blancs où sont étendus ses cinq fidèles sujets.
Leurs corps sont pansés. Leur peau n’est presque plus visible sous les bandages qui couvrent leurs multiples contusions et maintiennent leurs membres fracturés. Si bien qu’il est presque impossible de voir leurs visages.
Cependant, il en faut plus à Saori pour ne pas reconnaître ses valeureux héros.
La présence à leur chevet d’Aiolia, Shaka et Milo, tout juste arrivé, la rassure. Les visages sereins des hommes forts du domaine calme ses angoisses.
A proximité, Shoko, Maria, Erda, Mii et Xiao Ling, aux toges immaculées, réajustent régulièrement les draps qui réchauffent les miraculés. Certaines d’entre elles, notamment Shoko envers Milo, proposent quelques rafraîchissements aux Saints d’or, devenus de véritables gardiens du temple.
Plus en retrait, Katya, elle, apporte des serviettes fraîches afin de nettoyer les plaies lors des changements de bandes. Sans même s’y attarder, Saori ressent un profond malaise dans le c½ur de cette prêtresse qui ne daigne pas poser les yeux sur elle.
Mais ce qui retient le plus l’attention de la divinité guerrière, plus encore que celle de Shaka veillant sur Ikki, Aiolia sur Shiryu, Aldebaran sur Shun, ou Milo sur Hyoga, est celle de Shaina qui tient la main de Seiya.
Encore pansée après la bataille, sans son armure, agenouillée près de son corps presque éteint, la Saint d’argent cramponne fermement le Japonais. Sa tête masquée, baissée, semble prier Athéna pour que Pégase aille mieux. Ses supplications sont si passionnées, qu’elle est la seule à ignorer la présence de l’éminence du Sanctuaire.
Pendant que tous s’agenouillent pour rendre à Athéna les hommages qui lui sont dus, Saori constate : « Que ce soit au Japon avec Miho, ou en Grèce avec Shaina, il n’y a pas de place pour Saori dans le c½ur de Seiya. La fatalité de mon statut certainement. Oui, désormais je suis… »
Faisant apparaître son sceptre dans sa main droite, Saori le plante fermement dans le sol et poursuit à voix haute en s’adressant à tous : « Je suis la réincarnation d’Athéna en ces temps modernes. Si nous avons combattu les maléfices du Grand Pope, d’autres batailles nous attendent. Seiya de Pégase, Shiryu du Dragon, Hyoga du Cygne, Shun d’Andromède et Ikki du Phénix ont prouvé leur bravoure. Je vous suis à tous reconnaissante de veiller sur eux maintenant que vous avez reconnu leur valeur. »
Encore plus que les autres, comme s’il est le premier à la reconnaître et à la vénérer comme Athéna, Mû s’incline davantage, satisfait de la position adoptée par Saori.
D’un léger mouvement de jambe, comme si elle se retenait de se précipiter vers son dévoué Seiya, Saori s’interdit toute conduite sentimentale.
En commençant par Ikki, elle se contente de tenir à chacun pendant quelques instants la main. Sans toutefois ne pas éprouver une sensation plus fusionnelle au contact de Seiya.
Enfin, elle rebrousse chemin en congratulant l’application des prêtresses quant aux soins prodigués. Derrière elle, Mû, mais aussi ses quatre compagnons, le Taureau, le Lion, la Vierge et le Scorpion, suivent ses pas. Puis, d’un pas lent, obligé, Shaina ferme la marche.
Ils laissent tous les Saints de bronze aux prêtresses, Shoko saluant sans la moindre discrétion Milo.
Le Grec est aussi gêné que les camarades de Shoko, tandis qu’Aldebaran, Aiolia et Athéna sourient, amusés de cette attention alors que Mû, Shaka et Shaina demeurent plus solennels malgré que vienne le temps de la décontraction.
Seule Katya, en retrait, ne semble décidemment pas prendre part à la scène.


A l’autre bout du monde, où le soleil lorsqu’il apparaît n’est pas assez chaud pour permettre aux Asgardiens de se réchauffer, les crépitements du bois dans la grande cheminée ambiancent la chambre d’Hilda au Walhalla.
La maîtresse des lieux, représentante d’Odin sur Terre, caresse ses fins cheveux de la main gauche, tandis qu’elle soulève un verre de vin de la main droite.
Couchée sur la peau d’un ours polaire, observant le feu, elle reste absorbée par l’immense foyer, tandis que sa jeune s½ur est à l’opposée de l’appartement.
Depuis le Sanctuaire jusqu’aux confins de la planète, l’éveil cosmique d’Athéna lors de la nuit dernière n’est pas passé inaperçu.
_ « Et qu’est-ce que cela va changer pour nous, se hasarde à demander Freiya en entortillant ses boucles blondes dans ses doigts ? Nos conditions de vie seront-elles meilleures ? 
_ Chère petite s½ur, quel que soit le sort du monde, notre mission est de survivre en ces lieux et de prier Odin afin qu’il sauvegarde cette planète. Si le retour d’Athéna est une garantie de paix pour les hommes, les appels à Odin sont, eux, des gages de préservation de la vie humaine sur Terre. Si demain nous venions à abandonner ce pourquoi nous sommes nés, alors le monde se retrouvera sous les eaux. Et quoi qu’il arrive je condamnerai davantage notre peuple en lui promettant des contrées ensoleillées.
_ Mais c’est horrible !
_ C’est notre destin. Le mien, mais aussi le tien. S’il venait à m’arriver quoi que ce soit, tant qu’il n’y aura pas d’héritier au trône de Polaris, tu devras assurer mon rôle.
_ Que… Pourquoi dis-tu cela grande s½ur ? Tu me fais peur.
_ Simplement parce que le retour d’Athéna sur Terre annonce également le retour de ses véritables ennemis. Le Sanctuaire a beaucoup souffert de sa guerre interne. Si bien qu’un jour ou l’autre, il nous faudra prêter main forte à Athéna pour maintenir l’équilibre de la paix. Je pressens un grand danger qui nous menace. Tout risque de se jouer en notre époque.
_ En as-tu parlé à Siegfried ?
_ Tu le connais, si je venais à lui en parler, il s’inquiéterait encore plus que toi. Je compte donc sur toi pour t’assurer qu’Asgard reste dans le droit chemin dicté par Odin, quoi qu’il puisse m’arriver un jour. Pour cela tu pourras compter sur Lyfia. »
Leur femme de chambre et amie, restée en retrait, hoche la tête en guise d’approbation.


Dans d’autres contrées toutes aussi froides du nord de l’Europe, le souffle du vent siffle dans la citée en reconstruction de Blue Graad.
Là-bas, à l’extrême nord de la Sibérie, malgré les énormes pierres qui forment les parois du palais, le froid n’a de cesse d’affaiblir le peuple que le nouveau roi, Alexer, a recueilli dans son château.
Pendant que Natassia et les soldats veillent au rationnement des villageois, le Blue Warrior, seul être capable de supporter cette baisse extrême des températures, reste au sommet de la plus haute tour du palais.
Couvert de sa Cloth, les yeux fermés, il sourit : « Même si les températures restent dures à supporter depuis notre Guerre Sainte contre Asgard, le retour d’Athéna dans son Sanctuaire devrait nous être bénéfique. Sa conscience divine va rapidement s’éveiller et les prières de notre peuple seront vite entendues. Son cosmos amoindrira les caprices de la météo. Cela favorisera la reconstruction de la citée après le cyclone qui nous a frappé lorsque les Asgardiens étaient là. »
D’un bond gracieux, il se laisse glisser par la pente d’un toit enneigée et se réceptionne bien plus bas sur le parvis du palais.
Ses yeux fixent l’horizon : « Ksénia… Qui étais-tu réellement ? Malgré tout le mal que tu as pu me faire en me poussant à fomenter un coup d’état contre mon père, le Roi Piotr, mon c½ur souffre encore. Te voir me manque, même si je te devine ennemie d’Athéna. J’aimerai t’embrasser une dernière fois avant de te donner la mort. Car désormais, je vouerai ma vie à Athéna afin d’assurer la paix et d’expier mes crimes envers mon père et notre peuple. »

6
Only for Love / Chapitre 66
« on: 1er November 2020 à 19h17 »
Chapitre 66

En Grèce, au Sanctuaire, le tocsin retentit à travers tout le domaine.
Des bourgs les plus reculés, au centre du domaine, en passant par les villages qui longent les remparts, les cloches alertent la population et fait mettre les gardes en rang.

Encore plus dans Honkios, la ville principale du domaine sacré que dans le reste du domaine, l’annonce d’un danger imminent renforce la présence des soldats.
Au milieu des allées et venues des gardes, quelques rumeurs vont bon train.
_ « Le danger provient du Japon !
_ Seiya, un homme devenu Saint ici serait le meneur de ces renégats !
_ Le Saint d’or Aiolia est devenu leur allié !
_ Le Grand Pope aurait envoûté le Saint du Lion pour qu’il reste fidèle à Athéna !
_ Les traîtres arrivent avec une jeune femme qui veut se faire passer pour Athéna en personne !
_ Ils seraient parvenus à vaincre les Saints d’argent ! »
Celles-ci se répètent et s’amplifient dans l’atelier de Saül, le forgeron le plus réputé du domaine.
Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire qui observe de ses petits yeux inquiets les guerriers qui viennent se servir sous les ordres de Phaéton.
L’ancien général, déchu après ses nombreux échecs, refuse de laisser passer sa revanche : « Merci Saül pour tes services. »
D’un air désabusé, l’homme aux cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu précise : « Je vous en prie. Il m’en reste tout un stock. Cela fait des années que je m’attache à créer armes et protections pour nos hommes. Néanmoins, les effectifs se sont considérablement amoindris ces dernières années. »
Phaéton recule son visage tant l’haleine alcoolisée de Saül est désagréable : « Au lieu de dire cela, tu pourrais épauler ces hommes et m’accompagner à chasser ces traîtres non ? Après tout, tu es Saint toi aussi !
_ Cela fait bien des années que je n’ai pas combattues. Je préfère laisser ça à d’autres. Et puis, si cette femme qui débarque et ces garçons qui l’accompagnent sont du côté des forces du mal, que peuvent-ils espérer contre nos Saints d’or ? »
Phaéton choisit de ne pas relever la volontaire provocation de l’inactif chevalier qui a déjà préféré renoncer à gêner Yulij et Médée lorsqu’elles se sont révoltées contre le Sanctuaire.

Prévenu par les clochers des temples et les crieurs sur les places publiques, le peuple, encore traumatisé par les évènements de la Journée Sainte qui ont conduit à la Guerre Sainte contre Hébé il y a plus d’un an et demi, se presse de regagner sa demeure et de s’y barricader.
Les commerçants remballent leurs étalages et quittent les marchés.
Les artisans ferment boutiques.
Des abbés accueillent dans leurs temples les courageux villageois qui ont bravé leur peur pour venir invoquer la bonne grâce d’Athéna.

Dehors, la jolie Filia, camarade de Seiya durant ses années d’entraînement ici, se faufile dans les allées désertées.
La fille de marchand tortille d’angoisse ses nattes brunes avec ses doigts. Elle écarquille ses grands yeux couleur prune lorsqu’elle croit tomber nez à nez avec une patrouille en faction.
Heureusement, elle réussit à rebrousser chemin et arrive à destination en s’engouffrant dans une maison où quelques habitants de tout âge sont réunis : « C’est bien ce que nous pensions. La chute progressive des lieutenants du Sanctuaire est due à une bataille menée contre des chevaliers qui se sont rebellés contre cette gouvernance tyrannique du Grand Pope. Tout va se jouer aujourd’hui. Nous allons savoir si cette dictature sanglante est réellement du fait d’Athéna. »
Tout autour, dans les villages, d’autres regroupements discrets partagent les informations obtenues à Honkios. Le peuple qui doute depuis quelques mois maintenant de la politique de répression du Grand Pope attend de pied ferme cette bataille fratricide.

A la sortie de la place principale, à proximité du colisée, les mains soulevant un cageot de pommes remplies à lui en cacher la vue, une prêtresse à la chevelure rosée se précipite en direction des douze maisons.
Maladroite et pressée, elle rencontre toutes les difficultés du monde à garder son chargement intact.
Les coins fissurés d’une des marches de pierre achèvent sa course. Elle trébuche en renversant sa marchandise. Les fruits volent dans les airs.
Alors qu’une servante lambda s’écraserait lourdement au sol, ses grands yeux magenta s’écarquillent tandis qu’à la vitesse du son, elle capte chaque pomme avant que celles-ci ne s’écrasent à terre.
Toutes.
Toutes à l’exception d’une seule.
Trop courte, pas assez rapide, la prêtresse n’a pas le temps de grimacer que la pomme disparaît de son champ de vision.
A la place, une lumière aveuglante et dorée l’éblouit.
Devant, cape et cheveux bleus ondulés voguant au gré de la légère brise, le Saint d’or qui a capté le fruit qu’il croque à pleines dents ne lui parait pas inconnu.
La voix de Milo qui lui tourne toujours le dos lui est même familière : « Drôle de coïncidence après la menace d’Eris et de sa Pomme d’Or que nos retrouvailles se fassent autour de ce fruit. »
Shoko se redresse et pose le cageot en restant bouche bée.
Milo se retourne pour la dévisager : « Et encore plus surprenant de te revoir avec un cosmos entraîné !
_ Vous… Vous êtes… Milo du Scorpion… Ce… Celui qui m’a sauvé il y a deux ans ! »
Sans s’en rendre compte, elle rougit en remarquant qu’il est bel homme.
Autrefois subjuguée par sa Cloth d’or, elle n’a d’yeux aujourd’hui que pour ce visage dur et ces beaux yeux bleus.
A son tour, Milo remarque qu’elle est devenue une jolie jeune femme mais ne s’en émeut pas. Il dresse l’ordre de rassemblement du Pope avant de s’éclipser : « Tu me pardonneras mais je n’ai pas le temps de bavarder davantage. Le Grand Pope me convoque et tous ces clochés qui donnent l’alerte ne doivent pas y être étrangers. Je t’invite à rentrer au plus vite dans votre temple des prêtresses et de vous barricader le temps que la menace soit écartée.
_ J’y comptais bien, c’est pour ça que je cours avec ce ravitaillement.
_ Alors presse-toi plus prudemment, sourit-il avant de tourner les talons. »
Avant qu’il n’augmente la cadence et ne se dérobe à elle, Shoko l’interpelle : « Attendez… Chevalier Milo… »
Gênée de l’apostropher de la sorte, elle marque un temps d’arrêt avant de poursuivre : « … Je voulais savoir pourquoi chaque fois que je passe par votre temple, je ne vous y trouve pas pour consulter mon autorisation de passage ? »
Dos tourné, Milo baisse la tête : « Et bien, vois-tu, nous ne nous sommes pas revus depuis le jour où… Où…
_ Où ma s½ur est devenue Eris c’est ça ?
_ En effet. Lorsque je t’ai vu devenir une servante, je n’ai pas eu le courage d’affronter ton regard à nouveau après y avoir lu une fois le désespoir. »
Sans crier garde, Shoko passe devant Milo et lui prend les mains avant de plonger son regard dans le sien.
En effet, ses yeux sont embrumés. Mais ils ne témoignent en rien de l’affliction. Au contraire, ils sont reconnaissants : « Pourtant, depuis ma nomination à devenir prêtresse, j’attends le jour de notre rencontre. Vous m’avez sauvé la vie et… Même si nous n’avons pu empêcher à ma s½ur un drame… Notre rencontre m’a permis d’ouvrir les yeux sur les fondements réels de la vie et ce qu’avait à m’apporter une dévotion envers Athéna. C’est pour cela que je travaille avec acharnement à devenir Saintia comme Kyoko. »
Milo ne sait que répondre à cela. Maladroitement, un sourire en coin, il se défait des mains de Shoko et reprend sa route. Au moment de la croiser, il glisse la main gauche contre sa frêle épaule gauche.
Le contact sur sa peau dénudée fait frémir l’assistante d’Athéna tandis qu’il rétorque avant de poursuivre sa route : « Si notre rencontre a été pour toi une révélation, alors sache que cet aveu me donnera la force aujourd’hui de repousser l’envahisseur. Ne tarde pas à présent. Rentre vite te mettre à l’abri et poursuis ton entraînement et tes prières. Qui sait, peut-être un jour combattrons nous côté à côte pour la protection d’Athéna ? »
Avant qu’il ne disparaisse, elle s’époumone : « Merci chevalier Milo ! Je prierai Athéna pour vous ! »


Au même moment, à l’autre bout du monde, Nicol et Mei d’un côté, Médée et Yulij de l’autre, se remettent difficilement de leurs émotions après les combats menés dans la jungle mexicaine.
Dans le secteur de Nicol et Mei, les garçons approchent les Jaguars prisonniers faits par la Chevelure de Bérénice.
Les deux guerriers humanoïdes essaient de se défaire des liens matérialisés par les cheveux de Mei sans succès : « Calmez-vous les monstres. On a quelques petites questions à vous poser. »
Un des Jaguars tournent la tête en guise de refus catégorique. Instantanément, deux fils viennent percer sa gorge pour lui offrir une mort lente et douloureuse.
_ « Tu es fou, s’exclame Nicol tout autant surpris que le dernier captif ?!
_ Tu as cru qu’ils auraient droit à un traitement de faveur, rétorque sèchement Mei. Ce sont des monstres. Tu as vu ce qu’ils ont fait aux deux étrangers qui gisent là-bas ? Sans parler de ce qu’ils comptent faire à ceux qu’ils ont enlevés. »
Deux autres fils menaçant approchent en même temps le visage du dernier Jaguar qui se résigne : « D’accord, d’accord… Que voulez-vous savoir ?
_ Pourquoi tuez vous des gens ? »
Le condamné précise : « Nous ne les tuons pas. Nous les offrons au soleil pour contenir son courroux… »

Simultanément, entourées d’une vingtaine de cadavres ennemis, Yulij et Médée questionnent l’adversaire couvert du pelage d’un jaguar que la Saint de bronze du Sextant a fait prisonnier. _ « A quoi cela vous sert-il d’écorcher vos animaux, demande Yulij encore toute endolorie ? »
Le guerrier grogne pour montrer son hostilité mais Médée compte l’apprivoiser en pressant du talon sa plaie à la cuisse.
L’homme la défie du regard sans plier alors Médée appuie plus fort.
Le soldat passe sa main devant sa bouche pour retenir sa douleur et ne pas montrer ses faiblesses aux deux Saints.
Yulij se positionne alors au-dessus de l’autre jambe et d’un coup sec lui brise le genou. Cette fois-ci, il abdique : « Nous ne le faisons pas par plaisir, hurle-t-il de souffrance ! Nous le faisons pour représenter les aspects de Tezcatlipoca… »

D’un calme olympien, Nicol commence à presser le Jaguar : « Qu’est-ce que tu entends par le courroux du soleil ? Parle ! »
De peur de finir embroché comme son camarade, il poursuit : « Je n’en sais pas plus, seuls les lieutenants et le grand Prêtre de Tezcatlipoca sont informés de ce qui va se passer. Le soleil choisira de détruire ce monde et nous, les Jaguars, serons les fers de lance d’une nouvelle ère.
_ Les Jaguars, relève Mei ? »
Le thérianthrope arbore ses canines en souriant fièrement : « Il s’agit des combattants au service de Tezcatlipoca. Des hommes et des femmes qui manipulent l’énergie cosmique qui vit en eux… »

Plus loin, Médée poursuit son interrogatoire : « Et ce jaguar humanoïde qui dictait les ordres. Quel type d’être est-il ? »
Le prévenu entre les mains des femmes poursuit sous la menace : « … Il était un homme. Comme moi. Certains d’entre nous font montre d’un cosmos suffisant pour s’élever au rang même de Jaguar. Leurs corps prennent la forme de notre animal emblème et présentent une résistance semblable à celle que peuvent avoir des combattants en armures comme les Saints d’Athéna ou les Marinas de Poséidon. Les armures matérielles, elles, on les appelle des Nahuals. Les seuls Nahuals sont ceux de Tezcatlipoca et du Prêtre Necocyaotl.
_ Même sans Nahual, ce Jaguar semblait très puissant, avoue Yulij. »

A l’opposé, Nicol pose la même question concernant la femme qui les a mis hors de combat : « Cette femme était très puissante, qui est-elle ? »

Les deux détenus répondent de la même façon : « Il s’agit d’un lieutenant du Prêtre Necocyaotl. Tezcatlipoca peut compter sur Necocyaotl. Le Prêtre a, en plus du clergé, à sa disposition quatre lieutenants qui dirigent les Jaguars. »

De leur côté, Mei et Nicol reviennent sur les sacrifices au nom du soleil :
_ « Ce soleil, c’est lui qui dicte sa conduite à Tezcatlipoca n’est-ce pas, insiste Nicol ? »
Le Jaguar s’insurge : « Insolent ! Personne ne dicte sa conduite au Grand Tezcatlipoca. Tezcatlipoca agit par reconnaissance envers celui qui l’a libéré du sceau d’Athéna. En confiant son propre sceau, celui du soleil, il inonde le Nahual de Tezcatlipoca de la chaleur nécessaire à ses pleins moyens. »

Les femmes, elles, préfèrent découvrir la citée des Jaguars.
_ « Où se trouvent Citlali, enquête Médée ? »
Le guerrier ramasse discrètement la machette dont disposait Achcauhtli : « J’en ai déjà trop dis. »
Dans un dernier sursaut, il espère empaler Yulij. Celle-ci, plus véloce, l’achève en balançant son arcane : « Falling Stars ! »

Enfin, le Jaguar retenu par Mei et Nicol se ferme de la même manière : « Tuez-moi à présent. Je ne dirai pas un mot de plus. »
_ « D’accord, accepte Mei qui comprend qu’il n’en tirera plus rien. »
En disant cela, l’élève de Deathmask le terrasse de sang froid et plus rapidement que le précédant Jaguar. Deux de ses cheveux lui transpercent le cerveau en passant par les tempes.
_ « Il est temps de retrouver Yulij et Médée, décrète Nicol en regardant la dépouille s’écrouler au sol. »


En Grèce, les hautes portes qui mènent au trône du Grand Pope sont grandes ouvertes.
L’immense salle fait résonner les pas de l’immense Saint du Taureau jusqu’à ce que ceux-ci soient amortis par le long tapis rouge de la salle d’audience où Shaka l’attend déjà.
_ « Dès la convocation reçue, j’ai quitté la maison du Taureau. Comme chaque fois, je m’attendais à arriver en premier.
_ Cela fait donc la deuxième fois que je te devance, répond d’un ton monocorde le chevalier aux yeux clos, la dernière fois c’était…
_ C’était il y a plus de sept ans, lorsque Cronos a été le Sanctuaire. Et comme à l’époque, j’imagine que si tu étais là avant moi c’est que tu étais déjà avec le Pope et que tu as reçu directement son ordre n’est-ce pas ? Tu pourras donc peut-être m’expliquer alors pourquoi des gardes sont postés devant la maison du Lion et au niveau du passage secret afin de s’assurer qu’on n’y pénètre pas, sur ordre du Pope ? J’ai moi-même vu la missive frappée du sceau du Pope que m’ont dressé fermement chaque fois ces soldats !
_ Je l’ai vu également lorsque j’ai voulu emprunter la maison du Lion pour venir jusqu’ici, confirme Deathmask qui entre à son tour. Aiolia serait-il encore puni pour son tempérament ?
_ Surveille tes paroles Deathmask, proteste Aldebaran qui déteste qu’on dénigre son camarade !
_ Allons, suit Shura, si le Lion est assigné à résidence, c’est qu’il y a une bonne raison. Après tout ce qu’il a déjà accompli par le passé, je ne vois pas pourquoi nous nous emportons à son sujet.
_ Nous sommes tous rassemblés ici parce que le Sanctuaire semble en danger, rappelle Camus qui apparaît à son tour.
_ Néanmoins, la remarque d’Aldebaran envers Shaka est juste, tempère Milo qui entre à son tour, j’ai moi-même était contraint par la garde d’éviter le temple du Lion…
_ … Shaka semble savoir quelque chose que nous ignorons, complète Deathmask.
_ Maintenant que nous sommes complets, Shaka va pouvoir nous dire de quoi il en est, propose Aphrodite en dernier arrivant.
_ Ce n’est pas à Shaka de parler, gronde la voix de Saga derrière les tentures rouges du fond de la salle. »
Tous devinant l’arrivée du Grand Pope, se mettent en ligne et s’agenouillent.
Le souverain sort de la chambre d’Athéna et observe immobile ses sujets.
Docilement courbés, le casque en main, les yeux clos, ils patientent sans broncher qu’il reprenne sa marche jusqu’à son siège.
Toutefois, l’attente est longue. Le pontife réfléchissant à la ruse qu’il va devoir afficher : « L’irruption de Shaka lors de ma confrontation avec Aiolia était inattendue et salvatrice. Shaka, secoué par une attaque du Lion, ne m’a pas vu frapper Aiolia du Genro Mao Ken. Lorsqu’il est revenu à lui, Aiolia était de nouveau docile. Je l’ai fait raccompagner sous haute escorte après avoir imprégné dans son cerveau que personne ne pouvait franchir sa maison. J’avais peur que le passage de ses semblables dans sa demeure ne réveille trop vite la bombe à retardement que j’ai programmé. »
Le malaise instauré par l’arrêt du Grand Pope, calme les ardeurs de ses sujets.
_ « Aiolia est revenu en effet du Japon avec le c½ur remplit de doute, reprend enfin Saga en se dirigeant à sa place. La visite impromptue de Shaka m’a aidé à le ramener à la raison, Shaka pourra vous rassurer à ce sujet, enjoint-il son chevalier en prenant place dans son fauteuil.
_ Absolument, parle doucement la Vierge. Nous nous sommes frictionnés quelques instants. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, Sa Majesté le Grand Pope semblait avoir réussi à le remettre sur le droit chemin.
_ A l’heure qu’il est, j’ai demandé qu’il soit seul à méditer, sans qu’on l’importune, afin qu’il soit libéré du moindre doute à l’aube de retrouver ces Japonais. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est pour cela que je vous ai convoqué au Chrusos Sunagein ! »

Plus bas dans le domaine sacré, un éclat doré autre que le soleil éblouit ce matin d’hiver au Sanctuaire.
Parmi les villageois qui découvrent un oiseau d’acier se poser dans l’arène d’Honkios, certains sont ramenés à eux, comme Filia, par un homme en or qui traverse la ville.
Ce dernier, accompagné d’un garnement aux cheveux roux, un pas posé en direction de la montée des douze maisons, se retourne en direction du jet privée de la Fondation Graad.
Avec un sourire en coin, il s’adresse au jeune garçon : « Elle est parvenue à passer outre la barrière de cosmos du Sanctuaire avec un engin moderne qui plus est. Le doute n’est plus permis Kiki, Athéna est parmi nous, concède Mû à Kiki.
_ Nous arrivons juste à temps, sourit à son maître le chenapan. »
Pendant que Mû devance Saori et les siens, Filia est loin de s’imaginer que les villageois s’apprêtent à vivre plus de douze heures d’angoisse.
Les heures les plus longues de leur vie…

Au sommet, Saga conclut : « … Après avoir usé de complicités, sans lesquels ils n’auraient pu assurément décimer la quasi-totalité de l’ordre des Saints d’argent, voilà qu’ils s’attaquent au Sanctuaire pour y installer cette fausse Athéna. Ptolémy Saint d’argent de la Flèche est bien décidé à venger les siens et s’apprêtent à les accueillir, vous avez dû ressentir leurs cosmos forcer l’enceinte du Sanctuaire. Hélas, j’ai peur qu’il ne fasse pas le poids. Dès lors, voilà pourquoi il m’apparaît nécessaire de vous mobiliser afin de défendre les douze maisons du zodiaque de toutes vos forces.
_ Hum… Si tant est qu’ils passent la maison du Taureau, grommelle Milo.
_ C’est peut-être contre ce genre de considération mal placée que nous sensibilise Notre Majesté, tempère Aphrodite d’un ton provocateur. Après tout, ils ont usé de complicité. L’une d’entre elle n’était pas Albior de Céphée contre qui tu as été en difficulté justement ?
_ Comment oses-tu s’indigne, aussitôt le Scorpion en dressant le poing vers les Poissons ?
_ Je te remercie pour l’estime que tu me portes Milo, se redresse Aldebaran flatté, mais vous l’avez tous ressenti comme moi j’imagine, peu de chances qu’ils passent la première maison. Mû est de retour au Sanctuaire !
_ Justement, conteste Deathmask, Mû ne s’est-il pas servi de sa position de réparateur d’armure pour déserter le Sanctuaire pendant toutes ces années ? Peut-on lui faire réellement confiance, questionne le Cancer qui se souvient de l’irruption de Mû alors qu’il affrontait Shiryu il y a quelques jours ?
_ Assez, tonne à nouveau Saga ! Les ordres sont clairs ! »
Tous assurent une révérence pour approuver à nouveau avant de prendre congés.
Néanmoins, avant de réajuster son heaume et de quitter la salle, Aldebaran ne peut s’empêcher de remarquer que Milo, comme lui, semble circonspect.

En bas, dans l’arène où Shiryu vient de les rejoindre, Ptolémy sous sa soutane vient trouver Seiya et ses amis, prêt à mettre en ½uvre le plan diabolique de Saga…
 

Pendant ce temps, au Mexique, dans la citée de Citlali, les modestes habitations sont désertées.
En briques séchées au soleil, ou en roseaux avec le toit en paille, disséminées tout autour de la grande pyramide aztèque, elles sont toutes vides.
Les adeptes de Tezcatlipoca sont tous réunis au pied de l’immense base polygonale qui soutient les faces latérales triangulaires. Ils ont les yeux levés au sommet où se dresse un autel.
Tandis qu’une nouvelle journée chargée en émotion commence en Grèce, celle de la veille n’est pas encore fini au Mexique.
La nuit a pris place, le domaine de Tezcatlipoca scintille grâce à la lueur des torches des fidèles.
Agenouillée et maintenue par les prêtres, la jeune femme enlevée plus tôt dans la forêt, sous le nez de Nicol et Mei, se débat en hurlant de détresse. Sa tenue déchirée et les marques qu’elle porte sur son corps démontrent l’horreur des sévices que les Jaguars lui ont administré.
Elle observe son compagnon d’infortune étendu torse nu sur la desserte. Ses appels au secours sont étouffés par les rugissements des Jaguars.
Tous légèrement vêtus, couverts de peau d’animaux pour ceux qui n’ont pas su s’éveiller à une forme thérianthrope, de tout âge, les Jaguars invoquent machinalement, en le répétant sans cesse, le nom de leur dieu.
La clameur repart de plus belle quand la silhouette d’un homme mince aux épaules tombantes apparaît enfin. Le Prêtre de Tezcatlipoca s’abreuve des acclamations comme en témoigne son regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage, peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu, affiche davantage de perfidie lorsqu’il ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Les sacrifices humains alimentent les dieux. Ils maintiennent ainsi l'équilibre du cosmos. Ces sacrifices permanents perpétuent la course du soleil. Bientôt, ils ne seront plus nécessaires. Le soleil qui a libéré le Grand Tezcatlipoca nous guidera et nous dira à nous, peuple du soleil, que l’éradication de l’humanité est venue. Alors nous permettrons la levée de ce nouveau soleil au nom du Grand Tezcatlipoca ! »
La foule exulte tandis que Necocyaotl aux courts cheveux noirs coiffés d’un bandeau brandit un couteau au-dessus du captif : « Le moment de prier s’achève. L’heure de la destruction approche. »
Il achève sa phrase en enfonçant sans sourciller sa lame en pleine poitrine du malheureux. Elle est si profondément plantée que quand il l’extrait de la chair du sacrifié, une épaisse giclée de sang jaillit et inonde le plateau.
Pendant que la victime agonise en râlant de douleur, sa camarade, horrifiée, se pâme d’angoisse.
Necocyaotl découpe le poitrail de l’offrande humaine pour en extirper le c½ur et le brandir en l’air pour l’offrir au dieu.

Plus bas, dans les profondeurs de la pyramide, assis nu, devant sa statue qui gronde en recevant le sang qui s’infiltre par les nombreux orifices laissés par la roche, Tezcatlipoca reste les yeux fermés pendant que dans son dos, ses lieutenants se réunissent.
L’imposant humanoïde qu’est Titlacauan s’agenouille le premier.
Le second, plus mince, au regard plus vicieux et accompagné d’un serpent, Ipalnemoani, l’imite.
Ixtli, la guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue, les rejoint, suivie d’un jaguar qui se frotte à elle.
La dernière à venir est une Jaguar aux cheveux violacés. Son imposante poitrine est dissimulée par un linge qui descend en lambeau sur sa très mince taille. Ce même linge lui cache le bas-ventre jusqu’au haut de ses fermes cuisses. Son pelage tacheté fait ressortir à merveille ses yeux bleus et un ronronnement constant attribue un charme certain à cette lieutenante humanoïde.
A peine prosternée, elle demande à ses semblables : « Alors vous êtes tombés sur de sérieux obstacles semble-t-il. Cela va nous permettre de nous dégourdir les jambes. »
_ Meztli, toujours entrain de fanfaronner. Ces inconnus sont à prendre au sérieux, grogne Titlacauan toujours très sérieux.
_ Il ne faut rien exagérer, atténue de sa voix hypocrite Necocyaotl qui les a rejoint. »
Avec son anneau accroché au septum, Necocyaotl arrive depuis la pénombre après avoir gratifié la foule du rituel assassin. Il traîne avec fermeté la captive qui a assisté à la mise à mort de son camarade.
Il passe devant les quatre lieutenants et occupe l’espace qui les sépare de Tezcatlipoca. Il balance la jeune femme juste aux pieds du dieu fermement silencieux.
La prisonnière ne peut retenir son effroi lorsque l’homme bardé d’une musculature imposante ouvre ses yeux rouges semblables à deux lasers.
Ne supportant pas les hurlements de la proie qui lui a été offerte, il la saisit par la gorge et rugit de sa voix monstrueuse : « Silence ! »
D’un simple revers de son autre main il défait ce qu’il reste des vêtements de la pauvre prisonnière qu’il plaque contre sa statue.
Le c½ur de feu qui l’alimente se développe à mesure qu’il l’étreint avec force pour libérer son ardeur animale et ses pulsions démoniaques sous les yeux admiratifs de ses lieutenants.
Les plaintes de la voyageuse ne s’inquiète plus de ce viol barbare mais plutôt de l’ardeur libérer par le monument contre lequel elle est appuyée de force. Le brasier organique de la sculpture lui ronge l’épiderme. Du feu fait scintiller les yeux de la statue et de la fumée commence à s’échapper de toute sa surface.
La boule de feu qui l’alimente devient un soleil qui illumine toutes les cavités de la pyramide. Il jaillit par ses fissures au dehors de celle-ci pour offrir aux fidèles la bénédiction qu’ils attendent.
La victime de Tezcatlipoca a les yeux exorbités tant la souffrance est atroce, les flammes lui dévorent la peau. Ses beaux cheveux sont déjà entièrement consumés et sa peau noircie.
Lorsque le dieu, soulagé, abandonne son coït forcé, sa victime a déjà cessé de vivre.
Pendant que le brasier achève de la calciner, Tezcatlipoca s’intéresse enfin à ses seconds.
Il écarte les bras pour recevoir son Nahual et se consacre enfin au propos qui les a réunis ici : « Ces visiteurs dont nous n’avions rien à craindre ont présenté quelques dispositions au combat.
_ En effet, confirme Necocyaotl, comme nous le pensions, ils enquêtent sur nous. »
Tout aussi malicieux que Meztli, Ipalnemoani déclare en souriant : « Les femmes portent des masques. C’est ainsi que se tiennent les femmes chevaliers au service d’Athéna, pour cacher leur féminité. »
Fort masculine grâce à sa carrure rudement travaillée, Ixtli se montre aussi sérieuse que Titlacauan. Elle se permet de dénigrer les femmes Saints : « Quelle coutume ridicule. »
Devant eux, l’incandescence de la statue s’atténue peu à peu.
_ « Quoi qu’il en soit, tempère Tezcatlipoca, nous devons à tout prix nous montrer discrets. Le soleil libérateur nous l’a demandé.
_ Ô Grand Tezcatlipoca, malgré tout le respect que je vous dois, ose Titlacauan, ils sont parvenus à vaincre plusieurs Jaguars. Y compris Achcauhtli qui était un guerrier de renom parmi les nôtres. »
Les paupières du dieu ferment ses yeux au rouge puissant. Il retourne s’asseoir au pied de sa statue qui brille encore faiblement grâce à son noyau de feu à l’intérieur duquel gravite une clochette.
_ « En effet, ajoute Necocyaotl. C’est pourquoi il ne faut pas nous faire remarquer. Ils ne savent pas où est la citée. De plus Cuetzpalli est à Icnoyotl. Et il a un autre espion à ses côtés. Tout ira bien, chers lieutenants, s’engage le Prêtre en réajustant son écharpe rouge autour de son cou, vos ancêtres ont déjà su faire face à des Saints d’or d’Athéna. Nous n’avons donc aucune crainte à avoir. Chargez à présent nos Jaguars d’organiser le prochain sacrifice. Il nous faut des vierges cette fois-ci pour que le soleil soit honoré. Ainsi que pour le plaisir personnel du Grand Tezcatlipoca, conclut-il en prenant la sortie. »


Quelques heures plus tard, en Grèce, ce 20 décembre 1986 est pleinement entamé.
Les pertes humaines commencent.
Des rumeurs enflent, à mesure que les flammes de la grande horloge s’éteignent sans qu’un crieur ne vienne annoncer la défaite des renégats.
_ « Après tout, depuis ces dernières années où le climat s’est dégradé au Sanctuaire, soupçonne Filia avec ses semblables, et si cette fille était bien Athéna ? »
Les villageois avec lesquels elle se cache ne protestent pas. Ils voient même à travers les lucarnes de la réserve de son commerce, d’autres habitants d’Honkios pointer le bout de leur nez dans la rue. Eux aussi en proie au doute.

Plus haut, à mi-chemin entre le palais du Grande Pope et la statue d’Athéna, sur le flanc droit, les prêtresses d’Athéna angoissent dans leur temple.
Alors que Mii a les mains jointes en direction de sa statue pour prier Athéna d’éradiquer le mal qu’amènent ces visiteurs, alors qu’elles ne sont plus que six prêtresses à vivre ici, Shoko est la seule à avoir remarquée que seule Katya manque à l’appel.
_ « As-tu vu ta s½ur, interroge-t-elle Maria ? »
La cadette de Katya répond non de ses yeux vides d’incompréhension.
Inquiète, Xiao Ling cherche du réconfort auprès d’Erda. Elle a les poings serrés, seule, sur le parvis.
_ « C’est horrible ! J’ai peur ! Alors qu’on nous a assurées que les renégats seraient vite éliminés, aucune annonce de leur défaite n’est faite ! Et Mii qui d’ordinaire est si forte semble totalement perdue et… Et… Erda… Erda ? Erda tu m’écoutes ? Tu pleures ?
_ Il est mort, balbutie-t-elle en ignorant sa camarade, ce monstre de crabe… Ils l’ont fait. Je ne ressens plus son cosmos.
_ De quoi parles-tu enfin, secoue son amie Xiao Ling ?
_ Deathmask du Cancer a été vaincu.
_ Comment ?! Mais c’est horrible, pleurniche la Chinoise.
_ Cet homme était un salop. Une pourriture. Le monde se portera bien mieux, maintenant qu’il a disparu.
_ Comment peux-tu te réjouir d’une telle situation ?! Cela veut dire que les traites ont passé la quatrième maison du zodiaque ! Bientôt ils arriveront à Athéna ! Et à nous ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de nous, hystérise l’aspirante Saintia ?! S’ils parviennent à vaincre les défenseurs de la justice, alors nous, que sommes nous donc ?! Nous ne pourrons rien faire ! Nous…
_ Ça suffit, l’interrompt Erda d’une violente gifle ! Te rends-tu compte à quel point tu es ridicule ? Comme tes propos sont incohérents ? Deathmask tuait des innocents, il ne s’inquiétait pas des dommages collatéraux, ni même de la nature des missions qui lui étaient confiés. Comme beaucoup d’autres Saints, mercenaires ou soldats d’ailleurs ! Allez, ne me dis pas que tu n’as pas entendu ces histoires, lorsque nous descendions au marché à Honkios ! Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les comportements de plus en plus inappropriés des soldats ces dernières années, sans même qu’on ne redresse leurs torts ! D’ailleurs où sont-ils les redresseurs de torts ? Ils ont disparu ces dernières années également ! Envoyés dans des missions dont ils ne sont jamais revenus, notamment les Saints les plus justes ! Quand aux soldats fiables, ceux-ci préfèrent se faire discrets, sachant très bien quel sort leur sera réservé ! »
Xiao Ling pose sa main sur sa joue. Morveuse, elle reste interdite. Partagée entre la surprise et l’angoisse.
Ignorant tout de la faiblesse de la Chinoise, Shoko interpelle ses deux camarades : « Erda ! Xiao Ling ! Avez-vous vu Katya ?!
_ Le Grand Pope a dû l’appeler au chevet d’Athéna en ces temps troublés, suggère Erda.
_ Certainement, adhère Shoko en ne remarquant pas Xiao Ling cloîtrée dans sa faiblesse. Après tout, elle reste la seule prêtresse à avoir atteint le statut de Saintia depuis…
_ Depuis que ta s½ur nous a quittées oui, conclut Erda. La seule qui d’ailleurs n’a pas été châtiée par le Grand Pope bizarrement.
_ Que veux-tu dire, demande Maria d’un air intéressé ?
_ Tu l’as remarqué toi aussi n’est-ce pas ? Toutes nos amies qui ne sont jamais revenues des toilettes qu’elles administraient soi-disant à Athéna.
_ Il est vrai, reprend Shoko. On disait que seules celles qui revenaient ici étaient celles qui soignaient davantage le Grand Pope qu’Athéna. D’ailleurs, elles avaient la plupart un comportement souvent déplacé, voire inopportun, au regard de l’éducation qui nous est donnée en ce lieu.
_ Mii l’avait vu aussi, ajoute Erda. Mais trop aveuglée par son dévouement à la cause, elle n’a pu envisager qu’une vie chaste faite de m½urs irréprochables puisse être remise en question par bon nombre d’entre nous. Et le Pope Arlès n’a pas la réputation d’être un enfant de ch½ur.
_ Beaucoup ont donc pu se laisser charmer par les désirs, épuisées par cette vie de privation qu’est la nôtre. Seulement…
_ Seulement ces brebis galeuses ne sont jamais restées libres bien longtemps. Comme les plus chastes, elles finirent toutes par disparaître, avant même qu’on ait eu le temps de soupçonner quoi que ce soit.
_ La seule qui demeure présente est notre aînée, suspecte Shoko devant la s½ur de cette dernière. La froide et discrète Katya.
_ Que peut-elle faire en ce moment, demande Erda en levant la tête en direction du temple du Pope comme Shoko ? »


Au même moment, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, les plus âgés des quatre Saints, Nicol et Médée, discutent autour d’un bol de pozole servi par Ichtaca.
Assis sur une table de l’auberge, ils dégustent leur soupe épicée en spéculant après les diverses informations reçues aujourd’hui.
_ « Nous avons donc les guerriers Jaguars au service de quatre lieutenants mais aussi du prêtre. Ils peuvent se transformer et ainsi obtenir des Nahuals. Ils agissent pour Tezcatlipoca qui vénère un sceau, un soleil. Celui-ci donne ses pleins pouvoirs à Tezcatlipoca qui en reconnaissance sacrifiera la Terre quand le soleil le lui demandera, énumère Médée.
_ Il ne nous reste plus qu’à savoir où est la citée de Citlali. Et qui peut bien être ce soleil, grimace Nicol en faisant tourner sa cuillère dans le bol.
_ En attendant, ce soir amusons nous comme hier pour oublier cette dure journée, propose Médée en observant la taverne se remplir peu à peu. »
Nicol peut lire dans les yeux bleus, libérés du turban que Médée s’inflige, une profonde inquiétude face à ce qui les attend. En retour, il confesse : « J’avoue que nous détendre nous fera le plus grand bien. »

A l’étage, à l’intérieur de leur chambre, Yulij s’étale dans les draps : « Ce n’est pas que ça m’enchante de me voiler à nouveau le visage, mais je pense qu’il est préférable qu’on aille profiter de la soirée en bas avec les autres non ? »
Assis en tailleur, nu lui aussi, près de la fenêtre, Mei fixe avec mélancolie le cactus en pot déposé sur le rebord : « Vas-y si tu veux. Descends. »
Yulij s’enroule dans les draps pour couvrir sa tenue d’Eve et vient coller sa tête contre celle de son compagnon : « Quelque chose te dérange n’est-ce pas ? Tu n’étais pas le même tout à l’heure lorsque nous étions dans le lit.
_ C’est aujourd’hui.
_ Quoi donc ?
_ Le retour d’Athéna au Sanctuaire.
_ Comment le sais-tu ?
_ Enormément de cosmos surpuissants explosent aujourd’hui. Même si cela est à des milliers de kilomètres d’ici, je pense que Nicol l’a ressenti aussi.
_ Il est vrai que vous avez réellement dépassé un cap tous les deux lors de notre entraînement à Jamir. Mais cette tristesse dans ta voix… Cela voudrait dire qu’Athéna a…
_ Non, tremble la voix de Mei ! La bataille est encore en cours… J’ai… J’ai simplement… J’ai simplement ressenti la défaite de mon maître, fond-il en larmes en se réfugiant dans les bras de Yullij.
_ Ça va aller, ça va aller. Je suis là. Ça va aller. Lui dit-elle tout en le calant contre sa poitrine sans trop y croire…
_ J’ai senti son cosmos partir d’un coup brutal, essaie-t-il de dire, étranglé par le chagrin. Il a disparu. Seul. Comme il l’a toujours été. Il était un père pour moi. Mais son changement soudain m’a empêché de lui dire. J’aurai tellement voulu qu’il le sache…
_ Si tu l’admirais vraiment et le lui montrais lorsque vous étiez en Sicile, alors il est parti en le sachant. Sois-en sûr, le réconforte-t-elle en le serrant fort. »


Pendant ce temps, confirmant les soupçons de ses consoeurs, Katya attend de pied ferme devant les portes de la chambre du Pope.
Les gardes sont formels : « Le Grand Pope est toujours en méditation depuis trois heures.
_ C’est pourtant lui qui m’a convoqué ici, assure-t-elle en dressant la missive sous leurs yeux. »
De l’autre côté de la porte, le visage pris dans ses mains, Saga se remet encore de son combat à distance avec Shun. Sa chevelure alterne entre son bleu naturel et ce gris torturé.
La perte de Deathmask qu’il vient de ressentir ne trompe pas son bon côté : « Ces Saints de bronze vont donc réussir à contrecarrer tes plans. »
En recoiffant les mèches qui tombent devant ses yeux, il se reprend.
Solidement redressé, refusant de cacher à nouveau son visage, il se tourne en direction de la tenture qui conduit à la chambre d’Athéna et ordonne : « Qu’on ouvre à la Saintia de la Couronne Boréale ! »
Il attend que les portes se referment derrière elle pour se montrer tel qu’il est.
Bien que son visage soit fermé, son regard reste affectueux envers sa protégée.
Il la regarde avancer timidement dans sa longue toge blanche, dont les bretelles dissimulent avec élégance sa ferme poitrine.
D’ordinaire si dure, la jeune femme parait intimidée. Ses longs cheveux blonds coiffés d’un serre-tête doré virevoltent au gré de la brise. Le léger vent d’hiver s’infiltre par les creux fait par l’usure du temps sur la roche du palais. Le souffle fait coller sa robe contre son corps et ainsi, elle épouse à merveille sa silhouette parfaitement sculptée.
_ « Vous m’avez fait appeler Votre Majesté ?
_ Katya… L’heure de vérité approche. Les Saints de bronze qui ont investis le Sanctuaire ont atteint la maison du Lion.
_ Impossible ! Ces renégats…
_ Il n’en est rien, l’interrompt les Gémeaux dans son instant de bonté. Le renégat, c’est moi.
_ Grand Pope… C’est… C’est absurde voyons…
_ Arrête s’il te plait, sourit le Grec gêné. Tu as bien compris que la jeune femme qui gît au pied des marches des douze maisons est la vraie Athéna n’est-ce pas ?
_ …
_ Oui, tu as tout compris, sourit-il confus, en remarquant qu’elle baisse honteusement la tête. Les prochaines heures diront qui d’Athéna ou de moi est digne de gouverner la Terre.
_ Bien que je lui doive allégeance, tout le bien que le Sanctuaire a apporté au monde ces dernières années, la paix, c’est à vous qu’on la doit et non à elle.
_ La paix… Il ne s’agit là que de faux semblants. Cette paix est instable et elle s’est conclue au prix de nombreux sacrifices.
_ Les habitants du Sanctuaire ne seraient pas d’accord. Le peuple vous trouve bon.
_ Le peuple a peur.
_ Il mange à sa faim, se sent en sécurité !
_ Ne mangent que ceux qui obéissent. Le régime de terreur instaure un semblant de paix. Obligeant le peuple à se terrer. »
Katya baisse la tête, obligée d’admettre qu’elle s’est créé une fausse image, de celui qu’elle idolâtre.
Saga est confus. Du haut des marches où se dresse son trône, il domine la triste prêtresse.
_ « Qu’importe ! Ces Saints de bronze ne peuvent parvenir jusqu’ici. Il reste encore tant de maisons à passer ! Et si même par miracle ils y parviennent ! Même si le peuple tout entier se révolte ! Même si vos hommes vous abandonnent ! Moi je suis là ! Je me dresserai en ultime rempart ! Je donnerai ma vie pour vous, comme je vous ai déjà donné mon corps, mon c½ur et mon âme, avoue-t-elle toute rougie d’émotion. »
Saga a la bouche entrouverte, l’air attendri. Il ne sait que dire. Flatté qu’il est par tant de dévotion.
Refusant qu’elle continue à voir en lui le bienfaiteur qu’il n’est pas, il descend vers elle : « Le mal est en moi. J’ai longtemps lutté. Aspirant à être un homme bon, comme mon camarade Aiolos. Espérant remettre mon frère dans le droit chemin. Mais chaque choix m’a écarté de la bonne conduite à laquelle j’aspirais. Comme si au fond de moi je désire vraiment prendre la direction inverse. Je me suis énamouré d’une déesse, Hébé, dont j’ai ensuite fomenté l’assassinat. Condamné mon jumeau à une mort certaine car nous partagions finalement la même ambition. Fait exécuter mon frère d’arme Aiolos, puis envoyé à la mort de nombreux Saints et soldats afin de préparer mon règne le jour où je remettrai la main sur Athéna. Car oui, j’ai tenté de la tuer lors de sa naissance. Et tant que mon but ne sera pas accompli, cette part de mal en moi fera tout pour y parvenir. »
Katya en tombe à genoux. Ses bras tremblants ont du mal à la maintenir contre le sol.
_ « Ecoute ! Entends les paroles du messager à travers la porte ! Il vient d’arriver. Ses pas pressés ne trompent pas. Malgré les instructions de mes gardes, il insiste pour me délivrer un message. Tu entends ? »
La malheureuse tend l’oreille et discerne, tant bien que mal, la conversation à l’extérieur de la salle.
Saga confirme : « Star Hill. C’est bien de ça dont il s’agit. Marin de l’Aigle a tenté de s’y infiltrer et est tombée sur mes hommes de confiance. Tu entends ? Jaki, un mercenaire banni est chargé de la dérouter. »
Katya écarquille les yeux. Partagée entre horreur et stupéfaction.
_ « Mû était sous surveillance à Jamir. Dans les environs j’ai envoyé des espions. Quelle surprise n’ai-je pas eu il y a une dizaine de jours lorsqu’on m’a informé que Marin s’y rendait. Elle qui a disparu des radars après m’avoir trahi au Japon en aidant les Saints de bronze. Je l’ai donc fait suivre. Elle est arrivée trop tard au Japon pour partir avec Seiya et les autres. Juste le temps de croiser June du Caméléon, une autre traîtresse. Leur conversation fût entendue. Et le projet de Marin de visiter Star Hill découvert…
_ Pourquoi, demande Katya en se jetant aux pieds de son seigneur ? Pourquoi me dévoiler tout ça ?
_ Tu n’es pas sans ignorer que Jaki était condamné pour de nombreux meurtres, viols et délits en tout genre. Son arrestation était un moyen de brouiller les pistes, calmer les esprits les plus crédules. La plupart de ces meurtres étaient commandités par mes soins. Pour les autres crimes, disons que cela venait de son inspiration. Lorsque tout ceci sera terminé, si j’en sors victorieux, alors je le récompenserai de la Cloth correspondant à la constellation sous laquelle il est né. Après tout, avec le nombre de Saints sacrifiés par ma folie, sa constellation doit être libre aujourd’hui…
_ Pourquoi me dîtes vous toutes ces atrocités, sanglote-t-elle ? 
_ Si j’ai fait surveiller Star Hill, poursuit-il en l’ignorant, c’est parce que là-bas se cachent mes plus terribles secrets. On y découvrira que Shion, le Grand Pope et Arlès, son frère et second, sont morts depuis des années. Que j’ai usurpé leurs identités depuis tout ce temps. L’annonce de la mort de Shion il y a quelques mois fût nécessaires tant mes décisions stratégiques prenaient un virage surprenant pour ceux ayant connu Shion.
_ Arrêtez, s’époumone-t-elle ! Ça suffit ! Que cherchez vous à faire à la fin ?! M’aidez à me rendre compte de qui vous êtes ?! Tout ça, c’est peut-être magnifiquement pensé et à la fois cruel, mais dans tous les cas ce n’est pas vous ! Il y a des tremolos dans votre voix, malgré l’assurance que vous essayez de prendre en vous faisant passer pour un monstre ! Quant à l’homme qui m’a sauvé, ça n’était pas celui que vous décrivez ! Le monstre qui habite en vous n’est pas vous, souligne-t-elle en se redressant. Et quand tout ceci sera fini, j’espère que vous aurez le temps de vous en rendre compte, conclut-elle en se dressant à sa hauteur sur la pointe des pieds. »
Tandis qu’elle se laisse guider par son instinct pour lui baiser les lèvres, elle découvre avec plaisir l’étreinte profonde mais tendre de Saga lorsqu’il l’enlace de ses grands bras par le creux de son dos.
Bien plus doux que lorsqu’il lui a pris sa virginité, Saga ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Celles-ci la ramènent à elle, lui faisant reculer légèrement la tête en arrière.
La relâchant délicatement, Saga sort de sa toge papal un bijou brillant comme l’éclat du soleil.
En fixant avec embarras le frêle cou encore marqué par la pression qu’il y a exercé il y a de cela deux jours, Saga tend de ses deux mains un collier en or à Katya : « Lorsque j’ai brisé l’ancien, tu as accepté le monstre en moi. Aujourd’hui, je tenais à ce que ce soit l’homme bon qui t’en offre un plus beau encore. Merci d’avoir su voir qui je suis, et d’accepter également ce que je peux être. »
Elle referme ses mains sur celles de son idole et en profite pour déposer sa tête contre son buste. Ses yeux se ferment alors qu’elle se niche contre ses muscles pectoraux.
_ « Je prierai pour vous, promet-elle.
_ Non… Prie plutôt pour Athéna, l’enjoint-il la mine dans le vague. Ainsi, si Athéna gagne, l’homme bon en moi aura fini par gagner. Le danger guette. Va à présent, lui dit-il en mettant un terme à leur longue accolade en lui baisant le front tout en faisant glisser ses mains du haut de ses épaules jusqu’à ses menus poignets au bout desquels ses fins doigts serrent le collier qu’il lui a offert. »
Ses mains empoignent avec dévouement le bijou qu’elle colle contre son c½ur.
Timidement, elle se dirige vers la sortie, s’efforçant de ne pas se retourner.
Lui, l’air hagard, attend d’entendre les lourdes portes être refermées par ses hommes pour se fixer dans un miroir.
Si doux jusqu’à présent, le reflet lui renvoie cette version démoniaque de lui aux yeux rouges et aux cheveux gris : « Ça y est ? Tu as fini ? Tu es content ? Je t’ai laissé dire au revoir dans un des derniers instants de bonté que je t’accorde encore. Mais soit rassuré, quand tout sera fini, je prendrai soin de cette Saintia. Quel meilleur sujet qu’elle après tout ? Elle est prête à tout accepter de moi ! Ah ! Ah ! Ah ! »


Au Mexique, sur le toit de la taverne dans laquelle il loge, Mei préfère rester seul après le réconfort apporté par Yulij.
Depuis le village d’Icnoyotl, Mei fixe la constellation du Cancer.
_ « Elle brille moins que d’ordinaire, constate-t-il. »
Allongé, la tête dans les étoiles, il revit quelques instants le passé partagé avec son maître et tout le bonheur que celui-ci a pu lui apporter.
Malheureusement, la peine revient vite lorsqu’il se remémore son changement brutal de personnalité et les déclarations des gens qui lui étaient proches au Sanctuaire.
_ « S’il est mort aujourd’hui, alors cela signifie qu’il n’était réellement pas du côté de la justice, songe-t-il. Par Athéna, se redresse-t-il en un éclair. Je jure sur la constellation du Cancer de laver l’affront fait par mon maître et de toujours me battre pour la justice, lève-t-il le poing au ciel. »
A cet instant, les étoiles du Cancer se mettent toutes à scintiller bien plus fort que Mei ne l’a vu jusqu’à présent. Comme si elle reçoit et adhère à ce v½u solennel.

Au rez-de-chaussée, la fête bat au rythme des pieds qui claquent le plancher, des mains qui s’entrechoquent, des airs de guitares et d’harmonicas.
Les serveurs portent dans chaque main des plateaux remplis de boissons et de nourritures. Toutes les tables sont pleines et l’ambiance est bon enfant.
Accoudé, verre de tequila à la main, Nicol garde un ½il sur Yulij et Médée qui dansent à tours de bras avec tous les clients.
Prises d’une euphorie toute particulière après les atrocités vues dans la forêt, elles font de grands signes de mains au Saint de l’Autel pour l’enjoindre à venir partager ce moment avec eux.
Cependant, il préfère ramasser au passage la main d’une serveuse aux cheveux longs, blonds, épais et agrémentés de plumes noirs pour les décorer.
Iuitl, celle avec qui il a passé la soirée la veille, lui sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Bien qu’ils se soient quittés en froid la veille, Nicol la rappelle contre lui et lui murmure à l’oreille : « Hier tu te plaignais que les gens ici n’étaient que de passage. Tu vois, je suis encore là ce soir. »
Sa robe rouge dédoublée avec audace haut sur la cuisse lui permet d’entourer le Grec avec sa jambe. Elle se colle à lui et se laisse séduire : « Alors allons danser ! »
En rythme, ils s’accordent sur la piste sous le regard globuleux et espiègle de Cuetzpalli.

7
Only for Love / Chapitre 65
« on: 3 October 2020 à 17h06 »
Chapitre 65

La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. 
A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier.
En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos.
Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. »
Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. »
Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. »
Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ?
_ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. »
Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! »
Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ?
_ J’ai plus peur que froid.
_ Peur ?
_ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ?
_ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là.
_ Mais tu resteras avec elle alors ? »
Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui.
_ « Saori, songe t’il quelques instants. »
Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. »
L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui.
Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle.
La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya.
Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! »
Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho.
_ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? »
Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute.
Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ?
_ Ou… Oui… Oui, tu es sublime.
_ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ?
_ N… Non. Non nous avons grandi et… »
Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine.
D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement.
Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible.
Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… »
Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres.
Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise.
Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs.
A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers.
Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.

A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! »
Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. »
Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région.
_ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. »
Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.

Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert.
Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron.
_ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue.
_ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule.
_ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? »
Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés.
_ Je ne voulais pas vous sembler impolie.
_ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. »
Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl.
_ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes.
_ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes.
_ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. »
Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. »
Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. »
Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.

Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur.
Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ?
_ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. »
Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? »
N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. »
Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano.
_ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ?
_ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver.
_ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles.
_ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes.
_ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ?
_ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… »
Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi.
_ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas…
_ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali.
_ Et cette citée, elle existe vraiment ?
_ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus.
_ Qui étaient ces gens ?
_ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. »
Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.

Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus.
_ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. »
Autour d’eux, la taverne se vide.
La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux.
Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé.
Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux.
Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main.
Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? »
Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?!
_ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors…
_ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? »
Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.

Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.

Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! »
Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! »
Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol.
Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca.
_ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »


En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase.
Le sommeil est venu tard pour Seiya.
Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami.
Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu.
Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »

En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour.
_ « Reste un peu.
_ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations.
_ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres.
_ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. »
De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller.
Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. »
Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.

Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. »
Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »


L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl.
Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.

Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser.
Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille.
Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.

Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille.
Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé.
_ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. »
Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux.
Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. »
Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! »
L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! »
Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. »
Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors…
_ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol.
_ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! »
Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… »
Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. »
Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice.
Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. »
Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple.
Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience.
Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.

Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy.
_ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ?
_ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels.
_ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. »
Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré.
Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque !
_ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ?
_ Non, car c’est toi qui vas le faire.
_ Comment ?!
_ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido.
_ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas.
_ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. »
Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or.
_ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. »
Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos.
Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. »
Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté.
_ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire.
_ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »

Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment.
Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience.
Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… »
Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! »
L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage.
De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…


Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue.
Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.

Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement.
Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.

Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue.
Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… »
Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple.
_ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »

Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.

En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl.
Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. »
Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca.
Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole.
Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? »
Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. »
Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ?
_ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres.
_ Il peut encore nous être très utile. »
Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. »
Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »

Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne.
Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.

Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille.
Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or.
Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. »
Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. »
Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils.
Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte.
La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! »
Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! »
Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! »
Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout.
_ « Bonjour Myrrha… »
Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. »
Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu.
Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. »
Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… »
Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage.
_ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs.
_ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? "
_ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change.
_ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. »
Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. »
Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière.
Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. »
Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.

A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.


Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle.
D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions.
Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl.
Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.

Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée.
_ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant.
_ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! »
Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. »
Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. »
Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »

Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes.
Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci.
_ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. »
A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! »
La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? »
Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. »
Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte.
_ Un lieu où on sacrifie des animaux ?
_ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? »
Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent.
Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. »
Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage.
D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars.
L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! »
Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre.
_ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij !
_ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée.
_ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! »
Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis.
En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? »
Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps.
Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. »
Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »

A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu.
Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux.
Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes.
Mei grimace : « Merde. Ça recommence. »
Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! »
Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner.
La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. »
Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. »
Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? »
Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice.
Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal.
Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains.
Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis.
Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. »
Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier.
Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui.
Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage.
Mei est projeté en arrière.
Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup.
La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. »
Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette.
La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.

A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli.
Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance.
Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. »
Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque.
Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! »
Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup.
Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien.
De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis.
D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… »
Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain.
Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! »
Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée.
_ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. »
Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent.
Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. »
Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? »
En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. »
Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! »
Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive.
Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ».
Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui.
Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper.
Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »

8
Only for Love / Chapitre 64
« on: 28 September 2020 à 13h48 »
Chapitre 64

L’air frais de ce 19 décembre 1986 glisse sur le masque violet du souverain pontife du royaume d’Athéna.
Appuyé au balcon de sa chambre, penché en avant, il laisse ses cheveux blancs grisonnants voguer au gré du vent. Celui-ci écarte les nuages et dégage un ciel bleu comme on en trouve souvent malgré l’hiver approchant.
Néanmoins, l’ambiance bucolique à l’extérieur dénote avec le courroux du Grand Pope.

Derrière le siège papal, agenouillé plus bas, Phaéton cherche à se faire plus petit qu’il ne l’est.
_ « Donc, si je comprends bien, questionne le Pope d’une voix grave, toujours aucune trace de la Cloth d’or du Sagittaire qui s’est volatilisée ?!
_ Hélas, Seigneur, toutes les tortures menées sur votre ordre n’ont rien donné. Tous les soldats en faction dans les environs de vos chambres à vous et à Athéna ont été passés à la question.
_ Peut-être les interrogatoires ont-ils été menés avec trop de délicatesse ?
_ Mais, Seigneur, tous les hommes interrogés en sont morts.
_ Alors interrogeons les prêtres. Après tout, en venant se recueillir auprès de moi et en assurant mon service ils savent obligatoirement quelque chose.
_ Enfin… Seigneur… Vous n’avez plus de prêtres… Nombreux sont ceux disparus ces derniers mois et les derniers questionnés n’ont pas survécu non plus à l’interrogatoire. »
Ces déclarations font revivre en quelques flashs, les meurtres perpétrés par Saga, lorsque ses fidèles ont découvert par inadvertance son visage ou qu’ils ont dû payer pour les échecs essuyés par le Sanctuaire contre Saori.
Saga reprend son souffle afin de contenir son amertume.
Il se tourne à destination de Phaéton : « J’avais demandé qu’on envoie un Saint d’argent à Jamir pour quérir l’aide de Mû. Avec ses donc de télékinésie, il devrait pouvoir localiser l’armure du Sagittaire. »
Phaéton sue à grosses gouttes : « Nous avons envoyé Arachné de la Tarentule. Le soldat qui l’accompagnait dit que Mû n’était pas à Jamir et qu’en chemin, Arachné a rencontré Seiya de Pégase.
_ J’imagine alors qu’Arachné ne rentrera pas, soupire le Pope.
_ Malheureusement Majesté… Cependant, il nous reste encore quelques Saints d’argent que nous pouvons…
_ Je t’en prie ! Phaéton ! Combien de Saints d’argent avons-nous déjà envoyé ?! Gardons le peu qu’il reste pour des missions de moins grande envergure, gronde-t-il en descendant les marches ! »
Sa voix résonne dans l’immense temple. Puis, s’ensuit le son de ses pas qui approchent de Phaéton.
Le malheureux, arc-bouté plus que de raison, pense sa fin proche.
_ « Après ses échecs, Gigas a fui. Dès lors, une fois qu’on m’a confié le poste de général, disposant des pleins pouvoirs, j’ai cru qu’employer les Saints d’argent m’octroierait un succès rapide. J’aurai eu tous les honneurs de notre maître. Mais j’ai été bien sot. Après tout, avant qu’il ne tombe en disgrâce, Gigas avait rencontré le succès. Notamment contre Eris, Shiva, Hébé… Il a guidé nos hommes dans des victoires face à des dieux. Et pourtant, dès le premier revers, il a compris qu’il était plus judicieux de fuir. Quel idiot ai-je été de penser qu’avec mon manque d’expérience et mes échecs qui s’en sont suivis je parviendrai à m’en sortir, songe-t-il. »
Soudain, le silence le tire de ses pensées. Il n’entend plus les cliquetis métalliques des pas du Grand Pope avancer. Phaéton lève alors les yeux très lentement et reconnaît juste devant lui son souverain.
_ « Phaéton. Quel grade occupais-tu avant que je ne te catapulte général ?
_ Co… Commandant, bégaye-t-il.
_ Je vois. Un poste laissé vacant quand tu as pris la place du déserteur Gigas… Avec les pertes occasionnées chez les Saints d’argent, dont certains étaient lieutenants, sans parler de leur capitaine Misty, l’armée a perdu des éléments de grandes valeurs. C’est même toute la structure de commandement qui a été profondément impactée. Pour ne pas dire décimée, si je compte le nombre de Saints de bronze qui étaient sergents. Ne parlons pas des mercenaires… »
Saga reprend son chemin et quitte l’appartement, pour déboucher dans le grand hall de réception où se trouve son trône. Phaéton le suit, tout penaud.
_ « Le général a le commandement sur tout le domaine sacré. Du simple soldat jusqu’au commandant, en passant par les Saints de bronze et d’argent. D’ailleurs, la plupart du temps, général et commandant sont, ou ont été, des Saints d’argent. Seulement, pour vous, Gigas et toi, j’ai fait une exception, comptant sur votre dévouement et votre sens de la stratégie…
_ Absolument Majesté et je vous en suis profondément reconnaissant, interrompt aussitôt Phaéton qui sent que la fin est proche…
_ Silence, ordonne Saga ! Toujours est-il, que la gouvernance des Saints d’or incombe au Grand Pope que je suis. La situation impose que je prenne les devants. Et tu seras rassuré de savoir que c’est chose faite. J’ai envoyé Aiolia du Lion au Japon pour mettre fin à la mascarade de Saori Kido. Deathmask du Cancer, lui, est parti aux Cinq Pics en Chine, assassiner le traître Dohko et ramener l’armure d’or de la Balance, qu’il conserve depuis plus de deux cent ans. J’attends leurs comptes-rendus d’ici les prochaines heures. Dès lors, il me parait évident que les choses dépassent le général que tu étais.
_ Que… Que j’étais Majesté ?
_ En effet. Nos rangs décimés ont besoin de caporaux.
_ Caporal… Il s’agit du meneur d’une troupe de soldats. Ce n’est même pas le rang que j’occupais lorsque je suis rentré…
_ Ne me trouves-tu pas assez magnanime, demande avec insistance le Grand Pope en se retournant vers son sujet ? »
Phaéton en tombe à la renverse : « Si Majesté ! Absolument ! Je m’en vais prendre mes fonctions de ce pas ! »
Phaéton se redresse avec difficulté, sa hâte le fait glisser sur les dalles usées du temple avant qu’il ne déguerpisse, raccompagné par les soldats qui l’attendent de l’autre côté de la porte, disgracié qu’il est.

Sur son passage, il rencontre une jeune femme aux longs cheveux blond pâle.
L’encadrement musclé autour du général déchu ne la surprend pas outre mesure. Elle avance en le toisant avec mépris de ses yeux verts, comme si sa déchéance avait été son ½uvre.
Austère, implacable, la beauté froide avance avec légèreté dans ses spartiates nouées autour de ses mollets dénudés. Sa robe immaculée, nouée à la taille par une ceinture dorée, descend plus bas que ses cuisses fermes, mais demeure suffisamment évasée pour se soulever et épouser la forme de ses jambes à chacun de ses pas. Elle stoppe net une fois la grande embrasure passée pour plier ses genoux et effectuer une révérence au Grand Pope.
Au dehors, les gardes en faction devant les portes, les repoussent pour laisser le représentant d’Athéna seul avec sa sujette.
Une fois l’accès fermé, le claquement assourdissant résonne dans le grand hall.
Alors que plus d’un frémirait d’effroi, la vénusté, elle, parait soulagée. En effet, malgré sa posture, elle lève le plus discrètement possible ses yeux vers le prélat.
Contre toute attente, une fois le vacarme dissipé, le frottement métallique de son masque contre son casque indique que Saga dévoile son visage.
Tandis qu’il dépose son attirail sur son siège, ses cheveux bleuissent jusqu’à reprendre leur teinte naturelle.
_ « L’heure est grave ! Lève-toi, Katya, représentante des prêtresses d’Athéna ! »
La susnommée s’exécute aussitôt, sans craindre pour autant la réaction de Saga. Au contraire, elle attend impatiemment qu’il se tourne pour apprécier son visage.
_ « L’armure d’or du Sagittaire nous a été dérobée, l’informe-t-il en se retournant. Ni les gardes en faction dans mon temple ni les prêtres d’Athéna n’ont parlé… »
Katya reste muette. Elle ne semble pas découvrir l’identité de Saga mais n’en demeure pas moins admirative chaque seconde de l’honneur qu’il lui fait de lui dévoiler son charme.
_ « … J’ai souhaité me charger personnellement des prêtresses d’Athéna. Seules ses prêtresses sont autorisées à l’approcher et, par la même, à aborder mes appartements. C’est pour cette raison que j’ai expressément ordonné que toutes les prêtresses soient convoquées en ta compagnie ! Or, je ne vois personne avec toi ! »
D’un ton mielleux, malgré une voix qu’on lui devine d’ordinaire autoritaire, elle répond : « Mais Grand Pope… il n’y a plus de prêtresses d’Athéna. Personne d’autre que moi ces derniers mois n’est venue ici pour donner le change. Les seules prêtresses qui n’ont pas disparu après être venues ici, sont des aspirantes Saintias. Des guerrières que vous souhaitez garder sous le coude et pour lesquelles vous me demandez de continuer l’instruction selon les codes de la chevalerie et de la dévotion envers Athéna.
_ Les Saintias… Athéna, marmonne-t-il en passant sa main gauche sur son visage, démontrant ainsi une pointe de fatigue… Il est vrai que leur prédisposition au combat leur a évité un sort auquel n’ont pas échappé les simples servantes que je… Que j’ai… »
Il tombe à genoux, le visage horrifié par la réalité. Katya court aussitôt pour se jeter à ses pieds et cueillir ses mains de ses doigts fins : « Tout ce que vous avez fait Saga, c’est pour apaiser le tourment en vous et vous permettre de rester lucide quand vient le moment de répondre aux responsabilités de votre fonction. Gouverner le monde d’une main de maître.
_ Ka… Katya… bégaie-t-il.
_ Vous êtes grand et bon Saint d’or des Gémeaux, lui assure-t-elle en prenant sa tête pour la plaquer chaleureusement contre sa ferme poitrine. Vos actes sont justifiés car ils sont justice. Moi seule, je longe vos appartements, afin de me rendre derrière cette tenture rouge à l’arrière de votre trône pour accéder à la chambre d’Athéna et assurer la toilette et le repas de cette Athéna qui n’est pas présente. Si vous pensez qu’à un seul moment j’ai pu trahir cette passion pour vous, alors je serai ravie de m’ôter moi-même la vie. Cette vie radieuse que je vous dois après que vous m’ayez sauvé d’une attaque des Titans. »
Le chevalier troublé relève la tête, les yeux gondolés de larmes, et confesse : « Je t’ai converti à mes vices.
_ Je l’ai choisi le plus volontiers du monde.
_ Peut-être bientôt cette guerre interne prendra fin, et peut-être qu’elle m’emportera à son terme…
_ Je ne peux concevoir de vivre sans vous. Ma vie prendrait fin en même temps que la vôtre.
_ Une Saintia est un statut particulier, où les femmes sont autorisées à devenir chevaliers sans renoncer à leur féminité, afin de servir personnellement Athéna. Seules des jeunes filles au c½ur pur et éternellement chastes et dévouées peuvent intégrer sa garde. J’ai interdit aux dernières prétendantes de quitter le temple des prêtresses, afin de les préserver de l’immoralité qu’oblige mon ambition. Mais toi, je t’ai pris. Je t’ai fait trahir Athéna. Je t’ai rendu complice de mes crimes, en te laissant envoyer des prêtresses à une mort certaine, après que je leur ai volé leur innocence, parfois sous tes yeux, en te faisant même à l’occasion exécuter la basse besogne, alors que mon esprit était pris de doutes. Tu as rempli des missions pour moi en transmettant des ordres d’exécution, voire en faisant toi-même le bourreau. Je t’ai tout pris…
_ Non, vous m’avez tout donné. Vous m’avez donné la responsabilité d’assurer votre loi auprès des prêtresses en m’en faisant la doyenne et formatrice. Vous m’avez donné le statut de Saintia en m’offrant la Cloth de bronze de la Couronne Boréale. Vous m’avez fait remplir les missions qui incombent à la stabilité et durabilité de la paix. Vous m’avez confié vos plus lourds péchés, en ne vous cachant pas des crimes qui vous soulagent. Vous m’avez sauvé la vie. Puis, vous avez donné un sens à ma vie. Vous ne m’avez en rien tout pris, vous m’avez tout donné. »
Saga est saisi par la sincérité d’une ferveur si aveuglante, presque gêné par l’influence qu’il exerce sur cette jeune femme.
Celle-ci se relève devant lui, accablé sur le sol. La mine confuse, ses yeux rivés sur les pieds de la Saintia, il est ramené à lui lorsqu’il remarque sa fine robe descendre tout le long de ses chevilles.
Lorsqu’il relève la tête, il ne reste plus comme vêtement sur la vestale que le foulard qu’elle desserre de son cou afin de libérer un large collier d’or.
Alors qu’elle se dirige vers le trône papal en délassant ses spartiates à mesure qu’elle progresse, elle tourne légèrement la tête pour défier d’un regard mutin son idole : « Il ne reste qu’une chose que je ne vous ai pas donné et que vous avez eu l’élégance de ne pas me demander…
_ Je n’aurai jamais osé attendre d’un sujet d’une telle confiance, d’une telle efficacité, ce sacrifice après tous ceux qu’elle a commis pour moi, garantit-il en la suivant comme envoûté. »
Tout en enroulant son foulard autour d’un de ses poignets, elle se cambre pour déposer délicatement avec l’autre main, l’un après l’autre, le casque puis le masque du Grand Pope sur le sol. Exposant ainsi sa croupe à Saga qui se délecte du spectacle.
Lorsqu’il arrive à sa hauteur, elle s’avachit dans le trône en tendant ses deux poignets et prononçant plus en avant ses poings enrubannés : « Il est essentiel pour moi que mon premier instant soit le meilleur de votre vie. Je sais que vous aimez que votre emprise sur toute chose soit totale. »
La vigueur du Saint se reflète alors dans ses yeux prenant un éclat rougeoyant. Sa mâchoire se serre tandis qu’il défait sa toge qu’il abandonne à ses pieds. Exposant ainsi son corps sculpté qu’elle admire avec envie.  D’un mouvement brusque, il saisit les deux mains de Katya qu’il tire vers lui, l’obligeant à s’agenouiller sur le siège. Alors qu’il les lève à sa hauteur, Katya laisse tomber le poids de ses épaules en avant pour approcher sa tête du sexe raidi de Saga. Tandis qu’il lui lace les poignets, donnant à chaque n½ud un à-coup prononcé, Katya goutte follement l’ardeur de Saga, nourrit par l’envie profonde de saisir l’opportunité qu’il s’est toujours refusé.
Ne pouvant contenir plus longtemps la personnalité liée à ce plaisir dont il se sent coupable, sa chevelure grise prend le dessus pour accompagner sa hargne.
D’un coup, d’un seul, il redresse la tête de Katya qu’il saisit à la gorge pour la plaquer au fond du fauteuil. Le contact est si violent que le collier de la Saintia vole en éclat.
Tandis que le choc brutal l’étourdit et que le souffle lui manque, elle écarte les cuisses pour enrouler ses jambes autour de sa taille et l’attirer vers elle : « Oui… Allez-y… Soyez ce que vous aimez être, susurre-t-elle d’une voix étouffée… »
Les yeux rouges de Saga reprennent leur lueur bleue bienfaitrice, tandis qu’il conserve sa chevelure blanchissante, matérialisant ainsi cette dualité qui le caractérise, même lorsqu’il peut librement être celui qu’il souhaite…


Au Mexique, au centre du pays, sur une route déformée et faite de nids-de-poule, un pick-up truck roule péniblement au beau milieu de champs désertiques.
Tout autour, les aspects de la jungle tropicale annoncent qu’il entre dans un aspect le plus coutumier du pays.
En effet, le développement industriel des moyennes et grandes agglomérations mexicaines a entraîné un important exode rural ces dernières décennies.
Le chauffeur du véhicule s’étonne donc de s’enfoncer autant dans l’arrière-pays, comme le désirent les touristes qu’il conduit.

Dans la cabine arrière, sur deux bancs, Nicol, Mei, Yulij et Médée sont balancés au gré des ornières de la route. Les femmes cachent leurs visages de la poussière avec leurs voiles, tandis que les hommes se protègent du soleil avec leurs sombreros.
Entre les deux bancs, les urnes de leurs Cloths, dissimulées sous des draps, leur rappellent leur mission : « Je suis surprise qu’il fasse aussi chaud pour un mois de décembre, soupire Médée.
_ Au Mexique les saisons sont moins marquées que par chez nous. La saison la plus agréable et la moins chargée va de novembre à avril. Le soleil est présent et les pluies presque absentes, leur apprend Nicol. »
Sarcastique, Mei penche son visage par-dessus le véhicule et régurgite son repas : « Bordel… En plus de la chaleur et de ces carnitas trop gras, cette route de merde me fout la gerbe. Pourquoi faut-il qu’on roule encore autant ? Ça fait vingt-quatre heures qu’on traverse le pays du sud au centre. »
En essayant de retenir mieux que Médée et Yulij sa moquerie, Nicol justifie : « Tu l’as entendu comme moi. Dès notre arrivée dans ce pays, il a été question d’une étrange série de disparitions dans la région du centre, exactement là où nous nous rendons. Il est question d’animaux humanoïdes. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une nouvelle légende urbaine, cela correspond exactement à ce qu’on recherche. »
Répondant à la maturité de Nicol, l’épouse de Mû rajoute : « Et puis il faut en profiter pour admirer le paysage. Cela fait près de mille huit cent kilomètres que nous voyons de verdoyantes prairies et une architecture mélangeant l’art Toltèque, Maya et colonial. »
Pris de terrible maux de ventre, Mei conclut en recrachant sa bile d’un désespéré : « Ne te fous pas de ma gueule, qui amuse ses trois compagnons ! »


Au Japon, à Tokyo, au Coliseum, toutes les issues sont désormais condamnées. Seuls les portes des garages souterrains s’activent encore, pour laisser aller et venir les agents du quartier général de la Fondation Graad.
De l’immense stade couvert qui dominait Tokyo, il ne reste plus rien. Cette version moderne du colisée romain, construite à l’occasion de la Galaxian War n’est plus, aujourd’hui, qu’un amas de pierres, de résidus de plastiques et de bois brûlés.
Alors qu’il s’élevait sur plus de quarante-trois mètres de haut, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une dizaine encore debout.

Epargné par les flammes lorsque le Sanctuaire a voulu ravager le dôme, le sous-sol, fraction secrète et profondément enterrée, sent encore le neuf.
Désormais animé par les ordres de Sho, Ushio et Daichi, les Steel Saints, ce centre a pour but d’enquêter sur le Sanctuaire et les agissements maléfiques qui peuvent avoir lieux à travers le monde.
Le meneur des chevaliers d’acier, élancé, les cheveux d’un bleu foncé, cachant son ½il droit par une mèche rebelle, Sho, reste les yeux rivés sur l’écran géant principal : « Il nous a suffit de nous brancher aux caméras installées partout en ville. Grâce à elles nous avons pu remarquer la présence trop fréquente de ce camion de nettoyage qui rode sans cesse autour du QG. Alors que Mademoiselle Kido et nos amis se rendent à l’orphelinat, il les a pris en filature. »
A ses côtés, non moins grand, vêtu d’une combinaison marine et la joue marquée d’une cicatrice, Ushio presse une touche pour activer les micros : « Je pense que c’est le moment de cesser ce petit jeu. Daichi, tu t’en occupes ? »

Dehors, tenant l’équilibre sur le skateboard motorisé qui lui sert de Cloth, le plus petit des trois alliés des Saints de bronze reçoit le message radio.
Pistant depuis leur départ le camion, il passe à la vitesse supérieure.
Il abandonne leur trace pour emprunter une petite ruelle.
Alors que la fourgonnette suit une route éloignée du centre de Tokyo, Daichi surgit sur le flanc du véhicule. Son armure traverse la soute et renverse les agents qui s’y trouvent.
Le Japonais se réceptionne devant le véhicule retourné, d’où sortent deux hommes portant d’ordinaires vêtements d’agent d’entretien.
« Vous êtes dingue, s’exclame le premier !
_ Ce sera marqué dans le constat, prévient le second ! »
Le gamin aux cheveux bruns coiffés d’un bandeau remarque : « Vous avez un accent peu commun pour des gens d’une société de nettoyage locale. On sent le soleil méditerranéen dans vos mots. »
Démasqué, les deux individus n’insistent pas davantage. L’un ramasse dans la cabine, une épée que portent habituellement les soldats en faction dans le domaine sacré.
Il se précipite contre Daichi qui esquive la lame avec agilité.
Le deuxième espion en profite pour contourner les combattants, en espérant bloquer Daichi grâce à une attaque en traître.
C’est toutefois sans compter sur la vitesse du jeune homme à qui il suffit d’un coup de pied retourné, pour le mettre hors d’état de nuire. L’individu armé croit à ce moment pouvoir planter le fer en pleine poitrine de Daichi. Encore une fois, à vive allure, ce dernier l’évite et saisit le poignet de l’adversaire afin de le lui briser, grâce à la simple pression de sa main.
Il lui suffit ensuite d’un direct en plein estomac, pour lui faire mordre la poussière.
Avant que des yeux indiscrets ne viennent se mêler de l’affaire, Daichi ramasse ses adversaires par le col et repart aussi vite qu’il en est venu au quartier général.


Au Mexique, au centre du pays, pendant que Yulij soutient Mei à traverser son mal des transports, Nicol et Médée se laissent charmer par les niveaux élevés de la biodiversité. Ils reconnaissent au loin des espèces charismatiques telles que le jaguar, les singes d'hurleur et les macaws.

Soudain, le véhicule freine brusquement, faisant basculer Mei. Le Japonais se relève furieux, déjà prêt à incendier le chauffeur.
Seulement, celui-ci sort de sa cabine le visage angoissé : « Je n’irai pas plus loin. Il y a encore quelques villages dans les environs, mais les rumeurs disent que ces derniers temps, des groupes indigènes qui vivent dans la forêt s’en prennent aux villageois et les sacrifient au nom du dieu obscur. »
Ventru et moustachu, le conducteur tend sans la moindre élégance sa main en direction de Mei pour être payé.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice lui tourne le dos : « Tu plaisantes j’espère ? Tu n’as pas conclu ta part du marché, tu devais nous conduire au village le plus… »
Il n’achève pas sa phrase, chatouillé au pied par…
_ « Une araignée, sursaute le Saint de la Chevelure de Bérénice ! »
Immense et velue, l’arachnide passe son chemin tandis que Mei se perche sur sa Pandora Box en hurlant de terreur.
Navré, le Mexicain insiste : « C’est la première fois que je vais aussi loin. Je vous en prie. »
Lisant la peur qui pétrifie le pauvre autochtone, Nicol s’évertue à sortir de sa bourse quelques pesos, pendant que les femmes déchargent les urnes en y délogeant avec difficulté Mei : « Ça ira. Prends ces pesos comme nous l’avions convenu et rentre chez toi. Merci pour le voyage. »
Les quatre amis l’observent embrayer avec difficulté, vu l’étroitesse du chemin, un demi-tour puis repartir.
_ « Tu n’aurais jamais dû lui donner ces pesos. On a déjà eu de la chance de tomber sur des bandits de grand chemin et de les détrousser à notre arrivée pour nous affubler de leur argent, grogne Mei.
_ N’ait crainte. Il nous en reste en… »
Une inattendue explosion retentit derrière eux et empêche Nicol d’achever sa phrase.
_ « La voiture ! Le chauffeur, s’inquiète Yulij ! »
Tous les quatre se précipitent dans la direction prise par la voiture.
A leur arrivée, ils ne retrouvent plus que le véhicule retourné et calciné.
Yulij l’inspecte : « Le chauffeur n’est pas dedans.
_ Tu crois qu’il aurait été enlevé comme il le craignait, demande Mei ? »
Médée reconnaît sur la carrosserie ce qui s’apparente à des griffes : « Il semblerait. »
Derrière eux, des grognements félins les informent d’une présence ennemie. De derrière des fougères bondissent quatre grands et massifs carnassiers tachetés.
Yulij se met en garde : « Des jaguars ? »
L’un d’eux tient dans sa gueule l’automobiliste par le cou. Celui-ci, sauf, implore les quatre touristes de lui venir en aide.
Cependant, Mei remarque quelque chose : « Les jaguars ne s’attaquent que très rarement à l’homme. J’ai du mal à croire que ce sont ces quatre gros chatons qui ont mis la voiture dans un tel état. »
Une voix grave et ronronnante leur confirme : « En effet, seul un homme peut faire ça. »
Une silhouette massive sort de l’ombre et s’approche des Saints. Le sol vibre sous ses pas et d’une simple pression de la main, il couche un arbre qui se tenait sur son passage.
« Incroyable, s’étonne Mei en distinguant un grand et immense animal tenir sur ses deux pattes et leur faire la conversation ! »
« Je suis Titlacauan, se présente le meneur de la meute. »
D’un bon mètre quatre-vingt-treize, les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, l’anthropomorphe, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Qui êtes-vous ? »
Mei, toujours aussi provoquant, se gratte la joue : « Des chasseurs. Spécialisé dans le jaguar justement. »
Peu enclin à l’humour, Titlacauan retrousse nerveusement ses babines, pour montrer ses grandes et longues dents : « Habituellement nous ne dévorons pas les hommes. Ils ne nous servent que de sacrifices, mais pour toi je pourrai faire une exception. »
Titlacauan joint les actes à la parole en se jetant sur le chevalier de bronze. D’abord surpris, Mei parvient à esquiver le coup de patte, mais en sacrifiant son poncho.
Titlacauan tente de donner un bon coup de griffes, mais Mei attrape les lanières de sa Pandora Box pour la cogner, contre la poitrine de son assaillant.
Frappé en plein buste par le caisson métallique. Titlacauan recule en grimaçant.
_ « Je sens une drôle d’énergie à l’intérieur de ton corps et de cette boîte. Cette énergie est cosmique, comme celle de notre maître et la nôtre. »
Nicol s’immisce dans la conversation : « Ton maître, ce ne serait pas Tezcatlipoca par hasard ? »
De ses yeux de chasseur, Titlacauan témoigne un certain respect au Saint de l’Autel : « Quelle clairvoyance ! Quel raffinement aussi je dois dire. Rien à voir avec ton ami. »
Mei grimace pour le coup pendant que Médée et Yulij se mettent en garde derrière les hommes. L’animal poursuit : « Notre mission consiste à repousser inlassablement l’assaut du néant. Et pour se faire, il faut fournir au soleil suffisamment de sang. Le sacrifice des hommes et des femmes est nécessaire pour alimenter le soleil d’énergie. Tu me sembles parfait en tout point. T’offrir en sacrifice au Grand Tezcatlipoca ne sera que l’honorer de la plus belle des manières. »
Mei passe devant Nicol et menace le jaguar : « Minute ! Avant de te tailler la part du lion, si je puis me permette, ton adversaire ici c’est moi. »
Titlacauan grogne de plus belle en voyant Mei le provoquer à nouveau : « Hum. Tu fais de l’esprit à ce que je vois. Parfait, je vais pouvoir m’occuper de toi, tu vas subir les Crocs de Tonnerre… »

Avant même qu’il ne puisse invoquer son arcane, une voix sournoise le calme aussitôt : « Ça suffit Titlacauan. »
Le susnommé baisse la tête pour témoigner sa servitude devant un homme mince, les épaules tombantes et le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoignent d’une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
_ « Vous vous êtes déplacez en personne Necocyaotl Prêtre de Tezcatlipoca ? »
Le religieux ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Je m’inquiétais de ne pas te voir revenir Titlacauan. Le Grand Tezcatlipoca attend son sacrifice avec impatience.
_ Et eux ? Qu’en faisons-nous ?
_ Rien. Nous les gardons auprès de nous pour nous amuser quelque temps, sourit avec malice Necocyaotl. »

Yulij s’indigne d’être considérée ainsi. A la surprise de tous, elle s’élance contre le prêtre : « Pour qui nous prends-tu ? Falling Stars ! »
Malgré la vitesse du son atteinte par la Chute d’Etoiles, Necocyaotl ne s’en inquiète pas. L’écharpe rouge qui descend le long de ses épaules s’allonge indéfiniment devant lui et bientôt devant l’ensemble des siens : « Darkness Mirror. »
Le Miroir des Ténèbres quadrille la zone et laisse réfléchir les étoiles pour mieux se retourner contre Yulij.
La Saint du Sextant est repoussé jusqu’auprès de ses camarades où Mei la rattrape afin d’éviter à sa compagne une chute dangereuse.

Devant eux, le miroir se dissipe, ne laissant rien d’autre que la jungle vidée de leurs ennemis…


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido, dans une des ailes de l’immense propriété, Saori se recueille seule un instant.
Beaucoup de choses se sont passées en si peu de temps.
Après une dispute avec Seiya à propos de Shiryu, Ikki a choisi de faire cavalier seul. Il demeure introuvable.
Seiya est parti en vain à Jamir pour trouver un remède à la cécité de Shiryu.
Le masque de l’armure d’or du Sagittaire avait disparu, avant que l’armure toute entière ne réapparaisse dans sa véritable forme pour protéger Seiya d’Aiolia du Lion.

Elle s’enferme dans un de ses appartements et soupire éreintée par l’accumulation des circonstances malheureuses.
Alors qu’elle revient du Jardin d’enfants des étoiles, l’orphelinat où ont grandi Seiya et ses frères, Saori revit quelques instants ces regards échangés entre Miho et Seiya.
_ « Je savais que je n’aurai pas dû les accompagner à cet orphelinat lors de leurs adieux avec les enfants. Cette éducatrice partage tellement de choses avec Seiya, je suis certaine qu’elle n’attend que son retour pour le lui dire. Est-ce réciproque au moins, se tracasse-t-elle ? »
Elle passe devant son piano sur lequel elle s’assoit et joue l’air qu’elle a tant l’habitude d’interpréter, la sonate K. 332 de Mozart. Par automatisme, ses doigts pianotent habillement l’instrument musical et lui permettent de songer : « Dois-je lui dire ce que je ressens ? Suis-je sensée le faire ? »
Elle tourne la tête vers un guéridon où est exposée sous cadre une photo d’elle en compagnie de Ksénia : « Mon amie… Je n’ai pas eu de temps à te consacrer dernièrement. Toi tu aurais su me dire que faire vis-à-vis de Seiya… »
Brusquement, ses mains entières pressent plusieurs touches en même temps et produisent un son inaudible : « Non ! Ce que nous allons vivre demain est trop important pour que je puisse faire passer ma personne en premier. Je suis Athéna. Mes sentiments humains ne doivent pas interférer sur ma mission divine. »

Subitement, on frappe à sa porte. « Entrez, dit-elle d’une voix gracieuse ! »
Son majordome au crâne dégarni laisse la porte s’ouvrir et tend le bras à la personne qui l’accompagne : « Je vous en prie Docteur Asamori. »
Le savant à la moustache et aux cheveux grisonnants passe devant Tatsumi et salue comme il se doit la riche héritière de Mitsumasa Kido.
_ « Docteur Asamori. Asseyez-vous je vous en prie. Tatsumi va nous préparer le thé. »
Tel un soldat, Tatsumi se tient droit et s’exécute d’un ton solennel : « Bien Mademoiselle ! »
Le scientifique s’installe dans un fauteuil excessivement confortable, tandis que Saori se positionne avec élégance sur le sofa qui lui fait face.
_ « Docteur Asamori. Je vous ai fait venir pour deux choses. La première, concerne l’armure d’or du Sagittaire. J’imagine que vous voyez où je veux en venir.
_ Oui. Vous voulez parler de son changement de forme n’est-ce pas ? Lorsqu’il est revenu avec de Grèce, votre grand-père craignait que l’armure d’or puisse être retrouvée. Il était vrai que son apparence singulière n’échapperait pas à nos ennemis. C’est pourquoi je l’ai recouverte d’un alliage d’acier doré. Votre grand-père disait des armures qu’elles étaient vivantes. J’imagine que la mort de son propriétaire et l’absence même de successeur, m’ont permis de travailler l’armure d’or sans difficultés durant son sommeil. L’âme de l’armure a certainement ressenti que je n’étais pas animé de mauvais desseins. Toutefois, lorsqu’elle est revenue à elle pour habiller Seiya, l’alliage n’a pas tenu davantage. Ce maquillage d’acier a été annihilé aussitôt par l’émanation d’énergie de l’armure. »
Tatsumi revient fièrement avec un plateau sur lequel sont disposés deux tasses, une théière et quelques gâteaux secs.
Pendant qu’il sert l’invité, la réincarnation d’Athéna poursuit : « Cela m’amène à ma seconde question : cet alliage est-il de la même composition que celui des Steel Cloths ? »
En s’emparant de quelques biscuits, l’ingénieur affiche une mine plutôt fière : « Heureusement, non. L’armure d’or a été mon premier travail. Les Steel Cloths sont venues après. Cela m’a permis de travailler un alliage hyper résistant et amovible pour faciliter les mouvements de Sho, Ushio et Daichi. A proprement parler, cet acier, hyper travaillé, est le métal le plus résistant sur cette planète, après les armures des Saints, cela va de soi. »
La maîtresse de maison reste perplexe malgré tout : « C’est bien ce que je pensais. En plus de ne pas manipuler le cosmos, Sho, Ushio et Daichi sont moins bien équipés que Seiya et ses amis. Sans vouloir vous manquer de respect bien évidemment.
_ Je ne me sens absolument pas offensé Mademoiselle. Au contraire, je suis fier d’avoir pu copier des créations divines. Même si le résultat n’est pas aussi probant que vos armures, j’ai pu parvenir à en créer de très résistantes, grâce au savoir et à la technologie humaine.
_ Vous comprendrez donc que je ne pourrais pas prendre avec moi Sho et ses amis. »
L’éminent chercheur déboutonne sa blouse blanche pour libérer sa cravate, avec laquelle il nettoie les verres de ses lunettes : « Je n’ai pas besoin de vous préciser la peine que cela leur fera.
_ Je l’imagine très bien. Ils nous ont été très utiles lorsque nous avons affronté les Saints d’argent. Mais Seiya et les autres ont franchi un palier, que les Steel Saints hélas n’atteindront jamais. Je ne peux me résoudre à les envoyer à la mort.
_ Je le consens tout à fait. J’imagine que rester au centre des opérations sous le coliseum pour rendre la justice au nom de la Fondation Graad, sera déjà un grand honneur pour eux. »
Des pas pressés retentissent depuis le couloir.
Inquiet, Tatsumi abandonne les deux éminences pour accueillir l’employé impatient. Celui-ci lui tend un morceau de papier et, légèrement angoissé, lui délivre un message à l’oreille.
Navré d’interrompre la rencontre entre le responsable du centre de recherche et la dirigeante de la Fondation, Tatsumi prend une voix empruntée : « Mademoiselle. C’est un message de Sho. Les Steel Saints ont intercepté deux hommes qui vous filaient depuis ces derniers mois. Ils les ont interrogés et, comme vous le pensiez, ils sont des espions du Sanctuaire. »


Au Mexique, au centre du pays, dans un lieu totalement reculé, en plein milieux d’une végétation dense, une construction pyramidale est habitée par la présence autoritaire d’une tribu de guerriers humains et humanoïdes.
Tout autour de cette pyramide à degrés, des habitations, en briques séchées ou en roseaux avec un toit en paille, abritent une population où chacun voue sa vie à Tezcatlipoca.
Hommes, femmes et enfants, tous s’affairent dès leurs naissances à réaliser les desseins dictés par Necocyaotl pour rendre hommage à leur dieu.

Le prêtre à l’allure insidieuse expose aux yeux de tous, depuis le sommet de la pyramide, le corps du chauffeur qui a conduit les Saints d’Athéna.
Allongé sur l’autel dressé en haut du temple solaire, le malheureux implore à gorge déployée qu’on lui laisse la vie sauve.
Au-dessus de lui, couteau pointé en direction de son c½ur, Necocyaotl récite sa prière devant des fidèles absorbés : « … Entendez-vous peuple de Tezcatlipoca ? Entendez-vous Jaguars ? Ces rugissements qui proviennent des entrailles de la terre sont ceux du Grand Tezcatlipoca. Il vous bénit pour ce sang offert en sacrifice pour le soleil. Et lorsque le jour de la fin viendra, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde, sera exaucé par notre dieu de l’obscurité. Versons ce sang à sa gloire ! »
Les « non » suppliés par la victime sont inaudibles sous les acclamations des Jaguars qui se régalent de voir la dague s’enfoncer d’un coup sec et sans arrêt en plein c½ur.
L’arme découpe de façon circulaire la poitrine, sectionnant les os de la cage thoracique. Ainsi, Necocyaotl plonge sa main dans les entrailles du sacrifié qui convulse et en extirpe son c½ur, pour l’offrir à la vue de ses adeptes. Le sang qui s’échappe de la dépouille dégouline sur le plateau principal du temple et s’infiltre à l’intérieur par les brèches formées par le temps.

L’hémoglobine goutte.
Du sommet de la pyramide au plus profond du temple.
Il traverse des mètres et des mètres d’obscurité et de froid.
Il parcourt une atmosphère lugubre et éclate au contact d’une roche rougie par la chute répétée de sang depuis des années.
Le fluide vital brille au c½ur des ténèbres.
Les gouttes s’écrasent et inondent une statue immense, endormie, à l’intérieur de laquelle une lumière solaire brûle constamment, au beau milieu de la nuit éternelle.
Au pied de la statue, un homme accroupi, les mains sur les genoux, se laisse éclabousser par le fracas du sang sur la pierre.
Entièrement nu et bardé d’une musculature imposante, ses yeux sont clos.
Au contact répété du sang sur la statue, le feu solaire attire les rayons de l’astre qui brille au dehors.
Le soleil s’infiltre par une énorme trouée faite depuis le haut du temple, vestige d’un combat passé contre un Saint d’Athéna, et ne fait qu’un avec le noyau de feu qui fait vivre la statue.

De petits crissements retentissent dans ce souterrain. Les ongles des pattes sur lesquels Titlacauan se tient debout griffent les dalles posées par les civilisations précolombiennes.
Le thérianthrope s’agenouille devant l’entité comateuse : « Divin Tezcatlipoca, je crois avoir trouvé le sacrifice le plus digne qui soit pour vous. Je m’en vais le chercher de ce pas. »
Des applaudissements lui répondent. Lents et disgracieux, ces congratulations inspirent un profond cynisme. Le visage sadique du prêtre de Tezcatlipoca arbore une expression bestiale : « Quelle passion tu exerces dans ton rôle de guerrier, ricane Necocyaotl. »
Titlacauan reste courbé pour rendre hommage au second des Jaguars : « Je ne pense qu’à ce renouveau voulu par notre Grand Tezcatlipoca.
_ Oui… Comme nous tous. Cependant, tu n’iras pas retrouver ces étrangers. Pas tout de suite du moins. Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici. »
Une voix caverneuse et terrifiante demande alors : « Sais-tu qui ils sont ? »
Le timbre si puissant de l’intervenant pourrait faire croire qu’il s’agit de la statue elle-même. Cependant, il s’agit en réalité de l’homme qui demeurait accroupi. Il se redresse pour accueillir sur lui une armure sombre qui dissimule son anatomie. Tezcatlipoca, lui-même s’adresse à ses sujets.
Necocyaotl s’incline immédiatement sans perdre pour autant son attitude vicieuse : « Ils portaient des urnes. Comme celles capables de contenir une Cloth de Saint d’Athéna. »
Toujours les yeux fermés, Tezcatlipoca constate aussitôt : « Athéna… C’est par sa faute si je n’ai pu me réincarner qu’en cette époque. Elle a scellé mon âme il y a plus de deux siècles. Sans notre libérateur et la chaleur qu’il nous offre, nous ne pouvons pas préparer le monde nouveau. Athéna ne peut-être là que pour y nuire.
_ Notre libérateur, s’enthousiasme avec énigme Necocyaotl, lui qui nous a offert le soleil capable de vous rendre toutes vos forces… Il nous a confié le bien plus précieux. Tachons de savoir ce que des chevaliers d’Athéna font par ici, avant de les sacrifier pour la gloire de ce soleil qui sera le destructeur de ce monde. »


Au Japon, à Tokyo, à l’intérieur du quartier général de la Fondation Graad, dans une pièce confinée faite de panneaux métalliques, Sho, Ushio et Daichi encerclent les deux agents secrets assis dos à dos.
Appuyés contre les parois de la salle, les trois asiatiques ne cessent de regarder la pendule positionnée au-dessus de la porte.
La tension redescend lorsque cette dernière s’ouvre, pour laisser apparaître le visage angélique de la directrice de la fondation.
Toujours aussi élégante dans son ample robe blanche, Saori Kido émerveille ses trois protecteurs.
Les deux enquêteurs au service du Grand Pope refusent de la regarder dans les yeux, comme pour mieux la dénigrer.
Sho le premier, remarque : « Vous êtes enfin là ! Nous nous inquiétions de voir le temps défiler ! »
Saori pose sa main sur celle du leader de l’équipe pour le rassurer. Sa peau est douce. Elle libère une aura attentionnée : « Il m’a fallu raccompagner le concepteur de vos armures, le Docteur Asamori. Il était mon invité. »
Cette remarque interpelle les trois complices.
Saori, elle, tend simplement une enveloppe aux deux captifs : « Je vous ai préparé un jet privé. Il prendra la direction d’Athènes dès que vous serez à son bord. J’image que vous n’aurez pas de difficultés à retrouver le chemin du Sanctuaire une fois sur place. Vous délivrerez cette missive au Grand Pope. »
Les Steel Saints échangent un regard effaré. Circonspects, ils commencent tous les trois à s’avancer vers les individus mais la maîtresse des lieux complète : « La mission de surveillance de ces hommes est terminée. Ils se sont acquittés de leur mission avec brio. Nous embarquons demain matin pour le Sanctuaire avec Seiya, Hyoga et Shun. Je voulais en avertir moi-même le Grand Pope. »
Elle s’adresse aux deux soldats du Sanctuaire sur un ton particulièrement courtois : « Je suis persuadée que vous ne rechignerez pas à me rendre ce service. »
Le plus râblé des deux acolytes avoue : « En effet. Nous rentrerons sans faire d’histoire. »
Elle claque alors des doigts pour faire venir quatre agents aux costumes et lunettes noirs : « Dans ce cas, ces hommes vous raccompagneront jusqu’en Grèce. Faites bon voyage. »

Les Grecs s’exécutent et laissent Saori seule avec ses Saints. Une fois la porte refermée derrière eux, Ushio s’indigne sans ménagement : « Pourquoi prévenir le Pope ? Une attaque surprise aurait eu plus d’effet. »
La belle aristocrate sourit chaleureusement devant la crédulité de son chevalier.
Daichi, lui, relève : « Avant de libérer nos deux prisonniers, vous évoquiez votre rencontre avec le Dr Asamori. Qu’en est-il ?
_ Vous avez entendu Seiya et les autres à propos de la visite d’Aiolia du Lion n’est-ce pas ? Les Saints d’or sont des adversaires qui ne sont pas à votre portée. Je refuse de vous envoyer à la mort, annonce-t-elle sèchement. »
Ushio, le plus révolté des trois hommes espère protester mais Sho l’en empêche : « Je comprends. Une attaque surprise n’aurait de toute façon aucun effet contre de tels adversaires. Et nous ne serions qu’une gêne pour nos amis. Il nous faut nous rendre à l’évidence. Le chemin vers la maîtrise du cosmos est long. Et nos limites en tant qu’hommes ont été atteintes. Peut-être lorsque vous reviendrez de Grèce, nous aurons réussi à nous éveiller à la cosmo énergie. Et alors nous pourrons rejoindre vos rangs, ceux de la déesse Athéna. »
Sereine, Saori congratule Sho d’un mouvement de tête. Daichi, lui, propose : « Vous accepterez malgré tout que nous vous accompagnions demain jusqu’à votre jet.
_ Oui, accepte Ushio, et durant votre absence, nous continuerons de traquer le mal et à faire régner la justice, afin de faire une liaison pacifiste entre le monde antique et le monde contemporain.
_ Bien, ponctue Sho, puisque nous sommes d’accords, pourquoi ne viendriez-vous pas jusqu’à chez nous, au centre de recherche, boire un verre pour nous faire profiter de vous avant votre longue absence ?
_ Avec plaisir. Tatsumi nous attend avec la limousine dans le parking. »


Sans réellement savoir où ils vont, Nicol et ses amis s’enfoncent depuis des heures dans la forêt tropicale mexicaine.
Jouant de malchance, Mei ne cesse de se gifler le corps en espérant faire baisser la population de moustiques, ce qui a le don d’amuser ses proches.
Médée, elle, plus réfléchie, laisse graviter autour d’elle son cosmos pour repousser les insectes.
Yulij, pour sa part, garde toujours un ½il sur le sol, de peur de croiser le chemin d’un serpent.
Nicol est le seul à s’enthousiasmer du voyage. Il ramasse de la terre humide : « Le sol est très fragile. Il est mince et pauvre puisque tous les éléments nutritifs sont absorbés par la végétation. »
Mei souffle : « Formidable ! »
Nicol continue d’étaler ses connaissances en levant la tête vers quelques stratifications verticales dominées par les plantes : « À lui seul, cet écosystème contient 70% des espèces végétales connues. »
Mei cesse alors sa route et déclare : « Vite ! Au feu ! »
Nicol se retourne sévèrement vers lui : « Ça ne va pas non ?! »
Mais le Japonais tend sa main vers l’ouest : « Non, regarde là-bas, de la fumée. On dirait qu’il y a un feu tout près ! »

Le quatuor, sans se concerter, fonce en direction du nuage. A vive allure, ils débouchent au bord d’un précipice qui rejoint celui d’en face grâce à un pont suspendu.
En tête de file, Mei s’élance sur la passerelle de cordes et de bois pourri. Les femmes l’accompagnent, alors que Nicol ralentit sa course sans toutefois renoncer à les suivre : « Je le sens mal ce pont. »
Aussitôt cette phrase prononcée, les liens cèdent et les amis chutent dans le vide.

Leur descente s’achève dans un bras d’eau d’où ils extirpent difficilement les urnes de leurs armures.
Installé sur une maigre embarcation, un autochtone se moque en les voyant sortir un à un la tête de l’eau. Ce vieillard au teint halé et aux poils blancs dressés sur le menton, pointe du doigt chaque côté de la berge : « Le pont n’est plus utilisé depuis des années. Il est trop dangereux. Des pirogues sont à disposition de chaque côté de la rive. »
Grognant son amertume, Mei refuse de s’engager sur la barque du brave monsieur et nage péniblement jusqu’à l’autre côté. Il y attend ses amis bien moins caractériels en essorant ses vêtements.
Le cordial vieillard se hasarde à demander : « Quelle mouche l’a piqué ? »
Nicol rejoint les autres et ne peut s’empêcher de rire : « Ce n’est pas une mouche, ce sont des moustiques ! »
Les trois chevaliers se gaussent à l’approche de Mei.


Au Japon, à Tokyo, au centre de recherche de la Fondation Graad, le petit salon est animé par quelques éclats de rire.
A l’intérieur de l’immense complexe d’ingénierie où Sho, Ushio et Daichi se sont entraînés durant des années, une table basse, au bois parfaitement lustré, accueille quelques flûtes à champagne.

Daichi s’applique à positionner les verres en les comptant : « Donc huit coupes c’est ça ? Tatsumi va arriver avec Seiya, Hyoga et Shun ? »
La voix quelque peu embrumée, Saori rectifie : « Non, sept. Seiya ne se joindra pas à nous ce soir. »
Dr. Asamori qui ouvre en grand les portes du bar, précise : « Non, six. Il me reste un excellent scotch que votre grand-père m’avait fait garder pour les grandes occasions. »
Ushio en profite : « Dans ce cas j’en prendrai un moi aussi ! »
Son tuteur abandonne pour une fois cet air si sombre qui fait tout son charisme pour stipuler : « Désolé jeune homme. Ce douze ans d’âge est réservé aux papilles gustatives entraînées. La robustesse d’un tel nectar, va bien au-delà de toutes les épreuves que vous avez endurées ces dernières années. »
Les convives de la demoiselle s’empressent de rire aux éclats de cette boutade qui permet à tout le monde de ne pas remarquer la déception passagère de Saori, en évoquant le cas de Seiya resté auprès de Miho. Seul Sho a relevé cette pointe d’amertume.
Avant que les Saints du Cygne et d’Andromède n’arrivent, la réincarnation d’Athéna demande : « Cette soirée était destinée à reposer Hyoga et Shun. Leur vider l’esprit si vous préférez. J’aimerai qu’en leur présence, nous parlions d’autre chose que la journée de demain. Surtout, pas un mot sur le courrier que j’ai fait envoyer au Pope. Ils l’apprendront dans l’avion.
_ Bien évidemment, approuve le scientifique. Mais vous Mademoiselle Kido ? Avez-vous pris le temps de souffler quelques instants ? »
Prenant le fardeau de son rôle comme une formalité, elle sourit timidement : « Il n’y a rien de plus naturel pour Athéna, que de vivre chaque instant avec la passion d’instaurer la paix sur cette planète. »
Daichi est songeur : « A ce propos, comment ferez-vous pour entrer en jet dans le Sanctuaire demain ? Je veux dire, chaque fois que nous avons envoyés des avions survoler les environs, un étrange champ de force les empêchait d’avancer de plus près.
_ Je compte sur ma propre volonté tout simplement. Puisque je suis Athéna, il n’y a aucune raison que je sois repoussée par ma propre barrière de cosmos. »

Enfin, quelques pas résonnent depuis le couloir. Daichi fait immédiatement sauter le bouchon du champagne : « Ah ! Les voilà ! Hyoga ! Shun ! Entrez donc ! »
Bon dernier, Tatsumi grommelle : « Forcément, on n’en a rien à faire de moi ! »
Dans un mouvement de joie général, le Docteur Asamori vient le saisir par l’épaule pour le guider jusqu’au bar : « Allons, allons, j’ai un excellent scotch à vous faire déguster venez. »


En quelques heures, Hyoga échange avec ses compagnons les souvenirs d’enfance qu’il partage avec Shun et les autres.
Certaines anecdotes ne mettent pas Tatsumi à l’honneur. Puisqu’il boude le reste de l’équipe, Ushio en profite pour lui voler son verre d’alcool et pour goûter au scotch. Immédiatement, sa gorge lui pique et ses yeux pleurent. Le groupe n’avait plus besoin que de ça pour plonger dans l’hilarité totale. Shun se permet de comparer le chevalier à l’armure marine : « Lorsque tu fais tes pitreries Ushio, tu as les mêmes expressions que Seiya ! »
Daichi rajoute : « En parlant de lui, je crains qu’il nous faille le faire tomber du lit demain matin, le connaissant. »
Et Hyoga en profite pour enfoncer le clou : « Je ne prendrai pas ce risque. Nous l’avons laissé avec Miho, je préférerai ne pas me mêler de ses histoires. »
Face à la bonne humeur générale, Saori essaie de masquer son désappointement et sort sur le balcon prendre l’air frais de décembre.

Dehors, accoudée à la rambarde, elle entend la porte s’ouvrir et une présence se rapprocher.
Une voix teintée de gentillesse et d’une maturité qu’elle ne soupçonnait pas se permet de lui dire : « Je pense qu’il la partage vous savez, sous-entend Sho.
_ Sho ?! Que veux-tu dire ?
_ Pardonnez mon indiscrétion. Mais je pense que Seiya partage au fond de lui l’affection que vous lui portez. »
Comprenant par l’approche discrète du chevalier à l’élément céleste qu’il saura garder le silence, elle lui avoue : « Je crains hélas qu’il ne partage pour moi, que la passion du Saint envers Athéna. Il a su me regarder comme se doit de le faire un chevalier, quand moi je n’en suis encore réduite qu’à le voir avec mes yeux de femmes.
_ Il y a autre chose. Au fil des mois passés à vos côtés, j’ai pu constater qu’il y avait plus que cela. Aujourd’hui il protége Saori pour tout ce qu’elle est. Et non Athéna seulement.
_ C’est bien là le problème. Pour réussir à surmonter toutes les épreuves demain, je devrai être Athéna, uniquement Athéna, et renoncer à ce que Saori éprouve. »
Sho se frotte les bras pour signifier qu’il fait trop froid pour qu’ils s’éternisent davantage dehors. Il choisit de conclure : « Si la mission de la déesse de la Sagesse est de préserver la paix, l’amitié et l’amour, alors pourquoi lui serait-il interdit d’aimer en retour ? »


Au Mexique, au centre du pays, de retour sur la terre ferme, les quatre Saints achèvent leur périple en direction du la fumée qu’ils ont aperçue auparavant.
Yulij explique à Mei : « Le pêcheur nous a dis qu’il s’agissait de funérailles. Un enfant mort au combat.
_ Mort au combat ? Comment ça ?
_ Dès leurs six ans, les enfants de cette contrée sont entraînés à leurs devoirs militaires pour être placés sous la protection de Tezcatlipoca, répond Nicol.
_ Tezcatlipoca, ce n’est pas le dieu vers lequel nous souhaitons nous diriger ? Celui qui retient le Pendentif de Zeus, s’inquiète Mei ?
_ Si. D’après le pêcheur, les adeptes de Tezcatlipoca ont grossi leurs rangs, ces dernières années. Les infidèles disparaissent peu à peu, ajoute Nicol. »
Médée s’hasarde à demander : « Pourquoi seulement depuis quelques années ?
_ Nous sommes là également pour le découvrir. Il y a plus de deux siècles, un Saint d’or du Scorpion a mené le combat contre les Jaguars, ces guerriers au service de Tezcatlipoca. Cela s’est soldé par la défaite de ce dieu aztèque. Il a été scellé par Athéna et à notre époque, il n’aurait jamais dû réapparaître. »
Mei suggère : « Il pourrait donc y avoir une autre force en présence.
_ C’est fort probable, confirme l’érudit Saint de l’Autel. »

Leur conversation cesse lorsque, après avoir écarté quelques branchements qui leur barrent le chemin, les chevaliers tombent sur le bûcher de fortune dressé pour les obsèques de l’enfant. 
Nicol précise : « Les aztèques brûlent leurs morts. »
Une voix roque stipule : « C’est parce que nous ne sommes que cendres et que nous nous rendons ces cendres à la nature qui nous a donné la vie. »
L’homme, assis sur une souche d’arbre, expose son front dégarni à la lueur de la nuit tombante. Ses épais sourcils lui donnent un regard sévère. Sa barbe drue et ses quelques rides permettent d’avancer un certain âge à cet homme à la carrure large. Une cicatrice, semblable à une griffure de félin, passe par son ½il gauche. Son torse est habillé d’une peau d’animal tacheté, celle d’un jaguar.
Les quatre amis restent prudents : « Nous avons été alertés par le feu, commence Nicol. Nous cherchons un endroit où passer la nuit. »
L’homme reste les yeux rivés sur le bûcher désormais éteint : « Vous savez ce qui est le plus triste là-dedans ? C’est que les parents de cet enfant ne soient même pas venus. Ils l’ont laissé seul pour se rendre à Citlali.
_ Citlali ? »
_ Citlali est le nom de la cité où est érigé le temple de Tezcatlipoca. Derrière moi se trouve mon village, Icnoyotl. Je suis Ichtaca. Je tiens une auberge à Icnoyotl. Si vous cherchez l’hospitalité, vous y êtes les bienvenus.
_ Volontiers. Nous avons des pesos pour payer les nuitées. Voici Yulij, Médée et Mei. Moi c’est Nicol. »
Ichtaca tend son bras en direction d’Icnoyotl : « Enchanté. »

En quelques secondes, la troupe débarque dans un village tenu en plein milieu de la forêt. Une quarantaine d’habitations de briques et de pierres regroupées les unes proches des autres forme Icnoyotl.
En passant par les étroites ruelles, les visiteurs peuvent apercevoir au travers les lucarnes qui forment les fenêtres, uniquement fermées par d’épais linges, le scintillement des lampes à huile qui éclairent quelques habitants.
Leur traversée les rapproche peu à peu d’un florilège musical contemporain de plus en plus vivant. Ainsi, ils gagnent une bâtisse plus haute et plus large que la majorité des autres. Le propriétaire, Ichtaca, écarte le rideau qui ferme l’entrée : « Voici mon établissement. »
Nicol ouvre grand les yeux, surpris par la bonne vingtaine de tables arrondies autour desquelles sont attablés hommes et femmes, étrangers comme locaux : « Je suis étonné de voir autant de monde dans un village si reculé.
_ Malgré la distance, Icnoyotl a toujours accueilli de nombreux visiteurs. D’abord lors de la conquête du continent américain, puis au fil des âges par les touristes curieux de la faune et de la flore de nos forêts. Vous avez ici des gens de passage, de tous les horizons, avec des mobiles différents. »
Sous les airs joués à la guitare et à l’harmonica par des régionaux de l’étape, les clients boivent, frappent des mains et chantent. Presque tous à la tenue et au physique différents, les consommateurs s’abandonnent après de longues journées éprouvantes.
Grincheux, Mei préfère bailler en grand pendant qu’il s’assit sur un tonneau en attendant la suite des évènements. Il garde fermement contre lui sa compagne Yulij, après qu’un moustachu affublé d’un chapeau de cow-boy ait enlevé Médée pour la faire danser sur le vétuste plancher où s’adonnent d’autres hôtes.
Nicol, toujours aussi noble dans son attitude, se laisse amuser par la bonne ambiance en libérant un séduisant sourire.
Ichtaca, d’un signe autoritaire, appelle une serveuse qui officie derrière le bar. Aussitôt, une autre prend la relève, débordée à servir sans cesse l’assoiffée clientèle.
L’employée se présente sans plus tarder : « Que puis-je pour tes invités Ichtaca ? »
Instinctivement, ses yeux verts plongent dans le regard de Nicol qui se sent lui aussi absorbé par la jeune femme. Celle-ci, les cheveux longs, blonds, épais, agrémentés de plumes noirs pour les décorer, sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Sa robe rouge foncé, est dédoublée avec audace haut sur la cuisse, elle est équilibrée au buste par sa ferme poitrine. Une tresse agrémente le brassard qu’elle porte autour du bras.
_ « Iuitl, je te présente Nicol. Lui et ses amis sont en voyage dans les environs. Fais-leur préparer chacun une chambre, ordonne Ichtaca. »
Préférant rester auprès de sa bien-aimée, Mei précise : « Trois chambres ça ira. »
Ayant élevé Yulij comme sa petite s½ur, Nicol insiste : « J’ai suffisamment de pesos pour qu’on puisse s’offrir quatre… »
Yulij qui reste la principale concernée conclut : « Ça ira Nicol. Mei préfère avoir quelqu’un auprès de lui pour chasser les moustiques la nuit. »
Amusée par les chamailleries de leurs convives, Iuitl enjoint le couple à passer à l’étage : « Dans ce cas, je vais vous conduire à votre chambre. Vu que la compagne de monsieur danse, je l’invite à prendre place à cette table et à déguster notre excellente tequila. »
Comprenant qu’Iuitl fait allusion au Saint du Graveur, le Grec précise immédiatement : « Oh ! Médée n’est pas avec moi ! »
Iuitl lui renvoie alors un sourire charmant : « Raison de plus pour accepter le verre que je vous offre. »

9
Only for Love / Chapitre 63
« on: 3 August 2020 à 15h41 »
Chapitre 63

Le soleil hisse timidement ses premiers rayons dans le ciel pour inonder l’Himalaya de sa lumière bienfaitrice ce 11 décembre 1986.
A Jamir, région quittée quelques jours plus tôt par Mû, l’air est encore frais.
Les au revoirs échangés libèrent des bouches, remplies de confiance, de la fumée.
Toujours en retrait, Mei secoue, malgré tout, la tête en guise de salut pour Marin.
Celle-ci, Pandora Box sur le dos, incline son buste en avant, afin de remercier Médée pour son hospitalité, alors que son mari est parti pour le Sanctuaire après un détour par les Cinq Pics en Chine.
Un salut moins formel témoigne à Yulij un respect mutuel, tandis qu’une caresse véhémente sur la joue de Nicol, lui renvoie toute l’affection qu’il lui porte.
Le meneur de cette équipe de mutins du Sanctuaire reste droit, la mâchoire contractée afin de ne pas trahir son habituelle solennité. Toutefois, sa voix teintée d’inquiétude le trahit : « Sois prudente.
_ N’ai crainte. Je voyagerai sans utiliser ma cosmo énergie. Et une fois au Sanctuaire, je connais le lieu comme ma poche. J’arriverai sans faire de grabuge sur Star Hill.
_ Tu me diras à quoi cela ressemble, plaisante-t-il.
_ Tu le sauras le jour où tu prendras cette place qui est tienne désormais, répond Marin avec sérieux. »

Ces mots heurtent Nicol à tel point qu’il ne remarque même pas Marin s’éloigner à l’horizon.
Tandis que Médée et Yulij lui font de grands signes de bras, Mei tourne le dos en direction de la demeure.

Une fois Marin disparue de leur champ de vision, Médée grimace : « C’est dommage que tu n’ais pas pu interpréter les symboles qu’elle a vu. Nous aurions pu l’aider. »
Nicol dévoile un sourire rempli de certitude : « Mais nous allons l’aider. Je sais exactement ce qu’elle a vu. »
Yulij s’offusque : « Pourquoi ne pas le lui avoir dit ?
_ Parce qu’elle a raison. Le plus important aujourd’hui c’est d’aider Athéna à récupérer sa place. Nous ne ferions que les gêner à nous rendre au Sanctuaire. Nous aiderons donc Marin… Je veux dire Athéna, à préparer la prochaine étape : la survie de l’humanité toute entière. »
Le regard déterminé de Nicol se brise sous la réflexion sarcastique du Saint de la Chevelure de Bérénice : « Tu es sûr que ce n’est pas plutôt qu’elle t’a tourné la tête cette Marin.
_ Pas du tout, rougit Nicol !
_ Après tout ça n’aurait rien d’étonnant. Je veux dire, Marin est une Olympienne, toi tu es vachement cultivé et ton statut de Saint de l’Autel aspire à suppléer, voire remplacer, le Grand Pope. Il est normal que tu ais des goûts de luxe. »
Nicol commence à menacer son rival. Amicalement, les deux chevaliers ont besoin de Médée et Yulij pour être séparés.

Tandis que les deux hommes boudent chacun dans leurs coins, Médée déclare avec enthousiasme : « Bien, dans ce cas nous allons récupérer le Pendentif de Zeus. Destination… Le… La… Euh… Mais où allons-nous au fait ? »
Face à tant de légèreté, ses amis ne savent comment réagir. Après qu’une brise de honte caresse ses cheveux, Médée obtient la réponse de la bouche du Saint d’argent de l’équipe. Il prend la relève en pointant avec détermination l’horizon : « Préparez vos baluchons les amis. Nous partons pour le Mexique ! »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la nuit laisse place au jour dans le coliseum.
Les fidèles s’y font de plus en plus nombreux.
Ceux restés à prier chez eux ou dans les temples la veille pénètrent dans l’enceinte, curieux de ne pas voir leurs semblables en revenir.
 
Au milieu de celle-ci, Apodis distingue difficilement son reflet dans le carrelage brillant qui habille cette majestueuse arène. Ses yeux sont tellement gonflés après les coups reçus, qu’il ne peut distinguer son nouvel adversaire qu’à l’aide de ses autres sens accrus.
Fort de quatre victoires durant la nuit, le chevalier a déjà réalisé ici un exploit que chaque Olympien n’ose pas nommer « miracle ».
L’Ange qui s’amuse avec lui depuis ces dernières heures, se montre bien plus difficile à appréhender.
Ce dernier, fier dans sa Glory, affiche sans cesse une expression dédaigneuse. Il garde sous la main le diadème de son armure, afin de ne pas l’entremêler dans ses longs et lisses cheveux au bleu aussi clair que ses yeux.
A l’image d’un chat qui joue avec une souris, Cycnos tourne autour d’Apodis en s’amusant à le repousser chaque fois au sol lorsque le Grec amorce une tentative pour se mettre debout.
A genoux, sur les coudes, Apodis baisse la tête pour souffler d’exaspération.
_ « Si seulement j’étais capable de maîtriser pleinement les septième et huitième sens à ma guise. Je parviendrais à surmonter instinctivement toutes mes peines, songe-t-il. »
Un nouveau coup de pied dans le creux des reins, le ramène à la réalité.
Son visage heurte le sol pour la énième fois et lui occasionne une contusion supplémentaire au front.
Quelques quolibets pleuvent encore des tribunes et lui donnent encore la rageuse envie de repartir de plus belle au combat.
Mais comme il en a pris la fâcheuse habitude, Cycnos l’humilie une fois encore en lui remémorant son infériorité.
Refusant d’abdiquer, Apodis lève les yeux vers son adversaire qui le dévisage avec mépris.
Malgré une nette fatigue, Apodis prend par surprise son ennemi.
Il fait exploser son cosmos pour projeter son corps, tête la première, contre la poitrine de l’Ange.
Stupéfait et démuni, Cycnos en lâche son diadème. Il est projeté dans les airs et s’y maintient en créant des ailes d’énergie afin d’éviter une dangereuse chute.
Entre lui et le sol, le sang qui s’échappe de sa Glory fissurée s’égoutte jusqu’à son adversaire.
Le Saint est étendu sur le pavement, inconscient, souffrant d’une terrible lésion crânienne après le choc. Sa perte de connaissance le plonge dans de sombres souvenirs qui le rapprochent peu à peu du terme de sa vie…

Flashback
Grelottant, Apodis rentrait dans son logis avec quelques bûches dans les mains. La cape sous laquelle il s’était abrité était couverte de neige en ce mois de décembre 1983.
En balançant un morceau de bois dans la cheminée, il se précipita tout sourire au chevet de sa bien-aimée.
Autour d’elle, des prêtresses s’affairaient à faciliter l’accouchement du fruit de leurs amours.
Surexcité, Apodis leur déclara : « J’ai relancé le feu. Je ne veux pas que notre enfant ait trop froid ! »
Pour réagir à son grand sourire, une prêtresse adopta une mine empruntée.
Eprouvant un profond malaise, Apodis se précipita au chevet de Netsuai : « Que… Quoi… Que se passe-t-il ? »
Aucune prêtresse n’osait répondre au chevalier, elles poursuivaient le nécessaire à la mise au monde de l’enfant.

C’est finalement Netsuai, livide, qui attrapa avec sa main gauche munie d’une alliance, celle de son époux, ornée du même bijou : « Mon époux… Les prêtresses disent que je perds trop de sang…
_ Ne… Non… Ce n’est rien. Hein ce n’est rien ? N’est-ce pas, questionnait Apodis autour de lui l’air faussement rassuré ? »
Aucune des sages-femmes ne répondait. Apodis commença alors à moins bien gérer son angoisse : « Non, ce n’est pas possible. Ce n’est rien. Je vais te couvrir de ma cosmo énergie pour empêcher ceci. Je vais soigner cette hémorragie et…
_ J’ai déjà perdu trop de sang, apparemment je serai trop faible après la mise au monde de notre enfant pour m’en remettre et… »
Netsuai, pousse d’inaudibles cris de souffrances, alors qu’apparait peu à peu la tête de l’enfant.
Apodis serra fort sa femme et, contre son avis, l’inonda de son cosmos puissant et chaleureux.
Il était tellement concentré sur le visage de sa femme, espérant la voir se remettre, qu’il n’entendit pas une prêtresse scander : « C’est un garçon ! »
Il ne regarda même pas son fils, lorsqu’une autre le prit à bras et le débarbouilla de tout le sang dont il était couvert.
Les linges sur lesquels Netsuai était allongée, étaient si imbibés que l’hémoglobine gouttait sur le sol, incapables d’en absorber plus encore.

Soudain, un sourire apparu sur les lèvres de Netsuai, craquelées par sa mort imminente.
Ses yeux, gondolés de larmes en se faisant une raison, distinguèrent l’apparence de ce petit être qui naquit de son amour inestimable pour Apodis.
Elle accueillit le petit homme contre sa poitrine et le plaqua. Elle le maintenait fort contre elle en mélangeant soulagement et chagrin.
Elle échangeait cette fusion d’apaisement et de souffrance avec son mari impuissant qui voulait à la fois partager leur joie d’être parents et le refus d’abdiquer devant la mort.
Son corps était de plus en plus froid et elle ne ressentait plus la douleur. Pas plus que le poids du nouveau né posé dans ses bras.
Elle ne ressentait pas non plus la chaleur du cosmos de son mari, plongé de plus belle contre elle et leur fils.
Elle n’entendait plus non plus. Ni les pleurs de l’enfant. Ni Apodis étouffer ses sanglots contre l’oreiller.
Il ne lui restait que sa vue en parfait état.
La douleur partie, il ne lui restait que le bonheur de la vue de cet enfant et l’affliction qu’elle laissait à son mari.
Les prêtresses, impuissantes, avaient abandonné la pièce les unes après les autres.
Avec le peu de force qui lui restait, Netsuai saisit son époux pour le serrer encore plus fort contre eux. L’obligeant ainsi à relever la tête et à abandonner ses efforts inutiles.
D’une voix haletante et faible, elle murmura : « Sperare… signifie… espérer en italien… Notre fils… Sperarus… Il s’appellera… Sperarus… Parce qu’il est… pour moi… l’espoir… de te savoir… heureux… malgré… mon absence… »
La douleur était si grande qu’Apodis n’arriva pas à lui répondre. Il ahanait de chagrin.
L’enfant cessa ses pleurs, comme pour accompagner calmement sa mère dans ses derniers instants.
_ « Apodis… Je te laisse un petit peu de moi grâce à Sperarus… Je vous aime… Apodis Sperarus… Merci pour tout… »
Aussitôt, Apodis entendit le c½ur de son épouse battre une dernière fois. Le battement retentit dans son esprit. Mais il idéalisait tellement sa femme, il la voyait si forte, qu’il aurait pu jurer que ce dernier interlude en aurait fait craquer les murs. 
Il plongea son regard malheureux dans le sien, pour lui répondre à quel point il l’aimait lui aussi mais aucun son ne put sortir.
Seulement, alors que ses membres cessaient toute étreinte, les yeux de Netsuai pouvaient lire, comme ils l’avaient toujours fait, l’amour que lui vouait son époux.
Puis, plus rien. Il ne resta qu’un sourire sur ce visage désormais éteint.
Apodis prit son enfant et pencha son visage sur celui de sa femme qu’il embrassa sur ses lèvres une dernière fois. Puis, il ferma ses paupières en gémissant : « Moi aussi, je t’aime Netsuai. »
Il recula de trois pas et, s’effondra.
Il chuta sur son postérieur, l’enfant à bras.
Il hurla de douleur pendant que le nourrisson le regardait avec curiosité de ses petits yeux innocents…
Flashback

Le bruit de la chute incessante d’une goutte dans une flaque travaille le subconscient d’Apodis.
_ « Est-ce le bruit de mes larmes qui ne cessaient de couler ? Je ne crois pas. C’est moins limpide. Cela veut dire que je ne suis pas encore auprès de vous… Netsuai… Sperarus... Oui, ce ruissellement, c’est celui du sang de mon adversaire. Cela veut dire que le combat n’est pas terminé. Et puisque je suis voué à vous rejoindre, autant que je le fasse en Saint d’Athéna. En hommage pour mes amis défunts, pour Hébé, pour Athéna… Et pour vous ! »
Apodis revient à lui en murmurant : « Oui, pour vous et tout l’amour que les hommes peuvent partager entre eux… »
Il expose son corps recouvert d’hématomes et achève sa phrase en hurlant : « … Je mourrai en homme fier ! »

Cycnos regagne l’arène et prononce, impassible : « Je vais mettre un terme définitif à cette hérésie. »

Apodis ramasse le diadème abandonné par son opposant et lui balance à pleine vitesse.
Semblable à un objet hostile à cette allure, Cycnos l’esquive et ne peut reprendre sa garde à temps. Le Saint cogne l’Ange en pleine poitrine et enchaîne de plusieurs coups de poings sur l’ensemble de son torse. Cycnos entrevoit une ouverture, dont il profite d’un direct du droit en plein visage. Il l’attrape par le cou pour le balancer contre le mur en haut duquel sont installés les dieux. Cycnos espère le coincer contre le mur en lui éclatant la tête contre la roche.

Le carambolage est si impressionnant, que l’assistance croit entendre le fracas de la boite crânienne d’Apodis.
Seulement, rien d’autre que la roche froide n’est fracturée par Cycnos.
L’Ange regarde instinctivement dans les airs et reconnaît Apodis, bras écartés, tel un oiseau qui déploie ses ailes sous le soleil levant, comme pour en absorber la chaleur.
Les ongles du chevalier de bronze s’allongent à mesure qu’il retombe en direction de son adversaire, comme un rapace qui rase le sol pour piquer dessus au dernier moment.
De ses dix doigts brûlants il entame l’armure de l’Ange et passe au travers pour taillader sa chair et la calciner par la même occasion.
En retombant derrière lui, Apodis murmure le nom de son arcane : « Shining Apus Claw. »

Encore debout, profondément lacéré et brûlé aux nombreux points d’impacts choisis par l’être humain, l’Olympien maintient avec difficulté son imperturbabilité. Ses veines maquillent son expression d’une profonde haine.

Le Saint dresse toujours sa tête aux yeux gonflés en direction d’Hestia.
Même s’il n’arrive plus à le voir, il tient à exposer jusqu’au terme de sa vie sa volonté de venger Philémon et les Hébéïens victimes de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
En même temps, il cogite : « Les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis n’ont pas réussi à l’achever. Mes réserves s’épuisent. Il me faut achever ce combat au plus vite. »

Cycnos profite de l’immobilité de son adversaire pour l’attaquer dans le dos en balançant sa jambe en direction de sa tête.
Étalant toutes ses dispositions et son expérience, Apodis perçoit le mouvement sans avoir à l’observer. Il s’abaisse pour esquiver et riposte d’un coup de coude en plein visage en faisant volte-face.
Cette fois-ci, c’est Cycnos qui est projeté contre le mur de pierre.
En se heurtant la tête contre, l’arrière de son crâne s’ouvre et libère une importante quantité de sang qui se mêle à ses longs cheveux soyeux. Autrefois azure, sa chevelure est désormais vermillonne.
Bluffé par la résistance de l’humain et son cosmos toujours plus puissant chaque fois qu’il se relève, Cycnos refuse de s’avouer vaincu.
Il effectue un coup de pied retourné qu’Apodis évite en basculant sa tête en arrière. Il profite de l’élan pour cogner avec sa tête Cycnos en pleine tempe.
L’Ange repart s’appuyer contre le mur pour se maintenir debout. Il lève la tête en direction de la tribune d’honneur.

Là-haut, Hermès se lève pour manifester sa lassitude.
Arborant sur ses cheveux couleur or son pétase, sa longue robe bleue agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules se plie à mesure qu’il s’incline en direction de Zeus : « Ô Seigneur Zeus. Ce combat a duré de trop longs instants pour me permettre de m’y intéresser davantage. J’aimerai retourner auprès de mes fidèles afin de bénir les offrandes qui m’ont été apportées. »
Aux côtés de son père, Apollon répond pour lui avec cette flegme qui le caractérise : « Hermès. La vue de cette mise à mort t’affecte-t-elle ?
_ Aucunement. Seulement, je me languis de la fin de cet être qui ne vient pas. »
Les petits yeux sombres et inquiets d’Hestia suggèrent : « D’autres Anges pourraient intervenir pour en finir au plus vite. »
Le visage très fin, les traits très tirés, Héra fixe de ses yeux larges et plissés qui expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, sa semblable : « Et cela reviendra à avouer au peuple l’impuissance d’un seul Olympien face à un seul homme. »
La voix tonnante de Zeus clôt le débat : « Nous n’en sommes pas là. Nous resterons tous ici pour rappeler aux Olympiens qu’un homme a subi mille tourments pour avoir osé défier les dieux. »
Aussitôt, parfaite dans sa robe cristalline, Aphrodite indique d’un pressant hochement de tête à l’Ange qui est à son service d’achever au plus vite le combat.

Cycnos s’exécute alors. Ses ailes d’angelot, invoquées par son cosmos s’enroulent autour de lui pour concentrer tout ce dont il est capable.
Peu bavard, comme l’ensemble des siens, Cycnos gratifie Apodis de quelques explications : « Je vais rassembler toute ma cosmo énergie pour t’achever. Ma Douche Soufflante libère un coup qui perce toute défense et surtout toute surface qu’elle rencontre. Tu seras déchiqueté par l’impact. Blowing Shower ! »
Les ailes de Cycnos ne laissent qu’une boule d’énergie absorbée par son poing, afin de mieux la libérer sur le chevalier.
Les bras ballants, Apodis ne réagit que trop tard. Il évite au dernier moment que son c½ur soit frappé. Hélas, c’est à droite de sa poitrine que le faisceau lumineux libéré par Cycnos le transperce.
L’Oiseau de Paradis retombe sur le dos, un trou aussi large qu’une balle de tennis en plein pectoral droit duquel s’écoule avec abondance énormément de sang…


En dehors de la tour de garde où vit Mû à Jamir, urnes encapuchonnées sous des draps, Mei, Nicol et Yulij attendent que Médée daigne sortir de la tour.
_ « Un long voyage pendant lequel nous ne pourrons pas faire l’usage de nos cosmos nous attend encore, soupire Mei. »
Tous les trois armés sous le bras d’un maigre paquetage, ils feignent de tomber à la renverse quand Médée arrive déjà toute vêtue de son poncho et d’un chapeau en criant avec le soleil dans la voix : « Mexique me voilà ! »
Sous ses bras, d’énormes sacs de pagnes accompagnent le reste de sa garde-robe.
Mei se moque d’un ton méprisant : « Tu espères passer incognito dans cette tenue. Le Mexique c’est encore loin je te signale. »
Involontairement, mais toujours dans la contrariété à destination de Mei, Nicol relève : « Toutefois je note que tu as eu l’ingénieuse idée d’ôter ton masque et de voiler ton visage. Cela semblera déjà moins louche lorsque nous traverserons le monde contemporain. »
Les grands yeux mauves de Médée, seul attribut visible de son visage, scintillent de plaisir pour une fois qu’on lui évite une moquerie.

Yulij l’imite en tournant le dos aux siens.
A visage découvert, elle est soudain attirée par une distorsion sur le sol juste devant. Elle pivote légèrement en avant pour identifier cet étrange phénomène quand tout à coup deux énormes yeux globuleux apparaissent. Tout autour de ces globes, se dessine la silhouette d’un enfant aux cheveux roux et au sourire chenapan.
Déstabilisée, le Saint du Sextant tombe en arrière et ramasse aussitôt le linge qui dissimule sa Pandora Box pour se cacher derrière.
L’enfant, identifiable comme étant un Muvien grâce aux deux points qui marquent son front, adopte l’attitude d’un être ensorcelé : « Ouah ! Comme elle est belle ! »
Passablement révolté qu’on ait pu voir le visage de sa bien-aimée, Mei dresse déjà son poing en avant : « Qu’est-ce qu’il a dit ?! »
Médée s’interpose entre l’enragé et le clown qui continue de vanter la beauté de la jeune femme : « Kiki ça suffit ! »
Nicol, bras croisé, ne peut s’empêcher de trouver cela amusant.


En Olympe, le coliseum applaudit déjà la mort proche d’Apodis.
Passablement amoché, Cycnos, le cinquième Ange de suite à faire front à Apodis, reçoit les louanges qu’il a difficilement méritées. En effet, le sang qui le souille et sa Glory en piteux état, attestent la difficulté qu’il a eu à venir à bout de cet homme qui ressort chaque fois plus fort des épreuves rencontrées.

Là, étendu dans son sang, l’être conspué glapit en essayant de contenir sa douleur pour se relever.
« Ces Anges… Un jour ils viendront sur Terre détruire tout ce pourquoi je me suis battu jusqu’à présent. Tout ce qui a été construit au prix d’innombrables sacrifices. Je ne peux laisser les tombes de ma mère… De mon épouse… Et… De mon fils ! … Je ne peux pas les laisser être profanées par ces dieux qui nous rabaissent, s’encourage-t-il ! »

Les acclamations de la foule s’amoindrissent à mesure qu’Apodis reprend appui sur ses membres devant un Cycnos interdit : « P… Pourquoi insiste-t-il ? Les humains font preuve de lâcheté. Ils renoncent au moindre obstacle. Alors pourquoi lui… »
Plus mort que vif, Apodis ne laisse pas à Cycnos le temps d’achever sa réflexion.
Il balance une gauche avec désespoir. L’Ange s’en saisit sans le moindre mal : « Aussi combatif puisses-tu être, tu es limité par ton humanité. Tu as épuisé toutes tes forces. Il ne te reste rien. »
Ayant trop de mal après les heurts subits pour bouger correctement sa mâchoire, Apodis rétorque difficilement : « Si. Il me reste ma combativité. »
Il rappelle si fort et si soudainement sur son poing gauche prisonnier que Cycnos en est déstabilisé et ne parvient pas à éviter une nouvelle droite, bien plus inquiétante et dangereuse que le coup précédant. Celle-ci transperce la poitrine de Cycnos au même endroit où ce dernier a infligé son Blowing Shower à Apodis.

L’assistance est coite.
Certains fidèles se retournent de nouveau vers leurs dieux, pour les prier avec davantage d’assiduité.

Cependant, au centre de l’arène, rien ne change.
Cycnos profondément meurtri essaie de balancer une droite à laquelle Apodis riposte avec plus de vitesse d’un coup en pleine face.
Cycnos tente le tout pour le tout en vidant toute sa cosmo énergie dans la bataille : « Blowing Shower ! »
Cette fois-ci, Apodis bloque le coup dans la paume de sa main. L’onde de choc est si puissante, que l’épaule droite d’Apodis cède sous la pression exercée, dans une gigantesque éclaboussure de sang. Néanmoins, comme s’il devenait insensible à la douleur, le Saint n’abdique pas et, tout en gardant le bras de son adversaire prisonnier de sa paume, il libère avec son autre bras son arcane habituel : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Et même s’il n’a plus qu’une seule aile, le Battement d’Ailes Majestueux libère un cosmo insoupçonné qui arrache progressivement l’armure de Cycnos.
Puis son épiderme.
Jusqu’à le désintégrer totalement…

Le vent cosmique et violent libéré par Apodis souffle jusqu’aux loges divines où Héphaïstos protége les siens, loin d’être inquiets, en le contrant d’un vulgaire revers de la main.

Plus bas, les genoux tremblants, Apodis lutte pour rester debout. Il sait qu’un sixième Ange va le rejoindre.
Instantanément, la silhouette gracieuse d’une Olympienne apparaît pour lui donner raison.
Celle-ci porte une Glory adaptée à ses formes féminines. Le bustier libère sa frêle poitrine, tandis que l’armure protège ses jambes, dès le bas de ses fermes cuisses. Ses yeux gris font le tour de la surface de combat, sans jamais s’attarder sur l’être humain qu’elle dénigre lorsqu’elle parle de lui.
En s’agenouillant en direction de sa maîtresse, elle déclare : « Ô Déesse des Plaisirs et de la Beauté, je m’engage personnellement à achever ce misérable Saint d’Athéna. Moi Penthesíleia Ange de l’olympe j’en fait le serment sur ma Glory. »

Après sa révérence, toujours sans poser le moindre regard sur son adversaire, la guerrière aux longs cheveux noirs bouclés se contente de pointer le doigt dans sa direction : « Amazon Arrow Express. »
Un filet de lumière traverse Apodis en plein genou droit. Toutefois, il ne fléchit pas pour autant. Penthesíleia réitère la même technique sur le genou gauche sans pour autant qu’Apodis ne perde l’équilibre.
L’Ange s’en inquiète : « Les Flèches Expresses des Amazones sont sensées faire perdre toute vie à l’organe qu’elles touchent. Les cellules de tes genoux auraient dû se dissoudre et tes jambes lâcher dès que mes flèches t’ont transpercées. »

Tête baissée, le corps balançant au gré du vent, le chevalier ne répond rien.
Face à cette attitude, l’Ange tend ses dix doigts en direction du mort-vivant : « Dans ce cas, je vais libérer toutes mes forces : Amazon Arrow Express ! »


Au pied de l’Himalaya, mélangé à la population locale, la bande de Nicol et Mei entame son périple.
Derrière, Mei grommelle encore contre l’arrivée fortuite de Kiki.
En tête, Nicol partage les impressions de la Muvienne concernant le garnement.
_ « … Je vois, donc Mû en a fait son apprenti. Il est très doué pour la téléportation en tout cas, s’amuse Nicol. »
Cette dernière remarque ne fait guère sourire Mei.
Médée poursuit : « Durant ces derniers mois il est resté au Japon, au c½ur du conflit entre le Grand Pope et Athéna. Mû a voulu qu’il assiste à la bataille au plus près, afin de le confronter à la réalité des combats de Saints.
_ Tu ne lui as pas dis où nous allons, interroge Nicol ?
_ Non. Il a la langue bien pendue. J’aurai trop peur qu’il en parle à Mû. Je ne veux pas détourner mon mari de sa mission.
_ Tu as bien fait. Et Kiki sait au moins où est Mû ?
_ J’ai refusé de le lui dire. S’il est aussi doué que mon époux le prétend, alors il parviendra à le localiser tôt ou tard et à le rejoindre lorsqu’il arrivera au Sanctuaire s’il n’y est pas déjà parvenu aux Cinq Pics. »


Au centre de l’arène de l’Olympe, dix flèches libérées des mains de Penthesíleia viennent transpercer les principaux points vitaux d’Apodis.
Seulement, l’Olympienne aux belles anglaises n’obtient pas l’effet escompté.
Apodis erre toujours au c½ur de la surface de combat. Seuls quelques filets de sangs s’écoulent des plaies.
_ « Non. Non une seule flèche devrait avoir raison de toi. La destruction des cellules se propage dans tout ton corps. Là j’ai même percé ton c½ur et ton cerveau des Flèches Expresses des Amazones.
_ …
_ Que… Quoi ? Je n’entends pas ? »
La foule se tait pour essayer de percevoir les sons qui s’échappent de la bouche d’Apodis : « … »
Ne craignant plus rien de ce cadavre ambulant, l’Ange se rapproche et lui flanque une droite qui le fait juste reculer d’un pas.
Face à une telle insensibilité, l’Ange lève les yeux l’air penaud vers Aphrodite.
C’est à cet instant, à une vitesse que seuls les dieux peuvent percevoir, qu’Apodis accroche la gorge de Penthesíleia : « Je disais, il est normal que je ne sente pas la destruction de mes organes. Je ne ressens plus rien depuis des heures déjà. »
La voix enrouée, Penthesíleia reste médusée : « C’est impossible. »
_ « Rien n’est impossible pour l’homme. Nous vivons en harmonie avec l’univers. Et même si nos corps sont brisés, le cosmos, lui, est immortel. »

Au sommet du coliseum, Zeus surprend tout le monde : « Face à l’immortalité des dieux, il a répliqué par la fusion de son cosmos avec l’univers. Il a atteint l’éveil. »
Tous posent les yeux vers leur maître, hormis Apollon qui reste rivé sur le combat.

Sans remord, Apodis continue de serrer ses doigts sur la gorge de la guerrière céleste.
Celle-ci prononce difficilement le nom de son arcane en libérant par centaines des Flèches Expresses des Amazones sans pour autant faire flancher Apodis.
Au contraire, le cosmos doré du Saint devient blanc, immaculé. Sa voix retentit dans tout le stade : « Frantic Fury ! »
Il libère avec son autre main un oiseau de cosmos opalin qui arrache instantanément toute trace de Penthesíleia.

La Furie Frénétique d’Apodis gagne la tribune d’honneur une fois de plus.
Héphaïstos se contente du même mouvement qu’auparavant.
Malgré cela, rien n’y fait.
Il est contraint cette fois-ci, au dernier instant, d’écarter les deux bras pour mettre fin à cette vague menaçante.
Une sueur froide roule le long du dos du Dieu du Feu, des Forges et des Volcans.
Hestia, profondément marquée par la blessure provoquée par l’abnégation d’Apodis par le passé, se cachait déjà les bras face à la déferlante.
Apollon se redresse d’un mouvement lent et calculé.
Sans même craindre la colère de Zeus qui doit le leur autoriser, Apollon est debout pour mieux dominer les siens.
_ « Aphrodite. Je pense que tes Anges ont fait ici l’étalage de leur faiblesse. Je vais m’occuper de faire cesser cette offense. Helénê. »
A l’appel de son nom, l’Ange plus connue sous le nom de Ksénia apparaît derrière son maître. L’amante de Vasiliás et la prétendue amie de Saori Kido se montre dans sa Glory qui épouse à merveille ses courbes si généreuses. Le petit c½ur rosé tatoué sur sa joue et ses yeux topaze lui donnent une allure que les autres Anges n’ont pas.
Face à l’attitude autoritaire d’Apollon, tous sont pendus aux lèvres de Zeus, impatients de connaître la suite.
Celui-ci la fait connaître en exposant à son tour sa très grande taille, bien plus imposante encore que celle de son fils : « Assieds-toi, mon fils.
_ Dieu des dieux je… »
Des éclairs accompagnent la grogne du dieu des cieux : « J’ai dit… Assieds-toi ! »
La colère dans la voix provoque une onde de choc qui cloue les spectateurs à leurs sièges.
Digne, Apollon s’exécute en gardant le menton en l’air et sans baisser les yeux.
Zeus poursuit plus calmement : « Envoyer Helénê. La plus puissante de tous les Anges réunis, l’être le plus puissant au monde après les dieux, pour abattre un Saint d’Athéna. Si nous en arrivons là, c’est que cet homme à quelque chose de spécial. Les humains font d’habitude preuve de peu de persévérance. Alors que lui, regardez-le, même à l’article de la mort, il se met de nouveau sur pieds pour faire face. Je laisse une dernière chance à Aphrodite de me prouver que ses Anges sont à la hauteur.
_ Bien, dans ce cas, j’appelle Troïlos, acquiesce Aphrodite honteuse.
_ Ne devrais-tu pas plutôt appeler Hektor et Paris ? Après tout, ils sont tes plus puissants défenseurs, suggère Artémis.
_ Ils composent ma garde personnelle. Troïlos sera parfait pour clore ce combat. »

A l’appel de son nom, le nouvel Ange arrive depuis les airs.
Les cheveux mi-longs, blond pâle, le teint laiteux, ce grand et mince chevalier céleste a une allure très élancée. Ses yeux couleur or s’accordent à merveille avec les deux petits anneaux accrochés à ses oreilles.
Alors que tout porte à croire en la venue d’une entité douce et délicate, comme le son de sa voix, son sourire perfide le trahit : « Quelle horreur. Un être humain qui souille ces lieux. Et qui plus est dans cette tenue et dans cet état. N’as-tu pas honte de vivre ? Il n’y a rien de plus misérable que la condition humaine. Mais dans cette situation, commettre l’outrage de persister à arborer une telle impolitesse devant nos dieux représente le plus grand sacrilège. »
Les bras croisés, refusant de toucher terre, lévitant à merveille grâce à ses ailes d’énergie, Troïlos est surpris par la réponse narquoise du Saint.
Alors qu’il tangue en fonction de l’insistance avec laquelle sa tête lui tourne, Apodis s’amuse à faire de l’esprit en balbutiant : « Parle autant que tu veux, je n’entends plus rien de toute façon. »
Comme une personne ivre, Apodis se met à ricaner nerveusement.

Cette attitude nonchalante provoque l’indignation des tribunes.
Celles-ci implorent les dieux par d’incessantes prières de mettre un terme à tout cela.

Troïlos, croise ses jambes et se tient dans les airs comme s’il était allongé sur un divan, la tête reposant dans la paume de sa main : « Je comprends mieux maintenant pourquoi Eurypylos et les autres ont été vaincus. Tu t’es affranchi de toutes tes faiblesses pour revenir au sommet de ta force. Tu tires cette énergie de l’univers. Ce qui pourrait te rendre invincible. Seulement, pour maintenir un tel niveau, il faut avoir l’esprit sain. Garderas-tu la même détermination une fois que… »
L’Ange s’évapore dans l’atmosphère pour réapparaître dans la même pose mais juste au-dessus d’Apodis sur le crâne duquel il effectue de son index une légère pression tout en achevant sa phrase : « … la Fantasmagorie Angélique t’aura entretenu du fond de sa pensée ? Angelic Fantasia. »

Instantanément, ses sens reviennent peu à peu à Apodis…
L’Olympe disparaît, pour laisser place à une plaine fleurie à l’herbage doux où de jolis rosiers s’enroulent sur les vestiges de temples anciens…
Des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguent au gré du vent.
Le soleil radieux réchauffe le visage du Saint assis sous un arbre, sur lequel chantent des oisillons.
Il s’étonne de se voir habillé de sa tunique turquoise en parfait état.
Proche d’un lac à l’eau pure, là où il a rencontré Netsuai pour la première fois, le chevalier de bronze distingue au loin son épouse approchant avec leur fils dans les bras.
_ « Ils sont magnifiques n’est-ce pas, lui demande une voix étrangement familière ? »
Le Grec se retourne et reconnaît Mujakis, sa mère, à laquelle il ne répond que d’un regard stupéfait.
Mujakis comprend alors : « Oh, notre présence te trouble sûrement ? »
En prenant appui contre le tronc sur lequel il est adossé, Apodis tente d’approcher sa mère qui recule. Elle emprunte la direction de Netsuai et Sperarus : « Qu’attends-tu ? Viens avec nous ?
_ Je ne peux pas. Je dois me battre.
_ Te battre ? Mais pourquoi donc ? Que trouveras-tu après cette bataille ? Plus personne ne t’attend. Alors que nous nous sommes là. »
Le jeune homme grimace en baissant la tête.
Inconsciemment, il amorce un pas, puis deux, en direction de sa femme et de son fils.
L’air est si doux. Les éclats de rire de Netsuai qui n’étaient qu’un lointain souvenir, sont si réels.
Arrivé à leur hauteur, Apodis reconnaît les gazouillis de Sperarus.
Il est saisit au c½ur par un sentiment insoutenable de bien-être lorsque Netsuai lui sourit avec amour. Le soleil reflète sur ses cheveux bruns quelques mèches orangés et fait ressortir le bleu profondément amoureux de ses yeux.
Sur son épaule, Apodis sent la main chaude et pleine de compassion de sa maman : « Allons, prends-les dans tes bras. Ils n’attendent que ça.
_ Mais… Puis-je vraiment ? Pas maintenant ! Je suis en plein combat, dit-il par réflexe en faisant le tour de lui-même pour chercher son adversaire ! »
Pourtant, ni à proximité, ni à l’horizon, rien ne ressemble à ce coliseum, où depuis des heures ses pieds glissent dans son sang.
_ « Quel combat ? »
Apodis s’obstine à guetter le moindre danger. Mais ni les injures des Olympiens, ni la voix tonnante de Zeus ne lui viennent. Il n’entend que les oiseaux et sa femme rire avec leur fils.
_ « Mais… Puis-je vraiment… Ils ne font plus partis de mon monde désormais, se persuade Apodis. »
Netsuai tend leur enfant dans sa direction et s’inquiète de sa douce voix : « Comment peux-tu dire ça ? Tu es si proche de nous à présent ! »
Apodis détourne son regard vers une statuette d’Athéna couverte de verdure : « C’est que… J’ai une mission… Et Juventas… Et sa fille Agape… Elles méritent que je me batte encore. »
Netsuai reprend son enfant contre sa poitrine : « Comment ?! Tu veux dire que tu nous as remplacé ?! Que tu les aimes plus que nous ?!
_ J… Jamais de la vie… Ce n’est pas… »
Ne voulant peiner davantage celle qui lui manque tant, Apodis s’approche encore pour chercher son fils.
Le bambin tout potelé, dégage cette même odeur d’onction hydratante qu’il lui appliquait sans cesse et qu’il achetait sur le marché d’Honkios.
Il ferme les yeux pour savourer plus intensément cet instant…

Dans le coliseum, l’assistance est muette.
Sans n’avoir rien fait d’autre que de toucher le crâne de son adversaire, Troïlos réussit à faire chuter Apodis.
Réduit à l’état de chair sans âme, le Saint de l’Oiseau de Paradis retombe lourdement sur le dos.
Les battements de son c½ur ralentissent inexorablement.
Toujours confortablement installé en lévitation, Troïlos commente : « Son âme est à deux doigts d’accepter la funèbre fatalité qui a été réservée aux siens. Il va retrouver ceux qu’il aime en renonçant à sa volonté combative. »

Prisonnier de son subconscient, Apodis poursuit l’étreinte contre son petit garçon.
Peu à peu, il étouffe en sanglot : « Vous m’avez tellement manqué. Je meurs chaque jour depuis que vous m’avez quitté. »
Par compassion, Netsuai se laisse submerger par l’émotion. Elle tend Sperarus à Mujakis pour se consacrer à son époux. Elle ramasse son visage de ses soyeuses mains et essuie avec ses pouces les larmes d’Apodis : « J’imagine. Tu avais perdu le sens de ta vie. »
Elle commence à s’approcher de lui pour l’embrasser.
Instinctivement, il se laisse guider.
Son c½ur en crève d’envie, il a attendu ce moment si longtemps.
Pourtant, quelque chose le dérange.
La dernière phrase de Netsuai le contrarie. Au dernier moment, il tourne la tête et se contente de serrer contre lui sa chère et tendre. Ses yeux marquent un trouble de plus en plus profond : « Le sens de ma vie…
_ Quelque chose te dérange ?
_ Vous êtes le sens de ma vie.
_ Alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ?
_ L’amour est le sens de ma vie.
_ C’est nous que tu aimes, alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ? »
Apodis recule progressivement, refusant de regarder plus longtemps les siens : « Parce que c’est vous que j’aime justement. Parce que Juventas et Agape me l’ont rappelé. »
Le visage de Netsuai se crispe. A mesure qu’il s’éloigne elle perd patience : « Tu les aimes plus que nous !
_ Je n’aime pas plus Juventas et Agape que vous. Je vous ai dans la peau, au plus profond de moi. Et elles je les aime, parce qu’elles me rappellent chaque jour que j’ai pu avoir une famille, auprès de laquelle j’ai fais le serment de me battre pour l’amour et la justice sur Terre. Le sens de ma vie ! Ce sont elles qui m’ont convaincu de poursuivre la lutte pour honorer votre mémoire ! Afin de tenir la promesse que je t’ai faite, d’être le chevalier que tu as toujours voulu que je sois ! »
Apodis revient à l’arbre contre lequel il se reposait et arrache sa tunique pour exposer son torse criblé des empreintes de ses récents combats.
Déguisé de la robe rose qui sert de la poitrine à la taille Netsuai, Troïlos laisse apparaître totalement son visage : « Tu ne peux refuser l’amour des tiens ! »
Totalement apathique, comme il l’est en dehors de son subconscient, Apodis réalise un effort pour prononcer : « En effet. Je ne peux y renoncer. C’est pour ça que je me bats : Shining Apus Claw ! »
D’un lourd mouvement de bras, il projette les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis qui viennent entailler et incendier le visage de Troïlos.
Le hurlement de douleur de Troïlos brise le charme.

Sur l’air de combat, Apodis se relève inexorablement.
Troïlos, lui, perd son équilibre et s’effondre au sol, le diadème brisé, le visage entre les mains sous le regard médusé de l’assistance.

En tribune, tous se regardent.
Au sommet, Aphrodite tourne très lentement la tête vers Zeus de crainte de recevoir son courroux.
A la place de celui du dieu des dieux, concentré sur le centre du coliseum, elle encaisse celui d’Apollon, toujours immobile dans son siège.

Le cadavre ambulant qu’est le chevalier de bronze entame sa pénible approche en direction de l’Ange.
Ce dernier, rampe désespérément en voulant cacher son faciès lacéré. Lui, si fier de son apparence androgyne, ressent au plus profond de ses entrailles la chaleur des Serres Brûlants.
Bavant, ne contrôlant plus son martyre, Apodis bredouille : « C’est fini… J’ai gagné… »
Désemparé, Troïlos abandonne sa fuite et reprend le combat. Il affiche son faciès épouvantablement distordu par l’arcane essuyé.
_ « Bien. Si la douceur de la mort que je t’offrais ne te convient pas. Je torturerai ton esprit. Angelic Fantasia ! »
Il cogne en plein tempe Apodis qui laisse le coup envahir son esprit…

Le coliseum laisse place à la maison d’Apodis dans le village de Paesco.
Le Saint de bronze porte son armure, abîmée après la bataille menée contre Hébé, lors de la Journée Sainte de 1985.
Bien que blessé, son corps ne porte pas les mêmes plaies que celles laissées par les Anges, loin de là.
La demeure est ravagée après le passage du Caraib Ghost Saint de la Méduse et du combat mené contre Mensa de la Table.
Ses pieds trempent dans le sang des siens et son regard est figé sur le petit corps sans vie de Sperarus.
Le nourrisson baigne dans une marre d’hémoglobine. Il crie de toutes ses forces en demandant au ciel une explication.
Apodis se retrouve exactement dans la peau de celui qu’il était le 4 mars 1985, alors qu’il découvrait le soir de la Journée Sainte la mort des siens.
Même homme. Mêmes circonstances. Mêmes questions.
Néanmoins, une voix venue d’outre-tombe lui donne les réponses qu’il n’a pas eu à l’époque.
Rocailleuse et méprisante, il reconnaît le timbre insultant de son père Frontinus Caraib Ghost Saint de la Méduse : « C’était inévitable. Tu n’es qu’un faible et c’est ce qui arrive aux faibles. Ils ne peuvent protéger leur famille. »
Aussitôt, il dévisage cet homme au menton carré et aux petits yeux noirs remplis de haine. Ses cheveux blancs poisseux sont couverts d’un heaume arrondi qui représente l’animal symbole de son armure de mercenaire, la Méduse.
Le Caraib Ghost Saint tient encore dans sa main sa femme qu’il a assassiné : « Tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ta mère. Ah… Mujakis ! Elle gémissait comme une catin pendant que je la violais sous les yeux innocents de ton fils. »
Apodis, impuissant, médusé, fait un signe négatif de la tête comme pour refuser ces allégations.
_ « Et ton petit garçon braillait aussi fort que toi lorsque je te battais pendant que je l’étranglais avec mes tentacules…
 _ Non, geint Apodis en passant sa main devant sa bouche…
_ Je regrette que tu n’ais pas pu assister à tout ceci. J’aurai voulu lire le désespoir dans tes yeux, comme je le lis en cet instant.
 _ Arrête, implore Apodis en retenant ses sanglots ! »
Le mercenaire arrache les vêtements de Mujakis et s’amuse à la traîner dans le sang qui s’écoule de son corps : « Regarde comme je la rabaisse à ton rang. Un insecte. Une larve. »
Apodis tape des poings sur le sol, pendant que Frontinus part dans un fou rire machiavélique : « Arrête ! »
Le père indigne, reprenant peu à peu les traits de Troïlos, poursuit ses sarcasmes.
L’Ange s’étonne de devoir forcer davantage sur la voix de Frontinus pour se faire entendre.
En effet, la névrose d’Apodis prend le dessus.
Le visage dans les mains, le Saint de bronze se gausse.
Nerveusement, la folie prend le dessus.
Troïlos n’arrive plus à s’entendre.
Il est étonné d’être dérangé par un autre éclat de folie que celui qu’il joue.
Apodis relève les yeux, hilare, devant un Troïlos médusé.
Gardant la voix du monstrueux paternel du Saint de bronze, l’Ange s’indigne : « Qu’est-ce qui t’amuse ? Tu ne mérites pas ton rang de Saint ! Si tu avais un tant soit peu de fierté tu te donnerais la mort ! »
Comme lors de l’échec précédent de Troïlos, l’apparence illusoire d’Apodis disparaît pour laisser dans ce décors trompeur son corps meurtri.
_ « Misérable Troïlos ! Tu ne vaux pas mieux que mon père de croire pouvoir me pousser au suicide en jouant sur mes culpabilités ! Il y a bien longtemps que j’ai su les surmonter ! Et là où tu as commis une erreur, c’est de penser que j’étais encore sous l’influence malsaine de mon père ! Mais sache que c’est que c’est avec plaisir que je vais mettre fin à ta vie en te frappant sous son apparence. »
Sans même invoquer de technique, Apodis loge son poing en plein flanc, sous le c½ur de Troïlos.
 
Autour des deux combattants, le coliseum reprend forme et expose des Olympiens médusés.
Dans les loges d’honneur, Aphrodite est atterrée. Elle tremble à l’idée de se retourner à nouveau en direction d’Apollon.
Zeus, lui, grimace de colère. D’abord fasciné par ce combat, l’issu l’oblige à un constat : « Félicitations. Après qu’il ait atteint l’éveil en poussant son cosmos à l’infini, ton Ange lui a permis d’atteindre l’illumination, en faisant de son âme un esprit combatif indéfectible. »
D’un violent coup de poing qui fracasse son accoudoir, Héphaïstos propose : « Ô Seigneur Zeus, laissez-moi mettre fin à cette mascarade.
_ Qu’ai-je fais par le passé, demande alors Zeus ? Pour m’élever à mon rang, je me suis éveillé et mon esprit s’est illuminé. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune frontière infranchissable entre cet homme et nous. L’éliminer reviendrait à nier ma propre histoire ! »
Absolument hystérique, perdant son calme Olympien, Hestia se lève : « Mais enfin… »
Un gigantesque éclair s’abat en plein milieu de l’arène et enlève Apodis.
Ce geste de colère de Zeus interrompt la déesse : « Le nies-tu ?! »
Hestia baisse la tête. Tous les autres dieux, excepté Apollon, l’imitent.

Face à la colère impériale, les spectateurs abandonnent l’arène traversée par d’innombrables éclairs laissant croire que le dieu des dieux a anéanti d’un coup Apodis et ainsi exaucé leurs prières.

De longues minutes de silences suivent.
Seuls les puissantes entités attendent les explications de Zeus.
Celles-ci viennent alors qu’il tourne le dos aux siens, après que le tonnerre laisse place à la pluie.
Resté seul à agoniser de ses blessures, Troïlos implose.
Un déluge suit les premières gouttes. Il lave l’arène de tout le sang perdu par le Grec, inonde les travées désertées, se regroupe en flaques, puis mares. Elles se déversent dans le vide au-dessus duquel est suspendue l’arène. Vide sans fin, sauf conduit vers l’Hyperdimension.

A l’abri dans les loges d’honneur, Apollon, fièrement installé dans son trône ne bouge pas.
Il écoute son père sans esquisser la moindre réaction.
_ « La prison de l’Olympe est le seul refuge pour ces êtres qui s’opposent à nous et que nous refusons de reconnaître. Je l’y ai renvoyé, emprisonné de mon sceau. J’ai créé les hommes et ils récompensent mon amour en me défiant. Je ne permettrai jamais que cela se propage. Cependant, le garder en vie est le meilleur moyen de nous rappeler que les sous-estimer peut s’avérer dangereux. »
Pour conclure, la prunelle de ses yeux laisse place à la foudre qui change son corps en éclairs. Ceux-ci prennent la forme d’un aigle qui repart en direction du Mont Olympe.

Tour à tour, Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès imitent Zeus et regagnent leurs temples.

Dans le coliseum, seuls les conspirateurs sont restés dans la tribune d’honneur à observer les dernières gouttent tomber du ciel pour se perdre plus bas.
Tapis dans l’ombre en attendant leur dieu, Helénê et Roloi patientent calmement, refroidis par les déclarations de Zeus.
Héphaïstos, lui, s’inquiète de la décision de Zeus : « Étrange qu’il veuille garder cet humain en vie. »
Les phrases courtes du meneur des conjurés ponctue son calme impérial : « C’est fâcheux en effet. Cela prouve qu’il tient encore les humains en estime. »
Hestia s’en indigne : « Si ce que tu dis est vrai, Apollon, ce serait une insulte de Zeus vis-à-vis de nous !
_ Je dirai plutôt qu’il s’agit d’une punition. Si les Anges d’Aphrodite avaient correctement fait leur travail tout aurait été différent. Zeus aurait compris que les hommes sont insultants et n’inspirent aucun respect.
_ Certes mais Helénê aurait pu le tuer. Il n’avait pas à le protéger. »
La ténébreuse Héra corrige : « Au contraire. Cela a permis à Zeus de mettre en défaut les dieux qui veulent à tout prix reprendre la Terre à Athéna. En valorisant les actes de cet homme, il espère prouver que ceux-ci peuvent être dignes d’intérêt, comme veut le faire croire Athéna.
_ Exactement, ponctue Apollon. Lorsque Athéna provoquera sa colère, cet homme sera ici la représentation de ma chère s½ur. Il en paiera les conséquences.
_ Athéna parviendra-t-elle au moins à perdre la confiance de Zeus, s’inquiète Hestia ?
_ Elle y parviendra. N’ait crainte. Nous avons encore beaucoup de cartes à jouer. Et notre plus beau jeu est sur Terre, assure Apollon. »
En disant cela, il regarde avec détermination Helénê, responsable en tant que Ksénia de toute sa machination auprès des dieux sur Terre.

A plusieurs kilomètres de là, étendu sur le dos, respirant difficilement en raison de la douleur et de l’effort que cela nécessite pour lui, Apodis marmonne : « Et maintenant, que vont-ils faire de moi ? »
En dehors de la tour où il est retenu prisonnier, Déméter se maintient debout au-dessus du vide. Toujours aussi peu vêtue, ses formes envieuses fort exposées, la déesse aux cheveux noirs de jais, approche sa main en direction du rideau de lumière qui entoure désormais la prison. Aussitôt, quelques grésillements hostiles annoncent une probable décharge du cosmos de Zeus : « L’amour de Zeus pour les hommes émousse sa colère. C’est son amour sans limite qui a rendu les hommes forts. Et aujourd’hui, manipulé par les discours des siens, il veut leur faire payer leur insolence. Tu n’es qu’un exemple.
_ Je vois. Quoi qu’il arrive, même si je parviens à me rétablir, je suis voué à finir mes jours ici.
_ De plus, le cosmos de Zeus m’empêche de te maintenir en vie comme je le faisais jusqu’ici. Je crois en l’homme. Mais je ne peux agir pour lui. Quand le moment sera venu, d’autres hommes seront là pour t’aider. En attendant, persévère, poursuit ton entraînement. Car les Anges d’Aphrodite ne sont rien face à ceux d’autres dieux. »
La silhouette de la divinité s’évapore dans l’atmosphère, tandis qu’Apodis bombe son torse en prenant une profonde aspiration : « J’espère qu’à ce moment là, Athéna sera auprès de moi. Car aujourd’hui, c’est en son nom que j’ai surmonté tous les obstacles. »


Sur Terre, vers laquelle Apodis envoie ses prières, les événements s’accélèrent.
Le Grand Pope reçoit tour à tour, les nouvelles des défaites des Saints envoyés punir les différents rebelles.
L’idée de faire appel aux Saints d’or pour clore la menace japonaise, trotte de plus en plus dans sa tête…

10
Only for Love / Chapitre 62
« on: 5 July 2020 à 16h27 »
Chapitre 62

A la frontière de la Chine et de l’Inde, là où l’atmosphère se raréfie et où les tibétains eux-mêmes ne s’aventurent jamais, une jeune femme aux cheveux orangés et le visage masqué achève de traverser un pont.

Ce 10 décembre 1986, derrière elle, retombent en morceaux plusieurs squelettes qui s’étaient dressés pour lui barrer la route de Jamir.
Son corps porte quelques égratignures dues aux épreuves endurées pour parvenir jusqu’ici.
En brassant de l’air avec ses mains, elle parvient à dissiper le brouillard himalayen et à apercevoir au loin l’immense tour qu’elle est venue visiter.
Elle rehausse les lanières de sa Pandora Box d’argent et puise en elle la force d’achever son périple.
« Traverser la planète à pieds sans user de ma cosmo énergie pour ne pas me faire repérer ni du Sanctuaire ni de l’Olympe n’aura pas été de tout repos. J’espère que Mû saura m’accueillir comme il se doit, pense-t-elle. »

Tout à coup, si proche de son but, l’intruse est étrangement immobilisée, sans remarquer la présence de qui que ce soit.
Une voix féminine accompagne une gracieuse silhouette qui apparaît au détour d’une roche : « Le périple pour venir jusqu’ici est long et douloureux. Je pense que ton épuisement t’a empêché de remarquer les cheveux de Bérénice. »
La voyageuse s’attarde sur ses membres paralysés, pour cette fois-ci distinguer une sorte de filaments qui l’enserrent et qui rejoignent la main d’un inconnu derrière elle.
La complice de son bourreau, cheveux longs, fins et argentés, elle aussi le visage dissimulé sous un masque, la questionne : « C’est étrange que le Sanctuaire n’envoie qu’un seul assassin. Tes amis sont-ils morts devant le cimetière des armures ? »
La prisonnière confesse : « Je suis Marin Saint d’argent de l’Aigle. Si tu es toi aussi poursuivie par le Sanctuaire, tu dois savoir que j’ai été, au même titre que toi, cataloguée comme renégate. »
Un troisième allié se montre à son tour. Il expose sans gêne un visage aussi mature que celui de certains Saints d’or. Ses cheveux châtain clair ébouriffés et sa carrure digne d’une statue grecque lui donnent un certain charme, que Marin lui reconnaîtrait volontiers dans d’autres circonstances.
D’un geste raffiné et d’une voix imposant un certain charisme, il se présente : « Je suis Nicol Saint d’argent de l’Autel. Cette jeune femme à qui tu fais face est Yulij Saint de bronze du Sextant. Et l’homme qui te tient en joug est Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. Nous aussi nous sommes venus chercher asile à Jamir. »
Marin gesticule pour montrer que la façon dont on la traite est inappropriée : « Je ne suis pas vraiment venue chercher asile. Et si tel avait été le cas, j’aurai tout de même espéré un autre accueil. »
En fermant les yeux, d’un hochement de tête, Nicol demande au moins docile de ses complices : « Ça ira Mei, tu peux la relâcher. »
Le Japonais s’exécute en marmonnant : « Agis comme ci ! Pas comme ça ! Non mais, pour qui il se prend celui là ?! »

Enfin, une quatrième personne vient accueillir le Saint de l’Aigle.
Également masquée, deux longues nattes de ses cheveux pommes tombent par-devant ses épaules. Habillée de sa Cloth de bronze faite d’épaulettes ovales et d’un plastron qui met sa poitrine en valeur, Médée berce Marin de sa voix douce et mélancolique : « Bienvenue sur la terre de mes ancêtres. Entre donc te reposer. »


A l’est de l’Olympe, dans les terres habitées par les fidèles qui ont été élus par les dieux, un brouhaha résonne dans le Coliseum.
Inoccupé depuis des décennies, ce stade qui a vu par le passé de grands combats rassasier le plaisir des dieux commence à se remplir de spectateurs.
Hormis les prêtres et les servants des temples des dieux de l’Olympe, tout le peuple se déplace dans la discipline la plus totale à l’intérieur du stade.

Les tribunes sont ouvertes en arc de cercle. Elles dominent l’arène et sa plateforme rectangulaire. Celle-ci, suspendue par d’énormes chaînes par-dessus le vide, surplombe ainsi le grand lac de l’Olympe. Cette mer s’étend à perte de vue et meurt au pied de l’arène dans l’Hyperdimension.
Les gigantesques chaînes s’élèvent vers la pointe montagneuse qui abrite l’arène. Elles sont reliées dans la main d’une statue de Zeus taillée dans la roche.
Au centre des gradins, surélevées par des colonnes de marbres, les loges des dieux représentent, sous la statue de Zeus, le point culminant du Coliseum.

Dispatchés sous leurs bienfaiteurs, les Olympiens ne cessent d’applaudir chaque divinité qui elles ne daignent même pas les regarder en se positionnant dans leurs fauteuils.
Arrivées chacune sur litière, les déesses s’installent en premières.
Hestia, accompagnée d’Héra, prend plaisir à observer la surface carrelée et brillante qui accueillera sous peu Apodis.
Les deux manipulatrices sont suivies d’Aphrodite et Artémis toutes deux aveuglément tombées dans le piège ourdi.
Déméter, aux traits aussi tirés et à la démarche aussi fière que les siens, n’affiche cependant pas le même plaisir que les autres.
Hermès et Héphaïstos ferment la marche.
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans glisse un regard complice à Héra et Hestia, en prenant place à côté d’un Hermès crédule.

Les invocations envers les dieux s’atténuent peu à peu. C’est seulement lorsque le silence le plus complet revient que se montre enfin l’empereur des cieux.
Dans l’assistance, tous s’inclinent, tête baissée. Certains pleurent même face au bonheur de voir enfin leur seigneur.
Lui qui se montre peu, se racle la gorge avant de prendre la parole.
A cet instant, l’impact de son imposante voix fait résonner le tonnerre.
Un éclair illumine davantage l’espace d’un instant le Coliseum.
Les épais sourcils de ses yeux larges et plissés se froncent à mesure que s’ouvre la bouche de Zeus : « Peuple de l’Olympe… »
Ces deux mots seuls suffisent à faire trembler les tribunes. Si le temps se suspend lorsqu’il ouvre la bouche, le monde autour de lui tremble : « … vos dieux bienfaiteurs vous ont réunis en ce jour pour condamner l’hybris d’un homme. Il a commis la faute fondamentale. Défier les dieux. Son châtiment est la destruction. »
Aussitôt, le souverain prend position dans son trône et laisse ses épaisses mains tomber sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche.

A ses côtés, son fils se positionne dans l'ombre de la musculature inouïe du dieu des dieux, en tapant dans ses mains. Son geste est si noble, si discret et délicat qu’il émet à peine le son dû à l’éloge de son père.
Apollon entame ainsi les applaudissements que suivent durant de longues minutes le reste de l’assemblée en hommage à Zeus qui reste impassible.
Le dieu du Soleil, lui, dissimule du mieux qu’il peut son regard sadique destiné au c½ur de l’arène où apparaît malgré lui Apodis.

Agenouillé, habillé de son pantalon bleu, encore recouvert sur les jambes et les poignets de quelques morceaux de sa Cloth de bronze, le Saint de l’Oiseau de Paradis expose son torse nu et son regard fier à l’entité qui lui fait face.

Debout, bras tendu vers lui, responsable de son arrivée dans l’arène, un ange arbore sa Glory et dévisage Apodis avec dédain. Son armure, semblable à celle de Peleus et des autres Anges, laisse passer par sa clavicule un linge blanc qui couvre la moitié de son torse. Ses cheveux opulents, oscillant entre l’azur et le vert bleuté sont coiffés par le diadème de sa Glory. Cela permet de dévoiler ses yeux jaunes et son sourire fier qui défient le chevalier.

Seul contre tous, Apodis tourne sur lui-même et ne reçoit du public qu’insultes et moqueries. Il remarque, plus haut, les dieux aisément installés qui se délectent de nectar et d’ambroisie que des échansons leurs servent déjà à foison.
D’abord circonspect en apercevant parmi eux Déméter, si bienveillante à son encontre, son expression change radicalement lorsqu’il reconnaît Hestia.
Alors qu’aucun Olympien n’a osé dévisager les dieux, Apodis fixe avec audace la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
Des premiers mots descendent des travées pour l’invectiver suite à son comportement.
Hermétique, Apodis a le regard de plus en plus noir. Le reflet rouge de ses yeux scintille de plus en plus.

En haut, d’abord outrée, Hestia a du mal à se sentir rassurée. Elle, la seule déesse ici présente qui connaît désormais la peur depuis qu’Apodis l’a atteinte sur Terre. Elle souhaite fuir son regard assassin, mais son rang l’en empêche.
Refusant voir cette mascarade continuer plus longtemps, Apollon, de sa voix lente et malsaine, suggère à Aphrodite : « Aphrodite. Toi qui tenais tant à ce que ce soit tes anges qui punissent cet homme. Faut-il encore attendre qu’il nous souille davantage ? »
Apeurée par le seul d’entre eux qui ne craint pas de se positionner à côté de leur souverain, Aphrodite effectue immédiatement un geste de la main à son fidèle sujet qui n’attend que ça.

L’ange se courbe pour accuser réception de l’approbation d’Aphrodite, puis se dresse en direction d’Apodis.
Alors qu’il n’a pas quitté Hestia des yeux, Apodis sent une soudaine douleur lui heurter la poitrine.
Il s’effondre au sol sans même comprendre ce qui lui est arrivé.
Ses yeux se ferment aussi forts que ses poings sont serrés afin de retenir la douleur et de ne pas pâlir sous les huées du stade.
A côtés de lui, il peut entendre les cliquetis métalliques de la rencontre entre les pieds de son ennemi couvert de sa Glory et le carrelage brillant de l’air de combat.

Enfoncé avec élégance dans le fond de son siège, Apollon remue une coupe de nectar dont il se délecte en esquissant un très léger rictus sadique.
Devant lui, les mains enroulées de crispation dans sa toge, Hestia remue nerveusement sa jambe. Son esprit est ailleurs, son comportement, limite profane, inspire chez Héra, sa voisine, un profond agacement. Elle le manifeste en tapotant légèrement et discrètement la cuisse de l’anxieuse déité.

Plus bas, l’ange ramasse Apodis par les cheveux. Il l’élève avec froideur à direction des spectateurs.
Apodis reste fixé sur ses pensées : « Toutes ces semaines d’entraînement… Trop lent, trop faible… Trop loin de Peleus, cet Ange que j’ai combattu sur Terre. Pas étonnant que je n’ai pas le niveau contre celui-là. Les instants de répit offerts par les Olympiens ne m’ont pas permis pas de surpasser ce cap nécessaire, pour aller au-delà du niveau du simple humain.
Les jours ont passé et chaque fois je sentais venir ma limite. Il me manquait le déclic, l’éveil… »
Insensible, le chevalier céleste garde son visage strictement fermé lorsqu’il déclare à Apodis : « Je suis surpris de voir que tu es en vie. Tu as encaissé de plein fouet la Grande Croix. Aucun homme ne peut survivre à l’attaque d’Eurypylos Ange de l’Olympe. »
Maintenu par la tête, la douleur dissipée, Apodis défie Eurypylos du regard : « Désolé. Je suis un homme fait de contrariété. »
D’un calme propre aux Olympiens, Eurypylos réagit à la provocation en balançant Apodis dans les airs afin de lui faire perdre tout appui : « Tu as eu tort de me provoquer. Tu vas recevoir cette technique à pleine puissance. Big Cross. »
Il remonte ses bras qu’il croise en direction d’Apodis. La rencontre de ses deux membres libère un X lumineux que seuls des yeux avertis peuvent distinguer.
Celui-ci frappe Apodis en plein torse et lacère profondément sa chair, sans qu’il puisse faire quoique ce soit. Il retombe à plat sur le carrelage où se déverse son sang.
Avec dédain, Eurypylos s’assure de son immobilité avant de s’agenouiller en direction de la Déesse des Plaisirs et de la Beauté.
Néanmoins, l’assistance retient son souffle. Dans le dos du guerrier, Apodis prend appui sur ses bras pour reprendre le combat.
_ « Je ne peux le croire. Tu es plus mort que vif après ces deux échanges. Comment fais-tu pour ne pas succomber ? L’homme est semblable à un insecte. Il doit mourir quand on l’écrase. »
D’un revers de la main, l’Oiseau de Paradis essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche et remarque la sensibilité de ses plaies après que la Grande Croix lui ait entaillé profondément la poitrine. « Si je ressens encore la douleur, c’est que je ne suis pas encore totalement arrivé à surmonter mes cinq sens, réfléchit-il. »
Entêté, il entame un pas en avant, puis un second. Après s’être assuré qu’il tient parfaitement sur ses jambes. Il tente une approche jusqu’à Eurypylos, sous les sarcasmes des spectateurs.
Arrivé devant lui, sans même tenir sa garde, Apodis le regarde droit dans les yeux avec un sourire idiot.
Eurypylos cligne des yeux pour témoigner son incompréhension. Aventureux, il s’empresse de lui asséner un direct du gauche dans l’estomac, suivi d’un coup de pied retourné dans la tempe, qu’il ponctue d’un direct du gauche dans l’arrête nasale.
A peine déstabilisé, Apodis ne perd pas des yeux son adversaire tout en riant encore.
Eurypylos fronce légèrement ses sourcils, abandonnant son visage serein. Il repart lui heurter la poitrine coude gauche en avant, puis frappe son c½ur du plat du pied. Il saute devant lui pour mettre tout son poids dans son coude droit, qu’il laisse retomber sur le sommet de son crâne. En reculant, Apodis manque de chuter mais tient bon.
Eurypylos s’en mord l’intérieur de la joue. Il s’élance à une vitesse dépassant l’entendement,  jambe gauche en pleine gorge, poursuivi d’un uppercut gauche, il passe derrière lui pour cogner son genou contre sa nuque.
Emporté par l’élan, Apodis se laisse tomber en glissant sur le parterre brillant.
La foule se lève alors et scande le nom d’Eurypylos.

Au sommet des loges, le dieu des dieux réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Il prononce dans sa barbe dense qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre : « Voilà. Était-ce la peine de réunir notre peuple pour un seul homme ? »
Parmi les siens, aucun n’a l’arrogance de répondre à cette voix qui fait trembler les murs hormis le Dieu du Soleil : « C’était nécessaire. Notre suprématie doit être justifiée à ceux qui nous vénèrent. Il est indispensable que les infidèles soient punis. Il n’y a qu’à voir le plaisir procuré à nos ouailles.
_ Dans ce cas… »

Brusquement, l’attention sévère de Zeus est rappelée au centre de l’arène.
Les cris de joie se changent en sifflets.
Sous les injures des partisans de l’Olympe, Apodis est de nouveau sur pieds.
Devant le Saint de bronze, Eurypylos est perplexe : « Co....Comment ? Comment peux-tu encore tenir debout ? »
Le corps balançant, Apodis n’affiche rien d’autre que sa mine provocante.
Eurypylos perd les nerfs. Il hausse le ton puis s’élance bras tendu.
_ « Tu devrais déjà être mort depuis longtemps ! »
Avec une agilité déconcertante et une vitesse inattendue, Apodis esquive et riposte d’une reprise de volée acrobatique. Il se réceptionne et poursuit de trois directs en pleine poitrine.
L’Ange réagit d’un crochet du droit mais, à peine celui-ci encaissé en plein visage, le Saint déclenche un coup de pied dans le flanc gauche de son adversaire.
Le choc est si violent, que dans les travées, tous entendent la Glory se fissurer sur le coup.
Eurypylos recule en se tenant ses côtes brisées : « Impo… »
Il n'a pas fini sa phrase qu’Apodis arrive par les airs pour balancer toute sa puissance dans son poing droit. Autour de lui, son aura devenue dorée dessine un oiseau majestueux qui déploie ses ailes avant de foncer sur son adversaire : « Frantic Fury ! »
L’impact contre le sommet du crâne d’Eurypylos est si puissant que les yeux de l’ange sortent de leurs orbites et que du sang coagulé, certainement mêlé à des morceaux d’organes réduits en bouillis, jaillit de ses orifices.

Complètement démantibulé, le cadavre d’Eurypylos s’écroule et implose sous l’attention de spectateurs médusés.
Les sifflets cessent.
Le vent emporte au loin le bruit de la détonation provoquée par la destruction du corps d’Eurypylos.
Le bruissement de l’eau qui chute au pied de l’arène dans l’Hyperdimension devient audible et son chuintement angoissant peut même être reconnu dans les travées aphasiques.

En haut, Zeus passe sa main dans ses cheveux blancs grisonnants qui se mêlent à sa barbe. Sa voix détonne : « Intéressant. »
Il lance ainsi les premiers échos des spectateurs qui plus bas s’échangent :
_ « Il a commis l’outrage de tuer un Ange.
_ Sa folie n’a pas de limite
_ Le moindre de ses souffles est un sacrilège pour nous autres.
_ … »
Apodis pourrait y prêter attention, s’il cessait de fixer avec hargne Hestia et d’adresser contre elle son cosmos hostile.
Hestia, elle, se cramponne aux accoudoirs de son siège. Les voix s’élèvent de plus en plus fort. Néanmoins, le tollé dont est victime Apodis ne vient même pas à ses oreilles. Les battements de son c½ur sont trop forts pour lui permettre d’entendre autre chose que sa peur.

Déméter, elle, reste insensible en apparence mais, au fond d’elle intéressée, remarque : « Contrairement à ce qu’il pensait, cet humain a fait d’énormes progrès. En plus de sa force et de sa vitesse, il a entraîné sa résistance. Ainsi il a pris le temps d’analyser les mouvements de son ennemi pour le devancer. Astucieux. »
Élégante et majestueuse dans son affriolante robe blanche, Aphrodite se contente de claquer des doigts pour ramener le calme autour d’elle.

Immédiatement, depuis les airs, ailes d’angelot dans le vent, arrive un nouveau chevalier céleste.


A Jamir, à l’intérieur de la tour, dans les étages supérieurs, sur des tapis brodés aux motifs orientaux, Nicol, Médée et Yulij, sont assis autour d’une table en compagnie de Marin.
Celle-ci, dos tourné, enlève son masque un instant pour déguster la tisane qui lui est servie.

Resté debout, en retrait, à l’encadrement d’une fenêtre, Mei observe l’horizon d’un air songeur : « Donc si j’ai bien compris, tu as affronté une déesse de l'Olympe et pas des moindres, en compagnie d’Hébé et d’une partie de son armée ?
_ En effet. Tous mes compagnons sont morts pour me permettre de récupérer le Jonc d’Athéna. »
Yulij, comme Médée et Mei, reste crédule : « C’est quoi le Jonc d’Athéna ? »
Marin restant bien étrangement silencieuse, Nicol éclaire ses amis des connaissances qu’il tire de son défunt professeur Arlès : « Après la première Guerre Sainte qu’elle dut livrer, malgré la victoire, Athéna comprit que son armée avait besoin d’un réel meneur. Durant cette bataille, Pégase s’illustra particulièrement. Comme pour les suivantes. Elle confia alors à sa Chouette, sa messagère personnelle, d’être à chaque réincarnation proche de Pégase afin de le réunir à Athéna. A chaque réincarnation, Pégase et la Chouette sont dotés d’un bracelet destiné à les identifier et à les réunir. Il s’agit des Joncs d’Athéna. »
Mei se rapproche de la table en agitant son doigt : « Attends, attends, attends. On parle quand même d’artefacts divins. D'accord pour cette histoire de Joncs d’Athéna, mais moi ce qui m’inquiète le plus, c’est cette histoire de pendentifs de Zeus. »
Visage à nouveau caché après son breuvage, Marin baisse la tête : « Comme Pégase et la Chouette sont liés, je suis liée à mon frère qui s’est réincarné comme moi en portant une clochette à la forme particulière. Il s’agit des pendentifs de Zeus. Tout comme je soupçonne l’Olympe d’être à l’origine de l’enlèvement du Jonc de la Chouette, je suis persuadée qu’ils ont ma clochette.
_ Donc tu voudrais venir ici, pour savoir de Mû, comment faire pour se rendre en Olympe, croit comprendre Mei ?
_ Hélas, mon mari est parti hier. La situation au Sanctuaire implique son retour impératif, s’excuserait presque la douce et chaleureuse Médée.
_ N’en soit pas désolée Médée. Et non, je ne cherche pas à me rendre en Olympe. Pour se faire, je sais comment agir. Et mon pendentif me serait indispensable. J’ai pu découvrir en ôtant le sceau qui retenait le jonc dans le temple d’Hestia,  quelques indices sur le lieu où était retenu mon Pendentif. Du moins, j’ai eu quelques flashs et les connaissances de Mû m’auraient sans doute permis de combler les lacunes restantes.
 _ Bref, nous sommes dans une impasse. Allons Yulij, partons nous entraîner, ça vaut mieux. Nous pourrons ainsi rejoindre Mû et combattre avec ceux qui se révoltent contre le Pope, s’impatiente Mei en tirant par le bras son amante. »

Médée, elle, débarrasse le plateau et laisse Nicol, extrêmement pensif, en compagnie d’une Marin totalement perdue.
_ « Moi dans tout ça, ce que j’aimerai savoir, c’est quel est ton rôle dans toute cette histoire ? Je veux dire, Pégase et la Chouette sont liés à Athéna. Toi et ton frère à Zeus. Mais pourquoi ? Que fais-tu sur Terre ? »
Marin regarde autour d’eux pour s’assurer qu’aucune mauvaise langue ne soit restée dans les parages : « Lorsqu’il a laissé la Terre à sa fille, Zeus aimait profondément les humains. Et ceux-ci lui vouaient, comme à tous les dieux de l'Olympe, une foi inébranlable. Quand les Guerres Saintes contre Athéna ont éclaté, ses rivaux les justifiaient auprès de Zeus comme étant des actes de punition envers ces hommes qui ne respectaient plus leur planète et encore moins les dieux. Ne voulant croire à cela et impressionné par le dévouement de sa fille envers les hommes, Zeus a maintenu sa confiance en Athéna. Seulement, Poséidon et Hadès n’étaient pas les seuls à se plaindre de la passion de moins en moins entretenus des hommes pour eux. Dans l’Olympe, d’autres vinrent apprendre à Zeus l’émancipation progressive des humains. Ne voulant prendre de décision trop hâtive, il choisit de réincarner à chaque époque ses deux sujets les plus fidèles, son Aigle et son Trait de Foudre. Porteurs des Pendentifs de Zeus, ils pouvaient aller et venir à leur guise du monde des mortels à l'Olympe. Des Olympiens vivant sur Terre. Générations après générations, ils confirmaient à Zeus que l’homme perdait la foi mais qu’ils se réfugiaient dans d’autres valeurs, telles que l’amour et la solidarité. En même temps furieux et curieux, il choisit de se retirer définitivement de ce débat. Ne demandant à son Aigle et à son Trait de Foudre de ne l’avertir que si Athéna, trop attachée aux hommes, outrepassent ses droits, ou si l’un de ses ennemis attente à l’équilibre du monde. Malheureusement, dans l’Olympe, d’autres dieux ne l’entendirent pas ainsi et refusèrent de laisser plus longtemps Athéna et les hommes vivre sans leur exprimer la moindre reconnaissance. Ils profitèrent de nos jeunes réincarnations à mon frère et moi pour nous mettre hors jeu. Mon pendentif m’a été subtilisé et j’ignore tout de ce qu’il a pu advenir de mon frère. Aujourd’hui Zeus est seul, pensant que même ses sujets les plus fidèles l’ont abandonné, entouré par des dieux médisants qui ne rêvent que d’une chose, soumettre à nouveau les hommes. »
Alors que de telles révélations en feraient frémir plus d’un, Nicol, absorbé, se gratte le menton : « Si ce que tu dis est vrai, alors la Terre risque de vivre la Guerre Sainte la plus meurtrière qui soit. Tout va se jouer maintenant, en notre époque.
_ Je le pense aussi. Poséidon, Hadès et les autres ne seront que des épreuves cette fois-ci. Le vrai danger, c’est l’Olympe.
_ Je sais que l’idéal serait que tu récupères ton pendentif et que tu alertes Zeus de tout ce qui se trame, comprend Nicol préoccupé. Cependant, pour qu’Athéna puisse se montrer à la hauteur des épreuves qui nous attend, il me semble impératif qu’elle puisse récupérer son Sanctuaire. Tu ne penses pas ?
_ Si bien sûr. De toute manière, sans Mû, je ne sais pas qui pourra interpréter les signes qui me sont apparus.
_ Mon maître, Arlès, et son frère, le Grand Pope Shion, auraient pu…
_ Tu les as connu tous les deux ?
_ Jusqu’à ce qu’ils disparaissent au sein même du Sanctuaire, oui. Mon maître m’apprenait même à lire les étoiles comme le faisait le Grand Pope. Il disait qu’un jour peut-être je pourrai monter sur Star Hill y établir des prophéties. »
Un déclic surprend tout à coup Marin : « Star Hill ! Tout à l’heure tu m’as bien dis qu’après qu’ils aient disparu, tu as cherché quasiment dans tout le Sanctuaire ton maître et le Grand Pope en vain ?!
_ Oui. Hormis l’armure d’Arlès prisonnière à Dignity Hill, je n’ai jamais rien retrouvé.
_ Et sur Star Hill ? Tu aurais peut-être pu y apprendre quelque chose ?
_ J’y avais songé. Mais l'escalade de ce pic rocheux nécessite des capacités surpassant même le niveau d’un simple Saint d’or. »
Sous son masque, Marine sourit : « N’oublie pas qu’à l’origine je ne suis pas humaine.
_ Tu comptes t’y rendre ?
_ Je n’ai pas spécialement le choix. La Chouette n’étant jamais apparu pour protéger Pégase, il me faut alors aider Pégase à vaincre l’usurpateur qui occupe le trône de Grand Pope. Pégase est trop important pour qu’on puisse le laisser mourir bêtement.
_ Je comprends. »

Médée les rejoint avec un plateau sur lequel sont disposés quelques étoffes, des huiles locales et du coton : « Tu nous feras le plaisir de prendre d’abord une nuit de repos avant de reprendre ta route. Tu trouveras derrière la tour, en direction du village où vivent encore quelques Muviens, un cours d’eau où tu pourras te prendre une agréable toilette. »
Marin espère pouvoir protester mais Nicol lui prend sagement la main et la devance : « Bien sûr qu’elle va rester se ressourcer ici. Un bon repas et un peu de repos n’ont jamais tué personne. Et puis comme ça Marin pourra me parler des signes qu’elle aurait voulu que Mû interprète. Qui sait, peut-être en sais-je suffisamment pour la mettre sur la voie ? »


Dans le Coliseum en Olympe, sur la surface carrelée où il a triomphé d’Eurypylos, Apodis découvre son nouvel adversaire.
Fort bien apprêté dans son armure semblable à celles des autres anges, celui-ci présente un teint plus halé. Ses cheveux couleurs feu, s’accommodent à merveille avec son regard brûlant et ses anneaux orangés accrochés à ses oreilles.

Depuis la loge d’honneur, Apollon balance : « Memnon ! Voici un des meilleurs Anges au service d’Aphrodite. »
Aux côtés du Dieu du Soleil, Zeus s’affaisse confortablement dans son trône : « Espérons que ce combat soit plus divertissant. »
Les autres divinités écarquillent leurs yeux après cette déclaration. Quand eux attendent la punition d’un vulgaire humain, Zeus, favorable envers les hommes jusqu’à peu, s’impatiente de voir ce qu’un être à la solde d’Athéna peut avoir à montrer.

Dans l’arène, Apodis, conspué, ne compte pas attendre d’être mis à terre comme face à Eurypylos.
Memnon s’avance en lévitant grâce à ses ailes d’énergie. Bien silencieux, il ne prend même pas la peine de se présenter à son adversaire. Le dédaigneux Olympien engage même les hostilités en lui crachant dessus.
Apodis esquive la salive de son ennemi qui en profite pour lui asséner un coup de coude en pleine pommette, la fendant sur le coup. Malgré l’impact, l’humain parvient à lancer suffisamment haut sa jambe pour lui rendre la pareille et lui égratigner la joue.

C’est la consternation dans la foule. Les apostrophes manquent, tant le répertoire a eu le temps d’être usé en raison de la grande résistance du Grec.

Néanmoins, l’Ange, toujours en l’air, n’abdique pas. Son regard, toujours aussi sévère, attire inexorablement Apodis. Involontairement, le chevalier de bronze est plongé dans ces yeux ardents. Ceux-ci semblent projeter des chatoiements dans le cerveau d’Apodis. Pour la première fois, l’Ange fait entendre sa voix en nommant son arcane : « Curtain Falls. »
Alors qu’il reprenait sa garde, Apodis est immobilisé, voire statufié. Ses yeux n’expriment plus rien, son souffle est court.

Au sommet, Héphaïstos de sa voix grondante est amusé : « Memnon n’a jamais été du genre à aimer perdre son temps n’est-ce pas Aphrodite ?
_ En effet. Même s’il n’a aucun respect pour son adversaire, Memnon ne joue pas avec lui. »
Portant noblement son pétase sur la tête, Hermès s’étonne : « Tout de même. Utiliser le Curtain Falls. »
Soudain, l’air derrière eux semble les aspirer. Zeus ouvre sa bouche pour commenter à son tour : « Le Curtain Falls. Le Rideau Tombe. Cette attaque psychique annihile totalement le système nerveux. L’être qui la subit est plongé à tout jamais dans les souvenirs du passé. Son esprit en est prisonnier et ne peut plus contrôler son corps. Ce Saint d’Athéna va mourir à petit feu. Son corps se décomposera sans qu’il ne s’en aperçoive, noyé dans les sentiments qui l’habitent. »
Toujours aussi peu rassurée, Hestia se cramponne à son siège pour se donner un élan qui surprend tout le monde. A pleins poumons, elle ordonne à Memnon : « Je refuse d’attendre qu’il meurt ! Chaque souffle qu’il recrache encore est une injure envers moi ! Qu’on l’achève ! »

A côté d’Apodis, l’Ange d’Aphrodite courbe l’échine, comme pour approuver l’ordre donné par Hestia.
Il plane jusqu’à lui et se laisse tomber pied en avant, en plein dans le foie de son adversaire qui était resté debout. Totalement amorphe.
Il décoche une droite à ce qui n’est plus rien d’autre qu’un sac de sable. Tout son corps est martelé, le sang coule à flot sans qu’Apodis ne puisse réagir.

L’attraction du cosmos d’Artémis prend totalement place après que le soleil d'Apollon n’ait chauffé le domaine céleste toute la journée.
Les serviteurs de l’Olympe allument les immenses torches qui encerclent la surface et réfléchissent leurs lueurs chatoyantes sur le carrelage inondé de sang.
La nuit tombante annonce pour Apodis une longue et pénible soirée…


Sur le chemin de retour du village des Muviens, Nicol et Marin rient de la réaction du peuple de Mû : « Je n’arrive pas à y croire. Ils étaient encore plus enchantés que moi, qu’on puisse se rencontrer. »
Nicol, mains derrière le dos, s’en amuse : « C’est normal, les Muviens sont très croyants. Et là, ils ont eu affaire à l’Aigle en personne. Eux qui sont habitués à former et à recevoir des Saints, ils ont eu droit à la présence d’une Olympienne.
_ Dans l’âme. Car de sang et de naissance, je suis humaine, comme toi. »
Nicol fixe le masque de la jeune femme avec insistance. Sa voix est empruntée : « Mais tu as quelque chose de spécial. Le Pendentif de Zeus t’accordera tes vrais pouvoirs. Ceux-ci sont scellés actuellement.
_ Il est vrai qu’à la base le Trait de Foudre et moi-même sommes semblables aux Anges en origine et en force. Seulement, plus les jours passent et plus je désespère. »

A mi-chemin entre la tour de garde et le village des Muviens, Nicol saisit les mains de Marin et la dévisage : « Je refuse de te laisser t’abattre ainsi. Ce n’est pas parce que les signes que tu as entraperçu ; une tribu de guerrier dans une jungle tropicale, des guerriers en forme de jaguars humanoïdes ; ne m’éclairent pas plus, que personne ne peut le faire. Quand tu seras au Sanctuaire, une fois la bataille terminée, peut-être que Mû saura les interpréter. »
Ne pouvant lui rendre le sourire chaleureux qu’il lui témoigne, Marin laisse glisser ses bras à l’intérieur des mains de Nicol qui la retiennent. Elle caresse alors avec les siens ses doigts longs et doux. Bien qu’il a vécu dans la misère et travaillé de ses mains durant treize ans, les membres de Nicol sont magnifiques, aussi soignés que son visage est raffiné.
A cet instant, ni l’un ni l’autre ne savent quoi dire. Leurs gorges se nouent et leurs corps deviennent moites.
Cela fait bien longtemps que Nicol n’avait pas été si proche d’une femme, mais ses manières de gentleman lui interdisent d’ôter le masque qui le cache d’un portrait dont il rêve de convoitise. « Il me serait si simple de le lui retirer, se morfond-il. »
Elle, haletante dessous sa parure, seule et en manque d’affection depuis sa séparation brutale avec Aiolia se surprend à vouloir sentir cet homme au plus près d’elle : « Son charme dégage tellement de bien-être. »
Finalement, elle dépose sa tête contre son athlétique torse et se contente de lui dire : « Merci pour cette attention portée sur moi. J’en ai eu tellement besoin ces derniers mois. »
Il ouvre la bouche sans finalement être capable de lui dire ce qu’il a sur le c½ur. Somme toute, il lui passe le bras dans le creux de ses reins afin de l’étreindre davantage et de soulager la Japonaise, convaincu que ce geste vaut bien plus que des mots.


En Olympe, dans les gradins, les applaudissements et les acclamations retentissent de plus belle.
La fraîcheur de la nuit tombée ne calme pas la foule.
Presque tous s’agenouillent en direction des dieux pour leur consacrer quelques louanges que leurs idoles, pourtant si friandes de tant d’égards, ignorent totalement.

Sous les yeux des emblématiques seigneurs, seule la correction d’Apodis incombe.
Celui-ci, insensible aux coups qui lui sont adressés, immobilisé par l’arcane de Memnon, ne sent pas ses plaies s’ouvrir ni ses os craquer. Il est totalement absorbé par sa mémoire…

Flashback
1982 - Un beau jour comme les autres, alors qu’il achevait son tour de garde, Apodis s’étonnait de ne pas voir Netsuai sur le chemin du retour.
A mesure qu’il regagnait Paesco, il percevait une profonde réserve de sentiment inhabituelle chez les villageois. Aucun n’osait le regarder dans les yeux.
Alors qu’il approchait peu à peu le c½ur du village, il remarquait un attroupement autour de la maison d’Orphée. Tous portaient le deuil.
_ « Que se passe-t-il, interroge Apodis ? »
Sans même attendre de réponse, il força la porte de la demeure de son maître et fut témoin d’une horrible scène.
Allongée, en sanglot, par-dessus le cadavre de sa s½ur, Netsuai était rongée par le chagrin.
Devant elles, Orphée, le regard vide, le visage bleui par les larmes, muré dans le silence, se basculait sur sa chaise.
Apodis passa sa main sur sa bouche lorsqu’il observa le teint livide de la défunte : « Eu… Eurydice… Mais comment est-ce possible ? »
Trop affectée, Netsuai ne put rien dire. La réponse était si insoutenable, qu’elle plongea davantage dans le chagrin.
Orphée, sans exprimer la moindre vivacité ni dans son ton, ni dans le regard, ni dans les gestes, expliqua d’une voix basse : « Je peux tuer facilement. Je peux sentir n’importe quel danger. Je donnerai ma vie pour ma bien-aimée. Toujours. Toujours je lui ai assuré qu’elle pouvait vivre sans crainte à mes côtés. J’ai éliminé les adversaires du Sanctuaire. Je l’ai protégé des guerriers d’Arès. Et là… Un serpent. Comme dans la mythologie. Un ridicule… Serpent ! »

Ne sachant que faire, debout les bras ballants, Apodis choisit de venir détacher Netsuai de sa s½ur pour l’étreindre contre lui.
Ensemble, ils s’assirent dans un fauteuil à attendre.
Attendre le regarde vide.
Attendre sans savoir que dire. Que faire.
Attendre qu’Orphée se décide d’agir, n'ayant aucune autre solution que de préparer ses funérailles.
Il attendit que Netsuai s’endorme pour se lever et décréter : « Il faut que j'aille l'arracher des griffes d'Hadès ! »
Apodis déposa délicatement son amie reposant dans les bras de Morphée avant d’ouvrir en grand les bras : « Malgré tout le respect que je vous dois maître, laissez-moi vous dire que c’est de la folie !
_ Tu crois que je ne suis pas capable de réussir à atteindre le royaume des enfers ? Il me semblait pourtant t’avoir enseigné qu’il existait un sens au-delà même du septième qui permettait de contrôler sa propre conscience dans le royaume des morts.
_ Le problème ne vient pas de là maître. Vous m’avez vous-même appris qu’il était contre nature et égoïste de vouloir faire revivre les morts.
_ Ne soit pas stupide Apodis, s’énerva Orphée lui qui était habituellement si serein en l’empoignant ! Imagine s’il s’agissait de Netsuai ! Tu ne ferais pas tout pour la ramener près de toi ?
_ Athéna l’a accompagné jusque dans l’au-delà. Cela s’arrête là, assure Apodis qui se défit de son maître d’un mouvement d’épaule. Quitter le Sanctuaire sans accord est un acte de haute trahison. Et je ne parle pas de votre projet de requête auprès d’Hadès. »
Il tourna le dos à son professeur et assura : « Maître, je préférerai que vous renonciez et je vais faire comme si vous n’aviez rien dit. »
Soudain, un picotement parcourut tout le corps du jeune Grec. Son corps se raidit et un lien fin et solide l’enserra. Orphée arborait sa lyre : « Hélas mon garçon, ma décision est prise. Je suis désolé. Peut-être vivras-tu difficilement le fait que je sois catalogué comme déserteur, mais moi je ne peux vivre sans Eurydice. Je vais utiliser mon Death Trip Serenade à un niveau moindre que d’ordinaire. Tu seras plongé dans un simple sommeil pendant quelques heures. À ton réveil, je serai parti avec le corps d’Eurydice. Ne cherche pas à nous retrouver. Si je reviens, ce sera seulement victorieux. Pas autrement. Adieu Apodis et merci pour tout…
_ Maître attendez ! Ne faites pas ça !
_ Death Trip Serenade. »

Quelques heures plus tard, libéré de tout lien et de tout maléfice, la lueur d’une chandelle virevoltait à travers les paupières clauses d’Apodis. Cela le ramena à lui.
Peu à peu, légèrement étourdi par l’arcane de son maître, il se redressa et reconnut l’apparence de son amie, assise sur la couche où reposait auparavant la dépouille d’Eurydice.
Elle examinait une lettre qu’elle s’empressa de résumer à Apodis : « Il est parti avec elle. Orphée a emmené ma s½ur. Il a dit qu’il ne reviendrait pas tant, qu’il ne l'aura pas ramené parmi nous. Il parle d’un voyage que toi seul peux comprendre. Et que durant celui-ci, il offrira une sépulture digne de ce nom à Eurydice. Loin de tout. »
Le Grec se tenait la tête tant elle bourdonnait, alors qu’il se relevait. Netsuai chercha à savoir : « Qu’est-ce qu’il a voulu dire ? »
Ne préférant pas l’accabler davantage, il la serra fort contre lui et lui dissimula la vérité : « Je n’en ai aucune idée. J’imagine qu’il s’est retiré loin d’ici et qu’il consacrera le reste de sa vie à jouer de sa lyre sur la tombe de sa bien-aimée. Ils partageront dorénavant, seul à seul, la vie qu’il reste à Orphée. »
Déchirée, elle se mit sur la pointe des pieds et se nicha dans le cou de son ami pour chercher du réconfort. Il lui proposa alors : « Tu étais ici chez eux. Une page se tourne après leur départ. Ne devrais-tu pas venir vivre chez moi ? Ma demeure est suffisamment grande et… »
Contre toute attente, elle lui répondit par un délicat baiser sur les lèvres.
Pris au dépourvu, il laissa ses bras prendre le long de son corps sans réagir. Il éprouvait à cet instant une sensation nouvelle et si… chaude. Son c½ur était tel un brasier qui enflammait tout son être. Son sang chaud et brûlant alimentait son organisme.
Lorsqu’elle eut fini de lui prendre ses lèvres, c’est à son tour qu’il délivra un langoureux baiser. D’abord délicat, puis peu à peu passionné, il commença à l’agripper aux épaules avant de glisser ses mains dans son dos.
Libérée par un tel geste qui représentait un aveu de ses sentiments, elle glissa ses doigts sous le maillot de l’athlétique chevalier. Ses doigts heurtèrent chaque carré d’abdominaux qui lui dessinait une parfaite silhouette. Ils s’arrêtèrent à hauteur de ses pectoraux, durs et parfaitement assortis au reste de sa parfaite apparence.
Lui continuait à descendre dans le creux de son dos puis passa ses mains sur ses hanches pour les soulever fermement.
Elle l’enserra avec ses jambes autour de sa taille et se laissa guider dans une autre pièce de la maison où se tenait sa propre couche.
Arrivés là, il l’allongea délicatement en plongeant dans ses yeux pour lui déclarer avec sincérité à quel point il l’aime. Ce qu’elle fit, elle aussi, simultanément.
Tous deux se mirent à sourire, tant la circonstance n’était finalement pas si surprenante. Tant leurs aveux étaient une libération. Un soulagement. Après tant d’émotions en quelques heures.
Ce moment de complicité se solda par une nuit calme où tous deux finirent par s’allonger côte à côte. Épuisés par les tragiques événements du jour, ils s’endormirent en songeant à des lendemains plus radieux. À des lendemains où Apodis aspirerait à ce sens, qui allait au-delà du septième. Comme l’avait fait Orphée auparavant.
Flashback

Défiguré, le visage et la poitrine couverts de sang, le corps d’Apodis voltige dans toute l’arène sous les va et vient de la brutalité encouragée par les spectateurs.
Memnon s’étonne qu’après les nombreuses contusions infligées, son adversaire soit encore instinctivement debout. En virevoltant dans les airs tout autour de lui comme pour mieux l’observer, l’Ange choisit enfin de toucher terre pour venir soulever son menton.
Immédiatement, son apparence austère change radicalement. Il est stupéfait par les yeux révulsés d’Apodis et par ses lèvres qui bougent toutes seules.
Il recule d’un pas tremblant face à son adversaire en transe.

Au plus proche des cieux, Zeus tend l’oreille d’un air satisfait, tandis que les siens optent pour le silence afin de mieux entendre les paroles du cadavre ambulant.

Sous eux, l’euphorie des spectateurs s’essouffle à nouveau. Jusqu’à obtenir un calme suffisant pour distinguer les murmures d’Apodis : « … Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… »
Le Saint de bronze continue de répéter en boucle cette phrase, de plus en plus fort, comme s’il redevenait lucide.

Tout autour de son poing, Memnon concentre son cosmos et choisit de donner sans plus tarder le coup de grâce.
Alors qu’il allait heurter Apodis en plein c½ur, celui-ci se saisit du poing adversaire avec une vitesse déconcertante. D’une force inouïe, il lui brise le poignet en le fixant avec une expression à nouveau déterminée : « Je dois te remercier. Grâce à toi je me suis souvenu de ce que mon maître Orphée me disait de l’Arayashiki : « Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort. » ».
Le bruit de fracas des os et de la Glory de Memnon accompagne le flot de sang qui s’en suit. Apodis poursuit : « Même si je meurs peu à peu, je reste maître de ma volonté. Et c’est celle-ci qui guide mon destin. »
Avec son second poing, l’Ange essaie de balancer une nouvelle droite devant laquelle Apodis s’accroupit et répond d’un direct du gauche. Le choc violent oblige Memnon à se plier en deux. Il espère lui balayer les jambes avec la sienne, mais Apodis se déplace suffisamment vite pour venir le cogner du genou derrière le crâne.
L’Ange retombe jusque devant la loge d’honneur, le diadème de son armure brisée et le visage souillé d’hémoglobine.
Pendant qu’Apodis approche de Memnon pour l’achever, deux autres Anges arrivent par les airs, chacun sur un flanc.
Aussi bien protégés que leurs semblables, les deux Anges foncent à vive allure sur Apodis qui ne prend même pas la peine de les étudier.
Sans même savoir à quoi ils ressemblent réellement, il concentre dans ses poings tout son cosmos doré et libère derrière lui l’image d’un oiseau battant des ailes : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux de l’Oiseau de Paradis déclenche un véritable cyclone. Il anéantit le vol de ses ennemis, les emporte, les balaie, les lacère et les fait imploser sans qu’ils aient eu le temps de montrer leurs visages.
Après un tel exploit, l’homme chute sur ses genoux, les bras lui retombant le long du corps.
Totalement désabusé, à bout de force, Apodis lève malgré tout son visage pour défier une fois de plus Hestia.

Dans les tribunes, fortement secoué par le prodige opéré par Apodis, le peuple implore des yeux leurs dieux de les débarrasser de ce fléau. Certains prient, suivis d’autres qui se mettent à genoux et supplient qu’un terme soit mis à la vie de cet hérétique.

Ceux-ci ne répondent rien, l’angoisse d’Hestia est palpable tandis qu’Apollon reste digne et discret.

Déshonoré, Memnon titube jusqu’à son adversaire agenouillé. Sans crier garde, il lui flanque un violent coup de pied en plein buste.
Emporté en arrière, condamné à s’écrouler sur le dos, Apodis compte avec l’énergie du désespoir sur sa musculature abdominale pour se relancer en avant. Il bondit, poing chargé de sa cosmo énergie, en plein visage de son adversaire. Le choc, juste entre les deux yeux, est si violent que Memnon recule se tenant la tête entre les mains, la rétine brûlée par l’impact.
Comptant malgré tout sur des sens hyper accrus, le guerrier à la peau brunie utilise son dernier bras valide pour riposter. Cette fois-ci, c’est Apodis qui fléchit, désorienté.
Memnon en profite pour lui agripper la gorge et pour la lui serrer jusqu’à ce qu’il manque de souffle ou bien que sa nuque se brise.
Puisque Memnon profite d’une allonge plus grande, Apodis balance irrémédiablement ses bras en avant sans pouvoir faire grand-chose. Par miracle, il finit par réussir à attraper un des anneaux accrochés aux oreilles de Memnon. Il tire fort dessus et lui arrache le lobe. Éclaboussé par son sang, Memnon lâche prise sur le coup. Apodis en profite pour envoyer un crochet en direction de l’oreille blessée pour accentuer la douleur.
Perdu après une telle correction, Memnon erre sur la surface noyée d'hémoglobine, sans reprendre sa garde. Apodis se jette de tout son poids et vient le cogner avec ses deux genoux dans les reins. Memnon plonge tête en avant et glisse sur le parterre souillé.

Épuisé, Apodis traîne la jambe jusqu’à son adversaire qui rampe pitoyablement en espérant pouvoir se relever.
L’Oiseau de Paradis, du tranchant de la main, achève son ennemi d’un coup sec derrière la nuque.
Ce qui reste de son corps implose pour ne laisser qu’un homme au milieu d’une foule hostile. Sous les yeux de dieux enragés.
Pourtant, l’homme, est réduit à s’asseoir sur son postérieur. Ne pouvant plus lever le petit doigt, il ne perd pas de vue Hestia pour autant.

11
Only for Love / Chapitre 61
« on: 15 June 2020 à 20h37 »
Chapitre 61

La fin de l’automne n’a aucun effet sur les dunes de sable en altitude à proximité d’Oran.
Dans ce territoire annexé du Sanctuaire, le soleil est ardent chaque jour de l’année. Même ce 8 décembre 1986.
Reculé de la ville haute, dans les monts de l’Aidour, cet ancien siège politique d’Athéna a été ravagé il y a des centaines d’années, lors d’une bataille opposant le domaine sacré aux dieux Egyptiens. Depuis, les ruines des temples détruits servent d’abris aux nombreux apprentis dans ce qui est devenu désormais un camp d’entraînement pour Saints, aujourd’hui dirigé par Lilium Saint de bronze de l’Octant.

Revenu la tête basse du Japon depuis plusieurs semaines, Jabu s’entraîne à l’écart, dans le désert qui entoure le camp.
Vexé par sa défaite lors de la Galaxian War, le chevalier de bronze se montre plus humble qu’autrefois. Alors qu’il aurait pris par le passé plaisir d’humilier les autres apprentis, la Licorne préfère s’exercer au loin, pour ne pas leur faire d’ombre.
Habillé d’une tunique violette sous sa djellaba en coton, Jabu supporte désormais parfaitement la chaleur. Il n’éprouve aucune gêne à respirer, malgré l’atmosphère étouffante. Le sable, ces petits grains résultant de la désagrégation des roches, ne lui brûlent plus la peau.
Sa cosmo énergie violacée virevolte tout autour de lui, tandis qu’il frappe le vide à une vitesse qui l’épate lui-même : « Mes mouvements sont beaucoup plus rapides que lorsque je suis rentré au Japon. Ils sont également plus souples. »
Néanmoins, quelque chose le tracasse : « Lilium m’avait assurée qu’elle viendrait m’aider à développer le Unicorn Gallop. Il est étonnant qu’elle ne soit pas encore arrivée. Je ferai mieux de regagner le camp… »


En Grèce, sous l’Aréopage, à des kilomètres de profondeur, bien en dessous des ruines que les touristes visitent encore malgré l’arrivée prochaine de l’hiver, le sanctuaire d’Arès est animé par le son d’une cornemuse du diable.
Au sommet du temple en forme de cône, dans la chambrée la plus haute, marbrée du sol au plafond comme l’entièreté de l’Aréopage, Vasiliás reste suspendu au balcon de sa chambre à observer Arès manipuler son orgue. L’instrument produit un retentissement infernal dans l’ensemble de l’Aréopage.
Placé au rez-de-chaussée, sur l’estrade au fond de la pièce principale où siège le trône d’Arès, les longs et larges tuyaux de l’orgue dégagent un bourdonnement, qui atteint chaque niveau du temple.
Le général arèsien est pensif. Vêtu d’une tunique blanche, les poignets et les mains pansés par des bandelettes en papier, il se frotte sa barbe de deux jours, aussi courte que ses cheveux qui couvrent d’à peine trois millimètres son crâne rasé.
Derrière lui, sur un valet de chambre, repose son costume blanc qu’il portait avec plaisir lorsqu’il côtoyait encore le monde contemporain.
Ses beaux yeux bleus aux reflets verts regardent sans les voir vraiment, les nymphes couchées autour d’Arès. Vautrées sur des tapis et d’épais oreillers dorés qui couvrent l’estrade, elles s’enivrent en vidant des jarres de vins au beau milieu de pièces d’or.
Contre les murs du cône, de haut en bas, derrière des vitraux rouges, scintillent des torches qui se reflètent sur les pièces d’or et les étoffes couvrant le plateau et leur donnent une teinte sanguine.
Au sommet, le visage rougit par le scintillement des flammèches tamisées par les parois cristallines écarlates, Vasiliás perçoit la présence d’une jeune femme à l’encadrement de sa porte : « Puis-je t’aider Atychia ? »
Vêtue d’une courte jupe blanche dont la soie remonte en deux épaisses bretelles pour dissimuler sa poitrine, la Bulgare s’agenouille instantanément : « Pardonne mon intrusion Vasiliás. Je m’inquiète simplement de ne pas te voir depuis ce matin auprès de nos soldats. »
Vasiliás se retourne et lui envoie un sourire fort sympathique : « Merci de te soucier de moi, Berserker du Malheur. »
Ses yeux bleus remarquent que le reflet des diamants que porte Vasiliás à ses oreilles s’accommodent à merveille à son regard sincère.
Troublée, la jeune femme baisse la tête vers le sol : « Tromos veille sur nos troupes. Néanmoins, cette armée c’est toi qui l’as façonné. Tu as donné un sens à la vie de beaucoup de gens ici. Moi compris. Je pense que descendre saluer tes hommes, comme tu le fais chaque jour, est plus intelligent que de rester dans ta chambre à broyer du noir. »
Reconnaissant comme juste les propos de sa seconde, Vasiliás dirige légèrement son buste en direction de la débauche dans laquelle se complet Arès : « Tu as raison. Je me demandais simplement ce qu’Arès attend de nous. »
Atychia passe l’épaisse tresse qui coiffe ses longs cheveux blonds derrière son dos et demande d’une voix peu assurée : « Puis-je te soumettre ma pensée ? »
L’Américain tend son bras en direction de son lit pour inviter la guerrière à s’y asseoir au coin.
Elle racle sa gorge avant d’émettre ses soupçons : « Et bien, ne trouves-tu pas étrange que le Dieu de la Guerre accepte de se mettre en retrait pour confier son armée à un humain, à qui il accorde la faveur de le faire Roi de la Terre ? »
Vasiliás se positionne à côté de la jeune femme, les coudes sur les genoux et les mains entremêlées. Il reste silencieux de longues secondes avant de dire simplement : « Il sait que je peux lui rapporter la victoire et que le combat que nous mènerons sera sanglant. De quoi le satisfaire. C’est tout.
_ Il se contenterait uniquement de ça ? Je veux dire, tu vas aller risquer ta vie dans le Meikai pour récupérer son armure. Tu vas lui donner les pleins pouvoirs. N’as-tu pas peur qu’il ne tienne pas parole ?
_ J’ai besoin qu’il dispose de toutes ses forces pour qu’il puisse vaincre Athéna.
_ Risquer tant de vies, pour que tu puisses contrôler le Sanctuaire et le monde, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? »
L’ancien prétendant à l’armure d’or du Lion, reste les yeux rivés sur son costume afin de ne pas croiser le regard de son soldat, de peur de céder à l’émotion : « C’est le Sanctuaire qui m’a retiré à ma famille, pour faire de moi un défenseur de la paix et de la justice. Lorsque j’ai disparu, mes parents en sont morts. Et lorsque j’ai prouvé que j’étais le meilleur, l’armure d’or n’a pas voulu de moi. Pire, j’ai été chassé par le Sanctuaire. Par Athéna. Et pendant ce temps, tous les gens que j’ai aimés dans ma vie d’homme sont morts. Il ne me restait plus que mon grand-père pour me reconstruire dans le monde contemporain. J’ai suivi ses valeurs qui font de moi ce que je suis aujourd’hui, pour reprendre l’entreprise familiale et la développer. Je vivais comme un être humain lambda, rendais heureux mes employés, et m’en accommodais. Mais le Sanctuaire m’a retrouvé. Me bannir ne leur suffisait pas. Il leur fallait m’éliminer. J’ai encore perdu ceux qui m’entouraient. Pas une fois Athéna n’a présenté sa clémence à un homme qui oeuvrait pour le bien d’autrui. Alors aujourd’hui, je le dis, défendre Arès, n’est pas pire que de défendre Athéna. Et gouverner en son nom, permettra d’instaurer un règne de terreur. J’apporterai au monde les promesses faites aux soldats qui ont incorporés notre armée. Un monde sans guerre, sans criminalité. Les êtres mauvais craindront d’être frappés à coup sûr par ma justice royale et les gens réaliseront pour la première fois quelle façon de vivre est juste. Si le monde change, l’homme change. Un monde fait de respect envers autrui et envers les règles de savoir vivre.
_ As-tu la garantie qu’Arès respectera sa parole, insiste Atychia ?
_ Si tel n’est pas le cas, je trouverai une solution. J’ai dépassé le niveau de l’homme. J’ai surpassé mes capacités qui étaient équivalentes à celles d’un Saint d’or. Je suis à mi-chemin entre l’homme et dieu. Et avec le Sanctuaire d’Athéna entre mes mains, je trouverais bien une solution pour contenir le cosmos d’Arès s’il le fallait.
_ Tu complotes énormément. J’ai l’impression que l’influence de Ksénia sur toi a eu des effets néfastes. Je te l’ai déjà dit : à force de complots, on finit un jour par être soi-même victime. »
Le nom de la Russe frappe Vasiliás en plein c½ur : « Ne dis pas de sottises, cela fait plus de deux mois que je suis sans nouvelles d’elle. Et cela n’altère en rien mon jugement.
_ Tu as l’air très peiné, à l’idée qu’elle soit loin de toi, grimace-t-elle.
_ J’avoue. Je pense chaque jour à elle.
_ Un peu comme moi vis-à-vis de toi, empourpra la Berserker ses joues.
_ Je… Je ne sais pas quoi te dire, se plonge stupéfait le Roi dans le regard troublé d’Atychia.
_ Ne dis rien. Après tout, c’est mieux comme ça. Je dois savoir faire la part des choses. Hormis le fait que tu me plais énormément, l’idée que je seconde ton projet, en compagnie de Tromos, doit influencer mes décisions.
_ C’est donc que le monde que je veux créer te convient ?
_ Quand tu es venue me chercher j’étais à la merci de mon maître. Cet ancien émissaire du domaine sacré s’était retiré dans un village reculé de Bulgarie. Il y a massacré tous ses habitants et m’a gardé avec lui. Dès mon plus jeune âge, il a abusé de moi et m’a considéré comme son esclave. Et puis un jour… »

Flashback
Dans son village abandonné de Bulgarie, la jeune Atychia rapportait de l’eau.
Sous les bourrasques de vent de ce mois d’octobre 1985, le poids de l’eau dans le récipient était un trop gros fardeau pour la jeune femme à l’apparence famélique et à la tenue honteusement rapiécée. Alors qu’elle allait le laisser lui échapper, un mystérieux inconnu lui ramassa en même temps qu’il la cueillit dans ses bras : « Attention mademoiselle. Je vais vous aider. »
L’homme, élégant dans son costume blanc, lui adressait un chaleureux sourire auquel la malpropre n’osa pas répondre. Son sauveur lui demanda : « Je suis étonné de tomber sur un village fantôme. Cela facilitera mes recherches cela dit. Sais-tu ce qu’est le cosmos ? J’en ai ressenti un ces derniers jours dans les environs et il présente un potentiel fort intéressant. »
Elle ne répondit rien, fort embarrassée. Il la sentait tremblante dans ses bras : « Je t’effraie peut-être ? Mon nom est Vasiliás. Et toi, comment t’appelles-tu ? »
Elle recula d’un pas, tel un animal sauvage. Vasiliás pouvait remarquer quelques hématomes sur le corps de la malheureuse : « Qui d’autre vit ici ? »
Une voix roque épargna à Atychia de s’exprimer : « C’est moi qui pose les questions ici ! »
Vasiliás se retourna et distingua un homme assis sur le capot de sa nouvelle voiture de sport rouge qu’il avait stationné au bout de l’allée déserte.
L’homme, barbu, dont on n’apercevait que les petits yeux sombres, avait le visage enrubanné.
Vasiliás n’y alla pas par quatre chemins : « Je cherchais une cosmo énergie pleine d’espoir. Je l’ai senti émettre dans les environs. Je forme une armée. Dans ton cas, je sens bien un cosmos, mais il est chargé de mal. Avant de te demander qui tu es, je vais t’ordonner de descendre de ce véhicule. Il est à moi et c’est impoli venant de ta part de t’y asseoir. »
D’un rire bien gras, son interlocuteur s’avança vers lui en bougeant fièrement ses épaules : « Ah, ah, ah… Des ordres, un cosmos, une armée. J’ai l’impression de me retrouver à nouveau messager pour le Sanctuaire. Sauf qu’à l’époque, les minets dans ton genre, on les faisait taire. Et je vais te montrer comment ! »
Alors que l’individu approchait, Vasiliás constata la peur que le grotesque personnage provoquait chez Atychia.
Une fois arrivé à sa hauteur, il n’eut pas le temps de prendre son élan, que déjà Vasiliás lui avait balayé les jambes pour lui faire mordre de la poussière.
_ « Non. Définitivement, tu n’es pas le cosmos que j’ai ressenti. »
Alors que l’ennemi se mettait à genoux dans l’espoir de se relever, Vasiliás abattit sauvagement son pied sur sa main droite. Tous ses os se brisèrent sur le coup, tandis qu’il hurlait de douleur.
_ « Bon, maintenant que tu es plus docile tu vas m’écouter. J’ai ressenti clairement une autre cosmo énergie que la tienne dans les parages. Qui d’autre encore vit ici ? »
L’inconnu brailla : « Personne ! J’ai tué tout le monde il y a près de dix ans ! Je n’ai gardé qu’elle ! Pour mes plaisirs personnels ! Si tu la veux je te la donne ! Prends-la ! Elle est très bien ! Très serviable ! Elle t’apportera beaucoup de plaisirs et… Ah ! »
Il n’eut pas la chance d’achever sa phrase que Vasiliás lui brisa un genou : « Ça suffit ! Je me passerai de tes recommandations ! »
Atychia restait en retrait sans rien dire. Elle regardait son bienfaiteur, avec un semblant d’admiration.
Vasiliás se pencha pour demander au déserteur du Sanctuaire : « Sais-tu qui je suis ? »
Grimaçant de douleur, il secoua la tête d’un signe négatif. Le Berserker lui murmura : « Je suis le Roi de cette planète. Et je commence dès à présent à punir tous les êtres malfaisants qui la peuplent. »
Le second genou de l’individu céda aussitôt sous la colère de Vasiliás.
Il fixait sans plaisir l’assassin ramper au sol pour espérer fuir.
Atychia avalait sa salive devant le malaise d’une telle scène. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou craindre d’être tombée sur quelqu’un de beaucoup plus fort que son bourreau.
Pourtant elle le sentait au fond d’elle, de cet homme soigné se dégageaient une classe, une bonté et une volonté totalement différente.
Tandis que Vasiliás brisait la seconde main du bandit, Atychia vida le seau d’eau qu’elle tenait fermement contre elle, puis s’avança, comme guidée par son instinct : « Le voir ainsi lâche et faible… Réduit à l’impuissance… N’est-ce pas moi finalement la fautive dans tout ça ? N’aurai-je pas pu me défendre aussi plutôt que de me réfugier dans la peur ? »
Elle passa devant Vasiliás et toisa avec rage son tortionnaire. Ses yeux étaient inondés de larmes et son visage défiguré par un mélange profond de vengeance et de délivrance. Sans crier garde, elle fracassa le seau sur la tête de l’émissaire du Sanctuaire affaibli.
Comme cela ne suffit pas à soulager son émoi, elle lui attrapa la tête qu’elle cogna à de nombreuses reprises, de plus en plus fort, contre le sol.
Comprenant la délivrance d’Atychia, Vasiliás s’écarta discrètement et étudia son attitude.
A mesure qu’elle le massacrait, Atychia libérait inconsciemment une cosmo énergie de plus en plus visible.
C’est lorsque l’odieux individu se mit à convulser, le crâne défoncé, la cervelle dégoulinant dans les flaques d’eau et de sang, qu’elle cessa son acharnement.
Vasiliás lui prit la main, abandonnant le corps qui gesticulait nerveusement, agonisant en souffrance : « C’est donc toi que je suis venu chercher. Allez viens. Partons. »
Flashback

Atychia achève sa phrase en même temps qu’elle termine de se remémorer son passé : « … tu m’es apparu. Je te dois tellement. Je te suivrai. »
Il lui passe avec beaucoup d’émotion sa main contre sa joue et se lève en écartant les bras : « Je te remercie Atychia. Ta présence m’a rappelé à mon devoir. Je vais descendre saluer nos hommes. »
Alors qu’il passe l’encadrement de sa porte de chambre, il ne distingue pas la silhouette tapis dans l’ombre qui l’observe. Une jeune femme aux cheveux bleus. Sa tenue, stricte et scolaire, dénotant pourtant sans l’ombre d’un doute avec les lieux…


En Algérie, le camp, fort marqué par les vestiges de la Grèce antique, est étonnamment calme.
Les pas de Jabu retentissent sur les pavés couverts de sable. Ils n’étaient toutefois pas nécessaires pour que l’arrivée du chevalier soit remarquée.
Tous les apprentis, postés tout le pourtour du camp, l’attendent en le dévisageant.
Inhabituellement défiants envers lui, les neufs élèves de Lilium affichent un mépris inconcevable.
D’abord surpris, Jabu est effrayé, lorsqu’il reconnaît au milieu de la place le cadavre d’un jeune homme qui gît sur le ventre, le sang absorbé par la poussière.
Jabu se précipite vers lui en s’époumonant : « Eguski ! Eguski ! »
Il prend dans ces bras celui qu’il surnommait « l’Espagnol » à l’époque de son apprentissage de Saint où il se montrait plus arrogant qu’aujourd’hui. Les cheveux mi-longs, attachés en queue de cheval, l’hispanique a le regard éteint. Son corps est martelé de coups.  Jabu craint comprendre : « Toutes ces marques, ces blessures… C’est vous ? C’est vous n’est-ce pas, interroge-t-il ses camarades ? Vous l’avez abattu comme un chien ! Mais pourquoi ?! »
Une voix douce et familière répond fatalement : « Parce qu’il a suivi le traître. »
Jabu se retourne et reconnaît son professeur.
Mince, la peau très blanche, les longs cheveux roux, le visage masqué, Lilium apparaît vêtue de sa Cloth. Celle-ci, de couleur grise, couvre sommairement ses tibias, ses genoux, sa poitrine et ses poignets.
_ « Je ne comprends pas.
_ Une missive nous est parvenue ce matin. Tu t’es rendu coupable de trahison envers le Sanctuaire, en suivant une dénommée Saori Kido. Celle-ci se fait appeler Athéna et utilise les pouvoirs de la chevalerie à des fins personnelles.
_ C’est faux ! S’insurge Jabu. Nous avons certes combattu dans un tournoi aux yeux du monde moderne, mais dans le but de faire apparaître au grand jour le mal.
_ Silence ! Tu aggraves ton cas. Tous ici sont d’accord pour te mettre aux arrêts… »
Les neufs aspirants s’avancent d’un pas décidé en direction de Jabu tandis que la Tunisienne achève sa phrase : « … Pour exécuter ta sentence. La mort ! »
Jabu baisse la tête en direction du sol pendant que les siens l’encerclent : « Eguski a préféré croire que je n’étais pas un traître n’est-ce pas ?
_ Et il a essuyé la loi du Sanctuaire.
_ Je n’arrive pas à croire que toi, qui fus ma maîtresse durant toutes ces années, tu n’arrives pas à croire en mon innocence, alors qu’un homme que j’ai brimé pendant tout ce temps, a refusé de me voir comme un coupable. Eguski a su voir en moi mieux que quiconque ici !
_ Comment peux-tu parler de nous, alors que tu as trahi le Sanctuaire ? Rends-toi compte, tu défends une usurpatrice qui ose se faire appeler Athéna !
_ Je n’étais pas au courant que Mademoiselle Kido en était arrivée là. Mais c’est une personne intègre. Et nul doute que si elle se fait appeler comme ça, que si Seiya et les autres la suivent, c’est qu’elle dit vrai. Cela expliquerait l’acharnement du Sanctuaire à vouloir éliminer tous ceux qui sont proches d’elle. »
Dissimulant jusqu’ici une pointe de jalousie, Lilium s’emporte : « Puisque tu choisis cette femme à nous qui t’avons tant donné et qui avons fait de toi un Saint, alors meurs ! »
Comme si elle venait de sonner la charge, ses disciples se jettent sur la Licorne.
Il fait le tour de lui-même pour les implorer de ne pas aller plus loin : « Je vous en prie. Si vous souhaitez un combat à mort contre moi, vous savez très bien que je sortirai vainqueur. Ne mourrez pas en défendant aveuglement le mal. Vous êtes dans l’erreur. »
Malheureusement, un premier jette son pied en direction de son dos. Jabu s’élance en l’air pour l’éviter et retombe pied en avant en direction d’un second opposant qui recule de justesse. Deux nouveaux assaillants lui arrivent de chaque côté et enchaînent une multitude de coups de poings et de pieds que Jabu pare sans trop de difficultés. Il en chasse un d’un coup de pied en plein visage et balaye à la suite de ce mouvement les jambes de l’autre.
Le cinquième n’a pas le temps d’esquisser le moindre geste, que Jabu le frappe à distance d’un violent coup de poing en plein ventre qui l’abat sur le coup. Son voisin, décontenancé par une telle puissance ne remarque pas que Jabu s’est précipité face à lui. Du tranchant de la main, d’un mouvement sec et vif, il lui brise la nuque.
Le septième parvient à frapper derrière la rotule de Jabu. Le Saint se retrouve un genou à terre et encaisse en pleine face, le direct d’un autre élève. Le dernier apprenti surgit des airs les bras en croix et plaque Jabu au sol, sur le dos, en l’empêchant de respirer.
D’un habile mouvement, Jabu attrape chacune des mains de son assaillant et les tire vers l’extérieur afin de le déséquilibrer. Ainsi, en relevant sa tête, il parvient à le cogner en plein nez et lui fait lâcher prise.
Un des premiers agresseurs tente d’arriver par les airs, comme l’a fait le dernier mais cette fois-ci Jabu est plus prompt. Il le prend de court en le rejoignant et en le frappant avec sa jambe dans le flanc gauche. Le choc est si puissant que tous ses os se rompent.
En se réceptionnant, Jabu prend l’élan nécessaire pour cogner avec son coude le dos d’un quatrième ennemi dont la colonne vertébrale se brise instantanément.
Des cinq derniers adversaires, l’un profite de l’inattention de Jabu pour exécuter sur lui le même geste. La Licorne est propulsée contre une maisonnette, mais se relève sans le moindre mal, accusant une résistance digne d’un chevalier. Il finit par justifier l’écart de niveau en se déplaçant à une vitesse que seule Lilium réussit à analyser. Il cogne le sommet du crâne de son adversaire et le tue sur le coup.
De nouveau, l’un se lance désespérément et meurt sous la fulgurance d’un coup de genou en pleine cage thoracique.
Les trois élèves restants n’abdiquent pas. Arrivant chacun d’un côté, Jabu n’en n’est pas désarmé pour autant. Il recule face au pied de l’un, s’abaisse devant le direct de l’autre. Enfin, il passe au-dessus du dernier qu’il élimine d’un coup de pied retourné.
Il toise les deux apprentis restants : « Ça suffit maintenant. Prenez les corps de nos amis et offrez-leur des funérailles décentes. La tragédie a assez duré. »
Les deux complices, sans se concerter, reculent comme pour reconnaître leur défaite. Néanmoins, le ton impérial de leur professeur leur somme de poursuivre : « Tuez-le ! Ou vous serez exécutés vous aussi pour haute trahison ! »
Malgré la menace, aucun ne bouge. Lilium projette alors ses poings chargés de cosmos pour abattre sa miséricorde. Quand tout à coup, l’armure de bronze de la Licorne surgit devant les disciples pour leur servir de muraille.
Une fois après les avoir sauvés, elle abandonne sa forme de totem pour venir habiller Jabu : « Désolé Lilium. Si tu as choisi de te laisser embrigader dans le faux, j’empêcherai que tu ne fasses davantage de victimes.
_ Alors que tu n’étais pas encore Saint tu as réussi à me surprendre et à me faire perdre mon masque. J’ai d’abord choisi de t’aimer, mais finalement je vais opter pour l’autre choix qu’autorise la loi de la chevalerie. Je vais te tuer sans ménagement. »
Elle passe à l’assaut à son tour et avec grâce cogne du talon la tempe de Jabu.
Heureusement, protégé par son casque, le chevalier se remet à temps pour se défendre des trois droites enchaînées par Lilium. Il riposte de deux coups de poings dans le ventre et la repousse à son tour en la frappant du plat du pied en pleine poitrine.
Elle se rétablit pour exécuter le même mouvement. Jabu, après avoir été repoussé, réitère mais elle saute par-dessus sa jambe et le repousse d’un magistral coup de pied retourné.
La Licorne se déhanche dans les airs pour se réceptionner et la frapper à son tour, jambe tendue en plein visage. L’Octant frappe sa poitrine du coude, il lui balance sa jambe en plein menton, elle renchérit d’une violente droite en plein visage.
Ils se réceptionnent chacun à bonne distance de l’autre en frottant les parties de leurs corps blessés.
Sous son masque, les fines lèvres de Lilium sourient : « Félicitations Jabu. Tu as atteint le niveau d’un Saint de bronze confirmé. Hélas, nos techniques n’ont aucun secret l’un pour l’autre et nous ne parviendrons pas à nous départager si nous n’usons pas de nos plus puissants arcanes.
_ J’aimerai ne pas en venir là. Nos arcanes non plus n’ont aucun secret l’un pour l’autre non plus. La tienne consiste en un puissant coup de pied qui projette si fort l’ennemi contre le sol que celui-ci a le sentiment d’effectuer une chute abyssale dans les profondeurs de l’océan. »
Lilium propage sa cosmo énergie tout autour d’elle, comme pour annoncer son intention d’aller jusqu’au bout : « Et la tienne consiste à frapper de plusieurs coups de pieds ton adversaire avant de l’achever du plus puissant coup. »
Jabu grimace et se tient prêt. Les deux s’envolent de toutes leurs forces :
_ « Unicorn Gallop !
_ Abyss Submerge ! »
Dans un mouvement aérien acrobatique et puissant, Lilium évite tous les coups de pieds envoyés par Jabu jusqu’à parvenir à lui. A cet instant, leurs jambes s’entremêlent et seul le plus puissant coup de Jabu heurte la jeune femme en plein visage. Jabu encaisse lui aussi de plein fouet le Plongeon Abyssal.
Ils s’écroulent tous les deux au sol, inconscients…


A l’intérieur du temple d’Arès, dressé sur un îlot entouré de lave, Vasiliás fait la revue de ses troupes.
Comme les balcons d’un immense théâtre, des mezzanines forment une dizaine d’étages jusqu’au sommet du cône.
Dans les avancées, comme dans une fourmilière, se trouvent les appartements des soldats, leurs salles d’armes, les cuisines et les bains.

Le général en chef, de l’armée d’Arès les visite en recevant à chaque fois de profondes marques de respect de la part de ses hommes. Derrière lui, Atychia le suit fièrement : « Tous les soldats lui présentent une fidélité sans borne. Hommes ou femmes, ils savent qu’il y a désormais quelqu’un pour appliquer la sentence de la justice. Ils ont été directement ou indirectement victimes de criminels, de personnes immorales, sans que personne ne vienne à leur secours. Malgré leurs prières, aucun dieu ne leur est parvenu. Pas même Athéna qui est pourtant celle qui gouverne cette planète. Puis Vasiliás leur est apparu. Il leur a enseigné qu’il était possible de changer le monde en leur inculquant la voie du cosmos. Il les a motivés à surmonter leurs peurs, leurs faiblesses, leurs fragilités pour construire une armée. Ensemble, nous ferons couler le sang des êtres malfaisants de cette planète. Finalement il ne restera que des hommes et des femmes remplis de bonté, pour vivre dans un monde nouveau dans lequel Vasiliás deviendra notre roi, s’émerveille-t-elle… »
Ses pensées la renvoient au jour de sa rencontre avec l’Américain.

Flashback
Dans la voiture de l’ancien homme d’affaires, Vasiliás cafouillait son tableau de bord. Cela l’amusait : « J’ai du mal à trouver le chauffage. Cela te ferait du bien. J’ai été obligé de changer de modèle. Ma précédente voiture a fini en pièces détachées après qu’on a essayé de me tuer. C’était il y a quelques mois. Au Canada. Remarque, je dis ça, cela m’étonnerait que tu suives les informations. As-tu déjà vu un véhicule de ce genre au moins ? »
Atychia tournaient la tête en direction de sa vitre.
La voiture roulait à bonne allure.
_ « Avant que ce monstre ne vienne ici, j’avais une existence normale. Bien sûr que je sais, ce qu’est une voiture.
_ Désolé. Je ne voulais pas que tu le prennes comme ça. Je cherchais simplement à te faire parler. »
Elle se ferma à nouveau dans le silence. Comprenant la situation dans laquelle se trouvait la jeune femme, Vasiliás se tut à son tour.

Quelques kilomètres plus tard, Vasiliás trouva enfin une trace de civilisation.
Il fit le plein à une pompe à essence puis alla réserver une chambre dans un motel.
Il sortit la jeune femme : « Viens. C’est tout pour aujourd’hui. Tu vas aller te laver et te reposer. Moi je vais te chercher des fringues dans la boutique en face. »
Quelques minutes plus tard, après l’avoir déposé à leur chambre et s’en être allé faire quelques achats, Vasiliás revint. Il ouvrit en grand la porte et, toujours avec beaucoup de sympathie, s’exclama à travers la porte de la salle de bain : « Ils n’ont hélas que quelques tenues légères. Je te laisse les affaires sur le lit. Je reste le dos tourné en direction de la fenêtre. Tu peux sortir quand tu veux. »
Le silence qui s’en suivit, fut rompu par le cliché de la porte annonçant la sortie d’Atychia.
Bras croisés, Vasiliás tenait parole. Il lui tournait le dos.
Surprise, interrogative, Atychia hésita. Elle déclara un simple : « C’est bon. », pour inviter Vasiliás à faire volte-face.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit la jolie blonde dévêtue.
Il recula d’un pas et baissa honteusement la tête.
Pourtant, Atychia continua de s’approcher de lui.
Elle s’agenouilla une fois à sa hauteur et commença à lui déboutonner son pantalon, comme si cela lui semblait naturel.
_ « Que fais-tu, se défit-il délicatement de sa tentative ?
_ C’est à moi de vous demander ça ! Que pouvez-vous donc attendre d’autre de moi ? »
Vasiliás se prit la tête entre les mains et souffla quelques instants. Il se passa sa main devant sa bouche pour frotter ses quelques poils de barbes qui commençaient à apparaître, puis défit vivement sa veste. Il l’habilla avec et l’assit sur le lit avant de se positionner à côté d’elle : « Bon, déjà tu me tutoies. Cesse de me vouvoyez. D’accord ? »
Elle hocha affirmativement la tête.
_ « Tu te souviens de ton enfance n’est-ce pas ? La façon dont tu vivais et dont tes voisins vivaient était totalement différente avant l’arrivée de ce monstre.
_ Lorsqu’il est arrivé, il disait qu’il était le plus fort. Qu’il était la justice. Et qu’il méritait pour tous les services rendus à la paix une retraite comme il l’exigeait. Il m’a obligé à faire des choses horribles.
_ Le principal c’est que tu réalises, que tout ce qu’il a fait est mal. »
Elle craqua et plongea dans les bras de son aîné de deux ans en sanglot. Vasiliás la serra chaleureusement contre lui.
Au bout d’une heure, une fois toute sa détresse évacuée, il lui demanda : « Tu l’as observé n’est-ce pas ? Lorsqu’il s’entraînait ? Même si tu ne sais pas ce que veut dire cosmos, tu sais qu’il existe un niveau de force que tout un chacun peut apprendre à maîtriser ? »
Elle essuya ses larmes : « J’avais toujours nourri l’espoir de venger les miens. Alors j’étudiais comment il faisait pour être si fort. Mais je n’arrivais pas à atteindre les espérances que je me faisais. Donc un jour, j’ai perdu tout espoir. »
Vasiliás la redressa pour qu’elle puisse lire dans ses yeux toute sa conviction : « Non, tu as réussi. Tu as su t’y éveiller. Et je vais t’apprendre à le développer. Je vais te rendre l’espoir. »
Flashback

Un raclement de gorge sort la Berserker de ses songes.
En suivant inconsciemment Vasiliás dans tout l’Aréopage, Atychia ne s’est pas aperçue qu’ils étaient arrivés à ses appartements : « Quelle concentration ! Cela fait plusieurs secondes que je te parle sans obtenir de réponse.
_ Je suis désolée. J’étais plongée dans mes souvenirs. Le jour où tu m’as assuré pouvoir me rendre l’espoir.
_ Ah ? Oui, je m’en souviens aussi.
_ C’était un temps funeste pour moi à l’époque. »
Vasiliás devient soucieux tout à coup. Il attrape les épaules de sa jolie camarade : « Le temps… Pour recréer un monde idéal, dépourvu de mal, alors du temps, il m’en manquera toujours. Voilà pourquoi je veux pouvoir compter sur Tromos et sur toi. »
Le regard sincère et profond de Vasiliás trouble tellement la Bulgare que celle-ci baisse honteusement la tête en balbutiant : « Tu auras tout le temps dont je dispose. Ma vie t’appartient… »
A cet instant, les doigts de Vasiliás, relèvent le menton de son amie pour lui renvoyer un regard troublant. Une étrange chaleur anime la poitrine d’Atychia qui lève la tête pour approcher celle de Vasiliás en fermant les yeux.
La courte distance qui sépare leurs lèvres lui semble infinie. Si bien, qu’elle est interrompue dans son élan par l’arrivée de soldats qui sortent de la salle d’armes toute proche.
Gênée, Atychia recule d’un pas. Ce geste l’accule contre le mur du couloir. Elle n’ose plus regarder son général dans les yeux : « Je n’ai… Je n’ai jamais eu droit à d’autres attentions que celles de mon bourreau avant que tu ne viennes me délivrer. Dans quelques mois, lorsque notre armée sera enfin prête, nous nous lancerons dans une lutte sans merci, durant laquelle je risquerai ma vie sans hésiter pour toi. J’aurai aimé savoir ce qu’est l’amour, le vrai, qu’un homme peut me porter. Hélas, aussi passionnée que je puisse être pour toi, je n’oublie pas que ton c½ur est ailleurs. Je ne peux supporter de n’être pour toi qu’un second choix qui comble le manque d’amour en son absence. »
Elle achève sa résolution en s’inclinant avant de s’enfoncer derrière le rideau écarlate qui ferme l’encablure de sa chambre : « Merci pour tout Seigneur Vasiliás. Notre roi. »
Inflexible, le Berserker de la Royauté la laisse lui échapper sans rien dire. Son visage est peiné, ennuyé. Une mélancolie constante lui empêche d’adopter cette attitude si déterminée qu’il a d’ordinaire.
Il traîne des pieds jusqu’aux thermes de l’Aréopage, où l’attendent les servantes qui assureront sa toilette.
Entre les deux étages, l’intruse en tenue scolaire et aux cheveux bleus dissimulée dans les pas de Vasiliás le fixe avant de lever les yeux en direction d’Atychia.
Son visage étranger, si doux, affiche soudainement un sourire malicieux, alors que ses grands yeux mauves chaleureux prennent une expression angoissante…


La sensation de chaleur d’Oran sur son visage ramène Lilium à la réalité en premier.
Son réflexe est de passer la main sur ses yeux et sa grande bouche : « Mon masque, s’inquiète-t-elle ! »
Plus loin, près des débris du masque de son adversaire, Jabu se relève le visage couvert de sang.
Son nez est cassé et ses lèvres sont explosées.
La Licorne ne laisse pourtant transparaître aucune difficulté. Préférant cesser ce combat, il vocifère : « Et maintenant ?! »
Lilium ne dit rien, son regard noir fixe avec rage Jabu. Elle repart à l’attaque.
Elle lui inflige un direct du gauche auquel il répond avec sa jambe contre son torse, suivi d’une droite. Elle lui envoie un uppercut sous le menton et conclut d’une terrible droite qui le cloue au sol.
_ « C’est fini. L’Abyss Submerge t’a causé plus de dégât que ton Unicorn Gallop ne m’en a causé. Ta mort va signifier le début de la chute de cette Saori Kido. Cette fausse Athéna subira les foudres du Sanctuaire. Elle finira traînée nue dans la boue par les gardes, tirée par des chaînes à son cou, souillée par les esclaves et violée par les chiens errants du domaine sacré ! »
Ces menaces font écarquiller aussitôt les yeux de Jabu : « Mademoiselle Saori, songe-t-il ! »
Il se remet sur pied aussitôt et pour la première fois prend un ton menaçant : « Jamais… Jamais je ne te laisserai salir le nom de Mademoiselle Saori !
_ Alors c’est ça. C’est vraiment pour elle que tu es devenu chevalier. Quel déshonneur pour Athéna, constate Lilium navrée !
_ Si Mademoiselle Saori est réellement Athéna comme elle le prétend, alors ma dévotion pour elle prend encore plus de sens. Je rechignais à te vaincre par égard pour notre passé. Mais pour Mademoiselle Saori, pour Athéna et tout ce qu’elle défend, s’il faut ta mort pour rétablir la vérité au Sanctuaire et permettre à Mademoiselle Saori de reprendre la place qui est sienne, alors tu mourras. »
Cette déclaration à l’attention de la représentante de la Fondation Graad ruine définitivement le c½ur de Lilium. Elle s’élance de tout son cosmos sur Jabu : « Même si tu me contres avec le Gallop de la Licorne, j’arriverai à éviter une grosse partie des chocs et tu mourras d’épuisement : Abyss Submerge ! »
Immobile, Jabu détaille chaque mouvement de son professeur et concentre dans ses jambes sa cosmo énergie.
Lorsque le Saint de bronze de l’Octant retombe pied en avant vers lui, il libère par son regard et par la corne dressée sur son casque des ondes cosmiques qui tétanisent Lilium dans les airs, de sorte qu’elle ne puisse pas esquiver le bond prodigieux qui s’ensuit.
Il arrive sur son flanc gauche, les deux pieds en avant, chargés de toute sa cosmo énergie : « Unicorn Gallop ! »
Le télescopage est si destructeur que le corps de Lilium se contorsionne irrémédiablement. Son cadavre désarticulé retombe dans les débris de sa Cloth.
Jabu se réceptionne à ses côtés, les yeux noyés de chagrin.
Il reste quelques instants à ses côtés, sans la regarder, à lui caresser ses cheveux soyeux désormais entremêlés dans son hémoglobine.

Les deux disciples, derniers survivants, approchent Jabu  d’un pas timide: « Je sais que vous ne me croyez toujours pas. Mais j’aimerai que par respect envers nos amis, nous leur accordions des funérailles dignes de ce nom. »
Etrangement, aucun des élèves ne répond.
Lorsque Jabu les dévisage pour lire dans leurs expressions une réponse, il les découvre tétanisés, un filet de sang fuyant leurs bouches.
Leurs tuniques orientales se déchirent soudainement, libérant un gros trou dans leurs bustes.
Jabu réceptionne leurs dépouilles et fixe l’origine d’une mort si inattendue.
L’apparence d’un homme protégé d’une armure ne tarde pas à sortir de l’ombre de la maisonnette de Lilium.
L’inconnu tape des mains d’un mouvement lent, moqueur : « Félicitations Saint de bronze. J’observais ton combat avec intérêt et bien au frais à l’intérieur de cette demeure. Tu m’as diverti. Lilium s’est laissée surprendre comme une débutante. Elle devait tout de même se douter que tu avais quelques dons de télékinésie, même si ceux-la sont vraiment minimes. Et enfin, changer ton arcane pour ne frapper qu’un seul et puissant coup avec tes deux jambes… Vraiment intéressant ! »
Jabu se met en garde tout en étudiant le moindre détail de l’intrus.
Habillé d’une armure argentée qui protège à merveille ses jambes, ses flancs et ses épaules, ses cheveux bruns mi-longs passent en de fines mèches sur son visage orgueilleux.
_ « Qui es-tu ?
_ Naos Saint d’argent de la Poupe. »
A l’annonce du statut du Saint, Jabu sent ses membres trembler : « Mais que vient faire un Saint d’argent ici ?
_ Je suis le messager du Sanctuaire chargé de te faire exécuter. Le Sanctuaire a envoyé un Saint d’argent par mesure de sécurité, au cas où Lilium aurait choisi de suivre ton chemin. Heureusement, hormis les deux froussards que j’ai achevés, tout le monde ici s’est évertué à corriger le traître.
_ Comment peux-tu être fier d’être à l’origine de tant de morts aujourd’hui ?
_ Allons ! Ils sont morts pour le Sanctuaire. Pour une cause juste. Et puis ils ne sont pas morts en vain, puisque je vais prendre ta tête. »
Sans qu’il ne puisse voir le moindre mouvement, Jabu est envoyé au tapis en se cramponnant de douleur. Naos lui écrase la tête contre le sol : « Voila qui est mieux. C’est ici que se trouve la place d’un Saint de bronze face à un Saint d’argent.
_ C’est impossible, je n’ai rien vu venir.
_ Il existe un fossé entre la puissance d’un Saint d’argent et un Saint de bronze comparable à celui qui sépare un lion, d’une fourmi. »
Naos retire son emprise en se contente de pointer son doigt en direction de Jabu encore étendu : « Bien, il est temps que je rentre en Grèce. Adieu. Silver Maelstrom ! »
Un Tourbillon Argenté soulève le corps du chevalier de bronze et l’envoie tourner sur lui-même à une vitesse si puissante qu’il n’arrive plus à reprendre son souffle. Ses organes se compriment et son armure crisse sous la force du vent. Il finit son périlleux voyage dans la demeure de Lilium…


Dans la salle des bains de l’Aréopage, le Berserker de la Royauté garde la tête en arrière, en appui sur les petits carreaux de carrelages qui forment d’antiques mosaïques.
La condensation fait perler sur son visage quelques gouttes d’eau qu’il laisse glisser sur son épiderme.
Ses yeux clos permettent à son imagination de travailler les souvenirs de ces instants passés en compagnie de Ksénia. De son apparition durant son enfance à ces moments charnels partagés jusqu’à leurs au revoir. Vasiliás passent en revue toutes ces pensées si agréables qui le rendent nostalgique.
Si bien qu’il ne remarque même pas, malgré ses sens surdéveloppés, le départ des servantes d’Arès sous l’impulsion d’une mystérieuse visiteuse.
Celle-ci se déhanche nue jusqu’aux marches qui lui permettent de plonger ses remarquables formes jusqu’à son importante poitrine.
D’un mouvement gracieux, elle s’approche délicatement de l’Américain toujours absorbé par le passé.
Sans doute a-t-il perçu son approche, puisqu’il n’esquisse pas la moindre surprise lorsque la jeune femme blonde vient lui baiser son torse à moitié sorti de l’eau.
Le contour de ses yeux relâche même cette tristesse qui l’habite depuis ces derniers jours, à mesure que le corps féminin vient se coller à lui.
Alors qu’elle l’embrasse, il esquisse un petit sourire, timide mais ravi, en lui rendant ses baisers.
Elle, le dominant légèrement pour faciliter l’étreinte à venir, Vasiliás laisse la poitrine de sa partenaire lui caresser le visage pendant qu’il agrippe ses fermes cuisses sous l’eau.
Lorsqu’elle s’abaisse enfin pour ne faire plus qu’un avec lui, un gémissement de plaisir lui échappe en même temps qu’il laisse retentir un léger râle de bonheur.

Durant les minutes auxquelles elle s’adonne à lui, jamais il n’ouvre les yeux, son visage, devenu serein, arbore tout du long l’extase d’un tel échange.
Elle a compris qu’il ne pense pas à elle, qu’il s’imagine avec Ksénia.
Toutefois, il était suffisamment intelligent pour ne pas lui faire comprendre à travers son regard qu’il maintient clos.
Après plusieurs balancements de hanches plus vifs que les précédents, elle se libère de lui sans le dévisager davantage.

Alors qu’elle repart aussi discrètement qu’elle était venue, des larmes se mêlent à un sourire de soulagement. Un bonheur inattendu lui permet de souffler un émouvant « merci », auquel il ne répond pas.

Vasiliás préfère attendre qu’Atychia quitte les thermes pour enfin recouvrer ses esprits.
En passant sa main sur sa barbe volontairement mal taillée, il susurre : « Ksénia… »

Tandis que la Berserker quitte les thermes pour rejoindre ses appartements, au milieu des allers et venues des soldats Arèsiens, l’inconnue élégante dans sa longue jupe scolaire se fraye un chemin.
Son regard est désormais plissé et son air, jusque là réservé, dégage désormais une aura malsaine.
Les gardes, pourtant alertes, n’osent pas interrompre sa progression. Aucun ne donne même l'alarme. Tous sont oppressés par l’émanation cosmique de l’intruse.
Personne ne s’oppose à ce qu’elle se dirige jusqu’à Arès. Pas même lui.
Sans même faire mine de la remarquer, il la laisse passer derrière lui. Elle plaque son dos contre son trône, à l’envers de l’assistance, comme si elle souhaite se dissimuler des plus curieux.
Dès lors, son cosmos malfaisant cesse d’émettre et l’expression noble qui se dégage d’elle s’abandonne pour une mine plus sage.
Tout autour, ne voyant leur dieu n’émettre aucun camouflet, les Arèsiens vaquent à leurs occupations, devinant que cela est préférable.
Arès attend que les derniers curieux reprennent le cours de leurs activités, pour chasser ses servantes d’un revers de la main.

Une fois le grand hall du temple vide, il s’affaisse dans son trône et plaque sa tête contre pour communiquer avec celle dont la tête est collée de l’autre côté du siège : « Alors te voici réapparut après un premier échec, Kyoko. Ou bien devrais-je dire Eris ? »
La susnommée sourit avec gêne : « Il faut croire que nous sommes tenaces Mars. Ou bien devrais-je dire Arès ?
_ Il est vrai que comme toi, ma première tentative en cette époque a été un échec. Néanmoins, je n’ai pas été directement chassé par les Saints d’Athéna.
_ Moi non plus. Je sommeillais jusqu’alors dans mon Jardin d’Eden après l’attaque de l’Utérus par les Saints d’or. Mais ni moi, ni mon armée n’ont été atteints. Endormis, tout au mieux. Mais durant cette période où nous avons été en retrait, il nous a suffi de nous ressourcer et d’apprécier les Evil Seeds qui ont proliférées partout dans le monde.
_ Je vois. L’homme ne manque pas de peur, de ranc½ur. Et les actes du Sanctuaire d’Athéna ont pu également contribuer à accroître tout ceci. »
Kyoko se laisse lascivement glisser le dos contre le trône en faisant fléchir ses genoux et en avouant avec gourmandise : « Oh oui… Et il t’a permis de recueillir dans ton Aréopage un excellent élément…
_ Vasiliás…
_ … Oui. Doté d’une armée d’hommes et de femmes torturés par leur passé.
_ Qu’envisages-tu ?
_ L’armée d’Athéna est prise d’un conflit interne. Pourtant, quelle qu’en soit l’issue, le Sanctuaire restera une menace que nous ne pouvons pas négliger. Impossible de l’attaquer seul. Que ce soit toi. Ou moi.
_ Qui te dit que je suis seul ? »
Kyoko finit de choir au sol. Elle replie ses genoux qu’elle plaque contre sa ferme poitrine et laisse ses mèches cacher ses yeux : « Arès, voyons… De qui parles-tu ? Vasiliás ? Ou alors cette petite Olympienne qui fait depuis plusieurs années des allers et retours entre la Terre et l’Olympe ? Pas à moi… Nous savons tous les deux que ni l’un ni l’autre ne t’inspirent confiance…
_ Peut-être… Mais alors, que me proposes-tu ? »


En Algérie, le Saint d’argent de la Poupe tourne le dos à la maison écroulée dans laquelle Jabu s’est échoué. Il ôte son diadème et le pose contre sa poitrine en regardant la dépouille de Lilium : « Lilium Saint de bronze de l’Octant, sa Majesté le Grand Pope sera informé de ta fidélité. Ton nom sera désormais synonyme de respect et je veillerai à ce que ta mémoire soit honorée jusqu’à la fin de mes jours. »
La voix sortie d’outre-tombe de Jabu précise : « C'est-à-dire bientôt ! Donc si tu ne m’en veux pas, je vais me faire l’héritier de la mémoire de Lilium. »
Couvert de sang, à bout de souffle, Jabu envoie valser une énorme poutre qui le bloque sous les décombres.
D’un air suffisant, le chevalier d’argent s’étonne : « Tiens donc, tu as survécu.
_ Bien sûr. Et je vais me battre contre toi.
_ Je crois que tu n’as pas bien réalisé. La différence qui sépare le niveau d’un Saint d’argent à un Saint de bronze n’est pas mesurable. 
_ Et pourtant, Seiya et ses amis ont réussi à vaincre tes semblables n’est-ce pas, questionne Jabu en se mettant en garde ?
_ Ils ont eu de la chance c’est tout ! Ce ne sera pas ton cas, assure Naos d’un air supérieur ! »
Le chevalier d’argent se jette contre Jabu qui use de sa télékinésie.
Néanmoins, cela n’entrave en rien les mouvements de Naos.
Une fois arrivé face à Jabu, il demande d’un ton perfide : « Tu as terminé ? »
Peu rassuré, Jabu avale sa salive. Il décoche une droite que Naos évite.
La Poupe chasse facilement avec sa jambe celles de Jabu et soulève littéralement son corps du sol d’une puissante gauche dans l’abdomen.
Les pieds de Jabu retouchent à peine le sol que Naos exécute le même mouvement suivi d’un coup de pied au visage.
Déstabilisé, Jabu, sans grande conviction, balance une droite face à laquelle son adversaire s’abaisse. Il espère alors le frapper avec son genou mais Naos bouge beaucoup plus vite et le devance avec un coup de pied retourné, puis un coup de tête qui couche Jabu.
Le chevalier de la Poupe chambre son adversaire qui se tient la tête de douleur : « C’était vraiment trop facile. Il aurait fallu un miracle pour que tu puisses me vaincre. »
Avec l’énergie du désespoir, Jabu s’élance pied en avant : « Et miracle il y aura ! Unicorn Gallop ! »
Naos riposte uniquement avec son doigt : « Silver Maelstrom. »
Un nouveau Tourbillon Argenté terrasse Jabu qui s’échoue lamentablement devant son ennemi : « Pitoyable. Je vais te faire comprendre qu’il n’y a plus d’espoir et seulement après je te donnerai la mort. »
Plusieurs dizaines de fois, Naos martèle les jambes de Jabu.
Il s’acharne dessus.
Encore.
Et encore.
Pourtant, chaque fois Jabu refuse la défaite et se redresse sur ses jambes tremblantes.
Jusqu’à ce que chacune d’elle finisse par rompre.
Les jambières fissurées, la tête entre les mains, Jabu hurle de douleur.
Il est à la merci de son adversaire.
_ « Acceptes-tu ta défaite Saint de la Licorne ? Puis-je t’achever ? »
Les yeux de Jabu témoignent d’une profonde défiance malgré la douleur. Naos s’en amuse : « Allez, ta propre existence est un crime déjà bien trop grand envers Athéna. Je vais t’achever : Silver Maelstrom. »
Le doigt pointé à bout portant de la Poupe libère un tourbillon qui cesse net devant Jabu.
Le mouvement d’air stagne un instant tandis que la Licorne fixe l’arcane avec insistance.
Naos invoque davantage de cosmos sans que cela ne change quoi que ce soit : « Mais enfin ?! Que se passe-t-il ?! »
Des yeux et du casque de la Licorne de Jabu se matérialisent enfin des ondes.
Le mouvement d’air s’exécute en sens inverse et emporte brusquement celui qui l’a invoqué.
_ « Il se produit un miracle, scande Jabu ! »
Tête la première, Naos regagne le sable chaud de l’orient.
Son diadème se défait de son crâne sous le choc et un filet de sang s’écoule depuis son front : « Comment est-ce possible ? »
Toujours allongé, les jambes paralysées, Jabu reste confiant : « Pendant que tu m’assenais ta supériorité, j’ai étudié chacun de tes mouvements, j’ai puisé en moi toutes les ressources nécessaires mais surtout, j’ai combattu avec le sentiment d’agir pour la justice.
_ Foutaises ! Tu as trahi le Sanctuaire ! La justice est de mon côté ! Tu as réussi à me toucher une fois par hasard. Tu es bien loin d’avoir accompli un miracle ! Encaisse à pleine puissance ma Tornade Argenté : Silver Maelstrom ! »
Une nouvelle fois, à la force de son mental, Jabu déjoue la tornade qui se retourne contre le chevalier d’argent.
Cette fois-ci, Naos en ressort avec bien plus de dégâts : « Il est plus mort que vif. Où puise-t-il une telle résistance ? Cela signifierait que sa détermination lui aurait permis à dépasser le niveau d’un vulgaire Saint de bronze ? Alors que moi, je n’ai jamais réussi à surpasser mon niveau de Saint d’argent ?
_ Ouvre les yeux. Si un Saint d’argent est envoyé pour tuer des Saints de bronze, c’est parce que le Grand Pope a conscience du danger que nous représentons. Seul toi ne t’en es pas encore rendu compte. Il n’y a plus aucun fossé qui nous sépare désormais, dit Jabu en relevant son buste. »
Le visage de Naos se perd dans l’inconnu, ses yeux voient flous et son souffle est court : « Non… Non ça ne peut pas être seulement ça… »
Inopinément, apparaît derrière Jabu l’apparence voluptueuse de Saori Kido que Naos ignore être Athéna. Il est désarçonné par le cosmos de la jeune femme et est pris d’un doute terrible qu’il espère conjurer en achevant son ennemi rampant : « Si le Silver Maelstrom n’est plus d’aucun effet, tu restes tout de même démuni de ton arcane vu l’état de tes jambes. Je vais t’achever à mains nues et te faire taire à jamais. »
Tel un fou furieux, il bondit bras en avant contre la Licorne.
Jabu, en fermant les yeux, prend appui sur le sol avec ses bras : « Mademoiselle Saori… Athéna… Faites qu’un miracle se produise… »
Il fait exploser son cosmos à travers ses mains pour soulever son corps et devancer Naos. Bras droit tendu, il libère tout ce qu’il lui reste : « Lilium, mon maître. Nous devions travailler à développer une autre forme du Gallop de la Licorne. Je vous dédie ce coup : Unicorn Gallop ! »
De toutes ses forces, de tout son c½ur, Jabu transperce la poitrine de Naos. Une fois de plus, le Saint d’argent de la Poupe voit apparaître derrière la Licorne l’image de Saori Kido.
A cet instant le Saint d’argent serre Jabu dans ses bras, afin de le protéger lorsque tous les deux retombent au sol.
Ils roulent à deux sur le sol avant de choir chacun tête la première dans la poussière.
La mort étant toute proche, Naos relâche son étreinte en déclarant en toute sincérité : « J’espère que tu dis vrai. J’espère que tu es de ceux qui réalisent des miracles… Pour la justice. »
Jabu s’étend de tout son corps à côté de Naos.
Entièrement vidé, fier d’avoir réussi à vaincre un Saint d’argent, anéanti d’avoir dû tuer autant de monde pour faire éclater la vérité, il se laisse submerger par l’émotion.
Les sanglots l’étouffent.
Ses larmes piquent ses plaies et font réfléchir davantage le soleil du désert dans ses yeux.
Seul désormais, dans ce camp en Algérie, Jabu sait que la route est encore longue avant de pouvoir rejoindre Seiya…

12
Only for Love / Chapitre 60
« on: 2 May 2020 à 13h51 »
Chapitre 60

Le 3 décembre 1986, au Libéria, dans ce pays d’Afrique où la jungle prédomine, situé à l’intérieur des terres, bien loin de la mer, Bomi Hills accueille sur sa terre aride des pas cinglants de pieds couverts de métal. Ceux-ci laissent d’immenses traces sur le parterre poussiéreux.
L’inconnu, vêtu d’une imposante Cloth bleue, armée de pointes acérées aux genoux et sur les épaulettes, arbore une carrure impressionnante. Son visage, ferme et carré, affiche une froideur à en faire fuir la faune alentour.
D’un violent coup de poing, il réduit à néant une hutte qu’il vient de visiter, puis fait le tour de lui-même comme s’il cherchait la direction à suivre. Il abandonne son calme passable, pour libérer un hurlement de colère. Sa grosse voix retentit à des mètres à la ronde : « J’en ai assez de tourner en rond ! J’ai été missionné par notre nouveau général, Phaéton, pour te trouver et t’éliminer Saint du Loup ! Où te caches-tu ?! »

Plus loin, le ton grondant de l’émissaire fait frémir ledit chevalier.
Nachi, couvert de sa Cloth, transpire à grosses gouttes tant la crainte le ronge.
Le Japonais, revenu sur les lieux qui l’ont vu devenir Saint de bronze afin de rattraper le retard qu’il avait sur Seiya et ses compagnons, transpire de panique.
Il reste à genoux, les mains jointes devant une croix plantée au sol : « Ô maître, mon bien cher maître. Vous qui étiez fait de sagesse et de courage, vous qu’il ma fallut défaire au péril de votre vie pour que je devienne chevalier. Ô mon maître, si vous saviez comme j’ai honte. Je suis revenu ici, afin de parfaire mon entraînement et je sais que je suis devenu plus fort, mais je n’ai jamais réussi à surpasser ma peur. Vous m’aviez appris à encaisser les coups, à surmonter la douleur, malheureusement une sorte d’appréhension subsistait en moi. Le Phénix a su l’utiliser à bon escient. J’ai peur de mourir sur le champ de bataille. Un homme hostile vient d’arriver à, Bomi Hills et j’ai… »
Soudain, une secousse ébranle le sol. Si fort que la terre se fissure.
Pris de panique, Nachi recule en rampant. Il hurle de panique, avant de se recroqueviller sur lui-même en tremblant.
Le choc est si violent que le sol s’entrouvre pour former un gouffre dans lequel s’échoue la tombe de son professeur.
Impuissant, Nachi recule encore, les yeux mêlés de peur et de chagrin.
Malgré la fin de la catastrophe, le sol continue à trembler sous les pas du robuste visiteur.
Il apparaît tout sourire à l’orée d’un bois : « Ah ! Te voilà enfin ! J’ai cru devoir être obligé de raser ce pays tout entier vu que tu ne sortais pas de ta cachette ! Ah, ah, ah ! »
Le visage crispé de panique, Nachi n’inspire à l’étranger qu’une colère phénoménale : « Que… Quoi… Tu chiales ?! Mais qu’est-ce que c’est que cette lavette que le Sanctuaire m’a envoyé combattre ?! De qui se moque-t-on ? On a fait faire au grand Voskos Saint de bronze du Bouvier des milliers de kilomètres pour un misérable, que quelques gardes auraient réussi à achever sans même utiliser leurs lances ?! »
Affolé, Nachi ne réagit même pas aux provocations de son adversaire.
Face à cette attitude indigne d’un chevalier, Voskos bondit jusqu’à lui.
La réception de ses cent quatre-vingt-trois kilos, provoque un léger séisme qui fait choir à nouveau Nachi sur son postérieur, n’inspirant que dégoût au Bouvier : « On m’a parlé de renégats Japonais, qui avaient bafoués les codes de la chevalerie. Et qui aujourd’hui tiennent tête à des Saints d’argent… »
Apprendre le niveau atteint par ses amis peine davantage Nachi, il réalise qu’en plus d’être un pleutre, son entraînement ne lui a pas permis d’atteindre une aussi grande maîtrise de son cosmos.
_ « … Et moi, on m’envoie éliminer celui qui devait jouer le rôle de manche à couilles dans cette équipe. Le combat est déjà terminé. »
Au lieu de le révolter, une telle insulte fait douter davantage Nachi. Accroupi face à son adversaire, il le laisse abattre son énorme pied contre son visage.
Nachi perd connaissance, le crâne encastré dans le sol sablonneux…


Dans une dimension qui surplombe la Terre, dans l’une des deux zones non occupées de l’Olympe, là où échouent les êtres qui, pour avoir commis des actes immoraux et des affronts envers les dieux, finissent par mourir, Apodis médite.
Au sommet d’une de ces innombrables colonnes sphériques qui pointent vers le ciel d’un bleu beaucoup plus obscur que celui qui domine le reste de l’Olympe, le chevalier de bronze a les jambes en tailleur, les mains sur les genoux et les yeux fermés.
Immobile sur l’une de ces surfaces plates et surélevées au pieds desquelles l’Hyperdimension est grande ouverte, l’Oiseau de Paradis fait tournoyer autour de lui une déferlante de cosmo énergie.
Dans les prisons de l’Olympe, l’aura que dégage Apodis, est à la hauteur de l’évolution de ses capacités et de sa totale maîtrise du septième sens. Aujourd’hui dorée, sa cosmo énergie a suivi toute l’évolution qui a fait d’Apodis un Saint aguerri.
Autrefois orangé, puis brun après la perte des siens, son cosmos est dorénavant aussi éclatant que son calme et sa maîtrise de l’ultime cosmos.
La voix bienfaitrice de Déméter ne lui fait perdre en rien sa réflexion : « Je vois que tu continues de t’exercer malgré l’annonce de ton jugement. »
Le Grec ouvre ses yeux pour toiser la déesse à l’apparence d’une femme quasiment nue, l’intimité à peine dissimulée par quelques ornements, sans que cela n’altère son entraînement. « Maintenant que je sais que je serai mis à mort, je n’ai pas l’intention de partir sans combattre. Je veux montrer aux dieux à quel point l’être humain et fier et brave. Ici, je n’ai pas idée du temps qui s’écoule. Et tant mieux, chaque instant en ce lieu me parait infini. Mon corps récupère avec merveille de mes blessures, grâce au nectar et à l’ambroisie que vous m’offrez, même si j’ignore toujours votre nom. »
La boule de cosmos continue de tournoyer maintenant autour d’eux, sans nécessiter la moindre attention d’Apodis. Comme si ce don lui est inné. Le noyau de force virevolte, près des longs cheveux noirs de jais de la Déesse de l’Agriculture et des Moissons : « Dans ton monde, cela fait déjà plus de deux semaines que les Olympiens ont fixé ton sort. Néanmoins, pour eux qui disposent de l’éternité, ça n’est même pas semblable à quelques secondes de perdues.
_ C’en est autant de gagné pour moi !
_ Tu espères faire changer le jugement des dieux ? »
Apodis se relève et arbore son torse nu athlétique. Il tourne autour de Déméter, dans le sens opposé de celui de son cosmos. Le claquement des derniers morceaux de sa Cloth qui couvrent ses pieds contre le pylône où il est retenu prisonnier provoque une cadence musicale rythmant cet endroit où le calme est effrayant : « Quel dieu ici peut comprendre la cause des hommes ? Des dieux que j’ai aperçu jusqu’à présent, seule Hébé était digne de respect. Les autres, hormis nous regarder de haut et mépriser notre existence, ne cherchent pas à savoir qui nous sommes. Si l’homme s’est émancipé d’eux, c’est justement parce qu’ils ont eux aussi quelque chose à apporter à l’humanité. »
Déméter dissimule son corps svelte et plein de grâce d’une toge sombre au tissu très fin permettant de voir au travers. Son visage aux traits très tirés et ses larges yeux répondent à Apodis avec moins de dédains que ses semblables : « Je demande à voir.
_ Qui êtes-vous ? Pourquoi me gardez-vous en bonne santé ?
_ J’ai toujours été favorable aux hommes. Et je crains un complot visant la Terre, mais surtout je crains que Zeus ne se fasse duper. Les efforts répétés de certains dieux de l’Olympe commencent à faire douter Zeus des humains. Peut-être seras-tu l’homme qui parviendra à maintenir son estime pour l’humanité, le temps que sur Terre Athéna s’éveille totalement et reprenne les choses en main.
_ Et pourquoi ne pas aider Athéna ?
_ Je ne suis qu’une simple observatrice. Et puis en t’aidant, je l’aide finalement aussi un peu. »
Apodis cesse son exercice et laisse la vague cosmique venir le heurter sans qu’il en souffre.
La déesse l’en félicite : « Tu présentes de grosses facultés à encaisser les coups. Cela te sera très utile dans l’arène.
_ Qui vais-je affronter ?
_ Des Anges.
_ Alors cela ne suffira pas à m’aider. Jusqu’à ce qu’ils décident de me mettre à mort, je dois m’entraîner encore. Je ne suis pas au niveau de cet Ange, Peleus, que nous avons vaincu sur Terre.
_ Les Anges sont bien plus puissants que les meilleurs des hommes que vous nommez Saints d’or. T’en sens-tu capable ?
_ Si pour les dieux deux semaines ce n’est rien, pour un humain c’est déjà beaucoup. Ce qui pour eux est du temps perdu, est pour moi du temps gagné. »
Le visage de Déméter reste figé comme d’habitude. Alors qu’elle s’apprête à quitter les lieux, Apodis l’interpelle : « Je ne suis pas seul ici n’est-ce pas ?
_ Pardon ?
_ Il y a un autre prisonnier loin d’ici. Même si je ne le vois pas en raison de la distance qui nous sépare, je le sens. Lui est plus fort qu’un Saint d’or. Qui est-il ?
_ Un être qui a trop voulu s’approcher des dieux.
_ Vous l’avez puni pour ça ?
_ Certains considèrent que c’est une punition. Mais pour d’autres, ce n’est qu’une étape.
_ Une étape avant quoi ?
_ Son sacre. Il n’a plus rien d’un homme, il s’est exorcisé de son statut humain. »

Au loin, là où le cosmo terrifiant que ressent Apodis prend forme, un globe d’éclairs entoure la colonne où est retenu le prisonnier.
Ceux-ci crépitent, s’entrechoquent, sous le regard masqué de l’inconnu qui les invoque. Ses grands yeux bleu ciel, fixent avec fierté cette énergie invoquée qu’il manipule à merveille.
Ses cheveux roux ébouriffés, volent dans le vent au gré de ses rapides déplacements.
Enfin, en dressant ses poings vers les cieux, il libère d’une voix emprunte de confiance, tout son cosmos qui s’envole dans le néant : « Highest Altitude ! »
Ses bras, couverts jusqu’au biceps du même tissu jaune pâle que son pantalon, retombent le long de son corps. Ils arrivent là, où s’arrêtent le long voile blanc qui habille son torse, ceinturé à la taille pour former une jupette sur le haut de ses cuisses.
Il arbore un sourire fier sans même s’essouffler d’une telle attaque.
Sans le surprendre, un bruit de pas résonne derrière lui.
Immédiatement, le ciel s’assombrit et la lune apparaît.
Sur le pied habillé d’une ballerine blanche retombe un immense voile blanc qui couvre même jusqu’aux mains la blafarde Déesse de la Lune : « Quels progrès incroyables. Ton arcane est digne de toi, Ikaros. »
Le susnommé lui fait face et s’agenouille : « Ne croyez pas que je suis un être faible, ô Artémis. Je ne suis plus un humain. Je deviens semblable à un dieu. »
Artémis s’approche de lui pour lui ôter le masque qu’il s’est imposé pour lui plaire : « Je le sais. Ce masque destiné à renier ton identité terrestre et le don de toi à t’appliquer chaque jour à devenir plus fort sont des preuves suffisantes. »
Elle plonge ses yeux jaunes dans les siens, instaurant une profonde passion et ramenant à la surface des souvenirs partagés…

Flashback
1980 - Le visage tuméfié, ses modestes vêtements déchirés, un petit garçon était étendu au sommet d’une des colonnes de la Prison de l’Olympe.
Dans des circonstances qui feraient frémir plus d’un guerrier confirmé, l’enfant de sept ans restait les yeux rivés vers le ciel, froncés avec détermination. Il tenait avec sa main droite son épaule gauche démise sans se plaindre. Sa mâchoire était crispée pour contenir la douleur.
Après de longues heures sans vaciller, son champ de vision se mit à être brouillée par l’arrivée inopinée de la lune. Ses sens aiguisés lui permirent d’entendre des pas délicats venir à lui.
_ « Qui peut bien marcher ici, sur une tour au milieu du vide, si ce n’est un dieu, déduisait-il ? »
L’enfant redressa son buste sans difficulté, comptant sur un travail musculaire acharné.
Il fut saisi par les larges yeux jaunes et la chevelure, blonde pâle, de cette grande et ravissante entité, qu’il avait déjà identifié rien qu’à la façon dont elle lui était apparue.
Le jeune frère de Marin se permit de prendre la parole : « Vous êtes la Déesse de la Lune n’est-ce pas ? »
Elle lui paraissait magnifique. Ses épaules nues lui laissaient apparaître une peau laiteuse qu’il soupçonnait douce et agréable au touché.
Froide, le visage inexpressif, Artémis lui répondit : « Est-ce toi l’humain que mon frère Apollon a puni ? Celui qui a commis l’outrage de vouloir être comme un dieu ? Je m’attendais à plus impressionnant. »
Le Japonais, tout en continuant à courber l’échine, fit scintiller quelques faisceaux lumineux teintés de rose juste devant la déité.
_ « Des éclairs ! C’est un pouvoir peu commun. Et surtout, le pouvoir de notre roi tout puissant. »
Il la regarda alors fièrement dans les yeux, sans même se douter qu’elle aurait pu considérer ceci comme un outrage.
Artémis pointa la clochette que portait le garçon autour du cou : « Qu’est-ce donc ? »
Toma la dissimula sous son maillot miteux : « Cela n’a aucune valeur.
_ Comment t’appelles-tu humain ?
_ Je n’ai pas de nom humain. Je suis au-dessus de cela.
_ Quel homme de valeur peut renier son origine ?
_ Il n’y a aucune valeur à vivre dans la tristesse comme un humain. La vraie valeur, c’est celle qui permet de surmonter la faiblesse des sentiments.
_ Tu risques de perdre toute humanité.
_ C’est le meilleur moyen de me rapprocher des dieux.
_ Ne connais-tu pas l’histoire d’Icare ? Pour un homme, trop vouloir s’approcher des cieux mène à sa perte. »
Tout en restant modeste, Toma prouve sa détermination : « S’en approcher ? Mais les cieux, n’y suis-je pas déjà aujourd’hui ? »
Pour la première fois, les petites lèvres roses d’Artémis s’élargirent très légèrement, pour dessiner ce qui s’apparente à un sourire.
Elle avança jusqu’à lui et, d’un très lent signe de la main, elle l’invita à se lever.
Toma obéit, en gardant néanmoins la tête en direction du sol en guise de respect.
Pendant de longues minutes, instaurant un silence gênant, Artémis fixait la tête à la chevelure poisseuse. Elle décida enfin : « Si tu n’es pas un humain, si tu rêves d’approcher les dieux, alors tu es comme Icare. Désormais, tant que tu vivras ici, tu te nommeras Ikaros. »
Toma la dévisagea enfin, lui témoignant toute sa conviction et tout le respect qu’il lui vouait.
Lorsqu’elle lui tourna le dos, avant de disparaître, elle l’avertit : « Sous cette colonne est ouvert un passage sur l’Hyperdimension. Les prisonniers y tombent et s’y désintègrent lorsqu’ils sont à bout de force, affamés ou qu’ils délirent car la solitude les pèse. Comme Icare, tomberas-tu toi aussi ? »
Flashback

Toma rompt le silence et les souvenirs de sa déesse : « Majesté, ne vous ai-je jamais montré à quel point je vous suis fidèle ? Quand pourrais-je vivre auprès de vous et non plus dans cette prison ? »
Les yeux d’Artémis s’écarquillent. Elle lui caresse délicatement la joue en murmurant : « Seuls les Olympiens peuvent vivre hors de cette prison. Quant à vivre auprès de moi… »
Toma assure d’une voix confuse : « Je ne pense qu’à vous servir. Devenir un Ange de l’Olympe, seul les Olympiens le peuvent. Etre un Ange m’assimile à eux non ?! »
Elle s’accroupit pour mieux faire face à son sujet pendant que celui-ci continue : « Non. Non, je ne suis pas eux. Je suis au-delà. Je le suis pour vous. Faites de moi votre bras armé, votre parole, votre… »
Elle approche si prêt sa tête de celle d’Ikaros que leurs lèvres se frôlent presque, lorsqu’elle l’interrompt pour achever sa phrase : « … souffle ? »
Toma, troublé, avale sa salive : « Si cela est votre volonté. »
Elle ne lui répond que par une caresse lente, presque sensuelle, le long de son visage, du haut de son oreille jusqu’à son menton.
Lorsqu’elle se relève, à mesure que la lune s’éloigne, sa silhouette s’évapore dans l’air, ne laissant juste que le temps pour elle de prononcer : « Ikaros, mon fidèle Ange. L’heure de ta grâce approche. N’ait crainte. »


Au Libéria, à Bomi Hills, étendu face contre terre, Nachi est inconscient.
Voskos, selon toute vraisemblance vainqueur, crache sur sa dépouille, d’où s’écoule beaucoup de sang sortant de l’importante plaie crânienne qu’il a provoquée.

Prisonnier de son subconscient, l’esprit de Nachi se laisse approcher par une étrange aura qui émane de sa Cloth.
_ « Maître ! Est-ce vous ? Je vous sens si proche de moi, interroge-t-il perturbé ».
Une voix chaleureuse mais non moins déterminée lui répond : « C’est toi qui es proche de moi. Tu es proche de la mort. Une mort que tu m’as donnée, afin de prendre ma place et de protéger Athéna mieux que moi je n’en étais capable arrivé à mon vieil âge. Hélas, tu t’es égaré en chemin Nachi. »
Nachi se voit dans un immense puit en haut duquel la silhouette de son adversaire l’attend : « Je ne peux pas vous abandonner maintenant Maître. Sans quoi je retournerai me faire martyriser par cette brute. »
L’âme du professeur rétorque : « Te faire martyriser ?! Mais mon garçon, as-tu idée des souffrances des Enfers ? Sais-tu au moins qu’on souffre davantage une fois mort que vivant ? Et que c’est pour offrir la paix à tout défunt, qu’Athéna affronte Hadès à chacune de sa réincarnation ? »
Nachi refuse de regarder plus longtemps la lumière du jour : « Athéna ?! C’est elle qui envoie aujourd’hui ces assassins du Sanctuaire contre nous autres ! »
Un déchirement de douleur répond à Nachi. Le son est si puissant, si malsain, si angoissant que le Loup se cache à nouveau derrière ses bras : « Maître ?! Est-ce vous ? Que se passe-t-il ? J’ai peur ! »
La voix bien plus fatiguée qu’au début de l’entretien, l’ancien Saint du Loup reprend la conversation : « Ce n’était que le gardien de la prison des enfers où je suis enfermé, qui est venu m’infliger mon supplice quotidien. »
Nachi avale difficilement sa salive : « La mort est-elle si ignoble ? »
La voix du maître est de plus en plus haletante : « Tu n’as pas idée Nachi. Trouve Athéna. Délivre-nous du martyr de la mort. La souffrance de la vie n’est qu’un détail de nos trop courtes existences sur cette Terre. »
Nachi panique : « Mais suis-je suffisamment fort pour le vaincre ? Et comment trouver Athéna alors qu’elle gouverne le Sanctuaire ? Vous m’entendez Maître ? Maître ?! Maître ! »
Seuls de nouveaux cris résultants de la torture répondent à Nachi.
Il reste de longues secondes à réfléchir, tourmenté par la douleur éternelle de la mort de son professeur et la peur de se retrouver face à son adversaire.
Les déchirures de la mort commencent à l’affoler. Il choisit alors de se donner la chance d’éviter cela, en plantant ses doigts contre la paroi du puit pour se hisser en dehors.

Face à Voskos, Nachi commence à se redresser.
Le Bouvier toise de son mètre quatre-vingt-dix-sept, celui qui lui paraît n’être qu’un minuscule microbe.
Toutefois, en se relevant, Nachi rigole. Il se tient la tête d’où s’écoule toujours beaucoup d’hémoglobine : « La douleur à ma tête ne paraît pas aussi insurmontable que les souffrances qu’endurent mon maître qui était un homme courageux… »
Il regarde avec conviction Voskos : « … Donc ça ira ! J’arriverai à surmonter ma peur ! Je le lui dois ! »


En Olympe, au bord de la tour qui le retient, Toma reste immobile à observer le vide, sans se douter qu’en cas de chute dans l’Hyperdimension il n’aurait, grâce à sa clochette rien à craindre. La clochette n’est autre qu’un Pendentif de Zeus permettant de voyager entre la Terre et l’Olympe.
Il revit le temps de quelques instants les souvenirs qu’il a depuis sa première rencontre avec Artémis…

Flashback
1980 - Semaine après semaine, sans relâche, Ikaros poursuivait ses entraînements acharnés. Guéri, déterminé, il s’activait sans cesse à prouver de quoi il était capable après qu’Artémis l’ait mis au défi.
Il n’avait pas mangé depuis son arrivée, ni bu. Seuls les exercices lui importaient pour devenir plus fort. La fatigue, la faim, la soif, la douleur, le chagrin, le manque de sa famille… Tout cela disparaissait peu à peu de sa tête, de son c½ur. Il ne voyait qu’elle, celle qui lui est apparue lorsqu’il est arrivé ici, Artémis. Développant sans s’en rendre compte sa source nourricière qui allait substituer peu à peu tous les besoins dont il s’était privé, le cosmos.

1981 - Amaigri mais sculpté, effilé, Toma arborait, dans sa piteuse tenue une carrure athlétique. Son visage était déjà plus marqué, plus dur. Quasi inexpressif.
Les grésillements lumineux qu’invoquait son cosmos étaient désormais des éclairs.
La fatigue, la faim, la soif, la douleur, le chagrin, le manque de sa famille n’existaient plus. Quelques tintements de sa clochette qu’il dissimulait sous son maillot, venaient parfois lui ressasser quelques images en vracs dans sa mémoire, sans lui faire oublier que celle qu’il attendait désormais c’était Artémis.

1982 - Elle lui vint. De la même façon que la fois précédente. Il n’attendit pas et s’inclina aussitôt.
Elle marcha d’un pas lent et calculé jusqu’à lui. Sa démarche était parfaite, Toma était admiratif.
_ « Icare n’est pas encore tombé ?
_ Seuls les dieux peuvent influencer le destin. Je vous ai prouvé que le destin d’Icare pouvait être changé si vous le vouliez.
_ Un dieu ne présente pas une tenue aussi lamentable.
_ Habillez-moi selon votre convenance. »
Artémis, d’un ton monocorde, se contenta de répondre : « En es-tu digne ? »
Immédiatement, apparurent derrière elle cinq êtres. Tous libérant une jupette par-dessus une armure.
_ « Voici Makhaon, Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus. Ils sont des chevaliers de l’Olympe. Des Anges. Ils portent les Glories. »
Sans qu’elle n’ait besoin de le lui demander, Makhaon passa devant Artémis. Il regardait avec dédain Toma : « Je ne peux comprendre ce que sa Majesté Artémis peut trouver comme intérêt auprès d’un humain. »
Toma fit scintiller dans les airs quelques éclats roses : « J’apporte tout simplement la garantie de protéger celle qui saura me reconnaître tel que je suis réellement, contrairement à toi. »
L’Ange qui se faisait appeler comme le Machaon de la mythologie, fils d’Asclépios et excellent médecin, tourna au bord du précipice, de sorte à forcer Toma à se positionner au centre de la surface où il était prisonnier.
Le regard sévère, couleur feu, comme ses cheveux, Makhaon toisa son adversaire : « Je crains que sa Majesté Artémis ne soit dupée par tes belles paroles. Tu mourras pour celles-ci. Le Crépuscule Lunaire aura raison de toi : Moon Twilight Flash ! »
Aussitôt, la lumière perdit de son intensité. Alors que le jour allait laisser place à la nuit, une lumière diffuse apparut brusquement et transperça Toma en pleine poitrine à une vitesse sensationnelle. Le malheureux fut projeté au sol, pris d’une douleur intense à la poitrine.
_ « J’en étais sûr. Ce mouvement était proche de celui de la lumière, une vitesse que nous arrivons facilement à dépasser. Et tu n’as même pas su l’esqui… »
L’Ange ne put achever sa phrase que déjà l’épaulette droite de sa Glory explosa dans un éclat de sang.
Toujours au sol, Toma affichait malgré la douleur un sourire provocateur : « En effet, cette vitesse était vraiment futile. La prochaine fois, je m’appliquerai à frapper plus fort en veillant à ne pas me faire surprendre. »
Makhaon leva les yeux en direction de Toma. Son regard avait changé. Comme Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus, il observait l’être humain avec un sentiment nouveau. La surprise.
Artémis, elle, affichait sur son visage froid et hautain une expression nouvelle. Ses lèvres prirent une forme qu’elle n’adoptait que très rarement, s’apparentant à un sourire. Cela était provoqué malgré elle, par un sentiment étrange de bien-être à la vue de cet homme.
Makhaon, refusant de se soumettre, tourna à nouveau sur la plateforme : « Moon Twilight Flash. »
La lumière du jour commença à disparaître de nouveau, mais alors que la dernière lueur du jour prit la forme d’un filet de lumière destiné à abattre Toma, une barrière d’éclair entoura le Japonais pour le protéger.
Immédiatement, Ikaros se mit en position d’attaque pour riposter.
Abasourdi, l’Ange ne le vit pas surgir derrière lui pour le cogner dans le creux du dos avec son coude.
Il se retourna aussitôt pour frapper du gauche, mais Toma passa au-dessus de lui pour frapper d’un coup de pied retourné l’estomac du malheureux qui retomba devant la Déesse de la Lune.
Couché sur le dos, il essuya le regard méprisant de sa maîtresse.
Furieux envers lui-même, il tenta une nouvelle fois d’invoquer son arcane que le prisonnier s’empressa de contrer à nouveau. D’ordinaire doté du même sang-froid, que les Olympiens, l’Ange devint survolté : « C’est impossible. Je t’ai projeté le Crépuscule Lunaire deux fois de suite à pleine vitesse et de toutes mes forces. Même les plus puissants êtres humains sont incapables de voir cette puissance qui dépasse le commun des mortels. »
D’une attitude bien plus posée que celle de son adversaire, Toma répondit sèchement : « C’est que dans ce cas, j’ai dépassé le stade de l’être humain. Tu as voulu jouer avec moi en me sous-estimant. Hélas, cela m’a suffi pour analyser ta technique. Quelle que soit la puissance et la vitesse que tu dégageras pour l’invoquer à nouveau, je la contrerai. Je te domine. »
Ne l’entendant pas ainsi, l’Ange s’élança mais fut saisit par la vitesse à laquelle Toma se précipita à son tour contre lui. Il lui envoya un coup de pied en plein menton. Projeté dans les airs, Makhaon effectua un salto pour se remettre sur ses jambes et repartir à l’attaque. Il réussit à cogner avec sa jambe l’estomac de Toma et voulut enchaîner d’une gauche, qu’il s’empressa d’éviter en s’élançant dans les airs.
Makhaon empêcha qu’il ne lui retombe dessus en effectuant un magistral mouvement acrobatique. Néanmoins, à peine avait-il retouché le sol qu’il était balayé par les jambes d’Ikaros.
Il s’appuya sur le sol pour se lancer contre Toma et réussit à le frapper avec son pied droit au visage. Profitant du même élan et d’une incroyable agilité, il effectua le même geste avec la jambe gauche, obligeant Toma à baisser sa garde pour passer ses mains contre sa pommette ouverte après le choc.
Ne réalisant pas que l’étau se resserrait autour de lui, Makhaon regardait son rival essuyer son sang.
Ikaros lui tourna le dos pour approcher le précipice et balança l’hémoglobine qu’il avait recueillie dans la paume de sa main afin de vexer davantage son adversaire : « Il est hors de question que je souille de mon sang la surface sur laquelle la Déesse Artémis a posé les pieds. Pas une goutte de mon sang ne la souillera. »
Makhaon se tint aussitôt son épaule ensanglantée qui salissait la geôle depuis le début de l’affrontement.
À la fois affectée par l’humiliation de son homme de main et charmée par la performance d’Ikaros, Artémis prononça d’une voix calme à l’attention de Makhaon : « Tue-le. Sinon, s’il est au-delà de l’être humain comme il le dit si bien, Ikaros vaincra. "
L’Ange refusa de se laisser ridiculiser plus longtemps. Il se lança contre lui. Poing gauche, coup de pied sauté, droite, rien ne passa. Ikaros était trop vif.
Alors l’Ange usa d’ingéniosité. Il écarta les bras et laissa sa cosmo énergie souffler les lieux pour repousser Toma dans le vide.
Ce dernier, ne pouvant contenir une telle rafale s’élança dans les airs, pour le plus grand plaisir de Makhaon.
Sans qu’il ne concentre le moindre effort, le guerrier matérialisa dans son dos deux ailes d’angelot qui lui permirent de voler jusqu’à Toma.
Pouvant se mouvoir à sa guise, il reprit le dessus en malmenant Toma dans les airs. Il le projeta plus loin grâce à un coup de pied, menaçant ensuite de le faire tomber dans l’Hyperdimension en le cognant des deux poings derrière sa tête.
Il choisit de jouer avec lui plus longtemps pour réaffirmer sa supériorité auprès de sa maîtresse en le renvoyant plus haut d’un magistral uppercut.
Au moment où tout semblait fini pour Toma, d’étranges grésillements se firent entendre autour de lui.
Alors qu’il était à la merci de Makhaon, celui-ci perdit de l’altitude. Les grésillements devinrent pour l’Ange des crépitements qui s’attaquèrent à ses ailes. Des éclairs roses rongèrent ses plumes et l’obligèrent à réintégrer la surface de combat.
Cependant, Makhaon ne perdait rien de son sourire, il se délectait de voir Toma s’échouer vers l’Hyperdimension.
Alors que la chute semblait acquise, les éclairs continuaient de graviter autour de Makhaon.
Celles-ci devinrent de plus en plus bruyantes, alors que de grands traits de foudre venaient de là où avait sombré Toma.
Artémis commenta : « Comme Icare, Ikaros a réussi à voler. Saura-t-il ne pas se brûler les ailes ? »
A cet instant, Toma réapparut. Il dominait le vide grâce à l’émanation de ses éclairs. Il lévitait avec élégance, voire majesté.
Les quatre autres Anges restés en retrait. Eux, descendants des dieux, ressentaient de l’admiration. Makhaon, de la peur.
A quelques centimètres du sol sur lequel l’attendait son adversaire, Toma, grâce à son envol, le dominait. Il resta de longues secondes à le dévisager pour reconnaître sur le visage d’ordinaire insensible de l’Olympien, un sentiment de rage qui se changeait peu à peu en épouvante.
Makhaon, inconsciemment, commença à glisser un pas en arrière. Il était effrayé.
Toma ne le laissa pas en faire un second. Il lui colla un crochet du gauche en plein torse, le transperçant sur le coup. Il garda son bras logé dans la carcasse de son adversaire qui agonisait. Il invoqua toute sa cosmo énergie pour le foudroyer dans un champ d’éclair : « Highest Altitude. »
Pour la première fois de son existence, Artémis entendit hurler de douleur et de désespoir un Ange. Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus abandonnèrent leurs visages habituellement si inexpressifs, pour grimacer devant la terreur qu’inspirait Toma.
Les éclairs sortaient de Makhaon par tous ses orifices. Ses oreilles, son nez, sa bouche et même ses yeux libéraient des gerbes de foudre, tandis que la Glory éclatait de part en part, ne supportant plus la pression exercée.
Enfin, dans un dernier râle, les souffrances de Makhaon prirent fin. Son corps céda et implosa, ne laissant plus que Toma seul au milieu d’un nuage de fumée.
Quand le calme regagna les lieux, Toma avança jusqu’à Artémis. Les quatre Anges passèrent devant la Déesse de la Lune, mais aucun n’osa se dresser contre l’homme.
Il s’inclina devant Artémis : « Si mes capacités n’ont pas réussi à vous convaincre que suis digne de vous, alors laissez-moi souffrir ici seul davantage de votre absence. »
A cela, Artémis resta sans réaction. Elle ne décrocha son regard hautain, que lorsqu’elle choisit de lui tourner le dos et de disparaître comme elle était venue, en compagnie de ses quatre sujets.
Seul, à genoux, Ikaros restait serein, il savait qu’il avait conquis l’Olympienne.

1983 - Toma était assis, en tailleur, au milieu de la surface où il avait tant brillé.
Il ne pensait plus à la soif, à la faim, à la douleur ou au chagrin. Il n’était pas impatient non plus. Il savait que le jour arriverait.
Et il arriva. Artémis réapparut avec ses quatre Anges. Toma se leva, les quatre s’agenouillèrent. Il l’avait compris, Artémis l’avait reconnu.
Elle se contenta de lui dire : « Suis-moi. »
Il s’exécuta et lévita hors de la Prison de l’Olympe. Il survola les vertes contrées où le peuple Olympien vivait paisiblement. Il suivait la trace du cosmos qu’Artémis avait laissé derrière elle avant de disparaître. Autour de lui, ailes déployées, Antilokhos, Mériones, Odysseus et Theseus l’escortaient.
Ils arrivèrent devant onze temples positionnés au pied du Mont Olympe. Immédiatement, le Japonais leva les yeux en direction du sommet qu’il ne pouvait distinguer de là où il était. « Zeus, admirait-il… »
Il suivit les quatre Anges qu’il devinait désormais à son service et arriva devant un temple gardé par des jeunes filles, les Satellites. Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portaient un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblaient être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune.
Il les survola avant de pénétrer dans le palais aux pierres froides et aux colonnes grecques qui soutenaient des voûtes sur lesquelles étaient gravés des croissants de lune.
Autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairaient à nettoyer les lieux et à prier sans cesse au beau milieu des allées sous les ordres de Callisto qui sermonnait à l’occasion un jeune garçon nommé Lytus.
La protection de Callisto était semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de le dévisager, il apparut aussitôt à Toma qu’elle était extrêmement retorse.
Au détour de quelques couloirs, ils passèrent devant la salle impériale où, d’ordinaire, trône la déesse sur une grande ouverture à ciel ouvert qui laisse apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune.
Sur le flanc, de la pièce, les Anges cessèrent et d’un mouvement de tête, Theseus fit comprendre à Toma qu’il devait poursuivre seul derrière la porte dressée devait lui.
Il l’ouvrit sans ménagement et fut saisi par la chaleur qui s’échappait des vapeurs d’eau de la salle des thermes.
Même dans la salle d’eau, l’empreinte lunaire rendait l’atmosphère lugubre.
Néanmoins, cela ne dérangeait guère l’homme qui cherchait parmi la brume une quelconque silhouette.
Celle qu’il vit l’ensorcela.
Au beau milieu d’un bassin, le visage ruisselant, entièrement vêtue, Artémis avait de l’eau jusqu’à la nuque. Ses vêtements blancs lui collaient à la peau et laissaient transparaître ses formes gracieuses.
Toma était admiratif. Il fallut que des servantes viennent lui attraper les bras, afin de le guider dans le bassin pour qu’il reprenne ses esprits.
Il descendit progressivement dans l’eau chaude, jusqu’à ce que l’onde couvre ses épaules.
A mesure qu’il avançait, les servantes lui ôtaient ses vieilles frusques, afin qu’il puisse tremper auprès de sa déesse dans le plus simple appareil.
D’autres lui frottaient le corps en prenant soin de s’attarder sur chaque partie de son intimité, afin de nettoyer cette apparence devenue si athlétique. Ses cheveux mouillés, une fois lavés, passaient devant ses yeux, mais ne l’empêchaient pas de voir Artémis venir jusqu’à lui.
Elle lui passa ses mains mouillées devant son visage, pour lui dégager la vue et laissa perler quelques gouttes qui roulèrent jusqu’à ses lèvres. Toma restait immobile à admirer celle qui lui permettrait de s’élever au rang de dieu.
Délicatement, très lentement, les mains d’Artémis descendirent jusque dans son cou, caressèrent ses pectoraux puis s’écartèrent sur ses épaules pour descendre le long de ses bras et lui tenir fermement ses mains : « Ikaros. Tu es diffèrent. Tu seras sous ma protection. Tu es le seul humain que j’ai choisi. »
Après cela, les sujets d’Artémis vinrent chercher de nouveau Toma pour le sortir et le sécher. Elles l’habillèrent d’un pantalon jaune pâle comme les guêtres qu’elles lui passèrent le long des bras. Elles couvrirent son torse d’un long voile blanc qu’elles ceinturèrent à la taille pour former une jupette sur le haut de ses cuisses. Elles lassèrent ses chevilles de spartiates tout en plongeant chaque fois dans ses beaux yeux bleus. Ikaros ne laissait personne indiffèrent.

Après l’avoir nourri de nectar et d’ambroisie en l’invitant à prendre place sur les couches qui entourent la sienne, Artémis fit un simple signe de la main pour que ses quatre Anges qui gardaient la salle fassent venir sur un plateau une armure resplendissante.
_ « Mais c’est…
_ Une Glory. Ta Glory. »
Il se leva aussitôt et se précipita sur elle pour la détailler. Elle se défit de son socle lorsqu’il essaya de la toucher et se laissa couvrir par celle-ci.
Avec fierté, il se tourna en direction d’Artémis pour la saluer en s’agenouillant.
Seulement, elle fronçait ses sourcils.
Elle cueillit une fois encore son visage : « Malgré cette tenue, en te regardant, j’ai toujours l’impression de voir un humain.
_ Alors changez-moi ce visage. Rendez-moi divin à vos yeux. »
Elle passa ses mains sur le diadème de la Glory qui coiffait ses cheveux roux comme le fait toute Glory. Celui-ci vint dans ses mains et épousa une autre forme. Elle ajusta affectueusement ce qui est devenu un loup : « Maintenant tu es Ikaros. L’Ange qui commandera l’armée de la Déesse de la Lune pour l’Olympe. »

1985 - Droit, le visage dressé vers les sommets, seul sur sa plateforme où il est resté vivre, Ikaros était pensif.
L’obscurité naissante annonçait l’arrivée d’Artémis qu’il salua en s’agenouillant comme il en avait l’habitude.
La voix pleine de dépit, il prononça à peine : « Venez-vous me chercher pour passer la journée à vos côtés avant de me ramener ici une fois encore ? »
Elle s’empressa de venir lui plaquer sa tête contre sa douce poitrine : « Tu deviens chaque jour plus fort, plus proche de ton but. Un jour viendra où une mission te sera confiée. Elle sera alors l’occasion pour toi de t’affirmer aux yeux de tous. De faire de toi un Olympien à part entière. Alors, seulement, tu seras autorisé à quitter cette prison, pour d’autres circonstances que celles qui t’autorisent uniquement à m’accompagner. »
Flashback

Toma dresse son poing vers le ciel et fait virevolter ses éclairs : « Oui, ce jour viendra. Et je leur montrerai à tous que je suis un dieu. »


Au Libéria, le vent soulève la poussière de Bomi Hills qui couvre le sol et voile la vision des deux Saints de bronze.
Le visage dégoulinant d’hémoglobine, Nachi lutte contre ses doutes pour faire face à un Voskos qui fait craquer ses poignets d’impatience : « Bon, il semble que tu sois plus généreux que je ne l’aurai cru. Tu vas m’offrir un peu de divertissement finalement. »
A peine une demie seconde s’écoule après la fin de sa phrase, que le Saint du Bouvier cogne de plein fouet la poitrine du Loup.
Projeté plus loin, Nachi passe sa main contre sa Cloth qui protège son torse comme pour la remercier d’être toujours en vie. « Quelle force brute. J’ai l’impression qu’un troupeau tout entier vient de me piétiner, ressent-il. »
Néanmoins, il se relève avec le sourire, faisant grimacer le colosse : « Mon premier coup t’aurait-il fait perdre la tête pour que tu sois amusé malgré la situation ? Dans ce cas, je vais abréger tes souffrances en t’achevant d’un unique coup. Le Piétinement Sauvage va te remettre les idées en place ! Katapatisi Agria ! »
De son poing titanesque, Voskos libère toute sa force.
Nachi observe la masse d’énergie se diriger contre lui, en grimaçant. Il plisse les yeux comme pour appréhender la douleur et n’arrive pas à avaler sa salive, tant la crainte de souffrir le gagne. Mais il en est convaincu : « Je dois surmonter ma peur. »
Face au cosmos dévastateur, il écarte grand les bras et se laisse heurter de plein fouet.

Le vent résultant de l’onde de choc soulève un rideau de fumée qui cache la vue de Voskos, l’empêchant d’apprécier jusqu’où il a projeté son adversaire.
Cependant, la voix de Nachi l’informe des intentions de ce dernier : « Le meilleur moyen de vaincre sa peur, c’est d’y faire face, encore et encore, en l’endurant. Je surmonterai les pires souffrances, jusqu’à ce que je devienne inflexible face à ma peur. »
Le chevalier se libère du rideau poussiéreux et arbore son visage égratigné, avec une confiance de plus en plus grandissante.
Voskos fronce ses sourcils : « Ça alors ! Tu as encaissé sans broncher et tu es encore debout !
_ Je suis doué. J’ai du talent. Et je suis résistant. J’ai même repris l’entraînement depuis des semaines. Toutefois, ma peur est un handicap. Mais je vais la chasser de mon esprit grâce à toi. Tu vas être mon exorciseur ! »
Le Japonais surprend d’un déplacement agile le Grec. Il lui décoche une gauche en plein estomac. Le second direct est bloqué par le buffle qui le tire vers l’avant de son bras droit et le cogne entre les omoplates de son énorme poing gauche. Nachi s’échoue à terre. Il redresse à peine son buste qu’une reprise de volée du pied de Voskos l’envoie s’encastrer dans une roche à proximité.
La brute charge le Loup de tout son poids, mais Nachi parvient à le bloquer en fixant fermement ses jambes au sol. Il riposte d’un direct dans la poitrine, puis saisit Voskos par son énorme cou et le balance par-dessus lui. La violence de l’impact est telle que la roche contre laquelle le Bouvier s’écrase se brise.
Il sort des décombres furieux. Il perd son sang froid et s’élance à nouveau. Cette fois-ci Nachi esquive une droite, en effectuant un salto arrière. Il pivote la tête de gauche à droite, puis de bas en haut pour éviter les enchaînements de Voskos.
Malgré toute la puissance invoquée par le Bouvier, le Loup parvient même à bloquer sa dernière droite et à le corriger d’une gauche. Le géant retombe sur le dos, le nez brisé.
Malgré la douleur, il n’est pas prêt à renoncer : « Je vais t’apprendre à jouer le malin avec moi. Encaisse donc mon arcane avec tout ce qu’il me reste de puissance : Katapatisi Agria ! »
Le cosmos libéré par le Bouvier, prend la forme d’un troupeau de bovins qui se précipite sur un loup esseulé. Pourtant, l’animal solitaire parvient à ralentir la troupe, l’onde de choc s’estompe entre les mains de Nachi.
_ « C’est impossible, un être aussi faible ne peut stopper une telle puissance à mains nues !
_ Rien n’est impossible pour un chevalier. Une même attaque ne marche jamais deux fois contre un Saint averti. »
Stupéfait, Voskos recule d’un pas mais se ressaisit, il refuse de renoncer : « Non ! Même si le Piétinement Sauvage n’a plus le moindre effet, la force de mes membres réussira à te faire taire. »
Ebranlé par la détermination de Nachi, Voskos lâche sa garde et se jette de tout son poids.
Le Loup effectue une cabriole pour passer au-dessus de son ennemi et pour le frapper dans le dos : « Dead Howling. »
Malgré la simplicité du geste, le coup de poing de Nachi est si rapide qu’il fend l’air à la vitesse du son en prenant la forme de griffes tranchantes. La vitesse crée un si puissant impact que la protection dorsale de Voskos se brise dans un éclat de sang. La brute s’écroule dans un râle à l’intonation fort grave.
Nachi ne perd pas sa garde pour autant : « Relève-toi, j’ai bien compris qu’il en fallait plus pour t’abattre. »
Malgré la douleur, Voskos s’exécute en grommelant de rage.
Lorsqu’il fait face de nouveau au Japonais, il est stupéfait par l’émanation de son cosmos. L’effluve cosmique dessine derrière lui un loup qui hurle à la mort.
De nouveau, le Bouvier recule d’un pas. Néanmoins, il ne parvient pas à se ressaisir cette fois.
_ « J’ai l’impression que les rôles se sont inversés. Désormais c’est toi qui es pris de peur.
_ Fadaises !
_ Vois la vérité en face. Tu es à bout de force et j’ai retenu volontairement mon coup pour ne pas t’achever. J’ai pris l’avantage. Non seulement martialement, mais aussi et surtout psychologiquement. Le cosmos de mon maître qui habite cette armure, m’a rappelé à quel point il était impératif que je surmonte mes craintes. Rajoute à cela mes dernières semaines d’entraînement, et tu te retrouves face à un Saint de bronze confirmé. Renonce à présent et rentre au Sanctuaire.
_ Jamais ! La justice est de mon côté, même si je suis à bout de force, Athéna m’apportera la victoire. »
L’expression de Nachi gagne en maturité et en clairvoyance : « N’as-tu donc pas compris ? A l’heure actuelle mes compagnons affrontent au Japon des Saints d’argent et ils sont victorieux. J’ai refusé de voir la vérité jusqu’à présent, mais celle qui est à l’origine de notre union au Japon ne peut-être autre qu’Athéna. Saori Kido est Athéna. Sans quoi nous serions morts depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui se trame au Sanctuaire, mais malgré le traitement qui nous a été réservé durant notre enfance, Mitsumasa Kido et sa petite fille n’ont pas organisé tout cela pour rien. »
Voskos s’époumone : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes ! Cela dit, une chose est sûre, tu vas mourir prestement ! Katapatisi Agria !
_ Désolé. Adieu chevalier. Dead Howling ! »
Les lames tranchantes du Hurlement Mortel de Nachi annihilent progressivement le Piétinement Sauvage de Voskos puis lui transpercent le c½ur. Le visage dur et ombrageux du Grec se fige instantanément, perdant toute vigueur à mesure que son corps s’échoue comme un poids mort dans la poussière du sol libérien.
Sans le moindre regret, pris d’une fulgurante confiance en lui, Nachi serre le poing : « Maître, merci pour tout. Bientôt je retournerai auprès d’Athéna. Et alors, je n’aurai plus peur d’être ce que je suis. J’ai surmonté les traumas laissés par Ikki. Comme Seiya et les autres, moi aussi je peux devenir un Saint accompli grâce à vous. »
A des milliers de kilomètres de là, en Grèce, au Sanctuaire, loin de se soucier du sort des Saints de bronze renégat à l’heure actuelle, Deathmask est en plein spleen.
L’air nauséabond de la quatrième maison n’émeut en aucun cas son propriétaire.
D’ordinaire fier des masques de mort qui ornent son temple du sol au plafond, jusqu’à déborder sur le champ latéral de la demeure qui relie le passage secret des douze palais, il n’en éprouve aujourd’hui qu’une profonde amertume.
Assis sur les marches qui débouchent sur le passage secret, couvert de sa Cloth, il se décide à s’exercer à quelques acrobaties pour se délier les muscles.
« Depuis que je suis assigné à résidence par le Grand Pope, j’en ai les muscles endoloris, songe-t-il… »
Néanmoins, ses déplacements restent lents et sans convictions.
« Lilith… Rien ne va plus depuis que tu n’es plus dans vie… Que faisais-tu… Que faisais-tu auprès d’Aphrodite, se tourmente-t-il… »
Soudain, ses sens l’alertent : « Une cosmo énergie descend depuis la maison du Lion ! »
Il lève la tête vers les marches du passage secret et reconnaît une jeune brune aux reflets châtains.
Sa ceinture dorée enserre sa taille et permet de faire ressortir de sa longue robe immaculée ses formes généreuses.
_ « Ah ! C’est encore toi ! Cela faisait longtemps, souffle le Cancer !
_ Crois pas non plus que ça me fasse plaisir de te voir sale crabe, rétorque effrontément la servante aux yeux verts ! »
Elle progresse sans même le considérer davantage.
Deathmask se dresse alors en travers de sa route : « Minute la domestique ! Montre-moi ton autorisation de passage !
_ Comme si tu n’avais pas l’habitude de me voir aller et venir à Honkios, pour assurer comme mes semblables les provisions pour sa Majesté Athéna, soupire-t-elle en balançant la tablette sur laquelle est accrochée la missive ! »
Le Saint d’or s’en empare sans ménagement et reconnaît le sceau du Pope, bien qu’il ne doutât pas un instant de l’y trouver.
Il lui rend avec dédain et s’amuse à faire tourbillonner avec son autre main un halo violacé : « Par la présente sa Majesté le Grand Pope autorise Erda, à traverser les douze maisons ce 3 décembre 1986 afin de rapporter l’approvisionnement nécessaire aux bons soins d’Athéna et de ses servantes. »
La susnommée lui arrache la tablette des mains, sans répondre à cette première provocation, la lueur lugubre ravivant l’espace d’un instant un holocauste, au milieu duquel elle figure impuissante.
Tandis qu’elle poursuit son chemin en direction de la maison des Gémeaux, Deathmask lui fait marquer le pas en disant : « Approvisionner Athéna et ses bonnes… J’imagine que tu n’auras pas trop de charges… Vous ne devez plus être très nombreuses… »
Spontanément, elle se retourne et libère de son poing une fournaise : « Greatest Eruption ! »
D’un hochement de tête, le Saint esquive sans mal la rafale de feu tandis que le poing d’Erda frôle son visage.
Il profite de l’instant pour la saisir par le creux de son dos et la plaquer contre son torse.
Le geste inattendu laisse l’aspirante Saintia interdite, tandis que ses joues s’empourprent.
_ « C’est bien ce que je me disais, tu es plus forte que la dernière fois ! D’ailleurs, depuis cette époque, tu as mis ton corps à rude épreuve, constate-t-il en glissant les doigts de son autre bras le long de son biceps droit décoré d’un bracelet doré ! »
D’abord incroyablement sensible au geste provocateur mais tendre de son contradicteur, les raisons qui l’ont poussé à redoubler d’efforts lui reviennent à l’esprit.
Aussitôt, elle se défait de l’étreinte : « En effet, je me suis jurée de devenir Saintia pour avoir l’honneur d’approcher un jour Athéna et lui demander… Lui demander pourquoi elle garde dans ses rangs une pourriture telle que toi. 
_ Je pourrai te faire exécuter pour insubordination tu sais. Je pourrai même le faire moi-même, sans qu’on m’en tienne rigueur. Après tout, qui en a à faire d’une pauvre domestique. Néanmoins, pour m’avoir brûlé un cheveu, je te laisse la vie sauve. »
En colère et impuissante, dépitée d’être encore bien trop loin du niveau pour prétendre rivaliser, Erda reprend malgré elle les règles de bienséances indispensables à son rôle d’assistante d’Athéna.
Elle tourne le dos à Deathmask et poursuit sa route.
Alors qu’il l’observe s’éloigner, le bourreau perd peu à peu son sourire provocateur. Refusant de remettre en question ses principes, il peste en silence : « Foutue gamine… Si tu parviens à accéder au statut que tu souhaites, alors la réalité des champs de bataille te fera réaliser que parfois, nous n’avons pas le choix. Alors seulement là, tu comprendras… »

13
Only for Love / Chapitre 59
« on: 6 April 2020 à 18h08 »
Chapitre 59

Cela fait plusieurs minutes que Seiya tourne en rond dans la cour de l’orphelinat « Les enfants des étoiles ». Il shoote d’un léger coup de pied, chaque caillou sur son passage pour tuer le temps.

Ces dernières semaines de répit permettent à la Fondation Graad et au Sanctuaire, d’accroître tous deux de leurs côtés, les recherches sur les parties de l’armure d’or qu’ils leur manquent.
Après la tragédie qui a touché Shiryu, Saori a choisi d’élaborer un plan d’attaque en compagnie des Steel Saints, afin d’accorder un peu de repos à Seiya, Hyoga, Shun et Ikki.
Ce 28 novembre 1986, le Saint de bronze de Pégase a choisi de se changer l’esprit, en rendant visite à son amie Miho.

Tout à coup, la cloche de la chapelle sonne et aide à calmer l’impatience de Seiya. « Enfin, les enfants ont fini leurs devoirs. Miho va pouvoir se libérer. Cela fait tellement longtemps que je ne l’ai pas vu, réfléchit-il. »
Le tintement de la cloche le laisse songeur : « Seika, grande s½ur, que j’aimais écouter cette cloche ici jusqu’à ce que nous soyons séparés. Entendre de nouveau ce son me rend nostalgique. Je me rappelle les fois où tu me racontais que nous habitions une petite maison avec nos parents, près d’une église. Hélas, je n’ai plus aucun souvenir d’eux. Et toi Seika, il ne me reste plus que ton visage et le souvenir de ta voix. »

Brusquement, il se sent tiré par le bas. Il revient à lui et reconnaît Makoto et ses amis, Akira et Tatsuya, accrochés à son pantalon : « Ah ! Les enfants ! C’est vous ! »
Les trois amis malicieux répondent à tour de rôle :
_ « Ça fait un moment qu’on t’appelle sans tu répondes, commence Tatsuya.
_ Tu pensais à Miho n’est-ce pas, le taquine Akira.
_ On peut dire ça, joue le jeu Seiya.
_ Vous feriez un joli couple si vous n’étiez pas aussi maladroits, conclut Makoto !
Le sourire aux lèvres, le trio s’exclame bien fort et à plusieurs reprises : « Ils sont amoureux, ils sont amoureux… »
Préférant ne pas attirer l’attention des autres membres du personnel de l’orphelinat, Seiya leur murmure : « Oui, oui, si vous voulez, mais gardez ça pour vous hein. »
Puis, en leur tendant un sachet de friandises d’une main, il leur fait signe de l’autre de prendre le large.
Makoto saute pour le lui arracher des mains et s’éclipse avec ses camarades pour les déguster sans être importunés par les autres enfants.

Sur leur passage, les garnements croisent Miho que Seiya aborde avec un sourire affectueux.
_ « Cet orphelinat est un véritable havre de paix pour moi. J’aime m’y ressourcer.
_ Si bien que cela fait plus d’un mois que nous ne t’y avons pas vu. Tu étais encore entrain de risquer ta vie je suis sûre. »
Face à l’air contrarié de Miho, Seiya passe sa main derrière sa tête en faisant l’idiot : « Mais non, mais non voyons.
_ Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t’entêtes à aider cette fille, qui est la cause de tous tes malheurs. »
Un petit sourire apparaît alors aux coins des lèvres de Seiya, tandis qu’il l’attrape par l’épaule : « Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour être avec toi. Pas pour parler de Saori. Ici je peux réellement me détacher de tout. En ta présence, je peux être simplement moi-même, Seiya, et pas le chevalier Pégase. »
Elle lui renvoie affectueusement son sourire charmeur et aborde des sujets plus réjouissants.


Au loin, au même moment, depuis une colline, Shun et Ikki observent la mer.
Réunis dans un cimetière, le c½ur de Shun vrombit dans sa poitrine à l’idée que son frère soit à ses côtés.
Sa mine radieuse adopte un rictus plus affecté, lorsqu’il se recueille sur une tombe. « Depuis que nous sommes devenus alliés, nous nous recueillons ici régulièrement. De plus en plus souvent ces temps-ci. Peut-être est-ce le fait que Saori nous ait sauvé de la mort lors de l’explosion de Death Queen Island qui a permis à Ikki de réaliser que les dangers que nous allions rencontrer allaient devenir de plus en plus périlleux, s’interroge-t-il ?
Tandis que ses pensées s’égarent, Shun verse une larme.
Ikki le reprend vite : « Ne pleure pas Shun. Si tu le fais parce que l’amour de nos parents te manque, ils ne reposeront jamais en paix.
_ J’ai du mal à me souvenir de leurs visages, mais il me manque terriblement.
_ Moi je me souviens d’eux. Tu ressembles beaucoup à notre mère, affirme Ikki le visage dénué de toute émotion. »
Shun sort alors de sous son maillot un médaillon en forme d’étoile, avec l’inscription « Yours Ever » gravée dessus.
Ikki sourit enfin : « A bien y penser, Esméralda te ressemblait beaucoup aussi. Cela doit être un signe du destin. Andromède veille sur moi.
 _ Ne dis pas de bêtises, celui qui veille sur l’autre depuis le début c’est toi, se vexe Shun les yeux larmoyants.
_ Cesse donc. Au final, nous avons tous soufferts mille morts pendant six longues années, payant de notre chair et de notre sang, pour supporter le poids de cette destinée qui a fait de nous des chevaliers. »
Shun écoute la respiration profonde de son aîné, comprenant toute la peine qui le submerge, en repensant au passé et à Esméralda.

Soudain, le tonnerre gronde.
_ « Ikki… Le ciel s’obscurcit. Un orage est à prévoir.
_ Tu ferais mieux de rentrer.
_ Tu ne rentres pas à la résidence Kido avec moi ? »
En guise de réponse, un éclair fendit le ciel, suivi d’un nouveau grondement.
Ikki tourne le dos à son cadet : « Je te l’ai déjà dit, je ne supporte pas d’être au sein d’un groupe. Ne t’en fais pas, je me présenterai bientôt à la base secrète du Colisée pour faire le point avec vous. »
Andromède commence à le suivre mais Phénix stoppe son avancée : « Shun, nous autres Chevaliers, nous sommes prêts à mourir à chaque instant pour Athéna. Je ne sais pas quand nous pourrons nous recueillir à nouveau sur cette tombe. Cependant, nous ne devons jamais renoncer. Bats-toi jusqu’au bout, comme un homme. »
Shun se résigne à laisser partir Ikki. Il tourne les talons à son tour et murmure : « Je t’en fais le serment devant notre mère. »
Sous cette promesse, une plus battante se met à tomber.


En Tanzanie, devenue au fil des années une montagne emblématique, le Kilimandjaro est très prisée par les milliers de randonneurs qui réalisent son ascension, tout en profitant de la grande diversité de sa faune et de sa flore.

En marge des sentiers empruntés par les visiteurs, au sommet de la montagne, sur la calotte de neiges éternelles, se dresse une cabane.
À l’aspect vétuste, l’habitation est animée par la concentration cosmique d’un habitué des lieux.
De son mètre quatre-vingt-un, imposant ses quatre-vingt-trois kilos, Ban concentre dans son poing son cosmos.
Son visage arbore un sourire fier, sous les yeux d’une vieille dame, rabougrie, encapuchonnée et au visage dissimulé sous un masque. Plus dans l’idée de protéger ce corps flétri, que de le cacher, l’ancienne ne permet même pas de voir l’état de son âge fort avancé. Même Ban, qui a passé six ans de sa vie à ses côtés, ne sait pas à quoi elle ressemble. Il n’a même pas idée de la forme de son masque. Elle reste une énigme, tout comme son véritable nom. Depuis qu’un représentant de la Fondation Graad l’a déposé en ces lieux, cette personne venue l’accueillir se fait appeler « Dame Leo ».
Malgré tout le mystère qui l’entoure, cela ne l’empêche pas de féliciter d’une voix caverneuse son apprenti : « Félicitations Ban. Tu as fait beaucoup de progrès depuis ton retour du Japon. »

Le chevalier du Petit Lion relâche son attention et ôte son maillot, pour essuyer son front qui perle de sueur : « Je n’aurai jamais pu y arriver sans vous Dame Leo. »
Il traverse la cahute pour y chercher un peu d’eau qu’il a collecté dans un récipient.
Après s’en être délecté, il reprend : « Je pense être en mesure de rejoindre Seiya et les autres. La situation a dû empirer depuis notre départ. Ils doivent avoir besoin de nous.
_ Tu n’es pas encore prêt.
_ Pourquoi ?
_ Parce que tu imagines la situation au Japon sans en être certain. Un vrai Saint sait concentrer son attention sur le monde qui l’entoure. Si tu avais plus de discernement, tu saurais ce qu’il en est réellement. »

Ban soupire face à son incompétence. Il se penche sur l’embrasure de la lucarne qui lui sert de fenêtre et observe sa Pandora Box qui repose dans la neige : « Comme toujours, vous devez avoir raison. De plus, je doute que mon armure se soit remise des dommages subis lors de la Galaxian War. »
Dépité, il part s’allonger sur l’unique couche de la demeure : « Quand serais-je capable de devenir comme vous ? Vous ne dormez jamais, vous ne mangez jamais, vous savez tout sur tout. »
La gorge enrouée de Dame Leo ricane : « Ah, ah, ah. Cette réflexion prouve davantage que tu n’es pas prêt. Peut-être l’épreuve qui t’attend t’aidera à y voir plus clair.
_ L’épreuve qui m’attend ?
_ Oui, concentre-toi… »


Sous une pluie semblable à des rafales de mitraillettes, Shun, trempé jusqu’aux os, se presse de rentrer dans le manoir de la résidence Kido en réfection après les assauts de Docrates et de l’Ennetsu Saint.

Il tombe malencontreusement en plein banquet organisé par Saori. Celle-ci a réuni tous les responsables des services du bâtiment de la Fondation Graad pour remettre à neuf au plus vite les ailes ravagées par l’ennemi. S’en est suivi un cocktail, au beau milieu duquel Shun fait tâche dans cette tenue.

Cette irruption n’est pas du goût de Tatsumi, qui s’empresse de le gronder discrètement : « Imbécile ! Que fais tu ici et dans cet état ? N’as-tu pas vu nos invités ? Je t’ai pourtant déjà dit d’utiliser la porte de derrière ! »
Confus, Shun fait immédiatement une révérence aux invités, pour s’excuser de son manque d’éducation et commence à rebrousser chemin, jusqu’à ce que la réincarnation d’Athéna intervienne : « Ce n’est rien Shun. Tu ne nous déranges absolument pas. Qui pourrait passer à travers les gouttes par ce temps ? Monte vite te réchauffer veux-tu.
_ M… Mais, Mademoiselle, tente de s’excuser Shun…
_ Mademoiselle Kido, vous ne devriez vous montrez aussi complaisante avec ces bons à rien. Ils sont suffisamment malpolis comme ça, surenchérit le majordome.
_ Tatsumi, je vais raccompagner mes invités. Emmène donc Shun à sa chambre. Tu le porteras sur ton dos jusque là-haut, nous n’allons pas le laisser monter ainsi, ordonne Saori ne supportant plus l’attitude méprisante de son second.
_ Comment !? Moi, le porter ?!
_ Faut-il que j’insiste ? »
Sous les rires des plus hauts responsables et investisseurs de la Fondation Graad, Tatsumi se courbe pour faire monter Shun en grommelant : « Bien. A présent grimpe Shun. Et vite ! »
Pendant qu’il monte les marches, Tatsumi fulmine : « Ignores-tu que les dieux nous ont gratifié d’une chose dénommée pudeur ?! Tâche donc de t’en rappeler la prochaine fois ! »


Averti d’une étrange présence en les lieux par Dame Leo, Ban jaillit de sa tanière torse nu.
Ses sens sont en alerte : « Vous avez raison Dame Leo. Je ressens une présence menaçante approcher. Cela est d’autant plus étrange que nous sommes sur un lieu que jamais personne n’approche d’ordinaire. »
Un coup d’½il à gauche, un autre à droite, Ban tourne plusieurs fois sur lui-même, totalement affolé : « Je suis de plus en plus oppressé. Une cosmo énergie me défie. »

Enfin, un rire fripon, au timbre doux et féminin, lui permet de localiser son adversaire. Celle-ci, une frêle demoiselle vêtue d’une robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche, présente une allure sensuelle. Des mèches de ses fins cheveux châtains passent par-dessus un masque qui camoufle son visage. Celui-ci lui permet à Ban de comprendre qu’il s’agit d’une femme chevalier : « Qui es-tu ? Pourquoi te moques-tu ? »
L’aura verte de la cosmo énergie de l’intruse, fait apparaître derrière elle une armure dont le totem représente une couronne de feuille.
Le Japonais se met aussitôt en garde : « Incroyable. Elle a fait venir à elle sans difficulté son armure. Je comprends maintenant pourquoi Dame Leo insiste sur mon inexpérience, confesse-t-il. »
L’armure se sépare et prend forme en un éclair sur la femme chevalier. Couverts de ses pieds, surélevée par des talons aiguilles, jusqu’en haut de ses tibias par des jambières vert pomme, ses membres sont habillés par des genouillères marrons qui couvrent également le bas de ses cuisses. Cette couleur de feuilles mortes maquille également ses épaulettes aux pointes acérées et le bustier qui couvre sa petite poitrine. La couleur vert clair, se retrouve à hauteur des pièces du thorax et des avant-bras. Un diadème, à la forme d’une couronne de feuilles, couvre le tour de son crâne et enfin, une ceinture de bronze lui protège la taille et maintient contre elle sa robe blanche, dont le bas retombe comme un voile sur ses jambières.

Inquiet, Ban guette du coin des yeux sa propre armure vers laquelle il espère se précipiter.
Toutefois, l’importune, devinant ses intentions se dresse entre eux deux.
Ban s’insurge : « Qui es-tu à la fin ? »
Une voix délicate, contrastant totalement avec l’attitude provocante observée jusqu’ici, répond : « Je suis Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe. J’ai été missionnée par le Grand Pope en personne. Le Sanctuaire vous condamne, vous, chevaliers de bronze, qui avez désobéi à la loi du domaine sacré en vous montrant en spectacle lors d’un tournoi, en refusant de vous soumettre aux ordres de notre Grand Pope et donc à ceux de notre Majesté Athéna, en vous alliant à cette Saori Kido qui prétend défendre la justice. Pour cela, la sentence est la rédemption ou la mort. »

Désinvolte, Ban se retourne vers Dame Leo : « Le Grand Pope, c’est bien le chef de tous les chevaliers ? Celui qui vit dans ce que vous appelez le Sanctuaire n’est-ce pas ? »
L’ancêtre hoche la tête d’un geste affirmatif.

L’attitude de Ban provoque le mépris d’Hasu : « A qui parles-tu ? L’annonce de ta mort t’aurait-il déjà fait perdre la tête ?
_ Pardon ?! Je parle à mon professeur bien entendu, rétorque Ban l’air étonné.
_ Oui, bon, tu sembles être une cause perdue. Ta mort ne peut-être qu’un bien dans ce cas.
_ Ta décision semble prise à mon sujet. Je regrette que tu sois si catégorique. Je comprends que la Galaxian War soit à l’encontre des principes de la chevalerie, mais je reste perplexe quant à l’acharnement dont nous faisons preuve. Lorsque j’ai quitté le Japon, mes amis affrontaient des envoyés du Sanctuaire. Et la cause de leur présence était tout autre que de punir notre outrage à la chevalerie. Ils souhaitaient récupérer l’armure d’… »
La Saint ne le laisse pas terminer. Elle lui colle un violent uppercut, qui l’envoie choir sur son postérieur.
Ban se relève en se frottant le menton : « La volonté du Sanctuaire de nous éliminer cache quelque chose. Tu dois m’écouter. »
En guise de réponse, Hasu réitère son assaut.
Cette fois-ci, Ban se saisit du poing d’Hasu et la fait passer par-dessus son épaule pour l’encastrer dans le sol neigeux : « Ça suffit ! Si tu ne veux pas entendre raison, je ne me laisserai pas vaincre sans combattre. »
Elle se redresse sans mal : « Quelle prétention ! Elle est à la hauteur de celle de Saori Kido qui se fait appeler Athéna ! »
Décontenancé par cette nouvelle, Ban se laisse surprendre par un coup de pied derrière les genoux qui le désarçonne. Hasu enchaîne avec une dizaine de coups de poings qui lui rossent le visage.
Le Petit Lion s’effondre dans la poudreuse.


Sous une douche bien chaude, Shun masse son corps avec le savon.
A la différence de Seiya et des autres qui présentent un corps viril sculpté par l’entraînement, Shun arbore des formes aussi élancées que sa peau est douce.
Ne portant que son médaillon autour du cou, il soupire, inquiet, le nom de son frère. Se demandant bien à nouveau où il a pu disparaître.
Tout à coup, une voix le sort de ses songes, celle de Saori qui vient aux nouvelles depuis l’extérieur de la salle de bain.
Shun vient à elle, une serviette entourée à la taille.

Bizarrement, la jeune femme ne se sent pas aussi gênée que lorsqu’elle avait aperçu Seiya quelques mois auparavant dans son appartement dans les mêmes circonstances.
Elle s’en rend compte presque instantanément, lui faisant réaliser que plusieurs semaines auparavant, elle avait voulu prendre un baiser à Seiya, quand celui-ci l’a tiré des serres de Jamian.
Préférant ne pas s’embrouiller davantage l’esprit avec ses sentiments personnels, elle vient aux nouvelles : « Ton frère n’est pas rentré avec toi ?
_ Comme il lui plait de le dire, Ikki est un solitaire. En réalité, je pense que mon frère s’en veut beaucoup pour tous les soucis qu’il nous a causés. Et c’est sans doute la raison pour laquelle il semble toujours froid avec nous. Qu’il refuse de se battre à nos côtés en se contentant de nous porter secours de temps à autre. »
Saori s’assied à côté de Shun, sur le coin du lit. Elle pose la main sur la sienne en lui souriant : « Petit il était déjà comme ça. C’est regrettable. »
Depuis le début posté à l’encadrement de porte, Tatsumi ne se prive pas de pester : « Il a toujours été effronté.
_ Tatsumi, le reprend Saori ! »
Pas encore habitué au changement d’attitude de la petite fille de son maître, Tatsumi cherche à se défendre : « Oui, mais… Mademoiselle…
_ Ikki n’en reste pas moins un puissant allié sur lequel nous pouvons compter. Son aide est indispensable, pour nous permettre de vaincre le mal qui règne en maître sur le Sanctuaire, conclut-elle. »
La confiance démontrée à haute et intelligible voix par Saori envers Ikki, ravive le c½ur de Shun et le soulage avant d’aborder une bonne nuit de sommeil.


Effondré dans la neige verglacée du Kilimandjaro, Ban cogite.
_ « Saori se dit être Athéna. Si cela est vrai, alors l’obstination du Sanctuaire dont nous sommes victimes prend tout son sens. Le Sanctuaire serait donc sous l’emprise du mal, réalise-t-il. »
Avec difficulté, il se remet debout.
_ « Tu n’as pas compris, savoure déjà sa victoire Hasu ? Il faut que je me fasse plus démonstrative dans ce cas.
_ Attends. Avant que tu ne me tues, j’aimerai savoir quelque chose. Qu’en est-il de la bataille que mène mes amis au Japon ? »
La demande semble affliger Hasu. Son regard fixe le sol et son ton est plus amère : « Le Grand Pope n’a pas eu d’autres choix que d’envoyer des Saints d’argent pour mater la rébellion. Hélas, ceux-ci ont joué de malchance jusqu’à présent. Même Misty et, surtout, Algol, ont péri.
_ Je ne connais aucun des deux hommes que tu as cités, mais à ton affliction, notamment à l’évocation d’Algol, je peux deviner l’amertume que tu éprouves. Toutefois, cela ne te semble-t-il pas étrange que de simples Saints de bronze, réussissent à vaincre des Saints d’argent. Ne crois-tu pas qu’une force dépassant notre imagination les guide ?
_ Que sous-entends-tu ?
_ Et si Saori Kido était réellement Athéna ? »
Immédiatement, l’ex-compagne du Saint de Persée perd patience : « Impossible ! Athéna est née il y a treize ans au Sanctuaire. Depuis, elle n’en est jamais sortie. Ce sont ses propres ordres que j’exécute aujourd’hui. Et c’est avec plaisir que je vais venger Algol. »
Elle se jette contre son ennemi pieds et poings en avant.
Cependant, avec une parfaite maîtrise de sa remise à niveau des dernières semaines, Ban anticipe à merveille les assauts. Fluide dans ses mouvements, de plus en plus rapide, il réussit même à placer peu à peu quelques coups qui font mouche.
Hasu tente un nouvel enchaînement mais Ban pare sa droite. Il lui bloque le bras et lui accroche l’autre épaule pour attirer la jeune femme contre son physique athlétique. Ainsi, il lui envoie un bon coup de tête en pleine face afin de la déstabiliser. Une fois après l’avoir libéré de sa prise, il lui martèle les cuisses de ses énormes poings pour affaiblir ses appuis.
La souffrance la ramenant à elle, Hasu espère le frapper au cou du tranchant de la main mais le Saint de bronze l’évite en se courbant en arrière. Il revient rapidement face à elle et profite de l’élan pour décocher un crochet du gauche dans l’abdomen, puis un autre en plein visage qui l’envoie à quelques mètres en arrière.
Contrairement à la jeune femme essoufflée, Ban ne présente aucun souci d’endurance. Néanmoins, il observe ses doigts rougis par les chocs de sa peau contre la Cloth adversaire.
« J’ai beau avoir repris le dessus. Tant qu’elle sera protégée de son armure, elle n’aura pas à craindre la défaite. Nous ne nous battons pas à arme égale. Je dois réussir à appeler mon armure sans être obligé d’être près d’elle. »
Instantanément, une aura orangée entoure le chevalier et se disperse au sommet de la montagne où le combat a lieu.
Remise sur pied, Hasu ne s’avoue pas vaincue : « Je vois, tu espères récupérer ton armure sans que je puisse intervenir. Je ne te donnerai pas une occasion de me vaincre. Le fait que tu essaies de me tenir tête depuis tout à l’heure est en soit un affront insupportable. Je vais user de toute ma cosmo énergie pour t’abattre d’un seul coup. »
De son côté, l’effluve cosmique de Ban imprègne les lieux ainsi que la Pandora Box du Petit Lion, sans pour autant déclencher une réaction de sa part.
Sa concentration est perturbée par l’apparition au sol d’écorces d’arbres qui habillent la neige. De plus, au dessus de lui, des feuilles mortes tombent du ciel.
Il réalise trop tard qu’Hasu a les mains grandes ouvertes dans sa direction : « Still Life ! »
Immédiatement, les feuilles qui arrivent du ciel tombent comme de lourds poids tranchants, tandis que les écorces d’arbres rejoignent de la même façon les feuilles. Lorsque les feuilles et les écorces entrent en contact, plusieurs détonations retentissent, tandis que Ban est pris au piège et est martelé de heurts.
Une fois de plus, il s’échoue dans le parterre de coton. Le sang s’écoulant de son front lui pique les yeux qui implorent l’aide de Dame Leo : « Je vous en prie Dame Leo. Aidez-moi. »
La demande de son ennemi provoque la moquerie d’Hasu : « Le voici qui parle encore tout seul. La folie s’est emparée de lui. »
Ban commence à comprendre qu’il est le seul à voir apparaître son professeur : « Da… Dame Leo… »
La vieillarde titube jusqu’à lui : « Ban, tu es toujours aussi maladroit. Aussi puissant que soit ton cosmos, ce n’est pas lui qui fera venir à toi ton armure. Ton armure est le reflet de ce que tu es. De ce que tu ressens. Qu’a donc Hasu dans son c½ur à cet instant ?
_ La volonté de venger ceux qu’elle aime. Le sentiment d’accomplir la justice au nom d’Athéna.
_ Et toi, qu’as-tu dans ton c½ur à cet instant ?
_ Je… Je me bats pour mes amis, dit-il d’un air déterminé après avoir hésité un bref instant. Parce qu’ils sont dans le vrai, parce qu’ils défendent la justice, assure-t-il en resserrant les poings. »
Il se tient droit, les bras écartés, pour accueillir son armure qui vient à lui comme si c’était une évidence : « … Parce que s’ils surmontent toutes ces épreuves, c’est qu’ils sont aux côtés d’Athéna ! »
Au-dessus de l’urne du Petit Lion, l’image de Saori apparaît aux deux Saints.
Une cosmo énergie chaleureuse les baigne quelques instants de son onde bienfaitrice.
L’armure de bronze réagit aux paroles et à la volonté de son maître.
L’urne s’ouvre.
La Cloth en jaillit.
Elle se sépare de son socle pour habiller Ban.
Celui-ci, gonflé à bloc, pointe Hasu du doigt : « Je suis Ban Saint de bronze du Petit Lion et je défends la justice au nom d’Athéna. »
À nouveau, Hasu invoque la Nature Morte : « Voyons dans ce cas, laquelle de nos deux Athéna est la vraie.
_ Je ne me fais pas de soucis, la vérité est dans mon camp. »
Il s’élance vers elle, le bras droit lancé : « Lionnet Bomber ! »
Néanmoins, la Nature Mort lui bloque le chemin et le châtie à nouveau : « Still Life ! »
Repoussé à quelques mètres, Ban tient sur ses jambes : « Sans mon armure, je n’aurai pas survécu à ce second Still Life.
_ Malgré ton armure, ton arcane est trop lent. Tu étais bien plus rapide, lorsque tu te battais en simple corps à corps tout à l’heure. »
Cette déclaration touche Ban au plus profond de lui : « Elle a raison. Depuis mon retour ici, j’ai appris à dégager plus de puissance, plus de vitesse. Mais jamais je n’ai concilié ça à ma technique. J’ai voulu grandir d’un coup, sans m’attarder sur les bases qui font de moi un Saint. Voilà pourquoi Dame Leo me dit que même si j’ai fait des progrès, je ne suis pas prêt. »
Convaincu qu’il peut encore faire pencher la balance en sa faveur, il bombe son torse pour s’étirer de quelques courbatures qui le font souffrir : « Très bien. Je vais concilier mon apprentissage au Sursaut du Petit Lion. La victoire ne peut m’échapper.
_ Même si tu en accrois la force et la vitesse, tu ne me surprendras pas. Ne t’a-t-on jamais enseigné qu’une même attaque ne marche jamais contre un chevalier ?
_ Si. Justement. »
Les deux chevaliers tiennent leurs positions. Les effluves de leurs cosmos s’entrechoquent à mesure qu’ils rassemblent leurs forces pour l’assaut final.
Synchronisés, ils s’élancent tous les deux.
_ « Still Life !
_ Lionnet Bomber ! »
A une vitesse presque supérieure à celle du son, Ban passe au travers de chaque détonation, provoquée par les rencontres entre les écorces et les feuilles.
Ayant baissée sa garde pour frapper de toutes ses forces son adversaire, Hasu n’a aucun moyen de riposter. Elle s’apprête à esquiver un coup de poing chargé de cosmos comme lors du premier Sursaut du Petit Lion.
Toutefois, arrivé à sa hauteur, Ban s’élance au niveau de son visage, pieds en avant, pour la serrer avec ses membres inférieurs.
S’ensuit un violent craquement.
Les deux rivaux retombent sur le sol.
Ban se réceptionne sur ses quatre membres.
Hasu, elle, s’échoue, le corps totalement désarticulé.
Elle n’a pas survécu à la pression exercée par la clé de jambes de son adversaire.
La contorsion pratiquée contre son cou le lui a brisé.
Le Saint de bronze de la Couronne Australe est morte sur le coup.


Au Japon, à la résidence Kido, emmitouflé dans ses draps, Shun laisse revenir les mêmes images qu’il ressasse sans cesse chaque nuit.
Il se voit, nourrisson, dans son berceau, à sourire à son grand frère qui veille sur lui. Ses rires s’accordent à merveille à la musique de la berceuse qui tourne en boucle.
Inopinément, une petite fille au regard inquiétant prend la place de son frère et le toise de manière intéressée.

En nage, Shun bondit de son lit en se prenant la tête entre ses mains : « Encore et toujours ce même cauchemar. Plus le temps passe et plus il me revient. »
Brusquement, son expression change : « Que… Quels sont ces cosmos agressifs ? »
Il se précipite sur le balcon de sa chambre : « L’un d’eux m’est familier. L’autre… »
Il n’en dit pas plus et saute depuis la rambarde.

Torse et pieds nus, il court sur l’herbe fraîche et humide des jardins de la résidence.
Il les traverse puis saute de toits en toits à quelques kilomètres du domaine des Kido.

Sa course cesse enfin sur les docks. Là l’y attend celui qui l’a attiré jusqu’ici.
Il reconnaît cet homme qu’il a affronté sur un îlot désert de la méditerranéen. Il porte une armure violacée et ses petits yeux fixent avec une folie meurtrière le Saint de bronze.
Shun se met en garde immédiatement : « Spartan ! »
Le mercenaire affiche un sourire perfide : « Andromède ! Je suis heureux de te revoir. Tu n’as pas idée du désir de vengeance qui m’habite, depuis notre dernière rencontre. Je vais venger la mort de mon meilleur ami, Algol. Et une fois que je t’aurai éliminé, ce sera au tour de Seiya et enfin de cet infirme de Shiryu. »
L’inquiétude de Shun ne vient pas des menaces de Spartan, mais plutôt de l’homme qui l’accompagne. Un homme qui se tient debout aux côtés d’une Pandora Box ouverte. Celle-ci présente une armure en forme de haut calice. L’inconnu est vêtu d’une tunique grise et a les poignets entourés de bandelettes de papier. Ses longs cheveux violets tombent derrière ses épaules et quelques mèches passent sur son front et devant ses yeux bleu marine. L’expression de son visage est dure.
Spartan l’éclaircit : « Ah oui, je n’ai pas fait les présentations. Je ne suis pas venu seul. J’ai amené avec moi Crateris Saint d’argent de la Coupe.
_ Encore un Saint d’argent, déplore Shun. »
Loin d’être intéressé par la querelle qui oppose Spartan au Japonais, Crateris déclare sèchement : « Alors que notre Seigneur le Grand Pope, se réserve le temps de prendre une décision vous concernant, vous les renégats, le général Phaéton m’a envoyé vous châtier. Il m’a confié cette tâche dans le but de soulager le Grand Pope des préoccupations que vous lui causez. »
Spartan passe devant Crateris : « une minute Crateris, cet homme est à moi. Phaéton a accepté que je sois son bourreau. Toi tu es juste là pour me faire profiter de tes talents. »
Etrangement docile, Crateris s’assoit, les jambes croisées, aux côtés de son armure pour observer le combat.
En mauvaise posture, Shun choisit d’appeler son armure seulement, chaque fois qu’il émet sa cosmo énergie, une entrave l’en empêche.
_ « Ah, ah, ah. Ma télékinésie se sert de mon cosmos pour brouiller les perceptions du monde qui nous entoure, se gausse Spartan. Ainsi, dans le périmètre où nous sommes, tu ne peux ressentir ce qui se passe à l’extérieur, tandis que dehors ils ne peuvent plus rien ressentir venant de toi. Y compris ta Cloth.
_ Je n’aime pas ça. Seulement tu ne me laisses pas le choix. Dans ce cas je t’affronterai à mains nues… »
A peine a-t-il prononcé ces mots, qu’il est pris d’une violente douleur à l’estomac.
Tandis qu’il se cramponne le ventre, Spartan lui explique : « A mains nues ? Ne te donne pas cette peine, ma télékinésie t’épargnera des efforts inutiles. »
S’ensuivent deux autres coups que Spartan frappe à la force de son esprit. Shun est mis au tapis en quelques secondes.
A genoux, ses bras sont balayés, de sorte qu’il s’écrase la tête la première sur le sol. Son bassin, légèrement relevé est cogné violemment sur la droite. Le chevalier roule sur le côté en hurlant de douleur.
Préférant l’humilier davantage, Spartan fait léviter le corps de Shun et le transporte jusque devant la Cloth de la Coupe. Il fait approcher le visage de l’asiatique juste au-dessus de la Coupe remplie d’eau.
Shun, à moitié conscient, y voit alors un homme qui lui ressemble. Il porte une longue cape aussi noire que ses cheveux. Son regard est embrumé et son teint est pâle. Pourtant, ils portent tous les deux le même médaillon.
Face à l’incompréhension de son adversaire, Spartan précise : « Lorsqu’on observe la surface du liquide versé dans la Coupe, il est possible de voir son propre avenir au lieu de son reflet. »
Shun ne réalise toujours pas. Il ne comprend pas la raison de ce changement physique le concernant. De plus, la douleur des coups subis, l’empêche d’être lucide.
Spartan le renvoie s’écraser plus loin : « Bien. Je présume que tu as vu ton cadavre dans la coupe. Je vais donc accomplir ton destin. »
Spartan ferme ses yeux, comme il en a l’habitude lorsqu’il use de son don.
Seulement, ses paupières se froncent de plus en plus sans que Shun ne subisse le moindre choc.
Lorsqu’il les rouvre, il remarque Andromède debout, s’essuyant le filet de sang qui s’écoule de sa bouche.
Le Saint de bronze est confiant : « Si ma cosmo énergie ne peut communiquer en dehors de la zone que tu as quadrillé, elle peut toujours se propager à l’intérieur de celle-ci.
_ Tu voudrais dire que ton cosmos oppresse suffisamment le mien pour empêcher ma télékinésie de t’atteindre ? Mais c’est impossible ! Cela signifierait que tu es au moins aussi puissant que moi qui ai le niveau d’un Saint d’argent confirmé.
_ Je n’ai aucune prétention. Néanmoins, je te recommande de ne pas aller jeter un ½il dans la Coupe. Tu y verrais ta défaite.
_ Baliverne ! »
Le mercenaire utilise sa faculté de se rendre intangible, afin de glisser dans les airs à une vitesse folle autour de Shun.
Ainsi, lorsqu’il se matérialise, il réussit chaque fois à prendre au dépourvu Shun pour le marteler.
De face, de dos, sur les flancs, dans les jambes, contre la poitrine, Spartan se déchaîne contre le chevalier qui ne vacille pas pour autant.
Au contraire, il se relève chaque fois plus concentré que jamais.


En Tanzanie, debout, le casque tenu dans sa main, contre sa poitrine, Ban observe une croix en bois plantée à même la glace. Fixée devant un rectangle de neige retourné, Ban la prie en fermant les yeux : « Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe, tu n’as été hélas qu’une victime de notre véritable ennemi. Je regrette de t’avoir prouvé que la vraie Athéna était de notre côté de la sorte. Je suis certain que tu aurais aimé défendre l’authentique justice en son nom. Je te jure sur mon armure que nous parviendrons à rétablir la vérité au Sanctuaire. Repose en paix. »
Le Japonais se retourne vers son professeur et lui sourit : « Je comprends à présent pourquoi vous ne dormiez pas. Pourquoi vous ne vous nourrissiez pas. Pourquoi j’avais l’impression lorsque je suis arrivé ici la première fois que le représentant de la Fondation Graad ne vous avez pas vu. Pourquoi Hasu ne vous voyait pas. Pourquoi en fait je suis le seul à vous voir. Vous êtes l’esprit de l’armure.
_ Tu as enfin compris. J’ai repris cette armure il y a près de deux cent ans, à la mort de Blériot, le précédent porteur juste après la Guerre Sainte qu’il avait mené. Après des années de services rendus auprès du Sanctuaire, le Grand Pope m’a autorisé à prendre une retraite pendant laquelle je formerai un nouveau disciple. Personne n’est parvenu jusqu’ici. Et quand mon dernier souffle est venu, j’ai juré sur cette armure, que je survivrai à travers elle pour former mon successeur. Tu es venu. Et aujourd’hui, grâce à ce combat, tu as compris tout ce qu’il te restait à apprendre. Tu es enfin prêt. »
Ban commence à être submergé par une étrange sensation. Il sent une seconde vie à travers l’armure. L’apparence de Dame Leo commence à devenir translucide : « Dame Leo ! Non, ne partez pas. J’ai encore tellement à apprendre.
_ Je ne peux plus rien t’apprendre. Continue de t’entraîner. Et quand tu auras confiance en toi, quand tu te sentiras prêt, retourne auprès d’Athéna. »
Dorénavant, le spectre se volatilise. Ne laissant tomber au sol que le masque de femme chevalier que portait la vieillarde.
Ban, le visage inondé de chagrin, finit par le ramasser et le place sous sa Cloth, à hauteur du c½ur : « Même par delà la mort, vous avez tenu votre engagement envers le Sanctuaire. Vous ferez toujours partie de cette armure et de ma vie. Je deviendrai un Saint dont vous serez fière. J’en fais le serment. »


Sur les docks, au Japon, Shun ne lâche rien, il se relève chaque fois plus déterminé qu’auparavant, malgré l’acharnement de Spartan.
A plusieurs mètres d’eux, Crateris commence à s’inquiéter.
Il se relève et observe Shun d’un air soucieux : « Le vent se lève depuis quelques minutes. Sa cosmo énergie ne cesse de s’accroître dans ce lieu que Spartan a confiné. Elle commence à oppresser l’atmosphère. »
Alors, discrètement, il pointe son doigt vers le ciel et susurre : « Soul Thief. »

Devant lui, Spartan poursuit son acharnement contre le chevalier de bronze sans se rendre compte que lorsqu’il se matérialise, ses gestes ralentissent et que, par conséquent, l’impact de ses frappes s’amoindrit.
C’est seulement lorsqu’il devient totalement immobile qu’il s’alarme : « Je… Ma… Mon… »
Shun l’observe avec pitié : « Je ne veux pas en venir là. Cesse le combat avant que je ne te tue. »
Totalement paralysé, Spartan comprend : « Ingénieux. Tu as utilisé l’espace que ma télékinésie a restreint pour y confiner ton cosmos. J’ai été pris à mon propre piège. Ton énergie me ronge tellement, que j’en ai même du mal à parler. »
Et pour cause, un brouillard rosé, au couleur de l’effluve cosmique de Shun, imprègne les lieux : « Maintenant que tu as compris, cesse immédiatement ton emprise. Renonce et abandonne tes mauvaises intentions.
_ Jamais. Je suis dévoué au Sanctuaire. Vous vous êtes rebellés contre Athéna et vous avez tué mes amis. Je ne peux vous le pardonner.
_ Je t’en prie, mon cosmos bouillonne. Bientôt je ne pourrai plus le retenir dans un espace aussi restreint et cet environnement se chargera en tempête. »
Spartan essaie de se débattre, provoquant, sans même que Shun ne puisse le contrôler, un puissant souffle qui s’abat tel un mur contre Spartan. La déferlante arrache armure, tissu et épiderme du prodigieux télépathe.
Totalement dépassé par sa propre force, Shun ne peut empêcher le massacre du mercenaire qui décède sur le coup.
Son cadavre écorché s’écroule sur les docks, près de containers vides.
La barrière télékinésique se brise instantanément, libérant toute l’énergie retenue jusqu’ici.

Face à l’horrible conséquence d’une telle puissance, Shun s’écroule en pleurant la mort de Spartan : « Je ne voulais pas aller jusque-là. Je sais ce qu’il se passe lorsque je libère toutes mes forces. Tu as subi uniquement le Nebula Stream. Si j’avais libéré la Nebula Storm, les conséquences auraient pu être bien plus lourdes. »
Pourtant, son chagrin n’émeut absolument pas son dernier adversaire.
Derrière lui, désormais couvert de sa Cloth, Crateris arbore une allure très sereine : « Je l’avoue. Tu as été incroyable. Je crois que si cela avait duré plus longtemps, j’aurai pu être inquiété moi aussi. Malheureusement pour lui, Spartan était aveuglé par son désir de revanche. Il n’a pas été suffisamment clairvoyant pour peser les conséquences d’une telle emprise contre toi. Alors, je me suis permis de prendre les devants. Tu ne m’en voudras pas ? »
Shun fronce les sourcils après une telle question. Il ne voit pas où le Saint d’argent veut en venir.
Seulement, il refuse de se faire avoir une fois de plus. Il écarte les bras pour faire venir à lui sa Cloth de bronze.
Alors Crateris rigole : « Elle ne viendra pas non plus. »
Shun devient livide, son visage se creuse et des cernes apparaissent : « Qu’est-ce que cela signifie ? De plus, je me sens si faible tout à coup.
_ Face au retournement de situation dont a été victime Spartan, je me suis permis d’invoquer mon plus puissant arcane, le Voleur d’Ame. Tu es sous l’emprise de mon Soul Thief. »
Il pointe une coupe formée par l’effluve de son cosmos avant de poursuivre : « Regarde l’aura qui s’échappe de ton corps. Elle se dirige dans cette coupe que mon cosmos produit. Lorsque j’aurai vidé ton âme de tout son cosmos, ton corps sera vidé de toute vie. D’ores et déjà Andromède se vide même de sa propre existence, puisque l’armure ne te reconnaît déjà plus. »
Le Saint de bronze tombe sur le dos. Véritablement amaigri, ses yeux s’embrument à mesure que sa vie s’épuise : « Tu… m’as… attaqué… en… traître… Tu… n’es… pas… digne… d’être… chevalier…
_ Nous ne présentons pas tous le même code d’honneur que toi, ni même ta pudeur cher Andromède. »
Dans un dernier élan désespéré, Shun lève le bras vers le ciel : « Ikki… Ikki… Mon frère… Viens à mon secours… Je… t’en… prie… »
Face à la main de Shun tombante dans le monde funèbre, le Saint d’argent le prive de tout espoir : « Lorsque tu es arrivé ici, Spartan a privé toute liaison de ton cosmos vers l’extérieur. Aussitôt après, le Soul Thief a dérobé ton âme. Personne ne sait que tu es ici. Demain les ouvriers du monde contemporain retrouveront ton cadavre desséché, sans savoir ce qui s’est passé ici. Et pour ton frère, le Phénix il me semble, ne t’en fais pas, je l’enverrais te rejoindre sous peu. »

Convaincu de sa victoire, il tourne le dos à sa victime, prêt à rendre sa Cloth à sa Pandora Box.
Pourtant, la coupe du Voleur d’Ame ne cesse d’être alimenté. Si bien que le cosmos de Crateris ne peut contenir davantage d’énergie et finit par déborder. Il fait volte-face : « Impossible ! Il aurait encore autant de cosmo énergie ! C’est plus qu’un Saint d’argent. »
Il voit Shun toujours mourrant, libérant non plus un cosmos teinté de rose mais une aura violacée. De plus en plus sombre. Ses cheveux prennent une teinte prune et son corps commence à reprendre une forme convenable.
La coupe du Soul Thief est rongée par le cosmos libéré par Shun : « Je ne peux contenir une telle cosmo énergie, elle est plus importante que celle d’un Saint d’or ! »
Totalement désemparé par la cosmo énergie qui échappe à son contrôle et qui l’entoure désormais, Crateris ne conçoit même pas que celle-ci est aussi noire que les ténèbres.
Le cosmos tourbillonne autour de lui.
Si bien qu’il semble prendre vie.
Prendre une forme humanoïde.
Celle-ci prend de la hauteur par rapport à Crateris et ouvre la bouche pour le dévorer.
Elle l’engloutit d’un coup, dans un vacarme assourdissant résultant du hurlement de terreur de Crateris.

Lorsque le calme revient, l’onde cosmique s’est dissipée. Crateris est encore debout. A ses pieds, un tas de poussière, correspondant à son armure brisée, gît.
Il est maintenu à la gorge par la main ferme de Shun.
Ses yeux embrumés et ses cheveux couleur prune, manifestent la présence d’une entité différente de celle d’Andromède.
Les yeux exorbités, Crateris essaie de parler : « Tu n’es pas qu’Andromède. Au fond de toi, vit une âme bien plus obscure, que j’ai malheureusement dérangé. Cela explique pourquoi tu ne sais pas toi-même contrôler ta propre force. »
Ses yeux injectés de sang, manquant de souffle, Crateris fixe le médaillon que Shun porte contre son torse nu depuis le début du combat : « Yours Ever ? »
D’une voix plus impériale qu’à l’accoutumée, Shun rétorque : « Oui. Et toi aussi, tu es désormais à moi, à jamais. »
Du médaillon se libère toute la cosmo énergie malfaisante d’Hadès qui consomme, annihile puis désintègre totalement le Saint d’argent.
Enfin, maintenant qu’il ne reste plus rien de son adversaire, le bras de Shun retombe le long de son corps.
Ses cheveux reprennent leur teinte habituelle et ses paupières se ferment.
Il s’écrase lourdement face contre terre.


En Grèce, au Sanctuaire, dans l’immense jardin qui juxtapose la demeure de la Vierge, quelques pétales de deux grands arbres sont soulevés et virevoltent au gré du vent.
Le propriétaire de ce jardin, vêtu d’une simple toge blanche qui habille à peine son poitrail, s’y promène les yeux fermés.
D’un calme incroyable, il ouvre la paume de sa main droite pour cueillir un de ces pétales. Dès lors, les propos tenus par une de ses anciennes amantes résonnent dans sa tête : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclues pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification. »
La voix douce d’Hasu attriste Shaka : « Hasu… Ta cosmo énergie nous a quitté. Tu t’es égaré sur le chemin de l’éveil. Si tu avais suivi jusqu’au bout mon enseignement et compris mes intentions, alors tu n’aurais pas perdu la vie aujourd’hui. Ce drame est un triste évènement à rajouter à la longue liste de ceux qui accablent notre Sanctuaire ces derniers temps. Ces renégats du Japon ont déjà commis trop de crimes. Quand le Grand Pope se décidera-t-il à nous envoyer, nous, Saints d’or ? »


Titubant dans les rues calmes, au beau milieu de la nuit, Shun a les bras en croix contre sa poitrine pour se protéger des basses températures de novembre.
Son corps porte les ecchymoses des deux affrontements, dont il se souvient à peine.
_ « Je me rappelle n’avoir pas su contrôler ma force face à Spartan. Mais pour l’autre chevalier ? Que s’est-il passé ? La dernière chose que j’ai en mémoire, c’est que j’étais couché sur le sol et je me vidais de toute ma puissance. Un sentiment de colère et de rage inhabituelle commençait à me dévorer de l’intérieur. Je crains que ce ne soit cette force obscure que j’ai en moi qui a fait basculer le combat. Cela ne me ressemble pas. Pourtant, je le sens, chaque fois que je laisse exploser ma force, un étrange sentiment de méchanceté s’empare de moi. Je dois à tout prix éviter de me battre le plus possible, s’inquiète Shun sans se douter de l’origine du mal qui le ronge. »

14
Only for Love / Chapitre 58
« on: 2 March 2020 à 9h52 »
Chapitre 58

Seul, en Olympe, au dessus de l’Hyperdimension, Apodis s’impatiente.
Sans nouvelles de la Terre depuis l’affrontement contre Hestia, il craint que le sacrifice d’Hébé n’ait été vain.
Le temps lui paraît interminable, coincé sur cette surface minuscule avec rien d’autre que le néant à perte de vue.
Ce 17 novembre 1986, deux semaines se sont écoulées.
Deux semaines assis.
Sans bouger.
Ses plaies cicatrisent mal.
A méditer.
Essayant de ne pas penser à la faim ni la soif qui l’affaiblissent.
La solitude laisse place aux doutes.
Elle aide aussi à faire le vide.
Une fois les instincts primaires surmontés, elle permet de se recentrer sur l’essentiel.
Lorsqu’il ouvre les yeux, il s’attarde sur le lieu où lui est apparue une étrange silhouette féminine il y a deux semaines. « Elle détient des réponses, s’obstine-t-il. »

Interminablement, il lorgne dans sa direction en espérant la voir venir à lui.
Cependant, le ciel s’assombrit pour la première fois depuis qu’il est ici et une aura oppressante se fait sentir.
Sans pouvoir bouger, pris au piège de cette émanation cosmique, il distingue une autre apparence. Plus masculine cette fois-ci.
Tout comme la première personne à être apparue devant lui, celle-ci marche sur le vide, sans craindre de tomber dans le gouffre et l’Hyperdimension.
Le visage dur, les cheveux très tirés et les yeux couleur or très larges et plissés, l’inconnu vient délivrer un message.
Il se tient droit, dans sa longue robe azur, agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules.
Son faciès très strict permet de faire comprendre à Apodis qu’il est face à un dieu.
Le chevalier reste de longues secondes à attendre que l’entité daigne lui adresser la parole. Il reconnaît au pétase, ce chapeau rond qu’il porte sur ses cheveux couleur blé, l’identité du hautain personnage.
De son grand mètre quatre vingt dix, il surplombe de toute sa hauteur le pauvre humain.
_ « Si j’en juge par ce cosmos infiniment puissant et par cette tenue, commence Apodis nullement effrayé, j’en déduis que tu es le dieu du commerce et le messager des dieux. Hermès.
_ Tu oses prendre la parole sans y avoir été invité, remonte davantage les épaules le susnommé pour prendre encore plus de grandeur. Alors on ne m’avait pas menti. Les humains sont vraiment devenus ingérables. Votre anéantissement est inévitable.
_ Qu’est-ce que tu racontes, tente de se lever Apodis malgré la pesanteur exercée par Hermès ? »
Outré par la tentative de révolte du Saint de bronze, Hermès exerce encore plus son pouvoir, forçant Apodis à se vautrer sur le sol, rouvrant ses plaies sous la pression.
_ « Couché, insecte ! Je n’arrivais pas à en croire mes oreilles lors de l'assemblée des dieux de l’Olympe, lorsqu’il a été question de la rébellion de l'humanité. Il a été présenté à Zeus, qu’Athéna entretenait la ranc½ur des hommes envers nous. Si Zeus a refusé que nous châtiions Athéna, faute de preuves, il a autorisé ta mise à mort lente et douloureuse dans le coliseum. Dans quelques jours, tu seras présenté au peuple olympien dans l’arène. Nos fidèles sujets, pourront ainsi nous prier de te donner la mort, pour l’affront que tu as commis envers les dieux.
_ Ah… Attends, balbutie Apodis écrasé parterre. Tu es dans l’erreur. Athéna aime les hommes et les protège. Elle veut qu’ils vivent en paix et en harmonie. Ce sont les dieux qui complotent contre elle. Certains dieux conspirent pour vous faire croire à notre révolte. Tu tombes dans leur piège à l’heure qu’il est !
_ Silence vermine ! J’étais chargé de te délivrer l’annonce de ta mise en mort. J’ai pu constater que celle-ci correspond bien aux prémices de la destruction de la Terre. »
Sans laisser la moindre chance de s’exprimer à Apodis, Hermès disparaît comme il est venu. Son apparence s’évapore dans l’atmosphère, à mesure qu’il s’éloigne en marchant par-dessus le vide.
Une fois seul, les bras serrant son torse déchiré par les hématomes, Apodis hurle à pleins poumons : « Athéna ! »


Sur Terre, dans une immense forêt d’arbres feuillus, un grognement bestial anime la population animale.
Dans les Rocheuses, au fin fond du Canada, un mammifère au grand corps trapu et massif, gesticule de douleur autour de deux petits de son espèce. La patte arrière droite décharnée, le géant au pelage dense et hirsute se vide peu à peu de son sang.
Gravement blessée, cette ourse n’abdique pas et protège sa progéniture d’une meute de loups affamés.
Malheureusement, la panique l’affaiblit de plus en plus et les canidés l’encerclent, en attendant patiemment la fin.
A bout de force, rampant à terre, l’ourse est à la merci de la meute.
Le chef s’élance, gueule grande ouverte, sur les petits recroquevillés contre leur maman.
Quand tout à coup, un homme au maillot et au pantalon bleu foncé, jaillit de derrière un fourré.
Bardé d’une musculature impressionnante, le géant tend le bras en avant pour que l’animal le lui chope.
Celui-ci s’en saisit et s’acharne dessus sans faire sourciller le colosse qui le soulève comme un fétu de paille. Il garde le bras gauche fermement agrippé par le loup en l’air et prend un léger élan avec son bras droit pour cogner l’animal féroce en plein flanc.
Le loup s’écrase inconscient quelques mètres plus loin, faisant fuir le reste de la meute.
Le bras gauche sans la moindre égratignure, le sauveur des oursons s’approche jusqu’à leur mère.
Souriant, les yeux débordant de compassion, Geki s’étonne : « Il y a encore quelques mois, l’idiot que j’étais, vous aurait achevé pour affirmer sa supériorité. Ma défaite au Japon et les propos de Jabu m’ont mis face à la réalité. »
Il caresse d’une main les petits tandis qu’avec l’autre, il communique son cosmos à l’animal mourant.
Bien vite, les petits retrouvent la joie qui caractérise la jeunesse puisque leur maman revient à elle.
L'ourse reprend ses esprits et elle est stupéfaite de se trouver en pleine forme, elle, ainsi que ses oursons.
De nature sauvage et prudente, elle se met en opposition à Geki qui s’en amuse : « Ah, ah, ah… Ce n’est pas très sympa. Je te signale que je viens de te sauver la vie. »
À ce moment, les petits viennent chercher de nouveau la compagnie du Japonais.
Ressentant la bonté qui se dégage du chevalier, la maman baisse sa garde et quitte les environs en ramenant ses enfants jusqu’à leur tanière.

Seul, les mains sur les hanches, Geki contemple la petite famille avec le sentiment d’avoir accompli une bonne action.
Il se penche au dessus du loup mal en point et marmonne : « Bon ! A toi maintenant ! Et après, je compte bien reprendre mon entraînement. »
Pendant qu’il réanime le loup, son expression devient plus grave : « Cela fait bientôt un mois et demi que je suis rentré auprès de mon maître. Un mois et demi que j’ai versé mon sang sur ma Cloth et que je l’ai laissé se régénérer dans sa Pandora Box. Mais il est encore bien trop tôt pour la revêtir de nouveau et revenir auprès de Seiya et des autres. Eux aussi on dû progresser. J’avais déjà beaucoup de retard à rattraper. »


Au même moment, au sud de l’île d’Yíaros, sur le port, aucun embarcadère n’est occupé. Aucun marin, aucun commerçant ne peuple cette gare maritime. Pas même les soldats ne montent la garde.
Marin dérive sur une barque sans être inquiétée.
Échouée sur son embarcation en bois, elle se dirige avec sa main, affaiblie, jusqu’au ponton le plus proche.
Son corps porte encore les marques du combat contre Peleus et Hestia, tandis que son poignet arbore le Jonc d’Athéna dont elle s’est emparée.
Une fois à destination, elle s’extirpe de son moyen de locomotion et titube jusqu’à l’unique passage qui, entre deux chaînes de montagne, relie le sud au centre de l’île grecque.
C’est seulement arrivée à ce delta qu’elle découvre deux soldats en faction.
Ceux-ci reconnaissent immédiatement l’ancienne invitée d’Hébé.
Rassurée et épuisée, elle s’effondre dans leurs bras.


Pendant ce temps, dans au Canada, à la base d’une roche épaisse où il a élu domicile, un vieil homme reste assis devant la Pandora Box de l’Ours.
Son regard s’évanouit dans le vague, pendant qu’une femme se tient derrière lui, les bras croisés.
La demoiselle, cachée derrière un masque, porte une armure marron par-dessus son bustier et son boxer couleur grenadine. Son ton n’est en rien agressif. Sa voix est calme, passionnée : « En tant qu’ancien Saint de bronze de l’Ours, tu dois donc comprendre la décision du Sanctuaire. »
Le vieillard abandonne sur le sol le message écrit sur papyrus et frappé du sceau du Sanctuaire qui lui est adressé.
_ « Oui. Oui je comprends, marmonne-t-il. Geki est considéré comme un traître et j’ai pour ordre de vous aider, vous Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, à l’éliminer. Néanmoins, j’ai bien peur de devoir refuser cet ordre. En effet, depuis plusieurs années, j’ai le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond au Sanctuaire. Oh, bien sûr, au vu de mon âge bien avancé, il aurait été trop prétentieux pour un Saint de bronze tel que moi, de défier l’autorité suprême. Seulement, quand Geki est venu à moi, j’ai vu en la jeune génération de Saints l’espoir d’endiguer le mal. »
_ Endiguer le mal, passe-t-elle le poing devant son opulente poitrine ?! Avec tout le respect que je vous dois, les amis de Geki se battent désormais pour une prétendue Athéna. Après s’être livrés à un tournoi ridicule, aux yeux du monde pour leurs intérêts personnels, ils défient le domaine sacré en voulant remplacer notre déesse par une richissime héritière du monde contemporain. Leur affront n’a pas de limite ! Ils ont même été jusqu’à tuer mon bien-aimé, le Saint d’argent de Persée, scande-t-elle les cheveux agités au vent. »
Le vieillard qui devait bénéficier par le passé d’une musculature impressionnante, n’est désormais plus que l’ombre de lui-même.
Tout recroquevillé, les épaules lui tombant en avant, il ne craint pourtant pas la menace d’Hevelius : « Ils sont même allés jusqu’à vaincre des Saints d’argent ! Ils vont au-delà de mes espérances. Je suis désolé mademoiselle, mais j’ai combattu avec le Grand Pope il y a une cinquantaine d’année. Il était venu nous porter assistance sur le champ de bataille. Bizarrement, j’ai senti qu’il n’était plus le même depuis plus de dix ans. Et tous ceux qui ont émis ce constat au grand jour sont mystérieusement morts. Je ne sais pas à quoi aboutira la rébellion de Geki et ses amis, mais j’espère simplement qu’elle mettra en lumière certains faits troublants.
_ Je vois qu’il est inutile de discuter davantage, soupire Hevelius.
_ Oui, sourit le colosse dans sa barbe blanche. J’ai lu la lettre jusqu’au bout et je sais quel sort m’est réservé. Je ne m’y opposerai pas. Je n’ai plus la force de le faire.
_ Adieu ancien Saint de bronze de l’Ours, lève-t-elle le bras au ciel. Adieu chevalier. »
Elle abat le tranchant de la main sur l’ancêtre.
Sa tête se détache et roule sur le sol, arborant toujours un rictus de satisfaction, à l’idée d’être allé jusqu’au bout de ses convictions.
Le reste de son corps s’écrase misérablement dans un flot de sang qui éclabousse le visage d’Hevelius.

Plus loin, dans les Rocheuses, Geki relâche la concentration de son cosmos.
Une étrange aura vient à lui. Il l’accueille dans sa main et s’inquiète : « Cette lueur ! C’est celle de mon maître. J’ai un mauvais pressentiment. »


Au sommet de sa prison olympienne, Apodis tourne en rond.
Les mains derrière le dos, tête baissée, perdu dans ses esprits, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis fait les cent pas.
De temps en temps, il regarde les directions par lesquelles lui sont apparus Hermès et une femme dont il ignore encore l’identité.
Sa marche circulaire prend finalement fin, lorsqu’il se recentre au beau milieu de la colonne et dégage de son poing, en direction du ciel, une vague de cosmos : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ! »

Il a beau s’époumoner, rien n’y fait.
En soufflant d’exaspération, se tenant le ventre et la gorge en raison de sa faim et de sa soif grandissante, il se laisse tomber sur le dos.
Il ferme les yeux et se laisse submerger par les souvenirs du passé…

Flashback
1981 - Désormais promu sergent, Apodis s’était établi dans le village de Paesco.
Les journées passèrent et pendant ce temps Pullo et Cliff soumirent à Apodis une soixantaine de soldats, parmi lesquels il recruta les treize meilleurs.
Il ne les jugea pas pour leurs capacités physiques ou leurs dispositions au combat. Il voulait une équipe de féroces soldats, impartiaux au combat et charitables envers le peuple.
Parmi ces treize élus, aucun n’était issu du même milieu. L’un était le fils d’un riche artisan, l’autre fouillait les ordures pour survivre, alors qu’un autre était soldat depuis plus de vingt ans. Il choisit même dans ses rangs une femme chevalier qui avait été rejetée de son camp d’entraînement pour avoir essuyé trop de défaites. Ainsi qu’un pauvre souffre douleur et son opposé, séduisant et sûr de lui qui n’avait pour seule gloire que le nombre de conquêtes tombées sous son charme.
« Tous différents et réunis sous le même emblème : Athéna, répétait souvent le sergent Apodis. »

Apodis et Cliff laissèrent les treize pousses sous la houlette de Pullo, tandis qu’ils s’attachaient à la fabrication de la demeure de Mujakis et à la fortification d’un camp.
Pour les aider à réaliser tout ce travail, Apodis avait pris sous son aile des villageois sans emploi, qu’il récompensait par bien plus de sacres qu’il n’en fallait.
La vie d’Apodis prenait un sens.
Le peuple appréciait sa présence et sa mère était épanouie grâce à lui.
Souvent, elle admirait à son fils : « Comme je suis fière de toi, répétait-elle souvent. »

Le jour, après des longues heures de labeur, Apodis flirtait avec Netsuai.
Elle était présente sur chaque chantier occupé par le chevalier. Elle lui apportait de l’eau et de la nourriture.
Ils échangeaient leurs points de vue sur tous les sujets de la vie quotidienne et souvent s’amusaient de partager les mêmes avis.
L’Oiseau de Paradis partageait également une profonde relation d’amitié avec sa voisine Marin Saint d’argent de l’Aigle et son disciple, le jeune Seiya. Souvent, Aiolia venait les visiter et Apodis appréciait de pouvoir converser avec un chevalier d'or.
Trop peu de monde accordait de l’importance à Aiolia en raison du passé honteux de son frère et ce, malgré le fait que le Lion se soit révélé être un des héros de la Guerre Sainte contre les Titans.
Certains avaient le même dédain pour son amie Marin à cause de ses origines asiatiques.
Apodis était donc un des rares à les saluer et même à s’incliner au début de leurs rencontres, pour leur témoigner le respect qui leur était dû. Bien vite ils lui demandèrent de se tenir droit face à eux, le considérant comme un ami. Il aimait leur confier son affection pour Netsuai.
À son tour, il comprit bien vite qu’ils partageaient une forte attirance amoureuse l’un envers l’autre, même s’ils voulaient le cacher. Il se prêtait donc au jeu et faisait fi de ne pas avoir conscience de l’amour réciproque entre Aiolia et Marin.

La nuit, il découvrait les joies des repas intimes chez Misty.
Là-bas, il s’amusait de voir Aphrodite soudoyer tous les invités pour participer à des jeux charnels comme il aimait en soumettre.
Il riait lors des parties de cartes en compagnie de Docrates et Aldebaran.
Il charriait Jamian qui évoquait sans cesse ses mésaventures quotidiennes.
Il engageait de sérieuses discussions à propos de la surveillance du domaine en compagnie de son lieutenant Misty. Tous les deux vautrés dans des sofas, pendant que plusieurs esclaves les massaient et les nourrissaient. Ils prenaient de sérieuses décisions devant quelques danseuses et danseurs qui s’exhibaient dans le plus simple appareil.
Mensa et Circinus venaient les rejoindre autour d’un verre de vin, pour prendre note des nouvelles instructions, afin d’améliorer la vie des villages de l’ouest.
Enfin, Apodis jouissait de son statut, de sa beauté et de l’attention qui lui était portée auprès des plus belles créatures à la solde de Misty.

Les mois défilèrent très vite.
La troupe d’Apodis était prête. Il lui fallut juste trouver un remplaçant à un de ses soldats qui ne survécut pas à l’intensité de l’entraînement de Pullo.
Contre un sac de sacres suffisant, Apodis put obtenir de Saül, le forgeron du Sanctuaire, des tenues, des protections et des armes sur-mesure pour ses soldats.
Ainsi, contrairement à tous les autres gardes du Sanctuaire, la cohorte d’Apodis était dotée d'une tenue spécifique. Les quinze guerriers d’Apodis portaient un casque couvrant entièrement leurs têtes et prenant la forme d’un bec qui descendait pour couvrir leur nez, à l'instar du diadème de la Cloth de l’Oiseau de Paradis.
De cette façon, le peuple reconnaissait la cohorte qui jouissait d’une grande réputation. Apodis leur faisait répéter souvent : « Accomplir des miracles est un don qui nous a été fait par les dieux. En faire usage pour les hommes selon le bon vouloir d’Athéna, tel est notre devoir. »
C’est cette unité qui permettait à cette équipe de témoigner d'un profond sentiment humaniste.
Apodis était très exigent envers ses soldats, tout comme il l’était envers lui-même. Il se considérait comme leur égal. Il s’entraînait avec eux, donnant des conseils à ceux qui en avait besoin, acceptant leurs remarques et leurs recommandations lorsqu’elles étaient justifiées.
Chaque fois qu’un événement majeur de leurs vies comme un anniversaire, un mariage ou la naissance d’un enfant pour ceux qui avaient une famille, le permettait, ils les célébraient tous ensembles au court d’un repas convivial.
Fermes mais justes, ils étaient soudés, ils s’appréciaient et été aimés du peuple.
Eurydice aimait venir à leur rencontre et Orphée leur jouait souvent de sa lyre, en guise de reconnaissance pour le travail accompli.
Cette majestueuse réputation s’étendit au fil des mois sur tout le Sanctuaire et incita de nombreux habitants à se rapprocher des villages sous leur protection.
Bienfaiteurs aux yeux du peuple, Apodis et ses soldats étaient surnommés Achille et ses Mirmidons.
La réussite des missions confiées par le Grand Pope sur les territoires ennemis sans pertes humaines, acheva de conforter cette appellation.

Un tel succès ne laissait indifférente aucune femme.
Seulement, au fil du temps, Apodis ne cherchait les faveurs que d’une seule.
Celle qui faisait battre chaque jour plus fort son c½ur depuis leur première rencontre.
Lorsqu’il se plongeait dans son regard, les yeux de Netsuai ne dégageaient pas toute la convoitise des autres. Elle voyait au plus profond de son âme et lisait quel homme il était, au plus profond de lui.
Leurs rencontres quotidiennes lui permirent de connaître chaque secret de son c½ur et elle ne pouvait être inconsciente de l’amour qu’ils se vouaient.
Flashback

Brusquement, une lueur blanche l’extirpe de ses souvenirs.
Il se relève sans se soucier de ses plaies ouvertes et distingue cette silhouette féminine quasi nue qu’il avait pu admirer il y a presque deux semaines.
L’intimité de l’intruse est à peine dissimulée par quelques ornements. Ses cheveux longs noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Elle s’avance en marchant sur le vide en regardant le pauvre homme ébahi.
Une fois à sa hauteur, elle dissimule son corps svelte et plein de grâce d’une toge sombre au tissu très fin permettant de voir au travers.
_ « C’était vous n’est-ce pas, demande Apodis resté assis, l’autre fois, qui m’êtes apparue pour me conseiller de ne pas sauter ? »
Elle reste silencieuse. Son visage aux traits très tirés et ses larges yeux toisent Apodis sans le moindre mot.
_ « Votre regard, votre façon de vous tenir. Vous me faîtes penser à elle. Celle qui est la cause de ma présence ici. Hestia. Vous êtes du même rang n’est-ce pas, en déduit-il ? »
L’entité accepte de répondre d’un hochement de tête affirmatif.
_ « J’ai eu droit à la présence d’Hermès tout à l’heure pour m’annoncer que bientôt on m’exposerait comme une bête de foire dans une arène. J’imagine que vous êtes venue me chercher et que c’est pour cela que vous ne vouliez pas que je saute la dernière fois ? »
En guise de réponse, elle ouvre délicatement sa toge et, à la place de son abdomen parfaitement dessiné et de sa poitrine à peine couverte, apparaît une sorte d’univers.
De cet espace temps qu’elle a invoqué, jaillissent des mets aux formes inconnues pour Apodis ainsi qu’une jatte.
_ « On dirait des fruits ? Je n’en ai jamais vu de tels. »
La divinité consent enfin à prendre la parole. Sa voix, tout en étant calme, impose un profond respect : « Il s’agit de nectar et d’ambroisie.
_ La nourriture des dieux ! Vous les avez fait téléporter jusqu’ici ! Mais enfin, pourquoi ? »
Elle lui tourne le dos de nouveau : « Comme tu l’as dis toi-même, il s’agit des mets des dieux. Une seule bouchée de cela devrait soigner tes blessures et te redonner pleine possession de tes moyens. Tu en auras besoin. L’épreuve qui t’attend dans le coliseum sera rude.
_ Pourquoi tant de considération à mon égard ? Et qui êtes-vous à la fin ? »
Elle lui tourne le dos et repart comme elle est venue, ne prenant pas le temps de répondre.


Sur Terre, en quelques bonds, Geki arrive devant le rocher où son maître et lui vivaient.
Il est immédiatement saisi par la vision d’horreur, provoquée par les circonstances de la mort de son maître. La tête détachée de son corps roule au gré du vent.
Les cent deux kilos de l’Ours, s’effondrent à genoux : « M… Maître… »

Un rire sarcastique se fait rapidement entendre.
Depuis le creux laissé dans la roche à l’intérieur de laquelle le défunt vivait, Hevelius se montre.
Le masque de femme chevalier, ainsi que l’armure qu’elle porte ne laisse aucun doute à Geki.
D’un revers de la main il sèche ses larmes et se redresse : « Je suis Geki Saint de bronze de l’Ours. L’homme que tu as tué était mon maître. Et il était innocent. »
D’ordinaire si calme et si douce, Hevelius présente une attitude bien plus hostile depuis la mort d’Algol : « Non. Il était coupable. Coupable de s’être allié avec un traître de ton espèce. Un chien au service de cette Saori Kido. Responsable de la mort de Misty, Astérion, Mozes, Babel et… Algol.
_ S’il s’agissait de gens envoyés contre Seiya et ses amis, comme l’avait été Phénix, alors il s’agit d’un acte de justice, fait craquer ses poings Geki. Nous avons été attaqués par le mal, alors que nous n’avions rien fait. Peut-être que de nous être exposés lors de la Galaxian War aux yeux du monde était une erreur, mais je doute que cela justifie l’acharnement dont nous sommes victimes.
_ Cela va bien au-delà de ça. Vous avez défié délibérément le Sanctuaire. Alors ne compte pas t’en sortir.
_ Mais je n’y comptais pas. Il était hors de question que tu partes d’ici, sans avoir payé la mort de mon maître de toute façon, se met en garde l’Ours. »
Sans prévenir, Hevelius se jette sur le Japonais. Elle balance ses deux jambes musclées en avant et profite d’un prodigieux élan, pour le frapper avec ses deux pieds en pleine face.
Le mètre quatre vingt huit de Geki est soulevé comme un rien du sol.
Le temps qu’il se ressaisisse, il ne peut esquiver un crochet en plein poitrail, suivi d’un coup de pied sauté au visage.
En reculant de trois pas, Geki a à peine le temps de se remettre en garde que son adversaire apparaît déjà derrière lui. Elle le cogne avec ses deux poings dans les reins.
Dépourvu de la moindre protection, Geki s’écroule.
_ « Minable, le regarde-t-elle avec dépit ! Je me demande pourquoi on m’a envoyé, moi, Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, pour t’éliminer. De simples soldats auraient suffi.
_ Il est facile de se vanter lorsqu’on attaque un adversaire sans armure, se relève-t-il difficilement.
_ Faudrait-il que j’accède à cette faveur ? Tu me promets un combat plus relevé si je te laisse porter ton armure ? »
D’un revers de la main, Geki se nettoie le sang qui s’échappe de ses lèvres. Son regard est emprunt d’une animosité rageuse. Son sourire lui donne une mine confiante : « Surtout pas ! Tu sembles être une Saint de bronze aguerrie. T’affronter sans armure sera un test pour m’assurer de mes progrès. »
Derrière Geki, l’effluve de sa cosmo énergie dessine un ours.
Le chevalier s’élance à son tour.
Son mouvement, beaucoup plus fluide que tout à l’heure, surprend Hevelius.
Arrivé devant elle, il l’assomme en laissant tomber sa grosse main gauche sur le sommet de son crâne. Il l’enchaîne, avec une agilité qu’Hevelius n’aurait pas prêtée à un tel gabarit, d’un coup de pied retourné qui fissure le masque de la compagne du défunt Algol.
Passablement sonnée, la jeune femme choisit de concentrer son cosmos dans sa main droite : « Très bien, tu vas subir ma technique prépare-toi à… »
Seulement, Geki se précipite sur elle avec une maîtrise totale du déplacement à la vitesse du son. Il cogne du gauche l’avant bras droit d’Hevelius pour lui faire perdre son accumulation de cosmo énergie. S’ensuit un uppercut du droit et un coup de tête qui aggrave l’état du masque.
Tandis que son corps s’échoue en arrière et que ses forces l’abandonnent, Hevelius revoit les plus beaux instants de sa vie passés en compagnie d’Algol.
Néanmoins, une terrible pression contre sa boite crânienne la ramène à la triste réalité.
Avec ses deux énormes mains, Geki s’est saisi de son crâne qu’il serre de toutes ses forces.
Le masque se brise totalement et le visage d’Hevelius commence à se déformer tandis que du sang jaillit de ses yeux, de sa bouche, de son nez et de ses oreilles.
D’un hurlement bestial, Geki proclame son succès : « Cette victoire, maître, est pour vous. Et pour tout ce que vous m’avez enseigné. Pour l’amour, pour la justice… Pour Athéna ! Hanging Bear ! »
Le diadème de la Cloth de bronze du Petit Renard cède et couvre le bruit provoqué par le craquement des os de la jeune femme.
La boite crânienne en lambeaux, la compagne du Saint de Persée est partie rejoindre son amant.
Geki, lui, reste immobile. Il abandonne le cadavre de son ennemie qui s’échoue à ses pieds.
Des larmes lui viennent : « Maître, vous êtes mort parce que vous croyiez en moi. Malgré mes progrès, je doute de pouvoir rattraper le niveau de Seiya et des autres. Mais je jure en votre mémoire, que je me battrai à leurs côtés jusqu’au bout. »


Aux confins de la dimension qui surplombe la Terre, le temple de Zeus domine le Mont Olympe.
Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.

A l’intérieur, dans la chambre qui juxtapose la salle des banquets, la salle du trône, le débat est vigoureux.
Sur le sol marbré, positionnés en arc de cercle devant un trône immense, onze sièges imposants sont partiellement occupés.
En effet, les dieux résidents en l'Olympe se concertent.
_ « Bien évidemment, les principaux concernés sont absents, pointe du doigt trois fauteuils vides Hestia. Hadès, Poséidon et surtout Athéna ne sont pas là lorsqu’il s’agit de débattre à propos de la Terre.
_ Mais bien plus que de la Terre elle-même, aujourd’hui, il est question de l’Homme, précise à côté d’elle Héra.
_ À commencer par celui qui a osé attenter à Hestia, rajoute leur complice Héphaïstos assis à l’autre bout. Il est retenu aux prisons de l’Olympe. Il s’agit à présent de valider la suggestion faite il y a peu de temps.
_ Au vu des éléments exposés ici et des événements de plus en plus irrévérencieux à notre encontre ces derniers siècles, intervient Artémis, j’estime que la sanction que nous avions prise à l’égard de cet humain indélicat est adéquate.
_ J’ai voulu moi-même en avoir le c½ur net, affirme Hermès à côté d’elle. Je me suis rendu aux prisons pour voir de mes yeux cet affront. Je ne me suis jamais autant senti insulté par le simple regard qu’il pouvait me jeter. Cette punition est sans conteste la plus appropriée. »
Les mains posées avec grâce sur les accoudoirs de son majestueux fauteuil, les jambes croisées avec élégance, Aphrodite Déesse des Plaisirs et de la Beauté propose d’une voix douce mais assurée : « Je suis profondément choquée par l’impudence de cet homme. J’insiste pour que les Anges qui forment ma garde personnelle, s’occupent de châtier cet individu dans l’arène. »
Enfin, tous tournent leur regard vers le siège du milieu, celui qui fait face au trône de Zeus.
Silencieux depuis le début, le visage inexpressif, Apollon attend que le silence règne, pour offrir sa divine parole.
Ses petits yeux plissés se lèvent en direction du trône.
Sans en attendre la permission, preuve de son influence pressante dans l’Olympe, le Dieu du Soleil s’adresse à leur souverain avec ses courtes phrases qui le caractérisent si bien : « Et bien. Dieu des dieux. Voici la preuve, s’il en fallait une, de ce que je t’avançais. Sous la coupe d’Athéna, les hommes se dressent contre nous. Ce chevalier mourra contre le premier Ange auquel il sera confronté. A défaut de celle des humains, cette divine punition fera accroître la foi des olympiens en nous. »
Aussitôt, les regards se lèvent sur l’empereur des cieux. Sachant qu’une réponse de sa part est attendue, Zeus se racle au préalable la gorge.
Le son provoqué est si intense qu’il retentit tel un coup de tonnerre.
Au sommet de l’Olympe, un éclair déchire le ciel.
Les mains épaisses du roi des dieux, tombent sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche, provoquant un second grondement.
Ainsi, il prend appui sur ses jambes et se lève pour exposer ses deux mètres quarante-sept maintenus par une musculature inouïe.
Il réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Ses yeux larges et plissés sont coiffés d’épais sourcils. Ceux-ci sont d’un blanc aussi grisonnant, que sa longue et opulente chevelure. Celle-ci se mêle à sa barbe dense, qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre. 
Lorsqu’il commence à ouvrir la bouche pour apporter sa réponse, le temps semble se suspendre. Tous sont pendus à ses lèvres. Sa voix détone à en faire trembler les murs : « La situation est en effet préoccupante. Jamais je n’aurai pu croire qu’un humain se rende coupable d'une telle offense à l’égard de l’Olympe. Lorsque j’ai légué la Terre à ma fille Athéna, j’espérais qu’elle ferait des hommes des êtres à notre image. Hélas, le vice qui les ronge les condamne de génération en génération à notre colère. Cependant, depuis mon retrait dans l’Olympe, j’ai pris pour habitude d’écouter les c½urs des humains en faisant réincarner sur Terre mon Aigle et mon Trait de Foudre. Ils me servaient de messagers et me permettaient de peser le pour et le contre entre les qualités et les défauts des hommes. »
Le maître des huit divinités réunies ici s’assied, comme pour conclure sur une indécision.
Préférant obtenir une autre réponse, Apollon lui suggère : « Pardonne-moi dieu des dieux. Tu sembles soucieux. Toutefois, cela fait des siècles que nous te faisons part de notre inquiétude. La gouvernance des hommes par Athéna laisse à désirer. Elle les soutient dans leur rébellion contre notre autorité. Certains en viennent même à nier notre existence. Ton Aigle et ton Trait de Foudre sont la preuve que même réincarné, un olympien peut être corrompu par la bassesse des hommes. Aujourd’hui, ils ne sont pas revenus vers toi. Ton Aigle et ton Trait de Foudre, ont bafoué leur allégeance en ton nom. »
Pensif, presque dérangé, Zeus passe sa main dans sa barbe drue.
Ses yeux prennent la direction du dernier membre de leur comité.
Cette déesse, bien silencieuse depuis le début du débat, observe les siens.
_ « Lesquels mènent le complot et lesquels en sont victimes, s’interroge-t-elle ? »
L’intimité à peine dissimulée par quelques ornements, quasiment nue, celle qui est apparue à Apodis sous une toge sombre au tissu très fin, réalise la tournure que prennent les événements. P
référant ne pas faire le jeu de ses semblables, elle s’est mue jusqu’à présent dans le silence.
Néanmoins, la voix caverneuse de leur souverain l’interpelle : « Et bien Déméter. Tous ont donné leur avis ici sauf toi. Que suggères-tu ? »
L’entité aux longs cheveux noirs de jais, préfère ne pas éveiller les soupçons et fait le jeu des conspirateurs : « Seigneur Zeus, le coliseum n’a pas été utilisé depuis des siècles. Je pense qu’il serait du meilleur effet d’y inviter votre peuple pour les divertir. La mise à mort d’un homme leur offrira un passe temps original. Quant à nous, cela nous rappellera aux bons souvenirs des guerres d’antan. »
Cette réponse satisfait Héphaïstos, Héra et Hestia qui arborent une expression suffisante. Apollon, lui, reste terne comme à son habitude. Ravi néanmoins au fond de lui que son plan se déroule comme prévu.
Voyant que Zeus ne partage pas les mêmes certitudes qu’Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès, le Dieu du Soleil précise : « Dieu des dieux. S’il t’en fallait plus, je me contenterai de citer la légèreté d’Hébé. Comme ma s½ur Athéna. Elle a toujours cru bon de se réincarner parmi les hommes. Les encourageant même, dans leur entreprise de destruction du temple d’Hestia sur Terre. »
Confronté à une vérité montée de toute pièce, Zeus n’a pas d’autres choix. Il fronce les sourcils et grommelle : « Qu’il en soit ainsi. Le chevalier d’Athéna sera jeté dans le coliseum. Il affrontera les Anges au service d’Aphrodite comme celle-ci l’a proposé. Il les affrontera jusqu’à ce que mort s’en suive. »


Durant ce temps, à l’intérieur d’un temple qui porte encore les traces de l’occupation athénienne de ces derniers mois, Marin recouvre ses esprits sur Yíaros.
Son premier réflexe est de caresser son visage, pour s’assurer qu’il est toujours caché.
A cet instant, la stupeur la prend, ses doigts caressent sa peau. « Mon masque, s’inquiète-t-elle aussitôt ! »
Elle bondit de la couche où elle se reposait, sans se soucier de ses plaies encore fraîches.
Heureusement, la voix chaleureuse et familière de Juventas la ramène au calme : « Ne t’en fais pas. Tu es dans le temple réservé aux prêtresses d’Hébé. Le temple des femmes, le temple d’Héra. »
Marine se saisit immédiatement du masque, que lui tend l’Alcide des Juments de Diomède : «  Merci. Je… Je ne voulais pas te sembler impolie. »

Les deux jeunes femmes sortent côte à côte.
Leurs regards dissimulés fixent une statue d’Hébé qui trônait autrefois fièrement devant ce temple et qui est maintenant couchée et brisée, après le massacre orchestré par les Athéniens.
_ « Il ne reste plus rien d’elle désormais, déclare tristement Juventas. »
La voix venue du ciel et communiquée par télépathie par ¼dipe, réagit au sous-entendu de son amie. Son apparence disgracieuse fend l’air, pour le laisser prendre place à proximité des jeunes femmes : « C’est faux. Il règne sur cette île une atmosphère bienfaisante. Comme si l’empreinte du cosmos de notre Majesté était ancrée à jamais. Et le plus important, c’est que cette île a toujours vu ses habitants vivre dans l’amour. De notre divine Hébé, il restera toujours nos c½urs aimants. »
Au loin, Juventas regarde sa fille Agape courir après d’autres enfants.
_ « Et si d’Iphiclès il me reste Agape, que me reste-t-il d’Apodis ? Et de Baucis ? Et Philémon, relance avec peine Juventas ?
_ Il nous reste l’espoir, tend Marin le Jonc que ses amis ont gagné. Ils sont parvenus à arracher cet artefact indispensable à la protection d’Athéna, pour les véritables combats à venir. Maintenant nous pouvons passer à l’étape suivante. Une fois qu’Athéna aura repris son Sanctuaire…
_ Oui, l’interrompt Juventas. Une fois qu’elle aura repris son Sanctuaire, seulement à cet instant, nous prêterons allégeance à Athéna. Maintenant, l’étape suivante, quelle qu’elle soit, sera pour moi de protéger l’île et de veiller sur le peuple.
_ Après la mort d’Iphiclès, Juventas est devenue le général des armées hébéïennes, précise avec beaucoup d’affection pour Marin ¼dipe. Sans déesse désormais, Juventas devient légitimement la régente d’Yíaros. A cet effet, je deviens son sujet. Et je préfère t’avouer que je lui donne parfaitement raison sur sa décision. La querelle interne au Sanctuaire d’Athéna nous a coûté tout ce que nous avions. »
Soutenue, Juventas, le corps noyé par les larmes qui s’échappent de sous son masque, conclut d’une tape amicale sur l’épaule de Marin : « Le premier Jonc que tu avais ramené sur Yíaros repose toujours sur le siège d’Hébé. Tu es libre de le reprendre.
_ Je comprends votre décision, baisse la tête amèrement Marin. Je poursuivrais donc, seule, mes investigations. Cependant j’aimerai, au contraire, avec votre accord, laisser ce second Jonc ici, en compagnie du premier. Je ne voudrais pas qu’ils finissent entre de mauvaises mains, si je venais à faire une sale rencontre.
_ Bien entendu. Je te laisse le soin de réunir au Parthénos les deux Joncs. Nous restons les alliés d’Athéna, même si cette quête en son nom s’arrête ici pour nous. »


En Olympe, à l’intérieur du temple du dieu du Soleil, aux pierres aussi froides que son c½ur, Apollon laisse son fidèle serviteur, le vieux Roloi, lui tenir sa cape pour faciliter son avancée.
Derrière eux, l’Ange le plus puissant de l’Olympe, Helénê, connue sous le nom terrestre de Ksénia, arbore un sourire à mesure que le petit bonhomme moustachu félicite la stratégie de leur maître : « … De plus, vous devez être ravi que ce soit sa Splendeur Aphrodite, qui propose de punir le chevalier. Alors qu’elle n’est même pas complice de votre plan, elle suit parfaitement le déroulement de celui-ci. Et sans compter Hermès, à qui il a suffit de voir la grossièreté de l’humain pour être certain de sa culpabilité. »
Arrivé devant une litière sur laquelle il choisit de s’allonger, Apollon se défait de l’assistance de Roloi d’un mouvement de bras qui signifie tout son agacement.
Les gros yeux inondés de bêtise du bougre au crâne dégarni s’écarquillent malgré tout pour exprimer un plaisir tout particulier lorsque Apollon prend la parole.
_ « Tes conseils m’ont été d’une grande utilité également, le satisfait Apollon. Il faut le dire. Avoir séparé l’Aigle et le Trait de Foudre de Zeus dès leur enfance terrienne. Il s’agissait d’une ingénieuse idée. Aujourd’hui Zeus ne peut voir que les défauts des hommes, que rapportent les Olympiens. Il ne voit plus ce qu’il prétendait être leurs qualités, lorsque ses seconds les lui rapportaient. »
Roloi s’écarte pour laisser d’autres serviteurs servir à leur maître du nectar et de l’ambroisie.
Face à l’euphorie de Roloi, Helénê s’emballe : « Maintenant qu’Hébé a été anéantie, Athéna est désormais seule sans le soutien de quiconque. C’est le moment idéal pour porter un coup fatal. »
Tout en tournant autour de la vénusté Roloi la regarde avec indélicatesse. Prêt à laisser balader quelques mains bien audacieuses sur les courbes de l’Ange, Roloi préfère atténuer son enthousiasme : « Agir ainsi serait bousculer les choses. Alors que tout se met en place progressivement, il serait dommage de tout gâcher. »
Elle corrige les mauvaises manières du vieillard sénile, en lui tapant la main.
Face à tant de décontraction, Apollon prend un ton impérial qui impose le respect à ses deux sujets et fait fuir ses esclaves : « Cessez vos imbécillités. Helénê n’a pas tort. Athéna est affaiblie. Mais Roloi a raison. Les autres dieux qui ne sont pas au fait de mon plan tombent dans le piège. Ils se font manipuler aisément. Tu as semé quelques graines sur Terre Helénê. Auprès d’Hadès. Auprès de Poséidon et d’Odin. Auprès d’Arès également. Laisse-les donc germer. Athéna sera obligée de commettre l’irréparable. Ne laissant plus d’autre choix à Zeus, que d’accepter ma réalité. »


En Grèce, les vagues viennent mourir sous les pontons du port de l’île d’Yíaros dans le calme le plus total.
Assise au bout d’un de ceux-la, Marine retire son masque pour scruter l’horizon.
Elle est perdue dans ses pensées : « Je repars de zéro à présent. L’idéal serait pour moi de récupérer mon Pendentif de Zeus. Cette vision que j’ai eu lorsque j’ai été frappée par le cosmos d’Hestia m’a délivré quelques signes. Hélas, je ne sais comment les interpréter. En plus de l’Olympe, je suis chassée par le Grand Pope. Et le seul qui n’en a cure et qui dispose des connaissances nécessaires est Mû de Jamir. Je n’ai que lui vers qui me retourner. »

15
Only for Love / Chapitre 57 - Un avertissement pour l'Olympe
« on: 9 February 2020 à 18h39 »
Le lendemain de la catastrophe s’annonçait terrible pour Marine. Comment allait-elle rentrer sur Yíaros et surmonter le regard accusateur des hébéïens ? Non seulement l’île avait perdu deux Saints d’Athéna, Philémon et moi, qui avions adoptés Yíaros comme notre seconde patrie, mais une enfant du pays, Baucis. Et surtout, leur raison d’être, l’objet de leur culte, leur bienfaitrice, la Déesse de la Jeunesse, Hébé.
Dans l’Olympe, l’échec d’Hestia allait certainement faire grand bruit, puisqu’il représentait également un revers pour les conspirateurs du royaume céleste…



Chapitre 57 - Un avertissement pour l’Olympe

En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

3 novembre 1986.
Dans les couloirs des appartements du Grand Pope, seuls quelques gémissements ambiancent le bâtiment désertique. Ces bruits, semblables à des sanglots, proviennent du maître des lieux.
Agenouillé, le visage libéré de son masque et de son casque, Saga la mine bleuie par les larmes, marmonne : « Ainsi tu as été au bout de ta mission sur Terre… Ma chère Ambroisie… Hébé… Je t’aimais tellement. »
Il s’effondre à genoux : « Plus de doutes possibles. Je ne ressens plus ta cosmo énergie. Le mal qui m’habite voulait attenter à ta vie. Cependant, l’humanité et l’amour de notre passé commun avaient réussi à lui arracher un compromis, en te laissant prisonnière de ton île. Ainsi, tu gardais la vie sauve sans contrecarrer mes plans. Maintenant, je n’ai plus à m’en faire. Je peux libérer ton île de mon contrôle et rappeler mes hommes pour accroître mon autorité auprès de mes sujets situés dans les domaines annexés, comme ceux où se cachent les renégats qui ½uvrent pour Saori Kido. Je n’ai plus rien à craindre d’Yíaros. Malheureusement… »
D’un revers de la main, il essuie ses larmes et ramasse son heaume rouge, pendant que ses cheveux se teintent d’un blanc grisonnant : « Oui… Car hélas, ta mort ronge encore un peu plus le peu de bien qui restait dans mon c½ur… »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Au pied du Mont Olympe, au sommet duquel le temple de Zeus surplombe le domaine des cieux, dans un des onze palais appartenant aux autres divinités olympiennes, la tension est palpable.
Dans cette demeure en pierre aussi froide que le c½ur de sa propriétaire, cette dernière passe sa main sous son épaisse bure contre son abdomen marqué d’une légère cicatrice. Aussitôt, chaque fois que ses doigts buttent contre la bosse qui marque la réunification de sa chair, ses petits yeux plissés défient la lame qui l’a transpercé.
Celle-ci, la dague brisée d’Hébé, trône sur un banc de pierre.

Vexée, marquée au plus profond d’elle par la découverte d’un sentiment nouveau : la douleur, provoquée par un humain, Hestia tire chaque seconde un peu plus fort le voile qui couvre ses cheveux rougeoyant pour s’y camoufler. « Voici ce que les faibles appellent la douleur ? Et la sensation qui s’en suivait… Etait-ce ce que les humains considèrent comme la peur ? », se tracasse-t-elle.

Face à elle, tenue droite dans sa longue robe pourpre, Héra garde toute sa hauteur en dévisageant la Déesse du Feu Sacré. Son visage fin et ses traits très tirés expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie : « Comment cela est-il possible ?
_ Je n’arrive pas à comprendre moi-même. Tout était sous contrôle.
_ Rien qu’avant cela. Ils sont tout de même parvenus à vaincre un Ange, un de nos puissants serviteurs.
_ Mais après cela, ils étaient à ma merci… »

Une voix indélicate et bien connue des déesses, ne dégage aucune formalité malgré la révérence que son propriétaire se devrait d’avoir : « Toujours est-il que les deux Joncs d’Athéna sont libres à présents. Si la Chouette venait à récupérer son bracelet… »
Héra identifie aussitôt l’importun. Un vieil homme, habillé d’une simple toge blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or. Il tire sur ses fines moustaches à chaque coin de ses lèvres.
_ « Roloi, le serviteur du chef d’orchestre de notre plan ! Ne t’inquiète pas vieillard sénile ! Cela n’arrivera pas. S’il n’est pas parvenu à la tuer, l’Ange à qui j’avais confié cette mission a réussi à mettre la Chouette hors d’état de nuire.
_ Tu peux donc dire à ton maître qu’il est inutile de s’inquiéter. Notre dessein est toujours aussi infaillible, rajoute Hestia. »
Le bougre, de petite taille, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de ses cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Ses yeux sont inondés de bêtise :
_ « Hestia ! Comment se porte la déesse poignardée par un humain ?
_ Comment oses-tu t’adresser ainsi à une déesse de l’Olympe misérable être abject ? », s’insurge la Déesse du Mariage du ton emprunté à l’encontre de sa semblable. 
Roloi courbe immédiatement l’échine et passe ses mains sur sa tête comme pour se protéger du courroux d’Héra.
Heureusement, une voix grondante lui vient en aide : « Il n’a pas tort pourtant ! »
Un pas saccadé s’ensuit, présentant la silhouette de l’intervenant. Celui-ci, boiteux, approche l’assistance. Titanesque, au torse bardé de muscle, il expose son corps athlétique en ne le dissimulant qu’avec une toge enroulée autour de sa taille. Son menton carré est couvert d’une barbe broussailleuse qui passe sous son nez épaté. Il porte le même regard hautain que les siens.
Roloi remercie son sauveur. Il se redresse et gesticule comme un enfant à qui on vient de lever une punition : « Oh Seigneur Héphaïstos ! Quel plaisir de vous voir parmi nous ! »
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans remet prestement le serviteur à sa place : « Il suffit Roloi ! Ce n’est pas parce que tu bénéficies de la protection d’un des nôtres, que tu ne dois pas te comporter comme tout bon olympien. »
Roloi cesse ses pitreries et s’agenouille illico.

Avec grandeur, le barbu poursuit : « Comme tu le dis Hestia, notre dessein est toujours aussi infaillible. Certes. Pourtant l’idéal aurait été que Pégase soit privé lui aussi à l’époque de son Jonc, afin d’éviter tout danger. »
Enfin, une dernière arrivée complète la discussion. Accompagné de la magnifique Helénê, connue sur Terre sous le nom de Ksénia, l’éminent Dieu du Soleil impose chez les siens un respect sans pareil.
Chacun incline la tête devant la grande et mince entité au regard bleu perçant et aux cheveux flamboyants.
Roloi se hâte de se prosterner à ses pieds, de l’autre côté de là où se trouve Ksénia. Entouré de ses fidèles sujets, Apollon conclut : « Hélas, inconsciemment, enfant, Athéna a réussi à protéger Pégase en l’envoyant devenir Saint au Sanctuaire. L’atteindre sans éveiller les soupçons de notre Seigneur Zeus était trop risqué. Voilà pourquoi j’ai envoyé Helénê, auprès des diverses divinités présentes sur Terre, pour affaiblir Pégase avant même que nous n’intervenions. Ainsi Odin fera involontairement la guerre à Athéna, sous la coupe de Poséidon, qui lui aussi servira à son insu nos intérêts. Enfin Hadès ne manquera pas d’affronter une fois de plus Athéna en cette ère. Avec autant d’occasions il est impossible qu’Athéna et Pégase ne soient pas poussés à la faute. Et s’il le faut, j’ai désormais Arès dans ma poche. Notre Seigneur Zeus aura alors face à lui un terrible constat d’échec. Sa fille à qui il a confié la Terre, sera devenue aussi malfaisante que les humains qu’elle affectionne. Dans ces conditions il nous permettra légitimement de prendre possession de son ancien royaume. »


A Jamir :

Au sein de la contrée himalayenne, les élèves de Mû volent peu à peu de leurs propres ailes.
Les conseils prodigués par le Saint du Bélier ne sont pas miraculeux, s’ils veulent maîtriser l’essence même du cosmos, Mei, Yulij, Médée et Nicol doivent trouver d’eux-mêmes leurs propres voies.

Le jeune couple, Mei et Yulij, y est parvenu à force de défiance l’un envers l’autre. A vouloir pousser chaque fois leurs limites pour surpasser l’autre, ils sont parvenus à s’y éveiller.
Tout en continuant à se chamailler, amoureusement, ils apprennent à le maîtriser totalement.

L’épouse de Mû rencontre plus de difficultés. Malgré la sagesse et la bienveillance inculquées par son conjoint, le Saint de bronze du Graveur doute beaucoup trop de l’avenir. Les évènements qui entourent le Sanctuaire et dont elle cause avec Mû la pousse involontairement à se poser trop de questions qui nuisent à sa totale concentration.

Une concentration dont s’arme pourtant Nicol. Le Saint d’argent de l’Autel n’a de cesse de se recentrer sur lui-même, lorsqu’il n’échange lors de débats passionnés avec Mû et qu’il n’observe pas les étoiles.
Celles-ci ont été bavardes ces derniers jours. Et il le sait : « Aujourd’hui est le jour de ma consécration. Les étoiles me l’ont dit, les signes qui entourent ma constellation sont sans équivoque. »
Une brise de plus en plus violente balaie les cheveux châtains clairs ébouriffés du jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque.
Son visage, relativement mature pour un jeune homme de vingt-cinq ans, est paisible, détendu.
Quasi inexpressive, son attitude atteste qu’il a fait le vide dans son esprit.
Debout devant la tour de Jamir, dans laquelle ses amis prennent un léger repas, il ne pense plus à la faim. Les dialogues de ses camarades ne l’atteignent pas. Il ne fait plus qu’un avec la nature capricieuse.
La météo se gâte, le ciel s’assombrit. Le tonnerre gronde, sans que cela n’altère l’application du chevalier.
Une première goutte tombe depuis le ciel. Cet évènement, somme tout anodin en temps normal, ne passe pas ici inaperçu pour l’héritier d’Arlès.
En effet, le son de l’eau qui s’écrase sur le sol rocailleux lui parvient à l’oreille. Il résonne si fort dans sa tête qu’il lui permet de réaliser la teneur de son travail acharné. En effet, celui-ci a permis de mettre tous ses sens en alerte. Ce choc représente pour lui, le top départ de son dernier test.
A la première goutte, suivent d’autres. D’abord par dizaines, puis par centaines, et enfin par milliers.
Pourtant, tout en restant sur place, malgré une pluie désormais battante, Nicol n’est pas mouillé.

L’attitude parfois condescendante de Nicol à l’égard de Mei, a amené chez le japonais un sentiment de rivalité envers le grec.
Cela l’amène à s’intéresser en plein repas à l’étrange exercice auquel son concurrent se soumet.
Il rejoint Mû, déjà posté à une lucarne de sa tour, les bras croisés, entrain de l’épier.
_ « Incroyable. Un ½il innocent croirait que l’eau ne l’atteint pas.
_  Pourtant il est perpétuellement en mouvement afin d’éviter toutes les gouttes qui s’abattent sur lui.
_ Mû… Il bouge si vite autour du même point qu’il crée une image rémanente n’est-ce pas ?
_ Il n’y a qu’une façon de réaliser cela…
_ … c’est de se déplacer à la vitesse de la lumière. »

Dehors, le tonnerre gronde. Le vent est de plus en plus violent.
Des éclairs de plus en plus grands illuminent le ciel jusqu’alors assombrit par la grisaille.
Face à cela, Nicol reste impassible. L’image rémanente ne bouge pas d’un millimètre tandis que le grec est toujours au sec dans ses vêtements.
L’orage devient davantage menaçant et se sont désormais des trombes d’eau, poussées par des rafales violentes qui tombent à présent.
Soudain, l’image rémanente laisse apparaître que l’ancien disciple d’Arlès ouvre ses yeux.
Aussitôt, la foudre s’abat sur le sommet d’une montagne voisine. Immédiatement, l’apparence de Nicol disparaît.

Dans la tour, Mei observe le point de chute de la foudre : « Il a été suffisamment rapide pour arriver à la destination de la foudre juste avant elle. Il a pu calculer sa trajectoire alors qu’elle commençait à peine à illuminer le ciel.
_ Pour réaliser un tel exploit, il ne faut pas seulement se déplacer à la vitesse de la lumière, mais aussi ne faire qu’un avec la nature pour sentir le départ de la foudre et connaître le lieu où elle a va tomber. Même parmi nous, les Saints d’or, très peu en sont capables avec autant de précision.
_ Notre apprentissage du septième sens continue. Cependant, j’ai l’impression que pour atteindre le niveau de Nicol, il va falloir poursuivre davantage nos efforts.
_ En effet, Arlès a fait du très bon travail avec lui. S’il continue ainsi, il pourra très vite concurrencer les Saints d’or. »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Devant la montagne impériale sur laquelle siègent les douze dieux du royaume, après les demeures du peuple olympien et leurs innombrables prieurés, là où les chemins habituellement faits de pavés ne sont plus que des routes détériorées et désertiques couvertes de poussière, de dangereuses bourrasques soufflent sans cesse.

A l’ouest, la voie cesse devant un gouffre insondable. De celui-ci jaillissent d’incalculables colonnes sphériques. Elles pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur que celui azuréen qui règne sur tout le reste du royaume
Personne ne s’aventure en ce lieu où sont réunis les ennemis de l’Olympe.
C’est au sommet des colonnes à la surface plate que s’impatientent les prisonniers. Il n’existe pour eux qu’une seule échappatoire. Lorsque la faim, la soif ou la peur deviennent trop insoutenables, la chute vertigineuse jusqu’au fond du gouffre offre une mort certaine, puisque ici l’abîme n’est autre qu’un passage vers l’Hyperdimension.

Au pic d’une des colonnes, seul au milieu d’autres tiges vides, un homme ne portant plus qu’un pantalon et aillant le bas des jambes revêtu par ce qui s’apparente être des morceaux d’armures, est étendu sur le dos. Son torse nu et son visage sont maculés de sang séché.
Profondément plongé dans le sommeil, quelques souvenirs du passé viennent le perturber…


Flashback
1981 - Cela faisait deux ans qu’Apodis avait été fait Saint.
Après des débuts où il se montra bien orgueilleux, les remontrances du Saint de la Lyre eurent l’effet escompté. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis était devenu un chevalier respectable.

De retour de mission d’Egypte, le maître et l’élève finissaient de rendre des comptes au Grand Pope.
Désormais Saint aguerri, une nouvelle orientation attendait Apodis. Le Grand Pope venait de le proclamer sergent. Il allait avoir la mission de créer sa cohorte et de veiller sur le secteur ouest, sous le commandement du lieutenant Misty.
Pressé de retrouver sa bien-aimée, Orphée pris congé d’Apodis.

Plusieurs choses avaient changé depuis le départ du Saint de la Lyre.
Le post de général des armées qui lui était destiné, est finalement revenu à un autre, puisqu’il avait préféré s’attacher à l’apprentissage du Saint de bronze.
Maintenant, il devenait un Saint d’argent qui pouvait couler des jours paisibles en attendant d’être rappelé par le Grand Pope pour une mission.

La première chose que fit Apodis, une fois les marches des douze palais du zodiaque descendues, ce fut de se rendre dans la maisonnette de ses parents à Honkios.
Cela faisait deux ans qu’il avait été réquisitionné dans l’armée pour combattre les arèsiens.  Depuis, sa famille restait sans nouvelles.
Son père et tout le voisinage pensaient que, comme de nombreux jeunes soldats envoyés sur le front au moment de la Guerre Sainte contre Arès, le chétif grec n’avait pas survécu. Seule sa mère refusait de se résigner.

Lorsque la porte d’entrée s’ouvrit en grand pour laisser apparaître le visage plus mûr et la taille plus athlétique de son fils, Mujakis perdit connaissance.
Apodis réceptionna sa mère dans les bras : « Tu ne rêves pas maman. Je suis de retour.
_ Oh Apodis, mon grand garçon, si tu savais depuis le temps que j’attends que tu ouvres cette porte. Ton nom n’a jamais été cité, lorsque les prêtres énuméraient l’identité des morts retrouvés lors de la bataille. Je me suis toujours refusée à te croire… »
Le bonheur et les larmes l’empêchèrent d’achever sa phrase. Apodis la serra fort contre son torse bardé de muscles : « C’est fini. Je suis de retour à présent. »

Dans ces propos, on pouvait sentir une certaine affliction. Apodis reconnaissait difficilement sa mère. Elle avait le visage creusé, fatigué. Elle était devenue rachitique, tremblante et marquée de coups.
Apodis pointait du doigt un hématome que portait sa mère : « A ce que je vois, malgré mon absence, cela n’a pas empêché mon père, Frontinus, de manifester du mécontentement. Il s’en est pris à toi de façon plus acharnée depuis. »
La malheureuse baissa la tête sans rien dire.
Le fils averti releva sa mère et brandit son poing en l’air : « N’ait crainte. Désormais je suis assez fort pour te protéger.
_ Tu ne le verras pas. Il ne repasse que très peu à la maison. Il s’est fait une nouvelle bande d’amis. Ils jouent le rôle d’usuriers pour le compte de riches commerçants qui veulent récupérer de l’argent auprès de leurs mauvais clients. Ils sont sous la coupe d’une jeune femme qui était apprentie Saint. Une certaine Geist. Frontinus ne repasse ici que lorsqu’il est trop ivre pour poursuivre ses desseins. »

Le jeune homme aux cheveux bleutés réfléchissait. Il faisait le tour de lui-même dans cette demeure d’où il ne gardait que de mauvais souvenirs. Puis, il avança jusqu’au tableau accroché sur la cheminée. Il s’agissait d’un portrait de son ancêtre, Tenma de Pégase.
Il le décrocha et l’observa quelques instants. Il pouvait distinguer au dos de la peinture qu’elle était signée par un certain « Alone ».
Après avoir détaillé avec minutie le visage de son aïeul, il glissa le tableau sous son bras et décréta : « Bien. Ramasse tes affaires. Nous partons d’ici. Je suis devenu un Saint d’Athéna… »
Dès cette annonce, les yeux de sa mère s’émerveillèrent, témoignant toute la fierté qu’elle pouvait éprouver à cet instant devant la réussite de son petit garçon devenu un homme fier : « … et j’ai été nommé sergent dans le secteur ouest du domaine sacré. Nous allons commencer une nouvelle vie. Frontinus ne nous retrouvera pas. Et si ça venait à être le cas, je le châtierai. »
En quelques minutes, la maison fut vidée. En pleine nuit, Apodis entamait une longue marche à travers le Sanctuaire en tirant une carriole sur laquelle sommeillait sa mère et reposait sa Pandora Box ainsi que quelques vêtements et quelques victuailles.
Leur maison d’Honkios, symbole de tant de malheurs, n’était bientôt plus qu’un point à l’horizon. Un point enflammé, après qu’Apodis ait choisi d’effacer toute trace de leurs vies précédentes dans cette ville.

Le lendemain matin, à peine éloignée d’Honkios, Mujakis ouvrit les yeux et bondit de la charrue que tirait son fils. Celui-ci était absent à son réveil. La seule chose qu’elle reconnaissait, c’était un champ de ruines au beau milieu duquel se dressait un petit colisée.

A l’intérieur de celui-ci, Apodis avançait sous les regards défiants des soldats qui se tenaient adossés contre les murs ou les colonnes doriques.
Certains s’échauffaient ou ficelaient leurs protections en vue d’une rude journée d’entraînement.
Une voix familière à Apodis arbitrait un combat : « Allons soldats ! Qui est encore de taille à se mesurer à Cliff ? »
Apodis reconnut aussitôt le grand Pullo. Il fut son caporal à l’époque où lui n’était que simple soldat. Tout comme son compagnon Cliff. L’italien est resté auprès de leur instructeur pendant qu’Apodis apprenait auprès d’Orphée.
Apodis s’élança d’une voix enjouée : « Moi bien sûr ! »
Devenu aveugle durant la Guerre Sainte contre Arès, Pullo ne pouvait cependant pas se tromper. Il cria de joie : « Apodis ! »
A son tour, l’italien aux boucles blondes se jeta dans les bras de son camarade : « Apodis ! Tu es de retour !
_ Lors de ma convalescence on m’a appris que tu étais parti en compagnie d’Orphée, explique Pullo. D’abord pour apprendre les bases ici au Sanctuaire, puis pour une mission d’évaluation en Egypte. Je suis heureux de te savoir revenu. Ton cosmos inspire aujourd’hui sécurité et puissance. Tu as fais beaucoup de chemin ces deux dernières années.
_ Merci Pullo. C’est aussi grâce à toi que j’ai su relever la tête durant la guerre et ainsi recevoir l’armure de bronze. Néanmoins je suis attristé de voir que tu n’as pu recouvrer la vue.
_ Ce n’est rien mon garçon, il n’y a pas que les yeux qui nous servent à voir. Ce que le c½ur peut percevoir est bien plus passionnant. Et puis privé d’un sens, j’ai été forcé d’accroître mes perceptions grâce aux autres.
_ Et toi Cliff ! Je suis ravi de te retrouver en pleine possession de tes moyens, assura Apodis tout en déposant sa main sur l’épaule de Pullo.
_ Après la bataille il a perdu beaucoup de sang, répondit Pullo pour Cliff, et il n’était pas hors de danger. Néanmoins il a puisé au fin fond de son cosmos le courage de se relever. A peine la plaie était pansée, qu’il voulait déjà porter l’épée sur les derniers fronts où le Sanctuaire menait encore la lutte.
_ Depuis je suis resté dans la garde d’Athéna et j’ai été plus d’une fois du voyage pour m’assurer de la suprématie d’Athéna sur nos territoires annexés aux quatre coins du monde, compléta l’intéressé.
_ Il a même été promu caporal !
_ En fait j’ai été promu caporal à la place de Pullo ! Le Pope lui a « accordé » une retraite forcée en lui offrant une petite parcelle de terre à cultiver. Néanmoins, je ne l’y ai jamais vu poser les pieds. Il est toujours là à réprimander mes apprentis soldats ! »
Les trois acolytes se mirent à rire.
Ils finirent de fêter leurs retrouvailles autour d’un verre, sous la tonnelle dressée pour les services du caporal Cliff.
Après quelques joyeusetés, Apodis racla sa gorge, comme pour annoncer le sérieux de ce qui allait précéder : « Je suis heureux de vous avoir retrouvé sains et saufs. Au-delà de ça, ma présence ici est également intéressée. Je suis devenu sergent pour le secteur ouest du Sanctuaire. Je dois m’établir là-bas et y constituer ma troupe pour rattacher la défense de nos frontières. J’ai immédiatement pensé à vous. »
Cliff et Pullo levèrent aussitôt leurs verres en guise d’acceptation.
Toutefois, Apodis restait ferme : « Seulement, il me faut un seul caporal. Je compte sur les notions de respect, d’ordre et de discipline qu’impose l’expérience de Pullo. Je suis donc désolé Cliff. »
Malgré une pointe de frustration dans le regard de l’italien, celui-ci trinqua une fois de plus avec ses amis : « Je continuerai à apprendre de Pullo dans ce cas. »

Accompagnés de Pullo et Cliff, Apodis et sa mère arrivèrent dans un paisible village de l’ouest bien connu par le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, Paesco.
Ils trouvèrent devant la demeure d’Orphée, les Saints d’argent du Lézard et de la Lyre en pleine discussion.
Immédiatement, Pullo, Cliff et Mujakis s’inclinèrent. Apodis se courbait légèrement.
_ « Tu tombes bien Apodis, affirma Orphée en tendant le bras vers son disciple. Approche donc que je te présente à ton lieutenant. Il est également le capitaine de notre armée et dirige tous les Saints de bronze et d’argent. Misty du Lézard.
_ Voici l’élève d’Orphée ! L’élève de celui qui est notre modèle à nous tous, chevaliers d’argent et de bronze, gratifia Misty en penchant légèrement sa tête en avant. Le Saint d’or des Poissons que tu as déjà rencontré en te rendant chez le Grand Pope, m’a appris hier lors d’une de nos rencontres à quel point tu étais séduisant. J’ajouterai donc que tu apparais en plus de cela, comme quelqu’un de très mystérieux. Rares sont les jeunes Saints qui demandent à veiller sur nos murailles. En général, ils préfèrent s’attacher à la surveillance de la grande citée d’Honkios puisqu’elle respire la joie de vivre et les festivités. Ici, à l’ouest, nous sommes dans les campagnes les plus reculées du domaine sacré. Cela me fait donc plaisir d’avoir à mon service un jeune volontaire. D’habitude ce sont les anciens comme Mensa et Circinus qui postulent pour les postes frontières. Rares sont les intrus qui nous assaillent. Ici c’est un endroit paisible pour installer sa famille et ne pas avoir trop de travail. Loin des cités du centre, où il faut constamment intervenir pour régler les querelles, escorter les prêtres qui portent les malles de sacres de leurs temples jusqu’au capitole…Quoique le peuple dans les petits villages frontaliers est très uni et solidaire. Les révoltes contre la répression ne sont pas à écarter en cas de crises. Il faut donc faire preuve d’une grandeur d’âme et d’une bonté suffisante pour apprendre à gérer le peuple sous notre juridiction, mais également faire preuve d’autorité et de charisme pour mener une équipe. Sauras-tu faire preuve de toutes ces qualités ? Oui, tu le seras. Je le sens, continua Misty, sans laisser à Apodis le soin de répondre. A présent il va falloir que tu poses tes valises sur les terres que tu protèges. Comme tu peux le remarquer, ce n’est pas l’espace qui manque ici. Paesco est un village paisible, qui a beaucoup souffert de la Guerre Sainte contre les arèsiens. Prends le temps nécessaire pour te créer ton habitation en fonction de la solde que les intendants du Pope viennent de m’attribuer pour toi, lui dit-il en lui balançant une besace remplie de sacres. En général fabriquer son logement demande peu de temps à un Saint pour qui le poids des matières et la montre ne sont que rigolade en vu de ses capacités physiques. C’est pourquoi je te demande de composer par la même occasion une équipe de quinze hommes et de nommer parmi eux un caporal. Ta troupe veillera à la fois sur les murailles et les villages qui les longent, ainsi que ceux qui rejoignent le centre du domaine. Les sergents Mensa Saint de bronze de la Table et Circinus Saint de bronze du Compas te donneront plus en détail l’étendue de notre zone de surveillance. Chaque mois je vous annoncerai vos plannings de surveillance, afin que vos troupes travaillent en roulement. Lorsque vous n’êtes pas à la sécurité des villages, votre caporal doit entraîner vos soldats tandis que vous veillez en même temps au développement économique, social, agricole et militaire de votre secteur. Tu incarnes dorénavant la loi du Sanctuaire tout en étant l’assistant personnel de chaque habitant… "

Après plusieurs minutes d’explications, Misty prit congé d’Orphée et d’Apodis, laissant le maître et l’élève à l’½uvre.
_ « Alors, penses-tu te construire un logis ?
_ Oui, quelque chose de grand et lumineux pour y installer ma mère. En parallèle, je compte dresser un camp pour mes hommes. Je me ferai ma propre demeure une fois que tout le monde sera à l’abri du besoin. Pendant ce temps, je vivrai avec mes hommes. »
Une voix venue de derrière Orphée demanda à Apodis : « Pourquoi ne viendrais-tu pas te loger chez nous en attendant ? »
Malgré les deux années pendant lesquelles il ne l’avait pas vu, Apodis reconnut tout de suite la s½ur d’Eurydice qu’il appréciait tant. Netsuai.
Elle aussi avait bien grandi. Elle était resplendissante dans sa fine robe rose qui la serrait de la poitrine à la taille où un fin ruban de soie la maintenait. Son sourire rayonnait sur ce visage orné de ses beaux yeux bleus.
_ Merci beaucoup Netsuai, dit-il en lui passant la main dans ses fins cheveux bruns coiffés au carré, mais je ne voudrais pas vous importuner. Cependant, j’espère que cela ne m’empêchera pas de profiter de ta bienveillance lorsque je m’accorderai quelques instants de repos. »
Flashback


Le visage radieux et angélique de sa défunte épouse tire Apodis du profond repos dans lequel il s’est plongé d’épuisement.
La tête lui tourne terriblement et le moindre mouvement tire sur ses plaies à peine sèches.
Se tenant le crâne et grimaçant, il redresse son buste et détaille les lieux autour de lui.
« Rien. Personne. Que ces maudites colonnes. », constate-t-il.
D’un pas tremblant, il approche le précipice au fond duquel se trouve l’Hyperdimension. Il murmure : « Je ne sais pas ce qu’il y a au fond, mais je n’ai pas le choix, si je veux partir d’ici… »
Sans qu’il s’y attende, une voix féminine et impériale lui conseille : « Là-dessous c’est l’Hyperdimension. Si tu y tombes ton corps sera inexorablement désintégré. Tu ne parviendras pas à sortir de cette dimension comme tu as pu y entrer.
_ Qui est-ce, questionne-t-il en faisant le tour de lui-même, tout en en se maintenant ses côtes qui le font abominablement souffrir, qui est là ?
_ Ici il y a de nombreuses personnes. D’autres prisonniers. A des kilomètres à la ronde. Tous finiront par se jeter dans ce précipice. Mais toi, tu es un prisonnier spécial. Je sens que le sort qui t’est réservé est tout autre. »
En plissant les yeux, Apodis distingue l’apparence d’une femme quasiment nue, l’intimité à peine dissimulée par quelques ornements. Ses longs cheveux noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Celle-ci lui tourne le dos et semble réussir l’exploit de marcher dans le vide avant de disparaître. Laissant Apodis plein de doutes.


A Jamir :

L’orage s’est dissipé pour laisser place à un temps plus clément.
Tous en profitent pour reprendre l’entraînement là où ils l’avaient laissé, notamment Mei, impatient à l’idée de surpasser son rival Nicol.

Ce dernier n’a pas bougé depuis qu’il a intercepté la foudre. Il s’est positionné en tailleur et médite de nouveau.
Sa perception affûtée lui permet de remarquer l’approche du maître des lieux.
_ « Seigneur Mû, dois-je comprendre en votre présence qu’il est l’heure d’une de nos fameuse conversation ?
_ Tu ne peux en vouloir à un ermite de vouloir converser avec un esprit cultivé, sourit le muvien.
_ Un ermite ? Derrière votre tour vit pourtant le reste de votre peuple. Je veux bien admettre que votre communauté soit peu nombreuse, cependant, vous ne pouvez dire que vous êtes seul.
_ Tu dis cela parce que ça ne fait pas longtemps que tu es chevalier. Tu comprendras très vite que la vie d’un Saint est faite de solitude. Nous frôlons la mort à chaque instant. Notre mission sur Terre et si fondamentale que notre existence peut cesser malgré notre jeune âge.
_ Oui, je comprends tout à fait. Je disais cela pour vous taquiner Seigneur Mû. Parfois, je trouve en vous l’attitude pessimiste de mon maître Arlès. Il faut dire qu’il était le frère de votre maître Shion. Vous avez dû hériter de leur mélancolie, rigole enfin Nicol.
_ Et pas toi ?
_ Cela se témoigne chez moi par une attitude plus austère.
_ Il faut dire que tu es bien plus mature que Mei et Yulij qui t’accompagnent.
_ C’est vrai, confesse le Saint de l’Autel. Heureusement, votre épouse m’accompagne et me permet d’évoquer certains sujets qui ne passionnent guère nos deux jeunes camarades. D’ailleurs, je m’inquiète énormément pour le devenir de Yulij. Je l’aime comme un frère peut aimer une s½ur.
_ Je comprends. La bataille que livre en interne le Sanctuaire peut s’avérer dangereuse. »
Nicol secoue la tête. Il pense à autre chose et se rapproche, sans le savoir, des visions qu’a eu Marine la veille, lorsqu’elle a touché le sceau qui retenait le Jonc prisonnier.
_ « Certes. Néanmoins, j’ai vu d’autres signes dans les étoiles. Je ne sais pas pourquoi, mais le combat que nous allons mener n’a rien à voir avec la reconquête du Sanctuaire. Quelque chose d’autre se trame. Une situation bien plus dangereuse que celles rencontrées par Athéna dans le passé. Je pense que la réponse se trouve auprès du Saint de l’Aigle. Les étoiles de cette constellation m’intriguent depuis plusieurs jours.
_ Dans ce cas si votre chemin venait à ne pas être celui de la libération du Sanctuaire, alors nos routes se sépareront. Mais j’ai foi en vous. Tout comme j’ai foi en les chevaliers que suit actuellement mon disciple Kiki. Je sais qu’ils parviendront à libérer le Sanctuaire du mal. Et si votre quête consiste à aider Athéna, alors elle n’en pourra qu’être plus utile une fois le Sanctuaire épuré du mal qui le ronge.
_ Merci Seigneur Mû.
_ Tu n’as pas à me remercier. Je reconnais dans tes propos la sagesse propre à Arlès. Tu disposes de tous les attributs nécessaire à un Saint de l’Autel qui destine ce chevalier à être le second du Pope, voire son suppléant si besoin est. »
Nicol, touché par une telle déclaration, scrute l’horizon avec fierté.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

A l’intérieur de la demeure de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer, les dieux conspirateurs, Apollon, Héphaïstos, Héra et Hestia, poursuivent leur bilan sous les yeux de Roloi et Helénê, les fidèles sujets d’Apollon.

_ « Tout de même, qu’un humain parvienne à blesser un dieu, cela me laisse circonspect, persiste Héra devant la mine confuse d’Hestia.
_ Plait-il ? Il ne s’agit en aucun cas d’un humain mais d’Hébé ! Cette traîtresse s’est sacrifiée pour les hommes et a affaibli Hestia, précise de suite Héphaïstos qui refuse qu’il soit porté atteinte à leur céleste statut.
_ Le coup a tout de même été porté par un humain, précise Héra, moins sûre qu’à l’accoutumée. C’est indéniable… »

Grand meneur de cette confrérie, Apollon se contente d’une de ces courtes phrases qui le rendent si charismatique et qui le caractérisent si bien.
_ « Héra à t’entendre on croirait que tu crains les hommes.
_ Absolument pas, assure-t-elle avec grandeur en bombant la poitrine. Je pare à toute éventualité. C’est tout. Il s’agit d’un guerrier d’Athéna. Il a réussi à porter un coup à l’une des nôtres. Que cela soit grâce à Hébé ou non, les faits sont là. De plus, il est parvenu à repousser Hestia jusqu’ici et à la suivre. Cela signifie que…
_ Il suffit à présent, interrompt Apollon, imposant à la Déesse du Mariage le silence. L’homme n’a jamais été rien d’autre qu’un cafard pour nous. Cela ne changera jamais.
_ Toujours est-il que la présence de cet homme en Olympe est une injure, rétorque Héphaïstos, seul semblable d’Apollon à oser lui répondre. Il est parvenu à traverser l’Hyperdimension. Notre dimension ! Et cela, indemne !
_ C’est un miracle, rajoute Hestia amère.
_ Seuls les dieux sont grands. Leurs actes sont semblables à des miracles pour les hommes. Les humains espèrent en accomplir. Car c’est tout ce qui leur permet de s’accrocher à leur misérable existence, annonce Apollon d’un sourire perfide qui témoigne de toute la confiance qu’il place en son essence divine. Traverser l’Hyperdimension n’est en rien miraculeux pour un Dieu. Ni pour un homme bénéficiant de l’assistance d’un dieu, adresse-t-il à Héphaïstos en lui balançant avec dédain la dague brisée d’Hébé après l’avoir saisit sur le banc de pierre où elle trône.
_ Alors ce guerrier est sorti indemne de l’Hyperdimension parce qu’il était protégé par la dague d’Hébé, aboutit Héphaïstos.
_ Il la tenait fermement dans ses mains jusqu’à notre arrivée en ce lieu, se souvient douloureusement Hestia. »
Héra reste néanmoins dérangée : « Toujours est-il qu’il est ici, en Olympe. Vivant. Sa présence ne peut qu’être préjudiciable à nos plans. Si le Seigneur Zeus venait à…
_ Dès son intrusion ici je l’ai fais conduire aux prisons de l’Olympe, réagit prestement Apollon. Voici des décennies que notre coliseum n’a pas accueilli de divertissement pour notre bon plaisir. Je me charge de Zeus. »



J’étais pris au piège, bien loin de m’imaginer le sinistre complot organisé par quelques olympiens.
Baigné par les souvenirs de mon passé, j’essayais de penser à autre chose, qu’à ma modeste condition dans la prison céleste.
Heureusement, la lecture des étoiles par Nicol, laissait présager que Marine ne serait pas seule pour poursuivre la lutte contre Apollon et les siens.
D’ailleurs, dans un monde ou chacun jouait un jeu, je me demandais si les conseils de cette femme mystérieuse étaient sincères. Pourquoi m’avait-elle sauvé d’un saut dans l’Hyperdimension ? Mais surtout, qui était-elle ?

Pages: [1] 2 3 ... 7