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Only for Love / Chapitre 57 - Un avertissement pour l'Olympe
« on: 9 February 2020 à 18h39 »
Le lendemain de la catastrophe s’annonçait terrible pour Marine. Comment allait-elle rentrer sur Yíaros et surmonter le regard accusateur des hébéïens ? Non seulement l’île avait perdu deux Saints d’Athéna, Philémon et moi, qui avions adoptés Yíaros comme notre seconde patrie, mais une enfant du pays, Baucis. Et surtout, leur raison d’être, l’objet de leur culte, leur bienfaitrice, la Déesse de la Jeunesse, Hébé.
Dans l’Olympe, l’échec d’Hestia allait certainement faire grand bruit, puisqu’il représentait également un revers pour les conspirateurs du royaume céleste…



Chapitre 57 - Un avertissement pour l’Olympe

En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

3 novembre 1986.
Dans les couloirs des appartements du Grand Pope, seuls quelques gémissements ambiancent le bâtiment désertique. Ces bruits, semblables à des sanglots, proviennent du maître des lieux.
Agenouillé, le visage libéré de son masque et de son casque, Saga la mine bleuie par les larmes, marmonne : « Ainsi tu as été au bout de ta mission sur Terre… Ma chère Ambroisie… Hébé… Je t’aimais tellement. »
Il s’effondre à genoux : « Plus de doutes possibles. Je ne ressens plus ta cosmo énergie. Le mal qui m’habite voulait attenter à ta vie. Cependant, l’humanité et l’amour de notre passé commun avaient réussi à lui arracher un compromis, en te laissant prisonnière de ton île. Ainsi, tu gardais la vie sauve sans contrecarrer mes plans. Maintenant, je n’ai plus à m’en faire. Je peux libérer ton île de mon contrôle et rappeler mes hommes pour accroître mon autorité auprès de mes sujets situés dans les domaines annexés, comme ceux où se cachent les renégats qui ½uvrent pour Saori Kido. Je n’ai plus rien à craindre d’Yíaros. Malheureusement… »
D’un revers de la main, il essuie ses larmes et ramasse son heaume rouge, pendant que ses cheveux se teintent d’un blanc grisonnant : « Oui… Car hélas, ta mort ronge encore un peu plus le peu de bien qui restait dans mon c½ur… »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Au pied du Mont Olympe, au sommet duquel le temple de Zeus surplombe le domaine des cieux, dans un des onze palais appartenant aux autres divinités olympiennes, la tension est palpable.
Dans cette demeure en pierre aussi froide que le c½ur de sa propriétaire, cette dernière passe sa main sous son épaisse bure contre son abdomen marqué d’une légère cicatrice. Aussitôt, chaque fois que ses doigts buttent contre la bosse qui marque la réunification de sa chair, ses petits yeux plissés défient la lame qui l’a transpercé.
Celle-ci, la dague brisée d’Hébé, trône sur un banc de pierre.

Vexée, marquée au plus profond d’elle par la découverte d’un sentiment nouveau : la douleur, provoquée par un humain, Hestia tire chaque seconde un peu plus fort le voile qui couvre ses cheveux rougeoyant pour s’y camoufler. « Voici ce que les faibles appellent la douleur ? Et la sensation qui s’en suivait… Etait-ce ce que les humains considèrent comme la peur ? », se tracasse-t-elle.

Face à elle, tenue droite dans sa longue robe pourpre, Héra garde toute sa hauteur en dévisageant la Déesse du Feu Sacré. Son visage fin et ses traits très tirés expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie : « Comment cela est-il possible ?
_ Je n’arrive pas à comprendre moi-même. Tout était sous contrôle.
_ Rien qu’avant cela. Ils sont tout de même parvenus à vaincre un Ange, un de nos puissants serviteurs.
_ Mais après cela, ils étaient à ma merci… »

Une voix indélicate et bien connue des déesses, ne dégage aucune formalité malgré la révérence que son propriétaire se devrait d’avoir : « Toujours est-il que les deux Joncs d’Athéna sont libres à présents. Si la Chouette venait à récupérer son bracelet… »
Héra identifie aussitôt l’importun. Un vieil homme, habillé d’une simple toge blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or. Il tire sur ses fines moustaches à chaque coin de ses lèvres.
_ « Roloi, le serviteur du chef d’orchestre de notre plan ! Ne t’inquiète pas vieillard sénile ! Cela n’arrivera pas. S’il n’est pas parvenu à la tuer, l’Ange à qui j’avais confié cette mission a réussi à mettre la Chouette hors d’état de nuire.
_ Tu peux donc dire à ton maître qu’il est inutile de s’inquiéter. Notre dessein est toujours aussi infaillible, rajoute Hestia. »
Le bougre, de petite taille, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de ses cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Ses yeux sont inondés de bêtise :
_ « Hestia ! Comment se porte la déesse poignardée par un humain ?
_ Comment oses-tu t’adresser ainsi à une déesse de l’Olympe misérable être abject ? », s’insurge la Déesse du Mariage du ton emprunté à l’encontre de sa semblable. 
Roloi courbe immédiatement l’échine et passe ses mains sur sa tête comme pour se protéger du courroux d’Héra.
Heureusement, une voix grondante lui vient en aide : « Il n’a pas tort pourtant ! »
Un pas saccadé s’ensuit, présentant la silhouette de l’intervenant. Celui-ci, boiteux, approche l’assistance. Titanesque, au torse bardé de muscle, il expose son corps athlétique en ne le dissimulant qu’avec une toge enroulée autour de sa taille. Son menton carré est couvert d’une barbe broussailleuse qui passe sous son nez épaté. Il porte le même regard hautain que les siens.
Roloi remercie son sauveur. Il se redresse et gesticule comme un enfant à qui on vient de lever une punition : « Oh Seigneur Héphaïstos ! Quel plaisir de vous voir parmi nous ! »
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans remet prestement le serviteur à sa place : « Il suffit Roloi ! Ce n’est pas parce que tu bénéficies de la protection d’un des nôtres, que tu ne dois pas te comporter comme tout bon olympien. »
Roloi cesse ses pitreries et s’agenouille illico.

Avec grandeur, le barbu poursuit : « Comme tu le dis Hestia, notre dessein est toujours aussi infaillible. Certes. Pourtant l’idéal aurait été que Pégase soit privé lui aussi à l’époque de son Jonc, afin d’éviter tout danger. »
Enfin, une dernière arrivée complète la discussion. Accompagné de la magnifique Helénê, connue sur Terre sous le nom de Ksénia, l’éminent Dieu du Soleil impose chez les siens un respect sans pareil.
Chacun incline la tête devant la grande et mince entité au regard bleu perçant et aux cheveux flamboyants.
Roloi se hâte de se prosterner à ses pieds, de l’autre côté de là où se trouve Ksénia. Entouré de ses fidèles sujets, Apollon conclut : « Hélas, inconsciemment, enfant, Athéna a réussi à protéger Pégase en l’envoyant devenir Saint au Sanctuaire. L’atteindre sans éveiller les soupçons de notre Seigneur Zeus était trop risqué. Voilà pourquoi j’ai envoyé Helénê, auprès des diverses divinités présentes sur Terre, pour affaiblir Pégase avant même que nous n’intervenions. Ainsi Odin fera involontairement la guerre à Athéna, sous la coupe de Poséidon, qui lui aussi servira à son insu nos intérêts. Enfin Hadès ne manquera pas d’affronter une fois de plus Athéna en cette ère. Avec autant d’occasions il est impossible qu’Athéna et Pégase ne soient pas poussés à la faute. Et s’il le faut, j’ai désormais Arès dans ma poche. Notre Seigneur Zeus aura alors face à lui un terrible constat d’échec. Sa fille à qui il a confié la Terre, sera devenue aussi malfaisante que les humains qu’elle affectionne. Dans ces conditions il nous permettra légitimement de prendre possession de son ancien royaume. »


A Jamir :

Au sein de la contrée himalayenne, les élèves de Mû volent peu à peu de leurs propres ailes.
Les conseils prodigués par le Saint du Bélier ne sont pas miraculeux, s’ils veulent maîtriser l’essence même du cosmos, Mei, Yulij, Médée et Nicol doivent trouver d’eux-mêmes leurs propres voies.

Le jeune couple, Mei et Yulij, y est parvenu à force de défiance l’un envers l’autre. A vouloir pousser chaque fois leurs limites pour surpasser l’autre, ils sont parvenus à s’y éveiller.
Tout en continuant à se chamailler, amoureusement, ils apprennent à le maîtriser totalement.

L’épouse de Mû rencontre plus de difficultés. Malgré la sagesse et la bienveillance inculquées par son conjoint, le Saint de bronze du Graveur doute beaucoup trop de l’avenir. Les évènements qui entourent le Sanctuaire et dont elle cause avec Mû la pousse involontairement à se poser trop de questions qui nuisent à sa totale concentration.

Une concentration dont s’arme pourtant Nicol. Le Saint d’argent de l’Autel n’a de cesse de se recentrer sur lui-même, lorsqu’il n’échange lors de débats passionnés avec Mû et qu’il n’observe pas les étoiles.
Celles-ci ont été bavardes ces derniers jours. Et il le sait : « Aujourd’hui est le jour de ma consécration. Les étoiles me l’ont dit, les signes qui entourent ma constellation sont sans équivoque. »
Une brise de plus en plus violente balaie les cheveux châtains clairs ébouriffés du jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque.
Son visage, relativement mature pour un jeune homme de vingt-cinq ans, est paisible, détendu.
Quasi inexpressive, son attitude atteste qu’il a fait le vide dans son esprit.
Debout devant la tour de Jamir, dans laquelle ses amis prennent un léger repas, il ne pense plus à la faim. Les dialogues de ses camarades ne l’atteignent pas. Il ne fait plus qu’un avec la nature capricieuse.
La météo se gâte, le ciel s’assombrit. Le tonnerre gronde, sans que cela n’altère l’application du chevalier.
Une première goutte tombe depuis le ciel. Cet évènement, somme tout anodin en temps normal, ne passe pas ici inaperçu pour l’héritier d’Arlès.
En effet, le son de l’eau qui s’écrase sur le sol rocailleux lui parvient à l’oreille. Il résonne si fort dans sa tête qu’il lui permet de réaliser la teneur de son travail acharné. En effet, celui-ci a permis de mettre tous ses sens en alerte. Ce choc représente pour lui, le top départ de son dernier test.
A la première goutte, suivent d’autres. D’abord par dizaines, puis par centaines, et enfin par milliers.
Pourtant, tout en restant sur place, malgré une pluie désormais battante, Nicol n’est pas mouillé.

L’attitude parfois condescendante de Nicol à l’égard de Mei, a amené chez le japonais un sentiment de rivalité envers le grec.
Cela l’amène à s’intéresser en plein repas à l’étrange exercice auquel son concurrent se soumet.
Il rejoint Mû, déjà posté à une lucarne de sa tour, les bras croisés, entrain de l’épier.
_ « Incroyable. Un ½il innocent croirait que l’eau ne l’atteint pas.
_  Pourtant il est perpétuellement en mouvement afin d’éviter toutes les gouttes qui s’abattent sur lui.
_ Mû… Il bouge si vite autour du même point qu’il crée une image rémanente n’est-ce pas ?
_ Il n’y a qu’une façon de réaliser cela…
_ … c’est de se déplacer à la vitesse de la lumière. »

Dehors, le tonnerre gronde. Le vent est de plus en plus violent.
Des éclairs de plus en plus grands illuminent le ciel jusqu’alors assombrit par la grisaille.
Face à cela, Nicol reste impassible. L’image rémanente ne bouge pas d’un millimètre tandis que le grec est toujours au sec dans ses vêtements.
L’orage devient davantage menaçant et se sont désormais des trombes d’eau, poussées par des rafales violentes qui tombent à présent.
Soudain, l’image rémanente laisse apparaître que l’ancien disciple d’Arlès ouvre ses yeux.
Aussitôt, la foudre s’abat sur le sommet d’une montagne voisine. Immédiatement, l’apparence de Nicol disparaît.

Dans la tour, Mei observe le point de chute de la foudre : « Il a été suffisamment rapide pour arriver à la destination de la foudre juste avant elle. Il a pu calculer sa trajectoire alors qu’elle commençait à peine à illuminer le ciel.
_ Pour réaliser un tel exploit, il ne faut pas seulement se déplacer à la vitesse de la lumière, mais aussi ne faire qu’un avec la nature pour sentir le départ de la foudre et connaître le lieu où elle a va tomber. Même parmi nous, les Saints d’or, très peu en sont capables avec autant de précision.
_ Notre apprentissage du septième sens continue. Cependant, j’ai l’impression que pour atteindre le niveau de Nicol, il va falloir poursuivre davantage nos efforts.
_ En effet, Arlès a fait du très bon travail avec lui. S’il continue ainsi, il pourra très vite concurrencer les Saints d’or. »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

Devant la montagne impériale sur laquelle siègent les douze dieux du royaume, après les demeures du peuple olympien et leurs innombrables prieurés, là où les chemins habituellement faits de pavés ne sont plus que des routes détériorées et désertiques couvertes de poussière, de dangereuses bourrasques soufflent sans cesse.

A l’ouest, la voie cesse devant un gouffre insondable. De celui-ci jaillissent d’incalculables colonnes sphériques. Elles pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur que celui azuréen qui règne sur tout le reste du royaume
Personne ne s’aventure en ce lieu où sont réunis les ennemis de l’Olympe.
C’est au sommet des colonnes à la surface plate que s’impatientent les prisonniers. Il n’existe pour eux qu’une seule échappatoire. Lorsque la faim, la soif ou la peur deviennent trop insoutenables, la chute vertigineuse jusqu’au fond du gouffre offre une mort certaine, puisque ici l’abîme n’est autre qu’un passage vers l’Hyperdimension.

Au pic d’une des colonnes, seul au milieu d’autres tiges vides, un homme ne portant plus qu’un pantalon et aillant le bas des jambes revêtu par ce qui s’apparente être des morceaux d’armures, est étendu sur le dos. Son torse nu et son visage sont maculés de sang séché.
Profondément plongé dans le sommeil, quelques souvenirs du passé viennent le perturber…


Flashback
1981 - Cela faisait deux ans qu’Apodis avait été fait Saint.
Après des débuts où il se montra bien orgueilleux, les remontrances du Saint de la Lyre eurent l’effet escompté. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis était devenu un chevalier respectable.

De retour de mission d’Egypte, le maître et l’élève finissaient de rendre des comptes au Grand Pope.
Désormais Saint aguerri, une nouvelle orientation attendait Apodis. Le Grand Pope venait de le proclamer sergent. Il allait avoir la mission de créer sa cohorte et de veiller sur le secteur ouest, sous le commandement du lieutenant Misty.
Pressé de retrouver sa bien-aimée, Orphée pris congé d’Apodis.

Plusieurs choses avaient changé depuis le départ du Saint de la Lyre.
Le post de général des armées qui lui était destiné, est finalement revenu à un autre, puisqu’il avait préféré s’attacher à l’apprentissage du Saint de bronze.
Maintenant, il devenait un Saint d’argent qui pouvait couler des jours paisibles en attendant d’être rappelé par le Grand Pope pour une mission.

La première chose que fit Apodis, une fois les marches des douze palais du zodiaque descendues, ce fut de se rendre dans la maisonnette de ses parents à Honkios.
Cela faisait deux ans qu’il avait été réquisitionné dans l’armée pour combattre les arèsiens.  Depuis, sa famille restait sans nouvelles.
Son père et tout le voisinage pensaient que, comme de nombreux jeunes soldats envoyés sur le front au moment de la Guerre Sainte contre Arès, le chétif grec n’avait pas survécu. Seule sa mère refusait de se résigner.

Lorsque la porte d’entrée s’ouvrit en grand pour laisser apparaître le visage plus mûr et la taille plus athlétique de son fils, Mujakis perdit connaissance.
Apodis réceptionna sa mère dans les bras : « Tu ne rêves pas maman. Je suis de retour.
_ Oh Apodis, mon grand garçon, si tu savais depuis le temps que j’attends que tu ouvres cette porte. Ton nom n’a jamais été cité, lorsque les prêtres énuméraient l’identité des morts retrouvés lors de la bataille. Je me suis toujours refusée à te croire… »
Le bonheur et les larmes l’empêchèrent d’achever sa phrase. Apodis la serra fort contre son torse bardé de muscles : « C’est fini. Je suis de retour à présent. »

Dans ces propos, on pouvait sentir une certaine affliction. Apodis reconnaissait difficilement sa mère. Elle avait le visage creusé, fatigué. Elle était devenue rachitique, tremblante et marquée de coups.
Apodis pointait du doigt un hématome que portait sa mère : « A ce que je vois, malgré mon absence, cela n’a pas empêché mon père, Frontinus, de manifester du mécontentement. Il s’en est pris à toi de façon plus acharnée depuis. »
La malheureuse baissa la tête sans rien dire.
Le fils averti releva sa mère et brandit son poing en l’air : « N’ait crainte. Désormais je suis assez fort pour te protéger.
_ Tu ne le verras pas. Il ne repasse que très peu à la maison. Il s’est fait une nouvelle bande d’amis. Ils jouent le rôle d’usuriers pour le compte de riches commerçants qui veulent récupérer de l’argent auprès de leurs mauvais clients. Ils sont sous la coupe d’une jeune femme qui était apprentie Saint. Une certaine Geist. Frontinus ne repasse ici que lorsqu’il est trop ivre pour poursuivre ses desseins. »

Le jeune homme aux cheveux bleutés réfléchissait. Il faisait le tour de lui-même dans cette demeure d’où il ne gardait que de mauvais souvenirs. Puis, il avança jusqu’au tableau accroché sur la cheminée. Il s’agissait d’un portrait de son ancêtre, Tenma de Pégase.
Il le décrocha et l’observa quelques instants. Il pouvait distinguer au dos de la peinture qu’elle était signée par un certain « Alone ».
Après avoir détaillé avec minutie le visage de son aïeul, il glissa le tableau sous son bras et décréta : « Bien. Ramasse tes affaires. Nous partons d’ici. Je suis devenu un Saint d’Athéna… »
Dès cette annonce, les yeux de sa mère s’émerveillèrent, témoignant toute la fierté qu’elle pouvait éprouver à cet instant devant la réussite de son petit garçon devenu un homme fier : « … et j’ai été nommé sergent dans le secteur ouest du domaine sacré. Nous allons commencer une nouvelle vie. Frontinus ne nous retrouvera pas. Et si ça venait à être le cas, je le châtierai. »
En quelques minutes, la maison fut vidée. En pleine nuit, Apodis entamait une longue marche à travers le Sanctuaire en tirant une carriole sur laquelle sommeillait sa mère et reposait sa Pandora Box ainsi que quelques vêtements et quelques victuailles.
Leur maison d’Honkios, symbole de tant de malheurs, n’était bientôt plus qu’un point à l’horizon. Un point enflammé, après qu’Apodis ait choisi d’effacer toute trace de leurs vies précédentes dans cette ville.

Le lendemain matin, à peine éloignée d’Honkios, Mujakis ouvrit les yeux et bondit de la charrue que tirait son fils. Celui-ci était absent à son réveil. La seule chose qu’elle reconnaissait, c’était un champ de ruines au beau milieu duquel se dressait un petit colisée.

A l’intérieur de celui-ci, Apodis avançait sous les regards défiants des soldats qui se tenaient adossés contre les murs ou les colonnes doriques.
Certains s’échauffaient ou ficelaient leurs protections en vue d’une rude journée d’entraînement.
Une voix familière à Apodis arbitrait un combat : « Allons soldats ! Qui est encore de taille à se mesurer à Cliff ? »
Apodis reconnut aussitôt le grand Pullo. Il fut son caporal à l’époque où lui n’était que simple soldat. Tout comme son compagnon Cliff. L’italien est resté auprès de leur instructeur pendant qu’Apodis apprenait auprès d’Orphée.
Apodis s’élança d’une voix enjouée : « Moi bien sûr ! »
Devenu aveugle durant la Guerre Sainte contre Arès, Pullo ne pouvait cependant pas se tromper. Il cria de joie : « Apodis ! »
A son tour, l’italien aux boucles blondes se jeta dans les bras de son camarade : « Apodis ! Tu es de retour !
_ Lors de ma convalescence on m’a appris que tu étais parti en compagnie d’Orphée, explique Pullo. D’abord pour apprendre les bases ici au Sanctuaire, puis pour une mission d’évaluation en Egypte. Je suis heureux de te savoir revenu. Ton cosmos inspire aujourd’hui sécurité et puissance. Tu as fais beaucoup de chemin ces deux dernières années.
_ Merci Pullo. C’est aussi grâce à toi que j’ai su relever la tête durant la guerre et ainsi recevoir l’armure de bronze. Néanmoins je suis attristé de voir que tu n’as pu recouvrer la vue.
_ Ce n’est rien mon garçon, il n’y a pas que les yeux qui nous servent à voir. Ce que le c½ur peut percevoir est bien plus passionnant. Et puis privé d’un sens, j’ai été forcé d’accroître mes perceptions grâce aux autres.
_ Et toi Cliff ! Je suis ravi de te retrouver en pleine possession de tes moyens, assura Apodis tout en déposant sa main sur l’épaule de Pullo.
_ Après la bataille il a perdu beaucoup de sang, répondit Pullo pour Cliff, et il n’était pas hors de danger. Néanmoins il a puisé au fin fond de son cosmos le courage de se relever. A peine la plaie était pansée, qu’il voulait déjà porter l’épée sur les derniers fronts où le Sanctuaire menait encore la lutte.
_ Depuis je suis resté dans la garde d’Athéna et j’ai été plus d’une fois du voyage pour m’assurer de la suprématie d’Athéna sur nos territoires annexés aux quatre coins du monde, compléta l’intéressé.
_ Il a même été promu caporal !
_ En fait j’ai été promu caporal à la place de Pullo ! Le Pope lui a « accordé » une retraite forcée en lui offrant une petite parcelle de terre à cultiver. Néanmoins, je ne l’y ai jamais vu poser les pieds. Il est toujours là à réprimander mes apprentis soldats ! »
Les trois acolytes se mirent à rire.
Ils finirent de fêter leurs retrouvailles autour d’un verre, sous la tonnelle dressée pour les services du caporal Cliff.
Après quelques joyeusetés, Apodis racla sa gorge, comme pour annoncer le sérieux de ce qui allait précéder : « Je suis heureux de vous avoir retrouvé sains et saufs. Au-delà de ça, ma présence ici est également intéressée. Je suis devenu sergent pour le secteur ouest du Sanctuaire. Je dois m’établir là-bas et y constituer ma troupe pour rattacher la défense de nos frontières. J’ai immédiatement pensé à vous. »
Cliff et Pullo levèrent aussitôt leurs verres en guise d’acceptation.
Toutefois, Apodis restait ferme : « Seulement, il me faut un seul caporal. Je compte sur les notions de respect, d’ordre et de discipline qu’impose l’expérience de Pullo. Je suis donc désolé Cliff. »
Malgré une pointe de frustration dans le regard de l’italien, celui-ci trinqua une fois de plus avec ses amis : « Je continuerai à apprendre de Pullo dans ce cas. »

Accompagnés de Pullo et Cliff, Apodis et sa mère arrivèrent dans un paisible village de l’ouest bien connu par le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, Paesco.
Ils trouvèrent devant la demeure d’Orphée, les Saints d’argent du Lézard et de la Lyre en pleine discussion.
Immédiatement, Pullo, Cliff et Mujakis s’inclinèrent. Apodis se courbait légèrement.
_ « Tu tombes bien Apodis, affirma Orphée en tendant le bras vers son disciple. Approche donc que je te présente à ton lieutenant. Il est également le capitaine de notre armée et dirige tous les Saints de bronze et d’argent. Misty du Lézard.
_ Voici l’élève d’Orphée ! L’élève de celui qui est notre modèle à nous tous, chevaliers d’argent et de bronze, gratifia Misty en penchant légèrement sa tête en avant. Le Saint d’or des Poissons que tu as déjà rencontré en te rendant chez le Grand Pope, m’a appris hier lors d’une de nos rencontres à quel point tu étais séduisant. J’ajouterai donc que tu apparais en plus de cela, comme quelqu’un de très mystérieux. Rares sont les jeunes Saints qui demandent à veiller sur nos murailles. En général, ils préfèrent s’attacher à la surveillance de la grande citée d’Honkios puisqu’elle respire la joie de vivre et les festivités. Ici, à l’ouest, nous sommes dans les campagnes les plus reculées du domaine sacré. Cela me fait donc plaisir d’avoir à mon service un jeune volontaire. D’habitude ce sont les anciens comme Mensa et Circinus qui postulent pour les postes frontières. Rares sont les intrus qui nous assaillent. Ici c’est un endroit paisible pour installer sa famille et ne pas avoir trop de travail. Loin des cités du centre, où il faut constamment intervenir pour régler les querelles, escorter les prêtres qui portent les malles de sacres de leurs temples jusqu’au capitole…Quoique le peuple dans les petits villages frontaliers est très uni et solidaire. Les révoltes contre la répression ne sont pas à écarter en cas de crises. Il faut donc faire preuve d’une grandeur d’âme et d’une bonté suffisante pour apprendre à gérer le peuple sous notre juridiction, mais également faire preuve d’autorité et de charisme pour mener une équipe. Sauras-tu faire preuve de toutes ces qualités ? Oui, tu le seras. Je le sens, continua Misty, sans laisser à Apodis le soin de répondre. A présent il va falloir que tu poses tes valises sur les terres que tu protèges. Comme tu peux le remarquer, ce n’est pas l’espace qui manque ici. Paesco est un village paisible, qui a beaucoup souffert de la Guerre Sainte contre les arèsiens. Prends le temps nécessaire pour te créer ton habitation en fonction de la solde que les intendants du Pope viennent de m’attribuer pour toi, lui dit-il en lui balançant une besace remplie de sacres. En général fabriquer son logement demande peu de temps à un Saint pour qui le poids des matières et la montre ne sont que rigolade en vu de ses capacités physiques. C’est pourquoi je te demande de composer par la même occasion une équipe de quinze hommes et de nommer parmi eux un caporal. Ta troupe veillera à la fois sur les murailles et les villages qui les longent, ainsi que ceux qui rejoignent le centre du domaine. Les sergents Mensa Saint de bronze de la Table et Circinus Saint de bronze du Compas te donneront plus en détail l’étendue de notre zone de surveillance. Chaque mois je vous annoncerai vos plannings de surveillance, afin que vos troupes travaillent en roulement. Lorsque vous n’êtes pas à la sécurité des villages, votre caporal doit entraîner vos soldats tandis que vous veillez en même temps au développement économique, social, agricole et militaire de votre secteur. Tu incarnes dorénavant la loi du Sanctuaire tout en étant l’assistant personnel de chaque habitant… "

Après plusieurs minutes d’explications, Misty prit congé d’Orphée et d’Apodis, laissant le maître et l’élève à l’½uvre.
_ « Alors, penses-tu te construire un logis ?
_ Oui, quelque chose de grand et lumineux pour y installer ma mère. En parallèle, je compte dresser un camp pour mes hommes. Je me ferai ma propre demeure une fois que tout le monde sera à l’abri du besoin. Pendant ce temps, je vivrai avec mes hommes. »
Une voix venue de derrière Orphée demanda à Apodis : « Pourquoi ne viendrais-tu pas te loger chez nous en attendant ? »
Malgré les deux années pendant lesquelles il ne l’avait pas vu, Apodis reconnut tout de suite la s½ur d’Eurydice qu’il appréciait tant. Netsuai.
Elle aussi avait bien grandi. Elle était resplendissante dans sa fine robe rose qui la serrait de la poitrine à la taille où un fin ruban de soie la maintenait. Son sourire rayonnait sur ce visage orné de ses beaux yeux bleus.
_ Merci beaucoup Netsuai, dit-il en lui passant la main dans ses fins cheveux bruns coiffés au carré, mais je ne voudrais pas vous importuner. Cependant, j’espère que cela ne m’empêchera pas de profiter de ta bienveillance lorsque je m’accorderai quelques instants de repos. »
Flashback


Le visage radieux et angélique de sa défunte épouse tire Apodis du profond repos dans lequel il s’est plongé d’épuisement.
La tête lui tourne terriblement et le moindre mouvement tire sur ses plaies à peine sèches.
Se tenant le crâne et grimaçant, il redresse son buste et détaille les lieux autour de lui.
« Rien. Personne. Que ces maudites colonnes. », constate-t-il.
D’un pas tremblant, il approche le précipice au fond duquel se trouve l’Hyperdimension. Il murmure : « Je ne sais pas ce qu’il y a au fond, mais je n’ai pas le choix, si je veux partir d’ici… »
Sans qu’il s’y attende, une voix féminine et impériale lui conseille : « Là-dessous c’est l’Hyperdimension. Si tu y tombes ton corps sera inexorablement désintégré. Tu ne parviendras pas à sortir de cette dimension comme tu as pu y entrer.
_ Qui est-ce, questionne-t-il en faisant le tour de lui-même, tout en en se maintenant ses côtes qui le font abominablement souffrir, qui est là ?
_ Ici il y a de nombreuses personnes. D’autres prisonniers. A des kilomètres à la ronde. Tous finiront par se jeter dans ce précipice. Mais toi, tu es un prisonnier spécial. Je sens que le sort qui t’est réservé est tout autre. »
En plissant les yeux, Apodis distingue l’apparence d’une femme quasiment nue, l’intimité à peine dissimulée par quelques ornements. Ses longs cheveux noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Celle-ci lui tourne le dos et semble réussir l’exploit de marcher dans le vide avant de disparaître. Laissant Apodis plein de doutes.


A Jamir :

L’orage s’est dissipé pour laisser place à un temps plus clément.
Tous en profitent pour reprendre l’entraînement là où ils l’avaient laissé, notamment Mei, impatient à l’idée de surpasser son rival Nicol.

Ce dernier n’a pas bougé depuis qu’il a intercepté la foudre. Il s’est positionné en tailleur et médite de nouveau.
Sa perception affûtée lui permet de remarquer l’approche du maître des lieux.
_ « Seigneur Mû, dois-je comprendre en votre présence qu’il est l’heure d’une de nos fameuse conversation ?
_ Tu ne peux en vouloir à un ermite de vouloir converser avec un esprit cultivé, sourit le muvien.
_ Un ermite ? Derrière votre tour vit pourtant le reste de votre peuple. Je veux bien admettre que votre communauté soit peu nombreuse, cependant, vous ne pouvez dire que vous êtes seul.
_ Tu dis cela parce que ça ne fait pas longtemps que tu es chevalier. Tu comprendras très vite que la vie d’un Saint est faite de solitude. Nous frôlons la mort à chaque instant. Notre mission sur Terre et si fondamentale que notre existence peut cesser malgré notre jeune âge.
_ Oui, je comprends tout à fait. Je disais cela pour vous taquiner Seigneur Mû. Parfois, je trouve en vous l’attitude pessimiste de mon maître Arlès. Il faut dire qu’il était le frère de votre maître Shion. Vous avez dû hériter de leur mélancolie, rigole enfin Nicol.
_ Et pas toi ?
_ Cela se témoigne chez moi par une attitude plus austère.
_ Il faut dire que tu es bien plus mature que Mei et Yulij qui t’accompagnent.
_ C’est vrai, confesse le Saint de l’Autel. Heureusement, votre épouse m’accompagne et me permet d’évoquer certains sujets qui ne passionnent guère nos deux jeunes camarades. D’ailleurs, je m’inquiète énormément pour le devenir de Yulij. Je l’aime comme un frère peut aimer une s½ur.
_ Je comprends. La bataille que livre en interne le Sanctuaire peut s’avérer dangereuse. »
Nicol secoue la tête. Il pense à autre chose et se rapproche, sans le savoir, des visions qu’a eu Marine la veille, lorsqu’elle a touché le sceau qui retenait le Jonc prisonnier.
_ « Certes. Néanmoins, j’ai vu d’autres signes dans les étoiles. Je ne sais pas pourquoi, mais le combat que nous allons mener n’a rien à voir avec la reconquête du Sanctuaire. Quelque chose d’autre se trame. Une situation bien plus dangereuse que celles rencontrées par Athéna dans le passé. Je pense que la réponse se trouve auprès du Saint de l’Aigle. Les étoiles de cette constellation m’intriguent depuis plusieurs jours.
_ Dans ce cas si votre chemin venait à ne pas être celui de la libération du Sanctuaire, alors nos routes se sépareront. Mais j’ai foi en vous. Tout comme j’ai foi en les chevaliers que suit actuellement mon disciple Kiki. Je sais qu’ils parviendront à libérer le Sanctuaire du mal. Et si votre quête consiste à aider Athéna, alors elle n’en pourra qu’être plus utile une fois le Sanctuaire épuré du mal qui le ronge.
_ Merci Seigneur Mû.
_ Tu n’as pas à me remercier. Je reconnais dans tes propos la sagesse propre à Arlès. Tu disposes de tous les attributs nécessaire à un Saint de l’Autel qui destine ce chevalier à être le second du Pope, voire son suppléant si besoin est. »
Nicol, touché par une telle déclaration, scrute l’horizon avec fierté.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe :

A l’intérieur de la demeure de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer, les dieux conspirateurs, Apollon, Héphaïstos, Héra et Hestia, poursuivent leur bilan sous les yeux de Roloi et Helénê, les fidèles sujets d’Apollon.

_ « Tout de même, qu’un humain parvienne à blesser un dieu, cela me laisse circonspect, persiste Héra devant la mine confuse d’Hestia.
_ Plait-il ? Il ne s’agit en aucun cas d’un humain mais d’Hébé ! Cette traîtresse s’est sacrifiée pour les hommes et a affaibli Hestia, précise de suite Héphaïstos qui refuse qu’il soit porté atteinte à leur céleste statut.
_ Le coup a tout de même été porté par un humain, précise Héra, moins sûre qu’à l’accoutumée. C’est indéniable… »

Grand meneur de cette confrérie, Apollon se contente d’une de ces courtes phrases qui le rendent si charismatique et qui le caractérisent si bien.
_ « Héra à t’entendre on croirait que tu crains les hommes.
_ Absolument pas, assure-t-elle avec grandeur en bombant la poitrine. Je pare à toute éventualité. C’est tout. Il s’agit d’un guerrier d’Athéna. Il a réussi à porter un coup à l’une des nôtres. Que cela soit grâce à Hébé ou non, les faits sont là. De plus, il est parvenu à repousser Hestia jusqu’ici et à la suivre. Cela signifie que…
_ Il suffit à présent, interrompt Apollon, imposant à la Déesse du Mariage le silence. L’homme n’a jamais été rien d’autre qu’un cafard pour nous. Cela ne changera jamais.
_ Toujours est-il que la présence de cet homme en Olympe est une injure, rétorque Héphaïstos, seul semblable d’Apollon à oser lui répondre. Il est parvenu à traverser l’Hyperdimension. Notre dimension ! Et cela, indemne !
_ C’est un miracle, rajoute Hestia amère.
_ Seuls les dieux sont grands. Leurs actes sont semblables à des miracles pour les hommes. Les humains espèrent en accomplir. Car c’est tout ce qui leur permet de s’accrocher à leur misérable existence, annonce Apollon d’un sourire perfide qui témoigne de toute la confiance qu’il place en son essence divine. Traverser l’Hyperdimension n’est en rien miraculeux pour un Dieu. Ni pour un homme bénéficiant de l’assistance d’un dieu, adresse-t-il à Héphaïstos en lui balançant avec dédain la dague brisée d’Hébé après l’avoir saisit sur le banc de pierre où elle trône.
_ Alors ce guerrier est sorti indemne de l’Hyperdimension parce qu’il était protégé par la dague d’Hébé, aboutit Héphaïstos.
_ Il la tenait fermement dans ses mains jusqu’à notre arrivée en ce lieu, se souvient douloureusement Hestia. »
Héra reste néanmoins dérangée : « Toujours est-il qu’il est ici, en Olympe. Vivant. Sa présence ne peut qu’être préjudiciable à nos plans. Si le Seigneur Zeus venait à…
_ Dès son intrusion ici je l’ai fais conduire aux prisons de l’Olympe, réagit prestement Apollon. Voici des décennies que notre coliseum n’a pas accueilli de divertissement pour notre bon plaisir. Je me charge de Zeus. »



J’étais pris au piège, bien loin de m’imaginer le sinistre complot organisé par quelques olympiens.
Baigné par les souvenirs de mon passé, j’essayais de penser à autre chose, qu’à ma modeste condition dans la prison céleste.
Heureusement, la lecture des étoiles par Nicol, laissait présager que Marine ne serait pas seule pour poursuivre la lutte contre Apollon et les siens.
D’ailleurs, dans un monde ou chacun jouait un jeu, je me demandais si les conseils de cette femme mystérieuse étaient sincères. Pourquoi m’avait-elle sauvé d’un saut dans l’Hyperdimension ? Mais surtout, qui était-elle ?

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Only for Love / Chapitre 56 - Une journée de sacrifices
« on: 2 January 2020 à 12h06 »
La journée du 2 novembre 1986, était celle où je réalisais que quel que soit le niveau de l’homme, jamais il ne lui serait aisé d’atteindre les dieux.
L’écart entre l’Olympe et la Terre se faisait nettement sentir.



Chapitre 56 - Une journée de sacrifices

En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Après une chute de plusieurs centaines de mètres, Marine, Baucis et Philémon se réceptionnent au fond du gouffre où Apodis les a précédé.
L’étrange lueur qui provient de l’intérieur du temple leur indique le chemin à suivre.
Devant eux se dressent les vestiges du temple d’Hestia, où des colonnes doriques maintiennent la croûte terrestre qui forme le plafond.
Sur le parvis, là où restent seulement les bases de quelques statues arrachées, leur compagnon Apodis gît dans son sang.

Celui-ci, toujours conscient, appelle ses proches à la prudence : « Soyez vigilent les amis. Au bout du temple, au pied de la statue d’Hestia, sur un banc de pierre, se trouve le Jonc. Un étrange guerrier le garde. »
Philémon lève aussitôt les yeux dans la direction indiquée par Apodis et distingue leur adversaire. Un homme grand, mince, aux cheveux verts descendant sur ses épaules et devant ses sourcils.
L’impétueux chevalier se jette dessus en souriant : « Pas de soucis, je m’en occupe. »

La fine bouche de l’ennemi n’esquisse pas la moindre réaction et son regard est inexpressif.
Il se contente de sautiller sur le côté pour éviter le poing de Philémon. D’un geste acrobatique, il décoche à une vitesse folle un coup de pied au Lièvre qui s’écrase contre un pilier.

Voyant son concubin en danger, Baucis se précipite à son secours. Son poing libère ses Flèches d’Héraclès : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Avec son seul index, le protecteur de la demeure se contente d’immobiliser chaque coup pourtant porté à la vitesse de la lumière.
Une fois la dernière flèche immobilisée, toutes se retournent aussitôt contre Baucis. L’Alcide est balayée par sa propre attaque.

A l’entrée du temple, Marine relève Apodis. Ses propos arrêtent le couple qui s’apprête à attaquer de nouveau : « Du calme Philémon. Baucis. Cet adversaire n’a rien à voir avec ceux que vous avez pu affronter jusqu’à présent. Il n’a rien d’un humain. Il est à mi chemin entre un homme et un dieu. Il s’agit d’un olympien. Plus précisément, un guerrier de l’Olympe, un Ange. »
Pour la première fois, l’Ange amorce sur son visage ce qui s’apparente à de la surprise : « En effet, je suis Peleus. Un Ange. »
Apodis marmonne : « Peleus… Comme le Pélée de la mythologie grecque, fils d’Eaque et de la nymphe Endéis ?! »
Marine confirme : « En effet, ces guerriers élus des Dieux de l’Olympe portent les Glories, des armures inspirées des héros et autres personnages importants de la mythologie. Si pour certains d’entre vous le septième sens est nouveau, pour ces êtres d’exception, il est inné. »
Philémon essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche : « Tu m’as l’air rudement bien renseignée ! »
Peleus réalise à qui il a à faire et répond pour Marine : « L’Aigle. Tu es l’Aigle, je comprends tout à présent. »
Malgré la situation critique, Philémon chipote : « L’Aigle ! L’Aigle ! L’Aigle ! Ça va bien cinq minutes ces histoires d’oiseaux ! Qu’est-ce que ça signifie bon sang ? »
Marine n’apporte aucune explication. Elle fixe avec insistance la direction du bracelet scellé et demande à Peleus : « J’imagine que si je parviens à toucher le sceau, j’entrerai directement en contact avec l’Olympe et parviendrait à trouver où est détenu le Pendentif de Zeus ? »
Philémon continue de se plaindre : « Jonc d’Athéna ! Maintenant Pendentif de Zeus ! Est-ce qu’on va avoir le fin mot de tout ça ? »
D’un ton froid et monocorde, Peleus ignore Philémon : « Allons Aigle, tes pouvoirs sont scellés eux aussi. Tu es aussi faible qu’un humain ordinaire. Tu as beau avoir poussé le vice en devenant Saint pour développer un cosmos, la puissance du sceau te tuerait. Aucun humain ne peut ôter ce sceau. »
Marine réplique : « Mais tu l’as dis toi même, je ne suis pas humaine, je suis l’Aigle. »

Apodis interrompt le dialogue en se mettant devant Marine : « La seule chose que je comprends à vos histoires, c’est que toi seule, Marine, peux ôter le sceau d’Hestia n’est-ce pas ? Dans ce cas, Philémon, Baucis, nous devons tout faire pour protéger Marine et vaincre ce type ! La protection de la Terre est en jeu. Alors pour Athéna… »
Philémon concentre son cosmos : « Pour Athéna… »
Baucis les imite : « Pour Hébé… »
Tous trois se jettent en criant en ch½ur : « … A l’attaque ! »

Peleus se terre de nouveau dans le silence.
Avec son index droit et son index gauche, il repousse le Wing Jikan No Yoyu d’Apodis et le Héraclès Hunting Arrow de Baucis. Ceux-ci esquivent les contre-attaques, pendant que Philémon fonce à la vitesse de la lumière sur Peleus qui a perdu sa garde : « Lepus Sweep ! »
Ses deux mains occupées à repousser les arcanes d’Apodis et de Baucis, Peleus fait preuve d’une souplesse incroyable en fléchissant ses genoux pour courber son dos en arrière et laisser passer Philémon au-dessus de lui sans craindre le Balayage du Lièvre.
Désarmé, Philémon reçoit l’index de Peleus contre son poitrail. Cette fois-ci l’Ange ne se contente pas de repousser la technique de son adversaire, il attaque à son tour : « God Anger. »
Le Saint de bronze du Lièvre est propulsé en direction du plafond fait de terre. Il y reste encastré. Sur le sol retombent déjà des morceaux de son plastron imprégné de son sang.

Apodis et Baucis atteignent Peleus. L’Ange, de nouveau sur pieds, les voit changer de positions.
Baucis libère un souffle sablonneux dans chacune de ses mains, tandis qu’Apodis s’élance en l’air : « Sand Swirl ! »
Les Tourbillons de Sable cachent Apodis de la vue de l’Ange, sans pour autant l’inquiéter.
Chacun de ses index se charge de prendre le contrôle des bourrasques.
Pendant ce temps, Apodis recroqueville ses coudes alors que ses ongles s’allongent. Les trente neuf étoiles de sa constellation se relient dans le ciel et embrasent son corps. Tel un rapace qui rase le sol, il se rabat à grande vitesse en direction de Peleus.
Lorsque ce dernier est en mesure de repousser la technique de Baucis, il est surpris par Apodis venu le frapper de ses dix doigts affûtés et brûlants grâce à l’incandescence de son cosmos poussé au septième sens : « Shining Apus Claw ! »
De toute sa vitesse, de tout son poids, le grec s’écrase contre l’Ange qui n’a pas d’autre choix que de renoncer à repousser le Sand Swirl de Baucis. Apodis et lui sont pris dans les Tourbillons de Sable et les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

A l’intérieur de son temple, Hébé médite sur son trône. Le Jonc d’Athéna amené par Marine serré dans sa main droite, la Déesse de la Jeunesse cramponne l’accoudoir de son siège avec la main gauche.

Prosternés à ces côtés, Juventas Alcide des Juments de Diomède et ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale perçoivent un profond malaise.
Vêtus de leurs Cloths, les deux chevaliers voient leur doute être confirmés par leur déesse.
Celle-ci, douce et délicate, fait apparaître dans sa main gauche, d’un geste parfaitement contrôlé, une arme.
Juventas commente : « Un manche tressé d’un cuir bleuté qui permet de manipuler une fine lame ovale aux reflets azurs. Il s’agit de l’arme emblème de sa Majesté Hébé. »
Les grands yeux bleus de la déesse s’ouvrent enfin : « Baucis et les chevaliers d’Athéna vont avoir besoin de la plus grande aide qui soit. »
L’infirme ¼dipe utilise son cosmos pour faire résonner sa voix : « Éminence, vous n’allez tout de même pas vous rendre sur Ténédos ?
_ N’ait crainte ¼dipe. Si le Sanctuaire découvre que je quitte ce lieu, alors le Grand Pope sonnera la charge contre l’île. Il craint trop que je ne trouve Athéna pour m’allier à elle. Voilà pourquoi il préfère que nous nous neutralisions mutuellement. Lui, en encerclant l’île et ainsi en menaçant notre peuple si je tente une riposte. Moi, en restant ici sans tenter quoi que ce soit. Mon corps restera donc en ce lieu. Seul mon âme ira à la rencontre de Baucis et des autres. »
Juventas explose : « Altesse ! Avec tout le respect que je vous dois, c’est de la folie ! Si vous n’y envoyez que votre âme et que celle-ci est confrontée à une dure épreuve, il est possible que vous y succombiez ! »
L’amie d’enfance de Saga reste placide pour ne pas inquiéter ses deux soldats : « Je le sais. Hélas, Athéna lutte actuellement pour reprendre son Sanctuaire. Elle n’est pas totalement éveillée et est trop faible pour lutter contre ce qui attend Baucis et nos camarades. Cette bataille la dépasse pour le moment. Pour la justice, l’amour et la paix, il n’y a que moi qui puisse agir… »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Sous terre, dans les vestiges du temple d’Hestia, un nuage de fumée s’est soulevé après le choc des cosmos de Baucis et d’Apodis contre Peleus.

Avant que la poussière ne soit dissipée, Baucis crie déjà victoire.
Quand, inopinément, surgit face à elle l’Ange à la Glorie fissurée sur toute sa surface. Quelques plaies souillent son corps et le défigurent légèrement, pourtant son visage reste inexpressif face à la douleur et la colère.
Son arrivée imprévue désarçonne totalement Baucis prête à encaisser le God Anger.
L’index pointé contre le ventre de l’Alcide enceinte, Peleus est gêné par l’arrivée dans son dos d’Apodis.
Bien que son épaule gauche et son thorax soient blessés et sa Cloth partiellement endommagée, l’Oiseau de Paradis vient au secours de sa camarade.
Les sens en alerte, Peleus tourne sur lui-même pour accueillir en pleine face le courageux Saint d’un coup de pied retourné.

Renvoyé au tapis, Apodis a du mal à recouvrir tout de suite ses esprits. Peleus achève son acrobatie en balayant au sol les jambes de Baucis restée immobile. La jeune femme chute à son tour.
Lorsqu’il souhaite l’achever, Peleus est étrangement dérangé. Il remarque que Marine n’est plus positionnée là où elle était au début des assauts.

Subitement, grâce à un heureux réflexe, il lève les yeux au ciel. Il reconnaît l’Aigle foncer sur lui jambe droite tendue en avant : « Eagle Toe Flash ! »
Peleus réceptionne le pied de la Saint d’argent avec son index droit et renvoie contre elle toute la puissance de son arcane.
Baucis s’allie à Marine en projetant les Flèches d’Héraclès : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Mais avec son autre main l’Ange repousse l’attaque contre Baucis.

Apodis se relève alors juste sous les yeux de son adversaire désarmé et le frappe de toutes ses forces en plein visage de sa plus puissante technique : « Frantic Fury ! »
Tel un oiseau qui s’élance de toute sa force et tout son poids, Apodis libère sa Furie Frénétique contre l’olympien. A la vitesse de la lumière, semblable à un éclair, l’immense sphère de cosmo énergie traverse la pièce et renvoie au fond du temple Peleus.
D’abord frappé en plein visage, le globe de cosmos a ensuite dévoré l’Ange pour matraquer l’ensemble de son corps.
Le gardien du Jonc s’écrase contre la statue d’Hestia qui se brise sous le coup. Les décombres fracassent le banc de pierre où repose le bracelet et le renverse au sol.

Apodis reste immobile à observer le poing duquel il a libéré ce miracle : « C’est prodigieux. Mes efforts réalisés sur l’île Kanon ont porté leurs fruits. »
Devant lui, retombe le diadème brisé de l’Ange. Il relève les yeux jusqu’à la statue brisée, en suivant du regard les tâches de sang et les débris de la Glorie qui jonchent les dalles.

Derrière le chevalier de bronze, Marine et Baucis se remettent de leurs efforts.
Baucis lève les yeux au plafond pour distinguer le corps de Philémon, toujours inconscient, encastré dans la roche.
Elle commence à s’avancer jusqu’à en dessous de lui pendant qu’Apodis suit Marine, pressée de récupérer le Jonc.

Soudain, Apodis perd son petit sourire joyeux. Son exceptionnel sens de perception ne le trahit pas.
Il a à peine le temps de pousser Marine au sol pour lui éviter d’être abattue, qu’il encaisse à sa place une terrible onde de choc qui pulvérise son plastron.
Sorti des débris, l’Ange au visage couvert de l’hémoglobine qui s’écoule de ses plaies murmure le nom de l’arcane administré : « God Anger. »
Son expression reste insipide. Son corps, revêtu d’un tissu prune arraché et d’une jupette déchirée, est protégé par quelques miettes de ce qu’il reste de sa Glorie.
Il n’exprime pas la moindre douleur, malgré l’état dans lequel il se trouve. Sans crier gare, il tend son index à nouveau en direction du plafond où est encastré Philémon et provoque une onde de choc pour le libérer de la croûte terrestre.
Tout en gardant le doigt tendu en direction de son adversaire, Peleus libère une seconde fois la Colère des Dieux pour abattre Philémon avant que celui-ci ne revienne à lui : « God Anger. »
La trajectoire de son bras est dévié par Marine : « Ryu Sei Ken ! «
Le fluide surpuissant de Peleus heurte le plafond et provoque un éboulement. Baucis se saisit de Philémon en pleine chute et s’extirpe à temps. Le couple retombe au sol pendant que Peleus se retourne en direction de Marine.

Celle-ci, préférant ne pas voir son arcane retourné contre elle, entame un corps à corps.
Peleus la devance, en lançant une droite qu’elle fuit en sautant au-dessus de lui. Elle retombe en le frappant avec le talon droit au sommet du crâne mais il lui bloque la jambe. Elle se déhanche alors dans les airs et parvient à le frapper à l’abdomen avec sa jambe gauche.
Tout en gardant son calme habituel, Peleus répond en lui balançant sa jambe gauche en plein visage. Heurtée de plein fouet, elle encaisse un enchaînement de plusieurs coups de poings successifs sur tout le corps.
Totalement désorientée, elle ne peut rien faire, lorsqu’il pose son index contre sa poitrine pour déclencher la Colère des Dieux.
Miraculeusement, un Tourbillon de Sable passe entre lui et Marine, le contraignant à abandonner sa tentative. L’Alcide de la Biche de Cérynie, débarque sur son flanc droit pour prendre la relève : « Sand Swirl ! »
Un autre Tourbillon de Sable dévaste tout à mesure qu’il s’approche de lui.
A bout de force, Marine, elle, tombe à genoux.

Avec son index, Peleus retourne en direction de Baucis le Sand Swirl. Celle-ci contre alors sa propre attaque avec un nouveau Tourbillon de Sable : « Si Marine a réussi à t’atteindre, cela veut dire qu’Apodis t’a considérablement affaibli. Je suis certaine qu’on peut te vaincre. Montre-moi donc jusqu’où tu peux aller avec ce qu’il te reste de cosmos : Sand Swirl ! »
Sans difficulté, Peleus repousse le Tourbillon de Sable. Baucis amplifie sa cosmos énergie jusqu’à son paroxysme pour repousser l’accumulation de cosmos en suspens entre eux deux : « Essaie donc de repousser l’accumulation de tous ces tourbillons mêlés à tout ce qu’il me reste de cosmos : San… »
Aux côtés de sa concubine, se redresse Philémon. Bien que meurtri après le God Anger encaissé, il adresse un sourire fripon à sa bien-aimée : « A cela je t’invite mon cher Pélée à repousser une seconde tornade… »
Le Saint du Lièvre libère sa cosmo énergie pour la conjuguer à celle de sa compagne : « Lepus Sweep !
_ Sand Swirl ! »
Les tornades deviennent des cyclones, obligeant Peleus à utiliser son second index pour les contenir.
L'amas de cosmos stagne devant l’Ange qui déclare sans la moindre émotion : « Il ne fallait pas vous attendre à un miracle. Vous n’êtes que des humains. »

Inopinément, les yeux du hautain personnage s’écarquillent lorsqu’il remarque que sur le côté Marine se redresse.
Ne pouvant réagir, il assiste, impuissant, à une énième tentative de la part des êtres qu’il dénigre.
Marine se jette à ses pieds, entre lui et les amas de cosmos, pour libérer de sa main droite : « Ryu Sei Ken ! »
Dans l’incapacité ni d’esquiver, ni de renvoyer les Météores, il les encaisse sans broncher. Cela le déstabilise suffisamment pour lui faire perdre son duel contre le couple.
Il est avalé par la tempête, déchiré puis pulvérisé avant d’être désintégré comme le seront plus tard Odysseus et Theseus.

Aussitôt la cible anéantie, les arcanes du couple se dissipent dans l’atmosphère.
_ « Je crois qu’on l’a eu. », sourit Philémon.
Baucis se laisse tomber sur le dos et soupire : « Oui, on a réussi. »


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Autour de leur souveraine, ¼dipe et Juventas exultent : « Ils ont gagné ! »
La voix d’¼dipe gronde : « Ils sont parvenus à récupérer le second Jonc d’Athéna ! »

Néanmoins, leur gaieté tranche franchement avec l’anxiété de leur maîtresse. Celle-ci est affolée, elle tremble et est défigurée par l’angoisse : « Non, ils n’ont encore rien fait. La vraie bataille ne fait que commencer. »
Elle bondit d’un coup de son trône et plante sa dague dans les dalles de son palais.

Son corps, d’habitude si chétif, présente une tenue autoritaire et puissante. Ses sourcils sont froncés et son regard déterminé.
Juventas observe l’attitude inquiétante de la divinité. Celle-ci attache autour du poignet d’¼dipe le Jonc d’Athéna que lui a confiée Marine.
Né sans l’usage de ses cinq sens, ¼dipe perçoit grâce à son cosmos, l’énergie bienfaitrice d’Hébé entrer en contact avec lui : « ¼dipe, je te confie le Jonc d’Athéna en attendant le retour de Marine. Toi, l’homme qui a été abandonné par les siens à sa naissance, si tu as su trouver ici l’amour d’un peuple, c’est parce qu’au fond de toi tu as beaucoup à offrir, à partager. Le peuple d’Yíaros compte sur toi. Guide-le à la lumière, auprès d’Athéna, lorsque l’heure sera venue. Merci à toi d’être l’Alcide que tu es. Merci à toi d’être venu auprès de moi, pour offrir à la déesse que je suis, la richesse du c½ur d’un être humain. »
S’il le pouvait, ¼dipe pleurerait sûrement à l’heure qu’il est. Cette déclaration d’Hébé l’émeut tellement qu’il n’arrive pas à y répondre.

Hébé se tourne devant Juventas qui a déjà ôté son masque pour implorer la déesse de ses grands yeux noyés de chagrin de ne pas commettre l’irréparable.
Hébé vient cueillir le visage du nouveau général de son armée : « Ah… Juventas. Comme il me manque ce temps où j’étais Ambroisie et que nous nous promenions en compagnie de Saga et Iphiclès dans les champs de notre royaume. Iphiclès et toi n’étiez encore que des enfants, mais déjà vous exprimiez toute la bonté, la vigueur et l’honnêteté des hommes. Je ne veux pas que cela change. Hébé va partir à la rencontre de Baucis. Il ne restera plus ici que l’enveloppe charnelle d’Ambroisie. J’aimerai alors qu’à cet instant tu me serres dans tes bras comme je le faisais avec toi durant ton enfance. Accompagne Athéna lorsque la Guerre Sainte contre l’Olympe éclatera. Tu as retrouvé auprès d’Apodis la passion et la paix à laquelle aspire chaque être. Sers t’en pour lutter contre les dieux malveillants. Yíaros est sous ta juridiction désormais. Le royaume n’a plus besoin d’Hébé. Tout comme la Terre, il n’a plus besoin de dieux, mais d’amour, seulement d’amour. »
Elle baise le front de la jeune Alcide au visage bleuit par la peine…


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Dans les vestiges du temple d’Hestia, se sont rajoutés aux ruines du passés, les débris des affrontements d’aujourd’hui.
L’essence divine d’Hestia qui imprègne ce lieu de culte abandonné permet aux torches de scintiller sans fin.

Elles éclairent Marine, esseulée, qui arrive à proximité du Jonc. Elle fixe l’artefact avec insistance et s’en saisit de la main droite. Elle se remémore le jour où elle a obtenu le premier Jonc qu’elle a confié à Hébé…


Flashback
Année 1981 - Il faisait chaud. L’air était sec et les vêtements du jeune garçon dont elle avait la responsabilité étaient noyés par sa sueur.
A proximité de Paesco, le village où elle vivait, Marine entraînait Seiya comme elle en avait l’habitude depuis presque un an.
Le petit garçon approchait le millième enchaînement demandé par le Saint d’argent, pour lui forger une résistante ceinture abdominale.
Sous son masque, les yeux de la japonaise scintillaient en voyant à travers l’enfant son petit frère disparu. « Toma… Es-tu toujours en vie ? As-tu survécu à l’attaque dont nous avons été victimes ? Sans mon Pendentif de Zeus, il m’est impossible d’accomplir la mission qui nous a été confié. Voilà pourquoi j’ai choisi d’entrer dans la chevalerie. Pour approcher nos jumeaux astraux, Pégase et la Chouette. Hélas, il semblerait que eux aussi aient été victimes d’un complot. La Chouette n’est plus auprès de Pégase. Et Athéna ne semble pas être présente dans ce Sanctuaire. Je vais donc devoir jouer le rôle de la Chouette, pour permettre à Athéna de se rapprocher de son plus puissant atout. Si Pégase est aux côtés d’Athéna, alors elle sera certainement capable de surmonter les maléfices qui s’abattent sur Terre. Cela nous aidera donc peut-être à nous retrouver. », pensa-t-elle.

La nuit venue, alors que le japonais reprenait des forces, étalé sur sa couche, la bouche grande ouverte, libérant un épais filet de bave qui confirmait son profond sommeil, son professeur le surplombait.
Les bras croisés, Marine regardait un bracelet accroché autour du poignet droit de Seiya. Le bijou est gravé de deux symboles s’entremêlant, Pégase et la Chouette. Marine soupire : « Seiya, si tu savais vraiment à quoi correspond vraiment ce bracelet. Normalement c’est ta s½ur qui devrait être auprès de toi pour te guider à Athéna. Malheureusement, je crains qu’elle n’ait été victime des maléfices de l’Olympe. Je vais devoir te priver du seul objet qu’il te reste d’elle pour tenter de la retrouver. »
Elle lui subtilisa délicatement l’artefact…

Le lendemain matin, comme chaque matin, il fallut à Marine un seau d’eau glacé qu’elle balança sur Seiya pour le sortir de sa torpeur : « Combien de fois faudra-t-il que je le répète ? Tu dois être capable de sentir dans le soleil cette source de vie qui t’habite. Elle t’est nécessaire pour apprendre à maîtriser le cosmos… »
Seiya baillait en ouvrant grand la bouche, obligeant Marine à le cogner derrière la tête : « … Seiya !
_ Mais ça ne va pas Marine ?! J’ai failli me mordre la langue !
_ Ça n’arriverait pas si tu sentais le soleil se lever ! Cela m’éviterait d’être obligé chaque matin à te tirer du lit ! Tu te dois d’être prêt à t’entraîner dès l’aube ! »
Seiya s’agaça en regardant en direction du seul souvenir qu’il avait de sa s½ur : « Pour une fille, tu n’es pas très douce. Au moins, pour me réveiller, Seika, ma s½ur me… Mais… »
Il bondit instantanément et défit ses draps : « Mon bracelet ! Le bracelet que ma s½ur et moi avions en commun ! Où est-il ? »
Marine joua parfaitement la comédie : « De quoi parles-tu ? »
Seiya, paniqué, déboussolé, tendait son poignet en direction de Marine : « Mon bracelet. Là ! A mon poignet ! J’avais un bracelet ! Je l’ai depuis mon arrivée ! Où est-il ? »
Marine lui tourna le dos et s’engagea : « Cesse de chercher des excuses pour ne pas aller t’entraîner ! Dépêche-toi à présent ! Nous sommes déjà en retard !
_ Je n’irai nulle part sans mon bracelet ! »
Marine le souleva par le col et le passa par-dessus elle pour le jeter dehors : « Je me fiche de ton bijou. Tu as dû le perdre en t’entraînant ! Si tu faisais un peu plus attention à ce qui t’entoure tu ne l’aurais pas perdu. »
Seiya, blessé et attristé, tourna la tête pour ne pas montrer ses yeux gondolés par les larmes.
Marine pensa en passant à côté de lui : « Je te le rendrai lorsque tu seras auprès d’Athéna et que j’aurai retrouvé mon Pendentif. Un jour, tu comprendras… »
Flashback


Elle sort de ses songes et approche sa main gauche, tremblante à l’idée de toucher le sceau d’Hestia.

Plus loin, Philémon avance en boitillant en direction du corps gisant de l’Oiseau de Paradis : « Je vois Apodis là-bas. Il faut voir s’il est vivant. »
Baucis qu’il ignore porter son enfant retient le petit grec : « Attends ! J’ai quelque chose d’important à te dire. »
Convaincu de leur victoire et de l’absence de tout danger, elle imagine le moment opportun pour lui annoncer la nouvelle. Elle caresse le bas de son ventre et ôte son masque de femme chevalier pour lui dire de ses yeux amoureux : « Je suis… Je porte… »


Brusquement, une lumière ardente et aveuglante envahie la pièce, l’empêchant d’achever sa phrase. Les hurlements de souffrance de Marine accompagnent cette lueur.

Philémon regarde, inquiet, sa bien-aimée : « Marine ! Le sceau ! Elle essaie de le retirer !
_ Cette lumière, on dirait celle qui émanait des animaux possédés par le feu sacré dans la forêt. »

Le corps peu à peu marqué par l’incandescence du foyer qui se dégage du sceau, Marine n’abdique pas. Elle tire de toutes ses forces sur l’estampille qui frappe le Jonc.
Des flashs lui viennent alors. D’abord des souvenirs, puis d’étranges liens avec ce qu’elle cherche réellement : Deux enfants… Une jeune fille et un petit garçon, son frère, Toma… Deux clochettes, les Pendentif de Zeus… Un temple aztèque, une tribu qui vénère le soleil… Au c½ur de la pyramide aztèque, son Pendentif de Zeus…

Autour de l’équipe d’Apodis, la terre se met à trembler.
Les colonnes se fendillent, permettant au plafond terreux de descendre peu à peu, menaçant les personnes qui se trouvent dans le temple d’être ensevelies.

Les remous ramènent Apodis à lui. Il se relève avec difficulté en tenant sa poitrine couverte de sang.
Il distingue difficilement Marine, prisonnière au beau milieu du foyer.

Cette dernière est toujours frappée par des flashs : Elle et Toma, battus, séparés… Un Ange qui apparaît devant eux… Le Pendentif de Marine dérobé… Puis, la tribu sud-américaine qui célèbre le sceau apposé sur le pendentif en forme de clochette…
Dans un hurlement surhumain, Marine réussit enfin à retirer le sceau et à libérer le Jonc.

Le foyer disparaît aussitôt et libère Marine de sa souffrance. Son corps est partiellement brûlé tandis que sa Cloth s’est fissurée sous l’effet de la chaleur.
Pourtant, cela n’empêche pas Marine de rire aux éclats.
La pensant folle, Apodis titube et demande : « Tu vas bien ? Marine ? »
Elle libère d’une voix pleine d’extase : « Je l’ai vu ! Mon Pendentif de Zeus ! J’ai un indice grâce au cosmos olympien qui imprégnait ce sceau. »

Philémon et Baucis les rejoignent. Le petit grec demeure impatient : « Tu veux être plus claire à présent ? »
Marine consent enfin à libérer le lourd secret qui l’entoure : « Mon frère, disparu, et moi-même, disposons d’un Pendentif de Zeus comme Pégase et la Chouette sont censés posséder un Jonc d’Athéna. Toutefois, le mien a été dérobé au même titre que celui de la Chouette. Le bracelet que détient Hébé et qui nous a guidé à celui-ci appartient à Seiya le Saint de bronze de Pégase. Normalement la Chouette est toujours à ses côtés pour rapprocher Pégase et Athéna. Cependant, durant l’apprentissage de Seiya, j’ai pu voir que la Chouette ne venait pas et j’ai compris alors que son Jonc avait dû lui être dérobé. J’ai donc pensé qu’en retrouvant le Jonc, je retrouverai les responsables de la perte de ma clochette. »
« Et tu l’as retrouvé ? », croit comprendre Baucis.
_ « Hélas non, pas précisément. J’ai besoin des connaissances d’un homme occupant de hautes fonctions et étant capable de m’éclaircir sur ce que j’ai vu. Je saurai alors où est retenu mon Pendentif de Zeus et je retrouverai mon frère. »
Apodis insiste : « Veux-tu enfin nous dire qui es-tu désormais ? Et nous expliquer à quoi servent ces bracelets et ces clochettes ?
_ Bien sûr. Je suis… »


Soudain, une voix retentit dans l’atmosphère et empêche Marine d’en dire plus.
Le ton est méprisant, l’allocution est claire et uniforme : « Misérables humains. Comment avez-vous pu vous permettre de bafouer mon temple ? »
L’espace temps se courbe mystérieusement à hauteur de la statue détruite d’Hestia et ouvre une brèche sur l’Hyperdimension.
Celle-ci libère une entité aux traits féminins. Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche. Un voile couvre sa tête et ses cheveux rougeoyants. Ses petits yeux sombres ne perdent rien de leur hauteur. Larges et plissés, exprimant à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, l’entité présente un visage très fin, aux traits très tirés.
Elle libère une cosmo énergie oppressante qui tétanise les quatre alliés.

Les chevaliers ne tardent pas à comprendre qu’ils ont en face d’eux la maîtresse de ces lieux.
La Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
Hestia.

Pressentant une effroyable menace, Apodis passe devant ses amis pour les protéger : « Fuyez avec le Jonc à présent ! Je vais retenir Hestia ! »

A l’écoute de ces paroles injurieuses, le regard condescendant d’Hestia prend la direction du Saint de bronze.
Immédiatement, son corps se fige et une puissante déflagration lui souffle le torse et le visage, ne laissant plus que du Saint sa peau nue jusqu’à la taille, dévêtue du moindre tissu et du moindre morceau de Cloth.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Dissimulant du mieux qu’elle peut son affliction, Hébé libère Juventas de son étreinte et se relève en dressant sa dague en direction du ciel.
L’arme libère peu à peu une lueur azure, qui englobe au fur et à mesure qu’elle inonde la pièce le corps de la déesse.
Avant qu’elle ne perde de vue ses deux Alcides, Hébé leur adresse un sincère sourire : « La lutte continue. Comme nos cosmos, l’amour est immortel. »

Le scintillement atteint son apogée pour finalement cesser brusquement.
A mesure que ces yeux se réhabituent à la lumière ambiante, Juventas remarque le corps d’Hébé, debout, livide, le bras pointant la direction du ciel : « La dague… Elle a disparu. »
La cosmo énergie d’¼dipe complète : « Et la présence d’Hébé… Aussi ! »
Le corps, totalement désarticulé, s’affaisse.
Juventas s’en saisit à temps et le sert fort contre elle, comme le lui avait demandé sa déesse.
Avec effroi, elle hurle son nom : « Hébé ! »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

A peine sortie de l’Hyperdimension, Hestia ne daigne même pas poser davantage les yeux sur le corps d’Apodis qui s’effondre sans vie.

Les trois derniers chevaliers se mettent en position sans que cela n’arrache la moindre réaction sur le visage impérieux de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer. D’une voix toujours aussi imposante, elle commente ce qui vient de se produire : « Oser parler ainsi de moi comme l’a fait ce misérable est outrageux. »
Elle remarque enfin les trois acolytes en garde : « Vous qui essayez d’être supérieurs aux dieux, les dieux ne peuvent le permettre. Vous devez être punis. »
Marine réagit : « L’homme ne cherche pas à être supérieur aux dieux. Il essaie de vivre. »
Philémon, furieux devant le corps inanimé d’Apodis, complète : « D’ailleurs, que sont ces dieux qui ne protègent pas ceux qui essaient de vivre ?
_ Que sont ces dieux ? Un humain n’a même pas à poser une telle question… »
Elle tend son bras en direction du groupe, prête à invoquer la même technique que celle qui a eu raison d’Apodis : « … Les humains ne peuvent renier les dieux. Je vais vous rappeler pourquoi : Sacred Fire. »
Une lueur intense éblouit le souterrain et arrache tout sur son passage dans une totale déflagration, provoquant un peu plus l’effondrement du vétuste temple.

Insignifiants face à une déesse, le trio ne peut rien faire d’autre que de croiser les bras pour espérer se protéger.
A l’instant où le déchaînement du Feu Sacré s’apprête à les anéantir, un objet jaillit devant eux.
Celui-ci, la dague au manche tressé d’un cuir bleu marin et à la lame fine aux reflets bleu azur, resplendit et englobe les humains de son cosmos bienfaisant.

Une fois le souffle passé, Hestia reste inexpressive devant les survivants. Elle constate avec mépris : « Seul un objet divin peut réussir un tel miracle… Hum… Je vois… Les dieux qui se sont approchés des hommes ne valent pas plus qu’eux. J’espère que tu t’en rends compte, Hébé. »
Par-dessus l’arme, se matérialise l’apparence d’Hébé : « Protéger les hommes et les envelopper de leurs connaissances, voilà ce qu’un dieu est censé faire. »

Baucis est subjuguée par l’intervention de sa divinité protectrice : « Faute de ne pouvoir quitter l’île sous peine de laisser notre peuple à la merci du Sanctuaire, notre Majestueuse Hébé nous a envoyé l’artefact qui la symbolise. Tout comme Athéna possède Niké, l’arme d’Hébé est la dague. »

La Déesse du Feu Sacré et du Foyer ignore totalement la joie de ses adversaires et continue de se jouer de la Déesse de la Jeunesse : « Malheureuse. Être restée auprès d’Athéna sur Terre tous ces siècles t’a rendu aussi insignifiante que les hommes qu’elle protège. Tu en es réduite à projeter ton cosmos à distance, afin d’éviter à ton peuple la violence d’autres hommes. Mais une telle démarche, en plus d’être totalement stupide, t’affaiblit considérablement. Tu ne pourras pas protéger longtemps tes misérables vermisseaux : Sacred Fire. »
Une nouvelle vague de cosmos s’apprête à engloutir les chevaliers.
Devant eux, la matérialisation de l’âme d’Hébé écarte les bras : « Sweet Halo ! »
L’onde de choc des deux cosmos divins éloigne dans des directions opposées les corps des quatre chevaliers du temple.
Une radiation bleutée vient annihiler le Feu Sacré d’Hestia. Les deux cosmo énergies s’entremêlent. Elles forment entre les deux divinités une sphère d’énergie qui grossit davantage chaque fois que l’une ou l’autre déesse essaie de la retourner contre son adversaire.

Entre deux puisements dans ses ressources, Hébé se retourne et cherche les chevaliers qu’elle est venue défendre.
L’éclat provoqué par la confrontation lui permet juste de distinguer Marine et Baucis : « Partez. Partez avec le Jonc à présent. »
Marine hoche la tête et emboîte le pas à Philémon sans se soucier du reste, elle ramasse Apodis sur son chemin.
Avant d’approcher la sortie, elle lance un sincère : « Merci pour tout, grande Hébé. »
Derrière elle, Baucis refuse d’abandonner celle dont elle est censée assurer la protection : « Non Majesté. Je ne partirai pas sans être assurée que vous n’êtes plus en danger. Projeter votre âme loin de votre corps vous affaiblit. Je ne peux me résoudre à vous voir vous sacrifier pour moi. »
Le visage d’Hébé est de plus en plus déformé par la douleur. La boule d’énergie commence à pencher en sa défaveur. Cela ne l’empêche cependant pas d’adresser tout son amour comme elle en a l’habitude : « N’ait crainte. Il est du devoir d’un dieu de croire en l’homme. Je crois en vous. Lorsque la paix sera revenue au Sanctuaire et qu’Athéna aura surmonté les obstacles qui sont les siens, elle suivra la voix que je suis aujourd’hui. Et toi Baucis, tu l’accompagneras avec tes amis Alcides. A cet instant tu seras devenue une jeune et belle maman. Profite de l’amour et la tendresse d’un enfant. Bats-toi pour assurer cette vie de famille. Car c’est en cette époque que le sort du monde se joue. »
Hébé se retourne et puise dans ses derniers retranchements pour libérer son cosmos céleste : « Sweet Halo ! »
Un immense orbe azur se libère de ses mains et arrache le plafond terreux du temple, offrant au jour la possibilité de s’engouffrer en ce lieu. Au sol, les dalles sont soulevées et laissent sous elles des mètres de vide.
La vague d’Hébé désintègre tout sur son passage jusqu’à Hestia qui remarque sa bure se décomposer peu à peu.

Pourtant, la méprisante olympienne ne perd rien de ses sarcasmes : « Pauvre Hébé. Les dieux sont puissants et éternels. Nous avons le pouvoir. Toi qui as pactisé avec les hommes, tu ne peux égaler cette essence mirifique. Sacred Fire. »
Le cratère laissé par Hébé n’est rien par rapport au vide incommensurable provoqué par le Feu Sacré d’Hestia.
La genèse des deux cosmos divins prend le dessus sur Hébé et ravage ce qui restait du domaine abandonné de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.

Au pied de la sortie, Marine s’extirpe du gouffre avec Apodis sous le bras, tandis que Philémon revient sur ses pas chercher Baucis restée auprès de sa maîtresse et balayée comme un fétu de paille par la puissance d’Hestia : « Allons Baucis, fuyons. Nous ne pouvons pas rester ici. »
Sous son masque, Baucis est noyée par le chagrin : « L’âme d’Hébé va être anéantie par ce globe de cosmos.
_ Dans ce cas, ni toi ni moi ne pouvons faire quoi que ce soit. »
Face à la résistance de sa bien-aimée, Philémon se résigne à la cogner du tranchant de la main derrière la nuque pour lui faire abandonner toute résistance. Il s’élance à la suite de Marine.

Prise au piège, contenant du mieux qu’elle peut cette concentration ravageuse, Hébé regarde derrière elle pour s’assurer que les chevaliers sont à l’abri.
Elle n’échappe cependant pas aux quolibets de son adversaire : « Tu as le choix. Soit ton âme retourne auprès de ton corps, sauvant ainsi ta vie en abandonnant la lutte contre moi. Soit tu résistes et ton âme est détruite, ne pouvant plus jamais se réincarner et t’éliminant du court de l’histoire. Dans le premier cas, tu sacrifierais les hommes pour ton existence divine. Dans le second, tu irais au bout de ta bêtise et en mourrais. »
Hébé plie de plus en plus. La forme de ses mains commence à être avalée par le cosmos.
Hestia continue : « Il n’est pas trop tard. Admets que suivre les hommes est une hérésie. Tu auras la vie sauve et peut-être que l’Olympe te pardonnera tes affronts. »
Hébé sourit, son visage, d’ordinaire si magnifique, commence à être rongé par le cosmos : « Désolé, mais je vais suivre les humains dans leur quête. Hébé meurt peut-être, mais si un jour je peux me réincarner, j’espère être humaine de nouveau. Humaine dans un monde lavé de la jalousie des dieux. »
Hestia est furieuse : « Tu l’auras voulu : Sacred Fire ! »

La sphère devient semblable à un astéroïde formé de cosmos qui annihile complètement le corps d’Hébé, faisant peu à peu disparaître ses membres, érodant son visage.

Sortis du cratère qui ne laisse plus rien du temple détruit, Marine, Baucis et Philémon ne parviennent pas à garder leurs pieds au sol. Tout comme les arbres qui sont déracinés, pire, dissous par l’émanation du Feu Sacré d’Hestia, ils sont projetés aux quatre coins de la forêt, dans des directions opposées.
Accrochant de toutes ses forces le Jonc, Marine ne parvient pas à garder auprès d’elle le corps d’Apodis déjà dans un triste état.

A l’intérieur du fléau cosmique, avant qu’il ne reste plus rien d’elle, le tronc de la Déesse de la Jeunesse brille de mille feux. Une étincelle aveuglante au milieu de ce brasier libère une dernière fois la voix d’Hébé : « Hestia a peut-être raison. Les Dieux ont peut-être le pouvoir et l’éternité. Mais n’oubliez pas qu’en faisant exploser vos cosmos, vous donnez naissance à des miracles. A cet instant, vous fusionnez avec l’univers et êtes à jamais infiniment plus proches de lui. Ne l’oubliez pas. Ne l’oubliez jamais. Je ne vous dis pas au revoir, je sais à présent que je fais partie de cet univers avec lequel vous ne faîtes qu’un. »
L’étincelle d’Hébé s’étend.
Elle devient une lumière immaculée.
Elle contient le Feu Sacré d’Hestia à l’intérieur du cratère qui était il y a peu encore son temple.
Elle l’absorbe.
Le tout dans un bruit assourdissant.
Puis implose.
Laissant place au silence le plus absolu.
Tout disparaît.
Hébé.
Hestia.
Tout…


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Sur les dalles du temple d’Hébé, les pieds déformés d’¼dipe tournent le dos à Juventas. Sa voix annonce : « C’est terminé. »
Le corps que Juventas tient dans ses bras, pâlit de plus en plus, au point de ne bientôt plus être visible et de disparaître.
Avant de n’être plus qu’un mirage, le message d’Hébé retentit aussi dans leur esprit : « Les Dieux ont peut-être le pouvoir et l’éternité. Mais n’oubliez pas qu’en faisant exploser vos cosmos, vous donnez naissance à des miracles. A cet instant, vous fusionnez avec l’univers et êtes à jamais infiniment plus proches de lui. Ne l’oubliez pas. Ne l’oubliez jamais. Je ne vous dis pas au revoir, je sais à présent que je fais partie de cet univers avec lequel vous ne faîtes qu’un. »


A la fin de cette forme d’adieu, Juventas attrape son visage dans ses deux mains et hurle de douleur : « Ambr… Ambroisie… Hébé… Majesté… Hébé ! »


De longues secondes, ¼dipe et Juventas restent enfermés dans le silence.
Chacun appréhende déjà la réaction du peuple. Mais bien avant ça, ils ne savent lequel des deux aura les épaules pour l’annoncer.
D’autres doutes les assaillent aussitôt : « Et maintenant ? Que faire face au Sanctuaire ? Et Athéna ? Et l’Olympe ? », se questionnent-ils tous deux.
Puis enfin, un long soupire les libère de leurs craintes et leur permet de se remémorer le message personnel, qu’Hébé a adressé à chacun d’eux avant de leur délivrer le dernier mot commun.

Juventas se relève enfin et réajuste avec élégance son masque, pour répondre à la remarque d’¼dipe : « Non, ce n’est pas terminé. Ce n’est que le commencement. »
Le corps ingrat d’¼dipe se retourne alors et, s’il savait sourire, il l’aurait fait volontiers.


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Au large de l’île, les habitants sortent tous de leurs maisons pour s’échanger des regards circonspects. La terre tremble encore et un vent violent venu du centre de la forêt, a arraché la plupart des toitures.
Très vite, les plus bavards lancent des affirmations : « Les légendes de cette île étaient donc vraies ! »
Dans le bar où se sont battus les chevaliers, certains reprennent seulement leurs esprits : « Je suis sûr que ce sont ces sales touristes ! »
En recul du reste des autres bâtisses, la communauté grecque de l’île qui entretient la légende du temple d’Hestia reste coi. L’ancien de l’ordre se contente de souffler : « Cela devait arriver. Hestia n’a jamais vraiment été priée par les hommes. La colère de l’Olympe s’abat. »
Au c½ur du village, un courageux et robuste gaillard dresse son poing : « Je vais aller voir ce qu’il se passe ! » Aussitôt, il rameute autour de lui d’autres comparses intrépides.
Le vieillard vient alors les trouver : « Laissez. Laissez, vous ne pouvez rien faire. Ce qui se passe là-bas dépasse votre entendement… »


Au centre de l’île, dans ce qui était il y a encore une dizaine de minutes la forêt, Baucis, Philémon et Marine reviennent peu à peu à eux.
Leurs armures sont très abîmées et les femmes chevaliers ont leurs masques fissurés.
Première à être debout, le Saint d’argent de l’Aigle fixe quelques secondes le Jonc qu’elle a en main, avant de découvrir une terre de désolation.

Il n’y a plus aucune végétation. La terre est retournée. Si bien qu’il n’y a même plus de relief. Derrière elle, le sol est plat à perte de vue. Devant, il ne subsiste que le cratère laissé par les deux arcanes divins. Là où se trouvait le temple d’Hestia, il n’y a plus aucune trace des vestiges d’antan.
Seul, sur un monticule terreux, là où était positionnée l’âme de la défunte Déesse de la Jeunesse, subsiste le manche de sa dague dont la lame est brisée dès la base.

Baucis traîne les jambes, jusqu’à arriver au bord du précipice où elle reconnaît l’arme d’Hébé. Elle tombe à genoux, n’arrivant presque plus à reprendre son souffle, tant les sanglots lui montent.
Derrière elle, ne sachant que dire, Philémon se contente de s’accroupir et de la serrer fort contre lui.

Enfin, Marine s’inquiète : « Apodis ! Quelqu’un sait-il où il est ? »
Philémon grimace : « Il a reçu la technique d’Hestia de plein fouet. Je ne pense pas qu’il y a survécu. Et si c’était le cas, il a dû être trop faible pour résister à l’explosion. Je crains qu’il ne soit enseveli.
_ Impossible, je l’ai tenu contre moi du mieux que j’ai pu lors de la confrontation finale. Il ne m’a échappé qu’à la toute fin et je… Je… Je… »
Philémon remarque l’étrange attitude de Marine qui se tétanise. Il tourne la tête en direction du point qu’elle fixe : « Qu… Quoi… Mais… Mais qu’est-ce que… ? »

Plus loin, face à la dague d’Hébé, sur un autre monticule, là où trônait la statue détruite d’Hestia, la porte vers l’Hyperdimension est restée ouverte.
Baucis réalise : « Non. Le sacrifice d’Hébé a été vain. Hestia… Hestia n’est pas morte. »

La Déesse du Feu Sacré et du Foyer apparaît à la sortie de la porte dimensionnelle. Sa bure est quasiment arrachée, libérant ses courbes magnifiques et ses formes envieuses qu’elle répugne tant à montrer d’ordinaire.
Son visage, bien que sali et très légèrement écorché par l’attaque suicide d’Hébé, reste ferme et n’exprime rien d’autre que suffisance envers les humains : « Pauvres idiots. Vous pensiez vraiment que moi, Hestia, déesse de l’Olympe, je me ferai vaincre par une bâtarde, qui par son affiliation aux hommes n’a plus rien de divin ? »
Elle pointe du doigt Marine et, d’un ton toujours aussi monocorde, assure : « Ce Jonc ne partira pas d’ici. »
Aussitôt, Philémon se jette à corps perdu contre Hestia : « Baucis ! Marine ! Fuyez ! »
Le petit grec aux cheveux hirsutes, arrive, poing en avant sur Hestia qui ne manifeste aucun sentiment sur son visage. Elle se contente simplement de cueillir ce poing si frêle pour elle dans la paume de sa main droite.
Ses pieds nus se tournent sur les dernières dalles de son temple, que son cosmos a protégé au moment de l’explosion. Bien qu’elle ne le serre pas spécialement fort, Philémon est paralysé par le cosmos oppressant de la déification du Feu Sacré et du Foyer.
Elle fait face à l’Hyperdimension et, pour la première fois, affiche un sourire sadique en déclarant son intention : « Que des hommes osent lever le poing vers les dieux ! Mais je comprends. Vous qui vous soulevez contre nous, vous rêvez d’avoir notre puissance. Je vais donc t’offrir un voyage dont chaque humain rêve. Un voyage dans la dimension des dieux qui nous permet de voyager d’un royaume à l’autre… »
Elle tend le petit corps à l’entrer de la porte dimensionnelle. Elle l’y fait entrer peu à peu, sur le côté, en commençant par le flanc gauche puisqu’elle le suspend par le droit.

En haut, impuissante, Marine tourne la tête.
Baucis, elle, se tient le ventre, terrifiée par la mise à mort du père de son futur enfant.

A peine l’épaule de Philémon passée, celui-ci hurle à la mort. Quasi-instantanément, son armure, sa chair, son sang et ses os éclatent en milliards de particules avant d’être totalement désintégrés.
_ « L’Hyperdimension parcoure des dizaines de milliers d'années lumière. Seuls des dieux ou des gens ayant reçu leurs protections, sont capables de franchir cet endroit sans être immédiatement désintégrés. »
Elle mêle la pratique à la théorie en avançant davantage le Saint du Lièvre qui voit sa clavicule être dévorée, ainsi que le début de son bassin.
Ses yeux, grands ouverts, sont gondolés par les larmes qui expriment la douleur d’un tel traitement. Sentant sa fin proche, il réalise l’opportunité de subir ce calvaire par le côté gauche de son corps : « Bientôt, mon c½ur sera disloqué, je mourrai sans plus souffrir. Désolé Baucis… Désolé de ne pas avoir pu te protéger davantage… »

Soudain, la sentence cesse. Philémon sent son corps être libéré de l’emprise d’Hestia. « Ça y est ? Je suis mort ? », se questionne-t-il le temps de chuter au sol.
Mais le choc sur les dalles aux pieds d’Hestia le ramène à la réalité.
Par-dessus lui, avec l’énergie du désespoir, par amour, Baucis a encore le poing tendu contre la joue d’Hestia.
La déesse, trop sûre d’elle, s’est laissée prendre par surprise par l’Alcide. Aussitôt, ses grands yeux larges s’écarquillent, tandis qu’une griffure libère un fin filet de sang sur sa joue.

Baucis se réceptionne aux côtés de son amant bien mal en point. Son teint est livide et son corps tremble de froid : « Philémon… Mon amour. Je t’en prie, tiens bon. »
Philémon sourit malgré tout : « Tu te souviens quand j’ai brisé ton masque ? Tu disais que tu me tuerais tôt ou tard. C’est le moment. Après avoir ton masque de brisé, tu ne pouvais que m’aimer ou me tuer. Je te demande de faire les deux aujourd’hui. Épargne moi davantage de souffrances. Je… Je… »
Elle lui pose le doigt sur ses lèvres. Espérant lui redonner courage et espoir en lui annonçant la nouvelle : « Le moment est certainement mal choisi. Mais je voulais que tu saches avant notre fin, ici, que je porte ton enfant. »
Philémon lève instantanément les yeux sur sa chère et tendre. Le bonheur et la fierté que peut ressentir un homme à un tel moment le revigore malgré son corps meurtri : « Alors… Voici pourquoi tu tenais tant à te battre à nos côtés.
_ Je ne voulais pas qu’il arrive malheur au futur père de mon enfant. Je te connais et je savais que tu mettrais ta vie en danger sans hésiter pour la réussite de cette mission. J’espérais te protéger. »
Ces confidences, sous le nez d’Hestia, ont plus un goût d’adieu que de déclaration. Le couple se devine condamné.

Hestia le leur rappelle lorsqu’elle reprend enfin la parole. Ses doigts caressent la légère plaie faite par Baucis : « Mon sang… Mon sang divin… Pour la première fois, je l’aperçois… »
Provocateur jusqu’à la fin, Philémon se relève difficilement et tente de toucher la déesse comme l’a fait plus tôt sa compagne : « Et quelle surprise ! Ton sang est rouge ! Comme celui des hommes ! Ah… »
Elle se saisit sans mal de son poing.
Le geste rapide qu’il a tenté a nécessité la contraction de tous ces membres. Là où l’Hyperdimension l’a ravagé, du sang s’écoule du corps de Philémon en abondance : « Misérable. Tu es trop faible. Ton corps ne supporte pas ses blessures. »
Elle laisse le Saint choir sur ses genoux, blême, le regard vide. En quelques secondes, tout autour de Philémon, c’est un fleuve d’hémoglobine qui coule. Une dernière étincelle brille dans ses yeux, le temps que son cosmos pénètre le c½ur de Baucis, comme pour lui délivrer un dernier message.

Bien loin d’attendre que chacun se remette de ses émotions, la déclaration d’Hestia ne laisse aucun doute sur ses intentions sans remords : « Les sentiments ! L’amour ! Une faiblesse propre aux hommes. »
Elle avance d’un pas décidé en direction de Baucis, prise au piège entre l’Hyperdimension et la déesse.
Plus l’Alcide recule, et plus elle sent le néant l’aspirer peu à peu. Elle attend une réaction de Philémon, mais bien vite, elle comprend qu’il est plus mort que vif. Alors elle baisse la tête et caresse son ventre qui porte pour encore quelques secondes la vie.
Hestia, de par sa grande et fine taille la domine bien vite. Quand elle décide de dresser sa main contre la jeune femme pour invoquer le Feu Sacré, elle perçoit l’arrivée de plusieurs coups portés à une vitesse qui lui parait bien futile.

Postée en haut de la crevasse, Marine tente le tout pour le tout afin de libérer Baucis d’une mort cruelle : « Ryu Sei Ken ! »
La main d’Hestia abandonne la direction de l’Alcide et se dresse contre les Météores bien vite dissous par le Feu Sacré qui châtie Marine et la projette loin d’ici : « Sacred Fire. »
Pendant la déferlante de cosmo énergie, Baucis prend appui sur ses jambes afin de fuir, en vain. Avec son autre main, Hestia l’empoigne à la gorge et la présente toute entière dans l’Hyperdimension. Le mouvement et si rapide et si violent que Baucis en perd son masque.
Le corps engouffré dans le chemin des dieux, son dernier regard se porte sur Philémon, le c½ur déjà arrêté. A peine murmure-t-elle un « je t’aime », tout en gardant une main sur son ventre que son corps tout entier se disloque, s’éparpille en des milliards de particules puis disparaît.

Au loin, titubant, Marine assiste au spectacle, impuissante. Il ne reste plus qu’elle face à l’insensible divinité.
Ne pouvant lutter davantage, elle laisse Hestia tendre la main dans sa direction pour l’abattre.
Pendant que l’atmosphère se déchire le temps que le cosmos divin se matérialise dans la paume d’Hestia, une voix venue d’outre-tombe commente les tragiques événements : « Comment peut-on se moquer comme tu l’as fait des sentiments et de l’amour. Qu’est-ce qu’un dieu qui ne peut aimer ? »

Sans savoir d’où elle provient, Marine reconnaît la voix du Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis : « Apodis ! »

Troublée, Hestia abandonne l’invocation du Feu Sacré et cherche le chevalier en question.
Celui-ci fond depuis les airs tel un oiseau qui a localisé sa proie.
Hestia libère son cosmos contre l’importun : « Sacred Fire. »
Le corps contusionné, torse nu, ne portant sur ses jambes que quelques morceaux de ce qui fut sa Cloth, Apodis ramasse en pleine chute la dague brisée d’Hébé et la dresse en direction d’Hestia à mesure qu’il traverse la vague de cosmos : « Un dieu comme ça… Je n’en veux pas ! »

Abasourdie, Marine assiste à une scène qu’elle n’aurait jamais cru voir.
Grâce à l’impulsion prise auparavant par le grec, Apodis arrive à hauteur de la déesse qu’il empale à l’abdomen avec ce qu’il reste de la lame d’Hébé.
Pour la première fois, une expression autre que le mépris se lit sur le visage d’Hestia. Ses yeux sont grands ouverts, son esprit s’interroge. Elle découvre pour la première ce qu’est… « La… La douleur ? »

Sachant pertinemment où allait le mener une telle attaque suicide, Apodis maintient bien fort dans sa main droite la dague plantée dans Hestia et avec la gauche il fait le tour de la taille de la déesse. Avec l’élan pris pour réaliser une si puissante charge, ils s’envolent en direction de la bouche dimensionnelle.
Avant d’y être totalement entré, Apodis use de son cosmos auprès de Marine : « Si je ne sais pas qui tu es au final, je me souviens de ces années passées à tes côtés au Sanctuaire et je sais au moins ce que tu es pour moi, une amie. Rapporte ce Jonc, trouve ton Pendentif de Zeus, et apporte la vérité aux yeux du monde. Libère les hommes de la folie des dieux. Pour l’amour, seulement pour… »
Le message s’interrompt une fois Hestia et Apodis disparus et l’Hyperdimension refermée derrière eux.

Seule, le Jonc d’Athéna en main, Marine ôte son masque pour permettre à ses larmes de mieux couler.
Il ne reste plus qu’une terre de désolation, certainement ce qu’il restera de toute cette planète à la fin de la dernière Guerre Sainte qu’ils mèneront.
Le corps de Philémon, toujours sur les genoux, trône en vestige d’une rude bataille.
Pourtant, le sacrifice d’Apodis ne lui semble pas vain. Même si son ami est mort, elle garde foi en sa mission. Elle dresse le Jonc en direction des cieux et achève la phrase qu’a commencé le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis avant de mourir : « Pour l’amour, seulement pour… L’amour ! »



Une page se tournait dans l’histoire du monde mythologique. Ma mort, conjuguée à celles de Philémon et Baucis, n’était rien face à celle d’Hébé. La Déesse de la Jeunesse disparaissait du cours normal de la vie terrestre et divine.
Ce n’était même pas le premier acte de la Guerre Sainte contre l’Olympe, et déjà, il y avait tant de pertes à déplorer.
Je me doutais que mon sacrifice n’était pas suffisant. Hestia ne pouvait pas mourir suite à ça. Mais après la griffe de Baucis sur sa joue, et la dague plantée dans son abdomen, je savais qu’en la repoussant dans la dimension d’où elle venait, je frappais un grand coup. Oui, vous, les grands olympiens, je vous adressais un message : les hommes n’abdiqueraient pas.

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Only for Love / Chapitre 55 - Retourner la situation
« on: 11 June 2016 à 17h03 »
Après les échecs de plusieurs Saints d’argent, Saga attendait une réplique venant du Japon afin de se débarrasser de Seiya et de ses amis.
Il préférait profiter de cette interruption momentanée dans la lutte directe contre Athéna pour l’affaiblir.
Partout dans le monde, le Grand Pope avait fait envoyer des assassins dans le but, soit de rallier les derniers dissidents à sa cause, soit de les éliminer.
Pendant ce temps, nous achevions de traverser la Mer Egée…



Chapitre 55 - Retourner la situation

En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

2 novembre 1986.
Historiquement grecque, l’île de Ténédos est sous la souveraineté de la Turquie depuis le traité de Lausanne en 1923.
L’île compte de nos jours approximativement deux mille cinq cent habitants désormais majoritairement turcs.
Néanmoins, une petite communauté grecque y vit et tente de faire subsister les légendes d’antan comme celle voulant qu’un culte de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer fût dressé ici.

Embarqués sur un navire de marchandises, après avoir passés sous les eaux la barrière maritime dressée par le Sanctuaire tout autour de Yíaros, Apodis, Marine, Philémon et Baucis arrivent à bon port.

Au sein d’une communauté où il n'est pas rare de croiser des femmes portant le voile, Marine et Baucis passent inaperçues après avoir enrubannées leurs visages masqués de femmes chevaliers.

Affublés de leurs Pandora Box sur le dos, Philémon suggère à ses amis : « Avant de nous faire repérer, nous ferions mieux de chercher un guide pour nous trouver rapidement le temple où est prisonnier le Jonc. »
Baucis s’engage dans un bar pour donner raison à son amant : « Oui. Il ne nous manque plus qu’à trouver un grec qui accepte de nous y conduire. »


A l’intérieur du bistrot, tout ce qu’il y a de plus contemporain, seuls des hommes profitent des boissons proposées sur la carte.
Dans un nuage de fumée soulevé par le tabac qu’ils inhalent tous, les autochtones s’étonnent de découvrir la présence d’une femme qui, malgré la toge qu’elle porte par-dessus ses vêtements pour dissimuler son identité, ne peut camoufler ses formes particulièrement avantageuses. Son opulente et ferme poitrine ainsi que son fessier rebondi ne passent pas inaperçus.
Apodis, Marine et Philémon la précédent. Les accompagnateurs sont vus d’un mauvais ½il par les clients, qui ne baissent pas les yeux devant les étrangers.
Préférant ignorer tout ceci, Apodis s’adosse au comptoir et demande au propriétaire : « S’il vous plaît. Nous sommes grecs et nous souhaitons visiter l’île. »
Un habitué répond pour le propriétaire : « Ici on paie d’abord une tournée quand on est étranger. »
Moins courtois qu’Apodis, le petit Philémon écarte du bras le malotru qui lui cache la vue du propriétaire : « Nous n’avons pas le temps pour ces petits jeux. »
Vexé, le client envoie son poing en direction de Philémon : « Petits jeux ! Tu vas voir si on rigole ici sale… »
Le provocateur n’a pas le temps de finir sa phrase que Philémon se saisit de son poing dans la paume de sa main. Il le sert si fort que le mal élevé courbe l’échine sous la douleur : « Tiens-toi tranquille sinon je te brise la main. »
Impatiente, Baucis tape du poing sur le zinc : « Où peut-on trouver un guide ici ?! »
Sur leurs gardes, Marine et Apodis voient se lever tout autour d’eux les compatriotes du rustre. Sans être effrayé, Apodis ne décolère pas envers Philémon : « Ce n'est pas croyable ! Tu as le don pour nous mettre dans de ces situations ! »
Philémon est amusé : « Quoi ?! Ce n’est pas moi qui l’ai cherché ! »
Le craquement des os rompus du poignet de son assaillant ouvre les hostilités.
Philémon se jette avec des yeux d’enfants et un sourire gredin : « Laissez-les moi les amis ! »

Ses trois amis font la moue devant le comportement enfantin du Saint de bronze du Lièvre, qui ressemble à un enfant se chamaillant avec d’autres dans la cour de récréation.

Une fois son divertissement achevé, Philémon revient vers le patron du bar en se frottant les mains : « Bon ! Ce guide ! »
Tremblant, le tenancier pointe du doigt le seul homme à ne pas avoir quitté sa chaise et qui continue de boire son café comme si de rien n’était : « L… Lui… Lui est grec, il connaît l’île comme personne ! »
L’homme montré du doigt accroît davantage l’impatience des visiteurs. Il termine paisiblement son café avant d’enfin se présenter à ses semblables : « Bonjour. En effet, je connais l’île mieux que quiconque. J’y suis né. Et si je me souviens bien des contes de mon grand-père, ce que vous portez sur votre dos derrière ces vieux draps se sont des Pandora Box n’est-ce pas ? »


En Finlande, au Lac Holtz :

Dans un lieu reculé de la Finlande, abandonné de toute civilisation en raison des légendes terrifiantes qui entourent cette immense surface aquatique, le Lac Holtz reçoit la visite d’un messager du Sanctuaire.

Positionnée au beau milieu de l’eau, élevée sur pilotis, une cabane abrite l’homme, habillé d’une tunique ocre, bardée d’épaulettes de cuir. Il est accroupit devant le destinataire du courrier qu’il apporte.
Celui-ci, laisse tomber la lettre frappée du sceau du domaine sacré sur le sol. Tout de noir vêtu sous sa Cloth bleu, l’homme au visage renfrogné et aux cheveux châtains se cramponne sur la barrière qui entoure la cabane.
Le soldat lui demande : « Seigneur Finrando Saint de bronze du Poisson Volant, que dois-je apporter comme réponse au Sanctuaire ? »
Les yeux noirs de Finrando assombrissent davantage son visage : « Rapporte au Sanctuaire que j’exécuterai mon élève Ichi Saint de bronze de l’Hydre pour haute trahison sans la moindre hésitation. »
Le messager repart aussi vite qu’il est arrivé en bondissant jusqu’à la berge.

Seul, le maître d’Ichi observe la silhouette de son disciple remonter vers la surface de l’eau : « Ichi. Voici déjà plus d’un mois que tu es revenu ici. Malgré tes dispositions à devenir chevalier, m’obligeant à assurer ta formation, je n’ai jamais réussi à apprécier l’homme que tu es. Voici que j’apprends que tu t’es battu pour des intérêts personnels, à l’encontre du Sanctuaire. Je vais me faire un plaisir de te punir. »


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos : 

Sortis du village principal où est regroupée la quasi-totalité de la population, Apodis et ses amis s’enfoncent dans la forêt.
Leur accompagnateur mène le pas et leur apporte les réponses qu’ils attendent : « … et le mythe le plus répandu ici est celui de Ténès. C’est à lui qu’on doit le nom de l’île. Cependant, il ne reste de cette légende que l’histoire. Aucun objet, aucune ruine n’y a survécu. »
Marine - " Dans ce cas, où nous conduis-tu ? "
Le guide - " Vous vouliez savoir s’il existe un temple ancien. Il y en a bien un. Mais personne ne s’y rend. Peu de monde, peut d’ailleurs précisément le localiser. Il s’agit de ruines. On dit que ce culte voué à une déesse a été abandonné des hommes en raison de son absence sur Terre. Le temps et un éboulement ont eu raison de cet édifice. C’est la première fois que je m’y rends. On dit que personne n’en est revenu vivant. Ah ! Les deux grands chênes ! Ce doit être un peu plus bas sur notre droite. "
Apodis étudie les alentours : « Il est vrai que les arbres et les feuilles mortes ne portent aucune trace de passage, qu’elle soit humaine ou animal. Le lieu est peut-être véritablement dangereux. Tu ferais mieux de nous laisser ici. Nous finirons par trouver seuls. »
Le natif de Ténédos s’engaillardit : « Non ! Je suis en présence des légendaires Saints ! Je ne crains rien ! »
Sans le moindre égard, Marine brise cet enthousiasme : « Tu parles d’une déesse qui a quitté la Terre. Sais-tu son nom ? »
L’autochtone répond fièrement : « Oui. Elle demeure en permanence sur l’Olympe. Il s’agit de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer il s’agit… »
« D’Hestia ! », murmure Baucis.

Instantanément, un souffle puissant balaie un parterre de feuille en contrebas d’une pente et libère une crevasse.

Surprise par la réaction provoquée par son intervention, Baucis déclare : « Je pense que nous n’avons pas besoin de chercher davantage. »
L’Alcide s’avance en compagnie de Philémon et Apodis tandis que Marine s’obstine auprès de leur accompagnateur : « J’insiste, mais je préfère pour votre sécurité que vous ne veniez pas ! »
Tout sourire, l’homme lève les bras au ciel : « Puisque je vous dis que je ne crains rien avec… »
Le malheureux n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une gerbe de flamme jaillit de sa poitrine.
Baucis passe ses mains devant son masque : « Par Hébé ! »
Le feu se propage sur tout son corps depuis l’intérieur et le calcine sous l’½il impuissant de ses touristes.

Les quatre amis se regroupent et tournent sur eux même pour chercher l’origine d’un tel mal :
Apodis - " De quoi Hestia est la Déesse déjà ? "
Marine - " Du Feu Sacré et du Foyer. "
Philémon - " Le feu sacré c’est plutôt un sentiment noble et passionné, une ardeur, et non pas le feu au sens littéral du mot. "
Baucis - " Parmi les attributs d’Hestia, se trouve le feu. Je pense donc que ce lieu est protégé. "
Apodis pointe du doigt une immense créature enflammé qui débouche du haut d’une colline :
Apodis : «  Tu ne crois pas si bien dire ! »
Le comique du groupe, Philémon, lâche un cri de panique : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Marine détaille la forme particulière que dessine cette silhouette de flamme : « Cela ressemble à une araignée. Une immense araignée de feu. »
Pour amuser la galerie, Philémon se cache comme un enfant derrière Apodis : « Tu m’étonnes qu’elle est immense ! Elle doit bien faire trois mètres de haut ! »
Baucis ne les rassure pas en ajoutant : « Comme ses copines. »
Les Saints se retournent et voient depuis les airs voler une guêpe de feu suivi par un lombric qui laisse une terre calcinée là où il rampe.
Philémon grimace : « Et moi qui ai la phobie des insectes. »

Inopinément, d’entre ses mandibules flamboyantes, l’araignée balance l’équivalent d’une balle sur le groupe. L’équipe se disperse tout autour de l’entrée du temple.
La balle, une fois au sol, provoque une explosion.
Philémon s’essuie le front : « Merde ! C’est comme une grenade ! »
Sa petite amie le rappelle à la raison : « C’est pire que cela. Cette bombe de feu était chargée d’une cosmo énergie inquiétante. »
Pendant qu’elle étudie la situation, la bande se laisse cerner.
Apodis - " Je comprends maintenant pourquoi le guide disait que personne ne s’aventurait ici et surtout que personne n’en était revenu vivant. "
Marine - " Si on regarde bien l’anatomie de ces monstres de flammes, on remarque qu’un foyer les alimente en cosmo énergie au centre de leurs corps. "
Apodis - " J’imagine qu’il s’agit du noyau qui les alimente en cosmos. "
Leur réunion est interrompue, lorsque le lombrics se jette sur Philémon qui s’échappe d’une roulade en hurlant : « Maman ! »
Baucis s’élève pour frapper le ver à l’endroit stratégique indiqué par Marine, mais elle entend dans son dos le bourdonnement de l’hyménoptère géant. Grâce à une agilité parfaite, elle réussit à esquiver le dard brûlant aussi large qu’une poutre embrasé et aussi acéré qu’une lance.
Marine prend appui sur le sol pour la sortir de ce mauvais pas, mais Apodis la retient en arrière afin de lui éviter une nouvelle balle de feu de l'arachnide.
Philémon détale aussi vite que le lièvre symbole de sa constellation protectrice pour éviter l’acharnement du ver.
Le rampant arrive devant Marine et Apodis. L’Oiseau de Paradis choisit de concentrer sa cosmo énergie : « Je vais nous débarrasser de toi en premier ! Wing Jikan No Yoyu ! »
Il abat ses bras en direction de l’insecte pour le balayer avec le vent qu’il a invoqué.
Cependant, la guêpe s’interpose et d’un battement d’aile repousse le souffle d’Apodis.
Apodis, Philémon et Marine sont repoussés par un air brûlant.
Baucis profite que la guêpe et le ver soient déconcentrés par les Saints, pour les attaquer à revers. Seulement, elle est coupée dans la concentration de son cosmos par l’araignée qui la percute de plein fouet avec une de ses balles. L’explosion repousse Baucis dans les bras de ses alliés.

Apodis, premier debout, se met en tête du groupe : « Bon sang ! Ça va être plus compliqué que je ne le pensais. »
Philémon pose sa main sur l’épaule de son compatriote : « Ça suffit Apodis. Nous allons nous en charger. Toi, continue ton chemin à l’intérieur de ce passage souterrain. »
Baucis et Marine confirment l’initiative du Lièvre : « Nous ne savons pas encore combien de dangers nous attendent. Cela ne sert à rien que nous nous épuisions tous les quatre ici. Garde tes forces pour l’intérieur. »
Baucis - " Nous allons les retenir. "
Philémon fait un clin d’½il à son ami : « Je dirais même qu’on va se charger d’eux et qu’on te rejoindra à l’intérieur. »

L’araignée aide Apodis à se décider. Elle balance une nouvelle balle que Marine fait exploser à distance : « Ryu Sei Ken ! »
Apodis grimace à l’idée d’abandonner les siens. Toutefois, il se concentre sur l’importance de sa mission : « Entendu. Je vous attends à l’intérieur du temple. Pour Athéna ! »
Marine et Philémon répondent en ch½ur : « Pour Athéna ! »
Baucis, elle, hoche simplement la tête.

Le grec plonge alors la tête la première dans l’entrée du tunnel.


En Finlande, au Lac Holtz :

Les mouvements provoqués sur la surface de l’eau, habituellement calme, remémorent au lac les six dernières années.
En effet, depuis bien longtemps, le Lac Holtz était resté habitué à une grande quiétude dont le propriétaire de la cabane surélevée était témoin.
Finrando Saint de bronze du Poisson Volant n’avait pas eu de disciple depuis bientôt dix ans avant l’arrivée d’Ichi.
Un jour, ce petit garçon est entré dans sa vie. Et le voici obligé aujourd’hui de l’en sortir.
Le finlandais, assis les bras sur la table, grimace en regardant la Pandora Box de son disciple. Il n’a pas bougé d’ici depuis le départ du messager et sent l’approche de son élève.

Depuis la surface, l’apparence ondulée d’un corps humain remonte peu à peu.
D’abord, c’est la crête blanche qui coiffe le crâne d’Ichi qui sort en premier de l’eau. Puis, son visage souriant. En nageant sur place, il se félicite : « J’ai donc réussi. Mes mouvements sous l’eau sont de plus en plus rapides. J’imagine qu’à l’air libre mes attaques devraient bénéficier d’un impact et d’une vitesse plus importants. J’irai m’exercer après le repas dans la forêt pour vérifier ça. »
En quelques mouvements de bras, il regagne la demeure de son maître.

Sur la terrasse, il ramasse la serviette qu’il avait laissée auparavant. Il essuie son visage et son torse nu. Celui-ci présente de nombreuses cicatrices témoins de son difficile apprentissage pour devenir chevalier. Athlétique, son buste se gonfle de bonheur au moment d’entrer dans la cabane où il a vécu pendant six avec son professeur.
A l’intérieur, il remarque son mentor qui le fustige du regard.
Ichi regarde son pantalon mauve et ses chaussures de ville goutter sur le sol. Il passe sa main derrière sa tête en signe de confusion : « Pardonnez-moi maître. Je nettoierai ça une fois que je me serai changé. »
Le regard noir de Finrando ne décolère pas pour autant. Le japonais cesse de faire le pitre et réalise qu’un malaise plus profond s’installe : « Seigneur Finrando, qu’y a t il ? »
Finrando - " Te rappelles-tu des histoires que je t’ai enseigné ? Du Sanctuaire plus particulièrement ? "
Ichi - " Oui. Bien sûr, le Sanctuaire, berceau de la chevalerie. "
Finrando - " Le Sanctuaire vient de me faire parvenir un courrier, dans lequel il m’expose qu’au Japon des Saints se sont battus pour leurs propres intérêts. "
Ichi comprend la colère de son maître : « Oui. Je sais. Je m’en excuse. Je… »
Finrando - " Ce n’est pas tout. Vous vous êtes battus pour le compte d’une jeune fille, qui a révélé l’existence des chevaliers au monde entier et qui aujourd’hui se fait passer pour Athéna. "
Ichi - " Pour Athéna ?! Il n’en a jamais été question lorsque je suis parti du Japon. "
Finrando - " Toujours est-il que des assassins ont été envoyés au Japon pour l’éliminer elle, ainsi que ceux qui la protègent. "
Ichi se précipite vers sa Pandora Box : « Comment ?! Alors Phénix n’agissait pas pour son propre compte. Je dois absolument aller aider Seiya et les autres. »
Le Poisson Volant apparaît devant lui et le repousse en intensifiant son cosmos : « Pas la peine d’aller jusqu’au Japon pour mourir. Les ordres sont clairs. Le Sanctuaire a choisi de t’éliminer. »
Ichi se relève, déterminé : « Vous ne comprenez pas. Certes nous nous sommes battus en toute insouciance en nos propres noms. Cependant le tournoi a été interrompu et nous avons été attaqués bien avant que le Sanctuaire nous considère comme des renégats. Cela cache quelque chose. »
Finrando - " Qu’importe. Vous avez désobéi aux lois. La volonté du Grand Pope est unanime. "
Ichi - " Maître. Je vous dois tout. Et malgré la façon dont vous m’avez traité, je rechigne à l’idée de vous affronter. "
Finrando affiche un visage méprisant à l’encontre de son élève : « Tant mieux, ma victoire n’en sera que plus rapide. »
Ichi - " Votre victoire ? Vous oubliez qu’aujourd’hui je suis moi aussi un Saint de bronze. Un chevalier de votre rang ! "
Finrando - " Qu’importe. Tu es un faible et tu as toujours été un faible. Tu le resteras toute ta vie. Même en étant Saint. Le courrier me rapporte, que tu as perdu pitoyablement pendant le tournoi au Japon. Cela ne m’étonne pas de toi. Je me suis pourtant donné beaucoup de mal pour t’enseigner ce que je sais. Seulement, tu n’as jamais su l’assimiler. "
Ichi reproche à son maître sa méchanceté : « Peut-être que si j’avais eu un mentor plus attentif à mes lacunes il m’aurait permis de corriger ça et de me rendre meilleur ? Depuis mon retour, bien que je vous ai dis vouloir progresser davantage, vous ne vous êtes pas soucié de moi. Je m’entraîne seul depuis plus d’un mois. »
Finrando - " Tu m’as déjà fait perdre suffisamment de temps pendant six ans. J’ai été fait chevalier ici, sur ma terre natale. Le Sanctuaire m’a demandé de veiller sur la seconde armure du Lac Holtz et de former celui qui en serait digne. Pendant vingt ans j’ai vu venir des apprentis des quatre coins du monde et tous étaient plus motivés et performant que toi. Cependant, aucun n’a survécu à l’épreuve du lac. Plonger dans les abysses pour affronter les créatures mythologiques qui veillent sur l’armure demandait trop d’effort. Seulement, toi, le plus mauvais de mes apprentis, le plus lâche, le plus faible, tu y es parvenu en plongeant contre mon gré pour réaliser l’épreuve. "
Ichi - " Si j’ai tenté l’épreuve c’est parce que je ne supportai plus vos brimades et vos mauvais traitements. J’espérai vraiment trouver la mort au fond de l’eau. Seulement, lorsque je suis arrivé jusque devant la Pandora Box de l’Hydre, j’ai réalisé qu’au final c’était à ma portée. Qu’en fin de compte je n’étais pas plus mauvais qu’un autre. J’ai alors enfin vu l’occasion de briller à vos yeux. Cette confiance soudaine m’a permis de surmonter le reste des épreuves. Je ne suis pas un lâche ni un faible ! "
Déjà revêtu de sa Cloth, Finrando se met en position de combat : « Alors prouve-le ! »
Ichi essaie de se concentrer aussitôt pour appeler à lui son armure mais déjà son maître retourne la table pour arriver devant lui : « Tu es trop long à entrer en osmose avec ta Cloth ! »
Le Poisson Volant lui colle un violent coup de tête, qui lui brise le nez en l’envoie au tapis.

Le finlandais laisse son ancien apprenti sur le sol et ramasse l’urne de l’Hydre. Il la saisit par les lanières et la balance en direction du lac, arrachant par la même occasion le mur de la maisonnette.
Ichi, le visage ensanglanté, voit son armure plonger dans les abysses.
Démuni devant son maître protégé de la Cloth du Poisson Volant, Ichi l’observe attentivement : « Ses pieds jusqu’aux genoux sont protégés. De même que ses hanches, son buste et ses épaulettes. Il faut que je reste méfiant de ces fameuses épaulettes. Les ailes du Poisson Volant qui sont rattachées aux épaulettes et descendent jusqu’à ses cuisses sont aussi dangereuses que les griffes qui jaillissent de mon armure. »

Le japonais est sorti de ses songes lorsque son maître poursuit sa correction. Il le fait retomber sur le dos, après lui avoir décoché un coup de pied au visage.
Il espère lui éclater la cage thoracique du plat du pied, mais Ichi se dégage en roulant sur le sol. Bien vite, la cabane présente ses inconvénients. Le mouvement d’Ichi est stoppé par une cloison. « Dans un espace aussi confiné, je ne peux me dégager librement. », reconnaît-il.
Finrando revient à la charge mais cette fois-ci Ichi est plus prudent. Il esquive une droite et riposte d’un crochet du gauche dans l’abdomen non couvert de son professeur. Celui-ci réplique avec une seconde droite qu’Ichi est obligé de paré. Son bras nu, dépourvu de la moindre protection, est immédiatement brisé par le poing bardé de bronze de Finrando.
Nez et bras gauche cassé, Ichi recule pour chercher une solution. Toutefois, en à peine trois pas il est acculé contre un nouveau mur. « Je ne peux me déplacer de toute ma vitesse ici. Et même si je brise les murs, je suis entouré par l’eau. Il me suffirait de bénéficier d’un mode de défense. », conclut-il.

Ses pensées sont de nouveaux troublées par le Poisson Volant. Les deux ailes reliées à ses épaulettes battent dans l’air subitement : « Tu n’as pas oublié cette technique que je t’ai enseigné. Le Melow Poison que tu diffuses par les griffes de ta Cloth, moi je le répands par l’air qu’abattent mes ailes. Dans une pièce si petite, tu vas rapidement être intoxiqué. »
Ichi se passe le bras droit devant le nez, ce qui amuse profondément son professeur : " Ha, ha, ha… Allons, tu sais très bien que le poison pénètre directement ta peau. Il ne suffit pas de l’inhaler pour en mourir. Succombe dorénavant au… Melow Poison ! "
Les mouvements des ailes deviennent plus violent, plaquant Ichi contre le mur. Sa chair est lacérée par les courants d’air et permet au poison de pénétrer plus rapidement dans ses entrailles. Ses petits yeux ébène se ferment et son visage grimace pour témoigner sa douleur…


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Profond de plusieurs centaines de mètres, le gouffre dans lequel s’est jeté Apodis prend fin.
Plongé dans l’obscurité tout le long de sa chute abyssale, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis découvre par une étrange lueur qui provient de l’intérieur. Les vestiges du temple d’Hestia. Des colonnes doriques maintiennent la croûte terrestre, qui forme désormais le plafond. Devant, sur le parvis, gisent les bases de quelques statues arrachées.

En pénétrant à l’intérieur, Apodis est stupéfait de voir que la lumière qu’il apercevait depuis devant provient des torches accrochées contre les murs : « Elles brûlent toujours. Je sens la même cosmo énergie que celle des animaux de dehors. J’imagine qu’il s’agit de l’empreinte du cosmos d’Hestia qui les a maintenues allumées. »
Le vacillement des flambeaux offre à Apodis la vue d’un temple ravagé. Hormis les pierres qui soutiennent l’édifice, il ne reste rien : « Voici donc ce qu’il reste du temple d’une déesse qui a préféré l’Olympe à la Terre. »

Brusquement, son attention est frappée par l’appel du cosmos oppressant ces lieux. Il provient d’une statue. La seule encore debout, au fond du temple. Elle représente la déesse Hestia droite, debout, sévèrement vêtue.
Plus précisément, le cosmos provient du sceau qui retient un objet sur le banc de pierre au pied de la statue.
De là où il se trouve, Apodis reconnaît un bracelet, semblable à celui que Marine a confié à Hébé : « Le second Jonc d’Athéna ! Il est là. Je n’arrive pas à croire que c’est le cosmos qui administre ses pouvoirs au sceau qui régit tout le secteur. Je vais devoir l’en débarrasser. », choisit le chevalier.

Il projette un coup à distance en espérant que l’onde de choc soit suffisante pour défaire l’empreinte. Cependant, son coup s’essouffle à mesure qu’il parcourt la pièce : « Comment est-ce possible ? »
En guise de réponse, de derrière la statue d’Hestia, sort un homme vêtu d’une armure inconnue d’Apodis :
Apodis - " Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu veux ? "
L’homme, un Ange, habillé d’une Glorie semblable à celle d’Odysseus et Theseus qu’affronteront Seiya et les siens dans quelques mois, ne daigne pas répondre.
Il attaque si vite qu’Apodis n’a même pas le temps de voir les traits de son visage.
Sa course s’arrête devant Apodis, contre lequel il pose simplement et délicatement l’index de sa main droite contre son épaulette gauche. Une détonation en découle. Apodis est repoussé en arrière, l’épaulette fissurée et le bras ensanglanté.

En se redressant, le grec peut enfin observer son adversaire. Ses cheveux verts descendent sur ses épaules et devant ses sourcils. Sa fine bouche n’esquisse pas la moindre réaction et son regard est inexpressif. Son visage est lisse, ses traits fins.
Apodis se relève et répond à son tour. Il écarte les bras et concentre sa cosmo énergie : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux soulève les gravats et la poussière du temple à mesure que le souffle approche l’Ange.
Pourtant, sans exprimer une fois de plus le moindre sentiment, il tend le bras devant lui comme pour couper le vent. Celui-ci se scinde en deux et fait demi-tour dans son dos pour revenir vers Apodis.

Pour ne pas encaisser sa propre attaque, Apodis saute dans les airs.
Il est suivi par l’Ange qui surgit devant lui. Sans pouvoir se mouvoir à sa guise, Apodis ne peut empêcher l’index de l’Ange de se poser contre son thorax cette fois-ci.
Une nouvelle détonation projette Apodis contre la roche qui fait office de plafond et lui fend la protection au niveau de la poitrine.
Il retombe violemment au sol, le torse ensanglanté.

En Finlande, au Lac Holtz : 

A l’intérieur de la petite maison sur pilotis, Ichi est encastré contre le mur.
Sous les effets du Melow Poison, Finrando pense lui avoir fait perdre connaissance. Il s’avance vers l’Hydre pour l’achever.
Lorsqu’il lève le bras en l’air pour prendre son élan, Ichi profite que son professeur baisse sa garde pour s’extraire du bois. Avec son poing droit, il le cogne sur le sommet du crâne suffisamment fort pour le distraire quelques secondes.
Le japonais enchaîne en écorchant les biceps, l’abdomen et l’intérieur des cuisses du chevalier chaque fois là où il n’est pas protégé.

Finrando recule de quelques pas en observant ses plaies : « Comment peux-tu encore bouger ainsi, alors que le poison devrait déjà avoir détruit ton système nerveux ? »
Ichi - " J’ai peut-être été pour vous un mauvais élève, mais j’ai été selon moi un élève attentif. Vous m’avez enseigné que pour que les effets d’un poison soient inutiles, il faut soi-même bénéficier d’un poison plus nocif. "
Finrando - " Je ne comprends pas. Le poison de l’Hydre ainsi que celui du Poisson Volant réside dans leurs armures. Comment peux-tu en bénéficier sans ta Cloth ? "
Ichi - " Simplement en me l’étant inoculé. Après ma défaite au Japon, j’ai réalisé qu’il était inutile de posséder une armure dotée d’un puissant poison si celle-ci est détruite. J’ai alors choisi de faire de mon corps une seconde armure. A la fois défensive et offensive, puisqu’en le manipulant, j’ai su rendre mon poison plus puissant que le votre,. "
Finrando - " Offensive ?! Que veux-tu dire ? "
Ichi - " En vous frappant sur chaque partie non protégée de votre corps, j’ai libéré ce poison. Le Melow Poison n’est plus simplement dans mes griffes, il est également dans mes coups. J’ai retenu les leçons de mon échec au Japon. J’ai affronté un chevalier à l’armure renforcée par les glaces éternelles et au corps capable de reproduire ce même froid. Vous le sauriez si vous vous étiez soucié un peu de ma présence ici depuis un mois. J’ai passé toutes mes journées à m’entraîner. "

Finrando commence à être tétanisé. Ses membres se raidissent et de tous ses orifices s’écoulent du sang. En crachant de l’hémoglobine, Finrando cherche à blesser davantage l’esprit de son disciple : « Tu es revenu ici dans le but de t’améliorer en défendant cette fausse Athéna. Mais sache que tu n’atteindras jamais le niveau nécessaire. Des Saints d’argent ont été envoyés au Japon. Tu resteras toujours le faible orphelin que tu étais en arrivant ici. »
Ichi passe aux côtés de son maître sans poser les yeux sur lui : « Un faible qui a suffisamment progressé pour vous vaincre. »
Finrando succombe après avoir entendu ces paroles. Son corps s’écroule lourdement contre le sol, passant à travers le plancher et sombrant au fond du lac.

Seul, accoudé sur la rambarde de la terrasse, Ichi pleure : « Il avait beau être cruel, il avait pourtant raison sur un point. Si le Sanctuaire envoie des assassins de plus en plus puissant contre Seiya et les autres, le fossé que je suis venu rattraper va continuer de se creuser. Quoi qu’il en soit, je vais continuer à m’entraîner et je reviendrai auprès de Saori plus utile que je ne le suis aujourd’hui. Et si elle prétend être réellement Athéna, alors je pousserai davantage à l’extrême mon entraînement pour la rejoindre encore plus fort. Le fait de n’avoir pu appeler à moi mon armure sans avoir besoin d’une extrême concentration est la preuve qu’il me reste encore une marge à réduire. Adieu maître. »
Le Saint de l’Hydre replonge aussitôt dans le Lac Holtz pour poursuivre sa quête.


En Turquie, sur une île de la Mer Egée, Ténédos :

Dans la forêt, Marine, Baucis et Philémon sont de plus en plus dérangés par les monstres de feu. Les tentatives des animaux provoquent d’importants dégâts. Un incendie se propage peu à peu tout autour du trio.


Face au ver, Philémon esquive les charges. Le lombric tente d’écraser avec son corps enflammé le petit grec.
Ainsi, les gerbes de feu qu’il laisse au sol encerclent le Saint du Lièvre. Il commence à suffoquer, la tête lui tourne : « l’incendie qui m’entoure prélève l’oxygène de l'air et m’empêche de respirer. Je vais mourir par asphyxie si ça continue. »
Le chevalier de bronze est interrompu dans sa réflexion lorsque le ver attaque de nouveau.
Affaibli, Philémon n’arrive plus à s’éloigner. Il passe ses bras devant lui et accroît sa cosmo énergie pour se protéger du cosmos ardent. Néanmoins, la force de son adversaire l’écrase peu à peu au sol.

A ses côtés, sa compagne, Baucis, court pour échapper au dard flamboyant de la guêpe. L’aiguillon enflammé détruit tout sur son passage. L’Alcide finit acculée contre un monticule de pierre. Le bourdonnement de l’insecte volant effraie davantage sa victime. La femme chevalier espère le repousser en dégageant un déluge de flèches de son poing : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Cependant, l’émanation de chaleur dégagée par le corps de la guêpe atténue la puissance des coups de Baucis.
Le dard brûlant lui transperce la cuisse. Le craquement de la végétation à l’épreuve des flammes couvre le hurlement de détresse de la guerrière d’Hébé.
L’aiguille se libère de la jambe et reprend son élan pour piquer de nouveau. Baucis veut profiter de se laps de temps pour fuir mais sa jambe, considérablement brûlée, ne répond plus.
Ses membres se raidissent : « Le feu produit des gaz toxiques. Le venin qu’il m’inocule est fait de ces poisons. Je ne peux plus bouger, je suis à la merci d’une seconde piqûre. »

A proximité, de branches en branches, Marine évite les balles de feu de l’araignée.
Cependant, celle-ci, heurtent les arbres et propagent un immense feu de forêt qui rejoint celui engendré par les deux autres monstres.
Contrainte de regagner le sol, Marine perd en agilité. La Saint d’argent de l’Aigle est sans issue face à l’incendie : « Dommage. Le feu sacré qui l’alimente est situé au centre de son corps. Si je parvenais à sauter juste au-dessus de lui, j’aurai pu frapper ce point vital. »
L’araignée en profite pour dégager davantage de puissance en transformant sa balle en boule de feu. Marine a à peine le temps de se retourner. Elle se contente de prononcer : « Kuken. »
La boule la percute de plein fouet et la dévore.

Toujours à la lutte sous le poids des flammes du rampant, Philémon essaie de gagner du temps. « Il produit des gaz chauds qui chassent l’air. Cela accentue le phénomène d’asphyxie. Pour lutter contre, il va falloir que je crée un puissant courant d’air. Seulement, pour exécuter mon arcane, j’ai besoin de beaucoup d’espace pour me déplacer. Or, la surface tout autour de nous n’est qu’un immense brasier... ».
Le poids des flammes lui rappelle l’urgence de la situation. Il décide : « Tant pis. Je devrais me déplacer dans le feu suffisamment vite pour espérer ne pas être brûlé par les flammes. Seul le septième sens me le permettra. Maître Aldebaran, que votre enseignement me permette de surpasser mes limites ! »
Philémon se dégage du poids du ver et s’échappe dans les flammes à tout vitesse.
Le bras devant le visage, il réalise : « La chaleur me pèse. Je dois aller plus vite. Plus vite encore… »
Il tournoie à l’intérieur du foyer autour du ver en accroissant sa cosmo énergie. En une fraction de seconde, il réalise plus d’un millier de tour, créant ainsi un cyclone qui emprisonne le monstre. Le feu tout autour de lui est éteint par les bourrasques que sa course produit. A l’intérieur du tourbillon, le corps de flammes du ver se désintègre peu à peu, ne laissant place qu’au noyau de cosmo énergie qui alimente la bête.
Le chevalier d’un mètre cinquante-huit cesse sa course et dresse ses deux mains en directions de sa tornade pour en prendre le contrôle et en augmenter l’énergie destructrice. La vitesse circulaire approche la vitesse de la lumière. Philémon achève son ½uvre en cognant de son poing galvanisé d’énergie cosmique le noyau après avoir traversé sa propre tornade : « Lepus Sweep ! »
Le choc est si violent que la cosmo énergie du noyau s’envole dans les airs et se dissipe, pour ne laisser retomber qu’un vulgaire ver de terre semblable à tous les autres qui peuplent cette forêt.
Philémon, l’épiderme partiellement rongé, sourit devant l’insecte devenu inoffensif.

Immobilisée, Baucis réfléchit en attendant le coup de grâce : « Le foyer que dégage son noyau vital atténue mes Flèches d’Héraclès. Il faudrait que je frappe ce point à pleine puissance. Pour cela, l’idéal serait de repousser le feu comme je l’avais fait sur Yíaros face à Babel du Centaure. »
Elle essaie de se redresser mais le poison la paralyse. Pourtant, elle refuse de se laisser mourir. Sa main caresse le bas de son ventre qui abrite le fruit de son amour pour Philémon. Cela lui donne suffisamment de détermination pour recueillir la cosmo énergie suffisante entre ses mains.
Au moment où l’aiguillon s’abat, le corps de flamme est immobilisé par une rafale.
La masse d’air libère des grains de sable par millions qui tournoient à la vitesse de la lumière et corrode le monstre : « Sand Swirl ! »
L’atteinte du septième sens par Baucis lui permet de dissiper le poison qui la ronge. Elle se relève et observe le noyau.
Celui-ci, à peine le Tourbillon de Sable finit, commence à libérer de nouveau des flammes.
La compagne de Philémon refuse de le laisser reprendre des forces et le frappe de son second arcane : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Encore plus rapides que des étoiles filantes, les Flèches d’Héraclès percent et anéantissent le noyau. Ce dernier explose et libère une guêpe qui repart aussitôt vers son essaim.

L’arachnide tourne le dos à sa proie qui retombe calcinée. Le corps de Marine est méconnaissable.
Pourtant, sa voix résonne dans l’atmosphère : « Eagle Toe Flash ! »
Prise à revers la bête n’a pas le temps de remarquer que le cadavre a disparu et que, en pleine santé, Marine arrive pied en avant, chargé de cosmos, depuis les airs.
Le noyau est heurté, provoquant la destruction du monstre.
Seule subsiste une petite araignée qui gesticule ses pattes à toute vitesse pour se cacher loin d’ici.
Philémon et Baucis rejoignent Marine :
Philémon - " Tu m’as fais peur. "
Baucis - " J’ai cru un instant que tu avais vraiment été touchée par ce monstre. "
Marine - " J’ai utilisé le Kuken sur moi. Le Coup Vide est censé faire voir l’illusion d’un coup porté. En pensant m’avoir touché, la bête a baissé sa garde et j’ai pu détruire son point vital. "
Philémon - " Ce qui est étonnant, c’est que ces animaux ont repris leur état normal une fois vaincus. "
Marine - " Le cosmos d’Hestia possédait ces insectes. Elle leur a prodigué la ferveur de défendre ce lieu. Une fois leur feu sacré détruit, ces bêtes n’avaient plus de raison de garder cette forme. Elles sont libérées de l’influence maléfique de la déesse. "
Baucis - " Heureusement, nos techniques de vent à Philémon et moi ont réussi à éteindre les feux. La vie va reprendre son court normal ici. "
Tout à coup, désormais silencieuse, la forêt libère les hurlements de détresses qui proviennent du tunnel où s’est engouffré Apodis.

Marine, Baucis et Philémon hochent la tête pour s’accorder sur l’importance de porter assistance au Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis.



La Guerre Sainte contre l’Olympe commençait ce jour à partir du moment où nous profanions le domaine d’Hestia. Sans connaître à ce moment la nature exacte de mon adversaire, j’étais soumis à la supériorité de l’Ange. J’attendais avec impatience les interventions de mes compagnons. Peut-être cela me permettrait de garder la vie sauve ?
Intervenir auprès de ses amis était aussi le souhait d’Ichi. Néanmoins, il savait que la route était longue, s’il voulait approcher le niveau de Seiya et des autres. Pourtant, il ne soupçonnait pas qu’il avait réussi quelques progrès. A bien y réfléchir, il s’était servi de sa défaite contre Hyoga pour retourner une situation critique et vaincre un Saint de bronze expérimenté sans même porter son armure. Il fallait espérer le même succès pour ses camarades Jabu, Nachi, Geki et Ban.

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Only for Love / Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna
« on: 13 February 2016 à 18h08 »
Cela faisait neuf jours que Marine et moi étions sur Yíaros. Neuf jours que je faisais le vide dans mon esprit. Je m’y trouvais en bonne santé, heureux, épanoui, auprès de Juventas et Agape.
Je savais hélas que ça ne durerait qu’un temps. Le sort de la Terre allait nous rattraper et bientôt j’allai devoir dire encore une fois au revoir à des êtres que je chérissais.



Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna

En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

28 octobre 1986.
Main dans la main, Apodis et Juventas se baladent le long des jardins du temple d’Héra en compagnie de Philémon et Baucis. Devant eux, la jeune Agape court après un lapereau qui s’amuse de sa lenteur.

Profitant des derniers rayons de soleil de l’automne, les couples évoquent Marine. L’Alcide aux longs cheveux violets confirme :
Baucis - " ¼dipe est formel. Il n’a pas quitté l’entrée du Parthénos depuis qu’elle s’est enfermée avec Hébé. Aucune d’elles n’est sortie de la salle d’audience. "
Juventas soupçonne un danger qui les dépasse : « Pour que sa Majesté Hébé s’inquiète autant des raisons de la présence de Marine, c’est qu’il doit s’agir d’un objet avec des vertus spécifiques. »
Apodis - " Marine m’a montré un bracelet qu’elle a présenté comme étant une clé. Jusqu’à maintenant, même si elle était réservée, Marine n’a jamais donné le sentiment de détenir des renseignements importants. "
Philémon qui l’a côtoyé également au Sanctuaire rajoute : «  Le plus étrange c’est qu’elle se soit simplement présentée à Hébé comme étant l’Aigle, et non pas comme Saint de l’Aigle. Moi quand je donne mon nom je ne dis pas « le Lièvre », je dis Saint du Lièvre. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope : 

Sur le long tapis rouge de la salle de réception du représentant d’Athéna, Phaéton se recroqueville sur lui-même face à la colère de son souverain.
Des éclairs jaillissent de l’effluve de son cosmos lorsqu’il évoque la situation au Japon : « Les chevaliers d’argent ne suffisent pas ! Ils ont réchappé à la destruction de l’Ile de la Mort ! Le casque de l’armure d’or demeure irrécupérable ! »

Catapulté général en lieu et place du déserteur Gigas, Phaéton reste là à subir les sautes d’humeur du Saint des Gémeaux. Il se hasarde à demander : « Dois-je envoyer d’autres Saints d’argent contre ces renégats ô Votre Grandeur ? »
Saga - " Non. Malgré tout, ils ont beaucoup souffert ces derniers temps. Je pense que laisser une période de vide sera idéale pour les faire douter. En attente d’une réplique de leur part, je souhaite accroître nos efforts sur des mises à mort stratégiques. Ainsi, Athéna sera privée d’alliés. "
Phaéton - " Que votre volonté soit respectée Altesse. "
Saga - " Bien. Tous les Saints ayant participé à la Galaxian War au Japon sont des traîtres. D’après nos espions envoyés au Japon, certains sont repartis auprès de leurs maîtres. Nous allons donc envoyer nos messagers les informer de la décision prise par le Sanctuaire de les éliminer. Pour ceux qui sont réticents à cette idée, nous ferons d’une pierre deux coups. "
Phaéton - " Qu’il en soit ainsi. "


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur des couloirs du palais, Hébé et Marine marchent côte à côte. Aucune des deux n’émet le moindre mot. Le visage de la déesse est franchement soucieux, tout comme l’est celui de Marine sous son masque.

Elles regagnent la salle du trône sur lequel siège le bracelet que le chevalier d’argent a amené jusqu’ici.
Hébé - " Je vais essayer de nouveau. "
Marine - " Déesse Hébé, vous devriez vous reposer. Cela fait neuf jours que vous concentrez sans cesse vos efforts. "
Hébé, douce et généreuse, pose sa main sur l’épaule de Marine pour la rassurer : « Ne t’en fais pas. Ce repas frugal m’a rendu des forces. »
Marine - " Je m’inquiète, le sceau apposé semble être difficilement décelable. "
Hébé - " Le sceau n’est pas vieux. Voilà pourquoi il représente un obstacle pour moi. "

La Déesse de la Jeunesse s’assied sur son impérial fauteuil et enferme dans la paume de ses mains le bracelet sur lequel s’entremêlent les symboles de la Chouette et de Pégase.
Elle clôt ses paupières et entre dans une transe spectaculaire. Bien que Marine assiste à ce phénomène depuis plus d’une semaine, la japonaise n’en reste pas moins émerveillée.
Le cosmos de la divinité inonde la pièce de sa lumière bienfaitrice et englobe peu à peu l’île.
L’énergie, empreinte d’une grande bonté, touche chaque personne d’Yíaros et leur réchauffe le c½ur.


Soudain, la déité aux cheveux blonds stoppe sa méditation et s’écroule sur le sol.
Marine se précipite vers elle pour la relever tandis que les gardes, pris d’un étrange pressentiment, pénètrent dans la pièce accompagné d’¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale.
Un soldat s’inquiète : « Elle vomit du sang ! »
La voix d’¼dipe retentit dans la pièce : « Je sens qu’elle essaie de maintenir un lien télépathique. C’est ce qui la fait souffrir. »
Hébé relève la tête vers le ciel, du sang coule de ses oreilles, de son nez et de ses yeux.
Marine - " Arrêtez Majesté ! "
Cependant, la transe d’Hébé ne cesse pas. Au contraire, elle s’amplifie, le souffle semble manquer à la vénusté. Ses yeux sont révulsés. Elle bleuit et convulse.

Des flashs frappent son esprit : « Mer Egée… Ile de Ténédos… Au c½ur de l’île… Sous terre… La croûte terrestre qui forme un plafond soutenu par des colonnes doriques… Les vestiges d’un temple… Sur le parvis, des statues arrachées dès leurs bases… L’intérieur est ravagé… Il ne reste que les pierres qui soutiennent l’édifice… Seul subsiste un banc de pierre au fond de la salle… Dessus… Un second bracelet… Identique à celui de Marine… Frappé d’un sceau… Surplombant le banc, une statue… »

Brusquement, elle revient à elle en reprenant son souffle à plein poumon.
Elle se redresse si subitement que toute l’assistance, prise de panique, recule d’un pas, croyant faire face à une revenante
¼dipe - " Comment allez-vous Majesté ? "
L’ancienne amie d’enfance de Saga et Kanon, essoufflée, cherche de ses yeux ensanglantés Marine. Elle lui cramponne le bras et lui sourit : « Je l’ai trouvé. J’ai trouvé le second bracelet. »


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le Sanctuaire : 

Les étages du temple conique se vident.
En rang, s’agenouillant dans leurs tenues orange, cuirassées de rouge, les soldats se présentent face au trône d’Arès.

Passant en revu ses hommes depuis son fauteuil, le Dieu de la Guerre et de la Destruction, les bras sur son accoudoir, la tête en appui contre son poing droit, attend l’arrivée du Berserker de la Royauté.

Suivi de ses lieutenants, Atychia et Tromos, Vasiliás se manifeste dans sa Nightmare d’un rouge écarlate.
Sous son casque ovale formant une gueule de lion, sa voix, étouffée par le masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts, ne passe pourtant pas inaperçu.
Arrivant en dernier, traversant toute la salle, il scande bien fort : « Justice ! Justice ! ... »

Finissant sa marche devant le trône de son maître, l’américain retrouve le silence.
Il patiente.
Le temps que les Berserkers du Malheur et de la Terreur se courbent à ses côtés.

Dès lors, il reprend : « Justice ! Voilà bien un mot oublié, perdu. Un mot que j’ai choisi de redéfinir avec vous afin de l’étendre au monde entier. Nos ennemis, les dieux qui se chamaillent la Terre depuis sa création, n’ont jamais su inspirer notre définition à la face du monde. Athéna la première. Celle qui se veut amour et paix, ne cautionne en réalité que le délabrement du genre humain qui n’offre finalement au plus faible que l’injustice du plus fort… »
Il lève le bras à l’attention des soldats positionnés en fond de salle, près de la grande porte, les invitant à l’ouvrir : « … Alors je vous ai trouvés. Et vous m’avez tous couronné, faisant de moi le roi du nouveau monde. Un monde de loi et de justice. Faisant de moi l’espoir… »
La porte ouverte, il tend les bras dans sa direction.

Dehors, sur l’îlot au c½ur de la Terre, entouré de lave, des hommes, nus, agenouillés, les mains ficelées dans le dos, sont sous la menace des épées arèsiennes.
L’assistance se retourne tandis que Vasiliás poursuit : « … Certains d’entre vous, les plus aguerris, sont envoyés en mission depuis des mois. Des criminels de guerre dans les pays en conflit, des violeurs, des tueurs, des voleurs récidivistes partout dans le monde… Tant de fléaux qui ont ruinés votre vie et en anéantissent d’autres. En contaminent d’autres. Nos hommes nous débarrassent d’eux. Vous, vous allez nous débarrasser d’eux. Pendant qu’Athéna règle ses conflits en interne et se chamaille sa souveraineté avec d’autres dieux, vous vous allez rendre la justice en ce monde. Discrètement. Avec discernement. Mais chaque fois avec violence. Pour marquer les esprits. Et déjà les prémices de notre loi favoriseront dans l’esprit humain la compréhension lors de notre prise de pouvoir. Inspirons dès maintenant la normalité, pour que le jour où nous raillerons les autres divinités de ce monde, il ne reste plus que les hommes justes et leur roi que vous aurez érigé ! »
L’assistance lève immédiatement le poing au ciel en criant d’un air victorieux.

Accroupie à côté de lui, Atychia relève sa tête vers Vasiliás pour lui témoigner toute son admiration.
Le charismatique orateur poursuit : « L'être humain a droit au bonheur. Mais à cause de quelques gens pervertis, ce droit disparaît soudain avec une facilité déconcertante. Rendre nous même la justice par la mort, surpasser les lois de pays aux justices trop laxistes ou corrompues, permettra aux gens de réaliser quelle est la juste façon de vivre. La justice ne s’acquiert pas en attaquant, en piégeant ou, à plus forte raison, en tuant son prochain. Vous aspiriez au bonheur sans nuire à celui d’autrui, en respectant les droits des autres et la justice de vos pays respectifs. Mais vous avez été dupés. Victimes. C’est désormais vous qui allez inspirer le devoir à chaque homme. Ces derniers mois, vous avez tous découverts et manipulés le cosmos. Certains ont même surpassé leurs limites. Pourtant, beaucoup attendent encore de prouver leur valeur. Cela passera par une inévitable Guerre Sainte. Par le combat, le sang, la mort. Rendre la justice fera peut-être de nous des criminels. Mais ce mal n’est-il pas nécessaire ?! »
De nouveau, la foule lève les bras au ciel en signe d’approbation.
Alors Vasiliás déclare : « Continuellement, jusqu’à ce que le jour de la bataille vienne, de nouvelles troupes seront formées. Envoyées incognito, en civil, dans ce monde perverti par le mal. Elles iront rendre la justice. Vidant les ghettos de leurs malfrats, déracinant les mafias les plus puissantes, brisant chaque dictateur et son gouvernement, nettoyant les prisons de chaque pays. Oui, sans annoncer pour le moment à la face du monde notre existence, nous allons créer un sentiment de justice divine. Une ambiance de justice rendue, instaurant la peur de commettre le mal. Et c’est lorsqu’il n’existera plus de menace divine que nous annoncerons à la face du monde qui nous sommes, ce que vous avez fait pour lui. Dès lors, vous serez reconnus comme les sauveurs de l’humanité. Une nouvelle ère commencera. Allez vous vivre en cette ère avec moi ?! »
Encore, l’armée s’époumone de joie. Leur chef conclut : « Nous devons alors tous porter notre pierre à l’édifice. Nos épées doivent être toutes teintées du sang de nos ennemis… »
Il pointe du doigt les dizaines de prisonniers dehors : « Avant de retrouver le temps d’une mission une vie civile, durant laquelle vous serez des justiciers, découvrez quelle est la couleur du sang souillé par le mal ! »
Sans être encouragé davantage, près d’un millier d’hommes se rue sur les otages de leurs pairs. Ordonnés, malgré la précipitation, les rangs viennent frapper de leurs épées les corps dénudés. Chaque arèsien cherchant, pour la plupart, à frapper là où la chair n’est pas encore entaillée, transpercée, afin d’avoir un sentiment d’exclusivité, comme si chacun était devenu « le » justicier, celui qui aurait rendu l’impartialité du roi en premier.

Dans le grand hall vide, Vasiliás se tourne vers Atychia : « Organise de nouvelles équipes. Cinq hommes. Répartis dans plusieurs régions du monde. Qu’ils soient discrets. Qu’ils soient efficaces. Aucune pitié. Tous doivent rendre la justice et revenir fiers. Après cela, il ne restera plus qu’un obstacle pour que le monde soit à nous. »
L’admirative bulgare incline la tête pour affirmer son obéissance et s’empresse déjà d’exécuter les ordres.
Le roi virevolte de l’autre côté pour sourire à son ami : « Que se passe-t-il Tromos ? »
Le géant argentin grimace dans sa longue barbe : « Pour ceux qui ne se sont pas encore vengés de leurs vies passées, tu te doutes bien qu’ils vont saisir l’occasion d’une telle mission. »
Vasiliás - " Parfait, c’est exactement ce que j’attends. "
Tromos - " Atychia a eu droit à sa chance avant même que tu n’en fasses un Berserker. "
Vasiliás - " Je vois où tu veux en venir. Ton tour viendra Tromos. Ton tour viendra. "

Puis, en levant les yeux plus haut, Vasiliás remarque un Arès totalement subjugué par le massacre qui lui est offert. Absorbé par les giclées de sang, le dieu belliqueux ne perd pas une goutte du spectacle. Pour le plus grand plaisir de Vasiliás. « C’est bien, régale-toi Arès. Cette scène était également pour toi. En plus d’être une épreuve pour les plus hésitants, cette mise en scène est une façon de te faire croire en ma promesse, en une Terre ravagée par la guerre. En cet instant mes hommes sont désormais totalement investis dans leur mission, et toi tu me laisses toute latitude pour gérer mes plans. », réfléchit-il.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe : 

Dans le domaine des cieux, la vie s’écoule paisiblement. Il s’agit d’un monde où les dieux sont aimés, adulés, priés.

Aux confins du royaume, au sommet du Mont Olympe, le temple de Zeus surplombe cet univers.

Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.
Allant de débats vigoureux à d’interminables banquets, les divinités y scellent leur volonté.

A l’entrée du Palais des Dieux, se rejoignent onze chemins. Tous conduisent à onze temples en pierres aussi froides que le c½ur des autres dieux de l’empire.
Ils sont alignés au pied du Mont Olympe et dominent une immense vallée.

La nature est y saine.
L’eau, pure et claire des lacs, provient du Mont Olympe.
Le décor est similaire à celui que subira le Sanctuaire lors de l’occupation d’Artémis.
La verdure riche offre de longs jardins fleuris.
Loués par le peuple, Zeus maintient un ciel constamment bleu et laisse se succéder l’attraction lunaire et le soleil qu’offrent Artémis et Apollon.

A l’est, jusqu’au fond de la vallée, tout autour des habitations, là où l’eau qui s’écoule des montagnes repose à perte de vue, subsiste un vieux Colisée.
Vestige des temps anciens, les places assises, aujourd’hui couvertes de verdure, sont en demi-cercle autour d’une arène suspendue au bord du vide. Les dieux y faisaient combattre leurs prisonniers de guerre.

Le peuple, lui, est discret et décent. Vêtus d’une simple toge blanche accrochée stratégiquement par des broches en or pour ne rien dévoiler de leur intimité, ces privilégiés sont des descendants des héros mythologiques, des nombreux enfants illégitimes des dieux ou encore des fidèles élus par les dieux avant que ceux-ci ne se retirent ici.
Chaque foyer possède son logis. Tous salubres, leurs architectures sont identiques. Ils sont faits de colonnes de plâtres qui soutiennent les murs et les toits aux pierres impeccablement blanches. La pièce principale est dominée par un autel à l’honneur des dieux olympiens. Ils disposent de terres parfaitement fertiles où chaque foyer cultive et élève son bétail à la convenance de ses propres besoins.
De sa plus tendre enfance jusqu’à la fin de ses jours, l’olympien voue sa vie à la reconnaissance des dieux et travaillent pour eux. Tous sont éduqués dans le but de servir l’Olympe. Que ce soit en étant prêtre serviteur ou un Ange guerrier de l’Olympe.

En guise de foi et de remerciement pour cette vie de félicité, le peuple couvre chaque jour les prieurés d’offrandes.
Ces temples, montés sur des colonnes doriques et d’à peine vingt mètres carrés, sont dressés tous les deux kilomètres à la ronde. Aucun n’est pourtant vide plus d’une heure. Ils sont tenus par les prêtres et prêtresses au service des dieux. Les déités goûtent, au Palais des Dieux, à longueur de journée, les offrandes laissées par le peuple et servis par les religieux.

Les prieurés sont tous reliés par des routes de pavés qui, en direction d’une autre montagne faisant face au Mont Olympe, conduisent à un carrefour.
A mesure que les chemins s’éloignent du c½ur de l’Olympe, les routes sont de plus en plus détériorées et désertiques. Quand il n’en manque pas, les pavés sont fissurés, le sol est couvert de poussière et un vent violent se dresse, ne laissant des routes plus que deux sentiers.

Le premier part en direction des Prisons de l’Olympe. C’est ici qu’échouent les hommes qui, sur Terre, ont commis des actes immoraux et des affronts envers les dieux.
D’innombrables colonnes sphériques pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur. C’est sur ces surfaces plates et surélevées que sont faites prisonnières les victimes de l’Olympe. Le vide, un passage vers l’Hyperdimension, y est donc sans fin.

Le second se perd dans un désert semblable à celui que traversera Seiya lorsque le Sanctuaire d’Athéna sera sous le contrôle d’Artémis.
Au bout de ce désert, une fois l’horizon perceptible, l’autre montagne se dresse. Un chemin étroit, en serpentin, tout autour d’elle, regorge des ruines de temples et de statues. A son sommet, un étrange lac rayonne de mille couleurs.
Personne ne s’y est aventuré depuis des siècles. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des olympiens.


Là où chaque souverain est flatté jusqu’à outrance, dans le Palais des Dieux, un habituel festin est dressé.
La pièce juxtapose la salle du trône où reposent, autour du trône de Zeus, les onze sièges de ses pairs.
La salle de banquet est drapée des murs au plafond de longs voiles blanc.
Des parterres de fleurs et d’arbustes agrémentent le sol marbré lavé sans cesse par les serviteurs.
Des estrades sont dressées tout autour de ce hall immense. Des fauves s’y baladent en total liberté et admirent la lascivité des Dieux.

En cet instant, deux déesses sont allongées sur des couches aux coussins ivoire.
Elles dégustent l’ambroisie apportée par les prêtres, qui se prosternent à chaque plat apporté. Elles savourent le nectar en observant avec dédain la nourriture donnée aux animaux.
Les serfs leur servent les mets offerts par les olympiens sur les autels.
Elles remarquent à peine, avec suffisance, les plus beaux sujets, hommes ou femmes, qui se baignent dans les multiples bassins embellissant la pièce, jouent de la harpe, dansent, ou réalisent des acrobaties, dans le but de les divertir.

Les deux déités ont le visage très fin, les traits très tirés. Leurs yeux sont larges et plissés, exprimant à chaque instant la supériorité dont elles se glorifient.
L’une d’elle est dérangée par le couinement de la grande porte qui sépare la salle du trône de la salle de banquet.
Elle est vêtue d’une longue robe pourpre. Celle-ci libère sa poitrine généreuse et lui serre sa fine taille jusqu’à mouler parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses. Ses ongles vernis à la couleur de sa robe soulèvent une coupe en cristal jusqu’à ses lèvres pulpeuses. Ses cheveux noirs tirés, pour former un magnifique chignon, sont coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate.
D’un ½il inquisiteur, elle fixe l’olympien responsable de ceci.

Le bougre, un homme de petite taille et d’un certain âge, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Aussi indélicat que sa présence ici, son allocution ne dégage aucune formalité : « Déesse Héra, je vous importune quelques instants. Mon maître s’inquiète. »
La Déesse du Mariage se redresse immédiatement : « Que se passe-t-il Roloi ? »
Comme s’il était sénile, le vieillard tire sur ses fines moustaches qu’il a à chaque coin de ses lèvres. Ses yeux sont inondés de bêtise : « Enfin, je ne voudrai pas vous alarmer pour rien, mais comme vous êtes une des instigatrices de tout ceci… Bon, bon. En fait ça concerne surtout la Déesse du Feu Sacré et du Foyer ! »

Accompagnant Héra, Hestia, accoudée sur sa couche, se redresse aussitôt.
Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche. Un voile couvre sa tête et ses courts cheveux rougeoyants. Ses petits yeux sombres ne perdent rien de leur hauteur : « J’imagine qu’il s’agit de notre plan. »
Roloi agite ses bras comme un comédien : « Exactement. Un cosmos est entré en liaison avec le Jonc qui vous a été confié et que vous gardez prisonnier sur Terre. »
Hestia - " Athéna chercherait-elle à s’en emparer ? "
A l’évocation du nom de la Déesse de la Sagesse, Héra ne peut s’empêcher de plisser davantage ses yeux. Roloi secoue son doigt d’un signe négatif : « Pas du tout ! Apparemment il s’agit d’un autre cosmos. Celui de la Déesse de la Jeunesse ! »
L’appétit coupé par l’évocation des déesses protectrices de la Terre, Héra se retire en soufflant : « Hum… Hébé… Elle s’est donc réincarnée elle aussi à cette époque. Une de plus qu’il faudra rayer de l’histoire. Hestia, je te laisse nuire à leur recherche. »
Hestia - " N’aie crainte. Le Jonc est bien gardé. "

Alors qu’il s’apprête à quitter le banquet à son tour, Roloi fait demi-tour précipitamment : « J’allais oublier ! Mon maître propose de vous laisser son plus fidèle Ange pour protéger ce lieu. »
Hestia devine que Roloi parle de celle qui s’est réincarnée sur Terre sous le nom de Ksénia : « Je vois. C’est qu’il craint réellement qu’Hébé puisse récupérer le Jonc pour qu’il me confie Helénê. Cependant, le lieu est déjà gardé par un autre Ange. Rassure ton maître. S’il le faut, je me déplacerai en personne. »
Satisfait, Roloi affiche un sourire aussi large que sa bêtise.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

Considérablement affaiblie, Hébé est affalée dans son trône. Ses yeux sont cernés et ses membres tremblent encore.
A ses côtés, Marine, recouverte de son armure, observe l’ensemble des Saints et des Alcides présents sur l’île.

Apodis, Philémon, Juventas, Baucis et ¼dipe, se tiennent droits, casque de leurs Cloths dans les mains.
Tous sont soucieux de la tenue d’Hébé et des mystères qui entourent Marine. Apodis le premier. Volontaire pour accompagner Marine ici, il s’impatiente de connaître la suite.

Marine leur tend le bracelet : « Ce bracelet détient des pouvoirs au service de la déesse Athéna. J’ai trouvé le second bracelet. »
Apodis s’exclame : « Ah ! Parce qu’il y a deux bracelets à présent ! »

Pressentant que Marine n’arrivera pas à se faire totalement entendre par ses pairs, Hébé puise au plus profond d’elle-même pour se redresser. Son geste impose le silence.
Ses mains grelottantes prennent appui sur les accoudoirs de son fauteuil pour lui permettre de se mettre debout.
Aussitôt, la tête lui tourne et Marine se hâte de la soutenir.
Les chevaliers, eux, s’inclinent aussitôt.

Le ton est bas et sa voix déraille, mais elle tient à garder toute sa noblesse en poursuivant : «  Le combat que livre en interne le Sanctuaire n’est rien par rapport à la menace qui plane sur Terre. Le vrai danger pour Athéna n’est ni Poséidon, ni Hadès, comme cela pouvait être le cas dans le passé. Aujourd’hui, une conspiration semble être menée par l’Olympe. Nous ne savons pas s’il est question de tous les olympiens. Cependant certains éléments nous permettent de savoir qu’il s’agit d’eux… »
Elle coupe un instant pour récupérer quelques forces.
Les chevaliers espèrent qu’elle les éclaircisse sur ces fameux événements. Hélas, cela semble être de l’ordre de la confidence avec Marine. Elle enchaîne sur les artefacts : « Athéna va avoir besoin de toutes les forces dont elle peut disposer. Car c’est bien sur elle que repose l’avenir de notre planète. Les dieux mineurs, moi compris, ne seront jamais de taille à soulever seul le complot. Nous serons donc une des forces d’Athéna. Et c’est en tant que tel, que nous nous devons de réunir aujourd’hui le reste de ses atouts. Parmi eux, les bracelets. Oui, il existe bien deux bracelets. Il s’agit des Joncs d’Athéna. L’un d’eux a été dérobé par les olympiens. Fabriqués à l’époque de la création de sa chevalerie par Athéna en personne, les Joncs ne peuvent être détruits. Alors celui aux mains des olympiens a été scellé. »
La déesse se pose de nouveau sur son siège pour laisser Marine finir.
Cette fois-ci, c’est Juventas qui profite du changement d’interlocuteur pour demander : « Avec tout le respect que je vous dois, nous déplacer en Olympe pour récupérer cet objet est un outrage fait envers les dieux. »
Marine - " Heureusement nous n’aurons pas à aller en Olympe. Ce qui nous pousse à croire que tous les olympiens ne sont pas derrière cette machination est le fait que le Jonc soit encore sur Terre. "
Hébé clarifie : « Il se trouve précisément dans un temple abandonné sur l’île de Ténédos. »
La japonaise demande à son camarade grec : « Tu m’accompagnes toujours Apodis ? »
Apodis - " Même si tout ceci reste très flou, il s’agit de la sécurité d’Athéna. Bien sûr, je suis avec toi. "
Le petit Saint de bronze du Lièvre, amant passionné de Baucis, suggère avec véhémence : « Majesté Hébé, puisqu’il s’agit du bien d’Athéna, permettez-moi d’être de cette mission. »
Hébé - " Tu es un Saint d’Athéna Philémon. Si tes services ici nous sont très utiles, et je t’en remercie, je ne peux te retenir contre ton gré. "
Philémon se courbe : « Merci Déesse Hébé. »
L’amante du passionné chevalier, Baucis de la Biche de Cérynie, intervient : « Ô Divine Éminence, j’aimerai également accompagner les Saints d’Athéna dans leur succès. »
Hébé grimace quelques secondes. Elle reste intriguée par une étrange sensation qui émane de Baucis. Un rayon de bonheur intense qui brûle en son être. Seulement, elle reconnaît : « Il est vrai que Juventas et ¼dipe suffisent à ma sécurité. Bien. Baucis accompagnera les Saints d’Athéna dans ce cas. »
L’Alcide de la Biche de Cérynie effectue une révérence : « Si cela est votre choix, ô Grande Hébé. »


A Jamir : 

La contrée himalayenne, si calme d’ordinaire, est le théâtre de l’apprentissage difficile du septième sens des convives de Mû.

Quand il ne se replie pas sur lui-même pour méditer, Nicol profite de l’expérience de Mû pour étudier davantage l’ultime cosmos.

Esseulée lorsque son mari lui est accaparé, Médée, elle, brûle son cosmos à son paroxysme jusqu’à épuisement total. Elle espère ainsi franchir à chaque fois un pallier.

Inséparables, Mei et Yulij repoussent leurs limites en se livrant bataille sans cesse.
Parfois même trop dangereusement.

Aujourd’hui, ils ont choisi de se retrouver dans une grotte pour leur affrontement quotidien :
Mei - " Nous affronter dans l’obscurité la plus totale, nous privant de la vue, va nous permettre de faire travailler de façon plus assidue tous nos autres sens. "
A peine rentré, Mei boitille déjà. Les séquelles de ses entraînements précédents.
Yulij, le bras gauche déjà pansé pour les mêmes raisons que son ami, s’enfonce dans les ténèbres : « Cette fois-ci, c’est moi qui gagne. »
Mei - " Tu me dis ça chaque jour. "
A peine a-t-elle entendu la réponse de Mei sur sa droite, qu’elle encaisse un coup sur sa gauche.
« Je vois, il se déplace très vite. Il a profité d’entendre ma voix pour m’attaquer en premier. Je ne me laisserai pas avoir une seconde fois. », décrète-t-elle.
Son discernement lui permet de sentir l’approche du japonais dans son dos.
Elle s’accroupit et évite ainsi un nouveau coup. Sa riposte ne se fait pas attendre et elle décoche un uppercut sous son menton.
Repoussé Mei, tente un second puis un troisième assaut, en vain.

« Elle ne bouge pas, elle se concentre sur les sons qu’émet ma gestuelle pour contre-attaquer à chaque fois. Il faudrait que je sois partout à la fois. Je sais, le Lost Children va me le permettre. », déduit-il.
Il écarte délicatement ses bras pour ne pas attirer l’attention de Yulij. De la paume de ses mains jaillissent des centaines de filaments qui font peu à peu le tour de la pièce.
Ceux-ci frottent volontairement les parois de la caverne pour déstabiliser Yulij.

« Il me prépare un mauvais coup. Il m’attaquera certainement de toutes ses forces en pensant avoir trouver la faille cette fois-ci. Il ne sera pas sur ses gardes et je pourrai le surprendre avec mon Falling Stars. Depuis notre arrivée à Jamir je n’ai pas réutilisé cette technique. Je suis certaine que les fruits de mon assiduité vont le surprendre. Je vais réussir à surpasser de loin la centaine de coups à la seconde. », se convainc Yulij.

Inopinément, les fils de Mei frottent de partout contre les parois de la caverne pour désorienter l’audition de Yulij.
Privée de la vue et d’une ouie parfaite, Yulij commence à perdre l’équilibre lorsque sa conscience lui fait remarquer que la seule position silencieuse est au-dessus de sa tête.
Elle réalise aussitôt que Mei l’attaque réellement par les airs : « Lost Children ! »
Yulij - " Falling Stars ! "
Non plus par centaines, mais par millions, les étoiles du Sextant se heurtent aux cheveux de Bérénice.
La rencontre des deux arcanes se résume à d’indénombrables faisceaux lumineux qui s’entrechoquent et illuminent par flashs en un millième de seconde la caverne.

Quelques coups de la Chute d’étoiles sont passés outre Mei et ont percé le plafond de l’excavation. Laissant apparaître le jour et illuminant les deux adversaires.
Mei chute sur les genoux aux côtés de Yulij. Il se cramponne la poitrine de douleur et laisse couler un épais filet de sang de sa bouche.
La jeune femme se tient encore debout, poing dressé vers le ciel : « Je t’avais dis que je gagnerai aujourd’hui. »
Croyant trop vite sa victoire acquise, Yulij sent plusieurs entailles parcourir son corps, preuve que les filaments de Mei ont réussi à l’atteindre.
Un filet de sang coule depuis son front et descendant le long de son nez jusqu’à son menton. Certes, son visage est également éraflé, mais surtout, son joli minois est pour la seconde fois mis à découvert par Mei.
L’ancien disciple de Deathmask tend son masque à Yulij : « Pour la puissance de nos coups je dirais que nous avons fait jeu égal. Pour ce qui est de la vitesse, j’ai l’impression que j’ai un cran d’avance. »
Elle lui arrache son masque des mains, furieuse.
Face à cette attitude, Mei la taquine : « Estime-toi heureuse, si je n’avais pas pris le temps de t’ennuyer un peu, j’aurai pu frapper plus fort et plus vite. »
Tête baissée, Yulij balance d’un revers de la main le masque que Mei lui tend. Elle empoigne son camarade par le col et le soulève avec vivacité. Fier de lui, il ne perd rien de son rictus moqueur.
Néanmoins, le baiser que lui vole Yulij parvient à le désarçonner.
Subitement, sans laisser paraître le moindre sentiment, elle l’embrasse fougueusement.

Lorsqu’elle relâche sa prise, Mei est tremblant. Sa gorge s’assèche et son c½ur cogne fort dans sa poitrine. Il essaie d’ouvrir la bouche mais aucun son ne vient. Yulij lui épargne une nouvelle tentative en approchant de nouveau son ami.
Cette fois-ci, c’est lui qui s’engage en la devançant. Ses mains saisissent ses hanches et sa bouche vient chercher la sienne pour échanger un langoureux baiser.
Il enlève avec délicatesse le maillot kaki de la jeune femme. Celle-ci ne perd rien de sa fougue et gagne quelques secondes en arrachant directement le tissu usé qui couvre le torse du chevalier. Ses lèvres viennent baiser les pectoraux d’acier forgés par l’ardu entraînement de Deathmask. Encore humidifiés par la salive de sa camarade, les pectoraux de Mei sont réchauffés par la poitrine de Yulij qui vient plaquer son corps contre le sien…


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur du temple d’Hébé, les Saints et les Alcides prennent congé de la Déesse de la Jeunesse.
Au seuil de la salle d’audience, Baucis est rattrapée délicatement par le poignet par sa déesse.
Tous se retournent stupéfaits mais la jolie vénusté leur demande de les laisser seules : « J’aimerai m’entretenir avec Baucis avant son départ. »
Aucun ne discute les ordres.

Seules, les deux jeunes femmes peuvent discuter en toute liberté.
Hébé vient soulever le masque de son Alcide afin de pouvoir admirer son regard. Avec son autre main, elle presse avec attention son ventre : « J’en étais sûre. Baucis, depuis combien de temps es-tu au courant ? »
Baucis n’ose pas regarder sa déesse dans les yeux. Son regard est partagé entre bonheur et gêne : « Je l’ai découvert il y a une semaine. Les prêtresses d’Athéna suggèrent que je suis enceinte d’approximativement un mois. »
Hébé ne dissimule pas son bonheur : « Félicitations Baucis. La divinité que je suis se réjouit d’un tel événement. Qu’en a dit Philémon ? »
Baucis - " Il n’est pas au courant. Je comptais lui dire aujourd’hui. Cependant, face à son enthousiasme devant la mission que les Saints se sont confiés, je ne peux pas le déconcentrer avec cette nouvelle. "
Hébé - " Voilà pourquoi tu l’accompagnes alors. "
Baucis - " Oui, Philémon est intrépide, passionné. Il serait capable de donner sa vie sans hésiter pour réussir. Je ne veux pas que mon enfant naisse sans son père. J’y vais pour le protéger. "
Hébé - " Il est intrépide et passionné. Comme toi. Dans le cas inverse, tu n’aurais pas hésité à te lancer dans la bataille. Je peux le lire dans ton c½ur. "
Baucis rougit.
Hébé - " Maintenant que je sais, je ne suis pas certaine que te laisser te rendre sur Ténédos soit la meilleure idée. Toutefois, si tel est ton v½u, je ne peux t’en empêcher. Promets-moi seulement d’être prudente. "
Baucis s’agenouille et réajuste son masque de femme chevalier : « Merci Majesté. Je ferai tout mon possible pour que vous soyez fière de moi. »
Avant qu’elle ne passe la porte, Hébé précise, d’un ton délicat : « Je le suis déjà. »
Baucis, immobilisée quelques secondes par un tel éloge, se sent prise d’une fierté intangible.



Il en était ainsi, la vie calme à laquelle j’aspirais ne pouvait m’être promise tant que le règne d’Athéna n’était pas garanti.
Déjà, je quittais pour une énième fois l’amour d’une femme et d’un enfant. Je ne me doutais pas qu’au bout du chemin m’attendait l’Olympe, j’espérais simplement pouvoir un jour m’en retourner auprès de cet amour qui me manquait déjà cruellement…

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Only for Love / Chapitre 53 - L’Aigle
« on: 3 January 2016 à 13h14 »
Au Japon, l’apprentissage était dur pour Seiya et ses amis. Shiryu avait perdu la vue contre Algol, Saori venait d’être enlevée par Jamian, Seiya se retrouvait avec elle au fond d’un ravin le bras cassé et victime d’un traumatisme crânien.
A Jamir, cela faisait une semaine que Nicol, Mei, Yulij et Médée suivaient les préceptes de Mû.
A Asgard, Bud, Alberich et Mime rentraient en héros.
Pendant que Marine et moi étions coincés.



Chapitre 53 - L’Aigle

Quelque part sur la Mer Egée : 

19 octobre 1986.
Le vent souffle violemment sur une embarcation de fortune. Celle-ci est secouée par les vagues.
La mer agitée ne rassure pas l’un des deux occupants. Apodis tient avec acharnement les lanières de l’urne dans laquelle est enfermée son armure. Ses cheveux bleus sont noyés par l’écume : « Je dois t’avouer que j’aurai espéré une traversée plus calme. »
La jeune femme qui accompagne Apodis tient elle aussi sa propre urne : « Nous n’avons pas d’autres choix. Tout autour de Yíaros, les navires du Sanctuaire bloquent les liaisons avec l’extérieur. Nous déplacer dans les airs en bondissant depuis la côte nous aurait été fatal. Nous aurions été à la merci d’une riposte. »
Apodis pointe du doigt la direction de l’île d’Hébé : « Parce que tu penses qu’une petite barque va passer inaperçue au milieu de tous les bâtiments remplis de soldats ? »
Marine - " Non plus. Mais ça nous a permis d’approcher jusqu’ici sans nous faire repérer. Il nous faudra finir la traversée à la nage à partir d’ici. "
Malmené par les bourrasques, Apodis s’exclame : « Comment ?! »
Marine - " Oui, à partir d’ici nous sommes à la portée de leurs longues-vues. Nous devons passer par-dessous la mer pour arriver jusqu’à l’île. "

Marine joint la parole aux actes et endosse sa Pandora Box pour se jeter dans l’eau. Avant de l’imiter, Apodis confesse : « J’étais persuadé dès le départ que tu me conduirais dans une aventure impossible ! »


Au royaume d’Asgard : 

Le sourire qui se dessine sur les lèvres des trois hommes est représentatif de la joie de chacun de mettre fin à ce voyage exténuant. Syd, Alberich et Mime rentrent enfin de Blue Graad.

Ayant ressenti leur cosmos en approche, Hilda a fait préparer un cortège pour venir à leur rencontre dès la route de cristal, là où Seiya affrontera Thor dans quelques mois.
Les soldats relâchent les chiens de traîneau pour les soulager et amènent des chevaux aux trois héros, car c’est bien ainsi qu’ils sont considérés.

Hilda s’approche d’eux sur son grand cheval blanc, les obligeant à attendre un peu avant de grimper sur leurs montures.
Ils effectuent une révérence fort prononcée que leur renvoie la prêtresse d’une mine complice :
Hilda - " Félicitations guerriers d’Asgard. Vous êtes parvenus à sauver Blue Graad et à ramener Alexer sur le droit chemin. Mais trêve de bavardages, vous devez être exténués. Je vais vous faire raccompagner jusqu’à chez vous pour vous reposer avant le grand banquet que j’officierai ce soir en votre honneur. "
Syd et Mime s’échangent un regard coopératif, Alberich, lui, montre toutes ses dents en se sentant enfin considéré comme il se doit.


En traversant les hordes de villageois qu’ils rencontrent en remontant jusqu’au Walhalla, Syd salue chaleureusement son ami Thor, tandis que Mime joue quelques notes de sa lyre pour satisfaire davantage les adulateurs. Alberich, lui, ne cesse de lever le poing haut en l’air, afin que les acclamations de la foule flattent encore et encore son ego.
Les retrouvailles entre Siegfried et Syd se font bien plus solennelles que celles avec Thor, mais non moins joyeuses. Avec toute la politesse qui lui est connue, Mime incline à peine la tête devant l’ange gardien d’Hilda sur le parvis du palais, tandis qu’Alberich profite de passer à proximité de lui pour lui souffler du coin des lèvres : « Tu vois mon cher Siegfried, je serai toi je surveillerai ma place, je pourrai prendre goût à être considéré comme tu l’es habituellement, en héros. »
Siegfried se contente de lui lancer un regard sombre, tout en conservant son calme pour ne pas gâcher la fête.
Une attitude que Syd imite en voyant arriver devant lui la Princesse Freiya de Polaris accompagnée de ces amis, Hagen de Merak et, surtout, Bedra de Edel.
Freiya et Bedra effectuent une révérence en l’honneur du brave, alors que Hagen se contente de pencher la tête non sans respect comme l’a fait auparavant Mime envers Siegfried.
Une fois les usages réalisés, Bedra ne tient plus de se jeter dans les bras de son futur époux. Syd accepte l’étreinte avec une certaine retenue. Il n’a pas oublié que sa promise trouve aussi du réconfort dans les bras de son frère lorsqu’il n’est pas là.

Mime vient taper sur l’épaule de son équipier : « C’est là que nos chemins se séparent. Tu as bien mérité un peu de repos. »
Syd - " Ce fut un plaisir de faire équipe avec toi. "
Le trio se sépare aussitôt, prêt à se réunir une dernière fois au festin prévu ce soir en leur honneur.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

Au sud de l’île, dans le port réfectionné après l’invasion du Sanctuaire il y a un an et demi, les pontons sont déserts.
L’embargo instauré par le Sanctuaire et l’isolement de l’île qui en découle a fait cesser toute activité maritime pour le sanctuaire d’Hébé.

A bout de force et de souffle, Marine et Apodis atteignent le rivage.
A peine la tête sortie de l’eau et les pieds sur le sol, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis hume l’odeur si particulière de cette île, lui rappelant que c’est ici qu’il a passé des nuits paisibles après des années de tourments.

Devant eux, le reste de l’île est dissimulé par une chaîne montagneuse où il n’existe qu’un passage. Celui-ci consiste à longer le chenal qui traverse l’île du nord/est jusqu’au sud.
Apodis - " Nous devons remonter ce cours d’eau. A mon avis, une fois que nous serons entre les deux flancs des montagnes, nous aurons droit au comité d’accueil. "


Marine le suit et ne peut que donner raison à Apodis.
A peine sont-ils arrivés sur les flancs des montagnes, que surgissent une quinzaine de soldats couverts d’une armure azure par-dessus leur tunique bleu marine. Ils brandissent leurs dagues ovales en direction des intrus. Le chef de la cohorte demande : « Vous portez des Pandora Box des chevaliers d’Athéna. Déclinez votre identité ! »
Une voix emplie de sympathie retenti depuis le sommet du col montagneux. L’homme de petite taille, les cheveux bruns hirsutes, le teint brunit par le soleil et marqué par une longue cicatrice affirme à ses hommes : « Ça ira soldats ! »
Le soldat s’exécute : « Bien Seigneur Philémon Saint de bronze du Lièvre. »
Vêtu d’un plastron en métal rouillé par-dessus son maillot noir, le joyeux homme atterrit devant les étrangers. Il fronce ses épais sourcils et reconnaît de ses grands yeux bleus de vieilles connaissances : « Apodis ! Mon ami, tu es revenu ! Et accompagné, si mes souvenirs sont bons, de Marine Saint d’argent de l’Aigle n’est-ce pas ? »
Marine se contente de hocher la tête pour confirmer son identité. Pendant ce temps, le petit grec sert son compatriote dans ces bras : « Tu es sain et sauf ! Je suis tellement content. Juventas aussi sera heureuse de te retrouver. »
Apodis - " Je l’espère Philémon. Je suis également content de te voir en bonne santé. Je vois que tu as pris du galon. Tu officies dans l’armée d’Hébé désormais ? D’ailleurs, je suis surpris de voir autant de soldats. Il n’y en avait plus de vivants au moment de mon départ de l’île. "
Philémon - " Après que le Sanctuaire ait été repoussé, il fallait organiser une milice pour préparer leur retour. Beaucoup de villageois qui ont participé à la révolte se sont portés volontaires pour entrer dans les rangs. Quand aux jeunes, pendant le temps où les athéniens ont été sur l’île ils avaient été formés aux armes. J’ai donc donné un coup de pouce pour achever leur apprentissage. Par contre j’évite de porter ma Cloth ici. Ça fait mauvais genre après les tragiques événements. "

Le ton dominateur de la compagne de Philémon confirme les propos de son amant :
Baucis - " Même si nous vous savons alliés, nous préférons que vos armures ne soient portées qu’en cas de force majeure. "
Apodis reconnaît la jeune femme qui arrive dans leurs dos. Physiquement remarquable puisque sa tenue et ses formes ne laisse personne insensible, son visage est masqué tandis que sa Cloth beige épouse avec sensualité sa poitrine sur volumineuse, sa taille de guêpe et ses cuisses musclées et robustes. Un court bustier grenat habille très peu sa poitrine tandis qu’un short de la même couleur couvre à peine ses fesses rebondies.
Apodis salue la femme chevalier : « Baucis Alcide de la Biche de Cérynie. »
Elle lui renvoie le respect témoigné par Apodis en inclinant légèrement sa tête sur le côté.

Philémon demande à ses pairs : « Alors vous êtes venus vous réfugier ici ? »
Marine répond pour Apodis : « Pas vraiment. Je suis venue demander une audience auprès d’Hébé. »
Ne connaissant pas la japonaise, Baucis marche en se déhanchant jusqu’à elle. Elle la saisit de la main gauche par le menton et glisse ses doigts le long de son masque avec la main droite. Sa main descend le long de son cou et s’arrête juste au creux de sa poitrine sans que Marine n’esquisse la moindre réaction.
Baucis conclut sa provocation en déclarant à Apodis : « Si tu l’as emmené avec toi, c’est que j’imagine que tu sais ce que tu fais. »
Le grec soupire, soulagé de voir la tension redescendre. Sans savoir ce que Marine attend d’Hébé, il souffle : « Naturellement. »


Au royaume d’Asgard, au temple Walhalla : 

Enfin chez lui, dans les appartements du Walhalla, Syd peut maintenant supprimer cette fausse joie qu’il garde sur son visage.
Il défait ses vêtements usés par le voyage, puis enroule son corps d’une serviette de bain sans dire un mot à sa promise.
La blonde aux cheveux soyeux s’inquiète de cette froideur brutale : « Mon amour, tu descends aux bains ? »

Syd ne lui dévoile rien de son intention de descendre se débarbouiller dans l’immense salle de toilettes comprenant différents thermes que se partagent les aristocrates du palais.

Avant qu’il ne prenne la porte, la jeune femme aux yeux améthyste lui barre le chemin. D’une voix friponne, elle lance : « Attends, tu sais que tu as un certain charme avec ce style vagabond ? »
Provocante comme Syd l’aime d’ordinaire, le futur Guerrier Divin ne réagit pas comme l’espère Bedra. Tourmenté par la relation qu’il soupçonne entre sa fiancée et Bud, Syd froncent ses sourcils : « Tu l’as rencontré n’est-ce pas ? »
Bedra - " Pardon ?! "
Syd - " Tu sais qui il est, n’est-ce pas ? "
Bedra - " Mais de qui me parles-tu ?! "
Le visage de Syd est défiguré par la colère : « De mon frère ! »
Il présente la moitié de pendentif qu’il a ramassé à Blue Graad.
Bedra est sans voix. Elle regarde tournoyer le bijou suspendu au bout d’une chaîne.

Démasquée, elle préfère poser cette question qui lui mord les lèvres et qu’elle s’efforçait jusqu’ici de masquer par sa joie de retrouver Syd : « A-t-il a survécu ? »
Syd arrache son propre médaillon et le jette de rage sur sa promise ainsi que celui de son frère : « Alors c’est lui que tu aimes ?! »
Bedra se cache trop tard le visage, l’un des deux morceaux du bijou en forme de c½ur ricoche sur sa joue.
Elle s’effondre en sanglots, ses larmes se mêlent au sang qui s’écoule de sa plaie.

Syd est transformé, il regarde avec une certaine indifférence sa fiancée. Sa voix est sèche et autoritaire : « Réponds-moi ! C’est lui que tu aimes ?! »
Il la relève en l’empoignant par la gorge pour mieux la plaquer contre un mur.
D’un timbre abîmé, étouffée par la colère de Syd, Bedra confesse : « Je ne peux choisir lequel de vous deux je désire le plus. »
C’est seulement lorsque Syd comprend la détresse qui se lit dans les yeux de la belle, des yeux rougis par l’étreinte, marqués par le manque d’oxygène, qu’il revient à lui. Il desserre ses mains et la laisse retomber sur la moquette de sa chambre.
Tel un point mort, elle s’échoue au sol, reprenant difficilement sa respiration.

Il lui tourne le dos, refusant d’être confronté davantage à la vue de cette menteuse.
Après plusieurs expirations profondes, il reprend un ton plus habituel : « Je ne sais pas s’il a survécu. Il m’a sauvé alors que la situation était tendue. Une violente explosion s’en est suivie, c’est tout ce que je sais. »
Bedra - " Syd… Je suis… "
Syd - " Je n’arrive pas à croire que tu ais pu me faire ça. "
Bedra - " Il était… Il est tellement… Toi ! Semblables physiquement, la personnalité de l’un comblait les manques laissés par l’autre. J’aurai voulu pouvoir vous aimer dans le plaisir, sans avoir un jour à choisir… "
Il l’interrompt : « Arrête ! N’en dis pas plus ! C’est déjà suffisamment dur comme ça. »
Bedra - " Je suis désolée, je n’ai jamais voulu te blesser. Je me suis laissée partager entre mon amour pour toi et l’amitié pour lui. "
Syd - " Alors ce n’est même pas une simple attirance qui aurait juste pu servir à combler mon absence ? Tu éprouves malgré tout des sentiments pour cet homme ? "
Bedra - " Il était seul, abattu. Il a tellement manqué d’amour qu’il en voulait au monde entier. Il a tenté de se rapprocher de moi dans le but de se venger de toi. Mais tout comme au fond de toi, j’ai compris qu’il n’avait pas une âme vile. Quand je lui ai déclaré comprendre qu’il n’était pas Syd de Mizar, il m’a alors avoué son histoire. C’est un homme perdu, débordant d’affection derrière cette carapace qu’il travaille. J’ai toujours rêvé qu’un jour il puisse venir à toi pour t’apprendre son existence, pour rattraper ce temps perdu durant lequel vous auriez pu jouir d’un amour fraternel. "
Syd - " Je sais qui il est. Je l’ai su bien avant de te connaître. Je l’ai rencontré durant mon enfance et j’ai fais admettre à mes parents que notre ressemblance physique ne pouvait pas être un hasard. Alors ils m’ont avoué. Ils l’ont toujours aimé… Et moi… Moi je l’ai toujours inconsciemment aimé aussi. Seulement les lois d’Asgard sont ainsi et jamais tout cela n’aurait dû se produire. S’il a réellement survécu à Blue Graad et qu’il se présente à toi, je te conseille de me le dire. Je l’exécuterai et tu le suivras dans la tombe si je découvre que tu me mens de nouveau. "
Bedra - " Que dois-je faire à présent ? "
Syd - " Il est hors de question d’annuler notre mariage. Il en va de la fierté de nos familles. Je ne veux pas que nos noms soient traînés dans la boue à cause d’une femme infidèle. Refuse de le voir, dis-lui de fuir Asgard et qu’il ne remette jamais plus les pieds ici. Mais jamais, ô grand jamais, tu ne dois lui dire que mes parents et moi-même sommes au courant de son existence. Je préfère qu’il me haïsse plutôt qu’il cherche à affronter les lois d’Asgard qui lui ont choisi un tel destin. "
Bedra hésite un instant. Elle balbutie avec chagrin : « Qu’il en soit ainsi. »

Tandis qu’il quitte l’appartement, elle l’interpelle avec timidité : « Syd, je t’aime. »
Syd ne daigne toujours pas la dévisager : « Dans ce cas aime-moi sans me le dire. C’est trop tôt pour que je puisse te pardonner. »


En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

Disséminées tout autour du temple des hommes, le temple d’Héraclès, et du temple des femmes, le temple d’Héra, les habitations se sont reconstruites.
Les villageois s’entraident toujours pour restaurer les demeures des plus démunis.

Après avoir été réquisitionnés par les athéniens, les temples sont de nouveaux des lieux de culte revenus aux mains des prêtres et des prêtresses. Devant ces lieux de recueil, la verdure a poussé autour des statues hébéïennes couchées par les soldats du Sanctuaire.

Les jardins fleurissent à nouveau après avoir été des champs de terre abandonnés sur lesquels les hébéïens imprudents étaient exécutés.

Apodis sourit, ravi de cette reconstruction. Il salue chaque fois avec obligeance les villageois qui le reconnaissent.
Même du temps où il était leur ennemi, la complaisance d’Apodis à l’égard des faibles a toujours été appréciée.

Pourtant, malgré sa politesse, il cherche partout un visage connu qui lui a tant manqué, celui de Juventas.
C’est alors que la foule s’écarte pour laisser passer un chétif être qui marche par petits pas. La petite fille, bien qu’encore faible sur ses jambes, progresse d’un pas décidé vers Apodis.
Le grec a les yeux qui débordent de larmes lorsqu’il reconnaît l’enfant de Juventas pressée de se jeter dans ses bras : « Agape ! Comme tu as grandi ! »
Il la soulève et la fait tournoyer au-dessus de sa tête en riant aux éclats avec elle.
Il la présente à Marine : « Il s’agit de la fille d’Iphiclès, l’Alcide qui a donné tant de mal aux Saints d’or au Sanctuaire, et de Juventas Alcide des Juments de Diomède. Elle a deux ans. Elle est née la même année que Sperarus, mon défunt fils. »

L’intonation si chaleureuse qui lui a le plus manqué le foudroie en plein c½ur. Juventas se joint à la fête : « Elle t’a beaucoup réclamé tu sais. N’arrivant pas à dire Apodis, elle disait souvent « Apopo ». Avant d’abandonner ce nom pour « papa ». »
Apodis soulève avec fierté l’enfant de son amie et la sert chaleureusement dans ses bras.
Il reste de longues secondes émerveillé par le charme de l’Alcide pourtant masquée aux yeux de tous.
Grande, mince, à l’allure très féminine, elle est comme ses semblables, vêtues d’une tunique grenat et porte une Cloth blanche et crème. Ses cheveux couleur taupe descendent en de nombreuses pointes dans son dos et sur son front dissimulé. Sa peau mate, brunie par le soleil de Grèce, lui donne un teint éclatant.
Avec une certaine réserve, face à la foule observatrice, Apodis se cantonne d’un timide : « Je suis très heureux de te revoir. »
Sous le masque aux expressions inquiétantes de Juventas, des larmes coulent : « Moi aussi. »
Le peuple applaudit ces retrouvailles pour féliciter le retour d’un héros. Comme Philémon, il est reconnu pour avoir su se retourner contre les siens qui ½uvrent pour le mal.

Enfin, des applaudissements se poursuivent alors que tous les hébéïens ont cessé de frapper dans leurs mains.
La foule se prosterne à mesure qu’une lumière aveuglante et chaleureuse les inonde.
Apodis et Marine observe la même attitude que l’ensemble des habitants en s’inclinant devant Hébé.
Le Saint de l’Aigle détaille de bas en haut la déesse.
Ses délicats pieds, chaussés de spartiates, aux doigts fins et aux ongles parfaitement manucurés s’enfoncent sur le gazon. Les lacets de ses sandales couleur châtaigne enroulent ses minces chevilles. De ses jambes, Marine n’aperçoit que ses mollets parfaitement dessinés, ses cuisses qu’elle imagine douces et ravissantes sont tenues couvertes par une longue toge de satin, rose, épousant à merveille ses hanches et sa légère taille, agrafée à hauteur des épaules par des broches d’or, métal pur et précieux qu’on retrouve le tour de ses frêles biceps et de ses poignets. Un collier de perle descend jusqu’au creux de sa ferme poitrine pour tenir à son bout un c½ur d’or incrusté de diamants.
Ses mains menues, aux ongles vernis d’or, viennent effleurer ses petites mèches de cheveux qui lui caressent les joues. Ses courts cheveux blonds ne descendent pas plus bas que sa chétive nuque et son front est parfaitement dégagé puisqu’elle est coiffée d’une couronne en forme de feuilles de laurier trempée dans l’or. Son nez est fin, ses lèvres d’un rose innocent paraissent suaves. Ses sourcils subtilement épilés s’accordent à merveille avec ses grands yeux bleus aux couleurs du ciel lorsque celui-ci est au paroxysme de sa clarté.

Hébé - " Bon retour à toi Apodis. "
Apodis se baisse encore plus bas : « Merci de m’offrir votre hospitalité déesse Hébé. »

Devant la déesse, l’atmosphère ondule, comme si l’air venait d’être fendu.
De façon irréelle, apparaît le maître de l’illusion. Le dernier Alcide, ¼dipe des Oiseaux du Lac Stymphale. Son physique disgracieux ne fait pas sourciller Marine, pourtant elle en aurait eu le droit.
L’homme aux genoux distordus, marche lentement. Il traîne les pattes tel un animal abattu.
Le bolivien distance ainsi sa déesse de Marine qu’il ne connaît pas. Ne sachant pas parler, dénué dès la naissance de ses cinq sens, ¼dipe utilise la télépathie pour faire résonner sa voix dans l’atmosphère : « Il me semble ne jamais t’avoir rencontré. Qui es-tu pour recevoir l’insigne honneur de te présenter devant sa Majesté Hébé ? »
La japonaise se contente d’une réponse vague : « Je suis l’Aigle. »
Apodis la dévisage, surpris d’une réaction aussi floue.
Hébé plisse légèrement ses yeux. ¼dipe insiste : « Est-ce ainsi qu’on se présente ?! Veux-tu te soumettre convenablement ! »
Hébé réagit pour Marine : « Ça ira ¼dipe. Elle t’a parfaitement répondu. Elle est l’Aigle. Et elle va me suivre dans mon palais. J’aimerai m’entretenir seule avec elle. »

L’assistance reste pantoise. Marine abandonne Apodis sans la moindre explication.


Au royaume d’Asgard au temple Walhalla : 

Au Walhalla, dans la salle de réception, la fête bat son plein.
Comme à Blue Graad, Mime accompagne les musiciens d’Hilda à la lyre tandis que Syd reste attablé en compagnie de Bedra et de leurs parents en faisant mine de vivre un parfait bonheur.
Bedra a le visage enroulé par une écharpe qui remonte sur le haut de son visage, de façon à masquer sa joue blessée et son cou bleui par la marque des mains de son fiancé.

Pendant ce temps, Alberich n’a de cesse de se complaire des éloges que lui font les convives d’Hilda, à commencer par cette dernière.
Cela a pour conséquence de provoquer l’hilarité d’Hagen et le manque d’appétit de Siegfried. Les deux amis positionnés aux côtés d’Hilda et de Freiya se navrent de manière différente du comportement de leur compatriote. En observant les femmes intéressées par ce succès d’Alberich, Hagen bouscule Siegfried avec son coude : « J’ai l’impression que pour une fois il ne repartira pas seul. »
Le cynisme de Siegfried tranche avec la bonne humeur d’Hagen : « Qu’il en profite, cela ne durera probablement pas. »


A Jamir :

Le calme de la contrée himalayenne fait réagir de façon différente les apprentis de Mû.
Depuis une semaine qu’ils se sont invités chez le Saint du Bélier, ils s’exercent à leur manière pour trouver la voix du septième sens d’après la présentation que leur en a fait Mû.

Mei et Yulij espèrent le maîtriser en repoussant leurs limites en se livrant bataille sans cesse.
Nicol en ouvrant son esprit à la nature chaque jour en allant s’isoler dans la montagne.
Médée en demandant sans cesse à son époux de lui faire partager son expérience des champs de bataille et de son apprentissage auprès de Shion.

Pour la muvienne, c’est l’occasion de passer davantage de temps avec l’être aimé.
La dure réalité leur rappelle que des Guerres Saintes ont déjà éclaté ces dernières années et qu’elles n’étaient rien par rapport à celles qu’ils allaient tous les deux devoir livrer dans les mois à venir.
Régulièrement tranquilles grâce à l’entraînement de leurs convives, ils profitent de ces instants pour partager le plaisir de l’amour en oubliant pendant ces minutes leur dure mission de chevalier.
Dans une couche en osier, elle émerge progressivement de son court sommeil. La tête appuyée sur le torse magnifiquement sculpté de son mari, elle soupire : « Suis-je la seule à m’être assoupie ? »
Mû - " Je suis trop préoccupé pour trouver le repos. "
Médée - " Qu’est-ce qui te préoccupe ? "
Mû - " Toi. Chaque jour tu progresses. Et cela pour aller jouer ta vie sur les champs de bataille. Moi je suis Saint d’or. Ma mission me vaudra très certainement la mort. J’en suis conscient. Mais si tu venais à partir toi aussi dans tous les combats que nous aurons à mener, que restera-t-il de nous ? "
Médée - " La mort est-elle obligatoirement notre seule issue ? "
Mû - " Si tu vas au Sanctuaire bousculer la hiérarchie de l’usurpateur, alors oui ça sera le cas. "
Médée - " Tu me demandes alors de fermer les yeux sur ce qui se trame en ce moment. "
Mû - " Pas nécessairement. Mais ces Saints de bronze au Japon, leurs techniques se perfectionnent de combat en combat. Ils ont réussi à égaler des Saints d’argent voire à les surpasser. Je ne serai pas surpris qu’ils renversent le Sanctuaire sans que tu ais besoin d’intervenir. "
Médée - " Tu me mets sur la touche si je comprends bien. "
Mû - " Tu assisteras le Sanctuaire le temps voulu. Il y a encore bien des dangers qui le guettent. "
Médée - " Attendons de voir comment va évoluer la situation. "


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, au centre de l’île : 

Au c½ur de l’île, là où la majorité de la population hébéïenne est regroupée, la demeure de Juventas vit de précieux instants.
Penché au-dessus du petit lit d’Agape, Apodis reste rêveur devant le visage endormi de l’enfant.
Juventas, dévêtue de sa Cloth, lui précise : « Elle ne s’était pas endormie aussi rapidement depuis ton départ. »
Apodis - " Vous m’avez terriblement manqué toutes les deux. "
Juventas ôte son masque et arbore une mine radieuse. Ses grands yeux dévorent Apodis : « Pour combien de temps es-tu là ? »
Apodis - " À vrai dire je n’en sais rien. Je ne sais pas ce que manigance Marine. Elle me paraît bien étrange. L’ordre du jour n’est plus de renverser le Sanctuaire mais de l’aider elle pour une mission bien plus importante. "
Juventas - " Dans ce cas là, si elle vient chercher l’aide d’Hébé, c’est que nous ferons certainement équipe. "
Apodis se rapproche d’elle et la serre contre sa poitrine. Malgré l’épaisse couche de muscle qui barde sa cage thoracique, Juventas peut entendre le c½ur de l’athénien cogner fort dans sa poitrine.
Apodis - " Quelle que soit mon rôle, je tiendrai ma promesse. Je te reviendrai en vie. "
Elle lève les yeux vers lui et pousse très légèrement sur la pointe de ses pieds pour hisser son mètre soixante douze au mètre soixante quinze d’Apodis.
Enfin, ils s’échangent un long baiser durant une étreinte passionnée…


Au royaume d’Asgard au temple Walhalla :

La fête à l’honneur des héros s’achève à mesure que les invités regagnent leurs appartements à l’intérieur du Walhalla ou leurs domaines tenus dans les environs du palais.

Bedra de Edel salue les derniers invités d’Hilda ainsi que cette dernière en affichant une fausse euphorie. Elle laisse seul Syd, obligé de raconter pour la énième fois les détails de son combat contre Alexer aux derniers participants au repas.


En retrouvant sa chambre, Bedra abandonne au sol l’épais foulard qui lui enroule le cou et masque sa blessure à la joue. S’ensuivent le reste de ses vêtements pour qu’enfin, d’une parfaite nudité, elle puisse se blottir dans ses draps.

N’arrivant pas à fermer l’½il, l’esprit trop ennuagé par les derniers événements, elle se met à fondre en larmes.

Soudain, depuis l’ombre laissée par le reflet de la lune sur la cheminée, une voix familière la surprend : « Je ne ressens que du chagrin dans l’univers que tu dégages. »
Bedra bondit de son lit en reconnaissant le jumeau de son futur époux. Elle vient lui tomber dans les bras et l’embrasse ardemment : « Par Odin ! Tu es vivant ! »
Bud l’enlace bien fort pour la convaincre qu’il est sain et sauf.

Malheureusement, les retrouvailles deviennent moins enjouées à mesure que Bedra comprend qu’elle est confrontée à une dure réalité. Entre son engagement envers Syd et son désir pour l’ermite, elle doit faire un choix.
Son sourire se charge brusquement d’une affliction. Les chaudes larmes qui lui viennent à nouveau surprennent Bud : « Que t’arrive-t-il ? »
Elle baisse honteusement la tête, souffrant de la décision qu’elle sait devoir prendre. Son mouvement fait remarquer à Bud les marques des mains de Syd sur le cou de l’aristocrate : « Qui… Qui t’a fais ça ?! C’est Syd ?! C’est lui n’est-ce pas ?! Il a osé ?! Et… Et ta joue ?! »
Tandis que le visage de Bud se charge d’une rage folle, Bedra le prend au vif : « Va-t-en ! »
La colère du jeune homme laisse place à l’incompréhension : « Pardon ? »
Bedra - " Tu as bien compris. Je ne veux plus te voir. "
Interloqué, il persiste : « Tu n’es pas sérieuse ? Que t’est-il arrivé ? Tu n’as pas l’air dans ton état normal… »
Bedra lui coupe la parole : « J’ai voulu vous aimer les yeux fermés, rester celle que vous désiriez tous les deux sans jamais avoir à choisir. Néanmoins, la réalité me rattrape. Aujourd’hui je suis obligée de me décider. »
Bud refuse d’abdiquer : « Alors tu privilégies l’empire que mon frère te propose à l’espoir d’un amour infini… »
Bedra se cramponne le c½ur. Elle le sent cesser de battre à mesure qu’elle ment pour le bien des deux hommes qu’elle aime : « Je choisis simplement la voix de l’amour. C’est lui que j’aime, pas toi. »
Bud reste sans voix, il tente un ultime geste vers elle qu’elle refuse en reculant d’un pas davantage décidé : « Va-t’en à présent. Et ne reviens jamais. »
Bud - " Je… Je t’ai toujours… "
Il fait la mou, remplit ses poumons d’oxygène pour retenir son chagrin puis se résout.
En baissant la tête, il prend la direction de la fenêtre par laquelle il avait l’habitude de fuir après leurs instants secrets partagés autrefois.
Un pied en appui sur le rebord de la fenêtre, prêt à prendre toute son impulsion pour quitter les lieux, Bud présente pour la première fois devant Bedra ce regard froid qui le caractérise habituellement : « Une fois de plus Syd m’a pris ce qui me revenait. Je le maudis… Oui, je le maudis du plus profond de mon être et je jure sur Odin que je reviendrai malgré ton souhait. Je reviendrai plus fort pour prendre cette place qui doit être mienne auprès de la cours d’Asgard et surtout auprès de ton c½ur. »
Sans même lui offrir un dernier regard, il disparaît dans les forêts enneigées où il a grandi.

Hagarde, la riche héritière de la famille de Edel traîne les pieds jusqu’à la fenêtre pour la fermer. Elle exécute mécaniquement les gestes nécessaires pour la clore puis s’assied au pied de son lit. Sans la moindre étincelle de vie dans son regard, elle passe doucement ses doigts sur sa joue marquée à tout jamais par son adultère. Cette cicatrice qui lui restera gâchera aussi péniblement sa beauté que les souvenirs qu’elle retiendra de ces moments passés où elle a pu aimer deux hommes et être la plus comblée des femmes.
Enfin, petit à petit, comme si l’air dégage une odeur inhabituelle, elle sent ses narines être prises d’une étonnante brûlure. Le cruel parfum de la réalité la rattrape, lui déchire son âme.
Renoncer à l’un des hommes qu’elle aime, c’est comme renoncer à une partie d’elle-même.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur du palais d’Hébé, de nombreux habitants travaillent à sa réfection. Le bâtiment a beaucoup souffert de la tentative d’assassinat perpétrée contre la Déesse de la Jeunesse.
La grande salle de réception, vidée de toute présence, autre que celle de Marine, à la demande de la maîtresse des lieux, témoigne de la violence des combats livrés ici. Le plafond est toujours ouvert par plusieurs trous faits dans la roche. Les murs sont encore couverts de sang, les tentures arrachées et le marbre au sol fissuré.

Cependant, Marine n’est guère étonnée. Elle achève ses explications en tendant le bracelet où sont marqués les symboles de Pégase et de la Chouette : « … Et c’est pourquoi j’ai besoin de votre divin cosmos pour localiser le second bracelet. Un autre cosmos divin l’a scellé et m’empêche de faire le lien entre les deux artefacts. »
Hébé - " D’après tout ce que tu m’as raconté, ce bracelet sera certainement surveillé. Il vous faudra combattre, Apodis et toi, des Anges de l’Olympe. "
Marine - " Très certainement en effet. "
Hébé - " Apodis semble disposer d’une cosmo énergie impressionnante. Bien différente de celle qu’il détenait quand il a quitté l’île la dernière fois. Mais ça ne sera pas suffisant. Si la conspiration de l’Olympe que tu m’as exposé s’avère exacte, alors il est capital que vous réussissiez cette mission. Je vais donc joindre mes forces à votre succès. "



Le 19 octobre s’achevait sur encore bien des mystères et des morts.
Au Japon, Jamian, Dante et Capella avaient péri face aux Saints de bronze.
Sur Yíaros, Marine devenait de plus en plus énigmatique. Celle qui s’était faite appeler l’Aigle devant Hébé, semblait avoir un lien privilégié avec les dieux.
J’étais loin de me douter que la dernière Guerre Sainte se jouait déjà et que j’allais en être un acteur majeur.

6
Only for Love / Chapitre 52 - Renaissance
« on: 11 February 2014 à 21h44 »
Une Guerre Sainte avait eu lieu en Sibérie. Je ne l’avais pas ressentie.
Mei et ses amis approchaient de Jamir. Je ne m’en doutais pas.
Ksénia était repartie auprès de l’Olympe. Je n’en avais même pas idée.
Les camps d’Arès et d’Hadès se renforçaient. Je ne m’en préoccupais pas.
Le Sanctuaire avait envoyé au Japon les Saints d’argent. Je ne l’aurai jamais soupçonné.

Non, moi j’errais. J’errais de pays en pays, mourant de faim et de soif, agonisant de mes plaies qui ne cicatrisaient pas, brûlées par les lanières en cuir de ma Pandora Box rentrées au plus profond de ma chair. Je m’imaginais rejoindre mon fils et ma femme.
La douleur devenait de plus en plus supportable.
Mon corps s’affaissait peu à peu et j’allais mordre la poussière à quelques mètres de la frontière qui sépare la Turquie à la Grèce…



Chapitre 52 - Renaissance

Quelque part à la frontière qui sépare la Turquie à la Grèce :

13 octobre 1986.
Apodis a le visage écrasé dans la poussière. Son bras gauche, toujours gelé par le Diamond Dust encaissé sur Yíaros, ne l’aide pas à s’extirper de cette honteuse condition.
Toujours en route pour l’île Kanon après sa rencontre avec le vieux maître Dohko, il y a près d’un mois, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis rampe tel le vermisseau qu’il est devenu.
Sa gorge lui brûle, elle est sèche. Ses lèvres sont craquelées et son estomac crie famine. Ses plaies sont toujours à vif.

« Je sens de moins en moins la douleur. Je quitte peu à peu ce monde. Je vais retrouver ma femme et mon fils… », s’imagine-t-il.
Il retire les lanières de sa Pandora Box qui l’écrase contre le sol et se tourne sur le dos pour observer le soleil brûlant.
Ce soleil lui rappelle celui qu’il observait aux côtés de Juventas et de la fille de celle-ci sur Yíaros : « Juventas… Je lui ai promis que je reviendrai auprès d’elle. »
Ses flous souvenirs sont interrompus par le passage continu de vautours au-dessus de lui.

Cette situation et ses souvenirs lui redonnent la force de reprendre sa route. Il s’écrie dans la douleur : « Je n’ai pas le droit d’abandonner ! »

Soudain, une voix familière lui répond : « C’est bien ce que j’espère. »
Apodis, les yeux à peine ouverts, réclame : «  Qui est là ? »
Il distingue difficilement, de ses yeux mi-clos, les chaussettes blanches par-dessus les collants rouges d’une jeune femme venue à son secours.
Couverte de sa Cloth bleue et cachée sous son masque, la Saint d’argent de l’Aigle à l’opulente chevelure rousse soulève par-dessus son épaule le bras droit d’Apodis :
Apodis - " Ma… Marine c’est toi ? "
Marine - " Tais-toi. Garde des forces pour tenir le coup jusqu’à l’île Kanon, je t’y emmène. "


Sud/est de l’Asie centrale, l’Himalaya :

A la frontière de la Chine et de l’Inde se trouve une région montagneuse où culmine à près de six milles mètres d’altitude la terre du diable.
Là-bas, l’oxygène se raréfie et les tibétains eux-mêmes ne s’y aventurent jamais, le nom de ce territoire est « Jamir ».


Au bas des montagnes himalayennes, la foule venue à dos de mules, de bovins ou de vieux véhicules motorisés, se dispersent sur un marché immense.
Paysans, touristes, moines, occidentaux et orientaux se laissent séduire par les spécialités locales. L’agriculture de l’orge, du blé, du seigle et des pommes de terre est très prisée par les paysans. Tout comme le coton, le chanvre et le soja. Les éleveurs, prennent plaisir à y trouver de nombreux animaux pour leurs élevages personnels, comme les yacks, les moutons et les chameaux.
Quelques alcools locaux ainsi que l’artisanat, comblent les touristes du monde entier.


Une halte dans cette dernière zone habitée a permis à Mei et ses compagnons de reprendre des forces. Yulij est la première à féliciter Médée, la régionale de l’étape : « Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un vrai repas. »
Le meneur du groupe, Nicol, précise : « Sept jours exactement. Cela fait sept jours que nous traversons le monde pour venir jusque chez Médée. »
Mei - " Heureusement que nous avons quand même utilisé une infime partie de notre cosmo énergie pour nous déplacer. Sans quoi nous serions encore loin d’être arrivés. "
L’épouse de Mû justifie : « Faire appel à plus de cosmos aurait permis au Sanctuaire de localiser nos positions. Une fois arrivée à Jamir, nous aurons tout le luxe de dévoiler nos potentiels. Le magnétisme des montagnes empêche la télépathie pour ceux qui ne la maîtrisent pas parfaitement. »
Nicol - " De plus, il me semble que nous serons en sécurité, là-bas, auprès de ton mari n’est-ce pas ? "
Médée - " En effet, mon mari est très respecté malgré ses divergences d’opinion avec le domaine sacré. Mais ce n’est pas tout. Pour parvenir jusqu’à lui, il faut passer le cimetière des armures. Voilà pourquoi j’ai préféré que nous nous arrêtions prendre quelques forces. "
Le Saint du Sextant s’inquiète :
Yulij - "  Le cimetière des armures, qu’est-ce donc ? "
Médée - " Jamir est défendue par une tour. Elle sert de lieu de travail et de vie à mon mari. Derrière, plus loin, réside les muviens, les descendants du peuple du Mû et habitants de Jamir. Le cimetière des armures sert de rempart à Jamir. C’est un lieu où les gens se perdent et errent sans fin. Les intrus finissent par se retrouver en ce lieu où des squelettes de guerriers encore vêtus d'anciennes Cloths en débris les attendent. Il s’agit des fantômes de ceux qui ont voulu s’aventurer de trop près. "
Mei, plutôt fier, affiche un certain mépris : « Des faibles donc ! »
Médée - " Détrompes-toi. Dans le lot, beaucoup de Saints d’argent désireux de faire réparer leurs armures y ont perdu la vie. Et rejoins les rangs, par la force des choses. "
Yulij - " Oui, mais toi qui vient de Jamir, ils te laisseront passer n’est-ce pas ? "
Nicol répond pour Médée : « Traverser le cimetière des armures est une épreuve. Un test. Il faut être digne de pouvoir atteindre Jamir. Notre maître Arlès, originaire de cette contrée, me disait souvent qu’il devait chaque fois prouver sa valeur lorsqu’il revenait sur sa terre natale. »
Mei taquine Yulij qui semble inquiète. Il dépose sa main sur son épaule : « Ne t’en fais pas va, je te protégerai. »
Nicol étale tout son savoir : « Ce n’est pas si simple. Pour traverser le cimetière, il faut attaquer sans se retourner. Mon maître disait qu’il fallait avancer. Sans cesse avancer. Quoi qu’il arrive. »
Mei continue de badiner auprès de Yulij : « Mince, tu n’auras pas intérêt à te trouver derrière moi. Sans quoi je ne pourrai pas venir te chercher. »
Yulij, vexée, dégage la main que Mei a déposé sur son épaule : « Ça ira je te remercie. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Visible depuis le Sanctuaire, cette petite île de la Méditerranée est réputée pour les vertus de son volcan en éveil constant. Ses vapeurs ont des propriétés curatives, capables de soulager et développer les pouvoirs des Saints meurtris.

« Un homme normal n’y survivrait pas », pense Marine en traversant le seul village de l’île Kanon.
Vêtue de sa Cloth, portant d’un bras Apodis et de l’autre la Pandora Box de l’Oiseau de Paradis, la Saint d’argent de l’Aigle n’attire même pas la curiosité des habitants.

Le peuple a été habitué au fil des siècles à voir débarquer ici des chevaliers.
Ce domaine annexé par le Sanctuaire reçoit régulièrement des navires du Port du Destin venu les ravitailler.
La monnaie est le sacre, celle du domaine sacré.
Les villageois vivent du commerce des pierres de lave, auxquelles on assimile des bienfaits réparateurs pour de simples humains. Ainsi, le commerce de ces pierres auprès des marchands du Sanctuaire permet aux habitants de l’île Kanon d’acheter boisson et nourriture puisqu’ils ne peuvent rien cultiver sur le peu de terre aride dont ils disposent.

Apodis revient peu à peu à lui : « Marine… Sommes-nous déjà arrivés ? »
Marine - " Oui, j’ai pu me déplacer rapidement grâce à ma cosmo énergie. Accroche-toi, nous sommes tout proche. "


Alors qu’ils entament l’ascension du cône montagneux, la silhouette d’un vieillard rabougri aux cheveux grisonnants se positionnent sur le perron d’une vétuste maison comme toutes celles de cet antique village.
L’observateur, d’un signe de la main, appelle deux soldats qui sortent du logis. Ils emboîtent le pas à l’infirme qui s’aide d’une canne pour marcher.
Un des deux hommes demande au vieux borgne : « Seigneur Gigas, pourquoi suivez-vous ces Saints ? »
Gigas - " Parce que l’un d’eux est activement recherché par le Pope et que l’autre ne peut être qu’une traîtresse puisqu’elle l’accompagne. Je tiens mon billet pour rentrer en grâce aux yeux de notre maître. La défaite de Ennetsu Saint et ma fuite seront bientôt du passé. "


Plus haut, Marine descend au c½ur du volcan, au plus près de la lave. Sans crier garde, elle balance l’urne d’Apodis dedans.
Apodis - " Marine ! Tu es folle ! Comment pourrais-je la récupérer ? "
Marine - " La fumée du volcan ne fera pas de miracle. Vu ton état et celui de ton armure, seule la lave pourra vous guérir rapidement. "
Apodis - " Mais c’est de la folie, jamais je ne pourrai me jeter là-dedans sans mourir. "
Marine - " Alors c'est qu’Orphée ne t’a rien appris ! Si tu visualises la cosmo énergie qui est en toi, alors tu sauras l’appréhender, la contrôler. Si tu y parviens, alors tu modèleras ton cosmos selon ton bon désir. Il t’enveloppera, te protégera. Et alors tu ne feras qu’un avec le magma et n’importe quel élément qui t’entoure. "

Marine abandonne Apodis au bord du magma. Il tombe devant comme un poids mort.
Marine - " Je t’attendrai au village tout en bas. Sache que j’en sais beaucoup sur les catastrophes de la Journée Sainte qui ont coûtées la vie à ta mère et on fils. Si tu veux en savoir plus, rejoins moi là-bas. "
Elle remonte aussitôt les parois, laissant le Saint affaibli au bord des larmes. Apodis, sûr de mourir ici, n’entrevoit que le désespoir…


Himalaya, à l’approche de Jamir :

L’équipe de Mei a repris sa progression. Au milieu des montagnes, face à un épais rideau de brume, à la file indienne, Pandora Box sur le dos, la bande s’enfonce dans le brouillard.

En bout de file, Yulij, positionnée juste après Mei, constate : « Le brouillard est devenu si épais que je ne peux voir où je mets les pieds. »
Nicol, derrière Médée qui dirige la bande, reconnaît : « Oui. De plus l’oxygène se raréfie. »
Mei - " Moi, depuis quelques mètres, j’ai le sentiment que le sol craque sous mes pas. "
Yulij frissonne : « Oui, de plus, j’ai l’étrange sensation que nous sommes observés par la mort… »

Médée stoppe sa marche et s’accroupit. Elle balaie de sa main le brouillard qui l’empêche de distinguer sur quoi ils piétinent. Elle identifie ce qu’elle croit être un ossement : « C’est parce que nous sommes arrivés au beau milieu du cimetière. »

Des voix sorties de l’inconnu donnent raison à la muvienne : « Où allez-vous imprudents ? »
Un second esprit les met en garde : « Vous êtes à la frontière de Jamir, le territoire des héritiers du continent de Mû. »
Un troisième complète : « Partez si vous tenez à la vie. »

La régionale de l’étape prend la parole : « Je suis Médée de Jamir. Saint de bronze du Burin du Graveur et je viens rentrer chez moi pour… »
Un coup jaillit de la brume pour cogner en plein estomac la jeune femme.
Elle s’écroule sur le sol pendant que des centaines de squelettes se forment.
Yulij - " Incroyable ! De sous nos pieds s’élèvent dans les cieux tous les ossements et les débris d’armures pour former des chevaliers-squelette. "
Mei ironise : « On se croirait dans un mauvais roman féerique ! »
Nicol relève Médée et rappelle au sérieux son équipe : « Ce n’est pas le moment d’être cynique. Nous devons reformer notre ligne et foncer jusqu’à Jamir. »
Un premier fantôme réagit : « C’est très bien pensé. Mais pourrez-vous avancer tous ensemble sans vous accabler des faiblesses de l’un de vous ? »
Médée, en tête de file, charge les rangs ennemis : « Il n’y a qu’une seule façon de le savoir ! »
Elle assaille le premier adversaire genou en avant, de quoi décrocher sa tête du reste de sa carcasse. Elle esquive ensuite les coups des deux squelettes suivants, laissant le soin à Nicol de les mettre hors d’état de nuire.
Derrière eux, Mei veille à garder le chemin ouvert pendant que Yulij repousse ceux qui auraient profité du léger laps de temps entre leur passage pour se reconstituer.

Bientôt proches de la sortie, Médée et Nicol finissent de coucher les derniers piliers, pendant que Mei se retourne avec désinvolture en direction de Yulij toujours sur le qui-vive : « Je t’avais bien dit qu’il n’y avait rien à craindre. »
A cet instant, un chevalier-squelette profite de ce manque de sérieux pour le cogner à la tempe. Sonné, le japonais s’écroule sur le côté.
Yulij défait l’adversaire de son ami et le rattrape par le bras alors que sa chute n’en finissait pas.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice revient à lui, suspendu au-dessus du vide. La brume se dissipe, ne laissant apparaître qu’un étroit pont de pierre en dessous duquel gisent les chevaliers-squelette et les corps des malheureux qui, comme lui, ont manqué de discernement.

De l’autre côté du pont, les mains sur les hanches, l’attendent Médée et Nicol. Ce dernier esquisse un rictus désolé en réponse à l’impertinence de l’apprenti de Deathmask.
Blessé au plus profond de lui, Mei découvre enfin ce qui le tient encore dans ce monde.
Yulij le retient par le bras : « Tu ne voudrais pas t’aider un peu pour te remonter. C’est qu’avec ta Pandora Box sur le dos tu n’es pas très léger tu sais. »
Avec son autre bras Mei prend appui sur le pont pour s’extirper de cette situation où il se sent pitoyable. Sa camarade plaisante à son tour : « Heureusement que j’étais derrière pour veiller sur toi. »
Mei marmonne dans sa barbe jusqu’à ce que Nicol rappelle les cadets du groupe : « Allons, du calme. Nous sommes bientôt arrivés. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Abandonné à côté d’une cascade de lave, Apodis hésite.
Il ne se sent pas le courage de plonger récupérer son armure. Il n’a même pas la force de se relever. Rien que la température extérieure l’étouffe. Cela ne l’aide pas à surmonter ses doutes. Il n’ose pas imaginer la chaleur de la lave. Son corps suinte et sa peau le brûle déjà.


Plus bas, sur le versant du volcan, Marine réfléchit : « Apodis, tu as bénéficié de l’entraînement du meilleur des Saints d’argent. Bien que tu sois Saint de bronze, tu es prêt à endurer dès à présent cette épreuve. Orphée t’a préparé au septième sens, il n’appartient plus qu’à toi de t’y éveiller définitivement. Si j’avais eu le temps d’apprendre à Seiya à atteindre ce même niveau, j’aurai agi de la même façon en l’abandonnant ici. Le sort de la terre en dépend. »

Un raclement de gorge perturbe la japonaise dans ses pensées.
Elle identifie très rapidement la personne qui en est l’origine : « Gigas ! »
Le général déchu est accompagné par un soldat, tandis que le second arrive dans le dos de Marine : « Je vais pouvoir vous ramener au Grand Pope. Je récupérerai ainsi ma place auprès de lui. Quelle aubaine n’est-ce pas ? »
Marine - " Comment tu le dis, c’est une véritable aubaine. Je comptais faire le point auprès d’Apodis sur les récents événements du Sanctuaire. Tu pourras m’y aider lorsqu’il sera rétabli. "

Ne l’entendant pas de cette oreille, Gigas envoie ses deux hommes sur la jeune femme.
Celui dans le dos de Marine se jette poing en avant. Sans même le regarder, elle l’esquive facilement en tournant sur elle-même. Elle renvoie le second à côté de l’autre en le frappant d’un coup de pied au menton.
Ses assaillants lui faisant face tous les deux désormais, Marine les achève grâce aux Météores : « Ryu Sei Ken ! »
Les malheureux meurent sur le coup devant Gigas.

Le vieillard se met rapidement à genoux : « Je t’en prie Marine, ne me fait pas de mal. Je suis certain qu’avec ta force nous pouvons faire de grandes choses toi et moi. Pourquoi n’irions nous pas chercher Apodis pour le livrer au Pope ? Il nous pardonnera certainement tous les deux et ainsi nous remontrons dans son estime et… »
Marine soulève Gigas en l’attrapant par le col : « Nous demanderons à Apodis ce qu’il en pense quand il reviendra du volcan. En attendant nous allons discuter. J’ai plusieurs questions à te poser… »


A Jamir :

A l’intérieur de l’immense tour sans porte, assis en arc de cercle sur un tapis autour d’une cheminée où le feu chauffe une théière suspendue, Nicol, Yulij et Mei observent l’architecture de ce lieu antique.

Mei se lève prendre l’eau brûlante. Il la verse dans trois tasses posées sur un plateau en bois peint aux motifs d’animaux de la région et au fond desquelles se trouvent des feuilles séchées.
L’élève de Deathmask s’impatiente : « Ils commencent à être longs. »
Nicol lui rappelle les bonnes manières : « Un Saint d’or nous fait l’insigne honneur de nous recevoir dans sa demeure et de nous offrir le thé. Profitons-en pour nous remettre de nos émotions, pendant que Médée finit de lui exposer la situation. »
Face aux nerfs d’acier du Saint d’argent, Mei opte difficilement pour la diplomatie. Il retourne poser son postérieur sur l’épaisse étoffe où sont brodés des éléphants.


A l’étage inférieur, vêtu d’une longue toge blanche ajustée autour de son cou qui descend jusqu’à son bas ventre et dans le creux de son dos, Mû passe subtilement sa main sur le visage, défait de son masque, de sa femme. Il dégage quelques mèches vertes de son front où sont présents deux points de même couleur que les siens, symbole de ses origines muviennes. Il l’embrasse pour la énième fois avec délicatesse. Ses doigts descendent le long de sa colonne nasale et glisse jusqu’à sa petite bouche aux lèvres charnues : « Je suis si heureux que tu me sois revenue saine et sauve, après tous les risques que tu as pris. »
Médée - " Tu comprends maintenant pourquoi je veux que tu nous prodigues tes connaissances ? "
Mû - " Je ne veux pas être le professeur qui vous guidera vers la mort. Combattre le Sanctuaire est dangereux. "
Médée - " Et Kiki alors ? Tiens, en parlant de lui, où est-il ce garnement ? "
Mû - " Je l’ai justement laissé à Seiya et ses compagnons. Avec la rébellion menée contre le Sanctuaire au Japon, j’ai trouvé que ce serait un bon exercice pour Kiki de vivre la tension de tels événements. C’est l’occasion de lui faire gagner en maturité sans l’exposer directement aux combats. "
Médée - " Et pour nous ? "
Mû - " Je vais aller parler à tes amis. "


En haut, trop empressé, Mei n’a pas résisté à l’envie de visiter davantage l’étage.
Contre les recommandations de Nicol, il vient s’étaler dans une couche en osier faite à la main : « S’il faut encore attendre des heures, je préfère me mettre sur quelque chose de plus confortable que sur ce tapis. »

La voix calme et retenue du Saint d’or rappelle toutefois à l’ordre le Saint de bronze : « Voici donc le remerciement qu’un brave est en droit d’avoir, lorsqu’il t’offre l’hospitalité ? Je reconnais bien là les manières de Deathmask. »
Mei s’insurge : « Qui que vous soyez je vous interdis de porter un tel jugement sur mon maître. Il a toujours été bon et généreux envers moi. L’éducation qu’il m’a donnée, était basée sur le respect. Malgré la découverte de ses actes abominables, je refuse qu’on puisse librement salir son nom. »
Mû maintient un ton courtois malgré des propos durs : « Dans ce cas tiens-toi convenablement, si tu ne souhaites pas être jugé comme un vaurien. »
Mei serre les poings : « Répète un peu ! »
Mû - " Quoi donc ? Le fait que je te demande de te tenir mieux que ne le ferait un singe ou bien le fait que tu ne sois qu’un prétentieux qui ne supporte pas d’entendre la vérité ? "
S’en est trop pour le japonais qui se précipite sur le propriétaire.
Il balance son pied en avant sous le regard désarçonné de Nicol qui déplore déjà la conduite de son camarade.

Mû, les yeux fermés, tend simplement le bras pour immobiliser dans les airs le jeune homme : « Ridicule. »
Il s’amuse à faire tournoyer dans la pièce son bouc émissaire et s’adresse aux autres pendant que Mei l’invective : « Finalement, quand je vois votre niveau, je comprends que Médée me demande de vous ouvrir la voix vers un entraînement plus complet. »
Il relâche enfin Mei qui se réceptionne sur le postérieur, l’air totalement idiot.
Mû lui sourit pourtant : « Quand tu sauras te défaire de ma télékinésie, alors tu imposeras le respect. En attendant, tant que tu seras ici, tu me présenteras un minimum d’égard. »
Trop fier, Mei ramasse sa Pandora Box et l’enfile sur son dos : « C’est complètement ridicule. J’ai déjà réussi à entrapercevoir le septième sens. Je n’ai pas besoin de ce guignol qui se prend pour je ne sais qui. »
Il crache sur le sol de la demeure et saute depuis la fenêtre pour quitter Jamir, sous l’½il désemparé de ses compagnons…


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Seul, étendu au bord du précipice, Apodis commence à se sentir mal.
La chaleur l’insupporte.
Cependant, alors qu’il commence à perdre connaissance, sa détermination est renforcée par les propos de Marine. Celle-ci sait ce qu’Apodis veut savoir. Les réelles circonstances de la mort de sa famille.
« Je n’ai pas de temps à perdre. Aussi meurtri que mon corps, ma Cloth s’enfonce dans les abysses brûlants de seconde en seconde. Plus que jamais je dois mettre en application les enseignements de mon maître Orphée. Je vais me jeter tout entier dans ce volcan, en luttant grâce à ma cosmo énergie. Ainsi, je me régénérerai plus vite et je développerai davantage mes facultés. », décide-t-il.

Avec son seul bras droit encore valide, il se hisse jusqu’au bord de la falaise de lave.
Ayant à peine la force d’ouvrir un seul ½il, il observe le tourbillon de magma qui bouillonne à des mètres plus bas.
Sans même le courage d’hésiter davantage, il se laisse tomber dans la lave comme il abandonnerait un vulgaire caillou du haut d’un précipice.
Un point mort.
Tombant sans grande conviction dans un torrent de feu rougeoyant.

La chute provoque à peine une éclaboussure.
L’épais fluide ardent se contente d’amortir l’affaissement progressif de ce corps qui rougit.
Puis noircit.
Avant de disparaître dans les limbes brûlantes…

Englouti par le magma, sa peau se désagrège peu à peu.
Ses cheveux commencent à se dissoudre.
Pourtant il est apaisé.
Il ne ressent plus rien. Il n’ose d’ailleurs pas à ouvrir ses paupières de crainte que ses yeux fondent sous la chaleur. Apeuré qu’il est de se souvenir de ce qu’est la douleur.
Le liquide ardent s’engouffre par ses orifices.
Jusqu’au plus profond de ses entrailles.

« Alors voilà, je n’y suis pas arrivé, je perds connaissance et quitte ce monde sans parvenir à tenir mes promesses. Mes sens m’abandonnent, je meurs. », avoue-t-il avant de finir inconscient…


Flashback
1979 - Cela faisait deux mois qu’Apodis suivait le pénible entraînement d’Orphée.
Après avoir lutté contre les troupes d’Arès, Apodis avait été reconnu comme un Saint par l’armure de bronze de l’Oiseau de Paradis.
Depuis, jamais il n’eut droit d’avoir recours à sa Cloth. Son professeur ne préférait le voir la porter que lorsqu’il serait un chevalier accompli.
Il restait pour cela encore beaucoup de chemin à parcourir.

Les premières semaines consistèrent à développer sa musculature et son renforcement organique sans faire appel au cosmos.
« L’intérêt est déjà de faire travailler ton corps car derrière l’armure et les bienfaits de la cosmo énergie, tu restes un homme avec ses faiblesses. », lui avait assuré Orphée.
Ses exercices sans relâches lui permirent de jouir bien vite d’une carrure physique plus importante.

Orphée accepta donc de passer à la maîtrise du cosmos.
Les quelques combats menés contre les apprentis d’autres Saints le rassurèrent sur ses capacités martiales et bien vite il profita de cette notoriété grandissante.


Un matin, alors que les rayons du soleil perçaient la tanière qu’il s’était confectionné à côté de la demeure du Saint de la Lyre, Apodis bondit.
Orphée lui avait enseigné que la journée d’un Saint aguerri commençait dès le levé du jour.
Une fois ses vêtements miteux enfilés, ses bras pansés de bandelettes de papier et quelques protections en cuir ceinturées, il alla trouver le chevalier d’argent déjà debout devant chez lui à observer la rosée matinale : « Alors maître ?! Quel exercice me réservez-vous aujourd’hui ? »
Orphée - " Oh, rien de bien compliqué. Aujourd’hui tu auras droit à une journée de repos en notre compagne. Nous partons, avec Eurydice et Netsuai, le long du fleuve qui traverse le Sanctuaire. "
A l’annonce de cette invitation, Apodis grimaça : « Maître, je vous suis reconnaissant d’avoir pensé à moi. Seulement j’aurai aimé poursuivre ma maîtrise de la cosmo énergie. J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup à faire. »
Agréablement surpris par l’investissement de son disciple, Orphée n’insista pas.
Au grand damne de Netsuai. La s½ur cadette d’Eurydice appréciait tout particulièrement le caractère, emprunt d’assurance, naissant chez le jeune homme. Elle s’en était fait son ami.

Quelques heures plus tard, tandis qu’il dormait en compagnie d’une fille de fermier dans le foin de la grange, Apodis fut surpris par l’irruption du Saint d’argent.
Par réflexe, Apodis couvrit le corps dénudé de son amie d’une bâche et cacha sa propre intimité par ses vêtements.
Le chevalier de la Lyre, tout en restant calme et appliqué dans son allocution, manifesta sa colère : « Mon pauvre garçon. Tu manques encore de discernement. Comment pouvais-tu croire que tu allais me mentir ainsi ? Si tu exerçais réellement ta cosmo énergie, grâce à mes facultés accrues de concentration, je l’aurai ressentie, aussi insignifiante soit-elle ! »
Devenu bien fier en si peu de temps, le nouveau Saint de bronze se rhabilla avec une expression bien dédaigneuse sur le visage : « Insignifiante ?! Ma cosmo énergie ?! Vous oubliez que je suis un des héros de la tentative d’invasion des arèsiens ?! J’ai même tenu tête aux Berserkers ! »
Orphée - " Ces Berserkers étaient d’un niveau pitoyable. Cependant je veux bien croire que mes dons aient été floués. Peut-être n’ai-je réellement pas constaté ta rapide évolution au point de me tenir tête ? "
Apodis - " Vous me défiez maître ?! "
Orphée - " Considère-le comme tu le veux. Je t’attends dehors. "

Orphée, admiré par tout le domaine sacré, sorti de la grange.
Autour, quelques villageois de Paesco furent ameutés par l’arrivée fortuite du chevalier. A commencer par le père de la jeune femme qui a partagé quelques instants de folies en compagnie d’Apodis. Le pauvre homme, décomposé en voyant sa fille sortir à moitié dévêtue, et totalement déshonorée face au peuple, priait Athéna qu’Apodis soit puni.

Dehors, rhabillé grossièrement, Apodis mit quelques instants à habituer ses yeux au soleil de plomb.
Aussitôt, la lumière du soleil lui pesa comme d’ordinaire et la sueur se forma sur son front.
A mesure qu’il distinguait la foule de plus en plus grande, il se sentit honteux envers Netsuai qui le dévisageait avec une certaine déception. C’était pourtant bien avec elle qu’il partageait depuis deux mois quelques instants complices durant lesquels ils se chamaillaient, se confiaient et se réconfortaient l’un l’autre.
« Entre elle et moi, il y a bien plus que de l’amitié. », pensait souvent le grec.

Sans le prévenir, l’homme aux cheveux d’un bleu très clair frappa son élève d’un violent coup de poing dans l’estomac.
Les petits yeux rouges sang contrastant avec la chevelure marine d’Apodis exprimèrent surprise et douleur.
Après avoir reculé de plusieurs petits pas, il s’en remit et rendit la pareille. Du moins il essaya. Les yeux fermés, Orphée esquiva en se permettant de jouer une petite note de musique sur sa lyre pour le ridiculiser : « J’imagine que ton intensif entraînement de cet après-midi t’a épuisé. Le combat n’est donc pas équitable. Pour cela je te propose de ne me battre qu’avec mes jambes. Mes bras serviront uniquement à agrémenter la foule de mon art musical. Il faut bien leur offrir un peu de spectacle vu à quel point tu es pitoyable. »
Le cynisme des propos d’Orphée amusa quelques spectateurs, ce qui provoqua la colère d’Apodis.
Tête baissée, il fondit sur le musicien qui s’amusait de son instrument en parant pieds et poings d’Apodis avec ses jambes et les yeux clos.

Au bout de quelques secondes qui se firent sentir sur l’organisme d’Apodis par un essoufflement important, la colère de l’Oiseau de Paradis ne régressa pas. Cela permit de faire de sa rage un atout qui accrut considérablement son cosmos. Ainsi, il put invoquer l’arcane avec lequel il massacra un Berserker quelques mois plus tôt : « Frantic Fury ! »
Tel un oiseau qui déployait ses ailes, Apodis fonça à une vitesse surpassant celle du son sur Orphée. Il dégagea l’alliance parfaite de son courroux et de son cosmos.
Refusant depuis le début du combat de sous-estimer les capacités de son apprenti, malgré les apparences, Orphée abandonna son engagement. Il utilisa ses bras et invoqua davantage de cosmos pour encaisser cette attaque surprenante.

Un flash se produisit, aveuglant la foule le temps du choc. Après quoi, la stupéfaction générale laissa place à la découverte du succès du maître.
La lyre d’Orphée retombait depuis le ciel où il l’avait projeté pour recevoir dans ces deux mains l’impact d’Apodis. Il s’en ressaisit avec la main gauche, tandis que son bras droit restait tendu contre le visage d’Apodis à hauteur de sa tempe.
Durant quelques secondes, Apodis, les yeux perdus dans le vague, resta en position de frappe sans bouger le moindre membre.
C’est seulement lorsque du point d’impact gicla un important flot de sang, que le corps du jeune homme s’échoua au sol.
A cet instant, toutes les admiratrices d’Apodis tournèrent la tête pour esquiver cette vision d’horreur.

Seule Netsuai bouscula la foule pour gagner son ami qui l’avait déçu. Elle résista à la retenue par le bras d’Eurydice, mais ne put contester l’autorité de l’amant de sa s½ur :
Orphée - " N’avance pas plus Netsuai. Je me charge de ramener Apodis à lui… "
Le virtuose incline la tête en direction de sa bien-aimée : « … Cela me demandera du temps. J’ai l’intention de lui en apprendre davantage et vu son caractère de cochon, il me reste du travail. Nous ne rentrerons pas avant. »
La douce Eurydice se contenta d’acquiescer, laissant Orphée prendre sur son épaule le corps inanimé d’Apodis, tout en masquant les fourmis qui parcourait ses bras suite à la surprenante décharge de cosmos de son élève.
Enfin, d’un bond prodigieux, il se propulsa à plusieurs kilomètres d’ici…


Apodis rouvrit les yeux seulement à la nuit tombée, lorsque Orphée balança son corps dans une eau fraîche.
Le fier disciple, pris d’un violent mal de crâne après le choc reçu, ressortit aussitôt de l’onde en hurlant de rage : « Où je suis bordel ?! »
Assis sur la base usée d’une colonne dorique, Orphée rigolait : « Nous sommes là où j’ai été fait Saint. Là où ton entraînement va réellement commencer. »
Apodis - " Merde… J’ai l’impression que mon corps pèse une tonne. "
Orphée - " Je t’ai connu plus poli jeune homme. Il me semble que tes excès de zèle ont réduit à néant la bonne éducation que Mujakis, ta mère, t’a pourtant donnée. "
Apodis - " Ce n’est pas qu’une impression, mon corps est irrémédiablement attiré par le sol. J’ai l’impression que mes muscles vont céder et mes os se rompre. "
Les nerfs d’Apodis jaillirent tous au travers de sa peau, alors qu’Orphée ne semblait pas souffrir de cette nouvelle loi de la pesanteur.
En observant l’eau dans laquelle ses jambes trempaient encore, Apodis remarqua que le fluide s’écoulait depuis plusieurs rivières. Celles-ci venaient se réunir dans d’immenses bassins pour alimenter quelques fontaines et divers thermes. Tout autour, d’immenses jardins fleuris embellissaient les ruines de nombreux temples.
Apodis - " C’est quoi ce lieu ? Nous sommes toujours au Sanctuaire ? "
Orphée - " Nous sommes à Dignity Hill. "
Apodis - " Dignity Hill ! Il s’agit de la zone interdite du Sanctuaire, située dans les collines du nord. Même les Saints d’or ont ordre de ne pas s’y rendre. "
Orphée s’en amusa : « On va dire que je dispose d’une dérogation spéciale du Grand Pope. »
Apodis - " Qu’est-ce que ce lieu ? Pourquoi mon corps souffre-t-il autant ? "
Orphée - " Ce sont les vestiges du Sanctuaire d’Abel. "
Apodis - " Abel ? "
Orphée - " Le dieu solaire oublié. Ancien dieu du soleil, son nom fut rayé de l’histoire à cause de sa trop grande ambition. "
Apodis - " Mais alors… Pourquoi son sanctuaire se trouve au sein du notre… "
Orphée - " Parce qu’il est le frère de sa Majesté Athéna. Lorsque les dieux choisirent de le supprimer du court normal de l’histoire, il présentait un amour sans égal pour sa s½ur. Pour cette raison il établit son camp au sein même du domaine sacré. Afin d’honorer cet amour, Athéna accepta de conserver le Temple de Corona où nous nous trouvons actuellement. "

Apodis suivit des yeux la direction présentée par le bras d’Orphée.
Au centre des ruines, au sommet d’une élévation, se dressait toujours le temple du soleil. Depuis ce lieu impérial, émanait un cosmos divin, oppressant et terrifiant.

Orphée - " Malgré le retrait d’Abel depuis des millénaires, sa présence se fait toujours ressentir aux abords de son temple grâce à la bannière de force de son cosmos, un kekkai. Un homme dénué de cosmos serait déjà mort à l’heure qu’il est. Et pour ceux qui le maîtrisent, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne meurent épuisés. "
Orphée se gratta grossièrement la tête, brisant le charme qui émanait naturellement de lui. A présent qu’ils sont seuls ici, élève et maître, il n’était plus question de bonnes manières :
Orphée - " C’est pour cela que nous allons rester ici jusqu’à la fin de ton entraînement. "
Apodis - " Mais c’est impossible, comment voulez-vous que je m’entraîne dans ces conditions ? "
Orphée - " C’est en apprenant à t’habituer à ces conditions que tu reviendras plus fort. C’est ici que je suis devenu un chevalier capable de rivaliser avec les Saints d’or. Pour quitter ce lieu il ne te reste que deux solutions. Surpasser le niveau d’un Saint d’argent ou mourir. "
Hurlant à la mort, refusant de douter comme il a pu le faire durant son adolescence, Apodis appelait en lui toutes ses forces pour réussir à sortir complètement de l’eau.

Lorsqu’il leva le menton en direction d’Orphée pour lui manifester son choix, son maître avait disparu.
Il fut tétanisé en entendant la voix de son maître derrière son dos.
« Même avec un dixième de sa force, le Seigneur Orphée est capable de se montrer aussi vif ! », admira le jeune Apodis.
Orphée - " Parfait. Tu es maintenant prêt pour la seconde phase de ton apprentissage ici. "
Il l’attrapa par le col de son maillot et le traîna jusqu’à un bassin dont les profondeurs parurent insondables.
Apodis - " Maître que faîtes vous ?! Si vous me lâchez dans autant d’eau, avec la pression exercée par le kekkai, je vais tomber comme un morceau de plomb et mourir noyé ?! "
Orphée - " J’attendrais jusque là alors. Je n’accepterai que tu sortes de là qu’à l’unique condition que tu réussisses à me parler sous l’eau. "
Apodis - " Que je vous parle sous l’eau ?! Mais je ne suis pas télépathe moi. "
Orphée - " Laisse la télépathie à ceux qui en ont le don. Toi tu ne possèdes que celui du cosmos et tu n’es pas capable d’en faire un bon usage. Lorsque tu parviendras à survivre en canalisant le peu d’oxygène que tu as dans tes poumons grâce à ta cosmo énergie alors tu pourras passer à l’étape suivante. C’est-à-dire rentrer en communication avec la mienne. Seulement à cet instant, tu seras capable de prétendre maîtriser ton cosmos. "
Apodis - " Non… Maître attendez… Attendez… "
Plus lourd qu’un rocher, le corps de l’Oiseau de Paradis s’enfonça dans l’eau après avoir provoqué une immense éclaboussure.
Pris de panique, il ne tarda pas à manquer d’air à mesure qu’il s’enfonçait…

Orphée resta de marbre devant un tel spectacle.
Pour lui donner l’exemple de ce qu’il devait apprendre à faire pour conclure cette expérience, la Lyre profita d’une infime étincelle de cosmos chez son disciple et s’en saisit pour lui parler grâce au sien : « Le cosmos ne sert pas qu’à frapper brutalement son adversaire. Il est capable de substituer les éléments naturels qui nous maintiennent en vie. La faim, les températures anormalement basses ou hautes, l’air. Plus le cosmos est grand, plus la survie est forte et plus on en sort aguerri. Il est impératif que tu saches t’en servir comme bouclier le jour où tu rencontreras des environnements hostiles ou pire, si tu affrontes un adversaire qui les manipule. La cosmo énergie est un art, un état d’esprit, une culture intérieure, pas une force. »
Flashback


Au fond du lac incandescent, le corps d’Apodis heurte un objet.
Une urne métallique.
Elle résonne.
A mesure que le sang d’Apodis fuit ses plaies, celui-ci se mélange à la lave.
Cette fusion inonde l’urne métallique.
Elle résonne plus fort.
De plus en plus fort.

Apodis revient à lui : « Ma Pandora Box… Je la sens, mon armure, elle m’appelle. Cette sensation d’énergie qui me permet de communiquer avec elle et de rester en vie, ce n’est pas mes cinq sens, ni même mon sixième sens. C’est bien au-delà de ça. Je ne fais plus qu’un avec mon armure et l’île Kanon. C’est grâce à ce qui m’a permis de survivre à l’enseignement de mon maître. C’est… L’ultime cosmos, le septième sens ! »
Immédiatement, Apodis ouvre ses yeux et écarte ses bras.
Son corps rayonne et son armure jaillit devant lui.
La Cloth est comme neuve, le mélange du sang nécessaire à sa reconstruction et les bienfaits du volcan l’ont réparé.
Les plaies d’Apodis cicatrisent peu à peu. Son bras gauche bleui par le froid commence à réagir…


A Jamir :

Alors qu’il est proche de sortir du domaine des muviens, Mei, le visage renfrogné, froissé par l’humiliation que lui a fait subir Mû, ressent la présence de Yulij lui courir après.
Celle-ci n’a pas pris sa Pandora Box contrairement à lui, il comprend donc : « Tu vas rester ici alors. »
Yulij - " Et toi aussi tu dois rester. "
Mei - " Certainement pas. "
Yulij bouillonne : « Mais enfin qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tu as été l’élève d’un Saint d’or. Et alors ? Quel droit ça te donne de plus ? Quelle capacité exceptionnelle as-tu de plus que les autres ? Aucune ! Hormis Nicol, nous sommes tous à un niveau quasi équivalent. »

Encore plus piqué au vif par de tels propos, Mei tourne le dos. Son ego est sérieusement troublé.
Yulij insiste pour le retenir. D’une voix plus douce, elle déclare : « Tu n’as rien à prouver. »
Cependant, la décision de Mei est prise : « Je m’en vais. »
Yulij passe devant lui et se met en position de combat : « Tu partiras d’ici seulement après m’avoir vaincue. »
Mei - " Arrête Yulij. Tu es ridicule et je ne veux pas… "
Il n’a même pas finit sa phrase que la jeune femme au maillot et au short kaki l’envoie au tapis d’un crochet du gauche.

Pour Mei, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il défait les lanières de sa Pandora Box et se met en position de combat. Ses yeux sont embrumés par la colère.
Il répond d’une droite qu’elle pare sans difficulté. Elle en profite pour lever le genou vers son estomac, mais il le bloque avec son coude gauche. Il enchaîne avec un coup de tête en plein visage de Yulij et lui fissure son masque de femme chevalier.
La Saint du Sextant s’en remet vite et effectue un coup de pied retourné. Il l’esquive en s’accroupissant. Il joue ainsi de la flexion de ses jambes pour prendre appui et plaquer violemment Yulij contre les rochers qui les entourent.
Secouée, la demoiselle parvient difficilement à se tenir droite. Mei espère ainsi la mettre hors de combat en lui collant un uppercut.
C’est sans compter sur l’opiniâtreté de son adversaire qui lui attrape le bras et fait passer Mei par-dessus elle pour le faire s’écraser au sol.
Yulij - " Tu vois. Finalement tu n’es pas plus fort qu’un autre. L’entraînement de Mû te sera bénéfique. "
Mei refuse de s’avouer vaincu, il se jette genou en pleine figure de Yulij. Après avoir voltigé dans les airs, elle s’échoue lamentablement au sol.
Mei - " Je t’interdis de croire que tu peux rivaliser avec moi ! "

Sous ses pieds, il sent quelques fracas. Sa rage s’atténue lorsqu’il comprend qu’il s’agit du masque brisé de Yulij : « Te… Ton masque ! Je… Je ne voulais pas, je suis désolé. »
Yulij se relève déconcertée. Elle passe ses mains sur son visage qui reste magnifique, malgré l’aigreur qui la défigure.
Ses fins sourcils sont froncés et ses grands yeux bleus toisent son rival, subjugué, voire gêné, par sa beauté :
Yulij - " Comment as-tu pu ? "
Mei - " Je… Je m’excuse. "
Sa cosmo énergie commence à s’étendre tout autour d’eux, laissant Mei penaud.

Heureusement, la concentration de la jeune femme est interrompue lorsqu’un foulard tombe sur ses cheveux blancs grisonnants.
Médée, en tête, lui assure : « Ajuste donc cela pour dissimuler ton visage. Mon mari te refera un masque ne t’en fais pas. »
Derrière sa conjointe, Mû, plein de bon sens, déclare : « Alors Mei. Cette confrontation a été un bon exercice. Je suis sûr que tu réalises avoir encore beaucoup à apprendre. Si tu es prêt à te conformer à mes exigences et à suivre rigoureusement mes conseils, alors j’accepte que tu restes parmi nous. »
Mei, indécis, baisse la tête vers le sol.
Nicol rajoute alors : « Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Yulij. Maintenant que tu as vu son visage, elle n’a pas d’autres choix que de t’aimer ou de te tuer. Epargne-lui une traque inutile à travers le monde. »
Mei rendosse l’urne de son armure et tourne le dos à ses amis.

Pourtant, il est incapable de reprendre sa marche.
Ses membres tremblent d’effroi après avoir constaté l’écart insignifiant entre Yulij et lui.
Lui, l’élève d’un des Saints les plus puissants au monde, réduit au même niveau qu’une vulgaire paysanne du Sanctuaire.
L’image cruelle de Deathmask, abattant son courroux sur Epione, brisant le souvenir paternel qu’il gardait de lui, lui revient aussitôt en mémoire.
Tout comme son impuissance face à la mort de Dabih.
Il réalise alors que sa propre faiblesse remet chaque fois en question ses certitudes.

Longtemps immobile, il finit par laisser s’échapper quelques larmes.
C’est seulement lorsqu’il devient capable de dissimuler son émotion, qu’il fait demi-tour : « Très bien, j’accepte de rester… »
Une fois arrivé à hauteur de Mû, Mei concède, tout en le fixant dans les yeux et en abandonnant son ton fier : « … Et je m’excuse pour mon comportement grossier. »


Dans la Méditerranée, non loin de la Grèce, sur l’île Kanon :

Le soleil se couche à l’horizon, ne laissant qu’une teinte orangée dans le ciel.
Au sommet du volcan, dans le nuage de fumée, apparaît peu à peu l’ombre d’un chevalier habillé de son armure de bronze. Celle-ci brille de mille feux.

Resplendissant, le Saint se détaille lui-même avec admiration : « Incroyable, c’est comme une seconde vie. Je n’ai jamais été aussi en forme. Je n’ai plus une seule cicatrice, toutes mes plaies ont été résorbées. Et mon armure, je la sens emprunte d’une nouvelle vie. »
Il ferme les yeux un instant avant de déclarer : « Juste en bas, je ressens le cosmos de Marine. Elle est accompagnée d’une autre personne. J’y vais. »


Après un bon prodigieux, à la vitesse de la lumière, à peine sa phrase achevée, qu’Apodis se réceptionne devant Marine.
Celle-ci, assise, les jambes croisées, est restée à fixer toute la journée le captif Gigas.
D’un hochement de la tête, comme pour la remercier, Apodis se contente de prononcer le nom de son amie : « Marine. »
Elle lui renvoie le même signe et pointe du doigt Gigas : « Apodis, il faut que nous parlions. Beaucoup de choses sont arrivées au Sanctuaire. »

Pendant plus d’une heure, Apodis reste les bras croisées à écouter les interventions de Marine conjuguées à celles de Gigas.
Apodis - " Alors Docrates, Misty, Babel et les autres sont morts sans savoir qu’ils officiaient pour le mal. Et c’est aujourd’hui Phaéton qui a pris la place de Gigas, après que celui-ci a fuit une fois sa dernière tentative au Japon avortée. "
Marine - " Tout le monde n’est pas mort sans connaître les raisons obscures de leurs missions. Il y avait parmi eux les Ghost Saints. "
Apodis - " Les Ghost Saints ? "
Marine bouscule Gigas pour le faire parler :
Gigas - " Euh… Hum… Les Ghost Saints étaient un groupe de mercenaires du Sanctuaire. Un peu comme Docrates et Crystal Saint. Seulement leurs actes étaient criminels et par sécurité, une fois leur mission principale achevée, on les a exilés du Sanctuaire. C’est sur l’île où ils se sont réfugiés que Seiya et les autres les ont vaincus. Voilà, c’est tout. "
Marine le chahute davantage : « Non ce n’est pas tout. »
Apodis - " Tu parlais d’une mission principale. Laquelle était-elle ? "
Gigas - " Comme tu le disais tout à l’heure, sur Yíaros plusieurs soldats portaient ma marque. Il s’agit d’hommes sans scrupules. En plus de soldats je disposais d’une équipe de mercenaires, dont les Ghost Saints. Sur demande du Grand Pope, nous les avons utilisés pour monter le complot lors de la Journée Sainte. C’est eux qui ont attaqués les athéniens. "
Apodis - " Tu veux donc dire que ce sont des athéniens qui ont tués d’autres athéniens. "
Gigas affirme honteusement d’un mouvement de tête. Marine, d’un ton autoritaire, somme à Gigas de dire toute la vérité : « Dis-lui qui était chargé de s’occuper de la maison d’Apodis ! »
Les yeux d’Apodis, remplis de douleur, se lèvent instantanément sur Gigas. Ils deviennent chargés d’une rage folle.

L’ancien général commence à reculer, espérant prendre la fuite : « Je… J’accepte de te le dire… Seulement… Seulement promets-moi de me laisser la vie sauve. »
Apodis se précipite devant lui : « Parle ! Je t’écoute ! »
Gigas - " Le… Le plan du Pope était de profiter de la soi-disant attaque d’Hébé, pour frapper directement les chevaliers qui se posaient trop de question sur la politique qu’il menait. Il a donc chargé les Ghost Saints d’attaquer ta maison. Voilà, c’est tout. Laisse-moi partir maintenant. "
Les yeux d’Apodis débordent de brutalité. Ses veines gonflent sur son front et sa mâchoire est prête à se broyer tant il serre les dents.
Marine, d’une voix douce, comme pour ne pas amplifier la furie montante en Apodis, ordonne à Gigas : « Ce ne sont pas les Ghost Saints qui ont attaqués sa maison, mais un d’eux. Dis-lui lequel. »
Alors qu’il est déjà à quelques mètres d’Apodis, il continue de marcher en arrière : « Il… Il s’agissait du Ghost Saints de la Méduse. »
Apodis, sans desserrer la mâchoire : « Son nom ? »
Gigas - " Il a accepté de rentrer dans la bande de Geist, la chef des Ghost Saints, par dépit. Le fait que tu deviennes chevalier et que lui ne le serait jamais l’avait anéanti. "
Apodis - " Son nom ? "
Gigas - " Lorsque nous avons mandaté les Ghost Saints pour le complot de la Journée Sainte, il s’est aussitôt proposé volontaire en entendant ton nom sur la liste des gens à punir. "
Apodis - " Son nom ?! "
Gigas - " Mais il a été puni tu sais. Il a trouvé la mort des poings de Seiya de Pégase. Aujourd’hui son cadavre gît dans les eaux boueuses de… "
Apodis hurle : « Son nom ! »
Gigas - " F… Front… Frontinus… Il s’agissait de Frontinus. Ton père. "

Comme ayant reçu un électrochoc, Apodis s’écroule à genoux.
Les yeux dans le vague.
Son mémoire revit la découverte de sa maison ravagée.
Du cadavre de sa mère.
Du corps gisant de son petit garçon.
« Mon père… Frontinus… Alors il aura détruit ma famille jusqu’au bout. Nous avoir rendu malheureux ma mère et moi ne lui aura pas suffit. Il a osé… Sa femme… Son… »
La douleur est si forte qu’il n’arrive pas à achever sa phrase dans son esprit.
Il baisse la tête au sol pour vomir de dégoût.
De rage.
De tristesse.
D’incompréhension.
Il hurle la fin de sa phrase en posant ses mains sur son visage pour étouffer ses sanglots : « Son petit fils ! »

Déjà loin, Gigas s’enfuit en traînant la jambe.
Marine vient déposer sa main sur l’épaule d’Apodis : « Je suis désolée. Mais il était impératif que tu saches. »
D’abord haletant, Apodis reprend son souffle.
Il efface du bras ses larmes et affiche une mine ferme, fidèle au cap qu’il s’est fixé.
Il pose sa main sur celle de Marine : « Merci Marine. »
Il se redresse et se contente d’un : « Je reviens. »
Avant de foncer en direction de Gigas.

Dans son dos, Gigas sent un vent violent le heurter derrière sa jambe valide. La chair de sa cuisse vole alors en lambeau sous le coup porté à distance et avec précision par Apodis.
Le vieux bougre s’échoue sur le sol.
En levant l’½il en l’air, le borgne déclare à Apodis : « J’avais demandé la vie sauve. »
Apodis - " Et tous les innocents morts par ta faute, que leur as-tu répondu lorsqu’ils demandaient la vie sauve ? Et ma mère ? Et mon fils ? "
Gigas - " Ce n’était pas ma faute, c’est le Grand Pope le responsable de tout ça. Tiens tu sais quoi, tu es très fort. Marine aussi l’est. Pourquoi n’irions-nous pas au Japon retrouver Seiya et les autres ? En nous alliant à eux, je suis sûr que nous pourrons renverser le Grand Pope et… "
Gigas n’arrive pas à finir sa phrase, la main d’Apodis s’aventure dans sa bouche : « Je ne supporte plus de t’entendre. »
D’un coup sec, il lui arrache la langue.
Le vieillard crapuleux se roule sur le sol de douleur, alors qu’Apodis lui attrape sa barbe pour le tirer sur le sol.
Dans un son inaudible qui signifie « pitié », Apodis tire Gigas durant de longues minutes jusqu’au sommet du volcan.

Son visage lui brûle tant Apodis le traîne résolument.
D’abord écorché, le genoux de sa jambe invalide finit par être corrodé jusqu’à l’os tant la distance sur laquelle il est promené semble interminable.
Plus le roublard implore le pardon, et plus Apodis s’arrête pour lui briser les membres. D’abord les doigts, puis les poignets, les chevilles, les bras, les jambes.
De son genou entamé et de sa jambe amputée à hauteur de la cuisse, une route d’hémoglobine reliant Marine jusqu’au sommet du volcan est tracée.

Arrivé au sommet, le malheureux pleure. Hurle. Implore le pardon d’Apodis.
Mais l’Oiseau de Paradis tient son sous-fifre par-dessus la lave par sa barbe. Impassible. Ferme. Déterminé : « Maman, Sperarus, ce n’est ici qu’une partie de ma vengeance. Je tiendrai parole et me battrai jusqu’au bout pour l’amour. Seulement pour l’amour. L’amour que j’ai pour vous. »

Il cherche une dernière fois le regard miséricordieux et alarmé du condamné pour lui faire comprendre qu’il n’y a plus d’issue.

Cette torture psychologique semble bien plus longue à Gigas que son chemin de croix.
Si bien, que lorsque la main d’Apodis se desserre, il parait enfin soulagé.

La chute semble pourtant longue.
Interminable.
Suppliciée pour Gigas.
Sa chair se détachant de sa peau à mesure qu’il approche la lave.

Libératrice pour Apodis.
Il savoure presque l’odeur de la peau brûlée et du souffre qui se libère de l’éclat.

Un éclat discret.
Epais.
Enflammant barbe et cheveux du général déchu.
Déchirant son visage.
Insinuant le feu de la vengeance au plus profond de son visage.
Et bientôt de ses entrailles…

Gigas meurt dans l’enfer du volcan en activité après une chute de plusieurs centaines de mètres dans une atmosphère insoutenable.

Apodis ferme les yeux quelques instants puis aspire l’air à pleins poumons avant de le relâcher d’un long soupire qui libère toutes ses tensions.


Il se retourne vers Marine qui l'a suivit jusqu’au sommet : « Et maintenant ? »
Marine s’assoit et scrute l’horizon : « Le Sanctuaire perd de précieux alliés. Crystal Saint, Misty, Astérion, Moses, Babel. Seiya et ses amis de leurs côtés, apprennent à devenir chaque jour de plus en plus fort. Ils ont perdu des biens matériaux comme le Colisée ou une partie de la Résidence Kido où ils vivent, mais ils se reconstruisent peu à peu et renforcent les liens qui les unissent. Aujourd’hui de jeunes garçons nommés les Steel Saints leur prêtent main forte. Une nouvelle base stratégique sous leur Colisée se termine. Et surtout, Athéna est avec eux. »
Apodis - " Comment peux-tu être sûre qu’il s’agit bien d’Athéna ? "
Marine ne détourne pas son regard du paysage : « Sais-tu quel jour sommes nous ? »
Apodis - " Aucune idée. "
Marine - " Pour vous, les hommes, le 13 octobre 1986 s’achève. "
Apodis - " Pour nous les hommes ?! Je ne comprends rien à ce que tu racontes Marine. "
Marine - " Comme Seiya est auprès de Saori, tu n’as pas besoin d’aller les aider au Japon. Tant que Pégase est auprès d’Athéna, nous n’avons rien à craindre. Tu vas donc pouvoir m’aider. "
Apodis, penaud, regarde Marine se lever et dresser le bras vers le sud : « J’ai besoin que nous nous rendions sur Yíaros. »
Apodis - " Yíaros ?! Mais j’en viens ! "
Marine sort un bracelet sur lequel sont dessinés deux symboles s’entremêlant : « Mais là-bas tu n’avais pas la clé. »
Apodis - " La clé ? Mais qu’est-ce que ça signifie ? "
Apodis détaille avec minutie le bracelet et distingue : « Les symboles qui s’entremêlent, on dirait… »
Marine confirme : « Oui. Pégase et la Chouette. Deux éléments indissociables du succès pour Athéna. »
Apodis - " Si je te suis sur Yíaros, me diras-tu alors le sens de tout ceci ? "
Marine - " Je ne suis pas la réponse. Je n’en suis qu’une infirme partie. "



J’étais rétabli, j’avais libéré tout mon potentiel enfermé au plus profond de mon être et déjà une nouvelle quête me guettait.
Le monde était devenu fou. Tout autour de nous, la pagaille disséminée par le Sanctuaire avait crée plusieurs clans qui s’évertuaient chacun de leurs côtés à faire régner la paix et la justice. En somme, l’amour. Seulement l’amour.

7
Only for Love / Chapitre 51 - Devenir plus fort
« on: 20 January 2014 à 14h33 »
Après les tristes événements de la veille, le moral des troupes n’était pas au beau fixe.
Au Japon, Seiya et ses amis ne revenaient qu’avec le casque de l’armure d’or et avaient perdu Ikki.
En Grèce, Mei, Nicol, Yulij et Médée étaient parvenus à fuir le Sanctuaire au prix de la vie de Dabih.
Au Sanctuaire, Saga s’inquiétait que l’armure de l’Autel ait pu être gagnée.



Chapitre 51 - Devenir plus fort

En Grèce, dans les montagnes qui délimitent le Sanctuaire du reste du monde :

6 octobre 1986.
Il fait encore nuit noire. Au loin, en contrebas, les fuyards peuvent apercevoir quelques points lumineux qui correspondent aux lumières de la ville contemporaine.
Plus haut, quelques torches de soldats scintillent.

Médée, embusquée derrière un rocher, abandonne sa position pour rejoindre ses nouveaux compagnons.
Ceux-ci sont accroupis au bord d’un bras d’eau qui descend de la montagne. Nicol s’en abreuve sous l’½il admiratif de Yulij : « Cette Cloth… Elle est aussi belle que dans mes souvenirs, lorsque notre maître Arlès la portait. Elle est d’autant plus belle qu’elle est sur tes épaules aujourd’hui. »
Le Saint d’argent lui sourit affectueusement.

Face à tant d’amour et de compassion, Mei, endeuillé par le sacrifice de Dabih, s’éloigne pour s’esseuler.

Médée vient les informer :
Médée - " Les troupes à nos trousses rebroussent chemin. Nous sommes trop proches du monde contemporain. Ils ne veulent pas se faire remarquer. "
Nicol - " Bien. Dans ce cas nous allons nous reposer ici. Nous avons besoin de prendre des forces. Nous monterons la garde à tour de rôle. Je vais commencer. "
Médée accepte volontiers et, sans le moindre effort, fait apparaître sa Pandora Box devant elle afin d’y renvoyer son armure.
Yulij est stupéfaite :
Yulij - " Waouh ! Incroyable. "
Depuis le coin où il s’est isolé, Mei imite Médée et grommelle :
Mei - " Il n’y a rien de compliqué à ça. L’urne est liée à ton armure et par conséquent à toi. Il suffit d’entrer en osmose avec ton armure pour faire apparaître ta Box. A l’intérieur ta Cloth se régénère. C’est sa manière à elle de se reposer. Après les combats livrés cette nuit, je te recommande de faire pareil que Médée. "


En Allemagne :

A l’intérieur d’une maison inoccupée où ils se sont invités, Myu et Reinheit restent accoudés à la fenêtre pour observer ce monde contemporain qu’ils ont si peu connu.
Recueilli à Asgard dès son enfance, Myu découvre seulement la jeunesse à laquelle a le droit le reste du monde depuis qu’il voyage avec Rhadamanthe.
Reinheit, elle, n’en garde que peu de souvenir après qu’elle ait été amenée de force au Port du Destin il y a des années.

Leurs avis sur ces infrastructures et sur le comportement des gens divergent. Reinheit déclare :
Reinheit - " Comme ce monde est magnifique. Les femmes peuvent se promener libres, sans avoir à se vendre pour survivre. Les vêtements qu’elles portent sont sublimes, les moyens de transports sont collectifs et tous sont égaux en droit. "
Myu soupire :
Myu - " A tel point que ce brave monsieur au bout de la rue, n’arrive pas à marcher en raison de son âge. Il peine à tirer ses courses et personne ne l’aide, personne ne le voit. Ce monde est vraiment pourri. "

Rhadamanthe apparaît dans leur dos. Propre, les cheveux encore humides après un bain, il a remplacé ses vieilles frusques contre des vêtements trouvés dans l’armoire des chambres :
Rhadamanthe - " Myu a raison. Nous ne sommes égaux que face à la mort. Voilà pourquoi Hadès doit gouverner. "
Déjà apprêtée avec une robe qu’elle a subtilisé dans le mobilier, la plus vieille de l’équipe, Reife, se moque des deux hommes :
Reife - " Hadès… Le dieu qui détruira ce monde… Qu’elle hérésie de croire qu’il nous offrira un monde meilleur. "
Rhadamanthe s’emporte aussitôt. Le poing dressé, il affirme :
Rhadamanthe - " Ce monde a besoin d’être mis sur un pied d’égalité. En prenant le contrôle, Hadès offrira à tous une vie éternelle, sans souffrance, en faisant de la surface son nouveau royaume. Alors maintenant cesse de blasphémer, sans quoi je te ferai regretter tes paroles ! Mange à présent, profite de l’absence des propriétaires de cette maison pour te ressourcer. Nous repartons dans quelques heures achever notre long périple. "
Myu profite de l’occasion pour s’approprier des vêtements moins miteux que les siens, puis part se débarbouiller.

Rhadamanthe s’approche de sa fidèle maîtresse dont il semble se jouer.
Il s’accroupit derrière elle et lui caresse les cheveux :
Rhadamanthe - " Vois-tu Reinheit, ce que tu vois ici n’est qu’une façade. Personne ne prête attention à personne. Dans les ruelles les plus sombres, des femmes sont contraintes de faire de sales besognes malgré tout. Certaines le font de force, d’autres n’ont pas d’autre choix pour nourrir leurs enfants. D’autres encore le font en toute connaissance de cause, pour pouvoir porter ces jolies robes et paraître aux yeux du monde aussi libres que tu le crois. Cette vie n’est pas mieux que celle que tu vivais auparavant. N’est-ce pas ? "
Aveuglée par l’amour et la confiance qu’elle porte au futur Juge, elle acquiesce :
Reinheit - " Oui. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope :

Le jour se lève peu à peu et inonde les visages défraîchis de Sirius, Dio et Algethi.
Le combat de cette nuit et l’alcool avalé chez Misty aidant, le trio argenté a la mine décomposée.
Sous les regards des soldats positionnés devant la grande porte de la salle d’audience du Grand Pope, les trois Saints d’argent traînent les pieds.
Ils repartent en direction des douze maisons alors qu’ Algol arrive en face d’eux, casque sous le bras :
Algol - " Sirius, Dio, Algethi. "
Ses trois pairs lui répondent d’un hochement de tête.
Algol - " J’ai été convoqué par le Pope après les événements de cette nuit. Dignity Hill a de nouveau été bafoué. "
Sirius - " Nous sortons à l’instant de la chambre du Pope car nous avons failli. Les fuyards ont réussi à nous échapper. "
Dio - " Alors qu’on les tenait à notre merci, l’un d’entre eux nous a eu par surprise. Il était au moins aussi fort et rapide que nous. Nous n’avons pas pu l’identifier. "
Algol - " Et les autres ? "
Sirius - " Le cadavre de l’un d’eux était celui de Dabih. Un esclave racheté par Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. "
Dio - " Il était accompagné de deux femmes chevaliers. L’épouse de Mû de Jamir, Médée Saint de bronze du Burin du Graveur. "
Sirius - " L’autre devait porter l’armure volée chez Saül, celle du Sextant. "
Algethi - " De plus les gardiens de la prison d’Honkios nous ont avertis que deux détenus s’étaient échappés. Il s’agit de Nicol et Yulij, les deux personnes qui ont été arrêtés à Dignity Hill. Il y a fort à parier qu’il s’agit d’eux qui accompagnent Mei et Médée. "

« Mei… Dire que c’est moi qui l’ai accueilli à son arrivée au Sanctuaire. Quand à Nicol et Yulij, j’étais là quand ils ont été arrêtés à Dignity Hill. J’aurai dû demander plus de surveillance sur leurs cellules. », s’acharne contre lui-même le Saint de Persée.

Sirius le sort de ses pensées :
Sirius - " Le Grand Pope nous a renvoyé tenir nos positions sur le champ. Nous ne tardons donc pas ici. Aphrodite Saint d’or des Poissons est déjà dans la salle d’audience. Bon courage. "
Les deux autres saluent Algol et quittent le palais.
Le chevalier d’argent attend seul que le Pope l’invite à rentrer.


De l’autre côté de la porte, debout devant son siège, le Pope gronde son mécontentement :
Saga - " … Deux évasions de la prison principale ! Deux vols d’armures ! Deux autres chevaliers qui se retournent contre moi ! Des Saints et des soldats incapables de ralentir quatre misérables chevaliers débutants ! Heureusement que l’esclave a été tué, sans quoi nous passions pour des moins que rien ! "
Casque au sol, agenouillé, Aphrodite baisse la tête et ne prononce pas le moindre mot. La raison de sa convocation ici est désormais évoquée :
Saga - " Le précédent Pope t’avait chargé d’une mission à Dignity Hill et tu n’as pas su t’y conformer. Le jardin que tu gardais devait veiller à retenir prisonnière une des Cloths qui nous a été dérobée. Puis-je encore te faire confiance après de telles circonstances ? Sans oublier ton comportement déjà puni il y a un mois ! "
Aphrodite se relève et enfile son casque sur sa tête :
Aphrodite - " Précédent Pope, nouveau Pope. Nous savons tous deux que cela ne rime à rien. Je suis toujours le même. Je me tiens toujours sous la bannière de la justice. La politique menée depuis des années par le Sanctuaire nous a amenés de grandes victoires. Il n’y a rien de plus beau que le succès. Et je ne trahirai jamais la beauté. "
Saga - " Hum… Dans ce cas, va ! Je ferai appel à tes services de nouveau lorsque l’occasion se présentera. "
Aphrodite incline la tête en guise de respect :
Aphrodite - " Merci Majesté. "
Il traverse le long tapis rouge de la pièce jusqu’au deux lourdes portes qu’il écarte sans ménagement.


Dehors, dans le couloir, attend Algol. Comme tous les soldats présents, le Saint d’argent s’incline face au Saint d’or.
Pourtant le suédois ne ménage pas le saoudien :
Aphrodite - " Être convoqué pour la faute d’un lieutenant qui n’a pas su veiller sur le secteur qu’il a sous sa juridiction, je n’aurai jamais cru que cela m’arriverait. "
Algol grince des dents. Aphrodite poursuit :
Aphrodite - " Le prochain qui bafoue mon jardin par ta faute te coûtera la vie. "
Algol ne bronche pas et attend que son supérieur soit sorti du palais pour se relever.

Le chevalier de Persée traîne les pieds jusqu’au Pope. La voix impériale du représentant d’Athéna résonne dans la pièce et fait frémir les gardes qui referment les portes derrière Algol :
Saga - " Algol ! "
Le Saint se courbe :
Algol - " Majesté je vous… "
Saga - " Par deux fois en un mois, le secteur de l’est a été le théâtre de drames que je refuse de voir. Dignity Hill est le sanctuaire du dieu Abel, frère d’Athéna. Bien que ce dieu ait été renié de l’histoire, il est interdit en la mémoire du frère de notre déesse, de bafouer cet endroit par une présence quelconque ! Cela n’est-il pas assez clair pour toi ? "
Algol - " Je vous assure que si Majesté… "
Saga - " Alors comment expliques-tu que les incidents d’hier soir aient eu lieu sous ton nez ? "
Le chevalier préfère taire son absence d’hier soir au profit d’une soirée chez Misty.
Saga - " Je vais devoir te relever de tes fonctions. "
Furieux contre lui-même de tomber en disgrâce, Algol manifeste sa passion d’Athéna :
Algol - " Je vous en prie Majesté ! Ce grade de lieutenant est pour moi un insigne honneur de représenter notre grande déesse Athéna ! J’ai voué toute ma vie à ce rôle et je… "
Saga - " Silence ! Il est vrai que tu as toujours fait preuve de dévotion. J’ai déjà pu avoir vent de ta passion, par l’ancien Pope, lorsque tu étais envoyé sur les champs de bataille contre les Kshas de Shiva. "

Une longue pause crée un certain malaise chez Algol pendant que le Pope réfléchit.
« Quelle vexation ! Tomber si bas dans l’estime du Grand Pope. Il a raison. Les catastrophes récentes sont intolérables. Si hier soir j’étais resté auprès de ma douce compagne Hevelius au lieu de passer des instants interdits auprès d’Hasu, j’aurai été plus près de Dignity Hill et j’aurai pu intervenir. Après tant d’effort pour gagner la confiance de l’ancien Pope, voici que je détruis tout face à son successeur. Si jamais une seconde chance m’est accordée, je jure sur mon armure de devenir plus ferme. », se promet-il.

Le Grand Pope choisit :
Saga - " J’irai calmer Athéna et je l’informerai qu’il t’a été accordé une seconde chance. Tâche de ne pas la décevoir. "
Algol - " J’appliquerai à la lettre les consignes du Sanctuaire. Les faibles, les fuyards et les hors-la-loi seront traités selon vos désirs Majesté. "
Saga - " A présent tu peux disposer. "
Algol - " Bien votre Majesté. "


Enfin seul, Saga libère son visage de son masque violet et son casque rouge pour avaler une coupe de vin malgré la matinée naissante :
Saga - " Encore plus dangereuse que l’armure d’or du Sagittaire, l’armure de l’Autel ne doit pas être en liberté. En effet, certains ici savent qu’en plus d’être le frère du Grand Pope décédé, Arlès était le Saint d’argent de l’Autel. Le fait qu’il y ait un nouveau Saint d’argent signifierait que je ne suis pas celui que je prétends être. C’est pourquoi il nous faut identifier et tuer au plus vite toutes les personnes hostiles à ma position, partout où ils se trouvent avant que les fuyards ne s’allient à eux. "


En Allemagne, au château d’Heinstein :

La traversée de l’Allemagne est moins difficile grâce à des tenues plus dignes et plus contemporaines pour le quatuor mené par Reife et Reinheit. Le groupe approche le château après quelques heures de marche.

Les deux femmes s’immobilisent à l’orée du bois qui sépare ce château maudit du reste de la civilisation contemporaine. Elles sont tétanisées par l’atmosphère morose des parages.
Voici bien des kilomètres qu’ils n’ont plus croisé âme qui vive. Les maisons sont abandonnées, les commerces fermés.
Une brume jaillie depuis la forêt, empêchant de distinguer le château depuis l’endroit où ils se trouvent.
Les deux Spectres ignorent le comportement craintif des femmes, ils avancent d’un pas décidé.

Pour la énième fois depuis qu’ils ont approché les zones inhabitées, Reife, l’aînée du groupe, répète :
Reife - " Cet endroit n’a vraiment plus rien à voir avec ce que j’ai connu. "
Les hommes, eux, sourient à mesure qu’ils avancent en direction du château. Reinheit reste accrochée au bras de Rhadamanthe pour ne pas voir les cadavres d’animaux en putréfaction et éviter d’observer cette nature morte sur laquelle elle marche.

Soudain, Myu, en éclaireur, fait volte-face pour offrir à son supérieur son plus beau sourire : « Je distingue enfin le château. »

Reife se sent immédiatement soulagée : « Bien, vous avez eu ce que vous vouliez, Reinheit et moi-même nous vous avons conduis ici. Relâchez-nous à présent. »
Comme pour affirmer son détachement de sa responsable, Reinheit s’accroche davantage au bras de Rhadamanthe.
L’anglais en est amusé : « Non ma jolie, tu viens avec nous. »
L’allemande commence à reculer pour fuir, mais déjà Myu lui barre le chemin après avoir bondit avec agilité jusqu’à elle. Il lui cramponne le bras : « Je suis convaincu que les nôtres seront ravi de t’avoir comme cadeau de bienvenue. »
Rhadamanthe reste froid comme à son habitude. Il se contente de pointer du doigt un chemin d’eau : « Bonne initiative Myu. Mais je te recommande de ne pas la faire marcher dans cette eau. Ce fluide ne me dit rien qui vaille. »

En effet, à ce lieu gisent deux dépouilles humaines. Grâce aux vêtements que les corps décharnés portent, n’importe quel Squelette passant dans les environs pourrait identifier les reporters qui s’étaient aventurés ici le jour où Ksénia est venue rencontrer Pandore.

Myu balance donc Reife de l’autre côté de la rive, tandis que Rhadamanthe porte dans ses bras Reinheit. Il marche sans exprimer la moindre douleur dans ce fluide nocif.


Enfin, ils débouchent sur ce qui s’apparente aux jardins de la famille Heinstein.
Le cadre est lugubre. Les statues sont noircies par la moisissure. Quelques mottes d’herbe morte errent sur le sol bosselé et à la terre humide. Des fontaines, s’écoule du sang à la place de l’eau. Des gerbes de lumière verte jaillissent du sol et provoque des écroulements de terrain, séparant petit à petit le château du reste du domaine.
Rhadamanthe - " Tu le sens Myu ? "
Le Papillon est émerveillé devant ce spectacle de désolation : « C’est le cosmos de notre maître. »

Une intonation particulière, semblable à un croassement, confirme les dires de l’autrichien de naissance. Elle vient d’un homme voûté, marchant à quatre pattes. Le misérable est doté d’une fort mauvaise dentition et son visage est marqué par quelques pustules. Zélos accueille les derniers arrivants : « C’est bien cela Myu. Seigneur Rhadamanthe, sa Majesté Pandore sera ravie de vous savoir parmi nous. »
Rhadamanthe plisse les yeux, le temps que le représentant de l’Étoile Terrestre de l’Étrangeté lui revienne en mémoire : « Hum… Zélos… »
Le cambodgien  se couche plus bas que terre :
Zélos - " Oui Seigneur Rhadamanthe. "
Rhadamanthe - " Il est temps que je présente mes hommages à sa Majesté Pandore. "

Le hideux personnage s’exécute et invite Rhadamanthe à pénétrer dans ce château sorti tout droit de la bouche des enfers, avant que les halos de lumière verte n’encerclent le palais et ne les précipitent dans le Meikai.


En Grèce, dans les montagnes qui délimitent le Sanctuaire du reste du monde :

Le groupe désormais mené par Nicol revient peu à peu à lui.
Yulij rejoint le japonais qui émerge après cette nuit difficile :
Yulij - " Nous allons y aller Mei. Médée revient de la ville la plus proche. Elle a réussi à voler quelques étoffes pour que nous camouflions dessous nos Pandora Box. "
Mei - " Bien. Une longue route nous attend si nous allons au Japon. "
Yulij - " Apparemment Nicol aurait une autre idée. "
Aigri, Mei déclare :
Mei - " Ah oui ! J’oubliais que ton petit ami était un stratège hors pair. "
Yulij commence à glousser :
Yulij - " Mon… Mon petit ami ?! Idiot, il est bien plus vieux que moi pour être mon petit ami. Il s'est occupé de moi comme le ferait un frère une fois notre maître disparu. "
Mei - " Ah. Vous êtes si proche que j’aurai cru. Et puis il ne m’est pas facile de deviner ton âge sans que je vois ton visage. "
Yulij - " Une femme chevalier ne montre pas son visage à un homme. Sinon elle n’a pas d’autre choix que d’aimer ou de tuer celui qui la démasque. "
Mei - " Oui, je sais. Merci. Est-ce pour me donner des cours sur la chevalerie que tu es venue auprès de moi ?! "
Partis sur de mauvaises bases tous les deux hier, Yulij aimerait réparer ça :
Yulij - " Non. Je tenais avant tout à te remercier pour hier. Tu nous as libéré et tu as sacrifié ta vie pour me permettre d’obtenir mon armure, alors que j’ai été ingrate avec toi dès notre première rencontre. "
Mei se relève pour rejoindre Médée et Nicol. C’est au tour du japonais de se montrer désagréable avec la jeune femme :
Mei - " Dabih aurait aimé entendre tes remerciements aussi. Hélas, il est mort pour nous sans que tu ais pu être reconnaissante envers lui. "

Face à Nicol, Mei garde un ton assez peu courtois :
Mei - " Yulij m’a dit que tu changeais nos plans ! On ne va plus au Japon ? "
Plus mature, Nicol reste calme et expose calmement les faits :
Nicol - " Nous discutions avec Médée et nous nous sommes rendus compte que pour aller au Japon incognito, il nous faudra des mois, si nous ne voulons pas utiliser notre cosmo énergie pour nous déplacer. Cependant le Sanctuaire va envoyer des tueurs à nos trousses qui eux ne se gêneront pas. Autant dire qu’ils auront toujours une longueur d’avance. "
Son calme et sa clairvoyance font de lui le leader naturel de cette équipe. Mei l’accepte peu à peu sans broncher. Nicol continue :
Nicol - " Avec Médée nous discutions des combats livrés hier. Nous étions bluffés par ta faculté à accroître ta cosmo énergie bien au-delà du niveau d’un simple Saint d’argent. Médée a cru comprendre que tu savais ce qu’était le septième sens. Personnellement, mon maître pouvait rivaliser avec un Saint d’or et je sais qu’aujourd’hui je suis capable de dépasser le niveau mon maître. Médée connaît aussi la notion d’ultime cosmos grâce à son mari. Même si elle n’a jamais réussir à s’en approcher, elle peut dépasser le niveau d’un simple Saint de bronze. "
Médée rajoute :
Médée - " Je pense qu’aller auprès de mon époux, à Jamir, nous assurerait la sécurité. Cela nous permettrait également d’en apprendre davantage auprès d’un Saint d’or. Car Mû de Jamir est le Saint d’or du Bélier. "
Mei conteste cette décision :
Mei - " J’ai été élevé par un Saint d’or. Je n’ai rien à apprendre qui puisse venir de quelqu’un d’autre que mon maître. "
Médée, malgré son calme habituel, s’emporte :
Médée - " Ton maître fait parti du camp de ceux qui veulent nous mettre à mort désormais. "
Par son charisme, Nicol rappelle au calme :
Nicol - " Pas de conclusions hâtives s’il vous plaît. Je comprends que Mei pense avoir suffisamment appris auprès de son professeur. C’est un signe de respect tout à fait louable. Cependant, Médée a raison. Nous serons plus utiles à tes amis au Japon si nous maîtrisons certaines bases que nous n’avons pas tous ici. "

Mei s’assoit sur sa Pandora Box, les bras croisés.
Médée et Nicol emboîtent le pas. Leur décision est prise.
Yulij, avant de les suivre, prend Mei par la main :
Yulij - " Ils ont raison tu sais. A quoi serviront nous au Japon si nous ne sommes pas de taille pour les aider ? "
Mei grimace mais suit malgré lui sa jeune amie.


En Allemagne, au château d’Heinstein :

A la traîne dans les couloirs du manoir, Zélos étudie d’un ½il inquisiteur les accompagnatrices des deux Spectres comme le font tous les Squelettes croisés dans les couloirs.
C’est seulement lorsqu’ils arrivent en haut d’un escalier que Zélos, essoufflé par le long chemin, peine à annoncer :
Zélos - " Nous y sommes. Derrière ces portes vous arriverez dans les appartements de sa Majesté Pandore. "
Myu attend l’accord du futur Juge pour entrer, Zélos profite de l’occasion pour affirmer :
Zélos - " A moins que vous préfériez vous attirer les foudres de sa Majesté Pandore, je pense qu’il est préférable que vous me laissiez ces adorables femmes. "
Le Spectre de Frog se redresse déjà, pour caresser les chevilles de Reinheit que Rhadamanthe protège en la gardant à bras.
Le violent anglais repousse son soldat d’un coup de pied :
Rhadamanthe - " Bas les pattes Zélos ! Personne ne touchera à cette femme sans mon accord… "
La jeune femme dépose à cet instant un regard passionné pour son héros.
D’un mouvement de tête, il indique Reife avant d’achever sa phrase :
Rhadamanthe - " … Seule celle-ci est à vous. Réunis Queen, Sylphide, Gordon, Valentine et tous les autres Spectres à ma botte et dis-leur qu’il s’agit d’un cadeau de leur Seigneur. "
Zélos s’empresse de venir étreindre Reife, sans oublier de caresser grossièrement ses formes afin de l’enlever de force dans les autres pièces du palais :
Zélos - " Merci mon Seigneur. Vous êtes bien bons. "
Reife hurle et tente de se débattre, mais, trop facilement, Zélos réussit à l’assommer.
A mesure qu’ils s’éloignent, Reinheit regarde Reife sans le moindre remord, alors que sa compatriote à toujours pris soin d’elle jusqu’à présent. La jeune allemande n’a d’yeux que pour Rhadamanthe, comme si elle souffrait du syndrome de Stockholm.

Rhadamanthe observe de longues secondes l’entrée de la chambre de Pandore sans oser prendre de décision. Il est tremblant à l’idée d’y entrer en compagnie de Reinheit et de devoir la sacrifier comme Reife. « Certainement un de ces futile sentiment humains » se moque-t-il en réfléchissant.
Néanmoins, sa décision est prise. Reinheit a confiance en lui, elle a respecté sa parole en l’amenant ici. « Je n’avais pas d’autres choix que de l’amener avec moi, ça aurait été prendre un risque que de laisser ces femmes vivantes. Elles auraient pu dévoiler le retour des Spectres à tout le Sanctuaire. », pense-t-il en voulant se donner bonne conscience.
Il se décide :
Rhadamanthe - " Mon fidèle Myu. Je te laisse rejoindre nos compagnons et faire connaissance avec eux. J’irai seul présenter nos hommages à sa Majesté Pandore. "
Myu ne bronche pas et part visiter les lieux.

Après avoir pris une forte aspiration, Rhadamanthe s’élance enfin vers la porte.
Seulement, avant qu’il ne puisse clicher la poignée, Reinheit vient cueillir son visage. Comme si elle a un mauvais pressentiment, comme pour se préserver elle-même de la rencontre qu’elle va faire, elle l’embrasse après lui avoir échangé un regard sincère :
Reinheit - " Je t’aime Rhadamanthe. "
Son regard peine à rester indiffèrent, néanmoins il s’engouffre à l’intérieur.

Quelques chandelles tamisent la chambre d’une faible lueur. La pièce est vaste, les murs sont couverts de portraits de famille où Rhadamanthe reconnaît Pandore enfant.
Dans le fond de la pièce, assise devant une glace, la propriétaire du château coiffe ses longs cheveux fins. Ceux-ci tombent dans son dos nu.

Rhadamanthe dépose enfin Reinheit sur les tapis qui couvrent le sol où il s’agenouille :
Rhadamanthe - " Majesté Pandore, je viens répondre à l’éveil de mon étoile maléfique. "
Un long silence fait office de réponse, pendant que la ténébreuse héritière de la famille Heinstein continue de démêler ses cheveux.
Puis, venant d’outre-tombe, des éclats de rire glacent le sang de Rhadamanthe.
Depuis l’ombre de la pièce, sort un couple qui devait certainement discourir avec Pandore avant leur arrivée.
Les gloussements de l’homme semble familiers au Wyvern :
Rhadamanthe - " Hum… Eaque… Juge des Enfers… Je reconnaîtrais cette voix entre mille. "
Le Garuda s’expose à la vue des deux nouveaux arrivants, avec une jeune femme au corps marqué de cicatrices :
Eaque - " Rhadamanthe ! Tu n’as pas changé ! Nouvelle époque mais toujours cet esprit désinvolte ! Comment peux-tu souiller les sols de la chambre de Sa Majesté Pandore avec la présence d’une intruse ? "
Rhadamanthe - " Non… Depuis la nuit des temps je suis au service de Sa Majesté Pandore pour le bien-être du Seigneur Hadès. Je n’ai jamais eu l’intention de la déshonorer. "
Aussitôt, la compagne d’Eaque se presse de surgir dans le dos de Reinheit pour enlacer l’allemande :
Violate - " Venez-vous donc l’offrir à nos hommes ?! Sa peau est tendre, fraîche… "
Violate s’amuse à sentir la nuque de Reinheit pendant qu’elle lui effleure les hanches avec les mains sous le sourire psychotique d’Eaque.
Rhadamanthe s’emporte aussitôt et d’un revers de la main gifle Violate avec une telle force qu’elle est envoyée au sol :
Rhadamanthe - " Je t’interdis de lever la main sur elle et de… "

La s½ur de l’âme d’Hadès sort enfin de son mutisme. Tout en reposant sa brosse sur sa coiffeuse, elle demande :
Pandore - " Allons Rhadamanthe, aurais-tu oublié cette dévotion que tu as pu avoir à mon égard en d’autres époques, pour oser me manquer de respect en entrant dans mon intimité en compagnie d’une autre femme. De plus, tu oses prendre sa défense en levant la main sur l’une des notre ?! "
Maintenant qu’elle lui adresse la parole, Rhadamanthe s’incline un peu plus. Il n’ose même pas regarder Reinheit dans les yeux, alors que celle-ci attend de son héros une réponse en sa faveur.
Néanmoins, le peu d’humanité que Reinheit suscitait à Rhadamanthe est réduit à néant sous l’attraction de Pandore envers son Juge.
Rhadamanthe - " Non… Non je n’ai pas oublié Majesté Pandore. Votre visage est gravé dans mon esprit, depuis le jour où j’ai senti en moi que mon destin était lié au Seigneur Hadès. "
Le rugueux Spectre n’a pas le courage de voir le visage de Reinheit se décomposer.
La jeune femme comprend que son idylle est achevée. La raison lui vient enfin et la réalité est bien cruelle.

Tout à coup, le silence macabre est brisé par le hurlement de détresse d’une femme qu’elle peut identifier sans problème. Depuis une des salles du château, les appels au secours de Reife retentissent dans le domaine, provoquant les rires sarcastiques d’Eaque et Violate, l’indifférence de Pandore, ainsi qu’une vision sordide de sa compatriote à Reinheit.

Entièrement nue, l’héritière de la propriété se lève pour faire comprendre que sa toilette est finie. De l’ombre apparaissent encore d’autres personnes, des femmes à l’apparence entièrement dissimulée sous un voile. Comme les hommes devenus fidèles à Hadès en devenant des Squelettes, ces femmes sont les servantes de la représentante d’Hadès et de ses soldats.
Elles habillent leur maîtresse de son épaisse soutane, en prenant le soin de ne pas toucher à sa lisse chevelure puis s’en vont sans le moindre bruit.

Rhadamanthe reste admiratif devant sa silhouette à peine illuminée, laissant une part de mystère sur la réalité de ses formes.
La peur qui imprègne Reinheit domine l’esprit de jalousie qu’elle aurait eu auparavant.

Les domestiques quittent la pièce en attrapant chacune la jeune allemande totalement désemparée :
Reinheit - " Non… Non je vous en prie… Ne me… Rhadamanthe… Aide-moi… "
Lui ferme les yeux et ignore les appels au secours. Il reste seul en compagnie de Pandore pendant que Eaque et Violate ferment les portes de la chambre en suivant le groupe.


Une fois seuls, elle avance jusqu’à lui :
Pandore - " Crois-tu qu’il s’agit d’amour ? "
Rhadamanthe - " Pardon Majesté ?! "
Pandore - " Ce sentiment qui te lie à moi, crois-tu qu’il s’agit d’un sentiment amoureux ? "
Rhadamanthe - " Cette émotion ne m’est jamais venue auparavant. Je ne saurai vous dire. "
Pandore - " Pourtant tu semblais éprouver quelque chose pour cette fille ?! "
Rhadamanthe - " J’ai été ému par cette confiance qu’elle pouvait avoir pour moi. "
Pandore - " Au point de commettre un outrage en l’amenant jusqu’à moi, moi qui me suis toujours montrée assurée de tes capacités ?! "
Rhadamanthe - " Pardonnez-moi Majesté, ce n’était nullement mon but. "
Pandore sort de sa robe un collier qu’elle expose à la vue de son sujet :
Pandore - " Sais-tu ce qu’est ceci ? Il s’agit d’une protection du Seigneur Hadès me permettant, en tant que s½ur et conseillère, de résider au Meikai et d’aller et venir à ma guise entre le monde des vivants et celui des morts. Cela m’a permis de te rencontrer, toi, le vrai Rhadamanthe, fidèle et passionné. Et si tu pouvais enfin retrouver ton âme, tu saurais à quel point je te rends cette ferveur, en t’accordant une confiance bien plus grande que celle de cette femme. Dès mon arrivée au Meikai tu t’es montré attentionné à mon endroit. Alors je te le demande encore une fois, crois-tu qu’il s’agit d’amour ? "
Rhadamanthe - " Quelle que soit l’émotion que j’éprouve à votre égard, je peux vous assurer Majesté qu’elle fait honneur à votre rang et que je vous offrirai le plus grand dévouement que vous pouvez attendre de moi. "
Elle lui tend sa main agrémentée d’un bijou en forme de serpent :
Pandore - " Alors baise-moi la main pour confirmer ce serment… "
Avec beaucoup d’élégance, l’anglais met en pratique la bonne éducation qu’il a reçue, sentant en cet instant son c½ur cogner dans sa poitrine de façon inexplicable. En une fraction de seconde, des souvenirs de ses instants du passé partagés avec son ancêtre le bouleversent. De l’allégeance catégorique aux instants passés à l’enlacer, il réalise qu’il y a bien plus qu’un lien de maître à subordonné entre eux depuis la nuit des temps.
Sa mémoire cesse de voyager lorsqu’elle le gifle d’un violent revers de la main pour conclure :
Pandore - " … et garde en tête ceci pour ne pas l’oublier. "
Rhadamanthe lève les yeux vers elle. Habituellement rempli de violence, son regard se montre totalement épris de la jeune femme.
Pendant qu’elle quitte en premier sa chambre, elle déclare :
Pandore - " Les chambres à côté de la mienne sont destinés aux Juges des Enfers. Minos et Eaque ont pris leurs quartiers de chaque côté de ma chambre. Pourquoi n’irais-tu pas t’installer dans la chambre qui est face à la mienne ? "

Rhadamanthe la regarde partir sans broncher, perdu dans ses rêves.
Un pincement au c½ur lui rappelle soudain la complexité de cette relation qu’il entretient depuis toujours avec elle, partagé entre sa servitude et sa grandeur d’âme.

Lorsqu’il sort enfin de la chambre, décidé à visiter le reste de son nouveau domicile, Rhadamanthe est interpellé par Eaque qui l’attendait dans le couloir.
Ses deux mains en appui sur le mur, tenant prisonnière Violate entre la paroi et son corps, le népalais ricane tout en baisant le cou de Violate qui reste droite, complètement assujettie :
Eaque - " Hi, hi, hi… Ce cher Rhadamanthe retrouve ses bonnes vieilles habitudes auprès de Sa Majesté Pandore. "
Le blond au regard perçant préfère ignorer la présence de son pair.
Eaque - " La servitude mon cher… La servitude… "
Rhadamanthe craque, sa vraie nature ne tarde pas à refaire surface. Il se jette sur Eaque qu’il plaque violemment contre le mur :
Rhadamanthe - " Où veux-tu en venir ? "
Eaque - " Le lien qui vous unie elle et toi, il est semblable à celui qui rattache Violate à moi, c’est la servitude. Ne te leurre pas sur la nature des sentiments de Sa Majesté Pandore. "
Rhadamanthe dégage Eaque en le repoussant en arrière. Le népalais sourit, il sait qu’il a raison et que Rhadamanthe en a pris conscience. Il disparaît donc dans les nombreuses ailes de la demeure.

Rhadamanthe observe Violate, prête à suivre Eaque :
Rhadamanthe - " Pourquoi le suivre alors qu’il te traite ainsi ? "
Violate - " Pourquoi êtes-vous inexorablement attiré par Sa Majesté Pandore ? "
Rhadamanthe - " Parce que depuis toujours… "
Violate - " Voilà ! Depuis toujours vous vous sentez le plus heureux des hommes auprès d’elle comme depuis toujours je suis proche du Seigneur Eaque. En cette époque, bien avant que ma nature de Spectre me vienne à l’esprit, il est venu à moi pour me libérer de la basse condition dans laquelle je vivais. Aussitôt je suis devenue une de ses ailes. Le destin nous a toujours rapproché et chaque fois je lui étais redevable. Je l’aime, c’est tout. Et cet amour durera aussi longtemps que ces Guerres Saintes contre Athéna se poursuivront. "
Rhadamanthe se montre ferme sans être hostile à la jeune femme :
Rhadamanthe - " Alors sois assurée Violate de Béhémot que cet amour sera éternel, car c’est en notre génération que nous offrirons enfin la victoire à notre Seigneur Hadès. "
Avant de rattraper son supérieur, Violate incline respectueusement la tête en affichant une mine enjouée par de tels propos.



Un nouveau périple s’annonçait pour Mei et ses amis.
Pendant ce temps, le Grand Pope voyait apparaître un nouveau groupe de rebelles. L’annonce de la mort de Docrates, après sa tentative de récupérer le casque du Sagittaire avortée n’allait en rien rassurer Saga. Et même si le retour en hélicoptère du reste de l’armure s’acheminait, l’usurpateur avait de quoi être soucieux.

8
Only for Love / Chapitre 50 - Mourir en homme libre
« on: 31 December 2013 à 17h08 »
Au Japon, Ikki s’était sacrifié pour sauver son frère et ses amis de Docrates. Si ce dernier parvenait à sortir des décombres durant la nuit, d’autres événements nocturnes avaient lieu à des kilomètres de là.


Chapitre 50 - Mourir en homme libre

En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

5 octobre 1986.
La ville principale est sans bruit, comme morte. Une fois la nuit tombée, plus personne ne traîne dans les rues.
D’ordinaire, Honkios reste le centre névralgique du domaine sacré. Les tavernes sont ouvertes jusqu’au petit matin et les villageois y chantent et dansent. Pourtant, ce soir, elles sont closes.

Les quelques flammèches des chandeliers qui éclairent les chaumières s’éteignent lorsque les habitants entendent les pas synchronisés des gardes en faction.
Pour accompagner cette marche militaire, la voix d’un caporal somme d’arrêter un contrevenant : « Halte ! Cet homme ne respecte pas le couvre-feu instauré par notre bien-aimé Grand Pope ! Qu’on le mette aux fers ! Il sera jugé demain sur la place publique pour avoir outrepassé ses droits ! »
Obéissant, un soldat s’empresse d’exécuter les ordres et s’en gargarise : « Alors renégat ! Le Sanctuaire des faibles et des paresseux c’est terminé. A cette heure-ci tu devrais prier notre Majesté le Grand Pope, puis reprendre des forces pour t’engager dans notre armée ! » 


A quelques encablures de là, tapis dans l’obscurité, Mei suit à pas de loup Yulij. Ils se faufilent au nez des gardes jusque chez Saül, le forgeron du Sanctuaire.
Le japonais se surprend à regarder, bien qu’il n’arrive pas à supporter son caractère, les courbes sensuelles de la jeune femme montée sur des spartiates à talons et habillée d’un maillot et d’un short kaki.
Perdu dans ses pensées, le chevalier vêtu de sa Cloth freine brusquement sa course pour ne pas percuter Yulij qui stoppe net :
Yulij - " Nous y sommes ! J’espère que Saül ne nous fera pas d’histoire pour nous remettre l’armure. "
Gentiment, le Saint espère la rassurer :
Mei - " Si tu es bien la Saint du Sextant comme le dit Nicol, alors il n’aura pas d’autres choix que de constater que l’armure vient à toi. "
La jeune femme rétorque sèchement :
Yulij - " Bien sûr que je suis la Saint du Sextant ! Si Nicol l’a dit ça ne peut être que vrai ! "
Mei - " La vache ! Ça ne te rend pas plus aimable en tout cas ! "

Inopinément, Yulij plaque Mei contre un mur :
Yulij - " Merde ! Une troupe de plus qui approche. "
Collés l’un à l’autre dans le peu d’espace ombragé dont ils disposent, Mei avale sa salive, gêné de sentir la poitrine de sa camarade s’écraser contre sa Cloth. Plaqué entre elle et le mur, il suggère d’une voix faible :
Mei - " Restons ici le temps qu’ils passent. "
Yulij - " J’ai une autre idée. Apparemment aucune alerte n’a été donnée concernant notre évasion. Vu que tu es Saint et que tu es habillé de ton armure, tu peux légitimement te trouver dehors. Tu n’as qu’à faire diversion. Pendant ce temps, je vais rentrer chez Saül. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :
 
Brillant au beau milieu de la nuit profonde, dans le village de l’est du domaine où vivait Apodis, la demeure de Misty est à la fête.
Par toutes les lucarnes de la maison, jaillissent les lueurs des torches murales.

A l’intérieur, l’alcool coule à flot. La musique est jouée par un groupe qui officiait habituellement à la taverne d’en face, jusqu’à ce que le couvre-feu soit décidé à l’annonce de la succession du Pope ce matin. Le banquet est servi en continu par les esclaves, hommes et femmes, du Saint du Lézard.

A une table, Spartan, Algol, Mozes et Dio se disputent autour d’une partie de poker :
Mozes - " Or de question que je verse un sacre de plus ! Je suis sûr que tu utilises ta télékinésie pour voir mon jeu ! "
Algol prend la défense de Spartan devant un Dio hilare face à la mauvaise foi de Mozes :
Algol - " Allons camarade. Tu perds à chaque fois de toute façon. Que Spartan joue où non ! Allez, sort les sacres que tu as misé ! "
Le Saint de la Baleine sort une bourse de laquelle il extrait la monnaie du Sanctuaire en bougonnant :
Mozes - " Tu ne devrais pas être auprès d’Hevelius toi, plutôt que de prendre la défense de Spartan ? "
Algol - " Hevelius n’aime pas ce genre de soirée. Elle est restée chez moi. Je ne tarderai pas à partir de toute façon une fois que je vous aurai tous plumés ! "
Spartan lève sa choppe de bière et trinque avec ses trois camarades :
Spartan - " J’aimerai voir ça tiens ! "

Dans un sofa au cuir véritable, tanné par un artisan du domaine, Misty, Astérion et Capella se détendent en observant le spectacle qui se déroule devant eux. Des danseuses et un jeune éphèbe se déhanchent sur le rythme sensuel des sons joués par les musiciens. Le malheureux a été affublé d’un costume de paon fait d’or. Celui-ci maquille seulement son dos de plumes dressés vers le ciel, comme lorsque l’animal fait la roue, laissant le reste de ses attributs nus. Les femmes, elles, ne portent qu’un léger voile transparent autour du bassin.
Tout en observant le beau garçon au regard de braise danser nu devant lui, le capitaine du Sanctuaire assure :
Misty - " Profitez bien de cette soirée mes amis. Ce sera la dernière avant longtemps. Notre nouveau Pope exige plus de rigueur et de discipline et nous nous devons de montrer l’exemple. "
Puis, d’un mouvement de la main, le chevalier exhorte le danseur à s’approcher de lui afin de le distraire davantage.

A la table derrière eux, Dante et Sirius parient tout ce qu’ils ont sur les duels au bras de fer que se livrent Algethi et Arachné. Tandis que quelques notables et sénateurs de la ville se vautrent dans la luxure et la gourmandise dans les couches prévues à cet effet en compagnie d’esclaves qu’ils ont fait venir.

D’autres encore préfèrent l’intimité d’une table d’amis pour dîner et s’amuser à bonne convenance comme le font Jamian et Hasu, accompagnés de quelques riches commerçant du domaine sacré.
L’ancienne amante d’Algol et de Shaka rie aux éclats en écoutant les périls hilarants du quotidien de Jamian.
Néanmoins, chaque fois que la Saint de bonze de la Couronne Australe reprend son souffle, elle ne peut s’empêcher d’avoir une attention toute particulière pour son ancien fiancé, le chevalier de Persée, attablé plus loin.


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

A une intersection, Mei jaillit devant une troupe de soldat :
Mei - " Bonsoir. "
Reconnaissant une armure de bronze, le caporal et ses neuf soldats se courbent aussitôt : « Bonsoir chevalier. »


Plus loin, Yulij en profite pour se glisser chez Saül.
Elle force facilement la porte d’entrée et découvre un immense atelier plongé dans la noirceur de la nuit.
A terre le sol couvert de paille est jonché de morceaux d’armures de soldats ébréchées, d’armes cassés, de boucliers percés ou fendus.
Le mur de gauche est agrémenté de trois larges fours, chacun accompagné à ses côtés de larges bassins en pierre.
Le mur de droite est pris de tout son long par un établi où les outils se mélangent aux pièces travaillées.
Depuis les poutres du plafond, sont suspendus des tenues de soldats mais aussi des armures de mercenaires comme celles que portent les hommes de Docrates.
Au fond, sur une grande estrade, sept urnes sont recouvertes par de vieilles bâches trouées.

Sous son masque de femme chevalier, Yulij sourit en devinant que c’est juste là-haut que sa Cloth se trouve.

Seulement, même avec la meilleure volonté du monde, elle ne peut y avancer sans faire le moindre bruit. Le sol est trop en chantier pour permettre d’être davantage discrète.

En dessous de l’estrade, assis face à un bureau  recouvert de crayons et de plans, à la lueur de son chandelier, le propriétaire des lieux remarque la présence intrusive de la jeune femme.
L’israélien bondit de sa chaise et dégaine une épée :
Saül - " Qui êtes-vous ? "
Yulij distingue peu à peu ses traits. Des cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu laissent glisser jusqu’à sa mâchoire d’épaisses pattes. Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire.
Il observe de ses petits yeux gris la jeune femme qui ment très mal :
Yulij - " Je... Euh… J’ai… Je suis… Le Grand Pope m’a sacrée Saint de bronze du Sextant tout à l’heure et j’ai obtenu le droit de venir chercher ma Cloth ici. "

Dehors, Mei tente de jouer la comédie :
Mei - " J’ai comme l’impression que notre Majesté le Grand Pope va pouvoir être fier de la nouvelle direction qu’il donne à son Sanctuaire. "
« En effet, le couvre feu est un succès. Et le recensement opéré chez les habitants est fructueux. Nos rangs vont très vite se renforcer. », confirme le caporal.
Une autre garnison passe à proximité de celle retenue par Mei. Néanmoins, à défaut d’être dirigé par un caporal, elle est menée par le second de Gigas, le commandant Phaéton.
Phaéton - " Bonsoir messieurs. Et bien, que se passe-t-il ? "
Le caporal incline la tête avec simplicité : « Nous discutions avec le chevalier… Le chevalier comment déjà ? »
Le japonais commence à ravaler sa salive. Il se tient au garde à vous devant son supérieur :
Mei - " Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. "
Le commandant s’indigne aussitôt :
Phaéton - " N’as-tu pas reçu ce matin un ordre de mission du Grand Pope te demandant de te rendre au Japon ? Que fais-tu encore ici ?! "


Dans l’atelier, Saül réfléchit quelques instants :
Saül - " Hum… L’armure du Sextant… Oui. Oui elle bien ici. "
Yulij commence à emprunter le raide escalier qui conduit à l’estrade lorsque Saül relève :
Saül - " Toutefois, le général Gigas est passé ici me commander une armure pour un de ses hommes. Il est étonnant qu’il ne m’ait pas informé de votre venue. "
Yulij - " C’est que… Euh… En fait il n’était pas présent lorsque le Grand Pope m’a… "
De l’autre côté du bureau, en attente dans la pénombre depuis que Saül a été interrompu, un homme se manifeste et coupe la parole à la menteuse. Il est habillé d’un maillot et pantalon jaune orangé. Ses cheveux sont couleur feu : « C’est tout de même étonnant. Moi qui suis le bras armé du général Gigas, je l’ai suivi toute la journée dans le palais du Grand Pope. Jamais je ne t’ai vu y venir. »
Yulij s’indigne :
Yulij - " Me traiterais-tu de menteuse ? "
L’homme tient dans ses mains un plan sur lequel travaille Saül et qui représente ce que sera bientôt l’armure du mystérieux homme de main de Gigas : « J’ai renoncé à mon nom pour me faire appeler Ennetsu Saint, le chevalier des flammes. Et oui, j’annonce sans peur que tu mens. »
Saül semble embarrassé par l’atmosphère hostile qui gagne son logis :
Saül - " S’il vous plait mademoiselle. Veuillez quitter ma demeure. "
Le mercenaire le rassure :
Ennetsu Saint - " Pas d’inquiétude Saül, je vais nous débarrasser d’elle en prenant soin de ne pas faire de votre atelier un brasier ardent. "
Il replie ses deux bras en arrière et concentre sa cosmo énergie pour faire jaillir deux jets de flammes qu’il dirige vers les fours éteins. Le foyer est si puissant que les flammes remontent jusqu’au sommet des cheminées et alertent aussitôt l’ensemble des troupes en faction d’Honkios.


A l’extérieur, les colonnes de flammes ont l’effet escompté par Ennetsu Saint.
Phaéton pointe aussitôt la direction de la maison de Saül de son doigt :
Phaéton - " Il doit se passer quelque chose de grave chez Saül allez-y. "
La première faction s’y rend, la seconde attend d’autres instructions :
Phaéton - " Saint de bronze, je te mets aux arrêts pour ne pas avoir exécuté ta mission et… "
Paniqué par la tournure tragique des événements, Mei ne laisse même pas finir le grec qu’il lui colle un violent croché du droit en plein visage.
Les soldats de Phaéton ainsi que ceux partis devant sont instantanément immobilisés par d’étranges filaments libérés par les doigts de Mei. Ceux-ci, semblables à des cheveux, se multiplient de façon exponentielle. Ils enserrent les gardes jusqu’à leur rompre les os :
Mei - " Lost Children ! "
Il se lance ensuite à la rencontre de Yulij.
Pendant ce temps, Phaéton se remet de ses émotions. Il ramasse sur le cadavre d’un soldat une corne pour souffler l’alerte.


En une fraction de seconde, Mei débarque chez Saül et découvre Yulij à terre dans la rue. La malheureuse a la peau légèrement brûlée et a des difficultés à se relever.
Bien qu’il essaie de l’aider, Mei est repoussé par la caractérielle chevalier :
Yulij - " Ça va aller, ne t’inquiète pas. Mon cosmos m’a en partie protégé de son arcane. "
Elle montre du doigt Ennetsu Saint pour signifier qu’il est à l’origine de l’échec de leur tentative.
Tout autour d’eux, des soldats arrivent par toutes les rues. Ils sont encerclés.
Mei grogne :
Mei - " La prochaine fois que tu as des plans aussi bons pour nous faire passer incognitos, tu te les gardes. "
Yulij - " Je t’aurai bien envoyé paître en temps ordinaire, mais je dois avouer que nous ne serons pas trop de deux pour nous sortir de ce mauvais pas. "
Mei - " Bon. Tu vas aller chercher l’armure chez Saül. Moi, je vais les retenir. Mais dépêche-toi, ma cosmo énergie risque de vite s’amoindrir. "
Yulij - " C’est de la folie, ils nous encerclent petit à petit par groupes de dix. "
Mei - " Dépêche-toi ! "
Le ton autoritaire de Mei secoue Yulij. Pour la première fois, elle se tait face au Saint qui fait preuve de caractère lui aussi.

Mei lève la main gauche vers le ciel et libère ses fils par centaines. Sa cosmo énergie accroît tout autour de lui :
Mei - " Lost Children ! "
Les liens s’élèvent vers les ciels et retombent au sol pour former un dôme tout autour de l’étable de Saül.
Quelques soldats essaient de pénétrer dans le dôme avant que celui-ci ne soit complètement clos. Néanmoins, ils se font transpercer par ces cheveux aussi fins que des aiguilles.
L’Ennetsu Saint, bloqué dans le dôme, lance un sourire défiant à Mei :
Ennetsu Saint - " Qu’espères-tu faire alors qu’il ne te reste qu’une main pour te défendre ? "
Mei - " T’attaquer avec celle qui reste ! "
Ennetsu Saint - " Pauvre idiot. Sais-tu ce que font des cheveux au contact du feu ? Ils brûlent ! Fire Screw ! "
Le mercenaire déploie ses Vrilles de Feu contre les parois du dôme qui s’enflamme et s’ébrèche.
Mei redouble d’effort pour consolider ses parois afin de les rendre plus résistantes aux flammes. Ses jambes commencent à trembler : « C’est un adversaire bien faible, mais je dois me contenter de nous isoler. Il faut que Yulij se dépêche. Je ne tiendrai plus longtemps. »


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le sanctuaire souterrain :

Sur l’îlot où se dresse le sanctuaire d’Arès, sur le parvis de son temple, le Dieu de la Guerre se dresse face à ses sujets tous admiratifs des exploits de Vasiliás.
Vêtus d’orange et protégés par des cuirasses rouges, les soldats s’agenouillent face à leur dieu. Tromos et Atychia se positionnent à ses côtés.
Céleste, les yeux rouges et le visage frappé d’une inquiétante sévérité, celui qui s’est réincarné depuis trente cinq ans n’a plus la même apparence que lorsque Ksénia est venue à lui la première fois l’année dernière.

A cette époque, il avait perdu de sa bestialité. Résolu à ne rester que la risée des olympiens après sa nouvelle défaite en 1979 contre les athéniens.
Cependant, le travail réalisé par Vasiliás et les espoirs entretenus par Ksénia de gagner une place dans l’Olympe ont ravivé la fougue de cette entité sanguinaire.

La divinité dans sa toge blanche qui recouvre son robuste torse nu et son pantalon couleur sang fait la lumière sur la disparition de Vasiliás après qu’il ait déclaré : « Il ne peut être qu’aux portes du Meikai ! »

Sa voix roque et son ton hautain font frissonner les adeptes du Berserker de la Royauté :
Arès - " Votre Roi a utilisé une technique ancestrale. Si elle est innée chez les dieux, elle reste à apprendre pour les hommes. Il s’agit de l’Aionia Anagennisi. En d’autres termes, l’Arayashiki. Le huitième sens. Il peut ainsi se déplacer dans le royaume des morts corps et âme sans craindre l’emprise d’Hadès. "


Comme s’il veut donner raison à Arès, Vasiliás réapparaît de nouveaux après dans une série d’éclair.
Près de deux cent hommes réunis ici s’écartent pour le laisser passer jusqu’à Arès.
Sa marche est solennelle, son regard déterminé.
Son charisme rayonne auprès de ses hommes au point d’éclipser à leurs yeux le maître des lieux. Hormis quelques fidèles à la bestialité d’Arès, la majorité des hommes a été recrutée par Vasiliás et formatée à son état d’esprit. Ils le suivront dans la tombe quand il le faudra.

L’américain s’incline devant Arès et assure :
Vasiliás - " L’heure de récupérer votre armure est proche. J’ai pu découvrir le raccourci guidant directement au c½ur du Meikai. "
Arès - " Parfait Berserker de la Royauté. Quand tu auras récupéré cette armure, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire et tu pourras devenir le Roi de cette planète après m’avoir offert un véritable carnage contre nos ennemis. "
Puis, il s’en retourne dans son temple avec un sourire perfide : « Oui… Un Roi qui sera le pantin du Dieu de l’Olympe que je serai alors. Je me ferai un plaisir de réduire à néant l’humanité au nom des olympiens pour obtenir ce statut que je mérite tant. La planète bleue ne sera bientôt plus qu’un océan de sang. »

Vasiliás, lui, regarde la divinité s’enfoncer dans l’obscurité de l’Aréopage. Les poings serrés il décrète : « Une fois que je me serai emparé du Sanctuaire, j’y trouverais le moyen de te sceller. Jamais je ne te laisserai faillir à ta parole. La Terre est mienne et j’y ferai prospérer l’amour, l’égalité et la paix pour les hommes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :

Dans la demeure de Misty, la musique et les rires ne permettent pas aux convives de s’inquiéter des événements extérieurs.
Fauché après la victoire surprise de Dio à leur partie de cartes, Algol confesse à Spartan :
Algol - " Le pire, c’est qu’il ne sait même pas bluffer ! "
Spartan - " Finalement j’aurai peut-être dû utiliser ma télékinésie. "
Mozes, tout près, tend un verre de vin au mercenaire :
Mozes - " Tiens ! Bois un coup, ça t’évitera de te moquer de moi ! "
Spartan accepte volontiers tandis qu’Algol prend congé des siens :
Algol - " Pour ma part je vais saluer Misty et le remercier pour cette soirée, puis je rentre retrouver Hevelius. Amusez-vous bien. "

Dehors, une jeune femme vêtue d’une longue robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche attend le Saint de Persée.
Algol reconnaît rapidement Hasu aux quelques mèches de ses longs cheveux châtains qui tombent sur ses épaules et sur son masque.
Hasu - " Algol. "
Déçu par le comportement inhabituel qu’elle a pu avoir ces dernières semaines, Algol préfère garder ses distances :
Algol - " Oui Saint de bronze de la Couronne Australe. "
Hasu - " Algol je t’en prie, tout sauf ça. Ne me traite pas comme s’il ne s’était jamais rien passé entre nous. "
Algol - " Je n’oublie rien. Je n’oublie pas non plus que je t’ai retrouvé nue chez moi après avoir passée ma compagne à tabac. "
Hasu - " Je suis désolée pour Hevelius et ai déjà eu l’occasion de m’excuser auprès d’elle à notre camp de femme chevalier. Et pour le reste, j’ai très mal vécu que tu m’effaces de ta vie. "
Algol - " Tout comme j’ai souffert lorsque tu m’as jeté pour Shaka ! "
Hasu - " J’en suis consciente aujourd’hui. Mais tu vois, moi non plus je n’oublie rien. Pas même ses longs moments passés à t’embrasser pendant que tu caressais ma peau. "
Algol commence à reculer comme pour éviter une quelconque tentative de la grecque :
Algol - " Non. Non il faut passer à autre chose. "
Hasu - " Peux-tu passer outre ces longs moments de plaisirs que nous vivions l’un contre l’autre ? "

Algol grimace comme pour retenir son envie de se jeter contre la jeune femme.
Comme s’il balaie l’air avec sa main, il lui tourne le dos et s’engage en direction des villages du nord d’où il vient.

Seule, Hasu va se poser contre le flanc de la maison pour souffler de dépit. Elle retire son masque de femme chevalier. Ses grands yeux bleus semblent se résoudre à la perte définitive d’Algol.
Lorsque brusquement, surgit devant elle son être aimé. Algol, revenu sur ses pas, l’enserre par la taille et lui prend les lèvres pour échanger un langoureux baiser.
D’abord surprise, Hasu recule sa tête pour scruter les pupilles du saoudien. Puis, ses paupières se ferment et elle enlace à son tour Algol par le cou pour poursuivre leur échange suave…


En Grèce, au Sanctuaire, à Dignity Hill :

Dans l’obscurité la plus totale, à l’abri des torches des gardes en faction, Nicol et Dabih se faufilent dans les bois.

Très vite, ils arrivent sans encombres devant le jardin empoisonné d’Aphrodite :
Nicol - " Fichtre ! La Cloth est de nouveau envahie par les ronces et les roses. "
Dabih - " N’était-ce pas déjà le cas ? "
Nicol - " Lors d’un arcane, en concentrant ma cosmo énergie à son paroxysme, j’étais parvenu à faire mourir cette nature sauvage. Seulement, le cosmos d’un Saint d’or prouve encore une fois leur supériorité. "
Dabih - " Dans ce cas, utilisez donc la même technique de nouveau ! "
Nicol - " Nous sommes parvenus jusqu’ici sans nous faire repérer alors que la sécurité ici a été renforcée. Je ne veux pas que ça change. "
Dabih - " Qu’allons nous faire alors ? Vous n’allez pas vous jeter là-dedans, les ronces vous tueront les fleurs sont empoisonnées. Rien que le parfum qu’elles libèrent me donne déjà mal à la tête. "
Nicol - " Tu vas te contenter de faire le guet. Je n’ai pas d’autre choix que de traverser ce jardin jusqu’à l’amas de ronces pour gagner cette armure. "

Dabih obéit en allant se positionner dans un arbre pour surveiller les lieux.

Nicol entame son périple. Au premier pas dans la verdure luxuriante, des effluves se libèrent des pétales de roses. Le parfum mortel imprègne l’oxygène qu’inhale le jeune grec et s’infiltre par les pores de sa peau.
Cependant, il affiche une mine rassurée : « Parfait, le sang d’Aphrodite a été parfaitement assimilé. Je ne ressens aucun effet. »
Il poursuit son chemin de plus en plus épineux. Les tiges des ronces deviennent plus épaisses à mesure qu’il avance et les épines pénètrent sa peau. Même si les piqûres toxiques sont sans effet, sa chair souffre des lacérations et des empalements des dards acérés.
De plus en plus hautes, les ronces défigurent l’élève d’Arlès, lui taillent le cou, transpercent ses cuisses et ses mains, fouettent son dos, déchirent ses vêtements et lui arrachent la chair de son torse pour laisser son corps à vif.

Dabih tourne les yeux devant un spectacle aussi horrible. Il n’arrive plus à regarder le courage de cet homme qui, à quelques pas du succès, n’a pas émis la moindre plainte malgré la douleur inimaginable. Il est pris d’admiration pour celui qui avance ensanglanté, le regard déterminé et la mâchoire contractée.

Nicol y est. Il s’effondre contre le tas d’épines qui recouvre l’urne de son dû. Sa main traverse une dernière fois cet enfer végétal pour lui permettre de caresser la Pandora Box.
Les yeux fermés, méconnaissable, il sourit et pleure à la fois dès qu’il entre en contact avec le métal froid.
Immédiatement l’urne touchée, un son provenant de l’intérieur retentit.
Nicol murmure :
Nicol - " Après des années de sommeil, te voici libérée. Je t’ai admiré tant d’années sur les épaules de mon maître et t’ai rêvé tant de nuits depuis sa disparition… Je t’en prie, viens à mon secours et reconnais moi comme étant celui qui t’aidera à rétablir la vérité. Car je suis… Nicol Saint d’argent de l’Autel ! "
L’urne s’ouvre en déchirant la verdure qui la retenait prisonnière. Une lueur s’en dégage et vient baigner Nicol pour soulager sa douleur :
Nicol - " Ce cosmos… C’est celui de mon maître… "
La voix calme et douce d’Arlès résonne dans l’esprit de son disciple : « Nicol, je te lègue cette armure. Protège Athéna, combats pour la justice. Je n’ai toujours vu que toi comme étant digne de prendre ma relève. Je t’aime comme un père pourrait aimer un fils. Adieu Nicol. »
Rétabli par les dernières forces de ce père adoptif, Nicol est chargé de chagrin :
Nicol - " Il portait son armure au moment de sa mort. Ses dernières forces m’étaient destinées. Il y a laissé son cosmos pour me délivrer ce message. Merci mon maître, mon père. "

Dabih essaie de contenir sa voix en alertant Nicol :
Dabih - " Félicitations. Néanmoins, la lueur dégagée par l’ouverture de votre urne rameute les troupes en faction des environs. Je vois différents mouvements de torches venir jusqu’ici. "
Nicol - " Bien. Nous n’avons plus rien à faire ici. Allons directement au point de rendez-vous prévu. J’espère que tout va bien pour Yulij. "
Dabih, descendu de l’arbre, rajoute :
Dabih - " Ainsi que pour Maître Mei ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Paesco :

Un garde court à en perdre haleine. Il est tellement préoccupé qu’il passe à proximité d’Algol et Hasu, étendus nus, endormis, l’un contre l’autre, dans quelques ballots de paille derrière la demeure de Misty, sans même les remarquer.

Sa course extirpe le Saint d’argent de son sommeil.

Le soldat pénètre à toute allure dans la maison, interrompant les musiciens et immobilisant ainsi l’ensemble des hôtes du capitaine.
Essoufflé, il délivre son message : « Le… commandant Phaéton… m’envoie chercher… le plus… de renfort possible… Mei… Saint de bronze de la Chevelure Bérénice… N’a pas exécuté un ordre du Pope… De plus une intrusion a eu lieu à Dignity Hill… Les responsables sont en fuite… On les a vu s’enfuir vers l’est… »

Algol qui débarque sur le perron est pris d’assaut par Misty, le capitaine du Sanctuaire :
Misty - " Algol ! Le secteur nord du domaine est sous ta juridiction. Et plus particulièrement Dignity Hill après les récents événements qui ont eu lieu là-bas ! Comment est-ce possible qu’une intrusion a pu avoir lieu ? "
Algol essaie de répondre mais à peine a-t-il la bouche ouverte, que le lieutenant est remis à sa place :
Misty - " Retourne de ce pas voir ce qui s’est passé là-bas ! "
Le Saint de Persée s’exécute après avoir laissé s’échapper dans les yeux d’Hasu un regard coupable.
Misty poursuit son courroux :
Misty - " Dio ! Sirius ! Algethi ! Vous êtes les lieutenants du secteur est, j’espère pour vous que ces déserteurs ne réussiront pas à fuir. "
Sirius balance sa coupe de vin et assure :
Sirius - " Nous, le trio argenté, allons de ce pas nous en assurer. "
Le Saint du Grand Chien et ses deux amis quittent illico les lieux.

Navré de devoir achevé cette soirée, Misty déclare :
Misty - " Tout le monde dehors, en tant que capitaine je dois me rendre sur les lieux. Mes esclaves vont s’occuper de ranger tout ça. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

Sous le dôme en proie aux flammes, Mei peine à maintenir sa bulle protectrice. Ennetsu Saint s’amuse à épuiser le japonais en le regardant combler les brèches que le feu produit.


A l’intérieur de chez Saül, Yulij avance avec insistance en direction de l’estrade.
Tremblant, le forgeron grimpe sur l’estrade et retire les bâches qui recouvrent les Pandora Box. L’une d’elle est disposée seule, à distance des autres. Il s’y précipite :
Saül - " Pas un pas de plus ! Sans quoi j’ouvrirai l’urne de mon armure et je vous éliminerai sans état d’âme. "
Yulij reconnaît sur les gravures de l’urne qu’il s’agit de la Cloth de bronze de l’Atelier du Sculpteur.
Néanmoins, elle n’en démords pas :
Yulij - " Vous ne me croyez certainement pas, mais ce qui se passe est grave. Le nouveau Grand Pope est un usurpateur et… "
L’israélien passe sa main sur son front dégoulinant de sueur. Il est tremblant :
Saül - " Je m’en moque. J’ai toujours accompli mon travail sans que… "

Soudain, une voix de femme les interrompt : « Toujours aussi sûr de toi Saül ! »
Le timbre est doux et mélancolique. Presque rassurant malgré les circonstances.
La jeune femme sort de l’ombre du fond de la pièce, derrière la porte d’entrée.
Son visage est dissimulé par un masque. Seuls ses cheveux verts coiffés de deux longues nattes et sa Cloth permettent à Saül de la reconnaître :
Saül - " Ca alors ! Tu es Médée. L’épouse et assistante de Mû de Jamir. "
Médée - " Et Saint de bronze du Burin du Graveur. "
Affichant une grande prestance dans sa Cloth bleutée, protégée par des épaulettes ovales et un plastron qui met sa poitrine en valeur, celle qui a été blessée par Fyodor explique la raison de sa présence ici :
Médée - " Cette jeune fille dit vrai. Cela fait des années que mon mari émet des doutes quand à la véritable identité du Pope. J’ai très bien connu Arlès puisqu’il est originaire de Jamir comme Mû et moi. Or, quand je suis venu à lui, je n’ai pas eu besoin de dialoguer à propos des soupçons de mon époux, Arlès ne m’a pas reconnu alors que je m’étais présentée. J’ai donc compris qu’il y avait un problème. Je suis donc venue voir la seule personne que je connais vraiment au Sanctuaire après toutes ces années à être restée à Jamir, toi. Je suis arrivée avant que le Saint de la Chevelure de Bérénice nous bloque ici. "
Médée fait le tour de l’atelier en observant les travaux de son ami :
Médée - " Tu fais de l’excellent travail. Dommage qu’il te manque les instruments et le savoir des muviens, sans quoi tu serais un expert du niveau de Mû. Tes connaissances et tes ½uvres pourraient être utile pour la paix si tu venais avec nous. "
A cela, Yulij comprend que Médée souhaite faire partie de ses alliés.
Saül, lui, abandonne l’idée de revêtir sa Cloth :
Saül - " Non, je serai plus une gêne pour vous. Je n’ai en réalité plus endossé mon armure depuis le jour où j’ai été fait Saint il y a plus de trente ans. J’ai préféré me concentrer sur mon art, loin des champs de bataille et des différents partis à suivre. Je travaille pour Athéna, pour le Sanctuaire et donc pour le Grand Pope. Je ne veux pas me mêler d’une guerre où je n’ai pas ma place. Et rien ne me prouve la culpabilité du Grand Pope. Je ne veux pas prendre de risque à être du clan de ceux qui se trompent et fomentent un coup d’état… "
Il se saisit de l’urne du Sextant et la balance du haut de l’estrade :
Saül - " Néanmoins, en respect pour notre amitié, je te laisse l’armure que réclame cette jeune femme. Si vous êtes du côté de la justice, alors je ne veux pas vous entraver. Par contre, si vous vous trompez, cette armure ne vous sera d’aucune utilité. "
Aussitôt aux pieds de Yulij, l’armure jaillit et l’habille. De couleur rouge, ses épaulettes descendent jusqu’à sa poitrine. Ses avant-bras et ses jambes, jusqu’au cuisses, sont bardés.
Médée vient poser sa main sur l’épaule de sa nouvelle partenaire :
Médée - " L’armure t’a reconnue comme étant chevalier. Toutes mes félicitations. "
Yulij - " Maintenant il nous faut retrouver Mei. "
Médée - " Il est dehors et doit avoir besoin de nous. "

Yulij, d’un hochement de tête, remercie Saül et se précipite dehors. Médée imite la jeune femme et la suit.
Seul, Saül regarde son armure avec honte.
Il sort de sous les draps au fond de l’estrade, parmi plusieurs autres vides, une bouteille d’alcool anisé et s’en verse un verre :
Saül - " Ah ma vieille amie… Je crois que je vais avoir besoin de toi pour oublier ma lâcheté une fois de plus. "


Sous le dôme enflammé, Mei est à genoux. Son bras gauche essaie péniblement de combler les sinistres tandis que son bras droit crée devant lui un bouclier de filaments contre les flammes d’Ennetsu Saint.

Quelques soldats parviennent à s’engouffrer dans les percées du dôme et se jettent en direction du chevalier de bronze totalement à leur merci.
Heureusement, Yulij bondit devant eux et leur barre la route grâce à son arcane semblable à des météores :
Yulij - " Falling Stars ! "
Médée, en pleine course, détache de la ceinture de sa Cloth un marteau et un burin en or.
Elle s’interpose devant les flammes et frappe du marteau contre le burin tendu en direction d’Ennetsu Saint :
Médée - " Gammanium Destroyer ! "
Des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths, jaillissent des outils.
L’incandescence des flammes semble pourtant avoir raison de la quasi-totalité du Gammanium Destructeur :
Ennetsu Saint - " Cela a peut-être annihilé cette vague de feu, mais c’est inutile. J’ai encore beaucoup d’énergie à… "
Le mercenaire s’écroule au sol pris d’une terrible douleur à l’estomac : « Un coup, un seul de ses coups est parvenu à m’atteindre. Il a suffit à m’envoyer au tapis. »

Yulij et Médée en profitent pour relever Mei. Médée demande à la jeune femme :
Médée - " Et maintenant ? Vous avez prévu un plan ? "
Yulij - " Deux amis doivent nous attendre à la zone est du domaine. Nous devons fuir du Sanctuaire. "
Mei remarque de plus en plus d’intrusions à mesure que son Lost Children se désagrège :
Mei - " Ne perdons pas de temps avant que les renforts arrivent. "
Yulij laisse Médée prendre de l’avance avec Mei, tandis qu’elle frappe une dernière fois le maximum de gardes :
Yulij - " Falling Stars ! "

Le trio disparaît dans la nuit sous le regard impuissant d’Ennetsu Saint. Yulij fraye un passage à ses amis, ne laissant aux gardes que leur souffle pour alerter leurs alliés du chemin emprunté par les rebelles.


A vive allure, Médée et Yulij maintiennent Mei. Ils gagnent l’est du domaine en traversant les forêts et en repoussant la milice.

Mei - " Ça ne devrait plus être long. Dabih et Nicol doivent nous attendre ici. "
Médée - " Et après ? "
Mei - " Après nous quitterons incognito la Grèce. Au Japon, un groupe de Saints se rebelle également contre le San… "

Inopinément, un tonnerre de griffes leur barre la route.
Yulij et Médée posent à terre Mei et se positionnent devant lui pour le protéger de la femme chevalier responsable de cette attaque.
Celle-ci, vêtue d’un pantalon vert et d’une armure violette, ordonne : « Halte ! Je suis Shaina Saint d’argent d’Ophiuchus. Vous êtes sous le coup d’une arrestation pour rébellion contre le domaine sacré. »
Yulij ne veut pas perdre de temps et se jette contre la Saint d’argent : « Falling Stars ! »
La Chute d’étoiles ne touche pas une seule fois Shaina qui vient au contact : « Thunder Claw ! »
Les Griffes du Tonnerre taillent la chair de Yulij là où sa Cloth ne la protège pas.

Médée s’élance à son tour mais elle n’a même pas le temps de sortir ses armes pour déclencher son arcane que déjà le poing de Shaina la heurte au visage. Déstabilisée, Médée essaie de lancer un coup de pied vrillé en retombant vers le sol, mais Shaina lui attrape la jambe et la fait tournoyer au-dessus d’elle pour la balancer contre un arbre.

Très vite, des soldats arrivent. Mei puise dans ses réserves pour les repousser au corps à corps.
Médée et Yulij le rejoignent :
Médée - " Il va falloir se dépêcher. D’autres vont arriver. "
Mei - " Avant cela, il va falloir qu’on réussisse à vaincre Shaina. "
Shaina - " Très bien, je vais vous montrer le faussé qui sépare un Saint de bronze d'un Saint d’argent. "


Au loin, à proximité des remparts, cachés dans un faussé, témoins des rassemblements de gardes aux murailles, Dabih et Nicol s’inquiètent :
Dabih - " Que font-ils ? "
Nicol - " Ils sont proches, je sens leur cosmos en alerte tout près d’ici. "
Dabih - " Allons les aider. "
Nicol - " Hors de question. Rappelle-toi notre plan. Si aux douze coups de minuit un des deux groupes venait à ne pas pouvoir être là, l’autre doit quitter le Sanctuaire sans se poser de question. "
Dabih - " Jamais je ne partirai sans Maître Mei ! "
Nicol - " Si nous sortons d’ici nous serons repérés. Il y a trop de gardes. Si nous indiquons notre position maintenant, ils auront le temps d’ameuter des renforts pendant que nous attendrons les autres. Au final, il nous sera impossible à tous de fuir. Alors reste là et fait leur confiance. "


Mei propose un plan :
Mei - " Je vais l’attaquer de front. "
Yulij - " C’est trop risqué. Tu t’es déjà suffisamment sacrifié pour aujourd’hui. "
Mei - " Nous n’avons pas d’autres choix. Elle est beaucoup plus rapide que nous. J’ai suivi les entraînements d’un Saint d’or et ai quelques connaissances de ce qu’est le septième sens. Même si je ne peux que m’en approcher, je réussirai peut-être éviter certains de ces coups. Je vais me battre au corps à corps en tournant autour d’elle pour la rendre prisonnière de mes liens. Pendant ce temps, concentrez tout ce qu’il vous reste pour lui porter un coup fatal. Vous frapperez quand je vous le dirai. Frappez sans hésiter, peu importe où je me trouverai à ce moment. "
Yulij ne répond pas, elle veut protester mais Médée, plus mature, répond pour elle : « Très bien. »

Mei libère déjà quelques filaments en se précipitant contre Shaina : « Lost Children ! »
Shaina - " Thunder Claw ! "
Les Griffes du Tonnerre tranchent les premiers filaments, sans pour autant empêcher les nouveaux de se développer pendant que Mei tourne autour d’elle.
Tout en tournoyant sur elle-même, Shaina décoche une droite, il l’encaisse. Une seconde, il l’esquive. Une gauche, il la pare. Une droite, il l’esquive. Une gauche, il l’évite à nouveau. Il se prend même le luxe de lui renvoyer un uppercut au menton.
Ses mouvements sont de plus en plus fluides. De mieux en mieux organisés. Petit à petit, il met Shaina en difficulté. Jusqu’à ce que ses jambes fatiguent après les efforts précédents.
Shaina le remarque et, après avoir tapé plusieurs fois dans le vent, elle effectue un coup de pied chassé dans les jambes de Mei qui s’écroule contre elle. Le voyant tomber de tout son poids sur elle, Shaina l’accueille d’un uppercut si violent qu’il est projeté en l’air. Il en profite alors pour tirer son bras et l’ensemble de ses liens : « Lost Children ! »
Tout le cosmos de Mei, concentré jusqu’ici et poussé à paroxysme, se déverse dans ses fils et foudroie Shaina.
Avant de s’effondrer, Mei hurle : « Maintenant ! »
Yulij et Médée, de concert :
Yulij - " Falling Stars ! "
Médée - " Gammanium Destroyer ! "
L’italienne reçoit deux fois l’équivalent d’une centaine de coups frappés à la vitesse du son sans qu’elle puisse les éviter.
Renvoyée quelques mètres d’ici, elle s’échoue inconsciente.

Les femmes récupèrent Mei :
Yulij - " Quelle puissance ! C’était prodigieux. "
Médée - " J’ai déjà vu ce qu’est l’ultime cosmos. Tu t’en approchais petit à petit. "
Mei, à bout de force, à peine conscient, déclare péniblement : « Je vous en prie, sortez moi d’ici. »
Elles obéissent et le prennent à bras sans perdre plus de temps.


Le trio s’approche peu à peu de Nicol et Dabih qui les distinguent : « Reste caché Dabih. Je vais me débarrasser des gardes qu’il y a ici afin de leur ouvrir la voie. Ne sors sous aucun prétexte. »
Aussitôt, Nicol jaillit sur les remparts et élimine au corps à corps la quinzaine de gardes positionnés là.
Voyant que d’autres arrivent sur les flancs tout en soufflant dans leurs cors l’alerte, il se précipite sur les manivelles afin d’ouvrir la grande porte.
A cet instant, Médée, Mei et Yulij arrivent sous les tirs de flèches des soldats embusqués dans la forêt.

Ralentis, les trois Saints de bronze se voient de plus barrer la route par le trio argenté qui débarque.
Sirius cogne un uppercut dans l’estomac de Yulij pendant que Dio chasse les jambes de Médée avec les siennes. Secouées, les femmes lâchent à terre Mei, à la merci d’Algethi qui lève le pied en l’air pour lui écraser la tête.
Une fois le pied rabattu des os rompent sous le poids du colosse africain.
Mei sent des kilos lui presser le crâne. Seulement, il ne s’agit pas d’Algethi.
A la surprise de tout, Dabih est venu se jeter par-dessus son ami pour le protéger. C’est son dos qui a encaissé le choc.
Le marocain vomi du sang alors qu’il est immobilisé, la colonne vertébrale broyée.

Sous l’effet de l’émotion, Mei, inquiet pour le quarantenaire, fronce ses sourcils et charge son poing de toute sa fureur :
Mei - " Dabih ! Non ! "
Il cogne si fort le Saint d’argent à la poitrine que le plastron s’effrite, alors que son poignet se brise sous le choc.

Trop faible pour venir au secours des femmes, Mei se croit abandonné au triste sort que lui réservent Dio et Sirius mais ceux-ci sont aussi surpris que Mei lorsqu’ils sont projetés en arrière par un flash lumineux :
Nicol - " Shi no Scan ! "

Le Saint d’argent de l’Autel ramasse les femmes alors que Mei essaie de redresser Dabih sans le faire souffrir davantage.
Nicol - " Le Scanner de la Mort crée un flash lumineux qui absorbe la vie. Ces deux chevaliers vont se sentir affaiblis un certain laps de temps mais le colosse que tu viens de repousser et les soldats qui débarquent de tous les côtés ne vont pas tarder à nous poser davantage de problèmes. Il faut y aller, la sortie du Sanctuaire est juste devant nous. "
Mei - " Il est hors de question que j’abandonne Dabih ici. "
Nicol - " Il a été littéralement pulvérisé. Ses os sont en morceaux et ses organes comprimés. Il faut te faire une raison. Il t’a sauvé la vie, fais en sorte que ça ne soit pas inutile. "
Dabih ajoute difficilement : «  I… Il a raison Maître… »
Mei pleure alors que Nicol et Médée avancent vers la sortie. Yulij les suit, des larmes coulent sous son masque.
Dabih - " Allez-y Maître… Rattrapez-les. "
Mei commence à briser quelques flèches qui tombent dans leur direction. Les soldats approchent. Cependant, il est résolu : «  Pas sans toi. »
Dabih - " Maître… J’ai été esclave. Je suis fils d’esclave. Le père de mon père l’était aussi. Et ainsi de suite depuis la nuit des temps. Après avoir été affranchi par un homme aussi bon que vous, j’aimerai vraiment pouvoir vous dire, comme tout homme libre, laissez-moi. Laissez-moi mourir comme je l’ai choisi. "
Mei voit ses compagnons franchir la muraille alors que les ennemis approchent. Algethi commence à se relever. Il est tiraillé par la décision qu’il doit prendre : «  Da… Dabih. Je ne veux pas. »
Dabih - " Maître… "
Mei - " Non ! Mei ! Plus de Maître. "
Dabih - " D’accord… Mei. Partez à présent. "
Une flèche tombe juste aux pieds de Dabih. Mei se relève et passe le bras devant ses yeux :
Mei - " Merci Dabih. "
Dabih - " Non. Merci à vous Mei. "
Mei s’éloigne à toute vitesse pour ne pas tomber en sanglot devant son ami.

Il regagne très vite Yulij qui l’attend de l’autre côté du mur tandis que Médée et Nicol entament déjà la traversée des montagnes.

Dabih, le regard déjà flou, entend les douze coups de minuit du clocher du village voisin retentir, accompagné du sifflement de plusieurs flèches qui tombent dans sa direction.
Il sourit et pousse un dernier soupir avance d’être transpercé de part en part :
Dabih - " Grâce à vous je suis né comme un esclave et aujourd’hui je meurs comme un homme. Merci et adieu Maître Mei. "



Le 5 octobre 1985 s’achevait avec la mort de Dabih. Si l’ancien esclave découvrait le royaume d’Hadès, Vasiliás, lui, apprenait à s’y rendre sans y perdre sa volonté d’homme.
Le 6 octobre commençait au Japon par l’enlèvement de Saori par Docrates tandis qu’il signifiait la liberté pour Médée, Mei, Nicol et Yulij.
Maintenant qu’ils quittaient le Sanctuaire, une nouvelle aventure commençait…

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Only for Love / Chapitre 49 - Rien ne sera jamais plus pareil
« on: 24 December 2013 à 10h56 »
Les précédents chapitres de mon recueil, regroupaient les dramatiques événements qui n’avaient jamais été portés à votre connaissance.
Une page se tournait le 5 octobre 1986. En effet, la victoire de Seiya et les siens contre Ikki et l’arrivée de Docrates au Japon, officialisaient la guérilla menée par le Grand Pope contre la Fondation Graad, avec les conséquences que vous connaissez.
Seulement, dans l’ombre, de nouvelles quêtes se tramaient. Rhadamanthe et Myu étaient enfin arrivés en Allemagne avec Reife et Reinheit, tandis que Mei élucidait bien des mystères.



Chapitre 49 - Rien ne sera jamais plus pareil

En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

5 octobre 1986.
Dans sa triste demeure située dans la contrée de l’est du domaine sacré, Mei est attablé.
Plusieurs rouleaux de papyrus sont déballés sur le meuble qu’il ne quitte plus depuis son arrivée.

La présence de Dabih à ses côtés offre à la maisonnette un accueil plus chaleureux. Les livres, les parchemins et tout autre objet disséminé sauvagement au sol à leur arrivée sont maintenant classés en rang sur les étagères que le serviteur a confectionné.
Le mobilier est propre et les divers trous dans la toiture ont été comblés.

Les gargouillis de son ventre sortent Mei de ses décryptages :
Mei - " Alors Dabih ! Qu’attends-tu pour rentrer ? Avec tous les bibelots inutiles que nous avions ici et que je t’ai envoyé vendre, tu devrais pouvoir nous ramener facilement de quoi nous nourrir pour la semaine ! "
Seulement, un son lourd et gras lui répond.
Cette percussion retentit à de multiples reprises, forçant le japonais à sortir de sa demeure chercher une explication à un tel grondement.
Dehors, devant un temple d’Athéna comme il y en a partout disposé dans le Sanctuaire, il reconnaît un énorme disque de métal maintenu en l’air par deux cordes reliées à un rondin de bois.
La rouille corrodant la cymbale permet à Mei de confirmer sa pensée : « Elle n’a pas dû servir depuis de nombreuses années. »
L’homme qui tape contre avec un énorme gourdin au bout lassé de cuir épais, est vêtu d’une longue toge blanche que portent tous les prêtres que Mei a rencontrés depuis son arrivée.

Dans les rues du village, habituellement désertique, tous les villageois se montrent, s’exposant aux yeux des autres malgré le danger et le banditisme.
Mei est décontenancé. Contrairement aux autres fois, personne n’a de mauvaise pensée. Aucune provocation n’est faite. Certains pleurent même.
En tendant l’oreille, le chevalier distingue même qu’au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, dans les villages voisins, les cymbales agressives et puissantes vibrent.

Enfin, il aperçoit au loin Dabih revenir avec un chariot de victuailles.
Il court le questionner :
Mei - " Dabih, quel est tout ce vacarme ? "
Le visage du sexagénaire est violacé de larmes :
Dabih - " Le Grand Pope est mort. "
Mei - " Comment ?! "
Dabih - " J’étais au marché de la place principale d’Honkios quand les premières cymbales ont sonné. Des crieurs se sont précipités devant les temples, pour annoncer que l’âge avait emporté le Grand Pope dans la nuit. N’ayant eu le temps de nommer un successeur, c’est son frère Arlès, qui le secondait déjà, qui a été nommé à sa place. Ce dernier a déjà pris des mesures. Il souhaite reconstituer une armée digne après les nombreuses pertes de ces dernières années. Chaque enfant, homme ou femme, en âge de rentrer dans les rangs est réquisitionné. Les faibles et les déserteurs seront torturés puis tués. "
Mei - " C’est impossible. Arlès ne peut devenir Pope. "
Dabih - " Effectivement. Normalement c’est un Saint d’or qui doit succéder au Pope. Mais cela fait des années qu’Arlès travaille en compagnie de son frère. Les Saints d’or sont trop jeunes et inexpérimentés pour assurer une telle fonction. Il est donc le plus légitime au trône. Et il va s’en dire qu’une telle annonce n’aurait pu être faite sans l’aval d’Athéna. "
Mei - " Ce n’est pas ça que je veux te dire. "
N’arrivant pas à se faire entendre l’un l’autre avec le vacarme environnant, Mei tire le marocain à l’intérieur de leur maison où ils s’enferment. Mei pointe du doigt plusieurs documents :
Mei - " Voici des notes. Des notes de Nicol et Yulij, les deux personnes qui vivaient ici. Ils ont bien été trois à une époque mais il n’a jamais s’agit de la femme qu’on a retrouvé morte et qui avait un quelconque lien avec Deathmask du Cancer et Aphrodite des Poissons. La troisième personne était Arlès Saint d’argent de l’Autel… "
Il sort des étagères d’autres documents qu’il expose à Dabih :
Mei - " … Ces cahiers, sont des exercices scolaires. Ils sont tous datés et tous les énoncés sont signés par Arlès. Les premières mentions de l’absence d’Arlès ont été rédigées par Nicol et Yulij. Elles datent de septembre 1973, soit treize ans. Pourtant, bien avant cela, quand Arlès venait ici enseigner à ses apprentis, il officiait déjà auprès de son frère le Grand Pope. Ce n’est donc pas sa mission qui l’a empêché de poursuivre l’apprentissage de ses élèves. Nicol et Yulij recueillent au fil des années qu’ils soupçonnent une machination autour du Grand Pope. D’éléments en éléments, d’indices en indices exposés ici, leur théorie prend tout son sens lorsqu’ils annoncent avoir retrouvés l’armure de leur professeur à Dignity Hill. Le sanctuaire abandonné et interdit d’Abel était gardé par le Saint d’or des Poissons. Ce dernier écris datent du 10 septembre de cette année. Soit la veille de leur emprisonnement. "
Dabih, tout tremblant après une telle annonce, tend sa main derrière lui à la recherche d’un siège pour se poser et réussir à encaisser tout ceci.
Mei sourit en lui tendant une chope remplit d’eau :
Mei - " Moi aussi j’ai eu du mal à reprendre mes esprits à mesure où tout s’éclaircissait. Au final, cette fille retrouvée morte à Dignity Hill devait être une proche d’Aphrodite. Le Grand Pope a certainement voulu faire taire la vérité, en annonçant qu’elle était complice de Nicol et Yulij considérés dès lors comme renégats. "
Dabih - " Et maintenant Maître, qu’allons-nous faire ? "
Mei pose ses mains sur les genoux de son vieil esclave et approche son visage du sien, plein de fougue :
Mei - " Nous allons faire éclater la vérité. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

Le propriétaire des lieux sort de ses thermes. L’eau ruisselle sur son corps d’athlète et embellit davantage ce corps qu’il admire dans la glace. Ses cheveux gris et ses yeux injectés de sang reflètent sur le miroir sa réelle apparence :
Evil Saga - " Ne suis-je pas divin ? "
Saga - " Ce corps parfait ne suffit pas à faire de toi un dieu. "
Evil Saga - " En effet, l’armure d’or du Sagittaire étant bientôt en ma possession, il ne me manque plus que Niké et la tête d’Athéna pour devenir l’égal d’un dieu. "
Saga - " Ne crains-tu pas que quelqu’un conteste ton autorité ? "
Evil Saga - " Qui donc ? Ils avalent tous à l’heure qu’il est, la prétendue mort de Shion et l’accession d’Arlès. "

Il se retourne, abandonnant sa discussion avec son double et fixe les deux tenues avec lesquelles il a jonglé ces treize dernières années. L’une dispose d’un heaume doré alors que l’autre est bardée de pointes acérées et accompagnée d’un casque rouge.
D’un mouvement de bras, avec la pression de l’air exercée, il envoie voler au fond de la pièce la cuirasse que Shion et ses ancêtres portaient avant lui et endosse la tenue vermillonne par-dessus sa toge blanche :
Evil Saga - " Désormais je n’aurai plus à me faire passer pour Shion, seule la tenue d’Arlès sera celle que je devrais adopter. Ainsi, en changeant de Pope, je vais pouvoir légitimer mon changement de politique, en commençant par me débarrasser ouvertement des faibles et des personnes suspicieuses, non plus discrètement comme autrefois. "

Son monologue cesse lorsqu’il entend frapper à sa porte.
Le second de Gigas, le commandant Phaéton, mène la marche de plusieurs serviteurs. Ceux-ci tiennent un immense cadre qu’ils viennent dresser en toile de fond dans la salle d’audience.
Saga lui-même vient retirer le voile qui dissimule la peinture et s’extasie devant la fresque :
Saga - " Parfait. "
Phaéton - " Comme vous le vouliez Seigneur, un tableau de vous qui reflète toute votre grandeur. "
Saga - " Bien, tu féliciteras Gigas pour avoir accompli cette mission à merveille. D’ailleurs, où est-il ? "
Phaéton - " Il suit de près les événements au Japon. Il m’a chargé de vous dire que nos soldats envoyés aux quatre coins du monde ont déjà réalisé leurs tâches. Parmi elles, il ne reste plus rien du Royaume d’Amelia. Et une conférence sur la paix a été interrompue après la mise à mort de tous les agents. "
Saga - " Parfait. Et qu’en est-il de la liste des renégats de nos domaines annexés qui refusent de se joindre à nous ? "
Phaéton - " Le général Gigas dispose de la liste que vous avez établie. Il réquisitionne des Saints de bronze et d’argent pour aller exécuter les traîtres. "
Saga - " Bien. "

D’un mouvement du bras, le Grand Pope, satisfait, chasse ses hommes pour confesser une fois seul :
Saga - " Parfait. J’espère que ces troubles dans le monde contemporain forceront Athéna à se manifester. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

A l’intérieur de leur maisonnette, Dabih s’active. Il finit de rassembler dans des paniers en osiers quelques aliments et boissons ainsi que des linges pour dormir.
Alors qu’il enfile les lanières de ces sacs sur son dos, le marocain assure :
Dabih - " Tout est prêt Maître. "
Mei endosse sa Pandora Box :
Mei - " Merci Dabih, c’est parfait. Mais tu peux retirer ça de ton dos. "
Dabih - " Il est hors de question que je vous laisse porter ça seul Maître. "
Mei - " Pourtant tu n’as pas le choix. Tu restes ici Dabih. Tu ne pars pas. Une fois que j’aurai libéré Nicol et Yulij, je serai catalogué comme un renégat et certainement tué. Je ne veux pas qu’une personne qui n’a jamais été considéré comme un homme puisse mourir pour un maître sans avoir pu vivre libre. Je te rends ta liberté et te fais don de cette maison. "
Les larmes aux yeux, le vieil esclave s’accroche fermement à ces paniers :
Dabih - " Vous êtes ce qui m’est arrivé de meilleur Maître. J’ai pourtant été au service de grands hommes depuis mon enfance. Toutefois, jamais aucun n’a su considérer l’être humain mieux que vous. Alors, si aujourd’hui vous voulez me châtier pour que je vive enfin comme tout homme, j’accepte. Et c’est en tant qu’homme libre que je décide de venir avec vous. Permettez-moi de vous suivre et de continuer à vous appeler « Maître ». "
Mei sourit :
Mei - " Tu es incorrigible. Sache que si tu m’accompagnes, quelle que soit la façon dont tu me nommes, tu viens en tant qu’ami et non plus en qualité de serviteur. "

Inopinément, cet échange d’amitié est interrompue. On frappe à la porte :
Mei chuchote à son camarade :
Mei - " Cache les sacs, vite. "
Le japonais entrouvre la porte et reconnaît un soldat agenouillé qui tend un papyrus frappé du sceau papal :
Soldat - " Seigneur Mei ? "
Mei - " Euh… Oui ! "
Soldat - " Seigneur Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice, je viens vous porter une missive rédigée par le général Gigas en personne selon les désirs de notre Seigneur le Grand Pope Arlès. "
Le chevalier fait la moue tant l’évocation du « Pope Arlès » sonne faux pour lui :
Mei - " Merci. Je vais en prendre bonne note à tête reposée. "

Il claque la porte au nez du brave et se terre dans le silence après avoir lu mot par mot les instructions.
Dabih - " Un problème Maître ? "
Mei - " Je viens de recevoir mon premier ordre de mission… "
Mei pâlit :
Dabih - " Et ? "
Mei - " Les infidèles à Athéna doivent être tués. Parmi eux, on m’a confié la mort de Saori Kido.  "
Le senior remarque un profond malaise chez son ami :
Dabih - " Qui est cette personne ? "
Mei - " Une jeune femme auprès de qui je me suis fait passer pour mort depuis cinq ans. Son grand-père m’a envoyé en Sicile pour faire de moi un chevalier. Lorsque des employés de leur entreprise sont venus faire le point et avertir que je devrais revenir plus tard participer à un tournoi, je me suis fais passer pour un autre enfant et j’ai déclaré que Mei avait été tué pendant l’entraînement. Depuis tout ce temps, je n’ai plus pensé à cette famille. Aujourd’hui, l’ordre de mission précise qu’elle doit être exécutée pour s’être immiscée dans l’ordre des chevaliers et pour les avoir utiliser dans un tournoi, révélant aux yeux du monde l’existence du Sanctuaire censé être secret. "
Dabih - " Cela va donc retarder la libération de Nicol et Yulij. "
Mei observe le sceau qu’il n’a pas abîmé et la signature en bas du document qu’on lui a délivré. Il affiche une mine optimiste :
Mei - " Au contraire, je crois que ça va nous faire gagner du temps. Au fait, nos voisins sont toujours aussi agressifs avec toi lorsque tu passes devant chez eux ? "
Dabih - " Oui, la dernière fois ils ont failli me faire rendre gorge pour me voler les victuailles que j’étais parti vous chercher. Sans votre arrivée, je ne serai plus de ce monde. Alors qu’une troupe de soldats du Sanctuaire était en faction juste à côté. Les gardes riaient et se moquaient de moi. "
Mei - " Parfait ! "


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido :

Dans une des ailes du manoir, celle réservée aux chevaliers revenus avec leurs armures, deux domestiques ramassent des détritus sur le sol du petit salon.
Ils n’osent pas lever les yeux vers le colosse d’un mètre quatre vingt huit qui reste affalé toute la journée devant la télé depuis son retour du Canada.

De la pièce d’à côté, sortent trois jeunes femmes peu élégantes qui réajustent le peu de vêtements qu’elles ont.
Elles sont raccompagnées jusque dans le couloir par le non moins costaud Ban qui bouscule au passage un valet.
Cela ne cause pas le moindre souci à Ban qui vient chiper la télécommande de Geki :
Ban - " Tu as eu tort de ne pas me suivre. Avec les trois c’était le pied. "
Geki sort de sa poche arrière une carte de visite :
Geki - " Je préfère attendre ce soir. J’ai décroché le numéro d’une petite journaliste. Qui voulait faire un reportage sur la Galaxian War et notre apprentissage de Saint. "
Ban lui tape sur l’épaule avant de rire grassement avec son compagnon :
Ban - " Veinard ! "

Dépités, les employés préfèrent quitter la pièce pour revenir la nettoyer plus tard au calme.

Ban s’installe confortablement sur le fauteuil à côté du canapé que monopolise Geki. Il pose ses pieds chaussés sur la table et assure :
Ban - " C’est quand même le fantastique ici. Une juste récompense après tant d’années d’effort. "
Geki - " Tu m’étonnes ! Je ne comprends même pas comment Seiya a pu préférer se prendre un appartement loin de la ville ? "
Ban - " En même temps, avec la petite minette qu’il a trouvé, Miho je crois, je comprends qu’il n’ait pas envie de la ramener ici. Il a peur de la concurrence. "

Le raclement de gorge d’un majordome vient les importuner au beau milieu de leur discussion graveleuse.
Les deux chevaliers se retournent en défiant du regard le bourreau de leur enfance volée, Tokumaru Tatsumi. Celui-ci n’apprécie guère le ton choisit par les deux perdants du tournoi :
Tatsumi - " A l’heure qu’il est, Seiya est loin de s’amuser. Je vous signale qu’il s’est rendu sans armure en compagnie de Shun et Hyoga dans la Vallée de la Mort pour affronter Ikki et récupérer l’armure d’or. "
Geki ramasse une canette de bière qu’il décapsule et lève en l’air :
Geki - " Tant mieux, à leurs santés. Moi j’ai ramené mon armure, je pense que la fondation peut bien me foutre la paix après tout ce que j’ai enduré pour elle. "
Ban - " Tu m’étonnes. Elle s’est fait voler l’armure. C’est son problème, pas le notre. "

Tatsumi ne décolère pas et s’approche d’eux en les invectivant :
Tatsumi - " Et des valeurs comme la paix, l’amitié, vous en faites quoi ? C’est pour ça qu’ils sont partis combattre. Parce qu’Ikki incarne désormais le mal. Ils veulent savoir ce qui a pu lui arriver et ramener l’armure qui représente une source d’espoir. "
Étant le seul à savoir la réelle identité de Saori et connaissant le but avoué de ce tournoi par son ancien maître Mitsumasa Kido, le trentenaire s’emporte. En pointant son doigt contre le crâne de Geki, il assure :
Tatsumi - " Je comprends mieux vos défaites durant la Galaxian War. Vous n’avez aucune bravoure. Sur les cent enfants envoyés, je m’étonne encore que vous fassiez partis de ceux qui sont revenus. "
Ne supportant plus ni les propos ni le comportement du majordome, Geki le soulève d’une main par la gorge comme un fétu de paille :
Geki - " Vire ta sale patte de là ! Tu nous as suffisamment battu quand nous étions faibles et tu mériterais mille tourments. Alors ne me démange pas ! "

Une voix autoritaire somme Geki de cesser immédiatement : « Ca suffit Geki ! Lâche-le ! »
Des mains gantés apparaissent d’abord contre l’encadrement de porte, avant de laisser surgir le reste de l’apparence sportive de Jabu.
Geki s’exécute aussitôt pendant que Ban s’étonne :
Ban - " Jabu ! Tu es déjà sorti de l’hôpital. Les médecins ont dis que ta clavicule était fracturé et que tu présentais de sérieux traumas après le coup porté par Phénix. "
A l’évocation de sa blessure, celle-ci démange aussitôt la Licorne, alors que Tatsumi reprend son souffle sur le luxueux tapis du living. Jabu le remercie :
Jabu - " Ça ira Tatsumi. Je m’occupe de ces deux là. "

Le second de la Fondation Graad obéit et laisse seuls les trois Saints de bronze.
Ban - " Comment ça tu te charges nous ? "
Geki - " Tu acceptes que ce connard continue à nous traiter de la sorte, après tout le mal qu’il nous a fait ? Ce n’est plus qu’un ver de terre aujourd’hui, un minable. Il mériterait qu’on lui donne une bonne leçon ce moins que rien. "
Jabu est dépité :
Jabu - " C’est que tu n’as rien compris alors. Ton entraînement n’a servi à rien. J’ai moi-même été comme toi durant de longues années en Algérie. Puis un jour, j’ai appris à ravaler ma fierté. Aussi minable Tatsumi soit-il à tes yeux, il a toutefois entièrement raison. Que sont devenus les deux hommes que vous êtes, alors que nos compagnons se livrent des duels à mort pour percer le mystère qui entoure l’un de nous ? "
Geki et Ban baissent honteusement la tête. Jabu poursuit son sermon :
Jabu - " Je hais Ikki. Je le hais pour l’humiliation qu’il m’a fait subir aux yeux de tous. Mais je n’oublie pas toutes ces épreuves que nous avons endurés enfants, tous ensemble, quand nous avons été réunis à la fondation. Avant d’arriver ici, j’étais seul dans mon orphelinat. Personne ne se souciait de moi. Éducateur comme enfant. Puis nous avons été une centaine à être réunis ici. Et même si nous n’avons pas toujours été d’accord, même si nous n’avons pas tous agis de la même façon, que nous nous chamaillions, je me sentais moins seul. On me parlait, on m’écoutait. Et on me soutenait. Malgré que j’ai pris le parti de lécher les bottes… "
Ce travail sur lui-même manifeste aux yeux de tous les conséquences sur son ego de sa défaite devant Saori. Il réussit même à arracher un timide sourire à ses camarades qui se tiennent comme deux enfants qu’on vient de mettre au piquet.
Au plus profond de lui ému, vexé, Jabu continue :
Jabu - " … Nous formions une famille. Et notre envoi dans des camps d’entraînement avait pour but de solidifier ces valeurs. On nous a enseigné le sens de la justice, du don de soi, de l’amour et de la paix au nom d’Athéna. Alors sur cent enfants, si seuls nous dix avons survécu, j’ai envie de croire qu’on puisse servir ces codes. Comme le font Seiya et les autres. "
Geki - " Mais comment faire ? "
Ban - " Oui ? Tu as bien vu que nous n’avions pas le niveau ? "
Geki - " De plus nos armures sont endommagées ! "
Jabu - " Les armures se régénèrent peu à peu d’elles-mêmes dans leurs Pandora Box. Ichi et Nachi sont sortis cette semaine de l’hôpital et sont venus me dire qu’ils repartaient auprès de leurs maîtres rattraper le fossé qui nous sépare des autres. Je vais faire pareil. Avis aux amateurs. "
Ban et Geki se renvoient un sourire déterminé.


En Grèce, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios :

Sur le versant d’une montagne, taillée à même la roche, la prison principale du Sanctuaire a des allures de tour.

Vêtu de sa Cloth, Mei, accompagné d’un soldat, se présente devant les gardes en faction à l’entrée. Il pointe du doigt une charrette que le soldat tire. Dedans se trouvent les corps d’un homme et d’une femme, pieds et poings liés. Les prisonniers gesticulent dans tous les sens :
Mei dresse un ordre de mission :
Mei - " Voici l’ordre de mission que notre Seigneur le Grand Pope m’a confié. Je viens faire emprisonner ces deux brigands. "
Le premier gardien s’exclame :
Soldat n°1 - " Encore ! Depuis la nomination du nouveau Pope ce matin ça ne fait que ça. "
Soldat n°2 - " Nos effectifs ici ont même été réduits pour aller à la chasse aux renégats. "
Mei grimace :
Mei - " Et ça ne va pas s’arranger. Si vous lisez bien l’ordre de mission, il est indiqué que j’ai ordre de réquisitionner de gardes à l’intérieur de la tour pour m’accompagner dans une autre tâche. "
Le premier des gardiens soupire, submergé par le travail, tandis que le second grimace en observant les prisonniers :
Soldat n°2 - " Merde. Vous les avez bien amochés ceux-là. Ils crachent beaucoup de sang. "
Mei - " Oh ! On a été obligé de leur couper la langue. Ils protestaient trop. "
Tandis qu’ils ricanent bougrement, ils laissent passer Mei et son complice avec le chariot.

Une fois à l’intérieur, l’accompagnateur retire son casque :
Dabih - " Et maintenant, comment les trouve-t-on ? "

Dehors, des crieurs continuent de faire le tour des villages et viennent s’époumoner en annonçant la mort du Pope et la prise de pouvoir d’Arlès.
Depuis les lucarnes bardées de barreaux, les prisonniers entendent de dehors les crieurs.
Pendant que certains prisonniers lèvent leurs écuelles vides en l’air pour exprimer leur joie, Nicol et Yulij se précipitent contre leurs barreaux de cellule pour hurler au complot.

Mei reconnaît les protestations :
Mei - " Il n’y a qu’à demander. "
Dabih - " Ca semblait venir des étages supérieurs. "
Mei - " Bien, je vais prendre nos prisonniers sur le dos, toi ramasse dans la charrette les vêtements de soldat que nous avons volé. Et remet ton casque, on risque de croiser d’autres gardes. "


Après avoir visités plusieurs étages, Mei et Dabih découvrent un jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque. Ses cheveux châtain clair ébouriffés et son visage marqué d’un âge aussi avancé, voir plus, que celui des Saints d’or laisse présager l’identité de celui-ci.
En effet, contrairement aux autres prisonniers rencontrés jusqu’à présent, Nicol a un visage raffiné que les voyous du Sanctuaire n’ont pas.
Dans la cellule d’en face, ils reconnaissent une jeune femme cachée sous un masque et aux longs cheveux blancs grisonnant ne pouvant être que Yulij.
Dabih va décrocher les clés postées dans le couloir.
Par galanterie naturelle, Mei se précipite sur la cellule de Yulij pour l’en libérer.
Instantanément, une fois la geôle ouverte, elle se jette comme une furie sur Mei.

Le japonais a juste le temps d’éviter le poing de la prisonnière :
Mei - " Merde ! T’es folle ou quoi ? "
Yulij - " Alors ça y est ? L’usurpateur est sur le trône. Il en profite pour nous faire exécuter. "
Mei agite grand ses bras et chuchote :
Mei - " Tais-toi ! Tu vas nous faire repérer ! "
Yulij n’en démord pas, elle concentre sa cosmo énergie.
Il faut que Nicol, depuis sa cellule, hausse la voix pour obtenir d’elle un peu plus de calme :
Nicol - " Ça suffit Yulij ! "

Mei souffle, rassuré, et lance les clés à Dabih pour qu’il libère le dernier captif.
Pendant que Dabih remplace Nicol et Yulij dans les cellules par les hommes et femmes qu’ils ont amenés dans leur charrette, Mei leur tend des tenues de soldats :
Mei - " Ça va nous permettre de fuir le secteur avant même qu’ils ne se rendent compte de quoi que ce soit. "


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le sanctuaire souterrain :

Sur l’îlot où se dresse le sanctuaire, au bord de la lave, un colosse de deux mètres quatre vingt trois, réalise ses échauffements quotidiens. Le Berserker de la Terreur termine ces pompes qu’il enchaîne à une vitesse folle :
Tromos - " … Dix neuf mille neuf cent quatre vingt dix huit, dix neuf mille neuf cent quatre vingt dix neuf… Et vingt mille ! "
Il se redresse grâce à la force de ses bras, sans le moindre essoufflement. Sans se retourner, il ressent la présence de sa s½ur d’arme :
Tromos - " Quel bon vent t’amène Atychia ? "
La Berserker du Malheur ne s’étonne même pas des perceptions de son pair :
Atychia - " Je cherche Vasiliás. Nous devions passer en revu les rangs aujourd’hui. "
Tromos pointe du doigt le magma :
Tromos - " Je crois que tu vas devoir une fois de plus le faire seule. Il est là-dedans. Il médite il m’a dit. "
Atychia - " Ce n’est pas possible. Quand il n’est pas dans sa chambre pour lire il est dans la lave, et quand il n’est pas dans la lave il lit ! "
Tromos - " Notre général est très soucieux depuis qu’il est revenu d’Angleterre. D’après ce que j’ai pu voir, il déchiffre un morceau de papyrus qu’il a ramené avec lui du Sanctuaire lorsqu’il a été contraint à l’exil quand il était enfant. J’ai essayé de le lire mais le mal de tête m’est vite apparu. J’ai préféré m’entraîner ici comme chaque jour. L’exercice physique, il n’y a que ça de vrai. "
Atychia - " Apparemment ce document en grec ancien démontre une technique permettant de se déplacer corps et âme dans le Meikai lorsque nous voulons nous élever au-delà du septième sens. "
Tromos - " Et bien moi, je cultive mon art du combat grâce au septième sens et c’est bien suffisant. Pas besoin d’aller chercher les difficultés. "
Atychia lui répond avec tendresse :
Atychia - " Ça ne m’étonne pas de toi gros bêta ! "


Plus bas, à des mètres de profondeurs, dans le magma en fusion, assis en tailleur dans son pantalon et maillot blanc en coton, Vasiliás se concentre. Sa peau ne souffre nullement de la chaleur, ses vêtements ne s’embrasent pas. Sa cosmo énergie et en symbiose parfaite avec l’élément qui l’entoure. Sa concentration est extrême, son cosmo grandit et vient heurter celui de chacun des habitants de l’Aréopage.
« Faire preuve d’abnégation. Oui, je dois chercher cette cosmo énergie que tout homme a, à la source de sa vie, l’Arayashiki, le huitième sens. Le document que j’avais subtilisé à mon maître parlait d’une technique permettant à tout un chacun de se déplacer dans le Meikai une fois notre volonté ouverte au huitième sens. La Renaissance Eternelle : Aionia Anagennisi. Pour cela, il me faut faire le vide dans mon esprit. », réfléchit-il.


Depuis la surface, la lave s’agite. L’événement est si impressionnant que bien vite l’ensemble des soldats environnants se rue autour de Tromos pour observer l’étrange phénomène.
Comme si un typhon attaquait l’Aréopage, le magma tourbillon à une vitesse folle. La force provoquée par une telle rotation permet de voir le fond de cette rivière bouillante, avec en son centre, le Berserker de la Royauté.
L’aura de Vasiliás, oscillant entre le blanc et l’or, irradie le souterrain bientôt plus que la fournaise flamboyante. La pression cosmique exercée fait léviter son corps en transe.
Des éclairs gravitent tout autour de lui.

Tromos commente :
Tromos - " Alors c’est ça ? Ça y est, il est y arrivé. Le huitième sens. "
Atychia - " Il est parvenu en à peine cinq jours à s’illuminer au huitième sens. Tous ces exercices mentaux qu’il s’est imposé en attendant d’atteindre cet éveil ont développé un cosmos effrayant. Même Tromos et moi réunis, au summum de nos capacités au septième sens, serions des insectes face à lui sur un champ de bataille. "

Les paupières de Vasiliás s’ouvrent, ne laissant apparaître que le blanc de ses yeux. L’effluve de sa cosmo énergie fait apparaître derrière lui un lion ailé avec des cornes en ivoire aux coudes et aux genoux.
Cette transe si puissante le pousse à s’égosiller le nom de l’arcane qu’il espère tant manipuler :
Vasiliás - " Aionia Anagennisi ! "
Alors les éclairs deviennent de plus en plus grands et l’encerclent totalement jusqu’à le faire disparaître.

L’assistance est époustouflée.
Tromos - " Ça alors… Où est-il ? "

Une voix roque venu des portes du temple lui apprend :
Arès - " Il ne peut-être qu’aux portes du Meikai ! "


En Grèce, au Sanctuaire, en dehors d’Honkios :

Le groupe déguisé composé de Dabih, Nicol et Yulij, suit Mei jusqu’à la sortie de la ville principale en direction des villages du nord sans dire un mot. Se contentant de saluer les villageois et les autres gardes qu’ils croisent.
Nicol et Yulij stoppent subitement leur route à l’orée d’un bois et défont leur déguisement.
Mei qui mène la marche a à peine le temps de se retourner pour demander la raison d’un tel arrêt qu’il encaisse une violente droite de Nicol qui l’envoie au tapis.
Yulij saisit aussitôt Dabih par la gorge. Elle lui balaye les jambes afin de le faire tomber au sol.

Après que Yulij ait voulu l’agresser en prison, ce manque de sympathie commence à agacer Mei. Il fronce les sourcils :
Mei - " C’est comme ça qu’on dit merci chez vous ? "
L’apprenti d’Arlès reste ferme :
Nicol - " Cesse de nous prendre pour des idiots. Qui t’envoie ? "
Mei - " Pardon ?! "
Nicol - " Cet homme qui t’accompagne n’a rien d’un vrai soldat. Les tuniques que nous portons ont donc été subtilisées. Aucun garde ne donnerait sa tunique sans combattre. J’imagine donc que vous avez attaqué des hommes du Sanctuaire. Ensuite, ces gens que vous avez envoyés derrière les barreaux à notre place, ils avaient la langue coupée et le visage tuméfié. J’ai donc du mal à croire que vous soyez nos anges gardiens. "

Mei soupire :
Mei - " Et bien dis donc, gagner votre confiance n’est pas une mince affaire. Pour ta gouverne sache que les soldats que nous avons dépouillés sont de chez toi. De Fóvos. Pas besoin donc de te rappeler l’assistance qu’ils peuvent porter aux plus démunis. Et les deux défigurés qui ont été jetés à vos places sont vos voisins qui dévorent les cadavres des gens qu’ils détroussent. Personne ne pleurera leur sort donc. "

Mei avance et dégage Nicol d’un coup d’épaule puisqu’il est sur son passage.
Il arrive jusqu’à Yulij qu’il relève du sol en la tirant par le bras afin de libérer Dabih.
Refusant de se soumettre, elle repousse Mei et essaie de le cogner avec sa jambe. Le Saint de bronze esquive facilement et répond d’une violente gifle qui fait choir la jeune femme sur son postérieur.
Mei - " Tu seras bien gentille de lâcher mon ami et de ne plus lever la main sur nous. "
Nicol, lui, reste soucieux :
Nicol - " Tu sembles être bien renseigné sur Fóvos et les gens qui nous entourent. "
Mei - " Normal. Je suis le nouveau propriétaire de ta maison. "


A Yomotsu Hirasaka :

L’atmosphère est lugubre. L’air malsain et nauséabond tire peu à peu l’intrus de son sommeil.
Tout de blanc vêtu, il apporte un semblant de lumière dans ce monde au ciel rouge et noir.
Le silence se brise sous les pas de l’individu qui, pour la première fois, découvre ce monde transitoire entre la vie et la mort.
Vasiliás - " Voici donc l’antichambre de l’au-delà. J’y suis parvenu. "
Son regard est captivé par une longue chaîne humaine qui n’a pas de début. Celle-ci s’achève au bout d’un gouffre où tous se précipitent.
« Tous ces gens sont morts et dépourvus de conscience. Ils viennent envahir peu à peu le Meikai. Je pourrai donc me jeter là-dedans pour atteindre le royaume d’Hadès. Je ne crains rien vu que je peux m’éveiller à l’Arayashiki désormais. Seulement, j’arriverai certainement comme tous ces gens à la porte des Enfers et je devrais traverser le fleuve Achéron.
Seulement, ce n’est pas par cette route que j’aimerai venir. J’ai appris au Sanctuaire qu’il existe un raccourci. Je dois le trouver. », décide-t-il.

Il scrute les horizons à la recherche d’un quelconque indice.
C’est alors qu’il remarque, à proximité du puit de la mort, une bâtisse en ruine.
A mesure qu’il s’en approche, des hurlements de souffrance deviennent de plus en plus insupportables.
Par une lucarne aux murs fissurés, Vasiliás découvre une pièce encore viable dans ces vestiges. Seul un piano magnifique donne à cette salle lugubre un aspect humain. Des chaînes et des crochets pendent depuis les murs et les plafonds. Dessus sont attachés quelques cadavres desséchés. D’ailleurs, un homme s’agite encore dans ces attaches.
« C’est donc lui qui s’égosille depuis tout à l’heure. Son visage est décharné. Et il se débat contre l’homme qui se tient debout face à lui. », détaille Vasiliás.
Effectivement, une main sur la hanche l’autre le long du corps, un borgne vêtu d’une armure sombre semble s’amuser de la situation. Celui-ci décroche du mur une énorme tenaille pour venir démembrer sa victime.
Vasiliás comprend : « Il ne peut s’agir que d’un Spectre. Il torture les âmes des morts qui traversent Yomotsu Hirasaka. »

Brusquement, Vasiliás sort de ses pensées. Il sent un objet voler jusqu’à lui. Il esquive de justesse la tenaille du tortionnaire.
Démasqué, il s’engouffre dans la sinistre prison sans parvenir à retrouver la trace de son assaillant. Il en profite alors pour libérer la triste âme qui erre instantanément de nouveau en direction du puit.

Le silence pesant est anéanti par quelques notes funèbres jouées au piano.
Dos à Vasiliás, l’interprète aux cheveux blonds portent une coiffe avec voile et une robe violette comme les religieuses :
Vasiliás - " Tu n’es pas l’homme que j’ai vu torturer. Qui es-tu ? "
Seule une composition musicale répond à l’américain.

Inopinément, une voix jaillit d’outre-tombe assure : « Voici une nouvelle âme errante. J’ai comme l’impression que tu vas m’amuser un peu avant que je ne t’aiguille en direction du puit. »
Vasiliás - " Je n’ai nullement besoin de guide. Qui es-tu ? "
Dans son dos, l’homme vêtu d’un Surplis sort de l’ombre et se jette sur lui.
Le Berserker l’évite et reconnaît le borgne qui daigne enfin se présenter :
Fyodor - " Je suis Fyodor de la Mandragore de l’Étoile Céleste de la Blessure. "

Une voix beaucoup plus atténuée complète :
Veronica - " Et moi je suis Veronica du Nasu de l’Etoile Céleste de l’Étude. Je compose quelques morceaux pour étouffer les cris des détenus de Fyodor. "
Crédule, ne voyant toujours pas le Spectre dissimulé sous son étole, Vasiliás prêche le faux pour savoir le vrai :
Vasiliás - " Désolé mademoiselle, mais vos instruments ne sont en rien efficaces puisqu’à des kilomètres à la ronde, j’entendais les exhortations du prisonnier. "
Enchanté d’être appelé « mademoiselle » par un homme aussi charmant que le Berserker, Veronica se défend :
Veronica - " Pardonne-moi mon poussin. Je revenais du Meikai où j’officiais mon art auprès de sa Majesté Hadès. "
Vasiliás se félicite : « C’est ça, j’ai ma réponse, le raccourci se trouve ici. »

Fyodor fait craquer ses poignets d’impatience :
Fyodor - " D’ailleurs je pense que tu vas vite découvrir de quoi nous parlons lorsque nous évoquons le Meikai. "
Veronica écrase de ses dix doigts des touches du piano pour provoquer un accord désagréable :
Veronica - " Doucement avec celui-la Fyodor. Il me plaît bien. J’aimerai bien qu’il soit encore conscient lorsque je viendrai voler dans les plumes de ce petit poussin. "

Vasiliás éclate de rire avant de disparaître petit à petit entouré d’éclair :
Vasiliás - " Je suis désolé mais j’ai à faire. Mais promis, je reviendrai jouer avec vous dans peu de temps : Aionia Anagennisi. "
Aussitôt, la Renaissance Éternelle renvoie le Roi là d’où il est venu, à l’Aréopage.


En Grèce, au Sanctuaire, dans une forêt qui relie le centre au nord du domaine sacré :

Le groupe continue d’avancer jusqu’au nord du Sanctuaire. Cachés dans le bois, il progresse rapidement avant que l’alerte ne soit donnée.
Mei a profité de la traversée pour expliquer la raison de sa venue auprès des détenus :
Mei - " … Et c’est ainsi que j’en ai conclu que mon maître Deathmask et Aphrodite étaient proche d’un Pope usurpateur et probablement responsable de la disparition d’Arlès de l’Autel. "
Nicol - " Incroyable. Et tu as pris tous ces risques pour nous sauver. "
Mei - " Je suis un chevalier d’Athéna. Je défends l’amour et la justice. Et ce que j’ai vu du Sanctuaire depuis mon arrivée ici est loin de la conception que je me faisais de la paix. "
Yulij - " Heureusement que tu as reçu un ordre de mission et que tu t’en es servi pour en faire un faux. "
Mei - " C’est Dabih qu’il faut féliciter pour ça. Moi je n’ai rien fais. J’ai eu l’idée et lui le talent pour dupliquer ce type de document. "
Pour la première fois de sa vie, Dabih ose interférer dans une discussion d’un de ses maîtres :
Dabih - " Ça nous laisse plus de répit. Attaquer directement la prison n’aurait pas été du même effet. "

Le petit groupe arrive aux sacs en osier qu’a préparé plus tôt Dabih. Cachés derrière des fougères, ils permettent à tout le monde de se rafraîchir et à Yulij et Nicol de pouvoir enfin manger à leurs faims.
Yulij - " Désolé d’interrompre ce succulent repas. Je voudrais simplement savoir ce que vous avez prévu. "
Mei - " Si nous remontons au nord, c’est pour aller à Dignity Hill. J’imagine que vous ne vous trouviez pas là-bas pour rien. "
Nicol - " En effet. Mon maître est mort c’est une certitude. "
Mei - " Comment peux-tu en être sûr ? "
Nicol - " Parce que son armure m’appelle. Jamais il n’aurait abandonné son statut de Saint. A sa mort, l’armure m’a reconnu comme son successeur, comme maître Arlès m’y avait préparé. "
Dabih - " En d’autres termes vous voulez dire que vous êtes… "
Nicol - " Je suis le Saint d’argent de l’Autel. "
Mei a un petit sourire à l’évocation de cette bonne nouvelle. Il est soulagé de ne plus être le seul chevalier ici.
Yulij poursuit :
Yulij - " Tu as raison Mei quand tu penses que le Saint des Poissons est lié au Pope. Parce que c’est lui qui garde prisonnière l’armure de l’Autel dans un jardin empoisonné de Dignity Hill. Heureusement, lors de notre affrontement contre Aphrodite, Nicol est parvenu à absorber et à maîtriser l’antidote. Il s’agit du sang d’Aphrodite. "
Mei - " Parfait. Ça n’en sera donc que plus facile pour récupérer cette armure. Ainsi nous serons deux Saints. Un d’argent et un de… "
Nicol précise :
Nicol - " Trois Saints ! Un d’argent et deux de bronze. "

Mei regarde de façon crédule Dabih. Celui-ci répond, en écarquillant ses yeux, qu’il ne comprend pas. Nicol, amusé par tant de naïveté, tend sa main vers Yulij :
Nicol - " Alors qu’elle a appris à lire les étoiles comme moi, Yulij n’a même pas remarqué que la constellation du Sextant irradie à son paroxysme chaque fois qu’elle intensifie sa cosmo énergie. "
Yulij esquisse un rictus de gêne sous son masque. Avec modestie, elle se passe sa main dans ses longs cheveux blanc :
Yulij - " Je n’aurai jamais cru… "
Nicol - " Et pourtant. La lecture des étoiles ne trompe pas. "
Mei - " C’est bien beau, mais où la récupère-t-on cette armure ? "
Dabih s’immisce :
Dabih - " Chez notre forgeron ! "
Nicol tape dans ces mains :
Nicol - " Bien sûr ! Saül ! "
Mei et Yulij se surprennent à formuler en même temps : « Pardon ?! »
Dabih - " Saül est le forgeron du Sanctuaire. C’est lui qui réalise toutes les cuirasses, de cuir ou de métal et les armes des soldats. Il fabrique également sur demande toutes les armures des mercenaires du Sanctuaire. "
Nicol complète :
Nicol - " Et vu qu’il est connu et apprécié de tous ici, c’est lui qui récupère les armures des Saints qui choisissent de se mettre à la retraite sans choisir de successeur. Il les range dans son atelier en attendant que de futurs Saints viennent les chercher après consentement du Pope. "
Dabih - " J’ai été l’esclave d’un prêtre du Grand Pope il y a peu. Il avait acheté mes services car le Pope lui avait confié une tâche pénible. Il devait pointer les armures sans propriétaires partout dans le Sanctuaire et avait donc besoin de main d’½uvre. Il m’a donc fait envoyer chez Saül pour réaliser ces recherches. "
Yulij, refusant de s’enflammer malgré la nouvelle, remet à tous les hommes les pieds sur terre :
Yulij - " Et après ça ? Où irons-nous ? "
Mei - " L’ordre de mission originale que j’ai reçu me chargeait de tuer une femme au Japon, Saori Kido. Celle-ci s’est entourée de Saint de bronze et le Sanctuaire semble leur en vouloir. J’avais pour ordre de la tuer pendant qu’ils seraient occupés à défendre eux-mêmes leurs vies. J’ai pensé les rejoindre pour leur prêter main forte si leur cause était identique à la notre. Le nombre nous permettrait peut-être d’être moins ridicule en cas de grosse bataille. "
Nicol - " C’est une bonne idée. "
Mei - " Dans ces cas là allons d’abord chercher ton armure puis nous irons chercher celle de Yulij avant de quitter la ville. "
La maturité et les connaissances de Nicol lui permettent de s’affirmer peu à peu comme le leader de ce groupe :
Nicol - " Nous devrions d’abord nous remettre de nos émotions. Un peu de repos nous fera le plus grand bien. Il y a peu de passage dans cette forêt. Les gardes utilisent généralement les sentiers pour se déplacer. Il vaut mieux veiller à tour de rôle pendant que les autres se reposent. Nous irons chercher les armures cette nuit. "



L’annonce du changement de Grand Pope avait des conséquences irrémédiables. Saga accentuait ses recherches tout en prenant soin d’éliminer la moindre menace.
Et celle qui planait autour de Mei et ses camarades était à prendre au sérieux.

10
Blue Graad resplendissait sous le soleil retrouvé. Bien évidemment le froid était toujours présent mais la météo se montrait plus clémente après le passage du cataclysme.
En Europe, l’heure de la rencontre entre Vasiliás et Yoma était venue alors qu’au Japon l’annonce du combat contre les Ankoku Saints remuaient sérieusement les esprits.
Beaucoup de chose allait changer.



Chapitre 48 - La communion des royaumes du grand nord

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

30 septembre 1986.
Un homme se cache les yeux, ébloui par le reflet du soleil sur la banquise. Ses bras pansés passent devant son opulente chevelure blonde pour lui faire de l’ombre et distinguer la silhouette de la jeune femme qui l’interpelle.
Assis sur les ruines d’une demeure arrachée par le cataclysme, il profite du retour d’un ciel dégagé pour jouer de sa harpe.

Tout autour de lui, les survivants de la citée dégagent les derniers corps des villageois et des soldats pour les ramener dans une arrière-cours du palais.

Le château, éventré en son milieu par le froid et les secousses des batailles menées, se reconstruit peu à peu. Sibériens comme asgardiens ont abandonné les habits de guerre pour reconstruire la citée.


 « Mime ! », la voix amicale et harmonieuse de Natassia appelle de nouveau le musicien.
Arrivée au pas de course, son sourire gredin dénonce ses véritables intentions. A proximité de son héros, elle balance une boule de neige comme le font les plus jeunes enfants endeuillés du royaume pour oublier leur chagrin.
Le futur Guerrier Divin attrape la boule en plein vol sans le moindre mal et la retourne à l’expéditrice. Frappée à l’épaule, Natassia joue l’enfant gâtée :
Natassia - " C’est vraiment injuste ! Si je pouvais contrôler mon cosmos comme toi je gagnerai à coup sûr. "
Mime - " Vous êtes trop sûre de vous Princesse. Je ne céderai pas facilement. "
En référence au sacrifice de Mime pour la ramener à elle, Natassia confirme :
Natassia - " Ça je le sais que tu es coriace. D’ailleurs tu ne devrais pas sortir avec toutes les plaies qui ne sont pas encore cicatrisées. Je m’étonne même que tu puisses utiliser ton bras cassé. "
Mime - " Mon bras me fait encore beaucoup souffrir mais le cosmos atténue la douleur et permet de se remettre sur pieds plus vite. Mais puisque vous voulez me donner des leçons vous devriez savoir que de nous deux c’est vous qui devez le moins vous dépenser. Vous étiez dans un grave état d’hypothermie. "
D’un air complice, elle se justifie :
Natassia - " Mais tant que tu seras là, je sais que je n’ai pas à craindre pour ma vie. "
Mime lui renvoie un timide sourire.

La Princesse repart amuser les enfants tandis qu’Alberich rejoint son compatriote :
Alberich - " Tu es bien chanceux de Benetnasch de pouvoir t’amuser de ton instrument et pavaner avec la Princesse. "
Mime - " Ces sarcasmes sont bien dignes de toi de Megrez. Pourquoi tant de ranc½ur ? "
Alberich - " Parce que pendant que je participe à la remise en état du royaume, je perds du temps à enrichir mes connaissances dans la bibliothèque du palais. "
Mime - " Tu as entendu Syd, il préfère que je distribue de l’allégresse au peuple en jouant de mon art plutôt que d’aggraver mes blessures. "
Alberich - " Comme si tu étais le seul à avoir souffert de cette bataille ! "
Mime - " Je reconnais que tu n’as pas été épargné toi non plus. D’ailleurs c’est étonnant de te voir dans un tel état quand on sait que c’est Syd qui a affronté Alexer et moi qui ai fait face aux trois autres Blue Warriors. "
Mime jette un pavé dans la marre. Du coin de l’½il, il observe avec suspicion le sournois jeune homme.
Ce dernier préfère garder pour lui sa rencontre avec Isaac et Ksénia :
Alberich - " Moi… Ah… Euh… Je suis tombé sur un groupe de gardes que j’ai sous-estimé. "
Mime - " Ça te ressemble bien. Trop de confiance en toi. "
Ayant réussi à lever les doutes, Alberich affiche une mine hypocrite :
Alberich - " Je sais. "


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido :

Dans les immenses couloirs de la demeure, Saori converse en compagnie de son amie Ksénia.
Bien que la russe soit cinq ans plus âgée, la richesse de leurs familles leur a permis de se rencontrer dès leur enfance et de se lier l’une à l’autre.
Amené à réaliser très régulièrement des affaires sur le sol japonais, Aleksandr Tanha, le père de Ksénia, a accepté de louer un étage entier à l’année d’un luxueux hôtel de Tokyo pour sa fille qui est tombée amoureuse de cette ville.
Ce moyen très utile et cet alibi ont permis à l’Ange de l’Olympe d’être au plus près d’Athéna depuis toujours, sans que celle-ci ne soupçonne quoi que ce soit, à commencer par le fait qu’elle est elle-même la réincarnation de la Déesse de la Guerre et de la Sagesse.
Saori - " Je suis très heureuse que tu ais accepté d’accompagner ton père aujourd’hui. "
Ksénia - " Et toi tu as bien fait de le laisser avec Tatsumi."
Saori - " Il restait quelques signatures à apposer sur un projet d’investissement que nous avons en commun. J’ai chargé Tatsumi de faire ce qu’il fallait. J’ai tellement de choses à régler avec le vol de l’armure d’or. "
Ksénia - " En effet, j’ai appris ça par les médias alors que j’étais en vacances à l’étranger. Je suis désolée de n’avoir pu être à tes côtés pour l’ouverture du tournoi. "

Après avoir durant toutes ces années jouée le jeu en s’inventant des intérêts communs avec Saori comme le shopping, les bijoux, les concerts de musique classique ou la danse, l’Ange teste l’éveil d’Athéna en Saori en abordant un sujet futile, mais pourtant essentiel à la vie de toute jeune femme :
Ksénia - " Et tes chevaliers alors ? Ils sont comment ? "
Saori - " Vaillants. Certains sont hospitalisés mais d’autres sont à la recherche de l’armure d’or. "
Ksénia - " Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ils se sont entraînés pendant des années, ils doivent arriver pleins de fougue. Et toi, tu es une jolie fille donc… "
Ignorant l’espace d’une seconde les recommandations bienveillantes que son grand-père lui a prodigué il y a quelques jours au Planétarium, Saori s’emporte :
Saori - " Je suis une fille de bonne famille. Ces garçons doivent tout à la fondation Graad. Je ne leur permettrais même pas d’avoir la moindre pensée à mon égard… "
Puis, soudain, elle se ravise, se remémorant la réaction de Seiya lorsqu’elle est venue lui apporter la lettre de défi du Phénix :
Saori - " … Toutefois… Il y a deux jours, je me suis présentée chez un Saint, Pégase, pour lui apporter un courrier. Il sortait de sa toilette et était gêné de me rencontrer dans une telle situation. Moi aussi d’ailleurs. Il est celui qui a le plus de caractère et je n’ai jamais entretenu de bonnes relations avec lui. Seulement… "

Ksénia n’écoute déjà plus Saori : « C’est bien ce que je pensais. Athéna n’est pas encore éveillée. J’imagine que le Sanctuaire va bousculer ça rapidement. Il ne faudrait pas qu’elle tarde trop. J’ai besoin qu’elle commette les fautes que mon maître attend pour la mettre à mal devant l’Olympe. Les événements vont sûrement se précipiter, je ne peux plus prendre le risque de la revoir et d’être démasquée. »

Le bruit d’une porte sort l’olympienne de ses songes et lui évite de devoir porter assistance au malaise de Saori face à Seiya.
Aleksandr et Tatsumi sortent du bureau en se saluant avec respect.
Saori raccompagne la famille Tanha jusqu’à la longue limousine qui les attend.
En recoiffant ses cheveux bruns plaqués en arrière, le père d’une quarantaine d’année monte en premier dans la voiture :
Aleksandr - " A très bientôt Mademoiselle Kido. Il nous reste quelques clauses sur les contrats du secteur aéronaval que je souhaiterai revoir avec vous, quand les tristes circonstances qui entourent la Galaxian War seront résolues. Si au passage vous pouviez m’obtenir un autographe du chevalier Pégase. Il est mon guerrier préféré et je dois dire que… "
Ksénia repousse son père dans la limousine :
Ksénia - " Allons père, j’imagine que Saori a d’autres chats à fouetter pour le moment. "
Saori lui renvoie un sourire cachant son inquiétude :
Saori - " Dommage que nous n’ayons pu nous voir longtemps. A très vite j’espère. "
Ksénia - " Je pense que bien des choses auront changé lorsque nous nous reverrons. Aussi bien pour toi que pour moi. "
Saori - " Pourquoi dis-tu cela ? "
Ksénia lui fait un clin d’½il avant de s’enfermer avec son père dans la luxueuse auto :
Ksénia - " Une intuition. Ah et au fait, même sans obtenir un autographe, soutiens Pégase de tout c½ur. Je l’ai vu à la télé, il est plutôt beau garçon. "
Saori reste souriante après cette réflexion.


Bien évidemment, la remarque de l’Ange a pour elle un sens caché.
L’olympienne sait très bien que Pégase a toujours suivi Athéna : « Il me faudra un Pégase prêt à repousser toutes les limites pour permettre à Athéna et aux hommes de commettre l’irréparable. »

Bien que la voiture soit déjà bien engagée dans Tokyo, Ksénia regarde l’heure avec insistance.
Aleksandr - " Et bien ma fille, prend donc un verre, fais comme moi. Détends-toi un peu. Tu as peur de rater ton train ? "
Ksénia change totalement de ton. De la jeune fille à l’apparence gâtée et reconnaissante envers son père, elle adopte un ton irrévérencieux :
Ksénia - " Exactement. Je dois être dans les heures qui suivent à Londres. "
Son père caresse sa moustache en se moquant affectueusement d’elle :
Aleksandr - " Allons ma chérie, tu sais bien que j’ai accordé quelques jours de congés au pilote de mon jet. Les boutiques londoniennes pourront bien attendre un jour ou deux. "
Ksénia regarde par la vitre pour s’assurer que la limousine soit sur un grand axe routier.
Ksénia - " Père, il faut que je vous avoue quelque chose. Je suis la réincarnation d’un être supérieur. "
Le père rie aux éclats devant sa fille qui fronce les sourcils. Il s’étouffe même dans son hilarité jusqu’à ce que la main de la fille lui empoigne la gorge et fasse claquer sa tête contre la vitre de la voiture qui se fendille.
Immobilisé par une telle prise, il regarde décontenancé sa fille :
Ksénia - " J’ai été aux services d’un dieu de l’Olympe. Un jour mon maître me détailla les lignes de son plan visant à destituer Athéna pour la punir de s’être liée à l’humanité. Pour participer à sa chute, je me suis donc réincarnée en humaine pour la côtoyer dès son plus jeune âge. Nous avons profité du fait que votre femme soit enceinte pour influer sur ma venue sur Terre. Être l’enfant d’un milliardaire allait me permettre de jouer mon rôle et mon alibi sans que je sois découverte. Comble de l’ironie, Athéna fut recueillie par un de vos amis, Mitsumasa Kido. Ma tâche n’en était que plus simple. "
Les yeux d’Aleksandr commencent à être injectés de sang, sa peau bleuit. Le manque d’air et de telles révélations le terrassent peu à peu :
Ksénia - " Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de cette vie. Athéna va se réveiller et moi j’ai préparé tout ce qu’il fallait pour qu’elle conduise l’humanité à sa perte. Je peux maintenant vivre de mon vrai nom, Helénê. Je regrette toutefois que ça se finisse ainsi Aleksandr. "
Elle le relâche, lui permettant d’aspirer un grand coup l’air qui lui manque.
Totalement dépassé par ces révélations, Aleksandr tend le bras vers sa fille :
Aleksandr - " Qui que tu sois, quoi que tu ais fait, tu es née de l’union de ta mère et moi. Nous t’aimons. "
A entendre le verbe « aimer », l’image de Vasiliás vient immédiatement à l’esprit de Ksénia sans qu’elle ne se l’explique. Son regard se perd quelques instants. Le temps de faire le vide et de se ressaisir :
Ksénia - " Voici un sentiment typiquement humain. "
Le désarroi de Tanha n’a pas le temps de lui briser le c½ur que le véhicule explose inopinément. Emportant le richissime russe et son chauffeur.
Déjà haut, dans le ciel, des ailes d’ange se déploient dans le dos de Ksénia…


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
A l’intérieur du palais, dans la salle du trône, là où il ne reste qu’un amas de ruines, Alexer et quelques sibériens récupèrent les corps des victimes de la guerre fratricide.
« Prince Alexer ! Prince Alexer ! Nous l’avons retrouvé ! ». L’annonce qu’il redoutait retentit enfin. Le corps de Piotr est sorti des décombres. Parfaitement conservé par le froid, le roi n’en reste pas moins en piteux état suite aux circonstances de sa mort.
Honteux, Alexer préfère ne pas le regarder. D’une voix emprunte de regret, il ordonne :
Alexer - " Qu’on le prépare comme les autres. Les obsèques du Roi clôtureront la grande cérémonie en mémoire des nôtres. "

Une main amicale vient soutenir l’héritier :
Syd - " Allons Prince de Blue Graad, ne perdons pas de temps. Il nous reste encore du travail. "
Alexer envoie un franc sourire et relève avec facilité d’épais blocs de pierre, à l’image de Syd, pour dégager les environs.

A mesure qu’il déblaye, les souvenirs de son affrontement contre son nouvel allié lui reviennent en mémoire. A tel point qu’une question lui brûle les lèvres :
Alexer - " Euh… Syd… Bien loin de moi l’idée de relancer le débat mais… Quelque chose d’étrange t’est-il apparu lors de notre attaque finale ? "
Syd - " Pour tout t’avouer, j’étais dans un état second, proche de la mort. Mon cosmos était en transe mais mon esprit ailleurs. Pourquoi ? Où veux-tu en venir ? "
Alexer - " En fait, ce qui a fait la différence alors que nous invoquions tous les deux le Blue Impulse, c’est le Viking Tiger Claw que j’ai reçu dans le dos. Là la balance a penché et j’ai perdu. "
Syd - " Je t’avoue que j’ai peine à le croire. Le Blue Impulse étant une technique que j’ai appris à maîtriser durant notre combat, il me semble extraordinaire que même avec la meilleure volonté du monde je sois parvenu à frapper simultanément avec mon autre arcane. "
Alexer - " Cela relève de l’exploit. Enchaîner aussi vite deux attaques demande des années et des années d’expérience et de contrôle de soi. Je ne dis pas que ça t’est impossible, seulement tes Griffes du Tigre Viking n’étaient pas propres à celles invoquées jusqu’à présent. Elles étaient chargées d’une brutalité, d’une animosité que je n’avais pas ressentie jusqu’à présent chez toi. Comme s’il y avait une part d’ombre en cette technique. "
Syd - " Une part… D’ombre… "
Syd est absorbé par ses souvenirs, il se revoit remonter le temps, petit à petit, année après année avec depuis toujours cette sensation d’être épié, suivi… Il parcourt ainsi en arrière le temps jusqu’à… Jusqu’à cette rencontre avec ce paysan qu’il a croisé un jour durant lequel il se promenait à cheval. Tout a commencé à cet instant. Ce moment où il a offert un poignard à cet enfant sauvage que ses parents lui ont révélé être son jumeau.
« Alors ça serait lui ?! », réalise peu à peu Syd.
Songeur, il continue à dégager les décombres sans développer davantage ses doutes avec Alexer.
Pendant que le prince poursuit ses investigations, Syd tombe nez à nez avec un pendentif. Une chaîne arrachée au bout de laquelle est liée une moitié de c½ur. L’objet étant similaire au sien, voire complémentaire, cette moitié correspondant à celle que Bedra, sa future épouse, est censée avoir auprès d’elle, Syd fouille sous ses vêtements. Il en ressort son bijou qu’il emboîte sans difficulté contre l’autre morceau.
Aussitôt, Syd devient pâle, ses jambes tremblent. Son sang se glace, son corps se fige.
Comprendre que son frère agit dans son ombre est déjà une révélation bouleversante, mais ce qu’il réalise en ce moment va au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Bedra connaît l’existence de ce jumeau puisqu’elle lui a donné ce bijou si symbolique.
Durant des mois Bedra faisait allusion à des conversations dont Syd semblait ne plus se souvenir. Désormais il comprend que son frère s’est joué de sa bien-aimée il fut un temps. Néanmoins, le plus dur à comprendre, c’est cette décision qu’a pu prendre Bedra de cacher sa découverte à Syd, lorsqu’elle a découvert que Bud n’était pas son réel fiancé. Elle a joué le jeu, volontairement. Partageant certainement autant de passion auprès de Bud qu’il peut en passer auprès d’elle. En un instant le monde de Syd s’écroule.
Sous le coup de la colère, Syd tourne d’abord sur lui-même pour chercher cette ombre qui doit encore le guetter. Puis, au bout de quelques secondes, lorsque la douleur supplante la colère, il en profite pour réfléchir.
« Bud convoite toute ma vie… Et je ne peux lui en vouloir. En respectant la loi d’Asgard, mes parents l’ont privé de tous ses droits. Je… Je le hais pour ce mal qu’il me voue. Mais… Mais comment le maudire, quand je sais qu’une part de moi le réclame depuis la découverte de son existence. J’aime ce frère que je ne connais pas. Peut-être est-ce la pitié pour ce destin qui lui a été choisi, qui provoque ce sentiment mitigé où sont mêlés culpabilité et manque d’amour pour ce jumeau ? », avoue Syd en faisant fi de son chagrin d’amour.
Il relève la tête et reprend ses activités en décidant : « Oui… Je ne peux remonter son existence auprès d’Hilda. Mes parents seraient jugés pour ne pas avoir obéi à la loi et ne pas avoir tué ce frère. Je ne peux que souffrir de mon obligation de garder le secret de son existence sans pouvoir lui avouer que j’aimerai tant le connaître. Nous finirions par nous faire remarquer. La seule chose que je puisse faire, c’est cultiver ses ambitions contre moi car lorsqu’il choisira de passer de l’ombre à la lumière la loi ne sera pas déjouée, il ne restera finalement qu’un héritier de Mizar comme cela a toujours été le cas. Seule Bedra pourra attiser davantage sa ranc½ur. Je dois briser ce lien qui les unit. », conclut-il.


A Jamir :

Dans la grande tour sans porte qui sert de demeure à Mû du Bélier, à l’étage, le maître des lieux veille le corps inanimé de Shiryu.
Depuis le fond de la pièce, vêtue de la Cloth de bronze du Graveur, Médée s’avance. Les pas n’émettent aucun son puisque l’archaïque plancher est couvert d’un grand tapis.
Ses doigts se posent sur une épaule de son époux, lui soulevant le c½ur :
Mû - " Alors tu t’en vas ? "
Médée - " Je reviens de notre village derrière les montagnes. J’ai fait mes adieux à nos familles. Je sais le peuple muvien en sécurité à tes côtés. "
Mû - " Ce n’est pas pour les notre que je m’inquiète. Tu pars au Sanctuaire. "
Médée - " Le Sanctuaire est notre berceau à nous les chevaliers. Je n’ai rien à craindre. Et je reverrai Maître Shion. C’est lui qui m’a rappelé auprès de lui. "
Mû - " Les courriers ont beau être frappés de son sceau, je te l’ai déjà dis, ils ne sont pas de lui. Quelque chose d’obscur se passe au Sanctuaire. Si tu y vas, tu ne seras plus en sécurité. "
Médée - " Bien que nous soyons époux, je reste une femme chevalier et mon devoir de Saint m’oblige à me rendre auprès de notre Grand Pope. "

Mû se redresse et, malgré son calme habituel, marque une profonde inquiétude en pointant du doigt Shiryu :
Mû - " Mais enfin regarde ce garçon. Il vient de risquer sa vie pour faire réparer son armure et combattre les Ankoku Saints. Ça ne te semble pas étrange que des chevaliers noirs aient réussi à sortir de l’île ? Seul un ordre du Sanctuaire peut les autoriser à en sortir sans craindre de se faire abattre. Et notre maître Shion n’aurait jamais requis l’aide de ces êtres odieux. "
Médée vient lui cueillir le visage dans ses mains pour le rassurer. Elle lui murmure :
Médée - " Quoi qu’il en soit, Athéna sera là. N’aie crainte. Je t’aime. "
Elle lui dépose un baiser et réajuste son masque de femme chevalier avant d’emprunter le vieil escalier de bois qui lui permet d’arriver au rez-de-chaussée de l’antique bâtisse.
Seul, Mû l’observe s’éloigner à l’horizon :
Mû - " Moi aussi… Je t’aime. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
Dans une écurie du palais, les éclats de rire d’un jeune homme se mêlent aux aboiements de chiens.
Guidée par ces effusions de joie entre l’humain et les animaux, la sublime Natassia rejoint le groupe.

Sans se faire remarquer, elle épie Mime, rétabli, s’amusant avec les chiens du traîneau avec lesquels les asgardiens sont venus à Blue Graad.
Mime les force à se nourrir à mesure qu’il rassemble des affaires sur cette épaisse glissière de bois.
La princesse est subjuguée par cette mélancolie qui se dégage sans cesse de son sauveur. Comme envoûtée, elle ne peut rester cachée et loin de lui plus longtemps.
Natassia - " C’est donc ce soir que vous nous quitterez ? "
Mime - " La reconstruction de Blue Graad pourra s’achever sans nous. Nous partirons après la grande cérémonie des funérailles. Les vents sont favorables, notre retour se fera dans de meilleures conditions qu’à l’aller. "
Attristée, elle soulève :
Natassia - " De meilleurs conditions ? "
Mime décèle l’affliction de son interlocutrice :
Mime - " Conditions climatiques. Vous quitter me fend le c½ur également. "
Natassia n’en attend pas davantage pour prendre les devants. Avec délicatesse, elle se met sur la pointe des pieds et garde appui en déposant ses mains contre les épaules du musicien.
Les yeux clos, elle vient cueillir ses lèvres pour confirmer les sentiments qu’elle éprouve.
Mime profite quelques instants de ce moment, avant de jouer avec son front pour se retirer de cette embrassade :
Mime - " Princesse. Il est indécent de profiter de vos faveurs. Vous êtes d’essence royale et malgré mon titre de noblesse auprès de ma contrée, je peux ne serait-ce qu’espérer vous aimer en secret. "
Natassia - " L’amour n’a-t-il pas tous les droits ? Par-dessus même nos origines et nos statuts ? "
Mime - " Je voudrais l’espérer. Toutefois, je suis un guerrier d’Odin. Ma place est auprès de la Princesse Hilda, la votre auprès de votre peuple. "
Natassia - " Mon peuple a son nouveau roi. Alexer saura les guider. "
Mime - " Alexer ne sera un bon roi que s’il est épaulé de sa bienveillante s½ur. Il n’est rien sans vous. "
Natassia - " Tandis que toi… "
Mime évite d’être confronté au regard de celle qu’il convoite au plus profond de son être :
Mime - " Tandis que moi j’ai déjà perdu des êtres chers. Mes parents, tués par un père adoptif tyrannique, mon ami le plus proche révélé être un adepte d’Hadès. Je suis voué à une vie de solitude. "
Natassia le gifle de colère :
Natassia - " Comment peux-tu te mentir autant ? Tu te forces à ignorer l’amour qui te consume. "
Mime se contente de hocher la tête :
Mime - " Je suis désolé. "

Natassia le quitte en courant, voulant garder pour elle ses larmes et rester digne comme son rang l’oblige.


Angleterre, Londres :

Sur la terrasse du café « Le Foreigneur », en plein c½ur d’une artère touristique, une jeune femme brune, les cheveux longs décorés de rubans violets, attirent les regards des hommes.
Fraîchement arrivée du Japon, Ksénia, Helénê de son vrai nom,  boit un thé, seule à une table où attendent deux autres fauteuils vides. Ses fermes cuisses se croisent, tandis qu’elle déguste sa boisson avec une grâce témoignant de la bonne éducation qu’a reçu cette slave au doux accent.

Le vrombissement d’un moteur d’une voiture de sport rouge vient jusqu’à ses oreilles. Sans même se retourner, elle devine l’arrivée de Vasiliás.
C’est au tour du Berserker de gratifier la gente féminine de sa présence. Habillé d’un costume blanc à rayures métallisées, sa cravate enserre à peine son col de chemise, présentant une certaine décontraction qui se marie parfaitement à une forte élégance.
Son visage agrémenté d’un diamant à chaque oreille est couvert d’une barbe de deux jours afin de lui donner un style faussement négligé.
A mesure qu’il traverse la place, il ruine les espoirs des admirateurs d’Helénê en s’asseyant à sa table.

Il se pose avec une certaine complaisance :
Ksénia - " Le soldat d’Hadès a demandé une rencontre discrète dans un lieu public. On ne peut pas dire qu’une arrivée dans un tel bolide fait preuve de discrétion. "
Vasiliás - " Je n’ai pas pu résister. Quand tu m’as appris que j’allais avoir une bonne excuse pour réintégrer le monde contemporain, j’ai craqué pour le même modèle que je conduisais avant mon adoubement en Berserker. Je compte bien profiter de l’argent qui était le mien dans cette vie lorsque je réintègre le monde des humains normaux. "

Une voix inconnue de Vasiliás confirme pourtant bien ses propos :
Yoma - " Il est vrai que l’état de la précédente voiture ne lui permet plus de rouler après ta rencontre avec les Ankoku Saints. "
Vasiliás se retourne pour découvrir un homme vêtu d’un smoking noir et coiffé d’un chapeau haut de forme. Les deux hommes s’échangent un regard provocateur tandis que l’Ange s’enthousiasme à l’idée d’être si agréablement accompagnée.

Yoma prend place sur la dernière chaise et fouille dans l’intérieur de sa veste. Il en extrait quelques pièces de monnaie et une cigarette qu’il s’empresse d’allumer :
Yoma - " Prends ce que tu veux le mannequin, c’est moi qui régale. "
Vasiliás est amusé par le comportement désinvolte de Yoma :
Vasiliás - " Dans ce cas tu me prendras la même chose que toi. "
Cigarette en main, Yoma effectue un grand mouvement de bras :
Yoma - " Serveur ! Deux pressions s’il vous plait ! "

D’une mine gaie, Yoma en revient aux personnages à sa table :
Yoma - " C’est le moment de savourer ce genre de choses. Il n’y en aura plus beaucoup lorsque l’empereur Hadès aura conquis la Terre. "
D’une fausse sympathie, Vasiliás assure :
Vasiliás - " Jamais je ne laisserai le chaos détruire le monde et les innocents. "
Yoma - " Quelles surprenantes paroles dans la bouche d’un Berserker ! "
Le ton reste posé, malgré les expressions hypocrites que s’efforce de tenir Vasiliás contrairement à Yoma qui assure naturellement le spectacle.
Yoma - " Comment comptes-tu faire, alors que je ne te délivrerai l’armure divine d’Arès qu’à l’unique condition que tu assailles le Sanctuaire ? "
Vasiliás - " Nous en viendrons aux conditions quand tu m’auras déjà certifié avoir localisé l’armure. "
Yoma absorbe une bonne dose de tabac et ferme les yeux un instant…



Flashback
19 septembre 1986.
Minos était chargé de rencontrer Rhadamanthe aux Cinq Pics.
Pendant que les deux futurs Juges des Enfers dialoguaient, le sournois Yoma prit le soin de clore ses paupières et d’inhaler l’air frais des montagnes chinoises.
Au pied de la Terre Scellée, les corps réceptacles des âmes des Spectres parviennent à communiquer avec celles-ci.
L’homme aux quelques poils de barbe rebelles entra en transe avec la sienne.
A cet instant, son esprit terrestre ne fit qu’un avec son enveloppe spirituelle présente au Meikai.
Celle-ci était immobilisée dans la quatrième Sphère des Enfers.
Positionné sur le flanc du hall principal du Giudecca, Yoma observait Rhadamanthe, Minos et Eaque, agenouillés devant un escalier en haut duquel, siégeait la silhouette d’Hadès, à peine perceptible, sur son trône.
En fond de salle, quelques Spectres étaient également inclinés et avaient reçu la permission d’assister à l’arrangement musical du Saint de la Lyre, retenu depuis des années dans ce monde en raison de la présence de sa bien-aimée.

Tous furent subjugués par l’art harmonieux d’Orphée, hormis Rhadamanthe qui s’obligeait à écouter des notes qui l'insupportaient.

L’infâme conspirateur profita de la concentration des siens pour s’engager dans un des couloirs du palais.
Les allées, semblables à de larges détroits, desservaient sur plusieurs appartements dont ceux de Pandore aux enfers.

Connaissant parfaitement les lieux, puisque son âme y loue résidence entre chaque réincarnation d’Hadès, Yoma s’engagea dans un passage en forme de voûte. Il déboucha sur une salle inondée d’une lumière écarlate. La lueur sanglante provenait de l’armure reposant sous la forme d’une statuette telle l’armure d’Athéna.
Flashback


Vasiliás s’exclame :
Vasiliás - " Le Giudecca ?! Ksénia m’a dit que tu souhaitais mener à bien un plan sans en avertir Hadès. Comment comptes-tu ne pas l’alerter alors que l’armure d’Arès dort dans son temple ?! "
Yoma écrase sa cigarette dans le cendrier et sourit de toutes ses dents :
Yoma - " Ne t’inquiète pas, avec tous les événements prévus à cet instant, je n’aurai même pas besoin de faire diversion pour la sortir. "
Vasiliás - " Tout de même, ce ne sera pas aussi facile de traverser les Enfers avec l’armure dans la plus grande discrétion. "
Yoma - " Tout à fait, c’est pourquoi je ne ferai que la sortir du Giudecca. Pour le reste tu te débrouilleras seul ! "
Vasiliás - " Comment ?! Tu veux que j’aille aux Enfers chercher l’armure ?! "
Un point revient à Yoma et perturbe un peu ses plans. Il ôte son chapeau pour se gratter bêtement les cheveux :
Yoma - " Ah oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé, il faut que tu t’éveilles au huitième sens pour pouvoir pénétrer dans notre royaume… "
Il se frotte un instant les quelques poils qui se dressent sur son menton et renfile son haut de forme en déclarant tout sourire :
Yoma - " Pas grave ! Tu vas apprendre ! "
Vasiliás rigole nerveusement :
Vasiliás - " Non mais tu te fous de moi ?! "
Yoma - " Pas du tout. Le jour de l’attaque du Sanctuaire par les Spectres d’Hadès, je t’attendrai entre la Cinquième et la Sixième Prison. "
Vasiliás - " Bien évidemment, il y a un labyrinthe qui sépare les deux Prisons. Idéal pour me tendre un piège. "
Yoma affirme en toute franchise que c’est bien le but :
Yoma - " Bah oui ! Enfin ! Je ne vais pas prendre le risque de me faire trahir par un Berserker. Au moins, durant le temps que tu prendras pour ressortir de là, j’aurai la certitude que tu obéiras bien à tes obligations. "
Vasiliás - " Je ne comprends pas. Tu veux que l’armée d’Arès attaque le Sanctuaire alors que tu viens de dire à l’instant que nous nous rencontrerons au Meikai le jour où Hadès lancera son attaque. "
Yoma retire ses gants pour frotter fièrement ses ongles contre ses vêtements :
Yoma - " Comme tu dois t’en douter, je suis parfaitement informé des plans de Sa Majesté. Et je trouve son plan foireux. Bah oui ! Pour épargner ses Spectres il veut envoyer à la place d’anciens Saints au Sanctuaire pour ramener la tête d’Athéna ! Il va se servir d’un ancien Grand Pope qui nous en a fait voir de toutes les couleurs lors de la précédente Guerre Sainte. Non franchement on est loin du succès. J’ai bien du mal à croire en son allégeance. "
Vasiliás - " L’attaque d’Hadès contre le Sanctuaire sera un flop. "
Yoma écarte en grand les bras comme pour accueillir le messie :
Yoma - " Oh ! Un génie de guerre ! Comme je suis ravi de te l’entendre dire. Je croyais que cette époque allait être ennuyante et manquait d’hommes intéressants, mais toi tu vas au-delà de mes espérances. "
Vasiliás ne peut retenir son sérieux devant les pitreries du Spectre, il affiche un sourire en coin malgré lui :
Vasiliás - " La riposte d’Athéna se fera donc ressentir. Elle partira au Meikai avec ses meilleurs Saints. "

Le serveur fait interrompre la conversation le temps de déposer les deux grands verres de bière commandés.
Avant qu’il ne parte, Yoma le retient, lui glisse un pourboire conséquent et lui indique la direction de l’olympienne :
Yoma - " Cette jeune femme n’est-elle pas la plus belle du monde ? "
Serveur - " Certainement Monsieur. "
Yoma - " Bien. Dans ce cas veillez à ce qu’elle ne manque de rien. J’ai l’impression qu’elle a bientôt fini son thé. "
Serveur - " Je lui en ramène un autre tout de suite. "
Le serveur commence à partir mais Yoma ne le lâche toujours pas :
Yoma - " Et puis j’ai comme l’impression que nous allons rester un moment à discuter avec mes amis. Amenez-nous donc la carte que nous puissions déjeuner. "
Le barman s’engage mais Yoma le rappelle par le bras :
Yoma - " Pourriez-vous m’apporter une seconde pression également ? Je pense que celle-ci ne sera pas suffisante. "
L’homme aurait aimé s’exécuter. C’est sans compter sur Yoma qui le garde encore auprès de lui :
Yoma - " Ah ! Et vous en ramerez une autre également pour mon camarade. "
Il échange un sourire aussi grand que sa fausseté à Helénê et Vasiliás avant de se lever pour réclamer au garçon de café qui n’est pas encore à plus de deux mètres d’eux :
Yoma - " Au fait j’ai oublié de… "
Ksénia lui coupe la parole en se retournant pour affirmer au malheureux :
Ksénia - " Ça ira monsieur. "
L’homme a du mal à contenir son souffle tant il commençait à s’agacer du traitement de Yoma.
Déçu, Yoma fait la moue comme un enfant qui vient de se faire punir.

Néanmoins, cela ne dure pas plus de deux secondes. Il repart aussitôt dans des explications débordantes d’énergie, faisant sursauter au passage Vasiliás qui profitait d’un peu de répit pour avaler une gorgée de bière :
Yoma - " Donc tu as bien compris. Nous, Spectres, allons être occupés au Meikai par la présence d’Athéna et de ses hommes. Cela dit, lorsque nous les aurons écrasés, je compte bien offrir à mon maître un Sanctuaire déjà vidé de toute trace d’hostilité. Il s’agit donc d’éliminer les derniers Saints présents en plus des gardes pour nous offrir un peuple prêt à être sacrifié en l’honneur d’Hadès. "
Vasiliás s’essuie le visage en grommelant après que Yoma lui ait adressé une tape amicale dans le dos pendant que l’américain vidait son verre.
Vasiliás - " Tu sais bien que prendre le pouvoir sur le Sanctuaire n’est pas un problème. Néanmoins, pour ce qui est du sacrifice humain, je ne vous laisserai pas faire. "
Yoma tapote dans ses mains comme un gamin impatient d’ouvrir un paquet cadeau :
Yoma - " J’adore, j’adore, j’adore… Voici un homme qui sert un dieu pour lequel il n’adhère pas à la cause. Parce que j’ose tout de même espérer que tu sais que les humains sont semblables au bétail qu’on égorge pour Arès non ? "
Vasiliás - " Ne t’occupe pas des relations que je peux nouer avec Arès. "

Yoma sort une nouvelle cigarette qu’il tape sur la table pour tasser le tabac :
Yoma - " D’accord, d’accord. Dans ce cas nous nous arrêterons là. Tu viens chercher l’armure. Tes hommes attaquent le Sanctuaire. C’est aussi simple que ça. "

Un nouveau serveur vient apporter les cartes, le précédent ayant certainement choisi de jeter l’éponge.
Yoma l’agrippe comme il l’avait fait précédemment, ce qui agace Vasiliás :
Vasiliás - " Non, tu le lâches celui là ! Tu lui fous la paix ! "
Yoma boude encore quelques secondes.

La décision de Vasiliás lui redonne le sourire :
Vasiliás - " Bien. J’accepte ta proposition. Mon armée partira à la bataille quand je serai revenu avec l’armure. "
Yoma - " Non, non, non… On s’est mal compris. Tu sortiras du Meikai une fois seulement que ton armée aura attaqué le Sanctuaire. "
Vasiliás n’est plus amusé. Il reste quelques instants silencieux. Le temps suffisant pour que Yoma commande des menus à ses convives sans sonder leur appétit.

C’est seulement une fois qu’ils sont servis que Vasiliás donne enfin sa réponse :
Vasiliás - " Bien. J’accepte. Nous nous donnons rendez-vous entre la Cinquième et la Sixième Prison au Meikai le jour où des renégats attaqueront le Sanctuaire. Tu t’y rendras avec l’armure. A l’instant où l’armure sera en ma possession, je donnerai l’ordre à mes hommes d’attaquer le Sanctuaire. "
Yoma s’empare aussitôt de sa fourchette :
Yoma - " Ah ! Voilà qui me met d’appétit ! C’est entendu ! Passons aux choses sérieuses à présent ! "

Vasiliás se lève de table et vient tirer la chaise de Ksénia. D’une voix calme et détendue, il déclare à Yoma :
Vasiliás - " Tu m’excuseras, je n’ai plus l’appétit. Et il n’est pas raisonnable de ne pas raccompagner Ksénia, ce serait manquer de respect à sa personne. "
Bouche bée, Yoma laisse tomber de sa fourchette la nourriture qu’il vient de piquer.

Néanmoins, sa ruse le pousse à ne pas s’avouer vaincu aussi facilement :
Yoma - " Très bien, je m’incline comme un gentleman doit savoir le faire. "
Il tire son chapeau à Vasiliás et Ksénia avant de déclarer en les observant s’éloigner :
Yoma - " Je ne voudrais pas te priver d’un bonheur qui s’avérera n’être qu’un leurre. "
Les propos de Yoma atteignent Vasiliás qui s’efforce de poursuivre sa route sans manifester la moindre gêne.

Pendant que le couple quitte la place, Yoma, la bouche pleine, attaque les assiettes de ses convives.
Visiblement, la nourriture qui lui a été servi n’est pas suffisante puisqu’il retient déjà un nouveau serveur…


En chemin pour regagner la voiture, Ksénia vient accrocher le bras du Berserker et se colle affectueusement à lui comme le font tous les couples qui se promènent dans cette artère.
Vasiliás rougit, il n’ose pas la regarder. Il préfère ne pas perturber cet instant qu’il affectionne tant.
Ksénia - " Alors tu acceptes ses conditions ? Tu vas attaquer le Sanctuaire pour sortir avec l’armure ? "
Amoureux mais prudent, Vasiliás préfère ne pas donner le fond de sa pensée :
Vasiliás - " Je n’ai pas d’autres choix de toute manière. Si je veux récupérer l’armure d’Arès et disposer de tous les moyens pour devenir roi du monde, je dois me plier à cette demande. "
Fixant l’horizon un instant, Vasiliás garde pour lui la vraie réponse : « Bien sûr que non. Nous n’attaquerons le Sanctuaire que lorsque nous serons fixés sur l’issue de la rencontre entre Hadès et Athéna. Si Athéna sort victorieuse, elle pourrait revenir durant notre assaut et nous prendre à revers. Ce serait donc du suicide. Et si le vainqueur est Hadès, le Sanctuaire ne sera pas l’enjeu majeur. La Terre toute entière deviendra un champ de bataille. Attaquer le Sanctuaire reviendrait à nous affaiblir et nous empêcher de lutter contre l’armée d’Hadès. »

Ils arrivent jusqu’à la voiture de sport de l’ancien chef d’entreprise :
Ksénia - " Bien, je pense que mon devoir a été accompli. Tu as toutes les cartes en main à présent pour réaliser tes projets de roi. "
Vasiliás - " Attends ! Où comptes-tu aller ? "
Ksénia - " Je vais rentrer auprès de mon maître. "
Vasiliás - " Alors voilà ce que voulait sous entendre Yoma en prétendant que ce bonheur n’était qu’un leurre ! "
Ksénia - " Vasiliás, tu sais bien que nos chemins ne peuvent… "
Vasiliás - " Pourtant tu es venu à moi dès notre enfance. Tu as toujours occupé mon esprit, je suis fou de toi. Accepte de devenir ma reine. Et si ton maître te demande, je le mettrai en déroute au nom de l’amour que j’éprouve pour toi. "
Ksénia ne semble pas du tout attristée :
Ksénia - " Tu ne sais pas ce que tu dis, tu ne t’imagines même pas de qui tu parles. "
Vasiliás - " Alors dis-le moi. "
Ksénia - " C’est impossible. "

Vasiliás ne se résigne pas. Il ouvre la portière côté passager à Ksénia :
Ksénia - " Que fais-tu ? "
Vasiliás - " Nous sommes dans l’une des plus belles villes du monde. Pour aujourd’hui seulement j’ai accepté de redevenir un homme comme les autres. Un homme qui ne se soucie pas de ces histoires de cosmos. Un homme qui veut vivre simplement les bonnes choses et profiter de la femme qu’il aime. "
Helénê ne peut refuser une telle avance. Elle accepte de grimper dans le véhicule et de vivre une dernière fois comme étant Ksénia.


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
Dans l’arrière-cour du palais, une centaine de sibériens, uniques survivants de la cité, écoute le discours passionné et poignant du nouveau roi.

Positionné sur une estrade de fortune et derrière un cube de glace servant de pupitre, Alexer se présente en grand orateur. Derrière lui, sa s½ur et les trois asgardiens gardent la tête basse.

Situés entre les spectateurs et la scène, des blocs de glace sur lesquels sont gravés les noms, date de naissance et de décès ornent les tombes des victimes de la guerre civile et du grand cataclysme.
Au centre d’elles, décorée avec plus d’élégance et dotée d’une pierre de marbre à la place d’un cube de glace, la sépulture du roi Piotr domine, ce qui était avant les combats, l’équivalent du jardin royal.

Alexer - " … et me permet de tirer les leçons de ces récents événements. Blue Graad n’est rien sans le second royaume polaire. Asgard et Blue Graad sont les royaumes du grand nord et c’est grâce à notre sacrifice, notre courage et notre abnégation, que nous parviendrons à maintenir tous ensemble, dans un esprits de cohésion, la paix sur nos royaumes et sur la Terre. Merci à Asgard, au Seigneur Odin et à sa représentante terrestre, Hilda de Polaris, de nous avoir aidé à survivre pour accomplir notre mission quotidienne au nom de Sa Majesté Athéna. Aujourd’hui, les représentants d’Odin nous accompagnent dans notre douleur. Un père, une mère, un enfant, des voisins, soldat ou villageois, beaucoup ont perdu des leurs.
C’est pour que ce jour reste à jamais gravé dans nos mémoires, la mienne en premier, ainsi que dans celles des générations futures, que le jardin royal deviendra dès ce jour un lieu de recueil ouvert à tous. "
Sur les côtés de l’estrade, des soldats profitent de la fin de l’éloge funèbre d’Alexer pour souffler dans leurs cornes, afin d’instaurer une minute de silence durant laquelle les c½urs se soulèvent et les larmes coulent à flot.
Alexer recule sa main pour serrer fort celle de sa s½ur, renforçant par la même occasion les raisons prises par Mime de ne pas s’engager auprès de Natassia.
Le nouveau roi reste les yeux rivés sur son père, revivant un instant la mort qu’il lui avait réservé. Sa gorge se noue, les regrets montent. Néanmoins, pour son peuple, il reste digne.

Les cornes retentissent à nouveau, annonçant la suite de la cérémonie.
Natassia lâche la main de son frère pour saisir derrière elle une couronne dorée, celle de son défunt père.
Alexer s’agenouille de profil à la foule. Les yeux clos et la tête baissée, il écoute le sacre prononcé par sa s½ur :
Natassia - " Alexer Prince de Blue Graad, héritier légitime du défunt Roi Piotr, en vertu de la loi de Blue Graad, moi, Natassia Princesse de Blue Graad, je fais de vous, au nom de notre peuple tout entier, le nouveau roi de Blue Graad. Contre ce couronnement, vous jurez de toujours servir les intérêts de votre peuple comme l’ont fais vos prédécesseurs au nom d’Athéna et de faire perdurer l’équilibre du monde en ce nom. "
Sentant la couronne effleurer sa chevelure argentée, il lève les yeux, chargé d’une immense émotion, la main droite sur le c½ur :
Alexer - " En la mémoire de mon père, au nom de mon peuple et des royaumes du grand nord, je jure de défendre la paix en ce monde au prix de ma vie au nom de la déesse Athéna. Que ma vie soit celle des miens, fidèle à leur volonté, leur amour et la justice. "
Natassia achève de faire glisser la couronne sur la tête de son frère. Une fois l’or enserrant parfaitement son crâne, Alexer se redresse avec délicatesse et des gestes parfaitement calculés, faisant émaner de lui une nouvelle notoriété, une officielle, celle d’un souverain.

Ému par ce sacre bien simple par rapport à ceux des précédentes générations, les conditions n’étant pas pleinement réunies aujourd’hui, le peuple applaudit unanimement.


Angleterre, Londres :

Dans un luxueux hôtel, dans la chambre la plus haute, offrant une vue imprenable sur la ville, Helénê reste les yeux rivés sur l’horizon.
La ville, illuminée par le soleil couchant et les premières lumières des réverbères, lui fait tourner l’esprit. Elle se perd dans ses souvenirs…


Flashback
Année terrestre 1968 - Là-haut, tout là-haut, dans une dimension qui surplombe la Terre, une magnifique créature à l’allure féminine traversait un champ fleuri, une prairie de l’Olympe.
Des mèches de ses longs cheveux châtains tombaient sur sa généreuse poitrine drapée de blanc. Comme tout homme et femme ayant le privilège de vivre ici, elle était vêtue d’une simple toge blanche accrochée stratégiquement par des broches en or pour ne rien dévoiler de son intimité.
En chemin, elle observait des enfants jouer avec discipline. Pas un mot plus haut que l’autre, pas de mouvements agressifs, ces petits souriaient sous les yeux pleins de foi de leurs parents.
Elle se précipitait avec hâte dans un bâtiment d’à peine dix mètres carré. Semblable à des dizaines d’autres disséminés rien qu’autour du jardin, ce petit temple était maintenu par d’immenses colonnes doriques.

A l’intérieur, le sol marbré et les pavés muraux d’un blanc immaculé permettait à l’Ange d’admirer sans nécessiter la moindre torche une statue regroupant les douze propriétaires de ce havre de paix. Au pied de celle-ci, des offrandes par centaines étaient ramassées par des prêtres qui allaient les redistribuer comme à chaque repas au banquet des dieux. La jeune femme y contribua en déposant un plateau composé de divers fruits.
Une fois seule, elle se prosterna genoux et front contre sol, pour prier chacun des douze dieux :
Olympienne - " Ô dieux bienfaisants, merci pour ce ciel chaque jour plus bleu. Cette charité me permet de venir chaque jour déposer les dons que votre terre nous fait. Vous prier m’apporte l’enchantement, ô créateurs, majestueux et éternels. Ô perfections des perfections, que votre règne perdure par delà les époques et les peuples, écrasant les infidèles et offrant la quiétude aux initiés. Car seule votre conscience est grâce pour l’éternité. "
Alors qu’elle se relevait, elle constatait une inhabituelle manifestation atmosphérique juste devant la statue. Loin d’être effrayée, elle plissa les yeux et s’en approcha pour éclaircir ce mystère. A cet instant, un étrange contour remplit de lumières oscillantes entre le rouge vif le rosé lui apparu. La voix autoritaire et pleine d’assurance de cette essence divine se fit entendre :
Enveloppe divine - " Bonjour Helénê. "
La jeune femme s’inclina de nouveau :
Olympienne - " Seigneur tout puissant, c’est un honneur de vous rencontrer de nouveau. "
Enveloppe divine - " Tu as dû t’entraîner plus dur encore depuis notre dernière entrevue. Je sens en toi une énergie dévastatrice, bien au-delà que ce que les misérables humains peuvent dégager. "
Olympienne - " La foi me guide, rien d’autre. "
Enveloppe divine - " L’heure est donc venue pour toi. En concertation avec les autres dieux, j’ai obtenu auprès de notre souverain Zeus ton sacre. "
De la matérialisation du dieu jaillit une armure dont les pièces se détachent aussitôt pour habiller l’olympienne. Un diadème semblable à ceux que porteront Odysseus et Theseus dans quelques mois vint coiffer ses cheveux. Son corps tout entier était couvert d’une protection noire, agrémentée de lignes et de reflets violets, des épaules à la taille, libérant à ce niveau une jupette blanche. Le haut de ses magnifiques cuisses était nu jusqu’à ce que des jambières, semblables à des bas, ne lui recouvrent les jambes jusqu’au bout des pieds pour finir en escarpin.
Olympienne - " Ah ! Il s’agit d’une… "
Enveloppe divine - " D’une Glory en effet. Ces armures sont portées par un groupe de guerriers à la disposition des dieux de l’Olympe. Cette Glory fait de toi un Ange. Les Anges sont assimilés à des personnalités humaines reconnues des dieux pour leurs faits mythologiques. Ainsi, tu possèdes la Glory d’Hélène de Troie. Et dorénavant tu porteras son nom. Le nom d’Helénê. "
Helénê - " C’est un honneur ô Dieu du… "
Fidèle à sa réputation de dieu dur et hautain envers les êtres inférieurs, ledit dieu l’interrompt :
Enveloppe divine - " Quel dieu glorifies-tu le plus ? "
Sans hésiter, Helénê garantit :
Helénê - " Vous mon Seigneur. "
Enveloppe divine - " A quel point ? "
Helénê - " J’irai jusqu’à défier le roi des dieux en personne pour vous. "
Enveloppe divine - " Bien, tu confirmes ce que je sais de toi. Rejoins-moi dans mon temple. Je te veux à ma garde personnelle… "
Flashback


Le son festif d’un bouchon de champagne qui s’élève au plafond sort Helénê de ses songes.
Dans son costume blanc, Vasiliás apporte une coupe dans chacune de ses mains :
Vasiliás - " Tu rêvais ? Ne me dis pas que c’est notre promenade dans un square qui t’a fatigué ? "
Ksénia - " Euh… Non, je pensais plutôt à cette visite au muséum. "
Vasiliás grimace en donnant son verre à Helénê :
Vasiliás - " J’aurai préféré que tu me dises que c’est notre long baiser dans le cinéma qui t’a tourné la tête. "
Elle trinque avec l’américain avant de confesser :
Ksénia - " Il m’en faut plus tu sais. "
Vasiliás, après s’être délecté de quelques gouttes d’alcool :
Vasiliás - " Il va donc falloir que j’abatte toutes mes cartes. "
Ksénia - " Quoi, tu vas vouloir me planter ta flèche de Cupidon ? Il ne faudrait pas blesser mon c½ur tu sais. "
Vasiliás passe son bras gauche autour de la taille de l’Ange et l’enserre contre lui :
Vasiliás - " Pas besoin de la planter. Elle suivra d’elle-même le chemin de ton c½ur. "
Elle essaie de lui prendre les lèvres avec les siennes mais il retarde l’échéance en collant son front contre le sien :
Vasiliás - " Crois moi, je ne suis pas un briseur de c½ur, si soulager ton âme peut être pour toi un bien être alors sache que je serai le réconfort qu'il te faut. "
Helénê se libère aussitôt de l’étreinte du Berserker en comprenant qu’il cherche encore à savoir qui elle est :
Ksénia - " Tu n’es pas croyable. Il faut que tu gâches tout. Cette journée était magique jusqu’à ce que tu… "
Il la tire par le bras jusque sur l’immense balcon et la soulève dans ses bras une fois arrivé dans le jacuzzi où une autre bouteille les attend.
Vasiliás - " Tu as raison. Je suis désolé. "
Il entre tout habillé dedans sous le regard paniqué de celle qu’il aime :
Ksénia - " Qu’est-ce que tu es fait ? Tu es fou ! Attends… Attends ma robe va être… "
Il lui plonge même la tête sous l’eau pour la démaquiller. Lorsqu’elle en ressort la tête, furieuse, il est pris d’un fou rire.
Nerveuse, Ksénia finit par être contaminée par la folie amoureuse de Vasiliás et succombe à la partie de rigolade…


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

A l’intérieur du château, dans les appartements indemnes, un grand banquet réunissant tout Blue Graad se déroule.
Le premier geste du roi est d’offrir un dîner à son peuple. De partager les mêmes mets que les siens. Un partage des richesses que le peuple n’avait jamais osé espérer.

N’hésitant pas à faire le tour de ses convives surpris de pouvoir dialoguer en toute simplicité avec leur souverain, Alexer apprécie voir les asgardiens profiter de leur dernière soirée en compagnie des siens.
Alberich et Natassia entament de longues discussions à tendance politique.
Syd se délecte du vin qu’on lui sert régulièrement afin d’être suffisamment ivre pour noyer son chagrin d’avoir ramassé ici le médaillon de Bedra.
Mime accompagne les musiciens avec sa harpe et enrichi les sonorités déjà présentes de son art.


La nuit ne tarde pas à couvrir l’horizon. Les villageois regagnent les bâtisses en reconstructions auxquelles participe quotidiennement le nouveau roi.
Alberich soutient Syd qui se cramponne l’estomac après avoir ingurgité trop d’alcool pour regagner leur traîneau dans la grange.
Alexer aide le futur Guerrier Divin à charger le malheureux de Mizar sur la glissière de bois et à atteler les chiens.
Alexer - " La nuit s’annonce calme. Votre retour devrait se faire sans encombres. "
Alberich sourit en montrant d’un hochement de la tête son compatriote ivre mort :
Alberich - " En voilà un qui ne verra même pas le trajet passer. "
Les deux rient aux éclats en attendant Mime, volontaire pour raccompagner la Princesse à sa chambre.


Là-bas, Natassia ôte son épais manteau pour n’apparaître qu’en légère robe blanche dans sa pièce réchauffée par un feu de cheminée.
Mime se tient à genoux pour prendre congé :
Mime - " Princesse, si vous l’acceptez, je me porterai volontaire lorsque la Princesse Hilda nous mandatera pour venir vous présenter ses hommages afin de pérenniser les bonnes relations entre nos royaumes. "
Natassia ignore les propos du virtuose. Elle se précipite de l’autre côté d’un paravent où elle abandonne le reste de ses vêtements. L’ombre de ses formes apparaît contre le paravent grâce à une bougie.
Mime ose à peine les caresser de ses yeux envieux, de peur de se montrer désinvolte.
Enfin, Natassia apporte une réponse à l’initiative de son interlocuteur une fois sortie de derrière la toile légère maintenue par un cadre de bois rectangulaire.
Elle apparaît aux yeux de Mime couverte d’une légère nuisette brodée en soie descendant à peine jusqu’à son postérieur nue.
Mime s’incline davantage de peur de faire ressentir à la princesse son persistant intérêt.
Tout en se dirigeant vers son grand lit en chaîne massif, elle déclare :
Natassia - " Tu l’as dis toi-même, il ne peut y avoir aucune issue favorable à notre histoire. A quoi bon nous torturer à nous croiser sans plus de lendemains qu’aujourd’hui ? "
Elle se penche légèrement en avant afin de défaire ses draps, exposant ainsi ses atouts les plus féminins à Mime.
« S’en est trop ! », explose Mime dans son esprit. Il se redresse et vient ramasser le manteau de la belle qu’il lui balance dessus, ignorant pour une fois les règles d’usage :
Mime - " A quoi jouez vous Princesse Natassia ? En vous comportant ainsi vous allez à l’encontre de votre vraie nature qui se veut réservée et noble. Je refuse de débattre avec vous dans ces conditions. "
Natassia retourne de rage le manteau contre Mime :
Natassia - " N’est-ce pas suffisant pour te prouver tout ce que tu perds en agissant ainsi ? "
Mime - " Je sais déjà ce que je perds, alors je vous en conjure, ne vous abaissez pas à cela pour me convaincre de vous aimer. Mon c½ur souffre déjà mille tourments. En rajouter ainsi ne serait que corrompre définitivement le bon sens qui est mien. "
Natassia - " Et ne nous voir qu’occasionnellement ne sera qu’une source de souffrance sentimentale qui ne me permettra jamais d’oublier l’amour que j’éprouve pour toi. "
Mime tombe à genoux sur la moquette de la chambre, au bord du lit :
Mime - " Alors que faire ? "
Natassia - " Mon frère n’aura pas éternellement besoin de mon soutien. Son peuple l’aimait déjà avant sa nomination et lui a pardonné sa rébellion contre mon père. Dans peu d’années il deviendra un roi complet et moi une princesse seule. "
Mime - " Et même si nous parvenons à patienter durant toutes ces années, comment pourrais-je obtenir la bénédiction du roi pour épouser sa s½ur ? Je ne suis que l’enfant adoptif d’un seigneur d’Asgard. Mon sang n’est pas celui d’un aristocrate. "
Natassia - " Qu’importe. L’amour n’est-il pas suffisamment grand pour surmonter un titre ? Mon frère est magnanime, plus jamais il ne pourra causer du tort à sa s½ur qu’il aime. "
Mime ne réagit pas, Natassia profite de cet instant de doute pour cueillir son visage dans ses mains :
Natassia - " Aime-moi. "
Mime - " Je vous aime déjà. "
Natassia vient chercher les lèvres de son amant. Seulement, elle ne trouve qu’un grand vide au moment de les rencontrer. Mime s’est retiré de l’étreinte :
Mime - " Savez-vous au moins à quoi vous vous engagez en agissant ainsi ? "
Natassia - " Je ne le sais que trop. "
Cette affirmation persuade enfin le guerrier d’Asgard. Debout, il prend peu à peu appui sur le lit à mesure qu’il offre un langoureux baiser à la jeune femme.
Tandis qu’il se glisse dans les draps de la royale vénusté, tous deux ignorent qu’ils n’auront hélas plus jamais l’occasion de se retrouver. La bataille d’Asgard contre le Sanctuaire dans plusieurs mois ne leur laissera jamais cette chance de pouvoir concrétiser les projets d’une nuit d’amour.


Angleterre, Londres :

1er octobre 1986.
Dans leur chambre d’hôtel, les rayons du soleil laisse apparaître le chantier de leurs ébats de la veille.
La lumière vient chatouiller les paupières de Vasiliás qui émerge avec le sourire en découvrant le chambard :
Vasiliás - " Quelle nuit ! Je crois que je n’ai jamais vécu de moments plus agréables… "
Sa phrase ne trouve pas de réponses. A côté de lui, le lit est vide.
Il bondit immédiatement jusqu’à la salle de bain où ils avaient laissés leurs affaires sécher.
Hélas, il ne retrouve que son costume sans la robe de sa bien-aimée. A la place de celle-ci, un mot qu’il lit à voix haute :
Vasiliás - " Merci de m’avoir, l’espace d’une journée, montré ce que pouvait être une vie sans manipulations et sans conflits divins. Éveille-toi à la conscience ultime. Garde-toi de perdre tes prérogatives. Et alors, seulement à cet instant, nos chemins se recroiseront. "
Resserrant lentement le papier dans la paume de sa main, Vasiliás lève ses yeux embués de chagrin vers le ciel, incapable de retenir son affliction.



Une page de plus se tourne dans mon recueil.
C’était le cas également pour Ksénia.
Repartie auprès de son mystérieux maître, elle laissait autour d’elle bien des énigmes.
Toutefois, il nous fallut bien les déjouer un jour…

11
Only for Love / Chapitre 47 - Dans l’½il du cyclone
« on: 1er November 2013 à 18h14 »
On assimile un cataclysme à un grand bouleversement dû à un phénomène naturel destructeur. En Sibérie, la tornade de glace qui s’approchait de Blue Graad avait tout d’une apocalypse.
Le souffle polaire arrachait tout sur son passage, ne laissant au sol d’un épais manteau de gel. Les ruines, la végétation, l’Homme… Tout était d’abord cristallisé puis éparpillé dans la nature en millions d’atomes congelés.
Malheureusement, les querelles pour le trône passionnaient plus le nouveau Roi que la sécurité de son peuple.



Chapitre 47 - Dans l’½il du cyclone

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dans la bibliothèque du palais, couché aux milieux des livres d’une étagère renversée, Alberich rencontre toutes les difficultés du monde à contenir la puissance de Ksénia.
La jeune femme s’en amuse énormément :
Ksénia - " Allons asgardien, relève-toi. Je pensais que tu serais un divertissement de meilleure qualité. "
Alberich - " Salope… Qui es-tu ? "
Ksénia - " Pour certains je suis un ange, pour d’autres un messager ou encore un stratège. Pour toi, on dira que je suis ton fléau. "
Elle s’approche de lui pour cueillir son menton dans la paume de sa douce main droite.
Le visage ensanglanté, les yeux quasiment clos, Alberich sourit malgré tout.
Ksénia - " Mes… Mes doigts s’engourdissent… Non, pas seulement mes doigts, mes mains, mes bras… "
A mesure que la jeune femme se tétanise, une variété de quartz violet prend forme par-dessus son enveloppe charnelle. Jusqu’à la retenir complètement prisonnière.
Alberich - " Amethyst Shield. "
Le futur Guerrier Divin de Delta, épuisé, observe la plus belle prise de son Cercueil d’Améthyste en se redressant. Il essuie le filet de sang qui s’écoule de sa lèvre inférieure fendue :
Alberich - " Curieuse combattante. Je me demande bien qui elle était réellement ? "
Une voix à glacer le sang retentit dans son dos :
Isaak - " Tu n’as pas besoin de le savoir. "
Mal en point, Alberich reconnaît l’homme aux cheveux verts qu’il poursuivait et qui a disparu dans une lumière éblouissante.
Son attention se focalise sur la bague que détient le finlandais. Aussitôt, l’asgardien se remémore ses trouvailles dans les grands livres de la bibliothèque d’Asgard, lorsqu’il veillait sur Rhadamanthe.
Alberich - " L’anneau des Nibelungen est une des armes maléfiques de Poséidon. Que comptes-tu en faire ? "
Le ton plus doux et envoûtant de Ksénia le surprend :
Ksénia - " Renseigne-toi sur son utilité. Cela pourrait servir tes intérêts personnels. "
Avant même qu’Alberich n’ait le temps de se retourner pour constater avec effroi que la jeune femme s’est libérée facilement de sa prison de quartz, il s’effondre inconscient, pris d’un terrible mal de crâne inattendu.

Isaak et Ksénia profitent quelques instants du calme qui règne dans l’immense bibliothèque, souriants tous les deux aux retentissements lointains des cosmos des asgardiens et sibériens qui s’entrechoquent.
Isaak - " Tu t’es défais d’une bien puissante attaque que cet homme t’a asséné. "
Ksénia - " Mon cosmos est simplement trop grand pour que son arcane puisse me retenir enfermée. "
Isaak - " Et ce coup violent que tu lui as porté derrière la tête, celui qui l’a fait s’effondrer, je l’ai à peine vu. Sa vitesse dominait largement celle de la lumière. Si tu es capable de manipuler une telle force, pourquoi ne pas l’avoir tué dès mon départ et surtout, pourquoi le laisses-tu vivant ? "
Ksénia - " J’avais envie de m’amuser un peu en attendant que tu reviennes. Et puis j’ai déjà eu l’occasion d’observer chacun des guerriers d’Asgard avant d’y envoyer Alexer. Ce fameux Alberich a du caractère. Je pense qu’il sera amusant à voir à l’½uvre lorsque Poséidon passera l’artefact au doigt d’Hilda. "

Au lieu d’être enjoué, le comportement de la russe provoque chez Isaak du mépris. Elle s’approche de lui avec un déhanché toujours aussi aguichant :
Ksénia - " Tu devrais pouvoir rentrer seul jusqu’au temple de Poséidon à présent. Le Dragon des Mers t’y attend avec impatience. Moi j’ai à faire en d’autres lieux. "
Alors qu’elle essaie de l’embrasser comme elle a l’habitude de faire avec ceux qu’elle fréquente, il préfère lui tourner le dos pour marquer son indifférence à son égard :
Isaak - " Dans ce cas, tu ne verras pas d’inconvénient à ce que nos chemins ne se recroisent plus. Au nom du Seigneur Poséidon, je te remercie pour l’aide apportée dans la récupération de cet objet. Cependant, tu ne m’inspires aucune confiance. "
Ksénia garde son sang froid habituel et, en faisant le tour de son corps avec son bras droit, fait enrouler autour de ses formes un voile blanc qui encapuchonne sa tête :
Ksénia - " Je comprends Isaak de Kraken. Ne tarde pas à présent, le cataclysme commence déjà à condamner les lieux. Merci pour ces instants divertissants passés à tes côtés… "
Le son de sa voix devient de moins en moins perceptible, son corps s’évaporant dans la nature comme si elle s’était téléportée progressivement.

Isaak la regarde disparaître du coin de l’½il, évasif.
Perturbé par sa rencontre avec Carina il y a quatre jours, il ferme les yeux un instant et respire à plein poumon l’oxygène qui règne en ces lieux. Un air sec, proche de sa seconde patrie, la Sibérie et Kohortec.
Cette fois-ci, il ne s’y éternisera pas, son passage dans les environs était le dernier et il le savait.
L’espace d’une seconde il revit ces derniers instants de bonheur qu’il partageait auprès de Hyoga et Carina alors que le Seigneur Crystal et Lena veillaient sur eux, pendant que Camus venait rarement s’assurer de l’évolution des élèves de son disciple. Il revit les premières leçons du Crystal Saint, entend encore les conseils avisés de Camus, se rappelle les sanctions de Lena pour avoir perturbé l’entraînement de Carina, revoit les ours polaires qu’il observait avec Hyoga et se remémore son premier baiser avec Carina…
Puis, un soupir, une larme et… Le présent. Sa mission.

Ses traits se durcissent, comme à leur habitude, pendant qu’il prend une légère impulsion.
D’une rapidité déconcertante, il franchit les couloirs et arrive dans le blizzard de l’extérieur, prêt à braver le froid en faisant brûler son cosmos pour revenir victorieux auprès de Kanon.


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

A l’intérieur de la maison de Nicol, Mei finit son inspection de l’étage. Agrippant une jupette dans la main droite et un vieux maillot dans la main gauche, il déclare à Dabih :
Mei - " Le propriétaire de cette maison, ce fameux Nicol, ne vivait pas seul ici apparemment. "
Dabih - " Vous me disiez que la femme morte à Dignity Hill était accompagnée d’un homme et une femme emprisonnés. Il doit s’agir des vêtements de la femme en cellule. "
Mei - " Les écris en bas m’en diront plus. J’en ai profité pour ranger les chambres. A moins qu’il pleuve et qu’on soit ennuyés par les fuites, je pense qu’une bonne nuit de sommeil nous fera le plus grand bien. Tu n’as qu’à dormir dans la chambre de cette jeune femme. Je t’ai préparé le lit. "
Légèrement voûté en raison d’un mal de dos persistant, Dabih s’incline :
Dabih - " Vous êtes trop bon maître. "
Mei se précipite vers lui pour l’empêcher de se courber davantage :
Mei - " Arrête donc ces manières avec moi. Je te l’ai déjà dis. Tu es épuisé, va donc te reposer. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Devant la salle du trône, les trois Blue Warriors ont toutes les peines du monde à contenir les forces de Mime.
De plus en plus étreins par la lyre de celui-ci, ils voient leurs armures s’effriter.
Mime - " Mon Stringer Requiem commence à aborder le point culminant. Bientôt le bruit des Cloths qui se brisent sera substitué par vos os rompus. "
Les craquements qui proviennent d’un premier Blue Warrior donnent raison au bel homme au visage serein.
Blue Warrior n°1 - " Ce n’est pas vrai ! Il est mort ! "
Blue Warrior n°2 - " Si ça continue, nous sommes voués au même destin ! "
Blue Warrior n°1 - " Je m’y refuse ! "
Dans un hurlement inhumain, le premier parvient à casser les cordes qui l’obstruent ainsi que celles de son camarade grâce à sa cosmo énergie.
Les deux acolytes profitent de l’effet de surprise pour engager un corps à corps avec Mime.
Mime esquive le coup du plus puissant qui provoque l’écroulement du mur contre lequel le fils de Volker était en appui.
D’un mouvement parfaitement ordonné, il passe au-dessus du second sibérien et en profite pour le cogner avec son poing à hauteur de la clavicule.
Le choc est rude. Le poing à nu de Mime est brisé par le heurt contre la Cloth, mais cela est bien suffisant pour détériorer l’armure et faire voler en éclat les os du chevalier.

Le plus valide des Blue Warriors retient son camarade pour lui empêcher de s’écrouler de douleur :
Blue Warrior n°1 - " Tiens bon. Nous allons l’avoir. "
Mime se concentre plutôt sur sa main invalide, ce qui amuse énormément son adversaire :
Blue Warrior n°1 - " Si tu dois y laisser une main à chaque coup que tu portes, notre victoire ne fait pas l’ombre d’un pli. Désormais tu ne peux plus jouer de ta harpe et tu ne peux plus attaquer que du bras gauche. Bien que diminué, mon ami et moi-même sommes encore capables de grandes choses. "
Mime préfère faire fi de sa douleur. Il retient ses spasmes de souffrances et affiche une mine grossièrement rassurante. Tout en posant sa harpe, il défie ses rivaux :
Mime - " En effet, mais même sans ma harpe je n’aurai aucun mal à vous vaincre. "
Les deux colosses ne se font pas attendre davantage…
Quand tout à coup, un soldat sibérien les interrompt.

Le bout de son nez est arraché par le froid, sa barbe couverte de verglas et ses joues creusées par la morsure des températures négatives.
Soldat - " Je dois voir de toute urgence le Seigneur Alexer, un cyclone a commencé à emporter les ruines de nos frontières. Il approche, gelant les gens sur place, instantanément. Le peuple a besoin de se réunir ici au plus vite. Les murs sont épais, les cheminées nombreuses et le bois suffisamment présent pour les alimenter. Le cyclone sera au dessus de nous dans quelques minutes. "

Le Blue Warrior blessé s’insurge :
Blue Warrior n°2 - " Comment oses-tu venir nous parler des craintes du peuple alors que nous sommes en pleine bataille contre les envahisseurs d’Asgard ? "
Il lève le bras pour le châtier. Mime profite de cet instant pour accroître son cosmos dans son bras meurtri et sacrifie le peu d’autonomie qu’il lui reste pour transpercer la Cloth et le c½ur du chevalier peu vigilent.
En une fraction de seconde, à une vitesse proche de celle de la lumière, le sibérien à la clavicule accidentée s’est vu changer d’expression. D’une expression hautaine, il est passé à un regard hagard. Lorsque ses yeux, écarquillés de colère et de rage envers sa grossière bêtise, se posent sur Mime, celui qui porte de Benetnasch pour nom adoptif lui exprime tout son dégoût :
Mime - " Comment un chevalier peut-il aussi peu se soucier de son peuple ? "
Il se libère enfin du corps adverse pour laisser venir pendre le long de son corps son bras droit dorénavant invalide. Il défie avec une mine audacieuse le dernier des trois Blue Warriors :
Mime - " Tu vois, finalement il m’en restait encore un peu dans mon bras droit. J’ai gardé le gauche rien que pour toi. "
Le sourire nerveux du chevalier devient petit à petit le visage d’un fou sanguinaire. Son cosmos souffle l’ensemble des cadavres et des objets occupants les environs. Le messager est lui aussi renvoyé en fond de couloir…


En Grèce, sous l’Aréopage :

Au beau milieu d’une lave en fusion, sur un îlot d’où s’élève jusqu’au plafond caverneux le temple d’Arès, le général du Dieu de la Guerre s’exerce sous les yeux de ses sujets.
Accompagné des deux derniers Berserkers de l’armée, ceux du Malheur et de la Terreur, il manipule la lave grâce à son cosmos. Il réalise ainsi une vague incandescente qui vient contrer celle de ces deux hommes.

Plus loin, les soldats, observent du coin de l’½il la scène. Époustouflés, ils ne cessent pas pour autant leur activité. Certains s’affairent à des exercices physiques, tandis que d’autres sont à l’intérieur du temple, à lire les papyrus sur lesquels Vasiliás a donné ces dernières instructions. D’autres encore forgent les armures et les armes pour apprêter les futurs rangs.

L’entraînement terminé, Vasiliás regagne la berge en ajustant son pantalon et maillot blanc en coton. Il observe fièrement ses deux lieutenants Atychia et Tromos.
Atychia est une belle bulgare de dix huit ans vêtue d’une courte jupe blanche dont la soie remonte en deux larges bretelles pour dissimuler sa poitrine. Une épaisse tresse coiffe ses longs cheveux blonds qui descendent très bas dans son dos. Ses yeux bleus et son nez fin donnent une profonde innocence contrastant avec son statut, Berserker du Malheur.
Quand Atychia incarne la parfaite féminité, Tromos, lui, représente l’homme dans ce qu’il a de plus barbare. Le Berserker de la Terreur est un colosse de deux mètres quatre vingt trois bardé de muscles. Il ne porte pour seul vêtement qu’un voile blanc qui lui sert de jupette maintenue par une ceinture en or. L’argentin de cent soixante quinze kilos affiche toujours un sourire rassurant et chaleureux maquillé par sa longue barbe. Dessus ses petits yeux noisette, son large front est assez dégarni. La plupart de ses cheveux bruns tombent dans son cou.
Vasiliás - " Vous progressez chaque jour davantage, c’est extraordinaire. "
La voix de Tromos gronde :
Tromos - " Il faut dire que nous avions déjà de bonnes prédispositions lorsque tu es venu nous chercher. "
 
Soudain les bruits venteux de l’orgue d’Arès retentissent dans tout le sanctuaire. L’occasion de rappeler aux trois Berserkers l’existence de leur dieu :
Tromos - " Le Seigneur Arès s’impatiente. Le jour où nous devons lui offrir une grande Guerre Sainte tarde à venir pour lui. "
Vasiliás - " Ça fait un an que je travaille à la constitution d’une armée intelligemment organisée. Aujourd’hui, près de deux cent soldats sont prêts à donner leurs vies. Je ne connais personne capable de rassembler et d’éduquer efficacement autant d’homme en une seule année. J’attends des nouvelles de Ksénia. Et alors nos hommes pourront marcher pour Arès. "
Avant de le quitter, Tromos déclare :
Tromos - " Ces hommes marcheront pour leur roi, pour toi Vasiliás. Jamais pour Arès. "
Puis le géant retourne à l’intérieur du temple vaquer à d’autres occupations, laissant seuls le roi et Atychia.
L’américain soupire :
Vasiliás - " J’aimerai tellement que Tromos ait raison. Cependant, dans mes deux cent guerriers, il reste beaucoup de fidèles à Arès, déjà présents avant mon intronisation. "
Atychia - " Quel mal il y a-t-il à cela ? "
Vasiliás - " Contrairement à mes recrues, ces hommes sont juste des bêtes assoiffées de sang. Arès m’a promis de me laisser reconstruire le monde à ma façon si je parvenais en échange à réaliser mes projets de manière autoritaire afin de lui apporter le minimum de violence dont il a besoin pour se divertir. Toutefois, je crains qu’un jour il ne tienne pas parole et utilise ces soldats pour asseoir un règne de cruauté une fois le monde à sa botte. "
Atychia - " Mais toi tu seras là pour l’en empêcher non ? "
Tout à coup, un accent slave répond à la place de Vasiliás. Atychia grimace en reconnaissant Ksénia :
Ksénia - " Sauf si Arès dispose de son armure divine. "
La vénusté se tient au bout du tunnel qui relie le sanctuaire souterrain au monde terrestre.

Le regard de Vasiliás s’illumine en la reconnaissant.
Subjugué par la beauté de l’Ange de l’Olympe, il reprend une mine moins émerveillée au moment de remercier Atychia malgré le charme de celle-ci :
Vasiliás - " Tu peux disposer Atychia. J’ai à faire à présent. "
La Berserker grimace de jalousie à l’idée d’être renvoyée au bénéfice d’une autre femme.

Comme pour tous les Anges, une paire d’ailes blanches apparaît dans le dos de l’olympienne pour lui permettre de survoler le magna jusqu’à l’îlot.
Vasiliás la dévore du regard :
Vasiliás - " Tu es magnifique. "
Les ailes disparaissent une fois que ses escarpins touchent le sol :
Ksénia - " Je peux en dire autant de toi. "
Les yeux de Vasiliás se plissent pour distinguer un étrange morceau de glace sur l’épaule de Ksénia  qui commence à fondre sous la chaleur de l’Aréopage:
Vasiliás - " De la neige ?! "
Ksénia - " Certainement un flocon tombé avant que je ne quitte ma précédente destination. "
Le général d’Arès lui tend la main, paume ouverte vers le ciel :
Vasiliás - " Allons discuter dans mes appartements. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Etendu au milieu de livres renversés, dans la bibliothèque, une phrase se répète dans le subconscient d’Alberich.
« Renseigne-toi sur son utilité. Cela pourrait servir tes intérêts personnels. », l’accent slave de Ksénia évoquait bien évidemment l’anneau des Nibelungen.
« Mes intérêts personnels. », se rabâche sans cesse Alberich.
En se massant la nuque, souffrant de maux de tête épouvantables après le coup reçu par la russe, il les voit clairement : la conquête du monde. Et cet anneau qu’a subtilisé l’homme qu’accompagnait Ksénia, pour être brisé, nécessite le réveil des armures Divines afin d’appeler l’épée légendaire de Balmung et l’armure divine d’Odin. Il s’est déjà suffisamment documenté au sujet de cet obscur objet.
« Si nous devions être amenés à détruire l’anneau maudit, l’appel de l’épée de Balmung pourrait être, en effet, l’opportunité de m’aider à conquérir le monde. Cette idiote d’Hilda cessera ainsi de me traiter avec son ton supérieur et ce fier Siegfried n’aura plus aucune prétention vis-à-vis de moi. Le nom des Megrez serait ainsi redoré. Je ferai la fierté de ma lignée. », conclut-il bien avant même qu’il sache si un jour Hilda portera réellement ou non cet anneau.
Le poing serré, les yeux rêveurs en direction des cieux, il se reprend néanmoins en raclant sa gorge :
Alberich - " Il me reste toutefois de nombreux points à élucider, comme la façon dont les God Robes peuvent réveiller l’armure d’Odin. "
Un courant d’air froid vient soudain le saisir. Le sol, les murs et le plafond gèlent de plus en plus et la température chute.
Alberich - " Nous devons être dans l’½il du cyclone. Le grand cataclysme est juste sur Blue Graad à l’heure qu’il est. Je dois retrouver les autres. "


En Grèce, sous l’Aréopage :

Au sommet du cône que forme le sanctuaire souterrain d’Arès, la chambre de Vasiliás est baignée d’une lumière sanguinolente. Les torches brillent contre les murs derrière des parois de verre teintée de rouge.
Tamisés dans cette ambiance vermillonne, elle la tête posée contre ses pectoraux d’acier, lui a l’intimité à peine voilée par un drap à hauteur de la taille, Ksénia et Vasiliás rattrapent le temps perdu.
Cet instant de passion consommé, Ksénia ouvre la bouche pour dévoiler la vraie raison de sa présence :
Ksénia - " … "
Aussitôt, Vasiliás pose ses doigts sur ses lèvres :
Vasiliás - " Non. Quelques minutes encore. Je t’en prie. Laisse-moi encore profiter de ces quelques instants en ta compagnie. "
Ksénia - " Nous n’avons pas tout ce temps. "
Vasiliás se lève alors de sa couche et se tient debout, dos à Ksénia, nu, ramassant ses affaires :
Vasiliás - " Pff… Dans ce cas je t’écoute. "
Ksénia - " Il y a une douzaine de jours, j’ai pu rencontrer un Spectre d’Hadès. Celui-ci sait où se trouve l’armure divine d’Arès. Il accepte de te rencontrer. "
Vasiliás - " Il me donnera l’armure sous quelle condition ? "
Ksénia - " J’ai cru comprendre qu’il espérait offrir le Sanctuaire d’Athéna à Hadès en profitant de votre alliance. A mon avis il te donnera l’armure contre le Sanctuaire défait. "

Ksénia reste figée quelques instants sur l’image parfaite de Vasiliás nu.
Elle, la conspiratrice, est étrangement prise d’un sentiment inconnu.
C’est seulement une fois sa vision troublée par les vêtements que Vasiliás a réajusté, qu’elle revient à elle.

L’américain est cependant peu enjoué :
Vasiliás - " C’est hors de question. Tu sais très bien que je refuse de me lier à Hadès. L’idée même de rendre à Arès son armure m’inquiète déjà suffisamment. Je veux utiliser les pouvoirs que m’a conféré Arès pour reconstruire le monde comme Athéna aurait dû le faire. Je prends déjà de gros risques en armant davantage Arès, en qui je n’ai aucune confiance. "
Toujours aussi fourbe, la russe suggère :
Ksénia - " Rien ne t’oblige à tenir parole auprès de ce Spectre. "
Vasiliás grimace. Il vient s’asseoir auprès de Ksénia toujours dans le plus simple appareil. Celle-ci lui vient lui baiser le cou pendant qu’il étudie cette réflexion.
Vasiliás - " Tu n’as pas tort… "
Néanmoins, il est peu enjoué :
Vasiliás - " … Seulement, plus le temps passe et… Et… Et plus je me demande de qui d’autre tu peux bien te jouer ? Je veux dire, tu es venue auprès de moi depuis notre plus tendre enfance et chaque fois tu passes ton temps à me proposer de réaliser mes rêves. Toujours en complotant. Me faisant miroiter mon rêve le plus fou : toi. Seulement, tu t’absentes durant des semaines, des mois, des années. Qui d’autre aides-tu ? De qui d’autre te joues-tu ? Et ce flocon de neige trouvé sur toi avant que tu n’arrives ici ? "

Ce constat de Vasiliás cause un long silence et provoque un trouble chez l’Ange. Jusqu’ici, jamais elle n’a éprouvé le moindre sentiment de culpabilité ou de gêne à monter les hommes contre les hommes, voire contre les dieux.
Cependant, plus elle reste au contact de Vasiliás, plus une étrange sensation lui tiraille la poitrine. Du plus profond de son être, un sentiment inconnu l’indispose lorsqu’elle est à ses côtés.
Seulement, elle refuse d’y accorder davantage d’importance.

D’un mouvement gracieux, elle se remet sur pieds pour ramasser ses vêtements.
Avant de quitter l’appartement, elle conclut :
Ksénia - " La rencontre aura lieu le 30 septembre dans un lieu civil, afin que cette rencontre passe inaperçue aux yeux de tous les camps. Nous nous rencontrerons donc à Londres. Je serai à la terrasse d’un café nommé « Le Foreigner ». "
Prenant de plus en plus conscience du mystère qui entoure Ksénia, Vasiliás la regarde partir sans répondre, le c½ur tiraillé.


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dans les couloirs, face au cosmos grandissant du dernier Blue Warrior, Mime essaie de protéger son corps avec son seul bras gauche. Cependant, en masquant ses yeux avec cette position défensive, il ne voit pas arriver à pleine vitesse le Blue Warrior. Il charge si fort Mime à hauteur du buste, qu’on peut entendre un à un les os du jeune homme craquer. L’onde de choc envoie Mime s’encastrer contre un mur d’épais blocs de pierre.

Le messager, venu annoncer quelques minutes plus tôt l’approche imminente du cataclysme, sollicite encore une fois la bienveillance de son supérieur :
Soldat - " Je vous en conjure, laissez-moi voir le Roi Alexer… "
En disant cela, il remarque que les pierres qui forment les murs blanchissent sous la chute ahurissante des températures, les flammes des torches s’éteignent une à une à mesure qu’un léger vent approche et brise comme du verre les atomes des objets et des corps qu’il rencontre.
Le corps du soldat sibérien se raidit, lui laissant à peine le temps d’achever sa phrase :
Soldat - " … et la Princesse Natassia a été prise par le cataclysme en fuyant le château. "

Cette annonce a le don de sortir Mime de ses gonds. Il revit sa rencontre avec la sublime princesse et s’approprie cette détresse qui était sienne, au moment de leur rencontre.
Comme lui, elle était déçue par le choix d’un proche et cherchait une issue favorable à cette situation.
Alors que lui et les siens avaient voulu lui rendre espoir, il se refuse à la laisser échouer, il récuse l’idée même de rendre ses rêves impossibles.
D’un mouvement acharné, il rassemble à la manière de son ennemi ses forces et fonce sur le Blue Warrior en libérant sa fougue dans son bras gauche. Sa cosmo énergie oppresse son adversaire. A tel point que ce dernier arrive complètement démuni.
Le poing chargé de toute l’effluve de son énergie, tel un mur de force qui s’abat, Mime renvoie son adversaire transpercer le mur derrière lui. Son corps démantibulé après l’impact ne laisse dans l’atmosphère que des éclats de sang mélangés à la poussière de sa Cloth éclatée.

A bout de force, Mime n’arrive pas à se réceptionner sur ses jambes. Il est rattrapé de justesse par Alberich.
Alberich - " Tu y as été un peu fort, j’ai comme l’impression qu’il y a eu du grabuge ici. "
Mime essaie de prendre appui contre son compatriote :
Mime - " La princesse est prisonnière du froid… Je dois… Je dois aller la chercher… "
Alberich - " Nous sommes en plein ½il du cyclone. Vu nos états respectifs, j’ai peine à croire que nous pourrons survivre dehors à des températures pareilles. "
Mime - " Il faut… Il… Il faut que j’aille la chercher… Toi… Toi tu dois utiliser ton cosmos pour protéger les habitants de la citée… Les ramener au palais… Dans les appartements… Tu dois les réunir et maintenir à tout prix les feux de cheminées… Sauve-les… Je t’en prie… "


Au sanctuaire sous-marin :

Sous la Méditerranée, dans le royaume de Poséidon, Isaak s’avance jusqu’au temple de Poséidon où résident les Généraux des Mers.
Couvert de vêtements civils, tenant fermement dans sa main l’anneau maudit symbole de la réussite de sa mission, le finlandais aux cheveux vert apprécie retrouver ce décor qui lui a tant manqué.
Sur son chemin, il croise quelques soldats en plein exercice. « Les rangs se renforcent », constate-t-il avec satisfaction.

Au sommet des marches, à l’entrée du temple, le général en chef de l’armée de Poséidon attend impatiemment que son Marinas le rejoigne.
Le visage ombragé par son heaume, le Dragon des Mers invite le borgne à lui établir discrètement le bilan de sa mission :
Kanon - " Bon retour à toi Kraken. Retrouvons-nous en salle du trône. "

L’ami d’enfance de Hyoga s’engouffre donc les immenses couloirs de pierres blanches jusqu’à se retrouver dans la salle où siégera Poséidon dans quelques mois.
Derrière lui, Kanon repousse les lourdes portes pendant qu’Isaak lui tend l’anneau des Nibelungen sans prononcer la moindre parole :
Kanon - " Félicitations. Tu es rentré bien vite. "
Isaak - " A partir du moment où l’anneau était en ma possession, je n’avais plus de raison de dissimuler mon identité. "
Kanon - " Je suis fier de ton succès. Laissons-le sur le trône du Seigneur des Océans en attendant son retour. Il en fera bon usage le moment venu. "
Isaak - " Avons-nous des informations sur le réveil de notre maître ? "
Kanon - " Sorrento et Thétis veillent au grain. Depuis qu’il a été reconnu Marinas, notre ami autrichien officie régulièrement auprès de Julian Solo, lors des représentations de charité que donne ce dernier. Thétis, elle, rode régulièrement dans les parages pour avertir Sorrento des différents événements importants qui enrichissent notre armée. "
Isaak - " Tu n’as pas répondu à ma question Dragon des Mers. Quand Poséidon prendra conscience de qui il est ? "
Kanon - " Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? "
Isaak - " Je sais que tu complotes dans le but de t’emparer de la Terre et que tant que tu pourras agir au nom de Poséidon sans que celui-ci n’interagisse tu mèneras à bien tes projets. "
Kanon - " Être le général de l’armée destinée à contrôler le monde est mon plus grand bonheur il est vrai. Mais n’oublie jamais que cette conquête planétaire est avant tout le souhait de notre seigneur et maître et qu’il vaut mieux la lui offrir sans avoir à réveiller sa toute puissance ! "
Isaak - " J’espère pour toi que tes ambitions ne vont pas au-delà de ça, sans quoi je saurai te faire rappeler les limites de tes obligations. "
Kanon affiche un sourire mesquin :
Kanon - " Bien évidemment. A présent pars retrouver ta chambre et ta Scale. Tu as bien mérité un peu de repos. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dans la salle du trône, Syd s’écrase tête la première contre le sol.
Couvert d’hématomes, il présente toutes les peines du monde à contenir la force d’Alexer. De ses riches habits, il ne lui reste que son pantalon craqué au niveau des genoux.
Alexer - " Alors asgardien, tu admets ta défaite ? "
Syd ignore son rival, il se redresse plus mort que vif.
Alexer - " Quel courage ! Tu as encaissé trois fois de suite mon Blue Impulse et tu trouves encore la force de tenir debout. Cependant, tu ferais mieux de t’avouer vaincu, ton Viking Tiger Claw est sans efficacité contre moi. J’ai analysé parfaitement ta technique et je peux détailler chacun de tes mouvements. "
En prononçant ces quelques mots, le Blue Warrior écarte les bras pour invoquer de nouveau son arcane.
Néanmoins, sa mine narquoise se défait sous la stupéfaction :
Alexer - " Comment ?! Tu adoptes la même posture que moi ?! "
La tête tombante en direction du sol, le futur Guerrier Divin imite à la perfection la gestuelle du roi usurpateur :
Syd - " Si mes Griffes du Tigre Viking sont inefficaces contre toi, alors je tâcherai d’utiliser tes propres armes pour les retourner contre toi. "
Alexer - " C’est ridicule ! J’ai mis des années à maîtriser cette technique de froid aux effets dévastateur. Il m’a fallu attendre d’approcher l’ultime cosmos, le septième sens, pour y parvenir. "
Syd - " Moi aussi j’ai étudié avec minutie ton art. En accroissant ma cosmo énergie à son paroxysme, je suis persuadé de pouvoir au moins égaler ton cosmos et accomplir un miracle. C’est la seule manière de confronter mon cosmos au tien de façon équitable. "
Alexer - " Quand bien même tu y arriverais, je suis protégé par une Cloth alors que ton corps ne bénéficie d’aucune cuirasse. Le choc de nos froids va atteindre des températures semblables à celles du cataclysme de dehors. Tu mourras sur le coup et moi je survivrai. "
Syd n’apporte de répartie que dans les gestes. Il recroqueville ses bras devant son corps et rassemble ses forces.
Avec son habituel air de supériorité, Alexer accompli des mouvements similaires :
Alexer - " Blue Impulse. "
La sphère de glace que libère Alexer s’approche de Syd. Celui-ci attend d’être proche du globe d’énergie pour libérer le sien. Ses yeux s’ouvrent de façon subite, pris d’une fougue nouvelle. L’effluve de son cosmos dessine dans son dos l’animal emblème de ses forces. Avec une forte intonation, il prononce convaincu le nom de cette technique qu’il désire s’approprier :
Syd - " Blue Impulse ! "
Le champ de force asgardien entre vigoureusement en collision contre celui d’Alexer, provoquant une première onde de choc qui fait trembler les murs du palais.
L’Orbe Bleue de Syd reprend du terrain jusqu’à ce qu’Alexer, toujours bras tendus vers le ciel, dans un râle inhumain, invoque davantage de cosmos. La progression de la sphère de Syd est ralentie à mi-chemin. La vibration de ce nouveau rapport de forces fissure cette fois-ci les cloisons de la salle, au point que certaines pierres se décèlent des murs.
En conséquence, Syd perd peu à peu l’avantage de la distance qu’il a instauré. Les deux froids se rapprochent de lui, pouvant l’emporter et l’achever.
Il ferme les yeux et prend une profonde inspiration, prêt à mettre toute sa vie cette fois-ci.
La vague de froid repart de nouveau vers Alexer qui n’attendait que ça. Satisfait de voir Syd se vider de son énergie, il s’égosille :
Alexer - " J’en étais sûr, tu as finis d’abattre tes jokers, cette fois tu vas plier sous ce qu’il me reste… "
Tandis qu’il fléchit légèrement en avant pour prendre suffisamment d’impulsion et libérer le reste de ses ressources, Alexer est frappé dans le dos par des griffes chargées d’un cosmos ombragé.
Déséquilibré par cette attaque inattendue, il se ressaisit trop tard et a à peine le temps de contrer l’énergie projeté par Syd. Il se voit obligé de faire imploser juste devant lui la concentration de leurs deux froids.
Déjà inconscient, Syd est soufflé si fort par l’explosion qu’il passe au travers de l’épaisse cloison de pierre pour atterrir dans la pièce voisine.
Alexer, au c½ur du déchaînement glacial, est enseveli dans l’effondrement de la salle du trône mise à rude épreuve aujourd’hui…


En Grèce, sous l’Aréopage :

Dans sa chambre, Vasiliás est rejoint par Atychia. Cette dernière fait référence avec beaucoup d’amertume au départ de Ksénia :
Atychia - " Ça y est, la numéro deux de notre armée est enfin partie. "
Vasiliás note une pointe de jalousie dans les propos de la bulgare :
Vasiliás - " Ne dis pas de bêtise. Mes seconds sont Tromos et toi-même. Ksénia est juste une aide extérieure. "
En pointant du doigt le lit défait de l’américain, la Berserker constate :
Atychia - " Oh ! Elle doit être plus que ça. "
Vasiliás se passe la main dans ses cheveux très courts, un peu gêné :
Vasiliás - " Est-ce par rancune que tu dis cela ? Je te signale que c’est toi qui as repoussé chacune de mes avances. "
Atychia - " Comment pourrais-je accepter de n’être que celle, qui te fera passer le temps pendant les absences de cette femme ?! "
Vasiliás - " Tu me plais beaucoup tu sais, depuis notre première rencontre. Mais il est vrai que je ne peux te faire passer avant la place qu’occupe Ksénia dans mon c½ur. "
Atychia - " Alors qu’elle se joue de toi ? Aussitôt après avoir quitté ta chambre elle s’est rendue dans les appartements d’Arès. C’est une conspiratrice. "
Vasiliás - " J’ai besoin de ses conspirations pour réaliser mes plans. "
Atychia - " A force de jouer ainsi avec elle tu vas finir par devenir un comploteur toi aussi. D’ailleurs, tu l’es déjà. J’ai bien compris quel était ton but vis-à-vis d’Arès. Utiliser le statut qu’il te donne pour réaliser tes projets en son nom. "
Vasiliás - " Certes. Mais je ne te l’ai jamais caché. J’ai toujours été honnête avec toi. "
Atychia - " Seulement, à force de complots, on finit un jour par être celui qui déchante. "


Plus bas, dans les thermes, la tête en arrière, les cheveux rouges baignant dans l’onde chaude, Arès se prélasse entourée de ses servantes.
Debout, les bras croisés, Ksénia observe les scènes de luxure du Dieu de la Guerre et de la Destruction sans le moindre malaise.
Tout en jouissant de son bien-être, il lui demande :
Arès - " Alors Ange, où en est notre plan ? Mon armure est-elle bientôt récupérée ? "
Ksénia - " C’est en bonne voie. "
Arès - " Qu’a dit ton maître après que j’ai accepté sa proposition ? "
Ksénia - " Si tu écrases l’humanité comme prévu, il t’offrira la place d’Athéna au sein de l’Olympe aux côtés de Zeus, Poséidon, Hadès, Apollon, Hermès, Héphaïstos, Héra, Déméter, Aphrodite, Artémis et Hestia. "
Arès - " Ne t’inquiète pas. Je ne laisserai pas passer cette chance d’être enfin reconnu de tous. Lorsque Vasiliás aura mené mon armée à la victoire, je m’assurerai qu’il ne reste plus aucun homme sur Terre, même parmi mon armée ! "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Depuis dehors, le champ de vision obstrué par le rideau de neige, Alberich discerne avec difficulté la structure principale du palais de Blue Graad s’écrouler sous le choc des Blue Impulse.

Autour de lui, le tenant par chacun de ses bras, une demi dizaine de villageois l’accroche, protégé par le cosmos faiblissant du futur Guerrier Divin.

Dans son dos, dans un foyer voisin de celui qu’il vient de faire évacuer, le père de famille panique : « C’est horrible, le palais de notre cité va être détruit ! »
Alberich se retourne pour calmer l’ensemble des sinistrés qui cèdent vite à la panique :
Alberich - " Non, il y a d’autres ailes du château encore debout. Nous allons nous y réfugier. Patientez ici calmement, j’arrive vous chercher après y avoir amené cette famille, comme je l’ai fais avec les autres. "

Malheureusement, le tourbillon nuageux haut de plusieurs centaines de mètres se resserrent sur le c½ur de la citée. Un autre membre d’une famille limitrophe sort au pas de course de chez lui en espérant pouvoir atteindre seul le point de ralliement, abandonnant les siens, de crainte de mourir.
Alberich - " Non… Restez à l’intérieur de chez vous à maintenir une source de feu. Vous ne survivrez… "
Hélas, le malheureux n’a pas le temps d’entendre la fin de cette phrase qu’il gèle instantanément en raison de la chute continue des températures.
D’autres espèrent être plus chanceux mais subissent le même sort. La frayeur s’amplifie.
Une mère de famille sort à son tour de la maison en tenant un nourrisson dans ses bras. Par crainte que le froid n’atteigne sa maison avant qu’Alberich ne revienne, elle essaie de rejoindre le guerrier pour lui confier son enfant. Néanmoins, après avoir eu juste le temps de répéter deux fois « sauvez mon bébé », elle se voit condamnée, emportant avec elle son enfant dans une mort certaine.

Sans la protection du cosmos d’Alberich, tous sont condamnés à mourir de froid. Le mieux qu’ils aient à faire et d’attendre chez eux près d’un feu que le futur Guerrier Divin vienne les chercher.

Alberich se résout à tourner le dos à tous ces fous et presse le pas en compagnie de ceux qu’il a déjà avec lui :
Alberich - " Dépêchons de vous mettre à l’abri, sinon ils seront tous morts avant mon retour. "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le palais du Pope :

En plein milieu de la nuit, Saga reste assis dans sa tenue de Pope sans dire le moindre mot. Ses mains agrippent chaque pommeau des accoudoirs et les reflets des torches scintillent sur son masque.
Sa longue toge blanche et son heaume en or sont admirés par Gigas qui attend depuis de longues heures avec lui.
Le général en chef des armées commence à souffrir de devoir rester ainsi incliné depuis si longtemps.

Enfin, le silence se brise lorsque les portes de la salle d’audience sont ouvertes par des soldats. Ceux-ci laisse un homme vêtu d’une épaisse soutane et dissimulé sous un masque violet se poster à côté de Gigas.
Une fois décapuchonné et démasqué, Ptolémy donne des photos à Gigas.
C’est  le supérieur qui vient s’avancer jusqu’au Grand Pope pour les lui donner :
Gigas - " Voici Majesté les clichés pris par des journalistes présents au Japon de l’armure d’or du Sagittaire juste avant qu’elle ne soit enlevée par Phénix. "
Saga - " Hum… Ce n’est pas l’armure d’or que je connais. "
Gigas qui espérait avoir retrouvé sa piste depuis tant d’années s’exclame :
Gigas - " Pardon ?! "
Saga - " J’ai déjà vu l’armure d’or et elle ne ressemble en rien à celle de ces photos. "
Gigas baisse la tête, désespéré. Quand tout à coup, le Grand Pope déclare :
Saga - " Cependant, c’est la seule piste que nous avons depuis treize ans. "
Le Saint d’or s’adresse directement à Ptolémy :
Saga - " Quand ont été prises ces photos ? "
Ptolémy - " Il y a trois jours Majesté. "
Le sang du chevalier des Gémeaux ne fait qu’un tour. Il se redresse si brusquement de son fauteuil que Gigas en tombe à la renverse.
Saga - " Trois jours ! Cela fait trois jours que le Phénix a volé cette armure et elle ne nous est toujours pas parvenue. "
Gigas répond à la place du chevalier d’argent de la Flèche :
Gigas - " D’après un messager, certaines pièces de l’armure auraient été récupérées par les chevaliers de bronze qui se battaient lors de ce tournoi au Japon. Phénix s’est engagé à la récupérer, ce n’est qu’une question de temps. "
Saga - " Hum… Phénix. Le meneur des Ankoku Saints. Il aurait dû réussir du premier coup et nous devrions déjà être en possession de cette armure. Je ne tolère pas l’échec. De plus, je n’ai aucune confiance en un Saint qui a été élevé au milieu de voyous. "
Gigas - " Pourtant, vous avez bien chargé Guilty de l’initier à la haine et de vous en faire un guerrier fidèle. "
Saga - " Guilty était un imbécile. Guider le Phénix à la haine n’a pas dû être un problème pour lui. Mais en faire un chien obéissant, ça je m’en méfie. Il pourrait vouloir garder l’armure d’or pour lui. "
Le Grand Pope retourne s’asseoir :
Saga - " Ptolémy ! "
Le Saint de la Flèche se met au garde-à-vous :
Ptolémy - " Oui Majesté. "
Saga - " Ptolémy mon fidèle messager, retourne auprès du chevalier noir qui nous assure la liaison avec le Phénix. Dis-lui qu’il récupère au plus vite cette armure. Avec les Pégase, Dragon, Cygne et Andromède noirs, il ne devrait pas avoir de mal à se débarrasser d’eux. "
Ptolémy - " Bien Majesté. "
Le libyen se cache de nouveau le visage et quitte immédiatement le palais, laissant seul le représentant d’Athéna et son général.
Saga - " Gigas ! "
Gigas - " Oui Votre Grandeur ? "
Saga - " Sans alerter nos plus vaillants éléments, il me faut un homme capable de vaincre à lui seul plusieurs Saints de bronze. Un homme qui a à sa botte plusieurs soldats. "
Gigas - " J’ai à ma disposition un mercenaire. Docrates. En plus d’un cosmos dévastateur, il dispose de sa propre équipe de soldats. "
Saga - " Parfait. Envoie-le au Japon s’assurer de la bonne exécution de sa tâche par Phénix. Dans le cas contraire, qu’il tue Phénix et les autres Saints de bronze après nous avoir renvoyé l’armure d’or. "
Gigas - " J’envoie de ce pas des hommes pour le mandater. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Au palais, par la direction de l’arrière-cour vers laquelle Natassia a fui au début de la bataille contre les asgardiens, le nouveau chef de la contrée rampe au sol.
Grâce à son seul bras encore valide, il extirpe son corps des décombres de la salle impériale. Par delà les nombreuses brèches laissées par le fracas de sa Cloth, du sang s’écoule en continue.

Toutefois, la plus grosse hémorragie vient des larmes qui lui coulent.
En regardant autour de lui l’ouragan polaire et en constatant l’état dans lequel il a laissé le palais, il réalise l’erreur qu’il a commis en attaquant son père maintenant. Désormais, il laisse son peuple à la merci de la nature, ce même peuple qu’il voulait guider vers le soleil.
Il a échoué, il ne sent plus le cosmos des trois autres Blue Warriors ni celui de sa s½ur qui est sortie par cet ouragan.
« Quant à mes forces… Elles me quittent… », confesse-t-il en plus.

Inopinément, il se surprend à appeler à l’aide :
Alexer - " Ksénia ! … Ksénia ! … Ksénia ? "

« Elle ne viendra pas », comprend-il au bout de quelques secondes d’attente sans la moindre réponse. Son ange gardien qui l’a encouragé et soutenu depuis qu’il a affiché ses ambitions de coup d’état n’est plus là.
« Et Kraken ?! », se demande-t-il dans la foulée. Le sourire dépité qu’il affiche sur son visage en dit long sur ce qu’il pense également de ce mercenaire que Ksénia lui a ramené. « J’ai été aveuglé par le cosmos des puissants. J’ai abandonné la raison des plus faibles, de mon peuple, de mon père et de ma s½ur. Est-ce la défaite qui me rend lucide ? », s’interroge-t-il.
« Ma s½ur… Natassia… Natassia ! Qu’est-elle devenue ? Par ce froid j’ai toutes les peines du monde à respirer, alors je n’ose pas imaginer ce qu’il a pu advenir d’elle. Si ma folie doit causer ma perte ainsi que celle de mon peuple, je refuse que Natassia en fasse les frais. »


De l’autre côté des décombres, les gémissements de quelques soldats blessés dans les nombreux combats menés et par l’éboulement provoqué par l’opposition entre Alexer et Syd réveillent ce dernier.
Son premier réflexe est de tâter son corps et s’assurer qu’il sent encore ses bras et ses jambes. « Je suis vivant… Mais… Comment est-ce… J’étais plus mort que vif avant qu’Alexer n’invoque sa toute puissance. Qui a bien pu intervenir durant notre combat ? Serait-ce cette présence étrange que je perçois constamment à mes côtés ? », doute immédiatement Syd.

Pas le temps de cogiter davantage, depuis les couloirs, il peut entendre le désespoir des villageois que ramène par petits groupes Alberich.
Courageux et obstiné, Syd se redresse et titube en direction des sibériens pour épauler son compatriote.
Sur son chemin, il aide les blessés, partisans de Piotr ou d’Alexer, faisant fi des querelles et de l’adversité, préférant l’union face à un danger commun.
Ce geste honorable n’est pas sans lui rappeler son alliance avec Thor de Phecda pour lequel il a fini par se lier d’amitié. Cette attitude aide l’ensemble des sibériens à joindre leurs efforts afin d’accueillir les blessés et les diriger vers des pièces où la chaleur va leur permettre de tenir face à la tempête.
Une véritable communion naît entre chaque entité des royaumes du grand nord.


Au Japon, au centre de recherche de la fondation Graad :

Dans un bâtiment hautement surveillé appartenant à la famille Kido, un homme en blouse blanche se félicite.
Il tient dans ses mains une télécommande qu’il utilise pour repasser en boucle une vidéo sur une télé à peine visible au beau milieu de milliers de papiers sur lesquels des plans sont dessinés.
En frottant sa moustache grisonnante et en rajustant ses lunettes, il pense :
« Les travaux demandés par M. Kido sur l’armure d’or ont tenu malgré toutes ces années. J’avais peur que l’alliage d’acier ne tienne pas sur l’or. Néanmoins, il faudra peu de temps pour qu’elle reprenne sa forme originelle. M. Kido disait des armures qu’elles étaient vivantes. Après des années d’enfermement dans sa Pandora Box, lorsqu’elle se sera réveillée, l’armure se débarrassera de ce maquillage d’acier et alors le mal que souhaitait affronter M. Kido la reconnaîtra. Déjà qu’elle a été dérobé par un ancien orphelin. J’espère seulement finir à temps les dernières modifications des Steel Cloths. »

Le docteur Asamori avance jusqu’à une grande baie vitrée depuis laquelle il surplombe une vaste salle de sport où s’entraînent trois jeunes garçons.


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dehors, à moins d’un kilomètre de là, dans le brouillard formé par le tourbillon de glace, s’opposant au vent tranchant, Mime éprouve toutes les difficultés du monde à mettre un pied devant l’autre.
Sa seule main gauche par devant le visage, les vêtements découpés par le souffle démoniaque, sa peau se craquelle à mesure que son cosmos diminue.

La chair à vif, à force de persévérance, il passe au travers la barrière glaciaire, en dehors du cyclone.
Là, l’horizon est dégagé, le vent est retombé. Le calme après la tempête.

L’habituel éclat rosé des yeux de Mime a perdu de sa superbe. Chaque pas est pour lui un supplice. Néanmoins, il ne perd pas son objectif, prouver à Natassia qu’il existe encore l’espoir, la force de survivre quand on perd un être cher.
Il poursuit sa progression en direction d’un bloc de glace qui se dresse droit devant lui.

Devant cet amoncellement de cristaux, Alexer, déjà arrivé, hurle à gorge déployée. L’autochtone, connaissant les environs mieux que quiconque, revit un événement dramatique de sa vie. L’espace d’un instant, il revoit sa mère morte de froid ici un jour de tempête.
Aujourd’hui, en ce lieu de recueillement, il trouve Natassia prisonnière du grand cataclysme qui traverse actuellement la citée.

Mime - " Par Odin… La Princesse Natassia… "
Alexer - " Tu dois être enchanté asgardien ? Ainsi votre victoire n’en est que plus totale. "
Mime - " Détrompe-toi, nos intentions n’ont jamais été néfastes à ton peuple. Bien au contraire. Les miens luttent actuellement pour tenter de sauver la cité. "

Promptement, une sensation inattendu provient du monticule qui retient Natassia prisonnière :
Alexer - " Ma s½ur ! Son c½ur bat toujours ! "
Mime - " Il nous faut la sortir maintenant si nous ne voulons pas que ce faible battement soit le dernier. "
Alexer - " Mais comment faire pour la sortir de là sans la blesser ? "
Mime - " Il faut surpasser le froid qui la retient. Néanmoins, il ne faut pas le distancer de trop sans quoi le coup pourrait lui être encore plus fatal que le gel actuel. "
Alexer - " Je n’ai pas le choix, si je veux détruire cette couche de glace en prenant soin de ne pas blesser ma s½ur, il faut que je brûle ce qu’il me reste de force. "
Mime empêche Alexer de s’élancer en lui cramponnant le poignet :
Mime - " Non ! Tu n’as plus la force en toi d’accumuler suffisamment de cosmo énergie. Hormis faire voler ce cercueil en milles morceaux, brisant dans le même temps ta s½ur, tu ne réussiras à rien. "
Alexer s’effondre à genoux, le regard hagard, comprenant qu’il n’y a plus d’espoir.

Cependant, c’est sans compter sur l’opiniâtreté du futur Guerrier Divin.
L’effluve de son cosmos s’étend jusqu’au cercueil et semble même l’englober. Dans son bras encore sain, il canalise sa cosmo énergie qui grandit puis diminue à mesure qu’il essaie d’égaler le froid du cercueil.
Mime - " Alexer, ta s½ur… Ne mourra pas ! "
Un flash produit par la vitesse de la lumière accompagne les propos de Mime puis plus rien.
Le cône de glace qui retenait Natassia n’est plus. A sa place, sur le sol, au milieu d’épais morceaux de glace éparpillés, Mime est couché sur le côté, serrant bien fort contre lui la belle demoiselle. Il intensifie son cosmos jusqu’à en perdre presque connaissance pour sauver Natassia.

Face à ce surprenant spectacle, Alexer n’espère plus possible de voir sa s½ur revenir à elle. Sa prise de conscience s’accentue davantage :
Alexer - " Natassia est la seule qui m’a soutenue même face à la défaite. Ksénia et Kraken, les deux alliés sur lesquels je comptais le plus, ont disparu dès votre arrivée. C’est seulement lorsqu’on a tout perdu qu’on réalise qui sont les gens qui nous aiment et envers lesquels on peut avoir confiance. Ma s½ur a toujours été là. Bien que je sois l’aîné, elle m’a soutenu à la mort de notre mère, m’a réconforté lorsque mon père m’a forcé à l’exil, a voulu me conseiller lorsque j’ai entrepris mon retour à Blue Graad. Et c’est parce qu’elle pensait que le vrai Alexer, ce frère aimant, avait disparu, était mort, qu’elle a été prête à sacrifier sa vie, considérant n’être rien sans les siens. Ô ma bien chère s½ur, si tu savais comme je m’en veux d’avoir causé ta perte, la perte de notre peuple, la destruction de notre citée. Aujourd’hui je suis l’unique survivant mais j’ai perdu quelque chose de bien plus précieux que la vie. J’ai perdu votre amour, celui des nôtres et, surtout, le tien. "
Alexer se laisse choir en arrière pour s’étendre dans la poudreuse. Le ciel devenu lumineux après le passage de la tempête se gondole sous les larmes qui lui viennent. Son cosmos diminue à vue d’½il, comme s’il abandonnait tout effort pour survivre de ses blessures.

Dans ses bras décharnés, Mime sent les battements de c½ur de Natassia repartir. Les efforts de son cosmos n’ont pas été vains.

Aussi minuscules que des insectes dans cette grande étendue de blanc, devant la tornade polaire qui se dissipe désormais bien loin de Blue Graad, quelques soldats et autres villageois approchent en compagnie d’Alberich.

D’une voix posée, comme à son habitude, Mime confesse :
Mime - " Tu es un guerrier exceptionnel Alexer. Et ta faculté de remise en question face à l’échec fera de toi un grand roi… "
Alexer se redresse, stupéfait de voir Mime lutter contre la mort. Il suit son regard pour découvrir par miracle la survie d’hommes, de femmes et d’enfants.
Mime tend le bras de Natassia à son frère et lui permet de sentir les pulsations de la jeune femme.
Alexer - " Elle est vivante et… Et ils ont survécu… Grâce à vous asgardiens. "
D’un mouvement parfaitement ordonné, faisant abstraction de ses plaies, avec majesté, Alexer se redresse et prend délicatement sa s½ur dans ses bras :
Alexer - " Pourquoi ? Pourquoi ne pas m’avoir achevé lorsque tu m’as vu dans cet état ? "
Mime se confesse :
Mime - " Parce que j’ai lu en toi la détresse d’avoir commis un acte aussi conséquent. Et parce que moi-même je vis en gardant au fond de moi une profonde ranc½ur qui m’a fait commettre un acte impardonnable. "
D’un hochement de tête qui vaut remerciement, Alexer avance avec grandeur en direction des siens :
Alexer - " Dans ce cas, asgardien, allié, frère du grand nord, allons reconstruire nos erreurs du passé. "
Mime, las après tous ces efforts, laisse Alexer prendre les devants. En appui sur la neige grâce à son postérieur, il admire cette dignité qui émane d’Alexer et qui fait de lui l’étoffe d’un futur grand roi, le jalousant presque de pouvoir enfin trouver cette paix intérieure que lui-même cherche tant.


 
Partis à temps de Blue Graad, Isaak rappelait à Kanon qu’il restait fidèle à Poséidon, tandis que l’Ange de l’Olympe qu’est Ksénia ne se souciait plus du sort d’Alexer dès lors que Poséidon était équipé de l’anneau des Nibelungen.
Néanmoins, au contact de Vasiliás, elle se sentait l’espace d’un instant envahie par des émotions humaines.
La personnalité de Vasiliás allait-elle permettre à notre dernière bataille de prendre un autre tournant ?

12
Il y a plus de deux cent ans, un épouvantable cataclysme eut raison de Blue Graad, ne laissant que peu de survivant.
Au moment où la bataille faisait rage entre Alexer et son père, une vague de froid identique à celle d’autrefois approchait lentement du champ de bataille…


Chapitre 46 - Voici ce qu’est devenue la citée Atlantis

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

24 septembre 1986.
Le soleil se lève et illumine le paysage au point d’éblouir quiconque observe l’effet des rayons du soleil sur les parterres de gel et les édifices enneigés.
Le peuple est en ébullition, des batailles acharnées se produisent depuis hier dans l’enceinte même du palais royal.
Le prince Alexer gagne chaque minute davantage les locaux. Les positions de l’armée du roi Piotr abdiquent ou se font écraser.

Depuis l’extérieur du palais, dans les maisons aux murs blanchis par le givre, les villageois attendent impatiemment l’issue de cette guerre qui établira à coup sûr un nouvel ordre politique.
Trop préoccupés à s’échanger des hypothétiques aboutissements, les habitants ne remarquent pas l’approche furtive d’un quatuor qui se faufile à l’intérieur d’un ancien temple dévasté par la glace.

A l’intérieur de celui-ci, l’artiste aux cheveux blonds, Mime, observe l’architecture ancienne et conservée par le froid.
Il reconnaît par l’intermédiaire de statues et de dessins sur les murs des références à Athéna, Poséidon et Odin.
Le dialogue établit par Alberich et Natassia le sort de ses songes.
La bande se situe dans les salles de bénédiction que se réservaient autrefois les prêtres qui officiaient ici. Chaque bloc de pierre qui forme les murs, le sol et le plafond, est fissuré en raison de la rudesse du froid. Certains cadavres desséchés semblent emprisonnés dans la glace depuis des décennies :
Alberich - " Tu veux donc dire que ce temple est abandonné depuis plus de deux cents ans ? "
Natassia - " Oui, un cataclysme a décimé la quasi-totalité des habitants de Blue Graad et de ses environs. Les livres de la grande bibliothèque de Blue Graad évoque des faits similaires à ceux qui se produisent aujourd’hui. La température baisse et le vent est de plus en plus puissant. Cela annonce l’arrivée imminente d’une catastrophe climatique ravageuse. "
Alberich - " J’espère que nous aurons arrêté Alexer avant cela. "
Natassia - " Il est impératif que vous y parveniez. Le peuple de Blue Graad a besoin de se réunir dans le palais pour survivre en communauté, sans quoi c’est toute la lignée de nos origines qui sera tuée par le froid. "
Alberich - " Quand le climax de ce bouleversement sera atteint selon toi ? "
Natassia - " Avec un peu de chance, ce soir, ce qui nous laisse juste le temps de gagner mon frère. "
Syd se mêle enfin à la conversation pour se concentrer sur leur mission et ne pas céder à la panique. Il pointe du doigt une vieille trappe colmaté à la roche du sol par la glace :
Syd - " Tu es certaine que si nous parvenons à emprunter ce passage secret, nous parviendrons à rejoindre le c½ur du palais ? "
Natassia - " Nous arriverons juste entre la grande bibliothèque et la salle du trône. "
Mime ne perd pas de temps, il recroqueville ses bras pour y concentrer toutes ses forces, imité par ses compatriotes.

Soudain, au détour d’un monument, l’apparence splendide d’une femme se dévoile. La jolie brune observe discrètement les futurs Guerriers Divins entrouvrir un tunnel sombre.
« Ces asgardiens pourraient venir contrarier mes plans », pense la resplendissante Ksénia.
Elle laisse le quatuor s’engager dans la galerie souterraine. De quoi lui permettre de les ensevelir en attaquant par surprise.

Néanmoins, les minutes s’écoulent sans que sa tentative ne se concrétise. La russe reste fixe et immobile.
Elle distingue qu’elle n’est pas la seule à épier la progression de ces gêneurs. Maintenant qu’ils sont loin, elle n’hésite pas à prendre la parole :
Ksénia - " Un cosmos étrangement similaire à celui que l’on nomme Syd de Mizar erre dans les parages. La seule sensation qui me permet de faire la différence est la puissance revancharde qui se dégage de ta cosmo énergie… "
Elle localise enfin avec exactitude le destinataire de cette phrase. En levant les yeux en direction d’une statue maintenue dans le plafond, elle achève sa phrase :
Ksénia - " … toi qui te cache là-haut et qui s’apprêtait à m’attaquer au moment où je frapperai dans le dos de cette troupe. "

Démasqué, l’espion se laisse tomber depuis le plafond et se réceptionne avec facilité sur ses deux jambes.
Sa tenue, bien plus négligée que celle des autres asgardiens, ainsi que sa coupe de cheveux plus sauvageonne sont les seuls aspects permettant de le différencier de Syd.
Ksénia ne perd pas de temps, son sens de la déduction est efficace :
Ksénia - " Tiens, voici le rebut de la famille de Mizar ! "
Le jumeau de Syd serre le poing :
Bud - " Comment ?! "
Ksénia - " Je suis au fait des coutumes d’Asgard. Les conditions de vie sont si rudes que même pour une famille riche, la naissance de jumeaux est vécue comme une catastrophe. Tu es donc celui qui a été abandonné. Néanmoins la nature a mal fait son travail, elle t’a permis de survivre dans ce monde hostile où tu es obligé de garder l’anonymat. Maintenant, j’aimerai savoir pourquoi tiens-tu à protéger ce frère qui t’a tout volé ? "
Bud - " Je ne cherche pas à le protéger. "
Ksénia - " Alors pourquoi le suis-tu ? "
Bud - " Pour empêcher quiconque de lui donner la mort. Ce plaisir me revient de droit. J’attends le jour du mariage de mon frère pour faire regretter à tous ceux qui m’ont abandonné d’avoir fait le mauvais choix. "
Ksénia - " Cette intention pourrait presque me plaire si elle n’était pas gênante pour mes projets. Ton frère et ses petits camarades comptent intervenir et nuire à mes plans. "
Bud - " Alors pourquoi ne pas être intervenu lorsqu’ils ont investi le tunnel ? "
Ksénia - " Ma présence ici ne doit être qu’anecdotique et secrète. Te sachant dans les parages, je ne voulais pas prendre le risque que tu interviennes et réduisent ma discrétion à néant. "
Bud - " Dans ce cas, j’ai comme l’impression que l’issue de notre rencontre doit être fatale pour l’un de nous. "
Le visage de Ksénia s’illumine de toute sa beauté, dissimulant grâce à cette attitude et sa tenue inappropriée au combat la véritable essence de son cosmos.
Ksénia - " Je ne vais pas m’ennuyer. Je ne compte pas perdre mon temps avec toi. "
Bud reste sur ses gardes, il n’est pas dupe :
Bud - " Cesse de jouer la jeune femme fragile. Ton petit jeu ne marchera pas avec moi. Survivre par ce froid pour une femme à l’allure aussi frêle que la tienne et vêtue d’une robe si légère… Il n’y a qu'un cosmos très puissant qui puisse le permettre ! "

Démasquée, la vénusté n’en garde pas moins la grâce qui l’habite. D’un mouvement circulaire, elle joint ses deux mains au-dessus de sa tête.
Bud est subjugué par la concentration de sa cosmo énergie. L’effluve de son cosmos dessine derrière elle un immense cheval immobile, semblable au Cheval de Troie.
Bud - " Si tu comptes m’impressionner tu te trompes. Je compte bien faire preuve des efforts que je fournis chaque jour pour devenir le plus fort : Shadow Viking Tiger Claw ! "
Hélas, l’asgardien est bien trop lent, le Cheval de Troie libère ses hommes :
Ksénia - " Troya Crisis. "
Les Griffes du Tigre Viking de l’Ombre se perdent face à la démultiplication des soldats grecs qui foncent sur lui tels des faisceaux lumineux frappant à la vitesse de la lumière.
Le jumeau de Syd est repoussé contre un mur couvert d’une épaisse couche de glace. Le choc est si puissant que la paroi de gel se craque et tombe en d’épais blocs de glace qui l’ensevelissent.
Le visage serein de la russe change malgré tout d’expression, un certain rictus de désappointement se lit lorsqu’elle observe sa poitrine. La base de son sein gauche est marquée par trois griffes qui laisseront à coup sûr trois fines cicatrices sur ce corps parfait.
Ksénia - " Étonnant petit asgardien. Je regrette de ne pas avoir plus pris mon temps avec toi. Mais tu m’en as déjà fais perdre de trop, les tiens doivent être au palais à l’heure qu’il est. J’espère qu’Isaak a mené à bien sa mission. "


En Grèce, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios :

Sur le versant d’une montagne, taillée à même la roche, la prison principale du Sanctuaire a des allures de tour.
Au milieu de celle-ci, résonne la percussion du masque de femme chevalier de Yulij contre les barreaux de sa cellule. Elle tapote sa tête contre le métal indestructible et signifie son impatience :
Yulij - " Quand serons-nous fixés sur notre sort ? "
Plus mature, Nicol, assis dans la geôle face à celle de sa s½ur d’adoption, montre toute l’étendue de sa réflexion :
Nicol - " Notre sort est déjà fixé. On nous réserve la mort. "
Yulij - " Pourquoi ne sommes-nous pas déjà mort ? "
Nicol - " Le Saint des Poissons n’a pas dû donner la raison de notre présence au Grand Pope. Ce dernier avait l’air furieux envers lui. Je pense qu’il n’a pas eu le temps de lui faire part que nous enquêtions sur l’usurpation de l’identité de notre maître Arlès. Il a certainement été congédié sans le moindre ménagement. "
Yulij - " Tu as sûrement raison. Le Pope nous considère donc comme de simples rôdeurs. Sans quoi nous aurions déjà été éliminé. "
Nicol - " D’ailleurs, plus ils attendent pour nous faire rendre gorge, plus ils nous laissent le temps pour préparer un plan d’évasion. "
Yulij - " Lequel ? Je croyais qu’il était impossible de s’enfuir d’ici. Tu l’as dis toi-même, il nous est impossible de détruire les barreaux ou les murs. "
Nicol - " Pourquoi ne penser qu’à détruire les éléments qui nous enferment ? "
Yulij - " Quelle autre solution ? "
Nicol - " Depuis deux semaines que nous sommes prisonniers ici, n’as-tu pas lu les étoiles aux travers de ta lucarne. "
Yulij - " Les étoiles ne me disent plus rien. "
Nicol - " Si maître Arlès était toujours de ce monde, il te répondrait que c’est parce que tu manques encore d’expérience. "
L’élève du défunt Saint de l’Autel marque un léger tant de pause avant d’étaler sa science :
Nicol - " J’ai pu voir dans le ciel les étoiles d’une constellation s’illuminer il y a cinq jours. Cela coïncide avec l’arrivée au Sanctuaire d’un cosmos nouveau en ces lieux. Les étoiles ne m’ont jamais trompé. Attendons que ce cosmos vienne à nous. "


Dehors, au pied de la tour, Mei observe le donjon taillé dans la roche de bas en haut.
Il est gardé à son entrée par une dizaine de soldats. Ceux-ci saluent le Saint en reconnaissant son statut grâce à la Pandora Box portée sur son dos.
Le chevalier leur rend leur salut en levant simplement le menton. Il a le visage fermé, presque emprunté devant la difficulté d’entrer en ce lieu incognito.
Il finit par faire demi-tour : « Je ferai mieux de remettre à plus tard mon entrée ici. Je ne dispose d’aucun accord officiel. De plus, je suis épuisé, je manque de sommeil. Je vais me rendre au sénat afin de m’y enregistrer. Je pourrai me procurer un logis contre les sacres que le Pope m’a donné. Un peu de repos me permettra d’y voir plus clair. »


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

A l’intérieur du palais royal, les soldats du Roi Piotr rendent les armes face au trône de leur monarque déchu.
Chacun jure fidélité à l’héritier de Piotr, assis avec fierté sur le siège impérial. La moquette qui couvre le sol est imbibée du sang qui s’écoule encore de la dépouille royale. Le corps fendu en deux de Piotr gît sans le moindre égard de la part de son fils, coupable de parricide.

Dans les couloirs du palais, quelques râles retentissent, des affrontements se poursuivent, les quelques derniers partisans de Piotr refusent de prêter allégeance au Prince Alexer.


Dans ce château aux cris d’épouvante et aux murs ensanglantés, au fond du couloir principal, semblable à un large boulevard, une statue à l’effigie d’Athéna est décelée de l’intérieur.
Syd, Mime, Alberich et Natassia débouchent depuis le passage secret dans l’artère du palais la plus touchée par les affrontements.
Des cadavres des deux camps sibériens gisent, quelques blessés rampent pour fuir avant que d’autres n’aient le temps de ramasser leur hache pour les achever.
Natassia indique à sa gauche la direction de la salle du trône :
Natassia - " Les appartements de mon père sont par ici. Pourvu qu’il ne soit pas trop tard. "
Syd suit au pas de course la jolie blonde.
Mime se tient en position de combat, à peine leur présence a été remarquée que déjà des adeptes d’Alexer se jettent sur eux :
Mime - " Rejoignez Alexer au plus vite, je m’occupe de leur jouer leur requiem. "
Avec une totale maîtrise de son art, Mime crée bientôt devant lui une véritable toile d’araignée grâce aux fils de sa harpe :
Mime - " Voici de quoi vous retenir et permettre à Syd et Natassia de ne pas être importunés ! "

Alberich, lui, s’engage dans la direction opposée, celle de la grande bibliothèque, après avoir remarqué l’étrange comportement d’un soldat.
Celui-ci, les cheveux verts, haut d’un mètre soixante-quatorze, présente une certaine nonchalance à l’idée d’éliminer les sibériens qui occupent son passage. Contrairement aux autres qui, quel que soit leur camp, restent hostiles à achever cette guerre fratricide, il semble manifester un désintérêt total à empêcher Syd et Natassia d’atteindre Alexer.

Longeant les murs, masquant du mieux qu’il peut sa cosmo énergie, Alberich suit celui que les sibériens nomment le Kraken et qui a été un atout majeur lors de la progression d’Alexer dans le palais.
Isaak effectue de grands pas allongés qui marque sa hâte. Il se retourne sans cesse, espérant ne pas être suivi.
Une fois au bout du couloir, il ouvre les massives portes en bois et s’engage dans les longues allées de la salle. La bibliothèque est semblable à une seconde ville tant sa superficie est importante, les étagères remplies de manuscrits dessinent des routes dans lesquelles le Marinas n’ose pas s’engager de peur de s’y perdre.

La voix familière de Ksénia remédie à cela. Le Général de l’Océan Arctique suit la douce intonation de sa complice :
Ksénia -  " Cette bibliothèque contient un nombre immense d'ouvrages réunissant les connaissances du monde depuis les temps anciens et est de fait la plus grande source de savoir sur Terre. Cependant, la chose la plus intéressante qu'elle recèle se situe dans les étages inférieurs. Tu trouveras au fond de l’immense salle un mur marqué de l'emblème de Poséidon.
Autrefois accompagné d'un sceau d'Athéna, il s’agit en fait d’un passage vers la cité engloutie d'Atlantis. "
Isaak débouche là où Ksénia l’attend, devant le fameux emblème :
Ksénia - " Des asgardiens sont venus refroidir les ardeurs d’Alexer. Il ne faudra pas longtemps avant qu’il comprenne que le Kraken n’interviendra pas pour l’aider et que ce fameux allié s’est en réalité joué de lui. "
Isaak - " N’oublie pas qu’avant l’attaque de la citée, Alexer a confié à trois de ses hommes les trois dernières armures des Blue Warriors. Il y a donc de quoi faire. "
Isaak observe l’emblème de Poséidon gondolé par une couche de glace qui s’étend sur le mur :
Isaak - " Lors de la dernière Guerre Sainte entre Athéna et Hadès, la puissance de Poséidon a commencé à ravager Atlantis par les flots, menaçant la Terre par la même occasion. Le Saint d’or du Verseau se sacrifia en s’enfermant en compagnie du réceptacle de Poséidon dans un cercueil de glace. Je n’aurai jamais imaginé que leurs pouvoirs conjugués auraient permis à ce froid de remonter jusqu’ici et de perdurer à la surface ! "


Alberich s’engage dans l’immense salle au plafond voûté et couvert d’autant de livre qu’il peut en contenir.
L’asgardien qui voue un véritable culte à la lecture et aux connaissances est si émerveillé qu’il prête à peine attention à la conversation qu’il surprend entre cette femme inconnue et le Kraken.


Ksénia - " Tu as été pris en filature, un asgardien approche. J’imagine qu’il ignore tout de notre plan et je vais m’assurer qu’il en reste ainsi. Presse-toi de trouver ce que tu es venu chercher. "
Isaak ne se fait pas prier davantage, il tend le bras en direction du mur au faux fond. Son bras est absorbé par une lueur aveuglante qui aspire le reste de son corps.


Alberich - " On dit que la bibliothèque d’Asgard est la plus grande source de savoir sur le monde et les dieux qui le gouvernent. J’ai comme l’impression que Blue Graad la surclasse largement. "
Soudain, la lumière qui résulte du voyage d’Isaak interpelle le futur Guerrier Divin, stoppé dans sa course par la voix charmante de Ksénia :
Ksénia - " Ce que tu dis à propos de cet endroit est exact. Seulement, avec l’extinction de la quasi-totalité des habitants de Blue Graad il y a des siècles, cette vérité s’est vue contrainte au silence… "
Au milieu des rayons, Alberich toise avec un certain mépris la jeune femme qui poursuit son allocution :
Ksénia - " … et ce silence va durer davantage car un cataclysme similaire à celui d’antan se prépare déjà dehors. "
Il la sous-estime en raison de son apparence :
Alberich - " Et tu n’as pas peur d’attraper froid dans cette tenue ? "
Elle se contente de lui sourire pour appuyer son aspect innocent.
Alberich - " Dis-moi, je ne sais pas qui est ton petit copain qui traînait mystérieusement dans les environs et je serai bien curieux de le savoir. Tu ne veux pas m’en dire plus sur cet étrange endroit ? "
Elle frotte le bout de son nez et ferme les yeux en déclarant d’une façon coquette :
Ksénia - " Je crois qu’on va bien s’amuser. "


Sous l’océan, dans une citée condamnée par une paroi de glace :

Recroquevillé sur lui-même, encore sous le coup de la lumière perçante qui lui a fait traverser un étrange champ cosmique, Isaak réhabitue ses yeux à une luminosité naturelle.
A mesure qu’il revient à lui, il étudie avec minutie ce lieu semblable au sanctuaire sous-marin où il a vécu ces dernières années.
Des maisons vides et des temples faits de pierres blanches, des roches à impressions spongieuses et des coraux scintillants composent les environs.
La différence la plus flagrante vient du globe de glace qui couvre le plafond et tombe tel un dôme qui encercle la ville jusqu’au sol. La sphère est si épaisse qu’il lui est impossible de voir au-delà, bien qu’il devine que derrière se tient le reste du territoire de Poséidon, aujourd’hui administré par Kanon du Dragon des Mers.

Au centre de la ville sous-marine, agrémenté d’une statue à l’effigie du dieu, le temple de Poséidon surplombe tous les autres bâtiments.
A mesure qu’Isaak y avance, il y observe les effets du réveil de Poséidon en ces lieux il y a plus de deux cents ans. En plus du ciel d’eau devenu un plafond de glace, la température qui règne ici est polaire.
La bruine persistante qui accompagne un climat chaud et humide dans le sanctuaire sous-marin ne tombe plus à Atlantis, les marres d’eau salée formées grâce au relief capricieux du sol rocailleux sont désormais gelées, figées par le froid.

Plus il approche du temple au hall dévasté par le combat opposant Rhadamanthe à l’ancien Saint d’or du Scorpion et plus des vagues d’eau glacées empêchent une progression rapide.
Forcé de surfer sur la mer de glace, le finlandais est subjugué par un spectacle inattendu.
Au beau milieu de la chambre de Poséidon, enfermé dans le cercueil de glace, un homme et une femme se tiennent l’un face à l’autre. Les mains de l’homme caressant le visage de la jeune femme qui le domine dans les airs, comme un homme implorant le calme d’une déesse.
Sans le savoir, Isaak observe les corps de Dégel du Verseau et de Seraphina, l’ancêtre des rois de Blue Graad. Leurs mouvements et leurs enveloppes charnelles sont restés intacts, statufiés pour l’éternité.

Bien qu’il soit en admiration face à cette situation, Isaak n’en oublie pas pour autant sa mission initiale.
Il poursuit son investigation dans diverses pièces jouxtant la chambre impériale et y trouve enfin, entreposé sur un pilonne au milieu d’une pièce, l’anneau des Nibelungen.
Sur la colonne dorique est gravée cette phrase en grec ancien qui confirme l’identité de l’objet : « Que le porteur de cet artefact maléfique en or confère à la personne qui le possède le pouvoir de gouverner le monde mais s'empare aussi de son esprit au nom de l’empereur des Océans. »
Isaak - " Il n’y a plus de temps à perdre. A la surface le grand cataclysme ne va pas tarder, je dois me presser de quitter Blue Graad si je ne veux pas rester prisonnier ici. "
D’un rapide mouvement de bras, il s’empare de l’anneau maudit et repart patiner sur les lames de gel pour regagner la surface depuis l’endroit où il a atterri à Atlantis.


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dans les couloirs du palais, les cris des sibériens se lançant à corps perdus contre Mime sont de plus en plus lointains pour Natassia et Syd.
Le duo approche la chambre royale :
Natassia - " Derrière cette porte se trouvent mon frère et mon père. "
Syd - " Je pense que je ferai mieux de rentrer avec vous Princesse. "
Une voix grave accompagnée de rires sarcastiques retentissent derrière la porte et deviennent de plus en plus perceptibles à mesure que celle-ci s’ouvre : « Encore faudrait-il qu’on t’y autorise vermine… Ah… Ah… Ah… »

La chambre royale libère trois chevaliers revêtus d’une même Cloth.
Natassia - " Les Blue Warriors ! "
Syd - " Comment ? Je croyais que ton frère était le seul Blue Warrior existant ?! "
Natassia - " Non, il existe quatre armures destinées aux Blue Warriors. Trois sont semblables les unes aux autres et sont revêtues par les défenseurs du plus puissant chevalier du royaume, seul digne de porter la plus belle et la plus puissante armure. Il y a six ans, lorsque Alexer fut condamné à l’exil, il s’empara de l’armure ultime du royaume. Celle-ci l’a reconnue pour sa bravoure et son entraînement acharné. Cependant, les trois autres armures sont restées les propriétés du Roi Piotr. Récusant toute forme de violence, mon père préférait consacrer ces armures à la défense du royaume et à celle d’Athéna. Mon frère a dû les offrir à ses plus fidèles combattants. Cela voudrait donc dire que mon père est… "
Le plus sarcastique des Blue Warriors ne rassure pas Natassia :
Blue Warrior n°1 - " Vous feriez mieux de rentrer à l’intérieur Princesse. Votre frère vous y attend. "
Natassia se retourne en direction du futur Guerrier Divin comme pour recevoir son approbation :
Syd - " Ça ira Princesse, je vous rejoindrai. "

D’un pas tremblant, partagé entre l’horreur du combat qui va se dérouler et la hantise de retrouver son père blessé voire mort, Natassia progresse en passant à côté des trois robustes chevaliers qui referment la porte derrière eux.
D’une musculature impressionnante, les trois combattants aux chevelures opulentes et partagés entre le châtain et le blond d’un homme à l’autre, affichent tour à tour un sourire narquois.

Néanmoins, le premier déchante bien vite, son visage se crispe soudainement jusqu’à devenir une grimace. Le haut de ses cuisses est profondément entaillé l’obligeant à s’allonger en arrière pour ne pas élargir ses plaies en se tenant debout.
Syd - " Viking Tiger Claw. "
Les ongles de Syd restent allongés après qu’il ait annoncé le nom de l’arcane qu’il a asséné au plus bavard des Blue Warriors.
Les deux autres se pressent de soutenir le premier :
Blue Warrior n°2 - " Quelle vitesse, il est presque aussi rapide que notre maître Alexer ! "
Blue Warrior n°3 - " Il est surtout très rusé, il a attaqué à l’endroit où nous sommes dépourvus de protection… "
En effet, les cuisses, comme la tête, ne bénéficient pas de cuirasses contrairement au reste des jambes. Le buste est entièrement recouvert des épaules, desquelles s’échappent des pointes acérées, à la ceinture. C’est même pointes sont présentes sur les avant-bras qui protègent du coude jusqu’au bout des doigts.
Blue Warrior n°3 - " … Mais cette zone n’est pas vitale pour nous. Les zones les plus fragiles bénéficient de l’armure des Blue Warriors alors que lui est à découvert. "
Syd - " Pressons, je n’ai pas le temps d’écouter vos constats ridicules, je dois rencontrer Alexer au plus vite. "
Les deux Blue Warriors valides répondent aux exigences de l’asgardien et se ruent sur lui, engageant un corps à corps dans lequel Syd est vite dépassé.
Après plusieurs coups encaissés, il parvient à en balayer un d’un rapide mouvement de jambe  et à décocher un violent coup de poing dans le nez de l’autre.
Seulement, le premier des sibériens prend sur lui la douleur infligée à ses cuisses. Il se redresse et se jette tête la première contre l’abdomen de Syd.
Souffle coupé, yeux exorbités, Syd a du mal à se tenir debout. Il n’en faut pas moins au trois Blue Warriors pour déchaîner leur fureur contre lui…


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

Un homme d’une soixantaine d’année guide Mei dans ce dangereux village de l’est.
Dabih - "  … Puis j’ai officié pendant des années au service du Seigneur Shura Saint d’or du Capricorne. Il m’a remercié lors de son départ pour Yíaros il y a un an et demi. Sa défaite contre l’Alcide du Lion de Némée l’avait énormément affecté et il préférait rester seul pour se recentrer sur sa mission envers Athéna. Je suis donc resté des mois et des mois au sénat en attente de trouver un nouveau maître. Il faut dire que mes services ne sont pas donnés. Mais ça se comprend, j’ai servi des années durant un des hommes les plus respectables du domaine sacré. Je n’aurai pas pensé trouver un maître aussi jeune. L’achat de votre maison et de mes services a eu raison de tous vos sacres… "
Mei l’interrompt d’un ton cynique :
Mei - " Tu t’occupes également de la comptabilité ?! "
Le vieux serviteur comprend que sa remarque était déplacée. Alors il observe le silence.
Le japonais, bien que ferme, garde une nature généreuse :
Mei - " Je ne voulais pas te froisser. Ne t’en fais pas, je réaliserai quelques missions pour rapporter d’autres sacres et te payer comme il se doit. En attendant, je ne t’ai pas pris pour être à mes soins mais uniquement parce que tu connais le Sanctuaire comme ta poche… "
Mei cesse sa phrase en arrivant devant une bâtisse en ruine. Il la montre du doigt :
Mei - " … Parle moi donc de ce taudis que j’ai acheté. "
Dabih sort un papyrus sur lequel les sénateurs ont apposé leur sceau :
Dabih - " Cette maison a appartenu autrefois à un dénommé Nicol. Il est indiqué qu’il était apprenti chevalier et que la maison a été saisie ces derniers jours suite à l’arrestation du propriétaire. Il est stipulé sur cet acte officiel que vous rachetez les murs ainsi que les biens s’y trouvant enfermés. Pourquoi la vouliez-vous à tout prix ? "
Mei - " Parce que l’histoire des personnes qui y vivaient m’intéressent. "

Soudain, des aboiements les dérangent. Un chien famélique court après un énorme rat qui se faufile le long des ruines de maisons abandonnées.
L’animal finit par rattraper le rongeur qu’il transperce de ses longs crocs affamés.
Aussitôt, sortant de nul part, un homme aux vêtements sales et au visage maquillé de cicatrices se jette sur la bête vorace et la massacre à coups de bâton jusqu’à ce qu’elle rende l’âme.

Mei se retourne vers son serviteur, les yeux grands écarquillés, abasourdi par un tel spectacle.
Le domestique lui apporte une réponse :
Dabih - " Nous sommes dans le village de Fóvos. Ici seuls des bandits en liberté vivent. Ce village est sous la juridiction du trio argenté. Seulement, ces chevaliers d’argent n’ont d’yeux que pour la loi du plus fort et ont délaissé cette zone du Sanctuaire. "
Le japonais indique à Dabih sa nouvelle demeure d’un mouvement de tête :
Mei - " Bien. Entrons chez nous à présent. "
Le marocain devance son maître afin de lui tenir la porte.
Mei - " Mon dieu, comme cette demeure est misérable et poussiéreuse. Profitons que le jour passe au travers les nombreux trous au plafond pour trouver quelques bougies en prévision de la nuit… "
Le chevalier de la Chevelure de Bérénice continue sa quête pendant que son valet s’affaire à trouver des chandeliers en dépoussiérant involontairement le sol de sa longue toge ocre.
Tandis que Dabih regroupe quelques objets pour faire du rangement, Mei l’en dissuade :
Mei - " Ne touche à rien mon cher Dabih. Vois-tu, touts ces documents éparpillés partout autour de la pièce principale seront rangés une fois seulement que je les aurais tous étudiés. Passons à l’étage, voir si l’odeur et le rangement y sont des notions davantage acquises. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

A l’intérieur de la chambre royale, Natassia approche timidement du trône où siège son frère.
Rares sont les torches encore allumées sur les murs, la lumière est volontairement faible. Cela empêche Natassia de voir avec exactitude sur quel cadavre elle marche. La moquette est jonchée de corps sans vie, victimes de cette guerre fratricide.
L’appui de ses pas sur la moquette fait remonter les flots d’hémoglobine imbibée.

Au bout de la pièce, sur l’estrade où siège le trône, seul endroit parfaitement éclairé, l’attend avec un visage d’enfant gâté, excité, presque défiguré par cette folie que lui a offert le pouvoir, son frère aîné.
Alexer - " Approche donc ma s½ur bien aimée. Viens baiser la main de ton roi. "
Natassia - " Comment peux-tu jouer de ton pouvoir mon bien cher frère alors que dehors la population est fouetté par le cataclysme de plus en plus proche ? "
Alexer - " N’ait crainte pour notre peuple, bientôt je le conduirais sur les terres ensoleillées qui lui reviennent de droit. "
Natassia - " Ce n’est que folie mon frère. Notre père n’a jamais approuvé un tel comportement. "
Alexer jubile :
Alexer - " Heureusement, il ne sera plus en mesure de donner son avis. "
Au moment où il annonce cela, le pied délicat de Natassia heurte la main d’un cadavre coupé en deux, allongé dans le mépris le plus total au milieux des autres.
Natassia se passe immédiatement la main devant le visage et fond en larme en reconnaissant sur cette main une bague frappée de l’emblème d’Athéna et appartenant à son père…


Devant la salle, Syd repousse tour à tour les Blue Warriors, hélas, il ne parvient pas à concentrer suffisamment de cosmos pour asséner à chacun un coup mortel. Aussitôt l’un blessé, un autre revient à la charge.
Les Blue Warriors l’ont bien compris :
Blue Warrior n°1 - " Que se passe-t-il asgardien ? Tes forces commencent à s’épuiser alors que les nôtres faiblissent moins vite en raison de notre supériorité numérique. Tôt ou tard il faudra que tu acceptes ta défaite ! "
Accompagné d’un son de harpe harmonieux, Mime déclare d’une voix affirmée :
Mime - " Ou pas ! Je pense qu’il est temps de rééquilibrer les débats. "
Les sarcastiques chevaliers détaillent avec mépris l’avancée du musicien au physique avenant :
Blue Warrior n°2 - " Et c’est un virtuose qui espère ça ?! Retourne jouer de ton instrument auprès de ton orchestre de faible asgardien et arrête de nous faire rire. "
Mime ne daigne même pas poser ses yeux sur les trois rivaux de Syd. Sans même les localiser, il parvient à les immobiliser en déployant les fils de son instrument pour les enserrer.
Mime - " Syd, Natassia est à l’intérieur avec Alexer n’est-ce pas ? "
Syd se contente de hocher la tête.
Mime - " J’ai un mauvais pressentiment. Pars la chercher et élimine Alexer. Moi je m’occupe de ses trois chiens de garde. "

Peu épargné par les égratignures, Syd accepte volontiers l’aide de Mime et défonce d’un rageur coup d’épaule la grande porte, abandonnant les trois Blue Warriors qui hurlent à la mort tant l’étreinte devient puissante.


A grandes enjambés, par-dessus les cadavres, Syd avale les mètres qui le séparent du trône.
Un sifflement agaçant et un air glacial dominent l’atmosphère de la salle. La lueur du jour, libérée par une lourde porte de pierre blindée, éclaire le fond de la pièce et permet à Syd de mieux distinguer le cadavre gisant de Piotr que ne l’a fait Natassia auparavant.
Syd - " Folie ! Tu as donc mis tes menaces à exécution. Tu as tué le Roi de Blue Graad. "
Alexer garde la tête baissée. D’un ton morne il répond :
Alexer - " Non, le seul et unique Roi de Blue Graad, ici, c’est moi. "
Forcé de constater qu’il n’est entouré que de cadavres, Syd s’étonne :
Syd - " Je croyais que la Princesse Natassia t’avait rejoins ? "
Alexer expose enfin sa mine pleine d’affliction et pointe du doigt la porte derrière lui :
Alexer - " Votre bourrage de crâne est réussi asgardien. Natassia a choisi de fuir la citée. "
Syd - " Par ce temps ?! Mais tu as perdu la raison ?! "
Alexer - " Elle connaît mieux les environs que quiconque. Je ne m’inquiète pas pour elle. Elle reviendra auprès de moi lorsque je lui aurai prouvé votre bêtise à travers votre défaite. "
Syd - " Pauvre fou. Dehors se prépare le même cataclysme qui a ravagé ta civilisation il y a plus de deux siècles. Même elle n’y survivra pas ! "
Alexer bondit de son trône et écarte les bras pour se dégager de sa lourde cape :
Alexer - " Trêve de bavardage, tu me fais perdre mon temps insecte nuisible, l’Orbe Bleue va avoir raison de toi : Blue Impulse ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

Sur le toit de la maisonnette, illuminé par la lueur d’un feu dans la nuit tombée, l’esclave à la mine fatiguée s’applique à faire cuire sur une broche de fortune un lapin.
Il s’adresse à son nouveau propriétaire qui le rejoint :
Dabih - " Très belle prise maître. J’imagine qu’il vous a fallu parcourir quelques kilomètres à travers le domaine pour trouver un si beau gibier. "
Mei - " Je t’ai déjà dis de m’appeler Mei et non maître. Et cesse donc de me vouvoyer. "
Dabih - " C’est impossible maître. J’ai été trop longtemps aux services de Saints d’or tous plus solennels les uns que les autres pour réussir à revenir sur mon éducation. "
Mei - " Depuis combien de temps es-tu esclave ? "
Dabih - " Depuis aussi longtemps que remontent mes plus lointains souvenirs. "

Le japonais redescend alors que Dabih commence à lui tendre la broche :
Dabih - " Mais… Votre repas est prêt maître ! "
Mei - " Ce n’est pas le mien, c’est le tien. Je suis trop impatient de découvrir qui vivait ici pour prendre le temps de manger. Néanmoins je me refuse de te priver d’un bon repas. "

Les yeux du marocain scintillent d’émotion. « Comment un être aussi jeune peut-il respecter autant l’être humain quel que soit sa condition ? »,  s’interroge-t-il.
Revigoré par tant de bonté, il se redresse bien vite sans même se soucier de l’arthrose de ses genoux et rejoint son maître broche à la main :
Dabih - " Dans ce cas je vais vous aider, ainsi nous pourrons partager ce repas tout en restant productifs. "



S’il faisait froid à la surface de Blue Graad, le c½ur de Dabih, lui, se réchauffait de la présence de Mei à ses côtés.
Et si moi-même j’aurai préféré qu’il fasse moins chaud au moment où j’approchais la méditerranée pour me ressourcer sur l’île Kanon, l’idéal aurait été qu’il fasse au moins aussi beau en Sibérie où le cataclysme destructeur ravageait peu à peu les steppes en approchant la cité en guerre…

13
Only for Love / Chapitre 45 - La guerre est proche
« on: 13 July 2013 à 16h30 »
Au Japon, la proche victoire de Shun d’Andromède contre Jabu de la Licorne fut interrompue par l’arrivée inopinée d’Ikki du Phénix. Ce dernier a volé l’armure d’or du Sagittaire et entamait les hostilités avec l'aide des Ankoku Saints.
Tous ignoraient qu’à ce moment là une bataille cruciale pour l’avenir des royaumes du nord allait se jouer…


Chapitre 45 - La guerre est proche

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

23 septembre 1986.
Aux abords des frontières du domaine, là où il ne reste que les vestiges de la glorieuse cité de Blue Graad, aujourd’hui réduite à quelques logement encerclant le palais royal, se tient fièrement Alexer. Dans les ruines d’une maison réquisitionnée par le prince de Blue Graad, ce dernier écoute ses hommes.
Attablé, la Cloth couverte par son épaisse cape, le charismatique chef de guerre se félicite des rapports de bataille de trois soldats agenouillés devant lui :
Alexer - " Donc, si j’ai bien compris, le palais est désormais sans protection. Tous les postes de surveillance ont été décimés et le grand roi attend sa mort, enfermé avec quelques hommes dans la salle du trône. Comme c’est drôle, le voir réduit à cela. "

Une voix féminine à l’accent slave le ramène sur terre et annonce l’arrivée de Ksénia : « Ne te réjouis pas trop vite. »
Les trois hommes d’Alexer s’écartent aussitôt. Leur dernière rencontre avec Ksénia s’est soldée dans la douleur pour l’un des leurs.
D’un mouvement de bras, Alexer congédie les siens : « Laissez-nous, j’ai à faire. »

Le prince se lève en écartant les bras pour venir chercher son ange gardien.
Il est stoppé dans son élan par la présence d’Isaak dont la silhouette se dessine derrière Ksénia.
Alexer - " Qui est-ce donc ? "
Ksénia - " Ce pourquoi je suis parti faire le tour du monde. "
Alexer - " Tu devais me ramener une armée ! "
Ksénia se garde bien de dévoiler la vraie nature du finlandais :
Ksénia - " Je n’ai trouvé hélas que Kraken mais rassure-toi, Kraken vaut largement dix soldats. Il vient des dernières terres gelées au sud de la Russie. "
Alexer dévisage avec fierté Isaak :
Alexer - " Et bien, tu ne te courbes pas devant ton maître ? "
Du coin de l’½il, Ksénia invite Isaak à jouer le jeu. Le Marinas s’exécute.
Alexer - " Kraken hein ?! Quel drôle de nom. "
Isaak est glacial :
Isaak - " C’est le nom qu’a souhaité me donner mon père. Il adorait la légende de ce monstre. "
Alexer - " Quel père touchant ! "
Isaak joue à merveille son rôle :
Isaak - " Je l’ai tué. Divergences d’opinions dirons-nous. "
Alexer éclate de rire :
Alexer - " J’adore cette fin ! Je crois que nous allons bien nous entendre. "
Il sort dehors en bondissant sur le haut d’une ruine et pointe du doigt le château de son père :
Alexer - " Et maintenant, passons à l’attaque ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

Inflexible depuis quatre jours, assis les jambes croisées sur l’urne de son armure, Mei attend aux pieds de la montée des maisons du zodiaque.
Sale, épuisé et affamé, il ne perd pas des yeux la demeure du Bélier d’où il espère voir sortir Aiolia. « Il finira bien par avoir droit à une permission. Et quand ce sera le cas, je serai là pour lui parler de mon maître. », a-t-il décrété.

Sa patience paie lorsque, sobrement vêtu de sa tenue civile, le Lion apparaît, un sac en osier sur le dos.

Une fois la dernière marche descendue, le japonais se jette à ses pieds pour le saluer :
Mei - " Seigneur Aiolia ! Je… "
N’aimant pas s’afficher aux yeux de tous, longtemps pointé du doigt comme un traître par les siens, Aiolia fait profil bas en ordonnant du coin des lèvres :
Aiolia - " Relève-toi veux-tu. Et cesse de me donner du « Seigneur » pour t’adresser à moi. "
Mei - " Comme vous voudrez. J’aimerai m’entretenir avec vous au sujet de mon maître Deathmask. "
Aiolia - " Ecoute-moi. J’ai peu de temps à t’accorder. Je dois faire un ravitaillement sur le grand marché. "
Mei - " Permettez-moi de vois accompagner dans ce cas. "
Aiolia - " Si tu veux. Mais sache que je suis peu bavard. "

Empressé, Mei suit le grec en lui arrachant des mains chaque denrée achetée pour les lui poser dans son panier et ainsi gagner du temps.
De plus en plus stressé par cette attitude, Aiolia finit par perdre patience :
Aiolia - " Vas-tu cesser de graviter ainsi autour de moi ? "
Mei - " Mais j’aimerai vous poser quelques questions à propos… "
Aiolia - " Je sais ! Malheureusement je te serai peu utile. Je n’étais pas proche de ton maître. Personne ne l’était d’ailleurs. Hormis peut-être Aphrodite. "
Mei - " Aphrodite… C’est le Saint des Poissons n’est-ce pas ? Effectivement, il arborait un étrange sourire en apprenant que c’était moi le disciple de Deathmask lors de mon arrivée au Sanctuaire. "
Sarcastique, Aiolia déclara :
Aiolia - " C’est auprès de lui qu’il faut t’adresser. De plus tu dois être tout à fait son genre. "
En grimaçant à l’écoute de ceci, Mei rétorque :
Mei - " S’ils étaient complices, je doute qu’il réponde à mes questions. "
Aiolia - " Tout ce que je peux te dire, c’est que Deathmask a toujours vanté sa force. Il s’est montré victorieux à chaque mission qui lui a été confié et il ne s’est jamais soucié des victimes innocentes que pouvaient engendrer ses succès. Son passé nous est inconnu. "
Mei fait la moue :
Mei - " C’est ce que j’ai cru comprendre en arrivant ici. Il était si diffèrent avec moi. Jusqu’à… "
Aiolia - " Jusqu’à ? "
Mei - " Un Saint d’Argent, celui de Cerbère je crois, est venu le chercher en l’informant du décès d’une jeune femme. "
Aiolia - " C’était donc cela ! "
Mei - " Quoi donc ? "
Aiolia - " Ces derniers mois, je l’avais trouvé diffèrent. Plus…Détendu. Je l’ai même surpris venir lui-même ici faire quelques achats parmi lesquels se trouvaient des étoffes pour une femme. "
Mei - " Se pourrait-il que l’annonce de sa mort ait éveillé en lui son mauvais côté au point de se montrer tel qu’il est vraiment devant moi ? "

Un commerçant interpelle Aiolia pour lui vendre un immense morceau de viande appétissant.
Ce court intermède permet à Mei de rassembler ses esprits :
Mei - " Qui était cette femme ? "
Aiolia - " Personne ne le sait. Son nom a été tenu secret. La seule chose dont je suis au courant c’est qu’Aphrodite était présent au moment de son décès. De même que certains Saints d’argent qui sont intervenus. Les événements sont flous pour moi, mais parmi eux, Algol de Persée était présent. Il a le secteur du nord sous sa juridiction. "
Comprenant qu’il ne tirera pas davantage d’information auprès du Saint du Lion, Mei le quitte aussitôt :
Mei - " Algol de Persée. C’est noté. Merci beaucoup. A bientôt. "
Aiolia observe le jeune japonais plein de vie avec nostalgie : « Il me rappelle la fougue de Seiya. J’espère pour lui qu’il n’ira pas de désillusions en désillusions en se renseignant sur Deathmask. »


Extrême nord de la Sibérie :

Le vent tranchant accompagne d’épais flocons de neige et ralenti l’avancée des trois envoyés d’Asgard.
Accroupi devant les huit chiens qui tirent leurs vivres et lainages sur un traîneau, Mime nourrit les bêtes.
Syd s’applique à planter les piquets de leur grande tente après avoir réalisé un trou d’un demi mètre pour terrer la toile dans la glace.
Alberich étudie la carte :
Alberich - " Blue Graad n’est plus qu’à une demie dizaine de kilomètres. "
Mime - " Peu importe, il est impératif que nous nous reposions cette nuit. Les retrouvailles avec le Blue Warrior risquent d’être éprouvantes. "

Alberich jette un regard provocateur à l’égard des animaux qui ne cessent d’aboyer tant ils sont affamés :
Alberich - " Tu ne peux pas faire taire tes bêtes un peu ?! "
Syd achève l’installation du camp et rappelle aussitôt à Alberich toute la considération qu’il a pour lui :
Syd - " Contente toi de nous trouver de quoi faire un feu et profite de l’occasion pour te garder ton sens de la courtoisie ! "
Alberich serre les poings :
Alberich - " Tu peux me dire depuis quand tu es le chef de l’expédition ? "
Syd rigole :
Syd - " Un chef ?! Moi ?! Je n’en sais rien. Mime, as-tu le sentiment d’être commandé ? "
Mime rentre dans le jeu de son compatriote :
Mime - " Aucunement. "
Syd cesse alors cette fausse sympathie et adopte un ton plus dur :
Syd - " Tu vois Alberich, il n’y a aucune raison de me considérer ainsi. Toutefois, s’il faut te rappeler que je te suis supérieur, je le ferai volontiers. "

Alberich abandonne son attitude hostile et part chercher quelque chose de combustible en marmonnant :
Alberich - " Supérieur par la force mon pauvre de Mizar. Le moment venu, je saurai te prouver à quel point je peux t’écraser rien qu’avec mon intelligence. "

Bougonnant durant des minutes encore, le descendant de la famille de Megrez ne remarque pas la distance qu’il a pris par rapport au camp.
Depuis un amoncellement de neige provoqué par le vent, il distingue la démarche d’un individu.
Il pose sa main devant ses yeux pour les abriter des gros flocons qui tombent par milliers :
Alberich - " Mime ? C’est toi ? "
L’intrus reste sans réponse, pire, il s’écroule au détour de la dune de coton.
Le futur Guerrier Divin abandonne sa quête et effectue de grands sauts jusqu’à cet étranger qui s’avère être une jeune femme, à mesure qu’il approche...


En Grèce, au Sanctuaire, dans la forêt de l’est :

Au milieu de la vaste forêt du domaine sacré, dans le centre d’entraînement fortifié des femmes chevaliers, les exercices vont bon train.
Au sein de son groupe, Hevelius Saint de bronze du Petit Renard enchaîne les affrontements contre ses disciples à l’instar de Shaina Saint d’argent d’Ophiuchus qui n’éprouve aucune pitié pour ses élèves à quelques mètres de là.
Plus loin, des Saints déjà expérimentées s’exercent seules et méditent. D’autres profitent du magnifique paysage pour se détendre dans la rivière, ou dans l’herbe épaisse et douce comme de la mousse, la tête en appui contre les colonnes doriques des ruines de paroisses anciennes.

Dans l’ombre d’un temple encore debout et servant de demeure à certaines, Hasu reste les bras croisés à suivre avec dédain les performances d’Hevelius.
Elle ne manque pas de commenter les faiblesses dans certains mouvements de sa rivale, devant les quelques autres apprenties qui l’accompagnent.
Sa jalousie, depuis qu’elle a découvert la relation d’Hevelius avec Algol, l’aveugle.
L’après-midi a servi à médire sur sa paire, et la fin de journée n’aide pas à calmer son esprit tourmenté.

Hevelius choisit de mettre un terme à l’entraînement, elle ôte sa tenue pour profiter de l’eau calme du bras de rivière pour se ressourcer.
Alors Hasu se compare à voix haute et avec mépris à sa rivale.
Elle glisse ses mains dans ses fins cheveux châtains :
Hasu - " Regardez-moi ces cheveux raides, abîmés… "
Elle imite sa concurrente en ôtant dans le même temps les mêmes vêtements :
Hasu - " … et sa poitrine opulente ! Rien à voir avec la fermeté et les courbes de mes seins… "
Elle passe sa main contre sa taille de guêpe et exagère les formes d’Hevelius :
Hasu - " … Oh ! Par Athéna ! Est-elle enceinte ? Quelles sont ces larges hanches ?! "
Elle termine par caresser ses jambes avec grâce :
Hasu - " … Aïe, aïe, aïe. Là je crois qu’on atteint le pire avec ses cuisses toutes musclées sans la moindre féminité. "
Évidemment, la mauvaise foi ne manque pas d’amplifier les propos de la malheureuse. Mais de tels sarcasmes gonflent sa confiance en elle et provoque l’hilarité de ses complices.
Elle conclut son discours en remarquant qu’Hevelius garde autour du cou le diamant offert trois jours auparavant par Algol :
Hasu - " Pff… La pauvre est obligée de s’affubler d’un bijou pour attirer l’attention sur celui-ci et non sur son corps ingrat. "

Hevelius, bien au-dessus d’un comportement aussi puéril, ne réalise même pas ce qui se trame autour d’elle.
La douce et frêle Hasu est devenue une furie provocatrice qui sourit machiavéliquement derrière son masque de femme chevalier. Elle rejoint sans le moindre bruit la Saint de bronze du Petit Renard.
La brune, la tête en appui à l’arrière, contre la berge, sent soudain une main approcher l’intérieur de ses cuisses.
Elle se redresse en sursaut et reconnaît à la forme de son masque Hasu :
Hevelius - " Mais que… Hasu ?! Qu’est-ce qu’il te prend ?! "
Le Saint de bronze de la Couronne Australe répond par une caresse contre la poitrine de la décontenancée femme chevalier.
Hevelius sort aussitôt de l’eau, la brutalité de sa sortie attirant l’attention de toutes.
Hasu continue de l’humilier en touchant cette fois-ci un public bien plus large :
Hasu - " Je cherche, mais vraiment je ne vois pas. "
Hevelius - " Mais, bon sang, quoi donc ? "
Hasu - " Je n’arrive pas où trouver quelle partie de ton corps peut bien inspirer Algol de Persée ! "
De tels reproches envers Hevelius qui incarne une beauté remarquable vexent plutôt les autres femmes chevaliers qui se trouvent moins bien chanceuse qu’elle.
Hevelius - " Je crains de devoir interpréter que tu n’acceptes pas cette relation entre Algol et moi. Écoute, j’ai cru comprendre que vous étiez plus ou moins liés par le passé mais… "
Elle s’emporte aussitôt et lui vole la parole :
Hasu - " Comment oses-tu évoquer mon passé sans savoir quoi que ce soit… "
Elle devient hystérique au point que la suite de ses propos devient incompréhensible pour l’ensemble des spectateurs. Ses mots se déforment, ses phrases ne veulent plus rien dire. La seule chose que remarquent les spectatrices et Hevelius c’est que des feuilles mortes tombent des arbres. Hevelius sent sous ses pieds le sol moelleux d’une verdure fraîche et fournie être remplacé par des écorces d’arbres.
Elle réalise bien trop tard qu’à la fin de son monologue confus, Hasu déploie sa technique :
Hasu - " Et ce n’est pas tout, lui est moi etriqgm nermz êgroî yjty… et aussi reyet aryutjiu ytohqv ! Mais ça tu t’en moques tu dgazghji et gtrjuyouilwd… Mais je ne compte pas me laisser faire : Still Life ! "
Nue et sans défense, Hevelius est prise entre les feuilles qui fondent sur elle comme de lourds poids qui lui lacère la chair et les écorces qui s’élèvent vers le ciel pour lui broyer les os. La réunification de la Nature Morte crée une explosion qui ne laisse au sol que le corps tuméfié de la pauvre femme chevalier.

Hasu est prise d’une profonde hilarité. Elle sort de l’eau et s’exhibe en tenue d’Eve sans le moindre complexe pour approcher son ennemie couverte d’ecchymose. Elle se saisit du diamant qu’elle lui arrache sans la moindre hésitation et se permet de l’attacher autour de son propre cou.
Hasu - " C’est à moi qu’Algol aurait dû offrir ce bijou. Il me va bien mieux. "

Hevelius, toujours vivante, gémit de douleur en revenant à elle.
Sans hésitation, Hasu lève le bras pour l’achever.
Heureusement, une main ferme vient saisir son poignet et la repousse en arrière :
Shaina - " Ca suffit maintenant Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe. Quel que soit le diffèrent qui t’oppose à Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, je ne te laisserai pas, moi, Shaina Saint d’argent d’Ophiuchus, bafouer le code de la chevalerie davantage. Je t’ordonne d’arrêter immédiatement et de reprendre tes esprits. "

La cosmo énergie et le ton employé par Shaina convainc tout de suite Hasu qui se contente de ramasser ses vêtements et de souffler :
Hasu - " De toute façon, j’en ai fini avec elle. "
Puis elle quitte le camp, laissant les autres porter assistance à la malheureuse Hevelius.
 

En Grèce, au Sanctuaire, dans le secteur du nord :

Entouré de trois soldats, Algol fait le tour des différentes garnisons qui couvrent le secteur sous son contrôle. Il s’assure que les sergents, des Saints de bronze, tiennent parfaitement les rangs de gardes qu’ils ont à charge.

Très respecté, reconnu comme l’un des meilleurs Saints d’argent, le chevalier de Persée est très à cheval sur les procédures. Tout manquement aux lois du Sanctuaire est sévèrement puni. Les habitants de la zone du nord du Sanctuaire vivent ainsi en total sécurité et en toute quiétude.

C’est pour cela que les incidents survenus à Dignity Hill, censés restés secrets, tâchent le curriculum d’Algol.
Il espère redorer son blason et a accru la surveillance aux alentours de ce sanctuaire interdit.

Bien évidemment, se doutant qu’il serait ici, Mei le trouve rapidement.
Il vient s’agenouiller devant lui :
Mei - " Seigneur Algol, j’aimerai m’entretenir avec vous si vous le voulez bien ? "
D’un hochement de tête, Algol congédie les guerriers qui l’accompagnent.
Tout en gardant une certaine distance à l’égard du Saint de bronze qu’il a accueilli à son arrivée au Sanctuaire, Algol l’invite à se redresser :
Algol - " Je t’en prie Saint de la Chevelure de Bérénice, relève-toi. "
Mei - " Merci beaucoup. "
Algol - " Alors, as-tu bien rencontré le Pope ? T’a-t-il déjà confié une mission ? A moins que tu ne veuilles devenir sergent et savoir s’il est possible de rentrer dans mes rangs ? "
Mei - " Le Grand Pope m’a demandé de me tenir prêt en cas de mission. Et le Seigneur Misty m’a déjà proposé de me faire sergent. Seulement je ne me suis pas encore enregistré auprès du sénat. Je n’arrive pas à avoir l’esprit clair. "
Comprenant que son interlocuteur n’est pas ici par hasard, Algol change de ton :
Algol - " Que fais-tu ici ? Tu n’es pas sans savoir que le secteur est interdit. "
Mei - " Il y a près de quinze jours, une femme est morte à Dignity Hill. Je veux simplement savoir de qui il s’agit. "
Algol se ferme aussitôt :
Algol - " Va-t-en d’ici immédiatement. "
Mei - " Attendez, c’est pour moi quelque chose de… "
Il l’interrompt :
Algol - " Dignity Hill est un lieu défendu. Il ne devrait rien s’y passer et il n’aurait dû rien ne se passer non plus. Même moi qui suis responsable ici j’ai ordre de ne pas m’en approcher. Les événements qui s’y sont déroulés restent un mystère pour nous. Je ne sais pas ce que tu souhaites savoir de cette femme, mais son corps a été réduit en cendres et il n’a pas été possible de l’identifier. Elle a été cataloguée de traîtresse par le Grand Pope, comme ses deux amis qui l’accompagnaient. "
Mei est perdu :
Mei - " Des amis ?! Quels amis ?! Je ne comprends rien. Me diront-ils qui elle était ? "
Algol - " Ils prétendent ne pas la connaître. Ils assurent qu’elle était avec le Seigneur Aphrodite. "
Mei - " Et ça ne pouvait pas être le cas ? "
Algol - " Le Saint d’or des Poissons est un être reconnu par tous. Il a été chargé d’une mission par le Grand Pope à Dignity Hill. La version officielle veut qu’il les ait trouvés là-bas. La sentence pour avoir bafoué ce lieu est l’exécution. "
Mei - " Où puis-je les trouver ? Qui sont ces personnes ? "
Algol - " Ce sont d’anciens apprentis Saints. Un homme et une femme. Ils sont tous les deux incarcérés dans la prison centrale du Sanctuaire. Elle se trouve sur le flanc des montagnes qui délimitent la ville d’Honkios. "
Mei incline la tête pour prendre congé. Avant qu’il ne le quitte, Algol le met en garde :
Algol - " Méfie-toi chevalier. L’affaire est classée. Ce n’est pas ton rôle de mener une enquête sur ces événements. Le Sanctuaire n’acceptera pas que tu t’y impliques. "
Le japonais tourne les talons sans rien dire…


Extrême nord de la Sibérie :
 
Étourdie, la chaleur du logement en toile lui piquant ses mains et son visage encore très froids, la rescapée trouvée par Alberich revient peu à peu à elle.
Les notes jouées à la harpe, par l’un des trois individus présents dans les lieux, rassure la jeune femme. Il est vrai qu’elle est dans une situation bien délicate. Elle, frêle et vulnérable, enfermée ici avec trois inconnus.
Seulement, à mesure qu’elle ouvre les yeux, elle ne lit sur aucun de leur visage la moindre mauvaise intention.
Autour d’elle, un homme aux cheveux améthyste et un autre aux cheveux vert tombant bas dans sa nuque, se partagent un maigre gibier cuit par un feu nourri par quelques pièces du traîneau que les protagonistes s’obligent à abandonner.
Syd - " Tu devrais venir manger Mime avant qu’il ne reste plus rien. "
« Mime. Voici le nom de ce bel homme au visage triste qui joue si bien de son instrument. », pense immédiatement l’inconnue.
Il faut dire que la mélancolie colle à la peau de ce grand blond à l’allure svelte depuis le départ de son cher ami Myu. Elle lui va même si bien.

La belle enfant choisit enfin de se redresser et observe inconsciemment son poignet gauche toujours paré d’un bracelet en or. Elle n’a donc pas été dépouillée de ses effets, un constat qui lui permet d’appréhender mieux encore ses sauveurs.
Ses fins bras nus frissonnent, les voyageurs ont pris le soin de lui ôter son épais manteau de fourrure pour qu’elle n’attrape pas froid en sortant. Ainsi, elle s’expose à eux dans sa magnifique robe blanche à bretelles.

Syd - " Comment vous sentez vous Princesse de Blue Graad ? "
Il connaît son nom, sans même qu'elle ait eu à se présenter, Natassia est prise sur le fait :
Natassia - " Mais… Que… Comment ? "
Syd, suivi de Mime et Alberich, se redresse et s’incline de façon solennelle pour rendre à la jeune femme les hommages qui lui sont dus :
Syd - " Votre tenue et vos bijoux Princesse. "
Les joues de la fille de Piotr s’empourprent. Le futur Guerrier Divin de Zeta poursuit :
Syd - " Je me nomme Syd de Mizar… "
Natassia le salue d’un hochement de tête.
Syd - " … l’homme qui vous a trouvé est Alberich de Megrez… "
Elle lui offre un sourire.
Syd - " … et notre musicien s’appelle Mime de Benetnasch. "
Les yeux émerveillés elle répète, pensive :
Natassia - " Mime. "
Le virtuose lui envoie un timide :
Mime - " Enchanté. "

Syd poursuit :
Syd - " Princesse, cela m’ennuie de vous l’apprendre si tôt et dans de telles conditions, mais nous sommes venus mettre aux arrêts votre frère qui s’est rendu coupable de haute trahison envers… "
Natassia - " Ne m’en dites pas plus. Je sais déjà tout cela. Si j’ai fuis mon royaume, c’est dans l’espoir de trouver de l’aide. Mon frère, banni par le roi Piotr, vient d’envahir le château. La bataille bat son plein et j’ai peur qu’Alexer n’attente à la vie de notre père. "
Natassia commence à sangloter :
Natassia - " Si jamais cela venait à se produire, je… Je fuirai à jamais mon royaume et… "
Mime s’approche d’elle et tend le bras en direction de ses camarades :
Mime - " N’ayez crainte Princesse. Nous sommes venus ramener votre frère à la raison. N’est-ce pas ? "
Alberich hoche la tête tandis que Syd lui offre une mine rassurante. Le Tigre Viking profite de l’occasion :
Syd - " D’ailleurs votre présence est une aubaine. Nous allons pouvoir nous infiltrer plus facilement dans le palais royal grâce à vous. "


En Grèce, au Sanctuaire, à Vóreia, un village du nord :

Algol donne quelques directives aux soldats qui l’accompagnent dans les tâches de surveillance du secteur sous sa surveillance avant de rentrer dans sa demeure.

Harassé après sa journée de travail, le chevalier d’argent s’étonne qu’aucun serviteur ne vienne l’accueillir comme il en a l’habitude.
Inquiet, il ouvre rapidement la porte et observe une scène de luxure qu’il n’aurait jamais soupçonné.
Allongée sur le dos, totalement nue, la main dans ses cheveux châtains soyeux, Hasu expire sous son masque un souffle de plaisir tandis qu’un domestique d’Algol  relève la tête d’entre les jambes de la jeune femme.

Surpris par l’entrée fracassante de son maître, le malheureux se redresse l’air désolé : « Je suis désolé Seigneur Algol. Notre ancienne maîtresse a chassé tous les autres de la maison et m’a forcé à… »
Totalement désinvolte, Hasu chasse d’un mouvement de main l’esclave et lui coupe la parole :
Hasu - " Ça va, ça va, j’ai voulu me sentir prête pour ton arrivée. "
Le valet passe, la tête baissée, profondément désolé, à côté du Saint de Persée.
Désormais seul à seul, Algol s’emporte :
Algol - " Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es complètement folle ! Tu viens ici chez moi et tu déshonores ma maison et mes gens. "
Elle ignore les propos de son ancien concubin et s’étend de façon lascive sur les draps :
Hasu - " A une époque tu te faisais moins prier pour venir me rejoindre. "
Le propriétaire tient la porte de son logement grande ouverte :
Algol - " Tu es devenue totalement aliénée. J’ai fais le deuil de notre séparation désormais. Sors de chez moi immédiatement avant qu’Hevelius ne revienne ! "
Hasu se jette contre Algol pour plaquer sa frêle poitrine contre le métal froid de l’armure d’argent :
Hasu - " Elle n’est pas prête de rentrer. Ne t’en fais pas pour ça. Je vais avoir tout le temps nécessaire pour te convaincre de revenir auprès de moi. "
Algol la tire violemment par le bras pour l’obliger à lever vers lui la tête :
Algol - " Qu’est-ce que tu viens de dire ? Où est Hevelius ? "
Hasu - " Elle doit se faire soigner au camp des femmes chevaliers. Je lui ai rappelé à quel point il n’y a que moi qui compte à tes yeux. "
Le sang de Persée ne fait qu’un tour. Instinctivement, d’un revers de la main, il gifle Hasu si fort que son masque se brise. Son visage est défiguré par la colère :
Algol - " Je ne sais pas à quel point tu peux être dérangée par notre séparation, mais tu n’as plus rien à voir avec la frêle et douce Hasu que j’ai connu. Et même si tu redevenais celle que j’aimais avant que tu ne te tournes vers Shaka de la Vierge, jamais, plus jamais je ne pourrais trouver un quelconque intérêt pour toi ! "
Il finit par la jeter dehors avant de se précipiter en direction du camp des femmes chevaliers.
Hasu, la joue égratignée, nue aux yeux de tous, réalise seulement à quel point elle est ridicule.



La journée s’achève par la victoire d’Alexer sur son père, tandis que Shiryu choisissait de quitter le Japon pour se rendre à Jamir après un crochet en Chine.
Loin de tout ça, en Grèce, Algol retrouvait Hevelius affirmant ainsi la fin de son amour pour Hasu.


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Only for Love / Chapitre 44 - La vengeance du Kraken
« on: 10 June 2013 à 14h53 »
Au Japon, la Galaxian War était au c½ur de toutes les discussions. Elle faisait la une des médias et passionnait les foules. Le très attendu combat confrontant Pégase au Dragon allait avoir lieu.
Bien loin de tout ça, en Sibérie, les évènements dramatiques se poursuivaient.



Chapitre 44 - La vengeance du Kraken

Russie, Sibérie Orientale :

20 septembre 1986.
Dans l’auberge où ils s’accordent une halte, Isaak est assis, prêt à bondir de la couche où Ksénia dort paisiblement.
Entièrement nue, étendue sur le ventre, les mains passant sous son oreiller, elle expose sa silhouette parfaite au borgne qui se focalise sur elle.

Ce plaisir partagé en sa compagnie, aussi grand fut-il, s’estompe de secondes en secondes à mesure que lui reviennent en mémoire la déclaration du propriétaire du logis : « Hyoga est Saint ».
Isaak se redresse et avance en tenue d’Adam jusqu’à la petite lucarne qui sert de fenêtre pour observer les étoiles en cette nuit profonde.
Son attention se focalise sur la constellation du Cygne qu’il identifie sans difficulté tant il la détaillait étant enfant.
A mesure que ses souvenirs et ses espoirs perdus refont surface, Isaak crispe sa mâchoire. Si fort qu’elle pourrait exploser.

De rage, il ramasse ses vêtements et part en direction de Kohortec qui est tout près.


Quelque part en mer, sur la Méditerranée :

Dans le brouhaha le plus complet, des étrangers s’échangent, par petits groupes, leur bonne humeur durant cette balade sur l’eau.

Sur le ponton, un enfant court, joue et saute devant un paysage somptueux.
A l’approche de la Crète, les îlots offrent un cadre paradisiaque devant lequel seuls deux hommes ne s’extasient pas.
Lorsque le gamin vient se mettre entre eux deux pour observer l’horizon, le blond le fixe de ses petits yeux jaunes tandis que son second, au physique androgyne, le congédie.

De nouveau seuls, Myu questionne Rhadamanthe :
Myu - " Que ferons-nous une fois en Crète ? "
Rhadamanthe - " Il y a une zone de l’île inaccessible à l’homme. Seuls les êtres doués d’un cosmos parviennent à surmonter les épreuves qui permettent d’atteindre ce qui s’apparente à un port. Il s’agit en réalité d’une annexe du Sanctuaire qui gère les transports maritimes des soldats et ravitaille les autres annexes. Là-bas j’y ai connu deux femmes d’origine allemande. Minos nous a demandé de ne pas évoquer le lieu vers lequel nous voulons nous rendre, pour ne pas nous faire remarquer en Allemagne. Afin de trouver notre chemin, nous irons en Allemagne en compagnie d’un guide. "


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Dans la demeure d’une vieille dame que les mercenaires envoyés par le Sanctuaire n’ont pas pris le temps d’emmener, le visage à découvert, à son chevet, Isaak vient se recueillir :
Dame - " Alors comme ça tu es revenu… Isaak… Comme je suis bien contente de te revoir… On m’avait dis que tu étais mort. "
Isaak - " Vous avez été si bonne envers moi durant toutes mes années ici. Je ne pouvais pas ne pas vous dire adieu. "
La dame, emmitouflée sous ses draps, la vue basse et l’ouie peu fine sourit malgré tout :
Dame - " Ah… Isaak… Si je me suis si bien occupée de toi, c’est parce que tu me le rendais bien. Toujours poli, toujours prêt à rendre service. J’ai été vraiment peinée le jour où on a voulu me faire croire à ta mort. J’étais persuadée que tu reviendrais un jour pour prendre cette armure pour laquelle tu t’entraînais si dur. "
Isaak comprend que la pauvre dame n’est pas au courant des dernières nouvelles. Cette déclaration le blesse, bien qu’il le dissimule du mieux qu’il peut :
Isaak - " C’est… C’est Hyoga qui est devenu chevalier madame. "
Dame - " Hyoga ?! Ce brave garçon qui s’est occupé de moi après ton départ. Il était méritant également. "
Isaak - " Etait ? "
Dame - " Oui, il est reparti il y a peu pour le Japon. Heureusement, la petite Carina est revenue. Enfin je dis petite, elle est devenue bien grande aujourd’hui. J’ose imaginer quelle belle femme elle doit être derrière son masque de femme chevalier. "
Isaak - " Comment ?! Carina est revenue ici ?! "
Dame - " Oui, et tu aurais du voir quel beau couple elle faisait avec Hyoga. Ils sont venus me voir main dans la main avant que Hyoga ne s’en aille. "
Isaak - " Avec Hyoga ? "
La joie qui s’est manifesté en Isaak à l’annonce du retour de son ancienne bien aimée se dissipe immédiatement et l’abat davantage après une telle déclaration.
Il a toujours su que Hyoga était secrètement amoureux de Carina, mais jamais il n’aurait pensé que le japonais lui enlèverait tout ce qu’il convoitait, après qu’il se soit sacrifié pour lui.
Aussitôt, le visage d’Isaak se ferme, la colère est scellée sur son visage.

Seule la toux douloureuse de la vieillarde lui permet de retrouver une once d’humanité :
Isaak - " Vous souffrez n’est-ce pas ? "
Dame - " Ce n’est rien comparé à la souffrance de ne plus voir grand monde auprès de moi. Hormis Carina, les gens du village m’ont délaissé avec le temps. Tous me prennent pour une folle qui perd la tête. Si elle n’était pas là, je serai morte de faim dans mes excréments depuis bien longtemps. "

Une larme vient gondoler l’½il d’Isaak, sa voix se charge de chagrin :
Isaak - " Malheureusement, j’ai le regret de vous annoncer qu’elle ne viendra plus vous voir. Je dois la condamner pour sa traîtrise envers moi et… Et par cette occasion je vous condamne également. "
Dame - " Mon cher Isaak, que racontes-tu ? "
Isaak pose sa main sur la cage thoracique de la grand-mère et la frappe de son cosmos. La malheureuse ouvre grand ses yeux comme jamais auparavant dans sa vie.
A ce qui pourrait s’apparenter à de la souffrance, elle l’affronte avec le sourire. Avant de rendre son dernier souffle, elle vient agripper le bras meurtrier du finlandais :
Dame - " Isaak… Une telle énergie… Tu es une bonne personne, tu l’as toujours été… Merci pour tout mon cher enfant… "
Puis, plus rien, le silence, le calme, la personne âgée desserre le bras du Marinas.

Isaak ose à peine poser les yeux sur elle. Elle est partie le sourire aux lèvres, satisfaite d’avoir pu rendre son dernier souffle sans douleur, certainement convaincue que l’enfant dont elle s’occupait régulièrement autrefois ne voulait que son bien.
Il lui croise les bras et va ramasser une bûche dans la cheminée pour enflammer le lit.
Les flammes dévorent aussitôt la villageoise et bientôt sa demeure.


En Crète, à Iraklion :

Une fois débarqués, Rhadamanthe et Myu se noient dans la foule d’Iraklion, jusqu’à sortir des sentiers les plus fréquentés et d’aborder une chaîne montagneuse.
Après avoir escaladé des roches aiguisées, évité des chutes de pierres, traversé des glaciers éternels, les deux hommes parviennent à l’autre versant de la montagne, duquel ils peuvent découvrir dans une baie le Port du Destin.

A peine la montagne descendue, ils profitent d’une ruelle sombre pour dépouiller un ivrogne de son sac de sacres. Désormais, ils disposent de la monnaie du Sanctuaire.
Ils ramassent quelques voilages avec lesquels ils s’enrubannent pour passer inaperçu puis avancent le long des quais.
Ils croisent des soldats du Sanctuaire, y compris des Saints portant leurs Pandora Box, des marchands, des messagers d’Egypte et d’Inde, des filles et des garçons de joie qui ameutent les clients dans les tavernes, ou encore des mendiants.

Myu suit les pas pressés de Rhadamanthe qui semble connaître leur future destination.
Cela les conduit sur une embarcadère devant lequel un motel libère les sons de musiques traditionnelles.
A l’intérieur, quelques danseurs s’échangent à tour de bras leur partenaire pendant qu’au comptoir quelques voyageurs de passage vident leurs godets.
Myu lève les yeux à l’étage où femmes et hommes de petite vertu, attendent qu’on vienne louer leur service devant les chambres d’hôte.
D’un pas déterminé, Rhadamanthe avance jusqu’au bar où une belle femme en tenue légère accueille les arrivants et gère la répartition des chambres.

Après avoir patienté durant la distribution des clés à un groupe de soldats du Sanctuaire, Rhadamanthe, le visage couvert par son turban, lève ses petits yeux jaune sur la responsable de l’établissement avec laquelle il a passé une nuit le 8 janvier 1985 :
Rhadamanthe - " Bonsoir Reife. "
Il ne suffit à l’allemande que d’entendre la voix et reconnaître le regard inquisiteur de l’anglais pour l’identifier :
Reife - " Rhadamanthe ?! "
Le futur Spectre se presse aussitôt de poser son doigt sur la bouche de la femme :
Rhadamanthe - " Chut. Silence. J’ai besoin de tes services. "
Elle chuchote :
Reife - " La dernière fois que tu es venu, ça nous a coûté une chambre ! Il me semble que tu n’es pas le bienvenu en ce lieu. "
Rhadamanthe - " Ca tombe bien, je n’ai pas l’intention de m’éterniser. Conduis-moi à Reinheit ! "
Reife - " Je n’ai aucun ordre à… "
Discrètement, Myu vient saisir avec force le bras de l’inconsciente :
Myu - " Nous n’avons pas de temps à perdre femme. Obéi à mon maître, sans quoi tu ne passeras pas la nuit. "
Femme de caractère, Reife se dégage de la poigne de Myu d’un mouvement de bras mais consent à ne pas envenimer davantage la situation :
Reife - " Reinheit est montée avec un voyageur juste avant votre arrivée. Je pense qu’elle sera disponible d’ici une heure. "
Rhadamanthe - " Quelle chambre ? "
Reife - " Chambre douze. "
Myu s’empresse de passer derrière le zinc pour subtiliser le double des clés :
Myu - " Bien, on va dire qu’elle est disponible de suite. "
Rhadamanthe tire par le bras la gérante :
Rhadamanthe - " Allez, tu viens avec nous. "

Pendant qu’ils grimpent les marches, Reife précise :
Reife - " Que comptes-tu faire à Reinheit ? Tu as été son premier client tu sais. Ton passage ici lui a laissé un souvenir impérissable. Ne gâche pas ce souvenir. "
Une fois devant la porte, Myu l’ouvre et s’engouffre à l’intérieur, suivi à vive allure par Reife, bousculée par Rhadamanthe.
Un homme bedonnant, allongé sur le ventre, abandonne son sourire carnassier à l’arrivée du trio.
Debout sur le lit, au-dessus du client, Reinheit cesse de se déhancher. La poitrine à l’air, elle porte autour des hanches une chaîne qui maintient un court morceau d’étoffe rouge destiné à dissimuler son intimité.

Myu et Rhadamanthe ôtent enfin leurs déguisements. La jeune prostituée reconnaît immédiatement l’anglais. Ses longs cheveux cuivre qui passent devant ses yeux et s’arrêtent à hauteur de sa poitrine rebondie et juvénile volent dans le vent lorsqu’elle se précipite sur lui :
Reinheit - " Rhadamanthe, tu es revenu ! "
L’anglais la regarde avec mépris sans lui dire mot.

Pendant ce temps, le ventru client ramasse un pagne qu’il enroule autour de lui pour camoufler son intimité.
Il vient protester devant Reife qui ne sait quoi faire :
Client - " A quoi correspond cette intrusion ?! Cette fille est à moi, j’ai payé cher pour me l’offrir ! "
D’un hochement de tête à son homme, Rhadamanthe fait comprendre à Myu de se débarrasser de l’opportun.
Le Papillon s’empresse de traîner le voyageur de petite taille en le saisissant par son crâne dégarni. Il le tire sans difficulté malgré le poids jusqu’à la seconde pièce de la chambre pour le jeter dans la baignoire puis, du tranchant de la main, il lui coupe la gorge et le laisse se vider de son sang dans une douleur atroce.

Les deux femmes ferment les yeux devant ce spectacle morbide :
Reife - " Cet homme était un messager de Shiva, le dieu indien dont le sanctuaire est occupé par l’armée d’Athéna. Il venait témoigner ses hommages au Grand Pope. Il était escorté par des soldats athéniens qui ont pris les chambres qui nous entourent. Demain matin, ils découvriront le corps. "
Rhadamanthe s’en moque :
Rhadamanthe - " Demain matin nous ne serons plus là. Et vous non plus d’ailleurs. "
Reife - " Comment ?! "
Rhadamanthe - " Nous allons en Allemagne et nous avons besoin de guides. Maintenant, pour n’éveiller aucun soupçon, tu vas redescendre Reife pour continuer ta besogne comme si de rien n’était. Myu va descendre s’attabler à proximité de toi pour s’assurer de ta docilité. Pendant ce temps, je vais rester sommeiller ici en attendant que la taverne ferme ses portes. Reinheit restera avec moi. "

Connaissant la force de Rhadamanthe et les dégâts qu’il peut provoquer, Reife ne bronche pas. Elle descend en compagnie de Myu qui, en fermant la porte de la chambre, observe Reife s’approcher en se déhanchant pendant que Rhadamanthe s’assied, la tête entre les mains, épuisé.


Alors qu’ils sont encore sur le palier, Reife espère utiliser Myu pour prendre la fuite.
Elle lui fait face et attrape la main du bel homme au regard de braise pour venir la glisser sous ses vêtements.
Reife - " Pourquoi ne prendrions-nous pas le temps de nous amuser comme le font certainement Rhadamanthe et Reinheit ? "
Au contact de la chair de Reife, Myu se presse de se défaire de l’étreinte, chose qu’aucun homme ne pourrait faire en temps normal :
Myu - " Cesse de m’amadouer. Tu vas descendre reprendre ton boulot et faire en sorte que je ne manque pas de boisson. Quelque chose de fort, la nuit sera longue. "


Dans la chambre, contrairement aux prévisions de la plus âgée des allemandes, la belle Reinheit tarde à mettre en place une atmosphère plus chaleureuse.
L’homme n’a que faire de la jeune femme qui lui tourne autour. Il est étendu sur le dos, les yeux clos et revit les quelques visions que son âme de Spectre lui a permis d’avoir.
Il la voit, elle, cette brune au regard sombre, autoritaire et si fragile à la fois. « Majesté Pandore » souffle-t-il, enivré par sa vision.

Reinheit a besoin d’un raclement de gorge pour refaire venir l’anglais à lui :
Reinheit - " Tu ne sembles pas ravi de me voir ? "
Rhadamanthe la regarde avec dédain :
Rhadamanthe - " Tu as bien changé depuis notre rencontre. "
Reinheit - " Après ton départ, j’ai été contrainte d’agir comme tous les esclaves d’ici si je voulais vivre. Alors pour trouver la force d’agir ainsi j’ai toujours gardé en tête le souvenir de ces instants partagés avec toi ainsi que l’espoir qu’un jour tu reviennes me chercher. Je n’ai pas eu tort d’y croire. "
Il recule son visage pour éviter de recevoir ce baiser qu’elle espère tant lui donner. Il ne comprend pas l’attitude de la jeune femme :
Rhadamanthe - " Pourquoi agis-tu ainsi avec moi ? Je veux dire, il n’y a rien que j’ai pu faire pour te permettre de me trouver agréable à vivre. Je t’ai pris ton innocence en profitant de la bêtise humaine qui a voulu faire de toi un être de basse condition. "
Reinheit - " Ma naïveté certainement. J’ai grandi dans la misère et la solitude. Pourtant j’ai gardé mes rêves d’enfant en espérant qu’un jour je rencontrerai l’homme de ma vie et qu’il m’emmènerait loin d’ici. Tu as été mon premier homme et tu es revenu me chercher. Et comme le c½ur a ses raisons que la raison ignore, je ne peux qu’irrémédiablement penser qu’il est impossible qu’il s’agisse du hasard. "
Rhadamanthe - " Pfft, c’est ridicule. "
Reinheit - " Peut-être, mais je survis grâce à ça. "

Troublant Rhadamanthe par ses paroles, Reinheit profite de l’occasion pour enfin lui voler un baiser. L’échange laisse Rhadamanthe songeur, immédiatement des souvenirs de Pandore datant des générations précédentes lui viennent à l’esprit.
« Majesté Pandore… Depuis toujours j’ai été à vos côtés… Depuis que nos forces s’unissent pour le Seigneur Hadès vous enivrez mon âme… », pense-t-il absorbé par ses émotions.
Sans s’en rendre compte, pendant que Reinheit s’accroupit sur lui pendant qu’il reste couché sur le dos, il murmure :
Rhadamanthe - " Ah… Majesté Pandore… "
Reinheit n’en perd pas pour autant son envie de lui. « Qu’importe comment il me nomme, tant qu’il reste à mes côtés… », consent-elle.


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

La maison de la malheureuse aïeule ne devient plus qu’un tas de cendres.
En l’espace de quelques minutes, les derniers habitants de Kohortec sortent de chez eux, impuissants face au drame. Parmi eux, Carina, le visage dissimulé sous son masque havane, ses cheveux blonds retombant sur ses épaules une fois balayés par le vent sec, parait bien catastrophée.
Elle épie les environs en espérant trouver la silhouette détentrice de ce cosmos étrangement familier qui erre dans les parages.

Un habitant vient la chercher :
Habitant - " Carina, est-ce le Sanctuaire qui est revenu encore une fois ? "
Carina - " Je ne pense pas. Depuis que des mercenaires sont venus chercher des villageois pour la construction de la pyramide et qu’ils croient avoir vidés le village, personne n’est revenu ici. Il y a une autre force en présence en ces lieux. "
Habitant - " Le Seigneur Crystal a changé de camp désormais. Nous ne savons donc pas quelle position adopter. "
Carina - " Pour ma part, je reste recherchée par le Grand Pope. Et je sais que nous devons nous faire discrets. Rentrez tous chez vous, à l’abri. "
Les derniers habitants de Kohortec s’exécutent. Carina attend d’être seule pour ôter son masque et pleurer la perte de la vieille dame.

Isaak profite de cette solitude pour enfin se montrer :
Isaak - " Belle et sensible, tu es toujours la même une fois que tu ôtes ce masque. "
La femme chevalier fait volte face :
Carina - " Voici donc l’étrange cosmos que je sens en ces lieux depuis tout à l’heure ! Qui es-tu, qu’est-ce que tu… "
Les grands yeux de la russe sont captivés par l’identité de son interlocuteur. Bien sûr il a grandi et son visage est marqué par une longue cicatrice, toutefois c’est bien lui, le finlandais qui lui a offert ses premières nuits d’amour.
Carina - " … Isaak ?! Isaak c’est bien toi ?! "
D’un mouvement gracieux, sa jupe marron soufflée par le vent, Carina se jette dans les bras d’Isaak qu’elle serre chaudement par la taille.
Carina - " Isaak, tout le monde te croyait mort. "
Les paupières closes, la tête plaquée contre son torse, Carina est surprise de n’avoir aucune réaction chaleureuse en retour.
Le grand Marinas reste droit, le regard absorbé par l’incendie :
Isaak - " Tu portes encore son odeur ! "
Le Saint de la Carène du Navire se dégage de l’étreinte qu’elle a initiée :
Carina - " Que dis-tu ? "
Isaak lui tourne le dos, préférant ne pas la regarder davantage :
Isaak - " Hyoga. Tu t’es entichée de ce faible ! "
Carina - " Comment peux-tu dire ça Isaak ? Je te croyais perdu à jamais. Hyoga et moi avons souffert de ta disparition. Nous étions malheureux tous les deux et… "
Isaak - " N’en dis pas plus ! Je constate simplement que vous n’avez pas perdu de temps en chagrin. Mon deuil a été fait de bien étrange façon. Dire que je t’ai aimé jusqu’à aujourd’hui malgré tout ce que j’ai pu traverser ! "
Carina s’empresse de tenir les mains de son premier amour :
Carina - " Parle-moi Isaak, je suis toujours l’épaule sur laquelle tu peux te reposer. Qu’as-tu traversé ? "
Il la repousse en la dévisageant avec dédain :
Carina - " Je t’en prie, ne me méprise pas. "
La distance dans son comportement et les propos d’Isaak manifestent une toute autre facette de sa personnalité. Son recueillement permanent en direction du foyer alerte Carina :
Carina - " I… Isaak… La maison… tu n’es quand même pas responsable ? "
Isaak - " Personne ne doit savoir que j’ai survécu. Ceux qui me voient doivent mourir sans quoi ils feront échouer mes plans ! "
Carina - " Alors tu veux dire que tu vas me… "
Il ne lui laisse pas finir sa phrase qu’un uppercut l’envoie s’écraser dans la poudreuse :
Isaak - " Quel manque de réactivité ! Tu es devenue Saint bien tôt. Tu t’es reposé sur tes lauriers ! "
Carina frotte son menton égratigné :
Carina - " Quelle force ! On peut dire que toi tu ne t’es pas reposé durant tout ce temps. "
Isaak - " Seules les grandes causes font le devenir de grands hommes. J’ai compris depuis bien longtemps que l’enseignement trop cordial du Crystal Saint était révolu. La nature de l’homme est foncièrement mauvaise, corrompue. La preuve en est avec Hyoga et toi ! "
Encore assise dans la neige, elle est obligée de rouler sur le côté pour éviter le coup du Kraken :
Carina - " Et quelle cause sers-tu dans ce cas à présent ? Quelle cause peut avoir raison de celle d’Athéna selon toi ? "
Isaak - " La cause de Poséidon bien évidemment ! Il est impératif de reconstruire ce monde chargé de vice. "
Carina - " Je ne peux pas te laisser dire ça. Isaak, n’oublie pas tes racines. Les villageois de Kohortec ont été réquisitionnés sur ordre du Sanctuaire pour construire une pyramide au nom du Grand Pope. Les nôtres en sont réduits à l’esclavage. Le Seigneur Crystal est parti demander au Grand Pope des comptes sur ces agissements de ces dernières années. Cependant je crains que cela ne se soit mal passé. Mon maître Lena de la Boussole a été victime de la volonté du Pope détendre ses positions dans le monde. Je suis venue me réfugier ici, hélas même là j’ai été contrainte de me cacher. Le Sanctuaire est partout et traque les opposants qu’il considère comme renégat. Et tu sais le procès réservé aux traîtres ? "
D’un ton hautain il demande :
Isaak - " Et pourquoi me dis-tu tout cela ? "
Carina - " Cette terre est la tienne. Aujourd’hui elle est meurtrie. Tu comptes la laisser dans cet état ? Abandonner les tiens ? "
Isaak éclate de rire :
Isaak - " Je suis tel le Kraken et en ce nom je ne réponds qu’à la volonté de Poséidon. Peu importe ce qui se passe au Sanctuaire aujourd’hui. A la limite, je dirai que s’il se corrode de l’intérieur, ce n’en est que mieux. "
Dans son dos, une armure répond à l’appel de son cosmos. La Scale du Marinas vient à son propriétaire et l’habille devant une Carina déconcertée :
Carina - " Tu ne me laisses pas le choix Isaak. Dans ce cas, je te combattrai de toutes mes forces. "
Il soupire :
Isaak - " C’est si peu. "

Depuis une chaumière la Pandora Box de la Carène du Navire libère la Cloth qui vient revêtir aussitôt la jeune femme.
A la manière de l’armure de l’Ophiucus sur Shaina, la Cloth de la Carène du Navire protège surtout la poitrine, les chevilles et avant-bras de Carina.

La belle ramasse son masque avant de reprendre les hostilités :
Carina - " Je t’ai offert trop longtemps ce visage. Désormais je n’ai plus d’autres choix que de te tuer. T’aimer m’est définitivement impossible. "
Isaak - " Voilà qui nous permettra de combattre sans retenue. "

La triste jeune femme mêle ses paroles à l’action. Sa cosmo énergie irradie pendant qu’elle dirige son poing en direction de son ancien amant :
Carina - " Diamond Dust ! "
La Poussière de Diamant frappe Isaak en plein torse sans même le faire sourciller :
Isaak - " Ah… Le Diamond Dust… Cette fameuse technique qui se transmet de Saint de glace en Saint de glace. Quand je me souviens les difficultés que j’éprouvais à en apprendre les bases, aujourd’hui ce givre ridicule produit par ton cosmos me fait bien rire. "
D’un revers de la main, il brise la glace qui enferme son tronc.
Isaak - " Je vais te montrer à présent ce qu’est un vrai froid. "
Carina se concentre à nouveau :
Carina - " Bien, je ne te ménagerai pas cette fois-ci. Mais je te le demande encore une fois, pense à ton peuple qui est aujourd’hui… "
Il ne lui laisse pas le temps d’achever sa phrase. L’effluve de sa cosmo énergie dessine dans le dos du Marinas le Kraken. Avec une souplesse et une vivacité déconcertante, il arrive face à Carina.
Son poing droit se loge dans l’abdomen de la jeune femme.
Isaak - " Comment peux-tu croire que je me soucis de gens qui ont oubliés jusqu’à mon existence… "
D’un crochet du gauche en plein visage, il l’envoie au tapis.
Isaak - " … mon meilleur ami, celui pour qui j’ai donné ma vie, m’a volé mon armure… "
Avec sa jambe, il la heurte dans les côtes.
Isaak - " … ainsi que la seule femme que j’aimais. "
Le chevalier de la Carène du Navire est repoussé sur plusieurs mètres.
La malheureuse a bien du mal à reprendre ses esprits. Les membres d’Isaak, bardés de son cosmos irradiant, ont laissé à chaque impact des cristaux de gel sur le corps de Carina.
L’écart de force entre le Saint de bronze et le Général de l’Océan Arctique est trop important.

Persuadé d’avoir enfin trouvé sa cause à défendre, déçu par ceux qu’il aimait, Isaak appelle en lui davantage de cosmo énergie.
Isaak - " Tout ce que je voulais devenir, Hyoga l’est devenu… "
Carina puise en ce qu’il lui reste.
Isaak - " … lui, un faible, trop couvé par le Seigneur Crystal… "
Il réunit dans chacune de ses mains des éclairs.
Isaak - " … ignorant les bons conseils de maître Camus… "
La femme chevalier plie le coude pour prendre son impulsion.
Isaak - " … déshonorant la mémoire du maître de l’eau et de la glace… "
Isaak joint ses deux mains pour concentrer l’ensemble de ses efforts.
Isaak - " … te faisait même oublier jusqu’à mon existence ! "
Carina - " Diamond Dust ! "
Isaak - " Aurora Borealis ! "
Une gigantesque vague de froid balaye le courant d’air de glace de Carina, l’emportant avec elle jusque haut dans les airs.

Isaak ne daigne pas attendre que la dépouille de son amante retombe au sol.
Irrévérencieux, il tourne le dos et prend la direction du village voisin, là d’où il est arrivé.

Quelques secondes plus tard, la russe s’échoue dans la neige. Son corps est couvert de gel, son armure est fissurée de partout et son masque brisé.
Son si joli visage est à présent craquelé par la glace du Kraken. Les battements de son c½ur ralentissent et les larmes qui s’échappent de ses yeux gèlent à mesure qu’elles roulent sur ses joues.
Pourtant elle ne souffre plus, au contraire. Elle est paisible face à la mort. Ses yeux, déchirés par le froid, ne lui permettent plus de voir. Ainsi elle peut se focaliser sur un évènement qui lui revient en mémoire. Un instant passé en compagnie de Hyoga et Isaak, avant même qu’elle ne devienne chevalier. Elle se voit leur courir après dans des effusions de joies, partageant les éclats de rire des deux hommes qu’elle a le plus aimé dans sa courte vie de Saint…


En Crète, sur le Port du Destin :

21 septembre 1986.
Le ciel s’éclaircit, annonçant l’arrivée imminente du soleil et la fermeture des tavernes qui longent les quais.
Déjà quelques matelots affrètent leur vaisseau pendant que des voyageurs attendent impatiemment d’embarquer.

Dans l’établissement où Rhadamanthe et Myu ont passé la nuit, quelques badauds aident les plus éméchés à en sortir.
Les employés n’ayant pu offrir leur service durant la soirée débarrassent les tables et lavent le sol.
Dernier occupant, Myu vide un ultime verre de vodka pure en gardant une lucidité extraordinaire qu’il doit à n’en pas douter à sa maîtrise de la cosmo énergie. Après l’avoir avalé, il claque lourdement le récipient sur le zinc et marmonne :
Myu - " Ca ne vaudra jamais ce que je pouvais boire à Asgard. "
L’enfant adoptif des terres du nord, bouleversé par l’éveil progressif en lui de son étoile maléfique, ressasse le passé qu’il partageait avec son fidèle compagnon Mime de Benetnasch.
Compagnon qu’il assimile justement depuis le début de la soirée à un jeune prostitué qui n’a cessé de défiler sous ses yeux. Hormis les yeux émeraude, son apparence physique est similaire en tout point.
Cette insistance n’est pas passée inaperçu auprès de Reife. Elle espère bien trouver une issue à son enlèvement qui se profile :
Reife - " Je me suis peut-être égarée tout à l’heure lorsque j’ai voulu m’offrir à toi. Je n’avais pas compris que ce jeune homme était plus à ton goût. "
Myu avale sa salive, élargissant ses grands yeux pour dévorer davantage le sosie de Mime.
Reife - " Il reste quelques tables à nettoyer avant que je ne demande à mes gens de retourner se reposer. Cela te laisse le temps de satisfaire tes envies avant que nous ne montions retrouver Rhadamanthe et Reinheit. "
Myu passe sa main devant sa bouche comme un animal qui se lèche les babines avant de se jeter sur sa proie. Il saisit la main de l’employé pour s’éclipser dans un coin en sa compagnie.

Reife jubile à l’idée de pouvoir fuir ce lieu et avance sur la pointe des pieds pour observer au détour d’un couloir si l’échange entre les deux hommes lui laissera le temps de trouver de l’aide dans la rue.
Le corps plaqué contre le mur, elle ne glisse que légèrement son profil pour étudier d’un ½il la direction d’où provient le râle de l’esclave.
La scène à laquelle elle aurait pensé assister est tout autre que la réalité. Le bel éphèbe est soulevé du sol et plaqué contre le mur, les yeux exorbité, manquant d’air, implorant par un cri animal son agresseur de desserrer sa main de son cou. C’est seulement lorsque les os de la victime se rompent que Myu le lâche, un sourire aux lèvres trop délicat pour ne pas rendre mal à l’aise.
Il incline son visage angélique en direction de Reife qui se croyait suffisamment discrète.

Elle n’a le temps ni de fuir ni de crier que Myu la rattrape par les cheveux et colle sa main gauche sur sa bouche.
Cette fois-ci, c’est le corps de Reife qui est en appui contre le mur. Elle ne peut ni appeler au secours ni implorer la pitié de son agresseur.
Son sourire est figé, il la détaille de ses grands yeux sombre :
Myu - " Merci. Merci de m’avoir permis de libérer cette pulsion meurtrière. Depuis ces dernières semaines j’avais tellement envie de détruire tout ce qui faisait parti de mon passé. Et là, j’ai pu tuer un être qui me rappelle ce passé. Cet homme ressemblait à Mime, mon compagnon d’Asgard. Je me sens soudain soulagé. Et ça, c’est grâce à toi. "
Avec sa main droite, Myu remonte sous la robe en soie transparente de la responsable :
Myu - " Et toi… Tu as cru que je désirais ce garçon d’une manière bien différente n’est-ce pas ?! Tu as même voulu en profiter pour fuir je suis sûr. Mais vois-tu, j’ai préféré me libérer de cette pulsion meurtrière que j’avais en moi pour profiter pleinement de ta proposition de tout à l’heure. "
Il peut lire dans les yeux de la jeune femme une profonde détresse. Alors il desserre sa main gauche de sa bouche et retire sa main droite de sous ses vêtements pour mieux la gifler.
Elle s’écroule vulgairement au sol, le visage bleui par le heurt :
Myu - " Tu as de la chance de ne pas être mon genre. Dégage tes gens à présent et montons retrouver Rhadamanthe. "

La responsable s’exécute. En tapant des mains, elle les convie à retrouver rapidement leur loge où les attend leur maître à tous, impatient de ramasser la recette de cette nuit.

Tirée par le bras, Reife entre dans la chambre où Reinheit dort paisiblement, la tête en appui sur l’abdomen de Rhadamanthe.
Dépitée par l’amour aveugle de sa protégée envers le rustre anglais, Reife se dégage le bras une fois encore avec énergie.
Myu n’insiste pas. Il se contente de s’agenouiller devant son maître :
Myu - " Seigneur Rhadamanthe. Il est l’heure. "
Sans crier garde, le futur Juge dégage son amante pour se redresser. Il balance des draps aux deux femmes :
Rhadamanthe - " Bien, vous allez utiliser ça pour dissimuler vos tenues de traînées. "
Pleine de mépris, Reife s’amuse à demander :
Reife - " Et comment comptes-tu quitter ce lieu ? Aucun bateau ne desserre les ports contemporains. Et de mémoire il n’y a aucune annexe du Sanctuaire en Allemagne. "
Rhadamanthe - " Ca tombe bien, je ne comptes pas prendre un bateau ici. Nous allons retourner à Iraklion pour nous embarquer sur un bateau de croisière. Une fois en Grèce nous voyagerons clandestinement jusqu’en Allemagne. J’ai préféré attendre le petit matin que le Port du Destin soit bondé pour marcher sans nous faire repérer et sortir d’ici pendant que tous seront occupés à embarquer ou à décharger les navires. "
Myu défie du regard la femme de caractère :
Myu - " Ca veut dire qu’il t’est impossible de fuir une fois que nous serons dans les montagnes. Sans notre protection, il te serait impossible de survivre dans un milieu si hostile. "
Rhadamanthe dissimule de nouveau ses traits :
Rhadamanthe - " Allez, on y va. "

L’inconsciente Reinheit le suit volontiers tandis que Myu est obligé de bousculer l’autre allemande :
Reife - " Et pourquoi avez-vous besoin de nous pour aller en Allemagne ? "
La réponse de l’anglais lui glace le sang :
Rhadamanthe - " Pour trouver en toute discrétion le château d’Heinstein. "


Russie, Sibérie Orientale :

De retour à l’auberge, dissimulé sous son voile, Isaak retrouve la chaleur du feu de cheminée dont profite déjà Ksénia.
Il étudie avec minutie cette pose sensuelle qu’elle a adoptée. Assise sur un tabouret, dans le plus simple appareil, ses jambes sont croisées et maintiennent en l’air ses bras. Son dos est légèrement voûté à l’avant pour que sa tête puisse venir être cueilli par ses mains.
Absorbé par la chute des reins cambrés de Ksénia, Isaak sort de ses songes lorsque l’accent slave de la belle le saisit :
Ksénia - " Alors ? Les environs ont changé depuis ces dernières années ? "
Isaak - " On ne peut rien te cacher. "
Ksénia - " Je suis ici pour m’assurer du succès de ta mission. J’espère que personne ne t’a reconnu. "
Isaak - " Ces personnes sont mortes. "

Ksénia se redresse pour accueillir l’homme au gabarit imposant :
Ksénia - " Bien, dans ce cas la route nous attend. Nous devons dissimuler le plus possible notre cosmo énergie pour n’alerter personne de notre présence. Pas comme tu l’as fais la nuit dernière. "
Isaak ne peut s’empêcher de rester captivé devant la poitrine rebondie de la jeune fille et sa taille voluptueuse.
Isaak - " Que crains-tu donc ? Ou plutôt, qui crains-tu donc ? "
Ksénia - " Je n’ai peur de personne et sache que la seule chose que je puisse craindre c’est de décevoir mon maître. "
Isaak - " Qui est ? "
Ksénia lui répond par un sourire narquois qui marque sa volonté de rester discrète sur le sujet.
Isaak ne supporte pas ce comportement énigmatique et saisit violemment le poignet de la belle :
Isaak - " Tu profites qu’un Général de Poséidon agisse dans son ombre, tu manipules le prince de Blue Graad et tu envisages de soumettre Odin à la volonté de Poséidon. Je ne sais pas ce que tu manigances, mais sache que j’accepte cette mission dans l’intérêt de l’empereur des Océans lorsqu’il sera pleinement en possession de ses moyens. J’accepte de faire équipe avec toi uniquement dans ce but. Si jamais je découvre que tu souhaites te jouer de nous également, sache que je n’hésiterai pas à t’ôter la vie. "
Ksénia défie Isaak avec son regard de braise :
Ksénia - " Et maintenant ? "
Ne lâchant rien de son étreinte, Isaak succombe à l’attitude lascive de la jeune femme. Il la tire violemment vers lui par le bras qu’il a saisi et profite de l’effet de surprise pour lui prendre les lèvres.
Le baiser devient bien vite langoureux, Ksénia acceptant sans contrainte la prise de pouvoir de son partenaire…



Shunrei était arrivée au Japon, Seiya était sorti vainqueur de son combat contre Shiryu et déjà le jour du retour du Phénix se préparait.
Ailleurs, dans le monde, Spectres et Marinas poursuivaient leurs agissements démoniaques…


15
La journée du 19 septembre 1986 ne faisait que commencer qu’il me fallait déjà reprendre la route. Tout juste arrivé en Chine avec toutes les peines du monde, je repartais en direction de la Méditerranée pour régénérer mon armure et soigner mon corps sur l’île Kanon.
Pendant ce temps, Mei espérait trouver des réponses sur son maître tandis qu’il découvrait le Sanctuaire.



Chapitre 43 - Y a t’il encore de l’espoir ?

En Grèce, au Sanctuaire :

Misty et Mei sortent de la demeure du Taureau, dans laquelle ils ont été interrompus par Aldebaran :
Mei - " Et bien, j’ai cru qu’il faudrait nous mettre à nu, pour une fouille au corps afin qu’il nous autorise le passage ! "
Le japonais présente un caractère bien trempé. Très taciturne, il s’offusque très vite et cela a manqué de lui jouer des tours dans la seconde maison.
Misty - " Je t’avais dis de te taire. Même si nous en avons l’accord, traverser la maison d’un Saint d’or n’est pas une mince affaire. Heureusement, certains d’entre eux sont absents, nous ne nous attarderons pas par exemple dans celle des Gémeaux. A l’avenir, tâche de garder ta langue dans ta poche. Je ne te couvrirai pas une seconde fois. "
Mei - " Bien ! "
Misty - " On dit « Oui Capitaine Misty ! » Je te trouve bien irrévérencieux depuis que nous avons entamé la montée des marches. Je savais que ta maladresse à ton arrivée au Sanctuaire cachait un manque d’élégance, tu n’as pas tardé à montrer ta vraie nature. Toutefois n’oublie pas que tu dois le respect à tes supérieurs. Que le Seigneur Deathmask soit ton professeur ne te donne aucun passe droit. "
Mei boude comme un enfant qui vient de se faire gronder :
Mei - " Je sais, je suis désolé Capitaine Misty. C’est simplement que… Je meurs d’impatience de revoir mon maître. Nos adieux furent bien expéditifs et la facette que j’ai vue de sa personnalité, n’était pas celle que je lui connais. "

Misty reste dubitatif après une telle affirmation. Mei remarque la gêne de son capitaine :
Mei - " Capitaine Misty, je voulais savoir… Comment… Qui est mon maître ? Comment est-il ici ? "
Misty poursuit son chemin les yeux fixés sur l’horizon :
Misty - " Certainement pas comme il semble avoir été avec toi. J’ai ouie dire qu’il eu un comportement sanguinaire lorsque le Saint d’argent de Cerbère est venu à sa rencontre. "
Mei - " Il est vrai. Je ne l’avais jamais vu ainsi. "
Misty - " Il s’agit du seul Saint du Cancer que nous connaissons ici au Sanctuaire. Je ne pense pas que tu auras la chance de voir autre chose de lui. "
Mei - " Pourtant, même s’il restait dur, je lui trouvai bon fond. Il a toujours été comme un père pour moi. "
Misty - " D’après les rumeurs, son retour au Sanctuaire ne s’est pas fait dans les meilleures conditions. Il aurait commis une faute et serait consigné dans sa demeure par le Pope pour une durée indéterminée. Il était déjà discret de nature… Il est même possible que tu ne le voies plus jamais. "
Un long silence suit cette déclaration. Mei fixe l’horizon sans en démordre. Il veut parler à son maître.


L’esprit braqué sur son unique objectif, Mei ne prend même pas le temps d’admirer l’architecture du troisième temple. Il le traverse avec hâte et accélère sa marche, obligeant le Saint du Lézard à presser le pas. Si bien qu’il ne leur faut que quelques minutes pour arriver face à la quatrième maison.

Sans attendre Misty, Mei gravit les marches deux par deux en s’égosillant, les larmes aux yeux, tel un enfant qui court en direction d’un parent longtemps absent :
Mei - " Maître ! Maître ! C’est moi ! C’est M… "
Le malheureux n’a pas le temps d’achever sa phrase, que déjà l’odeur nauséabonde de cadavres en putréfaction lui soulève l’estomac. La brume impose une atmosphère lugubre qui contraste complètement avec l’image que le japonais avait de son professeur.
Son visage se décompose progressivement lorsqu’il commence à reconnaître sur toutes les parois de l’antre du Cancer des masques de morts.
Il s’écroule horrifié sur le sol mouvant. En cherchant à comprendre l’origine d’une telle flexibilité, l’indignation lui vient. Il découvre le visage plein de souffrance d’un enfant sous chacune des paumes de ses mains. Sans se contrôler, il est pris de vomissements.

Misty pénètre à son tour dans le temple, sa cape déjà sous son nez et devant sa bouche, sachant déjà ce qu’il trouverait ici.
Il passe à côté de Mei et se contente d’un sobre :
Misty - " Je suis désolé. "
Puis poursuit sa route.

Les yeux grands ouverts, gondolés par le désarroi, Mei le talonne.
Comme s’il erre dans ce repère de tortionnaire, le chevalier ne distingue que supplice tout autour de lui, sans même apercevoir la silhouette du gardien.

Tandis que la lueur du jour pointe à proximité de la sortie, Mei se ressaisit :
Mei - " Attendez s’il vous plait Capitaine Misty. "
Misty - " Que se passe-t-il ? "
Mei - " Il me semblait que le Saint d’or du Cancer était consigné à sa demeure jusque nouvel ordre. Nous allons sortir sans même l’avoir rencontré. Où se cache-t-il ? "
Misty - " Comme je t’ai expliqué avant d’entamer la traversée, les Saints d’or dispose d’une chambrette sur les flancs de leur demeure. Le propriétaire de la maison du Cancer s’y trouve certainement. "
Mei déborde de rage. Il s’époumone :
Mei - " Et il compte nous laisser passer sans même nous interroger sur le but de notre visite ?! Massacrer des innocents ne suffit plus à ce Saint pour déshonorer son rang ?! Il va même jusqu’à ne pas se soucier de qui traverse son temple, pouvant attenter à tout moment à la vie d’Athéna ?! "
Il commence à rebrousser chemin et à scruter les flancs de la maison pour chercher le logis de son maître.
Misty lui agrippe le bras et le sermonne :
Misty - " A quoi joues-tu ? "
Mei - " C’est bien vous qui me disiez qu’il fallait se justifier à chaque traversée d’une maison ?! Alors j’attends de rencontrer le Saint d’or du Cancer pour me justifier ! Aurait-il peur de se confronter à mon regard ?! "

Aussitôt, une décharge d’énergie heurte Mei en plein dos, fissurant sans mal sa Cloth. Le pauvre disciple, frappé à la vitesse de la lumière, s’écroule. La face contre un masque de mort.
La voix grave du propriétaire de ce cimetière ambulant gronde :
Deathmask - " Comment peut-on ainsi manquer de respect à mon rang ? Tu apprendras Saint de bronze qu’il s’agit ici des trophées de mes victoires. Tous ces visages sont ceux des vaincus lors de mes missions pour le Sanctuaire. J’ai suffisamment confiance en la terreur que j’inspire au Capitaine Misty, pour savoir qu’il ne traversera pas ma demeure sans une raison valable… "
Mei se redresse péniblement sous le regard furieux du français qui souhaite sortir au plus vite d’ici pour ne pas irriter davantage le Saint d’or.
L’italien poursuit :
Deathmask - " Dorénavant, tu sauras que je ne prendrais pas le temps de venir me soucier des raisons de ta traversée. Le danger que représente un minable Saint de bronze est aussi dérisoire qu’il en est drôle. "
Mei crache sur le sol pour exprimer tout son mépris à l’encontre de celui qu’il était pressé de retrouver quelques heures plus tôt.
Il observe l’origine de la voix de son mentor avec défiance tandis que Misty le tire par le bras comme Deathmask lui en donne l’ordre :
Deathmask - " A présent, je vous ordonne de quitter le quatrième palais. Vous l’avez déjà trop longtemps souillé de votre mièvrerie. "

Enfin sortis, Mei ne laisse pas le temps à Misty de prendre la parole :
Mei - " Non. Ne dites rien. Je vous en prie. "
Les mots tremblants de Mei sont bien suffisants pour permettre à Misty de réaliser tout le martyre du Saint de bronze.

A l’intérieur, dans sa loge, Deathmask défait son diadème qu’il balance sur sa table. Il s’affale sur sa chaise puis se prend la tête entre les mains, déçu de ses adieux à Mei.
Deathmask - " Ca n’aurait jamais dû se passer comme ça Mei… Mais ton tuteur est mort à tout jamais avec la femme qu’il aimait. "


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Dans cette vallée de glace, fier de l’histoire de son village, Yakoff feuillette un manuscrit en lettres calligraphiées. Il découvre le contexte particulier de Kohortec et ses descendants qui y vivent depuis la nuit des temps.
« C’est incroyable, depuis la création de la chevalerie d’Athéna, ce lieu reculé et difficilement atteignable a été foulé par une multitude de Saints. Et nous, villageois de Kohortec, avons gardé secrète l’existence de cette caste. », se gratifie le jeune garçon.

Soudain, des claquements cinglants retentissent. Le russe reconnaît ce son. Il est quasi-similaire à celui qui résonnait lorsque son grand-père tirait le loup à la carabine à l’époque où il l’accompagnait à la chasse. Toutefois, les décharges sont trop succinctes pour correspondrent à l’arme usagée de son aïeul.
Il se précipite à la fenêtre et découvre une bande de soldats chaudement vêtus et armés. Des militaires investissent les lieux et délogent les habitants de force.

N’écoutant que son courage, l’enfant arme son fusil rudimentaire et quitte discrètement sa demeure.
Il escalade un monticule de neige durci par le gel, afin de mieux se positionner arme à l’épaule.
« Je ne comprends pas, comment des hommes accompagnés de moyens dépassant notre entendement ont pu trouver ce lieu sacré ?! », s’inquiète-t-il.
Ses bras tremblent. Par-dessous sa capuche l’enfant est en nage. Tuer un homme n’est pas chose facile. Pour le faire il faut du cran, même lorsqu’il s’agit de protéger les siens.
De plus ce n’est pas une tâche aisée pour un enfant. Son hésitation permet aux investigateurs de remarquer sa présence à distance :
Militaire n°1 - " Là-bas ! Un gamin ! Allez me chercher ce gosse ! "
Un membre de son équipe obéit aussitôt pendant que les autres regroupent les gens dehors en les encerclant.

Démasqué, Yakoff n’a plus d’autre choix que de tirer. Sa gorge est sèche, la visée difficile tant ses membres sont hésitants.
Alors il attend, il attend que l’homme soit proche, plus proche, encore plus proche, jusqu’à ce qu’il soit sûr de ne pas manquer sa cible.
Les yeux fermés, tête tournée, il appuie sur la gâchette. Le coup de feu retentit dans la vallée glacée.

Les villageois et les stipendiés observent le silence sous le spectacle leur faisant face.
Le soldat se retourne vers les siens, une main en appui contre son cou. Du sang jaillit d’entre ses doigts, la balle a effleuré la carotide.
L’enfant rouvre les yeux pour s’assurer avoir touché sa cible.
Son ennemi essaie de regagner ses comparses en titubant pendant qu’il imprègne la poudreuse de son hémoglobine écarlate. Au bout de quelques pas, il s’effondre sur le sol de coton, mort d’une hémorragie.

Immédiatement, l’enfant sort une autre balle pour recharger son fusil, sous les yeux des agents déconcertés.
Le meneur de cette faction réagit à son tour. Il extirpe du groupe un vieillard qu’il agenouille en braquant un revolver sur sa tempe :
Militaire n°1 - " C’est terminé gamin ! Pose ton arme sinon le vieux crève ! "
Yakoff cesse aussitôt son entreprise, ce que le vieil homme se refuse d’accepter :
Vieillard - " Yakoff, sauve-toi. Tu connais mieux ce lieu que quiconque. Va-t-en ! Ta jeune vie est plus précieuse que la mienne. "
Une détonation fait alors écho dans l’atmosphère. Le soldat vient d’exécuter le patriarche :
Militaire n°1 - " Bien, lui ne nous ennuiera plus. Si la vie d’un ancêtre n’est plus suffisamment précieuse à la vue de ce peuple, peut-être que la vie de cette jeune fille vous importera plus ! "
Ses hommes arrachent du bras de sa mère un bambin qu’il pointe de son arme comme il l’a fais avec le vieillard dont le cadavre gît à ses pieds.
Yakoff, saisi par la mort de l’ancien, abandonne son arme et se met debout, bras en l’air.
Le leader des inquisiteurs enjoint deux de ses hommes d’aller chercher le rebelle d’un hochement de tête.

Les subordonnés approchent Yakoff :
Militaire n°2 - " Un jeune garçon aussi téméraire fera un ouvrier de choix pour la création de l’édifice pour lequel nous avons été engagés. "
Militaire n°3 - " Je ne sais pas si avec un bras cassé il avancera aussi vite que ça ?! "
Le dernier agent met ses menaces à exécution en frappant avec son poing, du revers de la main, l’enfant. L’autre profite qu’il soit tombé au sol pour le marteler de coups de pieds :
Militaire n°2 - " Oui, ça ne serait pas normal qu’on te mette au travail sans te punir pour ton irrévérence ! "
Passé à tabac, Yakoff se recroqueville sur lui-même en position f½tale pour protéger comme il peut son visage et son torse.
Le calvaire dure moins d’une minute. Bien trop long pour un garçon de cet âge.

Heureusement, cela cesse avec les hurlements de douleur de l’agresseur. L’homme se tient sur une jambe et se cramponne l’autre :
Militaire n°2 - " Ah… Ma jambe ! Je ne sens plus ma jambe ! "
Effectivement, sous ses bottes en fourrure, après avoir remonté son pantalon, il observe sa jambe bleuir. Le froid progresse jusqu’à l’aine puis s’arrête à l’abdomen. Sa peau se cristallise, tout comme ses organes internes.
Etendu sur le dos, sentant son intégrité se figer, il demande à son comparse, ahuri devant le spectacle qui se produit :
Militaire n°2 - " Qu’est-ce qui m’arrive, j’ai l’impression que mon corps va se briser ? "
En réponse, il reçoit une boule de neige en plein visage.

L’assistance en cherche l’expéditeur et distingue la silhouette d’une jeune femme habillée d’une armure, au visage dissimulé sous un masque.
Un villageois l’annonce :
Villageois - " C’est Carina Saint de bronze de la Carène du Navire ! Nous sommes sauvés ! "
Ce à quoi un soldat répond par un coups de crosse de fusil dans l’estomac pour le faire rasseoir.

Plus haut, armée d’une autre boule de neige, Carina approche les deux tortionnaires de Yakoff :
Carina - " Je vais te répondre étranger. Tu as subi la vague de froid projetée par ma cosmo énergie. Une force que possèdent tous les êtres, mais que seuls les plus assidus, après un entraînement acharné, peuvent maîtriser. Ton corps est désormais encore plus fragile que du verre. "
Mal en point, l’homme refuse de céder à la panique :
Militaire n°2 -" Cette histoire de chevaliers qui existent depuis les temps mythologiques… L’organisation qui nous a mandaté nous a prévenu mais je refuse de croire à ces choses surhumaines. C’est impossible ! "
Carina s’amuse à tasser davantage sa boule de neige avant de la lui jeter sur le bas ventre gelé :
Carina - " Bien sur que c’est possible, et je vais te le prouver. "
La vulgaire sphère de neige ne s’écrase même pas sur le blessé. Elle le transperce, brisant la glace durant le contact et arrachant la partie inférieure de son corps qui s’envole sous des milliers de morceau de verre à hauteur du tronc.
Le bourreau de Yakoff entre en transe, la douleur éprouvée étant si forte. Finalement, il décède dans d’horribles souffrances sous les yeux apeurés des siens.
Son acolyte dégaine aussitôt son fusil mitrailleur qu’il décharge sur la Saint :
Militaire n°3 - " Pu… Putain de sorcière, je ne te laisserai pas me jeter un sort comme avec lui ! "
Sans même se donner la peine d’attraper les balles, Carina encaisse les coups de feux sans même que son corps ne soit victime de la moindre marque.
Carina - " Mon corps est protégée par mon cosmos. De vulgaires armes, et encore plus celles à feu, ne servent à rien si elles ne sont pas nourries de cette même énergie. "
L’homme recule d’un pas hésitant puis, finalement, rebrousse définitivement chemin pour rallier les siens, bien loin d’être rassurés, hormis leur chef :
Militaire n°1 - " Moi non plus je n’ai jamais voulu croire à cette histoire sortie d’un roman pour enfant. Lorsque le messager d’une vaste et mystérieuse organisation est venu trouver notre commando, je lui ai ri au nez, pensant que cette mission serait de la tarte et que l’argent proposé en échange serait facilement gagné. Puis, en venant ici, dans ce lieu où il nous aurait été impossible de parvenir même avec la meilleure technologie au monde, j’ai compris que ces êtres d’exceptions existent. Heureusement, notre guide, celui qui veillera à ce qu’on achève ce pourquoi nous sommes venus ici, fait parti de ce cercle particulier. "
Caché derrière une chaumière, le guide dont le chef des soldats vient de parler se montre enfin :
Carina - " Seigneur Crystal ?! "
Crystal Saint - " Bonjour Carina. "
Carina - " Seigneur Crystal, vous êtes revenus du Sanctuaire ! Est-ce vous qui les avez conduis… Est-ce vous qui leur avez permis d’arriver ici en vie ?! "
Crystal Saint - " En effet. J’ai été missionné par le Sanctuaire pour conduire cette équipe sur ces terres afin d’y construire une base stratégique pour le domaine sacré. "
Carina - " Quelque chose m’échappe. Notre peuple a toujours été fidèle à la volonté du Sanctuaire, alors pourquoi de telles manières ?! Et… Et que s’est-il passé là-bas ?! Vous avez réussi à rencontrer le Grand Pope ?! "
Le Seigneur Crystal marche jusqu’à elle. Il ignore l’attitude grossière des soldats qui obligent les villageois à engager la route à quelques kilomètres d’ici.

Carina profite de la distance qui le sépare de l’amant de son défunt professeur pour relever Yakoff :
Carina - " Yakoff ! Yakoff ! "
L’enfant a du mal à reprendre ses esprits :
Carina - " Yakoff, il faut que tu te sauves. Le Seigneur Crystal ne semble pas dans son état normal. Je vais tenter de le raisonner. Mais toi, il faut que tu puisses te mettre à l’abri et chercher de l’aide. "
Le petit garçon obéit et traîne la jambe pour s’éloigner d’ici malgré les rappels du Seigneur Crystal :
Crystal Saint - " … Tu as entendu ?! Reviens ici immédiatement ! "
Carina se met en travers du champ de vision du maître de Hyoga :
Carina - " Ca suffit Seigneur Crystal ! Vous allez m’expliquer ce qui s’est passé au Sanctuaire ! "
Crystal Saint - " Il ne s’est rien passé d’autre que ce que je t’ai raconté. Le Grand Pope m’a demandé de construire une base stratégique pour le Sanctuaire, afin de garder un pôle tactique face aux royaumes du grand nord. "
Carina - " Et les évènements de Yíaros ? Hébé ? Et Lena, mon maître ? Vous en avez discuté ? "

Le regard carnassier de l’homme change radicalement. Son visage se radoucit pour exprimer cette mélancolie qui d’ordinaire le caractérise.
Crystal Saint - " Yíaros ? Hébé ? Lena… Ma Lena… Le Sanctuaire ! Ils m’ont… Il m’a… "
Il se cramponne soudainement la tête. Son crâne le fait horriblement souffrir.

Carina se précipite auprès de lui pour tenter de l’aider. Seulement, lorsqu’il revient à lui, son attitude violente ressurgit aussitôt.
Sans prévenir, il décoche un uppercut en plein menton de la jeune femme.
Il la toise pendant qu’elle se relève :
Crystal Saint - " Le Grand Pope nous ordonne de lui construire cette pyramide de glace en l’honneur de sa grandeur ! Tu dois te joindre à nous sinon… "
Carina - " Sinon quoi ? "
Crystal Saint - " Tu mourras ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans un village du nord :
 
De retour à son domicile, une magnifique bâtisse réalisée dans le style traditionnel antique, Algol retrouve son amante déjà rentrée depuis quelques minutes.
Hevelius ne l’a pas attendu pour baigner son corps dans le bassin à l’onde fraîche qui domine la jolie demeure du Saint d’argent.
Autour d’elle, deux esclaves s’affairent à verser des jarres d’eau entières, ramassées plus tôt dans les ruisseaux alentours.

En présence des valets, Hevelius n’ose pas ôter son masque alors qu’elle arbore sa totale nudité sans complexe. Algol reste bien silencieux et l’admire avec envie.
Il se félicite : « Ma solde de Saint et les réussites de mes missions m’ont permis une grande renommée ainsi que la création de cette luxueuse maison au sein du domaine sacré. Je dispose d’une dizaine de serviteurs, de la popularité auprès des femmes que m’offre mon statut, seulement il me manque elle, ma femme. J’ai longtemps espéré que ce serait Hasu. Cependant, l’obligation de tourner la page et ma rencontre avec Hevelius m’ont offert une autre vision du bonheur. »

En le voyant, un des domestiques se presse de rejoindre Algol. Il fait remarquer la présence de son maître à ses semblables.
Aussitôt, sans qu’il ne prononce le moindre mot, le chevalier de Persée est dévêtu avec délicatesse. Il ramasse dans ses frusques l’objet de sa sortie du Sanctuaire aujourd’hui, un magnifique diamant relié par une chaîne.

Il se glisse dans l’onde et d’un signe de la tête congédie ses hommes.
Enfin seuls, Hevelius ôte son masque et arbore un sourire resplendissant. Ses grands yeux verts foudroient en plein c½ur son compagnon de vie qui se colle contre son dos.
Il dépose le bijou au creux de sa poitrine et relie les deux extrémités de la chaîne en soufflant :
Algol - " Alors que je revenais de mission et que je me promenai en tenue contemporaine dans Athènes, j’ai été sublimé par l’éclat de ce diamant. Il était aussi étincelant que ton regard. Je me suis alors promis de réunir ce sujet aux seuls yeux qui peuvent rivaliser avec. "
Hevelius plie aussitôt sa tête en arrière pour déposer un langoureux baiser à son prince charmant…


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Sur une mare d’eau glacée, avec une grâce et une agilité déconcertante, l’homme et la femme, que le Sanctuaire a rendu ennemis, s’échangent de rapides coups dans un duel au corps à corps.
La légèreté de Carina en fait une vertueuse combattante sur glace comme elle l’avait déjà prouvé sur Yíaros face à Taishi du Toucan.
Le combat n’en est que plus équilibré face à un Crystal Saint dont les capacités ne sont plus à prouver.
Ils se rendent coups pour coups, espérant le moindre faux pas de l’autre sur cette patinoire fragile. Incontestablement, le support n’endurera pas longtemps les ondes de chocs des heurts de plus en plus violents. Le mercenaire et professeur de Hyoga le remarque en premier.

Après avoir esquivé une droite de Carina, il saisit son bras et balance la svelte Saint par-dessus lui pour l’encastrer dans la glace. Celle-ci se fissure par-dessous, présageant une chute prochaine dans cette eau glaciale aux courants maritimes instables.

Carina se redresse donc, et repart de plus belle sans comprendre la stratégie du Crystal Saint qui se déplace plus lourdement, n’hésitant pas à frapper fort du pied la glace en faisant le tour d’elle.
Bien vite, les craquements de cette banquise deviennent audibles, trop vite même.
Carina n’a pas le temps de concevoir le piège dans lequel elle est tombée que déjà le Crystal Saint la surplombe dans les airs. Son poing droit, serré, est tendu en direction de Carina tandis que sa main gauche soutient son membre raidi et chargé de cosmos.

Elle essaie désespéramment de bondir dans les airs. Néanmoins la zone quadrillée par la cosmo énergie du pantin du Grand Pope est trop grande.
Carina est repoussée sur le sol, comprimée contre, puis poussée jusqu’à l’eau tourbillonnante, froide à en rompre les os et à comprimer ses organes.

Le Crystal Saint se réceptionne plus loin sur une demeure de villageois que les mercenaires ont vidé.
Durant de longues secondes, il guette les environs, s’assurant de sa victoire sur la jeune femme, prêt à l’achevée si cette dernière a survécu à cet échange.
Cependant, un nouveau mal de crâne le déconcentre, laissant à Carina le temps qu’il faut pour puiser en elle la force de rejoindre la surface.
Ses doigts prennent appui sur la banquise et la hissent difficilement. Sa peau est bleuie par les températures insoutenables. Sa Cloth est entamée par le choc du plus expérimenté des deux combattants.

Très vite, elle constate : « Ses maux de tête l’affaiblissent énormément. J’ai l’impression qu’il lutte contre une oppression qui le contamine. Il a dû subir un arcane aux conséquences inimaginables en se déplaçant au Sanctuaire. Seulement, je ne peux lutter contre cette puissance. La seule chose qu’il me reste à faire, c’est éliminer cet être si bon devenu un démon. La survie du peuple de Kohortec… Non, la survie du monde en dépend. »
Aussitôt, dans son dos, l’effluve de son cosmos dessine derrière elle l’élément symbole de sa constellation protectrice, la Carène du Navire.
A la vitesse du son, elle s’élance au-dessus du toit du logis déserté pour le dominer :
Carina - " Je suis désolée Seigneur Crystal, je n’ai pas le choix. Je vous ferai donc l’honneur de mourir par cette technique qui vous est chère : Diamond Dust ! "
La Poussière de Diamant de Carina fonce sur l’homme abattu, provoquant une explosion suivi d’un brouillard givrant.

A mesure que la brume se dissipe, la toiture blanchie par Carina ne laisse apparaître aucune présence du mercenaire.
A bout d’élan après le bond prodigieux fait auparavant, la jeune femme s’y réceptionne. Cherchant de haut en bas et de droite à gauche la moindre présence de son adversaire, elle doit compter sur sa voix inhabituellement agressive pour le localiser :
Crystal Saint - " Comment peux-tu croire me vaincre avec une botte secrète dont je me suis fais le maître ?! Je vais te montrer ce qu’est la véritable Poussière de Diamant. "
La voix vient d’une autre maisonnette, un peu plus bas. L’habitation ne tarde pas à voler en morceaux de verres, tandis que le Seigneur Crystal en jaillit, accumulant en lui toute sa cosmo énergie. Ses mouvements surpassent la vitesse classique du son que maîtrise chaque Saint de bronze.
Il stoppe sa cabriole juste sous le nez de Carina qui en est restée à fixer la maison cristallisée. Il lui décoche un brutal coup de poing à l’estomac, l’obligeant à s’affaisser. Pliée de douleur devant le Seigneur Crystal qui se tient debout face à elle, elle ne trouve pas la force de se dégager du champ d’énergie cosmique rassemblé par le maître des environs. Ses membres subissent la pression emmagasinée par l’enragé élève de Camus et se tétanisent.
De plein fouet, à bout portant, elle encaisse toute sa folie :
Crystal Saint - " Diamond Dust ! "
La demeure éclate en des milliers de cristaux, ne laissant plus qu’à sa place un cratère au beau milieu de la neige.


Russie, Sibérie Orientale :

A proximité de là où il a grandi en compagnie de Hyoga, Carina, Lena et le Seigneur Crystal, Isaak s’accorde une trêve.
Dans un village voisin à Kohortec, le finlandais reste enrubanné pour camoufler son retour. Tous le croient mort ici.

En compagnie de Ksénia, le borgne choisit de s’offrir du repos dans une auberge où il avait l’habitude de s’exiler pour profiter de sa jeunesse à la fin de ses entraînements.
Le propriétaire de la taverne conduit le duo à l’étage où un simple feu de cheminée et une paillasse les attendent.

Isaak se presse de défaire ses bottines pour présenter ses pieds gelés aux abords du feu. Il garde auprès de lui le propriétaire qu’il questionne vivement :
Isaak - " J’ai remarqué en bas que certains habitants buvaient avec euphorie. Je connais suffisamment ces terres pour savoir que l’occasion est rare pour ces moments d’ivresses. Que se passe-t-il ici ? "
Propriétaire - " Oh, ce n’est qu’une légende locale. Il semblerait qu’une espèce d’armure aux pouvoirs magiques ait été attribuée à un jeune du village voisin. C’est un évènement pour ceux qui y croient. Depuis pas mal d’années pas mal de gosses viennent ici dans le but de devenir chevalier et porter ces fameuses armures magiques. Mais personnellement, je n’y crois pas du tout, je n’ai jamais rien vu de tel. "
A l’annonce d’une telle nouvelle, la voix d’Isaak semble affectée :
Isaak - " C’est parce que le but de la chevalerie est de rester secrète. Quel est le nom de cet heureux élu ? "
Propriétaire - " De ce que j’ai entendu, il s’agirait d’un Cygne ou d’un Hyoga ! Je n’ai pas bien compris et en toute honnêteté, je me moque bien de ces mythes ! "
Un long silence s’instaure.
Toujours camouflé sous un linge, Isaak provoque le malaise de son interlocuteur par ce comportement gênant.
Ksénia en profite pour congédier leur hôte :
Ksénia - " Merci bien mon brave. Nous prendrons un bon repas dans une heure. Merci de nous le faire monter. "

L’homme prend congé, abandonnant un Isaak qui peut enfin défaire son déguisement.
De son seul ½il, l’ancien élève du Seigneur Cristal observe le bois craquer sous les flammes de la cheminée sans mot dire.
Ksénia ôte également la grande cape qui protége sa tenue légère. Avec sensualité, elle s’allonge sur la couche :
Ksénia - " Ah… Tu devrais venir te reposer un peu. Il nous reste encore un peu de marche avant Blue Graad. "
Isaak ne quitte pas ses songes. Ksénia le prend au vif :
Ksénia - " Ce Hyoga, il s’agit d’un Saint d’Athéna n’est-ce pas ? Il est devenu le chevalier que tu devais être, le Saint de bronze du Cygne ? "
Isaak passe sa main sur son visage comme pour se forcer à revenir à la réalité :
Isaak - " Il a donc réussi. Lui qui était voué à l’échec et qui ne voulait acquérir la force des Saints que pour assouvir un besoin personnel, il a volé ce qui m’était destiné. "
Une larme coule le long de sa joue, enlaidissant davantage son visage chargé de colère :
Isaak - " Avec des hommes comme Hyoga, le berceau protecteur des hommes, le Sanctuaire est désormais composé de faibles et d’incapables. A présent je suis convaincu de la nécessité de laver ce monde des faibles et des incapables qui le pourrissent. "
Il soupire profondément pour évacuer son chagrin afin de n’en laisser paraître aucune trace en se retournant vers Ksénia.

La vénusté n’attend pas que l’affliction du Kraken soit passée. Elle se redresse pour venir cueillir sa tête entre ses mains délicates.
Debout, face au Marinas agenouillé, elle vient déposer sa prise contre sa poitrine pour coller contre elle le jeune homme :
Ksénia - " Brave Marinas, ne succombe pas à la détresse en cet instant. Notre mission doit se poursuivre sans faillir. Allons nous coucher, notre repos est mérité. "


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Le vent balaie les flocons de neige et habille les débris d’une maison que le sol n’a pas encore blanchis. C’est ainsi que dans le trou laissé par la Poussière de Diamant du Seigneur Crystal, une famille de villageois se presse d’extraire le corps de Carina :
Le père - " Aide-moi, vite, avant que les soldats ou le Seigneur Crystal ne reviennent. "
Le fils - " Je ne pense pas qu’ils reviendront. Ils croient le village vide et Carina morte. "
La mère - " Pressons ! Ramenez-la à l’intérieur, j’ai remis du bois dans le foyer. Il faut la réchauffer après le choc thermique qu’elle a subi. "


Quelques heures plus tard, étendue sur une couche qui n’est pas la sienne, Carina reprend ses esprits.
Son armure brisée en de multiples endroits l’habille toujours malgré le fait qu’elle se sente nue. Ses doigts effleurent aussitôt son visage qui adopte une mine horrifiée :
Carina - " Mon masque ! Où est-il ? "
La mère de famille vient immédiatement à son chevet :
La mère - " N’ait crainte. Je t’ai lavé ton masque, moi seule a vu ton visage. Mes hommes sont sortis fouiller Kohortec à la recherche d’autres villageois… "
Elle présente un portrait dessiné de son fils et son époux, bien connus de Carina puis reprend sa conversation :
La mère - " … C’est un miracle que tu t’en sois sortie. Nous nous sommes cachés à temps lorsque le village a été envahi et nous avons assisté à ton combat contre le Seigneur Crystal. "
Carina - " Je suis moi-même surprise d’être toujours en vie. J’aurai cru que le Seigneur Crystal m’aurait achevé. "
La mère - " Il t’a cherché dans les décombres quelques instants puis a eu une terrible migraine. Il s’en est même écroulé au sol. Lorsqu’il est revenu à lui, il n’a pas repris ses investigations, il est parti aussitôt dans la même direction que celle des militaires. "

Un bruit assourdissant dérange Carina depuis qu’elle est revenue à elle :
Carina - " Qu’est-ce donc que… "
La mère - " Cela a commencé il y a bientôt une heure. J’imagine que les inquisiteurs exploitent notre peuple. J’ai vu qu’ils faisaient traîner par des loups de grands traîneaux remplis de matériaux et outils divers. "
Carina - " Ils ont déjà commencé la création d’une base pour le Sanctuaire. Il faut que j’aille les délivrer… "
La malheureuse s’effondre aussitôt :
La mère - " Non Carina, tu vas rester avec nous le temps de reprendre des forces. Si tu retournes affronter le Seigneur Crystal dans cet état, tu ne t’en sortiras pas cette fois. "


Quelques minutes plus tard, le visage a nouveau dissimulé, Carina se réchauffe au coin du feu en compagnie de la mère de famille.
Son époux et son fils ne tardent pas :
Le père - " Il ne reste que la vieille dame alitée que les soldats ont du préférer ne pas embarquer ainsi que la famille qui vit à l’autre bout du village. Ils se sont cachés sous leur faux plancher. "
Le fils - " Espérons que Hyoga reviennent bientôt. Peut-être que lui réussira à raisonner le Seigneur Crystal ?! "


En Grèce, au Sanctuaire :

Les heures ont défilé pour Mei, entre la fin de la montée des marches, puis la descente de celles-ci en passant par son allégeance au Pope et à Athéna.
Qu’importe. Le tout frais Saint de bronze a l’esprit vidé de toutes pensées.

La rencontre avec les autres Saints d’or a été solennelle. Il s’est contenté de s’agenouiller, de laisser Misty parler et de saluer sans la moindre étincelle d’envie ses supérieurs.
Face au Grand Pope, il était absent, hermétique aux exhortations de son souverain à être fidèle à Athéna et, par conséquent, envers lui-même.
Enfin, lorsque le pontife lui fit attribuer une première solde en l’invitant à rester au Sanctuaire, en attendant une première mission, il se sentit davantage abattu.
« Avec ces sacres tu pourras te trouver un toit et des gens pour entamer ta vie au Sanctuaire. Soit bon avec notre peuple, poursuit ton entraînement et tiens-toi prêt pour assurer les quêtes qui te seront confiées. », lui déclara le Pope.
Le retour jusqu’à Honkios n’en fut pas plus palpitant. Les invitations de Misty à prendre la tête d’une troupe, pour diriger la garde d’un secteur du domaine n’évoquaient aucune sensiblerie.

Désormais livré à lui-même dans le domaine sacré, il commence à se diriger vers le sénat afin qu’on lui attribue un logis comme lui a conseillé Misty.
Seulement, en chemin, le doute le ronge de trop. « Est-il possible que mon maître a toujours été ainsi ? », s’interroge-t-il. Il culpabilise : « Comment n’ai-je pu m’apercevoir de rien ? »

La nuit tombe bien vite sans qu’il n’entreprenne aucune démarche. Il souffle de dépit :
Mei - " Me voici voué à une nouvelle nuit à la belle étoile. "
Assis sur sa Pandora Box sur une colline à l’extérieur d’Honkios, Mei observe les étoiles et reconnaît chaque constellation que lui a enseigné Deathmask.
Son attention se focalise soudain sur celle du Lion. « Le Saint d’or du Lion… Il est celui au Sanctuaire qui vit au plus près de mon maître. S’il y a quelqu’un qui pourrait m’en dire c’est bien lui. », se mit-il à espérer.



L’espoir des villageois de Kohortec de voir Hyoga revenir à temps était légitime. Celui de Mei qui espérait en savoir plus sur son maître auprès d’Aiolia l’était moins.
Le mien, de traverser le monde à nouveau, était ambitieux. Tandis que celui d’Isaak était anéanti. Pour lui, l’humanité méritait d’être anéantie.



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