Messages - Kodeni

Pages: 1 ... 18 19 [20] 21 22 ... 30
286
Only for Love / Chapitre 5
« on: 1er May 2010 à 12h38 »
Chapitre 5

Ce 3 mars 1985, le Sanctuaire reste ébranlé par la mort d’Inakis.
Sans être accablé par le décès de la compagne de Milo, c’est la fumée de l’incendie dans lequel le Saint d’or l’incinère qui ne passe guère inaperçue.
Si bien que les répétitions de la Journée Sainte sont interrompues alors qu’il reste encore quelques heures avant le coucher du soleil.


Un soleil déjà voilé à l’extrême nord de l’Europe.
Il a laissé place à la lune sous le hurlement d’une meute de loups regroupée au bord d’une falaise qui surplombe l’horizon.
Un homme sort de la forêt et débouche sur cette espace sans arbres nommé « la clairière de Loki ». Il s’avance au milieu du clan.
Le chef de meute, un loup au pelage gris bleu marqué au front par une cicatrice en forme de croissant de lune, nommé Ging l’accompagne.
Le meneur a une coiffure en forme de crinière blanche. Son haut rouge et son pantalon bleu marine, usés, s’accommodent au style de vie de Fenrir, le loup des steppes.
De ses pupilles, au reflet orangé, il observe l’amarrage d’un fantastique drakkar sorti des temps les plus reculés. Les icebergs présents dans son sillage viennent se fracasser contre sa coque.
Le bateau a ralenti son allure afin d’aborder les rives des terres scandinaves que foulent Fenrir et ses fidèles compagnons à quatre pattes.

Les animaux grognent, retroussent leurs babines et montrent les crocs sans raison apparente. Fenrir s’accroupit et prend Ging dans ses bras : « Allons mes amis, je sais que vous n’aimez pas l’arrivée d’étrangers sur nos terres d’Asgard, mais je ne comprends pas ce qui vous met dans cet état ? Il s’agit là d’un bateau du royaume d’Hilda de Polaris, fixe-t-il le navire. Je ne vois pas ce qui vous choque ainsi mes compagnons. »
Il ferme les yeux et cherche à se concentrer. De la façon dont ses paupières s’agitent, il est aisé de remarquer que le futur God Warrior d’Epsilon manifeste encore des difficultés à manipuler son cosmos. Toutefois à force d’insistance, il finit par ressentir le trouble qui perturbe l’instinct de ses bêtes : « Un homme… Un homme venu des terres du sud. J’éprouve un grand malaise à son égard. Un trouble bien plus grand que celui que je ressens auprès des humains en général. Je suis désolé de ne pas avoir compris aussi vite que toi mon fidèle compagnon, s’adresse-t-il à Ging. La voix du cosmos est quelque chose de difficile à manipuler. Heureusement que je peux compter sur tes sens pour m’aider dans ma quête et mon apprentissage. Il serait plus prudent de garder un ½il sur cet esprit malfaisant, rive-t-il à nouveau son regard vers la côte… »

 
Plus bas, au point d’arrimage de l’embarcation, attendent quelques soldats portant des torches.
Les gardes sont vêtus de casque à cornes acérées. Par-dessous leurs plastrons, certains portent des fourrures, d’autres, plus courageux, gardent leurs bras nus sous les protections métalliques recouvrant leurs avant-bras.
La troupe amoncelée se sépare à l’arrivée d’un géant parmi elle, lui cédant ainsi le passage. L’éclairant de leurs flammes dansantes sous les rafales côtières. Ses longs cheveux blancs tombent dans son dos. Un long maillot bordeaux descend jusqu’à ses cuisses vêtues d’un pantalon de la même couleur. Une boucle ceint sa taille. Ses bottes s’enfoncent dans la neige à mesure qu’il approche du rivage.
Ce paysan veille à la sécurité du royaume depuis que la prêtresse Hilda a épargné sa vie alors qu’il braconnait sur ses terres, payant ainsi sa dette envers celle qui se montra douce et généreuse avec lui. Il témoigne par ce geste, le respect qu’il lui voue depuis cette époque.

Un soldat qui vient de débarquer se presse de l’informer de la situation : « Seigneur Thor ! Nous avons trouvé un bateau ayant fait naufrage à quelques dizaines de kilomètres d’ici. D’après la forme, il s’agirait d’une galère grecque. 
_ Il est précisé, ajoute un second guerrier, dans les registres du palais, qu’un navire marchand parti du Port du Destin en Grèce devait faire escale dans notre royaume, sur demande de sa majesté Hilda de Polaris. Le navire était affrété pour ravitailler notre peuple de quelques marchandises, nous étant impossibles de cultiver par ce climat. La prêtresse avait réussi à négocier, à moindre frais, quelques cargaisons avec un voyageur ayant pris l’habitude de marchander avec les intendants du palais.
_ Hélas, je crois que ce voyage fût le dernier pour notre transporteur, déplore le premier. La coque de son navire s’est sûrement fracassée contre les blocs de glaces dérivant le long des courants. Il est difficile de parvenir jusqu’ici, que ce soit par la mer ou par les airs. Apparemment il avait accompli ce miracle plusieurs fois. Malheureusement ce voyage était celui de trop, le Kraken n’a pas été clément avec lui. Il ne restait à la surface que quelques débris ainsi qu’un homme inconscient agrippé à un épais morceau de la chaloupe. Aucun sac de denrée ni même quelques tonneaux de bon vin n’ont pu être récupérés. Voici l’unique survivant, fait-il venir par le marinier d’un geste de la main le corps du naufragé. A en juger sa tenue et les entailles qu’il porte sur son corps, il est facile de déduire qu’il n’est pas matelot. Il a plutôt l’air d’être un guerrier ! »
Comme l’ont été Fenrir et ses loups, Thor est saisi par l’émanation malsaine déployée par le rescapé pourtant évanoui.
Le naufragé porte une tunique violacée et une épaisse chevelure blonde.
Soutenu sous chaque bras par deux hommes, Thor le prend par le menton et lui lève la tête pour examiner ses traits : « Il ne peut s’agir d’un marchand du Sanctuaire. Le Sanctuaire d’Athéna est situé en Grèce, là où le soleil colore la peau. Cet homme a le teint blafard. Je ne respire pas la légère odeur de souffre qui s’insinue dans la peau des hommes vivant continuellement sous les rayons du soleil, hume-t-il le corps de l’homme assoupi. »
L’escorte de Thor est impressionnée par les talents du paysan.
Ce célèbre chasseur émeut par sa faculté à développer tous ses sens pour traquer ses proies. On dit de lui qu’il est le plus grand trappeur du bas peuple. Il serait même capable de rivaliser avec les plus nobles chasseurs du pays, y compris le réputé Syd de Mizar.
_ « Bien. Je ne sais par quel miracle il a survécu dans cet océan glacial qu’est l’Arctique mais il aura l’occasion de nous le dire lorsqu’il retrouvera ses esprits. Qu’on le conduise dans un cachot ! »


Plus haut, au temple du Walhalla, Hilda se tient sur le balcon de sa vaste chambre.
Dans sa longue robe ciel à manches gigot, elle observe la voûte céleste de ses magnifiques yeux lumineux abrités dans un écrin de longs cils d’un noir profond.
_ « La nuit s’annonce douce, commente-t-elle de sa voix harmonieuse ce qu’elle lit dans les étoiles. Odin veille sur nous. Le peuple appréciera ce calme. Si seulement il pouvait en être toujours ainsi… »
Quelques larmes s’écrasent sur le parterre de marbre qui habille le balcon.
Agenouillé jusqu’ici à ses côtés, un athlétique jeune homme se presse de prendre sa souveraine dans ses bras : « Allons majesté ! Votre peuple est heureux de subir ce dur climat si cela permet de garantir la survie de notre planète. Vos gens vous aiment et accepterons sans hésiter le sort que vous leur destinez, quel qu’il soit ! »
Ses mains chaudes saisissent chaleureusement les épaules d’Hilda. Il poursuit avec une voix affectueuse : « Et moi, je vous suivrai à chaque instant et peu importent les conséquences. Il n’y aura rien ni personne capable de braver l’énergie que je voue à votre existence. »
Elle se retourne puis le remercie en lui offrant une mine plus sereine.
Lorsque le regard d’Hilda vient croiser le sien, Siegfried est troublé.
Il se rabaisse aussitôt aux pieds de sa souveraine. Il incline la tête et prononce : « Ô Grande Prêtresse ! Vous êtes seule apte à guider mes pas et mon c½ur en ce monde. Je ne saurai accepter votre remerciement lorsqu’il est de mon devoir de vous honorez comme il se doit. »
Hilda est touchée par tant de paroles. Elle est habituée aux déclarations pleines d’honneur de Siegfried et devine l’intérêt personnel qu’il lui porte.
Pourtant elle n’arrive pas à manifester cet amour réciproque. Elle se sent profondément ridicule alors qu’elle incite sa s½ur cadette à se dévoiler auprès du valeureux Hagen de Merak.
Le c½ur de la prêtresse s’emballe lorsque Siegfried entame son annonce : « Majesté, pardonnez-moi si ma proposition est déplacée, que mon âme soit châtiée par Odin si tel venait à être le cas, j’aurais voulu… J’aurais voulu vous dire… »
Soudainement, un bruit sourd vient l’interrompre. Tout deux reconnaissent le souffle d’un instrument.
_ « Le cor d’alarme d’Asgard, se relève Siegfried d’un bon ! Il vient de se produire un évènement sur le domaine ! »
Il se hâte vers la porte de sortie. En chemin il agrafe une lanière de cuir, qu’il avait retiré pour se présenter face à Hilda, autour de son torse afin de cuirasser légèrement son épaule gauche et son c½ur. Hilda l’intercepte avant qu’il ne rejoigne les troupes déjà dehors : « Siegfried ! Qu’avais-tu de si important à me soumettre ?
_ Je… heu… je souhaitais simplement vous informer que je vous trouve très en beauté ce soir majesté, balbutie-t-il en rougissant. »
Puis il presse aussitôt le pas. Flattée, Hilda rougit.


Dans la cour du temple du Walhalla, une troupe composée de soldats se forme.
Piqués d’une curiosité amusée, certains aristocrates vivant au palais se précipitent à leur fenêtre et regardent le désordre prendre forme.
Du brouhaha qui émane de l’attroupement, on peut entendre quelques interrogations et sentir une certaine tension.
Adossé à une fenêtre du temple, un noble à la chevelure vert pale observe le débat.
Son habit prouve qu’il fait parti de la haute société. Le maillot vert qu’il porte par-dessus son pull noir a le col brodé avec de la soie dorée. Il se retourne en direction de ses parents qui ne semblent guère soucieux de la situation, tous deux étant assis sur une peau d’ours jetée devant la cheminée, le feu crépitant dans l’âtre. Le couple, en tête-à-tête, déguste un verre de vin sans éprouver le moindre intérêt au vacarme prenant vie hors de ses murs.
_ « Allons Syd, interpelle le père ! Ne t’inquiète donc pas, il doit encore s’agir d’un pauvre qui chasse sur les terres royales.
_ Je n’en suis pas certain… Père ! Mère ! Je pars immédiatement en compagnie de nos soldats voir ce qui se passe. »
Il enroule une cape autour de son cou et réalise un bond prodigieux.

Un des guerriers rassure les autres en s’exclamant : « Oh regardez ! Voici Syd de Mizar ! Nous sommes sauvés ! »
Imbu de sa personne, Syd est ravi d’un tel accueil : « Et bien que se passe-t-il ici ? Pourquoi le cor d’alarme résonne-t-il ? »
L’un s’avance en bousculant les autres. Il tombe épuisé face à Syd. Sa cuirasse est fissurée de toute part : « Le cor a été soufflé par Thor de Phecda. Nous étions chargés de conduire au cachot le rescapé d’une galère qui a sombré à des lieues d’ici pour l’interroger en compagnie de Thor de Phecda. En chemin, près de la clairière de Loki, le bougre a retrouvé ses esprits et s’est enfui en forêt après nous avoir défaits. Nous étions cinq à escorter le seigneur Thor. Le combat a été acharné. Deux d’entre nous ont péri tandis que nous autres, les survivants n’avons été que légèrement blessés… »
Légèrement blessés. Le mot est faible au regard des marques laissées sur son corps. Cela prouve bien le courage de ses hommes prêts à aller jusqu’au bout de leur peine pour la défense du royaume.
_ « … Il maîtrise aisément l’art du combat, poursuit le survivant. Il s’est enfoncé dans la forêt de Loki, au nord-ouest du domaine, non sans avoir été également atteint par nos assauts. Thor a demandé à ce que l’alerte soit donnée avant qu’il ne parte à sa recherche.
_ Bien. Nous allons nous séparer en équipes de dix soldats pour les répartir aux quatre coins du royaume, entreprend Syd. A l’heure qu’il est, notre fugitif s’est déjà engouffré dans la forêt qui borde les rivages ou encore, a peut-être quitté notre territoire pour rejoindre les terres glaciales du sud. Si tel est le cas, il ne pourra survivre car à moins d’atteindre la Sibérie, aucun autre royaume ne peuple les environs. De combien d’hommes disposons-nous actuellement ?
_ Nous avons pu regrouper une centaine d’hommes, répond un guerrier sortant des rangs. J’ai fait envoyer des messagers dans les villages pour avertir ceux qui ne le sont pas encore. J’ai demandé à ce que les postes frontières restent surveillés par les équipes déjà sur place.
_ Bien Utgarda de Garm, le félicite Syd. Je souhaite que deux équipes restent ici afin de veiller sur la Princesse Hilda. Je pars de ce pas sur les traces de ce fuyard. J’avancerai plus vite en partant seul. 
_ Attendez, complète une voix ! La Princesse Freya n’a pas été retrouvée à l’intérieur du château. Il est possible qu’elle soit en compagnie de Hagen. J’aimerais qu’une équipe parte à leur recherche pour les escorter jusqu’au Walhalla en toute sécurité. »
Lorsque la foule reconnaît le brave Siegfried de Dubhe, tous s’agenouillent, excepté Syd qui incline légèrement sa tête.
_ « Je reste ici pour diriger les troupes, lance un cor Siegfried à Syd. Préviens-nous par cet instrument dès que tu auras retrouvé la trace de notre prisonnier. Bonne chance mon ami. »
Syd courbe encore une fois la tête puis se lance à toute vitesse dans cette chasse à l’homme.


Au beau milieu du Mont Baldr, une chaîne montagneuse du centre est du royaume où Seiya et ses amis livreront de nombreux combats dans quelques mois, de la fumée monte d’une petite maisonnette.
A l’intérieur, un jeune homme dont quelques mèches blondes tombent sur les épaules fait les cents pas. Ses yeux, d’un bleu perçant et rongés par l’angoisse, restent rivés sur le corps étendu de sa charmante compagne restée entièrement dévoilée à son regard.
La belle demoiselle tient sa tête dans le creux de son bras droit et passe sa main gauche dans ses boucles blondes. Ses yeux émeraude sont nourris d’admiration pour son amant.
_ « Allons Hagen, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. L’alarme a due être lancée après qu’un villageois ait volé dans les champs du palais. Pas de quoi s’affoler.
_ Vous avez tort Princesse Freya ! Au fil des années j’ai appris à manipuler l’énergie qui émane de mon âme. Cela me permet de ressentir celle d’autres personnes. Je ressens une étrange sensation de gêne depuis quelques heures.
_ Cela ne t’a pas empêché de m’enlever jusqu’ici mon beau prince charmant, se fait-elle railleuse face à son sérieux !
_ Vous ne devriez pas vous amuser de notre situation Princesse, demeure-t-il sage ! Imaginez que votre s½ur soit au courant de notre relation. Qu’elle sache que j’ai pris votre innocence royale, divine même ! Je pourrais être banni et ça n’en serait que justice. »
Freya se lève et marche gracieusement vers Hagen. Ravissante, elle se colle contre le torse du futur God Warrior qui ne porte que son pantalon azur.
_ « Ne sois pas sot ! Ma s½ur serait ravie de savoir que nous nous sommes échangés nos v½ux. C’est d’ailleurs elle qui m’y a encouragé.
_ Alors pourquoi continuer à nous cacher ?
_ Simplement par respect envers Hilda. Alors qu’elle me pousse à t’avouer mes sentiments, elle se retrouve incapable d’agir de même envers le seigneur de Dubhe.
_ Vous voulez dire que Hilda est éprise de mon ami Siegfried ?!
_ C’est évident ! Tout le monde le voit. Mais leur idylle est très spirituelle. C’est ce qui la rend encore plus belle. C’est romantique tu ne trouves pas ? »
Le fier, beau et brave Hagen est saisit. Il a toujours vécu son attirance envers Freya comme un affront envers Odin. Lui originaire du bas peuple, par sa détermination, est parvenu à se hisser à un des plus hauts rangs du royaume. Il brave chaque jour mille dangers pour développer son savoir. Maintenant que son rêve est réalisé, il craint d’avoir agi de façon abjecte, s’estimant trop inférieur pour profiter des sentiments de Freya. Comme si Odin avait choisi de récompenser ses efforts en ensorcelant Freya pour la soumettre à sa volonté.
Il est évident qu’il se trompe et grâce à sa déclaration, Freya le ramène à la raison.


Tout à l’ouest, dans la forêt de Loki, un jeune enfant tire sa petite s½ur sur une luge.
Tous deux s’amusent à se traîner dans la neige et semblent ne pas s’être souciés du retentissement de l’alarme bien que ces avertissements soient enseignés aux enfants de ce territoire dès leur plus jeune âge pour les informer du danger.
Le petit garçon remarque au loin une forme affalée contre un arbre.
Il reste d’abord interdit. Puis, il essaie de discerner de quoi il s’agit.
Il fait mine à sa s½ur de cesser de faire du bruit et avance vers ce qu’il reconnaît être un homme.
Celui-ci est blessé. Ses plaies sont fraîches. Sa tunique est complètement déchirée. Ses paupières sont closes tandis que ses cheveux jaunes sont souillés du sang jaillit de ses blessures à la tête.

Tapis dans l’ombre, plusieurs loups observent la scène…

Armé d’une branche d’arbre, le courageux garçon secoue le corps inerte : « Monsieur… Hé… Monsieur… »
Le malheureux enfant se retourne vers sa s½ur et fait la moue pour lui indiquer que le blessé ne se réveille pas.
Tout à coup, la petite fille commence à trembler.
Elle remarque la silhouette se relever derrière son frère.
Tétanisée, elle est incapable de crier à l’aide.
Le naufragé abat sa main sur l’innocent enfant…


Au temple du Walhalla, munie d’une chandelle, la princesse Hilda visite les nombreuses chambres de son palais.
La flamme vacillante, qu’elle dirige doucement au devant d’elle, éclaire son passage dans les ténèbres des couloirs, petite trace de chaleur renforçant le courage de la fière walkyrie.

Au bout d’un couloir, la voix perfide d’un jeune homme aux cheveux améthyste la fait frémir : « Vous ne devriez pas vous promener seule majesté. Il semblerait qu’un rôdeur mal intentionné soit dans les parages. »
Hilda surprise sur l’instant se ressaisit aussitôt : « Et qu’aurais-je à craindre dans mon propre palais entourée de mes fidèles protecteurs Alberich ?
_ Vous avez justement tout à craindre avec une armée comme celle-ci. Vos troupes sont mal organisées et la défense du pays est bien inquiétante. Si vous aviez accepté de me nommer intendant quand je vous en avais soum… »
Hilda remet les choses au clair en coupant la parole à l’ingénu et inquiétant bourgeois : « Nous avons déjà abordé ce point de trop nombreuses fois ! Pour la simple et bonne raison que nous ne sommes pas en temps de guerre, Asgard n’a pas besoin de lever une armée davantage conséquente à celle dont nous disposons déjà. La Terre est sous la protection d’Athéna depuis des millénaires et jamais nous n’avons eu à nous plaindre de ses actes. La seule chose à laquelle nous pourrions nous attendre, c’est qu’elle réclame un jour notre aide en cas de bataille contre un dieu maléfique. C’est à cela que Siegfried de Dubhe s’attache en compagnie de valeureux soldats comme Hagen de Merak, Syd de Mizar…
_ Pff… Siegfried ! A quoi bon vous présenter mes projets alors que vous n’avez d’yeux que pour lui. »
L’insolence d’Alberich prend très vite l’ascendant durant l’échange…

Alors qu’il effectue de multiples rondes dans l’enceinte du château, Siegfried surprend la conversation au ton irrespectueux, dirige ses pas sur les lieux de la discorde, intervient et ramène l’ordre de par sa présence: « J’ai cru vous entendre vous emporter ! Quelque chose ne va pas votre majesté ?
_ Ce n’est rien vaillant soldat de Dubhe, ironise Alberich ! J’étais simplement en chemin vers notre vaste bibliothèque afin d’étendre mon savoir et le mettre au profit du royaume. Sa Majesté Hilda se ravissait alors fort bien de pouvoir compter sur mon éminence grise. »
Alberich tourne aussitôt les talons et quitte le couloir, abandonnant ainsi sa souveraine irritée par son attitude bravache…


Dans la forêt de Loki, Thor titube.
Il se tient les côtes.
Sa pommette droite semble avoir été fendue par son assaillant lorsqu’il a pris la fuite quelques heures plus tôt.
Accroupit, il observe les branches de frondaisons cassées lors du passage de l’ennemi.
Il ne semble pas être le seul à suivre cette trace puisque le célèbre Syd le rejoint : « En effet. Il semble qu’il ait choisi de remonter en direction du palais ! »
Thor se retourne et salue Syd avec le respect qui lui est dû.
_ « Allons, s’en amuse Syd ! Tu ne vas pas me faire croire que Thor de Phecda, le célèbre paysan réputé pour se soulever contre les oppresseurs aime faire des courbettes auprès des nobles du domaine.
_ Bien, soupire Thor ! Si tu le prends ainsi… Je poursuis ma route !
_ Attends, reprend sérieusement Syd ! Tu es blessé. Même si ce n’est que légèrement, nous ferions mieux de ne pas prendre cet étranger à la légère. Nous ne serons pas trop de deux pour le retrouver. »

Les deux futurs alliés remontent la piste en examinant le moindre indice qui peut les aider à débusquer l’inconnu.
Les deux hommes ne se connaissent que de réputation et ne sont pas prêts à faire fi des à priori qu’ils ont l’un de l’autre. Leur association est contrainte, en témoigne le froid palpable entre eux.

A mesure qu’ils remontent les indices qu’ils débusquent, ils entendent les appels au secours de la petite fille qui était accompagnée de son frère quelques minutes plus tôt.
Les deux hommes se regardent et agitent la tête pour se décider à la rejoindre.
Syd surgit devant la pauvre gamine et l’assaille de questions : « Que se passe-t-il ? On cherche un homme ! L’as-tu vu ? »
Thor écarte Syd du bras : « Allons, il s’agit d’une enfant ! Ne la brusque pas. Laisse-moi faire ! »
Le géant s’accroupit devant la petite qui a les mains devant les yeux pour essuyer ses larmes. Il les lui attrape et brûle doucement son cosmos qu’il apprend à commander depuis quelques temps déjà.
Sa cosmo énergie est apaisante. Elle calme la paysanne.
_ « Calme toi. Reprend ton souffle et explique-moi pourquoi tu es dans cet état, l’interroge Thor d’un ton affectueux.
_ Mon frère… le mort a enlevé mon frère…
_ Le mort ?
_ Oui. Le monsieur allongé dans la neige avec les cheveux jaunes aux reflets verts. Ses habits étaient troués. Il ne bougeait plus jusqu’à… jusqu’à…
_ Jusqu’à quoi, s’impatiente Syd ?!
Thor s’agace de l’attitude de Syd. Il gronde :
_ Silence, s’agace Thor de l’attitude de Syd ! Prends ton temps, reprend-il un ton mielleux après avoir respiré un grand coup, tu n’as plus rien à craindre à présent.
_ Jusqu’à ce que ses yeux s’ouvrent et qu’il enlève mon frère. Il a dit qu’il ne lui ferait pas de mal tant que nous ne cherchions pas à contrecarrer ses plans. Ils sont partis vers le palais de la Princesse Hilda.
_ Ses plans, est intrigué Syd ? Je ne vois pas ce qu’un combattant seul projette de mener dans un lieu comme celui-ci ?
_ Moi non plus.
_ Mais au fait, pourquoi vous a-t-il attaqué, questionne Syd ?
_ Nos hommes ont repêché son corps en mer, semble embarrassé Thor. Il ne fait pas partie du Sanctuaire. Il arrive que le Sanctuaire envoie ses émissaires pour veiller sur la docilité de notre dieu. Mais là on voyait clairement qu’il n’était pas un prêtre d’Athéna. J’ai donc décidé qu’il fallait l’interroger. En chemin il a repris connaissance. Lorsque j’ai voulu lui poser quelques questions, il est resté silencieux. Il murmurait des choses comme « misérables pantins, comment osez-vous me traiter de la sorte » ou encore « dire qu’un peuple aussi barbare détient les écris les plus précieux de notre temps ». Il semblait très intéressé par nos reliures sacrées et a commencé à nous poser des questions auxquelles j’ai ordonné de ne pas répondre tant qu’il ne serait pas mis aux fers. C’est à cet instant qu’il s’est débattu en dégageant une énergie cosmique assez inquiétante. Il a mis hors de combat non sans mal nos hommes. J’ai cru être de taille sur l’instant. Mais plus les minutes passaient et plus il semblait lui-même surpris de l’énergie qu’il était capable de dégager malgré son état de santé amoindri. Sa force augmentait de minute en minute sans qu’il en connaisse lui-même la cause. Alors qu’il concentrait sa force dans son poing l’onde cosmique qui s’en dégagea prit la forme d’un dragon qui s’abattit sur mon visage et me fit cette blessure, indique-t-il du doigt sa pommette fendue… Je me suis réveillé quelques minutes plus tard. Les pas laissés dans la neige suggéraient qu’il se précipitait dans la forêt de Loki. J’ai saisi le cor d’alerte sur le corps d’un des soldats. La suite tu la connais…
_ C’est étrange. En s’engouffrant dans la forêt de Loki, il prend la direction du sud, celle qui est à l’opposé du Walhalla. J’imagine qu’il a choisit de se cacher en forêt et de regagner les bois au centre du domaine. Il arrivera alors dans la forêt d’Améthyste et n’aura qu’à remontrer tranquillement jusqu’à notre grande Prêtresse Hilda… Nous devons nous diriger au centre, dans la forêt d’Améthyste immédiatement, s’élance Syd ! Nous l’y retrouverons sûrement !
_ Et cette petite fille, le rattrape-t-il par le poignet ? Nous ne pouvons pas la laisser seule.
_ Tu n’as qu’à la conduire au village le plus proche. Les villageois feront atteler des chevaux pour la ramener auprès de ses parents. Je peux le retrouver seul.
_ Néanmoins ça ne serait pas prudent que tu partes sans moi. Tu l’as toi-même dit tout à l’heure, on n’est pas trop de deux. Elle va venir avec nous, la hisse-t-il dans ses bras ! »
Syd secoue la tête. Il est navré de la compassion qui se dégage de ce grand nigaud.
Toutefois, l’homme qu’il ne connaissait que de réputation jusque là commençait à lui plaire. Son sens du devoir et sa gentillesse font de lui un atout de poids au royaume.
Tous deux s’enfoncent dans la brume à la recherche de l’homme qui dans l’avenir sera un Juge des Enfers.


En effet, loin devant eux, Rhadamanthe qui a embarqué il y a quelques mois sur une galère pour rejoindre Asgard, traîne le frère qui braille.
_ « Tu as de la chance d’être mon ticket de sortie vulgaire humain, s’agace-t-il des cris du gamin. Sans quoi je t’écraserai comme ces gardes qui m’ont accueilli sur la côte. »
Il remarque qu’une horde de loups de plus en plus nombreuse suit ses pas.


Plus à l’ouest, Syd est obligé d’attendre Thor chaque fois qu’il essaie d’augmenter la cadence : « On perd trop de temps. Cette petite fille nous ralentit. Tu n’arrives pas à me suivre. Surtout… »
Il s’arrête brusquement de parler et fait un tour complet sur lui-même. Thor achève la phrase de son coéquipier : « Surtout que nous sommes pris en chasse. »
En effet des buissons, jaillit une meute de loups.
Les animaux aux crocs acérés se déploient autour des hommes. Les observent. Les encerclent.
Leurs sens sont à l’affût.
_ « Ces animaux sont doués, confesse Syd. Toi et moi sommes les trappeurs les plus reconnus du royaume. Alors même que nous étions dans une chasse à l’homme nous n’avons pas remarqué que nous étions devenus des proies. Tu crois que c’est notre homme qui dirige ces bêtes ?
_ Je ne pense pas non. Les loups de notre contrée ne s’attaquent pas aux hommes. Ils s’efforcent même de ne pas les rencontrer. On raconte que le meneur de la meute est un riche héritier des Terres d’Asgard. Autrement dit c’est lui qui nous les a envoyés. C’est clair maintenant non ? Lui qui refuse toute civilisation nous attaque alors que nous cherchons un ennemi. Il prouve clairement son hostilité envers nous… A moins…
_ A moins qu’il ait choisi d’affronter notre ennemi seul ! »


Au centre ouest, à la sortie de la forêt de Loki et à l’orée de la forêt d’Améthyste, Rhadamanthe arrête et rejette violemment l’enfant dont la course se termine contre un tronc d’arbre.
Le petit glisse le long de l’écorce et, groggy, s’affale dans la neige.
_ « Nous ne sommes pas seuls ! Je te conseille de te tenir à carreau pendant que je m’occupe des parasites qui nous suivent. »
Rhadamanthe ferme les yeux. Il ressent plusieurs présences : « Sortez de votre cachette. Je cesse d’être le gibier. Passons à l’action. »
Un homme surgit alors de derrière un bosquet. Le loup des steppes place ses doigts devant sa bouche et siffle une note en direction de la forêt afin d’appeler à lui les chasseurs mené par Ging.
_ « Je t’ai observé depuis ton arrivée à Asgard, sourit Fenrir. Tu sembles avoir quelque chose en tête qui représente un idéal suffisamment important à tes yeux pour menacer un enfant et tuer de sang froid des hommes.
_ Si tu souhaites sauver ce misérable mioche ne te gêne pas ! Je te le laisse ! La seule chose que je souhaite c’est me rendre au temple du Walhalla sans encombre. J’ai des choses à y apprendre.
_ Tu n’y es pas ! Je me moque éperdument de la vie des humains et encore plus de ce pleurnichard. Si je suis ici, c’est simplement pour connaître la cause du mal être qui me ronge depuis ton arrivée. Nous sommes pourtant semblables en tout point. Nous sommes deux tueurs et nous méprisons l’humanité. Je ne vois pas pourquoi mes loups se méfient de toi.
_ Je ne méprise pas l’humanité. J’ai justement un sens des valeurs trop important pour ne pas chercher à sauver ce monde qui pourrit, remet les choses au clair Rhadamanthe. Je suis en quête de savoir. J’ai besoin de trouver un idéal qui me permettra de me ranger aux côtés d’un dieu qui saura gouverner ce monde. Un dieu instaurant des règles qui donneront aux hommes plus de fierté mais aussi un plus grand respect pour la planète qu’ils peuplent. Athéna n’est pas capable de m’offrir ce genre de garantie et de principe. Pas plus que le dieu que vénère Asgard puisqu’il se plie à la volonté du Sanctuaire. Il doit bien exister une entité supérieure à ce pantin qui se nomme Odin ! Quant à tes animaux, ce sont de vulgaires chiens qui s’inquiètent d’être face à quelqu’un de bien plus sensé que leur maître !
_ Comment oses-tu ? Ging et sa meute sont les seules personnes en qui je crois. Ils ont sacrifié mainte fois leur vie pour me prouver leur fidélité. C’est Odin, lui-même, qui m’a prouvé que l’amour existait sur cette planète par l’intermédiaire de mes compagnons. Je ne te laisserai pas insulter un dieu qui a mis sur ma route les seuls êtres méritant ma confiance. Tu paieras pour ton insolence. Moi Fenrir d’Alioth, le loup des steppes, je te ferai ravaler ton arrogance. En garde !
_ Tu ne me facilites pas la tâche, se positionne-t-il. Moi, Rhadamanthe, par ma force et ma violence je vous enverrai toi et tes bâtards en enfer ! »
Les deux combattants s’observent alors que les diverses cohortes d’Asgard sont dispersées sur le territoire et que Thor et Syd sont pris au piège…

287
Only for Love / Re: Présentation / Histoire
« on: 1er May 2010 à 11h57 »
Tu fais comme tu veux, c'est juste que c'est plus digeste pour de longs pavés de texte. :)
Non, non, tu as raison.
Du coup j'ai d'ailleurs rectifié mes premiers sujets.

288
Only for Love / Re: Présentation / Histoire
« on: 23 April 2010 à 12h50 »
Ok, je m'occuperai de ça dès les prochains posts/

289
Only for Love / Re: Présentation / Histoire
« on: 21 April 2010 à 9h54 »
Merci beaucoup Ryo.

290
Only for Love / Re: Présentation / Histoire
« on: 20 April 2010 à 17h55 »
Merci beaucoup.

La suite ne devrait pas tarder.
J'avais déjà publié les 14 premiers chapitres. Faute de temps je n'ai pas encore pu tout remettre en ligne via ce blog.
Je compte rattrapper ça très vite et reprendre mon rythme de parution initial, c'est à dire un chapitre par mois.

291
Only for Love / Chapitre 4
« on: 19 April 2010 à 16h39 »
Chapitre 4

Depuis l’annonce de la venue d’Hébé lors de la Journée Sainte, les mois ont défilé.
Les jours se sont succédés au rythme des répétitions et des préparatifs à l’événement.

Ce 3 mars 1985, Apodis et ses hommes reproduisent depuis la parade en compagnie de centaines d’autres soldats et Saints.
_ « Celle-ci démarrera des villages proches des remparts ouest où elle accueillera la déesse Hébé et son escorte, explique de nouveau en faisant de grands moulinets avec ses bras un prêtre à qui le Grand Pope a confié l’organisation. Elle remontera jusqu’au centre du Sanctuaire pour atteindre le village central d’Honkios. Le chemin emprunté par la fanfare a été totalement refait pour l’occasion et les routes se sont vues couvertes de pavés. Des cortèges de musiciens de chaque village traversé ont préparé leur accueil. Et les gardes, pour l’occasion, ont reçu de nouvelles armes et de nouvelles cuirasses. Tout a ainsi été mis en ½uvre pour faire bonne impression à Hébé. Les vétérans ainsi que les prêtres qui officieront lors des cérémonies en l’honneur d’Athéna, s’affairent à préparer les offrandes. Cela va de la simple corbeille de fruits pour le bourg le plus démuni à l’immense statue d’or pour la cité la plus riche. Les habitants n’ayant pas les moyens de se rendre au grand colisée pour le festival ont également tenu à marquer le coup en se fabriquant de petits lampions qu’ils feront scintiller en suivant le cortège. »
Masquant un sourire de nervosité, lui qui a entendu ça chaque jour depuis le début des préparatifs, Apodis se gratte la joue et baisse les yeux pour ne pas croiser les regards complices d’Aphrodite et Misty. En effet, ils seront chargés d’accueillir la déesse.
_ « Le colisée a été agrandi à l’occasion puisque des places ont été rajoutées au sein même de l’arène. Pouvant recevoir habituellement mille personnes, il peut exceptionnellement en accueillir trois milles cette année, poursuit le prêtre. Au pied des douze maisons, des dizaines d’enfants répètent la chorégraphie qu’ils joueront dans l’amphithéâtre. Plus loin des adolescents, des adultes et des anciens font de même. Les douze travaux d’Hercules seront mis à l’honneur et constitueront le thème central de la cérémonie. Tout cela en hommage à Hébé qui épousa ce dernier en des temps reculés. Bien entendu, la réincarnation d’Hébé n’a de nos jours aucun rapport avec le demi-dieu mais ce spectacle sera avant tout l’occasion de célébrer les temps anciens… »
_ « Nous sommes la veille de la Journée Sainte, souffle discrètement le Suédois resplendissant dans sa Cloth à Misty et Apodis, vous ne croyez pas qu’avec toute cette montée d’adrénaline il serait de bon ton que nous convions ce prêtre à nos sorties nocturnes. Ca lui ferait le plus grand bien de décompresser un peu. »
Pouffant le plus discrètement possible, les Saints, d’argent et de bronze, se gardent d’interrompre le religieux qui poursuit sans discontinuer.
_ « Dans le stade, les dresseurs s’assurent que la représentation qu’ils donneront en compagnie de leurs bêtes soit au point. Ils assureront l’avant dernière partie du spectacle, juste après les travaux d’Héraclès. L’ouverture se fera par un long récital dédié à la gloire d’Athéna et mené par divers poètes du domaine sacré. Enfin, le Pope a insisté pour que la clôture se fasse par la mise à mort de condamnés arrivés du dernier territoire conquis au nom d’Athéna, le Mont Kailasa en Inde… »


Depuis le balcon jouxtant sa salle d’audience, le Grand Pope observe à travers la tunique d’Arlès de loin tout son peuple s’affairer à réaliser la meilleure cérémonie qui soit.
_ « Demain sera le jour de vérité pour moi, songeait-il. Je devrai une fois de plus mentir à Hébé en prétextant qu’Athéna souhaite rester seule. »
Plus loin, dans ses appartements, les prêtres d’Athéna prépare sa tunique dans la salle d’à côté.
Pour duper la déesse il portera son casque d’or, ainsi qu’un foulard d’un bleu marin qu’il fera tomber sur ses épaules. Cet habit lui donnera un air plus calme, moins hostile, comme lorsqu’il se promène auprès du peuple en se faisant passer pour Shion.


Plus bas, à l’abri de toute cette agitation, dans la huitième maison du zodiaque, Milo est assis au bord de son lit.
Ses cheveux d’un bleu vif tombent sur son torse nu et s’accordent parfaitement avec son pantalon de même couleur.
Il tourne la tête pour observer une paysanne avec qui il vient de passer la nuit. Milo sourit en la regardant. Il la connaît depuis si longtemps se rappelle-t-il.
Il l’a rencontré le soir où le Pope l’a nommé Saint d’or en compagnie de Camus.
Ils étaient encore bien jeunes. Depuis, Milo, Camus, cette paysanne et quelques unes de leurs amies sont inséparables. Bien que le Saint du Verseau soit distant lorsqu’ils sont en bande durant leurs permissions, il n’en reste pas moins le camarade le plus fidèle du Scorpion.
Se remémorant leur passé commun, Milo bondit de son lit et saisit un rouleau de papyrus ficelé par une cordelette. Le document était maintenu fermé par un cachet de cire marqué du sceau du Verseau.
Le soldat fraîchement arrivé de Sibérie après des mois de voyage, lui a prestement remis ce courrier en mains propre hier matin.
Depuis qu’il a reçu des nouvelles, Milo ne cesse de lire et relire cette lettre.
A l’instant même, il s’adosse dehors, contre une colonne de son temple, oriente le papier pour l’illuminer avec la lumière du soleil, et lit le texte qu’il connaît déjà par c½ur.
« Mon ami,
Voici une nouvelle année qui commence.
J’ai eu vent des menaces qui pèsent en Inde. Je suis rassuré de savoir que la guerre a été vite remportée par nos armées et que tu n’as pas eu à mettre ta vie en péril.
De mon côté, je me ressource en Sibérie, en compagnie de mon disciple le Seigneur Crystal.
En ce moment le temps est agréable, la neige ressemble à un doux manteau de coton sur lequel Hyoga et Isaac, les élèves du Seigneur Crystal, se roulent en se chamaillant.
Ils me rappellent qu’à une époque nous aussi nous étions loin de nous imaginer que le destin du monde serait un jour entre nos mains.
Autrement, je suis navré de ne pas avoir retrouvé Lena Saint de bronze de la Boussole à mon arrivée en Russie. Bien qu’elle partage sa vie avec celle du Crystal Saint, j’en conserve malgré tout un agréable souvenir…
Une chaleur enfouie au plus profond de mon être.
Comme tu le sais, tout a changé pour moi après la mort de la s½ur de mon ami Surt à Asgard. Je m’étais alors juré que dans une seconde vie, je paierai ma dette envers Surt et ai choisi de garder pour moi mes sentiments afin qu’un tel incident ne se reproduise plus. 
Mais tu as su briser la glace qui protège mon c½ur et au fond, tu as découvert une chaleur que toi seul peux nourrir.
Quoi qu’il en soit, tu restes le seul à qui j’ai toujours livré mes secrets.
Je me remémore fréquemment mon arrivée au Sanctuaire. Mon maître avait annoncé au Grand Pope que j’étais digne de lui succéder.
A mon entrée dans la chambre du Pope tu étais là, venu toi aussi chercher sa bénédiction pour ton sacre. Nous fûmes adoubés ensemble.
Le soir même nous avions fêté cela dans une taverne d’un village reculé au Nord du Sanctuaire et la nuit s’était finie dans le foin d’une grange en compagnie de filles de paysans.
Enivrés par le succès nous nous lancions dans de grands projets : toujours satisfaire la volonté d’Athéna afin qu’elle nous accorde une retraite dorée.
Nous aurions sauvé de la tyrannie d’un autre dieu nos futures épouses puis nous aurions tous vécu heureux dans une campagne reculée du Sanctuaire avec nos enfants, eux aussi unis pour la vie.
Enfin, côte à côte, nous aurions relevé notre dernier défi et aurions péri ensemble en embrasant toute notre cosmo énergie.
Le temps des promesses me semble déjà si loin lorsque je vois la génération future prête à croquer le monde trop prématurément.
Ils sont encore trop concentrés sur leurs émotions pour se vider l’esprit et remporter un combat à mort.
Comme je les comprends pourtant ! Faire abstraction de notre amour sincère lorsque je mets ma vie à prix n’est pas chose facile.
Mon rouleau de papier est bien trop court pour que je puisse évoquer tout ce que je ressens et à quel point je suis confus de ne pas pouvoir assister en ta compagnie à la Journée Sainte.
Je viens seulement de retrouver Hyoga et Isaac, j’aimerais leur prodiguer quelques conseils avant mon départ.
Je suis certain que tu comprends.
Nous nous retrouverons très bientôt Milo du Scorpion, mon ami, mon frère, ma moitié.
Kohortec, Sibérie Orientale.
Le 5 janvier 1985.
Camus. »

Milo entend soudain sa compagne se lever. Il enroule la lettre et la serre en son poing.
La main de la paysanne glisse sur son dos râblé tandis qu’elle dépose sa tête contre l’épaule du fier chevalier.
Ses yeux couleur amande sont chargés d’amour. Sa longue chevelure vert olive est balayée par le vent. Elle porte le long de son corps dévêtu la cape que Milo attache habituellement à sa Cloth.
Le connaissant depuis l’enfance, Inakis, devine le trouble de Milo.
_ « Quelque chose ne va pas mon beau chevalier ?
_ Camus ne viendra pas à la Journée Sainte, se retourne-t-il visiblement abattu.
_ Ca veut dire que demain tu passes la journée avec moi, affiche-t-elle une mine friponne.
_ Toute une journée à deux, la prend-il dans ses bras ! Je ne sais pas ce qu’on va bien pouvoir faire ?
_ Moi j’ai une petite idée de la façon dont on peut occuper notre temps, déroule-t-elle la cape de Milo pour lui exposer sa tenue d’Eve. »

Soudain, un déclic cosmique avertit Milo.
Il se dépêche de replier la cape d’Inakis pour dissimuler ses formes.
Une personne arrive sur le champ latéral de la maison du Scorpion où les deux tourtereaux s’amusent.
_ « Pourquoi me caches-tu donc l’anatomie de ta petite camarade Milo, provoque Aphrodite qui remonte par le passage secret ?
_ Te revoici déjà venu des répétitions de la Journée Sainte, allonge froidement son ongle Milo pour en faire un aiguillon !
_ Allons Milo, range tes griffes. Tu sais bien que les paysannes ce n’est pas mon truc. Pas assez raffinées à mon goût ! Attends-toi juste à me revoir passer pour rendre visite à mon ami Deathmask. Il a un sens de l’hospitalité bien plus délicat que le tien. »
Malgré son ton hautain, Inakis est subjuguée par la beauté du Suédois.
_ « Alors passe ton chemin et vite, le remarque jaloux Milo !
_ Très bien très bien, pas la peine de sortir de ses gonds. »
Aphrodite prend le temps de traverser nonchalamment la surface et, un peu plus loin, se retourne et interpelle la paysanne : « Pardonnez-moi mademoiselle. Je ne voudrais pas vous paraître mal élevé mais je suis contraint de vous apprendre que Milo ne pourra rester auprès de vous demain. Le Pope a ordonné que Milo soit de garde dans son temple comme quelques autres Saints d’or au cas où des inconnus tenteraient de s’emparer du domaine en profitant de ce jour de fête. Il me semble qu’aujourd’hui soit son second jour de repos. Donc … profitez-en… »
Il arbore un sourire narquois tandis que de sa main jaillit une rose rouge qu’il lance en direction de la belle.
La fleur, avec la précision d’une flèche, vient se planter dans le pilier situé à quelques centimètres de la douce femme.
_ « … mais si le c½ur vous en dit, poursuit-il, demain, au lieu de vos basses besognes, humez donc le nectar de cette fleur. Son parfum vaut tous les plaisirs du monde, même ceux que peuvent procurer les soins de mon frère d’arme, je peux vous l’assurer… »
Milo sert les poings. Sa mâchoire se contracte afin de retenir sa colère.
_ « … toutefois, achève Aphrodite, prenez garde à ne pas vous laisser piquer, on ne sait jamais quel poison peut contenir la beauté. Au plaisir… »

La silhouette du provocateur mais ô combien irrésistible Saint s’efface à l’horizon.
Alors qu’elle tend la main pour détacher la rose de la colonne, Milo dirige son aiguille pour terrasser la fleur en lançant une onde cosmique rougeâtre. 
_ « Ne touche pas à ça, ordonne-t-il austère ! »
Inakis ne comprend pas.
Surprise, elle rentre dans le temple en tournant le dos au Scorpion.
_ « Où crois-tu aller, l’interpelle-t-il orgueilleusement ?! »
Il la suit et la retrouve entrain de remettre sa vieille robe rapiécée et sa coiffe en soie brodée.
_ « Mais enfin réponds-moi, la secoue-t-il par le bras furieux d’être ignoré !
_ Je ne suis pas ta poupée Milo, se débat-elle courageusement ! Ou devrais-je plutôt dire Seigneur Milo !
_ A quoi joues-tu là ?
_ Tu t’en prends toujours à ce Saint lorsqu’il passe pour ensuite m’en vouloir à moi.
_ Tu ne détaches pas ton regard de lui alors que tu viens de passer la nuit avec moi, confesse-t-il exaspéré. Tu n’avais qu’une envie c’était de lui sauter dessus ! N’importe qui aurait pu le voir dans tes yeux !
_ Ah j’ai compris, ramasse-t-elle ses affaires ! Depuis que nous sommes adolescents tu couches avec mes amies et moi-même sans avoir besoin de te justifier. Certainement que cela fait partie de vos attributions, à vous, les chevaliers ! Moi parce que je regarde un autre homme je devrais te rendre des comptes ? Quitte à être considérée comme une catin, autant que je sois celle d’autres hommes plutôt que la tienne uniquement !
_ Tu ne penses pas ce que tu dis, sourit-il charmé par l’esprit rebelle.
_  Bien sûr que si je le pense, recule-t-elle intimidée alors qu’il s’avance en la fixant d’une manière envoûtante. Cet homme à la rose est bien plus charmant, plus élégant que toi. Il n’y a pas que lui d’ailleurs. Je suis courtisée par plein de bels hommes dans mon village.
_ Alors pourquoi chaque fois que je suis en permission tu es toute disposée à me raccompagner, colle-t-il son torse contre son corps prêt à tomber à la renverse lorsqu’elle plaque ses jambes contre le lit à force de reculer ?
_ Parce que c’est excitant de faire ça dans la maison d’un Saint d’or, lui susurre-t-elle sensuellement à l’oreille pour l’inciter à davantage d’animosité… »
Rageur, Milo l’embrasse impudemment…

 
Plus bas, sur la place principale du Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, Seiya court péniblement. A ses poignets et ses chevilles sont lestés de lourds poids.
Il traverse la citée prête à accueillir la déesse Hébé sans se soucier de la mise en place des décorations. Il s’inquiète plutôt des personnes qu’il pourrait rencontrer : « Marin m’a averti que si je venais à croiser Shaina ou Cassios, je devais absolument poursuivre mon chemin sans broncher. »
Il est également soucieux de son équilibre alimentaire car tant d’exercice nécessite un bon repas.
Il passe donc sur le marché pour rencontrer Filia, sa jeune amie qui devine sur l’instant qu’il vient lui offrir un baiser en échange de victuailles.
Ils se retrouvent à l’arrière de la petite boutique.
Seiya est bien pressé, beaucoup plus que ne l’est Filia.
_ « Est-ce que demain tu participeras au défilé, tortille-t-elle ses nattes brunes avec ses doigts ?
_ Ca va pas non, se hâte-t-il d’achever la conversation d’un ton insolent ! J’ai autre chose à faire que de dérouler le tapis rouge aux autres ! Bon, j’ai faim moi, tu le veux ton baiser ?
_ Dans ce cas je me demandais si tu serais disponible pour moi demain, écarquille-t-elle de joie ses grands yeux couleur prune ?
_ Marin m’a accordé la journée pour perfectionner seul ma technique. Donc je pense que je peux être disponible. Pourquoi, l’interroge-t-il crédule ?
La gamine rougie :
_ Et bien parce que nous ne prenons jamais le temps de nous voir longtemps, rougit-elle ! Comme mes parents seront également au colisée je me suis dis que…
_ Attends, recule-t-il d’un pas ! Ca ne fait pas partie du marché qu’on a fixé tous les deux. On s’en tient à notre baiser et c’est tout, lui arrache-t-il des mains le sac de nourriture ! C’est déjà assez répugnant comme ça.
_ Ah c’est comme ça ! Je te rappelle que c’est toi le pauvre entre nous deux ! Quand tu en auras assez de chasser et de mourir de faim alors nous pourrons revoir notre marché, le chasse-t-elle furieuse. »
Lui tournant le dos, elle rentre dans le commerce de son père pendant qu’il lui tire la langue : « Bientôt ce sera toi qui viendras pleurer à mes pieds parce que je serai un chevalier ! »
Seiya n’a que faire de ses simagrées. Il hausse les épaules et pioche dans son panier, prêt à se rassasier.

Alors qu’il s’éloigne du village, quelques paroles l’interpellent : « en voilà un qui n’est pas comme les autres ! »
Seiya se retourne brusquement, lâche son butin et se met en garde. Au milieu de la foule du marché, personne ne semble se soucier de lui.
Il tourne la tête de gauche à droite puis de droite à gauche sans remarquer personne. Il fait la moue et s’accroupit alors pour ramasser son repas.
Néanmoins, ce dernier a disparu.
Seiya pivote sur lui-même. Il cherche partout en balançant ses yeux, en dévisageant tous les passants.
_ « Quelqu’un se joue de moi, mais qui ? »
Sans qu’il en perçoive le cosmos, une main vient se poser sur son épaule.
Il fait un bond en avant et se met en position d’attaque.
Il découvre son opposant, le sac de denrées à la main.
Son visage est caché par un masque semblable à ceux de Marin et des autres femmes chevaliers.
Deux fines mèches de ses cheveux couleur feu retombent sur son masque d’un blanc éclatant. Quelques motifs noirs semblent ciselés dessus. Le reste de sa longue chevelures qui descend jusqu’à ses jambes est coiffé par un diadème orné d’un animal volant, semblable à celui de la Cloth d’argent de Marin.
Seiya essaie de découvrir ce que ces dessins peuvent bien représenter. Le noir et le blanc de son masque dominent largement l’armure du Saint.
Par-dessus son court bustier aux teintes crème, une toison blanche couvre sa poitrine et le haut de son abdomen, laissant son nombril à l’air. Des ornements noirs gravés sur le plastron représentent des ailes déployées.
Le haut de ses bras est couvert par des épaulettes aux nuances obscures, arrondies sur le dessus et aux pointes acérées sur leurs extrémités.
Ses avants bras, nus, sont recouverts par des parures d’un noir de geai qui s’enroulent de ses poignets jusqu’à ses coudes. Une culotte métallique cuirasse son entrejambe habillé d’un court short moulant. Elle entoure sa taille et descend jusqu’à ses cuisses sous la forme d’un plumage blanc, pur et scintillant à sa base, se dégradant jusqu’au noir. La chair de ses jambes n’est protégée qu’au niveau des tibias, laissant ses jolies cuisses découvertes.
Seiya est subjugué. Malgré le visage dissimulé de la jeune femme, il ne peut s’empêcher d’admirer le charisme qui émane d’elle.
De son corps irradie un voile cosmique blanc aux reflets noirs. En aucun cas il ne s’agit d’un noir ténébreux. Non, de cette femme, se dégage un certain calme, une sérénité. Son cosmos vient bientôt englober le jeune apprenti qui en reste stupéfait.
Les villageois observent la scène jusqu’à ce que le spectacle amène quelques gardes en faction à s’inquiéter. Ils écartent la foule. L’un d’eux se jette aux pieds du Saint : « Naïra, Saint de bronze de la Colombe, ce jeune opportun trouble-t-il les lieux ? »
A l’annonce du prénom, Seiya comprend enfin, quelques souvenirs ressurgissent alors de sa mémoire : l’orphelinat, la Fondation Graad…
_ « Ca ira soldats. Il n’y a aucune inquiétude à avoir. Je suis moi-même coupable d’avoir taquiné cet apprenti. »
Le soldat agenouillé se relève alors et frappe dans ses mains pour inciter à la foule à reprendre son activité : « Et bien, et bien ! Il n’y a rien à voir, retournez vaquer à vos occupations ! »
Les spectateurs se dissipent et les marchands crient à nouveau pour ameuter les clients.
Seiya est à genoux. Naïra lui tend la main.
_ « Naïra, rigole Seiya ! Je ne t’avais pas reconnu, la lui saisit-il ! Alors toi aussi tu es venue au Sanctuaire ! »


Dans les sous-sol de sa demeure, Deathmask arpente les fondations de la maison du Cancer.
Il porte un plateau sur lequel sont posés une gamelle d’eau, un morceau de pain dur, une bougie qui éclaircit les lieux et une dizaine de feuilles qui semblent avoir été arrachées d’un recueil.
Il atteint bientôt la geôle dans laquelle il retient prisonnière Lilith, l’ancienne prêtresse d’Athéna.
La lourde porte couine et s’ouvre lentement.
Tapie au fond de la pièce, assise sur le sol humide, les genoux rapprochés contre sa poitrine, Lilith est éblouie par la lueur de la bougie, trop habituée qu’elle est à l’obscurité.
Deathmask s’avance alors jusqu’à elle tandis qu’un énorme rat traverse devant lui. L’animal, attiré par l’odeur du pain, espère sans doute pouvoir profiter d’autre chose que des habituels lambeaux de chair morte qu’il arrache des cadavres.
Le Cancer abat avec une vitesse fulgurante son pied sur le rongeur.
_ « Veinarde, tu as même un peu de viande pour accompagner ton morceau de pain. »
Le sadisme de ses propos fait frémir la captive...
Deathmask qui souriait jusqu’ici est ennuyé tout à coup. C’est la première fois qu’il se préoccupe des réactions de Lilith.
Voici plus d’un mois et demi qu’elle est retenue ici. Chaque jour il lui dépose à manger et à boire. La chandelle apporte un semblant de lumière, mieux, d’espoir à Lilith.
Mais il la voit surtout comme un outil lui permettant de lire les pages qu’il lui apporte lors de ses visites. Il pose alors devant elle le plateau et ramasse celui de la veille. Il ne reste dessus que la gamelle vide, la cire fondue et les pages froissées après avoir été dûment examinées par la lectrice.
Avant de partir, Deathmask inspecte Lilith, toujours nue depuis son incarcération.
_ « Ton corps s’est bien remis du traitement que tu as reçu à ton arrivée. Tu ne portes plus aucune marque, se relève-t-il. Je suis ravi que tu ailles mieux, lâche-t-il difficilement en la renfermant. »
Aussitôt la porte close Lilith, immobile jusqu’ici, se jette sur le morceau de pain dur.

Dehors, Deathmask colle sa tête contre la porte en acier forgé. Il est tourmenté par la présence de la belle prisonnière.
Subitement, il s’adresse à un visiteur qu’il avait fait mine jusqu’ici de ne pas avoir ressenti.
_ « Elle n’est pas encore prête Aphrodite !
_ Tiens donc, arrache le visiteur de ses lèvres un pétale de rose ! C’est elle-même qui te l’a dit, la souffle-t-il à son ami ? Je te trouve bien magnanime avec elle. Cela ne te ressemble guère, suspecte-t-il. »
Il avance jusqu’à lui et lui baise la joue afin de détourner son intention.
Le temps que Deathmask recule la tête pour refuser l’échange, il remarque qu’Aphrodite a pris possession des précédentes pages qu’il avait laissées à Lilith et que celle-ci avait reposé sur le plateau de la veille.
_ « … Me voici donc revenu chez moi, en Sicile, sur ordre du Pope, lit Aphrodite à voix haute. Ce petit Japonais qui se nomme Mei veut devenir Saint et je suis chargé de le former. Il semble chétif et insignifiant. Je suis déjà agacé rien qu’à l’idée de perdre mon temps avec ce microbe qui ne tiendra pas deux jours après les exercices que je lui réserve. Je suis certain de perdre mon temps en ces lieux qui n’évoquent pour moi que de mauvais souvenirs. Moi, l’assassin, je ne peux fermer l’½il de la nuit lorsque je suis ici. Cette cabane, cette chaleur, ce lit et ces deux croix en haut de la colline où reposent leurs cadavres. Cà me hantent. J’ai le sentiment que les âmes de mes deux premières victimes me poursuivent à chaque fois que je reviens en ce lieu. Cancro et Lilith sont les seuls masques de mort qui n’ornent pas la quatrième maison du zodiaque. Il semblerait que dans leur goût de la perversion ils prennent plaisir à ce que leurs esprits torturés restent aux portes du puits de la mort… »
Aphrodite est interloqué.
_ « Cancro et Lilith ! Tu as connu une Lilith ?! »
Deathmask braque son regard sur les feuilles de papiers tenus par son ami. D’un clignement d'½il celles-ci s’enflamment.
_ « Il semblerait que ce soit là des traces d’un passé que tu voudrais oublier, lâche-t-il aussitôt les feuilles enflammées en se frottant les doigts. Je comprends maintenant pourquoi tu as une attention toute particulière envers cette femme depuis que je l’ai baptisé Lilith. J'en déduis donc que ta prisonnière ne nous servira pas de jouet comme cela aurait dû être le cas, se résout-il. Tu as d’autres projets pour elle n’est-ce pas ? »

Devant le silence de son complice, Aphrodite quitte la maison du Cancer.
_ « Bien, soupire-t-il, je vais profiter de ma journée de permission pour me trouver ma petite Lilith à moi dans un village du domaine sacré…
_ Demain le Grand Pope a tenu à ce que Shura, toi et moi soyons à ses côtés pour participer à la Journée Sainte. Nous connaissons la véritable personnalité du Pope. Quant à Shura il n’a d’yeux que pour lui à tel point qu’il ne se doute même pas de son imposture. Les autres Saints d’or doivent veiller sur leur temple par sécurité. Pourquoi crois-tu qu’il a réuni autour de lui ses deux tueurs et le Saint qui se dit le plus fidèle à Athéna ?
_ La déesse Hébé sera là demain, pose-t-il son doigt sur sa bouche. Elle voudra à tout prix rencontrer Athéna. Or, personne ne l’a jamais vu. Le Pope refuse que quiconque l’approche. Il risque donc d’y avoir des étincelles, conclut-il. »
Après cette annonce, Deathmask semble retrouver le sourire.
Aphrodite s’éloigne.
Avant de n’être plus qu’un point à l’horizon sa curiosité reprend le dessus.
_ « Ce Japonais que tu devais entraîner… Mei ! Au bout de combien de jours est-il mort ?
_ Il ne lui a fallu que deux ans pour devenir Saint. A l’époque, le Pope m’a appris qu’un apprenti venait de débarquer en Sicile. Puisque j’étais originaire de ce lieu, j’ai eu ordre de l’instruire et de le préparer à endosser son armure, la Cloth de la Chevelure de Bérénice ! Il était dit que cette armure était inclassable, qu’Athéna l’avait faite fabriquer dans des conditions autres que celles d’or, d’argent ou de bronze. Mais lorsque Mei est devenu Saint de la Chevelure de Bérénice, j’ai pu admirer cet habit. La réalité est tout autre que la légende. Il ne s’agissait en réalité que d’une vulgaire armure de bronze avec néanmoins des aptitudes particulières. Des aptitudes qui font aujourd’hui de Mei le gardien du mont Etna. Là où est gardé Typhon, le dieu des géants… 
_ Deathmask, reprend Aphrodite d’un ton éc½uré ! Ne parle plus jamais de cet enfant ! En prononçant son nom tu affiches un sourire niais qui te ferait presque passer pour un être faible et aimant ! »
En effet, l’espace d’une seconde, Deathmask a semblé humain.
Mais il se ressaisit aussitôt et regarde fièrement les Poissons quitter les lieux.


Dans sa maison, appelée par le cosmos de Milo, la Cloth du Scorpion vient recouvrir son corps. 
_ « C’est toujours impressionnant de vous voir porter cette armure, admire Inakis qui connaît pourtant très bien la scène.
_ Tu me dis ça à chaque fois et ce, depuis notre première rencontre, sourit-il.
_ Te rappelles-tu de la première nuit que nous avons passée tous ensemble, semble-t-elle mélancolique ?
_ Bien sûr. Camus et moi venions d’être nommés Saints d’or. Nous sommes montés jusqu’au nord dans votre village pour nous amuser dans une vieille taverne. Nous n’étions que de très jeunes enfants. Tes amies et toi vous nous invitiez à danser et chaque fois nous refusions votre offre…
_ C’est vrai que Camus et toi êtes très discrets…
_ … Au final nous vous avons raccompagné par sécurité après qu’une bagarre ait éclaté entre deux villageois. En chemin nous avons fait connaissance et nous avons passé la nuit à discuter puis nous nous sommes assoupis dans le foin d’une grange…
_ … Depuis nous ne nous sommes jamais quittés. Les années ont passées. Vous êtes tous deux devenus de beaux jeunes hommes…
_ … et vous de jolies demoiselles. Les nuits ont défilé et nous sommes devenus adultes dans les bras l’un de l’autre. Pour qu’au final…
_ … pour qu’au final nous nous retrouvions toujours à deux Milo ! »
Milo constate alors qu’Inakis et lui entretiennent plus qu’une simple amitié améliorée.
Alors qu’il a déjà profité des plaisirs de la chair en compagnie des camarades d’Inakis et que cette dernière a également offert son corps à Camus, cela ne les a jamais empêchés de se retrouver.
Milo sent son c½ur cogner dans sa poitrine. Inakis renchérit et dévoile ses sentiments.
_ « Je t’aime depuis toujours Milo. J’ai souffert de te voir t’amuser avec nos amies, j’ai regretté que tu me partages avec Camus que tu considères comme ton alter ego, mais je suis toujours là, espérant qu’un jour enfin tu me traites avec plus d’égards. Je ne veux plus être ta chose ! »
Inakis se tient allongée sur le côté, étendue de tout son long, le corps nu, gracieux, ravissant. Sa tête repose dans la paume de sa main accoudée sur l’épais matelas du Scorpion.
Milo la toise. Il ne peut décrocher aucun mot. Il est perdu, anéanti. Ce sentiment il ne l’a éprouvé jusqu’ici qu’envers Camus. Cette sensation agréable et inexplicable qui se nomme amour lui donne l’impression de tromper son compagnon.
Inakis se navre et attend une réaction qui ne vient pas.
Néanmoins, elle reste fière. Elle ne laisse s’échapper aucune marque de chagrin bien qu’elle sente son âme se déchirer peu à peu à mesure que le silence s’éternise.
Elle se redresse dignement et saisit ses vêtements qu’elle revêt aussitôt.
Sans un regard pour son amant, elle quitte la chambre…

Empruntant le passage secret, elle quitte le chemin des douze maisons.
Les autres Saints d’or qui veillent sur leur demeure ne se préoccupent guère de la femme qu’ils voient souvent monter avec Milo.
Tous la laissent quitter les lieux sans s’en inquiéter.
Tous.
Sauf Aphrodite.
Derrière l’une des colonnes du temple du Cancer, il observe la belle partir les larmes aux yeux…


Plus bas, à Honkios, Seiya et Naïra se sont écartés de la zone principale.
Ils sont posés dans les champs de ruines où s’entraînent les apprentis.
Lui, adossé les mains derrière la tête contre une roche qui le tient à l’ombre.
Elle, accroupie dos à lui, son masque déposé à côté d’elle, elle pioche dans le sac quelques aliments qu’elle s’empresse de dévorer.
_ « Je ne te savais pas si affamée !
_ Je suis restée en mer pendant des semaines. Je reviens d’une mission en Inde. Une résistance est menée contre les forces d’Athéna et il a fallu que nous renforcions nos lignes en envoyant de nouveaux hommes. J’ai donc mené quelques escadrons en espérant terminer ma mission à temps pour participer à la Journée Sainte de demain.
_ Je suis surpris de trouver un autre orphelin recueilli par la Fondation Graad au Sanctuaire ! Je pensais être le seul ici.
_ Tu serais surpris de savoir combien nous sommes d’enfants de la fondation à avoir été envoyés ici ! Mitsumasa Kido a envoyé cent orphelins aux quatre coins du monde. Toutefois il n’existe pas cent armures sacrées. Certains orphelins ont donc été regroupés dans les mêmes camps. Pour faciliter l’organisation des voyages, Kido a fait ordonner à ce que les enfants soient réunis par groupes de dix pour tirer leurs destinations.
Il s’était renseigné sur tous les centres d’entraînement connus et les avait réunis dans la boîte dans laquelle nous avons tiré au sort. Chaque fois qu’un groupe de dix enfants était passé, les boules étaient reversées dans l’urne, prête à être retirée en fonction de la constellation protectrice du futur apprenti… "
_ Tu veux donc dire que…
_ Oui ! Le destin, ou plutôt la volonté d’Athéna, a conduit chaque enfant dans un camp où l’armure correspondant à sa constellation protectrice se trouvait. Rien n’est dû au hasard ! Au total, finit-elle de déjeuner, nous sommes sept enfants a avoir été envoyés au Sanctuaire. Je suis arrivée ici quelques jours avant toi en compagnie de deux d’entre nous, cache-t-elle à nouveau son visage avant de lui faire face. Le Pope nous a reçu et a senti en nous quelle était notre constellation protectrice. Comme je suis une fille j’ai immédiatement été envoyée au centre d’entraînement des femmes. Le Grand Pope a ensuite confié un des deux garçons au Général Gigas. Tu l’as bien connu, tu te bagarrais souvent avec lui, Toki. Il a péri durant sa formation, l’autre fut envoyé auprès d’un chevalier qui garde un village de l’est du domaine. Actuellement il poursuit son apprentissage. Tu étais parmi les quatre enfants arrivés chacun avec un jour de décalage par rapport à l’autre juste après nous. Le premier est également né sous la constellation de Pégase et a été tué par un concurrent que tu connais déjà très bien, Cassios. Le second a vite abandonné et a préféré consacré sa vie à l’adoration d’Athéna. Il suit la voix des sages pour devenir prêtre d’Athéna. Le troisième n’a pas réussi à dépasser le stade de simple soldat. Il a intégré la garde. Tu es donc le quatrième, toujours apprenti toi aussi.
_ Je suis surpris que tu saches tout ça ! Déjà à la Fondation Graad tu étais toujours là pour veiller sur nous. C’est peut-être le fait que tu sois l’enfant la plus âgée du centre. Tu me rappelais souvent ma grande s½ur, Seika, sauf que tu as un an de plus qu’elle. D’ailleurs tu es forte comme elle ! Tu es vite devenue Saint !
_ Il ne m’a fallu qu’une année pour devenir Saint. Les leçons reçues dans un camp pour femmes sont très sévères. La concurrence est féroce. Mais Rebecca Saint de bronze de Cassiopée et Mayura Saint d’argent du Paon ont rapidement cru en moi. C’est dans ce camp que j’ai fais la rencontre de Marin. Lors de ses visites je prenais souvent de tes nouvelles. J’ai toujours gardé un ½il sur vous tous.
_ L’armure de la Colombe se trouvait cachée dans le centre des femmes chevaliers ?
_ Bien sûr que non. Nous effectuons sur ce terrain interdit aux hommes notre instruction puis, lorsque nous nous sentons prêtes et que le Général Gigas accepte notre requête, nous sommes confrontés aux autres aspirants à cette armure. Dans le quartier des femmes je concourrais seule pour la Cloth de la Colombe. Toutefois, chez les hommes, le nombre d’opposants restant s’étendait sur une dizaine. Le Général Gigas nous fit regroupés dans le colisée et organisa une lutte à mort entre tous les élèves. Il fit venir la Pandora Box de la Colombe pour nous l’exposer et justifier cette mise à mort. Je fus la seule survivante et la Pandora Box s’ouvrit aussitôt pour me reconnaître comme son maître.
_ Incroyable, est subjugué Seiya ! Maintenant que tu as gagné ton armure, change-t-il néanmoins de sujet, pourquoi ne rentres-tu pas au Japon comme on nous l’a demandé lorsque nous sommes partis ?
_ Tout simplement parce que rien ne me manque dans ce pays. Je suis Nord-Coréenne. Mes parents m’ont confié à Mitsumasa Kido pour m’éviter d’être massacrée avec eux par la milice. Toutefois Kido n’eut jamais autant d’amour pour moi que pour sa petite-fille, Saori. Il m’a toujours considéré comme… comme…
_ Comme une simple orpheline, comme nous.
_ Oui ! C’est d’ailleurs pour cette raison que je veillais sur vous, je me sentais au dessus des lois de Tatsumi et des autres valets grâce aux conditions de mon adoption. Je voulais vous apaiser. Maintenant, j’ai trouvé au Sanctuaire mon propre réconfort. Mes pouvoirs ne m’obligent plus à être dévouée à la Fondation Graad. Protéger cette terre de part mon statut de Saint m’oblige à me consacrer à une mission bien plus grande que la volonté de ce vieux monstre. Je pense d’ailleurs que dans les autres camps d’entraînements annexés par le Sanctuaire où ont été envoyés nos amis, parmi ceux qui auront survécu, peu retourneront au Japon. Il ne faut pas se leurrer. Nous étions cent orphelins pour 88 armures existantes. Et certaines avaient déjà un propriétaire.
_ Je me souviens des propos de Tatsumi. Il disait que seuls ceux qui reviendront avec une armure sacrée seront acceptés.
_ C’est pour cela que ceux qui sont devenus servants, soldats, prêtres ou même esclaves ne rentreront pas. Alors qu’est-ce qui te pousse à vouloir repartir là-bas ?
_ Ma s½ur ! Kido m’a promis de me laisser retrouver ma s½ur si je lui ramenais une armure sacrée.
_ Tout cela pour une femme ! Tu n’as pas changé ! Déjà petit tu étais entouré par les filles de la fondation. Il y en avait même une qui venait de ton orphelinat en cachette pour te voir. La petite Miho je crois. Et au Sanctuaire je te retrouve avec cette fille de marchand !
_ Je m’en fiche de cette fille du marchand, Filia, fait-il le sale garnement ! Quant à Miho elle ne faisait que pleurnicher ! Je veux juste retrouver ma s½ur.
_ Ah mon petit bonhomme, rigole son aînée de quatre ans ! Tu verras que tu regretteras de ne pas avoir accepté la proposition de cette petite Filia. Allons viens, passe-t-elle affectueusement sa main sur son épaule pour le serrer contre elle, je t’ai entendu dire que la Journée Sainte ne te passionne pas ! Je vais te faire visiter l’arène dans laquelle va se dérouler la fête, je suis certain que tu vas changer d’avis… »


Dans une basse cour d’un village du nord du Sanctuaire, Bifolco, Inakis la paysanne, lance du grains à ses poules.
D’une voix morne, toujours fâchée après Milo, elle observe les volatiles se jeter sur la nourriture : « Allons, allons, ne vous battez pas, il y en aura pour tout le monde. »
Soudain, lorsqu’elle tourne la tête, elle est éblouie par la lumière du soleil qui se reflète sur une armure.
Connaissant immédiatement une armure d’or, toute heureuse, elle court vers Milo.
_ « Je savais bien que tu profiterais de ta journée de permission pour te faire pardonner. Tu ne pouvais pas me laisser comme ça. 
_ Désolé de vous décevoir mademoiselle, la fait déchanter la voix des Poissons. Connaissant quelque peu le chevalier du Scorpion, je ne crois pas me tromper en avançant qu’il ne viendra pas vous trouver ici. Pourtant, la regarde-t-il stopper sa course abattue, je vous prie de bien vouloir croire que si c’était moi qui avais bénéficié de deux jours de permission auquel a eu droit mon frère d’arme, vous ne seriez pas en train de distribuer de la pitance à la volaille. A moins qu’après avoir passé une seule journée avec vous, Milo soit trop épuisé pour passer la seconde à vos côtés. »
Il avance gracieusement jusqu’à elle.
Arrivé à sa hauteur, il ouvre délicatement la paume de sa main pour laisser jaillir une superbe rose rouge.
Elle est subjuguée par ce Saint si bien qu’elle n’ose pas bouger.
Il en profite pour lui ôter sa coiffe blanche. Ses cheveux soyeux se démêlent et glissent sur ses épaules avant de retomber dans son dos.
_ « Mes propos étaient déplacés tout à l’heure, lui souffle-t-il à l’oreille en accrochant la fleur dans ses cheveux vert olive. Vous êtes certainement la femme de la campagne la plus sophistiquée qu’il m’ait été donné de rencontrer. »
Elle paraît totalement enivrée.
Il choisit donc cet instant pour approcher ses lèvres des siennes.
Elle laisse son instinct la guider.
Il l’embrasse alors langoureusement et commence à coller son torse recouvert d’or contre sa frêle poitrine. Il pose ses mains sur les hanches de la belle et les descend petit à petit pour saisir la robe qu’il remonte pli par pli jusqu’à ce qu’il puisse caresser son corps angélique.
Il interrompt tout à coup ce premier baiser pour s’admirer dans les yeux contemplatifs de sa future conquête.
C’est à cet instant qu’elle lui sourit.
Elle avance son visage vers l’oreille droite d’Aphrodite qu’elle mordille tout en l’embrassant.
_ « Oh Aphrodite, souffle-t-elle sensuellement… »
Le Suédois s’amourache de lui-même une fois qu’il a le sentiment qu’Inakis le vénère.
_ « Oui divine créature, dis-moi tout…
_ … crois-tu vraiment qu’après m’être faite avoir par Camus et Milo je vais tomber dans le piège d’un beau parleur tel que toi, écarquille-t-elle les yeux en prenant subitement un ton révolté ! »
Aphrodite en reste stupéfait : « Aucune femme ne m’a repoussé jusqu’ici. Et voilà qu’une campagnarde vivant dans la bouse rejette l’élégance à l’état pur, songe-t-il ! »
_ « A qui crois-tu avoir affaire ? Je ne suis pas un simple rustre comme Milo ou Camus moi ! Je suis une incarnation de la beauté. Mieux, je suis à la beauté ce qu’Athéna est à la sagesse.
_ Chevalier, avec tout le respect que je te dois, la beauté est celle qui en plus du corps honore l’âme. J’ai vu des estropiés de guerre ayant bien plus d’élégance que toi. Alors bien entendu que tu es bel homme et j’avoue d’ailleurs que tu es celui dont le physique est le plus flatteur. Pourtant, je ne ressens aucune chaleur humaine en toi. J’ai essayé de me convaincre de voir au-delà de mon ressenti, mais en t’embrassant j’ai perçu qu’aucune compassion si ce n’est pour toi-même ne pouvait vivre dans ce corps aussi parfait soit-il.
_ Bougre de paysanne, s’offense-t-il ! Comment une campagnarde comme toi ose me tutoyer et me traiter de la sorte ?
_ Voilà donc la véritable personnalité d’Aphrodite des Poissons. Sa nature tout à fait contraire à son physique. Un odieux animal dans un corps d’Apollon ! »
Aphrodite est saisit par les propos d’Inakis. Il en prend acte et décide de passer aux choses sérieuses de façon plus subtile.
_ « Bien, je vois que tu t’entêtes à te rebeller contre l’autorité de nos terres. Je t’avais dis de te méfier de mes roses, on ne sait pas ce que peuvent provoquer leurs épines. »
Après avoir prononcé ces paroles, la rose déposée dans les cheveux d’Inakis se décroche et tombe en lui éraflant le dos.
Une petite piqûre la démange aussitôt.
Aussitôt, l’étincelle de vie dans ses yeux se craquelle.
_ « Tu vas donc subir ma sentence et t’éteindre à petit feu, lance-t-il cruellement. Le poison de ma rose va contaminer ton sang. Une fois ton c½ur infecté, ton corps sera totalement soumis au venin mortel d’une simple épine et tu mourras non sans souffrances. »
La pauvre fille sent déjà ses membres se raidir.
_ « Dans mon immense bonté, hume-t-il une de ses roses, j’ai fais en sorte que le poison de cette fleur soit à effet tardif. Tu mourras à petit feu. Ne suis-je pas bon ? Tu vas pouvoir profiter plus longtemps de la vie, rit-il avec sarcasme. Pour moi la beauté ultime, souffle-t-il à l’oreille de la pauvre tétanisée, au-delà du physique et de la personne, c’est la victoire. Et, la saisit-il par la mâchoire avec un ton menaçant, jamais je ne laisserai quiconque me la voler. Surtout pas des pécores de ton genre. »
Il jette la pauvre au sol et, dans un tourbillon de roses disparaît.
La courageuse demoiselle puise au fond d’elle pour se hisser au pied d’une grange situer à une dizaine de mètres de la basse cour où elle s’est effondrée.

Le soleil commence à se coucher.
La belle Inakis sent ses forces la quitter.
Assise au pied de la grange, elle regarde le soleil se cacher derrière les montagnes.
Ses yeux sont pleins de rêves.
Elle semble se remémorer d’agréables moments.
Le vent se lève et balaie ses cheveux dénoués.
Le sang contaminé l’affaiblie considérablement.
Sa peau est glaciale.
De plus, le vent printanier ne l’aide pas à supporter la douleur.
Cependant, les souvenirs lui font oublier le mal.
Elle revoit Milo lui courir après avec les autres alors qu’ils n’étaient que des enfants tandis que Camus restait à l’écart à les regarder sans lâcher le moindre sourire.
Son esprit vagabonde et elle repense à cette nuit où après la bagarre à la taverne, ils s’étaient cachés dans cette grange où ils avaient passés tous ensemble leur première nuit.
Elle ferme les yeux et revit ce premier baiser que Milo lui avait offert un soir où il la raccompagnait au village.
Dépourvue de force, elle s’allonge dans le foin, le sourire aux lèvres.
Elle se remémore la première nuit d’amour qu’elle a vécu. Milo devait aller chercher Camus revenu d’une mission et elle l’avait accompagné. Une fois réunis les deux amis s’étaient pris dans les bras avant de la reconduire chez elle. Arrivé exactement à l’endroit où elle vient de s’étendre, Milo lui avait ôté sa robe tandis que Camus observait l’accolade qui devenait torride. Alors qu’Inakis était couchée sur le dos, les jambes entourant la taille de Milo, il lui offrait tout son amour. Les yeux de la belle, soudain un peu plus adultes, étaient braqués sur le Verseau qui observait inlassablement leurs ébats. Elle ressent encore à quel point le rapport entretenu à ce soir là avec Milo fut ardent, et aussi à quel point Camus l’intriguait. Une fois que le Scorpion avait eut fini de lui offrir ses soins, elle s’était levée, hésitante et curieuse, et s’était approchée nue du français. Elle avait posé sa main sur son visage. Il la lui avait aussitôt prise pour la baiser. Ses lèvres étaient froides et douces comme du cristal. Tandis que sa bouche remontait le long de son bras pour s’emparer de son cou, elle avait enroulé ses bras autour du Verseau qui s’était dévêtu. Il allongea à son tour la belle dans la paille pour lui offrir un long moment de douceur et de complicité en compagnie de Milo.
 
Les battements de c½ur de la pauvre commencent à ralentir.
Elle revoit très clairement les regards plein d’amour que s’échangeaient Camus et Milo lorsqu’ils étaient avec elle. Elle ressent encore le désir qui la parcourait lorsqu’ils plongeaient tous deux dans ses yeux …
_ « Inakis, murmurait Milo… »
Alors que tout disparaît autour d’elle, cette voix, celle de son amour de toujours, lui semble encore si réelle.
_ « Inakis, insiste-t-il ! »
De ce corps chaud qui cueille la main émane un trop grand cosmos pour que ce ne soit qu’un mirage.
Inakis peine à ouvrir les yeux. Sa vue est floue, pourtant elle distingue Milo qui la relève. C’est la première fois qu’elle lit la peur sur le visage du Scorpion.
_ « Que t’arrive-t-il Inakis ? Réponds-moi je t’en prie !
_ Ne t'ombrage pas mon héros, tremble-t-elle avec souffrance. Je m’en vais heureuse, heureuse de mourir dans tes bras, lui caresse-t-elle le visage.
_ Non ! Ne pars pas ! Pas comme ça ! Je venais… Je venais… »
Les paupières d’Inakis se referment lourdement.
_ « Je venais te dire que je t’aime aussi, achève-t-il sa phrase en laissant couler une larme sur sa joue. »
Inakis lâche un dernier soupir. Elle sert la main du Scorpion venu s’excuser pour leur dispute quelques heures plus tôt. Après une telle déclaration, elle part, le visage radieux. Son c½ur ne bat plus.
Milo la regarde en la maintenant de longues secondes, inerte, dans ses bras.
La larme qui a coulé commence à sécher. Il retient ses sanglots et reste debout durant de longues minutes sans penser à rien.
Il se redresse enfin en la gardant à bras.
Sa mâchoire est serrée, son regard est ferme, ses pas sont déterminés.
Il allonge le corps de la défunte au beau milieu de la vieille grange sur un manteau de foin qu’il a amassé.
Il écarte une mèche de cheveux de son beau visage apaisé avant d’y déposer un baiser.
Puis, reculant de quelques pas, il enflamme son cosmos tandis que son ongle s’allonge. Il en sort une radiation cosmique qui vient frapper le fourrage. Celui-ci prend aussitôt feu.

Une fois dehors il retire le casque de son armure et observe un brasier immense se développer rapidement.
Les flammes lèchent déjà les structures de bois qui menacent de rapidement s’écrouler sur l’autel de paille où le corps de la belle gît, la mine apaisée.
Il incline sa tête tout en restant digne.
_ « Inakis, toi la seule femme que j’ai aimée, sauras tu me pardonner de t’avoir laissée mourir de désespoir ? L’amour que je porte à mon fidèle compagnon a voilé les sentiments que j’éprouvais pour toi. Il aura fallu que je sente ta santé en déclin pour m’apercevoir que j’étais dans l’erreur. Je t’ai tuée sans même m’en apercevoir. C’est pourquoi je jure sur Athéna de t’aimer pour toujours et d’attendre que la mort vienne me cueillir pour te retrouver dans le royaume des morts. A compter d’aujourd’hui je ne crains pas la mort, puisque l’enfer sera notre paradis. Je t’aime Inakis. »
 
L’incendie ameute tous les villageois.
Depuis le centre du Sanctuaire, occupé à répéter la parade, Apodis peut apercevoir l’épaisse fumée envahir le ciel.
Milo, noble Saint d’or du Scorpion, se tient droit. Il ne pleure plus. Les poings serrés, il est simplement furieux envers lui-même. Furieux d’avoir laissé Inakis mourir d’amour, ignorant qui est le véritable responsable de ce décès.

292
Only for Love / Chapitre 3
« on: 19 April 2010 à 16h25 »
Chapitre 3
 
Dans le Sanctuaire enneigé, Aiolia entame la montée des marches des douze palais afin de regagner son temple.
Arrivé au seuil de la première maison, il remarque des traces de pas ancrées dans la poudreuse bien plus larges que celles des gardes. Ces mêmes pas stoppent devant la maison du Taureau où l’attend Aldebaran.
_ « Je ne savais pas que tu étais toi aussi en permission aujourd’hui… »
Le Brésilien a les cheveux trempés par la neige fondue. Il porte un long manteau pour cacher ses bras nus et son torse habillé d’une légère tunique pourpre. Il tient dans ses mains le gros panier en osier qui lui sert à se ravitailler au village.
_ « … si je l’avais su je t’aurais emmené avec moi dans un village du centre du Sanctuaire. Je connais un marchand qui fait venir par galère un vin français dont tu me diras des nouvelles. »
Toujours joyeux, Aldebaran s’étonne toutefois de ne pas voir Aiolia dans le même état d’esprit. Il lui dépose alors une lourde tape sur l’épaule et, tout en le serrant, soulève son sac pour avancer jusqu’à sa chambre.
 
Assis sur une des deux chaises que contient la chambrette, Aiolia, la mine abattue, remarque à quel point le décor et les objets mis à la disposition d’Aldebaran, sont semblables aux siens. Après tout il en est de même dans toutes les maisons du zodiaque.
Brusquement, le colosse sort Aiolia de ses pensées en claquant deux verres sur la table, puis les retournent pour y verser du vin.
_ « Tu ferais bien d’y goûter. Tous les habitants du domaine sacré se rendent dans ce village au moins une fois dans leur vie pour goûter à ce vin succulent. »
Aiolia tient son verre mais ne boit pas.
Inquiet, Aldebaran examine alors son ami et tente de découvrir ce qui tracasse le fauve.
_ « Il est rare que nous, les Saints d’or, ayons des permissions. En général on en profite pour remplir notre garde manger. Autrefois tu chargeais tes servants de faire les courses pour toi, c’est un fait. Pourtant aujourd’hui Galan et Lithos ne sont plus là et tu es revenu les mains vides ! J’imagine donc que cette descente auprès du peuple était destinée à rendre visite à quelqu’un en particulier. »
D’une traite, Aldebaran vide son verre et s’en resserre un aussitôt.
_ « Hum… Divin ! Absolument divin ! Les dieux eux-mêmes devraient nous punir pour goûter à un vin meilleur que le leur ! Ah… Ah… Ah…
_ Marin ! L’objet de mes descentes aux villages… c’est Marin, confesse Aiolia en souriant enfin devant la décontraction du Taureau.
_ Hum… Marin… Le Saint d’argent de l’Aigle ? Serait-ce avec elle que tu as fait équipe lors de la Guerre contre les Titans ? »
Aiolia hoche discrètement la tête en guise d’affirmation. Face à lui, le Taureau dans un éclat de rire dont il a le secret s’enthousiasme.
_ « J’en étais sûr ! Vous aviez l’air bien trop complice pour qu’il n’y ait rien derrière ! Ah… Ah… Ah…
_ Le souci c’est que lorsqu’un homme et une femme Saints s’aiment, la complicité n’arrange guère les choses. »
Reprenant son sérieux, Aldebaran lui rappelle alors une vieille loi qui lui a été apprise il y a des années.
_ « Le Sanctuaire a un code de l’honneur très strict envers les femmes Saints. Il en est de même pour les couples au sein de l’armée d’Athéna. Lorsqu’une femme Saint perd son masque lors d’un combat contre un homme, il ne lui reste plus que deux alternatives : soit l’aimer, soit le tuer. Dans le cas où elle choisirait la première solution, alors, si l’homme en question est un Saint, le couple doit être béni par Athéna ou son représentant direct, le Grand Pope. Mais pour cela, il faut qu’un des deux chevaliers renoncent à son statut car Athéna privilégie l’amour. Elle ne peut accepter de voir un couple participer à une guerre, pouvant laisser derrière eux de futurs orphelins. Pour avoir la bénédiction d’Athéna, il faut donc que l’un des deux Saints renoncent à son devoir et confie son rôle à un autre.
_ En clair, il est facile pour un Saint d’obtenir la bénédiction du Pope ou d’Athéna s’il aime un villageois. Par contre, dans le cas où les deux amants sont des Saints, la décision à prendre est sans équivoque, finit d’engloutir son verre Aiolia.
_ Si je comprends bien, ni Marin ni toi n’êtes prêts à abandonner votre titre de Saint.
_Nous attendons tous les deux beaucoup de notre statut. A tel point qu’il n’est pas concevable aujourd’hui, de nous en défaire.
_ Je sais que tourner la page ne sera pas chose aisée, remplit de nouveau le verre de son ami Aldebaran. Je ne sais pas comment t’y aider, mais si tu veux prendre tes distances, sache que l’occupation du Sanctuaire au Mont Kailasa dans l’Himalaya, en Inde requiert la présence de nombreux Saints. Le Dieu Shiva est retenu prisonnier dans son château pour avoir voulu attaquer notre domaine sacré.
_ Il est vrai que cette bataille n’a pas fait grand bruit. Le Pope a très vite réagi en passant à l’offensive.
_ Shiva a perdu les deux tiers de sa garde. Il est le seul dieu indien à se réincarner depuis des millénaires. Les autres dieux ont préféré confier la terre aux hommes en se retirant au Panthéon Indien, semblable à l’Olympe de Zeus. Toutefois, le Grand Pope souhaite maintenir la paix dans ce territoire en l’annexant au nom d’Athéna.
_ Mais enfin c’est insensé ! Que ce soit au Royaume d’Asgard, au Mont Kailasa ou auprès des domaines d’autres dieux mineurs, tous les peuples reconnaissent déjà l’autorité du Sanctuaire !
_ Malheureusement non puisque Shiva a justifié sa tentative de rébellion en prétendant que le Sanctuaire était corrompu par le mal.
_ Et pendant ce temps le peuple indien souffre de cette guerre. Je n’irai pas perpétuer la volonté du Pope si cela fait souffrir des innocents. Qu’il se trouve quelqu’un d’autre !
_ Je pense qu’il n’aura pas de mal à le faire. Le Grand Pope a fait envoyer un messager auprès de Shaka de la Vierge. Il est en pèlerinage en Inde, sur sa terre natale, en compagnie de ses disciples. Il a ordre de se rendre au Mont Kailasa pour aider nos hommes encore sur place à gérer la révolte initiée par Shiva…


Plus haut, après de longues heures passées à courir inutilement, la prêtresse victime de Saga trouve enfin la sortie du sous-sol de la maison du Cancer.
Elle regarde le plafond et distingue la lueur du jour à plus de cinq mètres de là.
Elle a deviné que rien ne lui permet de se hisser jusqu’au seul accès vers sa liberté.
Sans forces, les yeux mornes, le corps trop lourd à supporter, elle ne pense plus.
Son cerveau perçoit les sons transmis par son conduit auditif sans pour autant qu’elle ait envie de les analyser.
Les bruits, ceux de talonnettes en métal, semblent se rapprocher.
_ « L’indigente, s’amuse Aphrodite ! Elle a couru pendant des heures en poursuivant un doux rêve ! Elle ne sortira jamais d’ici. »
Passant aux choses sérieuses, Deathmask lui harponne le bras et la traîne sur plusieurs mètres et durant de longues minutes, le temps de traverser sa cave.
Apathique, elle se laisse faire.
Ses pieds et ses jambes frottent sur le sol.
Ils s’écorchent.
Saignent.

Derrière, Aphrodite les suit en tenant une rose devant son nez pour ne pas sentir l’odeur putride qui baigne les lieux à mesure qu’ils s’engouffrent dans les ténèbres.
Tous trois débouchent enfin sur une lourde porte métallique qui résiste tout d’abord à Deathmask, avant de s’entrouvrir en grinçant après qu’il force dessus.
 
De la pièce que la porte renferme, sort un homme décharné.
Il rampe sur le sol en se tirant à l’aide du seul bras qu’il lui reste.
L’intérieur de la porte est lardé de traces d’ongles que ce prisonnier n’a pu faire seul.
Cette dépouille ambulante a le visage et le corps rongés d’hématomes.
Il pousse un râle incessant.
Ses yeux et sa langue lui ont été ôtés.
Sur le sol, la nouvelle pensionnaire regarde le macabre spectacle sans même réagir, comme si elle accepte le destin que lui voue le Cancer.
_ « Voici des mois que je n’étais pas descendu en ces lieux, s’en amuse Deathmask ! Je l’avais presque oublié ! A en voir le châtiment que je lui ai réservé, il doit s’agir d’un Ksha du dieu Shiva.
_ Ce dieu indien a voulu attaquer le Sanctuaire en prétextant que notre ordre était corrompu ! La volonté du Pope a été celle du plus fort ! Nous avons écrasé ce peuple et depuis nous occupons le royaume de Shiva, approuve Aphrodite. La bataille fut de courte durée. Si je me souviens bien seuls Shura et toi furent appelés à conduire nos armées ?
_ C’est exact ! J’en ai donc profité pour ramener un souvenir de guerre. Je te présente Horyo, le Ksha le plus puissant de l’ordre de Shiva. »
Horyo meugle de douleur.
Celui qui faisait la fierté d’un peuple démuni et qui espérait rétablir la vérité au Sanctuaire en est réduit à se traîner nu, couvert de honte.
_ « Je ne te cache pas qu’il nous a donné du fil à retordre, poursuit Deathmask. Heureusement, Shura l’a affaibli en lui tranchant un bras et les jambes. J’ai gardé sa dépouille histoire de récolter un maximum d’informations sur Shiva. Mais ce fut vain. J’ai pu lui faire subir les pires sévices, il est resté muet comme une carpe ! »
Peu à peu Horyo arrive à hauteur d’Aphrodite et pose sa main sur la jambière des Poissons. Offusqué, Aphrodite lui assène un violent coup de pied : « Comment une telle laideur ose-t-elle me toucher et… »
Aphrodite est atterré.
Le pauvre Horyo ne se sent même pas uriner sur lui-même.
Le Suédois s’en irrite.
Pour punir le misérable, il lui fracasse le crâne en laissant tomber lourdement son pied droit. Un flot de sang vient éclabousser le nouveau jouet de Deathmask sans la perturber plus que cela.
Horyo décède sur le coup mais Aphrodite ne s’en préoccupe guère.
_ « Par Athéna ! Je me sens souillé, comme si cet homme avait entaché ma pureté, examine-t-il sa Cloth. »
Réalisant soudain la portée de ses paroles devant une jeune femme violée, Aphrodite part soudain d’un éclat de rire faussement dissimulé.
Sur ce, Deathmask jette sa proie dans le cachot, y renvoie le cadavre d’Horyo en le poussant du pied et entre à son tour.

A l’intérieur, de vieux ossements desséchés et des morts en putréfaction sont attachés aux murs par de lourdes chaînes.
Des rats rongent la chair des dépouilles tandis que des cafards et autres insectes semblent y avoir élu domicile.
En plus d’être très étroite, la pièce est très humide et il y fait froid.
_ « Cela n’a plus d’importance maintenant. Je ne sens plus rien, n’entends plus rien, songe la prêtresse. »
Aphrodite s’approche d’elle, à genoux, le visage penché en arrière, le teint livide et le regard perdu. Il lui recoiffe les cheveux pour y accrocher une rose.
_ « N’est-elle pas magnifique ainsi, demande-t-il à Deathmask ? Il ne manque plus qu’à lui trouver un nom. »
Croyant pouvoir trouver auprès du bel Aphrodite une once de bonté, la captive balbutie : « Je… Je m’appelle… »
Aphrodite pose alors sa main sur la bouche de l’innocente qui sent l’or froid lui clouer les lèvres.
_ « Non… Chut… Ne dis rien. Tu n’as pas le droit de parler tant qu’on ne t’en donne pas le droit… Lilith ! »
Dès cet instant, cette dernière en est persuadée, jamais elle ne sortira vivante de la maison de ces deux psychopathes.

_ « Lilith, retentit le nom dans l’esprit de Deathmask. »
L’annonce de ce nom le rend pensif au point qu’Aphrodite en perçoit le malaise.
_ « Ca ne te plait pas Deathmask ? Je trouve que cela va à merveille à notre chère amie. Lilith est le nom que porte la démone en chef des succubes dans la religion catholique. Elle vient la nuit avec ses compagnes pervertir les rêves des hommes… Oui, pervertir nos rêves, je suis convaincu que notre Lilith en est capable. Son corps doux et parfait m’appelle à assouvir mes envies les plus obscènes. »
Deathmask change totalement de mine en entendant cela.
_ « Quitte immédiatement cette maison Aphrodite ! 
_ Ne me dis pas que tu souhaites la garder pour toi seul, commence à faire courir sa langue Aphrodite dans le cou de Lilith ? Je n’ai jamais vu une fille aussi esthétiquement parfaite. Il est de mon devoir, à moi, Aphrodite Saint d’or des Poissons, de mêler mon corps divin au sien. »
Deathmask perd patience.
Le halot de lumière qui tournoie autour de son doigt vient soudain frapper la rose qu’Aphrodite avait placée dans les cheveux de Lilith.
Les pétales tombent délicatement sur le sol.
_ « Bien, bien ! Tu n’es pas dans ton assiette. Je te laisse avec « Lilith », se résout les Poissons. Prépare-la donc pour ma prochaine visite. »
 
Le Cancer attend que son complice s’éloigne, puis vient prendre le visage de Lilith entre ses mains : « Pff… Lilith ! Ca doit être le destin qui te remet sur mon chemin… »
Laissant planer le mystère, il revêt son armure puis quitte la geôle en refermant derrière lui la lourde muraille d’acier qui fait office de porte. La condamnant à l’angoissante obscurité…
 
 
La nuit tombe au Sanctuaire.
A Paesco, la bataille de boules de neige qui l’oppose aux enfants du village se solde par la victoire d’Apodis.
En rentrant chez lui, il trouve son petit garçon qui gazouille dans son berceau et se presse de le prendre à bras pour s’amuser à le faire rire.
Mujakis, la mère d’Apodis, a préparé le dîner pour son fils.
_ « J’ai besoin de prendre des forces pour ma garde de ce soir ! Un bon repas me fera le plus grand bien. »
 
Effectivement, la nuit est très fraîche. Les hommes réchauffent leurs doigts engourdis à la flamme de leurs torches.
Apodis a fait poster dix de ses hommes au niveau des remparts.
Lui patrouille accompagné de cinq autres dans les villages des environs, pour veiller à la tranquillité des villageois.
Si ce n’est le gel qui glace les lieux, cette veillée est semblable à toutes les autres.
En traversant son village, Apodis aperçoit Marin se tenant sur le pas de sa porte.
_ « Continuez votre route soldats. Je vous rattrape, ordonne le Grec à ses hommes. »
Les gardes s’exécutent pendant qu’Apodis avance jusqu’à la chaumière de Marin.
_ « Bonsoir Marin. Quelque chose t’importune-t-il ?
_ Rien ne m’alerte Apodis. Je ne trouve pas le sommeil voilà tout. »
Apodis peut sentir que la cosmo énergie de Marin est perturbée.
Il reprend après un bref silence.
_ « Tu sais, je pense souvent à elle.
_ Pardon ?
_ Netsuai, la mère de mon fils. Je pense souvent à Netsuai. Je l’aimais et je l’aime toujours malgré le fait qu’elle ne soit plus parmi nous. Aujourd’hui je le vis mieux. Je me suis fais une raison, tente-t-il de la réconforter en faisant allusion à la relation qu’elle entretient avec Aiolia.
_ Comment puis-je me faire une raison alors que l’homme que j’aime est toujours en vie lui ? Toi tu peux l’accepter parce que tu n’as pas d’autre choix. Celui que j’aime est proche de moi et le restera lui ! »
Le calme qui s’en suit fait rendre compte à Marin de la dureté de ses propos envers Apodis.
_ « Euh… Excuse-moi Apodis, je ne voulais pas…
_ Rassure-toi Marin. Après tout tu es ma supérieure. Mes propos étaient déplacés, fait mine d’accepter celui qui croyait être son ami. 
_ Non Apodis reviens, l’interpelle-t-elle tandis qu’il lui tourne le dos pour retrouver ses hommes… »
Après Aiolia, la Saint d’argent de l’Aigle sent un pincement au c½ur à l’idée de perdre un nouveau soutien.


La nuit a paru bien longue pour les gardiens.
La relève matinale leur semble bien méritée.
Ce sont Circinus Saint de bronze du Compas et ses hommes qui relèvent la garde d’Apodis. Circinus est un des chevaliers les plus vieux du Sanctuaire.
Très procédurier vis-à-vis des coutumes, il ne sort jamais sans sa Cloth.
Couleur étain, l’armure se compose de courtes jambières et de genouillères rondes. Une simple ceinture lui maintient la taille tandis que le torse et le dos sont entièrement protégés par une sorte de sphère marquée de dos comme de face des signes nord, sud, est et ouest. Chaque bras est couvert par un bouclier où les quatre points cardinaux sont également gravés. Les deux boucliers sont suffisamment larges pour couvrir les épaules du Saint, voilà pourquoi il ne porte pas d’épaulettes. Sa chevelure océan est couverte par un imposant heaume sur lequel est dessiné au niveau du crâne l’étoile exposant les points cardinaux.
_ « Il semblerait que je sois plus chanceux que toi, la neige a fini par cesser de tomber, tend sa main Circinus à Apodis.
_ Tu parles d’une chance ! Tu ne sais pas profiter des cadeaux des dieux lorsqu’ils se présentent à toi ! Cette neige, c’est Athéna qui nous l’a offerte pour purifier nos terres !
_ Braves paroles Apodis ! Au fait, le lieutenant Misty m’a chargé de te dire que ta garde serait tenue par mes hommes et moi-même durant la Journée Sainte. Le Grand Pope a demandé à ce que tu renforces la sécurité au centre du Sanctuaire durant le festival.
_ Nous ne sommes que trois Saints de bronze à tourner sur ce poste. J’imagine que Mensa Saint de bronze de la Table, et toi, Circinus Saint de bronze du Compas vous allez vous retrouver chamboulés. A votre âge ça risque d’être pénible de faire des heures supplémentaires, taquine Apodis son camarade.
_ Cesse de fanfaronner petit chanceux. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis déçu de ne pas pouvoir assister à ce festival. »
Apodis échange un sourire chaleureux avec son confrère avant de lui laisser la surveillance des remparts.

Plus loin, déjà, dans un champ de ruine l’entraînement matinal de Seiya est déjà bien entamé.
Marin est furieuse contre lui.
_ « Voici des années que tu t’entraînes et tu n’es toujours pas capable de tenir plus d’une minute face à moi. »
Seiya essuie le filet de sang qui sort de sa bouche et se relève péniblement.
Ses jambes tremblent, il retombe lourdement.
_ « Je te trouve très dure Marin ce matin !
_ Il est temps de passer à la vitesse supérieure Seiya. Tu as pris beaucoup de retard. Le Grand Pope a été averti que le nombre de prétendants à l’armure de Pégase était croissant depuis quelques années. Il ne tardera pas à élire le Saint qui sera digne de la porter. Je croyais que tu voulais à tout prix devenir chevalier ! »
En entendant ces mots, Seiya se ressaisit.
Il se lève d’un seul coup et adopte une pose de combat.
Marin se met en place elle aussi.
Au fond d’elle, elle s’en veut d’avoir été si dure envers Apodis. Elle vit mal sa rupture avec Aiolia, et Seiya et Apodis en font les frais.
Seiya a les yeux rivés sur les mouvements des mains de son mentor.
Sa tunique est marquée par plusieurs impacts de poings, semblables à des météores qui l’auraient transpercé de part en part.
_ « Ryu Sei Ken, se lance Marin ! »
Une série de météores s’abat alors sur lui.
Cette fois-ci il a compris. Tout en avançant, il évite chaque météore qui coïncide en réalité avec l’onde de choc produit par les coups de poings de son professeur.
Il arrive finalement à bonne distance d’elle qui vient de lancer le dernier météore. Il lui attrape le bras, dont la cosmo énergie s’est dissipée, et le passe par-dessus son épaule pour la projeter contre un rocher.
Ne lui laissant aucun répit Seiya court jusqu’au point d’impact.
Il fait bien puisque aussitôt remise, elle se jette le pied en avant pour frapper Seiya au visage. Celui-ci vacille, le maître est revenu en position de force.
Le voilà de nouveau contraint à parer les coups de poings de Marin jusqu’à ce qu’il en trouve la faille.
Il remarque que Marin reprend toujours sa garde par son flanc gauche, laissant la partie droite de son corps sans protection durant un laps de temps très court.
Seiya fléchit les genoux pour esquiver une gauche destinée à s’abattre sur lui et frappe immédiatement du tranchant de la main la hanche droite de Marin.
Elle recule en se pliant de douleur alors que Seiya reprend son souffle.
_ « Tu n’y es pas allée de main morte. Je suis exténué.
_ Je suis ravie que tu sois parvenu à déceler la faille que j’ai volontairement affichée. Tu as bien combattu pour aujourd’hui. Va donc chasser du gibier et profite de ta journée, je dois m’absenter. »
Sans donner plus d’explications, Marin disparaît.
_ « Chasser ! Pourquoi faire ? J’ai trouvé un meilleur moyen de me rassasier ! »
Tout en sautillant, Seiya prend alors la direction des villages du centre…
 

Justement, au centre est du Sanctuaire, Shaina quitte ses adversaires qu’elle a mis une fois encore en pièces.
En chemin, au camp d’entraînement des femmes chevaliers, elle reconnaît un lapin.
En la voyant l’animal se redresse sur ses pattes arrière et agite les oreilles. Shaina vérifie en tournant la tête que personne ne l’observe et se baisse pour prendre la bête dans les bras. Depuis le jour où Shaina l’a sauvé du sort que lui réservait Seiya, l’animal passe souvent réclamer les caresses de la jeune femme.
Shaina se remémore cet instant.

C’était il y a maintenant trois ans.
La chasse du lapin avait conduit un jeune Japonais jusqu’à ce centre, lieu interdit aux hommes. Même le Grand Pope ne peut y accéder.
Le Saint d’Ophiuchus malmenait quelques apprentis et les mettait rapidement hors combat. Souhaitant se rafraîchir dans l’eau du fleuve qui passe par le camp, elle tomba nez à nez avec l’animal en question, tétanisé par la froideur de son masque.
Ne dévoilant son c½ur qu’à ceux susceptibles de ne pas le rapporter, la jeune femme l’ôta alors et offrit au lapin un minois sublime et rassurant.
A l’affût, avait débarqué derrière elle le chasseur de trois ans son cadet. Aussitôt sur la défensive, Shaina s’était mise en garde.
N’ayant pas conscience de l’outrage qu’il commettait, l’enfant s’inquiéta d’une blessure au poignet de Shaina, séquelle d’un précédent combat.
Sans la dévisager, l’innocent garçon pansa alors sa blessure tandis que l’animal fuyait son agresseur.
A cet instant, le c½ur de la demoiselle s’était emballé. Il avait littéralement vrombit dans sa poitrine. Elle qui ne croyait pas en l’amour des hommes, les voyant comme des monstres incapables de tendresse à l’instar de ses frères d’armes qui lui avaient mené la vie dure avant qu’elle n’accède à son rang, elle fut prise d’un sentiment indescriptible qui la renversa.
Leur rencontre ne dura qu’une minute, pourtant elle se permit d’imaginer un avenir aux côtés du naïf garçon alors qu’il repartait déjà à la recherche d’un autre repas…
 
Elle ne l’a plus jamais revu depuis ce jour.
Elle a souhaité parcourir le Sanctuaire à sa recherche. Hélas les missions du Pope et l’entraînement du féroce Cassios la retiennent bloquée dans le centre du domaine sacré.
Elle y partage son temps entre les terres de son village et ce camp pour femmes où elle aimerait retrouver un jour son imprudent bienfaiteur. Si seulement elle connaissait son nom…
 _ « Je suis venue ici dans l’espoir de m’entraîner avec une vieille amie, je ne pensais pas la trouver aussi docile depuis notre dernière rencontre, la sort soudain de ses pensées une voix familière.
_ Marin, mon amie, reconnaît elle la Japonaise. Je ne m’attendais pas à ta visite, laisse-t-elle s’échapper l’animal. Voyons si tu as progressé, se met-elle en position ! »
Shaina déclenche alors les hostilités. Elle saute le pied en avant en direction de Marin qui esquive d’un pas sur le côté.
L’Aigle répond par un direct du droit mais Shaina s’accroupit pour éviter à son tour et colle un coup de poing en plein estomac à Marin.
Alors que celle-ci se tient le ventre de douleur, Shaina s’élève vers le ciel : « Thunder Claw ! »
De ses griffes, elle fait s’abattre la foudre en direction de son amie.
Lorsque Shaina inspecte le point d’impact, Marin n’est déjà plus là.
Elle lève alors les yeux au ciel et n’a pas le temps d’esquiver : « Ku Ken ! »
Marin rend coups pour coups à Shaina en lui collant un coup de pied dans l’abdomen.
Shaina tombe en arrière.
Marin s’approche doucement d’elle, se tenant l’épaule, griffée par la précédente attaque de l’Ophiuchus et lui tend la main.
Shaina acquiesce et se relève avec l’aide de sa camarade.
 
Une fois relevée mais encore endolories, elles s’avancent en se tenant par la main jusqu’à atteindre une source entourée d’une végétation luxuriante, bordée par un décor antique, datant de la création du Sanctuaire.
De petits temples aux colonnes doriques, agrémentés de statues de nymphes, offrent un cadre ayant su garder un certain charme à ces femmes qui ont fait don de leur féminité pour rentrer au sein de l’armée d’Athéna.
S’approchant du bord de l’eau, Marin défait ses bas et goutte l’agréable température de cette source pure.
_ « Allons, tu ne vas pas rester assise au bord de l’eau toute la journée. Viens donc te rafraîchir, l’interpelle l’Italienne déjà dans l’onde jusqu’à la taille ! »
Nue, elle a retiré son masque pour le déposer sur un rocher à côté du reste de ses vêtements. Marin observe son amie se prélasser sensuellement et se laisse finalement convaincre.
Elle retire son bustier, ses épaulettes et, enfin, ses légers vêtements pour rejoindre Shaina. Mais elle n’ose pas mouiller tout son corps dans ce bain froid qui la fait frémir.
Cela fait sourire Shaina.
Elle nage alors jusqu’à Marin qui se met sur la pointe des pieds pour éviter d’être éclaboussée. Arrivée à sa hauteur, Shaina, retire le masque de Marin : « Ici tu n’en as pas besoin. »
Marin rejoint alors la berge pour déposer son masque sur ses vêtements, à côté de ceux de Shaina.
La tentation étant trop forte pour l’Ophiuchus, elle finit par lancer quelques gouttes en direction de Marin.
Toutes deux s’amusent alors à s’inonder le visage en se rapprochant l’une de l’autre.
Face à face, Shaina immobilise Marin en la serrant contre elle : « Ca fait plaisir de te revoir Marin. »
Shaina comprend au regard complice de Marin que c’est réciproque et pose doucement ses lèvres contre les siennes.
Marin ferme les yeux et se laisse embrasser.
Elle trouve finalement ce qu’elle était venue chercher, un peu d’affection après cette rupture difficile avec Aiolia.


A  l’approche des marches des douze maisons, à Honkios, Seiya est noyé par la foule sur la place du marché.
Ville principale du domaine sacré, située au c½ur du Sanctuaire, Honkios est le centre des affaires du domaine sacré. Cette ville regroupe la majorité de la population. C’est également là que se déroulent les festivités du domaine, que se trouve le grand Colisée et le cimetière des Saints. 
Chaque jour les marchands entreposent sur la place les produits fraîchement débarqués du port.
Depuis quelques temps déjà, Seiya vient ici au lieu de chasser.
Il s’arrête devant un stand et cherche du coin de l’½il un visage familier.
Une enfant du même âge le reconnaît aussitôt et lui fait signe de la retrouver dans une petite rue parallèle.
Seiya se presse de l’y rejoindre et, en échange d’un baiser, récupère de la part de cette fille d’épicier, un sac de victuailles.
La demoiselle aux longs cheveux couleur prune coiffés en nattes est toute fière de montrer à ses amies l’apprenti chevalier qu’elle leur présente comme son petit ami.
Seiya, lui, n’a que faire de son attitude et une fois le simple baiser posé sur ses lèvres, il repart aussitôt avec son précieux butin.
 
Il se précipite à la sortie de la ville quand une ombre immense le stoppe net.
Levant les yeux vers le ciel, il reconnaît Cassios.
Le colosse s’empresse de lui subtiliser habilement son repas et le repousse d’un violent coup de pied.
_ « Ecarte toi microbe !
_ Voleur ! Rends-moi ça !
_ Ou sinon quoi ? La loi du Sanctuaire n’autorise pas que nous utilisions notre force, mais j’ai toutes les excuses du monde pour t’écraser puisque tu n’as rien à faire dans cette ville. Je n’aurai qu’à dire que tu es venu me provoquer ! »
Ce dernier lance alors sèchement un autre coup de pied à Seiya qui s’écrase contre de vieux tonneaux de bois.
Satisfait, et croyant en avoir terminé avec lui, Cassios commence à s’éloigner mais Seiya le retient : « Ne me tourne pas le dos espèce de brute ! »
Cassios n’en croit pas ses yeux. Seiya n’a pas une égratignure. Autrefois, il le laissait KO sans aucun mal.
_ « Je vois que tu t’es endurci. Cette fois-ci je ne retiendrai pas mes coups ! »
Seiya qui a conscience qu’il n’est plus le faible gamin qu’il était à son arrivée, se met en position. Comme lui a appris Marin, il concentre toute son énergie dans son poing et s’apprête à fracasser Cassios qui fonce déjà sur lui.
Quand tout à coup, un cratère se forme entre les deux opposants.
Surpris, ils cherchent le responsable.
_ « Ca suffit ! Je t’interdis de toucher à mon élève, scande Marin qui apparaît entre eux deux. »
Shaina qui accompagne Marin reconnaît immédiatement Seiya.
Elle retrouve enfin celui qu’elle cherchait tant.
Néanmoins, les mots que Marin vient de prononcer lui glacent le sang.
_ « Ton élève ? Tu veux dire que ce minus veut devenir Saint ?
_ En effet, je te présente Seiya, le futur Saint de Pégase ! »
En quelques secondes, la bonne humeur de Shaina s’évapore.
Elle n’en croit pas ses oreilles. Le seul homme auprès de qui elle ne s’est jamais sentie aussi bien est un concurrent direct de son disciple.
A l’instant même où elle apprend le nom de son prince charmant, son c½ur se fissure.
_ « Non seulement c’est un rival mais… Pire que ça ! Il ne semble même pas me reconnaître ! »
Son masque dissimule sa mine vexée et rageuse.
_ « Si tu tiens à la vie de ton disciple Marin, lance-t-elle prétentieusement, tu ferais mieux de l’encourager à devenir prêtre d’Athéna, car Cassios, mon élève, est né sous la constellation de Pégase, s’avance-t-elle jusqu’à lui en posant sa main sur les muscles qu’il se plaît tant à arborer. Et il est bien décidé à remporter l’armure.
_ Ce vermisseau espère gagner l’armure ! C’est une plaisanterie, rajoute Cassios ! On va régler ça immédiatement !
_ Ca suffit Cassios, arrête-t-elle son élève ! La mort de ce minable n’est pas nécessaire pour le moment. Je compte sur l’intelligence de Marin pour le retirer immédiatement de la course.
_ Ca commence à bien faire ! Vous allez voir, s’élance Seiya qui n’en peut plus d’être insulté de la sorte.
_ Si tu me connais si bien que ça Shaina, passe Marin devant lui pour lui barrer la route, tu dois te douter que jamais Seiya n’abandonnera. »
Marin connaît les intentions de Seiya. Devenir Saint pour retrouver sa s½ur. Cette cause est trop semblable à la sienne pour lui demander d’abandonner. De plus Seiya a travaillé très dur jusqu’ici et ses efforts commencent à payer. Si un combat devait avoir lieu aujourd’hui même contre Cassios, elle est convaincue du succès de Seiya. Shaina a beau être sa meilleure amie, la loi du Sanctuaire est sans équivoque.
Toujours cachée par son masque, Shaina est dépitée.
Elle est blessée dans son orgueil de savoir que Seiya ne la reconnaît pas, qu’il est un concurrent direct pour l’armure de bronze et qu’il s’accapare maintenant la cause de sa meilleure amie : « C’en est trop ! Je ne peux aimer cet homme qui a vu mon visage. Il doit donc mourir et quelle plus belle victoire que de voir Cassios être son bourreau, songe-t-elle. »
Shaina lui tourne alors le dos : « Ainsi, Marin tu as décidé de devenir ma rivale.
_ Si tu le prends ainsi alors oui ! Nous venons de mettre un terme à une belle amitié. »
Marin saisit alors Seiya par le col et le ramène avec elle au village de Paesco pendant que Shaina fustige Cassios du regard : « Repars t’entraîner immédiatement ! Je veux que tu l’humilies avant de lui donner la mort lors de votre prochaine rencontre ! »

293
Only for Love / Chapitre 2
« on: 19 April 2010 à 16h17 »
Chapitre 2

Le décor antique du domaine sacré s’est doté d’un beau manteau blanc.
Ce 15 janvier 1985, le Sanctuaire vit un évènement plutôt rare.
Les vestiges du passé sont dissimulés sous l’épaisse masse de neige qui tombe en abondance.
Le soleil tarde à se lever, l’air est sec et glacé, et la température de ces derniers jours est largement en dessous des normales saisonnières.
De si bon matin, les villageois les plus malins se dépêchent de chercher du bois en forêt avant que la neige ne monte davantage en surface.
Il n’y a pas une seule chaumière qui ne chauffe pas. Certains Saints sont eux-mêmes en train de remplir des charrettes tirées par leurs mules. D’autres chevaliers préfèrent charger leurs esclaves de ce genre de tâches.
Les soldats chargés d’escorter les marchands du Sanctuaire se plaignent de cet hiver rude. Ils conduisent les commerçants sous couvert d’anonymat en dehors du domaine sacré pour y récupérer des produits de première nécessité que ne peut offrir le Sanctuaire. Ils manquent d’accessoires pour se couvrir devant cette météo si inhabituelle.
« Sur conseil de ses prêtres, le Grand Pope s’est rendu sur Star Hill étudier les étoiles et vérifier que ce temps n’était pas signe d’une menace imminente, commente un soldat.
_ Sait-on jamais, répond un autre, après tout, cette année il a été annoncée la venue de la déesse Hébé pour la Journée Sainte !
_ Tu plaisantes, s’étonne un autre, la Journée Sainte est la fête rituelle qui se déroule chaque année en l’honneur de notre déesse Athéna ! Pas de raison de s’émouvoir pour si peu !
_ Oui, complète un quatrième, il arrive à l’occasion que certains dieux réincarnés sur Terre se joignent aux festivités. Mais toujours furent-ils des alliés d’Athéna !
_ Oui, tente de se rassurer le plus inquiet, la déesse Hébé est réincarnée depuis vingt-six ans. Depuis son royaume installé à Yíaros, une île de la mer Egée, elle a toujours soutenu la politique d’Athéna, je m’inquiète pour rien. »


A l’ouest du Sanctuaire, près des murailles, malgré la poudreuse qu’il écrase de ses pieds mouillées, Apodis est en position de combat : « Non Seiya ! Pose ta jambe comme la mienne. Ainsi tu sauras contrer les assauts venus des airs.
_ Mais ce n’est pas ce que Marin m’a appris, rechigne le garnement !
_ Marin t’a enseigné comment parer les attaques de front jusqu’ici. Elle sera agréablement surprise de voir que tu maîtrises un autre type de défense. Allez ! Remets-toi en position ! »
Apodis étudie la pose de Seiya et s’avance vers lui doucement.
Le jeune apprenti est vêtu de vieux vêtements jaunes et d’une épaulette en acier. Ses cheveux sont maintenus par un bandeau de la même couleur que les bandelettes qui enserrent ses poignets. Son bras gauche est protégé par une pièce métallique au niveau de l’avant-bras. Apodis se place alors à côté de lui et lui demande d’imiter ses mouvements afin de saisir la pose idéale.
Tandis qu’ils s’exercent, les craquements de la neige sous les pas d’un troisième individu les informent de sa venue. Vêtu d’un seul pantalon couleur azur trempé jusqu’aux genoux, il porte sur son torse nu un lourd plastron maintenu par deux épaulettes d’acier.
- « Que vois-je, flatte Aiolia qui ne semble pas craindre ce froid ? Deux grands chevaliers ensemble. Vous êtes bien courageux d’être debout si tôt et par ce temps ! »
Seiya est intimidé par Aiolia. Il reconnaît le jeune homme qui accompagne souvent Marin et qui, lui aussi, lui prodigue de nombreux conseils. Ignorant tout du niveau du Grec, Seiya est persuadé qu’Aiolia ferait un puissant Saint.
Apodis, lui, connaît la réelle identité du Lion d’or. Il sait aussi qu’Aiolia n’aime pas qu’on parle de son rang de Saint d’or et qu’il est préférable de ne pas laisser le Lion sortir ses crocs.
Il laisse donc Seiya continuer à perfectionner sa technique et s’écarte en compagnie de son ami : « Laisse-moi deviner, tu profites de ta permission accordée par le Pope pour quitter ta maison.
_ C’est exact, je suis allé voir Marin. Néanmoins les retrouvailles furent de courte durée puisqu’elle cherche ce jeune chenapan, dit-il en désignant d’un hochement de tête le futur Pégase, j’ai donc décidé d’aider Marin à dénicher ce petit intrépide.
_ Il est très volontaire. Il vit à l’autre bout du village sur lequel je veille. C’est donc de manière régulière qu’il me rend visite. Marin a fait du très bon travail, poursuit Apodis en l’observant, l’arrivée de Seiya au Sanctuaire ne s’est pas faite en douceur. Le fait qu’il soit Japonais a été mal vu par la plupart des habitants et des soldats.
_ Oui, il a été rejeté par trop de monde. C’est pour cette raison que je crois en ce gamin. J’ai l’impression de me retrouver en lui au même âge.
_ Décidément, la mentalité du Sanctuaire est vraiment scandaleuse. Brimer un étranger parce qu’il veut être un Saint, c’est vraiment stupide. Le peuple a-t-il oublié qu’à l’origine de la création de l’armée d’Athéna, les Saints étaient des enfants du monde entier ? »
Les deux amis cessent temporairement leur conversation, l’espace d’un instant, durant lequel un éclat cosmique parcourt le corps de Seiya.
_ « Sa cosmo énergie s’intensifie de jour en jour. Je ne suis même pas certain qu’il ait conscience de son réel potentiel, envisage Apodis, comme beaucoup d’autres élèves.
_ Je te vois souvent donner des conseils aux apprentis justement, acquiesce Aiolia. Pourquoi n’abandonnerais-tu pas la garde du territoire pour enseigner ton art ?
_ J’ai une famille à charge. Ma solde de sergent me permet de subvenir à ses besoins bien plus que si je devenais professeur. Et puis mes hommes ont toujours soif d’apprendre, donc je compense avec eux. Et toi, retourne-t-il la question ? Tu n’as jamais voulu transmettre toutes tes capacités ? Tu es tout de même un des hommes les plus puissants de ce domaine sacré !
_ Lorsque je fus éduqué par mon frère, j’ai cru en ses paroles, en ses causes. J’étais absorbé par son savoir…Tu n’as pas idée comme cela a été difficile de me dire que l’image que j’avais de lui était fausse. Alors je refuse de devenir moi aussi un mauvais professeur qui enseignerait sa bêtise et gâcherait de jeunes talents comme Seiya. »


Plus haut, au sommet des douze maisons du zodiaque, juste avant d’atteindre la statue d’Athéna, l’ambiance n’est pas à l’angoisse.
La venue d’Hébé ne trouble en rien le plaisir pris par Saga, enfermé dans son palais en compagnie de deux prêtresses.
Coiffé du heaume rouge sang d’Arlès, l’usurpateur soupire de plaisir.
Assis sur le trône du Pope, les yeux rouges de son masque violet sont braqués sur le corps dénudé d’une des servantes.
Soumise à la volonté de son supérieur, elle laisse glisser le voile de satin qui couvre son corps. Elle démêle, anxieuse, ses longs cheveux mauves tandis que ses petits seins frissonnent.
Au même moment, sa camarade, cachée par la soutane du Grand Pope, réapparaît la mine plus friponne qu’elle. Elle recoiffe ses courts cheveux roses puis se dirige d’un pas léger en direction du plateau généreusement garni qu’elles ont porté à leur seigneur. Tout en ragrafant sa longue robe blanche avec une broche en or, elle boit une coupe de vin. D’un sourire concupiscent, elle enjoint d’un geste de la main sa semblable à le rejoindre. Se doutant bien de ce qu’il va lui arriver, elle observe sans sourciller le supposé Arlès attraper son innocente amie pour la jeter violement contre le siège.
Tandis que la moins farouche glisse ses doigts pour essuyer la sueur qui lui coule entre sa ferme poitrine, la plus timide aux cheveux lilas peine à retenir ses larmes et ses cris de détresse.
La soutane relevée, écartant avec autorité les cuisses de la malheureuse, Saga entame un coït dans un râle qui devient inhumain.
D’abord amusée, un petit sourire pervers maquillant ses lèvres, la prêtresse la plus franche remarque les cheveux de Saga grisonner puis blanchir successivement.
_ « Ah… Grand Pope… J’ai mal… Arrêtez s’il vous plait, gémit la prisonnière de Saga… »
Toutefois, Saga, possédé par le désir et le mal qui le ronge, ignore les pleurs et les plaintes de l’innocente. Il ne remarque pas non plus sa première partenaire qui progresse timidement vers lui.
_ « Majesté ? Vous allez bien, s’enquiert-elle en posant sa main tremblotante sur son heaume ? »
C’est alors qu’il stoppe son échange brutal. D’un revers de la main, craignant pour son identité, il repousse violemment la tentative : « Ah ! Mon visage ! Qu’as-tu cru petite traînée ? Que le Pope te dévoilerait son identité ? »
La malheureuse retombe quelques mètres plus loin.
Lorsqu’il constate son immobilité, un éclat de rire hystérique tétanise son autre victime avachie sur le trône.
La pauvre voit les flammes des torches qui illuminent le palais scintiller dans les grands yeux rouges de son masque. Et tandis que par réflexes elle envisage de se débattre, il lui cramponne la gorge et reprend de plus belle.
Malgré les faibles moulinets de ses bras frêles, elle ne peut lutter contre la folie barbare de celui qu’elle pensait être un homme de foi.
L’étreinte l’étouffe. Elle manque d’air. Ses yeux sont révulsés. Elle pâlit.
L’acte brise son corps. Lui déchire les entrailles.
L’acte anéantit sa foi. Sa conscience se mue.
Le réflexe psychologique l’enferme dans la pensée pour faire abstraction des atrocités vécues en son sein : « Athéna… Pourquoi ? Qu’ai-je mal accompli pour que votre représentant m’inflige ce supplice ? Comme mes cons½urs, nous sommes de jeunes orphelines recueillies par le Sanctuaire ou directement confiées par nos parents afin de recevoir une éducation dans la foi d’Athéna. Notre vie chaste est faite d’une unique dévotion envers Athéna. Tout comme nos confrères prêtres envers le Grand Pope. Nous vivons prêtres d’un côté, prêtresses de l’autre, autour des chambres d’Athéna et du Grand Pope pour être au service du moindre besoin. Lorsque nous nous rendons dans les villes et les villages pour nous approvisionner en linges et en vivres, nous prêchons à chaque Athéniens l’amour de notre déesse. Nous représentons la connaissance aussi bien culturelle que médicale en plus du savoir cultuel. Partant même parfois en pèlerinage dans les domaines annexés par le Sanctuaire, comme le Port du Destin en Crète afin de veiller à ce que le culte d’Athéna demeure inébranlable. Nous mettons nos vies en jeu quand nous nous déplaçons en délégation sur les terres des dieux mineurs ou des autres panthéons pour veiller au respect et à la suprématie de notre culte. Tout ça pour que nous, femmes, devenions Saintias. Alors pourquoi Déesse Athéna ? Pourquoi Majesté ? Quel enfant ai-je mal éduqué ? Quel élixir pour soigner un de nos villageois ai-je mal préconisé ? Envers quel autre dieu pensez-vous que je me sois vouée ? Ne suis-je pas toujours restée fidèle d’esprit et… De corps… Jusqu’à aujourd’hui ? Dois-je considérer le traitement du Pope comme une punition ? Ou peut-être, cela fait-il parti des fonctions de mon rang ? Ai-je mal compris ? Vous servir était-il trop peu ? Dois-je être réduit à rien pour m’attirer votre grâce ? Ou bien est-ce parce que je fais partie de celles qui ne sont jamais parvenues à éveiller leurs cosmos ? Mes services ne sont donc ils pas à la hauteur de votre mansuétude ? Faut-il que je compense en acceptant d’être le réceptacle des désirs de luxure de votre représentant ? »
Plus loin, dans la pièce, l’autre servante revient à elle.
Le visage tuméfié, elle titube, hagarde en direction de la sortie. Comprenant à mesure que ses esprits lui reviennent ce qui se joue ici, son instinct de survie la pousse à fuir en abandonnant sa camarade.
L’issue est à quelques pas : « Je suis désolée de te laisser… Mais je n’ai pas le choix… J’ai cru qu’en étant docile… Moins regardante sur le puritanisme imposé par notre fonction… Qu’en acceptant volontiers que le Grand Pope bafoue les lois en profitant de son statut… J’en tirerai quelques avantages… »
Elle perçoit du bout des doigts le bois épais de la lourde entrée : « … Mais je réalise trop tard que ce choix n’apporte rien de favorable… Le Grand Pope ne laissera jamais le secret d’une telle concupiscence sortir de cette chambre… Je suis désolée de te laisser… »
Au même moment, Saga lâche enfin prise.
La malheureuse asservie sort de ses pensées parmi lesquelles elle cherchait à donner raison à son bourreau, convaincue qu’elle a failli dans sa mission d’aspirante Saintia.
La nature suivant ses réflexes, elle reprend son souffle subitement. Brisant la barrière psychologique dans laquelle elle s’est enfermée jusqu’alors.
Elle crache. Tant l’oxygène reprit à pleins poumons lui brule la gorge jusqu’ici comprimée.
Elle en vomit même.
Elle distingue au loin sa semblable à un cheveu de l’issue.
Elle réalise alors ce qu’elle vient de vivre. Que la fuite de son amie signifie éviter une mort à laquelle elle ne parviendra pas à échapper.
Elle prend alors conscience que rien de cela n’est normal.
Mais sa gorge écrasée et ses sanglots qu’elle ne contrôle pas l’empêchent d’implorer l’aide de son amie. Ses nerfs à fleur de peau n’ont même plus la force de diriger son bras dans sa direction pour mimer un appel au secours.
Saga, lui, reste immobile ses yeux cachés par son masque fixe le sol alors qu’il a les bras ballants.
La couleur de ses cheveux oscille entre le bleu et la teinte grisâtre qui a été la sienne jusqu’alors.
Le tourment de son corps témoigne le supplice de son être.
Incapable de réagir à cette barbarie, la lutte interne à laquelle il se livre l’empêche de constater la fuite pouvant remettre en question sa situation.
La plus opportuniste des deux prêtresses n’est plus qu’à quelques pas des gardes du palais.
Elle tire brutalement et de manière répétée sur les poignées pour faire bouger les massives portes.
L’une d’elle grince puis s’ouvre de quelques millimètres.
Du coin de l’½il, elle voit la lueur du jour et c’est amplement suffisant pour lui transmettre l’assurance que la liberté est proche.

De l’autre côté de la cloison un des gardiens s’étonne de voir l’accès s’entrebâiller.
Il interroge son collègue qui lui fait face : « Tu as vu ? La porte s’est entrouverte !
_ Comment ?! D’habitude le Pope nous fait appeler lorsqu’il souhaite sortir de sa chambre !
_ Deux prêtresses sont venues assurer la toilette et le repas d’Athéna, expose un troisième.
_ Elles s’apprêtent sûrement à partir, se calme alors le premier. J’ai eu tort de m’en faire.
_ Pas de quoi déranger sa Majesté, soupire le quatrième ! »
Alors que chacun reprend sa position, le premier soldat réfléchit avant de foncer résolument en direction de l’entrée : « Je préfère m’assurer que Sa Majesté va bien… »

Percevant l’approche de son sauveur, la fuyarde puise en elle le courage de tirer encore la large poignée d’or massif.
La liberté promise est toute proche… Quand tout à coup, sa vision se trouble.
Un bruit sourd retentit.
L’horizon lui devient flou.
Un voile blanc lui cache la vue.
C’est alors que Saga se reprend.
La lourde percussion est celle des portes.
Celles-ci sont refermées par le corps de la fugitive. Désormais sans vie.
D’abord écrasé contre, le poids mort glisse ensuite doucement sur le côté. Dissipant peu à peu de son crâne un halo violacé.
Elle s’écrase enfin grossièrement au sol, laissant deux trous d’au moins deux centimètres de diamètre de chaque côté de la tempe.
Très vite, la dépouille baigne dans son propre sang qui s’écoule en abondance des perforations crâniennes.
De l’autre côté, le garde le plus inquiet dégaine son épée après le choc entendu : « Grand Pope ! Grand Pope, appelle-t-il en sortant son arme de son fourreau ! »
Une atmosphère macabre envahit les lieux.
Saga reconnaît l’assassin qui sort de l’ombre d’un pilier en faisant tournoyer au bout de son doigt le même halot cosmique qui vient de terrasser la prêtresse.
_ « Tout va bien gardes, rassure Saga à ses soldats prêts à enfoncer la porte ! ! Retournez à vos postes, ordonne-t-il tout en fixant le meurtrier !
_ Vous devriez être plus prudent Grand Pope. Imaginez ce que cette fille aurait pu raconter une fois dehors, murmure calmement le sauveur.
_ Que fais-tu dans mon temple Deathmask ?
_ Grand Pope, vous protéger fait partie de mes attributions, l’auriez-vous oublié ?
_ Il est vrai qu’avec Aphrodite tu fais partie de mes plus fidèles alliés. Tu as même renouvelé ton serment devant moi il y a quelques années en découvrant mon identité alors qu’Aiolia affrontait les Titans de Cronos.
_ Il serait donc ridicule que vous nous fassiez tomber nous, vos chevaliers fidèles, avec vous à cause de pulsions primaires, s’avance Deathmask en pointant du doigt la prêtresse restante, et pour éviter cela j’aimerais savoir ce que vous comptez faire d’elle ?
_ Hum… Elle est à toi ! Tu n’as qu’à en faire ce que tu veux, dit-il en arrachant une tenture qu’il lui jette ensuite pour l’aider à dissimuler la survivante. Pour l’autre, je ferai retirer son cadavre. J’expliquerai aux soldats qu’elle était impure et qu’elle a pêché envers Athéna. Quant à celle que je t’offre, je dirai que je l’ai envoyée en pèlerinage dans un de nos domaines annexés. L’ordre des Saintias est sous mon contrôle. On ne se posera pas de questions à ce sujet. »
Le Cancer s’approche de la survivante.
Ses muscles sont tétanisés par l’émotion, elle est en état de choc.
D’un coup derrière la nuque, il l’assomme et enroule dans le drap le corps nu duquel s’écoule encore le sang de son innocence volée. Ainsi il pourra la transporter sans éveiller les soupçons des Saints d’or lorsqu’il passera à proximité de leurs maisons.
_ « Vous êtes machiavélique, félicite Deathmask. C’est cette justice radicale, imposée et sensée qui me fait accepter votre prise de pouvoir.
_ Tu peux disposer Deathmask, tempère Saga à mesure que ses cheveux reprennent leur teinte bleue naturelle. J’aimerais rester seul à présent. »
Sans un mot, l’Italien s’exécute et repart dans la pénombre.

Saga retire son masque, prend une coupe de vin, la boit paisiblement.
Un fois après avoir observé la solitude, il jette subitement le récipient contre le mur.
_ « Pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’était qu’une jeune innocente !
_ Tu en avais envie toi aussi, se répond-il lui-même ! Rassure-toi ! Deathmask saura s’occuper d’elle. Elle ne verra plus jamais la lumière du jour, ton secret est bien gardé.
_ Je te hais, s’insulte-il en s’effondrant à genoux ! Je me hais, conclut-il en sanglotant… »
Ahanant quelques secondes avant de retrouver son calme, il se serre dans une autre coupe et se remet de ses émotions avant de dissimuler à nouveau son visage : « Garde ! Venez jeter ce corps ! Cette femme a trahi le Sanctuaire ! »
Les hommes entrent aussitôt pour débarrasser les lieux et nettoyer les tâches de sang et de vin sans broncher ni poser la moindre question.
Pendant ce temps, Saga se dirige sur le flanc de son temple, là où depuis un grand balcon la vue domine l’ensemble de la contrée.
Il y reprend un rouleau desserré de papier, marqué du sceau de la déesse Hébé, déposé plus tôt sur le trône et en conclut : « Ainsi votre lettre déposée par messager est claire, vous demandez à être reçue lors de la Journée Sainte pour y saluer la jeune Athéna qui entame sa douzième année… Voici une contrariété de plus dont je me serai bien passé… »


A l’ouest, Marin poursuit son investigation dans une clairière.
Les flocons de neige dans sa chevelure rousse lui donnent un style particulièrement sensuel. Sa main gauche, se joint à sa main droite, gantée. Elles les positionnent devant sa bouche, aspire un grand coup et appelle : « Seiya… Seiya ! »
Entendant quelqu’un s’approcher d’elle à grande vitesse elle murmure : « Ces mouvements sont trop rapides pour être ceux de Seiya. »
L’inconnu surgit soudain d’un buisson et fond sur Marin. Celle-ci l’évite en se courbant en arrière et lance un coup de pied pour riposter par la même occasion. Son agresseur le pare aisément avec son avant-bras droit.
_ « Allons Marin ! Du calme ! C’est moi, Aiolia.
_ Je ne t’avais pas reconnu, s’excuse Marin en retrouvant son équilibre. Tu as une si grande faculté à masquer ta cosmo énergie que j’étais sur mes gardes. Trêve de politesse, as-tu retrouvé Seiya ?
_ Apodis est en sa compagnie. Ils s’entraînent près des remparts. J’ai demandé à notre ami de te ramener Seiya sain et sauf avant la tombée de la nuit. Tu n’as rien à craindre. »
La neige tombe de plus en plus fort.
Aiolia s’avance doucement vers Marin. En passant sa main dans ses cheveux, il constate : « Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls tous les deux. »
La jeune femme ôte alors son masque et approche ses lèvres de celles d’Aiolia. Ils s’échangent un tendre baiser puis un regard envoûtant. Le brasier qui se consume dans leurs yeux semble alors réchauffer les environs. Poursuivant leur échange de plus en plus ardent, Aiolia avance tout en embrassant Marin, ce qui la fait reculer contre un bosquet. Lorsqu’elle sent son dos se caler contre l’arbre, elle partage une seconde de répit avec son amant pour se dire simultanément à quel point ils s’aiment…


Comme prévu, Deathmask n’a pas été importuné par ses pairs en redescendant jusqu’à la maison du Cancer avec le corps camouflé de la prêtresse.
Il secoue sa tête pour laisser pleuvoir la neige posée sur sa chevelure bleutée et s’engouffre dans les ténèbres de son temple.
Atteignant un trou qui mène jusqu’au sous-sol, il y descend en réalisant un bond prodigieux.
Le corps de la pauvre enfant tombe à ses pieds sur les dalles froides.
Deathmask ôte alors le drap dans lequel il l’a enroulé et s’accroupit pour observer la mine inconsciente de sa proie. Il glisse ses doigts humidifiés par la neige fondue pour écarter les cheveux mauves qui cachent son visage puis se redresse et la bouscule du pied pour la réveiller.
Ses paupières s’agitent.
Deathmask se retourne brusquement : « Quelqu’un vient d’entrer dans mon temple !
_ Tiens donc mon brave ! Tu as un nouveau jouet, s’avance jusqu’à lui Aphrodite dont les pas couverts de son armure résonnent !
_ Je ne comptais pas te le dire tout de suite, baisse sa garde Deathmask. Elle est encore sale après son passage chez le Pope.
_ Il continue à s’accaparer les prêtresses d’Athéna, s’amuse les Poissons. Si ça continue ainsi, il finira bientôt par ne plus y en avoir et on pourra dire adieu à l’ordre des Saintias, dit-il en baisant la joue du Cancer une fois à sa hauteur. »
La jeune fille ouvre délicatement les yeux.
D’abord obstruée, sa vue identifie progressivement au plafond des masques de morts.
Épouvantée, elle se redresse et constate que l’horreur se propage sur les murs ainsi que sur le sol, sol où elle est couchée nue.
Frénétiquement, elle se passe alors les mains partout sur le corps, révulsée par le contact avec ce sordide décor.
Son calvaire dans la maison du Grand Pope devient dès lors anecdotique tant le réveil est encore plus brutal que ses pires cauchemars. Elle sert son corps dans ses bras, pleure, crie, cherche quelqu’un qui peut lui porter secours.
Aussitôt, au milieu des ténèbres, elle est éblouie par la Cloth d’or des Poissons. Mais plus encore, par la beauté sans égale de son propriétaire.
Pourtant, l’éclat solaire de l’armure dans cette atmosphère lugubre ne la rassure pas. Elle remarque bien vite Deathmask à ses côtés.
_ « Reconnais-tu cette lumière, lui demande l’Italien qui fait tournoyer une lumière violette autour de son index ? Il s’agit d’un halo que je produis en réunissant au fond de mon être une parcelle d’énergie. Cela est bien suffisant pour éliminer quelqu’un, comme ce fut le cas pour ton amie qui a déversée sa cervelle dans la chambre du Grand Pope. »
La détenue met sa main devant sa bouche afin de retenir sa nausée.
Aphrodite s’avance vers elle et détache sa cape pour l’enrouler délicatement autour de son corps. De sa voix douce, d’un ton posé, il lui clarifie la situation : « Je pense qu’il n’est pas nécessaire de t’expliquer que toute résistance serait vaine. »
La pauvre femme, totalement paniquée, ne parvient pas à dévisager ses bourreaux. Malgré qu’ils l’effraient tant, il lui est impossible de détacher son regard des terribles visages qui ornent toutes les parois de la maison du Cancer.
_ « Tous les masques de morts qui se trouvent ici témoignent de ma force. Hommes, femmes, enfants, vieux … Tous ces masques sont les visages de ceux que j’ai tués. Je peux tuer n’importe qui pour atteindre mon but, c’est là la source de ma toute puissance. Tiens, dirige-t-il son regard en direction d’un visage qui se mêle aux autres sur le plafond, ne serait-ce pas ton amie qui vient te rendre visite ? »
La captive crie son désespoir, elle identifie le nouveau trophée de Deathmask. Le visage de son amie prêtresse s’affiche face à elle prisonnière de sa douleur.
_ « Je suis le gardien du puits de la mort, poursuit-il d’un éclat de rire. Grâce à cette faculté que j’ai à m’y déplacer, j’empêche mes victimes d’y tomber afin de tourmenter leurs âmes. Maintenant que ta traînée de complice est ici tu te sentiras moins seule ! »
Par réflexe, avec l’énergie du désespoir, elle part à toute allure dans les catacombes espérant en trouver la sortie.
_ « Elle est encore pleine de ressources, s’extasie Aphrodite en l’observant fuir. Je sens que nous n’allons pas nous ennuyer avec elle.
_ Elle va s’épuiser d’elle-même. Nous sommes dans les souterrains de ma maison. Même si elle parvient à trouver le trou qui conduit à l’étage, le faux plafond est trop haut à atteindre pour un simple humain.
_ Je ne te savais pas détenteur d’autant de trophées, soupire Aphrodite en enlaçant par le dos la taille de Deathmask et en posant sa tête sur son épaule ! J’ai du mal à croire que même ton sous-sol soit jonché de tes victimes ! »
Deathmask affiche un vil sourire, s’estimant flatté.


Dans la clairière, à l’ouest du Sanctuaire, Aiolia et Marin réajustent leurs vêtements.
Les deux amants, le corps humidifié par la neige qui fond sur leurs poitrails brûlants, restent muets.
C’en est trop pour Marin qui semble avoir quelque chose sur le c½ur : « Es-tu heureux de notre situation ?
_ Marin, nous en avons discuté des dizaines de fois pour en venir à la même conclusion. Ma mission de Saint d’or…
_ Bien sûr ! Ta mission, se fâche-t-elle aussitôt ! Tu n’as que cette idée en tête. Pourtant tu sais à quel point je tiens à toi. Depuis le jour où tu m’as vu sans mon masque j’ai su que te tuer me serait impossible. Je t’aime.
_ Tu sais que moi aussi je t’aime Marin. Il n’y a pas un jour où mon c½ur crève de ne pouvoir réaliser nos souhaits. Je ne peux concevoir de vivre publiquement notre histoire tant que mon honneur ne sera pas lavé après ce qu’a fait ce traître d’Aiolos !
_ Aiolos ! Tu ne vis donc que pour lui ! Et moi dans tout ça ? Je passe après ton honneur ?
_ Ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi Marin alors que ton statut de Saint n’est qu’une couverture dont tu te sers pour retrouver ton frère cadet.
_ Ne remets pas mon rôle de chevalier en cause. J’ai toujours risqué ma vie pour Athéna !
_ Mais défendre les intérêts d’Athéna a-t-il été l’élément déclencheur en toi qui t’a motivé à devenir Saint d’argent ?
_ Non, avoue-t-elle timidement.
_ Alors pourquoi veux-tu à tout prix officialiser notre couple alors que tu ne seras jamais présente ? Je sais très bien que lorsque l’apprentissage de Seiya sera achevé tu partiras loin encore une fois à la recherche de Toma ! »
Marin ne dit rien, Aiolia est bouleversé car Marin n’aura de cesse de fuir le domaine sacré que lorsqu’elle aura retrouvé son frère.
_ « Marin, il doit rester tout au plus une année avant que Seiya n’achève son entraînement. Sache que si tu pars à nouveau après cela, tu ne me retrouveras plus comme étant l’homme qui t’aime. »
Marin est tout aussi navrée d’entendre cela qu’Aiolia l’est de le prononcer. Elle fait grise mine et remet son masque : « Alors dans ce cas, peut-être mieux vaut-il en rester là. »
Il espère la rattraper par le bras. Malheureusement, l’Aigle se hâte de quitter les lieux nappés de blanc.
Elle saute aussitôt en haut d’un arbre et prend appui sur une branche pour se propulser à des mètres de la clairière et gagner au plus vite sa chaumière.
Aiolia ressent alors une déchirure lui fendre le c½ur. Des éclairs entourent soudain son bras avant de s’abattre sur une vieille souche morte qui part en fumée…

294
Only for Love / Chapitre 1
« on: 19 April 2010 à 15h58 »
Chapitre 1

La brise vivifiante de l’hiver caresse les plaines du Sanctuaire. Elle transporte l’odeur du ciment et du plâtre frais qui colmatent les dernières fondations des travaux du Sanctuaire.
Ce 8 janvier 1985, la bataille contre les Titans de Cronos, initiée par Pontos, est bien loin, néanmoins le domaine sacré n’a pas été épargné depuis par d’autres Guerres Saintes.
Arès, Eris, pour ce qui est des conflits au sein même du territoire d’Athéna.
Shiva et ses Kshas, le Panthéon Egyptien pour ce qui est des belligérances en d’autres lieux.
Depuis douze ans maintenant qu’Athéna est réincarnée sur Terre, l’armée des Saints est en perpétuelle reconstitution, et son territoire conséquemment impacté.

Tandis que la vie retrouve en cette période quelques répits, un garde se précipite à toute allure dans un de ces petits villages du Sanctuaire.
Il stoppe net une fois arrivé devant une habitation. Le soldat, à la tunique jaunâtre et au visage dissimulé sous un heaume, la distingue des autres par sa taille et sa beauté apparente.
Il se courbe en avant pour reprendre son souffle en maintenant ses mains contre ses genoux. Puis il se hâte de frapper à la porte une fois ses forces revenues.
Lorsque celle-ci s’ouvre, il voit se tenir sur le seuil une vieille femme aux cheveux grisonnants et épais. Vêtue d’une toge grise, elle porte un jeune enfant dans ses bras. Dans ses yeux noirs se reflète une grande douceur.
_ « Bonjour Dame Mujakis. Nous sommes à la recherche d’Apodis. Nous avons un ordre de mission pour lui.
_ Un ordre de mission, s’exclame la susnommée ! Mais je croyais qu’Apodis avait droit à une permission de quelques jours vu le calme qui règne au Sanctuaire.
_ Avec tout le respect que je vous dois, cet ordre émane directement du Grand Pope, s’agace le soldat ! »
La dame à la toge blanche maintenue par des broches aux épaules se résigne : « Il est à quelques maisons d’ici, au bout de la rue. »
Sans répondre, l’homme reprend sa folle course.
Mujakis referme sa porte et se retourne vers un nourrisson couché dans son landau au bout de la pièce. Ses rides se plissent pour dégager un sourire affectueux au bambin : « Je suis désolée Sperarus mais ton papa risque d’être encore absent quelques jours. »

Plus loin, marteau en main, sur le toit d’une vieille chaumière un jeune frappe avec maîtrise quelques clous. Ses mains, d’où partent des bandelettes de papiers qui remontent jusqu’à ses coudes, manipulent avec précision l’outillage.
Lorsqu’il se redresse, il arbore un visage resplendissant. Ses yeux bruns aux reflets rougeoyants témoignent une grande compassion doublée d’un caractère bien trempé.
Il apparaît athlétique dans sa tunique turquoise ceinturée par une lanière de cuir au niveau de la taille. D’ailleurs l’habit s’accommode à merveille à ses cheveux mi-longs tant le bleu est similaire.
L’aura qui émane de lui resplendit davantage lorsqu’il amorce un saut pour quitter la toiture avant d’atterrir avec assurance devant un vieillard.
_ « C’est vraiment très aimable Apodis d’avoir réparé ma toiture… J’aurai bien aimé le faire moi-même mais vois-tu, après des années à nettoyer les sols de la maison de ce Saint de la Flèche de malheur, mon dos me fait affreusement mal. »
L’homme, sale et affaibli, tend sa main et dépose quelques pièces de monnaies dans celles d’Apodis.
Apodis est gêné. Sa position de Saint lui permet de bénéficier d’une solde suffisamment convenable pour lui éviter de soutirer quelques écus à de pauvres villageois.
Il interpelle alors un jeune enfant abrité dans la maison du vieillard.
Le petit, ne portant que quelques frusques trouées, le visage crasseux et maigre, approche timidement.
Apodis s’accroupit et s’adresse affectueusement à lui : « Tiens petit, cet argent appartient à votre famille. N’oublie pas que ton grand père a travaillé très dur pour l’avoir alors fais en bon usage. »
Apodis se retourne vers le pauvre homme : « Je ne veux pas de cet argent. Je sais que les servants des chevaliers ne gagnent pas toujours bien leur vie selon le maître qu’ils ont. J’imagine qu’il vous reste peu d’argent de côté alors gardez le. Je suis persuadé que cela venait d’un bon sentiment. Pour un Saint, aider son prochain fait parti de ses attributions. »
Le vieux sourit. Sur ses joues coulent des larmes de joie. En offrant cette récompense à Apodis il aurait retiré le pain de la bouche de ses enfants et petits enfants.
_ « Néanmoins, tâchez d’être moins médisant envers Ptolémy qui vous a fait l’honneur de le servir, corrige malgré tout d’un air réprobateur Apodis. »
Confus, le villageois baisse la tête : « Tout de même, nous sommes heureux que ce secteur soit sous votre protection Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. »
A cet instant, Apodis ressent l’arrivée du garde. Il remarque l’allure affolée et d’un geste de la main invite le villageois à rentrer. L’ancien serviteur comprend immédiatement que la situation lui échappe et que hiérarchiquement, par respect envers le soldat et Apodis qui lui sont supérieurs, il doit se retirer.
Il retourne illico chez lui en ordonnant à sa famille d’en faire autant. Il ferme brusquement les portes de sa maisonnette afin de laisser les deux guerriers discuter en secret.

Le garde ralentit ses pas puis s’agenouille face à Apodis une fois arrivé à sa hauteur. Après s’être incliné, il sort un rouleau de papier portant le sceau du Pope : « Apodis, Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, le Grand Pope vous demande. »
Apodis ne bronche pas : « Bien, allons-y ! »
Couvert jusqu’aux cuisses par sa tunique, le pantalon couleur sable d’Apodis laisse apparaître la forme de ses mollets qui se contractent tandis qu’il prend de l’élan. Les lacets de ses spartiates manquent de se craquer avant qu’il ne bondisse en la direction du centre du domaine sacré depuis l’ouest où il se trouve.

 « Il est dit que les douze Saints d’or de notre génération n’ont jamais été réunis ensemble à cette époque. D’ailleurs certains Saints de bronze ou d’argent ne savent même pas qu’il existe autant d’armure d’or que de maison du zodiaque. D’autres encore ne savent pas qu’il existe douze maisons du zodiaque. Il faut dire que la distance qui sépare les temples les uns des autres est tellement impressionnante, qu’une fois arrivé en haut de la première maison, l’horizon se dérobe. On peut y apercevoir au mieux la troisième maison, songe Apodis en traversant les villages et les plaines. »
Sa course ralentit sur la grand-place remplie de villageois : « La ville d’Honkios et son célèbre marché. Ville principale du Sanctuaire. Bientôt j’arriverai devant les marches qui conduisent au temple du Bélier. Avant ça, le colisée sera visible en contrebas. Si l’on souhaite poursuivre la traversée, il est indispensable de bénéficier d’une autorisation émanant du Pope. »
Il freine alors sa progression et attend que ne le rejoigne le messager qui tire la langue de fatigue.
Dès lors, d’un geste solennel, Apodis pose le pied sur la première marche.
Puis, les gravit une à une, sans précipitation. Montrant ainsi calme et prestance afin de se montrer digne de croiser les gardiens qui inspecteront son autorisation de passage.

Les deux hommes sont arrivés devant le palais du Bélier. Apodis se courbe en signe d'humilité pour prouver son respect avant d’empiéter sur le territoire du Bélier malgré qu’il n’en a jamais rencontré le gardien : « Malgré l’absence de son propriétaire, cette maison demeure un lieu vénérable que seuls quelques élus ont pu fouler. »
Apodis marche doucement sur les dalles en béton. Il observe l’architecture grâce aux quelques  rayons de soleil. Ils envahissent la demeure par les fissures de la roche du toit qui se sont formées avec les aléas du temps.
La traversée de ce lieu majestueux semble trop courte pour Apodis qui aperçoit déjà la sortie : « Ce n’est pas la première fois que je traverse les temples. Néanmoins, je prends chaque fois un plaisir immense à contempler la structure antique de ces lieux. Les Saints d’or sont l’élite de la chevalerie, leurs conditions de vie restent un mystère. Ces maisons sont leurs demeures. Elles sont la seule possibilité de découvrir un tant soit peu qui sont ces magnifiques hommes dorés. Chaque passage en ces lieux me permet de découvrir que tous les palais sont de vastes lieux de combat où se dressent des colonnes sculptées à la main il y a des milliers d’années. Par-delà ces décorations de pierres, sont dissimulés quelques passages étroits qui conduisent aux sous-sols des demeures et à la chambre du gardien. »
C’est cette chambre qu’il tente de trouver en jetant de furtifs coups d’½il dans toutes les directions, espérant trouver une massive porte en bois : « Orphée de la Lyre, mon maître, a déjà eu le privilège de visiter une maison du zodiaque. Son statut de Saint d’argent et sa réputation faisaient qu’il était estimé de toute la chevalerie. Je me remémore qu’il disait que les chambres des temples sont toutes les mêmes. Dans un souci d’équité Athéna a fait créer cette pièce de façon identique à ses douze soldats les plus valeureux. Une lourde porte en bois dont les gonds sont fixés dans la roche, à l’écart du chemin principal qui relie l’entrée à la sortie du temple, protège ce petit lieu d’intimité. Un petit feu par-dessus lequel est suspendu un immense chaudron sert d’unique chauffage à la minuscule chambrette. En face est placé un large lit, à la droite de la literie, un massif bureau uni à une ridicule penderie, et à sa gauche, une table et deux chaises. Les meubles sont taillés dans du chêne massif. Le signe zodiacal qui orne le devant de la maison est également frappé sur un tableau de marbre au dessus de la couche. Ce même marbre couvre le sol. Au bout de la pièce, le marbre descend sur une profondeur d’un mètre pour une largeur d’un même espace. Un bouchon bloque une évacuation qui se situe au fond de ce mini thermes. Le chemin d'écoulement ressort à l’extérieur du temple. Cela permet à l’occupant des lieux de faire bouillir l’eau et l’y déverser pour faire sa toilette, mais également pour y évacuer les divers déchets issus de son quotidien. A côté du feu se trouve un autre chaudron, plus large que le précédent, dans lequel les Saints cumulent leur réserve d’eau douce qu’ils recueillent dans les villages où ils se ravitaillent… »
Apodis est coupé dans ses souvenirs par la lumière du jour.
Ils viennent de franchir la maison sans qu’il ait pu apercevoir le lieu de repos dans lequel se sont trouvés les anciens Saints du Bélier.
Le garde indique du doigt un chemin étroit qui se trouve à droite des marches menant à la maison du Taureau.
_ « Nous ne sommes autorisés à traverser les temples uniquement que lorsqu’ils sont inhabités. Par conséquent, nous devons nous résoudre à utiliser ce passage secret.
_ Je sais, je sais. Ce n’est pas la première fois que je me rends auprès du Pope, calme sympathiquement Apodis d’un léger mouvement de main pour apaiser le stress du messager. »

Ensemble, ils sautent vigoureusement au dessus de plusieurs rochers qui bloquent l’accès au chemin.
_ « Cette voie est connue des gardes du Pope, de ses servants, des Saints d’or, du général des armées ainsi que de son second. Il demeure malgré tout une certaine confidentialité à propos de ce passage. Ainsi, les visiteurs extérieurs au Sanctuaire, mal attentionnés, imaginent que le seul accès est le chemin des douze maisons. Les obligeant à y rencontrer leur gardien. D’ailleurs, l’allée secrète a été étudiée afin qu’un quelconque envahisseur puisse être pris au piège. Le chemin, usager, est si étroit qu’il est impossible d’y avancer côte à côte. De tout son long il est entouré par de hauts rochers. C’est un lieu idéal pour tendre un guet-apens. Et comme si cela n’était pas suffisant, à proximité de chaque temple, le passage s’élargit sur un vaste champ désert qui donne directement accès au temple. C’est comme cela que les chevaliers d’or interceptent les combattants sournois qui souhaitent leur échapper. »
Lorsque Apodis approche de la demeure du Taureau, la route s’élargit à hauteur du flanc droit de la maison afin de s’ouvrir sur un champ sablonneux, donnant forme aux pensées d’Apodis.
Il sourit en constatant que quelques malheureux ont tenté d’user de ce passage lorsqu’il aperçoit armes, casques et diverses protections portés par des cadavres desséchés.
Certains doivent d’ailleurs dater de temps plus reculés vu l’usure de leurs squelettes.

Lorsque le Saint de bronze remarque un colosse adossé contre un pilier de son temple, il fléchit pour le saluer.
Il comprend que le gardien du temple, Aldebaran, attend déjà depuis un moment.
Le garde l’imite.
Aldebaran, d’une grosse voix grasse, explose de rire. Apodis en fait autant, synonyme de complicité entre les deux hommes.
Il se relève et avance vers le Saint d’or pour lui tendre la main : « Ne te moque pas mon vieil ami ! Je me plie au protocole. »
Aldebaran lui serre chaudement la main. Le géant a la fâcheuse habitude de ne pas sentir sa force et écrase quelque peu, sans le vouloir, les doigts d’Apodis.
_ « Allons, allons, pas de protocole entre nous.
_ Dans ce cas, pourquoi as-tu bondi hors de ta maison lorsque tu as senti notre arrivée, le nargue Apodis ? Tu as bien reconnu ma cosmo énergie, tu te doutais bien que ce n’était que moi ! »
Aldebaran doit se résigner. Il sourit promptement.
Apodis arrête de le taquiner et s’adresse au garde : « Allez, cessons de l’importuner. Montre-lui donc l’ordre de mission du Pope de manière à ce qu’il nous laisse passer. »
Le garde s’exécute. Aldebaran les laisse poursuivre leur course.

Ayant perdu suffisamment de temps, Apodis et le garde accélèrent le mouvement d’autant plus que la maison des Gémeaux n’est plus gardée depuis la disparition de son gardien il y a plus de douze ans.
Là encore, pas moyen d’y voir la chambre de ce temple.
« Il s’agit bien là de temps gagné en vain car nous allons devoir faire face à Deathmask… »

Dans la maison du Cancer, Aphrodite est torse nu en compagnie de son ami.
Deathmask, vêtu de sa Cloth, caresse le buste athlétique des Poissons : « Dis moi, tu es toujours aussi ravissant. Que me vaut l’honneur de cette visite ?
_ Un évènement se prépare dans le village de Paesco, murmure Aphrodite en posant ses mains sur le visage de Deathmask.
_ Paesco ? N’est-ce pas le village dans lequel vit Misty du Lézard ?
Aphrodite colle son corps contre celui de Deathmask protégé par l’armure du Cancer.
La Cloth est froide, solide. Aphrodite frissonne :
_ Oui, c’est dans ce village que vit Misty, susurre les Poissons en collant son corps contre celui du Cancer. La réunion aura lieu dans sa maison. Une véritable orgie, frissonne-t-il au contact de la Cloth froide et solide. Il y aura de jeunes apprentis au corps bien ferme mais aussi les servantes les plus désirables du domaine sacré, conclut-il en lui baisant la joue.
_ Les jeunes servantes ! Cela fait parti de mes attributions de les honorer, ironise Deathmask d’un sourire perfide.
_ Et les jeunes garçons alors, s’indigne Aphrodite ? La beauté dont nous pouvons jouir n’est pas réservée qu’aux seules femmes. N’en suis-je pas la preuve ?
_ Disons que j’ai mes préférences, provoque Deathmask en serrant de sa main gauche les fermes fesses d’Aphrodite, et tes tentations pour m’envoûter ne m’en détacheront pas, conclut-il en relâchant son étreinte tout en reculant d’un pas.
Tout à coup, le Cancer tourne la tête en direction du flanc de sa maison : « Il y a deux personnes qui usent du passage secret.
_ Tu le sens comme moi, il s’agit là de deux cosmos très faibles, tente de le rassurer Aphrodite en l’enlaçant pour le retenir.
_ Aurais-tu oublié les desseins de notre Pope ? Nous devons veiller à ce qu’il ne lui arrive rien, s’étonne Deathmask de la réaction de son camarade ! »

Apodis et le soldat approchent.
Un rocher situé en haut du chemin se brise. Apodis évite les débris et sauve le soldat in extremis.
Ils sont arrivés sur le flanc droit de la maison du Cancer qui ressemble plus à un cimetière qu’à une petite étendue de sable comme c’est le cas pour les maisons du Taureau et des Gémeaux.
Le sol est jonché de cadavres tout fraîchement déposés.
Apodis porte sa main devant sa bouche et son nez tant l’odeur des corps en putréfaction est insupportable.
Ils entendent les pas du propriétaire résonner : « Que fais tu ici ? »
Le chevalier d’or sort de l’ombre et toise Apodis.
Le soldat se courbe : « Je conduis le chevalier de l’Oiseau de Paradis chez…
_ Silence garde, je ne t’ai pas autorisé à prendre la parole, je m’adresse à ton supérieur, ordonne Masque de Mort. »
Il défie Apodis. Avec son doigt, il fait tournoyer un halo de lumière violacé.
Apodis qui loue toujours un minimum d’égard envers ses supérieurs ne daigne même pas se présenter à Deathmask. Autour de lui, une aura cosmique orangée tournoie.
Le garde espère apaiser les tensions en sortant l’ordre de mission pour apporter une justification.
Deathmask dirige rapidement son poing droit en direction du pauvre soldat pour le tuer sous l’impulsion de l’onde de choc : « Que cela te serve de punition pour te manifester une fois de plus sans mon autorisation ! »
Apodis s’interpose entre le coup du Saint d’or et le messager. Il replie ses deux bras devant sa poitrine pour se protéger de l’offensive.
Le Cancer est surpris par le sauvetage de l’inconscient : « Etonnant ! J’ai porté mon coup à une vitesse quelque peu supérieure à celle du son et tu l’as bloqué ! Voyons si tu es aussi vif lorsque je te frappe à la vitesse de la lumière… »
Derrière lui, la voix d’Aphrodite le retient et sauve la vie du chevalier de bronze : « Allons Deathmask, il ne s’agit que d’un Saint de bronze. Pourquoi le retenir alors que le Pope le demande ? »
Tapi dans l’ombre, le Suédois a finalement revêtu sa Cloth. Il est penché contre un mur. Sa main gauche tient son coude droit qui lui permet de porter sa main droite à son nez pour humer le nectar d’une rose rouge.
Il se redresse et passe délicatement sa main contre le torse de Deathmask : « Nous reprendrons notre conversation plus tard. Je vais accompagner ce charmant chevalier jusqu’à ma demeure pour lui éviter les foudres d’autres Saints. »
Aphrodite adresse un sourire amical, douteux même, à Apodis, avant de prendre la tête du peloton.
Deathmask rentre dans sa maison sans rien dire…

« Ouf… Je l’ai échappé bel, soupire Apodis qui sait qu’il n’aurait rien pu faire contre un Saint d’or. »
De plus, maintenant qu’il est accompagné par un chevalier d’or, les autres Saints ne bloqueront plus l’accès à leur maison.
Ils suivent donc Aphrodite tout en admirant le reflet du soleil sur sa magnifique armure d’or.

Sur le flanc droit de la maison du Lion, dans une parcelle pleine de graviers, Aiolia sort sans broncher lorsqu’il voit Aphrodite conduire Apodis.
Apodis se permet même un clin d’½il amical à destination du Lion, synonyme d’une affection semblable à celle entretenue avec Aldebaran.

Personne ne se présente à la sixième maison. Le champ de la maison de la Vierge est un petit espace fleuri.
« Il semble qu’un jardin bien plus grand borde cette maison de l’autre côté du temple. Il est toutefois interdit d’y accéder. La rumeur prétend qu’il se situe sur le flanc gauche du palais et qu’on ne peut y parvenir que depuis une porte du temple, se remémore Apodis. »

Même chose pour la maison de la Balance, bordée par un champ de sable. Aucun gardien ne se dresse devant eux.
« Certainement les fameuses permissions qu’octroie le Pope, pense le Saint de bronze. »

Milo et Shura observent leur passage sur leur parcelle en dalles de bétons.
Apodis les salue diligemment.
Ce qui retient surtout l’attention d’Apodis ce n’est pas la propreté des sols de chaque champ sur lequel il débouche, ni le fait que chaque Saint personnalise son enclos, l’attention d’Apodis est concentrée sur le palais du Sagittaire.
L’enclos de la neuvième maison est une vaste étendue de ruines, de colonnes effondrées, de sols fissurés…
Le plus inquiétant est qu’aucune sortie ne débouche dehors.
« La maison semble avoir été emmurée, pense comme chaque venue ici Apodis. »
_ « Personne n’est entré dans cette maison depuis douze ans, souffle Aphrodite en devinant les soupçons d’Apodis. »
Il connaît bien entendu les raisons qui ont conduit Aiolos à être considéré comme un traître. Pourtant cette nuit qui fut la dernière pour le frère aîné d’Aiolia reste un mystère dans l’esprit de nombreux Saints, Apodis y compris.

Personne ne les accueille sur les terres du Verseau. Tout le long de la traversée du temple, Aphrodite admire son reflet grâce au parterre cristallisé.
Bien que vide, la maison du Verseau demeure glaciale.

Enfin, Aphrodite s’arrête face à son propre pâturage fait de roses : « Voilà ! J’ai facilité votre accès aux maisons du zodiaque. Vous pouvez retrouver le Pope maintenant.
_ Saint d’or des Poissons, savez vous pourquoi personne ne nous a accueillis aux maisons de la Vierge, de la Balance et du Verseau, s’interroge tout de même Apodis ?
_ Shaka de la Vierge et Camus du Verseau ont obtenu une permission, lui répond-il en lui tendant une rose. Shaka est reparti en Inde pour enseigner son art. Camus passe quelques temps auprès du Seigneur Crystal, son élève, en Sibérie. Quant au Saint de la Balance, moins tu en sauras, mieux tu te porteras. Tu offriras cette rose de ma part au chevalier d’argent Misty du Lézard, on m’a dit que tu étais sous ses ordres lors des rondes de surveillance. Il comprendra mon geste. »
Apodis accepte sans se poser de question puis finit de gravir les marches du majestueux palais du Grand Pope.
Avant d’y entrer il regarde la statue d’Athéna qui surplombe tout le Sanctuaire. Il penche sa tête comme pour saluer la déité…


A des centaines de kilomètres du Sanctuaire, en Crète, des soldats du Sanctuaire vont et viennent dans cette zone portuaire.
Ils passent devant une taverne à l’intérieur de laquelle un homme blond, la mine renfrognée, est accoudé au comptoir.
L’inconnu observe le bâtiment à la tenue correcte. Il contraste avec l’ambiance chaotique qui règne sur l’embarcadère où il est implanté, la musique traditionnelle guide de nombreux danseurs à s’échanger à tour de bras leurs partenaires.
L’atmosphère est bon enfant, du moins au rez-de-chaussée. A l’étage des hommes et des femmes de petite vertu voient leurs services loués par leur maître qui est le propriétaire.
Tandis que les clients chantent, crient, boivent, s’approprient des services de basse besogne, ce jeune Anglais repose le verre sur le zinc.
Il fixe avec dédain ces gens de passage : « Le Port du Destin… Certains y transitent pour devenir Saints, d’autres pour rentrer de mission ou pour s’y rendre. Il y en a qui espèrent fuir une condamnation prononcée à leur encontre dans l’enceinte sacrée, ou un entraînement trop rude, ou encore une simple dette… A proximité de la ville d’Iraklion, ce Port du Destin est la dernière étape pour quitter le Sanctuaire pour d’autres horizons. Cette escale est réputée pour conduire les guerriers dans les lieux les plus reculés, les plus inaccessibles de la planète. Tout comme le Sanctuaire, ce port n’est pas accostable pour les gens qui n’ont aucune connaissance de l’existence du cosmos. Il est bordé par une chaîne montagneuse au climat fort rude et par des courants marins extrêmement repoussants pour les embarcations trop curieuses.
Lors de la naissance de l’ordre des Saints d’Athéna, les quelques villageois du Sanctuaire qui sont parvenus à atteindre cet endroit, non sans avoir souffert mille morts, ont fait fortune en y montant leurs affaires. Aujourd’hui leurs descendants entretiennent des épiceries, des bars, des hôtels servant de relais pour les étapes des voyageurs, des commerces d’esclaves. Ils sont également matelots et assurent des livraisons de matériaux de construction et de denrées alimentaires après être allés se ravitailler en écumant les flots. Pour les plus courageux et les plus doués, ils transportent voyageurs et marchandises en des lieux comme l’île de la Mort, le Royaume d’Asgard… »
Il est interrompu dans ses pensées par le tenancier qui retire son verre vide. Alors l’homme blond sort de sa bourse quatre écus qu’il laisse rouler sur le comptoir : « Quatre sacres, calcule-t-il alors, j’ai bien fait d’en détrousser un villageois lors de mon passage au Sanctuaire. L’importation de l’écu sacré a permis de transformer le port en une véritable étape commerciale. L’écu sacré est la monnaie utilisée au sein du Sanctuaire et de ses domaines annexés. La création de cette monnaie remonte à celle du Sanctuaire. Athéna initia cette pratique pour octroyer une bourse à ses soldats et leur permettre de subvenir aux besoins de leur famille auprès des artisans des villages. Il n’existe qu’un modèle d’écu. Les pièces sont en métal. La face représente le visage de la statue d’Athéna, le côté pile est frappé par l’unique valeur de la monnaie : un sacre. Les prix sont donc traduits en sacres. »
Un verre de whisky lui est déposé en échange des quatre sacres.

Rhadamanthe, âgé de vingt et un ans, se concentre sur les glaçons qui s’agitent dans l’alcool qu’il s’apprête à engloutir. Il ne détache ses petits yeux jaunes que pour contempler la maîtresse de maison.
Voluptueuse, cette magnifique femme d’une trentaine d’années, l’égale par sa taille.
Rhadamanthe frotte sa mâchoire puis passe ses mains dans son épaisse chevelure blonde.
Madame accueille les personnes briguant les services des filles et hommes de joie. Elle distribue les chambres et attribue les libertins contre une solde conséquente.
Dévergondé par la boisson qu’il accumule depuis des heures, Rhadamanthe s’élance en direction de la maquerelle et s’adresse à elle de façon autoritaire : « Femme ! Je fais étape ici après un éprouvant voyage. Je reprends la route demain et j’aurai espéré profiter de services de qualité.
_ Bien, prend-elle note en glissant ses doigts dans ses cheveux soyeux qu’elle laisse retomber sur ses épaules vêtues d’un drap de soie transparent ! La chambre est à vingt sacres. Aucun repas n’est compris. La fille en vaut trente de plus. L’homme en vaut autant. »
Rhadamanthe regarde avec mépris les prostitués qui se tiennent derrière elle.
Les hommes sont bien moins nombreux que les femmes. Ils semblent jeunes et frêles. Ils ne portent aucun vêtement. Une sorte de petite bague tient l’extrémité de leur pénis et est reliée par une chaîne qui fait le tour de leur taille en guise de parure.
A l’inverse, les demoiselles paraissent moins mièvres. Elles portent également une chaîne autour des hanches pour maintenir un court linge rouge qui cache leur fessier et leur sexe. Leur poitrine reste à l’air.
_ « Aucune ne m’intéresse ! Elles se présentent toutes ravies de leur triste situation. Je souhaite quelqu’un navré d’être ici, afin de lui rappeler les conditions accablantes de sa misérable existence.
_ Ce garçon vient de nous arriver des pays du sud, sourit la patronne en caressant la joue d’un esclave, il est encore innocent. Je vous l’offre pour quinze sacres. »
Rhadamanthe perd patience. Il la saisit par le bras et la tire jusque lui. La belle dame se cogne contre la montagne de muscles.
La violence du geste pousse tous les occupants à cesser leur activité et à observer la tournure des évènements. Les musiciens et les danseurs examinent l’attitude du Wyvern afin de le chasser de ce lieu ou, pire, de lui donner la mort s’il doit la mériter.
_ « Combien pour passer la nuit avec toi femme, demande-t-il en aucun cas effrayé ? »
Bien des hommes ont souhaité s’approprier la vénusté. Rares sont ceux qui ont eu ce privilège.
Pourtant, de ce sombre anglais, se dégage une aura qu’elle ne peut repousser.
Elle joue quand même de ses charmes pour ne pas se montrer trop soumise : « Mon nom est Reife, appuie-t-elle d’un accent germanique, et je suis hors de vos moyens mon cher.
_ Rien n’est hors de ma portée, assure-t-il avant de lui voler un baiser devant toute l’assistance. »
Abasourdie, charmée par son assurance, Reife ne remarque pas tout de suite que Rhadamanthe l’a lâché.
Il s’avance parmi le tas d’avilis et décèle une demoiselle restée en retrait.
Ses cheveux ocre tombent devant son visage et s’arrêtent à hauteur de sa poitrine rebondie et juvénile.
Il relève les cheveux pour observer le triste minois. Il se retourne vers Reife : « Je t’offre quatre vingt sacres pour une nuit en la compagnie de cette fille et de toi. »
Reife reste songeuse quelques secondes. Le regard persistant de Rhadamanthe la convainc. Elle accepte d’un signe de la tête.
Alors, un des musiciens frotte sa grosse moustache avant de crier : « Allez ! Haut les c½urs ! »
Puis il souffle à nouveau dans son harmonica puisque le climat s’est apaisé. L'assemblée le suit dans la joie et la bonne humeur.
La cadette de Reife prend la relève pour diriger les filles afin que cette dernière conduise Rhadamanthe et la prostituée, à l’étage.

Arrivés dans une chambre, Reife ordonne à la novice de tout mettre en place comme sa fonction l’exige : « Allons Reinheit. La commode contient des linges propres. Installe le lit et dépose les serviettes près du bain. »
La gouvernante détaille à Rhadamanthe la suite des opérations : « La maison a pour règle d’avoir une hygiène irréprochable. Le bain est obligatoire avant chaque rapport. Les effets de toilette et les étoffes sont retirés et brûlés après l’utilisation d’une chambre.
_ Vous n’avez donc aucun autre rôle dans la vie à part celui de coucher avec des voyageurs et de vendre les corps de gens innocents, se renseigne-t-il d’un ton monocorde ?
_ C’est une chance que nous avons. Avant d’être vendus à notre maître nous ne sommes rien. Nous venons des quatre coins du globe et avons chacun nos propres blessures. L’abandon, la faim, la rue, la haine… Travailler ici nous permet d’être logés et nourris. Nous ne nous sentons pas plus honorés ni respectés, mais on se sent déjà plus libres de pouvoir vivre. Le maître est un homme bon. Une fois que nous n’avons plus l’âge d’être présentés aux clients, les femmes travaillent en cuisine et en couture pour remplacer les ustensiles brûlés après usage, les hommes jouent de l’instrument, bricolent pour rénover le bâtiment. Il accorde même parfois une retraite en versant une bourse remplie de sacres, allouant ainsi la possibilité de partir vivre dans un village du Sanctuaire d’Athéna ou de monter ici son commerce. Cette jeune fille par exemple, dit-elle en pointant du doigt sa protégée, Reinheit, vient d’être achetée par notre maître. Elle est originaire d’Allemagne de l’Est comme moi. Pour se nourrir, cette orpheline piochait dans les poubelles. Elle vivait dans la rue. C’est un émissaire du Sanctuaire qui l’a ramenée ici pour lui offrir une famille et un avenir.
_ Quelle famille bienveillante. Quel avenir de choix, servir de morceau de viande à de gros obsédés toute sa vie, assure-t-il avec cynisme. »
Il s’approche de la douce demoiselle et renifle l’odeur de son innocence : « Reinheit… Je vais me laver. Lorsque je reviendrai tu auras intérêt à être nue et disposée à être mienne. »
Il s’approche de la baignoire en cuivre qui se situe dans la pièce d’à côté. Il y verse les seaux d’eau chaude que Reife a fait monter.
Elle s’inquiète d’ailleurs pour sa protégée : « Reinheit est encore vierge. J’aimerais qu’en tant que premier homme vous soyez…
_ Bien, la coupe-t-il ! Dans ce cas qu’elle vienne elle-même me nettoyer ! Elle ne sera ainsi que mieux renseignée sur la suite des événements. »
Sans broncher, la douce femme aux traits fins et à l’allure candide vient retirer la tunique turquoise de l’hardi vagabond.
Il a le visage couvert d’hématomes. En le déshabillant Reinheit constate que le sang qu’il porte sur sa tenue n’est pas le sien. Cela l’impressionne davantage de faire face à un tel homme qui a dû mener bien des luttes.
Lui, semble satisfait. Il observe le corps de Reinheit que Reife met nue après avoir laissé tomber sa propre toge.
_ « Dans quel monde vivons-nous ? En se rendant esclaves d’eux-mêmes, les humains prouvent une fois de plus leur bêtise. Comment les considérer autrement que ce qu’ils sont déjà : des animaux, balbutie-t-il cruellement. »


Au Sanctuaire, au sommet des douze maisons, dans la chambre du Grand Pope, Saga, en grand usurpateur est posé sur le trône de Shion.
Paré de son masque violet, de son heaume rouge et de ses épaulettes aux pointes acérées, il donne ses directives en inspirant une certaine frayeur.

« Arlès… Le frère du Grand Pope… Celui qui donne les ordres tandis que le Pope fait office de représentant d’Athéna lors de ses visites au peuple… réfléchit Apodis prosterné devant lui. Le Grand Pope, ce saint homme. Sa tenue est moins dérangeante, moins guerrière qu’Arlès. Il porte sa longue soutane blanche, son casque doré et un rosaire autour du cou. Ses apparitions se font de plus en plus rares. »
Apodis attend les nouvelles. Il aimerait scruter l’architecture du palais, toutefois il doit faire bonne figure.
Agenouillé sur le tapis rouge qui relie le trône aux portes du palais, il est entouré par dix gardes qui se tiennent solennellement de chaque côté de la broderie.
« Sans doute assurent-ils la garde de notre Général, imagine-t-il en reconnaissant Gigas debout à côté d’Arlès. »
La voix grondante de Saga sous le masque glace les os des occupants des lieux : « Apodis, je fais une nouvelle fois appel à tes aptitudes de Saint.
_ Et je considère cela comme un honneur Ô Votre Majesté.
_ C’est moi, se mêle Gigas, qui ai suggéré de t’envoyer en mission. La plupart du temps nous t’avons mandaté pour régler des conflits diplomatiques à travers le monde afin d’éviter bien des batailles entre les gouvernements de notre planète. Tu as rappelé à ces chefs d’Etats que nous sommes la seule élite apte à diriger l’univers et ce depuis la nuit des temps.
_ C’est exact. Mais permettez-moi de regretter que ces derniers temps la situation ait changé dans le monde. Les échos du monde extérieur rapportent que des guerres civiles éclatent dans de nombreux pays alors que le Sanctuaire ne semble plus jouer son rôle de médiateur. Des bruits courent comme quoi cela serait la volonté du Grand Pope. »
Gigas affiche un rictus de satisfaction tandis que Saga cramponne instinctivement l’accoudoir du trône de Shion : « Apodis n’est pas le genre de soldat qu’on peut corrompre aisément. Il faudra lui mentir à lui aussi sur mes réelles intentions. Pas question de dévoiler que ces déclenchements de discordes résultent de mon propre souhait, certaines guerres ayant d’ailleurs été engendrées par de fourbes soldats que j’ai fait envoyer par Gigas ! De plus, je ne peux me risquer à exposer au grand jour mes véritables ambitions tant que l’armure du Sagittaire reste introuvable. Il suffirait que le Vieux Maître des Cinq Pics et Mû de Jamir disposent de l’armure du Sagittaire pour contrecarrer mes plans. Non ! Autant poursuivre mes agissements dans l’ombre, cogite-t-il. »
Il se racle la gorge et répond de façon autoritaire : « Saint de bronze, j’ai eu vent moi aussi de ces rumeurs. Ces propos sont tenus par des ignorants. En effet, le retour d’Athéna sur Terre nous oblige à nous concentrer sur des dangers plus grands encore que les querelles de chefs de tribus ! La défense de cette planète est en jeu. C’est donc pourquoi je t’ai fait venir ici.
_ Bien Majesté, se résigne Apodis. Veuillez excuser mes paroles si vous les avez trouvées déplacées.
_ Comme je le disais, reprend Gigas, tu as rendu des services à Sa Majesté le Grand Pope et à Notre Déesse Athéna par ton sens diplomatique. En plus de cela, tu es considéré comme un des plus vaillants Saints de bronze de notre domaine sacré. Tu es en charge de la défense des murailles rattachées au village de Paesco à l’ouest de notre territoire. Tu es sous les ordres de Misty Saint du Lézard qui veille sur l’étendue de la zone ouest. Tu as sous ton commandement quinze gardes. Ton esprit combatif t’a permis de te constituer une équipe de soldats redoutables. A tel point que d’autres chevaliers te comparent au légendaire Achille accompagné de ses Myrmidons !
_ C’est exact Général.
_ Sais-tu que le nord du domaine est sous la responsabilité d’Algol de Persée, l’est sous les ordres du trio argenté composée de Dio de la Mouche, de Sirius du Grand Chien et d’Algethi d’Héraclès, le sud est dirigé par Arachné de la Tarentule ?
_ Oui.
_ Chaque capitaine a sous ses ordres des Saints de bronze qui commandent des gardes. Or, un Saint de bronze et ses hommes, sous les ordres d’Arachné ont détecté la présence d’un intrus.
_ Le Sanctuaire est un lieu reculé de la Grèce, gronde Arlès, seuls les hommes sachant maîtriser leur cosmos sont capables d’y pénétrer sans autorisation spéciale. Pour les habitants et les marchands qui arrivent de l’extérieur, un cortège de gardes les accompagne. Mais manifestement, aucun passage n’a été organisé ces derniers jours.
_ Il s’agit donc d’un combattant, complète Gigas. Malgré cela nous n’en savons pas plus. Les gardes qui ont interpellé cet homme l’ont payé de leur vie avant qu’il ne prenne la fuite. Je l’ai donc fait suivre. Sur cinq hommes envoyés, un seul est rentré. Il a eu le temps de nous dire dans son agonie que l’intrus est prêt à embarquer sur le Port du Destin en Crète.
_ Ce port est réputé pour conduire les hommes dans les lieux les plus inaccessibles du globe, poursuit Arlès. Encore une fois, seules les personnes douées d’une cosmo énergie peuvent s’y rendre. J’aimerais l’interpeller avant qu’il ne prenne la fuite. Il peut très bien être un futur Saint d’Athéna qui a découvert récemment son potentiel, ou malheureusement un espion. Il faut que tu l’interroges et que tu l’élimines si tu juges qu’il représente une menace pour notre déesse.
_ Entendu Majesté, accepte Apodis sans rechigner en inclinant sa tête avant de prendre congé. »
Alors que les gardes lui ouvrent les lourdes portes du temple pour le laisser sortir, Saga le retient un instant : « Apodis ! J’ai appris que Misty veillait sur tes hommes durant ta permission. Je suis navré de te déranger durant le peu de repos qui t’est accordé. Sache qu’en cas de succès ta dispense sera prolongée et ta solde doublée.
_ Vous êtes trop bon Majesté, se courbe à nouveau Apodis,  je jure que je mènerai cette mission à bien dussé-je y laisser la vie au nom d’Athéna ! »
Apodis quitte la chambre du Pope, très fier. Il gagne de plus en plus la confiance du représentant d’Athéna et de son plus proche conseiller, tout ça sous les yeux du Général, et ne peut en être que comblé.

De retour chez lui, à Paesco, Apodis endosse sa Pandora Box, le visage grave, concentré sur sa mission. Mujakis le fixe.
_ « Ne me regarde pas comme ça mère, cette mission prouve toute la confiance que le Grand Pope place en moi. Athéna reconnaît mon dévouement.
_ Je le sais mon fils. Je regrette simplement qu’Athéna ait fait de toi un chevalier alors qu’elle aurait pu te destiner à enseigner ton savoir dans les écoles des villages.
_ Ma solde de Saint me rapporte bien plus que celle que j’aurai obtenue en devenant instructeur. Cela permettra à mon fils de devenir ce que j’aurai voulu être sans se soucier de subvenir aux besoins des siens. »
Apodis approche de l’enfant tenu par Mujakis et le prend un instant dans ses bras. Il lui murmure avec une voix calme : « Ne t’inquiète pas jeune Sperarus. Ta maman, Netsuai, veille sur toi depuis les étoiles durant mon absence. Je t’aime mon bébé. »
Apodis laisse émaner de son corps son cosmos orangé. L’aura englobe ensuite le corps de l’enfant l’espace d’un instant comme pour l’accompagner dans de doux songes.
_ « Combien de temps pars tu, s’inquiète Mujakis comme lors de chaque mission qui lui est confiée ?
_ Peu de temps. Ma mission ne se déroule pas loin d’ici. En me déplaçant à la vitesse du son ça ne sera que partie aisée. Veille bien sur vous deux. Je t’aime mère. »
Apodis tourne les talons rapidement pour ne pas voir sa mère pleurer comme à son habitude.
Avant de sortir du Sanctuaire, il se rend près des murailles aux abords du village qui délimite les frontières du Sanctuaire. C’est ici qu’il accomplit à l’accoutumée son rôle de sergent.
Il y trouve Misty devant qui il se baisse : « Chevalier du Lézard, comment se comportent mes hommes ?
_ Ils sont très obéissants et efficaces, rassure-t-il en examinant l’horizon debout sur un rocher. J’ai sous ma responsabilité une équipe bien menée. Cette partie du Sanctuaire n’a rien à craindre.
_ Je suis content que mes soldats vous fassent honneur mon Capitaine.
_ Apodis, s’approche-t-il d’une démarche très gracieuse, tu es actuellement en repos. Ne me dis pas que ton amour de la chevalerie te pousse quand même à t’inquiéter pour la surveillance de nos murailles ?
_ Je suis simplement venu vous informer que le Grand Pope m’a confié une mission, par l’intermédiaire de son second. Comme vous êtes mon supérieur direct, j’ai pensé qu’il était normal de vous en faire part. »
Misty sourit. Même si Apodis est plus vieux que Misty de trois ans, il lui témoigne un profond respect de par sa hiérarchie dans le Sanctuaire.
_ J’apprécie que tu me tiennes au courant. Je te souhaite bon courage. Orphée serait fier d’un Saint aussi beau et fort que toi.
_ Ah ! J’allais oublier, se remémore Apodis en sortant la rose confiée par Aphrodite, le Saint d’or des Poissons m’a fait remettre auprès de vous cette fleur. Il a dit que vous comprendriez.
_ Tu ne trouves pas que ces fleurs délivrent un parfum paisible, dit-il en analysant chaque pétale, inspirant la beauté et la perfection ?
_ Euh… Si… Oui, bien entendu, la rose symbolise la romance.
_ Sais-tu quel message Aphrodite aspire à me délivrer grâce à cette rose ? Il tient par ce témoin à m’informer de sa présence ce soir à une réunion que j’organise chez moi, confie Misty en caressant délicatement les cheveux d’Apodis d’une main tandis qu’il hume grâce à l’autre le parfum de la rose. Seules les personnes élégantes sont conviées. Tu sais que tu es le bienvenu. Netsuai était une très jolie jeune femme. Bien entendu je regrette sa perte et je compatis à ta douleur. Vous étiez très jeunes lorsque vous avez choisi de vous fiancer. Mais désormais tu dois faire le deuil. Nos vies de chevaliers peuvent vite devenir éphémères. D’ailleurs tu as toujours été très désiré au sein du Sanctuaire… »
Apodis se presse de partir remplir sa mission :
_ C’est fort aimable. J’y songerai, se presse Apodis de prendre congés, veuillez m’excuser Misty, mais à présent je dois partir. »
Misty observe le séduisant jeune homme s’éloigner du domaine.


Pendant ce temps, dans la chambre de Rhadamanthe, le trio cesse ses ébats.
_ « Allez, vous pouvez vous rhabiller, j’ai besoin de dormir, s’étale Rhadamanthe les bras écartés. »
Une voix calme mais impériale interloque les trois partenaires : « Tu as plutôt besoin de te confesser. »
Arrivé à la vitesse du son, Apodis apparaît à l’encadrement de la fenêtre : « Rhabillez vous vite mesdames s’il vous plait. »
Rhadamanthe reconnaît la boîte métallique sur le dos d’Apodis.
Il reste serein et se dirige nu dans sa baignoire.
Apodis attend que les femmes quittent la chambre pour le rejoindre.
Rhadamanthe, calme et insensible, avoue ses actes : « J’ai tué ces hommes. Mais je l’ai fait car ils venaient dans l’intention de m’éliminer. »
Apodis pose sa Pandora Box et s’assoie dessus. Il fixe Rhadamanthe, s’allongeant nu dans l’eau devenue tiède.
_ « Tu es entré dans un domaine interdit. Seules les personnes douées d’une cosmo énergie peuvent y accéder. Les Saints d’Athéna maîtrisent le cosmos, mais leurs ennemis aussi. Si tu as fui, c’est que nous ne pouvons te considérer comme un Saint. »
Rhadamanthe ne répond pas. Apodis concentre son énergie dans la paume de sa main droite. Un halo orangé s’agite.
_ « Je n’ai pas de temps à perdre : qui es-tu ? Que faisais tu au Sanctuaire ?
 _ Qui suis-je, répète l’air hagard Rhadamanthe ? Je ne sais pas. Je pourrai être plein de choses, occuper plein de rangs. Mon cosmos me le permet. Mais je cherche encore un dieu, une passion, une cause, qui soit à la hauteur de mes idéaux. Saint, Berserker, Spectre, Alcide, Marina, Ksha, God Warrior, je ne sais pas. Alors je tourne dans ce monde, à la recherche d’un idéal. Ces recherches m’ont conduit jusqu’au Sanctuaire et m’amèneront vers d’autres horizons demain.
_ Lorsque tu concentres ton cosmos, ressens-tu une protection particulière ? A partir du moment où un apprenti chevalier parvient à percevoir en lui sa cosmo énergie, il se retrouve en harmonie avec les étoiles et peut découvrir au fond de lui qu’elle est la constellation qui le protège.
_ Je ne ressens rien de particulier, rage-t-il ! J’ai même l’impression d’être emprisonné, comme si mon âme et ma quête de bien être, m’avait été retirées, ou plutôt, comme si elles ne m’avaient pas encore été attribuées.
_ Le représentant d’Athéna serait ravi de te rencontrer. Il se nomme Grand Pope, il…
_ Je sais déjà qui est le Grand Pope. Je n’ai pas envie d’être au service d’Athéna. J’étudie depuis ma jeunesse les mythes rapportés dans les grands livres sacrés des dernières Guerres Saintes. Ce monde dans lequel nous vivons est en proie à la violence et à la haine. Les hommes gâchent la chance que les dieux leur ont accordée il y a des milliers d’années. Athéna perpétue ce gâchis en protégeant les humains depuis toujours, elle reproduit les mêmes erreurs. Les guerres, les génocides et toutes les autres atrocités de ce monde perpétrées par les hommes sont dus à Athéna qui ferme les yeux sur leurs vices. Je préfère étudier les causes défendues par d’autres dieux afin de servir celui qui correspond le plus à mes idéaux. »
La lumière qui jaillit de la main d’Apodis devient plus vive : « Alors tu ne me laisses pas le choix ! »
Il projette cet éclat cosmique contre Rhadamanthe.
Le cuivre de la baignoire se fend, l’eau envahit la pièce.
Rhadamanthe, nu, glisse sur le sol carrelé.
Apodis lui tend ses vêtements : « Mets ça, je ne peux combattre un adversaire dans cette tenue ! »

Le futur Juge revêt sa tunique sans rien dire et se rend dehors, sur un ponton au bord de l’eau.
_ « Je serais toi, je revêtirai tout de même mon armure, conseille Rhadamanthe.
_ Je préfère me battre d’égal à égal, se met en garde Apodis. »
Apodis s’avance en sautillant de gauche à droite puis de droite à gauche.
A proximité de Rhadamanthe il frappe des petits coups du droit. Rhadamanthe esquive ou pare les assauts dans la mesure du possible. Il cherche une faille dans la garde d’Apodis, ce qui n’est pas chose aisée. Il discerne la vitesse de ses coups et dans un sursaut inattendu, il frappe le Saint de bronze en plein visage.
Apodis recule d’un pas et se frotte la joue : « Bien, tu es rapide. Voyons à quel point. »
Apodis avance bien plus vite que précédemment et martèle Rhadamanthe de coups. Cette fois ci il prend un rythme continuel. Trois coups du droit, un coup plus puissant du gauche et une droite à pleine puissance. Il répète cet enchaînement de nombreuses fois. Rhadamanthe ne peut éviter. Les frappes sont rapides, fortes.
Toutefois, il comprend vite la cadence et anticipe le prochain crochet du gauche. Il concentre toute sa force dans son poing droit.
Au moment de recevoir le crochet du gauche d’Apodis, il profite du léger laps de temps qui s’écoule pour le cogner d’un uppercut au menton.
Apodis se lève du sol mais retombe quelques mètres plus loin sur ses jambes : « Ta capacité d’analyse est bonne. Pour finir, nous allons tester ta résistance et l’étendue de ton cosmos. »
La cosmo énergie d’Apodis s’étend autour de son corps. Il écarte les bras. La lumière prend des formes d’ailes : « Reçois le féerique battement d’ailes de l’Oiseau de Paradis : Wing Jikan No Yoyû ! »
Ses bras s’abattent en direction de Rhadamanthe.
Toutes les planches du ponton s’envolent.
La mer est soulevée. A tel point qu’on voit le sable, habituellement englouti sous des mètres d’eau.
Pourtant, une sphère d’énergie entoure Rhadamanthe.
Les planches et l’eau sous ses pieds ne se sont pas dérobées.
Le souffle s’amenuise au bout de quelques secondes.
Rhadamanthe a seulement reculé de quelques pas.
Il est néanmoins épuisé et retombe sur ses genoux.
Apodis sourit : « Tu es un bon combattant. Cependant, si j’avais déclenché cette attaque à pleine puissance tu serais mort. Tu as tous les attributs pour devenir un bon guerrier, mais le Sanctuaire n’a rien à craindre de toi. Tu as juste beaucoup de volonté et il ne serait pas digne ni du Sanctuaire ni d’Athéna de s’opposer à cette résolution. »
Exténué, le futur soldat d’Hadès s’écroule.
Apodis vient le chercher et le porte dans ses bras.
_ « Dans ce port il existe des marins qui conduisent quiconque dans les lieux les plus reculés du globe. Quelle est ta prochaine destination après le Sanctuaire d’Athéna ?
_ " As… Asgard, déclare Rhadamanthe à moitié conscient. Il est écrit dans un vieux manuscrit que j’ai trouvé dans un château en Angleterre que les livres du palais d’Odin, le Walhalla, sont les plus complets pour rapporter les faits des dernières Guerres Saintes. Une… Une force… Une force m’appelle, je ne sais pas laquelle elle est, mais si les livres d’Odin peuvent m’aider à trouver… alors… alors…
_ Ne parle pas, tu es exténué, tu as besoin de repos. »


Quelques heures plus tard, au Sanctuaire, dans le village de Paesco, quelques soldats éméchés jouent de la musique dans une petite demeure.
Dans la maison de Misty, c’est le brouhaha le plus complet.
Connu pour être un des Saints les plus adeptes de l’esthétisme, Misty gagne aussi à être réputé grâce à son implication dans l’organisation de fêtes où les plaisirs charnels sont à la hauteur des désirs les plus pervers.
La nourriture, l’alcool et l’extase y sont abondants.
 
Parmi les personnalités on retrouve Docrates, Jamian, Mozes, et bien sûr, Deathmask, Aphrodite et Misty.
La porte, gardée par un soldat de Misty, est ouverte pour permettre à Apodis de se mêler aux festivités.
De retour de mission et par respect envers son supérieur, il passe saluer ses pairs.
Il reconnaît aussi de nombreux servants et apprentis, hommes et femmes, et divers Saints de bronze.

La sélection est très stricte, chaque invité jouit d’une plastique parfaite à l’exception de Jamian et Mozes qui bénéficient de leur statut de valeur au sein de la garde d’Athéna pour avoir le privilège d’être ici.
Le décor de la demeure est tout bonnement gracieux.
Bien que minuscule comme le reste des habitations du domaine, on sent que la solde d’un Saint d’argent aide à disposer d’un foyer convenable.
Tout a été sculpté à la main et pas un grain de poussière ne vient entacher ce lieu.
Contrairement aux villageois qui ont un sol en terre crue, ici le parterre est dallé.

A mesure qu’il avance, Apodis retrouve certains de ses hommes qui s’échangent quelques histoires drôles autour d’un verre, qui dégustent un succulent repas préparé par des villageois engagés à l’occasion par Misty, ou qui profitent des corps de jeunes nymphes.

Aphrodite, se promène nu au milieu des couples qui se forment.
Duos, trios et même plus encore, chaque participant oublie en quelques heures la responsabilité qui est sienne pour savourer le simple plaisir humain.

Parmi tous ces corps déchaînés, Apodis en aperçoit de nombreux mutilés représentant ainsi toute la difficulté et les souffrances endurées pour devenir chevalier ainsi que le mauvais traitement reçu par quelques villageois.
_ « Quelle charmante visite ! Je suis ravi que tu te joignes à nous, affirme Aphrodite devant Apodis.
_ Je ne resterai pas longtemps. Je suis simplement venu informer Misty, mon supérieur, que ma mission a été réalisée avec succès. »
Aphrodite conduit Apodis à la table de Misty puis s’invite dans un groupe de quatre jeunes femmes qui se partagent le corps d’une cinquième…
_ « Ca laisse rêveur n’est ce pas, l’interpelle Misty ?
_ Pas vraiment, ironise Apodis. Le seigneur Aphrodite fait partie du plus haut rang de la chevalerie. Or, il se montre ainsi.
_ Aphrodite ne s’arrête pas à ce genre de détails. Il savoure tous les plaisirs que la vie peut lui offrir ! »

Docrates, attablé en compagnie de Misty, Mozes et de quelques femmes apostrophe son ami : « Allons Apodis, ce n’est pas comme si tu n’avais jamais profité de ce genre d’ambiance. Autrefois tu venais en ces lieux. »
Apodis sert chaleureusement la main du géant qui semble être une bonne connaissance. Il remet par la même occasion les choses en ordres : « Exact, mais cela était bien avant que je rencontre Netsuai.
_ Dommage qu’elle ne soit plus parmi nous, ricane Mozes d’un ton hostile. Tu aurais pu l’amener, ça aurait été une occasion pour moi de lui montrer ce qu’est un homme !
_ Attention Mozes, cette fois si c’est ton second ½il que tu pourrais perdre, grimace Apodis.
_ Allons messieurs, calme Misty, nous sommes là pour nous détendre, regardez le chevalier d’or du Cancer, même lui prouve que cette nuit sert à oublier nos tracas quotidiens. »
Apodis observe Deathmask en compagnie d’une sulfureuse femme aux cheveux couleur feu. A côté du Cancer, quelques garçons envient l’aisance du Cancer ou même, tout simplement, désirent son corps.
Apodis n’est pas gêné par l’ambiance, mais reste à table en compagnie de ses compagnons d’armes et décline chaque proposition qui lui est faite.

Tout à coup, la porte d’entrée de la demeure s’ouvre avec fracas. Le garde de service retire son casque et reprend son souffle.
Le silence se fait pour écouter ce qu’a à dire le soldat. On peut juste entendre quelques dès qui viennent d’être jetés par un invité rouler sur une table.
Le malheureux est tellement exténué que les mots ne lui viennent pas.
Docrates, impatient, tape des poings sur la table et se lève pour saisir le garde en le soulevant du sol : «  Et bien parle ! J’attends !
_ Le Général… Le Général Gigas… rode dans les environs… »
A cette annonce, les musiciens remballent leurs instruments, les couples se défont et se rhabillent, les cuisiniers lâchent leurs couverts, les soldats finissent leur verre et tout le monde quitte silencieusement le logis.
Seuls Deathmask et Aphrodite prennent leurs temps, n’ayant eux n’ont rien à craindre hiérarchiquement de Gigas.


Quelques minutes plus tard, au sommet d’une colline, Apodis observe tout ce beau monde s’éparpiller discrètement.
_ « Quand même ! Craindre les actes de Gigas ! Cet homme n’a pas la stature d’un général. Seuls les Saints d’or n’ont rien à craindre de cet homme alors qu’il est plus faible qu’un simple apprenti. Je ne comprends pas pourquoi le Grand Pope s’acharne à laisser en place cet incompétent et le Commandant Phaéton.
_ Tu penses à quelqu’un en particulier pour prendre ses fonctions, réfléchit Docrates qui le rejoint ?
_ C’est évident ! Après les Saints d’or, les hommes les plus à même de contrôler la chevalerie et les gardes sont les Saints d’argent. Il suffirait qu’un Saint d’argent prenne sa place. Si mon maître Orphée était toujours là il dirait la même chose. Misty est considéré comme un meneur par les chevaliers d’argent, je pense qu’il a le profil pour ce poste. Et puis il a l’expérience du combat lui !
_ Orphée de la Lyre était un idéaliste, tu suis le même chemin que lui. C’est tout à ton honneur. Mais les décisions du Pope sont unanimes. S’il décide de déléguer son pouvoir à Gigas, alors nous sommes soumis à la volonté de celui-ci. Allez passe une bonne nuit, salue Docrates en tendant la main à son ami, n’aspirant pas à débattre davantage. »
Apodis la lui sert puis traverse calmement le village.

« Quelles conséquences auraient pu avoir cette petite orgie si Gigas avait été tenu au courant, repense Apodis. Pourtant, hors des heures de gardes, les serviteurs d’Athéna restent des hommes qui ont des besoins, des envies. Je suis persuadé qu’Athéna aussi en est convaincue. »
Il salue de la main quelques habitants qui font une dernière balade avant de rentrer se coucher. En cette nuit fraîche du mois de janvier, quelques enfants se courent encore après.
Les gardes qui font leur ronde, quelques adolescents qui ont échappé à la surveillance de leurs parents pour passer un instant en amoureux, quelques artisans et commerçants qui rangent et classent leurs marchandises… La nuit reste animée au Sanctuaire.
Même si cette nuit est semblable à celles qu’il passe depuis dix huit ans, Apodis en retient un agréable souvenir : il revient d’une mission confiée par le Grand Pope.
Comme après chaque quête accomplie, il est fier de lui, de ce qu’il est devenu.
Il regarde le ciel et intensifie sa cosmo énergie pour faire briller les étoiles de sa constellation, celle de l’Oiseau de Paradis.
Une larme coule le long de sa joue : « Netsuai, comme j’aimerais que tu sois là pour apprécier l’homme que je suis aujourd’hui. »


Le lendemain matin, au Port du Destin, en Crète, dans l’auberge où il a fait la connaissance de Reinheit et Reife, Rhadamanthe ouvre les yeux dans un lit de soie.
Il est entouré par des femmes, à demi nues, qui ne prêtent, pour la plupart, pas attention à lui. Seules Reife et tout particulièrement Reinheit sont à son chevet.
_ « Où suis-je ? Où est l’homme contre qui je me suis battu ?
_ Il vous a ramené ici, répond Reinheit moins timide que la veille, a payé cent sacres pour que vous passiez la nuit auprès de nous ainsi que pour dédommager les dégâts de votre chambre. Il m’a demandé de vous dire quelque chose puis s’en est allé.
_ Qu’est qu’il t’a demandé de me dire ? Parle je t’écoute, ordonne Rhadamanthe sans même remercier ses conquêtes de la nuit passée pour leurs bons soins !
_ Il vous a réservé une place sur l’embarcadère. Un bateau quitte le port dans deux heures pour Asgard. Il a dit que le navigateur qui dirige cette expédition est celui envers qui il a le plus confiance puisque la traversée de l’océan Arctique est périlleuse. Il a aussi précisé que ce n’était pas la peine de vous prévenir des dangers qui se dresseront sur votre route, si vous avez la volonté nécessaire vous parviendrez à trouver ce que vous cherchez.
_ Merci à toi Saint d’Athéna, prend-il d’un air grave en fronçant ses épais sourcils, je ne sais pas si nos chemins se recroiseront, mais si un jour je dois t’avoir à nouveau comme adversaire, je te ferai honneur cette fois ci. »


Le chant d’un coq annonce la levée du soleil au Sanctuaire.
Il aide Apodis à ouvrir les yeux.
Grâce à sa mission réussie, le Pope a reconduit sa permission de deux jours.
Il se penche sur le berceau de son fils et pose deux de ses doigts devant sa bouche avant de les frotter affectueusement contre les joues de sa progéniture.
Il ouvre la porte de sa maisonnette et regarde en premier lieu la géante statue d’Athéna.
Il pose un genou sur le sol et murmure : « Ô Déesse Athéna, comme chaque jour veillez sur mon fils et ma mère. Je vous en prie. »
Il se relève et observe quelques paysans courageux qui promènent leurs ovins et leurs bovins.
Des marchands avancent en calèche avec les marchandises arrivées fraîchement du port d’Athènes que les gardes ont pris soin de faire venir discrètement au village.

Brusquement, le coq qui sert de réveil à Apodis fuit à toute vitesse.
Un garçon d’une douzaine d’année court après. Apodis se met en travers de sa route : « Allons Seiya, tu ne vas pas t’attaquer à une proie aussi facile, je suis certain que Marin désapprouverait. »
L’élève de Marin lève les yeux et affiche un sourire gredin.
La chasse fait partie des règles de bases d’un apprenti chevalier pour sa survie.
Apodis se remémore alors les détails de sa formation. Ne songeant pas à l’erreur commise en ayant épargné Rhadamanthe, il a la tête pleine de souvenirs qu’il a hâte de partager avec le futur Saint de Pégase.

295
Only for Love / Re: Présentation / Histoire
« on: 19 April 2010 à 15h37 »
Merci beaucoup vincz.

J'espère que celle-ci te plaira autant, j'attends tes commentaires :cool:.

296
Only for Love / Présentation / Histoire
« on: 18 April 2010 à 21h38 »
Only for Love

Présentation :
Only for Love relate à travers le personnage d'Apodis les événements connus de la saga. Elle introduit des aspects destinés à enrichir l'univers de l'oeuvre, la développer et la conclure.
La timeline choisie est TLC - Episode G - Saint Seiya (série télévisée et OAV) - Soul of Gold - le film 5.
Relue et corrigée par d'autres fans, l'objectif du récit est d'être cohérent avec les divers supports existants déjà.
Le concept de Saintia est introduit. Les aventures de Sho réécrites afin de s'intégrer à mon choix de suivre l'anime et donc un univers où Saori ne se sait pas encore être Athéna.
Le ton du récit est à mi-chemin entre le shonen et le seinen.
Bonne lecture.


Fanarts réalisés par Virak :

(click to show/hide)


297
シナラムから日本へ / Re: Topic unique Saint Seiya
« on: 9 April 2010 à 22h39 »
Bah c'est fais mais il n'y a personne pour m'aider :unsure:...

298
シナラムから日本へ / Re: Topic unique Saint Seiya
« on: 9 April 2010 à 16h50 »
Nao, je ne sais pas si tu as vu mais je t'ai MP :rougit:.

299
Cinétélébouquins / Re: [Cinéma] Trailers
« on: 8 April 2010 à 16h55 »
Raaaahhhh !!!! Stallone, Schwarzy et Bruce Willis dans un même plan, le fantasme ultime des fans du ciné des années 80 (le seul, le vrai, le bien bourrin) !!!!  :niark:
:waouh:

300
シナラムから日本へ / Re: Topic unique Saint Seiya
« on: 6 April 2010 à 16h38 »
Je ne pense pas qu'elle soit déjà sortie (?). C'était juste une annonce. :)
C'est bien ça, rien de sortie pour l'instant.

Pages: 1 ... 18 19 [20] 21 22 ... 30