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Messages - Kodeni
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« on: 8 March 2021 à 15h19 »
Chapitre 70
Les douze flammes de la grande horloge du Sanctuaire, sont éteintes depuis bientôt quinze jours. Le retour d’Athéna au Sanctuaire a achevé l’année 1986 par un message de paix. Depuis, à chacune de ses apparitions, Athéna est saluée par une clameur populaire qui rompt le calme habituel du domaine sacré. Du fait de la conspiration de Saga des Gémeaux, son visage était resté mystérieux, au point même que certains doutaient de son existence. Dorénavant, depuis son avènement, la déesse se montre à eux régulièrement dans toute sa splendeur et sa noblesse. Les habitants du Sanctuaire ne perçoivent aucun point obscur dans le sourire plein de force qu'Athéna leur retourne. Ils se réjouissent de la victoire de la justice et prient pour que la paix dure pour toujours.
Néanmoins, Saori conserve une profonde réserve de sentiments. Si une certaine amélioration est à noter dans le rétablissement de ses Saints de bronze, elle s’ennuie néanmoins d’eux. De plus, les messages réguliers des Steel Saints, relayés par des messagers basés à Athènes, inquiètent l’héritière de la Fondation Graad.
Ce n’est pas l’arrivée de Tatsumi qui la rassure. Le majordome, accompagné de plusieurs gardes dont son inséparable acolyte, le père de Kyoko et Shoko, qu’il a rebaptisé du même nom que le sien, se présente dans la salle d’audience du Grand Pope. Comme dans la plupart des maisons du zodiaque en travaux, il peut sentir l’odeur du plâtre et du ciment frais. Il ne reste bientôt plus rien des champs de bataille où le sang de beaucoup d’amis a coulé. _ « Ah ! C’est incroyable Mademoiselle Kido ! Tout est bientôt comme neuf, la félicite Tatsumi ! _ En effet, nos ouvriers et nos soldats ont travaillé sans relâche. » L’homme au visage dur et au crâne dégarni peut remarquer la mélancolie qu’exprime la déité. Gêné, il approche jusqu’au siège où elle est positionnée et se penche en avant pour lui remettre en bonne et due forme un courrier : « Je suis désolé de vous ramener à vos obligations humaines. Toutefois, Sho m’a transmis une invitation qui vous a été envoyée par la famille Solo. En effet, le riche héritier de cette compagnie partenaire de notre Fondation Graad vous invite à son anniversaire dans sa résidence en Grèce. » Avec délicatesse, elle s’approprie le document et l’examine quelques secondes : « Je vois… C’est à quelques kilomètres d’ici et… Ce banquet aura lieu dans deux mois et demi. En attendant, je devrai pouvoir m’occuper des affaires de la Fondation depuis ces lieux, souffle-t-elle pleine d’amertume. » La voix fort avisée de son protecteur, Mû, retentit dans la salle : « Peut-être devriez-vous retourner au Japon le temps de régler certaines choses Majesté. Après tout, aucun danger ne nous guette pour le moment. » La parfaite réincarnation aux cheveux lilas n’attendait que l’aval de ses plus proches conseillers. Tout en regardant le Saint d’or du Bélier faire son entrée depuis les deux grandes portes de la salle qu’il a ouvert lui-même, elle lève les yeux vers le plafond et demande : « Il est en effet nécessaire que je retourne auprès des membres de ma société. Beaucoup de décisions doivent être prises pour favoriser des ½uvres humanitaires et des investissements dans les pays en voie de développement. Qu’en pensez-vous Dohko ? » Par télépathie, l’intonation fatiguée du Saint de la Balance approuve la décision : « Comme le dit Mû, aucun danger ne vous guette. Vos messagers sont revenus avec des retours favorables des différentes prises de contact avec les autres dieux. Blue Graad vous a renouvelé sa fidélité. Asgard et Yíaros ont salué votre retour. Les représentants des dieux égyptiens et indiens ont été heureux d’apprendre votre décision de retirer les troupes de Saga de leurs territoires. De plus, il est difficile pour Athéna de faire oublier à Saori qui elle est, ainsi que ses obligations. Il est nécessaire pour votre propre bien être de retourner vous ressourcer au Japon. Mû et les autres veilleront sur Seiya et ses amis durant ce temps. _ Dans ce cas, peut-être pourrais-je rentrer en compagnie de Jabu, Ichi, Nachi, Geki et Ban ? Ils assureront ma garde tout en étant heureux de rentrer chez eux. _ Il serait préférable de laisser un Saint d’or vous accompagner, s’inquiète Mû, sans vouloir manquer de respect à vos amis… _ Jabu et les autres sont très fiers des exploits de Seiya et de ses compagnons. Il leur tient à c½ur de prouver leur valeur à eux aussi. Je suis certaine d’être en sécurité avec eux. _ Qu’il en soit ainsi, valide Dohko d’un air amusé depuis les Cinq Pics. _ Dans ce cas Majesté, j’insiste pour que Kiki vous accompagne. En étant au plus près de vous, il pourra m’informer du moindre danger. _ J’accepte sa compagnie avec plaisir Mû, rassure Saori d’un élégant sourire. »
A l’autre bout du monde, le réveil du 3 janvier 1987 dans ce village perdu sud-américain est semblable à tous les autres pour les villageois. Chacun s’affaire à ses tâches quotidiennes à Icnoyotl au Mexique.
Posté sur le toit de la taverne où il séjourne avec les siens, Mei cesse sa méditation pour observer de façon assidue les faits et gestes de chaque passant. _ « Le retour d’Athéna en son Sanctuaire est une merveilleuse nouvelle pour le monde. Si nous parvenons à accomplir cette mission pour Marin, nous parviendrons à lui donner toutes les cartes nécessaires à son succès. Et ainsi je laverai l’affront de mon maître. » Il cesse de se recueillir quand il remarque au détour d’une ruelle calme l’apparence de deux êtres qui lui sont bien connus. En effet, esseulés, Nicol et Iuitl, la serveuse de la taverne, sont assis, adossés contre le mur d’une maisonnette. Côte à côte, la jolie jeune femme blonde garde sa tête en appui sur l’épaule du Grec qui est tout aussi endormi qu’elle. En se frottant le menton, le Japonais s’amuse : « Apparemment la soirée s’est bien déroulée pour lui. » Puis, d’une mine plus perplexe, il s’inquiète du calme sous ses pieds.
Inévitablement, contrairement au reste du village, le réveil est plus compliqué dans l’auberge où la fête a battu son plein toute la nuit. Étendues toutes les deux, seules, chacune dans leurs lits, Médée et Yulij n’arrivent pas à émerger, malgré le soleil resplendissant qui passe à travers les lucarnes des chambres. Le Saint de la Chevelure de Bérénice s’en navre : « Un soir de plus à avoir fait la fête. J’ai l’impression que certains oublient même le but de notre présence en ces lieux. »
Rapidement, l’attitude étrange d’un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, lui donne raison. D’un pas saurien, l’insolite personnage interpelle le chevalier : « C’est Cuetzpalli, un serveur de l’auberge. Comme tous les autres, il a fini son service de nuit. Mais pourquoi guette-t-il si prudemment tout autour de lui ? »
De toit en toit, Mei suit furtivement la trace du maigre employé. Celui-ci sort par plusieurs ruelles d’Icnoyotl et s’engage au sein même de la forêt. _ « Ichtaca, le patron de l’auberge, nous a dit que hormis les voyageurs, personne ne quittait le village. Tous en sont originaires, se souvient Mei. » Le chevalier de bronze s’enfonce dans la jungle en quête de réponse.
Le chant de la forêt, mêlant craquements de branches, pas et cris d’animaux, ambiancent rapidement sa filature. Tel un lézard qui se faufile, Cuetzpalli emmène Mei au plus profond de la jungle, dans une direction où l’étranger n’a pas encore mis les pieds. Laissant pendre sa très grande langue, le régional de l’étape avance sans plus se retourner. _ « Il semble avoir baissé sa garde depuis qu’il est sorti d’Icnoyotl. Voudrait-il cacher ses ballades dans le coin ? » D’arbre en arbre, l’asiatique ne prête attention qu’à sa proie.
Il ne se rend donc pas compte qu’il est devenu une proie à son tour. Il l’est, pour un mammifère carnivore grand et massif qui l’a pris en chasse dans le sillage de Cuetzpalli. Alors qu’il saute en direction d’une nouvelle branche à une demi-douzaine de mètres de haut, il est happé par la gueule d’un félin tacheté. L’animal lui plante ses crocs en plein flanc et lui brise ainsi plusieurs côtes. Il l’entraîne dans une lourde chute où il se réceptionne à merveille alors Mei, toujours dans sa gueule, s’échoue tête la première.
Secoué et blessé, le chevalier revient à lui tant la douleur de la morsure l’insupporte. Il parvient à choper dans chaque main la mâchoire du prédateur et à l’écarter suffisamment pour s’en extraire. Il espère la lui briser en l’écartant encore plus grand, mais les muscles extrêmement puissants de la bête l’en empêchent. La pression que ses bras exercent sur ses côtes brisées ne l’aide pas à réaliser ce qu'il voulait faire.
L’homme et l’animal se mettent alors en position, ils tournent tous les deux l’un autour de l’autre en se fixant les yeux dans les yeux. _ « Comment a-t-il pu sauter si haut ? Le jaguar est un félin trapu et plutôt court sur pattes, raisonne Mei. » L’animal, lui, est plutôt alléché par l’odeur du sang qui s’écoule des plaies de sa victime et qui s’incruste dans son maillot jaunâtre. Choisissant de mettre un terme à cette plaisanterie, Mei tend le bras en direction de l’animal pour invoquer son arcane. Seulement, à peine ouvre-t-il la bouche pour en prononcer le nom, que deux autres animaux bondissent de derrière des fougères. Le premier chope le bras de Mei et le lui transperce tandis que le second lui mord directement le crâne, en espérant porter un coup fatal au cerveau. Heureusement, avant même que les crocs n’atteignent son organe vital, il balance le lourd jaguar accroché à son bras en l’air, d’un mouvement spectaculaire, pour cogner celui qui arrive par-dessus lui. En gémissant, les nouveaux arrivés sont repoussés en arrière. Hélas, un tel mouvement a profondément lacéré l’avant-bras droit de Mei. Il n’a pourtant pas le temps de s’en plaindre que son premier prédateur lui arrive contre la poitrine pattes en avant. Le poids du félin renverse Mei qui n’a pas d’autre choix que de coller sa main gauche contre une de ses oreilles, rondes et noires au revers avec une tache blanche au milieu, et murmure : « Lost Children. » Des filaments s’échappent aussitôt de ses mains et percent le cerveau de l’animal en passant par son conduit auditif. La carcasse lourde de plus de quatre-vingt-dix kilos s’affaisse sur l’homme écorché vif. Il parvient à bousculer son adversaire et cherche en vain les deux autres. Il tourne sur lui-même, regardant de bas en haut : « Rien ! Cuetzpalli aussi a disparu ! » Il détaille son bras droit et ses côtes gauches meurtris pour mieux décider : « Dans cet état il est plus prudent que je rentre. »
Avant même qu’il ne s’engage dans la direction d’où il vient, son attention est prise par le bruit de plusieurs pas, lourds et fugaces. Le chemin du retour est bloqué par une dizaine de jaguars gueules grandes ouvertes. Cynique, Mei se permet de ronchonner : « Je croyais que les jaguars étaient des chasseurs solitaires. Faîtes-moi penser à engueuler Nicol pour ses leçons intuitives en rentrant. » Puis, aussitôt, à vive allure, il fait demi-tour et court. Il fuit les animaux enragés sans user de trop de cosmos : « Je pourrai aller plus vite, mais j’ai peur de ne plus avoir suffisamment de cosmos pour contenir la douleur de mes blessures. »
Après plusieurs kilomètres de courses, la forêt s’achève brutalement au bord d’un précipice où s’écoule plus bas une rivière. Derrière lui, Mei entend l’approche de ses chasseurs : « La vache, là-dessus par contre Nicol avait raison. Ils ont une très grande endurance. » Soudain, la voix aiguë de Cuetzpalli complète : « Ils sont d’excellents nageurs aussi. » Le chevalier remarque le Mexicain en appui contre un rocher, patientant tranquillement depuis qu’il a quitté la vue de Mei. Le Saint espère l’attraper mais les ronronnements furieux sont tout près : « Alors ? Que vas-tu faire ? Te laisser dévorer en voulant m’avoir ou bien plonger pour sauver ta vie ? » N’ayant guère le choix, voyant les plus véloces jaguars pointer le bout de leurs museaux, il se résigne et se jette dans le vide. Sans même hésiter, les animaux l’accompagnent. La chute est vertigineuse et le niveau d’eau pas suffisamment élevé pour amortir l’arrivée de Mei. Celui-ci touche le fond et se déchire le corps contre les rochers…
Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, le temple d’Apollon, agrémenté à l’entrée d’un soleil gravé dans la roche et surélevé par des colonnes doriques, vit des heures calmes, silencieuses. Debout, dans l’arrière-cour, fixant solennellement le sommet de la montagne où demeure Zeus, le Dieu du Soleil se tient noblement. Ses petits yeux plissés et ses traits fins lui donnent cette allure hautaine qui le caractérise. Dans son dos, portant quelques corbeilles d’ambroisie et des jarres de nectar, des servantes dressent de nouvelles offrandes qu’elles ont ramassées dans les prieurés où se regroupe le peuple. Observant une parfaite discrétion afin de ne pas troubler la quiétude des lieux, l’une d’elle laisse échapper une vive exclamation lorsqu’elle sent la main mal attentionnée d’un vieil homme lui caresser le postérieur. Les doigts ridés du petit bonhomme s’aventurent contre la toge fine et immaculée de la fidèle d’Apollon. Le plaisir qu’il en tire se lit dans ses petits yeux ronds inondés de bêtise. Aussitôt, le propriétaire des lieux cesse sa méditation et affiche un regard encore plus cruel à l’attention de celles qu’il considère comme des esclaves. Les innocentes prêtresses pressent le pas et abandonnent le vieillard harcelant qui tire sur ses fines moustaches comme pour dissimuler ses âneries. Le bougre, au sommet du crâne dégarni, ne garde autour de la tête qu’une épaisse touffe de cheveux blancs coton. D’un certain âge, il avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sa fausse bonne conduite devant son maître ne convainc pas ce dernier pour autant : « Faut-il toujours que tu te fasses remarquer négativement Roloi ? » Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds commencent à afficher une certaine perfidie lorsqu’il toise la divinité : « Vous m’excuserez pour cet écart Dieu du Soleil, mais il me semble que le résultat de ma mission mérite un peu de divertissement. » De sous sa robe blanche, accrochée stratégiquement par des broches en or, le bougre sort une boule faite de cercles métalliques qui tournent les uns sur les autres. Au centre de cette petite sphère une bille représente la galaxie. Le conspirateur cueille l’objet dans ses mains et félicite son sujet : « Ainsi tu l’as obtenu. Tu as bravé les monts interdits, à l’opposé de l’Olympe. Là où toute vie olympienne cesse. Tu as suivi le chemin étroit, en serpentin, tout autour de ces pics rocheux qui regorgent de ruines de temples et de statues. Là où personne ne s’est aventuré depuis la nuit des temps. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des Olympiens. Mais toi, tu es parvenu à son sommet où un étrange lac rayonne de mille couleurs pour revenir avec l’Armillaire de Chronos. _ Comme vous l’aviez vous-même pensé Seigneur Apollon, le lac est toujours endormi et l’artefact secret était libre d’accès. » Piétinant sans gêne quelques fleurs que les prêtres de son temple entretiennent sans cesse, Apollon arbore l’objet mystérieux en direction du ciel et affiche une expression sournoise : « Désormais, plus rien ne pourra se mettre en travers de ma route. L’astrolabe sphérique que Chronos gardait à portée de main, pour le jour où il affronterait Zeus, est entre mes mains. Si mon plan échoue et que Zeus ne parvient pas à se défaire de l’affection qu’il a pour Athéna et les hommes, alors l’Armillaire le retiendra prisonnier et lui dévorera la vie. »
Ramené sur la rive de la forêt mexicaine par le courant, Mei revient peu à peu à lui. Sa vision est floutée par un voile rouge, issu du sang qui s’échappe avec abondance d’une plaie frontale résultant de sa chute. Il distingue à côté de lui deux animaux morts, certainement pour les mêmes raisons que lui est mal en point. Cela n’empêche pas le ronron d’un autre jaguar qui s’approche de lui depuis la terre ferme. L’animal au pelage humide grogne si fort qu’il couvre le bruit de l’écoulement de l’eau. Derrière Mei, trois autres animaux nagent en approche. Sur le sol marécageux, l’approche saugrenue de Cuetzpalli confirme les doutes que Mei avait à son propos : « Alors tu es un Jaguar ? » En guise de réponse, il se raidit et libère de longues canines qui remplacent ses dents. Des poils jaillissent sur toute la surface de son corps pour lui attribuer un pelage tacheté. Sa masse corporelle se développe légèrement mais arrache malgré tout le pagne qui fait le tour de sa taille. Ses ongles deviennent griffus et seule sa crête subsiste au sommet du crâne de ce personnage atypique. _ « Je vois, vous pouvez vous transformer à tout moment. _ Pour les Jaguars les plus assidus dans la maîtrise du cosmos, il est facile d’enclencher le processus dans les deux sens et ainsi n’être revêtu de son Nahual qu’en cas de nécessité. » Malgré sa mauvaise posture, Mei garde le sourire : « Dans ce cas, je ne me sentirais pas coupable en appelant à moi ma Cloth. »
Plus loin, à Icnoyotl, toujours endormis sous la chaleur du soleil désormais bien haut dans le ciel, Nicol et Iuitl profitent de ces instants câlins. Lorsque soudain, depuis la taverne, une étoile jaillit par la fenêtre de la chambre de Mei. Le Grec revient aussitôt à lui et réveille Iuitl dans son sursaut : « Mei ! Son armure ! Elle est partie en direction de la forêt ! » Alors que ses yeux s’habituent difficilement à la lumière du jour, Iuitl bougonne : « De quoi parles-tu ?! » Le Saint d’argent pointe du doigt le chemin emprunté par la Cloth de son compagnon : « Dans cette direction ! La forêt ! Sais-tu où elle mène ? » L’autochtone se mordille d’inquiétude ses lèvres charnues : « Je suis née dans ce village et n’en suis jamais sortie en raison du danger. Encore plus ces derniers temps. » Malgré tout, la décision du chevalier d’argent est prise : « Tant pis, j’y vais ! » La jeune femme blonde coiffée de plumes noires le retient par le bras : « Je t’en prie, laisse-moi venir avec toi ! » N’ayant pas de temps à perdre, Nicol se résigne et la prend à bras avant de s’engouffrer par de grandes enjambées dans la jungle…
Là-bas, encerclé, Mei s’élance dans les airs pour recevoir la protection de sa Cloth. Celle-ci, d’un gris oscillant entre teintes claires et plus profondes, habille parfaitement ses frusques usagées. Son diadème couvre sa plaie, tandis que le cosmos libéré par l’armure revigore le chevalier de la Chevelure de Bérénice. Devant la beauté du spectacle, Cuetzpalli n’en reste pas moins confiant. Il passe sa longue langue pendue tout autour de ses babines et ordonne à ses compagnons : « Allez-y mes fidèles protecteurs ! Faîtes-lui rendre gorge ! » Cette fois-ci, Mei ne se laisse plus surprendre. Malgré ses côtes gauches brisées et son bras droit lacéré, le Saint de bronze esquive un à un les quatre derniers animaux : « Ça suffit Cuetzpalli ! Je ne souhaite pas faire du mal à tes bêtes domestiques. Affronte-moi d’homme à homme… Si je puis dire… » L’ironie de son ennemi agace davantage l’autochtone. Il écarte ses bras pour appeler en lui toutes ses forces : « Je vais te faire ravaler tes sarcasmes : Thunderbolt Fang ! » A peine le Mexicain achève sa phrase que le tonnerre gronde, couvrant le cri de détresse de Mei projeté dans l’eau d’où il est sorti.
Couché au fond du fleuve, le Japonais sent une profonde douleur sous sa poitrine dont l’armure est ébréchée : « Incroyable. Comme si ses crocs avaient invoqué le tonnerre, j’ai été frappé par la foudre. » Brusquement, il sent sa jambe être happée vers la rive. Les crocs plantés dans l’armure, un des jaguars ramène sa proie à son maître.
Sur la rive, Cuetzpalli caresse l’animal docile : « Merci à toi. Je l’ai volontairement laissé en vie pour que vous puissiez avoir le plaisir de le dépecer vivant. Allez-y, régalez-vous de sa chair ! » Les quatre félins obéissent sans hésiter et se précipitent sur le garçon aux cheveux argentés.
Convaincu de sa victoire, le serveur, l’un des deux espions envoyés par le prête Icnoyotl, tourne le dos à son adversaire. Pourtant, quelques couinements lui font réviser son jugement.
Derrière lui, les animaux sont soulevés par de fins filaments. Ceux-ci sortent des mains de Mei qui reprend position, tout en gardant prisonniers autour de lui les bêtes enragées : « Je t’avais dit de laisser tes matous hors de ça. » Il les balance un à un contre Cuetzpalli qui les évite sans chercher à leur épargner une chute brutale. Agacé, le Jaguar prend les devants, suivi de sa troupe : « Je vais te faire fermer ton clapet : Thunderbolt Fang ! » Mei passe ses mains devant lui comme pour faire écran. Il libère des cheveux qui forment un bouclier dont les filaments se plantent dans le sol : « Lost Children ! » Les Crocs du Tonnerre échouent contre la barrière de Mei qui sert de paratonnerre. Mei libère après coup une vrille de fils qui menace Cuetzpalli. Le Jaguar, d’un habile déhanché, empêche son c½ur d’être transpercé. Cependant, c’est son épaule qui est traversée. Après avoir percée l’épaule du guerrier de Tezcatlipoca, la vrille libère ses milliers de cheveux pour transpercer de part en part les animaux acharnés. A une vitesse incroyable, Mei est parvenu à contrer l’attaque de son adversaire, à riposter et à tuer dans d’atroces souffrances les quatre jaguars. _ « Sans mon entraînement à Jamir, je n’aurai jamais réussi un tel exploit. Et encore, je n’ai pas réagi à la vitesse de la lumière, affirme au fond de lui le chevalier. » Essayant de contenir l’hémorragie de son épaule gauche, Cuetzpalli garde la main droite contre. Ses babines remontent pour arborer ses crocs menaçants : « Tu vas payer pour avoir tué mes jaguars. _ Tu ne peux en vouloir qu’à toi-même. Je t’avais demandé de faire partir tes gros minets. De plus, trop confiant, tu m’as dévoilé ton arcane sans la déployer au maximum de son potentiel. Hélas, une attaque ne marche jamais deux fois contre un chevalier averti. Mes fils plantés au sol me servent de paratonnerre. Ils absorbent le choc de ta technique. »
Refusant d’abdiquer malgré tout, Cuetzpalli fonce sur Mei. Celui-ci pare la droite du thérianthrope et tire, grâce à sa main libre, sur sa langue pendue pour amener son visage contre le sien et le frapper d’un coup de tête en plein museau. La truffe en sang, la langue arrachée, Cuetzpalli réussit malgré tout à rappeler à Mei que c’est proche de la mort qu’un animal s’avère être le plus dangereux. Grâce à une charge violente, il repousse le Japonais à l’eau. Baignant jusqu’aux genoux, il réalise trop tard le stratagème de Cuetzpalli, qui déclare avec difficulté : « Un paratonnerre ne te servira à rien dans l’eau. Je vais mettre toute ma vie dans cette ultime tentative : Thunderbolt Fang ! » Mei se contente de tisser un seul lien entre lui et Cuetzpalli : « En effet. Mais je suis persuadé que je résisterai mieux que toi, quoi qu’il arrive : Lost Children. »
Un simple fil permet de conduire la foudre invoquée par les Crocs du Tonnerre de Cuetzpalli. Les dents serrées, les yeux plissés, Mei encaisse et garde en ligne de mire Cuetzpalli. Plus le Jaguar libère d’énergie, plus celui-ci en ressent les effets.
Comme prévu, Cuetzpalli s’écroule en premier, mettant fin au calvaire du chevalier. Le corps anthropomorphe, lourdement encastré dans le sol boueux, libère encore la fumée indiquant le triste état de ses organes carbonisés.
Malgré l’eau et ses blessures antérieures, Mei, lui, s’extirpe de l’onde, la tête baissée et le pas lent. Sur la rive, il se laisse tomber à genoux. _ « Ce combat aura été un bon test. En plus de la puissance et de la maniabilité de ma technique, j’arrive à adopter différents stratagèmes instinctivement en plein combat. Et ma résistance, même mise à rude épreuve, est bien plus grande elle aussi, se félicite-t-il. »
Inopinément, le sol tremble progressivement tandis qu’un grognement approche. De derrière les fougères, arrachées d’un simple mouvement de bras, surgit le premier Jaguar auquel ont été confrontés Mei et ses amis à leur arrivée au Mexique. Les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, Titlacauan, le lieutenant de Tezcatlipoca, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Comme on se retrouve étranger ! » Mal en point, Mei grimace à l’idée de combattre un lieutenant du dieu ennemi dans son état. Malgré tout, il ne perd pas son ton provocateur : « Tu m’étonnes, grosse peluche. On peut dire que tu tombes à pic. » La voix grave et ronronnante de Titlacauan n’apprécie guère les railleries de Mei. Tout en retournant sur le dos Cuetzpalli, il le provoque : « Même s’il avait la langue bien pendue, Cuetzpalli n’avait pas une aussi grande gueule que toi. Je suis surpris de voir qu’un simple guerrier Jaguar ait pu te mettre dans cet état. _ Te fous pas de moi. On sait très bien tous les deux qu’il existe différents niveaux de puissance parmi vos guerriers Jaguars. Cuetzpalli n’était pas le plus mauvais. » Tout en fixant avec colère le regard d’un Cuetzpalli agonisant, il maugrée : « Apparemment Cuetzpalli n’a pas su se taire. Comme à son habitude il a fallu qu’il t’en dise trop sur nous. _ Il faut dire qu’il croyait pouvoir me vaincre facilement, flâne d’un air irrévérencieux Mei. Mais ce n’est pas avec une armée de chatons que vous viendrez à bout de moi. » Face aux dépouilles des jaguars qui jonchent le sol, Titlacauan n’arrive plus à tolérer davantage de propos outrageants. Sa force brute provoquant par le simple mouvement de son bras un puissant appel d’air, Titlacauan choisit d’envoyer un lourd coup de poing à un Mei abattu.
Miraculeusement, le coup est stoppé en pleine course par l’arrivée fortuite de Nicol. Celui-ci reçoit dans la paume de sa main, la pénible pression exercée par le lieutenant. Si puissamment que le sol s’affaisse et qu’il se retrouve comme Mei avec de l’eau jusqu’aux chevilles.
Abandonnée derrière un arbre, Iuitl se montre à son tour et passe ses mains avec émotions devant Cuetzpalli qui convulse. Elle reconnaît l’homme au pelage tacheté : « Oh mon dieu. Cuetzpalli… Que t’est-il… »
Au bord de l’eau, Nicol et Titlacauan ne bougent pas d’un pouce. Toujours aux prises l’un contre l’autre, Nicol, d’une voix claire et posée, propose : « Sans remettre en question tes aptitudes au combat. Je doute que tu puisses faire le poids contre deux Saints. Même si l’un des deux est meurtri. Je te propose donc de rebrousser chemin. »
Soudain, une nouvelle voix, aiguë et perfide, libérée par une très large et très fine bouche aux dents longues et pointues, rejoint le groupe : « Ta clarté d’esprit et ton comportement me plaisent de plus en plus étranger. »
Depuis l’obscurité de la forêt, apparaît seul un homme mince, les épaules tombantes, le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert. Titlacauan abandonne aussitôt son opposition et incline légèrement sa tête : « Necocyaotl, Prêtre de Tezcatlipoca. »
Nicol profite du recul du Jaguar pour relever sous son bras Mei.
L’ecclésiaste continue : « Je vois que vous êtes de mieux en mieux renseignés sur nous. Je me demande jusqu’où cela nous conduira. »
Titlacauan retourne auprès de son supérieur qui utilise son écharpe rouge pour les enrouler tous les deux dans le but de les faire disparaître comme lors de leur première rencontre avec les Saints. _ « Attendez, s’empresse Nicol ! _ Tut tut tut, souffle Necocyaotl… Ne sois pas pressé. Peut-être seras-tu l’ultime sacrifice fait au soleil avant que celui-ci ne nous offre un nouveau monde ? » Les deux sujets de Tezcatlipoca disparaissent aussitôt. Ils laissent à Nicol le loisir de repartir comme il est venu, en compagnie d’Iuitl. Celle-ci totalement dépassé par les événements, est désemparée par la mort de Cuetzpalli.
Sur l’île où régnait il y a encore deux mois Hébé, la placidité règne. A Yíaros, le peuple surmonte l’après-guerre avec le sourire, malgré la perte de leur déesse et de la quasi-totalité de ses chevaliers. Malgré la tristesse, une étrange aura bienfaitrice domine toujours ce domaine, comme si la Déesse de la Jeunesse veillait toujours sur les siens. A l’intérieur de son temple, le Parthénos, le vent de l’hiver s’engouffre dans les couloirs vides. Les grandes portes sont ouvertes. Il n’y a désormais presque plus âme qui vive. Quelques soldats, de nouveaux et très jeunes gardes prenant la relève de leurs aînés décimés, nagent dans les tuniques marines et azures qu’ils ont récupéré. Ils se réunissent dans l’immense palais pour déterminer les rondes et les actions à mener auprès du peuple. _ « L’armée se reconstruit, fait résonner par la pensée d’¼dipe. » L’Alcide aux multiples handicaps traîne ses immondes jambes aux côtés de Juventas, promue responsable de Yíaros après la tragédie qui a frappé les Hébéïens. La jeune femme, fixant à travers son masque de femme chevalier les Joncs d’Athéna que Marin lui a confiée, répond avec amertume : « Crois-tu que cela sera suffisant pour contrer nos futurs ennemis ? _ Athéna est revenue. C’est elle qui attirera les futures menaces, pas nous. _ Contre des menaces comme Poséidon ou Hadès, elle saura faire face, seule. Mais contre l’Olympe, il faudra que tous ses alliés sur Terre s’unissent. Voilà pourquoi j’ai préféré dire au messager du Sanctuaire que nous reconnaissions Athéna comme l’une des notre, mais que nous préférions rester en retrait pour le moment. Je veux mêler le moins possible notre peuple à une nouvelle Guerre Sainte. Cependant, lorsque l’Olympe attaquera, ça ne sera pas Athéna qui sera visée mais l’humanité toute entière, Yíaros compris. _ Du coup, crois-tu que garder les Joncs ici est une bonne idée ? » Des cliquetis de chaussures sur le sol marbré du temple suspendent la discussion.
En toute liberté, reconnue ici comme une alliée, le Saint d’argent de l’Aigle rejoint les deux Alcides. _ « Marin. Viens-tu chercher les Joncs d’Athéna ? Se pourrait-il que tu ais retrouvé la Chouette, espère Juventas ? » _ Hélas non, déplore la Japonaise d’origine olympienne. Cependant, Pégase a été privé suffisamment longtemps de son Jonc. Je compte le lui remettre à son poignet. S’il parvient un jour à atteindre l’Illumination, Pégase pourra ainsi pleinement bénéficier de ses pouvoirs. _ De quoi s’agit-il réellement ? _ Je passe du temps depuis bientôt quinze jours au temple des prêtresses d’Athéna. Ce lieu regorge de lectures passionnantes. Il semblerait que le Jonc permet à Pégase d’appeler à lui sa véritable Cloth, sa Cloth originelle. _ L’Illumination est un stade avancé qui est lié à l’Eveil, affirme le cultivé ¼dipe. L’Eveil est la fusion du cosmos avec l’univers. L’Illumination est la transformation de l’âme en un esprit combatif indéfectible. Ces phases caractérisent les dieux. Un humain ne peut espérer l’entrevoir s’il ne maîtrise pas totalement les septième et huitième sens. _ Autrement dit, vu le niveau affiché lors de la bataille qu’il a mené, et l’état actuel dans lequel il est, Pégase est loin de pouvoir franchir ce niveau, en déduit Juventas. _ La route qui l’attend est semé d’épreuves qui l’aideront peut-être à pousser sa détermination jusque-là, corrige Marin. »
Dehors, après quelques minutes de marche, les trois chevaliers regagnent le centre de l’île. Là, une petite fille sort d’une maisonnette. L’enfant, accompagnée de sa nourrice, trotte jusqu’à sa mère qui la prend fort dans ses bras. Marin observe Juventas qui enlace sa progéniture : « Depuis la disparition d’Apodis, elle me réclame sans cesse des câlins. Elle se sent seule et manque sûrement de repères. J’ai du mal à concevoir qu’au terme de cette bataille, elle sera sûrement orpheline. _ Beaucoup d’entre nous mourrons, c’est indéniable, reconnaît Marin. Mais ta fille, Agape, représente l’espoir des générations futures, qui conforteront la paix pour laquelle nous nous serons battus. _ J’aurai tellement voulu qu’Apodis soit là. Il aurait eu les mots pour me réconforter. Il me manque tellement. Après la perte d’Iphiclès, je croyais que plus jamais je ne pourrai aimer un homme comme lui je l’aimais. »
Au Mexique, dans la cité de Citlali, Necocyaotl et Titlacauan débarquent devant la pyramide de Tezcatlipoca. Ils approchent des tipis dans lesquels vivent les fidèles. Le lieutenant marche en fixant d’un air suspect le prêtre. _ « Tu aimerais t’entretenir avec moi Titlacauan, ressent Necocyaotl sans le dévisager ? _ À vrai dire, votre attitude me perturbe. Avec notre Grand Tezcatlipoca, vous préférez ignorer la présence de ces Saints. Pourquoi donc ? _ Ils sont très loin de localiser notre position et très loin de se douter de ce que nous tramons réellement. Aller les provoquer pourrait faire pencher la balance en notre défaveur. _ Mais tout de même, il va falloir s’en méfier. Tout à l’heure, ce Nicol, lorsqu’il s’est interposé, j’ai senti un puissant cosmos en lui. De même que Mei, qui a parfaitement neutralisé Cuetzpalli. Ce Jaguar était un très bon élément et je crois ce chevalier lorsqu’il dit que ce combat était un test pour lui et qu’il n’avait pas donné tout ce qu’il a. Les éliminer au moment où ils ne s’y attendent pas seraient plus ingénieux. _ Tu oublies que nous avons encore un espion à Icnoyotl. Lorsque nous frapperons contre eux, ne t’en fais pas, ils ne s’y attendront vraiment pas. »
Dans son temple, Apollon réajuste sa longue cape au-dessus de lui après s’être étendue dans un de ses nombreux sofas. Assis au sol, à côté de lui, Roloi lui tend une coupe de nectar avec délicatesse. Ses yeux d’un bleu aussi clair que celui du ciel de l’Olympe, suivent l’avancée d’une de ses semblables. Grande, la poitrine généreuse libérée par une longue robe pourpre, qui lui serre sa fine taille et qui moule parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses, la Déesse du Mariage affiche du coin des lèvres un rictus de satisfaction. Le visage fin, les yeux larges, elle exprime à chacun de ses mouvements la supériorité divine dont elle se glorifie. Sans un mot, en se positionnant dans les oreillers et les étoffes qui couvrent un banc de pierre, elle tend une main aux ongles vernis à la couleur de sa robe. Aussitôt, d’autres serviteurs que Roloi se pressent de lui servir la même boisson qu’à leur maître dans une coupe en cristal. _ « Quelle hospitalité, flatte Héra après avoir retirée ses lèvres pulpeuses du récipient ! Nous pouvons dire que nous sommes bien reçus dans la demeure du Soleil. _ Que puis-je pour toi, se contente d’articuler le frère d’Artémis peu enjoué à la conversation ? _ Me rassurer. Hestia, Héphaïstos et moi-même avons suivi ta machination, qui pour le moment s’est avérée être un succès. Pourtant, quelques événements inattendus auraient pu nous mettre en échec. Je pense au Jonc d’Athéna que tu avais confié à Hestia et qui a été récupéré par les Saints d’Athéna. Je ne sais pas si tu continues de suivre cela de près, mais il me semble également que le Pendentif de Zeus que nous avons subtilisé à l’Aigle il y a plusieurs années est convoité lui aussi par les Saints. Autrement dit… _ Autrement dit tu m’importunes pour rien, la coupe-t-il d'un ton impérieux. Depuis qu’il est notre le Pendentif de Zeus a été confié à un dieu mineur. Tezcatlipoca. Ce dieu m’a toujours glorifié. Le soleil est nécessaire à sa toute-puissance. Je confère au sceau qui retient prisonnière cette clochette une partie de mes pouvoirs. Cela permet d’accroître le cosmos de ce dieu mais surtout de renforcer sa fidélité. Ainsi, il défend ce sceau et, inconsciemment, ce qu’il renferme comme son culte le plus précieux. Lorsque je lui en donnerai l’ordre, il participera à pousser Athéna à la faute. Et même s’il échoue, il sera trop tard pour ma chère petite s½ur. Le sort de la Terre est scellé. _ Pour cela, faut-il encore qu’il garde le sceau suffisamment loin des Saints avant que tu ne lui donnes l’ordre de tout détruire. _ Que veux-tu dire ? » La plantureuse entité aux cheveux noirs tirés pour former un magnifique chignon, coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate, balance son verre au sol en méprisant du regard les serviteurs qui se précipitent pour nettoyer. Elle quitte le temple en déclarant : « Inquiète-toi un peu plus de ce qui se passe sur Terre ! Les Saints approchent chaque jour un peu plus de Tezcatlipoca. Et ils pourraient réussir à l’atteindre plus vite que tu ne l’as prévu. Nous t’avons suivi corps et âmes dans cette conspiration, ne nous fait pas tomber. » Pendant qu’elle s’engage en dehors du palais, l’une des plus puissantes déesses de l’Olympe est soudain immobilisée. Tétanisé, l’angoisse rend son visage plus vulnérable. Plus humain. L’incompréhension qui la gagne trouve très vite une réponse. Alors qu’elle lui tournait le dos, Apollon apparaît devant elle depuis les airs, comme s’il s’était téléporté. Pendant que sa longue cape retombe sur le sol, il attrape entre ses mains la gorge de la mère d’Héphaïstos et la presse légèrement en exprimant un certain sadisme : « Héra. Je n’ai pas eu besoin de te pousser dans mon complot. Ta haine envers les hommes et ta jalousie pour Athéna ont été suffisantes. Dorénavant je m’appliquerai à mieux suivre les actes de Tezcatlipoca. Mais avant ça, je tiens à veiller que tu n’oublies jamais que je te suis supérieur. Et que tu me dois le respect. » Habituellement si orgueilleux, les yeux d’Héra expriment une profonde frayeur et une sincère docilité. Du mieux qu’elle peut, elle remue la tête pour affirmer son allégeance. Enfin, elle reprend instinctivement son souffle, lorsque le fils de Zeus la relâche. Accroupie, affaiblie, elle se sent craintivement soumise devant ce géant qui la domine par son imposante carrure et son regard impassible. _ « Tu peux partir à présent. La prochaine fois que tu viendras trouver ma demeure tu y seras invitée. Tu ne fouleras plus ce sol autrement. »
De retour à Icnoyotl, dans l’auberge, à l’intérieur de la chambre de Nicol, Mei est assis sur le coin du lit. Il garde son franc parlé malgré les blessures : « Ils s’amusent avec nous. Nous sommes un passe-temps, lorsqu’ils ne butent pas des gens pour calmer leur histoire de soleil. » Circonspecte, Yulij déplore les blessures de son amant. Alors qu’elle rentre dans la pièce avec des linges, du coton et de l’alcool pour désinfecter et soigner les plaies de son camarade, Médée surenchérit : « Mei n’a pas tort. Sans quoi ils auraient très bien pu nous attaquer depuis longtemps. _ Oui Médée. Ils doivent certainement vouloir poursuivre leur activité sans qu’on y nuise, suspecte Yulij. _ Et cela doit fonctionner sans quoi nous serions déjà morts, grimace Mei à mesure que la Muvienne panse ses plaies. _ Qu’est-ce qui te fait dire ça, réagit d’une voix douteuse Nicol ? _ Enfin, c’est évident. Cuetzpalli qui était tout proche de nous depuis notre arrivée était un espion. Pourtant, il n’a cherché à me tuer que lorsque je l’ai découvert. Tant qu’ils ne nous attaquent pas, c’est que nous sommes sur une fausse piste ou que nous sommes loin d’eux, explique Mei d’un ton amer. _ Tu suggères qu’il y a d’autres espions, suppose Yulij ? _ J’en suis persuadé. Il n’y a qu’à voir la copine de Nicol ! _ Pardon, réagit malaisément Nicol ?! _ Cela ne te semble pas bizarre que malgré sa transformation, elle a réussi à reconnaître Cuetzpalli. Surtout qu’il était dans un sale état. _ Avec la crête qu’il portait sur la tête, quoi de plus normal que de le reconnaître ? _ Ne te fous pas de moi ! Elle était complètement bouleversée par sa mort ! _ C’était son collègue, son ami ! Ils sont tous les deux originaires de ce village ! Normal qu’elle soit affectée ! _ Elle t’a surtout tapé dans l’½il oui ! _ On va se calmer, dit Médée pendant qu'elle serre les bandages de Mei pour le faire baisser d’un ton ! Cela ne sert à rien de monter sur nos grands chevaux. Vu le stade où nous en sommes, toutes les pistes, même les plus improbables, sont possibles. » Acerbe, l’élève de Deathmask préfère quitter la chambre. Comme à son habitude, il ne manque pas de défier le Saint d’argent : « Ça fait combien de temps que nous sommes ici ? Deux semaines ? Si ce n’est pas encore fait et que tu ne comptes pas te servir d’elle pour notre mission, alors tape-la toi et cesse de perdre ton temps avec cette serveuse ! Elle pourrait nous attirer des emmerdes ! » Les propos de Mei soulèvent la face cachée de l’homme raffiné qu’est Nicol. Le Grec sort de ses gonds. Il se jette sur Mei qui peut compter sur les réflexes conjugués de Médée et Yulij. Après quelques tentatives d’intimidations avortées par les femmes, les bousculades cessent lorsque Mei claque la porte.
Dans le couloir, sur la mezzanine qui surplombe le rez-de-chaussée de la taverne, Mei reconnaît à sa robe rouge foncé dédoublée avec audace haut sur la cuisse la jeune femme à l’origine de sa querelle avec Nicol. Assise sur le plancher vétuste, Iuitl qui a tout entendu de leur conversation recroqueville ses jambes jusqu’à son visage pour camoufler son chagrin. Impitoyable, le Japonais n’en démord pas : « Es-tu satisfaite ? Ton plan marche à merveille, tu sèmes la zizanie dans notre groupe. Mais dis bien à tes Jaguars qu’il en faudra plus pour vaincre les Saints d’Athéna. » Malgré son affliction, Iuitl garde son caractère bien trempé : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes, espèce de cinglé ! » Aussitôt, sortant d’une chambre voisine, du linge sale sous les bras, Ichtaca, le tenancier au visage marqué par une griffe sur l’½il gauche, s’indigne : « Est-ce une façon de s’adresser à une dame ?! Si je tolère votre présence ici, étrangers, c’est parce que vous payez. Et si tu es encore dans ce lieu aujourd’hui, tu le dois à la sympathie de tes amis. Ne l’oublie jamais. » En regagnant sa chambre, Mei tourne le dos à Ichtaca pour lui signifier tout son mépris : « Je ne l’oublie pas. Comme je n’oublie pas que tu as été à une certaine époque un Jaguar. »
A l’intérieur de la chambre de Nicol, la colère de ce dernier s’amenuise. Tous ont observé le silence pour suivre les propos échangés entre Mei et les Mexicains dans le couloir. Comme il la considère comme sa s½ur, Yulij en profite pour préciser à Nicol : « Il n’a pas tort tu sais. Aussi bien toi que nous, nous nous sommes alertés tardivement du danger qui guettait Mei aujourd’hui. Nous nous laissons entraîner par les fêtes ou par nos sentiments au détriment de notre mission. Si tu ne t’étais pas réveillé brusquement tout à l’heure, qui sait ce qui serait arrivé à Mei ? _ Yulij a raison, déplore Médée. Que nous profitions du cadre et de la gentillesse de nos hôtes, c’est une chose, mais il va falloir nous recentrer sur notre devoir. » Les deux femmes quittent la pièce en laissant la porte grande ouverte. En sortant, elles préfèrent ignorer la présence d’Iuitl, tandis que Médée se contente de passer affectueusement sa main sur l’épaule d’Ichtaca, pour lui rappeler sa toute confiance en lui.
Seul, Nicol se positionne sur son lit. Il saisit son visage entre ses mains. Torturé par ses sentiments et par le constat d’échec qui lui fait face. Devant lui, accablée devant l’encadrement de la porte, Iuitl implore sa confiance en le regardant tristement…
En Grèce, le jet qui a permis à Seiya et ses camarades de se rendre au Sanctuaire vole au-dessus de la mer Egée. Installés à l'intérieur, Saori et les Saints de bronze profitent d’un voyage calme. Contrairement à son c½ur agité, la mer Egée, que Saori contemple, brille doucement dans des tons vert émeraude. Assis à la place de ses protecteurs qui ont fait le chemin aller avec elle, Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki semblent aux yeux de la jeune fille de bien maigres lots de consolation. Son âme de déesse se refuse pourtant à de tels discernements. Malgré tout, son caractère de jeune femme ne peut s’empêcher de confronter les deux groupes de Saints de bronze.
Plus loin, devant, Tatsumi se chamaille avec Kiki qui refuse de reposer la télécommande de la télévision installée dans l’avion. Leur querelle oblige malgré lui Kiki à presser une touche. Aussitôt, la diffusion des vidéos prises pour la Fondation Graad des Galaxian Wars focalise l’attention de tous les voyageurs. Bien vite, Ban, Geki, Ichi puis Nachi, baissent honteusement la tête en revoyant leurs défaites. Cependant, la Licorne reste fière. Avec détermination, il brise le silence que ses camarades et lui-même se sont imposés depuis le début du voyage par respect envers l’affliction de Saori : « Athéna, il est vrai que notre parcours dans ce tournoi a été pitoyable. Toutefois, nous n’avons pas à rougir de nos défaites. Elles nous ont permis de nous rappeler que notre rôle est de chaque jour perfectionner nos techniques pour mieux vous servir. Grâce à cela, nous avons pu nous entraîner de nouveau et revenir plus fort auprès de vous. Et même si nous sommes loin du niveau de nos camarades, sachez que nous tous ici sommes prêts à mettre nos vies en jeu pour vous honorer. C’est pourquoi nous avons profité de ces quinze derniers jours au Sanctuaire pour demander à Aldebaran du Taureau de nous entraîner ! » La bravoure et la fidélité de Jabu rappelle à la responsable de la société de Mitsumasa Kido qu’il y a encore six mois, elle était heureuse de pouvoir s’appuyer sur cet homme, qui était bien un des seuls à la reconnaître malgré son mépris constant.
La splendeur d'innombrables étoiles va bientôt éclairer doucement le ciel nocturne. A l’intérieur de l’avion, Saori choisit de s’inquiéter autant de la présence de ses nouveaux anges gardiens que s’ils avaient été ses précédents. Car c’est tout ce qu’elle peut offrir de mieux à ces hommes qui ont foi en elle.
Plus bas, dans le centre du Sanctuaire, là où la ville d’Honkios débouche vers les marches des douze temples du zodiaque, l’heure est au recueillement. Juste avant d’emprunter la montée vers le temple du Bélier, le sentier qui conduit au cimetière des Saints est particulièrement usité depuis ces quinze derniers jours. Le mausolée où reposent les Saints d’or tombés au combat est encerclé de fleurs et diverses offrandes laissées par le domaine sacré tout entier.
En face, assis les jambes croisées sur un rocher, Milo reste contemplatif malgré la nuit tombée. Son regard est vague. Ses yeux ronds. Ses pensées nostalgiques. _ « Camus, déplore-t-il hagard… Tu auras tenu ta ligne de conduite jusqu’au bout… Si ton disciple s’en remet, gageons que cela lui serve à prendre un jour ta relève pour en faire un Saint aussi digne que toi, mon ami, mon frère… »
Soudain, les exclamations d’une voix maladroite en train de se ressaisir le ramènent à lui. Dans son dos, trébuchante après avoir roulée le pied sous un caillou, l’indiscrète Shoko le rejoint. Comptant sur un entraînement plus assidu depuis que Marin a rejoint les prêtresses, elle s’épargne une chute ridicule, mais n’en mène pas large pour autant devant le charismatique Scorpion qui la toise du haut de son rocher. _ « Oups, dit-elle en tirant honteusement la langue. _ Que viens-tu faire ici, lui assène-t-il d’un ton ferme ? _ Oh… Euh… Je suis désolée, perd-elle immédiatement son entrain devant une réaction qu’elle aurait espéré plus cordiale, je venais simplement me recueillir comme chaque fois que j’ai la permission de quitter le temple des prêtresses. Je sais, c’est un peu ridicule, mais puisque c’est ici que ma s½ur a choisi d’abandonner son humanité pour accepter d’être Eris, c’est pour moi aussi l’endroit où nous avons perdu Kyoko, confesse-t-elle gênée et mélancolique. » Suite à sa sauvage réaction, Milo regrette et se réceptionne alors face à elle. Tête baissée, elle constate son approche grâce à l’éclat de sa Cloth d’or dans la nuit. Sans rien dire, il lui saisit le menton pour l’obliger à redresser son minois embué de chagrin. _ « J’ai été grossier. Veille à m’en excuser si tu le veux bien. » Sans attendre, il tourne les talons pour repartir rejoindre son temple.
C’est alors qu’avec précipitation, il sent Shoko le rejoindre et se plaquer fermement contre son dos en le serrant fermement par la taille. Derrière lui, le visage niché dans sa cape, elle demeure incapable de trouver les mots. Néanmoins, devinant l’émoi que suscitent les douloureux souvenirs de leur rencontre ici, Milo ressent aussi le lien fort qui les unit, après ce qu’ils ont traversé ce jour où Eris a réapparu sur Terre. Se défaisant de l’étreinte en lui ôtant les mains, il se retourne vers elle pour croiser son regard et l’enlacer à son tour. Malgré la Cloth qui les sépare, Shoko ressent alors une immense chaleur et une profonde passion par ce geste.
Pendant qu’il se détache enfin d’elle pour rentrer chez lui, il ne remarque pas au loin, venue fleurir la mémoire d’Aphrodite, le père de son fils, Myrrha, restée jalousement dissimulée sur le flanc du sentier… Toujours fâchée envers Milo, il n’en faut pas plus pour qu’elle abandonne de colère les fleurs sur le chemin et qu’elle tourne les talons…
Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, la nuit est rythmée par les claquements de mains et de pieds qui accompagnent la musique jouée dans la taverne. Comme chaque soir, la fête bat son plein entre locaux et visiteurs.
Couché sur son lit, Mei écrase ses oreilles avec ses oreillers : « Crois-tu qu’ils cesseront un peu leur bordel ?! J’aimerai dormir ! » Remuant sur le matelas, secouant par la même occasion son bougon d’amant, Yulij gesticule au rythme de la musique tout en tortillant ses cheveux blancs entre ses doigts. Ses grands yeux amoureux s’illuminent, lorsqu’elle s’affaire à ennuyer davantage le grincheux personnage.
Dans la pièce d’à-côté, Médée trempe un linge dans la bassine d’eau qu’on lui a fait venir. Elle le glisse au creux de sa poitrine comme elle le fait sur le reste de son corps nu. Son visage, à découvert, accepte ces quelques gouttes agréables qu’elle s’amuse à faire tomber sur son front, entre les deux points qui permettent d’identifier ses origines muviennes. Cependant, son esprit n’en reste pas moins préoccupé par les événements de la journée : « Même s’il a un rôle incontestable de meneur, Nicol s’expose à certaines déconvenues s’il ne s’inquiète pas plus de ses fréquentations. En même temps, j’accorde également beaucoup de confiance à Ichtaca. Suis-je entrain de me tromper moi aussi, s’interroge-t-elle ? »
La chambre accolée à la sienne est vide. Après les propos tenus, Nicol a choisi de la déserter pour la soirée. En retrait de l’euphorie qui retentit dans les mètres alentours, le Saint d’argent s’est reclus à l’autre bout du village, dans les ruelles sombres, en compagnie d’Iuitl. _ « J’espère qu’Ichtaca ne t’en voudra pas trop que tu t’absentes comme ça en, pleine soirée. _ Vu mon chagrin, je pense qu’il me pardonnera. _ Je suis vraiment désolé pour Mei. Il parait bourru comme ça mais c’est un… _ Oui, je sais. Mais à ce que j’ai pu voir et comprendre aujourd’hui, vous êtes ici pour vous battre. _ Pas vraiment. Le combat est une nécessité lorsque le dialogue ne permet pas d’avancer. Si nous sommes ici, c’est parce que la paix de la planète en dépend. _ Que veux-tu dire ? _ Je ne peux pas t’expliquer davantage. Après tout, je suis un Saint et toi tu ignores tout du monde dans lequel j’évolue. N’est-ce pas ? » Le timide hochement de tête de la blonde aux cheveux agrémentés de plumes noirs rassure Nicol sur les intentions de son amie. _ « Seulement, insiste-t-elle tout en prenant une mine décontenancée, Cuetzpalli est mort. Et demain ce sera peut-être toi. Ou d’autres amis à moi. Voilà pourquoi je préférerai ne pas m’attacher. » Elle lui tourne le dos pour cacher son affliction. Ne sachant comment la réconforter, il pose ses mains fermes sur les petits biceps d’Iuitl dont l’un est agrémenté d’un brassard tressé. La chaleur réconfortante d’Iuitl fait battre son c½ur encore plus vite que la cadence qui résonne ici depuis la fête. _ « Je comprends bien. Voilà pourquoi jusqu’à présent je n’ai pas voulu me montrer trop entreprenant. J’espère ne pas te brusquer. _ J’avoue que m’endormir en pleine rue après une nuit de fiesta je n’avais encore jamais fait, lui sourit-elle de ses lèvres charnues en faisant volte-face. _ Peut-être la prochaine fois accepteras-tu de me suivre dans ma chambre, tente-t-il timidement ? _ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! » _ Je vais attendre encore un peu, tapote-t-elle avec ses doigts le torse fermement taillé de Nicol. Si c’est pour être réveillée de façon aussi brusque que ce matin, tu comprendras que je préfère m’en tenir là. Allez, le tire-t-elle en direction de la taverne en sautillant ! Allons nous amuser en attendant ! »
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« on: 4 March 2021 à 15h54 »
NEWS
Cette version du chapitre 14 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 7 February 2021 à 15h13 »
Chapitre 69
Au Sanctuaire, Athéna poursuit sa marche dans l’ensemble du royaume pour signifier son triomphe à son peuple.
Dans le bourg autrefois habité par Apodis et sa famille, Paesco, le calme est retombé après le passage de la Déesse de la Sagesse. Chez elle ici depuis son arrivée au Sanctuaire, Marin retrouve son modeste logis qu’elle a partagé durant des années avec Seiya. Comme pour les gardes qui cessent de suivre la Déesse de la Sagesse à mesure qu’ils gagnent les lieux de leurs affectations, Marin a choisi de quitter les rangs pour regrouper quelques affaires, avant de prendre ses fonctions au temple des prêtresses comme le lui a demandé Athéna. Le temps de la convalescence de Pégase sur qui elle doit continuer de veiller, elle achèvera la formation des aspirantes Saintias. Elle tourne dans cette minuscule demeure aux sols et aux murs faits de pierres. Son regard s’attarde sur un tableau où est accroché le poster de l’anatomie humaine. Elle reste les yeux rivés dessus et retire son masque pour libérer son visage éreinté par les derniers événements : « Seiya… Tout s’est déroulé tellement vite depuis ton départ, que je n’ai encore rien rangé du matériel qui me permettait de te donner des cours. » Une voix empreinte d’une affection profonde fait sursauter la jeune femme : « Qu’a-t-il bien pu se passer depuis ce départ ? Je ne t’ai plus revu depuis que tu es partie au Japon en compagnie de Misty. » La Saint d’argent se tourne, pour mieux profiter de la beauté de l’homme qui vient de faire irruption chez elle. Malgré leur rupture il y a un an et demi, ils n'ont jamais cessé de penser à l’autre. Et l’opportunité de se retrouver seul avec celle qu’il aime était trop tentante pour Aiolia. Le Grec aux cheveux châtain clair décrispe son visage dur, pour laisser émerger un timide sourire envers l’Aigle de Zeus. Ignorant tout de l’origine de Marin, il espère que celle-ci puisse lui en dire plus en répondant à sa question. Néanmoins, elle préfère inverser les rôles. _ « Tu sembles t’être bien remis de ton combat face à Seiya ? _ Il est vrai qu’il est parvenu à m’asséner plusieurs coups durant notre affrontement. Malheureusement, je n’étais pas moi-même à cet instant. _ Athéna a accepté que tu cesses de l’accompagner ? _ A vrai dire, j’ai prétexté vouloir m’assurer que les prises de fonction des nouvelles unités de soldats se fassent comme il faut pour m’attarder ici. _ Une vraie tête brûlée. Tu ne changeras donc jamais. » L’expression charmée de Marin ne passe pas inaperçue auprès du Lion qui se précipite devant elle pour lui cramponner les mains. Il profite qu’elle ne porte pas son masque pour lire dans ses yeux et voir à quel point elle l’aime toujours. Espérant en tirer profit, il lui déclare sincèrement : « Maintenant qu’Athéna est parmi nous, peut-être pourrions nous lui demander sa bénédiction ? » Sachant cela impossible après les révélations qu’elle a faites, Marin prétexte : « As-tu envisagé la même chose avec la défunte Naïra Saint de bronze de la Colombe ? _ Nous étions séparés et le contexte était nettement différent. _ Crois-tu qu’il l’est aujourd’hui ? _ Athéna est revenue. La paix va pouvoir perdurer. Et… Et moi je n’ai jamais cessé de t’aimer. _ La paix est éphémère, tu le sais tout autant que moi. D’autres dieux se montreront. Quand à nous, tu sais que malgré tout l’amour qu’on peut se porter, c’est impossible. » Le chevalier d’or refuse d’entendre raison. Il tire fort contre lui Marin, à tel point que leurs deux Cloths s’entrechoquent. L’enserrant fermement avec son bras droit dans le creux du dos, il l’approche à chaque seconde un peu plus de lui. La pression accumulée par les dernières batailles, ainsi que le manque d’affection de ces derniers mois pèsent dans la décision de Marin. Inexorablement attirée par cet amant pour qui son c½ur bat la chamade, elle hisse son mètre soixante-sept jusqu’au mètre quatre-vingt-cinq du frère d’Aiolos. Très vite, elle recouvre cette sensation chaude et humide qui la parcoure en reconquérant les lèvres d’Aiolia. Quelques baisers délicats suffisent à délier leurs corps. A mesure que leurs langues se caressent lors de suaves mouvements, ils défont l’un l’autre, morceau par morceau, les pièces métalliques qui plus d’une fois leurs ont portés assistance. Pendant que leurs mains parcourent le corps de l’autre sous leurs tuniques, Marin s’appuie à son tour contre lui pour le forcer à s’allonger sur l’épaisse table en bois où Seiya s’endormait durant les leçons qu’il recevait. Le dominant en cet instant, elle installe ses sommaires cinquante et un kilos sur son bassin pour mieux se pencher et lui dévorer le buste. Partant de ses pectoraux en acier trempé, elle descend peu à peu tout le long de son torse jusqu’à sentir sous ses lèvres chaque cran de ses abdominaux. Pendant que ses mains continuent de plonger plus bas sous ses vêtements, elle réussit à murmurer : « Quoi qu’il puisse se passer, cet instant que nous partageons est bel et bien le dernier. » Couché sur le dos, passant ses mains dans ses cheveux, partagé entre le plaisir intense des baisers langoureux qui s’approchent de son intime anatomie et la détresse de perdre celle qu’il aime, Aiolia ferme les yeux…
Bien plus loin, Athéna est enfin arrivée au dernier village du Sanctuaire, celui situé le plus au sud, Rodorio. Malgré les kilomètres effectués pour traverser tout le domaine sacré, la journée a semblé relativement courte à Athéna. _ « On dit de Rodorio qu’il s’agit d’un village reconstruit sur les vestiges des remparts du sud, raconte une jeune femme qui accueille la Déesse en lui tendant un bouquet de fleurs. C’est le lieu du domaine le plus facile d’accès. Les parois rocheuses qui empêchent quiconque dénué de cosmo énergie de venir au Sanctuaire sont moins capricieuses. Beaucoup de messagers et de Saints en mission passent par ici lorsqu’ils reviennent. » Malgré son aspect frêle et fort juvénile, Saori reconnaît facilement que sa guide est bien plus âgée que les enfants qui l’accompagnent. Elle ramasse les fleurs aux pétales pourpres. _ « Quelles sont ses fleurs ? Et comment dois-je vous appeler ? _ Je me nomme Europe, Ô Athéna, s’agenouille la demoiselle aux grands yeux bleu ciel et à la légère robe blanche dont les bretelles sont nouées à hauteur des épaules. Et ce que vous tenez entre les mains sont des Clematis Niobe. » Pensive pendant qu’elle observe le bouquet, Saori se contente de répéter à voix basse : « Clematis… Niobe… » Elle s’accroupit pour se mettre à la hauteur de son hôte : « Et bien Europe, levons-nous. Et allons découvrir Rodorio ensemble. »
Dans le sillage d’Athéna et Europe, il ne reste désormais plus que les villageois de Rodorio et les Saints d’or. Les gardes, les Saints de bronze et Shaina sont partis prendre leurs postes. Pendant qu’elle présente les siens à Athéna, Aldebaran reste les yeux rivés sur Europe. Observateur, Milo vient glisser à l’oreille de son compagnon : « Jolie fille n’est-ce pas ? » Le Brésilien croise les bras comme pour nier l’évidence : « Ah… Euh… Oui… Non… De qui parles-tu ? » Cet instant de légèreté permet de dérider la caste la plus solennelle de l’armée de la Déesse de la Sagesse. Néanmoins, pendant ce temps, ils ne remarquent pas derrière eux, rentrant dans l’habitation contre laquelle est accolée une échoppe, une femme aux cheveux courts, châtain clair aux reflets roux.
La démarche timide, cette belle villageoise, vêtue d’une robe jaunâtre ceinturée à la taille par un long ruban, progresse timidement, chaussée de ses spartiates. Une fois à l’intérieur, elle se retrouve nez à nez avec un vieil homme rabougri et moustachu qui ajuste sur sa tête aux cheveux grisonnants un béret : « Et bien, tu ne vas pas voir Athéna ? Tu devrais pourtant. On dit qu’elle est capable de soigner les maux des gens. Peut-être pourra-t-elle faire quelque chose contre ton amnésie, Seika ? » La recluse décline d’une faible voix l’invitation : « Malgré tout le bien que vous m'avez dit de cette divinité, je n’ose pas me présenter à elle. J’ai trop peur de faire affront en me présentant ainsi, faible et vide, devant une telle entité. » Le vieillard, gonflé à bloc, s’engage dans le sens opposé à sa fille adoptive : « Et bien moi je compte bien pouvoir ne serait-ce que la voir. Qui sait, peut-être aurai-je la chance qu’elle soigne cette maudite arthrite ?! »
Ainsi, sans savoir qu’ils pouvaient rapprocher plus tôt Seiya de sa s½ur, les chevaliers achèvent leur journée. Alors qu’ils reprennent la route des douze maisons du zodiaque, les habitants de Rodorio viennent les saluer. Sans y prêter garde, Aldebaran, évoluant au sein de la foule pour rendre les hommages qu’on lui adresse, tombe face à Europe qui lui sourit timidement. Toute menue face à ce colosse aux joues rouges, elle ne se démonte pas. _ « Merci pour votre visite Saint d’or du Taureau. _ Oh… Euh… Appelez-moi Aldebaran. _ C’est rare d’avoir la chance de recevoir d’aussi nobles visites que les vôtres. _ Hum… Et bien… Je… Nous repasserons… Dans la mesure du possible… _ Je crois que ce que cette brute au c½ur tendre n’arrive pas à vous dire, c’est que lui aussi serait très enchanté de vous revoir, se joint Milo taquin à la conversation. » Revenu de son escapade amoureuse, Aiolia vient tirer par le bras le Scorpion, comprenant qu’il dérange son camarade du Taureau. Pendant que les deux Grecs se chamaillent un peu plus loin, comme lors de leur plus tendre jeunesse lorsqu’ils affrontaient les Titans, Aldebaran se racle la gorge : « Ce qui est certain, c’est que lorsque je repasserai, je le ferai très certainement sans Milo. » Malgré son assurance, la charmante paysanne commence à rougir en lui tendant une Clematis Niobe de sa petite main : « A bientôt dans ce cas. » Il la cueille entre ses deux épaisses mains : « Oui. A très vite. » A mesure que le cortège impérial s’éloigne, Europe reste les yeux rivés sur celui dont la joie de vivre et la gaucherie l’ont séduite. Deux de ses amies se pressent à ses côtés pour échanger d’un air mutin sur cette brève rencontre entre Europe et le gardien de la maison du Taureau.
Plus loin, derrière Athéna escortée par Mû et Shaka, Aldebaran, Aiolia et Milo traînent un peu. Le Scorpion continue de tourmenter son ami : « … et c’est ça qui est surprenant. Car si je me souviens bien, tu étais adepte des soirées organisées par Misty ! _ Pas du tout, se défend Aldebaran en espérant qu’Athéna n’entende pas ! Si j’y allais c’était pour boire un verre avec des amis et jouer aux cartes ! _ Hum… Ouais, ouais… _ Je t’assure ! Demande à Aiolia ! Ça lui arrivait de s’y rendre parfois ! Il pourra te dire ! _ Houlà ! Ne me mets pas là-dedans moi ! Je passais simplement saluer quelques connaissances. Je n’ai rien à voir avec tout ça. D’autant plus qu'étant frère d’Aiolos, ma présence n’était pas toujours la bienvenue. _ Et bien merci l’amitié ! Moi qui comptais sur toi pour m’accompagner la prochaine fois que j’allais à Rodorio ! _ Je peux venir moi si tu veux, propose Milo ?! _ Certainement pas ! Je préfère encore y aller avec Shaka ! _ Là tu peux être certain que toute approche avec Europe sera anéantie dans ce cas, s’amuse Aiolia. Et puis Milo semble avoir fort à faire avec la petite prêtresse là, c’est comment son nom déjà ?! Shoko ?! » Les rires des trois amis parviennent jusqu’au trio de tête. Malgré le manque de révérence, Saori accepte de mettre ça volontiers sur le coup de la fatigue en cette fin de journée. Ces éclats de joie la font sourire et lui permettent d’oublier quelques instants sa peine de c½ur vis-à-vis de Seiya. Mû et Shaka, nerveusement, se mettent à rire aussi, influencés par la décontraction de leurs pairs.
Dans la dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la vie continue de s’écouler paisiblement dans le domaine des cieux. Les villageois olympiens ne se soucient guère des événements sur Terre. Ces êtres, élus des dieux, continuent de les aimer, de les aduler et de les prier.
Sur le versant du Mont Olympe, entre le temple de Zeus situé au sommet, et les onze temples des autres divinités, positionnés sur la base de la montagne, le Palais des Dieux est plus inquiet. Réunis depuis des heures pour un interminable banquet, Héra, Hestia, Héphaïstos et Apollon échangent leurs opinions au cours d’un débat passionné. Héra Déesse du Mariage, profondément hostile à Athéna, félicite Apollon : « Tout fonctionne comme tu l’avais prévu Apollon. Athéna est, certes, revenue dans son Sanctuaire, mais son armée n’en est que plus décimée. _ Il ne reste plus qu’à ce qu’elle commette l’irréparable, confirme de sa voix grondante Héphaïstos. Le Seigneur Zeus est encore trop indécis sur le sort que nous devons réserver aux mortels. » Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche, Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer est la seule à ne pas être couchée dans les banquettes. Préoccupée par son désir de revanche après la blessure que lui a infligé Apodis, un vulgaire mortel au service d’Athéna, Hestia fixe les siens de ses petits yeux sombres : « Pourquoi attendre encore ? Athéna est affaiblie, il nous suffirait de passer à l’action maintenant. » Étendu plus loin que ses semblables, Apollon la ramène à la raison de sa voix froide et cruelle : « Nous prendrions le risque de donner au dieu des dieux la confirmation de notre haine viscérale envers Athéna et l’humanité. Poséidon va se réveiller. Helénê a fourni à ses hommes le moyen de manipuler la représentante d’Odin. Arès est réincarné. Helénê l’a aidé à constituer une puissante armée. L’astre solaire sous mon pouvoir a ramené près de la Terre la comète Repulse pour permettre la libération d’Eris. Tezcatlipoca obéit à mes directives. Hadès se réveillera bientôt. Helénê a pu constater que son armée était déjà réunie. Six armées, toutes plus désireuses les unes que les autres de massacrer Athéna et ses Saints. Nous avons suffisamment semé d’éléments pour pousser Athéna elle-même à la faute. Le dieu des dieux n’aura pas d’autre choix que de constater l’évidence. »
Sur Terre, à Honkios, alors que le tour du Sanctuaire d’Athéna est achevé, la citée reste en ébullition. La nuit tombe. Les villageois chantent et dansent sur la place publique, les festivités battent leur plein. Sur la place du marché, des groupes de musiciens créent des attroupements où les villageois s’échangent leurs partenaires de danse à tour de bras. Sous la lueur des flambeaux disséminés partout sur la place, les enfants virevoltent dans la foule tandis que les parents vont et viennent des tavernes avec des plateaux remplis de verres en tout genre. Au milieu des festivités, une magnifique créature se distingue parmi l’affluence. Élégante et envoûtante dans ses mouvements, la fille d’un des marchands les plus en vue, Filia, attise les convoitises. Sans cesse invitée à partager une danse, elle n’accepte d’accompagner sur la piste que cet enfant espiègle marqué au front par deux points mauves. Le Muvien, au bras paré d’un bracelet en or, s’attire la sympathie de celle qui s’est offerte à Seiya durant ses années d’apprentissage au Sanctuaire. Par sa malice et ses dons de télékinésie, Kiki réussit vite à devenir la vedette de la place. Au bras de Filia, il se fait remarquer davantage et amuse une assistance qui ne manque pourtant pas de motivation pour faire la fête.
Malgré tout, à quelques mètres de là, dans son étable, un homme, un Saint, au visage buriné, ne partage pas le bonheur des autres. Affaissé sur sa chaise, une bouteille d’alcool anisé dans la main, il fixe chaque morceau de sa Cloth de bronze éparpillée tout autour de sa Pandora Box. Le meilleur forgeron du Sanctuaire a le regard vague. Depuis qu’il a accueilli Athéna aux marches des maisons du zodiaque pour son triomphe, il s’est retiré pour plonger dans son addiction. _ « Youpi… La guerre est finie, marmonne-t-il agacé… » Il reprend une gorgée en grimaçant : « Maintenant que la moitié des Saints d’or est morte, que les soldats qui étaient des traîtres sont emprisonnés, soit la majorité de notre armée, il va falloir m’envoyer au combat. J’ai horreur du combat. J’ai peur du combat. Et pourtant cette satanée armure de l’Atelier du Sculpteur m’a choisi ! » Il essaie de se mettre sur ses jambes mais titube sur trois mètres avant de s’échouer lamentablement à terre : « Je suis Saül… Le forgeron du Sanctuaire. Pas un chevalier. Je ne veux pas mourir. »
Plus loin, alors qu’il saute dans les airs, en pleine euphorie, Kiki voit à travers la lucarne de son atelier Saül s’effondrer parterre. Discrètement, en compagnie de Filia, ils s’extirpent de la liesse. _ « Suis moi, j’ai vu un homme tomber là-bas. _ Là-bas ? Il s’agit de Saül. Ça ne m’étonne pas. _ Pourquoi dis-tu ça ? _ Il a un penchant pour la bouteille, si tu vois ce que je veux dire. C’est le meilleur forgeron du domaine. On dit même qu’il ne lui manque plus que les outils des Muviens pour être aussi bon, voire meilleur qu’eux. Cependant, c’est un poltron qui a laissé l’alcool abreuver sa peur. _ Tu ne crois pas que nous devrions l’aider ? Après tout, Saül est un Saint d’Athéna. _ C’est peine perdue. _ Pas sûr. Suis-moi, la tire Kiki par le bras. »
Au pas de courses, ils débarquent chez l’Israélien qui s’étouffe dans son vomi. Ecoeurée, Filia reste à l’écart, tandis que Kiki se précipite sur lui pour lui relever la tête afin de le sauver. _ « Je crois que je vais rester quelque temps auprès de lui pour lui apporter mon soutien. » Star de la foule, Filia croise les bras pour bouder cette soirée gâchée. _ « Ça va aller chevalier. Ça va aller, reste Kiki les yeux rivés sur le quarantenaire. _ Non, bave Saül, ça n’ira pas. Ma place n’est pas ici… Pas en ce lieu… Je devrai être là-bas, tend-il le bras désespérément vers l’horizon, avec les traîtres pour qui j’ai fait des armures pendant des années… _ De quoi parle-t-il, demande Filia en regardant d’un air louche la direction empruntée par le bras de Saül ? _ Je n’en sais rien. Toujours est-il que je ne peux pas laisser un Saint dépérir ainsi, mon maître Mû ne me le pardonnerait pas. »
Plus loin, dans la direction évoquée par le Saint de l’Atelier du Sculpteur, loin de la foule, loin du bruit, loin de la moindre festivité, l’ambiance est morne. Les murs de pierre entre lesquels ils sont enfermés font résonner les conversations d’une quinzaine d’infiltrés dans le mausolée taillé dans la roche du cimetière des Saints. Dispersés autour de cinq cercueils plus récents que ceux abrités dans cet immense tombeau, les intrus paraissent agités. La plupart sont vêtus de l’habit que portent les soldats sous leurs cuirasses. A l’exception près que contrairement aux hommes encore en faction après la bataille, ceux-ci portent sur le bras, la jambe, la nuque ou le torse, la marque de Gigas. Une tête de mort tenue par un reptile ailé à la queue pointue. Devenu l’emblème du règne de Saga, il ne fait plus bon genre aujourd’hui de l’arborer et c’est ce qui les inquiète. _ « … et que devons nous faire dans ce cas ?! Nous rendre, questionne un ancien garde ?! _ Athéna n’a pas condamné à mort nos camarades capturés ! Elle est magnanime, invoque un autre ! _ Qu’importe, déplore un troisième, avec tous les crimes que j’ai pu commettre, il lui serait impossible de me pardonner. _ Tu n’as qu’à dire que tu pensais que le Grand Pope incarnait la justice, comme moi, suggère une ancienne marchande ! _ Facile à dire pour toi qui te contentais de faire fuiter les soupçons entendus dans ton commerce ! Torturer les opposants pour mon bon plaisir, transparaît plus que tout, malgré que j'affirme le contraire, confie un ancien inquisiteur de Gigas. _ Dans ce cas tu n’as qu’à organiser une fuite pour ceux qui veulent déserter le Sanctuaire, suggère à la marchande une autre femme. _ Facile à dire, proteste la commerçante, toi qui n’es qu’une prostituée, personne ne t’en voudra d’avoir offert ta vertu pour survivre. Mais moi, si je me fais arrêter en organisant la fuite de ces hommes, tu sais ce qu’on me fera ? _ Oh ! La pute n’est pas toute blanche non plus, assure un ancien serviteur de Saint, en plus d’être la favorite de Phaéton, elle était envoyée auprès d’hommes mariés pour les faire chanter. Et ça, c’était sa manière douce d’agir. Sinon elle profitait de ses charmes pour isoler et faire assassiner par vous autres les cas trop difficiles à gérer par la menace, dit-il en pointant du doigt les combattants ici présents. » Aussitôt, chacun cherchant désormais à justifier ses actes, un brouhaha s’en suit dans ce lieu de recueillement. Seule à ne pas porter le symbole sur son corps, se distinguant de ses compères aux allures ternes grâce à sa robe immaculée, Katya est en retrait. _ « Vous me dégoûtez, les interrompt elle. » Tous cessent alors leurs querelles. _ « Qu’est-ce qu’elle a dit la pucelle là, s’en prend violemment un des hommes ? _ J’ai dit que vous me dégoûtez. Vous étiez tous là à vous targuer hier encore de vos positions dans la hiérarchie du Sanctuaire, ou à tirer les bénéfices de vos actions en suivant le Grand Pope. Et aujourd’hui, la queue entre les jambes, vous vous querellez en espérant faire croire que vous êtes plus propres que vos semblables, parce que vous craignez maintenant pour vos vies, déplore Katya ! _ Tu crois être en mesure de nous donner des leçons peut-être avec tes grands airs, s’énerve la fille de joie ?! Tu penses que c’est parce que tu portes la robe blanche des prêtresses d’Athéna, qu’on ignore que si toi t’es encore en vie contrairement à tous les gens de ta caste c’est parce que t’as dû faire bien plus que semblant de t’occuper d’une Athéna qui n’était même pas là ! _ Je ne cherche pas à laver mes péchés moi. Je reconnais volontiers mes crimes. Et rien de ce que je fais ne pourra les expier, ni m’offrir d’issue à cette situation. Pas plus qu’à vous d’ailleurs. _ Alors pourquoi nous avoir réuni ici dans ce cas, soupçonne un ancien mercenaire ? _ Je l’ai fait pour laver de votre couardise la mémoire de Saga, avoue-t-elle en caressant le cercueil de celui-ci. _ Pardon, demande l’ancien serviteur ?! » Aussitôt, sa poitrine est transpercée par la main tendue de Katya. Instantanément, avant même que la prostituée n’ait le temps de porter ses mains devant sa bouche horrifiée, Katya bondit pour bloquer la sortie et barrer la route d’un des soldats les plus alertes. Tandis qu’il est rejoint par ses compères, ceux n’étant pas en mesure d’opposer une résistance s’enfuient à l’opposée de la pièce qui n’offre cependant aucune issue. _ « Votre veulerie ne m’étonne guère ! Pour mener à bien ses basses besognes Saga avait besoin de gens lâches et faibles comme vous ! Pas étonnant que vous soyez démunis maintenant qu’il n’est plus là ! Jewelic Tears ! » Des cristaux de glaces terrassent ses opposants, sans qu’elle s’aperçoive que le mercenaire plus robuste et rapide que les autres, passe derrière. Les deux mains jointes, il la cogne derrière le crâne, la propulsant au milieu des corps de ses adversaires retombés sur les tombes des Saints d’autrefois. Étourdie, la robe relevée jusqu’au haut des cuisses, Katya sent le guerrier la tirer vers lui par une cheville. _ « Je suis d’accord avec toi, lui concède-t-il, les autres ne sont que des lâches. Personnellement j’aurai plutôt tenté un coup d’état. Mais maintenant qu’il ne reste plus que nous deux, j’ai d’autres projets. La putain et les faibles partis se planquer dans le fond n’ont pas ton cran et certainement pas ta saveur, ricane-t-il en baissant son pantalon. Tu sais, j’étais un fervent défenseur du Pope et passer derrière lui ne me dérange nullement… D’ailleurs... J’ai une question qui me taraude… Ne sachant à quoi ressemblait vraiment ce Saga… Tu la trouvais bonne sa queue, lui dit-il en lui écartant de force les cuisses ? ».
A l’extérieur, achevant son pèlerinage aux allures de triomphe, Athéna entame la remontée des douze maisons. Pendant que des enfants accourent aux pieds des marches pour lui faire de grands signes d’au revoir, elle se retourne pour faire un geste tendre de la main. Soudain, un pincement lui serre la poitrine. Son attention se porte aussitôt en direction du cimetière des Saints qui jouxte le chemin vers la maison du Bélier. Alors Saori prend congé de ses Saints d’or, prétextant vouloir achever cette journée en se recueillant seule sur les sépultures des chevaliers tombés au combat.
A proximité, à l’intérieur du grand caveau, Katya réagit péniblement aux gestes dominateurs de son agresseur. Lorsqu’elle sent celui-ci lui arracher avec animosité son sous-vêtement, elle cesse de feindre sa léthargie. Elle redresse son buste au moment où le mercenaire s’y attend le moins et saisit fermement dans sa main droite ses parties génitales. La mine stupéfaite du prédateur amuse aussitôt la Saintia réprobatrice. Elle matérialise le froid libéré par sa cosmo énergie. Il a à peine le temps de secouer la tête pour implorer pardon, qu’elle lui gèle l’entrejambe. Elle finit par le lui faire voler en cristaux de glace. Le cristal s’éparpille dans la pièce, suivi de gerbes de sang. De marbre, elle se redresse, faisant retomber le long de ses jambes sa robe et prend la direction des fuyards. Lui, tombe à genoux, face contre terre, les mains entre les jambes, espérant ralentir l’hémorragie. Guidée par sa fidélité envers Saga, elle ne remarque pas derrière elle la lourde porte de pierre ouverte par Saori en personne. La Déesse de la Sagesse resserre immédiatement ses bras contre elle, saisie par le froid de Katya qui règne dans l’atmosphère. Elle remarque ensuite les corps sans vie des porteurs de l’emblème de Gigas, puis sent sa robe s’alourdir à mesure qu’elle progresse. Frottant le sol, sa tenue éponge le sang du mercenaire qui inonde très vite les pavés. Au détour d’un cercueil, elle distingue le cadavre qui n’a pas tenu longtemps l’agonie. En découvrant ceci, son c½ur se serre à nouveau. L’étau se resserre dès que des appels au secours venant du fond du mausolée lui viennent. Elle décroche alors une torche et suit le chemin de cris qui s’estompent. Moins nombreux. Moins forts. Si bien qu’au terme de sa progression, ne demeure plus que le râle d’un visage défiguré étendu sur un monceau de corps brisé desquels s’écoulent des litres de sang. La tenue empourprée, Saori tend la torche pour bien se rendre compte que derrière les corps se dresse le mur du fond. Le raclement de gorge juste dans son dos la persuade enfin qu’elle est ici bloquée avec l’assassine. _ « Je comprends mieux maintenant pourquoi je ressentais du tourment en te voyant Katya. _ Vous n’auriez jamais dû venir ici seule Athéna. _ Qu’ai-je à craindre, demande Saori qui sent le souffle haletant de Katya dans sa nuque tant elle est proche d’elle ? _ Plus rien d’eux, répond sèchement Katya le visage maquillé de plasma. Mais en ce qui me concerne… » Katya balaie le doute en elle en tendant ses doigts pour rendre ses mains dégoulinantes plus tranchantes le long de son corps… _ « Avant que tu n’agisses, je me demandais, as-tu éliminé les derniers adorateurs de Saga en liberté pour garder ton secret intact ? Ou bien était-ce un moyen d’obtenir la rédemption ? _ Des adorateurs ?! Ils n’avaient rien de tels ! C’était juste des opportunistes qui choisirent de se ranger derrière lui pour leurs profits personnels ! Le pouvoir ! La sécurité ! La richesse ! L’ivresse des plaisirs ! _ C’est maintenant évident. Toi tu as agi par amour. _ Puisque tu lis si bien dans les c½urs, pourquoi m’avoir posé la question alors ? _ Parce que je voulais te l’entendre dire. Tout comme je vais te dire une vérité que tu souhaites entendre, que personne ne dira, mais que je ressens sincèrement. Saga était bon Katya. J’en suis autant convaincue que toi. _ Comment peux-tu dire cela ? Dit Katya, alors qu'elle passe devant la déesse ?! Tu as lutté contre sa cause ! Tu l’as tué ! _ Je ne l’ai pas tué. J’ai lutté contre celui que Saga a lui-même tué. Tu as ressenti aussi qu’il était tiraillé entre le bien et le mal. C’est le bien qui a pris dessus sur le mal, se servant de mon sceptre pour le terrasser. Et si tu l’as vraiment connu, si tu l’as vraiment aimé, tu sais que je ne mens pas, assure-t-elle en voyant les yeux de Katya s’embuer sous ses cheveux emmêlés collés et peints de rouge. Les années aidant, son côté maléfique a adopté des manières expéditives, convaincant son bon côté que même en possession de mes pleins pouvoirs je ne serai pas prête à tout pour défendre le monde comme lui en serait capable. Il t’a alors montré qu’il pouvait gouverner par la force et la terreur, dit-elle impitoyablement alors que Katya recule. Et tu l’as accepté. Tu l’as accepté malgré que tu ne partages pas cette vision du monde. Il n’y a qu’à voir comment tu viens de traiter des gens qui incarnaient des valeurs contraires aux tiennes alors qu’elles servaient le côté maléfique de Saga. _ Certains fomentaient un coup d’état ! D’autres envisageaient de dénoncer les autres pour espérer acheter leur liberté ! Ou encore préparaient leur désertion en espérant n’être jamais punis des crimes qu’ils ont commis ! _ Tu ne les as donc pas éliminés juste par respect pour la mémoire de Saga. Cela prouve que tu n’es pas comme eux. Que tu n’es pas comme le mal qui rongeait chaque jour Saga. _ Alors, c’est tout ? Tout se termine ainsi ? _ Qu’attends-tu ? Que je t’emprisonne ?! Que je te fasse exécuter ?! Katya, j’ai besoin d’une garde rapprochée. La plus efficace sera celle qui a connue et surmontée mille tourments. _ Une Saintia se doit d’être chaste et vertueuse, balbutie-t-elle défigurée par le déshonneur, je suis loin de l’être. _ Au contraire. Tu as donné ton corps et ton âme par pure dévotion envers le Saga qui t’a sauvé. C’est le Saga qui t’a montré que le monde pouvait être gouverné par la justice et l’amour dont tu t’es éprise. Et par conviction, tu as accepté sa part d’ombre. Tu étais prête à tout pour lui, car il était prêt à tout pour sa cause. Car oui, il était bien prêt à tout, c’est bien le Saga en qui tu as vu une grande âme qui est venu à bout du mal… » Saori s’agenouille pour être à à hauteur de la Saintia recroquevillée de honte. _ « … C’est d’une Saintia comme toi, formée par Saga, pour le meilleur et pour le pire, dont j’ai besoin pour aider Marin à former ma garde. C’est d’une Saintia comme toi, proche des décisions stratégiques prises jusqu’à présent, dont j’ai besoin pour devenir une meilleure déesse. » Katya tremble. _ « Je... Je ne sais que dire après de si profondes vérités… Je… Je suis sincèrement… Je m’ex… » Athéna la relève de cette flaque écarlate, en même temps qu’elle la prend par les épaules. _ « Non Katya, c’est moi qui dois te demander pardon. Pardon de ne pas avoir été là quand tu as dû endurer tout cela seule. _ Je n’étais pas seule, sourit tristement Katya, Saga m’épaulait malgré sa distance. _ Alors aide-moi à faire en sorte que Saga des Gémeaux ne soit pas mort en vain. » Reconnaissant dans son regard une foi sans faille, loin des ambiguïtés qui perturbaient Saga, Katya essuie de sa main ensanglantée les larmes qui forment des stries sur son visage vermillonné. Elle s’agenouille solennellement : « Dans ce cas, Ô Athéna, acceptez mes v½ux de fidélité envers votre cause, à vous, et Saga des Gémeaux, en m’accueillant auprès de vous comme Saintia de la Couronne Boréale ! »
Pour Athéna et Katya, la nuit s’achève loin des festivités d’Honkios. Épuisée par son parcours, Saori se laisse dévêtir par Katya qui, dans son rôle de Saintia, la conduit dans les thermes du palais papal pour sa toilette. Toutes les deux couvertes du sang des victimes de Katya, Saori imite les mouvements de sa servante pour lui défaire à elle aussi sa robe empourprée. Lui prenant chaque main avec les siennes, elle la guide dans l’immense bain où elles s’agenouillent nues toutes les deux. Sans dire un mot, cueillant chacune leur tour de l’eau dans les paumes de leurs mains, elles inondent le sommet du crâne de l’autre pour faire luire leurs corps humidifiés grâce au vacillement des torches qui font le tour de la pièce. Entièrement mouillée, Katya se relève alors pour récupérer quelques linges au bord du bassin. Saori admire alors la plastique de sa prêtresse tout en constatant au détour de quelques caresses sur sa propre poitrine qu’elle fait autant femme qu’elle. A son retour, Katya se remet à la hauteur de Saori et laisse s’imprégner les serviettes d’eau pour ensuite lui caresser chaque partie du corps. Prenant le temps de passer délicatement sur chaque courbe, prenant soin de marquer encore plus d’égard à l’approche de son intimité, Katya assure sa fonction avec application comme cela lui a été enseigné. Alors que sa tâche est achevée et qu’elle tire sa déesse par la main pour la sortir, Katya est retenue par Saori. Elle se ravise alors et remarque Athéna essorer une autre serviette pour imiter sa Saintia. S’attardant là où le sang ennemi a séché et ne s’est pas encore détaché de son corps, Athéna, par ce geste, lave Katya de ses péchés. Devinant le sens profond de ce geste, Katya ferme les yeux et se laisse guider. Soulagée par ce baptême, elle se sent purifiée, alors qu'Athéna saisit enfin sa tête pour la coller contre sa ferme poitrine et la serrer fort contre elle, lui signifiant qu’enfin tout est bel et bien terminé…
Le lendemain matin, tandis que les hautes portes de la salle d’audience du Grand Pope sont grandes ouvertes, sous la surveillance de Mû qui monte la garde, Saori gravite de colonnes en colonnes. Observée par Katya qui lui a déposé son petit déjeuner, Athéna analyse chaque pilier en glissant ses doigts sur la roche creusée, fissurée, déplorant encore l’étendue des dégâts causés par le combat de Saga contre Seiya et Ikki. Chaque fois qu’elle replie sa main droite dans la paume de sa main gauche, elle peine à reprendre son souffle, devinant les souffrances endurées par ses chevaliers. Elle détourne même le regard, lorsque sa curiosité croise des éclaboussures de sang séché sur les dalles pavées. _ « Non, songe-t-elle… Je ne dois pas me dérober. Ceci fait partie de mes responsabilités en temps qu’Athéna. »
Mû, d’un signe de la tête, fait alors comprendre à Katya qu’il est temps pour elle de prendre congé. A la sortie des hautes portes, elle croise un inconnu aux longs cheveux blanc grisonnant. Obéissante, elle hoche simplement la tête à son endroit. L’homme à l’épais collier de barbe marqué par quelques rides lui renvoie le même geste d’un air solennel. Il passe devant Mû qui lui sourit amicalement et s’adresse immédiatement la déesse : « Mise sur le fait accompli d’un tel spectacle, je n’ose imaginer le tourment en votre c½ur. » Saori guette alors instinctivement l’entrée pour découvrir l’intrus. Une longue étole beige descend par-dessus son kimono bleu nuit usé. _ « Le Grand Pope Shion qui a très bien connu votre précédente incarnation me répétait souvent comme il était insoutenable pour vous de voir vos Saints s’engager au combat. Il me vantait également souvent votre beauté et la noblesse qui s’en dégageait, mais j’étais bien loin de me douter que votre prestance me toucherait autant. » Mû présente l’homme qui pose un genou à terre. _ « Voici Ionia, ancien Saint d’or du Capricorne. Il a combattu sous les ordres de mon maître Shion les années précédant votre réincarnation. _ Tu fais donc parti de ces Saints partis à la retraite afin de libérer leurs Cloths aux générations suivantes et enseigner ton savoir, complète Athéna. _ Absolument. Après la dernière mission confiée par le Grand Pope Shion, j’ai obtenu son accord pour intégrer un camp d’entraînement d’apprentis Saints par-delà les frontières de la Grèce. Un jour, il m’informa par courrier qu’un jeune prétendant à la Cloth du Capricorne allait venir me confronter. Dès son arrivée, j’ai senti en lui la fougue de la jeunesse mais également une maîtrise martiale que je n’avais plus… » Le c½ur de la déesse se serre, attristé en devinant qu’il s’agit du défunt Shura. _ « La Cloth du Capricorne entrait en résonance avec le cosmos qui émanait de lui. Sans un mot, sans la moindre confrontation, la Cloth jaillit de sa Pandora Box et revêtit son nouveau propriétaire, tout en restant en harmonie avec ma cosmo énergie. D’elle-même, bienveillante, elle assura ce passage de témoin. D’un regard fixe et solennel, Shura hocha la tête avant de s’en retourner au Sanctuaire. Seulement, peu de temps après, je sentis un malaise en mon être. La cosmo énergie de mon souverain n’émanait plus. Et quelques jours plus tard, sur ordre du soit disant Grand Pope, Shura revint m’affronter. Nous étions condamnés à mort pour complicité avec Aiolos dont j’apprenais la tentative de meurtre à votre encontre. Il élimina l’ensemble de mes disciples. Sans Cloth et en difficulté contre la force de Shura, je perdis le combat et fut laissé pour mort. C’est à l’arrivée d’un jeune garçon, que je dois la vie sauve… » Il relève la tête en direction de Mû qui lui reste stoïque. Mû reprend. _ « Après la disparition du cosmos de mon maître, des assassins dépêchés par Saga sont venus à Jamir. Saga souhaitait certainement éliminer toute trace des personnes proches de Shion. Grâce à la Cloth de mon maître, venue à mon secours, j’ai su faire face et j’ai alors compris qu’il n’était plus parmi nous. Et qu’en aucun cas mon maître Shion, m’aurait accusé de trahison. J’ai réalisé aussitôt que des alliés comme Dohko ou Ionia, que m’avait présenté mon maître, seraient en danger. _ Arrivé à temps et discrètement, grâce à son Crystal Wall, il put amortir le dernier coup fatal de l’Excalibur de Shura. Je retombai au sol, inconscient et, semble-t-il, mort. Mû resta alors à mon chevet une fois la mission de Shura accomplie. Comme d’autres, nous étions dispersés et esseulés. Incapables de savoir si la tentative d’Aiolos était fondée. Mais suffisamment intimes de Shion, pour savoir que les actes récents du Sanctuaire n’étaient pas de son fait. Traqués et éliminés, nous étions incapables de réagir alors que nous pensions Athéna entre les griffes de l’imposteur. Jusqu’à hier où Mû vint me rendre visite, pour m’apprendre que Saori Kido, entourée de Saint de bronze, a défié le Sanctuaire de Saga des Gémeaux en prouvant être cette Athéna qu’Aiolos réussit à sauver à défaut d’avoir attenté à sa vie. » D’un geste de la main, elle invite Ionia à se relever. _ « Et j’en remercie Mû. Après avoir repris mon Sanctuaire, Mû m’a été d’une aide précieuse pour recenser les alliés hélas peu nombreux qu’il nous restait. _ J’imagine que si vous avez fait appel au vieux chevalier que je suis, c’est que vous avez une mission à me confier. » Elle leur tourne le dos pour sortir de sous le trône papal un coffret. _ « A l’intérieur de cette boite se trouve l’arme avec laquelle Saga des Gémeaux a essayé de m’ôter la vie il y a treize ans. _ Je sens une aura malsaine qui tente de s’échapper de cette boite, dit Ionia. _ Tout comme la flèche qui m’a blessé il y a deux jours, une arme normale, même animée du cosmos d’un humain hostile, n’aurait pu percer ma cosmo énergie qui émanait naturellement du nourrisson que j’étais. _ Il fallait l’aide d’une entité supérieure pour cela, complète Mû. Et le cosmos qui émane de cette boite, je l’ai ressenti il y a sept ans, lorsque nous étions confrontés à Cronos. _ Le dieu Cronos serait alors à l’origine de votre tentative de meurtre, en déduit Ionia ? _ Je pense que Saga n’a été influencé par personne d’autre que sa propre part d’ombre, rectifie-t-elle. Néanmoins, il a dû bénéficier de complicité. _ Plusieurs complicités, ajoute Mû. _ Plusieurs, s’inquiète Ionia ?! _ Le cosmos qui a frappé par une flèche Athéna aux marches des douze maisons n’était pas le même que celui de Cronos. Il s’agissait d’une force plus ancienne. Plus obscure encore. Plus profonde. Comme les abysses de la mer nourricière de toute vie. _ En quoi puis-je vous aider, demande Ionia ? » Saori leur tourne le dos et passe derrière les tentures qui cachent les appartements du Pope et d’Athéna. D’un hochement de tête pour lui donner la bénédiction, Mû enjoint Ionia à la suivre et lui emboîte le pas. Ensemble, au bout d’un couloir à peine éclairé par la lueur des torches murales, ils arrivent dans une pièce au centre de laquelle une table est couverte de reliures. Elle pose alors la main sur une pile de manuscrits. _ « Malgré ses intentions indélicates, Saga prenait son rôle de Grand Pope très à c½ur. Comme ses prédécesseurs, il consignait toutes ses journées, ses théories, ses hypothèses. Marin de l’Aigle, sur le Mont Étoilé, a ainsi retrouvé ses mémoires ici présentes. _ Lors de la Guerre Sainte contre Cronos, et depuis, Saga a renforcé nos positions en Egypte, reprend Mû. _ L’Égypte, murmure Ionia… Nous y avons également longuement combattu les Saints de ma génération et moi-même, se souvient-il… Aiolos, jeune Saint promu à l’époque, y a également livré bataille sur demande de Shion. _ Pourtant, depuis le passage d’Aiolos justement, Saga est explicite. Les Egyptiens n’ont plus défié le Sanctuaire. Les dieux égyptiens se sont retirés il y a bien des siècles pour un repos éternel face à la suprématie de l’Olympe. C’est la présence accrue des Athéniens et les profanations des temples de leurs dieux qui ont créé plusieurs mouvements de révoltes dans les sanctuaires de leurs représentants. Il paraît évident que Saga cherchait autre chose. Saga voulait dominer la terre, les Enfers et les cieux. Il y a là-bas quelque chose qui pouvait lui permettre d’y parvenir ou à l’inverse le menacer. Nous menacer. » Mû reprend la parole. _ « Parmi les quelques pages que nous avons feuilletées, il s’avère que le responsable des investigations est un Saint de bronze. Retsu du Lynx. Mirai, nouveau Saint de bronze du Petit Chien, a été envoyé avec une nouvelle troupe de soldat il y a peu pour approfondir les recherches. Ils ont reçu les renforts de Georg Saint d’argent de la Croix du Sud et de Juan Saint d’argent de l’Ecu. Ils sont aidés par une égyptologue contemporaine que nous avons intégrée au Sanctuaire, Miko Hasegawa. Nous avons déjà fait envoyer un messager pour annoncer le triomphe d’Athéna et surtout cesser tout agissement hostile envers les armées égyptiennes. » Athéna continue. _ « Néanmoins, il est impératif qu’ils maintiennent leurs positions en attendant l’arrivée d’un nouveau renfort en ta personne Ionia. Après être revenus me prêter allégeance, ils sont aussitôt repartis pour l’Égypte. Tes connaissances, ta longue expérience auprès de Shion, font de toi un atout inestimable pour notre armée. Ionia, je te demande de renouveler ton serment envers moi. Ta première mission consistera à étudier l’entièreté des mémoires de Saga, afin de découvrir concrètement l’objet de ses recherches. Tu iras ensuite rejoindre nos hommes en Égypte et décidera, selon tes conclusions, de poursuivre ou non ces recherches. Tes connaissances permettront certainement de voir plus claires dans les informations récupérées par Saga. » Ionia s'agenouille. _ « Déesse Athéna, c’est avec une immense fierté que j’accepte cette mission et renouvelle mon serment de fidélité envers vous. »
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« on: 16 January 2021 à 16h19 »
NEWS
Cette version du chapitre 13 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 16 January 2021 à 16h19 »
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Cette version du chapitre 12 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 2 January 2021 à 13h23 »
Chapitre 68
De retour dans le palais du Grand Pope, Athéna et ses Saints constatent que malgré la bonne volonté des gardes, tout est encore en chantier. L’odeur de la poussière et du sang hante encore les lieux. Tout n’est plus que ruines. Les dalles au sol, sont complètement retournées, voire brisées. Les voilures arrachées, les murs fissurés et les colonnes effondrées. Les plafonds ébréchés et branlants. Pourtant, au milieu de ce désordre, Athéna progresse sans hésiter. Guidée par la lumière des Cloths d’or des Saints défunts qui illuminent la pièce, elle se recueille devant elles. Tandis qu’elle verse ses larmes sur chaque armure auprès desquelles elle prend le temps d’adresser ses pensées, de gauche à droite Milo, Aiolia, Shaka, Aldebaran et Mû posent le genou à terre. Derrière eux, Shaina les imite. Une fois ses prières achevées, Athéna progresse sur l’estrade où trône au milieu du chambard le siège intact du Grand Pope. Avec classe, elle pose sa main sur le dossier et affiche, après la peine, une grande assurance. _ « Shaina, comme nous l’avons fait pour les maisons du zodiaque qui ont le plus souffert, nous confierons aux meilleurs artisans du domaine de réaménager ces locaux. Et nos ouvriers pourront compter sur des soldats pour faciliter la maniabilité des différents poids à transporter et à surélever pour faciliter les travaux. Nos hommes ne devraient pas s’opposer à ces directives n’est-ce pas ? _ En effet Athéna. Après avoir été dupés, ils cherchent à présent à se racheter auprès de vous. Comme nous tous d’ailleurs, moi compris. _ Je reconnais bien ta ferveur Shaina. Aussi, si la revue des effectifs entamée avec Mû est juste, je crois savoir qu’il n’existe plus de général des armées. _ C’est exact, confirme Mû. Phaéton a succombé à ses blessures lors du climax de la bataille d’hier. _ J’ai pu constater que pour le respect qu’elle impose à ses pairs, Shaina serait toute attitrée pour remplir cette fonction, suggère Athéna. » Derrière leur déesse, les Saints d’or félicitent entre eux d’un hochement de tête cette décision. Sous le masque de l’Italienne, des larmes signifient toute la joie que procure une telle intronisation. Quittant la proximité prise avec le trône du Pope, Athéna avance d’un pas en direction de ses sujets : « Toujours dans le but de réorganiser au plus vite et au mieux mon armée, j’ai besoin de nommer un nouveau Grand Pope. Depuis toujours, j’ai privilégié l’expérience, la pureté de l’âme et la toute puissance d’un Saint d’or pour occuper ce rôle majeur. En l’occurrence, Dohko Saint d’or de la Balance est le plus à même de remplir cette tâche, surprend-elle. » Aiolia, serre fermement son diadème sous son bras : « Athéna avec tout le respect que je vous dois, nommer le Vieux Maître alors qu’il ne quitte jamais les Cinq… » La voix rocailleuse du Chinois s’invite à la fête : « Jeune camarade. Même si l’âge et l’expérience de la Guerre Sainte contre Cronos t’ont rendu plus mature, tu as gardé ton tempérament de feu. » Eternel moqueur, son compatriote Milo ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’½il amical à Aiolia. Le Saint du Taureau, lui, ne peut s’empêcher de rire à haute voix ce qui provoque l’agacement de Shaka. _ « S’il vous plait. Je pense qu’il est important d’écouter ce que le Vieux Maître a à nous dire par télépathie. _ Merci Shaka. Je tenais simplement à confirmer que je ne peux quitter les Cinq Pics pour le moment et que vous en comprendrez la raison le jour où je reviendrai parmi vous. Cependant, mon rôle en Chine ne m’empêche pas de suivre ce qui se passe au Sanctuaire. Je vous sais également tous suffisamment responsables pour ne pas avoir également à être sous ma tutelle constante. De plus, Mû sera mes yeux et ma voix lorsqu’il le faudra. » En ch½ur, Athéna et Mû remercient Dohko pendant qu’Aiolia serre les dents et que Milo, d’un mouvement de tête, lui signifie qu’il partage son incompréhension. _ « Avant de nous réunir pour entamer la traversée du domaine, poursuit Athéna toujours plus pressée face à la journée débordante qui l’attend, il reste quelques points à élucider. Tout d’abord, il faut s’occuper des sépultures des Saints morts hier. Quel qu’ils soient, il est indispensable de leur offrir une tombe digne de ce nom. Les corps des Saints d’argent et de nos autres adversaires morts au Japon, eux, ont été gardés par la Fondation Graad dont je suis héritière. Je chargerai Tatsumi de les faire rapatrier ici, au cimetière des Saints. Maintenant, je souhaite que les partisans emprisonnés de Saga et de Gigas ne soient pas mis à mort et qu’ils soient au contraire bien traités. _ Athéna, s’insurge encore une fois le Lion, je me permets de protester. On parle là de tueurs, de criminels qui ont profités de la tyrannie imposée par Saga pour agir à des fins personnelles. » Attentif, Shaka attend résolument la réponse d’Athéna. _ « Et qui serons nous si nous leur prenons la vie, demande-t-elle ? Ne serons-nous pas des tueurs qui agissent à des fins personnelles pour assouvir leur vengeance ? Ne serons-nous pas à notre tour des criminels ? Je veux éviter la mort d’autrui. La vie est un don précieux que chaque chevalier doit préserver du mieux qu’il peut. » L’homme aux yeux clos, passablement tourmenté depuis son combat contre Ikki, affiche une poignante satisfaction à l’écoute de ces mots.
De plus en plus déconcentrée par un bourdonnement assourdissant, la réunion perçoit désormais quelques clameurs. _ « La foule attend devant les marches des maisons du zodiaque, dit Milo. Honkios et tout le reste du Sanctuaire s’impatiente de votre visite Athéna. On les entend d’ici. _ Dans ce cas, ne les faisons pas attendre davantage. Après notre visite auprès des Athéniens, je voudrais que des messagers portent la nouvelle de mon retour au Sanctuaire, auprès des différents domaines annexés. Y compris ceux conquis par Saga, l’Egypte et l’Inde, ainsi que les royaumes amis comme ceux du grand nord et Yíaros. _ Je confirai cet ordre à nos meilleurs hommes, acquiesce Shaina en prenant congés. _ Parfait. Avant de vous laisser m’emboîter le pas en direction du peuple, dit-elle en descendant jusqu’à ses Saints d’or, j’aimerai te remettre quelque chose Aiolia… » Pendant que tous patientent les yeux fermés, sages et appliqués, Aiolia plonge les siens dans ceux de sa déesse qui s’est abaissée face à lui. Habituellement fougueux, il est pris par la tendresse que lui témoigne sa douce bienfaitrice. Sa mine est apaisée puis curieuse, à mesure qu’elle tend la paume de ses deux mains jusqu’à lui pour lui présenter un pendentif. _ « Ce présent appartenait à ton frère. Pour calmer les larmes du nourrisson que j’étais la nuit où il m’a sauvé, il me l’a offert. Je crois bon qu’il te revienne après toutes ces années. » La gorge nouée, Aiolia reçoit le bijou sans savoir quoi répondre. Le félin, transformé en agneau, voit sa vue embuée par les larmes. L’ensemble de l’assistance est attendri par ce moment qu’Athéna choisit pour clore cette première réunion. _ « Je vous rejoins en compagnie de Mû dans quelques minutes. »
A mesure que les cliquetis des Cloths des Saints d’or s’éloignent, Mû se relève pour se positionner entre Saori et une intruse dissimulée derrière une colonne. _ « Il ne reste plus que Mû. Tu peux sortir Marin, annonce Athéna. _ Merci Athéna de me donner audience. » Le corps encore marqué par les heurts subis la veille, Marin attend qu’Athéna poursuive. _ « C’est tout naturel. Après tout, tu as participé à notre victoire. Tu es des nôtres. _ À vrai dire, c’est de cela dont j’aimerai m’entretenir avec vous. Mais avant toute chose, j’aimerai que Mû garde pour lui ce qu’il entendra ici. _ Tu as sa parole, comme la mienne. _ Je suis à la recherche de votre Chouette, Athéna. » Rien qu’une telle annonce glace le sang de Mû, tandis qu’elle renforce l’attention de la Déesse de la Sagesse. _ « Comme vos souvenirs vous l’indiquent à mesure qu’ils vous reviennent, vous devez vous rappeler qu’à chaque réincarnation, la Chouette vous suit en compagnie de Pégase. Elle et Pégase sont liés. Cependant, Pégase est arrivé seul au Sanctuaire, affublé de son Jonc. J’ai pu découvrir que le second Jonc, celui de la Chouette, était détenu par l’Olympe. Ce qui signifie qu’il a été dérobé à la Chouette. _ Celle-ci serait donc hypothétiquement morte, s’interroge Athéna ? _ Comment as-tu pu découvrir ceci, relève Mû avec son calme légendaire ? Quels sont ces Joncs exactement ? » Le Bélier parait pour la première fois bien crédule, tandis qu’Athéna se montre tourmentée. Marin profite alors qu’Athéna soit cloîtrée dans le silence pour éclaircir la situation au Muvien. _ « Depuis la nuit des temps, pour assurer la victoire à Athéna, la Chouette et Pégase l’accompagnent. Lorsque ceux-ci se réincarnent, pour garder un ½il sur les événements de la Terre, qu’il a confié à sa fille, Zeus fait réincarner son Aigle et son Trait de Foudre. Nous pouvons dire que la Chouette avec l’Aigle et Pégase avec le Trait de Foudre sont jumeaux astraux. Pour rester liés l’un à l’autre, la Chouette et Pégase ont chacun un artefact similaire. Un bracelet qui maintient une plaque où figurent entremêlés les symboles de Pégase et de la Chouette. Cela permet à la Chouette de retrouver Pégase et le réunir auprès d’Athéna. De leur côté, pour rester liés l’un à l’autre, l’Aigle et le Trait de Foudre ont chacun une clochette. Cela leur permet de voyager librement entre l’Olympe et la Terre. Leur rôle est de veiller à ce qu’aucun Olympien n’interfère dans les batailles que se livrent perpétuellement Athéna, Poséidon et Hadès sans l’autorisation de Zeus. Et qu’Athéna, devenue trop proche des hommes, ne commettent pas d’actes irréparables ni d’affront envers l’Olympe. Zeus veut garantir le juste équilibre des choses. Je suis la réincarnation de l’Aigle de Zeus. Cependant, des membres de l’Olympe ont comploté contre mon frère, le Trait de Foudre, et moi. Ils m’ont dérobé ma clochette durant mon enfance et m’ont ainsi condamné à vivre comme une humaine et à passer pour une traîtresse aux yeux de Zeus en ne me présentant jamais à lui. Lors de l’attaque, mon frère et moi avons été séparés. J’imagine qu’ils ont agi ainsi avec la Chouette et Pégase. Pégase, lui, a eu la chance de ne pas être immédiatement retrouvé et a échappé à ce complot. Heureusement, au moment de son vol, j’ai été frappé par le pouvoir de ma clochette, le Pendentif de Zeus, et ai pris conscience de ma mission. J’ai donc choisi de me rapprocher d’Athéna pour révéler la conspiration qui la vise, elle, ainsi que mon maître Zeus. C’est ainsi qu’en tant qu’Olympienne, j’ai pu surmonter les obstacles et atteindre le Sanctuaire pour y devenir très rapidement Saint. Hélas, le complot de Saga m’empêcha de révéler à Athéna le piège tendu par les dieux célestes. De plus, mon cosmos est en quasi-totalité scellé par les dieux qui m’ont dérobé mon pendentif. Heureusement, l’arrivée de ce petit garçon porteur du Jonc, Seiya, me rendit espoir. Je l’ai formé en l’absence de la Chouette et l’ai suivi jusqu’à ce qu’il vous retrouve, vous Athéna. En même temps, j’ai profité de la présence sur Terre d’Hébé, Déesse de la Jeunesse, pour trouver l’autre Jonc. Grâce à celui que j’avais subtilisé à Seiya durant son entraînement, nous avons pu chercher et localiser le second. Au cours de cette quête, j’étais accompagnée de deux Saints, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Philémon du Lièvre, et d’une Alcide, Baucis de la Biche de Cérynie. Tous trois périrent face à un Ange de l’Olympe et Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer en personne. Hébé même ne pu s’en sortir. Elle se sacrifia pour que je puisse conjurer le mal. _ De valeureux chevaliers, baisse Athéna les yeux au sol aussitôt après l’annonce de nouvelles pertes… Et une grande divinité… Alors que les Guerres Saintes ne font que commencer… _ En effet Athéna. En plus des Guerres Saintes que vous mènerez très certainement contre Hadès, voire Poséidon, une bien plus importante vous attend. » La splendide déité se relève pour dominer ses deux sujets prostrés. Elle fixe Mû avec détermination : « Il est impératif Mû que tu gardes pour toi tout ce que tu as pu entendre. Quelles que soient les circonstances, jamais tu ne dois évoquer cela. _ Absolument Majesté. Si j’ai bien compris, ses amis et surtout Pégase sont indispensables à votre succès. _ En effet, Pégase a toujours accompagné Athéna dans la victoire, ajoute Marin. Il en sera sûrement ainsi à notre époque charnière. _ Cependant, il n’est pas prêt. C’est un miracle s’il est toujours en vie aujourd’hui. Il lui faudra franchir d’autres obstacles pour monter graduellement en puissance si un jour l’Olympe est notre ennemi. » La voix fatiguée et pleine de sagesse du Vieux Maître se permet de rejoindre le trio : « Tout à fait. Pardonnez mon intrusion mais en tant que Pope, je ne voulais pas manquer. Rassurez-vous Athéna, comme Mû je garderai le secret pour ne pas tourmenter davantage nos troupes. Là encore le Saint d’or du Bélier a raison. Dans les nombreuses batailles que vous aurez à mener, Seiya et ses amis seront obligés de développer ce que la bataille des douze maisons leur a enseigné. Je présume également qu’Hadès ne tardera pas à se montrer. Alors à cette bataille, et celle-ci uniquement, puisqu’il s’agira d’une des plus éprouvantes, nous devrons prendre le soin de les ménager, car il ne restera certainement plus qu’eux, pour faire face à l’Olympe. _ Qu’il en soit ainsi. Ils m’accompagneront jusqu’à la Guerre Sainte contre Hadès. »
A quelques kilomètres de là, dans les profondeurs sous-marines de la Méditerranée, les rayons du soleil qui percent le plafond d’eau créent une chaleur humide. Elle fait dégouliner dans le creux de la poitrine d’une splendide créature des gouttes de sueur au sein du temple de Poséidon, à l’intérieur des appartements réservés aux Marinas. Blonde, aux formes généreuses, assise nue contre un homme tout aussi simplement vêtu, elle donne la main à son amie, brune, collée contre le dos de leur amant afin de lui baiser le cou. Enlacés tous les trois, s’enroulant dans les draps noyés de transpiration du général aux cheveux bleus, ils ne peuvent retenir les gémissements que procurent les frottements de leurs corps moites les uns contre les autres… Appuyée contre l’encadrement de la chambrée aux pierres blanches, une troisième femme observe les échanges passionnés sans pour autant se sentir dérangée. Couverte de sa Scale rosée, la Danoise aux yeux océan attend sagement que son supérieur achève son râle d’extase. Aussitôt satisfait, le Dragon des Mers, d’une tape légère, mais non moins autoritaire, sur les fesses de ses partenaires, les renvoie : « Merci mesdames. Vous pouvez retourner auprès des vôtres dans les villages en contrebas. » Sans se soucier d’elles, il ramasse ses vêtements avant d’appeler à lui ses écailles. Les nymphes, aux regards concupiscents et à peine gênée par leur légèreté, passent devant Thétis en prenant soin de ne pas la bousculer. Celle-ci, d’une voix sèche, démontre tout le dédain qu’elle éprouve envers une telle attitude : « Cela fait près d’une heure que vous avez convoqué les Marinas dans la salle d’audience de Poséidon. Ils vous attendent. » En s’approchant d’un air supérieur après avoir fixé son heaume qui ombre son visage, Kanon passe ses bras contre chaque flanc de l’encadrement de porte comme pour mieux dominer la magnifique Mermaid : « Ces femmes habitent les villages du sanctuaire sous-marin et manifestent leur confiance en notre armée. Tout comme d’autres le font avec certains autres Marinas. Je ne vois pas pourquoi mon comportement t’indignerait le plus ? » Etrangement attirée par cette assurance qui fait du Dragon des Mers leur meneur, Thétis baisse les yeux pour reconnaître sa supériorité : « C’est simplement que nous avons ressenti différents cosmos s’entrechoquer hier. Le retour d’Athéna en son Sanctuaire et l’absence du retour de Poséidon nous inquiètent. Nous attendons que vous nous éclairiez. » Elle recule pour le laisser s’engager dans le couloir : « Ne craigniez rien. Le Dieu des Mers et des Océans sera bientôt parmi nous. Et sans que nous ayons à lutter, la Terre sera nôtre. »
Dans le palais ravagé du Grand Pope, les explications de Marin annoncent à Saori l’ampleur de la tâche d’Athéna en cette époque. L’Olympe sera donc l’issue définitive de toutes les Guerres Saintes livrées sur Terre depuis la nuit des temps. Et pour cela, Athéna aura besoin de Pégase. Voilà pourquoi il est convenu de préserver Seiya, et à fortiori ses camarades, lors des batailles à venir, notamment celle contre Hadès, afin qu’Athéna dispose de son fidèle destrier en pleine possession de ses moyens lors du combat final.
Un court silence permet de statuer du sort de Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki. Pendant qu’il inspecte son heaume, pensif, Mû réfléchit à la situation présentée par Marin. _ « Pour en revenir à l’Olympe. J’ai cru comprendre que tu t’étais rendue à Jamir ? _ En effet, j’espérais t’y trouver pour interpréter les signes que j’ai vu, lorsque j’étais au contact du sceau qui retenait prisonnier le Jonc de la Chouette. _ Il semblerait que quelqu’un a su le faire à ma place, sourit-il. _ Impossible ! Nicol m’a bien dit que… A moins qu’il ne m’ait délibérément menti. _ Nicol de l’Autel était le disciple d’Arlès, le frère de mon maître Shion. Ces signes ont dû lui paraître évidents. Tout comme il lui paraissait évident, que tu te rendes auprès de Seiya pour participer à l’ascension d’Athéna. Cette fois, il a fait mouche. Donc j’imagine qu’il fera la même chose, à partir des indices que tu lui as laissé. _ Nicol, se remémore Saori. Il s’agit du Saint qui accompagne Mei de la Chevelure de Bérénice, Yulij du Sextant et ton épouse Médée du Graveur ? _ En effet, il s’agit des quatre Saints que je vous ai présentés lors de notre revue des effectifs. Kiki m’a dit qu’il les a vus quitter Jamir. En cet instant, je ressens leurs cosmos à l’autre bout du monde. _ Peut-être devrions-nous envoyer une équipe leur prêter main forte, propose Marin ? _ Comme l’a préconisé le Vieux Maître, je pense qu’il est plus prudent de nous focaliser sur les dangers à venir, s’y oppose fermement Mû. A moins que Marin ne veuille les rejoindre, le plus important, avant le Pendentif de Zeus, ce sont Seiya et nos amis blessés. _ Je préférerai que Marin reste auprès de Seiya pour ma part, s’inquiète Saori, comme elle l’a toujours fait jusqu’ici. Puisque nous avons une équipe déjà en investigation loin d’ici, j’aimerai que Marin poursuive les siennes près de nous. _ Comme bon vous semblera Athéna, accepte l’Aigle. _ Toutefois, j’aimerai que tu occupes le temps de sa convalescence une autre tâche Marin. _ Comme il vous plaira. _ Saga a décimé l’ordre des prêtres. Il a gardé quelques prêtresses. J’imagine, au regard du potentiel que j’ai ressenti chez elles, qu’il ne les a pas épargnées que pour son bon plaisir, mais pour éventuellement s’en faire des alliées, comme c’est le cas avec la seule Saintia nommée ce jour. _ Vous avez donc remarqué la distance prise par Katya de la Couronne Boréale, remarque Mû. _ En effet. Il est évident qu’elle partageait avec lui le secret de sa culpabilité. Les autres ayant des capacités, Saga espérait sûrement pouvoir les enrôler un jour. Mais n’en étant pas certain, il n’a pas pris de risques en limitant leur instruction martiale. En ces temps troublés, j’aurai besoin de ma garde rapprochée. Marin, je souhaite que tu formes ces prêtresses afin de pouvoir en faire des Saintias. _ Tu profiteras de cette occasion pour remettre en question les certitudes de Katya, suggère Mû, puisque Sa Majesté Athéna a jugé bon de ne pas l’emprisonner avec les autres renégats. _ Ce ne sera pas nécessaire Marin, stoppe Athéna. Je me chargerai moi-même de Katya. Charge à toi dès lors de lui permettre de libérer son plein potentiel une fois que je l’aurai libéré de ses doutes. Tu peux prendre tes quartiers au temple des prêtresses pendant la convalescence de Seiya. »
Toujours en Europe, plus au nord, en Allemagne, l’immense propriété de la famille Heinstein est le théâtre d’un regroupement phénoménal de soldats. Dominant une forêt abandonnée, vidée de toute vie, dans ce qui s’apparentait autrefois à de magnifiques jardins fleuris, les squelettes d’Hadès montent la garde et s’entraînent dans des corps à corps où les plus faibles sont massacrés sans états d’âme. Ce lieu, où les rayons du soleil ne percent plus les nuages sans cesse présents, est nourri par quelques faisceaux lumineux verdâtres qui surgissent des entrailles de la Terre et s’envolent vers le ciel. Y balancer les cadavres des Squelettes vaincus est dorénavant la seule occupation de ces guerriers qui attendent avec impatience l’avènement du dieu, pour lequel ils se sont rassemblés ici et envers qui ils ont prêté allégeance.
Pendant ce temps, à l’intérieur même du château, c’est le retour d’une autre divinité qui accapare l’attention de la maîtresse de maison. Assise sur un petit tabouret dans un hall d’où débouchent divers appartements de la demeure, l’Allemande aux cheveux prune et au visage fermé, glisse ses doigts sur les cordes de sa harpe sur laquelle elle entonne une mélodie en attendant la réunion qu’elle a convoquée. Le premier arrivé auprès de Pandore n’est autre que Rhadamanthe, suivi de Myu et de Valentine, désormais arrivé lui aussi auprès des Spectres. Le futur Juge est subjugué par la beauté de sa supérieure que la lumière inonde en passant par le dôme vitré sous lequel elle est positionnée. Ils sont rejoins par Eaque et Minos, suivis respectivement par Violate et Byaku. Les trois Juges se positionnent juste devant la s½ur aînée d’Hadès, tandis que les autres Spectres se positionnent derrière. Peu à peu, vêtus sobrement, débouchant de toutes les portes par lesquelles communique ce hall, arrivent d’autres futurs appelés à porter les Surplis. Si Dohko ou Shion étaient là, ils reconnaîtraient à coup sûr les visages de Queen, Gordon, Sylphide, Yvan, Rock, Kagaho, Gigant, Fyodor, Cheshire, Wimber et Tokusa parmi tant d’autres. L’espace d’une musique, cent sept futurs Spectres, ayant pris conscience de leur réelle attribution, ont rallié Pandore. Bon dernier, d’une démarche désinvolte, en smoking et couvert d’un chapeau haut-de-forme, Yoma progresse en esquivant ses semblables prosternés, faisant preuve d’une grande agilité en manipulant avec pitrerie, un plateau sur lequel une tasse de thé attend Pandore. Une fois celle-ci servie et le majordome parti au loin rejoindre les siens, la ténébreuse jeune femme explique : « Au fil des derniers mois, vous vous êtes tous sentis appelés par une quête essentielle à notre monde. Vous êtes devenus concernés par notre miséricordieux souverain. Sachez que l’heure de la Guerre Sainte est proche. Il n’est plus question que de quelques mois avant que les étoiles maléfiques soient libérées. Et à cet instant, nous pourrons attaquer. Lors de mes nombreuses visites auprès de vos âmes circulant librement dans le Meikai, et de mes entretiens avec Sa Majesté Hadès, nous avons convenu d’un plan. Les récents évènements dans le Sanctuaire d’Athéna renforcent notre stratégie, car dans sa bonté toute naturelle, sa Majesté Hadès refuse de vous voir être blessés au combat. Lorsque l’heure sera venue, se sont ses propres Saints qui prendront la tête d’Athéna… »
Pendant ce temps, au pied des douze marches des maisons du zodiaque, une partie du peuple est amassée en attente de l’arrivée d’Athéna. La plupart des gens arborent des tenues qu’ils réservent pour les grandes occasions. Partout au milieu des attroupements se réunissent quelques musiciens. Dispersés dans la foule, des enfants partagent leurs paniers pour jeter en l’air des pétales de fleurs. Les villageois les plus festifs, eux, trinquent à tour de bras en partageant les amphores offertes par la guilde des artisans. Les plus calmes préfèrent les cotillons à l’alcool, ils colorent le ciel des multiples artifices distribués. Une telle ivresse n’avait pas été vue depuis le 5 mars 1985 et sa Journée Sainte qui s’était achevée en pugilat.
Plus haut, rassemblés dans la maison du Bélier, Shaina, Aldebaran, Aiolia, Shaka et Milo attendent Mû et Athéna. Toujours très enjoué, le Saint du Taureau caresse les parois de la demeure de son ami en charriant Shaka : « Mû qui aime le calme ne sera pas embêté par les travaux. Contrairement à toi Shaka. Quelques gardes risquent de venir faire du bruit pour la réfection de la maison de la Vierge. » Le bouddhiste, devenu suffisant ces dernières années, répond cette fois par un sourire timide et sincère. Il se retourne ensuite en direction de sa maison, troublé. Il se perd dans ses pensées : « La sixième maison… Celle où j’ai pu revenir avec Ikki… »
Flashback Après l’explosion causé par le cosmos d’Ikki, Shaka errait dans une vaste étendue d’une autre dimension. Étant sans corps, ni esprit, il venait de rentrer dans ce que le bouddhisme appelle Shânta-Bhâva, une atmosphère paisible et sereine, dans laquelle on se sent proche de son idéal choisi. Tout autour de lui, l’univers était visible, tandis qu’en dessous se dressait un parterre de fleurs de lotus. Il restait ainsi un certain moment quand doucement une silhouette prit forme derrière lui et qu’une présence se fit ressentir. Cette présence était sereine et emplie de bonté. Immense, doré et apaisant, Bouddha vint à Shaka. _ « Mon brave Shaka, je vois que tu souffres d’un grand trouble. Veux-tu m’en parler ? _ Ô Éveillé, quel bonheur d’entendre à nouveau votre voix. Où étiez-vous ? Je vous ai appelé plusieurs fois, mais vous n’avez jamais répondu. Fallait-il que je meure pour vous entendre de nouveau ? _ J’ai toujours été présent à tes côtés, Shaka. Et je t’ai parlé. Mais, malheureusement, ton orgueil se dressait entre nous deux. _ Mon orgueil ? Je ne comprends pas ? _ Je sais ce qui te trouble l’esprit, Shaka, c’est l’incertitude, le doute. Tu viens de découvrir une nouvelle vérité qui te met dans un désarroi mental. Est-ce que je me trompe ? _ Non, Ô Éveillé. Vous ne vous trompez pas. _ Alors confie-toi à moi, Shaka, tout comme tu le faisais durant ta jeunesse et tes débuts dans l’ordre d’Athéna. _ Je suis un Saint d’or protecteur d’Athéna. Je me bats pour la justice et je ne servirai jamais le mal. Le Pope, sensé être le plus grand protecteur d’Athéna, n’était autre que Saga, cet usurpateur emplit de mal. Et pourtant… pourtant… _ Continue, mon brave Shaka et n’hésite pas. _ Quand je fus nommé Saint, j’ai côtoyé à plusieurs reprise le Pope sans connaître sa vraie identité et son acte malsain envers Athéna et j’ai toujours senti de la bonté et de la générosité en lui… parfois même de l’amour. Le peuple l’a toujours aimé sincèrement. Si Saga s’était tourné graduellement vers le mal alors pourquoi moi, Shaka, qui suis capable de voir si une personne est du côté du mal ou du bien, ne l’ai-je pas remarqué ? _ Ce manque de perspicacité est ce qui te met aujourd’hui en détresse, n’est-ce pas ? _ Bien sûr ! Je vivais dans la certitude de détenir la vérité absolue, que le Pope était la bonté et la justice même. Mon combat contre Phénix a ébranlé cette certitude. Seul un Saint qui a la justice à ses côtés aurait pu me vaincre et Athéna représente la justice, donc nos jeunes Saints avaient Athéna de leur côté et non le Pope. Ô Éveillé, pourquoi n’ai-je pas ressenti la juste cause du Phénix et de ses amis !? _ Mon brave Shaka, tu détiens toi-même la réponse à cette question dans tes dires. _ Je ne comprends pas… _ Tu as été victime de ta propre certitude. _ Ma certitude… je ne saisis pas. Le doute est issu de l’ignorance de la vraie nature de toute chose. Cette vraie nature est la vacuité ou bien le vide. Cette vacuité ne signifie pas que les choses n’existent pas, mais seulement qu’elles ne sont rien d’autre que des apparences. L’ignorance de cette vacuité forme avec la haine et le désir, les trois racines du mal qui enchaînent les êtres vivants à notre monde et au cycle des réincarnations. L’ignorance mène au désir qui à son tour engendre la haine. Tout bouddhiste, non… tout être vivant a comme devoir de vaincre ces trois racines, s’il veut atteindre l’Éveil et la libération en ce monde. Comme l’ignorance est la source des deux autres racines, abolir cette ignorance est la première chose à faire et peut ainsi aider à la neutralisation des deux autres. Seule la connaissance permet d’en finir avec cette ignorance et de ce point de vue là, Ô Éveillé, n’est-il pas concevable que la certitude est égale à la connaissance ? _ Certes, Shaka, la certitude peut être vue comme une forme de connaissance. Mais si tu laisses la certitude prendre le dessus sur le reste, cette même certitude devient une forme d’orgueil et l’orgueil est une forme du désir et donc une racine du mal. » Derrière Shaka, dans cette atmosphère de sérénité, Bouddha tourna la paume de la main gauche vers son corps, celle de la main droite vers l’avant. Le pouce et l’index de chaque main formèrent deux cercles qui se touchèrent légèrement. C’est le Dharmachackra-Mudrâ, appelé aussi Tenpo Rin In, le geste avec lequel le Bouddha indique qu’il est sur le point d’enseigner une chose importante. _ « Durant ton enfance et en tant que jeune Saint, tu n’excluais pas le doute de ton esprit et tu évitais de poser tes opinions comme des certitudes. C’est ce mélange de doute et de certitude qui te donnait la faculté de lire dans le c½ur des hommes et de voir s’ils étaient du côté du bien ou du mal. _ Mais alors, comment se fait-il que je me sois trompé au sujet de Saga ? _ De part sa gémellité, Saga possédait aussi bien le mal que le bien en lui. Fort heureusement pour lui, durant la plus grande partie de son imposture en tant que Pope, le bien régnait en lui. C’est cette bonté, que tu as ressenti lorsque tu étais encore un jeune Saint. A force de sentir ce bien et les sentiments des autres, tu t’es progressivement bercé avec l’idée que tu détenais la certitude de la vérité absolue. C’est là que cette certitude a fait naître l’orgueil en toi et que ton aveuglement pour la vraie vérité prit place. Et l’aveuglement n’est rien d’autre qu’une forme d’ignorance, la racine qui engendre les deux autres qui forment l’obstacle à l’Illumination. _ Je vois. Phénix savait que Saori était Athéna et cela fut la cause de la détermination que j’ai ressenti en lui durant notre combat. Il était prêt à mourir afin de vaincre son adversaire. En se sacrifiant, il a non seulement remporté la victoire sur moi, mais également sur mon ignorance et il m’a ouvert au doute. _ En laissant de nouveau la place au doute dans ton esprit, tu es retourné au stade de ta jeunesse, où tu étais bien plus abouti que tu ne l’es maintenant. Si tu es capable de comprendre cela et de persévérer dans cet aboutissement, tu seras réellement l’homme le plus proche des dieux. _ Merci beaucoup, dessina Shaka un sourire aux lèvres, Ô Éveillé, de m’avoir guidé par votre sagesse à l’origine du trouble dans mon esprit. Je sais maintenant ce que je dois faire. _ Bonne chance, Shaka et à bientôt. » La présence du Bouddha se dissipa dans l’univers. Shaka avait retrouvé une paix intérieure et décida d’agir en retrouvant sa demeure et en expiant sa faute auprès d’Athéna... Flashback
Le souvenir de sa défaite hante suffisamment le Saint d’or pour lui rappeler les décès de ses disciples Shiva et Aghora : « Pardonnez mes certitudes. Elles auront eu raison de vous. » Aussi, l’image d’Hasu, la Sainte de bronze de la Couronne Australe, avec laquelle il aura partagé quelques instants charnels, le poursuit : « Quant à toi, Hasu, c’est mon arrogance qui t’aura détourné de ton amour pour Algol. Tu es morte seule, par ma faute. Si seulement j’avais su t’écouter… » Les propos d’Hasu alors qu’il mettait un terme à leur aventure lui reviennent : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclus pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification… Un jour tu perdras ton invulnérabilité. Etre un Saint d’or proche des dieux, n’enlèvera rien au fait que tu puisses rencontrer quelqu’un dont le c½ur et la conviction te fassent vaciller. Et j’espère que ce moment te forcera à reconsidérer tes positions actuelles. A cet instant, je serai disposée à te recevoir de nouveau chez moi. » Le natif de la Vallée du Gange baisse sa tête, amer : « Tu avais raison. Et tu n’étais pas la seule. Mon amie Mayura Saint d’argent du Paon aussi. » Le souvenir de paroles blessantes lors d’une dispute avec Mayura lui revient en mémoire. Il se souvient de ces derniers mois, où Bouddha ne venait plus à lui, sans qu’il sache intelligemment s’interroger. La veille de sa mort, Mayura lui asséna : « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Et qu’une remise en question te ferait le plus grand bien ? » Soudain, l’arrivée du propriétaire du temple du Bélier, accompagné d’Athéna et Marin sort Shaka de sa léthargie : « Hasu, Mayura… Mon plus gros regret est que vous ne soyez plus là pour que je reconnaisse mes torts devant vous. » Ses Saints remarquent que pour l’occasion, Saori est affublée d’or par-dessus sa robe immaculée. Un bracelet, un collier et un diadème doré accompagnent la fine ceinture qui enserre sa taille. Cette tenue ressort à merveille avec son sceptre et lui donne davantage de majesté en plus de faire honneur à ses courbes. Shaina, inquisitrice, remarque : « Marin ?! Tu étais présente au sein des douze maisons ? _ Hum… Athéna m’a autorisé à me reposer à l’intérieur de ses appartements. » Inopinément, le bruit de trompettes évite à l’Aigle de pénibles excuses.
Devant les marches, le public recule. Sur les flancs, à chevaux, arrivent les soldats les plus gradés, les caporaux. A pieds, derrière eux, armures nettoyées, lances et boucliers à la main, les gardes suivent en rangs. En membre d’honneur, habillé de son plus beau costume, Tatsumi suit la marche en compagnie de ses nouveaux acolytes, avec parmi eux son frère de c½ur, le père adoptif de Kyoko et Shoko. Avec discipline, ils se positionnent entre les escaliers de pierre et l’assistance qui admire le défilé. Quelques minutes après, des applaudissements accompagnent l’arrivée des Saints de bronze. Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki progressent avec noblesse jusqu’aux premières marches, forçant la reconnaissance des soldats qui s’inclinent devant les Japonais suivis de trois autres Saints de bronze qui leur sont inconnus. Les deux premiers, Retsu du Lynx et Mirai du Petit Chien, sont rappelés de mission pour l’occasion. Enfin, le forgeron du Sanctuaire, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur ferme la marche. Les huit chevaliers de bronze s’agenouillent sur le premier pallier des marches, à mi-chemin vers la maison du Bélier. Le rythme des vivats s’accélère quand les ombres de Marin et Shaina prennent forment sur le parvis de la demeure. Les Saints d’argent s’installent à genoux, trois marches plus en bas, en direction de l’entrée sombre en attendant les derniers remparts. Elles sont rejointes par Georg de la Croix du Sud et Juan de l’Ecu, revenus avec Retsu et Mirai. Les bravos deviennent des acclamations quand les cinq Saints d’or se positionnent en arc de cercle devant les quatre derniers Saints d’argent. La foule n’en peut plus, les gens tapent des mains, des pieds, s’égosillent jusqu’à ce qu’ils aperçoivent d’abord le sceptre de la déesse resplendissante illuminé par le soleil. Enfin, la silhouette gracieuse d’Athéna, dégageant une impériale grandeur, inonde le peuple de tout son éclat. Il se prosterne aussitôt. Kiki quitte l’assemblée pour se téléporter aux côtés de celle qu’il a connu comme étant simplement Mademoiselle Kido. Après un effort de concentration inouï, il fait venir le Bouclier de la Justice aux côtés d’Athéna qui le tient fermement sous sa main gauche. Enfin, seul élément irrévérencieux, il écarte grand les bras, rassuré par le grand sourire que lui adresse Saori, et libère un puissant : « Hourra ! Hourra ! Vive Athéna ! » Aussitôt, des confettis et des colombes sont lâchés dans le ciel, le peuple saute, exulte. A chacun de ses sujets, Athéna adresse un sincère sourire. Tour à tour ses chevaliers, toujours inclinés, s’échangent une mine désormais soulagée. D’abord les Saints d’or, puis ceux d’argent, et ensuite ceux de bronze, se lèvent après qu’Athéna passe devant eux. Elle descend une à une, avec raffinement, les marches jusqu’à poser un premier pas sur Honkios. Immédiatement, comme dans tous les autres villages par la suite, un groupe d’enfant vient l’accueillir avec un bouquet de fleur. A chacun, elle caresse la tête tendrement. A chaque vieillard elle serre passionnément la main. A tous les habitants qu’elle rencontre, elle réchauffe leurs c½urs de son cosmos bienfaiteur. Derrière elle, l’armée toute entière réunie, se disperse peu à peu, à mesure qu’ils progressent, dans chaque secteur qui est donné à l’administration d’une faction. Les Saints, eux, patientent devant tous les temples croisés où Athéna va se recueillir.
Tandis qu’Honkios se désemplit, la foule suivant les pas d’Athéna, la silhouette parfaitement tracée de Katya dans sa toge légère fixe avec dédain le départ de la déesse. Comme une quinzaine d’autres, pour la plupart des soldats, elle goutte peu aux réjouissances et, comme si elle les menait, d’un signe de la tête, les enjoint à la suivre en direction du cimetière des Saints.
Au dehors du Sanctuaire, en Grèce, sous l’Aréopage touristique, le domaine d’Arès est d’un étrange calme relaxant. Dehors, sur l’îlot entouré de lave où se dresse la forteresse du dieu, Atychia et Tromos, les deux Berserkers de Vasiliás, s’exercent parmi leurs hommes, sans entendre les vents puissants de l’orgue d’Arès rythmer les lieux. Ils se félicitent des progrès de leurs sujets. _ « Notre armée est désormais prête, ça ne fait aucun doute. Lorsque Vasiliás aura récupéré l’armure d’Arès, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire, assure fièrement Atychia. » Le géant de deux mètres quatre-vingt-trois ne portant qu’un voile blanc ceinturé à la taille pour lui former une jupette, approuve la Bulgare aux cheveux tressés : « Nous n’attendons plus que cela pour écraser Athéna, en effet… »
A l’intérieur du palais, sur l’estrade qui domine l’espace et sur lequel trône Arès, le Dieu de la Guerre échange avec son général revêtu de sa Nightmare de la Royauté : « … et désormais tout devrait s’accélérer c’est bien ça Vasiliás ? _ En effet. Dès que le Sanctuaire sera attaqué par ses propres hommes sous l’égide d’Hadès, je pourrai me rendre au Meikai pour récupérer votre armure. Et c’est là, et seulement là, que nous attaquerons le Sanctuaire. _ Il me semblait qu’il était convenu que nos hommes attaqueraient le Sanctuaire, pendant que tu serais au Meikai. _ C’est ce qui a été convenu en effet avec le Spectre que j’ai rencontré. Cependant je ne lui fais pas confiance. Tout comme je n’ai pas confiance aux chances de victoire d’Hadès contre Athéna. Dans tous les cas, si nous attaquons le Sanctuaire pendant la bataille entre Athéna et Hadès au Meikai, le gagnant nous prendra à revers une fois la bataille aux Enfers terminée. _ Tu vas donc trahir tes engagements ? _ Ce ne sont là que des promesses non tenues envers un dieu auquel je ne crois pas. » Le dieu, vêtu d’une longue toge blanche par-dessus son imposant torse nu et son pantalon rouge, se lève fermement de son siège. Ses cheveux hirsutes, couleur sang, et ses épais sourcils noirs allant à merveille avec ses yeux rouges, donnent à son visage une inquiétante sévérité. _ « Et moi ? Suis-je un dieu auquel tu crois ? _ Je crois en votre promesse de me faire roi de cette planète. Une planète où votre soif de sang sera assouvie par la mise à mort de tous les criminels. Si votre parole tient toujours, mon allégeance également. _ Parfait. Tu peux disposer. » Le Berserker de la Royauté s’exécute solennellement avant de partir s’enfermer dans ses appartements au sommet du temple en forme de cône. Sa Nightmare retirée, il se laisse tomber sur son lit, les bras en croix, en soufflant : « Ksénia… Où es-tu ? J’ai tant besoin de toi, de tes conseils. Je sais qu’Arès n’est pas quelqu’un de confiance. »
En bas, pensif, Arès ignore tout de la présence de ses servantes qui se vautrent dans la luxure à ses pieds. Il pense : « Helénê… Ange de l’Olympe… Tu as mis ce Berserker de la Royauté dans mon sillage. Il m’apportera la victoire, Eris me débarrassera ensuite de lui et de ses sujets complaisants, l’Olympe me donnera la gloire, et j’apporterai à cette Terre le désespoir. Je t’en remercie. »
A la Source d’Athéna, dans le temple où reposent Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, les prêtresses passent quelques linges humidifiés sur les fronts des héros pour faire chuter leur fièvre. Un petit peu trop collée à elle à son goût, Erda chasse Xiao Ling : « Va donc t’occuper de ton Saint, la congédie-t-elle ! » Cette saute d’humeur face à l’intérêt persistant que la Chinoise porte à son aînée amuse beaucoup Mii, Maria et Shoko. A cela, la suspicieuse Erda rajoute : « D’ailleurs on s’en sortirait mieux si Katya daignait nous aider ! Où peut-elle encore bien être ?! » A l’annonce de l’absence de sa s½ur, Maria baisse honteusement la tête. Mii et Xiao Ling, devinant la peine de Katya suite à la perte du Grand Pope Saga auprès de qui elle était dévouée, préfèrent taire le sujet.
Guillerette, elle, Shoko ignore complètement la remarque. Elle bouge aussi délicatement que possible le corps de Seiya afin de lui éviter des escarres. La langue tirée au coin des lèvres, signe de concentration, la maladroite Shoko s’applique. Elle prend sa mission très à c½ur en hommage à Seiya. Elle se souvient encore du jour de leur rencontre…
Flashback Le calme était redescendu dans les travées du colisée ce 16 septembre 1986. Un colosse dont l’envergure donnait l’impression qu’il faisait deux fois la taille de son adversaire restait cloué au sol. Fébrile, accroupi dans une mare de sang, Cassios se tenait la tête en grommelant de souffrance. Sous ses pieds, son oreille gauche flottait dans la flaque d’hémoglobine. Comme Shaina et les soldats, Shoko n’en revenait pas.
Désignée au ravitaillement du temple des prêtresses, l’aspirante Saintia profitait comme souvent de son passage à Honkios pour guetter les combats qui s’y déroulaient. Celui de ce jour lui parlait davantage que les autres, car ce jeune Seiya affrontait le géant Cassios pour l’armure de Pégase. Pégase n’était autre que l’emblème du collier qu’elle partageait avec Kyoko. Dès qu’elle reconnut la Pandora Box de Pégase, Shoko ne put s’empêcher de serrer fort dans la paume de sa main le collier en se remémorant le douloureux souvenir du réveil d’Eris en Kyoko. Pégase symbolise pour Shoko la voie des Saintias qu’elle a choisi pour laver l’honneur de sa s½ur. Et l’assurance du Japonais qui faisait face à Cassios la convainquait que, même face à un géant, un homme peut surmonter les obstacles pour devenir ce qu’il souhaite au fond de son c½ur. Seiya martelait de coups Cassios et le faisait à nouveau chuter genoux à terre. Absorbée par l’assurance dont faisait preuve le futur Saint, Shoko s’en mit à mimer ses mouvements sous les regards inquisiteurs des soldats venus encourager Cassios sous l’influence de Shaina. Menue dans sa robe immaculée, la maladroite prêtresse fut pourtant une des seules à reconnaître les coups portés à la vitesse du son de Seiya. _ « Ryu Sei Ken, murmura-t-elle… » Tandis que Cassios était soulevé du sol par la pluie de coups, elle regarda son pendentif et corrigea : « Pegasus Ryu Sei Ken… Des Météores… Comme j’ai pu le faire le jour où la Cloth de ma s½ur m’a vêtu pour me protéger… Je dois parvenir à les reproduire si comme Seiya je veux atteindre mon but… » Tandis que Saga, sous l’identité de Shion, rappelait à Seiya le rôle d’un Saint, Shoko, était dévisagée par les rageurs partisans de Cassios. Elle s’éclipsa donc discrètement.
Passant par les fondations au ciment craquelé des gradins, elle faisait tournoyer au bout de ses doigts sa chaîne pour balancer comme une fronde le bijou de Pégase en son extrémité. Une fois de plus l’étourderie la rattrapa lorsque, perdue dans ses pensées, elle heurta une caisse lourde et métallique qui lui barra la route. Seiya, pressé par Marin de quitter le stade hostile maintenant qu’il était Saint, coupa la route à la distraite Shoko. Celle-ci percuta alors frontalement la Pandora Box de bronze et en tomba à la renverse, perdant durant le choc sa parure. Alors que le collier partait en direction de la foule qui s’amassait en direction des issues, Seiya retarda sa fuite pour s’en saisir. Hagarde, Shoko ne put retenir une larme en découvrant que c’était Seiya en personne qui lui tendait son bijou. _ « Ca ne va pas ? Désolé, je ne pensais pas t’avoir blessé. _ Ah… Euh… Pardon, je n’ai rien, c’est juste que c’est un souvenir de ma grande s½ur. Que ce soit le nouveau Saint de Pégase qui m’évite d’égarer cet objet dont le Pégase est l’emblème, je trouve ça plutôt cocasse. D’autant plus que votre combat m’a profondément inspiré. _ Vraiment ? _ Oui. Ma grande s½ur a fait les mauvais choix et est partie très loin de moi. Désormais, je tente tout pour laver son honneur et le courage dont vous avez fait preuve aujourd’hui Saint de Pégase m’a rappelé que, même si les obstacles paraissent infranchissables, je dois persévérer. _ Je t’en prie, appelle moi Seiya. Je vois que malgré la douleur qu’a causé ta s½ur dans ton c½ur, tu lui portes tellement d’amour que tu tiens à redorer son nom. Moi aussi j’ai une s½ur aînée. On m’a séparé d’elle dans j’étais tout petit. Je ne sais pas où elle est aujourd’hui. Il m’est arrivé de penser que je ne la reverrai plus jamais. Mais je veux y croire. Ma s½ur est quelque part et elle veille sur moi en pensée. Et un jour je la reverrai j’en suis sûr ! Alors en attendant ce jour, quoi qu’il arrive, je me battrai et je vaincrai ! » La voix de Marin le rappela avec autorité : « Seiya ! » Déjà sous un arc de pierres servant de sortie, son professeur ne souhaitait pas tarder davantage en territoire inamical. A l’autre bout, Shaina et ses hommes débarquaient. Alors qu’il lui tournait le dos pour reprendre la route de Paesco, Shoko l’apostropha une dernière fois : « Seiya ! Moi… Moi aussi je me battrai ! Merci ! » En guise de réponse, il leva le pouce en l’air avant de disparaître au milieu de la foule… Flashback
Réajustant les draps sur le corps bandé de Seiya, Shoko sourit instinctivement. Elle aussi va déployer ses ailes comme lui pour atteindre son but. Avec le retour d’Athéna et les efforts qu’elle va encore décupler, un jour, bientôt, elle se battra à ses côtés…
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« on: 5 December 2020 à 17h04 »
Chapitre 67
Tandis que l’enquête piétine au Mexique, la nuit tombe en Grèce. L’obscurité permet à l’ensemble de la population du Sanctuaire de voir la dernière flamme de l’horloge du Sanctuaire vaciller. Toutes sur le parvis de leur temple, à l’orée des marches qui relient le palais du Pope à la statue d’Athéna, les prêtresses distinguent une silhouette tituber en direction du sommet. Parce qu’elles ignorent qui est Seiya, la tension est à son comble. _ « Ca y est, tout est perdu, pleurniche Xiao Ling. _ Ne dis pas de bêtise, l’invective Erda ! _ Hormis deux cosmos qui s’entrechoquent encore dans le palais du Pope, je ne ressens plus de cosmos qui s’affrontent, dit Shoko tout en étant concentrée. _ Tu te trompes, la corrige Mii, plus bas vers le passage secret, des combats ont encore lieu. _ Oui, les cosmos sont plus faibles mais les échanges n’en demeurent pas moins violents, ajoute Xiao Ling. _ Il s’agit des Saints d’argent de l’Aigle et d’Ophiuchus, reconnaît Erda ! Et parmi les cosmos qui s’opposent à elles, celui du général déchu Phaéton ! _ Le doute n’est plus permis, assure Shoko le poing dressé, les rumeurs de ces derniers mois sont donc vraies ! Les soi-disant renégats n’en seraient pas ! La fille qui les accompagne serait donc bien Athéna ! _ C’est impossible, angoisse Mii en se passant les mains devant sa bouche défigurée… _ Pourtant, tu l’as certainement entendu plus d’une fois sur les marchés, lorsque nous descendions en ville toi aussi n’est-ce pas ? Ces histoires de complots de plus en plus nombreuses, les opposants de plus en plus rares qui disparaissaient, les prêtres éradiqués, et nous prêtresses pas loin de l’être. » Toutes les quatre osent à peine se regarder dans les yeux. Xiao Ling fait alors demi-tour pour rejoindre Katya. Recroquevillée dans un coin à l’intérieur du temple, dans les bras de sa s½ur Maria, Katya a les yeux gonflés par les larmes qu’elle verse à l’abris des regards suspicieux de Shoko et Erda. La Saintia ne daigne même pas regarder sa camarade, lorsque celle-ci lui demande : « Qu’en penses-tu Katya ? Après tout, de nous toutes, tu es la seule Saintia et la seule à pouvoir rencontrer le Grand Pope. » La gentillesse de la Chinoise ne trouve de réponse que dans la dureté des propos d’Erda qui est suivie de Shoko et Mii : « C’est parce qu’elle côtoie justement le Grand Pope que Katya n’en pense rien. N’est-ce pas Katya ? S’il y a bien quelqu’un ici qui doit savoir ce qui est arrivé à nos camarades ces dernières années et ce que trame le Grand Pope, c’est bien toi ! » Erda ne reçoit pour seule réponse qu’un regard plein d’amertume. _ « S’en est de trop ! Je ne peux me résoudre à rester cachée ici jusqu’à l’issue de cette bataille, se résout Shoko ! _ Oui, la suit Erda sans hésiter ! _ On y va Xiao Ling, commande Mii à sa semblable avant de tourner le dos à Katya. J’ai eu foi en une figure qui n’était pas ici, il est temps pour moi de faire pardonner mon ignorance. Il n’est pas trop tard pour toi de te faire pardonner tes péchés Katya. » Les quatre aspirantes s’engagent en direction du passage secret, tandis qu’avant elles Saga rejoint Seiya plus haut. Katya demeure désorientée dans les bras de Maria.
Tandis qu’il a rampé, usé toutes ses forces, Seiya parvient à brandir le Bouclier de la Justice. A cet instant, la dernière flamme du cadran du zodiaque s’éteint. La flèche logée dans la poitrine d’Athéna est anéantie.
Au pied des douze maisons du zodiaque, Saori se réveille entre les bras de Tatsumi et Jabu. Depuis les Cinq Pics, en Chine, Dohko profite du succès des Saints de bronze pour raconter la réalité sur l’usurpation de l’identité du Pope aux Saints d’or survivants.
Dans le passage secret, des soldats dévalent les marches. Après avoir sauvé Marin et Seiya, Shaina est rattrapée par Phaéton et les derniers hommes de confiance du Grand Pope. Marin, affaiblie par les roses d’Aphrodite, et Shaina, encore convalescente du coup reçu par Aiolia, luttent à bout de force. Sur les rotules après avoir éliminé trois nouveaux soldats, Shaina ne voit pas arriver dans son dos Phaéton. En traître, il la cogne de volée dans les reins. _ « Lâche, s’indigne-t-elle ! _ Il n’est pas trop tard, le Pope lutte encore. Je reviendrai en grâce à ses yeux ! _ Tu n’en auras pas le temps. Tu vas succomber aux coups que Marin et moi t’avons porté. _ Dans ce cas je vous emmènerai avec moi dans la tombe ! _ C’est ce que tu crois, scande la voix héroïque de Shoko ! » Instantanément, Phaéton est repoussé par de multiples coups semblables à une pluie de météores. Au même moment, Marin, désorientée, est secourue des trois gardes qui l’encerclent par l’arrivée d’Erda, Mii et Xiao Ling. Shaina reprend ses esprits et traîne la jambe jusqu’à Phaéton. Agenouillé, il n’a plus la force de se relever. Elle le saisit par la gorge et lui écrase le larynx. Elle lève son autre main au ciel avant de l’abattre dans un souffle d’éclairs : « Thunder Claw ! » Achevé à bout portant, le corps de Phaéton retombe en arrière dans une gerbe de sang qui souille la Saint. Néanmoins, celle-ci demeure solennelle : « Prêtresses d’Athéna… Merci de votre aide… J’imagine que vous avez compris la vérité. Je vais vous en dévoiler les grandes lignes. Il faut que vous descendiez dans tous les villages rapporter ce qu’il s’est passé ces treize dernières années… »
Pendant que Saori, suivie de Tatsumi, Jabu, Ban, Ichi, Nachi et Geki, entame la montée des marches, les aspirantes Saintias entament le processus inverse par le passage secret. C’est alors qu’elles ressentent le cosmos d’Athéna au détour d’un temple qu’elles longent, que Shoko stoppe sa course. _ « Athéna… Elle est dans la maison de la Balance avec ses Saints… _ Certes, consent Erda, cependant Shaina nous a confié une mission. Nous aurons tout le loisir de prêter serment à Athéna à notre retour. _ Oui, dis-toi que ce que nous faisons c’est avant tout pour Athéna, la convainc Mii déterminée à se racheter auprès de sa déesse après avoir été dupée. »
Très vite, la nouvelle se répand à travers tout le Sanctuaire. Filia, comme de nombreuses autres personnes dans tous les villages du domaine, s’époumone en traversant Honkios : « Le Grand Pope Arlès n’a pas succédé à son frère il y a deux mois et demi ! Les deux, le Grand Pope Shion et Arlès Saint d’argent de l’Autel ont été assassinés il y a treize ans… » Aussitôt, quelques têtes commencent à sortir des demeures et quelques informations sont échangées entre les villageois qui osent se montrer à découvert. _ « C’est le Saint d’or des Gémeaux qui aurait commandité tout ça, déclare l’un ! _ Il aurait ensuite voulu assassiner Athéna, surenchérit l’autre ! _ C’est Aiolos du Sagittaire qui l’a sauvé in extremis au péril de sa vie, intervient un nouveau ! _ Athéna fut alors élevée comme une petite fille ordinaire au Japon, complète un dernier ! » Sans cesse, partout où Filia et les autres villageois heureux vont crier la bonne nouvelle, ces échanges donnent lieu à des scènes d’hystérie, où chacun essaie de prouver à l’autre qu’il détient la vraie version de l’histoire. Séparées aux quatre coins du domaine, les prêtresses apportent une touche d’authenticité. Très vite, les rumeurs deviennent vérité. Comme pour accompagner la véracité des propos scandés, les cloches des temples présents dans chaque village retentissent. D’ordinaire, lors de tels évènements, se sont les prêtres et les prêtresses qui descendent transmettre la parole d’Athéna et du Grand Pope. Hélas, les quatre dernières prêtresses ne peuvent compter sur leurs équivalents masculins. Leur caste a été progressivement décimée par un Saga toujours plus soucieux de préserver son anonymat.
Dans tout Honkios, quelques soldats réalisent les faits. _ « Cela aurait commencé quand le Sanctuaire a retrouvé la trace de l’armure d’or d’Aiolos, comprend un garde ! _ Oui, celui que nous considérions comme un traître était en fait un héros, corrige un autre ! _ C’est à cet instant qu’une nouvelle bataille plus discrète a commencé au Japon, se rend compte un troisième ! » Aussitôt, dans chaque faction quelques soldats marqués du tatouage que portent les fidèles de Gigas commencent à fuir les rangs. Très vite rattrapés par leurs semblables, crédules jusqu’ici, ils n’opposent aucune résistance. Tous comprennent : « Athéna s’éveilla au Japon et avec des Saints de bronze elle a réussi à faire éclater la vérité ! Tous ceux qui profitaient du comportement odieux du Pope pour justifier leur cruauté personnelle doivent être punis ! »
Dans les villages, hautement surveillés par la répression instaurée par Saga, ce sont les paysans qui en profitent pour se révolter et désarmer les quelques soldats qui désertent les rangs de peur d’être jugés.
Les derniers fidèles à l’injustice du Grand Pope sont rapidement maîtrisés, ficelés et amenés par le reste du peuple. En quelques minutes, dans la nuit tombée, muni de torches, le peuple tout entier se réunit au pied des douze temples du zodiaque pendant que Saga rend son dernier souffle. Hommes, femmes, enfants, serviteurs, paysans, artisans ou soldats, tous, à bout de force, désoeuvrés, par toutes les batailles menées par l’usurpateur ces dernières années, s’amassent grâce à Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling dans Honkios et ont les yeux rivés vers la statue d’Athéna. Les larmes aux yeux, la bouche en c½ur, le peuple attend qu’Athéna s’adresse à eux.
Au sommet, derrière la chambre d’Athéna, sur la cour de la déesse, marquée par les nombreux fracas des combats acharnés menés encore il y a encore quelques minutes, l’attention de Saori est portée vers le ciel. Sur l’étoile polaire plus précisément. Alors qu’elle tient passionnément Seiya contre elle, une étrange intuition la saisit. Seulement, Aldebaran, de son timbre grave, se permet de toussoter pour ramener à elle leur Majesté. Athéna revient alors pour détailler avec amour le visage de chacun. Meurtrie par la vision de Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, dans les bras respectifs de Mû, Milo, Aiolia et Shaka, elle réalise en voyant Marin et Shaina se soutenir mutuellement, les souffrances endurées également par le peuple. Kiki en profite pour sautiller partout en informant la déesse : « Athéna ! Athéna ! Regardez ! En bas ! Tout le Sanctuaire est réuni ! » Timide, honteuse également de n’avoir pu agir plus tôt, un léger « Oh ! » s’échappe de Saori. Aussitôt, Athéna se ressaisit. Elle accroche fermement son sceptre et laisse Seiya aux bons soins du Saint d’or du Taureau. Elle se positionne le plus près possible du vide pour exposer sa silhouette aux yeux de tous. Malgré la distance, ses sens accrus de déesse lui permettent de distinguer chaque visage à la fois rassuré mais aussi fatigué après tout ce que le peuple a supporté. Instinctivement, après une profonde inspiration, elle entame son allocution : « Athéniens… » Sa voix douce et chaleureuse porte loin. Elle résonne dans l’air et dans le c½ur du peuple qui s’agenouille immédiatement. Le brouhaha cesse. Même les enfants observent le silence. Recroquevillée dans son temple, Katya n’arrive pas à ignorer l’aura chaleureuse qui la soutient dans son chagrin. Si la distance empêche la population d’admirer parfaitement la beauté de leur souveraine, elle peut néanmoins voir briller le sceptre divin qui libère peu à peu un cosmos doré. La cosmo énergie bienfaitrice d’Athéna inonde progressivement les spectateurs. _ « … De tout rang, de tout âge, de toute condition, à cause de moi vous avez souffert mille tourments et je vous suis éternellement reconnaissante de votre courage. J’ai conscience du sacrifice de chacun, de la douleur de la perte de vos proches et de ce que cela implique. Grâce à vous, Athéniens, la paix va enfin pouvoir régner sur le Sanctuaire et sur le monde entier. Sachez que dorénavant, je me battrai avec vous, comme tous ceux qui nous ont déjà quittés. De tout mon c½ur, merci. » Le cosmos divin fait pleurer l’assistance. D’allégresse les plus démunis. De culpabilité les voyous au service du mal. Mis à genoux par leurs camarades et les villageois. Les afflictions de chacun, physiques ou morales, s’estompent le temps de ce bain de lumière. Bien vite, la lueur divine s’étend sur tout le domaine, faisant éclore quelques bourgeons malgré le solstice d’hiver. Très vite, le monde entier est touché par cette éclosion. Dans Honkios, les misérables abdiquent face à l’unité de tout un peuple. Les villageois s’agenouillent de façon solennelle. D’une même voix, ils prêtent serment : « Athéna. Nous nous rangeons à vos côtés pour protéger la paix et la justice sur Terre. » En haut, les larmes d’Athéna accompagnent celles de ses fidèles.
Cette nuit du 20 décembre 1986, lors de la libération du Sanctuaire, le monde entier est inondé par le cosmos d’Athéna. Ce sentiment d’allégresse, inexpliqué pour la quasi-totalité des êtres humains dans le monde a pour les Athéniens et tous les alliés du Sanctuaire une signification particulière. Il laisse présager à tous les hommes et à toutes les femmes des jours de bonheurs. Il apaise les c½urs meurtris. Et même si cela annonce pour ses ennemis des jours difficiles et de nouvelles Guerres Saintes à venir, Athéna apprécie tout particulièrement ce moment de communion auprès des siens.
Le lendemain matin, à l’arrière de la salle d’audience du Grande Pope aux murs et sols totalement ravagés par la bataille menée la veille, les appartements d’Athéna ont été investis subrepticement par la réelle propriétaire des lieux. Epuisée, étendue sur un lit de pierre, Saori n’a pas attendu que les locaux soient nettoyés pour les reprendre. Encore tachée de sang, à peine débarrassée du cadavre de Saga, la pièce centrale, où résidaient autrefois les anciennes réincarnations d’Athéna, offre la vue d’une splendide jeune femme aux cheveux mauves couchée sur le côté. La tête reposant dans le creux de son bras, les cheveux virevoltant au gré du vent. Il souffle. Par les épaisses trouées faites dans les murs lors des combats acharnés de ses héros protecteurs. La brise s’engouffre sans cesse dans les couloirs aux colonnes fissurés et aux pavés décelés. Elle apporte la froidure hivernale qui chatouille les bras et les jambes nus de la resplendissante Déesse de la Sagesse. Ses paupières closes remuent sous l’impulsion du malaise qui la gêne durant son court sommeil. Elle se revoit tenant Seiya dans ses bras. La cruelle bataille est arrivée à son terme après plus de douze heures de luttes. Pendant que les Saints d’or soignent Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki ; Saori, elle serre de plus en plus fort Seiya au creux de sa poitrine. Elle l’embrasse sans cesse en l’appelant inexorablement par son prénom : « Seiya ! Seiya ! Seiya… » Il l’entend, elle en est persuadée. Bien qu’il n’ait plus assez de forces pour lui répondre, ses paroles viennent jusqu’à lui, elle le sait. Tout comme ses larmes doivent réchauffer son corps aussi dur et froid que la pierre, elle le sent. Du plus profond de son c½ur, elle ne peut s’arrêter de crier son nom. _ « A l’époque où je n’étais qu’une enfant capricieuse et égoïste, avant que je ne comprenne mon destin, tu étais le seul qui m’affrontait ouvertement. Pourtant, j’ai toujours ressenti que nous avions une destinée commune. Lorsque mon amie Ksénia n’était pas là, malgré les apparences d’une vie sans privation, j’étais seule. Je n’étais pas heureuse. Et lorsque je voyais mon reflet dans tes yeux, Seiya, je comprenais combien nous sommes semblables. J’ai toujours attendu au plus profond de moi que tu me dises quoi faire. Les profondeurs de mon âme espéraient que tu me guides. Et lorsque tu as revêtu l’armure de Pégase, le visage vigoureux, mon c½ur a compris que mes sentiments d’enfant n’étaient qu’un prélude à notre sort. A cet instant, j’ai changé et je me suis rapprochée. Le froid entre nous a quelque peu disparu. A chaque bataille, à chaque épreuve, à chaque obstacle franchi, la distance entre nous se réduisait de plus en plus. Et aujourd’hui, alors que tout peut enfin nous réunir, tu es à deux doigts de me quitter. Et moi, je suis maintenant Athéna. » Ce ressentiment trop douloureux réveille non pas Athéna mais Saori, une jeune fille effrayée par l’ampleur de ses sentiments. Elle se redresse et prend appui sur les pavés aux trous parfois comblés par le ciment apposé par les serviteurs ces derniers siècles. Les rayons d’un timide soleil de décembre illuminent la pièce sur son flanc droit et éclairent les marches qui guident jusqu’à la cour. D’un pas léger, voire hasardeux, Saori suit la lumière et retrouve ce sol où l’hémoglobine de la nuit dernière n’a pas encore séchée. Elle progresse jusqu’au sommet. Au pied de sa statue, elle revoit le sourire de Seiya. Bien qu’inconscient, il lui offrait hier le sourire victorieux et soulagé du chevalier qui avait accompli son devoir. Bien entendu, il n’ébahissait pas Saori, mais Athéna comme le murmure cette dernière : « Seiya… Pégase, était satisfait de donner la victoire au symbole de paix que je représente. Cependant, moi, Saori, j’étais heureuse de répondre avec mon c½ur de femme à ce sourire. » Ses propos la ramènent quelques fractions de secondes dans son rêve, jusqu’à ce que tout à coup une sensation de chaleur lui brûle le c½ur. Elle réalise alors : « A cet instant encore, comme durant mon sommeil, je cesse d’être Athéna et je redeviens une fille normale. » Elle lève alors les yeux, comme pour demander une réponse à la statue d'Athéna qui s'élève devant elle.
Un raclement de gorge la ramène brusquement à ses obligations. Elle se retourne et distingue parfaitement dans les marches qui mènent sur le plateau où elle se trouve, ce chevalier à l’armure d’or au cou protégé de cornes : « Mû ! _ Si je puis me permettre, s’agenouille le bien nommé, Majesté, je pense que Seiya souriait autant à Saori que Pégase à Athéna. » Prise d’une profonde allégresse grâce à ces paroles, la déesse cligne des yeux et arbore un sourire plein de grâce. _ « Mû… Comme tu es attentionné. De plus, tu es déjà présent, si tôt. _ En effet Athéna. Nous avons tous peu dormi. Et une longue journée nous attend. _ Oui. Mais avant cela, je tenais à vous remercier d’avoir veillés aux soins de Seiya et des autres, vous et vos compagnons Saints d’or. » A mesure qu’Athéna se rapproche, Mû se prosterne. Il ôte son casque qu’il colle fermement contre sa poitrine : « C’est tout à fait normal Déesse Athéna. _ Avant que la foule ne se réveille, j’aimerai que tu me conduises à la Source d’Athéna. »
Plus bas, dans le village de Noioso, on s’active en espérant la venue d’Athéna. Ce village du sud du Sanctuaire est abandonné par la jeunesse prometteuse du domaine sacré. D’ordinaire calme, il voit aujourd’hui ses vieillards et ses quelques miséreux, généralement des serviteurs affranchis, sortir parés de leurs plus belles tenues. Tous balaient devant chez eux, balancent de grands seaux d’eau sur les statues pour les rendre plus vivantes et déposent leurs maigres victuailles devant le temple. Les gardes en faction font briller leurs casques et tirent sur leurs vêtements froissés, pour les tendre. Comme partout, on attend la visite d’Athéna. Comme partout ou presque, car dans une des demeures aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, malgré les gazouillis de joie de son fils, Myrrha pleure devant la rose rouge laissée la veille par Aphrodite à leur enfant Adonis. Le visage couché sur la table, étouffé par ses bras qui l’entourent, cette rousse au teint pâle et aux grands yeux bleus revit quelques instants l’annonce de la mort de son ancien amant.
Hier soir, après que tout le Sanctuaire se soit déplacé jusqu’à Honkios, des nouvelles venues d’Athéna étaient délivrés par tous les messagers dans le domaine. On y annonçait le statut quo pour cette nuit, la visite d’Athéna le lendemain et les noms des Saints et des soldats tombés au combat. Le soulagement ressenti lorsqu’elle apprit la bonne santé de Milo, son compagnon actuel, retomba dès lors qu’Aphrodite fut mentionné parmi les défunts. Bien qu’elle pensât avoir fait le deuil de ses sentiments envers le Saint d’or des Poissons, la nouvelle de son décès la bouleverse malgré tout.
La porte de sa modeste demeure s’ouvre en ce début de matinée pour accueillir un beau Grec d’un mètre quatre-vingt-cinq qui égaille depuis quelques mois sa vie. Sa Cloth du Scorpion enroulée par une magnifique cape, l’homme râblé aux cheveux bleus tend un panier en osier dans lequel reposent quelques pâtisseries fraîches : « Ce ne fut pas compliqué ce matin de trouver de quoi manger. Tous les commerçants ont ouvert leurs étalages et distribuent des vivres à qui en veut pour célébrer le retour d’Athéna, prononce difficilement Milo la mine triste. _ Et toi ? Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être auprès d’Athéna, se force à sourire Myrrha qui essuie d’un revers de main ses larmes ? _ Mû se charge de l’accompagner. En attendant de nouvelles directives, nous devons tourner dans le Sanctuaire pour accompagner les villageois nécessiteux. J’ai immédiatement pensé à toi. » La frêle demoiselle se jette alors contre l’armure glacée de son amant qui l’étreint avec attention. _ « Quand la bataille fut achevée et que les pertes furent annoncées, j’ai pensé aussitôt à toi. Lorsque j’ai perdu Inakis, tu as été là pour me réconforter. Je m’en veux de n’avoir pu venir que maintenant auprès de vous pour vous accompagner, tente de soutenir Milo malgré toute l’animosité qu’il avait à l’égard d’Aphrodite. _ C’est d’autant plus généreux de ta part que je devine dans ta voix toute la peine ressentie par la perte du Saint d’or du Verseau. » Milo répond par un timide sourire et approche son visage de celui de son amante, mais celle-ci préfère baisser le sien. _ « Ai-je dit quelque chose d’inappropriée ? _ Non, dit-elle en pointant du doigt la rose laissée par le défunt Suédois. C’est juste… Il a laissé cette rose à Adonis. Avant de partir hier matin. Et malgré qu’il ne soit plus là, la fleur continue d’irradier d’une aura dorée, apaisante. Il avait un mauvais pressentiment. _ Nous avons pu découvrir hier qu’Aphrodite n’était assurément pas quelqu’un qui était du côté de la justice. Il avait sa propre conception de cette notion. _ C’est tout ce que tu trouves à répondre à cela, s’offusque-t-elle ? _ Non. Pas du tout. C’est juste que… _ Il était comme il était, mais je l’ai aimé parce que je savais qu’au fond de lui il y avait du bon. Il souffrait de cette image qu’il donnait. Mais il en était fier également. Il n’a jamais voulu s’en défaire et est mort avec. Je suis persuadée que si un jour il revenait à la vie il profiterait de cette seconde chance pour faire le bien, déclare-t-elle en se défaisant de l'accolade du Scorpion. _ Si tel est le cas, alors j’espère que tu dis vrai. Ecoute… J’ai peut-être parlé maladroitement de lui et le moment était peut-être mal venu pour le faire… _ Peut-être oui, lui signifie-t-elle en ouvrant grand la sortie ! » Les yeux grands ouverts, pris au dépourvu, Milo prend la sortie et entend la porte claquer derrière lui. Il soupire en quittant Noioso : « Ah… Camus… Mon ami… Mon frère… Je suis convaincu que tu aurais eu encore moins de tact que moi… Et pourtant, toi, on t’aurait passé cet écart… » Il lève les yeux au ciel et murmure avec une pointe de nostalgie : « Pff… Tu me manques déjà tellement. »
Au centre du domaine, la ville d’Honkios n’a jamais été autant animée. Les habitants les plus riches se promènent sur leurs plus belles montures et sont affublés de leurs plus beaux bijoux pour rendre hommage à la beauté d’Athéna. Les plus démunis, eux, soignent la tenue de leurs enfants afin qu’ils soient présentables lorsque passera près d’eux leur déesse. Les serviteurs ont rentré les poules et autres bêtes qui se baladent habituellement dans les allées et nettoient les chaussées. Les musiciens des tavernes sont sur le perron des bâtiments pour contribuer à l’euphorie collective. Les étalages des marchands sont remplis de nourriture et de fabrications artisanales qui sont distribuées gratuitement en ce jour si spécial.
Dans l’une des auberges, vautré sur le comptoir, le mètre quatre-vingt-cinq d’un chauve complètement débraillé ne passe pas inaperçu. Autour de lui, des chopes entières de bières sont couchées et des soldats avec. L’un d’eux, père adoptif de Kyoko et Shoko, encore en état de balbutier, l’index en l’air, assure à l’étranger : « Non… Franchement… Hic ! On ne savait pas nous… Hic ! Que c’était la vraie Athéna ! Maintenant avec les copains, on ne t’en veut pas de t’être… Hi ! … Battu contre nous hein ! Hic ! Même… Même que franchement… Hein… Franchement… Même qu’on t’aime bien ! Hic ! Hein les copains ! Franchement ! Qu’on l’aime bien ? ... » L’ivre guerrier à la moustache drue en se retournant, les yeux dans le vague, ne remarque pas que les membres de son équipe sont tous affalés dans leurs vomis. Cela n’empêche pas son interlocuteur, l’imposant Tatsumi, sabre de kendo posé contre son tabouret, de lever un nouveau verre : « Mais moi aussi je vous aime ! Mon maître… Le grand Mitsumasa Kido… Serait très fier de voir le retour de sa petite fille en son Sanctuaire aujourd’hui ! Et de voir que d’aussi valeureux combattants que vous sont prêts à la servir ! Je vais même te dire quelque chose… T’es un petit peu comme mon frère maintenant ! Je vais donc t’appeler comme moi : Tatsumi ! Alors, Tatsumi, pour Mitsumasa Kido, trinquons ! » Le père des aspirantes Saintia, debout, trinque volontiers : « Ouais… Hic ! C’est ça… Appelle-moi comme toi Titsamu ! A Sitmusama Kodi ! Hic ! » Soudain, une voix fluette, depuis l’entrée, à hauteur des portes battantes, appelle les siens à la rescousse. Le malicieux Kiki s’exclame : « C’est bon ! Je l’ai retrouvé ! Jabu ! Tatsumi est là ! » Les deux acolytes du comptoir se redressent alors pour articuler difficilement : « Oui je suis là ! » _ « Félicitations Kiki, le congratule le Saint de la Licorne d’un ton assuré. Je savais qu’on pouvait compter sur toi. » Jabu, casque sous le bras, tapote sur la touffe de cheveux du gamin : « Tu peux retourner auprès de ton maître à présent. On s’occupe de Tatsumi. » Derrière lui, les colossaux Geki et Ban emboîtent le pas à Ichi et Nachi. Le Saint de l’Ours s’adosse à côté du majordome passablement éméché, tandis que Ban profite de son statut de sergent pour sermonner le dernier rescapé des festivités : « Alors soldat ! Dans quelle tenue vous trouvez-vous ? C’est le triomphe d’Athéna aujourd’hui. Dans peu de temps elle sera parmi nous. Alors je t’encourage à ramasser tes équipiers et à vous jeter dans la fontaine la plus proche afin d’être frais pour l’accueillir ! » Le malheureux, la tête bourdonnante, s’exécute devant des Ichi et Nachi hilares. Pendant ce temps, Geki secoue Tatsumi : « Dis-moi Tatsumi. Ces gars là, ce n’était pas les mecs qui voulaient te trucider en même temps que Mademoiselle Kido cette nuit ? _ Si. Mais ils étaient dans le faux comme beaucoup. Dès qu’ils l’ont compris, ils ont juré fidélité et obéissance à Mademoiselle Kido, en disant cela il se redresse et plaque son poing contre son c½ur, comme moi, ils donneront leur vie pour Athéna. Il y en a même un qui a accepté de porter mon nom en hommage au grand guerrier que je suis, conclut-il devant son partenaire au garde à vous après cette annonce ! _ C’est bien beau tout ça, lui dit Jabu en le tapotant dans le dos, mais tu n’as pas oublié que Mademoiselle Kido allait bientôt se présenter à tout le Sanctuaire. Il serait de bon ton que tu sois des nôtres. _ Mince, s’écarquillent aussitôt les petits yeux noirs du majordome ! Mon estomac gargouille, j’ai mal au crâne et je n’ai rien à me mettre ! _ Tiens grand dadais, lui dit Nachi en lui tendant son smoking ! Tu l’avais laissé dans le jet avec lequel vous êtes venus. _ Oh ! Il se précipite vers son compatriote pour le récupérer ! Mer… Oh… » Le geste est certainement trop brutal, il vomit en pleine course, déversant l’alcool non digéré aux pieds d’Ichi, trop hébété à ricaner depuis le début pour esquiver. Cette fois-ci, se sont ses amis qui s’esclaffent alors que lui a les jambières de sa Cloth imprégnées d’acide gastrique.
Plus loin, dans l’étable d’un marchand, une jolie demoiselle aux yeux verts, aux lèvres pulpeuses et aux nattes prune, ajuste sa tunique volontairement dégrafée à hauteur de sa généreuse poitrine. Pour beaucoup de femmes au c½ur libre du domaine, l’arrivée de nouveaux chevaliers accompagnants Athéna est l’occasion rêvée de se mettre en valeur. Néanmoins, pour cette vénusté, cela signifie le retour de son amour d’enfance. Ignorant tout de l’état physique dans lequel se trouve Seiya, Filia, actrice principale de la résistance menée par les habitants du Sanctuaire lors de l’oppression de Saga, aimerait séduire à nouveau celui dont elle s’est éprise au fil de leurs rendez-vous amoureux d’antan.
A l’autre bout du monde, au Japon, l’ambiance est moins festive dans l’hôpital de la Fondation Graad. Sagement couchée dans sa chambre, vêtue de sa blouse de patiente, le Saint de bronze du Caméléon lit une revue. Cette blonde au visage angélique tourne les pages à une vitesse folle, n’arrivant pas à se concentrer sur l’une d’elles. _ « Shun, murmure-t-elle encore en regardant par la fenêtre de la chambre par laquelle Marin était passée quelques jours plus tôt… »
Soudain, devinant à la hâte des pas venant du couloir que son attente allait être récompensée, elle réajuste son masque sur son visage. Aussitôt, on frappe à la porte. Sans qu’une seconde tentative ne soit lancée, June s’empresse de crier : « Entrez ! » Son masque cache son visage figé, dans l’attente d’une nouvelle de l’homme qu’elle aime. Sa gorge est nouée. Son c½ur ne bat plus. D’abord Daichi, le plus petit, Ushio, marqué d’une balafre à la joue, puis Sho, tenant un magnifique bouquet de roses jaunes, s’engouffrent dans la salle. _ « Bonjour June, commence le Saint d’Acier à l’élément Céleste qui se veut bien trop formel. _ C’est bon ! Ils ont gagné ! Athéna a remporté la victoire, le devance alors Daichi ! _ Nous avons reçu un fax au quartier général, envoyé depuis des messagers du Sanctuaire à Athènes pour nous en informer, confirme Ushio. _ Et Shun, bondit June de son lit alors qu’elle tremble encore de fatigue ?! _ Il est convalescent. Le pronostic vital est engagé, mais il s’en sortira, pense Sho. _ Il est soigné au Sanctuaire c’est ça, demande-t-elle en se dirigeant fébrilement vers sa penderie ? _ Je pense qu’il serait préférable que tu restes parmi nous, le temps que tu sois remise de tes émotion, lui dit Ushio. _ C’est ce que Shun voulait en te laissant auprès de nous, confirme Sho en déposant le bouquet sur le chevet. Lorsque tu seras remise, nous pourrons profiter des moyens de la Fondation Graad pour te faire rejoindre le Sanctuaire. Mais en attendant, me doutant que tu ne tiendrais pas en place ici, je te propose de venir avec nous au quartier général. Tu pourras t’y reposer tout en ayant en temps réel les informations qui nous parviennent de Grèce. » Contrainte de se rasseoir sur son lit, elle hoche la tête pour approuver cette décision.
En Grèce, au Sanctuaire, à la périphérie d’Honkios, les mains magnifiquement manucurées de Saori soulèvent légèrement sa robe blanche pour éviter de la salir. Dans la forêt luxuriante où se situe entre autres le camp des femmes chevaliers, la jeune femme fixe ces environs qui sont imprégnés dans sa mémoire de déesse. Mû remonte à la surface les souvenirs de sa souveraine qui marche à ses côtés avec une démarche noble. _ « … et donc, dans cet ancien petit temple, dont peu de monde connaît l’existence, se trouve la Source d’Athéna. _ C’est donc là que vous avez amené Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki. _ En effet. Ce lieu de soin miraculeux était indispensable pour maintenir vivant nos amis, qui agonisaient de leurs blessures. » A mesure qu’ils s’enfoncent dans la forêt, la vue est de plus en plus dissimulée par d’épaisses branches touffues qui tombent du haut des arbres jusqu’au sol. De plus en plus sombre, le bois contribue à renforcer le mystère. _ « La tenue austère de cette flore n’est sans doute pas étrangère au fait que la Source d’Athéna soit si méconnue du peuple. » Inconsciemment, sentant la présence de ses amis, la divinité presse le pas, faisant voltiger sa robe autour d’elle. _ « Exactement. De plus, une cosmo énergie oppressante, la vôtre, fait ressentir aux plus faibles un profond malaise qui accroît l’envie de rebrousser chemin. Patience Athéna, lui barre la route Mû tandis qu’elle accélère ! _ En tant qu’Athéna, il est tout naturel que je m’inquiète pour mes Saints. De plus, c’est par ma faute qu’ils… _ Absolument pas. Ils sont chevaliers. C’est normal qu’ils se blessent ou qu’ils meurent en votre nom, Athéna. Et pour cela, vous devez être fière d’eux. » Erudit, le Saint d’or ressent parfaitement que la femme qui lui fait face n’est pas Athéna mais Saori Kido. Seulement, au vu de l’importance de son rôle, tout en la préservant, il refuse de s’apitoyer. Seulement, la réaction de Saori le désarçonne : « Prenez-moi dans vos bras. S’il vous plait, Mû. » D’abord, Mû ne réagit pas. Il reste droit, la bouche entrouverte. Ne sachant que faire. Le regard persistant de sa déesse le déstabilise. Hésitant encore l’espace d’une seconde, le Bélier écarte finalement les bras, embarrassé, pour l’accueillir contre sa Cloth. Malgré cette barrière d’or, solide et froide, il sent cogner fort le c½ur troublé de la douce créature. L’aura qui se dégage d’elle l’accapare totalement. Instinctivement, il se sent totalement soumis et comblé de l’être. _ « Si je venais à perdre Seiya… » Cette remarque prouve au Muvien que la jeune femme, aussi puissante puisse-t-elle être, sait également se montrer encore plus fragile que la légère tenue de soie qu’elle porte et dont il préfère ne pas imaginer les courbes généreuses dont elle s’imprègne. Comme pour s’extirper de ses mauvais songes provoqués par cette étreinte fortuite, il se racle la gorge avant de la rappeler à son devoir : « Il est inconcevable qu’Athéna ne porte son amour qu’à un seul Saint. L'amour d'Athéna doit être équivalent pour chaque chevalier. » Cette phrase interpelle la raison d’Athéna qui soustrait Saori à ses obligations de déesse : « Euh… En effet Mû. Je m’égare. Reprenons notre chemin si tu le veux bien. » Les fragments du passé revenant toujours un peu plus à Saori, Mû la laisse reprendre les devants. Il s’efface, songeur : « On dit que le plus dur est de gagner la guerre. Je dis que le plus dur est de maintenir la paix. Athéna a triomphé. La plus grosse difficulté aujourd’hui pour elle est de tout reconstruire. Il faut rebâtir une armée, faire valoir son statut, se faire reconnaître auprès des siens et préparer l’avenir. Néanmoins, pour cette Athéna là, l’épreuve la plus éprouvante, va sûrement être de combattre… Saori Kido. » Soudain, une barrière de liserons bourgeonnants bloque le chemin et le ramène à lui. Il emboîte le pas à Saori pour écarter la végétation de son bras et dévoiler une voûte de fleurs. Celle-ci trace un chemin parfumé et coloré. _ « Autrefois, la Source d’Athéna n’était qu’un temple comme tant d’autres, où les chevaliers et les soldats blessés attendaient que la mort vienne les chercher. Il s’agissait de l’anti-chambre de la mort pour ceux qui avaient risqués leurs vies pour la justice. Face à ce macabre rituel, depuis les hauteurs de la statue d’Athéna, on dit qu’une larme tomba. A cet instant, doté d’un cosmos charitable et puissant, la larme enveloppa le temple et ses alentours. Elle guérit les hommes et alimenta sans cesse l’eau qui s’écoulait dans les fontaines… Personnellement, il me parait plus juste de croire qu’une de vos précédentes réincarnations s’est rendue ici où étaient réunis des Saints agonisants et que de chagrin ses larmes se mêlèrent au court d’eau qui nourrit ce lieu… » Saori débouche sur un jardin aux pétales tourbillonnant légèrement au gré du vent. Plusieurs statues, à l’effigie de soldats et de chevaliers d’Athéna, trônent sur l’herbe épaisse et douce. Concernée, Saori progresse jusqu’à un autel. Celui-ci représente un chevalier au sol qui redresse le buste, réagissant à la main tendue d’Athéna, venue le relever après la bataille. _ « Il existe plusieurs lieux sacrés qui permettent aux Saints de se ressourcer, continue Mû. Comme l’île Kanon par exemple. Cependant, aucun n’est plus bénéfique que la Source d’Athéna. » La petite fille de Mitsumasa Kido lève ses yeux au ciel et distingue à travers les branches des arbres, surmontant l’épreuve des âges, dressé autour de colonnes ébréchées, ce temple si fondamental. Légèrement surélevé, bercé par l’écoulement de cette eau nourricière et légendaire, l’abri de pierre blanche voit les différents fleuves et ruisseaux du Sanctuaire se regrouper à proximité de lui. Dans son sillage, dans l’horizon, la statue d’Athéna, à l’expression noble et harmonieuse, est parfaitement visible. Les quelques mètres qui séparent Saori de l’entrée, lui semblent être les plus longs de sa vie. Il lui tarde de retrouver ses compagnons si chers. En surgissant au beau milieu de l’immense salle, elle ne remarque pas les pourtours minutieusement travaillés, jouissant de magnifiques statues gravées dans la pierre. Pas plus que le marbre au sol projetant un reflet glaçant. L’immense fontaine, sculptée dans le même marbre blanc que les colonnes qui tiennent la voûte peinte en marine, sans cesse alimentée par les eaux claires de l’extérieur, passe également inaperçue. Le regard de la déesse pulpeuse demeure sur ces lits de pierre drapé de linges blancs où sont étendus ses cinq fidèles sujets. Leurs corps sont pansés. Leur peau n’est presque plus visible sous les bandages qui couvrent leurs multiples contusions et maintiennent leurs membres fracturés. Si bien qu’il est presque impossible de voir leurs visages. Cependant, il en faut plus à Saori pour ne pas reconnaître ses valeureux héros. La présence à leur chevet d’Aiolia, Shaka et Milo, tout juste arrivé, la rassure. Les visages sereins des hommes forts du domaine calme ses angoisses. A proximité, Shoko, Maria, Erda, Mii et Xiao Ling, aux toges immaculées, réajustent régulièrement les draps qui réchauffent les miraculés. Certaines d’entre elles, notamment Shoko envers Milo, proposent quelques rafraîchissements aux Saints d’or, devenus de véritables gardiens du temple. Plus en retrait, Katya, elle, apporte des serviettes fraîches afin de nettoyer les plaies lors des changements de bandes. Sans même s’y attarder, Saori ressent un profond malaise dans le c½ur de cette prêtresse qui ne daigne pas poser les yeux sur elle. Mais ce qui retient le plus l’attention de la divinité guerrière, plus encore que celle de Shaka veillant sur Ikki, Aiolia sur Shiryu, Aldebaran sur Shun, ou Milo sur Hyoga, est celle de Shaina qui tient la main de Seiya. Encore pansée après la bataille, sans son armure, agenouillée près de son corps presque éteint, la Saint d’argent cramponne fermement le Japonais. Sa tête masquée, baissée, semble prier Athéna pour que Pégase aille mieux. Ses supplications sont si passionnées, qu’elle est la seule à ignorer la présence de l’éminence du Sanctuaire. Pendant que tous s’agenouillent pour rendre à Athéna les hommages qui lui sont dus, Saori constate : « Que ce soit au Japon avec Miho, ou en Grèce avec Shaina, il n’y a pas de place pour Saori dans le c½ur de Seiya. La fatalité de mon statut certainement. Oui, désormais je suis… » Faisant apparaître son sceptre dans sa main droite, Saori le plante fermement dans le sol et poursuit à voix haute en s’adressant à tous : « Je suis la réincarnation d’Athéna en ces temps modernes. Si nous avons combattu les maléfices du Grand Pope, d’autres batailles nous attendent. Seiya de Pégase, Shiryu du Dragon, Hyoga du Cygne, Shun d’Andromède et Ikki du Phénix ont prouvé leur bravoure. Je vous suis à tous reconnaissante de veiller sur eux maintenant que vous avez reconnu leur valeur. » Encore plus que les autres, comme s’il est le premier à la reconnaître et à la vénérer comme Athéna, Mû s’incline davantage, satisfait de la position adoptée par Saori. D’un léger mouvement de jambe, comme si elle se retenait de se précipiter vers son dévoué Seiya, Saori s’interdit toute conduite sentimentale. En commençant par Ikki, elle se contente de tenir à chacun pendant quelques instants la main. Sans toutefois ne pas éprouver une sensation plus fusionnelle au contact de Seiya. Enfin, elle rebrousse chemin en congratulant l’application des prêtresses quant aux soins prodigués. Derrière elle, Mû, mais aussi ses quatre compagnons, le Taureau, le Lion, la Vierge et le Scorpion, suivent ses pas. Puis, d’un pas lent, obligé, Shaina ferme la marche. Ils laissent tous les Saints de bronze aux prêtresses, Shoko saluant sans la moindre discrétion Milo. Le Grec est aussi gêné que les camarades de Shoko, tandis qu’Aldebaran, Aiolia et Athéna sourient, amusés de cette attention alors que Mû, Shaka et Shaina demeurent plus solennels malgré que vienne le temps de la décontraction. Seule Katya, en retrait, ne semble décidemment pas prendre part à la scène.
A l’autre bout du monde, où le soleil lorsqu’il apparaît n’est pas assez chaud pour permettre aux Asgardiens de se réchauffer, les crépitements du bois dans la grande cheminée ambiancent la chambre d’Hilda au Walhalla. La maîtresse des lieux, représentante d’Odin sur Terre, caresse ses fins cheveux de la main gauche, tandis qu’elle soulève un verre de vin de la main droite. Couchée sur la peau d’un ours polaire, observant le feu, elle reste absorbée par l’immense foyer, tandis que sa jeune s½ur est à l’opposée de l’appartement. Depuis le Sanctuaire jusqu’aux confins de la planète, l’éveil cosmique d’Athéna lors de la nuit dernière n’est pas passé inaperçu. _ « Et qu’est-ce que cela va changer pour nous, se hasarde à demander Freiya en entortillant ses boucles blondes dans ses doigts ? Nos conditions de vie seront-elles meilleures ? _ Chère petite s½ur, quel que soit le sort du monde, notre mission est de survivre en ces lieux et de prier Odin afin qu’il sauvegarde cette planète. Si le retour d’Athéna est une garantie de paix pour les hommes, les appels à Odin sont, eux, des gages de préservation de la vie humaine sur Terre. Si demain nous venions à abandonner ce pourquoi nous sommes nés, alors le monde se retrouvera sous les eaux. Et quoi qu’il arrive je condamnerai davantage notre peuple en lui promettant des contrées ensoleillées. _ Mais c’est horrible ! _ C’est notre destin. Le mien, mais aussi le tien. S’il venait à m’arriver quoi que ce soit, tant qu’il n’y aura pas d’héritier au trône de Polaris, tu devras assurer mon rôle. _ Que… Pourquoi dis-tu cela grande s½ur ? Tu me fais peur. _ Simplement parce que le retour d’Athéna sur Terre annonce également le retour de ses véritables ennemis. Le Sanctuaire a beaucoup souffert de sa guerre interne. Si bien qu’un jour ou l’autre, il nous faudra prêter main forte à Athéna pour maintenir l’équilibre de la paix. Je pressens un grand danger qui nous menace. Tout risque de se jouer en notre époque. _ En as-tu parlé à Siegfried ? _ Tu le connais, si je venais à lui en parler, il s’inquiéterait encore plus que toi. Je compte donc sur toi pour t’assurer qu’Asgard reste dans le droit chemin dicté par Odin, quoi qu’il puisse m’arriver un jour. Pour cela tu pourras compter sur Lyfia. » Leur femme de chambre et amie, restée en retrait, hoche la tête en guise d’approbation.
Dans d’autres contrées toutes aussi froides du nord de l’Europe, le souffle du vent siffle dans la citée en reconstruction de Blue Graad. Là-bas, à l’extrême nord de la Sibérie, malgré les énormes pierres qui forment les parois du palais, le froid n’a de cesse d’affaiblir le peuple que le nouveau roi, Alexer, a recueilli dans son château. Pendant que Natassia et les soldats veillent au rationnement des villageois, le Blue Warrior, seul être capable de supporter cette baisse extrême des températures, reste au sommet de la plus haute tour du palais. Couvert de sa Cloth, les yeux fermés, il sourit : « Même si les températures restent dures à supporter depuis notre Guerre Sainte contre Asgard, le retour d’Athéna dans son Sanctuaire devrait nous être bénéfique. Sa conscience divine va rapidement s’éveiller et les prières de notre peuple seront vite entendues. Son cosmos amoindrira les caprices de la météo. Cela favorisera la reconstruction de la citée après le cyclone qui nous a frappé lorsque les Asgardiens étaient là. » D’un bond gracieux, il se laisse glisser par la pente d’un toit enneigée et se réceptionne bien plus bas sur le parvis du palais. Ses yeux fixent l’horizon : « Ksénia… Qui étais-tu réellement ? Malgré tout le mal que tu as pu me faire en me poussant à fomenter un coup d’état contre mon père, le Roi Piotr, mon c½ur souffre encore. Te voir me manque, même si je te devine ennemie d’Athéna. J’aimerai t’embrasser une dernière fois avant de te donner la mort. Car désormais, je vouerai ma vie à Athéna afin d’assurer la paix et d’expier mes crimes envers mon père et notre peuple. »
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« on: 11 November 2020 à 14h10 »
NEWS
Cette version du chapitre 11 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 1er November 2020 à 19h17 »
Chapitre 66
En Grèce, au Sanctuaire, le tocsin retentit à travers tout le domaine. Des bourgs les plus reculés, au centre du domaine, en passant par les villages qui longent les remparts, les cloches alertent la population et fait mettre les gardes en rang.
Encore plus dans Honkios, la ville principale du domaine sacré que dans le reste du domaine, l’annonce d’un danger imminent renforce la présence des soldats. Au milieu des allées et venues des gardes, quelques rumeurs vont bon train. _ « Le danger provient du Japon ! _ Seiya, un homme devenu Saint ici serait le meneur de ces renégats ! _ Le Saint d’or Aiolia est devenu leur allié ! _ Le Grand Pope aurait envoûté le Saint du Lion pour qu’il reste fidèle à Athéna ! _ Les traîtres arrivent avec une jeune femme qui veut se faire passer pour Athéna en personne ! _ Ils seraient parvenus à vaincre les Saints d’argent ! » Celles-ci se répètent et s’amplifient dans l’atelier de Saül, le forgeron le plus réputé du domaine. Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire qui observe de ses petits yeux inquiets les guerriers qui viennent se servir sous les ordres de Phaéton. L’ancien général, déchu après ses nombreux échecs, refuse de laisser passer sa revanche : « Merci Saül pour tes services. » D’un air désabusé, l’homme aux cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu précise : « Je vous en prie. Il m’en reste tout un stock. Cela fait des années que je m’attache à créer armes et protections pour nos hommes. Néanmoins, les effectifs se sont considérablement amoindris ces dernières années. » Phaéton recule son visage tant l’haleine alcoolisée de Saül est désagréable : « Au lieu de dire cela, tu pourrais épauler ces hommes et m’accompagner à chasser ces traîtres non ? Après tout, tu es Saint toi aussi ! _ Cela fait bien des années que je n’ai pas combattues. Je préfère laisser ça à d’autres. Et puis, si cette femme qui débarque et ces garçons qui l’accompagnent sont du côté des forces du mal, que peuvent-ils espérer contre nos Saints d’or ? » Phaéton choisit de ne pas relever la volontaire provocation de l’inactif chevalier qui a déjà préféré renoncer à gêner Yulij et Médée lorsqu’elles se sont révoltées contre le Sanctuaire.
Prévenu par les clochers des temples et les crieurs sur les places publiques, le peuple, encore traumatisé par les évènements de la Journée Sainte qui ont conduit à la Guerre Sainte contre Hébé il y a plus d’un an et demi, se presse de regagner sa demeure et de s’y barricader. Les commerçants remballent leurs étalages et quittent les marchés. Les artisans ferment boutiques. Des abbés accueillent dans leurs temples les courageux villageois qui ont bravé leur peur pour venir invoquer la bonne grâce d’Athéna.
Dehors, la jolie Filia, camarade de Seiya durant ses années d’entraînement ici, se faufile dans les allées désertées. La fille de marchand tortille d’angoisse ses nattes brunes avec ses doigts. Elle écarquille ses grands yeux couleur prune lorsqu’elle croit tomber nez à nez avec une patrouille en faction. Heureusement, elle réussit à rebrousser chemin et arrive à destination en s’engouffrant dans une maison où quelques habitants de tout âge sont réunis : « C’est bien ce que nous pensions. La chute progressive des lieutenants du Sanctuaire est due à une bataille menée contre des chevaliers qui se sont rebellés contre cette gouvernance tyrannique du Grand Pope. Tout va se jouer aujourd’hui. Nous allons savoir si cette dictature sanglante est réellement du fait d’Athéna. » Tout autour, dans les villages, d’autres regroupements discrets partagent les informations obtenues à Honkios. Le peuple qui doute depuis quelques mois maintenant de la politique de répression du Grand Pope attend de pied ferme cette bataille fratricide.
A la sortie de la place principale, à proximité du colisée, les mains soulevant un cageot de pommes remplies à lui en cacher la vue, une prêtresse à la chevelure rosée se précipite en direction des douze maisons. Maladroite et pressée, elle rencontre toutes les difficultés du monde à garder son chargement intact. Les coins fissurés d’une des marches de pierre achèvent sa course. Elle trébuche en renversant sa marchandise. Les fruits volent dans les airs. Alors qu’une servante lambda s’écraserait lourdement au sol, ses grands yeux magenta s’écarquillent tandis qu’à la vitesse du son, elle capte chaque pomme avant que celles-ci ne s’écrasent à terre. Toutes. Toutes à l’exception d’une seule. Trop courte, pas assez rapide, la prêtresse n’a pas le temps de grimacer que la pomme disparaît de son champ de vision. A la place, une lumière aveuglante et dorée l’éblouit. Devant, cape et cheveux bleus ondulés voguant au gré de la légère brise, le Saint d’or qui a capté le fruit qu’il croque à pleines dents ne lui parait pas inconnu. La voix de Milo qui lui tourne toujours le dos lui est même familière : « Drôle de coïncidence après la menace d’Eris et de sa Pomme d’Or que nos retrouvailles se fassent autour de ce fruit. » Shoko se redresse et pose le cageot en restant bouche bée. Milo se retourne pour la dévisager : « Et encore plus surprenant de te revoir avec un cosmos entraîné ! _ Vous… Vous êtes… Milo du Scorpion… Ce… Celui qui m’a sauvé il y a deux ans ! » Sans s’en rendre compte, elle rougit en remarquant qu’il est bel homme. Autrefois subjuguée par sa Cloth d’or, elle n’a d’yeux aujourd’hui que pour ce visage dur et ces beaux yeux bleus. A son tour, Milo remarque qu’elle est devenue une jolie jeune femme mais ne s’en émeut pas. Il dresse l’ordre de rassemblement du Pope avant de s’éclipser : « Tu me pardonneras mais je n’ai pas le temps de bavarder davantage. Le Grand Pope me convoque et tous ces clochés qui donnent l’alerte ne doivent pas y être étrangers. Je t’invite à rentrer au plus vite dans votre temple des prêtresses et de vous barricader le temps que la menace soit écartée. _ J’y comptais bien, c’est pour ça que je cours avec ce ravitaillement. _ Alors presse-toi plus prudemment, sourit-il avant de tourner les talons. » Avant qu’il n’augmente la cadence et ne se dérobe à elle, Shoko l’interpelle : « Attendez… Chevalier Milo… » Gênée de l’apostropher de la sorte, elle marque un temps d’arrêt avant de poursuivre : « … Je voulais savoir pourquoi chaque fois que je passe par votre temple, je ne vous y trouve pas pour consulter mon autorisation de passage ? » Dos tourné, Milo baisse la tête : « Et bien, vois-tu, nous ne nous sommes pas revus depuis le jour où… Où… _ Où ma s½ur est devenue Eris c’est ça ? _ En effet. Lorsque je t’ai vu devenir une servante, je n’ai pas eu le courage d’affronter ton regard à nouveau après y avoir lu une fois le désespoir. » Sans crier garde, Shoko passe devant Milo et lui prend les mains avant de plonger son regard dans le sien. En effet, ses yeux sont embrumés. Mais ils ne témoignent en rien de l’affliction. Au contraire, ils sont reconnaissants : « Pourtant, depuis ma nomination à devenir prêtresse, j’attends le jour de notre rencontre. Vous m’avez sauvé la vie et… Même si nous n’avons pu empêcher à ma s½ur un drame… Notre rencontre m’a permis d’ouvrir les yeux sur les fondements réels de la vie et ce qu’avait à m’apporter une dévotion envers Athéna. C’est pour cela que je travaille avec acharnement à devenir Saintia comme Kyoko. » Milo ne sait que répondre à cela. Maladroitement, un sourire en coin, il se défait des mains de Shoko et reprend sa route. Au moment de la croiser, il glisse la main gauche contre sa frêle épaule gauche. Le contact sur sa peau dénudée fait frémir l’assistante d’Athéna tandis qu’il rétorque avant de poursuivre sa route : « Si notre rencontre a été pour toi une révélation, alors sache que cet aveu me donnera la force aujourd’hui de repousser l’envahisseur. Ne tarde pas à présent. Rentre vite te mettre à l’abri et poursuis ton entraînement et tes prières. Qui sait, peut-être un jour combattrons nous côté à côte pour la protection d’Athéna ? » Avant qu’il ne disparaisse, elle s’époumone : « Merci chevalier Milo ! Je prierai Athéna pour vous ! »
Au même moment, à l’autre bout du monde, Nicol et Mei d’un côté, Médée et Yulij de l’autre, se remettent difficilement de leurs émotions après les combats menés dans la jungle mexicaine. Dans le secteur de Nicol et Mei, les garçons approchent les Jaguars prisonniers faits par la Chevelure de Bérénice. Les deux guerriers humanoïdes essaient de se défaire des liens matérialisés par les cheveux de Mei sans succès : « Calmez-vous les monstres. On a quelques petites questions à vous poser. » Un des Jaguars tournent la tête en guise de refus catégorique. Instantanément, deux fils viennent percer sa gorge pour lui offrir une mort lente et douloureuse. _ « Tu es fou, s’exclame Nicol tout autant surpris que le dernier captif ?! _ Tu as cru qu’ils auraient droit à un traitement de faveur, rétorque sèchement Mei. Ce sont des monstres. Tu as vu ce qu’ils ont fait aux deux étrangers qui gisent là-bas ? Sans parler de ce qu’ils comptent faire à ceux qu’ils ont enlevés. » Deux autres fils menaçant approchent en même temps le visage du dernier Jaguar qui se résigne : « D’accord, d’accord… Que voulez-vous savoir ? _ Pourquoi tuez vous des gens ? » Le condamné précise : « Nous ne les tuons pas. Nous les offrons au soleil pour contenir son courroux… »
Simultanément, entourées d’une vingtaine de cadavres ennemis, Yulij et Médée questionnent l’adversaire couvert du pelage d’un jaguar que la Saint de bronze du Sextant a fait prisonnier. _ « A quoi cela vous sert-il d’écorcher vos animaux, demande Yulij encore toute endolorie ? » Le guerrier grogne pour montrer son hostilité mais Médée compte l’apprivoiser en pressant du talon sa plaie à la cuisse. L’homme la défie du regard sans plier alors Médée appuie plus fort. Le soldat passe sa main devant sa bouche pour retenir sa douleur et ne pas montrer ses faiblesses aux deux Saints. Yulij se positionne alors au-dessus de l’autre jambe et d’un coup sec lui brise le genou. Cette fois-ci, il abdique : « Nous ne le faisons pas par plaisir, hurle-t-il de souffrance ! Nous le faisons pour représenter les aspects de Tezcatlipoca… »
D’un calme olympien, Nicol commence à presser le Jaguar : « Qu’est-ce que tu entends par le courroux du soleil ? Parle ! » De peur de finir embroché comme son camarade, il poursuit : « Je n’en sais pas plus, seuls les lieutenants et le grand Prêtre de Tezcatlipoca sont informés de ce qui va se passer. Le soleil choisira de détruire ce monde et nous, les Jaguars, serons les fers de lance d’une nouvelle ère. _ Les Jaguars, relève Mei ? » Le thérianthrope arbore ses canines en souriant fièrement : « Il s’agit des combattants au service de Tezcatlipoca. Des hommes et des femmes qui manipulent l’énergie cosmique qui vit en eux… »
Plus loin, Médée poursuit son interrogatoire : « Et ce jaguar humanoïde qui dictait les ordres. Quel type d’être est-il ? » Le prévenu entre les mains des femmes poursuit sous la menace : « … Il était un homme. Comme moi. Certains d’entre nous font montre d’un cosmos suffisant pour s’élever au rang même de Jaguar. Leurs corps prennent la forme de notre animal emblème et présentent une résistance semblable à celle que peuvent avoir des combattants en armures comme les Saints d’Athéna ou les Marinas de Poséidon. Les armures matérielles, elles, on les appelle des Nahuals. Les seuls Nahuals sont ceux de Tezcatlipoca et du Prêtre Necocyaotl. _ Même sans Nahual, ce Jaguar semblait très puissant, avoue Yulij. »
A l’opposé, Nicol pose la même question concernant la femme qui les a mis hors de combat : « Cette femme était très puissante, qui est-elle ? »
Les deux détenus répondent de la même façon : « Il s’agit d’un lieutenant du Prêtre Necocyaotl. Tezcatlipoca peut compter sur Necocyaotl. Le Prêtre a, en plus du clergé, à sa disposition quatre lieutenants qui dirigent les Jaguars. »
De leur côté, Mei et Nicol reviennent sur les sacrifices au nom du soleil : _ « Ce soleil, c’est lui qui dicte sa conduite à Tezcatlipoca n’est-ce pas, insiste Nicol ? » Le Jaguar s’insurge : « Insolent ! Personne ne dicte sa conduite au Grand Tezcatlipoca. Tezcatlipoca agit par reconnaissance envers celui qui l’a libéré du sceau d’Athéna. En confiant son propre sceau, celui du soleil, il inonde le Nahual de Tezcatlipoca de la chaleur nécessaire à ses pleins moyens. »
Les femmes, elles, préfèrent découvrir la citée des Jaguars. _ « Où se trouvent Citlali, enquête Médée ? » Le guerrier ramasse discrètement la machette dont disposait Achcauhtli : « J’en ai déjà trop dis. » Dans un dernier sursaut, il espère empaler Yulij. Celle-ci, plus véloce, l’achève en balançant son arcane : « Falling Stars ! »
Enfin, le Jaguar retenu par Mei et Nicol se ferme de la même manière : « Tuez-moi à présent. Je ne dirai pas un mot de plus. » _ « D’accord, accepte Mei qui comprend qu’il n’en tirera plus rien. » En disant cela, l’élève de Deathmask le terrasse de sang froid et plus rapidement que le précédant Jaguar. Deux de ses cheveux lui transpercent le cerveau en passant par les tempes. _ « Il est temps de retrouver Yulij et Médée, décrète Nicol en regardant la dépouille s’écrouler au sol. »
En Grèce, les hautes portes qui mènent au trône du Grand Pope sont grandes ouvertes. L’immense salle fait résonner les pas de l’immense Saint du Taureau jusqu’à ce que ceux-ci soient amortis par le long tapis rouge de la salle d’audience où Shaka l’attend déjà. _ « Dès la convocation reçue, j’ai quitté la maison du Taureau. Comme chaque fois, je m’attendais à arriver en premier. _ Cela fait donc la deuxième fois que je te devance, répond d’un ton monocorde le chevalier aux yeux clos, la dernière fois c’était… _ C’était il y a plus de sept ans, lorsque Cronos a été le Sanctuaire. Et comme à l’époque, j’imagine que si tu étais là avant moi c’est que tu étais déjà avec le Pope et que tu as reçu directement son ordre n’est-ce pas ? Tu pourras donc peut-être m’expliquer alors pourquoi des gardes sont postés devant la maison du Lion et au niveau du passage secret afin de s’assurer qu’on n’y pénètre pas, sur ordre du Pope ? J’ai moi-même vu la missive frappée du sceau du Pope que m’ont dressé fermement chaque fois ces soldats ! _ Je l’ai vu également lorsque j’ai voulu emprunter la maison du Lion pour venir jusqu’ici, confirme Deathmask qui entre à son tour. Aiolia serait-il encore puni pour son tempérament ? _ Surveille tes paroles Deathmask, proteste Aldebaran qui déteste qu’on dénigre son camarade ! _ Allons, suit Shura, si le Lion est assigné à résidence, c’est qu’il y a une bonne raison. Après tout ce qu’il a déjà accompli par le passé, je ne vois pas pourquoi nous nous emportons à son sujet. _ Nous sommes tous rassemblés ici parce que le Sanctuaire semble en danger, rappelle Camus qui apparaît à son tour. _ Néanmoins, la remarque d’Aldebaran envers Shaka est juste, tempère Milo qui entre à son tour, j’ai moi-même était contraint par la garde d’éviter le temple du Lion… _ … Shaka semble savoir quelque chose que nous ignorons, complète Deathmask. _ Maintenant que nous sommes complets, Shaka va pouvoir nous dire de quoi il en est, propose Aphrodite en dernier arrivant. _ Ce n’est pas à Shaka de parler, gronde la voix de Saga derrière les tentures rouges du fond de la salle. » Tous devinant l’arrivée du Grand Pope, se mettent en ligne et s’agenouillent. Le souverain sort de la chambre d’Athéna et observe immobile ses sujets. Docilement courbés, le casque en main, les yeux clos, ils patientent sans broncher qu’il reprenne sa marche jusqu’à son siège. Toutefois, l’attente est longue. Le pontife réfléchissant à la ruse qu’il va devoir afficher : « L’irruption de Shaka lors de ma confrontation avec Aiolia était inattendue et salvatrice. Shaka, secoué par une attaque du Lion, ne m’a pas vu frapper Aiolia du Genro Mao Ken. Lorsqu’il est revenu à lui, Aiolia était de nouveau docile. Je l’ai fait raccompagner sous haute escorte après avoir imprégné dans son cerveau que personne ne pouvait franchir sa maison. J’avais peur que le passage de ses semblables dans sa demeure ne réveille trop vite la bombe à retardement que j’ai programmé. » Le malaise instauré par l’arrêt du Grand Pope, calme les ardeurs de ses sujets. _ « Aiolia est revenu en effet du Japon avec le c½ur remplit de doute, reprend enfin Saga en se dirigeant à sa place. La visite impromptue de Shaka m’a aidé à le ramener à la raison, Shaka pourra vous rassurer à ce sujet, enjoint-il son chevalier en prenant place dans son fauteuil. _ Absolument, parle doucement la Vierge. Nous nous sommes frictionnés quelques instants. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, Sa Majesté le Grand Pope semblait avoir réussi à le remettre sur le droit chemin. _ A l’heure qu’il est, j’ai demandé qu’il soit seul à méditer, sans qu’on l’importune, afin qu’il soit libéré du moindre doute à l’aube de retrouver ces Japonais. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est pour cela que je vous ai convoqué au Chrusos Sunagein ! »
Plus bas dans le domaine sacré, un éclat doré autre que le soleil éblouit ce matin d’hiver au Sanctuaire. Parmi les villageois qui découvrent un oiseau d’acier se poser dans l’arène d’Honkios, certains sont ramenés à eux, comme Filia, par un homme en or qui traverse la ville. Ce dernier, accompagné d’un garnement aux cheveux roux, un pas posé en direction de la montée des douze maisons, se retourne en direction du jet privée de la Fondation Graad. Avec un sourire en coin, il s’adresse au jeune garçon : « Elle est parvenue à passer outre la barrière de cosmos du Sanctuaire avec un engin moderne qui plus est. Le doute n’est plus permis Kiki, Athéna est parmi nous, concède Mû à Kiki. _ Nous arrivons juste à temps, sourit à son maître le chenapan. » Pendant que Mû devance Saori et les siens, Filia est loin de s’imaginer que les villageois s’apprêtent à vivre plus de douze heures d’angoisse. Les heures les plus longues de leur vie…
Au sommet, Saga conclut : « … Après avoir usé de complicités, sans lesquels ils n’auraient pu assurément décimer la quasi-totalité de l’ordre des Saints d’argent, voilà qu’ils s’attaquent au Sanctuaire pour y installer cette fausse Athéna. Ptolémy Saint d’argent de la Flèche est bien décidé à venger les siens et s’apprêtent à les accueillir, vous avez dû ressentir leurs cosmos forcer l’enceinte du Sanctuaire. Hélas, j’ai peur qu’il ne fasse pas le poids. Dès lors, voilà pourquoi il m’apparaît nécessaire de vous mobiliser afin de défendre les douze maisons du zodiaque de toutes vos forces. _ Hum… Si tant est qu’ils passent la maison du Taureau, grommelle Milo. _ C’est peut-être contre ce genre de considération mal placée que nous sensibilise Notre Majesté, tempère Aphrodite d’un ton provocateur. Après tout, ils ont usé de complicité. L’une d’entre elle n’était pas Albior de Céphée contre qui tu as été en difficulté justement ? _ Comment oses-tu s’indigne, aussitôt le Scorpion en dressant le poing vers les Poissons ? _ Je te remercie pour l’estime que tu me portes Milo, se redresse Aldebaran flatté, mais vous l’avez tous ressenti comme moi j’imagine, peu de chances qu’ils passent la première maison. Mû est de retour au Sanctuaire ! _ Justement, conteste Deathmask, Mû ne s’est-il pas servi de sa position de réparateur d’armure pour déserter le Sanctuaire pendant toutes ces années ? Peut-on lui faire réellement confiance, questionne le Cancer qui se souvient de l’irruption de Mû alors qu’il affrontait Shiryu il y a quelques jours ? _ Assez, tonne à nouveau Saga ! Les ordres sont clairs ! » Tous assurent une révérence pour approuver à nouveau avant de prendre congés. Néanmoins, avant de réajuster son heaume et de quitter la salle, Aldebaran ne peut s’empêcher de remarquer que Milo, comme lui, semble circonspect.
En bas, dans l’arène où Shiryu vient de les rejoindre, Ptolémy sous sa soutane vient trouver Seiya et ses amis, prêt à mettre en ½uvre le plan diabolique de Saga…
Pendant ce temps, au Mexique, dans la citée de Citlali, les modestes habitations sont désertées. En briques séchées au soleil, ou en roseaux avec le toit en paille, disséminées tout autour de la grande pyramide aztèque, elles sont toutes vides. Les adeptes de Tezcatlipoca sont tous réunis au pied de l’immense base polygonale qui soutient les faces latérales triangulaires. Ils ont les yeux levés au sommet où se dresse un autel. Tandis qu’une nouvelle journée chargée en émotion commence en Grèce, celle de la veille n’est pas encore fini au Mexique. La nuit a pris place, le domaine de Tezcatlipoca scintille grâce à la lueur des torches des fidèles. Agenouillée et maintenue par les prêtres, la jeune femme enlevée plus tôt dans la forêt, sous le nez de Nicol et Mei, se débat en hurlant de détresse. Sa tenue déchirée et les marques qu’elle porte sur son corps démontrent l’horreur des sévices que les Jaguars lui ont administré. Elle observe son compagnon d’infortune étendu torse nu sur la desserte. Ses appels au secours sont étouffés par les rugissements des Jaguars. Tous légèrement vêtus, couverts de peau d’animaux pour ceux qui n’ont pas su s’éveiller à une forme thérianthrope, de tout âge, les Jaguars invoquent machinalement, en le répétant sans cesse, le nom de leur dieu. La clameur repart de plus belle quand la silhouette d’un homme mince aux épaules tombantes apparaît enfin. Le Prêtre de Tezcatlipoca s’abreuve des acclamations comme en témoigne son regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage, peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu, affiche davantage de perfidie lorsqu’il ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Les sacrifices humains alimentent les dieux. Ils maintiennent ainsi l'équilibre du cosmos. Ces sacrifices permanents perpétuent la course du soleil. Bientôt, ils ne seront plus nécessaires. Le soleil qui a libéré le Grand Tezcatlipoca nous guidera et nous dira à nous, peuple du soleil, que l’éradication de l’humanité est venue. Alors nous permettrons la levée de ce nouveau soleil au nom du Grand Tezcatlipoca ! » La foule exulte tandis que Necocyaotl aux courts cheveux noirs coiffés d’un bandeau brandit un couteau au-dessus du captif : « Le moment de prier s’achève. L’heure de la destruction approche. » Il achève sa phrase en enfonçant sans sourciller sa lame en pleine poitrine du malheureux. Elle est si profondément plantée que quand il l’extrait de la chair du sacrifié, une épaisse giclée de sang jaillit et inonde le plateau. Pendant que la victime agonise en râlant de douleur, sa camarade, horrifiée, se pâme d’angoisse. Necocyaotl découpe le poitrail de l’offrande humaine pour en extirper le c½ur et le brandir en l’air pour l’offrir au dieu.
Plus bas, dans les profondeurs de la pyramide, assis nu, devant sa statue qui gronde en recevant le sang qui s’infiltre par les nombreux orifices laissés par la roche, Tezcatlipoca reste les yeux fermés pendant que dans son dos, ses lieutenants se réunissent. L’imposant humanoïde qu’est Titlacauan s’agenouille le premier. Le second, plus mince, au regard plus vicieux et accompagné d’un serpent, Ipalnemoani, l’imite. Ixtli, la guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue, les rejoint, suivie d’un jaguar qui se frotte à elle. La dernière à venir est une Jaguar aux cheveux violacés. Son imposante poitrine est dissimulée par un linge qui descend en lambeau sur sa très mince taille. Ce même linge lui cache le bas-ventre jusqu’au haut de ses fermes cuisses. Son pelage tacheté fait ressortir à merveille ses yeux bleus et un ronronnement constant attribue un charme certain à cette lieutenante humanoïde. A peine prosternée, elle demande à ses semblables : « Alors vous êtes tombés sur de sérieux obstacles semble-t-il. Cela va nous permettre de nous dégourdir les jambes. » _ Meztli, toujours entrain de fanfaronner. Ces inconnus sont à prendre au sérieux, grogne Titlacauan toujours très sérieux. _ Il ne faut rien exagérer, atténue de sa voix hypocrite Necocyaotl qui les a rejoint. » Avec son anneau accroché au septum, Necocyaotl arrive depuis la pénombre après avoir gratifié la foule du rituel assassin. Il traîne avec fermeté la captive qui a assisté à la mise à mort de son camarade. Il passe devant les quatre lieutenants et occupe l’espace qui les sépare de Tezcatlipoca. Il balance la jeune femme juste aux pieds du dieu fermement silencieux. La prisonnière ne peut retenir son effroi lorsque l’homme bardé d’une musculature imposante ouvre ses yeux rouges semblables à deux lasers. Ne supportant pas les hurlements de la proie qui lui a été offerte, il la saisit par la gorge et rugit de sa voix monstrueuse : « Silence ! » D’un simple revers de son autre main il défait ce qu’il reste des vêtements de la pauvre prisonnière qu’il plaque contre sa statue. Le c½ur de feu qui l’alimente se développe à mesure qu’il l’étreint avec force pour libérer son ardeur animale et ses pulsions démoniaques sous les yeux admiratifs de ses lieutenants. Les plaintes de la voyageuse ne s’inquiète plus de ce viol barbare mais plutôt de l’ardeur libérer par le monument contre lequel elle est appuyée de force. Le brasier organique de la sculpture lui ronge l’épiderme. Du feu fait scintiller les yeux de la statue et de la fumée commence à s’échapper de toute sa surface. La boule de feu qui l’alimente devient un soleil qui illumine toutes les cavités de la pyramide. Il jaillit par ses fissures au dehors de celle-ci pour offrir aux fidèles la bénédiction qu’ils attendent. La victime de Tezcatlipoca a les yeux exorbités tant la souffrance est atroce, les flammes lui dévorent la peau. Ses beaux cheveux sont déjà entièrement consumés et sa peau noircie. Lorsque le dieu, soulagé, abandonne son coït forcé, sa victime a déjà cessé de vivre. Pendant que le brasier achève de la calciner, Tezcatlipoca s’intéresse enfin à ses seconds. Il écarte les bras pour recevoir son Nahual et se consacre enfin au propos qui les a réunis ici : « Ces visiteurs dont nous n’avions rien à craindre ont présenté quelques dispositions au combat. _ En effet, confirme Necocyaotl, comme nous le pensions, ils enquêtent sur nous. » Tout aussi malicieux que Meztli, Ipalnemoani déclare en souriant : « Les femmes portent des masques. C’est ainsi que se tiennent les femmes chevaliers au service d’Athéna, pour cacher leur féminité. » Fort masculine grâce à sa carrure rudement travaillée, Ixtli se montre aussi sérieuse que Titlacauan. Elle se permet de dénigrer les femmes Saints : « Quelle coutume ridicule. » Devant eux, l’incandescence de la statue s’atténue peu à peu. _ « Quoi qu’il en soit, tempère Tezcatlipoca, nous devons à tout prix nous montrer discrets. Le soleil libérateur nous l’a demandé. _ Ô Grand Tezcatlipoca, malgré tout le respect que je vous dois, ose Titlacauan, ils sont parvenus à vaincre plusieurs Jaguars. Y compris Achcauhtli qui était un guerrier de renom parmi les nôtres. » Les paupières du dieu ferment ses yeux au rouge puissant. Il retourne s’asseoir au pied de sa statue qui brille encore faiblement grâce à son noyau de feu à l’intérieur duquel gravite une clochette. _ « En effet, ajoute Necocyaotl. C’est pourquoi il ne faut pas nous faire remarquer. Ils ne savent pas où est la citée. De plus Cuetzpalli est à Icnoyotl. Et il a un autre espion à ses côtés. Tout ira bien, chers lieutenants, s’engage le Prêtre en réajustant son écharpe rouge autour de son cou, vos ancêtres ont déjà su faire face à des Saints d’or d’Athéna. Nous n’avons donc aucune crainte à avoir. Chargez à présent nos Jaguars d’organiser le prochain sacrifice. Il nous faut des vierges cette fois-ci pour que le soleil soit honoré. Ainsi que pour le plaisir personnel du Grand Tezcatlipoca, conclut-il en prenant la sortie. »
Quelques heures plus tard, en Grèce, ce 20 décembre 1986 est pleinement entamé. Les pertes humaines commencent. Des rumeurs enflent, à mesure que les flammes de la grande horloge s’éteignent sans qu’un crieur ne vienne annoncer la défaite des renégats. _ « Après tout, depuis ces dernières années où le climat s’est dégradé au Sanctuaire, soupçonne Filia avec ses semblables, et si cette fille était bien Athéna ? » Les villageois avec lesquels elle se cache ne protestent pas. Ils voient même à travers les lucarnes de la réserve de son commerce, d’autres habitants d’Honkios pointer le bout de leur nez dans la rue. Eux aussi en proie au doute.
Plus haut, à mi-chemin entre le palais du Grande Pope et la statue d’Athéna, sur le flanc droit, les prêtresses d’Athéna angoissent dans leur temple. Alors que Mii a les mains jointes en direction de sa statue pour prier Athéna d’éradiquer le mal qu’amènent ces visiteurs, alors qu’elles ne sont plus que six prêtresses à vivre ici, Shoko est la seule à avoir remarquée que seule Katya manque à l’appel. _ « As-tu vu ta s½ur, interroge-t-elle Maria ? » La cadette de Katya répond non de ses yeux vides d’incompréhension. Inquiète, Xiao Ling cherche du réconfort auprès d’Erda. Elle a les poings serrés, seule, sur le parvis. _ « C’est horrible ! J’ai peur ! Alors qu’on nous a assurées que les renégats seraient vite éliminés, aucune annonce de leur défaite n’est faite ! Et Mii qui d’ordinaire est si forte semble totalement perdue et… Et… Erda… Erda ? Erda tu m’écoutes ? Tu pleures ? _ Il est mort, balbutie-t-elle en ignorant sa camarade, ce monstre de crabe… Ils l’ont fait. Je ne ressens plus son cosmos. _ De quoi parles-tu enfin, secoue son amie Xiao Ling ? _ Deathmask du Cancer a été vaincu. _ Comment ?! Mais c’est horrible, pleurniche la Chinoise. _ Cet homme était un salop. Une pourriture. Le monde se portera bien mieux, maintenant qu’il a disparu. _ Comment peux-tu te réjouir d’une telle situation ?! Cela veut dire que les traites ont passé la quatrième maison du zodiaque ! Bientôt ils arriveront à Athéna ! Et à nous ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de nous, hystérise l’aspirante Saintia ?! S’ils parviennent à vaincre les défenseurs de la justice, alors nous, que sommes nous donc ?! Nous ne pourrons rien faire ! Nous… _ Ça suffit, l’interrompt Erda d’une violente gifle ! Te rends-tu compte à quel point tu es ridicule ? Comme tes propos sont incohérents ? Deathmask tuait des innocents, il ne s’inquiétait pas des dommages collatéraux, ni même de la nature des missions qui lui étaient confiés. Comme beaucoup d’autres Saints, mercenaires ou soldats d’ailleurs ! Allez, ne me dis pas que tu n’as pas entendu ces histoires, lorsque nous descendions au marché à Honkios ! Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les comportements de plus en plus inappropriés des soldats ces dernières années, sans même qu’on ne redresse leurs torts ! D’ailleurs où sont-ils les redresseurs de torts ? Ils ont disparu ces dernières années également ! Envoyés dans des missions dont ils ne sont jamais revenus, notamment les Saints les plus justes ! Quand aux soldats fiables, ceux-ci préfèrent se faire discrets, sachant très bien quel sort leur sera réservé ! » Xiao Ling pose sa main sur sa joue. Morveuse, elle reste interdite. Partagée entre la surprise et l’angoisse. Ignorant tout de la faiblesse de la Chinoise, Shoko interpelle ses deux camarades : « Erda ! Xiao Ling ! Avez-vous vu Katya ?! _ Le Grand Pope a dû l’appeler au chevet d’Athéna en ces temps troublés, suggère Erda. _ Certainement, adhère Shoko en ne remarquant pas Xiao Ling cloîtrée dans sa faiblesse. Après tout, elle reste la seule prêtresse à avoir atteint le statut de Saintia depuis… _ Depuis que ta s½ur nous a quittées oui, conclut Erda. La seule qui d’ailleurs n’a pas été châtiée par le Grand Pope bizarrement. _ Que veux-tu dire, demande Maria d’un air intéressé ? _ Tu l’as remarqué toi aussi n’est-ce pas ? Toutes nos amies qui ne sont jamais revenues des toilettes qu’elles administraient soi-disant à Athéna. _ Il est vrai, reprend Shoko. On disait que seules celles qui revenaient ici étaient celles qui soignaient davantage le Grand Pope qu’Athéna. D’ailleurs, elles avaient la plupart un comportement souvent déplacé, voire inopportun, au regard de l’éducation qui nous est donnée en ce lieu. _ Mii l’avait vu aussi, ajoute Erda. Mais trop aveuglée par son dévouement à la cause, elle n’a pu envisager qu’une vie chaste faite de m½urs irréprochables puisse être remise en question par bon nombre d’entre nous. Et le Pope Arlès n’a pas la réputation d’être un enfant de ch½ur. _ Beaucoup ont donc pu se laisser charmer par les désirs, épuisées par cette vie de privation qu’est la nôtre. Seulement… _ Seulement ces brebis galeuses ne sont jamais restées libres bien longtemps. Comme les plus chastes, elles finirent toutes par disparaître, avant même qu’on ait eu le temps de soupçonner quoi que ce soit. _ La seule qui demeure présente est notre aînée, suspecte Shoko devant la s½ur de cette dernière. La froide et discrète Katya. _ Que peut-elle faire en ce moment, demande Erda en levant la tête en direction du temple du Pope comme Shoko ? »
Au même moment, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, les plus âgés des quatre Saints, Nicol et Médée, discutent autour d’un bol de pozole servi par Ichtaca. Assis sur une table de l’auberge, ils dégustent leur soupe épicée en spéculant après les diverses informations reçues aujourd’hui. _ « Nous avons donc les guerriers Jaguars au service de quatre lieutenants mais aussi du prêtre. Ils peuvent se transformer et ainsi obtenir des Nahuals. Ils agissent pour Tezcatlipoca qui vénère un sceau, un soleil. Celui-ci donne ses pleins pouvoirs à Tezcatlipoca qui en reconnaissance sacrifiera la Terre quand le soleil le lui demandera, énumère Médée. _ Il ne nous reste plus qu’à savoir où est la citée de Citlali. Et qui peut bien être ce soleil, grimace Nicol en faisant tourner sa cuillère dans le bol. _ En attendant, ce soir amusons nous comme hier pour oublier cette dure journée, propose Médée en observant la taverne se remplir peu à peu. » Nicol peut lire dans les yeux bleus, libérés du turban que Médée s’inflige, une profonde inquiétude face à ce qui les attend. En retour, il confesse : « J’avoue que nous détendre nous fera le plus grand bien. »
A l’étage, à l’intérieur de leur chambre, Yulij s’étale dans les draps : « Ce n’est pas que ça m’enchante de me voiler à nouveau le visage, mais je pense qu’il est préférable qu’on aille profiter de la soirée en bas avec les autres non ? » Assis en tailleur, nu lui aussi, près de la fenêtre, Mei fixe avec mélancolie le cactus en pot déposé sur le rebord : « Vas-y si tu veux. Descends. » Yulij s’enroule dans les draps pour couvrir sa tenue d’Eve et vient coller sa tête contre celle de son compagnon : « Quelque chose te dérange n’est-ce pas ? Tu n’étais pas le même tout à l’heure lorsque nous étions dans le lit. _ C’est aujourd’hui. _ Quoi donc ? _ Le retour d’Athéna au Sanctuaire. _ Comment le sais-tu ? _ Enormément de cosmos surpuissants explosent aujourd’hui. Même si cela est à des milliers de kilomètres d’ici, je pense que Nicol l’a ressenti aussi. _ Il est vrai que vous avez réellement dépassé un cap tous les deux lors de notre entraînement à Jamir. Mais cette tristesse dans ta voix… Cela voudrait dire qu’Athéna a… _ Non, tremble la voix de Mei ! La bataille est encore en cours… J’ai… J’ai simplement… J’ai simplement ressenti la défaite de mon maître, fond-il en larmes en se réfugiant dans les bras de Yullij. _ Ça va aller, ça va aller. Je suis là. Ça va aller. Lui dit-elle tout en le calant contre sa poitrine sans trop y croire… _ J’ai senti son cosmos partir d’un coup brutal, essaie-t-il de dire, étranglé par le chagrin. Il a disparu. Seul. Comme il l’a toujours été. Il était un père pour moi. Mais son changement soudain m’a empêché de lui dire. J’aurai tellement voulu qu’il le sache… _ Si tu l’admirais vraiment et le lui montrais lorsque vous étiez en Sicile, alors il est parti en le sachant. Sois-en sûr, le réconforte-t-elle en le serrant fort. »
Pendant ce temps, confirmant les soupçons de ses consoeurs, Katya attend de pied ferme devant les portes de la chambre du Pope. Les gardes sont formels : « Le Grand Pope est toujours en méditation depuis trois heures. _ C’est pourtant lui qui m’a convoqué ici, assure-t-elle en dressant la missive sous leurs yeux. » De l’autre côté de la porte, le visage pris dans ses mains, Saga se remet encore de son combat à distance avec Shun. Sa chevelure alterne entre son bleu naturel et ce gris torturé. La perte de Deathmask qu’il vient de ressentir ne trompe pas son bon côté : « Ces Saints de bronze vont donc réussir à contrecarrer tes plans. » En recoiffant les mèches qui tombent devant ses yeux, il se reprend. Solidement redressé, refusant de cacher à nouveau son visage, il se tourne en direction de la tenture qui conduit à la chambre d’Athéna et ordonne : « Qu’on ouvre à la Saintia de la Couronne Boréale ! » Il attend que les portes se referment derrière elle pour se montrer tel qu’il est. Bien que son visage soit fermé, son regard reste affectueux envers sa protégée. Il la regarde avancer timidement dans sa longue toge blanche, dont les bretelles dissimulent avec élégance sa ferme poitrine. D’ordinaire si dure, la jeune femme parait intimidée. Ses longs cheveux blonds coiffés d’un serre-tête doré virevoltent au gré de la brise. Le léger vent d’hiver s’infiltre par les creux fait par l’usure du temps sur la roche du palais. Le souffle fait coller sa robe contre son corps et ainsi, elle épouse à merveille sa silhouette parfaitement sculptée. _ « Vous m’avez fait appeler Votre Majesté ? _ Katya… L’heure de vérité approche. Les Saints de bronze qui ont investis le Sanctuaire ont atteint la maison du Lion. _ Impossible ! Ces renégats… _ Il n’en est rien, l’interrompt les Gémeaux dans son instant de bonté. Le renégat, c’est moi. _ Grand Pope… C’est… C’est absurde voyons… _ Arrête s’il te plait, sourit le Grec gêné. Tu as bien compris que la jeune femme qui gît au pied des marches des douze maisons est la vraie Athéna n’est-ce pas ? _ … _ Oui, tu as tout compris, sourit-il confus, en remarquant qu’elle baisse honteusement la tête. Les prochaines heures diront qui d’Athéna ou de moi est digne de gouverner la Terre. _ Bien que je lui doive allégeance, tout le bien que le Sanctuaire a apporté au monde ces dernières années, la paix, c’est à vous qu’on la doit et non à elle. _ La paix… Il ne s’agit là que de faux semblants. Cette paix est instable et elle s’est conclue au prix de nombreux sacrifices. _ Les habitants du Sanctuaire ne seraient pas d’accord. Le peuple vous trouve bon. _ Le peuple a peur. _ Il mange à sa faim, se sent en sécurité ! _ Ne mangent que ceux qui obéissent. Le régime de terreur instaure un semblant de paix. Obligeant le peuple à se terrer. » Katya baisse la tête, obligée d’admettre qu’elle s’est créé une fausse image, de celui qu’elle idolâtre. Saga est confus. Du haut des marches où se dresse son trône, il domine la triste prêtresse. _ « Qu’importe ! Ces Saints de bronze ne peuvent parvenir jusqu’ici. Il reste encore tant de maisons à passer ! Et si même par miracle ils y parviennent ! Même si le peuple tout entier se révolte ! Même si vos hommes vous abandonnent ! Moi je suis là ! Je me dresserai en ultime rempart ! Je donnerai ma vie pour vous, comme je vous ai déjà donné mon corps, mon c½ur et mon âme, avoue-t-elle toute rougie d’émotion. » Saga a la bouche entrouverte, l’air attendri. Il ne sait que dire. Flatté qu’il est par tant de dévotion. Refusant qu’elle continue à voir en lui le bienfaiteur qu’il n’est pas, il descend vers elle : « Le mal est en moi. J’ai longtemps lutté. Aspirant à être un homme bon, comme mon camarade Aiolos. Espérant remettre mon frère dans le droit chemin. Mais chaque choix m’a écarté de la bonne conduite à laquelle j’aspirais. Comme si au fond de moi je désire vraiment prendre la direction inverse. Je me suis énamouré d’une déesse, Hébé, dont j’ai ensuite fomenté l’assassinat. Condamné mon jumeau à une mort certaine car nous partagions finalement la même ambition. Fait exécuter mon frère d’arme Aiolos, puis envoyé à la mort de nombreux Saints et soldats afin de préparer mon règne le jour où je remettrai la main sur Athéna. Car oui, j’ai tenté de la tuer lors de sa naissance. Et tant que mon but ne sera pas accompli, cette part de mal en moi fera tout pour y parvenir. » Katya en tombe à genoux. Ses bras tremblants ont du mal à la maintenir contre le sol. _ « Ecoute ! Entends les paroles du messager à travers la porte ! Il vient d’arriver. Ses pas pressés ne trompent pas. Malgré les instructions de mes gardes, il insiste pour me délivrer un message. Tu entends ? » La malheureuse tend l’oreille et discerne, tant bien que mal, la conversation à l’extérieur de la salle. Saga confirme : « Star Hill. C’est bien de ça dont il s’agit. Marin de l’Aigle a tenté de s’y infiltrer et est tombée sur mes hommes de confiance. Tu entends ? Jaki, un mercenaire banni est chargé de la dérouter. » Katya écarquille les yeux. Partagée entre horreur et stupéfaction. _ « Mû était sous surveillance à Jamir. Dans les environs j’ai envoyé des espions. Quelle surprise n’ai-je pas eu il y a une dizaine de jours lorsqu’on m’a informé que Marin s’y rendait. Elle qui a disparu des radars après m’avoir trahi au Japon en aidant les Saints de bronze. Je l’ai donc fait suivre. Elle est arrivée trop tard au Japon pour partir avec Seiya et les autres. Juste le temps de croiser June du Caméléon, une autre traîtresse. Leur conversation fût entendue. Et le projet de Marin de visiter Star Hill découvert… _ Pourquoi, demande Katya en se jetant aux pieds de son seigneur ? Pourquoi me dévoiler tout ça ? _ Tu n’es pas sans ignorer que Jaki était condamné pour de nombreux meurtres, viols et délits en tout genre. Son arrestation était un moyen de brouiller les pistes, calmer les esprits les plus crédules. La plupart de ces meurtres étaient commandités par mes soins. Pour les autres crimes, disons que cela venait de son inspiration. Lorsque tout ceci sera terminé, si j’en sors victorieux, alors je le récompenserai de la Cloth correspondant à la constellation sous laquelle il est né. Après tout, avec le nombre de Saints sacrifiés par ma folie, sa constellation doit être libre aujourd’hui… _ Pourquoi me dîtes vous toutes ces atrocités, sanglote-t-elle ? _ Si j’ai fait surveiller Star Hill, poursuit-il en l’ignorant, c’est parce que là-bas se cachent mes plus terribles secrets. On y découvrira que Shion, le Grand Pope et Arlès, son frère et second, sont morts depuis des années. Que j’ai usurpé leurs identités depuis tout ce temps. L’annonce de la mort de Shion il y a quelques mois fût nécessaires tant mes décisions stratégiques prenaient un virage surprenant pour ceux ayant connu Shion. _ Arrêtez, s’époumone-t-elle ! Ça suffit ! Que cherchez vous à faire à la fin ?! M’aidez à me rendre compte de qui vous êtes ?! Tout ça, c’est peut-être magnifiquement pensé et à la fois cruel, mais dans tous les cas ce n’est pas vous ! Il y a des tremolos dans votre voix, malgré l’assurance que vous essayez de prendre en vous faisant passer pour un monstre ! Quant à l’homme qui m’a sauvé, ça n’était pas celui que vous décrivez ! Le monstre qui habite en vous n’est pas vous, souligne-t-elle en se redressant. Et quand tout ceci sera fini, j’espère que vous aurez le temps de vous en rendre compte, conclut-elle en se dressant à sa hauteur sur la pointe des pieds. » Tandis qu’elle se laisse guider par son instinct pour lui baiser les lèvres, elle découvre avec plaisir l’étreinte profonde mais tendre de Saga lorsqu’il l’enlace de ses grands bras par le creux de son dos. Bien plus doux que lorsqu’il lui a pris sa virginité, Saga ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Celles-ci la ramènent à elle, lui faisant reculer légèrement la tête en arrière. La relâchant délicatement, Saga sort de sa toge papal un bijou brillant comme l’éclat du soleil. En fixant avec embarras le frêle cou encore marqué par la pression qu’il y a exercé il y a de cela deux jours, Saga tend de ses deux mains un collier en or à Katya : « Lorsque j’ai brisé l’ancien, tu as accepté le monstre en moi. Aujourd’hui, je tenais à ce que ce soit l’homme bon qui t’en offre un plus beau encore. Merci d’avoir su voir qui je suis, et d’accepter également ce que je peux être. » Elle referme ses mains sur celles de son idole et en profite pour déposer sa tête contre son buste. Ses yeux se ferment alors qu’elle se niche contre ses muscles pectoraux. _ « Je prierai pour vous, promet-elle. _ Non… Prie plutôt pour Athéna, l’enjoint-il la mine dans le vague. Ainsi, si Athéna gagne, l’homme bon en moi aura fini par gagner. Le danger guette. Va à présent, lui dit-il en mettant un terme à leur longue accolade en lui baisant le front tout en faisant glisser ses mains du haut de ses épaules jusqu’à ses menus poignets au bout desquels ses fins doigts serrent le collier qu’il lui a offert. » Ses mains empoignent avec dévouement le bijou qu’elle colle contre son c½ur. Timidement, elle se dirige vers la sortie, s’efforçant de ne pas se retourner. Lui, l’air hagard, attend d’entendre les lourdes portes être refermées par ses hommes pour se fixer dans un miroir. Si doux jusqu’à présent, le reflet lui renvoie cette version démoniaque de lui aux yeux rouges et aux cheveux gris : « Ça y est ? Tu as fini ? Tu es content ? Je t’ai laissé dire au revoir dans un des derniers instants de bonté que je t’accorde encore. Mais soit rassuré, quand tout sera fini, je prendrai soin de cette Saintia. Quel meilleur sujet qu’elle après tout ? Elle est prête à tout accepter de moi ! Ah ! Ah ! Ah ! »
Au Mexique, sur le toit de la taverne dans laquelle il loge, Mei préfère rester seul après le réconfort apporté par Yulij. Depuis le village d’Icnoyotl, Mei fixe la constellation du Cancer. _ « Elle brille moins que d’ordinaire, constate-t-il. » Allongé, la tête dans les étoiles, il revit quelques instants le passé partagé avec son maître et tout le bonheur que celui-ci a pu lui apporter. Malheureusement, la peine revient vite lorsqu’il se remémore son changement brutal de personnalité et les déclarations des gens qui lui étaient proches au Sanctuaire. _ « S’il est mort aujourd’hui, alors cela signifie qu’il n’était réellement pas du côté de la justice, songe-t-il. Par Athéna, se redresse-t-il en un éclair. Je jure sur la constellation du Cancer de laver l’affront fait par mon maître et de toujours me battre pour la justice, lève-t-il le poing au ciel. » A cet instant, les étoiles du Cancer se mettent toutes à scintiller bien plus fort que Mei ne l’a vu jusqu’à présent. Comme si elle reçoit et adhère à ce v½u solennel.
Au rez-de-chaussée, la fête bat au rythme des pieds qui claquent le plancher, des mains qui s’entrechoquent, des airs de guitares et d’harmonicas. Les serveurs portent dans chaque main des plateaux remplis de boissons et de nourritures. Toutes les tables sont pleines et l’ambiance est bon enfant. Accoudé, verre de tequila à la main, Nicol garde un ½il sur Yulij et Médée qui dansent à tours de bras avec tous les clients. Prises d’une euphorie toute particulière après les atrocités vues dans la forêt, elles font de grands signes de mains au Saint de l’Autel pour l’enjoindre à venir partager ce moment avec eux. Cependant, il préfère ramasser au passage la main d’une serveuse aux cheveux longs, blonds, épais et agrémentés de plumes noirs pour les décorer. Iuitl, celle avec qui il a passé la soirée la veille, lui sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Bien qu’ils se soient quittés en froid la veille, Nicol la rappelle contre lui et lui murmure à l’oreille : « Hier tu te plaignais que les gens ici n’étaient que de passage. Tu vois, je suis encore là ce soir. » Sa robe rouge dédoublée avec audace haut sur la cuisse lui permet d’entourer le Grec avec sa jambe. Elle se colle à lui et se laisse séduire : « Alors allons danser ! » En rythme, ils s’accordent sur la piste sous le regard globuleux et espiègle de Cuetzpalli.
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« on: 22 October 2020 à 19h34 »
NEWS
Cette version du chapitre 10 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 3 October 2020 à 17h06 »
Chapitre 65
La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier. En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! » La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos. Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. » Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. » Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. » Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ? _ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. » Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! » Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ? _ J’ai plus peur que froid. _ Peur ? _ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ? _ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là. _ Mais tu resteras avec elle alors ? » Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui. _ « Saori, songe t’il quelques instants. » Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. » L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui. Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle. La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya. Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! » Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho. _ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? » Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute. Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ? _ Ou… Oui… Oui, tu es sublime. _ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ? _ N… Non. Non nous avons grandi et… » Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine. D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement. Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible. Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… » Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres. Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise. Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs. A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…
Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers. Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.
A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! » Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. » Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également. _ Qu’est-ce qui te fait dire ça ? _ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région. _ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. » Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.
Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert. Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron. _ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue. _ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule. _ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? » Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés. _ Je ne voulais pas vous sembler impolie. _ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. » Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl. _ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes. _ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes. _ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. » Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. » Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. » Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.
Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur. Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ? _ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. » Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? » N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. » Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano. _ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ? _ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver. _ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles. _ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes. _ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ? _ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… » Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi. _ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas… _ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali. _ Et cette citée, elle existe vraiment ? _ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus. _ Qui étaient ces gens ? _ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. » Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.
Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus. _ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. » Autour d’eux, la taverne se vide. La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux. Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé. Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux. Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main. Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? » Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?! _ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors… _ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? » Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.
Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.
Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! » Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! » Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol. Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca. _ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »
En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase. Le sommeil est venu tard pour Seiya. Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami. Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu. Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »
En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour. _ « Reste un peu. _ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations. _ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres. _ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. » De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller. Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. » Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.
Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. » Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »
L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl. Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.
Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser. Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille. Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.
Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille. Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé. _ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. » Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux. Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. » Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! » L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! » Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. » Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors… _ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol. _ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! » Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… » Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. » Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice. Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. » Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »
En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple. Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience. Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.
Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy. _ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ? _ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels. _ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. » Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré. Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque ! _ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ? _ Non, car c’est toi qui vas le faire. _ Comment ?! _ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido. _ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas. _ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. » Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or. _ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. » Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos. Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. » Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté. _ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire. _ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »
Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment. Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience. Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… » Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! » L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage. De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…
Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue. Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.
Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement. Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.
Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue. Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… » Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple. _ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »
Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.
En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl. Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. » Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca. Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole. Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? » Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. » Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ? _ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres. _ Il peut encore nous être très utile. » Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. » Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »
Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »
En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne. Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.
Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille. Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or. Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. » Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. » Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils. Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte. La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! » Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! » Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! » Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout. _ « Bonjour Myrrha… » Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. » Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu. Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. » Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… » Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage. _ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs. _ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? " _ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change. _ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. » Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. » Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière. Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. » Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.
A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.
Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle. D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions. Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl. Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.
Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée. _ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant. _ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! » Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. » Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. » Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »
Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes. Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci. _ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. » A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! » La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? » Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. » Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte. _ Un lieu où on sacrifie des animaux ? _ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? » Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent. Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. » Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage. D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars. L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! » Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre. _ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij ! _ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée. _ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! » Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis. En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? » Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps. Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. » Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »
A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu. Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux. Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes. Mei grimace : « Merde. Ça recommence. » Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! » Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner. La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. » Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. » Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? » Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice. Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal. Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains. Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis. Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. » Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier. Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui. Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage. Mei est projeté en arrière. Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup. La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. » Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette. La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.
A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli. Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance. Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. » Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque. Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! » Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup. Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien. De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis. D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… » Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain. Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! » Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée. _ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. » Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent. Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. » Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? » En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. » Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! » Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive. Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ». Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui. Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper. Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »
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« on: 28 September 2020 à 14h51 »
NEWS
Cette version du chapitre 9 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 28 September 2020 à 13h48 »
Chapitre 64
L’air frais de ce 19 décembre 1986 glisse sur le masque violet du souverain pontife du royaume d’Athéna. Appuyé au balcon de sa chambre, penché en avant, il laisse ses cheveux blancs grisonnants voguer au gré du vent. Celui-ci écarte les nuages et dégage un ciel bleu comme on en trouve souvent malgré l’hiver approchant. Néanmoins, l’ambiance bucolique à l’extérieur dénote avec le courroux du Grand Pope.
Derrière le siège papal, agenouillé plus bas, Phaéton cherche à se faire plus petit qu’il ne l’est. _ « Donc, si je comprends bien, questionne le Pope d’une voix grave, toujours aucune trace de la Cloth d’or du Sagittaire qui s’est volatilisée ?! _ Hélas, Seigneur, toutes les tortures menées sur votre ordre n’ont rien donné. Tous les soldats en faction dans les environs de vos chambres à vous et à Athéna ont été passés à la question. _ Peut-être les interrogatoires ont-ils été menés avec trop de délicatesse ? _ Mais, Seigneur, tous les hommes interrogés en sont morts. _ Alors interrogeons les prêtres. Après tout, en venant se recueillir auprès de moi et en assurant mon service ils savent obligatoirement quelque chose. _ Enfin… Seigneur… Vous n’avez plus de prêtres… Nombreux sont ceux disparus ces derniers mois et les derniers questionnés n’ont pas survécu non plus à l’interrogatoire. » Ces déclarations font revivre en quelques flashs, les meurtres perpétrés par Saga, lorsque ses fidèles ont découvert par inadvertance son visage ou qu’ils ont dû payer pour les échecs essuyés par le Sanctuaire contre Saori. Saga reprend son souffle afin de contenir son amertume. Il se tourne à destination de Phaéton : « J’avais demandé qu’on envoie un Saint d’argent à Jamir pour quérir l’aide de Mû. Avec ses donc de télékinésie, il devrait pouvoir localiser l’armure du Sagittaire. » Phaéton sue à grosses gouttes : « Nous avons envoyé Arachné de la Tarentule. Le soldat qui l’accompagnait dit que Mû n’était pas à Jamir et qu’en chemin, Arachné a rencontré Seiya de Pégase. _ J’imagine alors qu’Arachné ne rentrera pas, soupire le Pope. _ Malheureusement Majesté… Cependant, il nous reste encore quelques Saints d’argent que nous pouvons… _ Je t’en prie ! Phaéton ! Combien de Saints d’argent avons-nous déjà envoyé ?! Gardons le peu qu’il reste pour des missions de moins grande envergure, gronde-t-il en descendant les marches ! » Sa voix résonne dans l’immense temple. Puis, s’ensuit le son de ses pas qui approchent de Phaéton. Le malheureux, arc-bouté plus que de raison, pense sa fin proche. _ « Après ses échecs, Gigas a fui. Dès lors, une fois qu’on m’a confié le poste de général, disposant des pleins pouvoirs, j’ai cru qu’employer les Saints d’argent m’octroierait un succès rapide. J’aurai eu tous les honneurs de notre maître. Mais j’ai été bien sot. Après tout, avant qu’il ne tombe en disgrâce, Gigas avait rencontré le succès. Notamment contre Eris, Shiva, Hébé… Il a guidé nos hommes dans des victoires face à des dieux. Et pourtant, dès le premier revers, il a compris qu’il était plus judicieux de fuir. Quel idiot ai-je été de penser qu’avec mon manque d’expérience et mes échecs qui s’en sont suivis je parviendrai à m’en sortir, songe-t-il. » Soudain, le silence le tire de ses pensées. Il n’entend plus les cliquetis métalliques des pas du Grand Pope avancer. Phaéton lève alors les yeux très lentement et reconnaît juste devant lui son souverain. _ « Phaéton. Quel grade occupais-tu avant que je ne te catapulte général ? _ Co… Commandant, bégaye-t-il. _ Je vois. Un poste laissé vacant quand tu as pris la place du déserteur Gigas… Avec les pertes occasionnées chez les Saints d’argent, dont certains étaient lieutenants, sans parler de leur capitaine Misty, l’armée a perdu des éléments de grandes valeurs. C’est même toute la structure de commandement qui a été profondément impactée. Pour ne pas dire décimée, si je compte le nombre de Saints de bronze qui étaient sergents. Ne parlons pas des mercenaires… » Saga reprend son chemin et quitte l’appartement, pour déboucher dans le grand hall de réception où se trouve son trône. Phaéton le suit, tout penaud. _ « Le général a le commandement sur tout le domaine sacré. Du simple soldat jusqu’au commandant, en passant par les Saints de bronze et d’argent. D’ailleurs, la plupart du temps, général et commandant sont, ou ont été, des Saints d’argent. Seulement, pour vous, Gigas et toi, j’ai fait une exception, comptant sur votre dévouement et votre sens de la stratégie… _ Absolument Majesté et je vous en suis profondément reconnaissant, interrompt aussitôt Phaéton qui sent que la fin est proche… _ Silence, ordonne Saga ! Toujours est-il, que la gouvernance des Saints d’or incombe au Grand Pope que je suis. La situation impose que je prenne les devants. Et tu seras rassuré de savoir que c’est chose faite. J’ai envoyé Aiolia du Lion au Japon pour mettre fin à la mascarade de Saori Kido. Deathmask du Cancer, lui, est parti aux Cinq Pics en Chine, assassiner le traître Dohko et ramener l’armure d’or de la Balance, qu’il conserve depuis plus de deux cent ans. J’attends leurs comptes-rendus d’ici les prochaines heures. Dès lors, il me parait évident que les choses dépassent le général que tu étais. _ Que… Que j’étais Majesté ? _ En effet. Nos rangs décimés ont besoin de caporaux. _ Caporal… Il s’agit du meneur d’une troupe de soldats. Ce n’est même pas le rang que j’occupais lorsque je suis rentré… _ Ne me trouves-tu pas assez magnanime, demande avec insistance le Grand Pope en se retournant vers son sujet ? » Phaéton en tombe à la renverse : « Si Majesté ! Absolument ! Je m’en vais prendre mes fonctions de ce pas ! » Phaéton se redresse avec difficulté, sa hâte le fait glisser sur les dalles usées du temple avant qu’il ne déguerpisse, raccompagné par les soldats qui l’attendent de l’autre côté de la porte, disgracié qu’il est.
Sur son passage, il rencontre une jeune femme aux longs cheveux blond pâle. L’encadrement musclé autour du général déchu ne la surprend pas outre mesure. Elle avance en le toisant avec mépris de ses yeux verts, comme si sa déchéance avait été son ½uvre. Austère, implacable, la beauté froide avance avec légèreté dans ses spartiates nouées autour de ses mollets dénudés. Sa robe immaculée, nouée à la taille par une ceinture dorée, descend plus bas que ses cuisses fermes, mais demeure suffisamment évasée pour se soulever et épouser la forme de ses jambes à chacun de ses pas. Elle stoppe net une fois la grande embrasure passée pour plier ses genoux et effectuer une révérence au Grand Pope. Au dehors, les gardes en faction devant les portes, les repoussent pour laisser le représentant d’Athéna seul avec sa sujette. Une fois l’accès fermé, le claquement assourdissant résonne dans le grand hall. Alors que plus d’un frémirait d’effroi, la vénusté, elle, parait soulagée. En effet, malgré sa posture, elle lève le plus discrètement possible ses yeux vers le prélat. Contre toute attente, une fois le vacarme dissipé, le frottement métallique de son masque contre son casque indique que Saga dévoile son visage. Tandis qu’il dépose son attirail sur son siège, ses cheveux bleuissent jusqu’à reprendre leur teinte naturelle. _ « L’heure est grave ! Lève-toi, Katya, représentante des prêtresses d’Athéna ! » La susnommée s’exécute aussitôt, sans craindre pour autant la réaction de Saga. Au contraire, elle attend impatiemment qu’il se tourne pour apprécier son visage. _ « L’armure d’or du Sagittaire nous a été dérobée, l’informe-t-il en se retournant. Ni les gardes en faction dans mon temple ni les prêtres d’Athéna n’ont parlé… » Katya reste muette. Elle ne semble pas découvrir l’identité de Saga mais n’en demeure pas moins admirative chaque seconde de l’honneur qu’il lui fait de lui dévoiler son charme. _ « … J’ai souhaité me charger personnellement des prêtresses d’Athéna. Seules ses prêtresses sont autorisées à l’approcher et, par la même, à aborder mes appartements. C’est pour cette raison que j’ai expressément ordonné que toutes les prêtresses soient convoquées en ta compagnie ! Or, je ne vois personne avec toi ! » D’un ton mielleux, malgré une voix qu’on lui devine d’ordinaire autoritaire, elle répond : « Mais Grand Pope… il n’y a plus de prêtresses d’Athéna. Personne d’autre que moi ces derniers mois n’est venue ici pour donner le change. Les seules prêtresses qui n’ont pas disparu après être venues ici, sont des aspirantes Saintias. Des guerrières que vous souhaitez garder sous le coude et pour lesquelles vous me demandez de continuer l’instruction selon les codes de la chevalerie et de la dévotion envers Athéna. _ Les Saintias… Athéna, marmonne-t-il en passant sa main gauche sur son visage, démontrant ainsi une pointe de fatigue… Il est vrai que leur prédisposition au combat leur a évité un sort auquel n’ont pas échappé les simples servantes que je… Que j’ai… » Il tombe à genoux, le visage horrifié par la réalité. Katya court aussitôt pour se jeter à ses pieds et cueillir ses mains de ses doigts fins : « Tout ce que vous avez fait Saga, c’est pour apaiser le tourment en vous et vous permettre de rester lucide quand vient le moment de répondre aux responsabilités de votre fonction. Gouverner le monde d’une main de maître. _ Ka… Katya… bégaie-t-il. _ Vous êtes grand et bon Saint d’or des Gémeaux, lui assure-t-elle en prenant sa tête pour la plaquer chaleureusement contre sa ferme poitrine. Vos actes sont justifiés car ils sont justice. Moi seule, je longe vos appartements, afin de me rendre derrière cette tenture rouge à l’arrière de votre trône pour accéder à la chambre d’Athéna et assurer la toilette et le repas de cette Athéna qui n’est pas présente. Si vous pensez qu’à un seul moment j’ai pu trahir cette passion pour vous, alors je serai ravie de m’ôter moi-même la vie. Cette vie radieuse que je vous dois après que vous m’ayez sauvé d’une attaque des Titans. » Le chevalier troublé relève la tête, les yeux gondolés de larmes, et confesse : « Je t’ai converti à mes vices. _ Je l’ai choisi le plus volontiers du monde. _ Peut-être bientôt cette guerre interne prendra fin, et peut-être qu’elle m’emportera à son terme… _ Je ne peux concevoir de vivre sans vous. Ma vie prendrait fin en même temps que la vôtre. _ Une Saintia est un statut particulier, où les femmes sont autorisées à devenir chevaliers sans renoncer à leur féminité, afin de servir personnellement Athéna. Seules des jeunes filles au c½ur pur et éternellement chastes et dévouées peuvent intégrer sa garde. J’ai interdit aux dernières prétendantes de quitter le temple des prêtresses, afin de les préserver de l’immoralité qu’oblige mon ambition. Mais toi, je t’ai pris. Je t’ai fait trahir Athéna. Je t’ai rendu complice de mes crimes, en te laissant envoyer des prêtresses à une mort certaine, après que je leur ai volé leur innocence, parfois sous tes yeux, en te faisant même à l’occasion exécuter la basse besogne, alors que mon esprit était pris de doutes. Tu as rempli des missions pour moi en transmettant des ordres d’exécution, voire en faisant toi-même le bourreau. Je t’ai tout pris… _ Non, vous m’avez tout donné. Vous m’avez donné la responsabilité d’assurer votre loi auprès des prêtresses en m’en faisant la doyenne et formatrice. Vous m’avez donné le statut de Saintia en m’offrant la Cloth de bronze de la Couronne Boréale. Vous m’avez fait remplir les missions qui incombent à la stabilité et durabilité de la paix. Vous m’avez confié vos plus lourds péchés, en ne vous cachant pas des crimes qui vous soulagent. Vous m’avez sauvé la vie. Puis, vous avez donné un sens à ma vie. Vous ne m’avez en rien tout pris, vous m’avez tout donné. » Saga est saisi par la sincérité d’une ferveur si aveuglante, presque gêné par l’influence qu’il exerce sur cette jeune femme. Celle-ci se relève devant lui, accablé sur le sol. La mine confuse, ses yeux rivés sur les pieds de la Saintia, il est ramené à lui lorsqu’il remarque sa fine robe descendre tout le long de ses chevilles. Lorsqu’il relève la tête, il ne reste plus comme vêtement sur la vestale que le foulard qu’elle desserre de son cou afin de libérer un large collier d’or. Alors qu’elle se dirige vers le trône papal en délassant ses spartiates à mesure qu’elle progresse, elle tourne légèrement la tête pour défier d’un regard mutin son idole : « Il ne reste qu’une chose que je ne vous ai pas donné et que vous avez eu l’élégance de ne pas me demander… _ Je n’aurai jamais osé attendre d’un sujet d’une telle confiance, d’une telle efficacité, ce sacrifice après tous ceux qu’elle a commis pour moi, garantit-il en la suivant comme envoûté. » Tout en enroulant son foulard autour d’un de ses poignets, elle se cambre pour déposer délicatement avec l’autre main, l’un après l’autre, le casque puis le masque du Grand Pope sur le sol. Exposant ainsi sa croupe à Saga qui se délecte du spectacle. Lorsqu’il arrive à sa hauteur, elle s’avachit dans le trône en tendant ses deux poignets et prononçant plus en avant ses poings enrubannés : « Il est essentiel pour moi que mon premier instant soit le meilleur de votre vie. Je sais que vous aimez que votre emprise sur toute chose soit totale. » La vigueur du Saint se reflète alors dans ses yeux prenant un éclat rougeoyant. Sa mâchoire se serre tandis qu’il défait sa toge qu’il abandonne à ses pieds. Exposant ainsi son corps sculpté qu’elle admire avec envie. D’un mouvement brusque, il saisit les deux mains de Katya qu’il tire vers lui, l’obligeant à s’agenouiller sur le siège. Alors qu’il les lève à sa hauteur, Katya laisse tomber le poids de ses épaules en avant pour approcher sa tête du sexe raidi de Saga. Tandis qu’il lui lace les poignets, donnant à chaque n½ud un à-coup prononcé, Katya goutte follement l’ardeur de Saga, nourrit par l’envie profonde de saisir l’opportunité qu’il s’est toujours refusé. Ne pouvant contenir plus longtemps la personnalité liée à ce plaisir dont il se sent coupable, sa chevelure grise prend le dessus pour accompagner sa hargne. D’un coup, d’un seul, il redresse la tête de Katya qu’il saisit à la gorge pour la plaquer au fond du fauteuil. Le contact est si violent que le collier de la Saintia vole en éclat. Tandis que le choc brutal l’étourdit et que le souffle lui manque, elle écarte les cuisses pour enrouler ses jambes autour de sa taille et l’attirer vers elle : « Oui… Allez-y… Soyez ce que vous aimez être, susurre-t-elle d’une voix étouffée… » Les yeux rouges de Saga reprennent leur lueur bleue bienfaitrice, tandis qu’il conserve sa chevelure blanchissante, matérialisant ainsi cette dualité qui le caractérise, même lorsqu’il peut librement être celui qu’il souhaite…
Au Mexique, au centre du pays, sur une route déformée et faite de nids-de-poule, un pick-up truck roule péniblement au beau milieu de champs désertiques. Tout autour, les aspects de la jungle tropicale annoncent qu’il entre dans un aspect le plus coutumier du pays. En effet, le développement industriel des moyennes et grandes agglomérations mexicaines a entraîné un important exode rural ces dernières décennies. Le chauffeur du véhicule s’étonne donc de s’enfoncer autant dans l’arrière-pays, comme le désirent les touristes qu’il conduit.
Dans la cabine arrière, sur deux bancs, Nicol, Mei, Yulij et Médée sont balancés au gré des ornières de la route. Les femmes cachent leurs visages de la poussière avec leurs voiles, tandis que les hommes se protègent du soleil avec leurs sombreros. Entre les deux bancs, les urnes de leurs Cloths, dissimulées sous des draps, leur rappellent leur mission : « Je suis surprise qu’il fasse aussi chaud pour un mois de décembre, soupire Médée. _ Au Mexique les saisons sont moins marquées que par chez nous. La saison la plus agréable et la moins chargée va de novembre à avril. Le soleil est présent et les pluies presque absentes, leur apprend Nicol. » Sarcastique, Mei penche son visage par-dessus le véhicule et régurgite son repas : « Bordel… En plus de la chaleur et de ces carnitas trop gras, cette route de merde me fout la gerbe. Pourquoi faut-il qu’on roule encore autant ? Ça fait vingt-quatre heures qu’on traverse le pays du sud au centre. » En essayant de retenir mieux que Médée et Yulij sa moquerie, Nicol justifie : « Tu l’as entendu comme moi. Dès notre arrivée dans ce pays, il a été question d’une étrange série de disparitions dans la région du centre, exactement là où nous nous rendons. Il est question d’animaux humanoïdes. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une nouvelle légende urbaine, cela correspond exactement à ce qu’on recherche. » Répondant à la maturité de Nicol, l’épouse de Mû rajoute : « Et puis il faut en profiter pour admirer le paysage. Cela fait près de mille huit cent kilomètres que nous voyons de verdoyantes prairies et une architecture mélangeant l’art Toltèque, Maya et colonial. » Pris de terrible maux de ventre, Mei conclut en recrachant sa bile d’un désespéré : « Ne te fous pas de ma gueule, qui amuse ses trois compagnons ! »
Au Japon, à Tokyo, au Coliseum, toutes les issues sont désormais condamnées. Seuls les portes des garages souterrains s’activent encore, pour laisser aller et venir les agents du quartier général de la Fondation Graad. De l’immense stade couvert qui dominait Tokyo, il ne reste plus rien. Cette version moderne du colisée romain, construite à l’occasion de la Galaxian War n’est plus, aujourd’hui, qu’un amas de pierres, de résidus de plastiques et de bois brûlés. Alors qu’il s’élevait sur plus de quarante-trois mètres de haut, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une dizaine encore debout.
Epargné par les flammes lorsque le Sanctuaire a voulu ravager le dôme, le sous-sol, fraction secrète et profondément enterrée, sent encore le neuf. Désormais animé par les ordres de Sho, Ushio et Daichi, les Steel Saints, ce centre a pour but d’enquêter sur le Sanctuaire et les agissements maléfiques qui peuvent avoir lieux à travers le monde. Le meneur des chevaliers d’acier, élancé, les cheveux d’un bleu foncé, cachant son ½il droit par une mèche rebelle, Sho, reste les yeux rivés sur l’écran géant principal : « Il nous a suffit de nous brancher aux caméras installées partout en ville. Grâce à elles nous avons pu remarquer la présence trop fréquente de ce camion de nettoyage qui rode sans cesse autour du QG. Alors que Mademoiselle Kido et nos amis se rendent à l’orphelinat, il les a pris en filature. » A ses côtés, non moins grand, vêtu d’une combinaison marine et la joue marquée d’une cicatrice, Ushio presse une touche pour activer les micros : « Je pense que c’est le moment de cesser ce petit jeu. Daichi, tu t’en occupes ? »
Dehors, tenant l’équilibre sur le skateboard motorisé qui lui sert de Cloth, le plus petit des trois alliés des Saints de bronze reçoit le message radio. Pistant depuis leur départ le camion, il passe à la vitesse supérieure. Il abandonne leur trace pour emprunter une petite ruelle. Alors que la fourgonnette suit une route éloignée du centre de Tokyo, Daichi surgit sur le flanc du véhicule. Son armure traverse la soute et renverse les agents qui s’y trouvent. Le Japonais se réceptionne devant le véhicule retourné, d’où sortent deux hommes portant d’ordinaires vêtements d’agent d’entretien. « Vous êtes dingue, s’exclame le premier ! _ Ce sera marqué dans le constat, prévient le second ! » Le gamin aux cheveux bruns coiffés d’un bandeau remarque : « Vous avez un accent peu commun pour des gens d’une société de nettoyage locale. On sent le soleil méditerranéen dans vos mots. » Démasqué, les deux individus n’insistent pas davantage. L’un ramasse dans la cabine, une épée que portent habituellement les soldats en faction dans le domaine sacré. Il se précipite contre Daichi qui esquive la lame avec agilité. Le deuxième espion en profite pour contourner les combattants, en espérant bloquer Daichi grâce à une attaque en traître. C’est toutefois sans compter sur la vitesse du jeune homme à qui il suffit d’un coup de pied retourné, pour le mettre hors d’état de nuire. L’individu armé croit à ce moment pouvoir planter le fer en pleine poitrine de Daichi. Encore une fois, à vive allure, ce dernier l’évite et saisit le poignet de l’adversaire afin de le lui briser, grâce à la simple pression de sa main. Il lui suffit ensuite d’un direct en plein estomac, pour lui faire mordre la poussière. Avant que des yeux indiscrets ne viennent se mêler de l’affaire, Daichi ramasse ses adversaires par le col et repart aussi vite qu’il en est venu au quartier général.
Au Mexique, au centre du pays, pendant que Yulij soutient Mei à traverser son mal des transports, Nicol et Médée se laissent charmer par les niveaux élevés de la biodiversité. Ils reconnaissent au loin des espèces charismatiques telles que le jaguar, les singes d'hurleur et les macaws.
Soudain, le véhicule freine brusquement, faisant basculer Mei. Le Japonais se relève furieux, déjà prêt à incendier le chauffeur. Seulement, celui-ci sort de sa cabine le visage angoissé : « Je n’irai pas plus loin. Il y a encore quelques villages dans les environs, mais les rumeurs disent que ces derniers temps, des groupes indigènes qui vivent dans la forêt s’en prennent aux villageois et les sacrifient au nom du dieu obscur. » Ventru et moustachu, le conducteur tend sans la moindre élégance sa main en direction de Mei pour être payé. Le Saint de la Chevelure de Bérénice lui tourne le dos : « Tu plaisantes j’espère ? Tu n’as pas conclu ta part du marché, tu devais nous conduire au village le plus… » Il n’achève pas sa phrase, chatouillé au pied par… _ « Une araignée, sursaute le Saint de la Chevelure de Bérénice ! » Immense et velue, l’arachnide passe son chemin tandis que Mei se perche sur sa Pandora Box en hurlant de terreur. Navré, le Mexicain insiste : « C’est la première fois que je vais aussi loin. Je vous en prie. » Lisant la peur qui pétrifie le pauvre autochtone, Nicol s’évertue à sortir de sa bourse quelques pesos, pendant que les femmes déchargent les urnes en y délogeant avec difficulté Mei : « Ça ira. Prends ces pesos comme nous l’avions convenu et rentre chez toi. Merci pour le voyage. » Les quatre amis l’observent embrayer avec difficulté, vu l’étroitesse du chemin, un demi-tour puis repartir. _ « Tu n’aurais jamais dû lui donner ces pesos. On a déjà eu de la chance de tomber sur des bandits de grand chemin et de les détrousser à notre arrivée pour nous affubler de leur argent, grogne Mei. _ N’ait crainte. Il nous en reste en… » Une inattendue explosion retentit derrière eux et empêche Nicol d’achever sa phrase. _ « La voiture ! Le chauffeur, s’inquiète Yulij ! » Tous les quatre se précipitent dans la direction prise par la voiture. A leur arrivée, ils ne retrouvent plus que le véhicule retourné et calciné. Yulij l’inspecte : « Le chauffeur n’est pas dedans. _ Tu crois qu’il aurait été enlevé comme il le craignait, demande Mei ? » Médée reconnaît sur la carrosserie ce qui s’apparente à des griffes : « Il semblerait. » Derrière eux, des grognements félins les informent d’une présence ennemie. De derrière des fougères bondissent quatre grands et massifs carnassiers tachetés. Yulij se met en garde : « Des jaguars ? » L’un d’eux tient dans sa gueule l’automobiliste par le cou. Celui-ci, sauf, implore les quatre touristes de lui venir en aide. Cependant, Mei remarque quelque chose : « Les jaguars ne s’attaquent que très rarement à l’homme. J’ai du mal à croire que ce sont ces quatre gros chatons qui ont mis la voiture dans un tel état. » Une voix grave et ronronnante leur confirme : « En effet, seul un homme peut faire ça. » Une silhouette massive sort de l’ombre et s’approche des Saints. Le sol vibre sous ses pas et d’une simple pression de la main, il couche un arbre qui se tenait sur son passage. « Incroyable, s’étonne Mei en distinguant un grand et immense animal tenir sur ses deux pattes et leur faire la conversation ! » « Je suis Titlacauan, se présente le meneur de la meute. » D’un bon mètre quatre-vingt-treize, les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, l’anthropomorphe, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Qui êtes-vous ? » Mei, toujours aussi provoquant, se gratte la joue : « Des chasseurs. Spécialisé dans le jaguar justement. » Peu enclin à l’humour, Titlacauan retrousse nerveusement ses babines, pour montrer ses grandes et longues dents : « Habituellement nous ne dévorons pas les hommes. Ils ne nous servent que de sacrifices, mais pour toi je pourrai faire une exception. » Titlacauan joint les actes à la parole en se jetant sur le chevalier de bronze. D’abord surpris, Mei parvient à esquiver le coup de patte, mais en sacrifiant son poncho. Titlacauan tente de donner un bon coup de griffes, mais Mei attrape les lanières de sa Pandora Box pour la cogner, contre la poitrine de son assaillant. Frappé en plein buste par le caisson métallique. Titlacauan recule en grimaçant. _ « Je sens une drôle d’énergie à l’intérieur de ton corps et de cette boîte. Cette énergie est cosmique, comme celle de notre maître et la nôtre. » Nicol s’immisce dans la conversation : « Ton maître, ce ne serait pas Tezcatlipoca par hasard ? » De ses yeux de chasseur, Titlacauan témoigne un certain respect au Saint de l’Autel : « Quelle clairvoyance ! Quel raffinement aussi je dois dire. Rien à voir avec ton ami. » Mei grimace pour le coup pendant que Médée et Yulij se mettent en garde derrière les hommes. L’animal poursuit : « Notre mission consiste à repousser inlassablement l’assaut du néant. Et pour se faire, il faut fournir au soleil suffisamment de sang. Le sacrifice des hommes et des femmes est nécessaire pour alimenter le soleil d’énergie. Tu me sembles parfait en tout point. T’offrir en sacrifice au Grand Tezcatlipoca ne sera que l’honorer de la plus belle des manières. » Mei passe devant Nicol et menace le jaguar : « Minute ! Avant de te tailler la part du lion, si je puis me permette, ton adversaire ici c’est moi. » Titlacauan grogne de plus belle en voyant Mei le provoquer à nouveau : « Hum. Tu fais de l’esprit à ce que je vois. Parfait, je vais pouvoir m’occuper de toi, tu vas subir les Crocs de Tonnerre… »
Avant même qu’il ne puisse invoquer son arcane, une voix sournoise le calme aussitôt : « Ça suffit Titlacauan. » Le susnommé baisse la tête pour témoigner sa servitude devant un homme mince, les épaules tombantes et le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoignent d’une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert. _ « Vous vous êtes déplacez en personne Necocyaotl Prêtre de Tezcatlipoca ? » Le religieux ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Je m’inquiétais de ne pas te voir revenir Titlacauan. Le Grand Tezcatlipoca attend son sacrifice avec impatience. _ Et eux ? Qu’en faisons-nous ? _ Rien. Nous les gardons auprès de nous pour nous amuser quelque temps, sourit avec malice Necocyaotl. »
Yulij s’indigne d’être considérée ainsi. A la surprise de tous, elle s’élance contre le prêtre : « Pour qui nous prends-tu ? Falling Stars ! » Malgré la vitesse du son atteinte par la Chute d’Etoiles, Necocyaotl ne s’en inquiète pas. L’écharpe rouge qui descend le long de ses épaules s’allonge indéfiniment devant lui et bientôt devant l’ensemble des siens : « Darkness Mirror. » Le Miroir des Ténèbres quadrille la zone et laisse réfléchir les étoiles pour mieux se retourner contre Yulij. La Saint du Sextant est repoussé jusqu’auprès de ses camarades où Mei la rattrape afin d’éviter à sa compagne une chute dangereuse.
Devant eux, le miroir se dissipe, ne laissant rien d’autre que la jungle vidée de leurs ennemis…
Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido, dans une des ailes de l’immense propriété, Saori se recueille seule un instant. Beaucoup de choses se sont passées en si peu de temps. Après une dispute avec Seiya à propos de Shiryu, Ikki a choisi de faire cavalier seul. Il demeure introuvable. Seiya est parti en vain à Jamir pour trouver un remède à la cécité de Shiryu. Le masque de l’armure d’or du Sagittaire avait disparu, avant que l’armure toute entière ne réapparaisse dans sa véritable forme pour protéger Seiya d’Aiolia du Lion.
Elle s’enferme dans un de ses appartements et soupire éreintée par l’accumulation des circonstances malheureuses. Alors qu’elle revient du Jardin d’enfants des étoiles, l’orphelinat où ont grandi Seiya et ses frères, Saori revit quelques instants ces regards échangés entre Miho et Seiya. _ « Je savais que je n’aurai pas dû les accompagner à cet orphelinat lors de leurs adieux avec les enfants. Cette éducatrice partage tellement de choses avec Seiya, je suis certaine qu’elle n’attend que son retour pour le lui dire. Est-ce réciproque au moins, se tracasse-t-elle ? » Elle passe devant son piano sur lequel elle s’assoit et joue l’air qu’elle a tant l’habitude d’interpréter, la sonate K. 332 de Mozart. Par automatisme, ses doigts pianotent habillement l’instrument musical et lui permettent de songer : « Dois-je lui dire ce que je ressens ? Suis-je sensée le faire ? » Elle tourne la tête vers un guéridon où est exposée sous cadre une photo d’elle en compagnie de Ksénia : « Mon amie… Je n’ai pas eu de temps à te consacrer dernièrement. Toi tu aurais su me dire que faire vis-à-vis de Seiya… » Brusquement, ses mains entières pressent plusieurs touches en même temps et produisent un son inaudible : « Non ! Ce que nous allons vivre demain est trop important pour que je puisse faire passer ma personne en premier. Je suis Athéna. Mes sentiments humains ne doivent pas interférer sur ma mission divine. »
Subitement, on frappe à sa porte. « Entrez, dit-elle d’une voix gracieuse ! » Son majordome au crâne dégarni laisse la porte s’ouvrir et tend le bras à la personne qui l’accompagne : « Je vous en prie Docteur Asamori. » Le savant à la moustache et aux cheveux grisonnants passe devant Tatsumi et salue comme il se doit la riche héritière de Mitsumasa Kido. _ « Docteur Asamori. Asseyez-vous je vous en prie. Tatsumi va nous préparer le thé. » Tel un soldat, Tatsumi se tient droit et s’exécute d’un ton solennel : « Bien Mademoiselle ! » Le scientifique s’installe dans un fauteuil excessivement confortable, tandis que Saori se positionne avec élégance sur le sofa qui lui fait face. _ « Docteur Asamori. Je vous ai fait venir pour deux choses. La première, concerne l’armure d’or du Sagittaire. J’imagine que vous voyez où je veux en venir. _ Oui. Vous voulez parler de son changement de forme n’est-ce pas ? Lorsqu’il est revenu avec de Grèce, votre grand-père craignait que l’armure d’or puisse être retrouvée. Il était vrai que son apparence singulière n’échapperait pas à nos ennemis. C’est pourquoi je l’ai recouverte d’un alliage d’acier doré. Votre grand-père disait des armures qu’elles étaient vivantes. J’imagine que la mort de son propriétaire et l’absence même de successeur, m’ont permis de travailler l’armure d’or sans difficultés durant son sommeil. L’âme de l’armure a certainement ressenti que je n’étais pas animé de mauvais desseins. Toutefois, lorsqu’elle est revenue à elle pour habiller Seiya, l’alliage n’a pas tenu davantage. Ce maquillage d’acier a été annihilé aussitôt par l’émanation d’énergie de l’armure. » Tatsumi revient fièrement avec un plateau sur lequel sont disposés deux tasses, une théière et quelques gâteaux secs. Pendant qu’il sert l’invité, la réincarnation d’Athéna poursuit : « Cela m’amène à ma seconde question : cet alliage est-il de la même composition que celui des Steel Cloths ? » En s’emparant de quelques biscuits, l’ingénieur affiche une mine plutôt fière : « Heureusement, non. L’armure d’or a été mon premier travail. Les Steel Cloths sont venues après. Cela m’a permis de travailler un alliage hyper résistant et amovible pour faciliter les mouvements de Sho, Ushio et Daichi. A proprement parler, cet acier, hyper travaillé, est le métal le plus résistant sur cette planète, après les armures des Saints, cela va de soi. » La maîtresse de maison reste perplexe malgré tout : « C’est bien ce que je pensais. En plus de ne pas manipuler le cosmos, Sho, Ushio et Daichi sont moins bien équipés que Seiya et ses amis. Sans vouloir vous manquer de respect bien évidemment. _ Je ne me sens absolument pas offensé Mademoiselle. Au contraire, je suis fier d’avoir pu copier des créations divines. Même si le résultat n’est pas aussi probant que vos armures, j’ai pu parvenir à en créer de très résistantes, grâce au savoir et à la technologie humaine. _ Vous comprendrez donc que je ne pourrais pas prendre avec moi Sho et ses amis. » L’éminent chercheur déboutonne sa blouse blanche pour libérer sa cravate, avec laquelle il nettoie les verres de ses lunettes : « Je n’ai pas besoin de vous préciser la peine que cela leur fera. _ Je l’imagine très bien. Ils nous ont été très utiles lorsque nous avons affronté les Saints d’argent. Mais Seiya et les autres ont franchi un palier, que les Steel Saints hélas n’atteindront jamais. Je ne peux me résoudre à les envoyer à la mort. _ Je le consens tout à fait. J’imagine que rester au centre des opérations sous le coliseum pour rendre la justice au nom de la Fondation Graad, sera déjà un grand honneur pour eux. » Des pas pressés retentissent depuis le couloir. Inquiet, Tatsumi abandonne les deux éminences pour accueillir l’employé impatient. Celui-ci lui tend un morceau de papier et, légèrement angoissé, lui délivre un message à l’oreille. Navré d’interrompre la rencontre entre le responsable du centre de recherche et la dirigeante de la Fondation, Tatsumi prend une voix empruntée : « Mademoiselle. C’est un message de Sho. Les Steel Saints ont intercepté deux hommes qui vous filaient depuis ces derniers mois. Ils les ont interrogés et, comme vous le pensiez, ils sont des espions du Sanctuaire. »
Au Mexique, au centre du pays, dans un lieu totalement reculé, en plein milieux d’une végétation dense, une construction pyramidale est habitée par la présence autoritaire d’une tribu de guerriers humains et humanoïdes. Tout autour de cette pyramide à degrés, des habitations, en briques séchées ou en roseaux avec un toit en paille, abritent une population où chacun voue sa vie à Tezcatlipoca. Hommes, femmes et enfants, tous s’affairent dès leurs naissances à réaliser les desseins dictés par Necocyaotl pour rendre hommage à leur dieu.
Le prêtre à l’allure insidieuse expose aux yeux de tous, depuis le sommet de la pyramide, le corps du chauffeur qui a conduit les Saints d’Athéna. Allongé sur l’autel dressé en haut du temple solaire, le malheureux implore à gorge déployée qu’on lui laisse la vie sauve. Au-dessus de lui, couteau pointé en direction de son c½ur, Necocyaotl récite sa prière devant des fidèles absorbés : « … Entendez-vous peuple de Tezcatlipoca ? Entendez-vous Jaguars ? Ces rugissements qui proviennent des entrailles de la terre sont ceux du Grand Tezcatlipoca. Il vous bénit pour ce sang offert en sacrifice pour le soleil. Et lorsque le jour de la fin viendra, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde, sera exaucé par notre dieu de l’obscurité. Versons ce sang à sa gloire ! » Les « non » suppliés par la victime sont inaudibles sous les acclamations des Jaguars qui se régalent de voir la dague s’enfoncer d’un coup sec et sans arrêt en plein c½ur. L’arme découpe de façon circulaire la poitrine, sectionnant les os de la cage thoracique. Ainsi, Necocyaotl plonge sa main dans les entrailles du sacrifié qui convulse et en extirpe son c½ur, pour l’offrir à la vue de ses adeptes. Le sang qui s’échappe de la dépouille dégouline sur le plateau principal du temple et s’infiltre à l’intérieur par les brèches formées par le temps.
L’hémoglobine goutte. Du sommet de la pyramide au plus profond du temple. Il traverse des mètres et des mètres d’obscurité et de froid. Il parcourt une atmosphère lugubre et éclate au contact d’une roche rougie par la chute répétée de sang depuis des années. Le fluide vital brille au c½ur des ténèbres. Les gouttes s’écrasent et inondent une statue immense, endormie, à l’intérieur de laquelle une lumière solaire brûle constamment, au beau milieu de la nuit éternelle. Au pied de la statue, un homme accroupi, les mains sur les genoux, se laisse éclabousser par le fracas du sang sur la pierre. Entièrement nu et bardé d’une musculature imposante, ses yeux sont clos. Au contact répété du sang sur la statue, le feu solaire attire les rayons de l’astre qui brille au dehors. Le soleil s’infiltre par une énorme trouée faite depuis le haut du temple, vestige d’un combat passé contre un Saint d’Athéna, et ne fait qu’un avec le noyau de feu qui fait vivre la statue.
De petits crissements retentissent dans ce souterrain. Les ongles des pattes sur lesquels Titlacauan se tient debout griffent les dalles posées par les civilisations précolombiennes. Le thérianthrope s’agenouille devant l’entité comateuse : « Divin Tezcatlipoca, je crois avoir trouvé le sacrifice le plus digne qui soit pour vous. Je m’en vais le chercher de ce pas. » Des applaudissements lui répondent. Lents et disgracieux, ces congratulations inspirent un profond cynisme. Le visage sadique du prêtre de Tezcatlipoca arbore une expression bestiale : « Quelle passion tu exerces dans ton rôle de guerrier, ricane Necocyaotl. » Titlacauan reste courbé pour rendre hommage au second des Jaguars : « Je ne pense qu’à ce renouveau voulu par notre Grand Tezcatlipoca. _ Oui… Comme nous tous. Cependant, tu n’iras pas retrouver ces étrangers. Pas tout de suite du moins. Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici. » Une voix caverneuse et terrifiante demande alors : « Sais-tu qui ils sont ? » Le timbre si puissant de l’intervenant pourrait faire croire qu’il s’agit de la statue elle-même. Cependant, il s’agit en réalité de l’homme qui demeurait accroupi. Il se redresse pour accueillir sur lui une armure sombre qui dissimule son anatomie. Tezcatlipoca, lui-même s’adresse à ses sujets. Necocyaotl s’incline immédiatement sans perdre pour autant son attitude vicieuse : « Ils portaient des urnes. Comme celles capables de contenir une Cloth de Saint d’Athéna. » Toujours les yeux fermés, Tezcatlipoca constate aussitôt : « Athéna… C’est par sa faute si je n’ai pu me réincarner qu’en cette époque. Elle a scellé mon âme il y a plus de deux siècles. Sans notre libérateur et la chaleur qu’il nous offre, nous ne pouvons pas préparer le monde nouveau. Athéna ne peut-être là que pour y nuire. _ Notre libérateur, s’enthousiasme avec énigme Necocyaotl, lui qui nous a offert le soleil capable de vous rendre toutes vos forces… Il nous a confié le bien plus précieux. Tachons de savoir ce que des chevaliers d’Athéna font par ici, avant de les sacrifier pour la gloire de ce soleil qui sera le destructeur de ce monde. »
Au Japon, à Tokyo, à l’intérieur du quartier général de la Fondation Graad, dans une pièce confinée faite de panneaux métalliques, Sho, Ushio et Daichi encerclent les deux agents secrets assis dos à dos. Appuyés contre les parois de la salle, les trois asiatiques ne cessent de regarder la pendule positionnée au-dessus de la porte. La tension redescend lorsque cette dernière s’ouvre, pour laisser apparaître le visage angélique de la directrice de la fondation. Toujours aussi élégante dans son ample robe blanche, Saori Kido émerveille ses trois protecteurs. Les deux enquêteurs au service du Grand Pope refusent de la regarder dans les yeux, comme pour mieux la dénigrer. Sho le premier, remarque : « Vous êtes enfin là ! Nous nous inquiétions de voir le temps défiler ! » Saori pose sa main sur celle du leader de l’équipe pour le rassurer. Sa peau est douce. Elle libère une aura attentionnée : « Il m’a fallu raccompagner le concepteur de vos armures, le Docteur Asamori. Il était mon invité. » Cette remarque interpelle les trois complices. Saori, elle, tend simplement une enveloppe aux deux captifs : « Je vous ai préparé un jet privé. Il prendra la direction d’Athènes dès que vous serez à son bord. J’image que vous n’aurez pas de difficultés à retrouver le chemin du Sanctuaire une fois sur place. Vous délivrerez cette missive au Grand Pope. » Les Steel Saints échangent un regard effaré. Circonspects, ils commencent tous les trois à s’avancer vers les individus mais la maîtresse des lieux complète : « La mission de surveillance de ces hommes est terminée. Ils se sont acquittés de leur mission avec brio. Nous embarquons demain matin pour le Sanctuaire avec Seiya, Hyoga et Shun. Je voulais en avertir moi-même le Grand Pope. » Elle s’adresse aux deux soldats du Sanctuaire sur un ton particulièrement courtois : « Je suis persuadée que vous ne rechignerez pas à me rendre ce service. » Le plus râblé des deux acolytes avoue : « En effet. Nous rentrerons sans faire d’histoire. » Elle claque alors des doigts pour faire venir quatre agents aux costumes et lunettes noirs : « Dans ce cas, ces hommes vous raccompagneront jusqu’en Grèce. Faites bon voyage. »
Les Grecs s’exécutent et laissent Saori seule avec ses Saints. Une fois la porte refermée derrière eux, Ushio s’indigne sans ménagement : « Pourquoi prévenir le Pope ? Une attaque surprise aurait eu plus d’effet. » La belle aristocrate sourit chaleureusement devant la crédulité de son chevalier. Daichi, lui, relève : « Avant de libérer nos deux prisonniers, vous évoquiez votre rencontre avec le Dr Asamori. Qu’en est-il ? _ Vous avez entendu Seiya et les autres à propos de la visite d’Aiolia du Lion n’est-ce pas ? Les Saints d’or sont des adversaires qui ne sont pas à votre portée. Je refuse de vous envoyer à la mort, annonce-t-elle sèchement. » Ushio, le plus révolté des trois hommes espère protester mais Sho l’en empêche : « Je comprends. Une attaque surprise n’aurait de toute façon aucun effet contre de tels adversaires. Et nous ne serions qu’une gêne pour nos amis. Il nous faut nous rendre à l’évidence. Le chemin vers la maîtrise du cosmos est long. Et nos limites en tant qu’hommes ont été atteintes. Peut-être lorsque vous reviendrez de Grèce, nous aurons réussi à nous éveiller à la cosmo énergie. Et alors nous pourrons rejoindre vos rangs, ceux de la déesse Athéna. » Sereine, Saori congratule Sho d’un mouvement de tête. Daichi, lui, propose : « Vous accepterez malgré tout que nous vous accompagnions demain jusqu’à votre jet. _ Oui, accepte Ushio, et durant votre absence, nous continuerons de traquer le mal et à faire régner la justice, afin de faire une liaison pacifiste entre le monde antique et le monde contemporain. _ Bien, ponctue Sho, puisque nous sommes d’accords, pourquoi ne viendriez-vous pas jusqu’à chez nous, au centre de recherche, boire un verre pour nous faire profiter de vous avant votre longue absence ? _ Avec plaisir. Tatsumi nous attend avec la limousine dans le parking. »
Sans réellement savoir où ils vont, Nicol et ses amis s’enfoncent depuis des heures dans la forêt tropicale mexicaine. Jouant de malchance, Mei ne cesse de se gifler le corps en espérant faire baisser la population de moustiques, ce qui a le don d’amuser ses proches. Médée, elle, plus réfléchie, laisse graviter autour d’elle son cosmos pour repousser les insectes. Yulij, pour sa part, garde toujours un ½il sur le sol, de peur de croiser le chemin d’un serpent. Nicol est le seul à s’enthousiasmer du voyage. Il ramasse de la terre humide : « Le sol est très fragile. Il est mince et pauvre puisque tous les éléments nutritifs sont absorbés par la végétation. » Mei souffle : « Formidable ! » Nicol continue d’étaler ses connaissances en levant la tête vers quelques stratifications verticales dominées par les plantes : « À lui seul, cet écosystème contient 70% des espèces végétales connues. » Mei cesse alors sa route et déclare : « Vite ! Au feu ! » Nicol se retourne sévèrement vers lui : « Ça ne va pas non ?! » Mais le Japonais tend sa main vers l’ouest : « Non, regarde là-bas, de la fumée. On dirait qu’il y a un feu tout près ! »
Le quatuor, sans se concerter, fonce en direction du nuage. A vive allure, ils débouchent au bord d’un précipice qui rejoint celui d’en face grâce à un pont suspendu. En tête de file, Mei s’élance sur la passerelle de cordes et de bois pourri. Les femmes l’accompagnent, alors que Nicol ralentit sa course sans toutefois renoncer à les suivre : « Je le sens mal ce pont. » Aussitôt cette phrase prononcée, les liens cèdent et les amis chutent dans le vide.
Leur descente s’achève dans un bras d’eau d’où ils extirpent difficilement les urnes de leurs armures. Installé sur une maigre embarcation, un autochtone se moque en les voyant sortir un à un la tête de l’eau. Ce vieillard au teint halé et aux poils blancs dressés sur le menton, pointe du doigt chaque côté de la berge : « Le pont n’est plus utilisé depuis des années. Il est trop dangereux. Des pirogues sont à disposition de chaque côté de la rive. » Grognant son amertume, Mei refuse de s’engager sur la barque du brave monsieur et nage péniblement jusqu’à l’autre côté. Il y attend ses amis bien moins caractériels en essorant ses vêtements. Le cordial vieillard se hasarde à demander : « Quelle mouche l’a piqué ? » Nicol rejoint les autres et ne peut s’empêcher de rire : « Ce n’est pas une mouche, ce sont des moustiques ! » Les trois chevaliers se gaussent à l’approche de Mei.
Au Japon, à Tokyo, au centre de recherche de la Fondation Graad, le petit salon est animé par quelques éclats de rire. A l’intérieur de l’immense complexe d’ingénierie où Sho, Ushio et Daichi se sont entraînés durant des années, une table basse, au bois parfaitement lustré, accueille quelques flûtes à champagne.
Daichi s’applique à positionner les verres en les comptant : « Donc huit coupes c’est ça ? Tatsumi va arriver avec Seiya, Hyoga et Shun ? » La voix quelque peu embrumée, Saori rectifie : « Non, sept. Seiya ne se joindra pas à nous ce soir. » Dr. Asamori qui ouvre en grand les portes du bar, précise : « Non, six. Il me reste un excellent scotch que votre grand-père m’avait fait garder pour les grandes occasions. » Ushio en profite : « Dans ce cas j’en prendrai un moi aussi ! » Son tuteur abandonne pour une fois cet air si sombre qui fait tout son charisme pour stipuler : « Désolé jeune homme. Ce douze ans d’âge est réservé aux papilles gustatives entraînées. La robustesse d’un tel nectar, va bien au-delà de toutes les épreuves que vous avez endurées ces dernières années. » Les convives de la demoiselle s’empressent de rire aux éclats de cette boutade qui permet à tout le monde de ne pas remarquer la déception passagère de Saori, en évoquant le cas de Seiya resté auprès de Miho. Seul Sho a relevé cette pointe d’amertume. Avant que les Saints du Cygne et d’Andromède n’arrivent, la réincarnation d’Athéna demande : « Cette soirée était destinée à reposer Hyoga et Shun. Leur vider l’esprit si vous préférez. J’aimerai qu’en leur présence, nous parlions d’autre chose que la journée de demain. Surtout, pas un mot sur le courrier que j’ai fait envoyer au Pope. Ils l’apprendront dans l’avion. _ Bien évidemment, approuve le scientifique. Mais vous Mademoiselle Kido ? Avez-vous pris le temps de souffler quelques instants ? » Prenant le fardeau de son rôle comme une formalité, elle sourit timidement : « Il n’y a rien de plus naturel pour Athéna, que de vivre chaque instant avec la passion d’instaurer la paix sur cette planète. » Daichi est songeur : « A ce propos, comment ferez-vous pour entrer en jet dans le Sanctuaire demain ? Je veux dire, chaque fois que nous avons envoyés des avions survoler les environs, un étrange champ de force les empêchait d’avancer de plus près. _ Je compte sur ma propre volonté tout simplement. Puisque je suis Athéna, il n’y a aucune raison que je sois repoussée par ma propre barrière de cosmos. »
Enfin, quelques pas résonnent depuis le couloir. Daichi fait immédiatement sauter le bouchon du champagne : « Ah ! Les voilà ! Hyoga ! Shun ! Entrez donc ! » Bon dernier, Tatsumi grommelle : « Forcément, on n’en a rien à faire de moi ! » Dans un mouvement de joie général, le Docteur Asamori vient le saisir par l’épaule pour le guider jusqu’au bar : « Allons, allons, j’ai un excellent scotch à vous faire déguster venez. »
En quelques heures, Hyoga échange avec ses compagnons les souvenirs d’enfance qu’il partage avec Shun et les autres. Certaines anecdotes ne mettent pas Tatsumi à l’honneur. Puisqu’il boude le reste de l’équipe, Ushio en profite pour lui voler son verre d’alcool et pour goûter au scotch. Immédiatement, sa gorge lui pique et ses yeux pleurent. Le groupe n’avait plus besoin que de ça pour plonger dans l’hilarité totale. Shun se permet de comparer le chevalier à l’armure marine : « Lorsque tu fais tes pitreries Ushio, tu as les mêmes expressions que Seiya ! » Daichi rajoute : « En parlant de lui, je crains qu’il nous faille le faire tomber du lit demain matin, le connaissant. » Et Hyoga en profite pour enfoncer le clou : « Je ne prendrai pas ce risque. Nous l’avons laissé avec Miho, je préférerai ne pas me mêler de ses histoires. » Face à la bonne humeur générale, Saori essaie de masquer son désappointement et sort sur le balcon prendre l’air frais de décembre.
Dehors, accoudée à la rambarde, elle entend la porte s’ouvrir et une présence se rapprocher. Une voix teintée de gentillesse et d’une maturité qu’elle ne soupçonnait pas se permet de lui dire : « Je pense qu’il la partage vous savez, sous-entend Sho. _ Sho ?! Que veux-tu dire ? _ Pardonnez mon indiscrétion. Mais je pense que Seiya partage au fond de lui l’affection que vous lui portez. » Comprenant par l’approche discrète du chevalier à l’élément céleste qu’il saura garder le silence, elle lui avoue : « Je crains hélas qu’il ne partage pour moi, que la passion du Saint envers Athéna. Il a su me regarder comme se doit de le faire un chevalier, quand moi je n’en suis encore réduite qu’à le voir avec mes yeux de femmes. _ Il y a autre chose. Au fil des mois passés à vos côtés, j’ai pu constater qu’il y avait plus que cela. Aujourd’hui il protége Saori pour tout ce qu’elle est. Et non Athéna seulement. _ C’est bien là le problème. Pour réussir à surmonter toutes les épreuves demain, je devrai être Athéna, uniquement Athéna, et renoncer à ce que Saori éprouve. » Sho se frotte les bras pour signifier qu’il fait trop froid pour qu’ils s’éternisent davantage dehors. Il choisit de conclure : « Si la mission de la déesse de la Sagesse est de préserver la paix, l’amitié et l’amour, alors pourquoi lui serait-il interdit d’aimer en retour ? »
Au Mexique, au centre du pays, de retour sur la terre ferme, les quatre Saints achèvent leur périple en direction du la fumée qu’ils ont aperçue auparavant. Yulij explique à Mei : « Le pêcheur nous a dis qu’il s’agissait de funérailles. Un enfant mort au combat. _ Mort au combat ? Comment ça ? _ Dès leurs six ans, les enfants de cette contrée sont entraînés à leurs devoirs militaires pour être placés sous la protection de Tezcatlipoca, répond Nicol. _ Tezcatlipoca, ce n’est pas le dieu vers lequel nous souhaitons nous diriger ? Celui qui retient le Pendentif de Zeus, s’inquiète Mei ? _ Si. D’après le pêcheur, les adeptes de Tezcatlipoca ont grossi leurs rangs, ces dernières années. Les infidèles disparaissent peu à peu, ajoute Nicol. » Médée s’hasarde à demander : « Pourquoi seulement depuis quelques années ? _ Nous sommes là également pour le découvrir. Il y a plus de deux siècles, un Saint d’or du Scorpion a mené le combat contre les Jaguars, ces guerriers au service de Tezcatlipoca. Cela s’est soldé par la défaite de ce dieu aztèque. Il a été scellé par Athéna et à notre époque, il n’aurait jamais dû réapparaître. » Mei suggère : « Il pourrait donc y avoir une autre force en présence. _ C’est fort probable, confirme l’érudit Saint de l’Autel. »
Leur conversation cesse lorsque, après avoir écarté quelques branchements qui leur barrent le chemin, les chevaliers tombent sur le bûcher de fortune dressé pour les obsèques de l’enfant. Nicol précise : « Les aztèques brûlent leurs morts. » Une voix roque stipule : « C’est parce que nous ne sommes que cendres et que nous nous rendons ces cendres à la nature qui nous a donné la vie. » L’homme, assis sur une souche d’arbre, expose son front dégarni à la lueur de la nuit tombante. Ses épais sourcils lui donnent un regard sévère. Sa barbe drue et ses quelques rides permettent d’avancer un certain âge à cet homme à la carrure large. Une cicatrice, semblable à une griffure de félin, passe par son ½il gauche. Son torse est habillé d’une peau d’animal tacheté, celle d’un jaguar. Les quatre amis restent prudents : « Nous avons été alertés par le feu, commence Nicol. Nous cherchons un endroit où passer la nuit. » L’homme reste les yeux rivés sur le bûcher désormais éteint : « Vous savez ce qui est le plus triste là-dedans ? C’est que les parents de cet enfant ne soient même pas venus. Ils l’ont laissé seul pour se rendre à Citlali. _ Citlali ? » _ Citlali est le nom de la cité où est érigé le temple de Tezcatlipoca. Derrière moi se trouve mon village, Icnoyotl. Je suis Ichtaca. Je tiens une auberge à Icnoyotl. Si vous cherchez l’hospitalité, vous y êtes les bienvenus. _ Volontiers. Nous avons des pesos pour payer les nuitées. Voici Yulij, Médée et Mei. Moi c’est Nicol. » Ichtaca tend son bras en direction d’Icnoyotl : « Enchanté. »
En quelques secondes, la troupe débarque dans un village tenu en plein milieu de la forêt. Une quarantaine d’habitations de briques et de pierres regroupées les unes proches des autres forme Icnoyotl. En passant par les étroites ruelles, les visiteurs peuvent apercevoir au travers les lucarnes qui forment les fenêtres, uniquement fermées par d’épais linges, le scintillement des lampes à huile qui éclairent quelques habitants. Leur traversée les rapproche peu à peu d’un florilège musical contemporain de plus en plus vivant. Ainsi, ils gagnent une bâtisse plus haute et plus large que la majorité des autres. Le propriétaire, Ichtaca, écarte le rideau qui ferme l’entrée : « Voici mon établissement. » Nicol ouvre grand les yeux, surpris par la bonne vingtaine de tables arrondies autour desquelles sont attablés hommes et femmes, étrangers comme locaux : « Je suis étonné de voir autant de monde dans un village si reculé. _ Malgré la distance, Icnoyotl a toujours accueilli de nombreux visiteurs. D’abord lors de la conquête du continent américain, puis au fil des âges par les touristes curieux de la faune et de la flore de nos forêts. Vous avez ici des gens de passage, de tous les horizons, avec des mobiles différents. » Sous les airs joués à la guitare et à l’harmonica par des régionaux de l’étape, les clients boivent, frappent des mains et chantent. Presque tous à la tenue et au physique différents, les consommateurs s’abandonnent après de longues journées éprouvantes. Grincheux, Mei préfère bailler en grand pendant qu’il s’assit sur un tonneau en attendant la suite des évènements. Il garde fermement contre lui sa compagne Yulij, après qu’un moustachu affublé d’un chapeau de cow-boy ait enlevé Médée pour la faire danser sur le vétuste plancher où s’adonnent d’autres hôtes. Nicol, toujours aussi noble dans son attitude, se laisse amuser par la bonne ambiance en libérant un séduisant sourire. Ichtaca, d’un signe autoritaire, appelle une serveuse qui officie derrière le bar. Aussitôt, une autre prend la relève, débordée à servir sans cesse l’assoiffée clientèle. L’employée se présente sans plus tarder : « Que puis-je pour tes invités Ichtaca ? » Instinctivement, ses yeux verts plongent dans le regard de Nicol qui se sent lui aussi absorbé par la jeune femme. Celle-ci, les cheveux longs, blonds, épais, agrémentés de plumes noirs pour les décorer, sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Sa robe rouge foncé, est dédoublée avec audace haut sur la cuisse, elle est équilibrée au buste par sa ferme poitrine. Une tresse agrémente le brassard qu’elle porte autour du bras. _ « Iuitl, je te présente Nicol. Lui et ses amis sont en voyage dans les environs. Fais-leur préparer chacun une chambre, ordonne Ichtaca. » Préférant rester auprès de sa bien-aimée, Mei précise : « Trois chambres ça ira. » Ayant élevé Yulij comme sa petite s½ur, Nicol insiste : « J’ai suffisamment de pesos pour qu’on puisse s’offrir quatre… » Yulij qui reste la principale concernée conclut : « Ça ira Nicol. Mei préfère avoir quelqu’un auprès de lui pour chasser les moustiques la nuit. » Amusée par les chamailleries de leurs convives, Iuitl enjoint le couple à passer à l’étage : « Dans ce cas, je vais vous conduire à votre chambre. Vu que la compagne de monsieur danse, je l’invite à prendre place à cette table et à déguster notre excellente tequila. » Comprenant qu’Iuitl fait allusion au Saint du Graveur, le Grec précise immédiatement : « Oh ! Médée n’est pas avec moi ! » Iuitl lui renvoie alors un sourire charmant : « Raison de plus pour accepter le verre que je vous offre. »
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« on: 14 September 2020 à 17h22 »
NEWS
Cette version du chapitre 8 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010. Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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« on: 3 August 2020 à 15h41 »
Chapitre 63
Le soleil hisse timidement ses premiers rayons dans le ciel pour inonder l’Himalaya de sa lumière bienfaitrice ce 11 décembre 1986. A Jamir, région quittée quelques jours plus tôt par Mû, l’air est encore frais. Les au revoirs échangés libèrent des bouches, remplies de confiance, de la fumée. Toujours en retrait, Mei secoue, malgré tout, la tête en guise de salut pour Marin. Celle-ci, Pandora Box sur le dos, incline son buste en avant, afin de remercier Médée pour son hospitalité, alors que son mari est parti pour le Sanctuaire après un détour par les Cinq Pics en Chine. Un salut moins formel témoigne à Yulij un respect mutuel, tandis qu’une caresse véhémente sur la joue de Nicol, lui renvoie toute l’affection qu’il lui porte. Le meneur de cette équipe de mutins du Sanctuaire reste droit, la mâchoire contractée afin de ne pas trahir son habituelle solennité. Toutefois, sa voix teintée d’inquiétude le trahit : « Sois prudente. _ N’ai crainte. Je voyagerai sans utiliser ma cosmo énergie. Et une fois au Sanctuaire, je connais le lieu comme ma poche. J’arriverai sans faire de grabuge sur Star Hill. _ Tu me diras à quoi cela ressemble, plaisante-t-il. _ Tu le sauras le jour où tu prendras cette place qui est tienne désormais, répond Marin avec sérieux. »
Ces mots heurtent Nicol à tel point qu’il ne remarque même pas Marin s’éloigner à l’horizon. Tandis que Médée et Yulij lui font de grands signes de bras, Mei tourne le dos en direction de la demeure.
Une fois Marin disparue de leur champ de vision, Médée grimace : « C’est dommage que tu n’ais pas pu interpréter les symboles qu’elle a vu. Nous aurions pu l’aider. » Nicol dévoile un sourire rempli de certitude : « Mais nous allons l’aider. Je sais exactement ce qu’elle a vu. » Yulij s’offusque : « Pourquoi ne pas le lui avoir dit ? _ Parce qu’elle a raison. Le plus important aujourd’hui c’est d’aider Athéna à récupérer sa place. Nous ne ferions que les gêner à nous rendre au Sanctuaire. Nous aiderons donc Marin… Je veux dire Athéna, à préparer la prochaine étape : la survie de l’humanité toute entière. » Le regard déterminé de Nicol se brise sous la réflexion sarcastique du Saint de la Chevelure de Bérénice : « Tu es sûr que ce n’est pas plutôt qu’elle t’a tourné la tête cette Marin. _ Pas du tout, rougit Nicol ! _ Après tout ça n’aurait rien d’étonnant. Je veux dire, Marin est une Olympienne, toi tu es vachement cultivé et ton statut de Saint de l’Autel aspire à suppléer, voire remplacer, le Grand Pope. Il est normal que tu ais des goûts de luxe. » Nicol commence à menacer son rival. Amicalement, les deux chevaliers ont besoin de Médée et Yulij pour être séparés.
Tandis que les deux hommes boudent chacun dans leurs coins, Médée déclare avec enthousiasme : « Bien, dans ce cas nous allons récupérer le Pendentif de Zeus. Destination… Le… La… Euh… Mais où allons-nous au fait ? » Face à tant de légèreté, ses amis ne savent comment réagir. Après qu’une brise de honte caresse ses cheveux, Médée obtient la réponse de la bouche du Saint d’argent de l’équipe. Il prend la relève en pointant avec détermination l’horizon : « Préparez vos baluchons les amis. Nous partons pour le Mexique ! »
Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la nuit laisse place au jour dans le coliseum. Les fidèles s’y font de plus en plus nombreux. Ceux restés à prier chez eux ou dans les temples la veille pénètrent dans l’enceinte, curieux de ne pas voir leurs semblables en revenir. Au milieu de celle-ci, Apodis distingue difficilement son reflet dans le carrelage brillant qui habille cette majestueuse arène. Ses yeux sont tellement gonflés après les coups reçus, qu’il ne peut distinguer son nouvel adversaire qu’à l’aide de ses autres sens accrus. Fort de quatre victoires durant la nuit, le chevalier a déjà réalisé ici un exploit que chaque Olympien n’ose pas nommer « miracle ». L’Ange qui s’amuse avec lui depuis ces dernières heures, se montre bien plus difficile à appréhender. Ce dernier, fier dans sa Glory, affiche sans cesse une expression dédaigneuse. Il garde sous la main le diadème de son armure, afin de ne pas l’entremêler dans ses longs et lisses cheveux au bleu aussi clair que ses yeux. A l’image d’un chat qui joue avec une souris, Cycnos tourne autour d’Apodis en s’amusant à le repousser chaque fois au sol lorsque le Grec amorce une tentative pour se mettre debout. A genoux, sur les coudes, Apodis baisse la tête pour souffler d’exaspération. _ « Si seulement j’étais capable de maîtriser pleinement les septième et huitième sens à ma guise. Je parviendrais à surmonter instinctivement toutes mes peines, songe-t-il. » Un nouveau coup de pied dans le creux des reins, le ramène à la réalité. Son visage heurte le sol pour la énième fois et lui occasionne une contusion supplémentaire au front. Quelques quolibets pleuvent encore des tribunes et lui donnent encore la rageuse envie de repartir de plus belle au combat. Mais comme il en a pris la fâcheuse habitude, Cycnos l’humilie une fois encore en lui remémorant son infériorité. Refusant d’abdiquer, Apodis lève les yeux vers son adversaire qui le dévisage avec mépris. Malgré une nette fatigue, Apodis prend par surprise son ennemi. Il fait exploser son cosmos pour projeter son corps, tête la première, contre la poitrine de l’Ange. Stupéfait et démuni, Cycnos en lâche son diadème. Il est projeté dans les airs et s’y maintient en créant des ailes d’énergie afin d’éviter une dangereuse chute. Entre lui et le sol, le sang qui s’échappe de sa Glory fissurée s’égoutte jusqu’à son adversaire. Le Saint est étendu sur le pavement, inconscient, souffrant d’une terrible lésion crânienne après le choc. Sa perte de connaissance le plonge dans de sombres souvenirs qui le rapprochent peu à peu du terme de sa vie…
Flashback Grelottant, Apodis rentrait dans son logis avec quelques bûches dans les mains. La cape sous laquelle il s’était abrité était couverte de neige en ce mois de décembre 1983. En balançant un morceau de bois dans la cheminée, il se précipita tout sourire au chevet de sa bien-aimée. Autour d’elle, des prêtresses s’affairaient à faciliter l’accouchement du fruit de leurs amours. Surexcité, Apodis leur déclara : « J’ai relancé le feu. Je ne veux pas que notre enfant ait trop froid ! » Pour réagir à son grand sourire, une prêtresse adopta une mine empruntée. Eprouvant un profond malaise, Apodis se précipita au chevet de Netsuai : « Que… Quoi… Que se passe-t-il ? » Aucune prêtresse n’osait répondre au chevalier, elles poursuivaient le nécessaire à la mise au monde de l’enfant.
C’est finalement Netsuai, livide, qui attrapa avec sa main gauche munie d’une alliance, celle de son époux, ornée du même bijou : « Mon époux… Les prêtresses disent que je perds trop de sang… _ Ne… Non… Ce n’est rien. Hein ce n’est rien ? N’est-ce pas, questionnait Apodis autour de lui l’air faussement rassuré ? » Aucune des sages-femmes ne répondait. Apodis commença alors à moins bien gérer son angoisse : « Non, ce n’est pas possible. Ce n’est rien. Je vais te couvrir de ma cosmo énergie pour empêcher ceci. Je vais soigner cette hémorragie et… _ J’ai déjà perdu trop de sang, apparemment je serai trop faible après la mise au monde de notre enfant pour m’en remettre et… » Netsuai, pousse d’inaudibles cris de souffrances, alors qu’apparait peu à peu la tête de l’enfant. Apodis serra fort sa femme et, contre son avis, l’inonda de son cosmos puissant et chaleureux. Il était tellement concentré sur le visage de sa femme, espérant la voir se remettre, qu’il n’entendit pas une prêtresse scander : « C’est un garçon ! » Il ne regarda même pas son fils, lorsqu’une autre le prit à bras et le débarbouilla de tout le sang dont il était couvert. Les linges sur lesquels Netsuai était allongée, étaient si imbibés que l’hémoglobine gouttait sur le sol, incapables d’en absorber plus encore.
Soudain, un sourire apparu sur les lèvres de Netsuai, craquelées par sa mort imminente. Ses yeux, gondolés de larmes en se faisant une raison, distinguèrent l’apparence de ce petit être qui naquit de son amour inestimable pour Apodis. Elle accueillit le petit homme contre sa poitrine et le plaqua. Elle le maintenait fort contre elle en mélangeant soulagement et chagrin. Elle échangeait cette fusion d’apaisement et de souffrance avec son mari impuissant qui voulait à la fois partager leur joie d’être parents et le refus d’abdiquer devant la mort. Son corps était de plus en plus froid et elle ne ressentait plus la douleur. Pas plus que le poids du nouveau né posé dans ses bras. Elle ne ressentait pas non plus la chaleur du cosmos de son mari, plongé de plus belle contre elle et leur fils. Elle n’entendait plus non plus. Ni les pleurs de l’enfant. Ni Apodis étouffer ses sanglots contre l’oreiller. Il ne lui restait que sa vue en parfait état. La douleur partie, il ne lui restait que le bonheur de la vue de cet enfant et l’affliction qu’elle laissait à son mari. Les prêtresses, impuissantes, avaient abandonné la pièce les unes après les autres. Avec le peu de force qui lui restait, Netsuai saisit son époux pour le serrer encore plus fort contre eux. L’obligeant ainsi à relever la tête et à abandonner ses efforts inutiles. D’une voix haletante et faible, elle murmura : « Sperare… signifie… espérer en italien… Notre fils… Sperarus… Il s’appellera… Sperarus… Parce qu’il est… pour moi… l’espoir… de te savoir… heureux… malgré… mon absence… » La douleur était si grande qu’Apodis n’arriva pas à lui répondre. Il ahanait de chagrin. L’enfant cessa ses pleurs, comme pour accompagner calmement sa mère dans ses derniers instants. _ « Apodis… Je te laisse un petit peu de moi grâce à Sperarus… Je vous aime… Apodis Sperarus… Merci pour tout… » Aussitôt, Apodis entendit le c½ur de son épouse battre une dernière fois. Le battement retentit dans son esprit. Mais il idéalisait tellement sa femme, il la voyait si forte, qu’il aurait pu jurer que ce dernier interlude en aurait fait craquer les murs. Il plongea son regard malheureux dans le sien, pour lui répondre à quel point il l’aimait lui aussi mais aucun son ne put sortir. Seulement, alors que ses membres cessaient toute étreinte, les yeux de Netsuai pouvaient lire, comme ils l’avaient toujours fait, l’amour que lui vouait son époux. Puis, plus rien. Il ne resta qu’un sourire sur ce visage désormais éteint. Apodis prit son enfant et pencha son visage sur celui de sa femme qu’il embrassa sur ses lèvres une dernière fois. Puis, il ferma ses paupières en gémissant : « Moi aussi, je t’aime Netsuai. » Il recula de trois pas et, s’effondra. Il chuta sur son postérieur, l’enfant à bras. Il hurla de douleur pendant que le nourrisson le regardait avec curiosité de ses petits yeux innocents… Flashback
Le bruit de la chute incessante d’une goutte dans une flaque travaille le subconscient d’Apodis. _ « Est-ce le bruit de mes larmes qui ne cessaient de couler ? Je ne crois pas. C’est moins limpide. Cela veut dire que je ne suis pas encore auprès de vous… Netsuai… Sperarus... Oui, ce ruissellement, c’est celui du sang de mon adversaire. Cela veut dire que le combat n’est pas terminé. Et puisque je suis voué à vous rejoindre, autant que je le fasse en Saint d’Athéna. En hommage pour mes amis défunts, pour Hébé, pour Athéna… Et pour vous ! » Apodis revient à lui en murmurant : « Oui, pour vous et tout l’amour que les hommes peuvent partager entre eux… » Il expose son corps recouvert d’hématomes et achève sa phrase en hurlant : « … Je mourrai en homme fier ! »
Cycnos regagne l’arène et prononce, impassible : « Je vais mettre un terme définitif à cette hérésie. »
Apodis ramasse le diadème abandonné par son opposant et lui balance à pleine vitesse. Semblable à un objet hostile à cette allure, Cycnos l’esquive et ne peut reprendre sa garde à temps. Le Saint cogne l’Ange en pleine poitrine et enchaîne de plusieurs coups de poings sur l’ensemble de son torse. Cycnos entrevoit une ouverture, dont il profite d’un direct du droit en plein visage. Il l’attrape par le cou pour le balancer contre le mur en haut duquel sont installés les dieux. Cycnos espère le coincer contre le mur en lui éclatant la tête contre la roche.
Le carambolage est si impressionnant, que l’assistance croit entendre le fracas de la boite crânienne d’Apodis. Seulement, rien d’autre que la roche froide n’est fracturée par Cycnos. L’Ange regarde instinctivement dans les airs et reconnaît Apodis, bras écartés, tel un oiseau qui déploie ses ailes sous le soleil levant, comme pour en absorber la chaleur. Les ongles du chevalier de bronze s’allongent à mesure qu’il retombe en direction de son adversaire, comme un rapace qui rase le sol pour piquer dessus au dernier moment. De ses dix doigts brûlants il entame l’armure de l’Ange et passe au travers pour taillader sa chair et la calciner par la même occasion. En retombant derrière lui, Apodis murmure le nom de son arcane : « Shining Apus Claw. »
Encore debout, profondément lacéré et brûlé aux nombreux points d’impacts choisis par l’être humain, l’Olympien maintient avec difficulté son imperturbabilité. Ses veines maquillent son expression d’une profonde haine.
Le Saint dresse toujours sa tête aux yeux gonflés en direction d’Hestia. Même s’il n’arrive plus à le voir, il tient à exposer jusqu’au terme de sa vie sa volonté de venger Philémon et les Hébéïens victimes de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer. En même temps, il cogite : « Les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis n’ont pas réussi à l’achever. Mes réserves s’épuisent. Il me faut achever ce combat au plus vite. »
Cycnos profite de l’immobilité de son adversaire pour l’attaquer dans le dos en balançant sa jambe en direction de sa tête. Étalant toutes ses dispositions et son expérience, Apodis perçoit le mouvement sans avoir à l’observer. Il s’abaisse pour esquiver et riposte d’un coup de coude en plein visage en faisant volte-face. Cette fois-ci, c’est Cycnos qui est projeté contre le mur de pierre. En se heurtant la tête contre, l’arrière de son crâne s’ouvre et libère une importante quantité de sang qui se mêle à ses longs cheveux soyeux. Autrefois azure, sa chevelure est désormais vermillonne. Bluffé par la résistance de l’humain et son cosmos toujours plus puissant chaque fois qu’il se relève, Cycnos refuse de s’avouer vaincu. Il effectue un coup de pied retourné qu’Apodis évite en basculant sa tête en arrière. Il profite de l’élan pour cogner avec sa tête Cycnos en pleine tempe. L’Ange repart s’appuyer contre le mur pour se maintenir debout. Il lève la tête en direction de la tribune d’honneur.
Là-haut, Hermès se lève pour manifester sa lassitude. Arborant sur ses cheveux couleur or son pétase, sa longue robe bleue agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules se plie à mesure qu’il s’incline en direction de Zeus : « Ô Seigneur Zeus. Ce combat a duré de trop longs instants pour me permettre de m’y intéresser davantage. J’aimerai retourner auprès de mes fidèles afin de bénir les offrandes qui m’ont été apportées. » Aux côtés de son père, Apollon répond pour lui avec cette flegme qui le caractérise : « Hermès. La vue de cette mise à mort t’affecte-t-elle ? _ Aucunement. Seulement, je me languis de la fin de cet être qui ne vient pas. » Les petits yeux sombres et inquiets d’Hestia suggèrent : « D’autres Anges pourraient intervenir pour en finir au plus vite. » Le visage très fin, les traits très tirés, Héra fixe de ses yeux larges et plissés qui expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, sa semblable : « Et cela reviendra à avouer au peuple l’impuissance d’un seul Olympien face à un seul homme. » La voix tonnante de Zeus clôt le débat : « Nous n’en sommes pas là. Nous resterons tous ici pour rappeler aux Olympiens qu’un homme a subi mille tourments pour avoir osé défier les dieux. » Aussitôt, parfaite dans sa robe cristalline, Aphrodite indique d’un pressant hochement de tête à l’Ange qui est à son service d’achever au plus vite le combat.
Cycnos s’exécute alors. Ses ailes d’angelot, invoquées par son cosmos s’enroulent autour de lui pour concentrer tout ce dont il est capable. Peu bavard, comme l’ensemble des siens, Cycnos gratifie Apodis de quelques explications : « Je vais rassembler toute ma cosmo énergie pour t’achever. Ma Douche Soufflante libère un coup qui perce toute défense et surtout toute surface qu’elle rencontre. Tu seras déchiqueté par l’impact. Blowing Shower ! » Les ailes de Cycnos ne laissent qu’une boule d’énergie absorbée par son poing, afin de mieux la libérer sur le chevalier. Les bras ballants, Apodis ne réagit que trop tard. Il évite au dernier moment que son c½ur soit frappé. Hélas, c’est à droite de sa poitrine que le faisceau lumineux libéré par Cycnos le transperce. L’Oiseau de Paradis retombe sur le dos, un trou aussi large qu’une balle de tennis en plein pectoral droit duquel s’écoule avec abondance énormément de sang…
En dehors de la tour de garde où vit Mû à Jamir, urnes encapuchonnées sous des draps, Mei, Nicol et Yulij attendent que Médée daigne sortir de la tour. _ « Un long voyage pendant lequel nous ne pourrons pas faire l’usage de nos cosmos nous attend encore, soupire Mei. » Tous les trois armés sous le bras d’un maigre paquetage, ils feignent de tomber à la renverse quand Médée arrive déjà toute vêtue de son poncho et d’un chapeau en criant avec le soleil dans la voix : « Mexique me voilà ! » Sous ses bras, d’énormes sacs de pagnes accompagnent le reste de sa garde-robe. Mei se moque d’un ton méprisant : « Tu espères passer incognito dans cette tenue. Le Mexique c’est encore loin je te signale. » Involontairement, mais toujours dans la contrariété à destination de Mei, Nicol relève : « Toutefois je note que tu as eu l’ingénieuse idée d’ôter ton masque et de voiler ton visage. Cela semblera déjà moins louche lorsque nous traverserons le monde contemporain. » Les grands yeux mauves de Médée, seul attribut visible de son visage, scintillent de plaisir pour une fois qu’on lui évite une moquerie.
Yulij l’imite en tournant le dos aux siens. A visage découvert, elle est soudain attirée par une distorsion sur le sol juste devant. Elle pivote légèrement en avant pour identifier cet étrange phénomène quand tout à coup deux énormes yeux globuleux apparaissent. Tout autour de ces globes, se dessine la silhouette d’un enfant aux cheveux roux et au sourire chenapan. Déstabilisée, le Saint du Sextant tombe en arrière et ramasse aussitôt le linge qui dissimule sa Pandora Box pour se cacher derrière. L’enfant, identifiable comme étant un Muvien grâce aux deux points qui marquent son front, adopte l’attitude d’un être ensorcelé : « Ouah ! Comme elle est belle ! » Passablement révolté qu’on ait pu voir le visage de sa bien-aimée, Mei dresse déjà son poing en avant : « Qu’est-ce qu’il a dit ?! » Médée s’interpose entre l’enragé et le clown qui continue de vanter la beauté de la jeune femme : « Kiki ça suffit ! » Nicol, bras croisé, ne peut s’empêcher de trouver cela amusant.
En Olympe, le coliseum applaudit déjà la mort proche d’Apodis. Passablement amoché, Cycnos, le cinquième Ange de suite à faire front à Apodis, reçoit les louanges qu’il a difficilement méritées. En effet, le sang qui le souille et sa Glory en piteux état, attestent la difficulté qu’il a eu à venir à bout de cet homme qui ressort chaque fois plus fort des épreuves rencontrées.
Là, étendu dans son sang, l’être conspué glapit en essayant de contenir sa douleur pour se relever. « Ces Anges… Un jour ils viendront sur Terre détruire tout ce pourquoi je me suis battu jusqu’à présent. Tout ce qui a été construit au prix d’innombrables sacrifices. Je ne peux laisser les tombes de ma mère… De mon épouse… Et… De mon fils ! … Je ne peux pas les laisser être profanées par ces dieux qui nous rabaissent, s’encourage-t-il ! »
Les acclamations de la foule s’amoindrissent à mesure qu’Apodis reprend appui sur ses membres devant un Cycnos interdit : « P… Pourquoi insiste-t-il ? Les humains font preuve de lâcheté. Ils renoncent au moindre obstacle. Alors pourquoi lui… » Plus mort que vif, Apodis ne laisse pas à Cycnos le temps d’achever sa réflexion. Il balance une gauche avec désespoir. L’Ange s’en saisit sans le moindre mal : « Aussi combatif puisses-tu être, tu es limité par ton humanité. Tu as épuisé toutes tes forces. Il ne te reste rien. » Ayant trop de mal après les heurts subits pour bouger correctement sa mâchoire, Apodis rétorque difficilement : « Si. Il me reste ma combativité. » Il rappelle si fort et si soudainement sur son poing gauche prisonnier que Cycnos en est déstabilisé et ne parvient pas à éviter une nouvelle droite, bien plus inquiétante et dangereuse que le coup précédant. Celle-ci transperce la poitrine de Cycnos au même endroit où ce dernier a infligé son Blowing Shower à Apodis.
L’assistance est coite. Certains fidèles se retournent de nouveau vers leurs dieux, pour les prier avec davantage d’assiduité.
Cependant, au centre de l’arène, rien ne change. Cycnos profondément meurtri essaie de balancer une droite à laquelle Apodis riposte avec plus de vitesse d’un coup en pleine face. Cycnos tente le tout pour le tout en vidant toute sa cosmo énergie dans la bataille : « Blowing Shower ! » Cette fois-ci, Apodis bloque le coup dans la paume de sa main. L’onde de choc est si puissante, que l’épaule droite d’Apodis cède sous la pression exercée, dans une gigantesque éclaboussure de sang. Néanmoins, comme s’il devenait insensible à la douleur, le Saint n’abdique pas et, tout en gardant le bras de son adversaire prisonnier de sa paume, il libère avec son autre bras son arcane habituel : « Wing Jikan No Yoyu ! » Et même s’il n’a plus qu’une seule aile, le Battement d’Ailes Majestueux libère un cosmo insoupçonné qui arrache progressivement l’armure de Cycnos. Puis son épiderme. Jusqu’à le désintégrer totalement…
Le vent cosmique et violent libéré par Apodis souffle jusqu’aux loges divines où Héphaïstos protége les siens, loin d’être inquiets, en le contrant d’un vulgaire revers de la main.
Plus bas, les genoux tremblants, Apodis lutte pour rester debout. Il sait qu’un sixième Ange va le rejoindre. Instantanément, la silhouette gracieuse d’une Olympienne apparaît pour lui donner raison. Celle-ci porte une Glory adaptée à ses formes féminines. Le bustier libère sa frêle poitrine, tandis que l’armure protège ses jambes, dès le bas de ses fermes cuisses. Ses yeux gris font le tour de la surface de combat, sans jamais s’attarder sur l’être humain qu’elle dénigre lorsqu’elle parle de lui. En s’agenouillant en direction de sa maîtresse, elle déclare : « Ô Déesse des Plaisirs et de la Beauté, je m’engage personnellement à achever ce misérable Saint d’Athéna. Moi Penthesíleia Ange de l’olympe j’en fait le serment sur ma Glory. »
Après sa révérence, toujours sans poser le moindre regard sur son adversaire, la guerrière aux longs cheveux noirs bouclés se contente de pointer le doigt dans sa direction : « Amazon Arrow Express. » Un filet de lumière traverse Apodis en plein genou droit. Toutefois, il ne fléchit pas pour autant. Penthesíleia réitère la même technique sur le genou gauche sans pour autant qu’Apodis ne perde l’équilibre. L’Ange s’en inquiète : « Les Flèches Expresses des Amazones sont sensées faire perdre toute vie à l’organe qu’elles touchent. Les cellules de tes genoux auraient dû se dissoudre et tes jambes lâcher dès que mes flèches t’ont transpercées. »
Tête baissée, le corps balançant au gré du vent, le chevalier ne répond rien. Face à cette attitude, l’Ange tend ses dix doigts en direction du mort-vivant : « Dans ce cas, je vais libérer toutes mes forces : Amazon Arrow Express ! »
Au pied de l’Himalaya, mélangé à la population locale, la bande de Nicol et Mei entame son périple. Derrière, Mei grommelle encore contre l’arrivée fortuite de Kiki. En tête, Nicol partage les impressions de la Muvienne concernant le garnement. _ « … Je vois, donc Mû en a fait son apprenti. Il est très doué pour la téléportation en tout cas, s’amuse Nicol. » Cette dernière remarque ne fait guère sourire Mei. Médée poursuit : « Durant ces derniers mois il est resté au Japon, au c½ur du conflit entre le Grand Pope et Athéna. Mû a voulu qu’il assiste à la bataille au plus près, afin de le confronter à la réalité des combats de Saints. _ Tu ne lui as pas dis où nous allons, interroge Nicol ? _ Non. Il a la langue bien pendue. J’aurai trop peur qu’il en parle à Mû. Je ne veux pas détourner mon mari de sa mission. _ Tu as bien fait. Et Kiki sait au moins où est Mû ? _ J’ai refusé de le lui dire. S’il est aussi doué que mon époux le prétend, alors il parviendra à le localiser tôt ou tard et à le rejoindre lorsqu’il arrivera au Sanctuaire s’il n’y est pas déjà parvenu aux Cinq Pics. »
Au centre de l’arène de l’Olympe, dix flèches libérées des mains de Penthesíleia viennent transpercer les principaux points vitaux d’Apodis. Seulement, l’Olympienne aux belles anglaises n’obtient pas l’effet escompté. Apodis erre toujours au c½ur de la surface de combat. Seuls quelques filets de sangs s’écoulent des plaies. _ « Non. Non une seule flèche devrait avoir raison de toi. La destruction des cellules se propage dans tout ton corps. Là j’ai même percé ton c½ur et ton cerveau des Flèches Expresses des Amazones. _ … _ Que… Quoi ? Je n’entends pas ? » La foule se tait pour essayer de percevoir les sons qui s’échappent de la bouche d’Apodis : « … » Ne craignant plus rien de ce cadavre ambulant, l’Ange se rapproche et lui flanque une droite qui le fait juste reculer d’un pas. Face à une telle insensibilité, l’Ange lève les yeux l’air penaud vers Aphrodite. C’est à cet instant, à une vitesse que seuls les dieux peuvent percevoir, qu’Apodis accroche la gorge de Penthesíleia : « Je disais, il est normal que je ne sente pas la destruction de mes organes. Je ne ressens plus rien depuis des heures déjà. » La voix enrouée, Penthesíleia reste médusée : « C’est impossible. » _ « Rien n’est impossible pour l’homme. Nous vivons en harmonie avec l’univers. Et même si nos corps sont brisés, le cosmos, lui, est immortel. »
Au sommet du coliseum, Zeus surprend tout le monde : « Face à l’immortalité des dieux, il a répliqué par la fusion de son cosmos avec l’univers. Il a atteint l’éveil. » Tous posent les yeux vers leur maître, hormis Apollon qui reste rivé sur le combat.
Sans remord, Apodis continue de serrer ses doigts sur la gorge de la guerrière céleste. Celle-ci prononce difficilement le nom de son arcane en libérant par centaines des Flèches Expresses des Amazones sans pour autant faire flancher Apodis. Au contraire, le cosmos doré du Saint devient blanc, immaculé. Sa voix retentit dans tout le stade : « Frantic Fury ! » Il libère avec son autre main un oiseau de cosmos opalin qui arrache instantanément toute trace de Penthesíleia.
La Furie Frénétique d’Apodis gagne la tribune d’honneur une fois de plus. Héphaïstos se contente du même mouvement qu’auparavant. Malgré cela, rien n’y fait. Il est contraint cette fois-ci, au dernier instant, d’écarter les deux bras pour mettre fin à cette vague menaçante. Une sueur froide roule le long du dos du Dieu du Feu, des Forges et des Volcans. Hestia, profondément marquée par la blessure provoquée par l’abnégation d’Apodis par le passé, se cachait déjà les bras face à la déferlante. Apollon se redresse d’un mouvement lent et calculé. Sans même craindre la colère de Zeus qui doit le leur autoriser, Apollon est debout pour mieux dominer les siens. _ « Aphrodite. Je pense que tes Anges ont fait ici l’étalage de leur faiblesse. Je vais m’occuper de faire cesser cette offense. Helénê. » A l’appel de son nom, l’Ange plus connue sous le nom de Ksénia apparaît derrière son maître. L’amante de Vasiliás et la prétendue amie de Saori Kido se montre dans sa Glory qui épouse à merveille ses courbes si généreuses. Le petit c½ur rosé tatoué sur sa joue et ses yeux topaze lui donnent une allure que les autres Anges n’ont pas. Face à l’attitude autoritaire d’Apollon, tous sont pendus aux lèvres de Zeus, impatients de connaître la suite. Celui-ci la fait connaître en exposant à son tour sa très grande taille, bien plus imposante encore que celle de son fils : « Assieds-toi, mon fils. _ Dieu des dieux je… » Des éclairs accompagnent la grogne du dieu des cieux : « J’ai dit… Assieds-toi ! » La colère dans la voix provoque une onde de choc qui cloue les spectateurs à leurs sièges. Digne, Apollon s’exécute en gardant le menton en l’air et sans baisser les yeux. Zeus poursuit plus calmement : « Envoyer Helénê. La plus puissante de tous les Anges réunis, l’être le plus puissant au monde après les dieux, pour abattre un Saint d’Athéna. Si nous en arrivons là, c’est que cet homme à quelque chose de spécial. Les humains font d’habitude preuve de peu de persévérance. Alors que lui, regardez-le, même à l’article de la mort, il se met de nouveau sur pieds pour faire face. Je laisse une dernière chance à Aphrodite de me prouver que ses Anges sont à la hauteur. _ Bien, dans ce cas, j’appelle Troïlos, acquiesce Aphrodite honteuse. _ Ne devrais-tu pas plutôt appeler Hektor et Paris ? Après tout, ils sont tes plus puissants défenseurs, suggère Artémis. _ Ils composent ma garde personnelle. Troïlos sera parfait pour clore ce combat. »
A l’appel de son nom, le nouvel Ange arrive depuis les airs. Les cheveux mi-longs, blond pâle, le teint laiteux, ce grand et mince chevalier céleste a une allure très élancée. Ses yeux couleur or s’accordent à merveille avec les deux petits anneaux accrochés à ses oreilles. Alors que tout porte à croire en la venue d’une entité douce et délicate, comme le son de sa voix, son sourire perfide le trahit : « Quelle horreur. Un être humain qui souille ces lieux. Et qui plus est dans cette tenue et dans cet état. N’as-tu pas honte de vivre ? Il n’y a rien de plus misérable que la condition humaine. Mais dans cette situation, commettre l’outrage de persister à arborer une telle impolitesse devant nos dieux représente le plus grand sacrilège. » Les bras croisés, refusant de toucher terre, lévitant à merveille grâce à ses ailes d’énergie, Troïlos est surpris par la réponse narquoise du Saint. Alors qu’il tangue en fonction de l’insistance avec laquelle sa tête lui tourne, Apodis s’amuse à faire de l’esprit en balbutiant : « Parle autant que tu veux, je n’entends plus rien de toute façon. » Comme une personne ivre, Apodis se met à ricaner nerveusement.
Cette attitude nonchalante provoque l’indignation des tribunes. Celles-ci implorent les dieux par d’incessantes prières de mettre un terme à tout cela.
Troïlos, croise ses jambes et se tient dans les airs comme s’il était allongé sur un divan, la tête reposant dans la paume de sa main : « Je comprends mieux maintenant pourquoi Eurypylos et les autres ont été vaincus. Tu t’es affranchi de toutes tes faiblesses pour revenir au sommet de ta force. Tu tires cette énergie de l’univers. Ce qui pourrait te rendre invincible. Seulement, pour maintenir un tel niveau, il faut avoir l’esprit sain. Garderas-tu la même détermination une fois que… » L’Ange s’évapore dans l’atmosphère pour réapparaître dans la même pose mais juste au-dessus d’Apodis sur le crâne duquel il effectue de son index une légère pression tout en achevant sa phrase : « … la Fantasmagorie Angélique t’aura entretenu du fond de sa pensée ? Angelic Fantasia. »
Instantanément, ses sens reviennent peu à peu à Apodis… L’Olympe disparaît, pour laisser place à une plaine fleurie à l’herbage doux où de jolis rosiers s’enroulent sur les vestiges de temples anciens… Des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguent au gré du vent. Le soleil radieux réchauffe le visage du Saint assis sous un arbre, sur lequel chantent des oisillons. Il s’étonne de se voir habillé de sa tunique turquoise en parfait état. Proche d’un lac à l’eau pure, là où il a rencontré Netsuai pour la première fois, le chevalier de bronze distingue au loin son épouse approchant avec leur fils dans les bras. _ « Ils sont magnifiques n’est-ce pas, lui demande une voix étrangement familière ? » Le Grec se retourne et reconnaît Mujakis, sa mère, à laquelle il ne répond que d’un regard stupéfait. Mujakis comprend alors : « Oh, notre présence te trouble sûrement ? » En prenant appui contre le tronc sur lequel il est adossé, Apodis tente d’approcher sa mère qui recule. Elle emprunte la direction de Netsuai et Sperarus : « Qu’attends-tu ? Viens avec nous ? _ Je ne peux pas. Je dois me battre. _ Te battre ? Mais pourquoi donc ? Que trouveras-tu après cette bataille ? Plus personne ne t’attend. Alors que nous nous sommes là. » Le jeune homme grimace en baissant la tête. Inconsciemment, il amorce un pas, puis deux, en direction de sa femme et de son fils. L’air est si doux. Les éclats de rire de Netsuai qui n’étaient qu’un lointain souvenir, sont si réels. Arrivé à leur hauteur, Apodis reconnaît les gazouillis de Sperarus. Il est saisit au c½ur par un sentiment insoutenable de bien-être lorsque Netsuai lui sourit avec amour. Le soleil reflète sur ses cheveux bruns quelques mèches orangés et fait ressortir le bleu profondément amoureux de ses yeux. Sur son épaule, Apodis sent la main chaude et pleine de compassion de sa maman : « Allons, prends-les dans tes bras. Ils n’attendent que ça. _ Mais… Puis-je vraiment ? Pas maintenant ! Je suis en plein combat, dit-il par réflexe en faisant le tour de lui-même pour chercher son adversaire ! » Pourtant, ni à proximité, ni à l’horizon, rien ne ressemble à ce coliseum, où depuis des heures ses pieds glissent dans son sang. _ « Quel combat ? » Apodis s’obstine à guetter le moindre danger. Mais ni les injures des Olympiens, ni la voix tonnante de Zeus ne lui viennent. Il n’entend que les oiseaux et sa femme rire avec leur fils. _ « Mais… Puis-je vraiment… Ils ne font plus partis de mon monde désormais, se persuade Apodis. » Netsuai tend leur enfant dans sa direction et s’inquiète de sa douce voix : « Comment peux-tu dire ça ? Tu es si proche de nous à présent ! » Apodis détourne son regard vers une statuette d’Athéna couverte de verdure : « C’est que… J’ai une mission… Et Juventas… Et sa fille Agape… Elles méritent que je me batte encore. » Netsuai reprend son enfant contre sa poitrine : « Comment ?! Tu veux dire que tu nous as remplacé ?! Que tu les aimes plus que nous ?! _ J… Jamais de la vie… Ce n’est pas… » Ne voulant peiner davantage celle qui lui manque tant, Apodis s’approche encore pour chercher son fils. Le bambin tout potelé, dégage cette même odeur d’onction hydratante qu’il lui appliquait sans cesse et qu’il achetait sur le marché d’Honkios. Il ferme les yeux pour savourer plus intensément cet instant…
Dans le coliseum, l’assistance est muette. Sans n’avoir rien fait d’autre que de toucher le crâne de son adversaire, Troïlos réussit à faire chuter Apodis. Réduit à l’état de chair sans âme, le Saint de l’Oiseau de Paradis retombe lourdement sur le dos. Les battements de son c½ur ralentissent inexorablement. Toujours confortablement installé en lévitation, Troïlos commente : « Son âme est à deux doigts d’accepter la funèbre fatalité qui a été réservée aux siens. Il va retrouver ceux qu’il aime en renonçant à sa volonté combative. »
Prisonnier de son subconscient, Apodis poursuit l’étreinte contre son petit garçon. Peu à peu, il étouffe en sanglot : « Vous m’avez tellement manqué. Je meurs chaque jour depuis que vous m’avez quitté. » Par compassion, Netsuai se laisse submerger par l’émotion. Elle tend Sperarus à Mujakis pour se consacrer à son époux. Elle ramasse son visage de ses soyeuses mains et essuie avec ses pouces les larmes d’Apodis : « J’imagine. Tu avais perdu le sens de ta vie. » Elle commence à s’approcher de lui pour l’embrasser. Instinctivement, il se laisse guider. Son c½ur en crève d’envie, il a attendu ce moment si longtemps. Pourtant, quelque chose le dérange. La dernière phrase de Netsuai le contrarie. Au dernier moment, il tourne la tête et se contente de serrer contre lui sa chère et tendre. Ses yeux marquent un trouble de plus en plus profond : « Le sens de ma vie… _ Quelque chose te dérange ? _ Vous êtes le sens de ma vie. _ Alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ? _ L’amour est le sens de ma vie. _ C’est nous que tu aimes, alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ? » Apodis recule progressivement, refusant de regarder plus longtemps les siens : « Parce que c’est vous que j’aime justement. Parce que Juventas et Agape me l’ont rappelé. » Le visage de Netsuai se crispe. A mesure qu’il s’éloigne elle perd patience : « Tu les aimes plus que nous ! _ Je n’aime pas plus Juventas et Agape que vous. Je vous ai dans la peau, au plus profond de moi. Et elles je les aime, parce qu’elles me rappellent chaque jour que j’ai pu avoir une famille, auprès de laquelle j’ai fais le serment de me battre pour l’amour et la justice sur Terre. Le sens de ma vie ! Ce sont elles qui m’ont convaincu de poursuivre la lutte pour honorer votre mémoire ! Afin de tenir la promesse que je t’ai faite, d’être le chevalier que tu as toujours voulu que je sois ! » Apodis revient à l’arbre contre lequel il se reposait et arrache sa tunique pour exposer son torse criblé des empreintes de ses récents combats. Déguisé de la robe rose qui sert de la poitrine à la taille Netsuai, Troïlos laisse apparaître totalement son visage : « Tu ne peux refuser l’amour des tiens ! » Totalement apathique, comme il l’est en dehors de son subconscient, Apodis réalise un effort pour prononcer : « En effet. Je ne peux y renoncer. C’est pour ça que je me bats : Shining Apus Claw ! » D’un lourd mouvement de bras, il projette les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis qui viennent entailler et incendier le visage de Troïlos. Le hurlement de douleur de Troïlos brise le charme.
Sur l’air de combat, Apodis se relève inexorablement. Troïlos, lui, perd son équilibre et s’effondre au sol, le diadème brisé, le visage entre les mains sous le regard médusé de l’assistance.
En tribune, tous se regardent. Au sommet, Aphrodite tourne très lentement la tête vers Zeus de crainte de recevoir son courroux. A la place de celui du dieu des dieux, concentré sur le centre du coliseum, elle encaisse celui d’Apollon, toujours immobile dans son siège.
Le cadavre ambulant qu’est le chevalier de bronze entame sa pénible approche en direction de l’Ange. Ce dernier, rampe désespérément en voulant cacher son faciès lacéré. Lui, si fier de son apparence androgyne, ressent au plus profond de ses entrailles la chaleur des Serres Brûlants. Bavant, ne contrôlant plus son martyre, Apodis bredouille : « C’est fini… J’ai gagné… » Désemparé, Troïlos abandonne sa fuite et reprend le combat. Il affiche son faciès épouvantablement distordu par l’arcane essuyé. _ « Bien. Si la douceur de la mort que je t’offrais ne te convient pas. Je torturerai ton esprit. Angelic Fantasia ! » Il cogne en plein tempe Apodis qui laisse le coup envahir son esprit…
Le coliseum laisse place à la maison d’Apodis dans le village de Paesco. Le Saint de bronze porte son armure, abîmée après la bataille menée contre Hébé, lors de la Journée Sainte de 1985. Bien que blessé, son corps ne porte pas les mêmes plaies que celles laissées par les Anges, loin de là. La demeure est ravagée après le passage du Caraib Ghost Saint de la Méduse et du combat mené contre Mensa de la Table. Ses pieds trempent dans le sang des siens et son regard est figé sur le petit corps sans vie de Sperarus. Le nourrisson baigne dans une marre d’hémoglobine. Il crie de toutes ses forces en demandant au ciel une explication. Apodis se retrouve exactement dans la peau de celui qu’il était le 4 mars 1985, alors qu’il découvrait le soir de la Journée Sainte la mort des siens. Même homme. Mêmes circonstances. Mêmes questions. Néanmoins, une voix venue d’outre-tombe lui donne les réponses qu’il n’a pas eu à l’époque. Rocailleuse et méprisante, il reconnaît le timbre insultant de son père Frontinus Caraib Ghost Saint de la Méduse : « C’était inévitable. Tu n’es qu’un faible et c’est ce qui arrive aux faibles. Ils ne peuvent protéger leur famille. » Aussitôt, il dévisage cet homme au menton carré et aux petits yeux noirs remplis de haine. Ses cheveux blancs poisseux sont couverts d’un heaume arrondi qui représente l’animal symbole de son armure de mercenaire, la Méduse. Le Caraib Ghost Saint tient encore dans sa main sa femme qu’il a assassiné : « Tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ta mère. Ah… Mujakis ! Elle gémissait comme une catin pendant que je la violais sous les yeux innocents de ton fils. » Apodis, impuissant, médusé, fait un signe négatif de la tête comme pour refuser ces allégations. _ « Et ton petit garçon braillait aussi fort que toi lorsque je te battais pendant que je l’étranglais avec mes tentacules… _ Non, geint Apodis en passant sa main devant sa bouche… _ Je regrette que tu n’ais pas pu assister à tout ceci. J’aurai voulu lire le désespoir dans tes yeux, comme je le lis en cet instant. _ Arrête, implore Apodis en retenant ses sanglots ! » Le mercenaire arrache les vêtements de Mujakis et s’amuse à la traîner dans le sang qui s’écoule de son corps : « Regarde comme je la rabaisse à ton rang. Un insecte. Une larve. » Apodis tape des poings sur le sol, pendant que Frontinus part dans un fou rire machiavélique : « Arrête ! » Le père indigne, reprenant peu à peu les traits de Troïlos, poursuit ses sarcasmes. L’Ange s’étonne de devoir forcer davantage sur la voix de Frontinus pour se faire entendre. En effet, la névrose d’Apodis prend le dessus. Le visage dans les mains, le Saint de bronze se gausse. Nerveusement, la folie prend le dessus. Troïlos n’arrive plus à s’entendre. Il est étonné d’être dérangé par un autre éclat de folie que celui qu’il joue. Apodis relève les yeux, hilare, devant un Troïlos médusé. Gardant la voix du monstrueux paternel du Saint de bronze, l’Ange s’indigne : « Qu’est-ce qui t’amuse ? Tu ne mérites pas ton rang de Saint ! Si tu avais un tant soit peu de fierté tu te donnerais la mort ! » Comme lors de l’échec précédent de Troïlos, l’apparence illusoire d’Apodis disparaît pour laisser dans ce décors trompeur son corps meurtri. _ « Misérable Troïlos ! Tu ne vaux pas mieux que mon père de croire pouvoir me pousser au suicide en jouant sur mes culpabilités ! Il y a bien longtemps que j’ai su les surmonter ! Et là où tu as commis une erreur, c’est de penser que j’étais encore sous l’influence malsaine de mon père ! Mais sache que c’est que c’est avec plaisir que je vais mettre fin à ta vie en te frappant sous son apparence. » Sans même invoquer de technique, Apodis loge son poing en plein flanc, sous le c½ur de Troïlos. Autour des deux combattants, le coliseum reprend forme et expose des Olympiens médusés. Dans les loges d’honneur, Aphrodite est atterrée. Elle tremble à l’idée de se retourner à nouveau en direction d’Apollon. Zeus, lui, grimace de colère. D’abord fasciné par ce combat, l’issu l’oblige à un constat : « Félicitations. Après qu’il ait atteint l’éveil en poussant son cosmos à l’infini, ton Ange lui a permis d’atteindre l’illumination, en faisant de son âme un esprit combatif indéfectible. » D’un violent coup de poing qui fracasse son accoudoir, Héphaïstos propose : « Ô Seigneur Zeus, laissez-moi mettre fin à cette mascarade. _ Qu’ai-je fais par le passé, demande alors Zeus ? Pour m’élever à mon rang, je me suis éveillé et mon esprit s’est illuminé. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune frontière infranchissable entre cet homme et nous. L’éliminer reviendrait à nier ma propre histoire ! » Absolument hystérique, perdant son calme Olympien, Hestia se lève : « Mais enfin… » Un gigantesque éclair s’abat en plein milieu de l’arène et enlève Apodis. Ce geste de colère de Zeus interrompt la déesse : « Le nies-tu ?! » Hestia baisse la tête. Tous les autres dieux, excepté Apollon, l’imitent.
Face à la colère impériale, les spectateurs abandonnent l’arène traversée par d’innombrables éclairs laissant croire que le dieu des dieux a anéanti d’un coup Apodis et ainsi exaucé leurs prières.
De longues minutes de silences suivent. Seuls les puissantes entités attendent les explications de Zeus. Celles-ci viennent alors qu’il tourne le dos aux siens, après que le tonnerre laisse place à la pluie. Resté seul à agoniser de ses blessures, Troïlos implose. Un déluge suit les premières gouttes. Il lave l’arène de tout le sang perdu par le Grec, inonde les travées désertées, se regroupe en flaques, puis mares. Elles se déversent dans le vide au-dessus duquel est suspendue l’arène. Vide sans fin, sauf conduit vers l’Hyperdimension.
A l’abri dans les loges d’honneur, Apollon, fièrement installé dans son trône ne bouge pas. Il écoute son père sans esquisser la moindre réaction. _ « La prison de l’Olympe est le seul refuge pour ces êtres qui s’opposent à nous et que nous refusons de reconnaître. Je l’y ai renvoyé, emprisonné de mon sceau. J’ai créé les hommes et ils récompensent mon amour en me défiant. Je ne permettrai jamais que cela se propage. Cependant, le garder en vie est le meilleur moyen de nous rappeler que les sous-estimer peut s’avérer dangereux. » Pour conclure, la prunelle de ses yeux laisse place à la foudre qui change son corps en éclairs. Ceux-ci prennent la forme d’un aigle qui repart en direction du Mont Olympe.
Tour à tour, Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès imitent Zeus et regagnent leurs temples.
Dans le coliseum, seuls les conspirateurs sont restés dans la tribune d’honneur à observer les dernières gouttent tomber du ciel pour se perdre plus bas. Tapis dans l’ombre en attendant leur dieu, Helénê et Roloi patientent calmement, refroidis par les déclarations de Zeus. Héphaïstos, lui, s’inquiète de la décision de Zeus : « Étrange qu’il veuille garder cet humain en vie. » Les phrases courtes du meneur des conjurés ponctue son calme impérial : « C’est fâcheux en effet. Cela prouve qu’il tient encore les humains en estime. » Hestia s’en indigne : « Si ce que tu dis est vrai, Apollon, ce serait une insulte de Zeus vis-à-vis de nous ! _ Je dirai plutôt qu’il s’agit d’une punition. Si les Anges d’Aphrodite avaient correctement fait leur travail tout aurait été différent. Zeus aurait compris que les hommes sont insultants et n’inspirent aucun respect. _ Certes mais Helénê aurait pu le tuer. Il n’avait pas à le protéger. » La ténébreuse Héra corrige : « Au contraire. Cela a permis à Zeus de mettre en défaut les dieux qui veulent à tout prix reprendre la Terre à Athéna. En valorisant les actes de cet homme, il espère prouver que ceux-ci peuvent être dignes d’intérêt, comme veut le faire croire Athéna. _ Exactement, ponctue Apollon. Lorsque Athéna provoquera sa colère, cet homme sera ici la représentation de ma chère s½ur. Il en paiera les conséquences. _ Athéna parviendra-t-elle au moins à perdre la confiance de Zeus, s’inquiète Hestia ? _ Elle y parviendra. N’ait crainte. Nous avons encore beaucoup de cartes à jouer. Et notre plus beau jeu est sur Terre, assure Apollon. » En disant cela, il regarde avec détermination Helénê, responsable en tant que Ksénia de toute sa machination auprès des dieux sur Terre.
A plusieurs kilomètres de là, étendu sur le dos, respirant difficilement en raison de la douleur et de l’effort que cela nécessite pour lui, Apodis marmonne : « Et maintenant, que vont-ils faire de moi ? » En dehors de la tour où il est retenu prisonnier, Déméter se maintient debout au-dessus du vide. Toujours aussi peu vêtue, ses formes envieuses fort exposées, la déesse aux cheveux noirs de jais, approche sa main en direction du rideau de lumière qui entoure désormais la prison. Aussitôt, quelques grésillements hostiles annoncent une probable décharge du cosmos de Zeus : « L’amour de Zeus pour les hommes émousse sa colère. C’est son amour sans limite qui a rendu les hommes forts. Et aujourd’hui, manipulé par les discours des siens, il veut leur faire payer leur insolence. Tu n’es qu’un exemple. _ Je vois. Quoi qu’il arrive, même si je parviens à me rétablir, je suis voué à finir mes jours ici. _ De plus, le cosmos de Zeus m’empêche de te maintenir en vie comme je le faisais jusqu’ici. Je crois en l’homme. Mais je ne peux agir pour lui. Quand le moment sera venu, d’autres hommes seront là pour t’aider. En attendant, persévère, poursuit ton entraînement. Car les Anges d’Aphrodite ne sont rien face à ceux d’autres dieux. » La silhouette de la divinité s’évapore dans l’atmosphère, tandis qu’Apodis bombe son torse en prenant une profonde aspiration : « J’espère qu’à ce moment là, Athéna sera auprès de moi. Car aujourd’hui, c’est en son nom que j’ai surmonté tous les obstacles. »
Sur Terre, vers laquelle Apodis envoie ses prières, les événements s’accélèrent. Le Grand Pope reçoit tour à tour, les nouvelles des défaites des Saints envoyés punir les différents rebelles. L’idée de faire appel aux Saints d’or pour clore la menace japonaise, trotte de plus en plus dans sa tête…
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