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Only for Love / Chapitre 42 - Le périple d’Apodis
« on: 30 March 2013 à 16h47 »
La Galaxian War avait commencé par les victoires de Jabu et de Seiya.
Sur les recommandations de son professeur, après avoir salué sa mère et prit congé de Yakoff, Hyoga avait brisé le mur des glaces éternelles. Devenu Saint, il débarquait à son tour au Japon pour affronter Ichi.
Pendant ce temps, le Sanctuaire vivait l’arrivée d’un autre japonais que la fondation croyait mort…



Chapitre 42 - Le périple d’Apodis

En Grèce, dans les montagnes reculées d’Athènes :

19 septembre 1986.
Les mains écorchées par les multiples prises effectuées sur la roche pour gravir les obstacles, le jeune garçon aux traits asiatiques et aux vêtements effilochés qu’est Mei ne perd rien de sa motivation.
La faim et la soif ne sont que des facteurs secondaires, par rapport à l’envie qui l’habite de se hisser jusqu’au Sanctuaire.
Il a traversé la mer séparant l’Italie à la Grèce, dissimulé son identité, erré dans les rues les plus malfamées d’Athènes, sans manger ni dormir.
Il ne garde en tête que les explications de Deathmask à l’époque où il lui enseignait la chevalerie. Il sait que le Sanctuaire se montre aux hommes courageux et forts, capables de maîtriser leur cosmo énergie et de surmonter les épreuves.
Les repères marqués sur les roches, les indications géographiques comme les gouffres et les côtes aux vents violents… Il en est sûr, il y est presque. Et bientôt, il en saurait plus sur son professeur.


Soudain, une voix retentit dans l’atmosphère : « Qui es-tu étranger ? »
Mei balance la tête de gauche à droite, scrute les pointes rocheuses mais ne parvient pas à identifier l’origine de la voix. Celle-ci bénéficie d’un magnifique écho en plein milieu de cette chaîne montagneuse : « Je vois que tu portes une Pandora Box sur le dos, néanmoins tu ne m’as pas l’air très doué pour prétendre être un chevalier ! Si tu cherches ainsi ton ennemi sur le champ de bataille, tu risques vite d’être vaincu. »
Le japonais grimace. Il reconnaît volontiers qu’il aurait dû être plus concentré. Il ferme alors les yeux pour mieux se focaliser sur les émanations cosmiques qui peuvent venir de son interlocuteur.
Seulement, un tel effort lui fait baisser sa garde. Le voici aussitôt frappé en plein estomac par un coup porté depuis une longue distance.
La voix se vante alors : « Rien de plus facile pour un chevalier de distinguer un cosmos sans faire autant d’effort. Tu n’es donc pas un Saint. Rentre chez toi, tu n’as rien à faire ici. »

En se redressant, Mei passe sa main dans sa longue chevelure argentée et rétorque :
Mei - " En effet, je viens d’être nommé Saint et j’aurai dû être plus prudent. Mais ne me sous-estime pas. "
Plus haut, dans les montagnes, le mystérieux agresseur se fige. Ses bras et ses jambes sont brusquement enlacés par de longs fils sortis du sol.
Mei lève ensuite les yeux dans sa direction et identifie un homme vêtu d’une Cloth argentée :
Mei - " Mon voyage jusqu’ici et mon manque d’expérience m’ont valu d’être déstabilisé. Heureusement, j’ai reçu un très bon enseignement. Il me suffit d’un rien pour reprendre l’avantage. "
Son adversaire sourit alors et daigne se présenter :
Algol - " Si je me fie à ces fils qui ressemblent à des cheveux, et aux gravures sur l’urne que tu portes, tu dois être le Saint de la Chevelure de Bénérice. Ainsi, cette légendaire armure a trouvé un porteur. "
Au ton d’Algol, devenu courtois, Mei le libère de son étreinte en affirmant :
Mei - " Cette Cloth n’a de légendaire que son histoire avec Typhon. Rien d’autre. A rester au Mont Etna, les sages en ont oublié son existence parmi les cinquante deux armures de bronze, finissant par classer cette armure dans une catégorie inconnue. "
Algol bondit jusque devant lui et lui tend la main :
Algol - " Tu viens donc au Sanctuaire pour la première fois. Nous en sommes tout proches. Laisse-moi t’accompagner jusqu’à l’intérieur. Je suis Algol Saint d’argent de Persée. "
Mei lui serre sa main :
Mei - " Mon nom est Mei. J’accepte volontiers de te suivre. "


En quelques minutes, au détour de plusieurs roches, les deux frères d’arme finissent par gagner une grande balustrade :
Algol - " Nous sommes aux remparts ouest du domaine. Ca tombe bien, ce secteur est gardé par le capitaine de tous les Saints de bronze et d’argent, le Saint du Lézard. C’est à lui que tu vas devoir te présenter avant de trouver le Pope. "
En voyant Algol arriver, les gardes n’hésitent pas un instant à ouvrir les grandes portes pour laisser Mei découvrir le cadre antique de ce lieu.
Très vite, le japonais s’émerveille de ce style de vie similaire à ce qu’il a toujours imaginé.

Il ne tarde pas, au beau milieu de Paesco, le village d’Apodis, à trouver une fontaine d’eau potable dans laquelle il se jette tout entier pour se rafraîchir.
Une voix douce et distinguée le surprend : « Quelle étrange façon de se tenir pour un Saint ! Algol, je t’aurai cru plus à cheval sur les principes avec tes élèves ! »
Algol sourit avec sympathie pour celui qu’il reconnaît être son supérieur. Il enlève son diadème en signe de respect :
Algol - " Ce n’est pas mon élève Misty. Voici un Saint de bronze venu prêter allégeance au Grand Pope. "
Elégant dans son armure d’argent, le français, entouré d’une troupe de soldats, fait les gros yeux devant la grossière façon dont Mei se délecte de l’onde fraîche.
Misty - " Bien ! Lorsqu’il aura fini de boire comme un goret, j’espère qu’il aura au moins la politesse de se présenter à son capitaine ! "
A entendre le rang du chevalier, Mei manque de s’étrangler.

Les yeux encore gondolés par les larmes, le visage bleui par le manque de souffle, Mei se met au garde-à-vous au beau milieu de la fontaine pour déclarer de sa voix cassée :
Mei - " Veuillez me pardonner. Je suis Mei le Saint de… "
Devant une scène aussi comique, les soldats de Misty ainsi qu’Algol ne peuvent s’empêcher de succomber à une hilarité commune. Seul Misty semble agacé, au point d’interrompre Mei :
Misty - " C’est bon, c’est bon. Reprends ton souffle et suis moi. "
Confus, Mei ramasse sa Pandora Box et salue de la tête Algol pour le remercier de l’avoir amené jusqu’ici.
Misty, lui, invite ses soldats à continuer leur ronde.


Algol observe Misty et Mei s’éloigner vers le centre du domaine, en direction d’Honkios.
Une fois seul, il sort de sous son plastron un magnifique collier qu’il fait resplendir au soleil. A son visage on peut deviner toute la satisfaction qu’il tire à arborer un tel bijou…


En Chine, à proximité des Cinq Pics :

Deux hommes méconnaissables traînent leurs corps jusqu’à un ruisseau.
Leurs cheveux sont sales, leurs vêtements miteux, leurs genoux et les mains écorchés.

Le plus avancé des deux, un blond aux yeux jaunes presque éteints, s’échoue à proximité du chemin d’eau.
L’homme qui le suit, à peine plus en forme, avance à genoux. D’une beauté féerique malgré la fatigue, Myu approche son maître :
Myu - " Seigneur Rhadamanthe. Reprenez-vous, nous y sommes presque. Tenez au moins jusqu’au point d’eau, je vous en conjure. "
Le futur Juge des Enfers cligne des yeux tandis que Myu essaie de le redresser. La conscience revenue, il rejette d’un revers de main l’assistance de son soldat :
Rhadamanthe - " Il suffit Myu. Je n’ai pas besoin d’aide. "
Comme pour illustrer ses propos, il se remet vite sur ses jambes. Peut-être trop vite car la tête lui tourne. En vacillant, il avance d’un pas pressé pour s’écrouler dans l’eau fraîche.
Après s’en être délecté, il se tourne sur le dos et baigne dedans pendant que Myu s’agenouille sur la rive pour y plonger la tête tout entière.

Au bout de quelques minutes, une fois la gorge à nouveau hydratée et le visage débarbouillé, Rhadamanthe s’exclame enfin :
Rhadamanthe - " Je n’ai jamais été aussi bien. "
Myu - " Alors vous aussi vous le sentez ? "
Les deux hommes restent les yeux fermés, galvanisés par une sensation de liberté, d’évasion.
Rhadamanthe - " Oui, mes souvenirs du passé, ma présence actuelle auprès de notre Seigneur… Tout me revient. "

Myu abandonne sa méditation et pointe du doigt une montagne :
Myu - " C’est parce que nous y sommes. "
L’anglais reconnaît la base d’une montagne à quelques centaines de mètres :
Rhadamanthe - " Alors c’est ici ? La Terre Scellée ! "
Myu - " Je ne me suis jamais senti aussi… Aussi… Aussi moi-même qu’en cet instant… Et pourtant… "
Rhadamanthe - " Pourtant une étrange barrière m’empêche de faire la liaison définitive entre mon corps, ma conscience et mon âme. "
Myu - " Comment faire ? "
Rhadamanthe - " Concentrons nos forces et libérons les âmes de nos frères ! "

« Surtout pas ! », leur somme une voix venue d’outre-tombe.
L’origine de cet écho ne tarde pas à se montrer.
Depuis la brume qui encercle la montagne, un grand blond aux cheveux longs approche dans une tenue bleue obscure, faisant ressortir la profondeur de son regard.
Autour de lui, cinq hommes encapuchonnés brandissent chacun une faux.
Une fois proche de Rhadamanthe, l’individu s’agenouille, suivi de ses hommes qui dévoilent leurs armures de Squelettes.
Rhadamanthe reconnaît l’opportun :
Rhadamanthe - " Tiens, tiens… Serait-ce Byaku du Nécromancien ? "
Byaku - " Seigneur Rhadamanthe, je vois que la proximité avec la Terre Scellée a réveillé quelques souvenirs en vous. "
Rhadamanthe - " J’imagine que ce n’est pas par pur politesse qu’un Spectre de Minos se présente à moi. "
Byaku - " En effet, sa Majesté Pandore a demandé que vous alliez au plus vite auprès d’elle en Allemagne. "
Rhadamanthe - " Bien sûr que je me rendrais auprès d’elle. J’y serai accueilli en héros puisque je vais détruire le sceau qu’Athéna a posé sur cette montagne. "
Byaku - " Agir ainsi serait nous condamner. Pour le moment le Sanctuaire ignore tout de notre rassemblement. Fort heureusement. Car même si les plus vaillants d’entre nous disposent d’un cosmos conséquent, il nous est impossible de jouir de nos réelles capacités tant que nous serons emprisonnés à l’intérieur. "
Rhadamanthe - " C’est pour ça que je vais vous libérez de… "
Une secousse brise un caillou devant l’anglais, annonçant l’arrivée du supérieur de Byaku.
Comme ce dernier, Myu gratifie le Spectre du Griffon en s’inclinant :
Myu - " Seigneur Minos. "

Minos sort à son tour du brouillard, accompagné du fringuant Yoma :
Minos - " Rhadamanthe. Toujours aussi têtu à ce que je vois. "
L’anglais serre les dents :
Rhadamanthe - " Minos. "
Minos - " Rhadamanthe, si tu te montrais plus attentif pour une fois, tu aurais entendu Byaku t’annoncer l’autre raison qui nous retient de briser ce sceau. C’est qu’un tel acte alerterait un Saint à qui Athéna a confié la surveillance de la tour à quelques kilomètres d’ici. "
Rhadamanthe - " Qu’importe, je le tuerai. "
Minos - " Mon pauvre Rhadamanthe, écoute un peu ce qui te sert de cervelle pour réaliser qu’un sceau divin ne se brise pas aussi facilement. Le temps que nous nous acharnerons dessus, le Saint sera arrivé jusqu’à nous pour nous éliminer. Sans avoir récupérés nos âmes, nous serons semblables à des pantins entre ses mains. "


Yoma, resté en retrait, se concentre.
Sa transe lui permet de ne faire qu’un avec son âme enfermée au Meikai. Sans perdre de temps, il se focalise sur la vraie raison de sa venue ici.
Il s’enthousiasme en réunissant toutes les informations nécessaires à l’exécution de son plan avec Ksénia.

Un fois terminé, il espère détendre l’atmosphère en se jetant dans les bras de Rhadamanthe :
Yoma - " Rhadamanthe ! Grand Juge des Enfers ! Comme je suis heureux de te revoir après tant d’années ! "
Le rustre l’accueille d’un violent coup de poing au visage et le saisit par le col :
Rhadamanthe - " Comment oses-tu croire que je peux être ton ami ? Toi qui a joué avec la vie de notre Seigneur lors de la précédente Guerre Sainte ! "

Yoma ramasse d’une main son chapeau haut de forme qui allait tomber après le coup reçu puis, de son autre main, passe le Juge au-dessus de lui pour le faire choir sur son postérieur.
Tout en conservant une mine sympathique, Yoma met en garde Rhadamanthe :
Yoma - " Méfie-toi Juge ! En cette époque tu ne bénéficies pas du sang d’Hadès pour restaurer tes blessures. Nous serons donc sur un même pied d’égalité en cette génération. "
Humilié, Rhadamanthe se relève à bout de nerfs. Bien vite, Minos calme la rencontre :
Minos - " Ca suffit ! Yoma, Rhadamanthe, vous allez nous faire repérer. "
Byaku reprend les explications :
Byaku - " Nous profitons de devoir chercher un autre Spectre qui s’éveille actuellement en Asie pour vous prévenir Seigneur Rhadamanthe. Le sceau d’Athéna s’estompe de lui-même. Bientôt nous serons libérés par la force du destin. Voilà pourquoi nous devons nous réunir dans la discrétion autour de sa Majesté Pandore. Elle peut se déplacer à sa guise entre le Meikai et notre monde. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle repeuple le Meikai des Squelettes. "
Rhadamanthe - " De simples soldats peuvent vivre dans le Meikai ? "
Minos reprend :
Minos - " Ils le peuvent car les Squelettes reçoivent des Surplis d’Hadès, leur attribuant ainsi cette chance. Maintenant, Rhadamanthe, pars en Allemagne avec Myu. Le château d’Heinstein est un lieu qu’il n’est pas bon de prononcer là-bas. Essaie de l’atteindre par tes propres moyens sans ameuter la population. "

Rhadamanthe n’acquiesce ni ne rejette l’invitation de Minos. Il lui tourne seulement le dos puis s’engage en compagnie de Myu dans une direction opposée.

C’est seulement lorsqu’ils se retrouvent seuls que l’anglais sourit avec ambition.
Myu - " Que vous arrive-t-il Seigneur ? "
Rhadamanthe - " J’ai vu le Meikai. J’ai vu quelles sont les directives données par notre maître. Je serai le Juge qui commandera l’attaque du Sanctuaire depuis la surface. Le succès de cette mission me permettra d’honorer plus que quiconque le Seigneur Hadès. "
Myu - " Dans ce cas, ce sera avec une immense fierté que je composerai les rangs de vos bataillons comme ce fut le cas à chacun de nos retours sur Terre. "

Les yeux débordants d’ambition, Rhadamanthe et son fidèle lieutenant reprennent la route qui les a déjà bien épuisée.
Rhadamanthe - " Nous partons pour la Crète. J’ai rencontré là-bas quelqu’un qui pourra nous amener au château d’Heinstein. Direction le Port du Destin ! "


En Grèce, au Sanctuaire :

A l’est du domaine, à proximité du camp d’entraînement des femmes chevaliers, un logis est animé par le souffle court et haletant d’une jeune femme.

Couchée sur le dos, étreignant l’homme positionné par-dessus elle, elle lui murmure de doux mots à l’oreille.

Quelques minutes plus tard, l’athlétique homme, aux cheveux longs et blonds, revêt ses vêtements sans mot dire. Il garde les yeux clos et arbore son habituel sourire suffisant.
La propriétaire des lieux se recroqueville dans ses draps. Elle prend juste le temps de ramasser son masque de femme chevalier pour dissimuler à nouveau ses grands yeux azur.
Hasu - " Tu t’en vas déjà ?! "
Shaka - " Je dispense un cours à de nouveaux disciples qui inspirent aux voies du bouddhisme. "
Hasu - " Comme toujours lorsque tu es en permission ! "
Shaka - " Je ne savais pas qu’il fallait me justifier auprès d’un Saint de bronze. Tu ferais mieux de peser le poids de tes paroles lorsque tu t’adresses à un Saint d’or. "
Elle reste silencieuse et bien attristée. Préférant prendre sur elle, elle se risque à une énième tentative pour se rapprocher de lui :
Hasu - " Officieras-tu comme par le passé au village d’Honkios ? J’aimerai venir méditer avec toi comme autrefois. Depuis que j’ai été faite Saint, le Pope m’a régulièrement confié l’apprentissage des femmes chevaliers, me laissant moins de temps pour nos instants partagés antan. "
Proche de la sortie, Shaka rétorque sèchement :
Shaka - " La voie de la sagesse est un chemin long et sérieux. Il demande de l’implication à tous les instants. Etre Saint ne m’a jamais empêché de converser avec Bouddha moi. Au point d’être considéré aujourd’hui par quiconque comme Bouddha même ! "

Hasu réalise enfin la vraie place qu’elle occupe dans le c½ur de Shaka.
Celui qu’elle a connu il y a des mois, lors de leur pèlerinage, continue de changer au point de manquer de modestie :
Hasu - " Quand je suivais tes enseignements j’appréciais le fait que tu n’exclus pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification. "
Le Saint de la Vierge conserve son timbre calme et posé :
Shaka - " Je pense qu’il est préférable que nous ne nous revoyons plus. Je me suis trompé sur ton compte. Tu ne mérites pas que je me sois ainsi attardé sur ta personne. "
Avant qu’il ne referme derrière lui la porte de la chaumière, Hasu lui glisse :
Hasu - " Un jour tu perdras ton invulnérabilité. Etre un Saint d’or proche des dieux, n’enlèvera rien au fait que tu puisses rencontrer quelqu’un dont le c½ur et la conviction te feront vaciller. Et j’espère que ce moment te forcera à reconsidérer tes positions actuelles. A cet instant, je serai disposée à te recevoir de nouveau chez moi. "
Ignorant que le jour où il affrontera Ikki dans son temple approche, Shaka choisit de passer au-dessus de tels propos, abandonnant Hasu à sa chagrin. Ses fins cheveux châtains viennent se coller aux larmes qui tombent depuis son masque.
Face à elle, sur la table qui sert de meuble principal à la demeure, un vieux bouquet de fleurs séchées lui soulève davantage le c½ur : « Algol… Ce que j’ai pu être bête… », se morfond-elle.


Plus loin, à l’orée de la forêt réservée aux femmes chevaliers, resplendissant dans sa Cloth d’argent, suscitant le respect des jeunes apprenties qui quittent le camp après cette matinée de labeur, Algol attend fièrement l’une des instructrices.


En Chine, à proximité des Cinq Pics :

A l’abord d’une chaîne de montagne aux cinq pics tutoyant les cieux, un individu encapuchonné par son long voile gris s’accroupit au bord du même cour d’eau que celui où les Spectres s’étaient réunis quelques heures auparavant.

L’eau, rafraîchie par les glaciers en altitude, hydrate le voyageur. Tête la première, il baigne son visage dans l’onde pure et agréable. Ignorant qu’il aurait été en bien mauvaises postures s’il était arrivé plus tôt.

Derrière lui, drapée elle aussi, une urne métallique permet de reconnaître bien vite la nature du visiteur dont le visage est encore très tuméfié.
Ses cheveux bleus ne font aucun doute sur son identité, Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis est enfin arrivé à proximité de la cascade de Rozan.
Péniblement, il rendosse sa Pandora Box et reprend l’ascension du mont à la recherche de Dohko comme lui a conseillé Anikeï avant sa mort.

En chemin, il profite de la verdure luxuriante qui couvre ce lieu pour se nourrir de quelques baies. Il se masse ses pieds écorchés après avoir traversé les milliers de kilomètres reliant la Turquie, là où il s’est échoué en quittant Yíaros, à la Chine. Le malheureux bougonne en constatant l’état de ses spartiates aux semelles usées et aux lanières arrachées :
Apodis - " Merde… A devoir dissimuler ma cosmo énergie pour ne pas être retrouvé par le Sanctuaire, j’ai dû marcher des jours et des jours pour arriver ici. Vu l’état de mes sandales, je ne suis pas prêt d’avoir des pieds en bon état. "
Nerveusement, il se met à rire devant ce constat. Cette crise de nerf l’oblige à se tenir ses côtes, cassées lors de ses combats sur Yíaros.
Même si certaines plaies ont cicatrisé, son état vital reste très engagé. Seul son cosmos chargé d’une volonté infaillible lui permet de lutter contre la mort.


Soudain, une voix sage le sort de sa folie passagère. Sans la moindre tentative de camouflage, un homme qui l’épiait jusque là sort de derrière les fougères.
De petite taille, sa peau violacée est flétrie. Ses longues moustaches descendent jusqu’à son haut de kimono tandis qu’un chapeau pointu couvre sa tête à la mine fort sympathique :
Apodis - " Qui… Qui êtes-vous ? Depuis quand êtes-vous là à me surveiller ? "
Dohko - " Que peut bien faire rire un jeune homme dans votre triste état si ce n’est sa triste condition ? "
Apodis, déconcerté, comprend la situation : « Je ne ressens aucun cosmos, aucune source de vie en cet homme. C’est comme si… Il n’existait pas ! Il masque sa présence si bien que même face à moi je ne peux la sentir. Serait-il… »
Apodis - " Vous êtes le vieux maître des Cinq Pics n’est-ce pas ?! "
Dohko - " Et toi Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. J’ai suivi tes combats sur Yíaros. Tu es un brave chevalier. Orphée t’a façonné à son image. "
Apodis - " Vous avez connu mon maître ?! "
Dohko - " Il est déjà venu en ce lieu me demander conseil. "
Apodis - " Il disait de vous que vous étiez avec le Grand Pope l’unique survivant de la précédente Guerre Sainte contre Hadès. La plus sanglante de l’histoire de la chevalerie. "

Brusquement, l’arbre dressé près d’Apodis s’écroule dans sa direction. Le chevalier évite difficilement le massif végétal en roulant sur le sol pendant que Dohko constate :
Dohko - " Nous ne sommes pas seuls apparemment. Tu as été pris en chasse. "
Une voix roque, familière à Apodis, confirme les propos du sage :
Taishi - " J’ai bien fais de suivre les conseils de notre général Gigas. Il était certain que toi, Apodis, le traître, tu trouverais refuge auprès d’autres renégats. "
Apodis cherche une explication dans le regard de Dohko :
Apodis - " Renégats ?! "
Pour seule réponse, il obtient la mine confuse et embarrassée du maître.
Trop confiant, ignorant le rang auquel appartient Dohko, Taishi se surestime :
Taishi - " N’ayez crainte vieillard, si moi, Taishi Saint de bronze du Toucan suis ici, c’est uniquement pour ce chien. "
La Cloth à peine marquée par ses échanges sur Yíaros, Taishi entame les hostilités en fonçant pied en avant sur Apodis.
Une vulgaire roulade permet à Apodis d’esquiver. Le prochain mouvement est encore plus désordonné, un modeste plongeon en avant pour fuir une onde de choc provoqué par l’arcane de Taishi :
Taishi - " Beak Bone ! "

Le grec s’échoue lamentablement devant le vieux maître :
Apodis - " Vieux maître, je suis venu jusqu’ici pour implorer votre aide. "
La scène amuse Taishi :
Taishi - " C’est déplorable ! Qu’Apodis, un des sergents les plus réputés du Sanctuaire, en soit réduit à ça. "
L’ancêtre tourne le dos au malheureux Oiseau de Paradis :
Dohko - " Je suis désolé, je ne peux rien faire pour toi. "
Apodis, couché sur le ventre, tend la main avec désespoir en sa direction :
Apodis - " M… Ma Cloth est dans un état semblable au mien, je ne peux la revêtir. Et… Et on dit de vous que vous êtes juste et que votre pouvoir est légendaire… Si… Si vous avez suivi mes combats sur Yíaros vous savez justement que quelque chose d’anormal se trame au Sanct… "
La voix assagie du gardien des Cinq Pics se fait plus dure :
Dohko - " Si tu as traversé tous ces kilomètres dans l’unique but de me voir me battre à ta place, tu t’es trompé de personne. Un vrai Saint d’Athéna qui se bat pour l’amour et la justice n’implore pas la pitié des siens. Il puise en sa force et son courage la passion de se battre pour eux justement. "

Ces paroles viennent gifler Apodis dans son amour propre.
« Il a raison. Comment puis-je me montrer si pitoyable ? Les miens comptent sur moi. Juventas et sa fille veulent que je purge le Sanctuaire du mal qui l’habite, ma femme, ma mère et mon fils attendent que je les venge. Je n’ai pas le droit de tomber dans la facilité. », se dit-il en se relevant. Puis, il crie pour s’en convaincre :
Apodis - " Oui, je ne peux me comporter ainsi, pas maintenant ! "

Regonflé à bloc, ses yeux se charge d’une rage fidèle à son caractère impulsif :
Apodis - " Taishi, je sais que je ne parviendrais pas à te faire entendre raison. Je n’ai donc pas le choix, tu seras une victime de plus des changements du Sanctuaire. La leçon que vient de me donner le vieux maître a réveillé en moi les plus sombres de mes colères, tu vas subir ma Furie Frénétique : Frantic Fury ! "
Taishi - " Pff… Ridicule. Sans armure et dans ton état, tu aurais mieux fais de me demander de mettre fin à tes jours sans souffrances : Beak Bone. "
Dans le dos d’Apodis, l’effluve de son cosmos illumine le paysage de ses couleurs arc-en-ciel. La cosmo énergie prend la forme d’un oiseau majestueux qui fonce bec en avant contre un autre volatile. L’Oiseau de Paradis fracasse le Bec Osseux du Toucan en même temps que le poing d’Apodis transperce la cage thoracique du japonais et fait voler sa Cloth en morceaux.

Les deux s’échouent sur le sol terreux de la forêt, l’un à côté de l’autre.
Apodis observe le cadavre de Taishi pour se convaincre de trouver les forces nécessaires pour se relever et ne pas finir comme lui. Hélas, la tête lui tourne et les dernières ressources qui lui restent ont été puisées par son arcane. Il perd connaissance.
Dohko sourit devant la réaction courageuse qu’a eu le brave Saint :
Dohko - " Qu’importe la Cloth, c’est l’homme qui la porte qui écrit le destin ! "


En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios :

Depuis sa désastreuse présentation, Mei n’a pas entendu la moindre parole de son supérieur.
Les kilomètres parcourus depuis les remparts ouest, jusqu’à la montée des marches des douze maisons du zodiaque, ont permis aux vêtements du japonais de sécher.

« Quel frustre, il pourrait au moins m’adresser la parole au lieu de me snober ainsi ! », enrage au fond de lui Mei.
Comme s’il lit dans ses pensées, Misty lui déclare enfin :
Misty - " Nous sommes arrivés devant les douze temples du zodiaque. Nous ne pouvons traverser les demeures des douze plus puissants Saints du Sanctuaire sans l’accord du Grand Pope lui-même. Néanmoins, il est du devoir de tous les Saints fraîchement débarqués au Sanctuaire de venir se présenter à lui, à condition d’être accompagné par un chevalier reconnu par ses pairs. En tant que capitaine des armées, je suis disposé à obtenir l’autorisation des Saints d’or pour traverser leur propriété... "
Le Saint du Lézard interrompt ses explications pour mieux détailler la tenue du nouvel arrivant. Alors qu’il s’engage sur la première marche de la demeure, il reprend enfin :
Misty - " … Tu n’es pas très présentable. Traverser ces maisons est un honneur que n’ont pas tous les Saints. Nous allons rencontrer des êtres exceptionnels, semblables à des demi-dieux. Je te conseille de revêtir ton armure. Avant d’entrer dans une maison, tu t’agenouilleras à mes côtés, casque en main, et tu ne prendras la parole que si un Saint t’y autorise… "

Mei laisse Misty avancer, entendant ses propos sans réellement les écouter. Il observe sa Pandora Box qu’il a positionné devant lui et qu’il s’apprête à ouvrir pour la première fois.
Son c½ur bat la chamade : « Il pourrait au moins m’attendre. C’est un instant important dans la vie d’un chevalier ! », s’indigne Mei.
Encore une fois, le français cesse son monologue et daigne poser les yeux sur la nouvelle recrue :
Misty - " Que se passe-t-il ? Tu as peur que ta Cloth te dévore ? "
« Merde ! Il lit dans mon esprit au moins ?! A chaque fois que je pense à lui il s’intéresse enfin à ma personne ! », réfléchit Mei.
Mei - " C’est que… Je ne l’ai jamais porté jusqu’ici ! "
Misty - " Ce n’est pas vrai ?! Tu vas me dire qu’il va falloir que je t’apprenne à ne faire qu’un avec l’armure pendant que j’y suis ?! Car doué comme tu es, digne d’un Saint de bronze, j’imagine qu’il va falloir t’expliquer comment faire en sorte que cette Cloth ne soit pas une vulgaire armure trop lourde à porter ! Comment peut-on avoir été formé Saint sans avoir achevé sa formation avec cette dernière étape ?! Qui donc a été ton professeur ? "
A mesure de subir les foudres du fier capitaine, Mei fronce les sourcils. Il répond sèchement :
Mei - " Deathmask du Cancer ! "
Misty change aussitôt de ton :
Misty - " Je… Je vois. Il est vrai qu’il a été rappelé bien vite auprès de sa Majesté le Grand Pope. Tu as donc dû finir seul ton instruction. "
L’homme aux cheveux soyeux se reprend une fois l’effet d’une telle annonce encaissée. Son attitude redevient suffisante. Il ferme les yeux et saute en arrière pour quitter les marches qu’il a entamé :
Misty - " Je vais donc achever ton éducation. "
Bien qu’il n’ait pas encore touché le sol, ses mots sont suivis d’une rafale de coups qui font s’écrouler Mei dans le sol poussiéreux.
Mei - " Que fais-tu ?! Es-tu fou ?! "
Misty - " Enfile ta Cloth et attaque moi sans attendre. "
Mei - " Comment ?! "
Misty l’agrippe avec une vitesse folle par la gorge et lui éclate la tête contre sa Pandora Box :
Misty - " Dépêche-toi ! J’ai horreur de me salir les mains ! "
Gêné par le sang qui coule de sa plaie occasionnée par le heurt, Mei comprend qu’il faut réagir. Il se saisit de la poignée de l’urne et tire violemment dessus pour appeler à lui son armure. Immédiatement, dans une lumière aveuglante, une Cloth argentée se défait de son socle pour se fixer sur le jeune homme qui s’écroule sous son poids.
Mei - " Ah… Bordel ! C’est une blague ! "
Misty - " Je te l’avais dis. "
Mei - " On m’a enlevé de l’orphelinat où j’étais pour m’en faire baver ces six dernières années pour ça ! "
Misty - " Attaque-moi. "
Mei - " Mais… Je ne peux pas. Vous êtes mon supérieur… Comment pourrais-je ? "
Misty - " Tu as revêtu ta Cloth sans la moindre volonté combative. Tu n’aurais pas l’air fin si je te laissais te présenter devant le Pope de cette manière. "
Mei - " Quelle volonté combative ?! Je ne vais pas devoir avoir envie de cogner tout ce qui bouge, chaque fois qu’il va me falloir porter cette armure quand même ?! "
Misty - " Pourquoi être devenu Saint ? "
Mei - " On ne m’a pas laissé le choix. "
Cette affirmation fait s’écraser encore plus fort le japonais contre terre, comme si l’armure s’alourdit davantage.
Misty - " Cela m’étonne qu’un Saint reconnu comme Deathmask ne t’a pas enseigné que l’esprit et la force doivent vibrer ensemble tout co… "
Mei - " … tout comme l’armure et moi. Plus mon cosmos brûlera et plus l’armure me semblera légère et… "
Mei commence à se relever tandis que Misty reprend la parole :
Misty - " … Et plus ta force sera grande. Alors réfléchit bien, va chercher la réponse au fond de ton c½ur, pourquoi être devenu Saint ? "
Mei - " Je ne savais pas au départ. Puis j’ai rencontré mon professeur. Il a été d’abord très dur avec moi. Seulement, plus le temps passé et plus il se montrait proche. Il m’a imprégné de la nécessité de rendre la justice en ce monde. Alors… "
Son discours le rend de plus en plus complice avec cette armure. C’est une fois entièrement debout et en pleine possession de ses moyens qu’il achève sa phrase :
Mei - " … Alors j’ai choisi de servir le plus grand symbole de justice qui soit en ce monde. J’ai choisi de servir la chevalerie d’Athéna ! "

Misty lui sourit enfin et le regarde avec un peu plus de considération :
Misty - " Tu as de la chance. Je ne suis pas bien patient, je n’aurai pas attendu trop longtemps que tu comprennes comment on découvre son armure. Aime-la, partage avec elle tes convictions et vous finirez vraiment par ne faire plus qu’un. "
Mei acquiesce :
Mei - " Bien ! Dépêchons-nous de gravir les marches à présent. Il me tarde de me retrouver dans la quatrième maison ! "



Chine, Mont des Cinq Pics :

Les rayons du soleil percent les stores d’une maisonnette en bambou située au bord d’une cascade.
Cette lumière vient chauffer les paupières d’Apodis et le tire de son sommeil.
Il plie difficilement ses membres, enserrés par des bandages sur la quasi-totalité de son corps.

La tête lui tourne. Il reste assis au bord de sa couche quelques secondes afin d’attendre que sa vue puisse fixer le sol sans être floue.

Dans un hurlement d’atroce souffrance, il se redresse enfin pour faire un pas. Sa tentative se solde par un échec et il se jette contre le mur pour se maintenir debout.

Son cri alerte aussitôt une jeune femme à la peau claire et au visage angélique. Elle écarte les rideaux servant à isoler cette chambrette pour se jeter sous l’épaule de l’éclopé afin de le ramener à son lit.
En guise de remerciement, le grec assaille l’autochtone de question :
Apodis - " Qui êtes-vous ? Où suis-je ? "
Pour seule réponse, elle lui tend un bol d’eau fraîche qu’il s’empresse de vider.
Cette consommation lui permet de soulager sa gorge sèche et le calme temporairement.
Il profite de cet instant pour observer chaque recoin de la pièce. Il aurait pu se sentir en sécurité dans cette ambiance dissemblable à celle du Sanctuaire si seulement une statue d’Athéna ne trônait pas en haut d’une étagère.
Fataliste, à bout de force, Apodis ne se sent même pas le courage de riposter :
Apodis - " Alors il m’a abandonné. Le Vieux Maître sur lequel je fondais mes derniers espoirs ne m’a pas secouru. Vous m’avez donc trouvé grâce à Taishi. Mais c’est peine perdue mademoiselle. Vous pouvez dire au Sanctuaire qu’il a tort de me maintenir en vie. Je ne parlerai pas. Que les Saints qui montent la garde autour de cette bâtisse viennent tout de suite me donner la mort. "

De ses grands yeux innocents, elle fixe avec émoi le malheureux qui se croit condamné jusqu’à ce que les bruits d’un morceau de bois frappant le sol se rapprochent.
La voix enrouée du Vieux Maître des Cinq Pics, s’amuse de la réaction défaitiste de l’Oiseau de Paradis :
Dohko - " Quel défaitisme jeune homme ! "
En appui sur le parterre, la canne de l’ancien le guide jusqu’à la pièce où la jeune femme se retire aussitôt.
Dohko - " Je vois que tu as déjà fait la connaissance de Shunrei. "

Apodis est confus :
Apodis - " Vieux… Vieux Maître… Je suis… Présentez-lui mes excuses. J’ai cru que le Sanctuaire m’avait retrouvé et qu’elle était l’une d’eux. "
Dohko - " Les derniers évènements que tu as vécus te sont montés à la tête. Tu ne sais même plus faire la distinction entre un innocent et un meurtrier. "
Apodis confesse :
Apodis - " Je suis épuisé. Je ne sais plus où j’en suis. "
Le vieillard repart dans le couloir pour tirer jusqu’à la chambre la lourde Pandora Box de l’Oiseau de Paradis par une de ses lanières :
Dohko - " Vous êtes mourrant ! "
Le propriétaire des murs n’y va pas par quatre chemins. Il poursuit :
Dohko - " Toi et ton armure êtes en piteux état. Ton état de santé ne pourra jamais s’améliorer, tu as perdu trop de sang et trop de tes d’organes vitaux s’affaiblissent au fil des minutes qui s’écoulent. Quand à ton armure, elle ne pourra jamais bénéficier de ses facultés d’auto régénération dont bénéficie toutes les Cloths si son porteur ne déploie pas auprès d’elle un cosmos suffisant. "
Apodis - " Donc tous mes efforts sont vains. Je ne peux rien faire pour prouver que le Sanctuaire est corrompu. "
Dohko - " Tu es venu jusqu’ici pour me dire ceci ? "
Apodis - " J’espérais trouver auprès de vous un soutien armé et spirituel. Vous êtes un Saint légendaire, vos facultés doivent être inégalées et votre influence peut permettre d’ouvrir les yeux à beaucoup de Saints. "
Dohko se met à rire :
Dohko - " Hum, hum, hum… Si cela était vrai, j’aurai déjà agi en conséquence jeune homme. Hélas, je suis rouillé, bien incapable de pouvoir me déplacer loin d’ici. Alors de là à m’imaginer mener un combat. En ce qui concerne ma force de persuasion, rares sont les jeunes générations qui savent qui je suis. De plus, voici bien longtemps que le Pope m’a considéré comme renégat en raison de mon refus de réintégrer ma maison zodiacale et d’obéir à ses ordres. Bien avant que les premiers soupçons d’autrui à son encontre n’existent et puissent permettre de m’innocenter. "
Apodis - " Mais, on ne peut rester sans rien faire. Le Grand Pope a radicalement changé de politique. Qui sait s’il ne s’agit pas d’un usurpateur ? "
Dohko - " Tu mets justement le doigt là où il faut mon garçon. Le vrai Pope ne m’aurait jamais demandé de quitter Rozan. De plus, j’ai connu cet homme et voici bien des années qu’il ne communique plus avec moi. "
Apodis - " Pourquoi ne pas vous être manifesté auprès des autres Saints pour faire part de vos craintes ? "
Dohko - " Je te l’ai déjà dis, avant que les premiers doutes n’apparaissent, l’usurpateur a prit soin de me discréditer auprès des autres. De plus, ce n’est pas mon devoir. Il y a plus de deux cent quarante ans, Athéna m’a confié une mission qui importe bien plus. "

Apodis reste silencieux, sans la moindre réaction. Dohko le remarque :
Dohko - " Toutefois je sens que tu es déçu par mes réponses. Attends-tu autre chose de moi ? "
Apodis - " Et bien j’aurai espéré que vous me puissiez me dire vieux maître qui était responsable de la perte des miens ? "
Dohko - " Hélas, je n’ai pas toutes les pièces du puzzle et la réponse m’est inconnue. Néanmoins il est de mon rang de te rappeler qu’avant d’accomplir ta revanche personnelle, tu dois allégeance à Athéna. "
Apodis - " Athéna… Si elle est responsable de… "
Dohko - " Jeune oisillon, Athéna n’est responsable d’aucun des maux qu’il y a au Sanctuaire. Crois-tu qu’elle permettrait les actes orchestrés par le Pope ? "
Apodis - " Mais alors, que fait… "
Dohko l’interrompt :
Dohko - " Pour le moment tu dois te poser les bonnes questions. Actuellement tu es seul et trop affaibli pour faire éclater la vérité. Il existe un endroit où ton armure et toi pourrez vous ressourcer à force de méditation et de lutte contre l’élément naturel qui gouverne ce lieu. "
Apodis - " L’île Kanon… Cette île, située en Méditerranée non loin du Sanctuaire, est connue de beaucoup de chevaliers, pour les qualités curatives de la fumée qui s'échappe de son volcan. "
Dohko - " Rends-toi sur l’île, bientôt d’autres hommes viendront rétablir la vérité au Sanctuaire. A ce moment là, tu pourras te joindre à eux. "
Apodis - " Encore un long périple. Survivrai-je jusqu’à là ? "
Dohko - " Seule la véritable foi que tu as en ta mission t’aidera à trouver la réponse. "


En Grèce, au Sanctuaire, à proximité du camp des femmes chevaliers :

Hasu traîne des pieds jusqu’au camp où s’entraînent ses semblables et leurs apprenties.
Chagrinée par sa relation difficile avec Shaka, elle se réjouit de trouver son ex-compagnon, Algol, à l’orée des quartiers réservés à la gente féminine.
En quête de réconfort, elle se présente devant lui toute guillerette :
Hasu - " Algol ! Quel plaisir de te voir ici ! Tu es venu me rendre visite ? "

Le Saint d’argent est gêné. Alors qu’il entreprend d’expliquer la raison de sa venue, il est interrompu par la personne qu’il attendait.
La demoiselle, cachée derrière un masque, porte une armure marron par-dessus son bustier et son boxer couleur grenadine. Son ton n’est en rien agressif. Sa voix est calme, passionnée :
Hevelius - " Je crois qu’il est plutôt venu me raccompagner jusqu’à notre chaumière. "
Hasu - " Hevelius Saint de bronze du Petit Renard ! "
Hevelius - " En personne. "
Hasu - " Je ne savais pas qu’Algol et toi étiez en couple ! "
Algol essaie de se justifier :
Algol - " Cela fait quelques semaines que nous nous sommes rapprochés et… "
Hasu - " Et aujourd’hui vous faîtes chambre commune ! "

Ne connaissant rien du passé liant Hasu à son compagnon, Hevelius espère rassurer sa camarade :
Hevelius - " Oh ! Oui ! Soit rassurée, le Grand Pope a béni cette union. Nous avons l’approbation d’Athéna. "
Hasu - " Tu veux dire que vous êtes mariés ?! "
Algol, bien embarrassé, s’exclame :
Algol - " Non ! "
Hevelius ne soupçonnant toujours rien, maintient son calme :
Hevelius - " Après qu’Algol a découvert mon visage lors d’un entraînement durant lequel il me prodiguait quelques conseils, je lui ai avoué mes sentiments. Il les a acceptés en retour. Alors j’ai demandé à m’entretenir avec le Grand Pope pour l’informer que mon visage avait été découvert et que conformément aux lois imposées par Athéna, j’ai choisi d’aimer Algol. "
L’absence de réaction de la part d’Hasu après cette annonce instaure une gêne inexpliquée pour Hevelius :
Hevelius - " Ai-je dis quelque chose d’offensant ? "
Préférant minimiser l’impact d’une telle nouvelle, Algol assure :
Algol - " Non, absolument pas. Hevelius, veux-tu rentrer chez nous ? Je te rejoins dans quelques minutes, je ne serai pas long. "

La docile Saint du Petit Renard s’exécute.
Algol, confus, déclare à Hasu :
Algol - " Désolé que tu l’apprennes ainsi. "
Hasu - " Et moi qui croyait que tu revenais me chercher. "
Algol - " A quoi bon ? Tu m’as bien fait comprendre que je n’arrivais pas à la cheville de ton amant, Shaka de la Vierge. J’en ai souffert, mais j’ai réussi à reprendre goût à la vie. Hevelius m’y a aidé. Je lui dois beaucoup. "
Hasu - " Tu sais, je ne t’ai jamais vraiment oublié. "
Le Saint de Persée reprend son ton autoritaire qui lui est coutumier :
Algol - " Cesse de me mentir. Quand j’ai appris que tu étais avec ce Saint d’or à ton retour de pèlerinage, j’étais prêt à te pardonner. Même si j’avais été anéanti au point de vouloir en mourir, je t’aimais plus que tout au point de faire table rase de tes égarements. Cependant, tu ne voyais que par lui. "
Hasu - " Tu es donc plus heureux avec elle qu’avec moi dorénavant ? "
Algol - " Ca n’a absolument rien à voir. "
Hasu - " Même lorsque j’étais avec lui, je t’assure que je pensais encore à toi et… "
Le jeune homme est pris d’un rire sarcastique :
Algol - " Allons, allons. Je savais très bien que ça se finirait ainsi. Je te l’avais même dis. Le Saint de la Vierge se veut au-dessus de tout. Il n’y a que toi qui a cru que ça pourrait marcher entre vous deux. Maintenant que tu ouvres les yeux, tu cherches à me retrouver, ignorant le mal que tu m’as fait. Mais c’est hors de question. Je veux que tu ais mal. Que tu crèves d’être jalouse de me voir heureux sans toi aujourd’hui. Que tu te réveilles chaque nuit en pleurs, de savoir que Shaka peut être dans les bras d’une autre, ne se souciant pas de ta petite personne. "
Hasu - " Tu es cruel. "
Algol - " Non, je t’oblige simplement à ouvrir les yeux, comme tu l’avais fait avec moi. "
Sans laisser à la malheureuse le temps de répondre, il lui tourne le dos et quitte les lieux.


Chine, Mont des Cinq Pics :

Au bord de la cascade de Rozan, Dohko tourne le dos à la direction empruntée par le titubant Apodis.
Shunrei arrive aux côtés du Vieux Maître :
Shunrei - " N’est-ce pas imprudent de l’avoir laissé partir seul ? "
Dohko - " C’est un Saint aguerri. Il a bon fond. Néanmoins je ne peux bouger d’ici. Il fera seul de bien meilleure chose pour le monde plutôt qu’à attendre ici que je ne lui trouve une solution. "

« Le mal qui ronge le Sanctuaire a tendance à prendre emprise partout dans le monde. Bientôt Shiryu et les siens auront des missions de la plus haute importance à gérer. », réfléchit le vieillard.
Il somme à Shunrei :
Dohko - " Tu vas partir au Japon rejoindre Shiryu. "
Shunrei - " Mais il vient à peine d’y partir mener un tournoi. "
Dohko - " Justement. Il va falloir qu’il se montre brave dans peu de temps. Je veux tester sa concentration et ses aptitudes psychologiques. Tu le retrouveras pour lui annoncer ma mort imminente alors qu’il sera en plein combat. "
Shunrei - " Mais, maître, c’est si cruel. Je ne pourrai jamais… "
Dohko - " Va Shunrei ! Ne tarde pas mon enfant ! "



Tandis que Mei découvrait le Sanctuaire peu de temps après que Seiya l’ait quitté, je continuais à errer.
Sans savoir que le Japon serait le point de ralliement des futurs espoirs du Sanctuaire, je suivais la voix du Saint de la Balance.
Il me fallait guérir et restaurer mon armure avant tout.


47
L’ouverture tant attendu de la Galaxian War approchait. Pendant que certains achevaient leur apprentissage comme Hyoga, d’autres se préparaient déjà à contrer Athéna une fois celle-ci éveillée…


Chapitre 41 - Le château d’Heinstein, une légende urbaine

En Allemagne, au château d’Heinstein :

12 septembre 1986.
A l’approche d’un domaine familial devenu bien obscur, deux personnes s’enfoncent dans la brume dominant la forêt qui encercle ce territoire.
Une jeune femme vêtue d’un tailleur, les cheveux attachés, réajuste ses lunettes :
Journaliste - " C’est bon ? Tu filmes ? "
Un homme, casquette à l’envers, habillé d’un jean troué et d’une veste miteuse, hoche la tête :
Cameraman - " Tu peux y aller. "
Journaliste - " Hum, hum… Nous sommes ici dans le bois qui encercle le château d’Heinstein. Comme vous le savez sans doute déjà, une légende urbaine veut que depuis près de dix ans, personne n’est revenu vivant de ce lieu. Il est vrai que durant tout ce temps, nous sommes restés sans nouvelles de la famille Heinstein, ainsi que de leurs sujets… "
Le cameraman lève son objectif pour filmer la nature morte, les animaux en décomposition, puis une tourelle du bâtiment à peine visible tant la distance est encore grande pour s’en approcher.
Journaliste - " … Comme vous pouvez le constater, aucune trace de vie, quelle soit animale ou végétale ne semble survivre à mesure que nous nous engouffrons dans ce brouillard de plus en plus épais. Tandis que nous profitons, malgré la distance, des premiers aperçus des tours du château, il est aisé de remarquer l’usure des pierres. Connu dans le passé pour le blanc éclatant de ses parois, les murs du château sont désormais ternis par la vétusté et un manque d’entretien apparent… "
Soudain, la jeune femme interrompt son monologue. Ses chaussures à talons hauts ne l’étaient pas suffisamment pour l’empêcher de marcher dans ce cours d’eau qui traverse toute la forêt.
En remarquant cela, son collègue abandonne sa caméra :
Cameraman - " Ca y est, nous y sommes. "
Journaliste - " Tu m’étonnes. Et maintenant j’ai les pieds mouillés ! "
Cameraman - " En même temps, s’habiller ainsi pour venir dans un lieu pareil, on n’a pas idée. "
Journaliste - " Ce reportage, une fois fini, nous ramènera de l’or. Le monde entier le verra et je veux qu’on m’admire sous mon plus beau jour. "
Cameraman - " Ok, très bien. Bon ça ne te dérange pas qu’on finisse vite d’aller jusqu’au château ? Cet endroit me fiche la chair de poule ! Je comprends que plus personne ne souhaite en savoir plus sur ce lieu. "
Journaliste - " Vas-y, reprend ta caméra ! Hum, hum… Nous voici donc arrivés à la limite du domaine. Une fois ce bras d’eau passé, nous aurons pénétré sur le territoire de la famille Heinstein. On dit qu’une fois écoulée, l’eau du château devient aussi brûlante que l’acide. Voilà qui peut-être ce qui explique la pourriture ambiante i… ici… "
Le cameraman remarque que la journaliste a du mal à se tenir droit :
Cameraman - " Qu’est-ce que tu fabriques ? "
Journaliste - " Mes pieds me démangent. "
Le cameraman, prudent, enjambe le cour d’eau tout en poursuivant le film.
Cameraman - " Je t’avais dis de foutre autre chose pour te chausser. Même si cette histoire d’eau contaminée est fausse, elle doit probablement être pleine de bactérie ! "
Journaliste - " Bon, tu me gonfles à me faire la leçon. Reprends ta machine, je vais refaire la fin de ma phrase. Hum, hum… Voilà qui peut-être explique la pourriture ambiante ici. Nous prélèverons un échantillon de cette eau en revenant du château. En effet, l’état allemand, encouragé par l’Organisation des Nations Unies, a qualifié ces rumeurs de légende urbaine. Quant aux disparitions des scientifiques dépêchés ici, des enquêteurs, de nos confrères ou encore de simples voyageurs, tout a été classé « non lieu »… "
La jeune femme commence à bouillir à se retenir de gratter ses pieds, si bien que la folie lui vient. Elle s’assied dans la boue pour ôter ses chaussures et se gratte jusqu’au sang.
Cameraman - " Arrête ton délire bordel ! "
Elle hurle à la mort :
Journaliste - " Je ne plaisante pas, ça me brûle. Ca remonte à mes jambes, pas seulement ma peau, c’est comme si mes os fondent, que le sang qui traverse mon corps bout. Ah… "
Elle s’allonge maintenant sur le dos pour ronger ses membres inférieurs, tant la douleur est atroce.
Son collaborateur abandonne sa caméra et fait marche arrière, apeuré. Pendant qu’il saute le bras d’eau, il est rattrapé par une hache au long manche. Frappé en plein dos, par surprise, il retombe devant le champ de la caméra, mort sur le coup.

Trop meurtrie pour être terrorisée, l’ambitieuse jeune femme se traîne, les jambes en sang, jusqu’à la dépouille du malheureux en rampant inconsciemment dans le chenal.
Arrivée à la hauteur du cadavre, elle en arrache l’arme et, uniquement guidée par son instinct de survie, l’abat jusqu’au haut de ses cuisses pour sectionner ses membres trop douloureux.
La douleur de cette amputation semble être une partie de plaisir après les tourments qu’elle a subi jusque là.
Comme si la folie s’est emparée de son esprit, elle se met même à rigoler après avoir échappée à cette torture, ignorant même la dépouille à ses côtés.
Son hilarité stoppe brusquement lorsque de nouvelles démangeaisons la prennent sur tout le corps.
Elle réalise aussitôt que, trop préoccupée par ses démangeaisons, elle a traversé en rampant l’eau. Tout son corps a trempé dans le fluide qu’elle méprisait quelques minutes plus tôt en le qualifiant de légende urbaine.
Le calvaire est si grand qu’elle ne se rend pas compte qu’elle se lacère elle-même le visage avec ses ongles pour lutter contre les brûlures. Ses vêtements se mettent à être rongés par une étrange fumée, exposant un corps déformé par des bouts de chair qui se détachent de son tronc.

Des voix interviennent enfin. Les yeux déchirés de la victime ne peuvent discerner les deux hommes. Ils sont vêtus d’armures sombres en forme d’ossements humains.
L’un d’eux est armé d’une faux, tandis que l’autre vient ramasser sa hache encore tâchée du sang des deux innocents.
Les deux soldats sont amusés face aux dernières convulsions de la jeune femme.
Leur bonne humeur est interrompue par une troisième intruse.

Celle-ci s’accroupie devant le bras d’eau et en ramasse dans sa main pour en boire.
Les deux hommes, subjugués par sa beauté, se délectent de ses formes généreuses visibles à travers sa légère robe.
Surélevée sur de hauts escarpins, la demoiselle se lève sans subir la moindre difficulté malgré la boisson. Ni ses mains fines, ni ses lèvres charnues, ni son estomac ne semblent souffrir de l’eau contaminée.
Elle se décide enfin d’honorer les deux spectateurs de sa voix charmante et de son accent délicieux :
Ksénia - " Je vois. Les premières armures de Squelettes ont déjà été ramenées depuis le royaume des Enfers. Dans ce cas j’imagine que les rangs de soldats d’Hadès sont bien fournis en cette époque pour que Pandore vous gratifie déjà d’une protection. "
Les deux soldats de basse condition au service d’Hadès s’échangent un regard ahuri.
Ksénia - " Trêve de bavardage. J’ai besoin de voir Pandore. Vous me faciliterez donc l’accès jusqu’à elle pour me faire gagner du temps n’est-ce pas ?! "
Ne voulant s’opposer à l’impressionnante jeune femme, ils l’accompagnent après avoir détruis le film des reporters.


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Le vent frais et sec balaie les environs. Craint par quiconque découvre ce domaine reculé de la Russie contemporaine, une jeune femme parait apprécier ces basses températures.
Elle profite même des chutes de neige pour défaire la capuche de son long manteau. Elle dévoile ses mèches blondes et son visage élégant, après avoir ôté quelques secondes son masque de femme chevalier comme pour mieux respirer l’air de sa terre d’adoption.
Le village dans lequel Carina a suivi son apprentissage de chevalier est désormais visible à l’horizon. Peu pressée de réajuster l’objet destiné aux combattantes d’Athéna, elle dégage les lanières de cuir de sa Pandora Box de ses épaules et s’assied dessus.

Ne lui étant plus d’aucune utilité, elle laisse voguer le voile qui cachait aux yeux du monde l’urne de sa Cloth. Son manteau, déboutonné, s’agite dans le vent. Par-dessous, ses vêtements sales et déchirés suite à ses affrontements sur Yíaros laissent entrevoir ses formes généreuses.
La tête inclinée en arrière, elle libère son esprit et apprécie le souffle frais et pur du vent glacial.


Une voix masculine la ramène à la réalité. Familière mais plus grave que dans ses souvenirs, la voix de Hyoga lui rappelle que du temps s’est écoulé depuis leur dernière rencontre :
Hyoga - " Tu ferais mieux de réajuster ton masque. Ca serait beaucoup trop simple pour moi de voir ton visage de la sorte. Alors qu’un affrontement dans lequel je découvrirais ton identité serait beaucoup plus prestigieux pour moi. "
La demoiselle rit nerveusement. Les progrès de Hyoga l’épatent. Il est parvenu derrière elle sans qu’elle s’en aperçoive.


Quelques heures plus tard, après une bonne dizaine de fou rire, l’évocation des souvenirs en commun et la description des derniers mois passés l’un sans l’autre fais, Carina ne cache pas son chagrin d’avoir perdu Isaak.
Couchés tous les deux dans la poudreuse, sur le dos, les visages à la même hauteur, Hyoga répète de nouveau le courage dont a fait preuve le finlandais pour le sortir de sous la glace :
Hyoga - " … Je le savais pourtant. Je savais que c’était risqué, il m’avait prévenu. Malgré tout il est revenu me chercher, bravant les courants marins et l’eau glacée. Il me manque tellement. "
Carina parle d’un ton rêveur, comme si elle était dans un autre monde à l’évocation du nom de son défunt bien-aimé :
Carina - " Ah… Isaak… Il nous manquera tous. Durant les mois loin d’ici, il est resté ma motivation à revenir à Kohortec. "
Cela rappelle à Hyoga à quel point Isaak est irremplaçable dans le c½ur de Carina et l’afflige davantage :
Hyoga - " Je suis désolé. Profondément désolé. "
Carina se redresse subitement et se force à adopter un ton plein d’entrain :
Carina - " Ne t’en veux pas. Isaak a fait ce qu’il a cru juste de faire. Il est mort en accomplissant ce qu’il a toujours prôné. Le courage et l’amitié. "
Hyoga se presse de se remettre sur pied et dépose timidement sa main sur l’épaule de Carina, espérant ainsi lui témoigner toute l’affection qu’il éprouve pour elle. Il se sent prêt à la lui avouer pour compenser l’absence d’Isaak :
Hyoga - " Toutefois, je sais qu’il était une épaule sur laquelle tu pouvais te reposer. Je ne prétends pas être capable de t’apporter tout ce qu’il était capable d’offrir. Je veux juste que tu saches que je suis là. "
La jeune femme ne réagit pas comme il l’aurait souhaité. Elle ramasse sa Pandora Box et l’enjoint à la suivre jusqu’au village :
Carina - " Allons, parlons d’autre chose à présent. Il me tarde de revoir le Seigneur Crystal. "
Hyoga demeure déçu et se contente de sourire avec peu de conviction.


En Allemagne, au château d’Heinstein :

Après de longues minutes durant lesquelles ils n’ont cessé d’admirer les yeux topaze de Ksénia, ainsi que sa poitrine mise en valeur par un corsage particulièrement serré, les Squelettes sortent de la forêt.
Une humidité pourrissante prouve que le soleil n’inonde même plus la propriété de sa lumière bienfaitrice. Le léger vent qui traverse les environs contient un air malsain, nauséabond.
La traversée des jardins n’a plus rien de féerique depuis une décennie. Les habitants du château s’y exercent ou y montent la garde. Futurs Spectres déjà éveillés en attendant de retrouver leurs âmes, ou Squelettes, observent tous la venue de la demoiselle.

Enfin, ils pénètrent dans le château en empruntant un des ponts-levis, puis remontent plusieurs tours pour pouvoir enfin atteindre le c½ur des appartements de la famille Heinstein.
Dans la salle centrale, le jour s’engouffre par un dôme fait de vitraux aux couleurs vives et aux motifs à caractères religieux.
Une jeune femme brune vêtue d’une longue robe sombre, fait glisser ses doigts décorés d’une bague en forme de serpent sur sa harpe.
A proximité de son instrument, un plateau de fruit est servi sur une table basse par un homme au costume noir, le pantalon à pince et feu de plancher légèrement usé en bas, certainement en raison du frottement du tissu sur le cuir de ses chaussures.
L’homme dépose la corbeille avec la main droite, tandis que sa main gauche tient dans son dos un chapeau haut de forme. Il reste incliné sans tourner le dos à la demoiselle pour reculer, jusqu’à ce qu’il prenne assez de distance pour enfin dévoiler son vrai visage et enfiler son chapeau sur ses cheveux bruns.
Le col de la chemise blanche enserré par un n½ud papillon rouge, son expression lui donne un vague air familier avec Seiya.
Sa mine plus mature, confirmée par quelques poils de sa barbe grossièrement rasée, affiche un sourire narquois en observant l’arrivée de Ksénia.
Il s’engage dans l’escalier débouchant sur un petit balcon qui surplombe la pièce afin d’observer la rencontre entre les deux femmes.

Les deux gardes s’agenouillent au seuil de la salle, tandis que Ksénia les bouscule jusqu’à arriver à quelques mètres de Pandore.
Après avoir attendu que la maîtresse de maison achève sa partition, un des hommes annonce enfin :
Squelette n°1 - " Majesté Pandore. Pardonnez notre intrusion. Nous pensons qu’un nouveau Spectre s’est éveillé en cette personne. Elle a résisté sans mal au kekkai du Seigneur Hadès. "
Sans ouvrir ses yeux, Pandore joue deux notes de musiques qui ôtent immédiatement la vie à ses hommes.
Sans qu’elle en exprime le besoin, quatre autres Squelettes veillant sur les entrées de la pièce viennent débarrasser la demoiselle des deux corps.
Enfin, elle toise Ksénia :
Pandore - " Bande d’incapables. Sous prétexte que quelqu’un puisse résister au kekkai, ils le font venir jusqu’à moi en croyant faire face à un futur allié. "

Toujours aussi provocante, Ksénia vient se positionner aux côtés de l’allemande, contre qui elle se frotte sans gêne pour venir à son tour tirer sur quelques cordes de l’instrument musical pour s’amuser.

N’appréciant guère ce genre de manières, Pandore se retire en ramassant son sceptre. Ksénia s’en amuse :
Ksénia - " Ta personnalité est bien différente de celle de ta précédente réincarnation Pandore. Je t’ai connu bien plus accueillante et moins frileuse au contact de la chair. "
Pandore - " Ainsi tu nous observais déjà il y a deux cent ans, Ange de l’Olympe ? "
Ksénia - " On peut dire ça. J’étais resté auprès de mon maître dans son repère à observer le spectacle. Si je me suis réincarnée en cette ère, c’est simplement parce que les petits jeux d’Athéna ne l’amusent plus. Et toi, comment sais-tu qui je suis ? "
Pandore - " Les futurs Spectres qui se réunissent ici sillonnent le monde pour trouver de nouveaux Squelettes. Ainsi, ils renforcent les rangs de l’armée de notre Seigneur. Crois-tu que ta présence auprès d’un dénommé Vasiliás soit passée inaperçu ? Les combats de cet homme contre des Ankoku Saints au Canada il y a plus d’un an ont été suivis attentivement par mes soins. Dommage qu’il ne soit pas destiné à devenir un Spectre. "
Ksénia - " Je vois. "
Pandore - " Passons aux choses sérieuses si tu veux bien. Que puis-je pour ton maître ? "
Ksénia - " Mon maître hait ce que les hommes sont devenus et le manque de respect qu’ils éprouvent envers les dieux. Il veut simplement les rabaisser à leur condition de base, chose qui n’aurait jamais dû changer. Malheureusement, Athéna leur a offert trop de liberté. Son souhait le plus cher passe donc par la perte d’Athéna. "
Pandore - " Poursuis donc, tu m’intéresses. "
Ksénia - " Les diverses Guerres Saintes entre ton maître et Athéna se sont toujours soldées par la victoire de cette dernière. Or, en cette époque, trop de forces en présence sont réunies pour que le sort du monde reste inchangé une fois encore. Et grâce à cela, je veux offrir l’aide nécessaire à Hadès pour vaincre Athéna et satisfaire mon maître. "
Pandore - " De quelle aide parles-tu ? "
Ksénia - " De celle d’Arès. Il est prêt à rendre la pareille après qu’Hadès lui ait offert sa protection lors de sa fuite face à Athéna en des temps reculés. "
Pandore - " Arès a déjà essuyé une cuisante défaite contre Athéna en notre époque. Qu’a-t-il de plus à offrir à Hadès qu’une armée décimée ? "
Ksénia - " La possibilité de voir le royaume d’Hadès se remplir davantage d’habitants ainsi que celle d’affaiblir les rangs d’Athéna. L’armée d’Arès se reconstruit autour du Berserker de la Royauté. "
Pandore - " Arès a retrouvé un Berserker de la Royauté. J’imagine donc que ta présence auprès de ce Vasiliás n’y est pas étrangère ? Il est vrai que la prestation de cet homme au Canada m’a impressionné. Mais ce ne sera pas suffisant pour convaincre Sa Seigneurie. "
Ksénia - " Et le pouvoir divin d’Arès sur le champ de bataille non plus ? "
Pandore - " Pardon ? "
Ksénia - " Arès serait prêt à s’investir en personne dans les combats. "
Pandore - " Là tu donnes du poids à tes arguments. Mais connaissant l’être intéressé qu’est Arès, j’imagine qu’il attend quelque chose en retour ? "
Ksénia - " Son armure divine. Tout simplement. Avec son armure qui lui a été confisqué après sa défaite contre Athéna, il a perdu son honneur. Il veut juste la récupérer pour accomplir sa vengeance et retrouver sa dignité en triomphant aux yeux de l’Olympe. "

Après une telle déclaration, Pandore reste muette le temps de la réflexion.
Pendant ce moment, un Squelette vient se courber à l’entrée de la salle :
Squelette - " Majesté Pandore, un homme se présentant sous le nom d’Eaque s’annonce être attendu par notre Seigneur. Lui et sa troupe ont survécu à l’approche du domaine. "
Pandore abandonne sa discussion avec Ksénia et, malgré une attitude froide et un ton autoritaire, semble ravie :
Pandore - " Un second Juge des Enfers nous a rejoins. Il ne nous reste qu’à récupérer Rhadamanthe. Fais donc entrer Eaque. "
L’homme s’exécute et fait signe à l’escorte qu’il a réuni de faire rentrer le népalais dans la pièce. Ce dernier est accompagné de Fyodor et Violate, ses bras droits.
Le fils d’un ancien haut dignitaire du gouvernement népalais vient s’incliner :
Eaque - " Majesté Pandore. Je me nomme Eaque. En attendant la libération de mon âme de Juge, je viens à vous en compagnie de deux futurs Spectres. J’ai également constitué une troupe de soldats destinés à devenir Squelettes. Ils patientent dehors. "
Pandore - " Eaque… Le Seigneur Hadès sera ravi de savoir que ton corps est désormais des nôtres, en attendant que ton âme te soit rendue. "

Ksénia parait enjouée devant ce spectacle. Elle n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’un autre Squelette vient annoncer l’entrée de Minos.
Minos - " Vous m’avez fais appeler Majesté ? "
Pandore - " Tout à fait Griffon. Je voulais t’informer que le Garuda est dorénavant parmi nous… "
Sans trop se rappeler de leur passé commun, Eaque et Minos s’échangent un hochement de tête en guise de respect.
Pandore achève l’objet de sa convocation :
Pandore - " … et te confier une mission. Je sais que ton équipe et toi revenez d’un voyage destiné à rassembler de nouveaux adeptes d’Hadès pour en faire des Squelettes. Toutefois, l’éveil récent du dernier Juge nécessite ta présence. Rhadamanthe, en quête de vérité sur son passé, se dirige droit en Chine pour y gagner la Terre Scellée. "
Eaque semble être déjà conscient de son destin de Spectre. Les souvenirs de ses vies antérieurs l’animent :
Eaque - " Sacré Rhadamanthe ! Toujours aussi obstiné ! "
Pandore - " Tout à fait. Il risque de se retrouver face au chevalier d’Athéna qui veille sur la tour des âmes. "
Eaque - " Connaissant Rhadamanthe, il n’aura pas la patience d’attendre que l’efficacité du sceau d’Athéna s’estompe de lui-même. Il pourrait tout faire échouer. "
Pandore - " Exactement. C’est pourquoi j’aimerai, Minos, que tu ailles le chercher pour l’empêcher d’alerter le Saint de notre présence. "
Minos se prosterne immédiatement :
Minos - " Entendu votre Majesté. "
Eaque interpelle son allié :
Eaque - " N’hésite pas à prendre le temps de lui expliquer plusieurs fois la situation. Dans mes souvenirs Rhadamanthe n’a jamais été réputé pour son intelligence. "
Minos acquiesce en riant, symbole d’une complicité naissante avec Eaque, mais aussi témoin d’une rivalité existante entre les Juges depuis la création de leur ordre.

Au balcon, le serviteur de Pandore reste en appui sur la rambarde, amusé par le spectacle des rencontres entre tous ces protagonistes. Il recoiffe ses cheveux en bataille sous son chapeau.

Pandore renvoie Eaque et en revient à Ksénia :
Pandore - " Ange de l’Olympe ! J’ai pris une décision. Le conflit entre notre Seigneur et Athéna remonte à l’appel à l’aide d’Arès auprès d’Hadès. Si ce dieu sanguinaire et vulgaire, n’avait pas causé tant de malheur autour de lui, notre Seigneur n’aurait pas à souffrir à chaque réincarnation de la perte de chacun de ses hommes. "
Ksénia - " Dois-je prendre cela pour un refus ? "
Pandore - " C’est bien cela. L’armure d’Arès est bien là où elle se trouve. Aussi longtemps qu’elle y restera, cela empêchera ce dieu belliqueux de s’entacher davantage de médiocrité. "

Avec le calme qui la caractérise, Ksénia ne bronche pas. Elle lève les yeux en direction du domestique de Pandore pour lui sourire de façon complice puis salue Pandore :
Ksénia - " Dans ce cas je te t’importunerais pas davantage. Au nom de mon maître, je vous souhaite bon succès dans vos entreprises. "
Deux Squelettes arrivent pour raccompagner Ksénia hors du château.

Avant qu’elle ne franchisse le seuil de la salle, Pandore interpelle une dernière fois la russe :
Pandore - " Dis-moi, Ange de l’Olympe, hormis Athéna, Arès, Hadès, Hypnos et Thanatos, quelle autre force est en présence sur ce monde ? Je veux dire, toi, olympienne, tu ne peux être ni au service de Shiva, ni à celui des dieux Egyptiens, tous déjà défaits en notre époque. Tu es venu porter un message pour Arès mais ton rôle s’arrête là. Qui peux-tu servir ? "
Ksénia lui tourne le dos :
Ksénia - " Merci pour ton accueil chère Pandore. Adieu. "


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

A l’intérieur de sa chaumière, Hyoga ôte son maillot pour arborer sa musculature parfaitement travaillé. Tourmenté par le retour de Carina, il abandonne son habit au sol et s’assied sur son lit, face au coin qu’occupait autrefois Isaak.
Esseulé dans cette demeure qu’il partageait avec lui, il observe un instant la couche vide de son camarade. Rien n’a bougé depuis sa disparition, pas un pli de ces draps n’a été tendu. Profondément aspiré par sa culpabilité, le futur Saint se résout à surmonter son chagrin :
Hyoga - " Pardonne-moi Isaak. Seulement… J’ai beau n’avoir de cesse de m’en vouloir, cela ne changera plus rien. Quoi que je fasse aujourd’hui, on ne change pas le passé. C’est toi qui me l’as dit. Le retour de Carina m’a rappelé qu’à une époque je suivais tes pas. A présent il est temps que j’avance de moi-même. Je vais devenir Saint du Cygne et… Et je compte avouer à Carina que... Que je l’ai toujours aimé… "


A quelques demeures de là, dans l’auberge régulièrement fréquenté par les villageois, Carina profite de l’occasion pour évoquer la situation au Seigneur Crystal :
Crystal Saint - " … Qu’as-tu donc dis à Hyoga si tu ne lui as pas fais part de la situation au Sanctuaire ? "
Carina - " Je lui ai dis qu’une nouvelle troupe a été envoyé sur Yíaros, pour contrer la révolte des hébéïens et que ceux qui étaient sur l’île depuis un moment se sont vus accordés une permission. "
Le mercenaire à l’armure cristalline contient son chagrin en évoquant la perte de son amante :
Crystal Saint - " Il ne sait donc rien du décès de Lena ? "
Carina - " Il la croit toujours sur l’île. "
Crystal Saint - " Tu as bien fait de ne pas lui en parler. Moi-même je ne lui ai rien dis à propos d’étranges évènements dans la région. Depuis deux jours, des hommes armés attaquent les villages plus bas pour trouver de la main d’½uvre et construire un pôle stratégique ici pour le Sanctuaire. Ils emploient la force sans ménagement. Je n’en ai pas parlé à Hyoga. La perte d’Isaak l’a déjà profondément bouleversé. "
Carina se veut dure à l’égard de celui qu’elle ignore être devenu Marinas :
Carina - " Il ne devrait pas. Cela fait parti de notre vie de chevaliers de perdre des gens qu’on aime, des frères d’arme. Il doit apprendre à surmonter ça. "
Le Seigneur Crystal a du mal à sourire. D’un caractère parfois proche de celui de Hyoga, il se remet mal de la perte de Lena contrairement à l’apprentissage de son maître Camus :
Crystal Saint - " En t’écoutant, j’ai parfois l’impression d’entendre Camus du Verseau, mon maître. Je suis certain que l’annonce de la mort de Lena par les messagers du Sanctuaire l’a touché, mais il ne laissera rien transparaître. "
Carina - " Je suis persuadée que Lena ne voudrait pas vous voir dans cet état. Elle vous aimait de tout son c½ur et je suis convaincue qu’elle préfère vous voir surmonter ça, que de la pleurer encore longtemps. "
Crystal Saint - " Ce n’était pas mon intention. Avec cette tentative de déicide, le Grand Pope a poussé trop loin son entêtement à maintenir une politique répressive à travers le monde. Lena y a laissé la vie, comme beaucoup d’autres. Je comprends sa décision d’avoir voulu suivre les ordres du Pope, mais comme toi, je suis convaincu que cela ne sert pas les intérêts de la justice. "
Il fait une légère pose, le temps de vider la vodka qui lui a été servie pure et en grande quantité dans son verre.
Crystal Saint - " Demain je partirai pour le Sanctuaire. J’irai demander une audience auprès du Grand Pope. Les actes des mercenaires qu’il envoie sont inadmissibles et je refuse qu’ils progressent davantage. Ils finiront par gagner nos villages. "
Carina - " Qu’allez vous dire à Hyoga ? "
Crystal Saint - " Que je vais simplement rendre visite à notre maître à tous. Il n’est pas encore prêt à être confronté à tout ça. "
Carina - " Vous avez bien raison. Demain, je vous accompagnerai pour faire éclater la vérité au Sanctuaire. "
Crystal Saint - " Je préfère te savoir ici, à veiller sur le peuple. On ne peut pas prévoir l’accueil qui nous sera réservé là-bas. Les Saints et soldats les plus bavards ont tendance à disparaître depuis ces dernières années. "
Il présente une lettre imprimée par une machine :
Carina - " Qu’est-ce donc ? "
Crystal Saint - " La dernière lettre en date que j’ai reçu de la Fondation Graad, l’organisation au Japon qui m’a envoyé Hyoga. Elle est restée en contact avec moi durant toutes ces années et, aujourd’hui, elle rappelle les enfants envoyés dans divers centres d’entraînement ayant survécus dans le but de réunir des chevaliers. Hyoga est prêt à devenir Saint, je lui dirai demain qu’il est attendu au Japon et qu’il peut à présent se confronter au mur de glace éternel afin de libérer la Cloth du Cygne. Il sera alors un jeune Saint, inexpérimenté. Son retour au Japon l’aidera à se forger, car je ne pense pas que le Sanctuaire restera insensible à cette réunion de Saints organisée sans son accord. Il reviendra plus fort, plus mature. Seulement à partir de cet instant nous pourrons lui évoquer la situation. "


En Allemagne, au château d’Heinstein :

Dehors, à l’approche de la forêt, le majordome de Pandore vient relever les Squelettes qui raccompagnent Ksénia :
Yoma - " Ca ira messieurs, je vais finir de conduire la demoiselle hors d’ici. Merci. "

Une fois seuls à l’intérieur du bois, Yoma engage enfin la parole :
Yoma - " Ah… Ange de l’Olympe… J’ai failli vous affronter lors de la précédente Guerre Sainte si mon plan n’avait pas failli. "
Ksénia - " Yoma de Méphistophélès, réincarnation du dieu Kairos, le grand conspirateur de la précédente Guerre Sainte. Tu sembles bien discret en cette époque. "
Yoma - " Oui, tant mieux. On va dire que je me découvre une nouvelle vie depuis que l’âme de Kairos a été détruite et que je suis devenu un simple mortel. "
Ksénia - " Mais quelque chose me dit que tu ne peux renier tes bonnes prérogatives. "
Yoma - " En effet, la proposition faite à Mademoiselle Pandore me parait des plus intéressantes. Dommage qu’elle n’y ait pas saisie une opportunité. "
Ksénia - " Et j’imagine que tu en vois une de ton côté. "
Yoma - " Evidemment. Il y a deux siècles, lors de la précédente Guerre Sainte, mon plan a nui aux desseins de notre Seigneur Hadès. Désormais, je suis un Spectre tout ce qu’il y a de plus fidèle à notre maître et j’aimerai corriger mon erreur du passé. "
Ksénia - " Arès, son armure, il est impératif qu’il la récupère. "
Yoma - " Dans mes vagues bribes lors de réminiscences de ma vie passée de Spectre, je me rappelle voir cette armure enfermée dans le Meikai. En des temps plus anciens, lorsque Arès s’est réfugié aux enfers, il y a laissé son armure. Depuis, elle est conservée là-bas auprès de notre Seigneur Hadès. "
Ksénia - " Où exactement ? "

Complètement déjanté, l’homme d’un âge déjà plus avancé que les autres Spectres lorgne les formes de la jeune femme au lieu de lui répondre. Comme pour achever le plaisir d’un tel spectacle, il sort une cigarette de l’intérieur de sa veste et l’allume pour en savourer quelques bouffées.
Sans la moindre gêne, il vient caresser le visage de la jeune femme et abandonne son expression follement sympathique pour adopter une mine plus sournoise :
Yoma - " Je compte sur le voyage de Minos en Terre Scellée pour en avoir le c½ur net ma jolie. On dit que pour nos corps, futurs réceptacles des âmes des Spectres, c’est à courte distance avec la montagne où elles sont prisonnières que nous pouvons entrer en osmose avec elles. Il faut savoir que pour nous, lors de notre mort, une fois nos âmes scellées, celles-ci peuvent, grâce au cosmos d’Hadès, continuer d’officier dans le royaume des enfers. "
Ksénia hume la fumée du tabac et ferme les yeux :
Ksénia - " Astucieux. Tu comptes donc faire le lien entre ton corps et ton âme pour la faire interagir directement aux enfers. "

Yoma espère avoir suffisamment épaté Ksénia pour descendre sa main le long de son cou et gagner le creux de sa poitrine.
La jeune femme, d’une gentille tape sur les doigts du valet, le repousse en lui échangeant un regard coquin :
Ksénia - " Dans ce cas, ne tarde pas à rejoindre la troupe de Minos avant son départ. Moi je me charge d’organiser une rencontre avec le Berserker de la Royauté. "

Repoussé, le futur Spectre passe les bras derrière son dos et fait les cents pas autour de la jeune femme en gardant la cigarette aux lèvres. Sa concentration semble empruntée et se lit parfaitement sur son visage :
Yoma - " Oui, oui, une rencontre… Mais il faut absolument que cela soit en toute discrétion, loin d’ici, au milieu de civils. Je ne tiens pas à ce que d’autres Spectres soient informés de mon plan. "
Ksénia - " Qui est ? "

Yoma cesse de tourner autour de Ksénia en stoppant dans le dos de celle-ci. Il crache sa cigarette sur le sol puis accroche fermement chacune de ses hanches afin de caller son corps fermement contre lui et de poser sa tête sur son épaule :
Yoma - " Faire valoir auprès d’Hadès ma vraie place. La grande bataille que mènera Hadès contre Athéna en notre époque l’occupera certainement au Meikai. Je souhaite lui offrir le Sanctuaire durant ce temps, cela sans même la perte d’un Spectre. Oui, je vais marchander le don de l’armure d’Arès en échange de son aide pour attaquer le Sanctuaire. "
Ksénia - " Comment sais-tu qu’Hadès mènera sa guerre depuis son royaume et non à la surface comme il en a l’habitude ? "
Yoma remonte ses lèvres jusqu’à l’oreille de la jeune femme :
Yoma - " Servir constamment Mademoiselle Pandore a ses avantages. Comme celui de connaître les moindres plans de notre armée. "

Ksénia se libère de l’étreinte de Yoma pour lui faire face :
Ksénia - " Tu es perfide. "
Le prenant comme un compliment, il ferme les yeux et avance jusqu’à elle pour lui échanger un baiser.
Amusée par ses âneries, elle pivote sur le côté pour le laisser retomber grossièrement sur le sol, faute de n’avoir pu trouver les lèvres de la douce mais non moins subtile russe.
Avant se s’enfoncer dans la forêt, Ksénia lâche :
Ksénia - " Je viendrai moi-même à toi lors de ton retour de Chine… "
Yoma, bredouille, grimace avec exagération en voyant partir Ksénia…


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

Carina a pris congé de l’endeuillé Seigneur Crystal et peut enfin ramener sa Cloth à l’intérieur de la maison où elle a grandi.
En chemin, comme ce fut le cas dans la taverne, les rares villageois présents la saluent joyeusement, ravis de revoir une enfant prodigue auprès d’eux.

La porte d’entrée lui parait dure à pousser, le gel et le manque de mouvement de celle-ci ces derniers mois l’ont immobilisée.
L’intérieur est froid, voire figé, preuve d’une longue absence de vie et de chaleur dans ces murs.
Elle se presse de ramasser quelques morceaux de bois à proximité de la cheminée pour raviver un foyer trop longtemps éteint. Ainsi, la lumière permet de mieux discerner l’intérieur du logis qu’elle partage depuis sa petite enfance en compagnie de son défunt mentor.
Avec nostalgie, elle ramasse quelques affaires de Lena qu’elle n’a pas besoin d’étudier pour être déjà submergée de souvenirs.
Elle rassemble ainsi tout ce qui appartenait à la propriétaire des murs, soit pour ajouter ses vêtements à sa propre penderie, soit pour exposer sur des étagères les objets lui ayant appartenu. A l’image des autels destinés à honorer la mémoire des disparus.
Les heures s’écoulent sans qu’elle ne choisisse de privilégier le sommeil qui lui manque.

La demeure à nouveau vivante, rangée, elle retire son masque et se débarrasse de ses vêtements usagés.
Suspendue au dessus du feu, une marmite de neige a eu le temps de fondre pour offrir de l’eau potable à la slave. Dans le plus simple appareil, les quelques cicatrices et hématomes maquillant son corps ne dénaturant en rien sa beauté, elle vient en cueillir un seau pour laver sa tenue avant d’étendre son linge sur le filet qui traverse la pièce.
Alors qu’elle choisit de laver son masque, resté dans la bassine, quelqu’un frappe à la porte.
Immédiatement, elle arrache de son lit les couvertures pour s’enrouler à l’intérieur et enrubanner son visage afin d’accueillir le visiteur :
Carina - " Ah ! Hyoga ! Que viens-tu faire ici à une heure pareille ? "
Hyoga - " Je voulais m’assurer que tu avais bien retrouvé tes marques. "
Carina - " Oui, comme tu peux le voir j’en avais profité pour laver mes affaires… "
Hyoga l’interrompt, gêné :
Hyoga - " Oui, oui, j’avais cru comprendre en te voyant dans cette tenue. Je ne te dérange pas plus longtemps. "
Carina le retient, comprenant trop tard que sa réaction aurait mérité réflexion. En effet, l’ambiguïté de sa demande peut trahir ses réels sentiments vis-à-vis du jeune homme :
Carina - " Attends ! Reste s’il te plait… Enfin, je veux dire, tu peux encore rester un peu si tu veux. "
Elle s’assied sur sa couche, laissant une place à Hyoga à ses côtés. Seuls ses grands yeux bleus sont visibles après qu’elle se soit cachée derrière l’immense tissu. Cela est bien suffisant pour faire chavirer le c½ur du japonais.
Hyoga - " Je voulais te dire… J’ai beaucoup réfléchi à ce que tu m’as dis, par rapport à mon sentiment de culpabilité envers Isaak et… Et je crois que ton retour ici va me faire le plus grand bien pour surmonter tout cela. Maintenant que tu es de retour, nous allons pouvoir revivre comme lors de notre enfance, durant laquelle nous étions unis, indéfectibles. "
Elle préfère ne pas lui apprendre son rappel pour le Japon, c’est au Seigneur Crystal de s’en charger. Cependant, elle tente de lui faire face à la réalité :
Carina - " Cette époque, aussi belle soit-elle, ne pourra jamais être ce que nous vivrons demain. De l’eau a coulé sous les ponts, des visions de guerres, de morts, de passés de désolations, me hantent désormais. Ils ne tarderont pas à te hanter car tu deviendras sous peu un Saint toi aussi. Dès lors, un soldat ne peut jamais vivre totalement en paix avec lui-même et faire abstraction de son passé. On peut être heureux, mais jamais comme nous l’étions à l’époque de notre innocence enfantine. "
Le regard envoûté de Hyoga se charge d’une intense émotion à mesure que Carina lui expose les blessures de son c½ur, si bien que les rapports s’inversent au point que Carina se sent irrémédiablement attirée par les yeux bleus du futur Cygne.
N’écoutant que son c½ur et la tendresse qu’il a pour elle, Hyoga découvre instinctivement le visage de Carina. Avant de l’embrasser, il reste quelques secondes comme émerveillée par les traits de cette camarade qu’il a toujours aimé.
Tout en poursuivant son langoureux baiser, Hyoga défait un peu plus la tenue de Carina qui se laisse guider par son entreprise…


Grèce, au Sanctuaire :

Le chevalier du Cancer vient d’arriver au Sanctuaire après que Dante l’y ait appelé.
Sans daigner saluer ses pairs en remontant les douze maisons du zodiaque, Deathmask use du passage secret pour rendre des comptes au Grand Pope.
Vêtu de son armure d’or pour se présenter à son Seigneur, le Cancer a le visage fermé, tendu.
Une fois la maison des Poissons passée, il entend derrière lui résonner sur les dalles de la demeure, les cliquetis de la Cloth d’Aphrodite.

Par manque de courage ou par honte, Aphrodite préfère ne pas croiser le regard du Masque de Mort :
Aphrodite - " Ca n’aurait pas dû se passer comme ça. Je suis désolé. "
Deathmask - " De tout ce qui existe de plus sordide, tu n’as pas trouver mieux que de me voler la femme que j’aimais. "
Aphrodite - " Je l’ai vu trop tard, mais elle représentait tout ce que j’idéalise au final. "

Deathmask se retient de tourner la tête vers le suédois. Il poursuit sa route.
Avant qu’il ne soit trop loin, Aphrodite l’informe :
Aphrodite - " Son corps a été… "
Deathmask met un terme à la discussion :
Deathmask - " Je me fiche de savoir ce qu’il est advenu d’elle. Elle m’a trahi en me faisant croire qu’il existait encore du bon en l’homme. Finalement, le seul qui m’a fait confiance jusqu’ici, le Grand Pope, je l’ai trahi pour cette traînée. Dorénavant je ne serai rien d’autre que Deathmask Saint d’or du Cancer, au service de sa Majesté le Grand Pope. "

Aphrodite observe Deathmask gravir les dernières marches pour arriver au palais papal en se résignant à avoir perdu le peu d’humanité qui subsistait en son ami.


Sibérie Orientale, village de Kohortec :

13 septembre 1986.
L’aube reflète sur la banquise et illumine la chaumière de Carina par les quelques espaces laissés par la neige sur les carreaux.
La lumière cogne les paupières closes du jeune homme blond totalement dévêtu et étendu nu sur le ventre dans la couche.
Dans un état de conscience à mi-chemin entre l’éveil et le sommeil, il se retourne instinctivement en passant son bras devant ses yeux afin de les replonger dans l’obscurité.
Néanmoins, dans cette position, la présentation de ses attributs provoque l’hilarité taquine d’un timbre autre que celui de la propriétaire du logis.

Il se redresse aussitôt, sans le moindre mal, comptant sur une assise abdominale époustouflante pour toiser du regard l’homme qu’il côtoie depuis tant d’années :
Hyoga - " Maître ?! Que faîtes-vous ici ?! Où est Carina ?! "
Les pieds nus de Hyoga prennent appui sur le sol argileux et gelé tandis qu’il enroule autour de sa taille la couverture pour s’en faire un pagne.
Le Seigneur Crystal observe avec fierté son disciple :
Crystal Saint - " Alors tu lui as avoué tes sentiments après tant d’années ! Je suis fier de toi. "
Quelque peu gêné par l’interférence de son professeur dans sa vie privée, Hyoga baisse honteusement la tête. Bien qu’il soit un être bon et ouvert à la discussion, le Seigneur Crystal ne s’est jamais entretenu de la sorte avec son apprenti. Voilà pourquoi Hyoga préfère ne pas relever cette déclaration et réitère sa question :
Hyoga - " Je suis étonné par votre présence ici. Où est Carina ? "
Le visage du Crystal Saint se fait plus soucieux tout à coup :
Crystal Saint - " Ne te trouvant pas chez toi, je me suis douté que tu étais auprès de ta mère ou ici. Je lui ai demandé de nous laisser seul. "
Il lui tend une vingtaine de lettres :
Crystal Saint - " Voici six ans que tu es ici et, depuis tout ce temps, la Fondation Graad n’oublie pas de suivre ton évolution. La dernière lettre ordonne la réunion au Japon des enfants ayant survécus. Bien évidemment, les enfants survivants sont ceux devenus Saints. Tu as survécu car tu es prêt à devenir Saint. "
Hyoga - " Maître, ce que vous me dîtes me… "
Crystal Saint - " Tu sais où se trouve le mur de glace éternel. L’enseignement que tu as assimilé te rend en mesure de le détruire désormais. Ne perds pas de temps. Tu es attendu le 17 septembre pour un tournoi. Ne tarde pas et fais moi honneur. "
Hyoga - " Et vous ? Vous ne m’accompagnez pas dans cette dernière tâche ? "
Crystal Saint - " Mon instruction s’arrête ici. Je dois quitter la région quelque temps, je ne peux hélas m’attarder davantage. J’ai chargé Carina de veiller sur le village en notre absence. "
Il s’approche de Hyoga et lui tend la main amicalement, le regardant d’égal à égal :
Crystal Saint - " Lorsque nous nous reverrons, tu seras devenu ce que je n’ai pu être, un Saint. Je suis fier de ce que tu es et je suis persuadé que je serai fier de ce que tu seras. "
Hyoga - " Maître, je vous dois tellement… "
Le guerrier des glaces préfère écourter ces échanges sentimentaux sous peine d’y succomber. Le regard qu’il échange à Hyoga en dit déjà long sur son état d’esprit.
Crystal Saint - " Allez, je n’ai pas de temps à perdre. Et n’oublie pas, même si tu repars au Japon, ici ça sera toujours chez toi. A bientôt Hyoga. "

Le japonais observe son maître prendre la porte en restant droit, les yeux brillants de tristesse à l’idée de devoir quitter ce lieu.



Que ce soit auprès des hommes de Poséidon, Arès ou Hadès, Ksénia faisait l’étalage d’une grande connaissance et d’un dangereux projet.
Mais le danger ne guettait pas que ceux qu’elle fréquentait. Ainsi, en choisissant d’aller de lui-même au Sanctuaire, le Seigneur Crystal se jetait lui-même dans la gueule du loup…


48
Only for Love / Chapitre 40 - Le Pope face à ses échecs
« on: 28 January 2013 à 13h23 »
Au Sanctuaire, le Grand Pope passait la pire de ses journées. Des élèves d’Arlès avaient fait ressurgir les fantômes du passé, Aphrodite et Deathmask avaient désobéi à un de ses ordres, la tentative d’assassinat d’Hébé s’était soldée par un échec cuisant…
Toutefois, le plus inquiétant n’était pas au Sanctuaire. La mystérieuse Ksénia manoeuvrait toujours en secret…



Chapitre 40 - Le Pope face à ses échecs

Grèce, Sanctuaire d’Athéna, dans la ville d’Honkios :

La fréquentation de cette ruelle sombre de la ville principale du Sanctuaire est bien faible. Le silence est d’or et le calme assuré par la présence dans le logis d’un des personnages les plus influent du domaine sacré.

L’homme, italien d’origine, aussi apprécié par le voisinage que son colocataire Capella du Cocher, est allongé dans un hamac qu’il a dressé juste devant sa bâtisse. Vêtu de vieilles frusques d’entraînement, le visage caché du soleil par un chapeau de paille, Dante de Cerbère profite du vent léger de l’automne pour s’accorder du repos.

Toutefois, ce répit s’annonce de courte durée. Son ouie, entraînée, distingue l’avancée de pas. A l’étude de ce mouvement, il parvient à comptabiliser trois hommes. Ceux-ci ne tardent pas à arriver à sa hauteur.

Le premier, simple soldat, hésite à prendre la parole, craignant d’extirper le Saint d’argent de son sommeil :
Soldat n°1 - " Se… Seigneur Dante… Je… Euh… "
Toujours dissimulé sous son couvre-chef, le chevalier se contente de racler sa gorge, pour manifester son mécontentement.
Sans prendre de gants, un second soldat prend la suite :
Soldat n°2 - " Seigneur Dante, nous avons un ordre de mission vous concernant. "
Sans voir son visage, ses interlocuteurs se doutent que Dante baille sans ménagement au bruit disgracieux qu’il produit.
Dante - " Impossible, vous faîtes erreur, je suis en permission aujourd’hui. Allez plutôt voir Capella, il effectue une garde en compagnie des troupes alentours. "
Soldat n°2 - " Impossible Seigneur Dante, l’ordre de mission est adressé exclusivement à votre attention. "
D’un ton désagréable, Dante tend le bras sans daigner regarder les messagers :
Dante - " Bon, passe moi ce rouleau de papyrus que je lise ça. "
Sans qu’il s’y attende, la voix du troisième visiteur, familière, annonce :
Gigas - " L’ordre vient directement du Grand Pope et je me vois chargé de t’en faire part de vive voix. "
Au son de la voix de son supérieur, Dante défait son chapeau et bondit du hamac pour s’agenouiller :
Dante - " Général Gigas ! Veuillez excuser ma tenue ! Je ne pensais pas être le destinataire d’une mission si urgente. "
Gigas - " Quelle que soit le donneur d’ordre, toute mission est importante et nécessite une totale implication. Tu tacheras de t’en souvenir Saint d’argent. "
Bien qu’il sache que Gigas lui soit inférieur martialement parlant, Dante ne bronche pas et respecte la hiérarchie :
Dante - " Compris Général. "
Gigas - " Bien. A présent nous allons nous entretenir à l’intérieur de chez toi. A l’abri des oreilles indiscrètes. "

Les deux gardes se positionnent à la porte du domicile tandis que Gigas donne, à l’intérieur, le but de sa présence à Dante :
Gigas - " Tu vas te rendre en Sicile, au Mont Etna, là où se trouvent Deathmask Saint d’or du Cancer et ses disciples. Tu es italien et tu t’es entraîné en ces lieux. Tu devrais pouvoir t’y rendre rapidement. "
Alors qu’il sert dans un récipient fait d’argile un peu d’eau pour son général, Dante acquiesce :
Dante - " A vos ordres Général. Et que dois-je faire auprès du Seigneur du Cancer ? "
Gigas - " Contente-toi de lui dire que Lilith est morte par la faute du Saint des Poissons et que le Grand Pope lui ordonne de se présenter à lui immédiatement. "
Le Saint de Cerbère incline légèrement la tête, puis endosse sa Pandora Box pour répondre à la requête de Gigas.


En Grèce, sous l’Aréopage :

Sous les profondeurs terrestres, autour du temple en forme conique, sur l’îlot entouré de lave, Vasiliás assiste à la formation des recrues.

Sous les sons venteux de l’orgue de Mars, provenant de l’intérieur du temple, l’américain s’active à joindre les petits groupes d’entraînement pour prodiguer le maximum de conseils.
Depuis plus d’un an, ses recherches permettent de composer ses rangs. De partout dans le monde, il ramène des opprimés, des désabusés par les lois de leurs états, des personnes qui rêvent d’un monde meilleur et qui n’ont pas peur de faire couler le sang pour y parvenir.
Il leur inculque l’histoire du cosmos, la création du monde et les légendes des chevaliers d’antan.

Tous s’éveillent avec plus ou moins de réussite, prêts à embrasser celui qui se présente comme leur roi, élu par le dieu Arès en personne. Majestueux dans sa Nightmare écarlate, le visage dissimulé par le masque doré que maintient son casque en gueule de lion, ne laissant apparaître que ses beaux yeux bleus et verts. Il cache grâce aux grandes ailes vermillonnes qui se déploient dans son dos la présence de la sublime Ksénia.
Ksénia - " Quel travail remarquable ! Prendre d’anciens souffre-douleur qui ne supportent plus la vie actuelle et le manque de lois est un pari osé. Cela demande beaucoup de patience et de temps, pour en faire des guerriers dignes de ce nom. "
Vasiliás - " Qu’importe. Je me félicite de composer une armée digne de l’image que je souhaite apporter au monde, en menant une guerre sans merci contre le Mal, pour les opprimés. "
Ksénia suit du regard la direction prise par le bras de Vasiliás. Elle distingue alors un homme et une femme, tous deux vêtus autrement que les soldats et les apprentis :
Vasiliás - " J’ai déjà trouvé mes Berserkers du Malheur et de la Terreur. Deux bons guerriers, que leurs Nightmares n’ont pas tardé à s’approprier, une fois arrivés ici. Tous deux déjà savaient se servir de leur cosmos avant leur venue ici, ils m’aideront à former avec plus d’efficacités mes troupes. "
Il se retourne enfin pour observer celle qui attise ses plus grandes convoitises. Face à elle, il ôte son casque pour lui exposer enfin son splendide visage :
Vasiliás - " Néanmoins, je reconnais que tu n’as pas tous les tords. Même si je parviens à en faire des soldats organisés, capables de prendre les armes et à en éveiller certains au cosmos, il me manquera une véritable puissance à mes côtés. Je serai incapable de recomposer les quatre régiments, les Flammes, le Feu, la Terreur et la Calamité qui faisaient autrefois de l’armée d’Arès une force redoutable. "
La jolie russe couverte de sa légère et courte robe, marche sans grande difficulté sur le sol rocailleux, malgré qu’elle soit chaussée d’escarpins, preuve de son extrême agilité :
Ksénia - " As-tu pensé à l’armure divine d’Arès ? "
Vasiliás - " Cela voudrait dire faire entrer notre dieu dans la bataille et tu sais que je n’en ai pas envie. Même si sa puissance est dévastatrice, encore plus lorsqu’il sera habillé de son armure divine, il prendra goût aux combats sanguinaires et nuira à mes projets de domination de la planète pour un monde meilleur. Il ne fera pas la différence entre les ennemis du roi et les innocents… "
Semblable à Kanon qui préfère utiliser Poséidon plutôt que de l’éveiller à sa toute puissance, Vasiliás achève tout espoir de retrouver cette armure :
Vasiliás - " … Et tu sais comme moi que la légende veut que cette armure soit désormais inaccessible. "
Ksénia - " Que dirais-tu de créer une nouvelle légende en la récupérant ? Arès veut juste du sang. En l’utilisant sur le champ de bataille rien que contre Athéna, tu économiseras tes forces et tu satisferas sa soif de sang. "
Vasiliás - " Je pourrai en effet agir ainsi, mais récupérer cette armure voudrait dire m’allier à Hadès et ça je m’y refuse complètement. "
Ksénia - " Évidemment, tu n’aurais pas d’autres choix que de passer par Hadès. Mais rien ne t’empêche de te servir également de lui. "
Vasiliás - " De toute manière, je doute qu’Hadès soit un dieu très accessible. "
Ksénia - " Tu oublies que je peux en faire mon affaire. "
Vasiliás - " Dans ce cas, prépare ma rencontre avec un représentant d’Hadès. "
Ksénia - " Volontiers. Toutefois, j’ai à faire avant. "
Vasiliás - " Où pars-tu encore ? Combien de temps vais-je devoir rester sans t’avoir près de moi ? "
Ksénia - " Disons que je pars en vacances. D’abord la mer, ensuite la neige. "
Puis elle disparaît aussitôt, laissant Vasiliás dubitatif.


En Grèce, au Sanctuaire :

Sur le versant d’une montagne, taillée à même la roche, la prison principale du Sanctuaire a des allures de tour.
A l’intérieur d’une cellule, trois soldats balancent Yulij. L’un d’eux à la mauvaise idée de profiter de l’étourdissement de l’apprentie pour approcher son masque. Grand mal lui en prend, la jeune femme revient à elle. Il est violemment frappé à l’entrejambe devant ses deux acolytes, hilares.
Un autre s’approche de Yulij :
Soldat - " Allons ma jolie, tu risques de passer pas mal de temps ici. Tu devrais en profiter pour faire passer le temps. "

Comme son complice, il est contraint de vite faire une croix sur ses mauvaises intentions. Décourageant par la même occasion le troisième larron.


Dans la cellule qui lui fait face, Nicol s’amuse avec cynisme de la déroute des trois soldats.
La tête collée aux barreaux, il déclare à Yulij :
Nicol - " Tu avais raison lorsque tu disais que les étoiles annonçaient un changement. Dorénavant notre situation a empiré. "
Yulij se met en garde face aux montants :
Yulij - " Tu rigoles ?! Ce ne sont pas quelques barreaux en métal qui me décourageront. "
Nicol soupire :
Nicol - " Tu devrais pourtant. De toutes les geôles du Sanctuaire, nous sommes dans la plus gardée. Ces barreaux ont été imprégnées du sang d’Athéna et sont indestructibles. A une époque, les diverses galeries creusées dans la montagne ont permis de nombreuses évasions. Comme celle d’un Saint de Pégase, il y a plus de deux cent ans, parti défier Hadès. Depuis, la sécurité a été renforcée et les passages condamnés. "
Yulij - " Les barreaux sont peut-être protégés par le sang d’Athéna, mais les murs eux sont de pierre. Il nous suffit de passer au travers. "
Nicol - " Bien sûr ! Chaque paroi étant indispensable à l’équilibre de l’édifice, le moindre ébranlement d’un mur provoquerait l’éboulement de la montagne et la mort pour tous ceux qui s’y trouvent prisonniers. Nous compris, n’ayant pas le temps de gagner l’extérieur. "

Dehors, Algol s’assure auprès des trois soldats que les deux rebelles aient bien été enfermés avant de les congédier.
Il profite de sa solitude pour s’isoler. A l’abri des regards, il fond en larmes. Ses membres tremblent et son c½ur s’emballe. Bouleversé par la leçon de force reçue d’Aphrodite, le préjudice moral est grand.
Gondolé par les larmes, ses yeux fixent avec rancoeur la direction des douze maisons du Sanctuaire.
Les dents serrés, il prononce avec colère :
Algol - " Aphrodite… Shaka… Je vous hais. "

Une voix douce et familière le surprend :
Hasu - " Pourquoi tant de haine envers les Saints d’or ? "
L’ancienne amante d’Algol se présente, vêtue de sa longue robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche. Devenue femme chevalier grâce à Shaka, elle ôte son masque, décoiffant quelque peu ses longs cheveux châtains qui tombent sur ses épaules.
De ses grands yeux bleus, l’angélique Saint de bronze de la Couronne Australe, observe avec compassion le Saint de Persée. Cela accroît son aigreur :
Algol - " Tu oses me poser la question, alors que tu m’as quitté pour suivre le chevalier de la Vierge ! Et qu’aujourd’hui de plus, je me suis fait ridiculiser par le chevalier des Poissons ! "
D’une voix rêveuse, elle espère lui faire comprendre :
Hasu - " Ce sont des Saints d’or ! "
Algol - " Dit-elle avec fascination ! Ils n’en restent pas moins des hommes ! Des hommes trop respectés, tandis que nous Saints d’argent et vous Saint de bronze nous nous abaissons à de sales besognes. "
Hasu - " Je te trouve dur. Tu n’es pas objectif en disant cela, notre rupture t’implique personnellement dans ce ressentiment. "
Algol - " Bien évidemment ! Tu m’as abandonné pour le suivre lui. Tu m’as abandonné car tu voulais suivre la voix de sa sagesse et cesser l’apprentissage de chevalier. Puis tu es revenue amoureuse de lui et Saint ! "
Hasu - " Parce qu’il a eu les mots, pour me prouver que ma vraie place est dans les rangs des Saints. "
Algol - " Etait-ce une raison pour te donner à lui ? "
Hasu - " Nous avons déjà eu cette discussion. "
Algol - " Je le sais. Mais je n’arrive pas à comprendre que tu puisses toujours l’aimer, tandis que depuis votre retour au Sanctuaire il t’ignore. Moi j’ai toujours été là pour t’épauler, pour t’écouter. "
Hasu - " M’écouter, peut-être. Seulement tu n’apportais pas les réponses à mes questions. Sans me côtoyer autant que toi, il a tout de suite su sonder mon âme. En quelques jours j’ai eu l’impression qu’il me connaissait mieux que moi-même. "
Algol - " Alors tu vas rester là, à attendre qu’il s’intéresse de nouveau à toi. A attendre un jour qui ne viendra jamais. "
Hasu - " Le peu de temps passé à ses côtés m’a suffit à remplir une vie. Désormais je peux me consacrer à ma mission de Saint, sans craindre de mourir sans avoir connu le vrai amour. Je suis désolé. "

Venue au départ pour le réconforter, Hasu n’apporte à Algol qu’amertume et désillusions.
Pour seule réponse, elle obtient un silence gênant auquel elle finit par tourner le dos, pour retourner au camp des femmes chevaliers.


Sous les océans :

En direction de l’extrême nord de la Russie, en dessous d’un plafond d’eau duquel s’écoule une fine bruine, le général de l’armée de Poséidon est absorbé par l’épais et indestructible manteau de glace dressé face à lui. De l’autre côté de ce cercueil de glace se trouve Atlantis, la citée condamnée par Dégel du Verseau en 1743.

Après avoir caressé ce rideau impénétrable, Kanon tourne la tête pour dévisager avec colère son interlocutrice :
Kanon - " Tu m’as fais miroiter… Tu m’as fais imaginer pouvoir contrôler le monde en comptant sur l’idiotie d’Hilda de Polaris et d’Alexer de Blue Graad. Or, comme je te l’avais bien dis, Hilda n’est pas quelqu’un qu’on peut corrompre. Tu l’as sous-estimée. "
La sublime Ksénia reste calme. Assise sur une pierre à impression spongieuse, les jambes croisées, faisant remonter sa courte jupe jusqu’au haut de ses cuisses magnifiquement dessinées, elle regarde le Dragon des Mers avec un léger sourire :
Ksénia - " J’avoue être déçue et surprise par son refus. Et je n’avais pas prévu qu’elle choisisse d’envoyer une mission de sauvetage à Blue Graad, en effet. Mais pas de panique, il y a toujours un moyen d’influencer Hilda, même si cela doit être contre son gré. Il nous reste l’anneau maudit des Nibelungen. "
Kanon pointe du doigt la sphère de glace devant lui :
Kanon - " Dois-je te rappeler que cet objet maléfique fait parti des nombreuses armes de Poséidon désormais prisonnières du cercueil de glace d’Atlantis ? J’ai déjà essayé maintes fois de briser ce mur éternel, sans toutefois parvenir ne serait-ce qu’à l’ébrécher. "
Ksénia - " En effet, pas même un dieu ne pourrait détruire ce gel immuable. Il résulte de l’invocation de l’empereur Poséidon et de l’arcane d’un Saint du Verseau mêlés à leurs paroxysmes durant la dernière Guerre Sainte contre Hadès. "
Kanon - " Depuis Atlantis n’est plus qu’une immense citée fantôme impénétrable. "
Ksénia - " Pas depuis la surface ! Il reste un seul endroit au monde depuis lequel Atlantis est accessible. Il s’agit du passage cosmique qui relie Atlantis à Blue Graad. Le passage se situe au c½ur même du palais, dans la bibliothèque impériale. "
Kanon - " Dans ce cas pourquoi ne pas me l’avoir dis plus tôt ? J’aurai déjà fait envoyer des hommes pour s’y rendre. "
Ksénia crée un miroir comme elle l’avait fait pour Arès, lorsqu’elle lui avait montré Vasiliás. Cette fois-ci, c’est pour présenter Alexer.
Ksénia - " Prendre d’assaut Blue Graad n’est pas chose aisée. Ainsi tu aurais révélé aux yeux du monde le retour de Poséidon qui se veut pour le moment endormi en Julian Solo. Ne veux-tu pas agir dans l’ombre de Poséidon pour assouvir tes ambitions ? "
Kanon - " Alors voilà pourquoi tu gardes malgré tout un ½il sur le fameux fils de l’empereur Piotr ? "
Ksénia - " En effet, il ne manque plus grand-chose pour que l’armée d’Alexer attaque celle de Blue Graad. Cette guerre fratricide sèmera une confusion totale. Si on ajoute à cela que sa tentative de corruption envers Hilda de Polaris ne restera pas sans suite, il y a fort à parier qu’Hilda envoie se mêler à cette anarchie quelques guerriers de son royaume. "
Kanon - " Oui, quoi de plus facile par la suite que de se rendre incognito à Atlantis lorsque la tension sera à son comble. "
Ksénia - " Voilà pourquoi je te demande d’attendre patiemment. De toute manière l’anneau des Nibelungen ne peut être associé qu’au cosmos de Poséidon. "
Kanon - " Ce n’est pas un problème. Lorsque Julian Solo viendra à nous, je n’aurais qu’à lui rappeler à quel point le général que je suis a réussi à lui remodeler une armée digne de ce nom. D’ailleurs, elle n’aura pas à être sacrifiée, puisque je lui proposerai d’enrôler Hilda, grâce à l’anneau des Nibelungen. Flatté par mon géni militaire il cédera à ma proposition et Poséidon restera endormi à jamais en Julian Solo, pendant que je dirigerai le monde en son nom. "
Ksénia - " Qu’il en soit ainsi. Cependant pour que la victoire d’Alexer soit garantie, j’ai besoin d’infiltrer un homme en qui tu peux avoir toute confiance. Celui qui nous épie depuis mon arrivée devrait parfaitement faire l’affaire. "

Aussitôt, un homme dissimulé jusqu’alors dans l’ombre, jaillit de derrière d’immenses coraux. Son corps est revêtu d’une protection similaire à celle portée par Kanon. Son diadème coiffe ses cheveux verts et dégage parfaitement son visage à la mine renfrognée.

Kanon présente à Ksénia celui qui l’accompagne :
Kanon - " Hum… Quelle perspicacité ma chère Ksénia ! Je te présente le Général de l’Océan Arctique, Isaak de Kraken. "
Ksénia se laisse tomber du rocher où elle s’est posée dans un mouvement gracieux.
Les talons de ses escarpins piétinent le sol rocailleux chargé d’eau salée pour approcher le finlandais qu’elle dévisage sans gêne :
Ksénia - " Dis-moi joli c½ur, que t’est-il arrivé à l’½il. "

Froid et inaltérable comme l’était avec lui le maître des glaces, Camus du Verseau, l’ancien disciple du Seigneur Crystal se contente de déclarer :
Isaak - " Je me tiens à ton entière disposition pour me rendre à Blue Graad. J’ai grandi en Sibérie. Je connais la région comme ma poche. "
Kanon - " Très bien. Dans ce cas tu accompagneras Ksénia. Elle doit ramener auprès d’Alexer des hommes de haut niveau pour renforcer ses rangs. A toi seul, tu parviendras à faire bouger la balance en sa faveur. Une fois que la bataille battra son plein à Blue Graad, reviens-moi avec l’anneau des Nibelungen. Toutefois n’oublie pas qu’une vague de froid, aussi meurtrière que celle qui a décimée une majorité de la population de Blue Graad il y a des années, se prépare à frapper à nouveau l’extrême nord de la Sibérie. "


Isaak acquiesce sans broncher puis retourne en direction du temple de Poséidon où sont disposés ses appartements de Marinas…


En Grèce, au Sanctuaire, dans le palais du Grand Pope :

D’un pas lent et pénible, Aphrodite traverse les couloirs du temple.
Sa toge abandonnée et ses esprits amoureux perdus après la mort de Lilith, le suédois arbore dans sa Cloth brillante comme le soleil, un visage fermé mais ô combien élégant.

Sans la moindre crainte, heaume sous la main, il pénètre dans la salle d’audience de son souverain, après que les gardes lui aient ouvert les grandes portes qui isolent le représentant d’Athéna. Il s’agenouille et incline légèrement la tête en attendant la sentence.

Affalé dans son trône, le Grand Pope reste de longues secondes silencieux, le temps de faire douter le Saint sur ses intentions.
Une fois que l’atmosphère malsaine devient suffisamment dérangeante pour le Saint des Poissons, le Saint des Gémeaux n’y met pas les formes :
Saga - " Que faisais-tu avec elle ? "
Aphrodite comprend l’allusion faite à Lilith. Il ne se démonte pas :
Aphrodite - " Je profitais de sa présence pour rendre agréable ma permission. "
Saga - " Où l’as-tu rencontré ? "
Refusant de révéler la faute de Deathmask censé l’avoir tuée, il préfère se taire.
Saga ne perd pas son temps et sévit en conséquence :
Saga - " J’avais demandé au Saint du Cancer de l’éliminer et de se débarrasser de cette fille pour traîtrise envers le Sanctuaire. Puisque tu refuses de donner le nom de ton frère d’arme, j’en conclus de moi-même, qu’il a refusé d’obéir à mes ordres. Je prendrais les décisions qu’il faut en temps voulu pour le Cancer. En ce qui te concerne, je ne peux que féliciter cet état d’esprit envers ton camarade, mais ne peux tolérer qu’on me mente. Au regard de tes faits d’arme et de ta fidélité, tu seras simplement assigné à la garde de ton temple sans la moindre permission jusqu’à nouvel ordre. Va à présent ! "
Aphrodite baisse encore une fois la tête avant de quitter, sans la moindre contestation, son seigneur.


Au Sanctuaire sous-marin :

Dans le temple de Poséidon, au milieu d’un couloir aux murs et plafonds fais de pierres blanches taillées, la chambre du Marinas de Kraken est illuminée par la Scale d’Isaak. Cette dernière repose sous la forme de totem au milieu de la pièce.
Pour cette mission, il a choisit d’abandonner son identité de Marinas et prépare son paquetage pour remonter la Sibérie jusqu’à Alexer.

Avant de partir, il prie agenouillé devant sa Scale, provoquant l’hilarité de son équipière :
Ksénia - " Comme c’est étrange. Tu pries Poséidon alors que tu sais qu’en réalité il est manipulé par le Dragon des Mers ! "
Isaak - " Je connais le but avoué de Kanon, cependant je sais qu’il est impossible de duper les dieux, comme il le souhaite réellement. Tout ce que je fais, je l’accomplis en sachant que cela apportera la gloire de l’empereur Poséidon. Sa volonté sera tout de même accomplie et, lorsqu’il sera enfin éveillé, c’est un monde à reconstruire qu’il trouvera devant lui. Et nous serons félicités pour nos bienfaits. "
Ksénia - " Tu te sers donc de l’ambition de Kanon n’est-ce pas ?! C’est très astucieux ! Quelle dévotion ! "
Isaak - " Je dois tout à l’empereur Poséidon. Lorsque j’ai été laissé pour mort, c’est la bonté du seigneur des mers qui m’a ramené à la vie. J’ai donc accepté la Scale de Kraken et juré fidélité à mon dieu pour m’avoir sauvé et ouvert les yeux. A vouloir protéger un ami qui ne vouait son destin qu’à un projet personnel, j’ai failli mourir. Aujourd’hui je ne désire que la purification par les eaux d'une planète corrompue par les passions humaines. "
Ksénia - " Très bien. Je viendrais te chercher demain. Profite d’abord de cette nuit pour faire le plein d’énergie. Nous allons devoir beaucoup marcher. Nous devons nous déplacer comme de simples mortels pour ne pas faire repérer nos cosmos énergies. "
Isaak - " Et toi, où vas-tu dormir ? "
Ksénia - " Je n’ai pas besoin de sommeil pour l’instant. J’ai à faire avant de partir. "


En Sicile, sur le Mont Etna :

Les rayons du soleil gênent immédiatement Deathmask en pleine sieste.
Il se redresse, sans difficulté, comptant sur des abdominaux parfaitement travaillés. Ses yeux s’ouvrent difficilement et il écarte grand sa bouche pâteuse pour bayer aux corneilles.
Sans même regarder dans sa direction, il déclare :
Deathmask - " Tu es bien matinal ce matin Mei ! "
Le jeune disciple, les bras chargés de deux grands seaux d’eau, à l’autre bout du sentier, dos à Deathmask est pris au dépourvu :
Mei - " En effet, je suis allé chercher de l’eau fraîche à la source. "
Deathmask - " Tu as été rudement rapide pour t’y rendre ! "
Mei est décontenancé :
Mei - " V… Vous m’avez senti passer ce matin ?! "
Deathmask - " Bien évidemment. N’importe quel ennemi pourrait percevoir ta cosmo énergie à des kilomètres à la ronde. Je croyais t’avoir enseigné… "
Le Cancer n’a pas le temps de finir sa phrase que le cosmos de Mei disparaît.
Le chevalier d’or daigne enfin écarquiller les yeux et fait volte face pour chercher son apprenti. Les seaux ont été jetés droit en l’air, afin de ne pas perdre l’eau récoltée.

Soudain, une griffure marque la joue de l’italien qui a à peine le temps d’esquiver le poing de son disciple.
La puissance d’impact est telle que le vent soufflé par le coup de Mei fait voler en morceaux le rocher sur lequel Deathmask est positionné.

Alors qu’il sort des décombres les cheveux salis par la poussière de l’explosion, Deathmask arbore une mine satisfaite, pendant que Mei récupère les seaux, sans que ceux-ci aient perdu la moindre goutte.

Enfin, Epione vient se joindre à la fête. Sans le moindre vêtement, en appui à l’encadrement de porte, elle hurle de rage :
Epione - " Vous ne pourriez pas faire un peu moins de bruit ! J’ai besoin de sommeil ! "
Les deux hommes ne trouvent rien de mieux que de lui rire au nez en guise de réponse.


La bonne ambiance matinale n’est en rien entamée puisque Deathmask propose un duel sans retenu à Mei pendant que Epione fait sa toilette avec l’eau apportée par le jeune japonais.
Durant l’échange de coups, Mei ne parvient pas à toucher une seule fois son professeur tandis que celui-ci s’étonne :
Deathmask - " J’ai beau esquiver, je n’y trouve plus la même facilité qu’autrefois. Ta marge de progression est énorme ! "
Mei - " C’est grâce à votre enseignement maître ! Grâce à vous je deviendrai un vrai homme ! "
Deathmask bloque le poing de Mei et le plaque contre lui pour lui murmurer :
Deathmask - " J’ai l’impression que pour cela tu n’as pas eu besoin de moi. "
Les yeux complices du Masque de Mort scrutent la direction du logis à l’intérieur duquel se trouve Epione.

Mei comprend que son mentor fait allusion à sa relation de la veille avec la vénusté. Quelque peu gêné, il espère profiter de l’inattention de son maître pour se dégager et le frapper du pied.
Néanmoins, tout en continuant à observer d’un air nostalgique la direction de la demeure, Deathmask repousse sans mal le jeune garçon.

Sans la moindre animosité, il déclare :
Deathmask - " Allez ! C’est bon pour ce matin ! J’ai une faim de… "
La bonne humeur de Deathmask change brusquement. Ses sourcils se froncent et du coin de l’½il, il observe le bas de la colline.
Mei essuie le filet de sang qui coule de ses lèvres en regardant la même direction que son maître :
Mei - " Oui, moi aussi je l’ai ressenti. Quelqu’un arrive. "
Deathmask - " Il s’agit d’une cosmo énergie qui ne m’est pas inconnue. "

Quelque peu ébloui par le reflet du soleil sur l’argent de la Cloth du visiteur, Deathmask grimace :
Deathmask - " Que viens-tu faire ici Dante Saint de Cerbère ? "
Deathmask adopte un ton bien dur à l’encontre de Dante, ton adopté au quotidien au Sanctuaire par le Saint. Cette attitude est inconnue à Mei. Ce dernier profite de l’occasion pour observer une armure d’argent, émerveillé.

A mesure qu’il approche, Dante prend soin d’étudier les lieux avec minutie. Il salue d’un hochement de tête Epione qui débarque masquée et vêtue de sa Cloth.
Dante - " Voici bien des années que je ne suis pas revenu ici. Depuis que j’ai été fais chevalier en fait. "
Deathmask - " On ne peut pas dire que tu as passé tes plus belles années ici. "
Dante - " Effectivement, j’ai du survivre ici seul, sans compter sur votre aide pour m’apprendre à devenir Saint. "
Malgré ces reproches, Dante s’agenouille devant le Saint d’or pour lui rendre les hommages qui lui sont dus.
Deathmask - " Je n’ai jamais vu en toi les capacités suffisantes pour faire un bon Saint. "
Dante rétorque en dénigrant Mei :
Dante - " J’étais destiné à devenir Saint d’argent. Certes c’est bien loin de votre niveau, mais c’est bien au-delà de celui d’un Saint de bronze. "
Deathmask - " N’ait crainte, dans peu de temps Mei deviendra au moins aussi puissant qu’un Saint d’argent, si ce n’est pas encore le cas. "
Dante - " Dans ce cas, pourquoi n’a-t-il toujours pas été sacré Saint ? "
Deathmask - " L’armure est un gage d’achèvement de formation. Tant que je n’aurai pas fini son éducation, il n’aura pas sa récompense. "

Dante, revanchard, s’amuse à déclarer :
Dante - " Je crois hélas que cela va prendre fin plus tôt que prévu. "
Deathmask - " Explique-toi. "
Dante - " J’ai été mandaté par le Grand Pope qui vous ordonne de vous présenter instamment à lui. "
Deathmask - " Qu’y a t il de si urgent au Sanctuaire pour qu’il envoie auprès de moi un Saint d’argent et non un simple messager ? "
La suffisance de Deathmask a son égard insupporte Dante, au point qu’il annonce d’une voix monotone :
Dante - " Le Grand Pope est furieux. Lilith est morte par la faute du Saint des Poissons. "
Ces quelques mots résonnent dans l’esprit du Cancer et lui foudroient le c½ur. Ses jambes se mettent à trembler et d’hypothétiques situations sur les évènements qui se sont déroulés en son absence l’assaillent.
« Lilith, morte, Saint des Poissons, Grand Pope furieux… », ressasse-t-il sans fin. Tous ces facteurs sont à eux seuls suffisant pour le déstabiliser.
Cependant, le plus difficile d’entre eux est le décès de Lilith. Sa gorge se noue et ses forces l’abandonnent.
La tristesse le submerge pour la première fois depuis bien longtemps. Les mauvais traitement reçus durant son enfance l’avaient endurcit, au point qu’aucun sentiment de peine ne puisse exister en lui. Lilith, par sa douceur et son approche psychologique ordonnée, était parvenue à le rendre plus… humain. Cette même humanité qui abandonne à jamais son être, à chaque souffle qu’il expire depuis l’annonce de la cruelle nouvelle.

L’atmosphère devient macabre à mesure que la cosmo énergie violacée du maître des lieux imprègnent les environs. Son affliction se consume en flammes mauves, semblables à celles qui conduisent ses victimes au Meikai.
L’effluve cosmique dégage un parfum de mort qui inquiète davantage les pairs du Masque de Mort. Le regard du Saint est rivé au sol, rongé par la destruction de sa bonté retrouvée grâce à Lilith.

Embarrassé, Mei décide d’approcher son maître pour tenter de le réconforter.
Hélas, il est devancé par Epione qui en profite pour se coller contre le dos de celui qui l’obsède. Elle passe ses bras autour de sa taille et se hisse sur la pointe des pieds pour lui susurrer à l’oreille :
Epione - " Tu n’auras plus à culpabiliser désormais. Tu vas pouvoir redevenir le Masque de Mort que tu étais et que j’aime tant. "

Pour la première fois depuis l’annonce destructrice de la mort de son amante, Deathmask esquisse un sourire, un vil rictus imprégné de sa folie :
Deathmask - " Tu crois ça pauvre traînée ? "
Le ton sarcastique du chevalier l’embrouille. Elle relâche sa prise et recule d’un pas hésitant.

Tout à coup, le visage de Mei est maquillé de sang. Le japonais se décompose tandis que le chevalier d’or arbore un sourire fou, terrifiant.
Deathmask aussi est souillé par de l’hémoglobine. Il passe sa langue sur le liquide écarlate qui roule sur son visage pour s’en délecter. Dans sa main droite, par le cou, il maintient debout le corps totalement écorché d’Epione. Aux pieds de celle-ci roule sa tête, sur laquelle tient encore son masque.
Deathmask - " Alors tu veux rester auprès de moi hein ?! Quitte à profiter de la mort du seul être qui m’était cher… "
Mei est décontenancé par l’attitude de son mentor. Il en perd même le réflexe de se nettoyer le visage.
Deathmask - " … dans ce cas je vais t’offrir le plus beau des cadeaux que je puisse faire. Je vais faire de ce qui était ton si joli visage, le plus beau trophée de ma collection de masques de mort. "

Mei espère faire revenir son maître à la raison en se jetant sur lui.
Sans même retenir son coup, le Cancer renvoie l’élève au tapis en lui décochant sa plus puissance droite dans l’estomac.

Tordu de douleur, les larmes aux yeux, Mei confesse que c’est avant tout le chagrin qui le blesse le plus aujourd’hui.
Deathmask lit dans les yeux le désarroi de son disciple. L’espace d’un instant où il aurait pu le prendre dans ses bras pour lui dire à quel point il l’estime et qu’il est fier de lui, Deathmask préfère affirmer avec dédain :
Deathmask - " Lilith était le seul rayon de soleil dans ma vie. "
Le chevalier abandonne la dépouille du Saint du Serpent puis bondit en direction du Sanctuaire sans même adresser un dernier regard à Mei…


En Grèce, au Sanctuaire :

Les murailles du domaine sacré s’ouvrent pour accueillir la dizaine de soldats qui accompagne Taishi.
La troupe du Saint de bronze rentre tête baissée, après le coup d’état manqué sur Yíaros.
Epuisés après ce voyage en mer et les longues heures à se fondre dans la masse contemporaine, pour rallier le Sanctuaire depuis la Crète, les hommes se dispersent bien vite retrouver les leurs.

Pandora Box sur le dos, Taishi a le visage fermé. Il redoute de devoir faire son rapport au Grand Pope.
Néanmoins, le Grand Pope n’a pas besoin de l’attendre pour connaître la situation.

Dans ses appartements, Saga est tiraillé par la situation. Dans sa robe papale, il s’observe dans un miroir afin de dialoguer avec son reflet.
Le Saga aux yeux injectés de sang et aux cheveux blancs converse avec le fidèle Saint d’Athéna au visage ferme mais calme :
Saga - " Tu dois te rendre à l’évidence, cette tentative d’assassinat t’a fais perdre tes positions sur Yíaros. "
Evil Saga - " Il me suffit de renvoyer quelques soldats pour calmer ces paysans armés de faux. "
Saga - " Quels soldats ?! Tes troupes diminuent à vue d’½il. Toutes ces guerres menées ces dernières années ont affaibli tes rangs. Aujourd’hui il ne te reste que des hommes que Gigas nomme soldats. Une bande de bons à rien, prêts à répandre le sang pour quelques pièces de monnaie. "
Evil Saga - " J’y enverrais des Saints alors ! "
Saga - " Tu te priverais de quelques Saints d’or ?! Parce qu’il est bon de te rappeler que Juventas et ¼dipe ont mis à mal plusieurs Saints d’or lors des affrontements de la Journée Sainte. Et quel Saint d’or envoyer ?! Deathmask ?! Aphrodite ?! Je préfère encore les punir en les assignant à leurs demeures jusqu’à la fin de leurs jours. Et face aux Alcides, il est impensable d’envoyer de nouveau des Saints de bronze et d’argent. "
Evil Saga - " Dans ce cas, j’appellerai Aldebaran et Shura qui ont déjà conduis une offensive contre Yíaros. Ils iront sur l’île en compagnie d’Aiolia et Milo. Ils écraseront ces Alcides et me ramèneront la tête d’Hébé. "
Saga - " Ces hommes ne sont pas aussi mauvais que toi. Crois-tu vraiment qu’ils iront jusqu’à tuer Ambroisie ?! Quoi qu’il en soit, je ne te laisserai plus tenter quoi que ce soit contre la femme que j’aime. "
Evil Saga - " Pauvre imbécile, tu aimes une déesse, comment peux-tu croire que votre histoire peut exister ?! "
Saga - " Qu’importe, je vis d’un amour idyllique pour elle et cela me suffit. "
Evil Saga - " Tu m’ennuies avec tes sentiments mielleux. Briser Ambroisie sera pour moi l’occasion de briser ce peu d’humanité qui reste en moi et qui me dérange. Je parviendrai à me débarrasser de toi. "
Saga - " Je crois qu’il va falloir revoir tes intentions à la baisse. N’oublie pas que l’armure d’or du Sagittaire est toujours dans la nature, en compagnie d’Athéna. Que t’arriverait-il si Athéna parvenait à s’éveiller un jour et former une armée pour marcher sur le Sanctuaire pendant que tu serais privé d’une grosse partie de tes Saints d’or ? "
Evil Saga - " Hum… Tu as raison. On m’a remonté une drôle de nouvelle, dans laquelle une jeune japonaise organise un tournoi mondial, destiné à l’obtention d’une armure en or. Je ferai mieux d’y envoyer Phénix vu qu’il semble être originaire du Japon. "
Saga - " Pff… Dans tous les cas, tu es coincé. "
Evil Saga - " Que tu crois… "

Evil Saga abandonne sa discussion avec son double en tournant le dos à la glace. Il réajuste son heaume rouge et son masque violet avant de s’époumoner :
Saga - " Gigas ! "
Immédiatement, des soldats ouvrent les grandes portent de la salle d’audience du Pope. Pendant que ce dernier prend place sur son trône, Gigas, s’aidant de sa canne, avance pas à pas sur le tapis rouge qui habille les dalles.
Le Pope observe son général avancer misérablement jusqu’à lui. Il ne prononce aucun mot tant que le borgne ne s’est pas agenouillé.
Gigas - " Oui Votre Eminence ? "
Saga - " Gigas, où en sont les recherches pour l’armure d’or ? "
Gigas - " Aux dernières nouvelles, aucun des groupes envoyés à travers le monde n’a donné suite. Il y a bien la rumeur d’un tournoi au Japon où des hommes se battront dans une semaine pour gagner une armure dorée mais… "
Le pontife l’interrompt :
Saga - " Envoie Phénix au Japon. Guilty me l’a parfaitement formaté. Je ne peux plus attendre. "
Gigas - " Actuellement j’ai réunis le plus de soldats possible pour repartir sur Yíaros mais je peux… "
Saga - " Oublis Hébé. J’ai une meilleure idée. Nous allons jouer sur deux tableaux. Nous allons concentrer nos recherches prioritairement sur la Cloth du Sagittaire. Pour ce qui est d’Yíaros, il nous suffit d’envoyer un maximum de galères occuper le tour de l’île afin d’empêcher Hébé de rentrer en contact avec un quelconque allié. Privés de ressources extérieures, les hébéïens auront juste de quoi survivre. Cela suffira pour les affaiblir et attendre d’avoir récupéré l’armure de ce renégat d’Aiolos, pour reprendre Yíaros avec le plus de chances de notre côté. "
Gigas - " C’est magistralement bien pensé Mon Seigneur. J’envoie les vaisseaux immédiatement sur Yíaros et convoque un messager pour charger Phénix de sa mission. "
Saga - " Par la même occasion, tu ordonneras à Taishi Saint de bronze du Toucan de partir à la recherche d’Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis et de Carina Saint de bronze de la Carène du Navire. Il les a laissés s’échapper, je ne veux pas lui faire l’honneur de le recevoir. Il sera digne de confiance lorsqu’il aura puni ces traîtres. "
Gigas - " Bien Majesté. Que dois-je ordonner au sujet de Philémon Saint de bronze du Lièvre ? "
Saga - " Ce misérable a choisi de rester auprès des hébéïens. Qu’il y coule des jours paisibles en attendant la reprise des hostilités. Ce n’est qu’un sursis pour ce renégat. "
Gigas acquiesce puis prend congé du souverain.

De nouveau seul, Saga jubile en s’affalant dans son trône avant de conclure le tout par un rire sarcastique :
Evil Saga - " Tu vois, finalement, en prenant mon mal en patience, je réussirai à être victorieux d’Athéna pour devenir le maitre du monde, et à me débarrasser d’Ambroisie pour ne plus être tiraillé par toi mon esprit bienfaiteur. "


En Sicile, au Mont Etna :

Le soleil est encore haut dans le ciel lorsque Mei finit de recouvrir de terre la tombe d’Epione.

Dante, resté en retrait durant tout le long de la colère de Deathmask, observe depuis le jeune homme.
Alors qu’il tourne les talons, il lui conseille enfin :
Dante - " Je repars au Sanctuaire, berceau de la chevalerie. Je t’invite à t’y rendre pour prêter allégeance au Grand Pope maintenant que tu n’as plus rien à faire ici. "
Mei choisit de ne rien répondre. Il reste simplement là à fixer le Saint quitter les lieux de la même façon que son professeur il y a quelques heures auparavant.

Désormais seul, il prend un grand bol d’air en pensant pouvoir faire le vide grâce à cela.
Aussitôt l’air expiré, c’est la solitude qui vient lui encombrer l’esprit. L’attitude de son professeur, la perte de celui-ci, conjuguée au décès de la jeune femme qui l’a toujours secrètement intriguée…
« Je dois en avoir le c½ur net ! », se dit-il déterminé. « Il faut que je sache qui est réellement mon maître. Et moi, je dois devenir un Saint ! »

Alors il ramasse quelques affaires dans la bâtisse où il a passé ces dernières années, puis fait le tour des petites pièces qu’il s’apprête à quitter.
Un sourire incontrôlé illumine son visage, lorsqu’il repense aux instants passés ici. « Comment pouvait-il dormir là-dessus ? », se demande-t-il en voyant le banc de pierre qui servait de lit à son professeur. « C’est vrai qu’elle n’avait vraiment pas grand-chose à se mettre non plus », confesse-t-il en observant la chambrette pauvre en vêtement d’Epione qui ne perdait pas une occasion d’exposer ses formes sensuelles.

Arrivé sur le pas de la porte, le visage candide du japonais se fronce :
Mei - " Dorénavant, je dois mettre en pratique tout ce que j’ai appris jusqu’ici. Direction, le Sanctuaire. "
Il enfile sur son dos les lanières de la Pandora Box de la Chevelure de Bérénice.


Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Les villageois déblaient les cadavres qui couvrent la salle du trône d’Hébé.
De nouvelles obsèques vont embrumer davantage les esprits déjà bien accablés des hébéïens.

Pendant ce temps, dans l’un des appartements d’Hébé, la déesse et ses Alcides se réunissent pour évoquer cette nouvelle situation.
Baucis déplore :
Baucis - " Cette assemblée est bien morne. Je me souviens encore des grands forums entretenus en compagnie de nos défunts pairs Alcides ainsi que des prêtres et prêtresses. "
¼dipe - " Les athéniens ont pris soin, hélas, de réunir nos derniers membres religieux dans le temple d’Héra pour les exécuter sauvagement. Il ne reste plus que nous. "
Hébé corrige :
Hébé - " Nous et le peuple. C’est lui qui a encore subi de nombreuses pertes pour venir nous sauver. Ils se sont battus pour leur foi en nous et leur liberté. "
Juventas intervient à son tour :
Juventas - " Une liberté qui risque d’être bafouée de nouveau lorsque les athéniens reviendront plus nombreux. "
Hébé - " Je ne suis pas sûre qu’ils reviendront. Du moins pas maintenant. Les différentes guerres orchestrées par le Grand Pope le forcent à occuper pas mal de positions stratégiques dans le monde entier. Cela veut dire que ses rangs sont diminués. La seule chose qu’il peut faire désormais, c’est nous couper les vivres depuis l’extérieur. "
Baucis se montre fière :
Baucis - " Agir ainsi c’est bien sous-estimer les hébéïens. Ils ont déjà fais suffisamment preuve de caractère, pour ne pas craindre de devoir vivre de leurs seules ressources. Cette situation est bien risible par rapport à la période d’occupation sous le régime athénien. "
¼dipe renchérit :
¼dipe - " Exactement. Cependant, cela reste une question de temps. Tôt ou tard ils tenteront d’envahir l’île. De notre côté, les villageois ne seront jamais en mesure de repousser les envahisseurs plus qu’ils ne l’ont fait. Et les enfants sont trop jeunes pour assurer la relève militaire avant des années. "
Juventas - " De toute manière les enfants d’aujourd’hui sont bien peu nombreux. Beaucoup n’ont pas survécu aux restrictions alimentaires imposées par les athéniens. Les premiers mois qui ont suivis l’occupation ont causé la famine et apporté les maladies qui vont avec. "
Hébé - " Reste le seul espoir que le Sanctuaire purge le mal qui le ronge de lui-même. "
Juventas - " J’ai confiance en Apodis. Il saura trouver les ressources nécessaires pour faire éclater la vérité. "
Hébé - " Je le souhaite. En parlant des Saints, comment se porte Philémon ? "
Baucis - " Il reprend des forces dans ma demeure. Il a choisi de rester ici pour nous apporter son soutien en cas de retour du Sanctuaire. "

Le sourire que porte Hébé sur ses lèvres laisse présager qu’elle est enthousiasmée par cette intention. Néanmoins, le long silence qui s’en suit rappelle à quel point la situation est critique. La tension est palpable.
Hébé - " Bien. En attendant, aidons le peuple à se reconstruire et prions pour des jours meilleurs. "



Sur Yíaros, Hébé avait compris que la seule issue possible à cette Guerre Sainte était de la solutionner de l’intérieur.
Il ne restait donc plus qu’à Carina et moi-même de mener notre mission à bien.
Cela n’allait malheureusement pas empêcher Ksénia de réaliser ses obscurs desseins.

49
Only for Love / Chapitre 39 - Pour la mémoire de notre maître
« on: 30 December 2012 à 15h18 »
Le 11 septembre 1986, des décisions devaient être prises.
Asgard venait d’être informé d’une rébellion de Blue Graad, Yíaros s’était soulevée, Nicol et Yulij voulaient honorer la mémoire de leur maître, Aphrodite et Lilith avaient échangés plus que des mots…
Après le 11 septembre 1986, plus rien n’allait être pareil…
Ca allait être pire.



Chapitre 39 - Pour la mémoire de notre maître

Au Sanctuaire, dans la quatrième maison du zodiaque :

Le soleil n’est pas encore levé au Sanctuaire, mais les sens du Saint des Poissons sont déjà en éveil.
Toujours allongé sur le dos contre les marches de la demeure du Cancer, au niveau de son passage secret, le chevalier se redresse et relève par la même occasion la tête de Lilith endormie paisiblement contre son torse.

Sans lui dire quoi que ce soit, il ramasse leurs vêtements et la tire à l’intérieur de la demeure jusqu’à la chambre de Deathmask.
Lilith, toujours sous le charme du beau suédois, rigole de façon hébétée :
Lilith - " Après cette magnifique journée d’hier, nous avons dû nous assoupir. J’étais épuisée. "
Aphrodite est moins enjoué :
Aphrodite - " Tu m’excuseras de t’avoir tiré ainsi de ton sommeil. Cependant des pas venaient des maisons supérieures. Certainement des soldats du Pope regagnant leurs logis pour échanger leur tour de garde. "

Lilith perçoit malgré tout un malaise chez son ami et ne tarde pas à comprendre de quoi il s’agit tant une douleur la tiraille du plus profond de son être :
Lilith - " Tu penses à lui n’est-ce pas ? "
Aphrodite - " Deathmask est certainement la personne avec laquelle j’ai le plus de contact ici. Sa façon de vivre la victoire et de la glorifier fait de lui un des plus beau sujet de ce Sanctuaire. Il est pour moi une personne de confiance et j’ai aujourd’hui quelques remords à l’avoir trahi ainsi. "
Lilith - " J’ai mal pour lui. Je l’aime tu sais. Mais ce que j’ai vécu dans la chambre du Pope et les semaines qui ont suivies me rappellent à chaque instant, que ma vie n’est qu’une brindille pouvant se consumer à tout moment. Je sais aujourd’hui que je ne vivrai pas vieille, que tôt ou tard quelqu’un découvrira que je suis toujours vivante et que le Pope ordonnera mon exécution. Alors je vis. Je vis pour ces minutes qui peuvent être à tout moment les dernières. "
Aphrodite - " Alors quoi ?! Entre nous, ce n’était qu’un instant de folie ?! "
Lilith - " Pas du tout. J’aime également cet homme que j’ai découvert en toi. Et j’ai trop peu de temps devant moi pour me torturer le c½ur à savoir quel homme je dois aimer. Par respect envers Deathmask, j’ai choisi de rester fidèle à ses yeux. Mais pour mon bonheur personnel, j’ai choisi de m’épanouir à chaque instant pourvu qu’il n’en souffre pas. "
Aphrodite - " Et maintenant ?! Je retourne dans le douzième palais et fais comme si nous ne nous étions pas vus ? "
Lilith - " Cela pourrait être une solution. Mais le retour de Deathmask n’est pas encore prévu. Laissons-nous encore cette journée pour nous rappeler à quel point nous pouvons nous aimer nous aussi. "
Aphrodite sourit difficilement. Son visage est partagé entre le bonheur d’être, aujourd’hui encore, auprès de celle qui lui fait oublier ses peines et la gêne occasionnée par cette relation interdite.


Au royaume d’Asgard :

En traversant le temple de Hel, dans lequel Syd perdra la vie face à Shun, les éclats de rire de l’aristocrate Bedra de Edel égaillent les environs.
Côte à côte, Syd et Bedra se chamaillent, en évoquant les noms que pourraient porter l’enfant qu’ils choisissent de concevoir, après leur nuit de noce prévue dans quelques mois :
Bedra - " … Ah non, c’est trop laid. Et pourquoi ça ne serait pas une fille d’ailleurs ? "
Syd - " Voyons, nous faisons partis des familles les plus riches d’Asgard et la tradition veut que nous ayons un héritier mâle pour veiller aux intérêts familiaux ! "
Bedra le bouscule en déclarant :
Bedra - " Quel misogyne tu fais ! "
Syd riposte en la serrant avec affection contre lui :
Syd - " Ah, ah, ah… Quoi de plus normal que de te demander un fils ? "
Bedra plonge dans son regard admiratif :
Bedra - " Alors c’est seulement pour cette raison que je dois t’épouser ? "
Syd la relâche petit à petit. L’émotion est palpable. Il se contente de dire d’une voix tremblante :
Syd - " N… Non… Aime-moi. Aime-moi simplement. Aime-moi sans me trahir. "
L’esprit de Bedra vagabonde. Aussitôt l’image de Bud lui vient aussitôt à l’esprit. « J’aimerai tellement ne pas avoir à choisir », pense-t-elle si fort.
Néanmoins, elle dissimule ce dilemme en prenant une initiative symbolique.
Bedra plonge alors sa main sous ses vêtements à hauteur de son cou. Elle remonte un collier au bout duquel deux moitiés de c½ur pendent. Le bijou, chauffé par la chaleur qui émane du creux de sa poitrine, porte l’odeur de cette peau lisse qui obsède Syd.
Elle détache l’une des parties et l’attache autour d’une chaîne que porte son fiancé :
Bedra - " Si cet objet peut te convaincre de l’amour que je te voue et te permettre de vaincre toutes les difficultés que tu rencontreras durant ton voyage, alors je veux que tu le gardes toujours auprès de toi. "
Avant de reprendre leur promenade, les deux futurs époux s’échangent un baiser langoureux.

A proximité du parvis du Walhalla, l’immense Thor reste les bras croisés à observer les travaux effectués au palais pour pallier aux sinistres provoqués par la venue d’Alexer.
Perdu dans ses pensées, le géant se remémore sa déroute et serre les poings de colère.

Derrière lui, main la main, apparaissent Syd de Mizar et Bedra de Edel.
Les deux amants reviennent d’une ballade avant le départ de Syd. Le futur Guerrier Divin déclare à son pair :
Syd - " Ne t’inquiète pas, Alexer paiera pour ça. "
Thor salue avec tous les respects qu’il doit à la noblesse la riche héritière de la famille de Edel et répond avec enthousiasme à son ami :
Thor - " Je n’en doute pas. J’aurai tellement aimé t’accompagner hélas mes blessures sont encore trop douloureuses. "
Syd - " Ne t’en fais pas. Mime et Alberich seront du voyage et auront à c½ur de mener à bien notre mission. Mime s’entraîne durement depuis le départ de Myu, tandis qu’Alberich a encore beaucoup à prouver pour gagner les faveurs de la Princesse de Polaris. Après son échec lors de la surveillance de Rhadamanthe, il a encore baissé dans l’estime de notre Majesté. "
Thor - " Méfie-toi de lui malgré tout, il serait capable de vous jouer un sale tour. "
Syd plisse ses yeux et affirme d’un air songeur :
Syd - " Je sais mon ami. Je ne le sais que trop bien. "


Au palais, dans ses appartements, le torse nu et bandé pour couvrir les plaies laissées lors de sa rencontre avec le Blue Warrior, Siegfried sue à grosses gouttes.
Face à sa cheminée, en guise de convalescence, il réalise à une vitesse spectaculaire un nombre phénoménal de pompes.
Le visage défiguré par la colère, le descendant du pourfendeur du dragon Fafnir revit son échec contre le sibérien.

Seule la voix douce d’Hilda le sort de sa torpeur :
Hilda - " Es-tu simplement imprudent ou bien totalement fou Siegfried ? "
Il se tient aussitôt au garde-à-vous :
Siegfried - " Pardonnez-moi Altesse, je ne vous ai pas entendu rentrer. "
Hilda - " Dans ton état tu devrais rester couché ! "
Siegfried - " Comment rester allongé alors qu’un danger vous menace ?! J’espère reprendre rapidement pleine possession de mes moyens pour accroître davantage ma cosmo énergie. Notre rencontre avec le Blue Warrior nous a démontré que l’ennemi peut surgir à tout moment. "
Malgré les durs évènements vécus en si peu de temps, la resplendissante jeune femme offre toujours à son protecteur, une sympathie chaleureuse :
Hilda - " Oh Siegfried, comment pourrais-je craindre pour ma vie lorsque je sais que tu veilles chaque jour à devenir plus fort pour me protéger ? "
Siegfried courbe l’échine :
Siegfried - " Vous me flattez Altesse. Mais sachez que si je fais tout cela, c’est uniquement parce je… "

Un garde vient interrompre la conversation et coupe Siegfried dans son élan :
Garde - " Majesté, la troupe pour Blue Graad est enfin réunie. Elle vous attend sur le parvis. "
Hilda le renvoie respectueusement :
Hilda - " Bien, qu’on aille m’y attendre, que je puisse leur présenter tous mes v½ux. "

L’homme se retire immédiatement, laissant Siegfried grincer des dents après cette nouvelle tentative avortée. Il se sentait pourtant prêt, il allait lui avouer. Malheureusement le charme est retombé.
Pendant qu’Hilda salue son bienveillant protecteur, celui-ci se précipite vers elle :
Siegfried - " Princesse Hilda attendez, je vais vous accompagner. "
Hélas, il trébuche et s’écroule de fatigue.

Prise de panique, Hilda court le saisir dans ses frêles bras :
Hilda - " Par Odin, Siegfried, tu es brûlant de fièvre ! Quelle folie d’avoir voulu en faire autant. "
La magnifique prêtresse s’époumone, pour qu’on l’entende de partout dans le château :
Hilda - " Qu’on fasse venir mon médecin ! Vite ! "


Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Fóvos :

Dans cette zone de non droit à l’est nord du Sanctuaire, les matins sont calmes. Les rues sont rarement peuplées. Seulement par quelques soldats et brigands éméchés, qui n’ont pas réussis à retrouver le chemin de leur chaumière.
Quelques chiens animent les allées en ramassant les détritus qui les habillent.

C’est en toute quiétude que Nicol emprunte donc le chemin de la sortie, en direction de Star Hill.
Avant de franchir le dernier logis délabré de Fóvos, il se retourne avec un pincement au c½ur. Il pince ses lèvres comme pour retenir son affliction : « Yulij, pardon de ne pas t’avoir dis au revoir. Je te considère comme ma petite s½ur, nos adieux auraient été un déchirement. Même si je dois y laisser la vie, je trouverai un moyen de conjurer le mal qui ronge notre Sanctuaire. Ainsi notre maître sera vengé et Athéna honorée. », pense-t-il tout ému.


Au royaume d’Asgard, au temple Walhalla :

Dans les appartements d’Hilda, nu dans la couche royale, l’intimité uniquement cachée par un léger drap remonté à peine jusqu’au bas de ses hanches, Siegfried, inconscient, murmure :
Siegfried - " Hilda… Hilda… Princesse… Hilda… "
La princesse passe un linge humide sur le front de son bienfaiteur :
Hilda - " Je suis là Siegfried, n’ait crainte. C’est à mon tour de prendre soin de toi cette fois-ci. "
En entendant le ton mélodieux de sa voix, Siegfried entrouvre à peine les paupières :
Siegfried - " Majesté… Si vous saviez comme je… Comme je… "
Exténué, le pauvre reperd connaissance. Les joues d’Hilda s’empourprent, ses doigts glissent délicatement sur le bas de son visage puis dans le cou pour enfin venir caresser les pectoraux forts bien dessinés de l’asgardien. Elle plaque enfin sa main contre le c½ur du bel homme et murmure :
Hilda - " Siegfried… Toi aussi, si tu savais… "
Elle profite de cet instant d’intimité pour se lever de sa chaise et approcher du visage endormi.
Soudain, un frisson vient la parcourir, sa gorge s’assèche et son c½ur palpite. Aussi agréable que cela puisse être, ses lèvres baisent les siennes, soulageant l’espace d’une seconde cette forte réserve de sentiment qu’elle éprouve pour lui, puis la culpabilisant presque aussitôt après de ne pas avoir le courage de lui avouer.
Elle se rassied aussi lentement qu’elle s’était levée, se contentant de sourire comme une enfant qui vient d’obtenir avec malice ce dont elle avait toujours rêvé…


A quelques couloirs de là, dans les logements de la famille de Edel, Bedra observe l’horizon depuis la fenêtre. Ses yeux sont gondolés par le chagrin.
Dans l’ombre, dans le fond de la pièce, Bud a les yeux rivés vers le sol. Les poings serrés, les grimaces qui se dessinent sur son visage révèlent les pincements qu’il a au c½ur :
Bud - " N’ait crainte. Syd reviendra vivant. J’y veillerai. "
Bedra - " Et toi ? Qui veillera sur toi ? "
Bud - " Qu’importe. Après tout je ne suis qu’une ombre, mon destin n’est le souci de personne. "
Bedra - " Il est le mien. Vous partez avec si peu d’hommes contre un effectif plus important que celui qui a dévasté le Walhalla. "
Bud - " Les hommes d’Alexer ne sont pas un danger. Et en ce qui concerne ce prince, j’ai eu le temps d’étudier ses techniques de combat. Si j’ai su le faire, Syd l’a su lui aussi. Je n’aurai peut-être même pas besoin d’intervenir et ton futur époux reviendra sain et sauf. "
Bedra hausse le ton :
Bedra - " Cesse de croire que je ne me soucis que de Syd. Crois-tu être le seul à endurer ce supplice amoureux ? Me dire à chaque fois que si je suis prêt de l’un je trahis l’autre et qu’un jour l’un de vous ne sera jamais heureux me ronge. "

Bud s’avance vers la fenêtre pour sortir discrètement comme à son habitude :
Bud - " Laisse-moi te conquérir parce qu’un jour, je me vengerai de mon frère et il ne restera plus que moi. Dès lors je serai ton avenir. "
Avant qu’il ne parte, Bedra le retient par le bras :
Bedra - " Attend, prend ceci. "
Bud ramasse dans la main de son amante l’autre moitié de c½ur qu’elle a adressée à Syd :
Bedra - " Si, dans toutes les épreuves que tu vas traverser, cet objet peut te rappeler à quel point je t’aime et te rendre fort dans la bataille alors je veux que tu le gardes contre toi à chaque instant. "


Plus loin, sur la route de cristal, à la sortie du royaume, Syd, Mime et Alberich prennent la direction de la Sibérie orientale. Huit chiens les accompagnent et tirent les vivres et lainages sur un traîneau.
La neige tombe à gros flocon et le vent est si fort qu’il peut leur arracher la peau.
Syd - " Vous avez entendu notre Prêtresse, la réussite de cette mission est primordiale pour l’équilibre du monde. Seulement, le temps presse. Un cataclysme se prépare là-bas, il nous faut réussir avant d’être bloqués à Blue Graad par le froid. "
Mime acquiesce sans sourciller. Alberich, lui, sourit perfidement à l’idée de pouvoir remonter dans l’estime de sa souveraine.
Enfin, Syd effectue un rapide demi-tour sur lui-même pour regarder en arrière, en serrant fort contre lui le demi c½ur offert par sa promise.


Grèce, au Sanctuaire, à Dignity Hill :

Le jardin qu’Aphrodite entretient dans le sanctuaire d’Abel est baigné de l’amour de son propriétaire pour la belle Lilith.

Vêtu d’une simple toge blanche agrafée par une broche dorée à hauteur de l’épaule droite, libérant à moitié son torse athlétique, Aphrodite laisse apparaître ses cuisses ainsi que ses mollets serrés par les lanières de ses sandales. Le voile, enserré par une ceinture de cuir, tombe sur le haut de ses jambes, donnant au Saint d’or une allure encore plus digne que celle des antiques statues grecques.
Chacun de ses sourires plonge Lilith dans un état de grâce qui le ravit. Le moindre prétexte est bon pour venir cueillir ses lèvres pulpeuses et échanger un langoureux baiser.

Seulement, le vent, jusqu’ici rafraîchissant et agréable, inquiète le chevalier. Ses narines s’élargissent le temps qu’il hume le parfum amené par la brise. Son expression légère et chaleureuse se fige, amenant auprès de Lilith une certaine crainte :
Lilith - " Ca ne va pas Aphrodite ?! "
Le Saint ferme les yeux et adopte une mine prétentieuse, comme il l’arbore d’ordinaire :
Aphrodite - " Le parfum de mes roses qui tournoie au gré du vent est souillé par l’odeur nauséabonde de la vermine. Quelqu’un souille ce décor paradisiaque que j’ai crée. "
Craignant une saute d’humeur, voire un dédoublement de personnalité à son encontre, Lilith se recroqueville sur elle-même, craignant le châtiment qu’elle s’imagine lui être réservée.

Cependant, son ami se veut rassurant. Il lui caresse le visage avec affection :
Aphrodite - " N’ait crainte. Je vais recouvrir ce parasite de mes fleurs salvatrices. "
Encore sous le choc des mauvais traitement reçus il y a des mois, Lilith a du mal à comprendre que l’aigreur d’Aphrodite ne lui est pas destinée.
Ses yeux se lèvent en direction d’une jeune femme dont le visage est dissimulé sous un masque. Les cheveux longs de cette dernière, blancs grisonnants, descendent dans son dos jusqu’à son postérieur et tombent en de fines mèches sur sa poitrine habillés d’un maillot kaki. Son court short de même couleur permet à ses longues et fines jambes de présenter leur belle apparence, tandis que ses chevilles sont lacées par ses escarpins. Les poings serrés, la demoiselle au visage camouflé, Yulij, tient un discours incohérent pour Aphrodite :
Yulij - " Par ta faute, il va risquer sa vie… Tout ça parce que tu retiens prisonnier son armure dans ce jardin impénétrable… Mais je te ferai rendre l’âme pour l’empêcher de mourir inutilement. "
Ne comprenant rien à l’allusion du départ de Nicol pour Star Hill, Aphrodite se montre insultant :
Aphrodite - " Je ne comprends rien à ce que tu racontes petite traînée. Vu ta tenue et ton hygiène déplorable, j’imagine que tu viens du village de Fóvos, peuplé de bons à rien et de consanguins… "
Yulij - " Comment oses-tu ? "

A l’orée du jardin, le sang de Yulij boue. Derrière elle, son cosmos grandit, son sang ne fait qu’un tour.
Toutefois elle ne peut avancer davantage, le parfum des fleurs commence déjà à lui monter à la tête et à se jouer de ses sens.
Aphrodite s’en doute évidemment :
Aphrodite - " Alors ? Le déchet que tu es est si vite tourmenté par mon univers ? "
Sous l’influence du cosmos doré dégagé par le Saint d’or, les tiges des rosiers à proximité de Yulij se changent en d’épaisses ronces, bientôt aussi épaisses qu’un tronc d’arbre et les épines aussi acérées que la pointe d’une épée. Tout en grossissant, elles s’avancent en rampant sur le sol jusqu’à encercler Yulij, pour l’enserrer et l’enfermer comme l’avait fait le chevalier face aux soldats de Cronos il y a quelques années.

« Ses provocations n’étaient qu’une diversion pour permettre à son poison de pénétrer mon corps. », constate trop tard la jeune femme dont les membres engourdis par l’effet du jardin maléfique n’ont pu lui permettre de fuir de ce piège…

Aphrodite se félicite de sa rapide victoire :
Aphrodite - " Quelle chance ! Mourir par mes fleurs est un immense honneur. Elles ajoutent à la mort une pointe de beauté, de perfection. "

Préférant ignorer l’arrogance du chevalier, se contentant d’être satisfaite par la bonté qu’il voue à son égard, Lilith reste étendue dans le jardin. Seul son buste est maintenu relevé par sa main droite en appui sur le sol.
Elle s’empresse d’embrasser à nouveau son amant, dès l’instant où il revient auprès d’elle, bien décidée à ne rien louper des plaisirs que son éphémère vie lui offre.


Malheureusement, celui-ci est de courte durée. Au bout de quelques minutes d’embrassades et d’attentions délicates, un nouveau cosmos dérange Aphrodite.
Les racines épaisses qui retiennent Yulij se mettent à pourrir, au point de s’assécher et de s’émietter pour ne devenir que poussière.
La prisonnière, libérée de toute étreinte, commence à tomber lourdement sur le sol jusqu’à ce que son sauveur ne vienne la retenir.

Encore endolorie, Yulij reconnaît malgré tout son héros :
Yulij - " Hum… Nicol… "
Le jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque, reste la mâchoire serrée à défier du regard Aphrodite.

Le Saints du Poisson soupire à l’idée de devoir interrompre une fois encore ses tendres échanges avec Lilith.
Aphrodite - " Pff… Un cafard à la rescousse d’un autre. Voyons voir. "

Nicol, lui, ignore la présence de son adversaire. Il est furieux envers Yulij :
Nicol - " Tu es folle d’être venue ici. J’étais en route pour Star Hill jusqu’à ce que je ressente ton cosmos en danger ici. Comment as-tu pu croire que tu parviendrais à gagner ? "
Yulij - " Quand tu as quitté le toit hier soir pour te coucher, je suis restée lire les étoiles. J’ai pu y voir que quelque chose changerait aujourd’hui. "
Face à cette situation difficile, Nicol essaie de ne pas broyer du noir. Il se veut rassurant malgré lui :
Nicol - " Alors tâchons de ne pas faire mentir les étoiles. "

Nicol ne daigne toujours pas lever les yeux sur Aphrodite. Prenant cela pour un outrage, il ne fait pas de faveur à son rival.
Sans crier garde, il déclenche ses Roses Piranhas :
Aphrodite - " Piranhan Rose. "
D’un revers de la main une centaine de fleurs carnassières fonce sur les frères et s½urs d’adoption.
Grâce à ses sens affûtés, Nicol voit fondre sur lui les roses noirs. Il passe rapidement devant Yulij et écarte les bras. Tout autour de lui, son cosmos irradie puis se concentre devant sa poitrine :
Nicol - " Shi no Scan ! "
Un flash illumine en une fraction de seconde l’espace, tandis que les roses finissent désagrégées comme le furent plus tôt les ronces du jardin.
Aphrodite perd son sourire narquois, comprenant que la situation est plus grave :
Aphrodite - " Voilà donc la technique qui a libérée plus tôt ton amie. "
Le Saint d’or n’obtient pour réponse qu’un long silence insultant. Il profite de cet instant pour détailler les traits de son adversaire avant de demander :
Aphrodite - " Tu sembles plus âgé que moi. Ta tenue laisse présager que tu es ou as été un apprenti Saint. Le fait que ta cosmo énergie ne cesse d’irradier pour te préserver du parfum de mon jardin, suppose que tu as une certaine expérience du combat. Es-tu chevalier ? Et si oui, sais-tu que tu oses défier un Saint d’or, Aphrodite Saint d’or du Poisson ? Dans un lieu interdit d’accès à quiconque qui plus est ! "
L’homme aux cheveux châtains clairs ébouriffés répond enfin :
Nicol - " Je suis Nicol de l’Autel. L’armure que tu gardes prisonnière de ton jardin est mienne. "
Aphrodite - " Aux dernières nouvelles, l’armure de l’Autel est celle d’Arlès, frère de notre Grand Pope. "
Nicol affiche un sourire cynique :
Nicol - " Mais nous savons tous les deux qu’Arlès n’est plus. "
Aphrodite confesse, sans gêne :
Aphrodite - " Du moins, nous nous en doutons. "
Nicol - " Arlès était mon maître. Il a mystérieusement disparu il y a douze ans. Aujourd’hui j’ai poursuivi la voie de son enseignement et je viens prendre sa relève. "
Aphrodite - " Et c’est en espérant me tuer que tu es venu ? "
Nicol - " J’avoue qu’avant ces dernières minutes, j’avais un tout autre plan. Hélas Yulij a cru bon de venir te défier pour m’épargner la lourde tâche que je m’étais confié. "
Aphrodite - " Néanmoins, cette petite écervelée a mal calculé le risque qu’elle prenait en venant défier un Saint d’or. Toi aussi tu es mal parti d’ailleurs. Tes capacités ont l’air plus grandes que les siennes, seulement tu oublies que la vitesse de la lumière n’a aucun secret pour moi. Ainsi, je serai plus sérieux et plus concentré en t’envoyant de nouveaux mes Roses Piranhas. "

Et Aphrodite tient parole. A la vitesse de la lumière, il projette son arcane :
Aphrodite - " Piranhan Rose ! "
Auquel riposte Nicol :
Nicol - " Shi no Scan ! "

Le résultat est déconcertant. Certes, les premières roses sont parvenues à écorcher le visage et les bras de Nicol, seulement la technique de Nicol est parvenue à annihiler la quasi-totalité des fleurs.
Aphrodite - " Epatant. Sans le maîtriser totalement, tu sembles éveillé au septième sens. De plus, malgré ta tenue déplorable, il y a quelque chose de raffiné dans l’expression de ton visage. Cela reflète une certaine sagesse, une certaine culture. Je sens que tu vas finalement être un adversaire amusant. "
Nicol ne réagit pas. Son visage est ombragé par l’inclinaison de sa tête, comme s’il était au seuil de la mort.
Devant lui, la sphère lumineuse invoquée par son arcane continue d’émettre une lumière de plus en plus aveuglante. Aphrodite considère encore plus le danger que représente un tel adversaire en éprouvant le cosmos oppressant qui lui tient tête.
Nicol murmure :
Nicol - " Le Scanner de la Mort n’est pas seulement une technique défensive, au contraire, à plus forte concentration, elle est capable d’ôter, en frappant de sa lumière, la vie de quiconque. "
Comprenant où Nicol veut en venir, Aphrodite lève aussitôt le bras vers le ciel pour que les racines de ses fleurs deviennent à nouveau d’énormes ronces pour y enfermer Lilith et la protéger.
Nicol - " Shi no Scan ! "
Le flash lumineux persiste quelques secondes au point de créer une lumière aveuglante dans l’atmosphère.

Lorsque l’horizon redevient stable, Nicol est dépité. Le champ d’Aphrodite n’a subi aucun effet de l’arcane qui se devait de pourrir le jardin. Au contraire, certaines fleurs ont éclos. De belles roses écarlates. Au milieu de celles-ci, Aphrodite joue avec l’une d’elle :
Aphrodite - " Comment as-tu pu oser croire qu’il aurait été si simple de réduire à néant cette espace de beauté et de perfection ? "
Nicol avoue :
Nicol - " En toute honnêteté, j’ai agis avec l’énergie du désespoir. Je ne me faisais pas d’illusion quant à l’issue de notre combat. Je suis simplement venu ici sauver Yulij. "
A mesure qu’il parle, des roses rouges d’Aphrodite s’arrachent de son jardin sous l’influence de son cosmos et tournoient autour de lui :
Aphrodite - " C’est bien mal parti pour toi. Vous allez mourir ici tous les deux. Royal Demon Rose ! "
Les fleurs qui lévitaient suivent le mouvement de bras du chevalier pour frapper chacune telle des aiguilles tout le corps de Nicol, repoussé quelques mètres en arrière.

Le brave élève d’Arlès se remet malgré tout très vite en essuyant le filet de sang qui coule de sa bouche.
A peine lève-t-il les yeux en direction d’Aphrodite que le Saint se tient déjà devant lui, hors de son champ.
Aphrodite - " Je serai toi, j’essaierai de me vaincre au plus vite. Mes Roses Royales Démoniaques t’ont toutes touchées, inoculant par la même occasion un parfum similaire à celui de mon jardin. "
En effet, Nicol commence déjà à voir flou, la perte de ses cinq sens a commencé.
Alors il engage le corps à corps. Il vise de son poing droit le visage d’Aphrodite qui esquive en penchant d’un mouvement élégant la tête. Nicol ne s’avoue pas vaincu et tente de frapper avec sa jambe gauche le flanc droit d’Aphrodite. Cette fois-ci le bel homme se déplace à la vitesse de la lumière dans le dos de Nicol pour le frapper avec le coude derrière le crâne. Déstabilisé, Nicol chute en avant provoquant l’hilarité de son adversaire :
Aphrodite - " Ah, ah, ah… Quoi de plus beau que la victoire lorsqu’elle est amusante et accompagnée de mes fleurs majes… "
Il est interrompu par la réaction soudaine de Yulij qui se redresse devant lui bras tendu.
Aphrodite s’empare de son poing et la balance par-dessus lui, pour la faire s’échouer à l’intérieur de son jardin.
D’elles-mêmes, comme si elles étaient constamment envoûtées par le cosmos d’Aphrodite, les ronces enserrent et écorchent la malheureuse.
Cette fois, c’est Nicol qui se relève. Il espère balayer les jambes des Poissons avec les siennes. Toutefois, alerte, Aphrodite saute pour l’en empêcher et profite de l’occasion pour le cogner violement au visage avec ses pieds en se réceptionnant sur le sol. Nicol est projeté à côté de son amie.
Tous les deux prisonniers désormais, Yulij s’excuse :
Yulij - " Je voulais à tout prix t’éviter de devoir risquer ta vie sur Star Hill. J’espérais pouvoir assimiler le sang d’Aphrodite pour récupérer la Cloth d’argent. Malheureusement, ni toi ni moi sommes parvenus à le toucher une seule fois. Sauras-tu me pardonner ? "

Nicol ne dit rien, il semble en pleine réflexion. Aphrodite remarque que quelque chose d’étrange se produit. Ses ronces cessent de lacérer les deux élèves d’Arlès tandis que ses fleurs fanent petit à petit.
Aphrodite - " En de microparticules, l’énergie vitale du champ remonte dans l’atmosphère pour finir absorbée par... "
Le chevalier relève peu à peu la tête est remarque, stupéfait :
Aphrodite - " … ce trou noir ?! "
Effectivement, par-dessus Nicol, le ciel s’obscurcit et appelle les cosmos qui lui sont hostiles.
Yulij reconnaît l’arcane de leur maître :
Yulij - " Le God Dimension ! Je ne savais pas que tu pouvais maîtriser la technique de notre maître. "
Nicol - " Il m’aura fallu du temps pour réussir à ouvrir la Dimension des Dieux. Mais il était inconcevable pour moi de devenir Saint de l’Autel sans savoir manipuler cette arme propre à mes prédécesseurs. L’autel et les dieux sont liés depuis la Gigantomachie. C’est sur un autel construit par les cyclopes que les dieux jurèrent de combattre ensemble. Cette technique digne des dieux ouvre les dimensions qui attirent la cosmo énergie de toute chose malveillante envers l’invocateur. Par conséquent, tu devrais pouvoir être libre de tes mouvements, contrairement aux ronces qui te retenaient. "
En gesticulant, Yulij se défait des liens qui la retenaient. Tout autour d’elle, la verdure jaunie, blanchie, comme si elle est asséchée.

Jusqu’ici infaillible, Aphrodite se retrouve un genou au sol, grimaçant. Son visage se ride et ses yeux se cernent. Ses muscles s’atrophient. Il devient méconnaissable.
Dans une moindre mesure, Lilith, libérée de sa protection de ronces après que celles-ci soient affaiblies par le God Dimension, est étendue dans le champ.
Son affaiblissement relève une certaine véhémence à l’égard de Nicol. Elle, la douce et tendre prêtresse d’Athéna, est aujourd’hui victime de son changement de caractère au contact d’Aphrodite et de Deathmask. Elle en est arrivée à épouser leurs causes.

Toutefois, Nicol se refuse d’achever Aphrodite si c’est pour sacrifier Lilith, une innocente.
Nicol - " Yulij. Tu as encore suffisamment de force en toi pour vaincre Aphrodite. Tu n’es pas sous l’effet du God Dimension donc utilise ton arcane à pleine puissance. Vu comme il est devenu faible, il n’y survivra pas. "
Yulij hoche la tête puis rassemble ses forces…


Au loin, depuis la chambre du Pope, Saga, le Saint des Gémeaux pour lequel les dimensions n’ont plus de secret, aperçoit l’ouverture dimensionnelle :
Saga - " Plus que la puissance dégagée par ce trou, c’est la chute vertigineuse du cosmos d’un Saint d’or qui m’inquiète… "
Il revêt son casque de Pope et alerte ses hommes :
Saga - " Gardes ! "


A Dignity Hill, Yulij pointe le doigt vers les cieux. Malgré le ciel clair, une centaine d’étoiles scintillent :
Yulij - " Falling Stars. "
Une Chute d’Etoiles vient frapper de plein fouet un Aphrodite méconnaissable. Le sol est retourné par cette pluie stellaire et le jardin ravagé.

Seulement, le Saint d’or est toujours debout, entouré par d’épaisses racines jaillies de sous terre et qui pourrissent aussitôt sous l’effet du God Dimension après avoir eu juste le temps de le protéger.
Yulij enrage :
Yulij - " Quelle poisse ! Malgré son apparence cadavérique ce chevalier a encore bien des ressources. "
Elle ne croit pas si bien dire. D’un mouvement de doigts lent et ordonné, Aphrodite matérialise une rose blanche.
N’ayant plus suffisamment d’énergie vitale en lui, Aphrodite balbutie difficilement :
Aphrodite - " Bloody Rose. "
Telle une flèche tirée d’un arc, la Rose Sanguinaire s’élance à une vitesse dépassant l’entendement de Nicol contre son c½ur.
Elle s’y loge, annihilant la concentration du jeune homme et son God Dimension.

Aussitôt, le trou dimensionnel cesse et les facultés d’Aphrodite sont recouvertes. Son visage affirme de nouveau une grande beauté et une confiance en lui inégalable.
Nicol, lui, est à genou, immobilisé par la perte de son sang. Son fluide est absorbé par le seul pétale de la rose encore viable. Auparavant resplendissante, la fleur a tout de même subit le contrecoup du God Dimension avant de se loger dans la poitrine de Nicol.
Aphrodite est enthousiasmé par la situation :
Aphrodite - " Une fois la rose plantée dans le c½ur, l'absorption du sang par la fleur commence, et celle-ci se teinte au fur et à mesure. Lorsqu'elle est entièrement rouge, le décès de la victime est quasi inévitable. Seulement, le temps de passer de ma main à ton c½ur, ma Bloody Rose a subi l’effet de la Dimension des Dieux. Elle est arrivée presque pourrie jusqu’à toi, l’empêchant d’avoir assez de ressources pour pomper tout ton sang. Mais ne t’en fais pas, je vais t’offrir une fleur un peu plus jolie. "
Arrivé jusqu’à son adversaire incliné, Aphrodite crée à nouveau une rose blanche.

Heureusement pour son frère d’adoption, Yulij surgit derrière Aphrodite :
Yulij - " Falling Stars ! "
La Chute d’Etoiles n’atteint cette fois-ci même pas l’atmosphère, puisque la Rose Sanguinaire d’Aphrodite est substituée par des Roses Piranha qui vont se heurter haut dans le ciel contre chacune des étoiles invoquées par Yulij.
Puis, avec une agilité déconcertante, d’un coup de pied retourné, Aphrodite éjecte Yulij quelques mètres sur le côté en la frappant en plein flanc droit.

Elle se relève, malgré tout, immédiatement, adoptant avec l’énergie du désespoir une pose de combat.
Aphrodite prend appui sur le sol pour se jeter sur elle. Seulement, à la dernière seconde, il voit le poing de Nicol fondre sur lui. Il esquive de justesse la tentative désoeuvrée de l’apprenti chevalier revenu à lui. Il le renvoie au sol d’un violent coup de poing sur le sommet du crâne.
Malgré ses facultés de Saint d’or, Aphrodite consacre trop de temps à Nicol pour s’apercevoir qu’une nouvelle Chute d’Etoiles l’a pris pour cible. Il a juste le temps de passer ses bras devant lui pour se protéger.
Un nuage de poussière est soulevé de nouveau, aveuglant quelques instants les trois adversaires.


Non loin de Dignity Hill, Algol, lieutenant de la région, s’inquiète des derniers chocs cosmiques et choisit de s’y rendre. A l’est, le trio argenté profite de sa rencontre avec Algol pour le suivre…


Toujours pointé vers Aphrodite, le doigt de Yulij tremble soudain. Le voile sablonneux soulevé par la poussière propose, en retombant, un spectacle accablant.
De plus en plus exténuée, Yulij ne parvenait plus à cibler correctement son arcane. Quelques coups portés à la vitesse du son ont quitté la zone qu’elle souhaitait quadriller autour d’Aphrodite, provoquant l’irréparable.
Aphrodite devine au comportement curieux de son ennemie qu’une tragédie s’est produite. Il tourne brusquement la tête, abandonnant son sourire resplendissant et reconnaît, souillée par la terre et le sang, Lilith, la toge arrachée et le corps marqué par plusieurs impacts, les yeux ouverts, sans vie.

A cet instant, le c½ur d’Aphrodite cesse de battre, son sang se glace, sa gorge se noue.
Par réflexe, Nicol lève sur Yulij un regard accusateur tandis que cette dernière lève les mains en direction du ciel comme pour invoquer son innocence.
Comprenant bien vite qu’il s’agit d’une erreur, Nicol, en retirant la rose à un seul pétale figée dans son c½ur, titube jusqu’à Yulij en constatant l’évidence :
Nicol - " Je crois qu’on peut dire adieu à nos derniers espoirs. Ce qu’on va affronter maintenant dépasse tout ce qu’on peut imaginer. "
Yulij - " Je suis profondément désolée. "
Nicol - " Il est trop tard pour les regrets et il est inconvenant de demander pardon dans cette situation. "

Pendant qu’ils discutent, le cosmos doré d’Aphrodite irradie de plus en plus…

Nicol - " Si j’avais su que ça se terminerait comme ça, je n’aurai pas cherché à épargner cette femme lors du God Dimension. "
Yulij détaille la Pandora Box de l’Autel retenue par la flore du Saint :
Yulij - " Les ronces sont moins nombreuses. La Dimension des Dieux est parvenue à réduire leur énergie. "
Nicol - " Pas suffisamment hélas. Et j’ai bien peur de ne plus pouvoir invoquer bien longtemps cet arcane. "
Tout en disant cela, Nicol rassemble ses forces à l’image de son adversaire puis conclut :
Nicol - " Je ne tiendrai pas assez de temps pour absorber dans la Dimension des Dieux tout son cosmos. De plus il doit s’attendre à cette attaque. Je n’ai pas d’autres solutions que d’essayer de contenir le poison dans son sang pour tenter de m’emparer de la Cloth et tenir face à ses ronces empoisonnées. "
Yulij - " C’est de la folie, depuis le début du combat nous ne sommes jamais parvenus à le toucher. Même mon dernier Falling Stars n’a rien pu faire, il a pu passer au travers de chaque étoile. "
Nicol - " Je n’ai pas d’autres solutions. "
Yulij - " Dans ce cas, je l’affronterai de front avec toi. "

Le visage inhabituellement froid, fermé, Aphrodite fixe de ses yeux injectés de sang les deux amis. Un simple flash lumineux se produit tandis qu’ils retombent au sol, Aphrodite étant passé déjà depuis longtemps dans leur dos.
Yulij est incapable de se relever :
Yulij - " J’ai l’impression que tout mon corps vient de se faire broyer. "
Nicol - " Nous venons de recevoir à la vitesse de la lumière un nombre incalculable de… "
Il n’a pas le temps d’achever sa phrases que son visage est compressé par la main d’Aphrodite. Le chevalier le cramponne si fort qu’il le soulève du sol avec sa seule main droite, pendant que sa peau lui brûle tant l’étreinte rageuse d’Aphrodite dépasse l’entendement.
Yulij se refuse d’abandonner son ami, mais à peine a-t-elle redressé la tête, qu’Aphrodite la lui éclate contre le sol avec son pied.
Courageux jusqu’ici, Nicol cède face à la pression exercée par la seule main du Saint. Il hurle de douleur.

Il faut attendre une voix nouvelle pour permettre à Nicol d’être libéré. L’apprenti est frappé et envoyé au loin par un arrivant vêtu d’une Cloth d’argent :
Dio - " Dead and Fly ! "
L’opulente chevelure coiffée par le diadème de sa Cloth, Dio Saint d’argent de la Mouche se prosterne devant Aphrodite :
Dio - " Seigneur Aphrodite, veuillez pardonner l’intrusion de cet individu en votre… "
Aphrodite reste impassible. Droit, tendu, seul ses yeux bougent en direction de deux autres Saints approchant l’inconsciente Yulij. Dio commente l’arrivée de ses deux compagnons :
Dio - " Sirius et Algethi vont ramener ces opportuns dans les geôles du Sanctuaire pour les y  questionner. En effet, en venant en ce lieu interdit ils ont bafoué les lois du Sanctuaire. "
D’un air totalement ahuri, le massif Algethi approche Lilith :
Algethi - " Je fais quoi d’elle ? Elle est déjà morte ! "
Le manque d’égard envers sa maîtresse, attise les foudres du Saint d’or. Il surgit juste sous les yeux d’Algethi et, à main nue, le cogne contre son armure à hauteur de l’abdomen. La Cloth du Saint d’Héraclès se fendille sous le choc alors que Sirius et Dio sont abasourdis.
Aphrodite ne leur laisse pas le temps d’ouvrir la bouche :
Aphrodite - " Partez immédiatement. Ce qui se passe ici ne concerne que moi. "
Bien moins effrayé que ses deux amis, Sirius se montre également bien imprudent en rétorquant sèchement :
Sirius - " Ce secteur est interdit. Nous devons rendre compte de ce qu’il s’y passe si quelqu’un s’y introduit, qu’il s’agisse d’un simple villageois ou d’un Saint d’or. Tuer des hommes ici, quelle qu’en soit la raison, ne peut-être autorisé que par le Pope. "
Cette réaction conduit Aphrodite à répondre cyniquement :
Aphrodite - " Ces belles paroles sonnent faux dans la bouche du trio argenté, alors qu’il est réputé ici pour faire régner la loi du plus fort et se contenter de veiller sur les menaces extérieures plutôt que sur la sécurité intérieure. "
Sans le moindre égard, Sirius pose sa main la toge du chevalier d’or :
Sirius - " Qui que tu sois, je te prie de croire que moi, Sirius Saint d’argent du Grand Chien, vais faire respecter ici la volonté du Grand Pope ! "

Sans sommation, un crochet du gauche d’Aphrodite l’envoie au tapis. Dio et Algethi, à peine remis de l’échange précédent, tentent d’enrailler la colère d’Aphrodite.
Comme Sirius, leur tentative est veine, puisqu’un uppercut a raison d’Algethi et, du plat du pied, Dio est choqué en plein thorax.

Pendant ce temps, Nicol s’aide d’un rocher pour se remettre sur pied. Bien décidé à profiter de la situation pour goûter le sang d’Aphrodite, seul antidote à son jardin.

Subitement, le soleil est voilé par une nuée de corbeaux qui passent au-dessus du champ de bataille. Sans qu’il ait besoin d’annoncer son nom, Jamian Saint d’argent du Corbeau assure sa présence :
Jamian - " Les chocs cosmiques qui se produisent en ce lieu inquiète énormément le Grand Pope. Je viens vous sommer de sa part de cesser ce combat Seigneur Aphrodite. "
Aux côtés de Jamian, la voix posée d’un autre Saint d’argent, resté en retrait jusqu’à présent, se montre moins respectueuse envers le Saint d’or :
Algol - " Je vous conseillerai d’exécuter la volonté du Grand Pope Seigneur Aphrodite, sans quoi, moi, Algol Saint d’argent de Persée, n’hésiterait pas à vous changer en pierre. "

Les propos tenu par le saoudien offusquent davantage le Saint d’or. A la vitesse de la lumière, il vient balayer les jambes de Jamian, afin de le faire valser dans les airs. Il le réceptionne avec son genou à hauteur des côtes.
Malgré le fait qu’il porte son armure, à l’inverse d’Aphrodite, le choc est tel que Jamian peut entendre ses côtes se briser.

N’ayant toujours pas encaissé le moindre choc, Aphrodite pulvérise à mains nues ses adversaires. D’un ton arrogant, il défie le dernier Saint encore debout :
Aphrodite - " Allez Algol, sort donc ton bouclier que je puisse y admirer mon reflet ! "
Saisi par la vitesse à laquelle son adversaire s’est débarrassé de Jamian, Algol ne perd pas de temps et dégaine son écu au visage de Méduse.
Néanmoins, l’improbable se produit, les yeux de Méduse ne s’ouvrent pas tandis qu’Aphrodite toise avec hargne le bouclier.
Algol lui-même refuse d’y croire :
Algol - " Impossible, mon bouclier ne m’a jamais fais défaut ! Alors comment… "
Le malheureux ne peut finir sa phrase que son visage s’atrophie. Ses membres se raidissent, l’obligeant à un immobilisme total. Autour de lui, l’effluve dorée du cosmos d’Aphrodite lévite :
Aphrodite - " Ton bouclier, non toute ta Cloth, vit en harmonie avec ta cosmo énergie. C'est dire à quel point elle est faible par rapport à moi. Ma cosmo énergie oppresse tellement la tienne, que ton arme est sans la moindre efficacité. "

Une nouvelle tentative du trio argenté, libère Algol de la restriction d’Aphrodite. Les trois comparses sont esquivés tour à tour et se font repousser définitivement :
Aphrodite - " Piranhan Rose. "
Les roses noires dévorent les derniers espoirs des Saints d’argent de ramener Aphrodite à la raison.

Toutefois, la volonté de Nicol reste inébranlable.
Droit derrière Aphrodite, il appelle en lui ses dernières forces :
Nicol - " Chevalier ! "
Aphrodite sourit avec perfidie à l’idée de pouvoir enfin en finir avec lui. Il se retourne, en maintenant entre chaque doigt de ses deux mains des roses blanches :
Aphrodite - " Ton Scanner de la Mort et la Dimension des Dieux ne peuvent rien contre moi. Mes Roses Sanguinaires, vont consumer ce qu’il reste de ta misérable existence. "
Nicol ferme les yeux et murmure :
Nicol - " La vitesse de la lumière, le septième sens, la vitesse de la lumière, le septième sens… "
Il répète, encore et encore, inlassablement ces mots, accroissant son énergie cosmique à chaque nouvelle syllabe :
Aphrodite - " Tu espères entrevoir l’ultime cosmos ?! "
Nicol - " À force de concentration et de maîtrise de soi, mon maître Arlès parvenait à l’approcher. J’ai suffisamment confiance en mes connaissances et mes compétences pour atteindre un stade de contrôle de moi-même proche du tien. "
En une fraction de seconde, Aphrodite décoche son arcane :
Aphrodite - " Je te conseille alors de dégainer aussi vite que moi : Bloody Rose ! "
Nicol croise les bras devant lui et, contrairement aux précédentes ouvertures dans le ciel, il crée un trou noir face à lui :
Nicol - " God Dimension ! "
Cette fois, ce n’est pas la Dimension des Dieux qui absorbe l’énergie cosmique adversaire. Elle s’ouvre pour déverser une concentration cosmique qui déferle sur Aphrodite.
Les roses blanches sont désintégrées en entrant au contact de la vague de cosmos qui fonce à la vitesse de la lumière sur Aphrodite. Le Saint n’a d’autre choix, que de se protéger le visage en recroquevillant les bras pour parer l’attaque, provoquant une importante déflagration dont la détonation retentit à des kilomètres alentours.

La poussière soulevée par l’explosion trouble la vision d’Aphrodite qui desserre enfin les bras.
De sa toge arrachée il ne reste qu’à peine un morceau de tissu qui lui sert de jupette, ses avant-bras heurtés sont écorchés. Lorsqu’ils tombent le long de son corps, les différentes plaies laissent s’écouler un filet de sang qui descend le long de ses doigts et s’égoutte sur le sol.
Seulement, Aphrodite reste saisi par l’exploit de Nicol :
Aphrodite - " Impossible, il a réussi à atteindre un instant la vitesse de la lumière et à me surprendre, en changeant le fonctionnement de son arcane. Sa dimension a renvoyé toute l’énergie vitale et cosmique qu’elle avait absorbée depuis le début du combat. Il m’a attaqué avec ma propre cosmo énergie. "

Le voile de fumée se dissipe enfin, laissant Aphrodite distinguer en lieu et place de Nicol la silhouette de Yulij, debout avec difficulté.
Aphrodite est stupéfait :
Aphrodite - " Mais… Qu’est ce que… "
Le Saint des Poissons comprend trop tard la diversion opérée par Yulij lorsque Nicol surgit aux côtés d’Aphrodite. L’apprenti Saint passe sa main sous une goutte de sang du Saint et s’en délecte aussitôt.
Aphrodite - " Misérable ! "
Nicol affiche une mine satisfaite :
Nicol - " J’y suis enfin arrivé ! Maintenant ton jardin maudit ne me fera plus peur. Je peux sans crainte m’en approcher. "
Aphrodite - " Tu es plus mort que vif. Je ne t’en laisserai donc pas l’occasion. "

Soudain, une voix grondante et autoritaire retentit : « Ca suffit ! »

A genoux, affaibli, Algol reconnaît l’allure impériale du souverain du Sanctuaire. Entouré par une dizaine de gardes, le Grand Pope répète :
Saga - " Ca suffit Aphrodite ! "

Le Saint d’or serre les dents et les poings tandis que le Pope avance doucement jusqu’à lui.
Sous son masque, Saga grimace. A mesure qu’il s’approche il reconnaît Yulij et Nicol, les deux disciples d’Arlès qu’il a tué voici treize ans. Pire, malgré les hématomes, il distingue parfaitement la défunte Lilith, que Deathmask était censé avoir tué il y a des mois après qu’il ait commis l’irréparable.
Tant de preuves pouvant le conduire à la chute sont réunis ici, sous les yeux de Saints d’argent, témoins des ces éléments troublants dans un lieu interdit.
« Il y a bien trop de témoins pour éliminer ces gêneurs », constate-t-il. Alors il lève les bras en direction de Yulij et Nicol, encerclés par les Saints d’argent :
Saga - " Ces gens s’en sont pris à Aphrodite des Poissons, un Saint d’or. En plus de cela, ils ont osé violer ce lieu sur lequel plus personne n’est autorisé à pénétrer depuis les temps mythologiques. Ils ont commis un crime envers le Sanctuaire. "
Yulij tente de protester, mais à peine ouvre-t-elle la bouche, qu’Algethi l’assomme en la cognant derrière la nuque. Nicol espère faire mieux, mais Jamian profite de la fatigue de l’apprenti pour l’envoyer au tapis de le frappant dans l’estomac.

Le Saint des Gémeaux cherche à étouffer tout soupçon en se montrant magnanime. Il pointe du doigt Lilith et invente :
Saga - " Ces délinquants ont déjà perdu une complice. Laissons-les réfléchir aux conséquences de leurs actes dans la prison principale. "

La façon dont le grand pontife considère Lilith, irrite au plus haut point Aphrodite, sans qu’il en dise le moindre mot.
Bien vite, le cadavre de Lilith est emmené par les soldats qui accompagnent le Pope. Ils le brûleront certainement, sans la moindre cérémonie religieuse ni le moindre égard.
Le Pope tourne le dos à Aphrodite.
Avant de partir, il déclare sèchement :
Saga - " Ta permission s’achève à cet instant Aphrodite. Retrouve ta Cloth et viens me voir dans mon palais. Nous devons avoir une explication. "
Aphrodite baisse la tête sans rien dire, il devine déjà l’objet de leur entretien.

Pendant qu’il s’engage en direction des maisons du zodiaque, son jardin refleurit déjà et vient couvrir les traces de sang et les souillures laissées par les combats d’aujourd’hui. Gardant bien pour lui, enserrée dans ses ronces, la Cloth de l’Autel…



Nicol avait réussi l’exploit de faire saigner Aphrodite. Bien évidemment, la blessure était minime et le combat floué par l’intervention de nombreux gêneurs. Mais il avait réussi.
Trop affecté par la perte de Lilith, le Saint des Poissons ne se doutait pas que l’absorption du contrepoison par Nicol allait déclencher des évènements dépassant son entendement…




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Only for Love / Chapitre 38 - Repartir à zéro, encore
« on: 8 December 2012 à 15h06 »
Lorsque j’ai perdu Netsuai, mon épouse, il a fallu me reconstruire. J’ai pu compter sur ma mère et mon fils pour cela. Je voulais plus que tout réussir l’éducation de mon enfant. C’était le sens de ma vie.
La Guerre Sainte contre Hébé me les a retirés. J’ai été anéanti. Mon seul but était alors de répondre aux v½ux d’Athéna sans faire la distinction entre le bien et le mal.
Enfin, la présence de Juventas à mes côtés sur Yíaros, m’a ouvert les yeux. J’avais besoin d’amour pour être heureux. Voilà pourquoi j’étais Saint. Et cet amour, elle me l’a accordé.
Néanmoins, ce 10 septembre 1986, j’étais encore entrain de tout perdre…



Chapitre 38 - Repartir à zéro, encore

Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Au milieu des cadavres, Apodis est à genoux, les yeux embrumés. Il est trop fébrile pour se relever. Le sang fuit son corps et il a puisé dans ses dernières ressources pour massacrer Lena.
Dans son dos, deux cadavres sont dégagés. Les dépouilles reposaient sur Anikeï qui a repris ses esprits. Titubant, tremblant, l’ukrainien ne renonce pourtant pas. Il approche du grec.

Au bout de la pièce, en surélévation, Hébé et ses Alcides sont acculés. Il reste peu de soldats athéniens, mais les forces des chevaliers d’Hébé s’épuisent.

Soudain, lorsqu’il croyait la victoire acquise, Taishi est surpris par des exhortations venant de toutes les pièces du Parthénos autour d’eux.
De chaque couloir, débouchent les villageois venus prêter main forte à leur déesse. Leur tumulte leur donne le courage nécessaire pour foncer sur la vingtaine d’athéniens encore debout et achever ceux restés au sol. Les plus jeunes à mains nues, les fermiers avec leurs fourches, les mères de famille avec leurs couteaux de cuisine, tous se lancent dans une mort certaine ce qui oblige cependant les athéniens à revoir leurs positions et abandonner la tentative d’assassinat sur Hébé.

Juventas profite de l’effet de surprise pour emmener Hébé à l’abri dans une autre pièce du palais :
Hébé - " Hors de question ! Mon peuple est venu mourir à mes pieds, je ne peux me dérober. "
Juventas - " Il est venu mourir pour votre sécurité, par respect au bien-être que vous leur avait donné durant tant d’années. "
¼dipe surenchérit. La volonté du muet résonne dans les esprits d’Hébé, Juventas et Baucis :
¼dipe - " Juventas a raison. Elle vous conduira à l’abri en compagnie de Baucis. Moi je resterai ici pour repousser les athéniens hors du Parthénos. "
La foi qu’elle a en son Alcide finit de convaincre la déesse. Elle suit ses deux femmes chevaliers après que Baucis prenne sur son dos l’inanimé Philémon.

Massacrant les quelques villageois qui tentent de se heurter à lui, Taishi s’avance avec rage en direction de l’immobile Apodis :
Taishi - " Toi ! Tu as tout fait échouer ! Tu vas crever ! "
Encerclé par le Toucan et Cassiopée, Apodis sert les poings, il essaie déjà de se relever depuis quelques minutes, en vain.
Inopinément, avant qu’elle ne quitte la salle, Juventas bondit jusqu’aux côtés d’Apodis. De son cosmos bienveillant, elle enraille les tentatives simultanée des deux Saints de bronze qui espéraient achever l’Oiseau de Paradis.
Juventas - " Pardon. Pardon Apodis de t’avoir cru coupable de tout ceci. "
Apodis - " Je suis désolé. Désolé de ne pas avoir pu empêcher cela. "
Juventas - " Il y aura certainement des représailles du Sanctuaire, mais moi je ne peux m’engager dans cette guerre. Je dois protéger Hébé. Cette Guerre Sainte est en réalité interne au Sanctuaire. Ce n’est pas la notre. "
Apodis - " Oui, tu as raison. Je dois partir, trouver du renfort loin d’ici, loin de la Grèce. Mais avant cela, je te remercie. Tu as su cicatriser la déchirure causée par la perte des miens. "
Juventas - " Je me dois de te remercier également, pour moi-même et ma fille également. Tu lui as donné cette présence paternelle qui lui manquait tant, tu m’as redonné goût à la vie, à l’amour. "
Apodis - " Je reviendrai Juventas. Lorsque j’aurai découvert la vérité, je reviendrai. Je te le promets. "
Juventas n’en attend pas plus, sa présence a suffi à galvaniser le Saint de bronze. Sans en dire davantage, elle retourne auprès d’Hébé pour fuir la salle.

De nouveau seul face à Taishi et Anikeï, Apodis ne voit pas d’autres issues que les espaces laissés au plafond lors de ses précédents combats.
Son cosmos irradie de nouveau aux couleurs aussi vives et changeantes que celles d’un arc-en-ciel.
Cette démonstration de force prend au dépourvu Taishi. Apodis saisit l’opportunité pour foncer sur son adversaire, lui fracturant au passage le nez après un magistral coup de tête.
Le plus vif de ses deux opposants étant ralenti, Apodis s’élance désormais dans les airs, puis fuit le palais. Il espère atteindre la côte.
Cependant, il subit au passage une attaque d’Anikeï dans le dos :
Anikeï - " Znyshchennya Kita ! "

Essayant de retenir le flot d’hémoglobine qui s’écoule de son nez, Taishi sonne la retraite :
Taishi - " Il va essayer de fuir l’île ! Tous au port vite ! "
Seule une dizaine d’athénien est encore mobile. Cette troupe, mise en difficultés par les villageois et ¼dipe, profite de l’aubaine pour abandonner le champ de bataille.

Les athéniens invalides, abandonnés à leur triste sort, essuient la colère des rares villageois ayant survécus à cette attaque suicide.

Seul Anikeï quitte le Parthénos dans une direction opposée au Port, il part pour les côtes du nord-est, là où Apodis avait débarqué avec son équipe il y a des mois. Là où l’Oiseau de Paradis a trouvé le cadavre d’un soldat de Gigas.

Discrètement, à vitesse moindre, le dernier homme de confiance d’Apodis, Cliff, suit l’avancée d’Anikeï.

Esseulée au milieu des villageois, Carina pleure toujours la dépouille de Lena. Malheureusement, son étiquette de Saint d’Athéna ne plaide pas en sa faveur et les hébéïens se pressent de l’encercler.
La voix de ¼dipe gronde dans les airs :
¼dipe - " Laissez la ! "
Effarée par le comportement du bolivien, alors qu’elle attendait la sentence qui lui était due, Carina profite de la chance que lui donne l’Alcide :
¼dipe - " Apodis doit avoir besoin de toi. Sa quête va être dure. Aide-le à quitter cette île. "
Avant de partir, Carina jette un dernier regard sur le cadavre de Lena qu’elle considérait comme son modèle…


En Sicile, au Mont Etna :

La fin de journée provoque une légère chute des températures. Le soleil est moins harassant et les peaux brunies peuvent enfin bénéficier d’une légère brise.

Deathmask profite de cette opportunité pour se promener seul. Chaque lieu traversé lui ressasse les souvenirs de son enfance brisée, bafouée, par son apprentissage de Saint d’or en compagnie de Cancro et de sa tante Lilith. « Ah… Lilith… », s’évade-t-il.
A la réflexion de ce nom, l’image du bourreau de son enfance est annihilée par le visage radieux de la prêtresse d’Athéna qu’Aphrodite a ainsi rebaptisé et qui partage désormais sa vie. Cet ange gardien pour lequel il se refuse de céder à la tentation d’Epione.

Le hasard ne pouvant supplanter le destin, la moindre pensée pour l’indomptée Saint appelle à la croiser. En cet instant, la voluptueuse femme chevalier arrive. De façon anodine, en toute amitié, Deathmask remarque :
Deathmask - " Je ne te savais pas adepte des promenades en ce secteur. "
N’ayant pour recouvrir son corps que sa Cloth, elle la défait sans la moindre gêne, ainsi que son masque comme à l’accoutumer en compagnie de Mei et de Deathmask.
Epione - " Pour tout te dire, je te cherchais. "
Deathmask - " Tu ne comprends donc pas ? "
Epione - " Nous avons passé tellement d’années ensemble que j’ai peine à croire en tes bonnes résolutions. "
Le Masque de Mort poursuit son chemin sans céder à la belle, soufflant au passage :
Deathmask - " Tu ne peux pas comprendre. "
La vénusté reste sans voix.


Sur l’île d’Yíaros, sur le port :

Tous les athéniens se sont réunis sur le port. Un soldat rend son rapport à Taishi :
Soldat - " Les bâtiments sont vérifiés, l’espace est occupé. Le sergent Apodis ne pourra pas s’enfuir d’ici. "
Néanmoins le Saint du Toucan reste soucieux. Il règne sur les embarcadères une tranquillité bien trop anormale. « C’est le calme avant la tempête », pense Taishi. Il développe intérieurement sa pensée : « Il ne reste plus rien des troupes athéniennes. Le renfort des villageois a annihilé notre seule chance de prendre la vie d’Hébé. Nous sommes réunis ici, à l’extérieur de l’île. Bientôt tous les hébéïens reprendront position dans le centre. »
Le rustre japonais grimace, il s’est fait avoir, Apodis n’est pas ici, il l’a compris désormais. Il est tombé dans le piège d’Apodis. « En nous faisant venir ici, il savait que nous ne pourrions pas reprendre notre position de force. », avoue-t-il.
Il enrage à l’idée de pointer du doigt un navire et d’ordonner à tous ces hommes :
Taishi - " Assez ! Stoppez les recherches. Nous nous sommes fait avoir. Il nous est désormais impossible de reprendre le contrôle de l’île après les évènements d’aujourd’hui. Nous sommes regroupés ici, nous n’avons plus accès aux ressources nécessaires à notre survie. On embarque sur un navire. Nous rentrons au Port du Destin. "

Les hommes, non mécontents d’obéir après cette journée meurtrière, s’engagent sur un vaisseau qu’ils prennent de force, sommant aux matelots de lever l’ancre.
Le même soldat s’étonne alors de voir le chevalier de bronze repartir :
Soldat - " Vous ne venez pas Seigneur Taishi ? "
Taishi - " Il n’y a qu’un autre lieu côtier duquel on peut embarquer ici. Il s’agit d’une encablure dans les montagnes du nord/est. Je veux voir si Apodis y est toujours. Je ne serais pas long, je reviendrais ici avant que vous ne soyez partis. "


Grèce, au Sanctuaire, quatrième maison du zodiaque : 

Sur le flanc droit de la demeure du Cancer, quelques éclats de rire viennent perturber les hurlements de souffrance des masques de mort accrochés sur les parois.
A hauteur du passage secret, Aphrodite et Lilith se chamaillent dans la bonne humeur.

Avant de se quitter, Aphrodite matérialise grâce à son cosmos une rose épineuse :
Aphrodite - " Tu n’as plus à craindre la piqûre de mes fleurs désormais. "
Lilith - " Pourquoi une telle confiance en moi ? "
Aphrodite - " Certainement parce que le changement de Deathmask à ton contact m’a poussé à le jalouser. Alors j’ai convoité ce qu’il avait et en apprenant qui tu étais réellement, je me suis laissé charmer. C’est idiot à dire, mais je perds pieds à tes côtés. "

Un peu honteux de se dévoiler ainsi, le bel homme tourne les talons en direction de sa maison, jusqu’à ce que le pas léger de Lilith le rattrape.
Elle passe devant lui et, instinctivement, se hisse sur la pointe des pieds pour passer ses bras autour de sa tête et lui déposer un long baiser.

Incapable de réagir, libéré soudainement du chagrin de sa rupture avec Myrrha, Aphrodite ferme les yeux et se laisse guider par Lilith.
En reculant, ses pieds viennent heurter la première marche qui amène à l’intérieur du temple du Cancer. Il tombe à la renverse et Lilith avec.
Son agilité lui permet de se réceptionner sans encombre et Lilith de poursuivre plus lascivement encore son étreinte. Accroupie sur lui, elle abandonne une fois de plus ses vêtements et se donne totalement sur le seuil de la maison de son amant à l’ami de celui-ci…


Sur l’île d’Yíaros, sur la plage entre les montagnes du nord et la forêt de l’est : 

Les grains de sable viennent se coller sur le sang d’Apodis qui souille son corps et sa Cloth émiettée.
Il titube jusqu’au bord de l’eau, où quelques vagues balancent un vieux canot en bois relié par une corde à un piquet.
Avant de monter à bord, il s’effondre dans l’eau salée pour nettoyer ses plaies et se rafraîchir le visage. Un laps de temps, hélas, trop long puisqu’en une fraction de seconde la barque vole en morceaux.
Apodis - " Anikeï ! Tu m’as suivi ! "
A l’orée de la forêt, le Saint de Cassiopée traîne la jambe :
Anikeï - " Tu n’as tout de même pas cru que je te laisserai fuir, sale traître. "
Apodis - " Je te l’ai déjà dis, je t’en conjure, ouvre les yeux. Ton don de prémonition devrait t’aider à y voir plus clair sur la politique du Grand Pope. "
Anikeï - " La seule chose que mon don m’a montré, c’est l’image de toi m’ôtant la vie. Et aujourd’hui je comprends pourquoi. Seulement, hors de question que je laisse cela se produire. "
Apodis - " Dans ce cas, tu ne me laisses pas le choix. Je ne peux plus rien faire. "
L’effluve du cosmos d’Apodis dessine dans son dos l’animal emblème de sa constellation. Anikeï l’imite.
Anikeï - " La Destruction de Cetus aura raison de toi : Znyshchennya Kita ! "

Apodis attend patiemment que la technique d’Anikeï vienne à lui.  Seulement, poing d’Anikeï tendu vers l’avant, le monstre marin ne se montre pas. Cela n’enlève en rien le sourire en coin de l’ukrainien.
En effet, dans le dos d’Apodis, une ombre monstrueuse le prive de lumière.
L’Oiseau de Paradis n’a que le temps de se retourner pour comprendre qu’Anikeï s’est servi de l’élément aquatique qu’est la mer pour accroître l’effet de son arcane. Une monstrueuse baleine faite d’eau et du cosmos destructeur du Saint de Cassiopée engloutit la plage et emporte Apodis.

A mesure que l’eau regagne la mer, ramenant avec elle les quelques galets et les arbustes qui composent le début de la forêt, ne subsiste qu’Anikeï. Le chevalier au physique androgyne grimace.
Son armure s’effrite de haut en bas pour ne devenir que poussière. Son corps est brûlé par de profondes griffures.

Derrière lui, Apodis présente une triste réalité pour le slave :
Apodis - " J’ai été l’élève du légendaire Orphée de la Lyre. Il m’a enseigné tout ce qu’il sait, y compris la voie du septième sens. Même s’il s’agit d’une capacité que je n’entrevois que seulement au terme d’une concentration accrue, il m’est possible de me déplacer à une vitesse proche de celle de la lumière. En conclusion, j’ai pu fuir ta technique et te frapper avant même que celle-ci ne ravage les environs. "
Le chevalier de Cassiopée s’écroule sur le dos :
Anikeï - " Ce… Ce n’était pas le Wing Jikan No Yoyu, ni le Frantic Fury… Cet arcane m’était inconnu n’est-ce pas. "
Apodis - " En effet, il s’agit des Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis, le Shining Apus Claw. "
Anikeï - " Et maintenant ? "
Apodis - " Maintenant je vais aller au bout de ce que j’ai entrepris. Vaincre le mal qui ronge le Sanctuaire. "
Anikeï - " Pff… Tu vas rire mais… Cette situation, moi étendu, immobile, mourant à petit feu, c’est exactement ce que j’ai vu durant mon instant de clairvoyance. "
Apodis sourit amicalement :
Apodis - " Je t’assure pourtant m’être battu à contre c½ur. Cependant, je dois… "
Anikeï - " Je sais, je sais. Pars à présent. "

Apodis ne se fait pas prier, il plie les genoux pour se projeter de tout son cosmos loin d’ici.
C’était sans espérer un violent heurt sur son flanc droit annoncé par la voix rocailleuse du Saint du Toucan
Taishi - " Beak Bone ! "
Apodis est repoussé sur les roches formant la base de la chaîne montagneuse du nord.
La situation est critique pour le grec. Son plastron a volé en morceau au niveau de l’impact, il a senti ses côtes se briser et était déjà bien mal en point avant cela.
« Merde ! Taishi ! Je suis plus mort que vif. Même si je parviens à m’en débarrasser, je n’aurai plus suffisamment de cosmo énergie pour me projeter loin d’ici. Au mieux, je m’échouerai au beau milieu de la Méditerranée. », admet-il.

Peu épargné par les coups échangés avec les Alcides, Taishi fatigue également. Il préfère garder quelques réserves et s’offre le droit d’administrer la sentence d’Apodis à petit feu.
Il relève Apodis par les cheveux et le plaque contre un monticule de pierres pour le cogner de toutes ses forces sur toute la surface du corps. Apodis est balancé dans tous les sens au rythme des frappes répétées de l’ancien camarade de Jabu.

Depuis le bois, par là où ont déjà débouché Apodis, Anikeï et Taishi, un courant d’air froid ramène à lui Anikeï.
Le chevalier, aux portes de la mort, reprend connaissance quelques instants, pris d’une soudaine vision…

Pendant ce temps, l’air frais continue de traverser sa plage pour prendre forme sous l’apparence svelte et gracieuse de Carina :
Carina - " Taishi, laisse-le ! "
Interpellé, le fidèle du Pope abandonne un instant celui qui lui sert de sac de sable pour observer avec dédain la Saint de la Carène du Navire :
Taishi - " Tiens donc, toi aussi tu te ranges du côté des traîtres maintenant ?! "
La jeune femme écarte les bras, invoquant l’apprentissage de ces dernières années en Sibérie Orientale, la Poussière de Diamant.

Un dernier intervenant rejoint à son tour la plage. Le fidèle soldat et ami d’Apodis, Cliff. L’italien, rescapé grâce à Aiolos d’un cataclysme invoqué par Typhon il y a des années, empoigne fermement sa lance au manche brisé à mi-hauteur.
Il espère faire pencher la balance en faveur de Carina. C’est sans compter sur Anikeï qui lui agrippe la cheville au passage. Cliff s’emporte aussitôt, il pointe sa lance vers la gorge de l’ukrainien agonisant et chuchote, pour ne pas se faire repérer :
Cliff - " Non, je ferai tout pour qu’Apodis survive. Personne ne m’en empêchera, pas même toi Saint de bronze. "
Anikeï a du mal à articuler :
Anikeï - " Non… Apodis… Je dois parler à Apodis… Amène-le jusqu’à moi, je t’en prie. Je sais où le guider. "
L’italien se résout et se faufile le long des rochers pour venir relever Apodis et le porter par-dessus l’épaule jusqu’à Anikeï.

Au centre de la plage, Taishi se voit déjà victorieux :
Taishi - " Le Bec Osseux du Toucan brisera ta glace Carina ! Ma force de frappe sera supérieure à ton mur de froid : Beak Bone ! "
Carina s’élance en direction du japonais et, au lieu d’invoquer la Poussière de Diamant comme elle semblait s’y être préparée, elle évite le choc de Taishi. Grâce à son agilité, elle esquive le poing en avant du Toucan et le balaie avec ses jambes. Immobilisé dans les airs, Taishi ne peut éviter l’enchaînement de la jeune femme qui répond d’un second coup en plein abdomen, repoussant ainsi dans l’eau le rustre chevalier.
Seulement à cet instant, elle profite de sa concentration :
Carina - " Diamond Dust ! "
A peine la tête sortie de l’eau, Taishi se cache le visage derrière ses mains. Toutefois, ce n’est pas lui qui est directement visé par ce coup mais bien la mer. Paralysé à hauteur du buste dans une énorme plaque de glace, Taishi n’a pas le temps de trouver une solution que déjà Carina vient à lui en glissant à merveille sur la mare de glace. Tout en tournoyant autour de lui, elle le martèle de coups, lui rendant choc après choc le traitement qu’il a réservé à Apodis.

Ce dernier est justement maintenu debout auprès d’Anikeï par Cliff :
Anikeï - " Ecoute-moi bien Apodis. Je viens d’avoir une vision. J’y vois un homme suppléer le Grand Pope après une guerre fratricide au Sanctuaire… "
Apodis, les yeux gonflés, le visage tuméfié, supplie son camarade :
Apodis - " Tiens… Tiens le coup Anikeï. Qui est cet homme ? Réponds, je t’en prie ! "
Anikeï - " Le vieux sage des Cinq Pics, en Chine… "
Apodis - " Orphée m’a déjà parlé de lui, il serait, avec le Grand Pope, l’unique survivant de la précédente Guerre Sainte contre Hadès, la plus sanglante de l’histoire de la chevalerie. "
Un court silence s’instaure, permettant à Apodis de réaliser qu’il n’est peut-être pas seul, à pouvoir lutter contre le Sanctuaire tout entier.
Les râles d’Anikeï ramènent Apodis à la réalité. Le clairvoyant essaie de lutter contre la mort pour déclarer :
Anikeï - " A… Apodis… Il m’aura fallu cette vision pour te croire vraiment… Je… Je suis… Je suis désolé, frère d’arme. "
Apodis - " Tu es tout pardonné Anikeï. Maintenant il nous faut partir. "

Apodis a raison car la véloce sibérienne est à nouveau en difficulté, puisque malgré les coups qui le martèlent, Taishi cogne de façon répétée la glace qui l’emprisonne.
Il parvient à la briser, faisant perdre son équilibre à Carina puis complètement tomber dans l’eau après que la banquise soit devenue une mer de glaçon.

Cliff avale avec peine sa salive. Il retire le bras d’Apodis qui permet au chevalier de bronze d’être maintenu debout puis s’avance d’un pas, serrant fort sa lance :
Cliff - " Apodis, mon ami, mon frère. Ce fut un plaisir d’être sous tes ordres… "
Apodis - " Cliff, qu’est-ce que tu fais ? "
Cliff - " … Je crois que jamais soldat n’a rencontré de sergent aussi doué et respectueux que toi envers ses hommes. Pour moi tu es bien plus qu’un supérieur, tu es un ami, un frère. "
Apodis devine les intentions de son camarade :
Apodis - " Cliff ne fais pas de bêtise, reviens, je t’en supplie. "
Cliff - " Je te l’ai déjà dis, depuis que ma vie fut sauve grâce à un chevalier d’or, j’ai juré de me battre pour ces fabuleux êtres. Je n’ai malheureusement jamais pu en devenir un. Cependant, je garde pour moi le souvenir d’en avoir servi un des plus grands. Carina et toi devez vous enfuir, vous êtes les seuls à pouvoir apporter la vérité au Sanctuaire. "
Apodis - " Non, je refuse de t’abandonner. "
Cliff le taquine :
Cliff - " Essaie donc de me rattraper. Vu ton état je suis sûr de te battre pour une fois. Si jamais tu retournes un jour au Sanctuaire et que tu y vois mon jeune frère, dis-lui s’il te plait que je veille sur lui depuis là-haut. Adieu mon ami. "
Puis il s’élance, à une vitesse supérieur à celle d’un simple soldat, certes, mais pas suffisante pour impressionner un Saint de bronze. Néanmoins, son courage est assez grand pour plaquer Taishi et s’écraser avec lui dans l’eau, libérant ainsi Carina de ses poings.

Apodis hésite à abandonner Cliff. Anikeï l’exhorte à fuir :
Anikeï - " Allez Apodis, tu ne peux plus rien faire pour lui de toute façon. Ne rend pas sa mort inutile. "
Apodis est défiguré par le chagrin mais se fait une raison. Il fléchit les genoux, concentre ce qu’il lui reste de cosmo énergie puis, avant de bondir dans les airs pour s’éjecter loin d’ici, il hurle le prénom de Carina afin qu’elle le remarque et l’imite. Tel un éclair, Apodis disparaît à l’horizon.
Taishi cesse de tabasser Cliff, méconnaissable après s’être fais briser la mâchoire et le nez. Il observe le départ d’Apodis. Il espère empêcher celui de Carina mais c’est sans compter sur l’opiniâtreté de Cliff.
Le soldat sort la tête de l’eau. Il fracasse sa lance sur la tête de Taishi, le désorientant l’espace d’une seconde, bien assez pour que Carina emprunte la même direction que l’Oiseau de Paradis.

Taishi reste hébété quelques instants :
Taishi - " Non. Non ce n’est pas possible. Je les tenais. J’aurai au moins pu rentrer au Sanctuaire avec leurs têtes pour apaiser la colère du Grand Pope. Maintenant, au moment même où ils se sont projetés hors d’ici, leurs cosmos ont cessé d’émettre la moindre de leur présence. Ils sont n’importe où autour de Yíaros, sur les rives de la Méditerranée. "
Il est sorti de son émoi par le fou rire sarcastique du condamné qu’est Cliff.
Taishi - " Toi ! C’est de ta faute ! "
Il cramponne le cou du courageux italien et le force à rester le visage sous l’eau.
Après de longues secondes durant lesquelles il s’est débattu, l’héroïque soldat perd la vie. Les vagues ramènent son corps sur le rivage où Taishi traîne les pieds.

Le chevalier passe à côté de son ancien compère qui a préféré se rallier à Apodis, Anikeï.
Il l’ignore, alors que dans ces derniers râles, l’ukrainien semble le supplier de rester. Et pour cause, sa dernière vision le conduit dans l’autre monde avec un sentiment d’horreur. Son étrange sentiment à l’égard de Shun prend enfin forme. Il reconnaît le médaillon que porte en permanence Shun autour du cou, il distingue un trône et son camarade, les cheveux ombragés et les yeux brumeux. Shun est Hadès et…
Il meurt. Le c½ur d’Anikeï cesse enfin de devoir supporter toute cette souffrance. Il meurt sans que Taishi ne lui laisse la chance d’entendre que son plus grand danger est au sein même de l’armée d’Athéna.


En Sicile, au Mont Etna : 

Assis au bord d’un précipice, Deathmask scrute les étoiles, le visage détendu, les cheveux au vent.
Le jour se couche, la fraîcheur ambiante vient soulager son corps dégageant une légère odeur de souffre après avoir passé la journée au soleil.

Petit à petit un sourire s’esquisse sur son visage harmonieux. Il murmure :
Deathmask - " Lilith… J’ai réussi… J’ai résisté. Depuis que je suis Saint, chaque fois que je quitte l’île pour rentrer au Sanctuaire, je suis nourri d’idées noires. Comme si les souffrances et les sévices subis ici durant mon enfance renforçaient la cruauté de mon être, comme si les âmes maléfiques de Cancro et de Lilith, ma tante, me pervertissaient… "
Il s’arrête un instant pour aspirer l’air à pleins poumons :
Deathmask - " … Mais pour la première fois, je me sens soulagé. L’idée de te revoir et le plaisir de partager à nouveau des jours heureux à tes côtés m’emplissent de joie. Quand je serai rentré, je te dirai à quel point je t’aime Lilith. Je t’aime… "


Tout guilleret, il rebrousse chemin pour revenir dans le logement qu’il occupe en compagnie de son disciple et d’Epione.
A mesure qu’il parvient au sommet de la colline, il distingue l’ombre de Mei et d’Epione.
Plus il s’en approche, plus il reconnaît leurs formes, parfaitement dessinées par l’ombre sur le mur du fond. Ombres entrelacées, ne réagissant que par quelques mouvements lents.
A ce spectacle provoqué par un faible jeu de lumière, le souffle exaltant des deux partenaires se coordonnent et se synchronisent à la perfection à leurs oscillations.

D’une mine à la fois complice, destiné à son disciple, et déçu, à l’idée de renoncer définitivement à Epione, réfugiée dans les bras de Mei, il se résigne à bondir sur un rocher au sommet plat pour s’y allonger :
Deathmask - " Bon… Je pense qu’il est plus opportun de dormir à la belle étoile… "


Quelque part, sur les rivages de la mer Méditerranée : 

Couchée sur une plage de sable fin, le masque à moitié défait, Carina revient à elle. Epuisée par l’effort que lui a demandé un tel déplacement, elle réajuste son masque et cherche aussitôt Apodis dont elle a suivi la direction. Hélas, la plage est déserte.
Ce qu’elle craint fort se produit malheureusement. En scrutant la mer, elle découvre à l’horizon un homme qui flotte sur le ventre, visage dans l’eau.
« Il n’a pas eu le cosmos suffisant pour se projeter jusqu’au continent. Les vagues le ramènent petit à petit sur la côte mais… Combien de temps a-t-il bien pu rester sous l’eau ? », s’inquiète-t-elle.
Immédiatement, elle défait sa Cloth devenue bien trop lourde à porter dans son état puis part à la nage repêcher son pair.
Maintenu par le menton, tête hors de l’eau, Apodis est tiré jusqu’à la surface puis traîné sur le sable. Carina prend sur elle d’ôter son masque pour lui insuffler de l’air afin de le réanimer. C’est seulement au bout de longues tentatives qu’Apodis revient à lui avec une grosse quinte de toux.
Carina se presse de dissimuler son minois et s’exclame :
Carina - " Ah ! Tu es vivant ! "
Apodis n’ose pas bouger davantage, sentant ses plaies le tirer aussitôt. Le spectacle qu’il offre est désolant. Il est méconnaissable et sa Cloth semble morte.

Néanmoins, il reste conscient du rôle qu’il a à jouer :
Apodis - " Ca va aller Carina. Je te remercie. Je vais réussir à surmonter ça et à me rendre en Chine, auprès du vieux maître. "
En prononçant cela, il parvient à appeler à lui la Pandora Box de sa Cloth afin que celle-ci se retire de lui. Carina adopte le même comportement :
Carina - " De mon côté je compte retrouver le Seigneur Crystal en Sibérie. Il était très proche de Lena et c’est un homme intègre, je peux avoir confiance en lui. "
Apodis - " Bien. Il va falloir cependant dissimuler le plus possible notre cosmo énergie. Le Grand Pope va certainement envoyer des tueurs à notre recherche. Nous devons nous fondre dans la masse et passer pour des citoyens contemporains. "
Carina - " Ca risque d’être difficile de camoufler nos Pandora Box durant un trajet aussi long. D’autant plus que je n’ai aucune idée du lieu où nous nous trouvons. "
Apodis réfléchit quelques instants :
Apodis - " Au vu de la direction empruntée lorsque nous avons fais exploser notre cosmo, je parierais à coup sûr que nous nous trouvons sur la côte turque. Et pour ce qui concerne ta Pandora Box, il suffira de trouver un grand voile pour la cacher et avoir de l’imagination comme d’habitude. "
Il achève leur discussion en lui tendant la main :
Apodis - " Bon courage. "
Elle lui serre chaudement :
Carina - " Sois prudent. "



Plus de force, plus d’amis, plus de famille…
J’étais seul à nouveau. Il me fallait repartir à zéro, encore une fois…
Le 10 septembre 1986 s’achevait ainsi pour moi, tandis qu’au Japon, il s’achevait par l’annonce dans les média de l’ouverture de la Galaxian War dans une semaine.

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Only for Love / Chapitre 37 - L’union fait la force
« on: 17 November 2012 à 17h15 »
La journée du 10 septembre 1986 se poursuivait dans un torrent de violence à Yíaros et à Asgard.
Si l’idylle qui liait Aphrodite à Lilith en l’absence de Deathmask semblait loin de toute cette haine, elle n’était pas loin d’en être contaminée.



Chapitre 37 - L’union fait la force

A Asgard, au temple Walhalla :

A l’intérieur du palais, Alexer défonce toutes les portes sur son passage. Violant ainsi l’intégrité des convives de la famille de Polaris qui occupent à longueur d’année les appartements, comme la richissime famille de Bedra de Edel, future promise de Syd de Mizar.
De plus en plus emprunt à une folie meurtrière, il n’hésite pas à éliminer les serviteurs des riches occupants qui espèrent faire valoir le respect de leurs maîtres.

C’est à l’instant où il allait asséner un choc mortel à l’un d’eux qu’une mélodie lui vient aux oreilles.
Le son, d’abord harmonieux, ne cesse de le troubler, si bien qu’il croie voir le valet qu’il allait tuer se dédoubler.

Il essaie de se boucher les oreilles mais la mélopée continue de retentir dans son cerveau.
Il tourne sur lui-même, pour découvrir de quel instrument vient son malheur, seulement sa vision lui offre un spectacle d’horreur. Il distingue des dizaines et des dizaines de musiciens, tous similaires les uns des autres, les cheveux blonds, longs, descendant jusqu’aux épaules, les yeux clos, tandis que leurs doigts s’agitent sur une lyre, vêtus d’un long maillot bleu foncé ceinturé à la taille par un bandeau de tissu rouge, alors que leurs pantalons vert foncé descendent dans leurs bottes, enserrées autour des mollets par des lanières de cuir.
Plus ils jouent de la musique et plus les membres d’Alexer se raidissent.
Il remarque bien tard que ce ne sont pas ses muscles qui se tétanisent mais les cordes de la lyre qui l’encerclent et le retiennent prisonnier, pieds et poings liés.
C’est seulement lorsque le bel inconnu ouvre ses beaux yeux aux reflets rosés qu’il prononce posément le nom de son arcane :
Mime - " Stringer Requiem. "
A cet instant, les cordes se resserrent davantage, si bien que l’armure d’Alexer commence à être entamée. Les zones non protégées sont profondément lacérées et ses os craquent les uns après les autres.

Bien que l’avantage paraisse acquis pour le fier Mime de Benetnasch, celui-ci, pris d’une soudaine suée, grimace de plus en plus alors que la mise à mort de l’intrus met du temps à s’achever.
Brusquement, les cordes aux contacts d’Alexer gèlent. Si bien que le givre remonte jusqu’à l’instrument. Les fils qui retiennent le Blue Warrior bloqué volent en cristaux de glace.
La vague de froid est si forte qu’elle repousse en arrière Mime.

Avant de remettre les pieds au sol, le défenseur d’Odin ne s’avoue pas vaincu. D’un mouvement de bras, il déclenche les mêmes jets de cosmos qu’il enverra plus tard à Shun d’Andromède à la vitesse de la lumière.
A peine libéré de ses liens, Alexer n’a pas le temps d’esquiver et encaisse le tout à pleine puissance. Il finit par être encastré dans le mur du fond de l’appartement des bourgeois qu’il a investi.

Alexer se défait par de grands mouvements d’épaules du plâtre et des briques dans lesquels il a été enclavé. Ses yeux, d’ordinaire si fiers, sont chargés de folie, le Blue Warrior perd ses nerfs et se jette sur Mime qui n’a pas le temps de réagir.
Le futur Guerrier d’Eta est cogné d’une droite à la pommette, immédiatement fendue. Sous le choc, Mime commence à tomber au sol. Alexer redresse alors l’homme en perdition par un crochet du gauche qui fracture les côtes de l’asgardien et le soulève en l’air.
Alexer attend patiemment que Mime retombe en direction du parterre pour le réceptionner d’une magistrale reprise de volée du pied en plein visage qui repousse Mime dans le mur d’où vient de sortir Alexer. L’impact est si puissant que Mime passe au travers et atterrit à son tour hors du château.
Alexer affiche un air narquois et suffisant après sa nouvelle victoire sans s’apercevoir qu’au seuil de porte du logement de la riche famille chez laquelle il s’est infiltré, l’attend Siegfried.

Le bel asgardien arbore sa magnifique musculature et la contracte à mesure qu’il concentre sa cosmo énergie.

Face aux mines rassurées des occupants, Alexer comprend qu’un autre gêneur l’a retrouvé.
Il se retourne en direction du protecteur d’Hilda :
Alexer - " Incroyable ! Tu as survécu à l’Orbe Bleue… "
Il recroqueville son bras devant lui pendant que son visage est défiguré par la furie :
Alexer - " … Mais cette fois je vais y mettre toute ma hargne ! "
Le virulent sibérien achève tout juste sa phrase que déjà Siegfried pointe son doigt aux pieds de son adversaire :
Siegfried - " Je ne t’en laisserai pas le temps. Que l’Epée d’Odin te transperce : Odin Sword ! "
Le fils de Piotr ne peut réagir que déjà son corps est soulevé et martelé par de fines lames mêlées au cosmos destructeur du futur Guerrier Divin d’Alpha.
C’est seulement quand son supplice cesse que l’homme vêtu d’un pantalon blanc et de bottes aux lacets arrachés dégage sa plus puissante force destructrice. Il gonfle sa poitrine et replie ses coudes en arrière pour déployer deux jets de cosmos dont les effluves prennent la forme de deux dragons qui s’entremêlent :
Siegfried - " Et maintenant, le coup de grâce : Dragon Bravest Blizzard ! "
Sans qu’il puisse revenir au sol, les Flammes du Dragon frappent Alexer en pleine poitrine puis le repoussent hors du Walhalla en arrachant le plafond et les nombreux autres étages du palais, ne laissant retomber au sol de la chambre ravagée que quelques morceaux de l’armure du Blue Warrior ainsi que des gravats et autres matériaux.


Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

A l’étage, au-dessus de la salle du trône, autour du trou par lequel Apodis a été projeté, deux autres brèches se forment pour faire entrer ses adversaires.

Désormais sur le toit du Parthénos, les trois Saints exposent leurs silhouettes à la foule en alerte par les diverses secousses venues du palais d’Hébé.


Depuis les villages, le peuple est ameuté par la tentative d’assassinat des athéniens qui ont désertés le reste de la cité.
Les jeunes apprentis de l’île, désormais instruis par les soldats du Sanctuaire, à l’esprit formaté par la politique du Grand Pope, commencent à douter sérieusement lorsque les injures de leurs parents envers les athéniens viennent à pleuvoir.
« Que ce soit avec ma fourche ou avec mes poings, il est hors de question que je laisse notre Majesté Hébé sans défense ! », s’écrie un villageois avant d’être suivi par un autre : « Cette situation a bien trop longtemps duré. Ils nous privent de nourriture, s’attaquent à nos femmes et mentent à nos enfants. ». « Ils nous ont trop longtemps privé de notre liberté, et tout ça pour quoi ?! Ils trahissent le traité de paix que nous avons docilement ratifié en dépit de toutes les concessions que nous avons faites. », rajoute un autre.
Un véritable rassemblement populaire s’opère. Réunissant même des mères de famille et des vieillards.
En grimaçant, ne pouvant contenir la fureur de leurs aînés, les nouveaux soldats hébéïens se rendent à l’évidence, ils ne peuvent renier leurs racines. Ils suivent le mouvement, en marche vers le Parthénos.


Au sommet du temple, Apodis recroqueville son visage sous ses bras, attendant les attaques couplées de Lena et Anikeï.
Il patiente pour que le nuage de condensation provoqué par la rencontre des deux arcanes adversaires soit évaporé.
Aussitôt, Lena reconnaît le cosmos aux couleurs rayonnantes de l’arc-en-ciel d’Apodis l’entourer.
Lena - " Tu espères contrer nos attaques en évaporant l’eau et la glace grâce à la chaleur de ta cosmo énergie. C’est une bonne astuce. Elle aurait même pu être efficace si ton corps n’était pas déjà autant affecté. Parce qu’en annihilant les effets de nos arcanes, tu accrois ta force, toutefois ton corps ne peut plus supporter un tel cosmos. "
Sur sa chair, les coupures naissantes donnent raison à Lena, la peau meurtrie d’Apodis ne supporte pas cette accumulation d’énergie. Le sang d’Apodis coule à flot.
Cependant, le Saint n’abdique pas. Il maintient sa concentration. Son cosmos s’embrase davantage jusqu’à ce que l’effluve de celui-ci dessine dans son dos l’animal emblème de sa constellation. Lena abandonne son rictus provocateur :
Lena - " Tu l’auras voulu. Dans ce cas Anikeï et moi-même allons t’achever. "
Anikeï approuve en poussant lui aussi son cosmos à son paroxysme. Les arcanes chargés de toute leur puissance destructrice foncent sur Apodis :
Lena - " Diamond Dust ! "
Anikeï - " Znyshchennya Kita ! "

Tout à coup, Apodis écarte les bras, tel un oiseau déployant grand ses ailes, prêt à recevoir les coups de glace et d’eau.
Néanmoins, au moment de l’impact, sans se mélanger, l’eau et la glace s’enroulent autour d’Apodis provoquant un tourbillon à l’intérieur duquel il semble prisonnier.

Au bout de quelques secondes, Anikeï et Lena s’échangent un regard ahuri, comme pour assurer à l’autre qu’il n’y est pour rien dans cette réaction extraordinaire.
Leur surprise est d’autant plus grande, lorsqu’ils entendent Apodis prononcer le nom de son arcane puis de voir la tempête de glace et d’eau être précipitée contre Anikeï :
Apodis - " Wing Jikan No Yoyu ! "
Le Battement d’Aile Majestueux de l’Oiseau de Paradis devient une tempête qui emporte haut dans le ciel Anikeï, en retournant contre lui les forces conjuguées des trois arcanes. Le souffle du vent est si impressionnant qu’il est impossible d’entendre les hurlements de douleur de l’ukrainien dont le corps retombe après s’être envolé à des dizaines de mètres. La chute est si grande qu’il traverse le toit du Parthénos pour retomber au beau milieu de la salle du trône où la bataille fait rage.


En effet, plus bas, les soldats athéniens tombent tour à tour, sous les cosmos des trois Alcides bien décidés à ne pas abandonner Hébé.
Evitant le corps des leurs, Pullo et Cliff, les anciens soldats d’Apodis, avancent au milieu des cadavres de leurs équipiers pour mieux menacer Hébé. Ils persévèrent après avoir été renvoyés en arrière par les chocs cosmiques des Alcides.
Cependant, la chair à canons athénienne est suffisamment nombreuse pour que la réussite de leur progression ne fasse aucun doute.


Au-dessus d’eux, Apodis a du mal à se maintenir sur pieds. Son bras gauche, précédemment gelé par Lena, le fait horriblement souffrir après l’effort sensationnel qu’il a été obligé de faire pour exécuter le Wing Jikan No Yoyu.
Encore estomaquée, Lena reprend petit à petit le sourire derrière son masque :
Lena - " Prodigieux ! Il n’y a pas d’autres mots. Je reconnais bien là les capacités d’Orphée de la Lyre à travers son élève. Tu as réussi à dompter nos cosmos à Anikei et moi-même pour les retourner grâce au tien. Malheureusement, le Battement d’Aile Majestueux est une technique de vent que tu ne peux projeter que dans une seule direction. En l’occurrence, tu ne pouvais pas nous avoir en même temps. Et dorénavant, ton corps souffre terriblement de l’énergie que tu as été obligé d’invoquer pour ne te débarrasser que de l’un de nous. "
A peine visible derrière son visage rougi de sang, Apodis ne désespère pas :
Apodis - " Qu’importe ! J’ai mis hors de combat le plus puissant de vous deux. Tu n’es plus qu’une partie de plaisir à présent que tu es seule. "
Touchée par les propos acerbes de son adversaires, Lena serre les poings :
Lena - " Comment ?! Attends, tu vas voir ?! "
Furieuse, elle se jette sur Apodis qui pare du mieux qu’il peut les coups de poings chargés du cosmos glacial de la jeune femme. Petit à petit son armure se détériore. Aveuglé par le sang qui coule dans ses yeux, Apodis profite d’un instant de clairvoyance pour contrer Lena avec un crochet du droit en pleine tempe. Choquée, elle vacille. Apodis profite de l’occasion pour sauter jusqu’à elle afin de la prendre de hauteur et frapper avec sa seule main valide sur le sommet de son crâne, la renvoyant à son tour à l’intérieur du temple.


A Asgard, derrière le temple Walhalla :

A quatre pattes de l’autre côté du parvis du Walhalla, dans la cour arrière où il a atterri, Alexer observe les gouttes de son sang tomber de son front et de son thorax au plastron fissuré.
L’hémoglobine est aussitôt absorbée par la neige qui habille le sol marbré fissuré par sa chute.
Durant de longues secondes, il reste ainsi positionné, le regard vide, absorbé par les blessures qui lui ont été infligées.

Dans le décor blanc aux reliefs montagneux couverts de poudreuses, accompagnés de hurlements de loups, Fenrir apparaît au sommet d’une colline. Accompagné de sa meute pour guetter les mouvements de l’intrus, il ne passe pas pour autant à l’offensive.

Soudain, une pointe solide et froide pique la nuque d’Alexer. Une voix féminine et autoritaire accompagne cet évènement :
Hilda - " Ne bouge plus Alexer ou bien tu es mort ! "
Tenu en joug par la lance d’Hilda, Alexer abandonne la politesse et tutoie la prêtresse :
Alexer - " Après t’être cachée, Hilda, tu m’attaques dans le dos, en traître. "
Hilda - " Le seul traître ici c’est toi. Tu projettes de te retourner contre ton père, contre le Sanctuaire. Ton acte ne peut être toléré. Tu dois être arrêté et jugé pour cette rébellion. "
Alexer - " Hilda… Je te le dis encore une fois. Ton peuple mérite mieux et tu le sais. N’as-tu pas lu dans ses yeux l’espoir d’un monde meilleur lorsque j’ai tout à l’heure annoncé l’objet de ma venue ? "
Hilda avale sa salive en grimaçant. Il est vrai qu’elle a ressenti un certain malaise tout à l’heure. Cependant, en aucun cas elle ne peut remettre son rôle en question, ni celui des siens.
Ce moment de doute profite à Alexer. Il se retourne à vive allure et utilise sa vélocité pour prendre par surprise la Prêtresse d’Odin. Il saisit sa lance et la lui arrache des mains en tirant fort dessus.
Conduite par l’élan, la belle princesse est attirée vers l’avant, sans défense.
Alexer arbore son habituel sourire en coin et s’apprête à frapper du tranchant de la main le frêle cou de la belle autochtone.
Il est aussitôt contré par Siegfried qui pare le geste avec son genou.

Alexer effectue un salto arrière et se réceptionne sans difficulté pour se mettre en position d’attaque.
Siegfried écarte les bras pour faire écran devant sa maîtresse :
Siegfried - " Tu peux remercier ton armure. Sans elle tu n’aurais pas survécu au dernier assaut. "
Alexer - " Ne fanfaronne pas guerrier d’Odin. Je n’ai pas encore dis mon dernier mot. Je me suis laissé avoir trop de fois aujourd’hui mais je compte bien y remédier. Après t’avoir mis hors d’état de nuire, je m’emparerai du pouvoir à Asgard en éliminant ta chère Hilda. Ainsi je réunifierai Asgard et Blue Graad sous mon seul nom et conduirai les peuples des royaumes du grand nord sous le soleil. "

Une voix aigue venue du toit d’un donjon interpelle le Blue Warrior.
Siegfried identifie grâce à sa chevelure améthyste l’homme dont elle provient :
Alberich - " Explique-moi comment tu comptes t’y prendre alors qu’il reste encore bien des adversaires pour t’en empêcher ? "
Depuis les portes du palais qui débouchent sur les jardins arrières, arrivent Syd et Mime qui soutiennent par-dessus leurs épaules Thor.
Les trois hommes, titubant et couverts d’hématomes, lèvent les yeux vers les collines lointaines où Fenrir attend impatiemment d’être le dernier rempart de sa Majesté.
Derrière eux, Hagen, maintenu debout par Freiya, suit le mouvement.
Enfin, de plus en plus de soldats se joignent au rassemblement.

Alberich saute depuis le donjon jusqu’au sibérien. Le craquement de la neige sous le poids de ses bottes lacées jusqu’à ses genoux, accompagne les hurlements des loups de Fenrir, unique son dominant la contrée depuis plusieurs minutes.
Son court survêtement bleu ciel, ceinturé à la taille, passant par-dessus son maillot et son pantalon blanc, est tâché de plasma qui ne semble pas être le sien. A mesure que son cosmos se concentre dans sa main droite, une arme cristalline se matérialise :
Alberich - " Désormais tu es seul, tes hommes ont péri sous la lame de mon Epée Flamboyante. "

Alexer est une nouvelle fois tenu en joug, Hilda somme immédiatement ses hommes :
Hilda - " Qu’on le mette aux arrêts ! "
D’autres guerriers armés de haches et de lances viennent encerclés l’hériter de Blue Graad.
A mesure qu’ils avancent, Hilda prononce son arrestation :
Hilda - " Prince de Blue Graad, moi Hilda de Polaris demande votre mise au cachot sous haute surveillance pour meurtre, tentative d’assassinat envers de hauts dignitaires du royaume d’Asgard y compris ma propre personne, pour rébellion envers le Sanctuaire et pour tentative de coup d’état envers le royaume d’Asgard et envers Blue Graad. "
A mesure que les soldats resserre l’étau autour d’Alexer, celui-ci se met à rire :
Alexer - " Et ma sentence ? La mort je présume ? "
Il incline légèrement sa tête en direction de la princesse de Polaris qu’il regarde avec une grande défiance :
Alexer - " Je suis un patriote. C’est pour nos peuples que je fais cela. Je ne mourrai pas avant d’avoir réussi ce que nos peuples attendent depuis des millénaires. Je suis l’élu, celui qui les conduira là où le soleil réchauffe le c½ur. "

Illico, l’attroupement autour d’Alexer se fige.
Les hommes, y compris Alberich, se raidissent et des cristaux de glace se forment sur leurs corps, les enveloppant peu à peu et les rendant bientôt prisonniers.

Autour d’Alexer, sa cosmo énergie forme une réelle sphère de glace dans laquelle il est enveloppé, dissimulant complètement son corps :
Alexer - " Que tous mes sens soient au summum de leurs perceptions, qu’ils se surpassent pour atteindre l’ultime cosmos, que l’Orbe Bleue ravage mes adversaires… "
Des rayons lumineux gravitent autour du noyau d’énergie qui s’est formé autour de lui. Ils balaient les hommes congelés en les faisant voler en poussière.
A l’intérieur de sa prison de glace, l’Honoo no Ken d’Alberich dégage l’énergie du désespoir du pauvre garçon pour le libérer à temps grâce aux flammes de son épée.
Heureusement car Alexer libère enfin son arcane :
Alexer - " … Blue Impulse ! "

Sans se concerter, l’ensemble des soldats capables de frapper de leurs cosmos une cible, s’en prend à l’Orbe Bleue pour la faire imploser.
Heureusement, les cosmos plus conséquents des futurs Guerriers Divins s’additionnent à ceux des gardes.
Alberich, lui, préfèrent reculer pour se protéger du choc au vu de la courte distance où il se trouve.
Mime use de son cosmos pour restaurer son instrument et utilise les cordes de sa lyre pour les enrouler autour de la sphère afin de l’atténuer :
Mime - " Stringer Requiem ! "
Maintenant, Thor, Hagen, Syd et Siegfried peuvent aider Mime à comprimer la masse d’énergie :
Thor - " Titanic Hercules ! "
Hagen - " Great Ardent Pressure ! "
Syd - " Viking Tiger Claw ! "
Siegfried - " Dragon Bravest Blizzard ! "

Voyant les protecteurs d’Hilda mal partis, Fenrir du haut de sa position choisit de protéger la princesse de Polaris en retour de leur précédente rencontre :
Fenrir - " Wolf Cruelty Claw ! "

Seulement, les efforts restent vains et la vague de froid menace d’imploser.

Devant l’engagement de toutes ses troupes Hilda ne peut rester impassible. Elle choisit de joindre ses forces en dressant sa lance contre l’Orbe Bleue afin d’y confronter ses propres forces.

La fusion des forces asgardiennes parvient enfin à faire le poids et à contenir l’explosion de froid qui se contente de se résorber dans l’atmosphère… Ne laissant qu’un petit cratère dans le parterre marbré.

Siegfried réalise immédiatement :
Siegfried - " C’était une diversion ! Alexer tient trop à son projet pour risquer de se faire emporter par sa propre attaque. Il a profité que notre attention soit focalisée sur son Blue Impulse pour s’éclipser à la vitesse de la lumière. A l’heure qu’il est, il doit être loin désormais ! "


En Sicile, au Mont Etna :

Sous un soleil de plomb, au sommet de la colline, Deathmask, torse nu, bras croisés, peine à rester concentré.

Devant lui, Mei démontre les facultés acquises depuis bientôt six ans.
Seulement, à l’intérieur de la bâtisse où ils élisent domicile, Epione attire l’½il masculin du régional de l’étape.
En toute conscience, la Saint de bronze du Serpent se promène en tenue d’Eve dans les diverses zones d’ombre qu’offre la demeure, passant régulièrement d’un mouvement sensuel les mains sur son corps pour ramasser les gouttes d’eau qui perlent sur sa peau.
Face à une telle chaleur, même le discipliné japonais a l’esprit dissipé par le comportement d’Epione.

L’attitude de son élève gêne le Cancer :
Deathmask - " Allons Mei, ça suffira pour aujourd’hui. "
L’apprenti s’exécute et approche son professeur en remontant son maillot, pour essuyer la sueur qui coule de son front.
A l’ombre d’un rocher, il n’arrive toujours pas à détourner son regard de la belle jeune femme, s’attirant la curiosité de son mentor :
Deathmask - " Elle est belle n’est-ce pas ?! "
Mei confesse, les joues empourprées :
Mei - " Quel homme peut assurer savoir résister à une femme si belle ? "
Le Saint d’or pose sa main affectueusement sur le crâne de son élève :
Deathmask - " Aucun j’avoue. "

Un long silence laisse planer une ambiance complice entre les deux hommes jusqu’à ce que Mei choisisse de le briser :
Mei - " Elle vous a attendu vous savez. "
Deathmask - " Pardon ?! "
Mei - " Epione, chaque jour elle n’a cessé de mentionner votre nom, n’aspirant qu’à vous retrouver. "
Avec une pointe de regret dans l’intonation, Deathmask confesse :
Deathmask - " Je suis un homme, avec mes forces mais aussi et surtout mes faiblesses. Tu ne peux imaginer les faiblesses de mon âme et le mal qui a pu en résulter. Aujourd’hui j’ai quelqu’un pour m’absoudre de mes péchés. Ne pas céder à la tentation c’est pour moi une victoire. Une preuve que je peux devenir l’être bon que mon ange gardien pense que je suis. "
Mei - " J’ai du mal à croire que vous puissiez faire le mal maître. Mais je reconnais volontiers que depuis votre retour du Sanctuaire vous paraissez comblé. Vous êtes mon mentor, je dirai même plus, vous êtes comme un père pour moi. Vous savoir heureux m’emplit de joie. "
Deathmask le regarde du coin de l’½il, masquant la satisfaction d’une telle annonce.


Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

L’étau se resserre autour d’Hébé. Elle-même repousse les efforts des fidèles du Grand Pope.
Au détriment de leur force, les athéniens bénéficient de leur quantité pour focaliser toutes les attentions sur eux.
Alors que retombe à ses pieds Lena juste après Anikei, le Saint du Toucan, le rustre Taishi, choisit de profiter de la concentration d’Hébé sur ses hommes pour attaquer de toutes ses forces :
Taishi - " Beak Bone ! "
Du poing de Taishi, tel un toucan fendant l’air bec en avant, la technique du Bec Osseux fonce en direction du c½ur d’Hébé.

Apodis qui arrive depuis le toit assiste impuissant à la scène.

La force de frappe du rugueux japonais éclate le torse de sa victime, éclaboussant les Alcides, pris au dépourvu, de sang. A l’hémoglobine se mêlent quelques morceaux de métal, correspondant à une Cloth.
La salle toute entière semble s’être immobilisée. Seul le râle horrible de l’être blessé retentit.
Sous son masque, Baucis Alcide de la Biche de Cérynie est la première à s’alerter :
Baucis - " Philémon ! Non ! "
Le petit et toujours souriant grec s’écroule aux pieds d’Hébé, le torse maculé de sang, l’armure en miettes.
Hébé, protégée de justesse par la bienveillance du Saint du Lièvre, réagit aussitôt en projetant une vague de cosmos contre Taishi.
Le Saint du Toucan est sauvé par le sacrifice d’un de ses hommes qui est désintégré par le cosmos divin. Immédiatement, d’autres soldats relancent les offensives auxquelles Juventas et ¼dipe font face, seuls, pendant que Baucis pleure en serrant fort Philémon dans ses bras.

Le vacarme assourdissant de la bataille réveille Philémon. Tout en crachant du sang, il garde son expression fort joyeuse en s’adressant à la femme de sa vie :
Philémon - " Je crois bien que je ne pourrais plus t’exaspérer à présent. "
Baucis - " Ne dis pas de sottises, tu vas t’en sortir. "
Philémon - " Bordel… Je souffre tellement que j’aimerai te donner raison. "
Baucis - " Pourquoi avoir fais cela ? "
Philémon - " Tu l’avais dis, malgré l’amour que nous nous portions en tant qu’homme et femme, notre rivalité de Saint et Alcide devra passer avant tout. Et c’est parce que je suis convaincu qu’il ne peut y avoir de rivalité entre Athéna et Hébé, Saint et Alcide, que j’ai choisi de croire en l’amour. Ce n’est plus l’histoire d’une guerre entre Hébé et Athéna, il s’agit ici d’une guerre du bien contre le mal. Et je refuse de croire que la femme que j’aime est du côté du mal. Alors j’ai choisi. "

Furieux, Taishi choisit de punir Philémon et Baucis en relançant à nouveau son Beak Bone.
Apodis refuse de laisser le japonais répandre davantage le mal :
Apodis - " Taishi ! "
Toutefois c’est la voix féminine de Lena qui lui répond :
Lena - " Diamond Dust ! "
Avec l’énergie du désespoir, Lena, à peine debout, attaque Apodis dans son dos. Trop diminué, l’Oiseau de Paradis ne peut qu’encaisser la Poussière de Diamant.
Là encore, un sauvetage in extremis se produit. Le sacrifice d’un homme encore une fois.

Le corps couvert de givre, le caporal d’Apodis, Pullo, celui qui fut son premier instructeur, s’écrase lourdement au sol.
Méconnaissable, Apodis s’accroupit difficilement et ironise :
Apodis - " Même toi Pullo tu protèges le traître. "
Pullo - " Je refuse de laisser mourir un de mes anciens sous-fifres en traître. "

L’élève de Lena, Carina, insiste impuissante à toutes ses morts. Bouleversée par les propos de Philémon, elle est effarée par l’attaque en traître de son professeur en laquelle elle a tant cru jusqu’à aujourd’hui.

Apodis ignore tout des combats qui se déroulent autour de lui, il est trop affecté par le geste de Pullo :
Apodis - " C’est vrai que tu m’en as fais baver. Tiens le coup, n’oublie pas qu’après tes exploits dans l’armée athénienne le Pope t’a promis une terre. Tu pourras y profiter durant ta retraite dans les villages reculés du Sanctuaire. "
Le vétéran, devenu aveugle après la courte guerre contre Arès il y a quelques années, ne perd pas son franc parlé :
Pullo - " Si tu veux mon avis, je pense qu’un autre en profitera. Le voyage s’arrête ici pour moi. "
Apodis ne dit rien, ses larmes nettoient quelque peu son visage.
Pullo - " Tu as toujours été un bon gamin et tu es devenu un excellent sergent. Que tu ais tort ou raison de te soulever, je m’en moque. Survis, c’est tout ce que je te demande. Survis et vient me dire dans plusieurs dizaines d’années, si cette terre qui m’était promise est fertile ou non. "
Apodis - " Je survivrai, je te le promets. "
Pullo, prêt à rendre son dernier souffle, empoigne le bras d’Apodis. Celui-ci en profite pour l’accompagner dans la mort avec quelques douces paroles :
Apodis - " Ce fut un honneur pour moi de combattre à tes côtés Pullo. Tu as été pour moi bien plus qu’un instructeur et un soldat. Athéna peut être fière de toi. Et moi… Et moi… Et moi je t’aime Pullo, je t’aime comme un fils peut aimer un père. "
Les mains du caporal se desserrent, son visage sourit, s’illumine même, puis son thorax gèle sous la Poussière de Diamant avant d’éclater en morceaux cristallins. Seul le c½ur d’Apodis cogne encore. Il cogne de plus en plus fort. A mesure qu’il se redresse, les battements de celui-ci résonnent jusqu’à Lena, coupable du meurtre de son ami.
La colère d’Apodis se change en rage, une rage qui coule dans ses veines depuis sa naissance et de laquelle transpire sa toute puissance.
Tel un rapace fonçant sur sa proie, Apodis concentre toute sa fureur sur le Saint de la Boussole :
Apodis - " Frantic Fury ! "
A une vitesse proche de celle de la lumière, Apodis éclate la poitrine de la jeune femme sous les yeux de Carina, son ancienne élève.

La compagne du Seigneur Crystal tombe sur le dos, le corps immobile.
Comme Cliff qui se précipite sur le cadavre de Pullo, Carina vient prendre Lena dans ses bras. Elle lui ôte son masque de femme chevalier pour mieux l’aider à respirer :
Carina - " Maître Lena ! Maître Lena ! "
Malgré le sang qui jaillit de sa bouche à chaque souffle, Lena tient à offrir ses derniers mots à son élève :
Lena - " Ne… Ne pleurs pas Carina… Je meurs en ayant accomplie mon serment auprès du Pope. Néanmoins… Néanmoins j’ai bien vu que toi aujourd’hui tu as… Tu as douté de ses véritables intentions… "
Carina - " Je suis désolé maître. Désolé d’avoir ternie votre réputation en refusant de vous suivre davantage dans cette tentative de déicide. Je vous en prie, ne dites plus un mot, je vais vous soigner. "
Lena - " Non… Non… Il est trop tard… Et… Et sache que je ne t’en veux pas. Tu as les défauts et les qualités de la jeunesse. Aujourd’hui j’ai vu comme tu es une jeune femme réfléchie et au grand c½ur. Tu doutes de la sincérité du Pope et d’Athéna lorsque ceux-ci vont à l’encontre de ce qu’ils prônent, l’amour et la justice. Désormais je peux… Je peux le dire, l’élève a dépassé le maître. J’ai suffisamment confiance en toi pour savoir que, quel que soit ton choix, ce sera le bon. Va au bout de tes rêves et de tes engagements pour un monde de paix… Va… Va ma chère Carina… "
Ainsi, dans le brouhaha des combats, s’achève la vie du Saint de bronze de la Boussole.

Pendant ce temps, Taishi tente désespéramment d’achever Philémon et Baucis.
C’est sans compter sur l’intervention de ¼dipe des Oiseaux du Lac Stymphale qui repousse le japonais à chaque tentative grâce à son Psycho Crusher.
Le Saint du Toucan parvient malgré tout à ses fins car en concentrant l’attention d’¼dipe, il permet au reste de l’armée athénienne d’avancer de plus en plus près de Juventas et d’Hébé.
Les cadavres de cette marée humaine commencent à tomber aux pieds du trône de la déesse.


Dans un village de l’est du Sanctuaire, à Fóvos :

Les allées sont désertes dans le village de Fóvos.
Seules quelques tavernes desquelles s’échappe le son de quelques champs barbares rappellent que la zone est habitée.

Brigands, hors-la-loi… Ce bourg du Sanctuaire ne manque pas de délinquants.
Les prisons du domaine sacré ne les effrayent pas, ils les connaissent de fond en comble.

Depuis l’accession au poste de général de Gigas, ces vandales sont concentrés ici sous la surveillance du Trio Argenté composé de Dio, Sirius et Algethi, en réserve de missions suicides pour lesquelles le Pope leur promet leur réhabilitation.

Les derniers villageois ont fini par déserter ce lieu de non droit, abandonnant leurs maisons et leurs cultures.
Ainsi, dans une demeure abandonnée, Nicol rejoint sur le toit sa camarade Yulij :
Nicol - " La nuit arrive à peine et déjà tu guettes les étoiles. "
Yulij - " Du fait de mon jeune âge, je n’ai pas eu la chance d’apprendre auprès de maître Arlès aussi longtemps que toi. Mais s’il y a bien une chose que j’ai retenue de lui, c’est observer les étoiles pour anticiper les changements que celles-ci provoquent sur le destin. "
Nicol - " Et que te disent les étoiles ? "
Yulij - " Plus rien hélas. Les étoiles murmurent de moins en moins, à mesure que les ténèbres du Sanctuaire obscurcissent leur éclat. "
Nicol - " J’ai peut-être un moyen de chasser les ténèbres. J’ai vu comment pénétrer dans le jardin de ce chevalier d’or qui retient la Cloth de l’Autel. "
Yulij - " Quiconque s’en approche meurt à petit feu. Comment comptes-tu t’y prendre ? "
Nicol - " Le sang du Saint est l’antidote à son poison. Si je parviens à absorber son sang et à le garder en moi, je parviendrais à gagner l’armure. "
Yulij - " Cela implique également le fait de vaincre ce Saint. Tu y as pensé ? "
Nicol - " Evidemment. "
Yulij - " C’est de la folie. Aussi fort sois-tu devenu, tu ne parviendras jamais eu niveau d’un Saint d’or. "
Nicol - " Alors que faire ?! Devons-nous rester cachés ici toute notre vie en attendant de voir le Sanctuaire détruire les valeurs qui ont bâties la paix en ce monde ?! "
Yulij - " Il existe peut-être une solution. "
Nicol - " Tiens donc. Et laquelle est-ce ? "
Yulij - " Star Hill ! "
Nicol - " Star Hill ?! Tu parles bien du pic rocheux le plus élevé au monde, dépassant aisément l’Everest et ses huit mille huit cent quarante quatre mètres d’altitude ?! "
Yulij - " Exactement. C’est là que se rend en principe le Pope pour observer les mouvements des étoiles à partir desquels il établit des prophéties. Peut-être que là-bas je saurai mieux lire les étoiles. "
Nicol - " Je suis désolé de te dire ça mais seuls les Popes sont censés avoir le droit d'y aller, et de toutes façons peu de gens possèdent les capacités nécessaires pour atteindre le sommet. "
Soudain, une idée vient à l’esprit de Nicol :
Nicol - " Star Hill, il s’agit du lieu où la Terre est plus proche du ciel et, par déduction, de l’Olympe ! "
Emerveillée par la sagesse et la culture de son ami, Yulij en déduit :
Yulij - " Comme je te connais, tu as une idée derrière la tête. "
Nicol - " Exactement. Vaincre un Saint d’or ne me sera pas possible. Il ne reste qu’une seule solution. Implorer les dieux. Zeus a confié la Terre à notre déesse Athéna il y a des millénaires. L’enseignement religieux reçu par Arlès m’a permis d’identifier certaines choses qui ne trompent pas. Parmi elles, le fait qu’aucun prêtre ni aucune prêtresse ne soit entré en relation avec Athéna depuis maintenant treize ans. "
Yulij - " Tu sous-entends qu’Athéna n’a jamais été réincarnée en notre époque ? "
Nicol - " Si, elle a été réincarné, je me souviens de notre maître m’annoncer son arrivée imminente quelque temps avant qu’il ne disparaisse. Seulement, aujourd’hui, elle doit, soit être manipulée par le Pope, soit être absente du Sanctuaire. "
Yulij - " Tu espères atteindre l’Olympe ? C’est de la folie ! Et quand bien même tu y arriverais, tu serais immédiatement désintégré par les dieux, pour avoir l’impudence d’oser les invoquer. "
Nicol - " Je n’ai pas d’autres choix. La fatalité a eu raison de mon projet de récupérer l’armure sacrée de l’Autel. Il ne me reste plus que cette solution. "

La jeune femme tourne le dos à son camarade, furieuse envers lui de s’entêter à poursuivre un projet aussi périlleux.
Toutefois, le fier élève d’Arlès n’en démord pas :
Nicol - " Je comprends que ma décision puisse ne pas te convenir. Néanmoins la mémoire de notre maître se doit d’être honorée et la paix sur Terre préservée. Je partirai demain matin à l’aube. "
Yulij craque et se jette dans les bras de Nicol. Sous son masque coulent ses larmes tandis que sa voix est tiraillée par le chagrin :
Yulij - " J’ai peur. J’ai peur qu’il t’arrive malheur, que tu ne reviennes pas. Tu es ma seule famille. Depuis mon enfance, je n’ai vécu qu’avec maître Arlès et toi. Tu es comme mon frère, je ne supporterai pas de te perdre. De me retrouver seule… "
Nicol la saisit par les épaules et lui sourit chaleureusement :
Nicol - " T’es-tu déjà sentie au moins une fois seule depuis la disparition de notre maître ? "
Elle répond par une rotation négative de la tête. Son aîné poursuit :
Nicol - " Moi non plus. Et tu sais pourquoi ? Parce que le cosmos bienveillant d’Arlès de l’Autel continue de veiller sur nous par delà la mort elle-même ! "
Sa main caresse affectueuse les fins cheveux de sa s½ur d’adoption puis il conclut :
Nicol - " Tâchons maintenant de passer une bonne nuit. Demain sera un jour déterminant. "


En Sibérie, au beau milieu d’un désert de glace :

A mi-chemin entre Asgard et Blue Graad, au milieu d’un voile brumeux et d’un ciel capricieux duquel une épaisse neige tombe abondamment, un point rouge tremblote.
Alexer se tient la poitrine au plastron émietté et perd énormément de sang de ses nombreuses plaies :
Alexer - " Je ne m’attendais pas à rencontrer des asgardiens aussi puissants. Quel gâchis de ne pas pouvoir les prendre sous mon aile...  "
Ses blessures lui infligent quelques troubles de l’équilibre et il chute face en avant dans l’épais coton blanc.

Son corps s’engourdit, il se sent partir avec tant de facilité que la mort lui semble être une aubaine.
Son premier revers va finalement être son dernier. Il se remet à penser à la dernière fois où il s’était trouvé dans une telle position, il y a cinq ans. Après un dur entraînement, Ksénia vint le sauver d’une mort certaine. Dès lors il lui promit de conquérir le monde et d’en faire sa reine. Ksénia… N’est-ce pas en raison de son plan de coalition avec Asgard qu’il se retrouve aujourd’hui de retour dans la condition dans laquelle elle l’avait pourtant sorti.
Néanmoins, sa bouche remplie d’hémoglobine s’ouvre en grand pour arborer un sourire de plaisir, durant ces années où il a tout donné pour son projet, il a été heureux, comblé.

Comme si elle lit dans ses pensées, en dégageant une douce chaleur, toute de blanc encapuchonnée, apaisant par sa cosmo énergie Alexer, Ksénia apparaît.
Cette situation similaire à leur première rencontre rend Ksénia nostalgique. Avec son délicieux accent slave, la jeune russe demande :
Ksénia - " Est-ce tout ? Tes promesses s’arrêtent donc ici ? Dans un désert de glace où personne ne te retrouvera jamais ? Abandonnant ton royaume ? "
Alexer reste couché dans la neige. Il ouvre les yeux pour lui répondre, le regard vide :
Alexer - " J’ai perdu dix hommes aujourd’hui. J’ai réussi à fuir. Mais à quel prix ? Je suis dans un état de santé lamentable. J’étais parti chercher de l’espoir à ramener à mes soldats. Je vais revenir affaibli, leur griser leur moral. C’était ton plan, un plan foireux. "
La belle jeune femme défait son voile et l’abandonne au vent. Elle arbore sa courte jupe qui la protège à peine du froid et son visage radieux embelli par son tatouage rose en forme de c½ur sous l’½il gauche. Puis elle s’allonge sur le dos du Blue Warrior, ne craignant pas la dureté du métal de sa Cloth ni le plasma qui s’en échappe.
C’est seulement lorsque sa tête est collée à lui qu’elle lui murmure :
Ksénia - " En ton absence tes Blue Warriors ont réussi à s’infiltrer dans le château sans trop d’efforts grâce à plusieurs salves d’attaques réparties sur l’ensemble de la citée. Vous êtes en égalité numérique désormais. Il ne reste plus qu’à porter le coup de grâce. Hilda et Odin se mordront les doigts de ne pas t’avoir suivi. Tu n’es plus qu’à un pas du succès. "
La chaleur corporelle et la douceur de la peau de Ksénia additionnés à ses propos ravivent la flamme qui brûlent dans les yeux d’Alexer :
Alexer - " Mes hommes auraient espéré une supériorité plutôt qu’une égalité. "
Ksénia - " Contrairement aux soldats de ton père, les Blue Warriors t’ont toi ! De plus, si tu le désires, je peux également t’apporter l’homme qui fera toute la différence. "
Alexer ne dit rien. Il clôt de nouveau ses paupières et affiche une mine réjouie. Il affectionne tant l’étreinte de Ksénia qu’ils restent accolés de la sorte de longues minutes.

Il se décide seulement à réagir lorsqu’il sent Ksénia s’impatienter en aspirant à plein poumon l’air glacé :
Alexer - " Amène-moi cet homme. Il est temps que je prenne mon trône. De plus, le grand cataclysme ne devrait pas tarder ! "


A Asgard, derrière le temple Walhalla :

Tout le monde est resté dans l’arrière cour à s’interroger sur les suites à donner à de tels évènements.
Quelques guerriers pleurent la mort des leurs, tandis que ceux mal en point sont amenés à l’intérieur du château pour être couverts et bénéficier de quelques soins.
Les artisans des villages ont déjà été appelés en renfort pour venir suppléer les serviteurs du palais qui essaient de réparer les nombreux dégâts du Walhalla désormais investi par le froid.

Au sommet de la colline, Fenrir choisit de repartir pour la forêt de Loki sans avoir adressé la parole à qui que ce soit, estimant avoir accompli aujourd’hui son devoir de protecteur de la princesse de Polaris.



Alors qu’il coulait des jours heureux en compagnie de la charmante Lilith, Aphrodite ne se doutait pas qu’il avait montré la voie aux élèves d’Arlès. En effet, ceux-ci espéraient plus que tout étaler au grand jour la disparition de leur maître en récupérant sa Cloth retenue prisonnière à Dignity Hill.
Pendant que la bataille faisait rage à Yíaros, des plans d’attaque se préparaient donc au Sanctuaire mais aussi en Sibérie.



52
Only for Love / Chapitre 36 - Le début des hostilités
« on: 29 September 2012 à 16h21 »
Je venais de passer des instants de plaisirs charnels et émotionnels intenses, sans me douter que mon armée officiait derrière mon dos.
Je croyais avoir trouvé le salut dans les bras de Juventas, ignorant qu’une nouvelle période d’effroi allait détruire mon quotidien.
Asgard brillait pour sa résistance, je sombrais dans le choix de mon appartenance…



Chapitre 36 - Le début des hostilités

Sur l’île d’Yíaros :

Dans sa maison, Juventas et Apodis ont gagné la couche. Recroquevillée dans les bras de son ancien ennemi, elle abandonne bien vite son allégresse.
Comme Apodis, ses yeux s’écarquillent. Ils ressentent un choc cosmique qui ébranle le palais. Ils ramassent leurs affaires puis, avant qu’elle ne réajuste son masque, Juventas dévisage Apodis avec fureur :
Juventas - " Tu m’as occupé ! Tu t’es servi de moi ! "
Enfin, elle ne lui laisse pas le temps de s’écrier que c’est faux, elle détale à toute allure.


Seuls quatre soldats hébéïens ont réussi à fuir l’invasion athénienne. Ils courent rejoindre leur déesse pour lui servir de dernier rempart, poursuivis par le reste des troupes athéniennes, Pullo et Cliff, les soldats d’Apodis, en tête malgré leurs doutes.
De tous les côtés, les soldats débouchent dans la salle du trône où une lumière aveuglante les reçoit.

La lumière résulte des efforts de Taishi du Toucan, Anikeï de Cassiopée, Lena de la Boussole et Carina de la Carène du Navire pour venir à bout d’Hébé.
Celle-ci est contrée par l’arrivée inespérée d’¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale. Sa voix gronde dans l’air :
¼dipe - " Psycho Crusher ! "

Sans mal, l’Ecraseur Psycho d’¼dipe contient les forces des quatre chevaliers de bronze
¼dipe - " Pardonnez moi Majesté, je n’ai pas pu retenir la masse. J’ai donc choisi de venir vous servir de dernier rempart. "

En bas de l’estrade où sont positionnés Hébé et ¼dipe, Taishi et les siens se relèvent de colère.
Tout autour d’eux, athéniens comme hébéïens ne lèvent plus les armes. Ils sont absorbés par ce qui se produit sous leurs yeux devinant que les évènements à venir bouleverseront leurs vies à jamais.

Les quatre Saints d’Athéna se concentrent à nouveau, ¼dipe les imite. Les chocs des cosmo- énergies créent quelques éclairs qui foudroient certains soldats spectateurs.
Soudain, la tension est stoppée nette par l’arrivée commune au beau milieu des deux camps de Philémon Saint du Lièvre et Baucis Alcide de la Biche de Cérynie, vêtus de leurs armures.
Philémon - " Ca suffit ! "

Le meneur athénien s’exclame :
Taishi - " Tu tombes bien Philémon ! Avec un Saint de plus nous allons faire pencher la balance ! "

Une nouvelle voix calme ses ardeurs :
Juventas - " Il me semble que tu te vois gagner trop facilement. "
L’Alcide des Juments de Diomède rejoint Philémon et Baucis au centre.

Apodis ne tarde pas à la rejoindre au pas de course, saisi par les évènements…


A Asgard, au temple Walhalla :

A l’intérieur du palais, dans la grande salle de réception, les sujets de la famille de Polaris s’activent à amener, servir et débarrasser boissons et nourritures à l’homme d’Europe de l’est.
Malgré la chaleur dégagée par les nombreuses cheminées qui alimentent la résidence princière, Alexer n’a retiré aucun vêtement.
Habitué à se nourrir de ses maigres prises de chasse, il touche à peine le copieux festin qui lui est offert. Il se contente le plus souvent de rester les doigts entremêlés, à contempler Hilda assise en face de lui au bout d’une longue table.

Debout derrière la fidèle d’Odin, Siegfried défie sans cesse le cosmos hostile d’Alexer.
Freiya, elle, en toute insouciance, reste attablée aux côtés de sa s½ur et déguste les fabuleux mets proposés.
Hilda semble moins enjouée de partager son dîner avec Alexer :
Hilda - " Vous ne mangez pas beaucoup Prince. "
Alexer - " Mon estomac s’est accoutumé de très léger repas. Profiter de ce banquet qui m’est dressé, alors que mon peuple meurt de faim, serait un manque de respect à leur égard. Heureusement, j’ai grande hâte que notre union permette à celui-ci de découvrir les joies d’une collation digne de ce nom. "

Hilda ne répond rien. Elle se lève de table et se dirige vers les grandes fenêtres de la pièce pour observer le parvis du Walhalla où attendent les dix soldats d’Alexer.
Ceux-ci sont encerclés par autant d’asgardiens, avec lesquels ils semblent échanger des propos défiants.

Tout en tournant le dos à son hôte, elle déclare sèchement :
Hilda - " Il n’y aura pas d’association de nos forces pour la simple et bonne raison que la place du peuple d’Odin est, et a toujours été, à Asgard. "
Une telle déclaration, provoque un sourire non dissimulé sur les lèvres de Siegfried, tandis qu’Alexer sourcille immédiatement, cessant dans l’instant de déguster le vin qui lui a été versé dans une coupe en or.
Un long silence accompagne la déclaration d’Hilda, installant par la même occasion un climat embarrassant.

Eprouvant cet ennui, Freiya choisit de quitter la table en renvoyant les domestiques, laissant Hilda en seule compagnie de Siegfried et Alexer.

Le fils du monarque, reste calmement assis sur sa chaise sans dire un mot, jusqu’à ce qu’ils soient enfin seuls.
Hilda profite de la discrétion pour poursuivre ses aveux :
Hilda - " Souvent j’implore mon dieu de récompenser par un meilleur climat notre peuple, car  continuellement je me maudis de retenir ici mes gens, dans des conditions défavorables. Seulement, j’obtiens pour seule réponse qu’il en est ainsi de la volonté du grand Odin, que c’est un honneur qui nous est fait de veiller au maintien des pôles de cette planète, sans quoi le monde serait sous les eaux. Nous sommes des héros, des braves perpétuellement meurtris, mais des braves indispensables à l’équilibre de ce monde et cette seule pensée suffit à mon peuple pour faire abstraction de ses maux. "
Alexer sort enfin de son mutisme :
Alexer - " Vraiment ? Vous êtes vous déjà réellement demandé comment votre peuple perçoit son rôle de martyr ? Il m’a pourtant semblé lire de l’espoir dans les yeux de vos sujets à l’annonce de mes desseins. "
Siegfried perd patience :
Siegfried - " Tu oserais remettre en question les affirmations de sa Majesté Hilda ? "
Alexer - " Sans doute possible, oui ! "
Hilda essaie d’apaiser la tension :
Hilda - " Siegfried, je t’en prie, chacun est libre d’exprimer ses impressions… "
Alexer fait un clin d’½il en guise de moquerie, à l’attention du futur Guerrier Divin.
Toutefois, Hilda poursuit en faisant tapoter ses doigts que les carreaux de la baie vitrée :
Hilda - " … Maintenant, il me semble que la mission première de Blue Graad est de veiller sur le passage secret reliant la surface à Atlantis. Une tâche qui importe énormément à son souverain Piotr, d’après les éloges qui m’ont été faites de lui. Je ne suis pas convaincue que cette idée de ligue soit des plus appréciée par ses soins. De plus, comme vous le disiez précédemment Prince Alexer, il incombe à l’un comme à l’autre de nos royaumes de s’unir dans des intérêts communs. Depuis toujours, les intérêts de nos communautés sont d’assurer la paix dans ce monde et ce sous la coupe d’Athéna. Dans le cas où l’un de nos royaumes serait menacé de ne plus pouvoir défendre ces intérêts, il est du devoir de l’autre de lui venir en aide. Vous ne verrez donc aucun inconvénient à ce que je m’assure que le Roi Piotr soit au fait de vos actes malveillants et que, s’il le fallait, je lui fasse parvenir toute l’aide dont il aurait besoin pour les enrayer. "
Le cynisme des propos de Hilda provoque l’hilarité d’Alexer :
Alexer - " Allons jolie princesse, de quels moyens disposez-vous donc pour tenir de tels propos ? L’armure des Blue Warriors m’a reconnu comme son propriétaire, un être possédant toutes les vertus pour rivaliser avec les plus grands chevaliers du Sanctuaire alors qu’Odin n’a pas rappelé les armures divines depuis des millénaires. Etre sous la coupe des Blue Warriors aurait permis aux asgardiens, orphelins de Guerriers Divins, d’entrer dans l’armée la plus puissante sur cette Terre. "
Siegfried pointe son doigt en direction d’Alexer :
Siegfried - " Tu te prétends bien fort Blue Warrior, laisse-moi donc te montrer, que même sans armure, un asgardien peut prétendre rivaliser avec toi. "
Alexer vexe Siegfried en dénonçant sa condition :
Alexer - " Voyons soldat, crois-tu qu’un homme de mon rang peut accepter d’affronter en ce lieu sacré un homme issue du bas peuple ? "
Siegfried serre les dents :
Siegfried - " Du bas peuple ? Comment oses-tu ? Sais-tu au moins à qui tu t’adresses ? "
Alexer - " Bien évidemment, tu es Siegfried de Dubhe, descendant du légendaire Siegfried pourfendeur du dragon de Fafnir… "
Siegfried affiche toute sa fierté à une telle annonce, jusqu’à ce qu’Alexer achève sa phrase :
Alexer - " … Mais qu’est-ce qu’un héritage d’un temps révolu face à un roi d’aujourd’hui ? "
La prêtresse prend illico la défense de son général :
Hilda - " Un fils de roi pour être précis ! "
Alexer abandonne progressivement son allure sereine et concentre toute sa cosmo énergie dans son bras droit, pour mieux la projeter à l’encontre de la princesse. Ses belles paroles abandonnent toute trace de commodité :
Alexer - " Bien ! Tu ne me laisses pas le choix Hilda ! "
Une sphère d’énergie fonce sur Hilda qui ne se laisse pas surprendre. Elle pointe sa lance en direction du cosmos hostile et la fait imploser en dégageant par l’intermédiaire de l’arme sa propre aura.
L’onde de choc est si grande que l’ensemble des vitraux du palais et autres objets en cristaux volent en éclat. Les murs tremblent et le mobilier se renverse.


Dehors, l’attention des Blue Warriors est retenue. Ils comprennent ainsi le refus d’Asgard et usent de l’effet de surprise pour rapidement massacrer les dix asgardiens qui les accompagnaient.


En haut, Alexer choisit de réitérer sa tentative, cela sans compter sur la réaction de Siegfried, qui fait de son corps un bouclier devant la femme de ses rêves.
Les bras croisés devant le corps, Siegfried est soufflé en direction des vitres brisées et retombe sur le parvis du Walhalla où les dix asgardiens baignent dans leur sang.

Alerté par les dégâts, Hagen qui attendait derrière la porte de la salle de réception, fait irruption dans la pièce et se jette dans un corps à corps contre Alexer.
Malheureusement, Hagen ne fait pas mieux que Syd et Thor. L’ensemble de ses coups est parfaitement esquivé :
Alexer - " Durant toutes mes années d’entraînement dans le froid sibérien, j’ai appris à repousser mes limites, à surpasser l’ensemble de mes sens et à atteindre un niveau supérieur à celui des cinq sens composant les caractéristiques d’un être humain normalement constitué. "
Essoufflé par tous ses mouvements inutiles, Hagen demande :
Hagen - " Parlerais-tu de celui qui sublime les cinq sens ordinaires ? Celui qui provient du dépassement de soi ? Le septième sens ? "
Alexer - " Evidemment. "
Une telle annonce ne fait qu’allumer le foyer qui brille dans les yeux de Hagen, des flammes aussi intenses que le deviennent les émanations de son cosmos. A la vitesse de la lumière, comme si son état de fatigue s’est dissipé, Hagen surgit devant Alexer qui n’a pas le temps de broncher et lui décoche une violente droite en plein visage, le repoussant à quelques mètres de la fenêtre détruite.


Sur la place du Walhalla, Siegfried, les vêtements complètement déchirés, se relève sans difficulté au milieu des dix Blue Warriors.
Il arrache donc ce qui lui reste de son maillot pour arborer son athlétique torse et ainsi se libérer de ses frusques gênants ses mouvements :
Siegfried - " Vous me faîtes perdre mon temps ! Dégagez ! "
Seuls quelques éclats de rire bien prétentieux viennent lui répondre.


A l’étage, le vent glacial s’est engouffré par toutes les brèches provoquées par la précédente confrontation des cosmos d’Alexer et Hilda, si bien que l’ensemble des feux de cheminées est amoindri.
Néanmoins, malgré le froid insinué dans les appartements, l’ambiance est chaude dans la salle de réception du Walhalla.
Freiya s’est précipitée auprès de sa s½ur, pour s’assurer de sa santé après les violents heurts ressentis à travers tout le domaine. Ensemble, elles prennent la fuite sous l’escorte de plusieurs gardes.
Alexer sourit honteusement en s’essuyant le filet de sang qui coule de sa bouche :
Alexer - " Tu m’as bluffé soldat. Je ne pensais pas que tu puisses toi aussi maîtriser le septième sens. "
Hagen choisit de répondre mais il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que déjà il se voit contraint de parer un coup de pied adressé sur son flanc droit. Il rétorque par le même geste en direction du visage de son adversaire, mais Alexer se baisse et passe dans le dos d’Hagen pour invoquer son arcane :
Alexer - " Blue Impulse ! "
Le noyau de cosmos de l’Orbe Bleue engloutit complètement le corps de Hagen avant de prendre la direction des cieux. De là-haut, l’Orbe Bleue s’atténue au fil des kilomètres parcourus, pour mieux laisser le corps retomber au loin dans la forêt de Loki, marqué de sang et sans vêtements.

Alexer observe son adversaire disparaître à l’horizon, puis s’engage dans les immenses couloirs du palais à la recherche des princesses de Polaris.


A l’extérieur, Siegfried vient d’achever un second Blue Warrior, en le frappant du tranchant de la main derrière la nuque.
Un troisième soldat enchaîne les coups de poings, sans pour autant inquiéter Siegfried qui bloque chaque tentative.
Deux autres hommes l’attaquent dans le dos, sans compter sur la vivacité et l’acuité sensorielle du futur Guerrier Divin qui effectue un saut dans les airs pour les éviter.
Toutefois, le bel homme n’a de cesse de lever la tête en direction du palais, inquiet pour sa bien-aimée.
Heureusement, les renforts ne tardent pas à arriver et relayent le garde du corps de la prêtresse d’Odin. Une vingtaine de soldats arrivent au compte-gouttes ainsi qu’Alberich, resté en retrait jusqu’ici, pour affronter les huit Blue Warriors restants.


Sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos :

Apodis, Philémon, Baucis et Juventas sont entre les deux camps, au milieu des hordes d’athéniens et de la déesse Hébé.

Les femmes s’approchent sans hésiter de leur déesse, laissant ainsi les deux hommes de leurs vies faire leur choix.
Apodis tourne sur lui-même, effaré par cette réunion des forces armées pour laquelle il n’a même pas été consulté. Il grimace en avalant sa salive lorsqu’il remarque que même Pullo et Cliff, ses fidèles soldats, ont agi sans l’en informer.
Apodis - " Athéniens, mes frères, qu’est-ce que ceci ? Avez-vous perdu la raison ?! "

Dominant les cohortes, Taishi expose la situation :
Taishi - " Il s’agit d’un ordre du Pope. Le blasphème fait à Athéna en laissant Hébé vivante n’a que trop duré ! "
Apodis - " Et tu as jugé bon de lancer une offensive sans m’avertir, moi, un sergent, autant responsable que toi sur cette île. "

D’ordinaire, le leadership d’Apodis aurait soulevé le c½ur des troupes. Malheureusement, en cet instant, tous le dévisagent avec indifférence. Le solide japonais en a conscience :
Taishi - " Nous autres sergents, Anikeï, Carina, Lena et moi-même, avons jugé bon de ne pas compter sur vous, Philémon et toi-même, pour cette mission. Vous êtes tombés en disgrâce auprès de nos hommes, après avoir noué des liens avec ces chiens d’hébéïens ! "

Philémon ne bronche pas, il n’a pas le courage de lever la tête vers le visage masqué de Baucis, sa bien-aimée.
Apodis, lui, ne se désarme pas :
Apodis - " Quel mal y a t’il à aider un peuple à se reconstruire après qu’il ait pris conscience de ses fautes ?! Ces gens sont des êtres humains, comme moi, comme vous, qui ont tous perdus des êtres chers. Aucun d’entre eux n’est soldats, les guerriers ont tous été vaincus sur cette île. Martyriser des innocents aurait-il dû être le comportement adapté ?! Je suis convaincu que mon défunt fils et ma défunte mère, victimes de cette Guerre Sainte, ne seraient pas de cet avis ! "
Les belles paroles du Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis n’émeuvent, hélas, personne, si ce n’est du côté des hébéïens.

L’aînée des chevaliers est pressée de connaître la décision d’Apodis et Philémon :
Lena - " Nous avons perdu assez de temps. Il est temps de choisir votre camp. "
L’amante du Seigneur Crystal lance un ultimatum que les forces en présence s’empressent de voir résolu.

Le Saint du Lièvre échange un regard lâche à Apodis, puis, tête baissée rejoint les siens aux côtés de Lena.

Le grec tend faiblement la main vers son compatriote :
Apodis - " Phi… Philémon… Non… "

Désormais seul contre tous, Apodis est rongé par le doute. Dans sa mémoire l’image sordide de son enfant et de sa mère baignant dans le sang se mêle aux instants passés aux côtés des courageux hébéïens, de Juventas et de sa fille.

L’Oiseau de Paradis est perdu dans ses songes. Cela en devient trop long pour le Toucan :
Taishi - " Pfft… Hésiter entre la mémoire des siens ainsi que sa déesse et entre ces renégats… S’en est trop. Soldats ! J’ordonne la mise à l’arrêt d’Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis et sergent de l’armée d’Athéna pour haute trahison ! "

Philémon et Carina serrent les poings à l’annonce d’une telle décision, pendant que Cliff et Pullo dissimulent, comme ils peuvent, leur tristesse devant leur supérieur déchu. Ils sont fidèles à Athéna et par conséquent, ils ne peuvent lutter contre les choix du Grand Pope.
Derrière son masque de femme chevalier, Juventas grimace, comprenant le dilemme auquel son amant doit faire face à présent, s’en voulant même de l’avoir un instant cru complice de ce coup d’état.

Le regard dans le vague, Apodis ne remarque même pas que cinq soldats se sont détachés des troupes pour l’encercler.
Menacé par les lances qui le tiennent en joug, Apodis repense aux confessions du soldat mourrant qu’il a découvert sur une plage à l’est d’Yíaros il y a plusieurs mois.
L’homme à l’agonie évoquait une garde spéciale du général des armées athéniennes qui agit de sang froid, sans la moindre valeur morale. Une garde au nombre de membres croissant de façon exponentielle, afin d’éradiquer les plus réfractaires envers la politique du Grand Pope. Une garde faite de mercenaires et qui serait à l’origine de cette Guerre Sainte contre Hébé, en orchestrant les premières tensions.
« Mais que faire ? Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance. Puis Juventas me croit complice de tout ceci. Les hébéïens ne défendront pas un de ceux qui les a opprimés. De l’autre côté, le Sanctuaire se retournera contre moi, je serai seul contre tous… », constate le malheureux chevalier. Jusqu’à ce qu’il s’offusque : « Et mes valeurs ?! La mémoire de ma famille, ceux qui croient en moi et… Et la justice ?! Non, je refuse de suivre Athéna et le Grand Pope, contre tous les idéaux pour lesquels je suis devenu Saint. Je serai châtié, déchu et sûrement tué, mais je ne peux me résoudre à abandonner Juventas, les hébéïens et tout ce qu’ils m’ont apporté. »
Ses yeux reprennent vie, leur donnant ainsi une teinte rouge sanguine, comme celle qui illuminait les prunelles de son ancêtre Tenma.
C’est alors qu’il finit d’être convaincu. En observant ses cinq inquisiteurs, il reconnaît sur chacun d’eux, à des endroits différents pour chacun, le même tatouage que celui porté par l’athénien de la plage sur l’avant-bras. Une tête de mort dans laquelle passe un serpent. La même marque que les hommes accompagnant sans cesse le général Gigas.
« Le détail m’était paru anodin jusqu’ici, mais désormais il confirme les dires du mourrant. La milice crée par Gigas est donc réelle. Il n’y a plus de doute permis ! », se décide-t-il.

Apodis sort de sa réflexion lorsque tout à coup, une main vient saisir une lance athénienne pour en dégager le soldat propriétaire et menaçant.
Le soldat est renvoyé dans ses rangs par Philémon à la surprise générale. Le petit grec aux cheveux hirsute regarde avec un sourire chenapan son compatriote :
Philémon - " C’est de la folie, je le sais, mais je refuse de me battre pour cette politique. Cela va à l’encontre de ma foi de chevalier. "
« Comme je suis ridicule, lui n’a pas attendu d’avoir vent de la milice de Gigas pour comprendre qu’il y avait un problème. », sourit Apodis.
Apodis - " On va se faire massacrer chez camarade. Tu en as bien conscience ? "
Le visage traversé par une cicatrice à hauteur de l’½il gauche, le Saint du Lièvre s’amuse de la situation :
Philémon - " De toute manière, si nous ne mourrons pas aujourd’hui, nous mourrons dans les semaines qui suivent, lorsque le Pope enverra du renfort. "

Pour mettre fin à leurs chuchotements, davantage d’athéniens se détachent pour les encercler tous les deux. Le signal ne tarde pas, Taishi sonne la charge.

Dans la grande salle du trône, la masse athénienne s’élance en direction d’Hébé et de ses Alcides, massacrant au passage ce qu’il reste des soldats hébéïens.

Au milieu de l’avancée athénienne, Apodis et Philémon défont les leurs jusqu’à ce que Anikeï, Lena et Carina viennent les chercher.

Anikeï - " Je t’avais bien dis que mon don de prémonition était juste. Je t’avais prévenu, je t’avais demandé de renoncer à tes mauvaises intentions. "
Apodis - " C’est toi-même qui m’as dis te voir mort dans tes visions. Alors ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard, tout ceci est… "
Le Saint de bronze n’a pas le temps d’achever sa phrase qu’il est heurté derrière la nuque par un violent coup de genou de Lena.
La sibérienne profite du déséquilibre d’Apodis, consécutif à son attaque surprise, pour le cogner avec ses deux mains entre les reins. Le chevalier aux cheveux bleus, rebondit une fois sur les dalles marbrées de la salle puis se ressaisit aussitôt.
D’un coup de pied retourné en plein visage du chevalier de la Boussole, il parvient à se remettre face à elle. Néanmoins, il ne peut pas en profiter pour enchaîner, car déjà le Saint de Cassiopée l’en empêche. Anikeï surgit sur le flanc droit d’Apodis. D’une grande agilité, l’Oiseau de Paradis renvoie sa jambe gauche, avec laquelle il a riposté contre Lena dans le sens inverse sans même avoir touché le sol pour prendre son élan. Son talon heurte Anikeï sur le sommet du crâne. Par ce double coup porté sans même reprendre appui, Apodis prouve qu’il est d’ôté d’une musculature très travaillée et qu’il dispose d’un grand sens martial.
Néanmoins, c’est dans ses bras que réside sa principale qualité au corps à corps. Il l’expose sans attendre après qu’Anikeï soit désorienté par son crâne ouvert. Une droite dans les côtes, une gauche dans l’abdomen et un uppercut, toujours du bras gauche, sans avoir à réarmer son bras, soulèvent chaque fois du sol l’ancien disciple d’Albior au physique androgyne, preuve de l’importance de l’impact des coups.
Hélas, Apodis n’a pas le temps de mettre hors combat Anikeï que Lena revient à la charge, le cosmos chargé à bloc :
Lena - " Diamond Dust ! "
Une importante vague de froid repousse Apodis qui a juste eu le temps de mettre son bras gauche en garde. La chute des températures invoquée par la Poussière de Diamant est telle que les soldats athéniens alentours volent en morceaux après avoir été cristallisés.
Apodis, lui, sent son bras s’engourdir si fort qu’il finit par le laisser retomber le long de son corps. Par-dessous son armure, sa peau est bleuie par le froid.
Lena - " Tu ne devrais plus pouvoir te servir de ton bras gauche avant longtemps. "
Au même instant, Anikeï dégage son arcane :
Anikeï - " Znyshchennya Kita ! "
De son poing jaillit un monstre fait d’eau qui éclate contre Apodis. Le bruit du choc est semblable à un éclat de verre. Sur toute sa surface, la Cloth de l’Oiseau de Paradis voit une fine couche de sa matière voler en poussière. Pire, sa peau se craquelle, provoquant une mise à vif de sa chair sur certaines parties du corps.
Apodis pose un genou à terre, le visage souillé par le sang qui s’écoule des fissures de sa peau.
Anikeï est désolé face à l’état de son camarade. Cela dit, il n’a pas le choix :
Anikeï - " Le Znyshchennya Kita, la Destruction de Cetus, est une attaque basée sur le mythe de Cassiopée. Pour conjurer l’offense faite à Poséidon, Cassiopée donna sa fille en sacrifice à Poséidon. Le Dieu des Océans envoya le monstre Cetus, la baleine, contre Andromède. Mon arcane est basé sur ce monstre fait d’eau. "
Le Saint de la Boussole renchérit :
Lena - " Or, le choc de l’eau du Znyshchennya Kita et du froid du Diamond Dust sur ta peau va avoir raison de toi. Ton armure de bronze gèle à partir d’une température inférieure à -150 degrés Celsius. A force de persévérance, ton armure toute entière tombera en morceaux de verres. Ton corps, lui, ne tiendra certainement pas jusque là. Tu vas mourir dans d’horribles souffrances pour avoir voulu t’opposer à notre déesse Athéna. "
Les deux Saints de bronze déclenchent leurs techniques de façon synchronisée. Pris au piège entre les deux vagues de cosmos, Apodis ne trouve d’échappatoire qu’en sautant haut. Néanmoins, une fois dans les airs, l’onde de choc des deux cosmo énergies le déstabilise. Lena profite de l’occasion pour bondir les deux poings en avant dans les airs afin de cogner Apodis en plein estomac. L’élan de Lena projette Apodis jusqu’au plafond dans lequel il s’encastre.
Pendant que Lena retombe sur ses pieds, Anikeï s’élance à son tour pour achever Apodis. Pied en avant, il cogne le Saint de l’Oiseau de Paradis en pleine face et lui fait traverser le plafond pour retomber à l’étage supérieur.
Couché sur le dos, défiguré par ses anciens frères d’arme, le grec ne perd pas espoir et cogite durant ce court répit, pour trouver la parade à la combinaison des forces de la Boussole et de Cassiopée.


A l’étage inférieur, dans la salle du trône, au milieu de l’attroupement devant Hébé, Philémon esquive à grande vitesse les vagues de froid de Carina de la Carène du Navire.
Carina - " Diamond Dust ! "
Philémon fuit à nouveau et apparaît comme d’habitude à proximité de Carina pour la frapper légèrement sans l’intention de la blesser.
Depuis le début du combat, son discours n’a pas changé :
Philémon - " Carina, je t’en prie. Ecoute ton c½ur. Tu ne vois donc pas que cette tentative de déicide est à l’opposé de l’enseignement de chevalier que nous avons reçu ?! "
Carina - " J’ai reçu mon enseignement de femme chevalier par Lena de la Boussole. Elle est mon mentor et m’a toujours montré le droit chemin. Si aujourd’hui elle vous considère comme des rebelles envers Athéna, elle ne peut se tromper. Diamond Dust ! "
Philémon évite à nouveau et riposte en balayant les jambes de sa camarade avec la sienne avant de poursuivre :
Philémon - " Toi-même tu m’as fais part de tes doutes lors de notre arrivée ici. Et bien avant de venir sur Yíaros ton maître disait ne pas réaliser cette politique du Sanctuaire. Je ne comprends pas enfin, tu as été envoyé en Egypte sur nos terres conquises contre des dieux hostiles et toi-même tu t’es déclarée outrée par l’attitude de notre armée sur place. Les ordres viennent de la même personne que ceux qui nous ont été donnés à l’attention des hébéïens. Cette Guerre Sainte dépasse les fondamentaux de la chevalerie. "
Carina s’acharne contre Philémon en tentant un uppercut en se relevant. Le petit grec bloque le poing de Carina et le serre si fort qu’il la met au supplice, à genoux :
Philémon - " Je suis certains que cette Guerre Sainte dépasse même Athéna. Si nous allons au bout de ces ordres qui émanent du Sanctuaire alors nous ne serons plus dignes d’être des Saints. "
A cette annonce, Carina relâche la pression de son poing, renonçant ainsi au combat. Touchée directement par Philémon, elle s’étonne de voir son camarade lui sourire, loin d’être rancunier envers elle.


En Grèce, à l’extrême nord/ouest du Sanctuaire :

La belle Lilith et le divin Aphrodite approchent une zone de plus en plus désertée. Si bien, que le chevalier d’or lui confesse :
Aphrodite - " Ici tu peux ôter ta capuche, personne ne te verra. "
Elle s’exécute en levant les yeux droit devant elle, émerveillée :
Lilith - " Mais… Où sommes nous ? "
La jeune femme aux cheveux lilas découvre, à flanc de montagne, de multiples temples en ruine qui en entourent un autre, plus imposant. Tous sont laissés à l’abandon. L’état de délabrement est tel, qu’une partie de ces ruines est immergée et qu’une autre est envahie par la végétation, dense et florissante. Des courts d’eau viennent agrémenter le décor idyllique.

Sans obtenir de réponse de la part d’Aphrodite, la jeune femme s’engage dans un champ de fleur. Elle y  tournoie, tournoie, rit et finit même par pleurer, heureuse de cette liberté retrouvée.
Soudain, son attention est figée sur une statue représentant un homme et Athéna, encore enfants.

Aphrodite explique alors à Lilith :
Aphrodite - " Il s’agit d’Abel. Jeunes, avant qu’Abel ne veuille purifier la Terre, Athéna et lui étaient très proches. Puni par Zeus lui-même, l’existence d’Abel fut reniée par la plupart et son sanctuaire interdit par Athéna elle-même. Nous sommes à Dignity Hill, là où personne n’est venu depuis les temps mythologiques. "
Lilith - " Personne hormis nous. "
Aphrodite - " Je suis chargé depuis plusieurs années par le Pope d’une mission en ce lieu. Bien évidemment, je ne me suis jamais approché du temple principal… "
Il pointe du doigt le plus imposant palais qui semble avoir été le seul épargné par les ravages du temps :
Aphrodite - " … Le Temple de Corona, temple d’Abel. Ca serait un réel blasphème contre les dieux de vouloir s’en approcher. "
Lilith - " Une mission ?! Ici ?! "
Aphrodite - " Je ne peux pas t’en dire plus. "
Il pointe dans une autre direction un champ de roses :
Aphrodite - " La seule chose que je te demande, c’est de ne pas approcher cette zone. "
Une légère bourrasque venant du champ en question vient jusqu’aux narines de la jeune femme. Lilith sent un parfum troublant, déstabilisant. A la fois stimulée et affaiblie, elle s’effondre dans les bras d’Aphrodite qui la réceptionne sans difficulté :
Lilith - " Que m’arrive-t-il ? "
Le bel homme sourit chaleureusement :
Aphrodite - " Tu es sous l’effet de mes roses. Leur odeur désinhibe tous tes sens, à tel point que tu t’en retrouves désorientée, partagée par un sentiment d’extrême excitation malgré ton incapacité de mouvement, le rétrécissement de ton champ de vision et la concentration de ton odorat et du goût sur le seul parfum de mes fleurs. "
Lilith - " Pourquoi… Pourquoi m’avoir amené là ? Souhaitez-vous finalement me voir mourir ? "
Aphrodite confesse :
Aphrodite - " Je dois avouer que ton existence est désormais un danger pour le Sanctuaire. Ta survie au traitement du Pope et de Deathmask pourrait lever le voile sur des choses qui dépassent ton imagination. Te tuer aurait été la plus raisonnable des décisions. Seulement Deathmask s’est attaché à toi. Puis moi aussi. Au point que je te vois entourée d’une aura bienfaitrice, belle et chaleureuse. Aussi admirable, non, plus admirable encore que ce jardin que je garde secret et dans lequel je laisse mon esprit vagabonder les jours où je me sens seul. "
Lilith - " Etes-vous réellement si seul que ça Aphrodite ? "
Aphrodite - " Par précaution, je me suis crée une barrière autour de ma beauté, refusant de la souiller pour quiconque. A tel point que les roses que je cultive par l’incandescence de mon cosmos deviennent aussi repoussantes que mon ego. "

De plus en plus absorbée par l’effet aphrodisiaque des roses du chevalier, Lilith laisse ses bras tomber le long de son corps.
Lilith - " Voilà pourquoi vous allez me faire mourir ici chevalier d’or ? Parce que vous avez le sentiment que je vous ai offensés ? "
Aphrodite baisse timidement les yeux en soufflant :
Aphrodite - " Tu n’y es pas. Je veux simplement t’offrir ce magnifique décor en remerciement de ta douce présence. Cependant, tu ne pourras pleinement en profiter tant que mon champ de roses continuera de pulluler ici. "
Il soulève le corps déjà étendu dans ses bras et continu de progresser jusqu’au plein milieu du champ. Les épines des tiges chatouillent délicatement ses chevilles plutôt que de les lui griffer.

Les sens et la conscience libérés de toute entrave, Lilith essaie d’attraper de ses lèvres celles du suédois. Hélas, sa tentative est vaine, trop épuisée par le parfum.
Aphrodite arbore une mine satisfaite tandis qu’elle perd connaissance. Il se mord volontairement la lèvre pour laisser apparaître une légère marque de sang.
C’est seulement à cet instant qu’il offre le baiser qu’attend la jeune femme.
Celle-ci, d’abord amorphe, revient petit à petit à elle jusqu’à finalement être pleinement lucide et étreindre davantage le Saint.
Leur baiser devient plus langoureux, le sang d’Aphrodite servant de contrepoison, Lilith est de plus en plus entreprenante. Agenouillée, dominant par sa taille un Aphrodite assis sur son postérieur, elle commence à dégrafer sa toge.
Cependant, le bel homme se veut plus distant :
Aphrodite - " Si mon sang te sert d’antidote, il n’enlève pas moins l’effet désinhibant de mes roses. Je ne souhaite pas corrompre ton esprit. Le but de cette journée est pour moi de contempler les deux choses plus belles qu’il m’est donné de réunir, ce sanctuaire et toi. "

Cette sincérité dans les propos d’Aphrodite convainc Lilith de défaire entièrement sa robe :
Lilith - " Alors dans ce cas, si ton objectif pour aujourd’hui est d’admirer, je te laisse le soin de le faire de la meilleure des façons. "

Etonnamment, les épines ne blessent pas plus Lilith qu’elles ne blessent Aphrodite. Aussi douces que les pétales qu’elles portent, les tiges de ces roses baignent les deux amis dans un champ de coton au paysage idyllique.

Les heures passent. Et tandis que les deux promeneurs discutent, allongés côte à côte, observant les nuages voguant dans le ciel illuminé par un soleil majestueux, l’attention de Lilith se focalise sur un étrange relief sous la verdure du jardin.
A la place de quelques tiges épineuses, d’énormes ronces recouvrent un objet à l’apparence cubique. Cet aspect, elle le connaît. Il est semblable à celui de la Pandora Box qu’elle a déjà vu dans la demeure du Cancer. Il n’y a pas de doutes, le jardin d’Aphrodite dissimule une Cloth.


Plus haut, sur la colline qui surplombe le champ, un jeune homme à la carrure digne d’une statue grecque reste à observer les deux camarades avec discrétion.
Ses cheveux châtains clairs ébouriffés et son visage marqué d’un âge aussi avancé, voir plus, que celui des Saints d’or laisse présager à sa tenue, celle d’un apprenti Saint, tous les symboles d’un raté.
En effet, il est rare de trouver des apprentis avoisinant les vingt-cinq ans sans qu’ils ne soient devenus Saints, soldats ou serviteurs à cet âge.

Cependant, au-delà de sa tenue négligée, son visage raffiné trahit les préjugés que quiconque pourrait avoir au premier regard.

Soudain, l’inconnu se met en position de combat en direction d’un rocher derrière lui.
Heureusement, la présence qu’il détecte n’est autre que celle d’une connaissance. Une femme au visage dissimulé sous un masque. Ses cheveux longs, blancs grisonnants, descendent dans son dos jusqu’à son postérieur et tombent en de fines mèches sur sa poitrine habillée d’un maillot kaki. Son court short de même couleur permet à ses longues et fines jambes de présenter leur belle apparence tandis que ses chevilles sont lacées par ses escarpins.
D’un ton amical, la demoiselle, Yulij, est formelle :
Yulij - " Les étoiles sont claires, c’est toi qui l’a dis. Il n’y a plus de doutes à ce sujet. La Cloth de notre défunt maître est ici Nicol. "
Ce à quoi répond le susnommé :
Nicol - " Et c’est ce Saint d’or qui la garde. Dans ce jardin maudis. "
Yulij - " Quand nous l’aurons récupéré, nous pourrons faire éclater la vérité au Sanctuaire. "
Nicol - " En effet. Nous pourrons confirmer que celui qui se fait passer pour le frère du Grand Pope sous l’identité d’Arlès de l’Autel, notre maître, est un usurpateur ! "



Athénien ? Hébéïen ? Qu’étais-je resté ou qu’étais-je devenu ?
Il me fallait faire un choix, celui de la foi ou celui de l’amour ?
J’ai décidé de suivre la voix que Netsuai m’avait poussé à défendre en devenant Saint.
Et si au Sanctuaire la piste suivie par le mystérieux Nicol et son acolyte Yulij annonçait beaucoup de rebondissements, moi je suivais la justice, pour l’amour. Seulement pour l’amour.
Le même pour lequel les asgardiens affrontaient les Blue Warriors.


53
Nous y étions, nous rentrions dans une nouvelle ère.
Au Japon, de jeunes chevaliers allaient s’affronter lors d’un tournoi, pour obtenir… Une armure d’or.
Alors que l’annonce de l’ouverture, en date du 17 septembre 1986 de la Galaxian War allait être faite, Saga ordonnait l’attaque d’Yíaros.



Chapitre 35 - De nouvelles batailles à travers le monde

Sur l’île d’Yíaros :

10 septembre 1986.
Le soleil n’est pas encore levé, que les précipitations ne cessent de noyer les occupants de l’île jusqu’aux os.
Le vent souffle si fort qu’au sud, sur le port désormais rénové, l’unité athénienne chargée de vider un bateau venu du Port du Destin a été balayée par une vague gigantesque. Trois hommes ont ainsi été rappelés à la mer et sont portés disparus.
La coque du vaisseau, ne cesse de venir heurter les quais, ennuyant ainsi les équipes qui déchargent les vivres.

Plus loin, entre les deux chaînes de montagnes qui offrent le seul détroit permettant d’accéder à l’île, Taishi attend seul, à l’abri des regards, une marchandise particulière.
Objet qui ne tarde pas à arriver en la personne de Ptolémy dont l’identité est dissimulée sous son masque et sa soutane marron.
Taishi se courbe légèrement devant son supérieur, le Saint d’argent se contente de l’informer :
Ptolémy - " Sa majesté le Grand Pope espère que tout est en place. "
Taishi - " Ça l’est. "
Ptolémy - " Bien. Dans ce cas, tu as ordre d’agir immédiatement. Renvoie un messager au Sanctuaire pour nous informer du bon succès de ta mission. "
Taishi tape légèrement avec son poing contre la partie de sa Cloth couvrant son c½ur, puis tend son bras en direction de son supérieur :
Taishi - " Entendu Saint de la Flèche. "
Ptolémy rend au chevalier du Toucan le même signe, puis repart en direction du navire qui lèvera bientôt l’ancre.


Au royaume d’Asgard, sur l’Autel du Destin :
 
Sept mois ont défilé depuis les incidents provoqués par la fuite de Rhadamanthe et de Myu en direction des terres du sud.
La vie a repris son cours à Asgard depuis, une vie faîte de prières envers le Seigneur Odin pour la princesse Hilda qui ne sort jamais sans la protection de son fidèle lieutenant, Siegfried de Dubhe.
Postée sur l’Autel du Destin, son habituel pont situé au sud du domaine, la belle souveraine vêtue de sa longue robe azur joint son cosmos bienfaisant à ses douces paroles à destination de son dieu.

Voici maintenant deux semaines que la météo est agitée. Aux fréquentes tempêtes de neige, se joignent de violentes avalanches.
Hilda craint qu’un danger les menaces de nouveau et met tout en ½uvre pour calmer la colère d’Odin.

Siegfried reste debout, les bras croisés, à observer sa douce princesse invoquer les forces divines.
Ses yeux brillent de mille feux et sa gorge s’assèche, comme chaque fois où il contemple celle pour laquelle il ressent un amour sans bornes.
Seulement, comment peut-il oser jouir d’un tel plaisir, alors que son rôle est d’être le plus impartial possible pour elle. Telle est ce sentiment de culpabilité qui le ronge chaque jour qu’Odin fait.

Cette torture permanente cesse lorsque la prêtresse achève enfin ses invocations.
Elle avance d’un pas délicat jusqu’au bel asgardien qui attend là depuis des heures, à peine couvert, malgré les rudes conditions climatiques.
Epuisée par les efforts que lui demandent de si longues prières, elle titube et se tient la tête pour tenter de contenir sa migraine.

À l’approche de son lieutenant, elle remarque que celui-ci n’a qu’une hâte, venir la soulager de ses maux. Hilda lui passe alors sa main sur sa mâchoire contractée. Malgré l’air dur que se donne Siegfried, la princesse de Polaris remarque que cette caresse le gêne :
Hilda - " Voyons Siegfried, mon geste d’affection te dérange-t-il à ce point ? "
Siegfried baisse aussitôt la tête et se tient au garde à vous :
Siegfried - " Absolument pas Majesté. Je réagis de la sorte uniquement parce que je ne me considère pas comme digne d’une telle attention. Après les tourments que vous endurez pour nous, je me sens bien ridicule de recevoir ainsi votre bénédiction. "
Hilda - " Pourquoi en serait-il autrement quand l’homme qui veille sur moi depuis mon enfance passe des heures à subir les morsures du froid pour s’assurer qu’il ne m’arrive rien ? "
En demandant cela, Hilda réalise aussitôt les égards bien plus que loyaux que lui voue son sujet. Siegfried est davantage embarrassé. Il baisse encore plus bas la tête.
Hilda lui cueille alors ses mains gelées et les réchauffe de son cosmos bienfaisant. L’aura chaleureuse de la représentante d’Odin soulève davantage le c½ur de son ami et lui arrache par la même occasion des larmes.
Ne trouvant pas au fond de lui le courage d’avouer ses sentiments à Hilda, Siegfried s’obstine à scruter la neige qui couvre le sol polaire.
Incapable, en raison de son statut d’assurer la réciprocité de son affection, Hilda vient poser sa tête contre le torse robuste de son chevalier :
Hilda - " Je suis épuisée Siegfried. Le retour au château va être long et pénible. "
Le robuste enfant du pays glisse alors avec prévenance sa main gauche dans le dos d’Hilda, tandis que son bras droit force derrière les genoux de celle-ci afin qu’elle se laisse porter :
Siegfried - " Laissez-moi partager votre fardeau. "
Tenant ainsi la princesse dans ses bras, Siegfried consume à son tour sa cosmo énergie afin d’apaiser l’objet de ses obsessions.

Soutenue par tant d’énergie, Hilda niche son visage dans le col de l’admirable guerrier et, à peine lucide, lui baise le cou, lui arrachant au passage un timide sourire.


Plus loin, dans la forêt de Loki, Syd et Thor constatent involontairement la scène durant une partie de chasse :
Syd - " Quand va-t-il trouver la force de lui avouer sa passion ? "
Le géant entoure la tête de son camarade sous son bras et le secoue amicalement :
Thor - "Laisse donc ce couple vivre de son amour platonique ! "
Syd se débat en toute sympathie et se retrouve les fesses dans la neige, ce qui fait exploser Thor de rire.

Vexé, Syd se relève et ramasse la demi dizaine de lapin qu’il a capturé et lacé par les pattes :
Syd - " Tu peux te moquer, en attendant j’ai remporté notre partie de chasse, à cinq lapins contre trois ! "
Thor se défend en souriant :
Thor - " Peut-être, mais j’ai eu un grizzli ! "
Syd - " On a dit que ça ne comptait pas aujourd’hui, seul le petit gibier devait être traqué ! "
Brutalement, les deux amis cessent leur querelle et pivotent en direction du sud, à proximité des frontières du royaume :
Syd - " Tu l’as senti aussi ? "
Thor - " Oui, plusieurs présences s’approchent, dont une disposant d’une cosmo énergie effroyable ! "

Soudain, un projectile fonce sur les deux camarades. Il arrive si vite qu’ils ont à peine le temps de s’écarter en faisant une roulade sur le côté.
L’objet s’échoue juste à l’endroit où ils étaient positionnés.
En reprenant leurs gardes, ils reconnaissent un immense ours à poil blanc. Le colosse s’exclame :
Thor - " Mais c’est… "

La voix du puissant membre du groupe d’intrus prend la relève :
Alexer - " C’est un grizzli en effet. J’ai cru comprendre que cette animal était au centre d’une petite querelle Alors je l’offre au chasseur qui n’en avait pas encore capturé un. Qu’il se rassure, l’animal est mort. "
Syd est directement blessé par une telle apparition. Tout en serrant les dents, il pointe du doigt l’individu couvert d’une Cloth d’un gris bleuté aux contours métallisés, protégeant ses jambes jusqu’au haut des cuisses, entièrement son torse, la ceinture ainsi que ses avant-bras et munie de larges épaulettes à peine cachées sous son épaisse cape en fourrure brune :
Syd - " Qui es-tu étranger ? Je vois à la tenue de tes hommes, que vous n’êtes pas d’Asgard ! "
Alexer - " Quelle perspicacité ! Mais tu as raison, je manque à tous mes devoirs, je suis Alexer Roi de Blue Graad ! "
Ayant grandi dans un village appauvri où la culture est très absente, Thor s’interroge :
Thor - " Blue Graad ? "
Syd qui a bénéficié d’une instruction plus riche l’informe :
Syd - " Blue Graad fait comme Asgard parti des royaumes du grand nord. Il est sous la juridiction d’Athéna et a vu la majorité de sa citée et de son peuple être détruits par de grosses catastrophes climatiques. Cependant, son souverain est Piotr et non Alexer. "
Alexer applaudit le fils de bonne famille :
Alexer - " Félicitations cher ami. Tu m’épates. Seulement tu seras ravi d’apprendre que Piotr va être destitué de son trône par son sang. J’ai l’intention de reprendre les choses en main. "
Syd - " Et en quoi devrais-je être ravi ? "
Alexer claque des doigts pour ordonner à ses hommes de se positionner devant lui. Les dix soldats s’exécutent aussitôt et poursuivent leur avancée :
Alexer - " Tu le sauras bien assez tôt, maintenant, rends-toi au Walhalla informer la Princesse Hilda que son futur époux souhaite la rencontrer. "

La situation dépassant Thor, il répète pantois :
Thor - " Futur… Epoux ?! "
Syd s’insurge :
Syd - " Je n’ai aucun ordre à recevoir de toi ! Les convives de sa Majesté Hilda ne sont conduits à elle que sur son injonction ! Nous n’avons pas été informé de la venue d’un porte-parole de Blue Graad. "

Alexer tend naïvement les bras vers le ciel :
Alexer - " Bien dans ce cas… "
Il achève sa phrase en apparaissant dans le dos de Syd à une vitesse que le futur Guerrier Divin ne songeait pas pouvoir atteindre :
Alexer - " … je vais m’inviter auprès d’elle ! "
Syd n’a pas le temps de se retourner qu’il est violemment frappé derrière la nuque.
Tandis que son compagnon s’échoue tête la première dans la poudreuse, Thor décoche un violent coup de poing, dans lequel il invoque l’entièreté de son cosmos :
Thor - " Titanic Hercules ! "
Le Poing du Titan fracasse le sol pendant qu’Alexer parvient à se mouvoir si bien qu’il n’est même pas affecté par l’onde de choc.
Il apparaît devant le géant et le cogne avec son genou en plein visage, explosant sur le coup le nez de l’asgardien. Thor s’écroule en se tenant le visage pour contenir l’hémorragie.
En prenant appui sur le sol, Syd se projette dans les airs et profite d’une éclaircie pour éblouir son adversaire, comme l’avait fait auparavant contre lui les Spectres Myu et Rhadamanthe.
Il retombe dans sa direction en le frappant de toutes ses forces :
Syd - " Viking Tiger Claw ! "
Démuni de toute garde, Alexer est matraqué de coups et est repoussé en arrière.
Toutefois, seul son visage est égratigné.
Syd - " Sans son armure, les Griffes du Tigre Viking lui auraient causé bien plus de dommages. "
D’un revers de la main, Alexer essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche en avouant :
Alexer - " Je t’ai sous-estimé chasseur d’Asgard, je ne commettrai plus cette erreur, l’Orbe Bleue aura raison de vous. "

Thor rejoint Syd et, malgré ses contusions, concentre à nouveau toutes ses forces.
Chacun invoque son plus puissant arcane, tout comme Alexer qui croise les bras en direction du sol :
Thor - " Titanic Hercules ! "
Syd - " Viking Tiger Claw ! "
Alexer - " Blue Impulse ! "

Des rayons lumineux, gravitent autour d’un noyau, semblable à une sphère d’eau glacée provoquée par Alexer.
Les deux asgardiens ont à peine le temps de rassembler leurs cosmos que déjà les rayons les atteignent.
Le phénomène annihile totalement les efforts de Syd et Thor qui sont soulevés comme des fétus de paille et emportés dans la tempête de glace d’Alexer…


En Sicile, sur le Mont Etna :

Le régional de l’étape n’a pas fermé l’½il de la nuit. Sous une bruine persistante, il observe le levé du soleil en compagnie d’Epione.
Epione - " Mei ne tardera pas à se lever. Je veux donc t’exprimer à quel point je suis heureuse de te savoir prêt de nous depuis bientôt un an. "
La jeune femme aux cheveux violets ôte son masque pour exposer un visage encore plus resplendissant que ses formes généreuses. Le maquillage bleu par-dessus ses grands yeux océan, son nez fin et ses lèvres sensuelles la rendent magnifique.

Bien vite elle approche le Saint d’or pour lui baiser les lèvres, ce que Deathmask préfère éviter :
Deathmask - " Epione. Je t’ai déjà refusé à mon retour en Sicile. Ma position n’a pas changé aujourd’hui. "
Epione - " Tu as fais de moi un Saint avant l’arrivée de Mei. Mais je n’ai jamais pu supporter que tu portes plus d’affection à ce nouvel apprenti qu’à moi. "
Deathmask - " Tu sais que je rejette l’amour sous quelque forme qu’il soit s’il s’agit de s’engager. "
Epione - " Pourtant, lorsque je t’ai révélé être mécontente avant que tu ne quittes l’Etna, nous nous sommes affrontés et tu as brisé mon masque. Aujourd’hui je refuse toute autre solution, que celle de t’aimer. "
Deathmask - " Je ne peux pas. Je suis désolé. "

L’italien préfère regagner la maisonnette afin de ne pas avoisiner trop longtemps cette égyptienne qui suscite volontiers l’envie de pécher.

Consciente de son attraction envers les hommes, Epione n’hésite pas à lancer :
Epione - " Mei a beau être doué, la dernière étape de son enseignement va te demander du temps. Crois-tu que tu tiendras si facilement le coup, en restant constamment à mes côtés ?! "


Au royaume d’Asgard, au temple Walhalla :

La route pour relier l’Autel du Destin au temple Walhalla est longue et périlleuse. Il faut à la prêtresse traverser chaque fois la route de cristal, en passant devant la vallée des avalanches, puis la forêt d’améthyste où mille dangers la guette.

Cette fois-ci endormie dans les bras de son mécène, Hilda n’a pas eu à supporter l’éprouvant trajet. Néanmoins, elle sursaute inopinément une fois arrivée sur le parvis du temple :
Siegfried - " Alors vous aussi, vous l’avez ressenti votre Majesté ? "
Hilda - " Oui, les cosmos de Thor et Syd se sont éteints. Nous devons retourner près de là où ils se trouvaient. "
Siegfried - " N’est-ce pas folie que de vous conduire dans cet état à la source qui a vaincu si facilement deux des plus puissants hommes de cette contrée. "

La voix de la douce Freiya surenchérit :
Freiya - " Grande s½ur ! Siegfried a raison, vous devriez rentrer vous reposer. "
Hilda voit sa s½ur sortir du palais en compagnie d’Hagen :
Hagen - " Majesté, laissez Siegfried et moi-même nous rendre sur place, je vous en conjure. "

Hilda se libère de l’étreinte de Siegfried et se referme. Sa voix est plus dure et plus impérative qu’à l’accoutumé :
Hilda - " Je sens qu’un grand danger nous guette. Bien au-delà de ce mystérieux visiteur, une force plus maléfique agit. Il me faut rencontrer cet homme. "
Face au ton adopté par la belle princesse, Siegfried et Hagen s’agenouillent sagement.
Bien qu’en désaccord total avec elle, ils acquiescent : « Qu’il en soit ainsi Majesté ».


Depuis la fenêtre d’une chambre, au temple Walhalla, un homme aux cheveux vert foncé guette l’entretien du quatuor.
Torse nu, présentant une musculature méticuleusement travaillée, il est sorti de ses pensées par la voix harmonieuse de Bedra :
Bedra - " Voilà, je t’ai fais rapiécer tes vêtements. "
Bud - " Tu n’étais pas obligée. "
Bedra - " Depuis que j’ai découvert que tu n’étais pas Syd et que je sais désormais qui tu es, je ne peux pas rester indifférente. "
Bedra est attendrie par l’attitude de Bud quand celui-ci baisse la tête pour masquer sa timide satisfaction face à la sympathie de la promise de son jumeau.
Bedra - " Tu vois, c’est ça qui m’a permis de découvrir que tu n’étais pas Syd. Cette forte réserve de sentiments que tu contiens derrière ton attitude rustre. "
Bud - " C’est parce que tu ne mérites pas que je te fasse souffrir pour le destin que les de Mizar m’ont choisi que j’ai préféré rester naturel face à toi. "
Bedra - " Tes parents n’ont fait qu’obéir à la loi d’Asgard. Tu ne dois pas leur en vouloir. "
Bud - " Tu as de bien bonnes pensées, un c½ur pur. Tu es donc mieux placée que quiconque pour connaître ce chagrin et cette ranc½ur qui m’habite. "
Bedra - " Je t’en prie Bud, réfléchis. La vie que tu mènes dans l’ombre de ton frère ne te rend pas plus heureux. "
Bud - " En effet, tu as raison. Il n’y a que lorsque je suis auprès de toi que je suis réellement moi. Hormis l’homme qui m’a recueilli, tu es la seule auprès de qui je peux parler sans pudeur et sans mensonge. Cette vie dans l’ombre de Syd n’est pas celle dont je rêve, toutefois elle est nécessaire à la réalisation de mes desseins. S’il est un des plus puissants asgardiens, alors ma supériorité face à lui me permettra de faire valoir mes droits. Quand le moment viendra, je le défierai et le battrai. "
Elle s’avance pour plaquer sa tête contre son torse robuste :
Bedra - " Il m’est impossible d’imaginer que mon futur époux puisse être un jour victime de mon amour secret. "
Bud lui caresse les cheveux en contenant son affliction :
Bud - " Tu l’aimes plus que moi n’est-ce pas ? "
Bedra - " Je t’aime, mais pas de la même façon que je peux l’aimer. Quand je suis dans tes bras, je ne peux m’empêcher de penser à lui et lorsqu’il est là, je souffre d’un manque de toi. "

Déçu, Bud se défait délicatement de l’étreinte de Bedra puis ouvre grande la fenêtre par laquelle s’engouffre immédiatement un vent froid à en glacer le sang.
Avant de disparaître à une vitesse fulgurante, il déclare :
Bud - " Tôt ou tard il ne restera que l’un de nous. J’aimerai qu’il s’agisse de celui que tu aimes le plus. "

Tandis qu’elle referme la fenêtre, n’ayant pas eu le temps de le déclarer à Bud, Bedra murmure :
Bedra - " Je ne sais lequel m’attire le plus. Cependant, l’espérance de nos familles me voue à un mariage avec Syd. Saurais-je lutter contre ton regard sans faille Bud ? "


Sur l’île d’Yíaros :

A l’intérieur du temple d’Héraclès, dans ce que les prêtres utilisaient comme salle de méditation avant d’être chassés par les athéniens, les chevaliers de bronze en charge de l’occupation de l’île sont convoqués par Taishi.
Tous bardés de leur armure, ils écoutent attentivement le Saint du Toucan, dernier à rentrer dans la pièce :
Taishi - " Bien, vous êtes tous ici comme je vous l’ai demandé, Lena de la Boussole, Anikeï de Cassiopée et Carina de la Carène du Navire. "

Plus âgée que ses semblables, la jeune femme aux cheveux noirs longs et fins se permet d’intervenir :
Lena - " Apodis et Philémon ne sont pas des nôtres ?! "
Taishi - " Pas pour cette mission. J’ai réuni les seuls Saints capables de la mener à bien. Eux pourraient la faire échouer pour leurs intérêts personnels. "
Anikeï - " Tu veux bien être un peu plus précis ? "
Taishi - " Hébé ! Le Sanctuaire nous demande de ramener la tête d’Hébé pour asseoir la victoire d’Athéna sur Yíaros définitivement. "
La douce Carina est bien suspicieuse :
Carina - " Est-ce le Sanctuaire qui nous le demande, ou bien Athéna elle-même ? "
Ce ton ne plait guère au japonais :
Taishi - " Le Sanctuaire ne répond qu’aux ordres du Grand Pope qui se veut être les yeux les oreilles et la voix de la déesse Athéna. "
Lena, professeur de Carina durant l’apprentissage de celle-ci en Sibérie Orientale, apporte son expérience et sa lucidité :
Lena - " Après les dieux Egyptiens et après Shiva, cela fait bien trop de puissances hostiles en présence. Certes les dieux Egyptiens ont choisis de se retirer dans leur monde. Cependant, le peuple reste difficilement contrôlable et le Grand Pope veut certainement éviter le plus possible une coalition entre les peuples vaincus et occupés d’autant que ceux-ci, grâce à la force de leurs dieux, peuvent se montrer plus dangereux unis, qu’ils ne le sont séparément. "
Anikeï - " C’est bien beau tout ça, mais comment fait-on pour investir le Parthénos ? Je vous rappelle qu’Hébé y est enfermée avec ses hommes. "
Taishi - " Je suis déjà parvenu à m’y introduire seul. Hébé ne dispose que de quinze soldats, aujourd’hui elle n’est veillée que par ¼dipe, le seul Alcide de garde… "
Il claque des doigts pour faire venir dans la pièce deux soldats à lui qui tiennent un détenu encagoulé. Les deux athéniens balancent l’individu au sol, avant de se retirer.
En libérant la tête du prisonnier, le Saint du Toucan achève sa phrase :
Taishi - " … Et je détiens l’homme qui connaît tous les accès au château, le cardinal des prêtres, Acis ! "
L’homme est présenté sous un triste jour, le corps marqué par la torture. Celui qui a recueilli Saga et Kanon durant leur enfance n’a plus rien de sa verve habituelle.


Dans les environs, devant les habitations à proximité des villages, en civil, Apodis s’amuse avec la fille de Juventas. Cela lui permet de ne pas ressasser les propos du soldat athénien mort il y a un an sur la plage, ni la déclaration d’Anikeï qui lui a signifié voir grâce à son don de prémonition qu’Apodis lui donnerait la mort.
L’enfant se tient sur ses deux jambes et trotte régulièrement vers le grec qui la fait tourner au-dessus de lui sous les yeux amusés de Juventas.
L’Alcide sort d’ailleurs de son logis en tirant une charrette :
Juventas - " Je profite qu’il ne pleut plus pour confier ma fille aux voisins, le temps d’aller me ravitailler. Veux-tu m’accompagner ? "
Apodis sourit avec timidité :
Apodis - " Bien sûr. "

Malheureusement, cette promenade ne peut se passer sans croiser une émeute devant une ferme. Un paysan s’écrit au vol, devant une demi dizaine d’athéniens qui le pointent de leurs lances. Le caporal de cette faction s’en moque :
Caporal - " Peu importe. Il s’agit des réquisitions hebdomadaire comme l’exige la loi. "
Paysan - " Des réquisitions, des réquisitions… Nous n’avons plus rien. Ce que vous venez de saisir, ce sont les achats que nous avons fais hier, auprès des marchés. Nous n’avons plus de récoltes, tout nous est pris pour qu’on le rachète, en payant d’énormes taxes au Sanctuaire. Nous n’avons plus rien pour nous nourrir. "
Le caporal fixe d’un ½il carnassier les membres de la famille du cultivateur qui se tiennent avec solidarité dans son dos :
Caporal - " Tu as de nombreux enfants. De beaux jeunes hommes et de belles jeunes filles. Loue-les aux soldats. Vends-en même à certains. Tu pourrais tirer un bon prix de leurs atouts ! "
Sans défense face aux armes athéniennes, humilié devant son peuple, l’hébéïen ne peut qu’exprimer son offense :
Paysan - " Comment osez-vous ?! "
Caporal - " Pas un pas de plus hébéïen. Sans quoi tu t’exposeras au fer de nos lances ! "
Le malheureux baisse la tête en grimaçant.

Apodis et Juventas assistent à la scène avec impuissance. L’athénien a déjà critiqué devant le peuple la gestion du Sanctuaire sur Yíaros, un autre évènement de ce genre pourrait lui valoir un jugement pour haute trahison. L’hébéïenne, elle, provoquerait par la moindre de ses réactions un sentiment de rébellion envers le Sanctuaire. Ils ne peuvent qu’observer le silence.

C’est seulement lorsque la cohorte s’éloigne, qu’Apodis avance jusqu’à la famille déshonorée.
Apodis - " Tenez vieil homme. Prenez cette bourse, elle est pleine de sacres. "
Paysan - " Je… Je ne comprends pas… "
Apodis - " Les lois du Sanctuaire peuvent paraître difficiles à vivre. Votre docilité permettra à coup sûr de voir les lois de moins en moins dures. J’ose espérer que notre présence sur cette île va s’amoindrir dans les semaines qui viennent. En attendant, je ne peux accepter que de courageux travailleurs ne puissent nourrir leur famille. Alors utilisez ces sacres avec soin. "
Le patriarche ne peut se retenir de baiser la main du sergent qui préfère rester humble et discret.

En reprenant sa route Juventas, la femme masquée, brise le silence :
Juventas - " Tu n’es pas obligé de faire cela. Tu leur mens, en leur faisant croire que vous partirez un jour. Chaque semaine des athéniens arrivent de plus en plus nombreux sur l’île depuis le Port du Destin. "
Apodis - " Je préserve l’espoir de ton peuple. A quoi bon vivre, s’il n’y a plus d’espoir ? "
Juventas - " Tu vas bien plus loin. Tu les protèges alors que tu es en guerre contre eux. "
Apodis - " Je ne suis pas en guerre contre des villageois innocents. Je suis en guerre contre les partisans de la chute d’Athéna. "
Juventas - " Alors pourquoi tant de révolte contre tes propres hommes maintenant ? "
Apodis évite par timidité de regarder Juventas :
Apodis - " Parce qu’ils veulent détruire ce que j’ai appris à aimer. "
Ignorant la présence des siens et des athéniens, ne pouvant résister à une telle déclaration, la veuve d’Iphiclès vient caresser le bras d’Apodis de haut en bas, en partant de son épaule, pour finir en frôlant délicatement ses doigts.

Eprouvant un grand respect l’un pour l’autre, les deux chevaliers continuent leur chemin, sans s’offrir le moindre regard, préférant profiter de leur égard réciproque en cet instant.


Au royaume d’Asgard, au temple Walhalla :

Sur le parvis du palais, juste devant la grande entrée, se tient debout la majestueuse Hilda. Armée d’une lance, ses longs cheveux sont coiffés de son diadème, assorti à sa parure de guerre.
A sa droite, se tient sa s½ur cadette, tandis qu’à sa gauche Siegfried est positionné la main gauche contre la hanche et le bras droit tendu le long du corps.

Une cinquantaine de soldats asgardiens sont positionnés en ligne le long du chemin qui conduit à la prêtresse, lances pointées vers le ciel. Vêtus de quelques cuirasses métalliques par-dessus les fourrures qui couvrent leurs vêtements, les autochtones font preuve d’une discipline exemplaire, malgré les épais flocons de neige qui accompagnent les violentes rafales de vent.

Au dessus d’Hilda, par les voûtes du château qui forment les renforcements où sont positionnés les fenêtres, les meilleurs hommes de bonne famille comme Alberich, Hagen et Mime, veillent depuis leurs positions comme depuis des miradors.


Au loin, à la sortie du temple de Hel, seul lieu de passage connu pour relier le Walhalla au reste des terres du domaine, les démarches de onze hommes sont aperçues. Hormis la onzième silhouette, les dix colosses qui l’accompagnent sont vêtus de la même manière que les soldats asgardiens, à la différence près que leurs armures sont quasi-semblables à celles que pouvaient porter les soldats dans l’antiquité. Certainement des restes des origines méditerranéennes de la création de Blue Graad.
Deux des soldats portent sur leurs épaules les corps de Syd et Thor, pendant que l’héritier de la citée sibérienne les devance.

Alexer marche lentement, en prenant le temps d’admirer les décors nordiques de cette contrée voisine. Un sourire ahuri au bord des lèvres, il transpire le plaisir qu’éprouve un touriste à découvrir un nouvel environnement.

Le bruit de la neige tassée sous les pas de ses hommes accompagne le son du vent et se voit bientôt relayé par les cliquetis de leurs armures sur les dalles marbrées du palais qui couvrent désormais la terre gelée. Les voici arrivés suffisamment proche des asgardiens pour discerner parfaitement leurs traits.

Alexer n’abandonne pas sa mine suffisante, bien que son cosmos soit désormais défié par ceux d’Hilda et des siens.
D’un signe de la main, il somme à ses hommes de ne plus faire un seul geste, le laissant ainsi approcher seul la belle représentante d’Odin.

Son air arrogant et son approche d’Hilda à moins d’un mètre d’elle pourraient faire croire en une visite personnelle. Et c’est bien comme cela qu’Alexer présente la chose.
Tout en inclinant légèrement la tête en guise de salut, le fils de Piotr déclare :
Alexer - " Princesse de Polaris, les éloges faits à l’égard de votre beauté sont donc bien fondés. "
Conformément à l’usage, malgré une déclaration bien inopportune dans de telles circonstances, Hilda et Freiya, relèvent légèrement leurs robes pour plier les genoux et effectuer une révérence. Siegfried lui ne bouge pas d’un poil et fixe le Blue Warrior droit dans les yeux.
Une fois les usages de politesse respectés, Hilda affirme le malaise provoqué par les propos de l’étranger :
Hilda - " Comment dois-je considérer de tels aveux lorsqu’ils viennent d’un homme venu ici faire tout sauf une visite de courtoisie ? "
Alexer - " Allons Hilda, vous allez me froisser ! Ignorez-vous donc qui je suis ? "
Hilda - " A l’armure qui est vôtre et à celles que portent vos sujets, je reconnais bien évidemment l’influence athénienne du Sanctuaire. Les étoles qui les recouvrent me renseignent aussitôt sur votre origine jeune Prince de Blue Graad ! "
Tout en prenant un ton mielleux, Alexer tend sa main à Hilda :
Alexer - " Exactement Princesse Hilda. L’objet de ma présence vise à reformer l’alliance des royaumes du grand nord, comme l’avaient fait jadis nos ancêtres qui devinrent époux. "
Siegfried s’interpose aussitôt devant Alexer en lui dégageant violemment la main pour faire rempart avec son corps parfaitement taillé :
Siegfried - " Comment oses-tu parler d’alliance quand tu viens de t’en prendre à deux de nos hommes ?! "
Hilda rattrape la main de son lieutenant, en le baignant de sa cosmo énergie pour l’aider à se raviser. Ainsi elle reprend le dialogue avec celui qui s’est invité sur les terres :
Hilda - " En effet, il y a plusieurs siècles, le prince de Polaris et la princesse de Blue Graad, sous les efforts de leurs pères, choisirent de s’unir pour former une armée capable d’aider Athéna lors d’une Guerre Sainte contre l’empereur Poséidon. Cependant, à ma connaissance, aucun émissaire du Sanctuaire n’est venu auprès de moi réclamer l’allégeance et l’aide d’Odin. "
Alexer - " A vrai dire, l’objet de cette union se veut plus ambitieuse. Princesse Hilda, ne croyez-vous pas que votre peuple mérite plus que n’importe lequel de jouir d’un climat plus doux ? Il est temps que les royaumes du grand nord voient la récompense à toutes les souffrances endurées depuis la nuit des temps. "
Hilda reste de longues secondes à observer son interlocuteur sans sourciller. De longues secondes, durant lesquelles l’ensemble des observateurs s’échange des regards interrogatifs, voire intéressés. D’autant plus que la tempête qui s’abat sur le domaine depuis ces derniers temps peut motiver les esprits à rêver de cieux meilleurs.

Face au malaise provoqué par une telle proposition, Hilda choisit de ne pas ébruiter davantage leur échange :
Hilda - " Prince Alexer, notre conversation mérite d’être poursuivie plus en privé. J’imagine qu’un tel voyage vous a creusé l’estomac. Je serai ravi de vous recevoir à ma table. "
Narquois, Alexer s’empresse de happer la main d’Hilda pour la baiser subtilement :
Alexer - " Renoncer à une telle invitation serait un outrage à votre rang Princesse Hilda. C’est avec un immense plaisir que je me joindrai à vous. "
Sans se retourner vers ses hommes, Alexer lève sa main droite et agite ses doigts afin de délivrer un message à ses soldats.
Ceux-ci, de façon synchronisée, abandonnent sur le sol carrelé de la place les corps de Syd et Thor, puis forment un carré qui force l’admiration devant tant d’autorité.
D’une voix calme comme depuis son arrivée, Alexer demande à Hilda :
Alexer - " Vous ne verrez pas d’inconvénient, Princesse Hilda, à ce que mes hommes restent sagement ici. "
Siegfried s’empresse de répondre pour sa prêtresse :
Siegfried - " S’ils ne craignent pas la mort par ce froid ils le peuvent. "
Alexer répond au général avec un sourire moqueur :
Alexer - " Merci de t’inquiéter de leur sort asgardien. Si cela peut te rassurer, ces hommes ont bravé bien des tempêtes afin de développer leurs capacités de combat et me prouver leur fidélité. Ils n’ont rien à craindre du temps maussade d’aujourd’hui. De plus, le grand cataclysme, le même que celui responsable de la perte de plus en plus grande des familles de Blue Graad s’annonce, provoquant chaque jour des chutes de température vertigineuses. "
Revanchard, Siegfried se tient au garde-à-vous et ordonne à autant d’hommes que sont les sibériens de rester les accompagner. Le reste se disperse à l’intérieur du château tandis que les serviteurs se pressent de mettre le couvert…


En Grèce, au Sanctuaire :

L’aube traverse la lucarne de la chambrette du Cancer, gênant le sommeil de la resplendissante Lilith.
Elle se retourne aussitôt de l’autre côté du lit, là où elle a laissé la veille au soir Aphrodite, une fois de plus endormi à ses côtés après des heures de confessions.
Dans une expression où se mêle déception et raison, l’ancienne prêtresse d’Athéna constate que la couche est vide.

La table sur laquelle ils ont partagé la veille leur dîner est toujours dressée, l’obligeant à prendre toute la largeur de la literie pour s’étirer avant de bondir débarrasser.
A cet instant, la porte en bois qui sépare la chambrée au reste du temple s’ouvre en grand.
Aphrodite, démuni de sa Cloth, débarque avec un bouquet de roses :
Aphrodite - " Mince, tu es réveillée. J’aurai voulu ranger la table pour te remercier du repas d’hier. Tu as été très bonne envers moi ces derniers jours. J’imagine que ce doit être fatiguant d’avoir à entendre mes lamentations. "
Lilith resserre sur elle sa toge trop large pour paraître moins souillonne face au Saint d’or :
Lilith - " Pas du tout Seigneur Aphrodite. J’ai été ravi de profiter de votre présence depuis que Deathmask est parti. "
Il dépose les fleurs sur la table :
Aphrodite - " Voilà pour te remercier. En espérant du fond du c½ur qu’elles te plaisent ? "
Lilith - " Elles sont magnifiques. "

Contrairement à d’habitude, Aphrodite ne se complait pas après le compliment. Il tourne les talons avec modestie :
Aphrodite - " Dans ce cas je ne te dérange pas plus. "
Lilith - " Attendez ! Il est tôt mais peut-être voulez vous que je vous prépare quelque chose à manger ? "
Aphrodite réfléchit quelques secondes avant de déclarer :
Aphrodite - " J’ai une meilleure idée ! La pluie a cessé, que dirais-tu de sortir te promener ? "
Lilith - " Seigneur Aphrodite, avez-vous oublié que je ne dois pas me montrer ? On pourrait me reconnaître alors que je suis censée être morte. Deathmask pourrait se faire punir pour cela. D’ailleurs c’est lui qui m’a expressément ordonné de ne jamais sortir. "

Aphrodite passe avec élégance sa main dans ses cheveux le temps de concevoir un plan.
Le suédois ne tard pas à taper dans ses mains :
Aphrodite - " Qu’importe ! J’ai trouvé où nous pouvons aller sans nous faire repérer. Enfile donc un voile par-dessus ta tête et suis-moi. Je vais te faire passer pour une de mes esclaves pour traverser incognito la maison d’Aldebaran sans éveiller ses soupçons. "

Confinée depuis des mois à l’intérieur de cette bâtisse sordide qu’est la quatrième maison, elle accepte de jouer la complice d’Aphrodite.


Sur l’île d’Yíaros :

Devant le Parthénos, temple d’Hébé, les légions athéniennes se forment.
De toute l’île, les messagers envoyés par Taishi reviennent avec les garnisons pour tenir les rangs.

Dans le lot, Pullo, le caporal d’Apodis, arrive avec sa cohorte.
Cliff - " C’est moi où la tension est à son comble ? "
Pullo - " Je n’en sais rien. Toujours est-il que toutes nos forces se réunissent tout autour du palais d’Hébé dans la plus grande discrétion. "
Cliff - " Comment se fait-il que ce ne soit pas Apodis qui nous ait donné l’ordre de nous réunir ? "
Pullo, aveugle depuis la guerre contre les Berserkers d’Arès, reconnaît les voix des quatre Saints de bronze que sont Taishi, Anikeï, Carina et Lena, donner au fur et à mesure que les équipes arrivent les positions à tenir. Il en conclut :
Pullo - " Il n’a tout simplement pas été convié. "
Cliff - " J’ai peur de deviner à quoi nous sommes invités. "
Pullo - " Nous sommes là pour achever cette Guerre Sainte, nous allons tuer Hébé. "

Trop occupé pour s’apercevoir que les rues de la citée se vident des cohortes athéniennes, Apodis achève son repas dans la demeure de Juventas.

Il prend même plaisir à calmer la fille de celle-ci avant de la coucher pour sa sieste.
Avant de rentrer au Temple d’Héraclès, où l’armée athénienne a élu domicile, Apodis observe avec attendrissement l’enfant s’endormir. Juventas arrive dans son dos :
Juventas - " Quelle innocence ! "
Apodis - " Il est vrai. Rien au monde ne peut être plus beau qu’un instant de paix semblable à celui-ci. "
Sans qu’il ne s’en aperçoive, Juventas ôte son masque de femme chevalier. Ses yeux émeraude brillent d’amour pour lui, ses fins sourcils se défroncent et ses joues s’empourprent.

Lorsqu’il se retourne enfin pour prendre congé, Apodis lève son regard du sol et l’arrête à hauteur de l’horrible masque que Juventas garde dans sa main droite.
Juventas - " Pourquoi refuses-tu de me dévisager ? "
Apodis - " Tu connais comme moi la loi de la chevalerie. Si je te regarde telle que tu es vraiment, alors nous n’aurons que deux choix. "
Juventas - " Tu sais que je me refuserai à te tuer. "
Apodis - " Mais pouvons-nous au moins nous aimer ? "
Juventas - " Est-ce trop dur d’éprouver le même amour que celui que j’ai à ton endroit ? "
Apodis - " J’ai été… Je suis marié. Même si Netsuai n’est plus, je suis fidèle à mon amour, à son être. Je me le suis juré, sans en exprimer le moindre regret et jusqu’à aujourd’hui, j’ai cru que rien ne pouvait m’arrêter. Seulement, c’est ici que j’ai passé mes plus belles nuits de sommeil depuis bien longtemps, grâce à cette île magique, à ce peuple généreux et à toi.
Il est évident que je t’aime, mais je veux tenir parole aux promesses que j’ai fais à ma femme. "
Apodis emprunte la direction de la sortie lorsque d’un ton monocorde, comme si elle laisse simplement sa pensée s’exprimer, Juventas déclare :
Juventas - " Lorsque Iphiclès est mort, c’est une partie de moi qui s’est éteinte. J’ai alors cru que si je continuais à vivre, c’est simplement par devoir envers ma déesse et pour ma fille.
De longues heures je me suis confessée au cardinal Acis, pour tenter d’obtenir des réponses, un élément qui pourrait me soulager. Chaque fois, Acis me répondait que le temps va son chemin, la souffrance aussi. Ne voulant comprendre ce qu’il me disait, je me suis contentée d’être l’Alcide que j’ai toujours été. Puis je me suis retrouvée sur ton chemin. Toi le chevalier rageur, venu détrôner Hébé et instaurer ici une tyrannie au nom d’un Sanctuaire qui t’a menti. Pourtant, je me suis laissée attendrir comme tous nos villageois par cet aspect froid qui transpirait ton chagrin et cette volonté d’aider à reconstruire l’île, symbole de ta personnalité positive. A ce moment là j’ai eu la peur au ventre, le c½ur à nu. Comme si je me perdais comme quand Iphiclès m’avoua ses sentiments. Malgré cette peur, malgré ta ranc½ur, nous avons avancé l’un envers l’autre, devant l’inconnu. A chaque nouvelle rencontre, j’étais tremblante de commettre une faute, capable de trahir aussi bien ma tendresse que mon amertume. Aujourd’hui tu as dis nous aimer, alors je tente ce geste imprévu, car depuis je me rends compte que je ne suis plus vraiment la même. "

Apodis reste appuyé sur la poignée de porte. Sa mâchoire se contracte pendant que ses grimaces essaient de retenir ses larmes :
Apodis - " Netsuai, Sperarus mon fils… Je leur ai promis mon avenir. Désormais je me sens tellement coupable de ne plus vouloir m’enfuir d’ici. "
Juventas - " Je ne te demande pas de tirer un trait sur ton passé. Nous n’avons pas à culpabiliser de vivre alors que les nôtres ne sont plus. Tu sais ce que tu désires. T’engager désormais est la plus belle preuve de reconnaissance que tu peux leur faire en choisissant de vivre pour eux le bonheur que vous vous étiez promis. "

L’Oiseau de Paradis abandonne le cliche de porte pour arracher ses sanglots d’un revers de bras.
Il fait volte-face pour venir saisir fermement contre lui Juventas venue le réconforter.

Au beau milieu de la pièce, il l’embrasse avec passion, l’obligeant même à laisser tomber son masque sur le sol.
A bout de nerfs, les c½urs enfin soulagés, l’Alcide et le Saint passent avec fougue leurs mains sous les vêtements de l’autre.
Dans un élément passionnel, Apodis la lève légèrement en la maintenant par la taille pour l’asseoir sur la table encore dressée.
Pour s’y allonger, Juventas balaie du bras les couverts pour les jeter au sol puis profite qu’Apodis ôte son maillot pour retirer son pull beige.
Ignorant tout du rassemblement autour de sa déesse, elle poursuit son échange endiablé en plaquant sa ferme poitrine frissonnante contre son buste saillant…


Plus loin, au nord de l’île, les quinze soldats en vêtements azurs s’agrippent à leurs armes pendant qu’ils courent dans les couloirs du palais :
Soldat n°1 - " Majesté ! Majesté ! Nous sommes encerclés par l’armée d’Athéna. "
Soldat n°2 - " Plus d’une centaine d’athéniens marchent en direction de toutes les entrées du Parthénos. "
La mine empruntée, Ambroisie se redresse de son trône qui siège au centre du temple :
Hébé - " Soldats, veillez à mettre mes gens à l’abri et protégez-les au péril de votre vie ! "
¼dipe apparaît derrière une colonne dorique, sa voix retentit dans la salle :
¼dipe - " Il est impossible d’envoyer un messager chercher Baucis et Juventas sans qu’il ne se fasse remarquer par les athéniens. Faut-il que j’aille moi-même les chercher ? "
Hébé - " Non Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, tu es le seul à pouvoir assurer ma protection. "
¼dipe ne bronche pas. Les gardes rassemblent les serviteurs pour les conduire dans les appartements d’Hébé.

Les premiers grondements se font entendre, les portes de chaque entrée sont enfoncées.
¼dipe est furieux, sa voix gronde :
¼dipe - " Comment peuvent-ils violer le traité que nous avons accepté de ratifier ?! "
La déesse de la Jeunesse préfère se concentrer sur la protection de ses sujets :
Hébé - " ¼dipe, la salle où nous nous trouvons est le centre même du palais. Cela veut dire que c’est le lieu le plus long à atteindre pour les athéniens. Hélas, nos soldats ne seront pas assez rapides pour chercher nos gens qui officient aux entrées des palais. Je t’en conjure chevalier, va les sauver avant qu’ils ne soient massacrés par les athéniens. "
L’être dépourvu du moindre sens accepte :
¼dipe - " Entendu votre Majesté ! "
Sa silhouette disparaît dans le décor, laissant Ambroisie répéter le message que le Grand Pope avait confié à Taishi de lui délivrer : « le passé ne peut être oublié, le chagrin ronge les amis d’antan. »
Hébé - " Saga… Alors l’amitié n’est même plus une valeur que tu souhaites respecter. "
Puis, la blonde aux grands yeux bleus, dans un élan de dignité, s’assied avec majesté dans le fond de son trône.
Elle réajuste les bretelles de sa longue robe de satin, ainsi que ses bijoux, puis tourne la tête vers les encablures qui débouchent sur la salle du trône. Rien à droite, rien à gauche.
Reste la dernière, au centre, face à elle, d’où elle entend retentir des cliquetis métalliques contre les dalles marbrées. Elle reconnaît aussitôt le bruit d’armures venant vers elle.
Bien vite, son sens de l’ouïe confirme sa finesse, lorsqu’elle voit les quatre commanditaires de cette opération venir à elle sans la moindre difficulté.

Le meneur, Taishi traîne avec lui un homme nu, mutilé, défiguré par la violence du traitement qui lui a été réservé. Il faut que le Saint de bronze du Toucan donne à la déesse son identité, pour qu’elle réussisse à le reconnaître :
Taishi - " Tu sembles étonnée de nous voir arriver si facilement auprès de toi Hébé. Nous devons donc remercier ton cardinal. "
Hébé, déchirée par le châtiment que lui ont administré les athéniens, s’écrie :
Hébé - " Acis ! "
Taishi - " Nous avons eu du mal à lui tirer les vers du nez. Et lorsqu’il a accepté de nous donner l’itinéraire des passages secrets, nous ne comprenions plus rien avec sa langue arrachée. "
Taishi balance au sol l’homme qui a recueilli Saga et Kanon dans leur enfance.
Dans son dos, Anikeï, Carina et Lena s’avancent vers lui. C’est Lena qui réunit son cosmos pour achever le cardinal.
Pendant la concentration du Saint de bronze de la Boussole, Taishi converse toujours avec Hébé :
Taishi - " Quel plan merveilleux. Je n’aurai pas cru que ça serait si facile. Toutes tes forces, sont occupées à repousser l’invasion de nos soldats, nous laissant ainsi le champ libre. "
Pour accompagner ses propos, les murs se mettent à trembler et de la poussière tombe du plafond, preuve de la virulence des affrontements, notamment des capacités d’¼dipe à contenir les assauts de simples soldats.
Hébé - " Qu’êtes-vous donc venus faire ici ? "
Anikeï annonce la sentence :
Anikeï - " Déesse Hébé, suite aux souhaits de son peuple, le Grand Pope ne peut consentir à maintenir la trêve qui a été convenue. Il s’avère que la décision la plus raisonnable à prendre soit votre mise à mort. "

A cet instant, Lena dégage sa frappe pour achever Acis :
Lena - " Diamond Dust. "
Néanmoins, seuls quelques flocons de neige tombent sur le cardinal.
Les chevaliers comprennent immédiatement que ce miracle vient d’Hébé. La déesse a le doigt dressé en direction de Lena, son cosmos céleste venant de brider la tentative.

Taishi serre le poing et grogne :
Taishi - " Nous n’avons pas de temps à perdre. Nous devons l’éliminer avant que les Alcides arrivent. Anikeï, Lena, Carina, avec moi ! "
Le quatuor s’élance en direction de la déesse alors que de toutes les autres entrées débouchent le reste des forces armées athéniennes et hébéïennes…



Si les hostilités étaient déjà bien engagées dans le Parthénos, Asgard et le Japon n’étaient pas en reste.
Aux quatre coins du globe, de nouvelles batailles s’engageaient…




54
Only for Love / Chapitre 34 - La prise de conscience
« on: 15 August 2012 à 15h15 »
Un an… Un an s’écoula. Personne ne vécut cette année de la même manière, bien entendu.
Rhadamanthe et Myu continuèrent de traverser le monde à pieds, en quête de leur identité. Ils approchaient de la Chine.
A l’Aréopage, Vasiliás dressait sa nouvelle armée.
Le monde sous-marin, réunissait sa nouvelle génération de Marinas.
Deathmask achevait la formation de son jeune disciple Mei, pendant qu’Aphrodite trouvait du réconfort auprès de Lilith.
Asgard pansait ses blessures, après le passage de Rhadamanthe et le départ de Myu.
Sur Yíaros, la récession se poursuivait pour le peuple hébéïen. Taishi organisait le déicide d’Hébé. Le renouvellement des garnisons athéniennes favorisait l’arrivée de fidèles à Gigas. Philémon et Baucis vivaient en toute insouciance leur idylle, tandis que moi, je me rapprochais inexorablement de Juventas et de sa fille.
Au Japon, Saori achevait la construction de son quartier général pendant que son amie intrigante, Ksénia, effectuait de plus en plus de voyages soudains à travers le monde…



Chapitre 34 - La prise de conscience

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

5 août 1986.
En des temps mythologiques, à la fin de la première Guerre Sainte opposant Athéna à Poséidon, ce dernier vit son âme enfermée dans une urne scellée par Athéna.
La déesse de la Sagesse choisit alors de cacher le contenant dans un lieu inaccessible à l’homme, à l’extrême nord de la Sibérie.
Les chevaliers chargés de veiller sur l’héritage d’Athéna formèrent une citée qui devint bientôt un état armé, lieu militaire stratégique pour la divinité, Blue Graad.

De nos jours, l’homme contemporain n’a toujours pas idée de l’existence d’une telle légende et d’un tel lieu.
Inaccessible pour celui qui n’aurait aucune maîtrise de la cosmo énergie, l’état de Blue Graad, aujourd’hui composé de nombreuses bâtisses délabrées et ensevelies sous la neige, vit des jours difficiles sous le régime du Seigneur Piotr, descendant du souverain Unity qui fut d’une aide précieuse lors de la Guerre Sainte de 1743 contre Hadès.


Pacifiste, Piotr mène une politique de survie, dans ce lieu aux conditions climatiques cruelles.
En effet, un cataclysme sans précédent a ravagé la nation il y a plusieurs années, ne laissant qu’une cinquantaine de survivants, composant ainsi les quelques familles en mesure de garantir le futur de cette contrée légendaire.

Toutefois Piotr s’inquiète du retour annoncé de son fils banni, Alexer.
Exilé il y a cinq ans après avoir évoqué ses intentions maléfiques à l’encontre du monde, Alexer a réuni autour de lui les soldats les plus vaillants de Blue Graad, convaincus que la conquête de terres plus chaleureuses est juste.
Voici trois nuits que les soldats fidèles à Piotr repoussent les hommes d’Alexer qui attaquent des points de guets stratégiques. Piotr craint que ce combat fratricide ne cache hélas une menace plus grande, le retour de Poséidon en ce monde.
En effet, en plus d’avoir détenu autrefois l’âme du dieu, Blue Graad dispose d’un passage secret reliant la surface à Atlantis, ancien siège militaire et capitale aujourd’hui détruite, de l’empire du dieu des Mers et des Océans.

Atlantis a définitivement été ravagée lors de la Guerre Sainte de 1743, durant le réveil momentané de Poséidon face au chevalier d’or du Verseau.
La ville sous-marine, véritable cercueil de glace éternelle, n’est désormais accessible que via Blue Graad et renferme encore diverses armes dont le dieu marin avait par le passé l’utilité.


A l’intérieur du palais de Piotr, aux sols et aux murs faits de pierres de taille, une jolie demoiselle aux cheveux mi-longs, blonds et bouclés, avance d’un pas inquiet dans les couloirs.
A chaque garde croisé, elle incline légèrement sa tête pour les saluer, quand eux se courbent pour lui rendre les hommages qui lui sont dus.
Sa longue robe blanche à bretelle descend jusqu’au sol et cache ses longues jambes contrairement à sa poitrine et ses épaules à peine couvertes. Ses bras nus sont ornés de bracelets dorés aux biceps et aux poignets, tandis que quelques bagues habillent ses mains.
Arrivée devant la salle du trône de son père, la douce Natassia passe sa main dans sa nuque, pour recoiffer les cheveux qui descendent dans tout le long de son cou. Elle se racle la gorge, puis fait irruption devant le siège du souverain.
Le patriarche se frotte sa longue barbe blanche. Le visage fermé, songeur, il déclare à sa fille sans même qu’elle n’ait le temps de prononcer quoi que ce soit :
Piotr - " Oui ma fille. Je sais… "
La pauvre s’échoue à genoux et en sanglot :
Natassia - " Alors nous ne pouvons donc rien faire ? "


Loin du centre de la ville, où les chaumières faites de pierres blanchies par le givre encerclent le palais impérial, dans les ruines des maisons frontalières au désert de glace sibérien, autour d’un feu, quelques hommes gloussent en jouant aux cartes autour de verres remplis de vin chaud. D’autres s’exercent au glaive, tandis que certains jouent de leurs charmes auprès des rares femmes qui composent leurs rangs.
Vêtus d’épaisses fourrures, par-dessus leurs maillots et leurs pantalons, ils enserrent le tout grâce à leurs cuirasses métalliques qui leurs servent d’armures à l’instar des soldats du palais.

Dans le brouhaha le plus complet, un groupe de trois soldats à la carrure imposante, au physique plutôt meurtri et aux armures ébréchées, traverse les décombres d’une des demeures précairement investies.
Sans attirer particulièrement l’attention malgré leur allure peu coutumière, ils se rendent au fin fond de l’habitation, régulièrement soufflée par les courants d’air gelés. Ils vont là où la lueur des torches est bien trop lointaine pour parfaitement identifier l’homme qui se tient assis sur une paillasse recouverte de fourrures animales.

En voyant venir ses sujets, Alexer, le maître des lieux secoue le corps étendu sur la couche d’une des sujettes qui compose son équipe et la chasse :
Alexer - " Rhabille-toi à présent. J’ai à faire. "
Sans broncher, sa partenaire occasionnelle se redresse sans la moindre gêne devant les trois arrivants et ramasse ses vêtements, avant de regagner l’attroupement à l’autre bout des ruines.
Les trois soldats, observent du coin de l’½il le physique gracieux de leur concitoyenne, puis se prosternent devant Alexer toujours tapis dans l’ombre.
Soldat n°1 - " Seigneur Alexer, nous sommes parvenus à nous introduire dans le palais comme vous nous l’aviez demandé. "
Un second homme ajoute :
Soldat n°2 - " Nous avons réussi à forcer le passage jusqu’au palais. Alors que nous étions encerclés et à la merci de la garde impériale, votre père a demandé à nous rencontrer, pour connaître vos réelles intentions. "
Le troisième guerrier s’empresse de développer :
Soldat n°3 - " Nous avons déclaré qu’elles étaient toujours les mêmes qu’il y a cinq ans, lorsqu’il vous a banni et que vous demandiez votre réhabilitation auprès de lui, au rang de prince, qui vous est dû. "
Le premier des trois messagers se montre moins enthousiaste que son dernier pair :
Soldat n°1 - " Néanmoins il a décliné cette proposition et nous a renvoyé auprès de vous pour vous en faire part. "

Alexer se redresse en aspirant profondément de l’air.
Il se montre volontairement à la lumière du jour qui passe par les lucarnes de la demeure délabrées et arbore sa mine orgueilleuse. Vêtu d’un simple maillot et d’un pantalon au bleu délavé, son corps est protégé du froid par une épaisse cape de fourrure brune enroulée autour de lui.
Alexer - " Très bien. Je vois que ce vieux fou est résigné à attendre un coup d’état. Celui-ci ne va pas tarder. Si à trois soldats vous êtes parvenus à pénétrer jusque dans le château, c’est que nos multiples petits assauts répétés en des lieux stratégiques du domaine ont porté leurs fruits. Aujourd’hui les rangs de mon père s’amenuisent et il est plus faible que jamais. Depuis maintenant plusieurs semaines, je les prive d’une rencontre avec les marchands du Port du Destin de Crète en négociant au prix fort les cargaisons. Ce qui reste de son peuple va finir par mourir de faim, plutôt que de froid, alors que nous récupérons chaque jour plus d’hommes et de femmes désabusés qui quittent ses rangs pour renforcer les miens… "
Soudain, la neige et le givre qui couvrent le sol et les murs se mettent à fondre. Alexer cesse ses propos et reconnaît l’arrivée d’une jeune femme fort peu vêtue malgré les conditions climatiques.

Et pour cause, montée sur des escarpins à grands talons et habillée d’une courte robe noire, l’intruse approche d’Alexer, sans se soucier de l’esprit provocateur que sa présence peut susciter auprès des hommes du prince de Blue Graad.
L’un des partisans abandonne la table où il était assis en compagnie des siens et, sous l’influence de l’alcool et des exhortations vulgaires de ses amis, au beau milieu des sifflets à l’encontre de la belle créature, il se dresse devant elle en l’enserrant avec poigne par la taille :
L’homme - " Ah, ah, ah… Alors ma jolie, tu t’es perdu ? Tu veux venir t’amuser avec nous ? Ah, ah… "
Brusquement l’assistance s’inquiète lorsque l’air hébété du grotesque individu change radicalement en une expression de souffrance. Leurs gloussements deviennent exclamations, tandis que l’entreprenant mâle libère l’inconnue en se tenant le bras avec lequel il l’avait agrippée. Le membre se contracte pendant que ses ongles commencent à tomber. Ses doigts pourrissent puis son bras se détache de son corps.
Dans d’atroces hurlements, sous la stupeur et le dégoût des spectateurs, l’ivre personnage observe son organe fondre petit à petit sur le sol.

Sans le moindre sourcillement, la dangereuse beauté reprend son chemin jusqu’au responsable des lieux, sans plus rencontrer la moindre remarque ou le moindre obstacle, puisque chacun s’écarte en tremblant.
Alexer l’observe avancer tranquillement jusqu’à lui, en se remémorant leur rencontre…


Flashback
1980 - Une jeune femme simplement vêtue d’une légère robe blanche courait dans la citée de Blue Graad sous une tempête de neige en s’égosillant :
Natassia - " Alexer ! Attends je t’en prie. Rentre donc avec moi au palais. Père ne désire que ton bien, il faut que tu me crois. Implore son pardon et revient avec moi par pitié. "
Le jeune garçon qui portait sur son dos une urne métallique, fit volte-face :
Alexer - " Piotr m’a banni. Il refuse d’ouvrir les yeux. Ce que je lui ai dit, je ne suis pas le seul à le penser. Bientôt d’autres se rallieront à moi. Voilà pourquoi je pars avec l’armure des Blue Warriors, héritage de notre contrée. "
Natassia - " Et à quoi cela te mènera ? "
Alexer - " Au pouvoir ! Je destituerai Piotr de son trône et prendrai sa place pour offrir à notre royaume des jours plus cléments sous le soleil. "
Natassia se jette aux pieds d’Alexer pour le supplier, mais il n’en a que faire. Il la repousse sans animosité et la fixe dans les yeux :
Alexer - " Natassia, ma très chère s½ur, je ne veux que votre bonheur à toi et à notre peuple. Nous nous retrouverons bientôt. Je t’aime. "

Alexer, disparut dans les souffles blancs de neige de la tempête, laissant sa s½ur pleurer toutes les larmes de son corps.
Le jeune prince de Blue Graad, marcha durant des heures et des heures, s’efforçant à lutter contre le froid, développant ainsi de minutes en minutes, une cosmo énergie de plus en plus grande.
En allant au bout de ses limites, il parvenait à pousser un cosmos infini.
Il s’effondra maintes fois, dans l’épais manteau de coton qui couvre le sol de sa nation. Mais convaincu qu’il lui fallait poursuivre ainsi, pour devenir plus fort, il trouvait chaque fois le courage de se ressaisir.
Pire, il choisit d’ôter ses vêtements, pour exposer son torse nu aux morsures glacées du gel, afin de défier davantage la météo capricieuse.

Durant des jours, des mois, il concentra cette aura issue de son ambition, de sa haine envers son géniteur et de ce rude entraînement, pour s’approprier un arcane dévastateur, une vitesse surhumaine et une force hors du commun.

Il trouva refuge dans les habitations frontalières de la contrée, abandonnées depuis des années après un cataclysme historique.
Il se nourrissait de ses prises de chasse, buvait la neige qu’il faisait fondre par-dessus un feu qu’il devait alimenter sans cesse et passait le reste de son temps, à maîtriser seul la rançon de ses efforts.


Résolu à défendre cette cause qui lui semblait si juste, Alexer demeurait pourtant seul.
Cela faisait maintenant sept mois qu’il attendait impatiemment l’arrivée d’autres soldats qu’il pensait acquis à sa cause lorsqu’il a quitté le royaume.

Un jour, tandis que le blizzard était si intense que même Alexer avait du mal à mettre un pied devant l’autre, le jeune sibérien aux cheveux châtains commença à douter. Les forces lui manquaient, la température glaciale l’atteignait de façon croissante et son corps s’engourdissait. Sûrement était-ce dû aux doutes qui le rongeaient.

Alors qu’il était couché dans la neige, rongé par le froid, à demi conscient, les rafales et les chutes de neige, furent interrompues par une douce chaleur qui vint lui prendre le c½ur.
Ni les incertitudes ni les maux ne purent contrer ce bien-être inexplicable. Alexer sentit son corps être soulevé, comme s’il était aussi léger qu’une plume malgré ses quatre-vingt kilos.
Les yeux mi-clos, il crut voir un ange venir le chercher, pour le guider dans l’autre monde. Ce dernier était tout de blanc voilé et encapuchonné. Cependant au contact de son aura, Alexer sentit comme une sensation de réconfort, un apaisement.
Il se laissa ainsi guider et ferma les yeux pour ne pas lutter contre son ange gardien…

La nuit était tombée depuis le « voyage » d’Alexer. Il reprit ses esprits sur la couche qu’il s’était lui-même confectionné des mois auparavant.
La fourrure brune qu’il avait ôtée à un ours pour s’en faire une cape lui servait en cet instant de couverture par-dessus ses vêtements bleus.
La tête lui tournait légèrement, pendant que son feu était la seule source de lumière et de chaleur lui permettant de ne pas sombrer dans la nuit ténébreuse. Un feu qu’il lui faut néanmoins régulièrement alimenter et qui brûlait très bien sans lui depuis des heures.
Alexer bondit en tremblant, fort affaibli :
Alexer - " Qu… Qui est là ? "
Seule la cosmo énergie chaude et apaisante de son sauveur lui répondit en s’intensifiant.
Après s’être relevé trop vite de sa paillasse, Alexer commença à voir trouble, toutefois il reconnaissait le voile blanc qui dissimulait son bienfaiteur.
Alexer - " Une telle incandescence, un tel amour… Il n’y a que ma s½ur qui soit capable de me le communiquer… Natassia… Est-ce toi… Est-ce toi Natassia ? "
La voix qui répondit était féminine et portait le même accent slave que la fille de Piotr, seulement il pu la différencier au timbre de celle-ci :
Ksénia - " Natassia ! Serait-elle capable d’après toi de dégager un cosmos si puissant ? "
Rien que par l’émanation de son pouvoir, Ksénia repoussa Alexer sur sa couche où il se laissa tomber impuissant.
Alexer - " Aucune femme de Blue Graad n’est capable de dégager autant de force ! "
Ksénia - " Mon accent est peut-être trompeur. Je ne suis pas originaire de Blue Graad et disons que mon identité ne t’apportera rien de plus te permettant de réaliser tes rêves. Considère-moi comme ton ange gardien, rien de plus, rien de moins. "

Alexer eut du mal à se remettre sur pieds, il se laissa tomber à genoux :
Alexer - " Mes… Mes rêves… De quoi parles-tu ? "
Toujours dissimulée sous son voilage blanc, Ksénia détourna la réponse :
Ksénia - " J’ai seulement une question par rapport à ceci, votre rôle à vous, habitants de Blue Graad, qu’en adviendra-t-il lorsque tu auras conquis la planète. Qui y veillera ? "
Alexer - " Notre rôle ?! Atlantis ! La capitale abandonnée de l’ancien empire de Poséidon. A quoi bon y veiller ? La dernière Guerre Sainte contre Hadès de 1743 a vu la destruction de ce qu’il en restait. Voilà pourquoi je ne comprends pas l’obstination de Piotr à y faire rester son peuple qui meurt de froid alors que notre place mérite d’être mieux reconnue auprès d’Athéna. "
Ksénia commença à défaire sa capuche :
Ksénia - " Voilà qui est juste et qui me convient. "
Alexer fut aussitôt envoûté par la beauté de la jeune femme brune aux yeux topaze. Ses lèvres pulpeuses et le tatouage rose qui embellissent son divin visage réussirent à conquérir l’autochtone.
La voix du bel homme devint tremblante, tant il était confus devant tant d’élégance :
Alexer - " Malheureusement, j’ai bien l’impression que mes projets tombent à l’eau. De tous les soldats que j’ai acquis à ma cause au palais, aucun n’est venu jusqu’à moi. Je suis seul aujourd’hui. "
Ksénia laissa tomber à cet instant le voile blanc sur le sol pour dévoiler sa tenue contemporaine. Montée sur des escarpins noirs et les jambes peu couvertes par sa jupe noire, elle avançait lentement jusqu’à Alexer.
Arrivée à sa hauteur, elle s’accroupit pour venir cueillir son visage dans ses mains douces :
Ksénia - " Ne croit pas que tes actes restent vains auprès des tiens. Beaucoup sont partisans de tes ambitions. Il leur manquait simplement la garantie d’obtenir la victoire. "
Alexer leva timidement les yeux vers la russe et lui fit remarquer son emploi de l’imparfait :
Alexer - " Il leur « manquait » ? Que veux-tu dire ? "
Tout en gardant dans ses mains la mine douteuse du prince, elle se releva et l’obligea ainsi à se remettre debout.
Ksénia - " Il doutait des capacités de meneur physique que tu pouvais avoir, alors je leur ai montré… "
Elle ouvrit ses paumes de mains en direction du ciel, en invoquant dans chacune d’elle son cosmos, jusqu’à ce que celui-ci forme une sorte de miroir de feu, dans lequel Alexer put reconnaître la brume qui domine le paysage de Blue Graad.
Elle poursuivit ses explications :
Ksénia - " … Je leur ai montré les efforts de ce jeune prince qui manipulait comme jamais aucun habitant de Blue Graad ne manipula par le passé sa cosmo énergie… "
Alexer observait dans ce qui s’apparentait à une boule de cristal aux contours flamboyants les silhouettes qui apparaissaient au fur et à mesure, bravant la tempête depuis la citée impériale de Blue Graad, tandis que Ksénia ne cessait d’haranguer le futur leader :
Ksénia - " … Aujourd’hui ils choisissent d’abandonner leurs foyers, car ils croient en la victoire de ce prince qui leur offrira à eux et à leurs familles l’espoir de jours meilleurs, même si pour cela ils doivent passer pour des traîtres… "
Des larmes gondolèrent le regard d’Alexer, celui-ci commença à sourire tout en écoutant attentivement le discours de Ksénia :
Ksénia - " … Ils vont suivre ta force, à toi de les mener maintenant par des actes mais également, par un plan digne de ce nom. "
Alexer plongea aussitôt ses yeux dans ceux de Ksénia en souriant fièrement :
Alexer - " J’y arriverai ! Grâce à toi j’y arriverai, j’en suis sûr. "
Ksénia - " Prend le temps qu’il te faudra, empare-toi de Blue Graad et étend ton pouvoir sur cette planète. N’abandonne plus jamais, puise en toi toutes les motivations nécessaires, pour ne jamais te détourner du droit chemin. "
Il lui saisit les mains, faisant ainsi cesser le sortilège de la jeune slave et lui fit coller contre son c½ur :
Alexer - " J’ai trouvé ma motivation. Celle d’offrir à mon ange gardien ce monde pour lequel elle m’a redonné tant d’espoir. "
Ksénia lui sourit alors timidement et dirigea à son tour les mains du jeune homme, contre sa poitrine à peine couverte.
Intimidé par le contact de la chair, Alexer rougit et n’osa plus confronter son regard à celui de la belle enfant :
Ksénia - " Je prends cette déclaration pour un serment. Je veillerai à ce que tu l’accomplisses et t’apporte par ce geste la preuve de mon soutien le plus solennel. "
Elle libéra sa prise et Alexer retira très délicatement ses mains, en effleurant avec plaisirs les formes généreuses du divin ange.
Il pivota légèrement sur le côté pour passer derrière elle et gagner la sortie du refuge :
Alexer - " Je pars à la rencontre de mes hommes. Seras-tu encore là à mon arrivée ? "
Elle le rejoignit. Alors qu’il lui tournait le dos, elle en profita pour l’enlacer et coller sa tête contre son épaule :
Ksénia - " Profite de leur présence pour agir sur les postes de surveillance du royaume. Prouve par votre efficacité, la force de ton ambition et ainsi tu enrôleras d’autres hommes. Je reviendrais auprès de toi, lorsque tu disposeras d’une armée conséquente. "
Une fois sa déclaration faite, elle défit son étreinte et vint en face du chef des rebelles qu’elle embrassa en déposant ses lèvres au coin des siennes. Ensuite, d’un mouvement de bras, elle réajusta son voile blanc resté à terre tout autour d’elle. Puis, elle prit la direction opposée à celle qu’allait emprunter Alexer. Comme si elle ne faisait qu’une avec la neige, elle disparut à mesure qu’elle s’enfonçait à l’horizon, sans craindre ce climat rugueux.

Alexer resta de longues minutes à fixer ce qu’il croyait encore être un mirage.
Enfin, lorsqu’il revint à lui, il concentra toutes ses forces et entra en osmose parfaite avec la Pandora Box située à côté de sa paillasse pour en extraire l’armure qui y dormait depuis des centaines d’années.
Elle s’ajusta aussitôt sur lui, d’un gris bleuté, aux contours métallisés, protégeant ses jambes jusqu’au haut des cuisses, entièrement son torse et la ceinture, les avant-bras et munie de larges épaulettes.
Cette empreinte de majesté ne pourrait pas passer inaperçue, envers les hommes auprès desquels il se dirigeait à présent, ces hommes qui composeraient son armée de Blue Warriors.
Flashback


Les yeux d’Alexer, brillent comme ceux d’un enfant joyeux, lorsqu’il croise enfin le regard de Ksénia.
D’un signe de la tête, il renvoie ses trois espions et l’accueille :
Alexer - " La première fois que tu es venue à moi, ton entrée était beaucoup plus discrète. Tu étais apparue sous un voile blanc ma chère Ksénia, mon ange gardien ! "


Sur l’île d’Yíaros :

La verdure luxuriante de l’île est abreuvée d’eau en ce milieu d’été pénible.
Le vent souffle de plus en plus et la pluie ne cesse de tomber depuis une semaine.

Ces caprices de la météo n’empêchent toutefois pas les athéniens de faire leurs tours de ronde dans la citée et les fermes alentours.

Vêtu de sa Cloth rouge et orangée, Apodis laisse ses cheveux azur goutter devant ses yeux et sur ses épaulettes.
Accompagné de sa troupe dirigée par le caporal Pullo, le chevalier de bronze de l’Oiseau de Paradis est resté étrangement mué ces quatre dernières semaines. Même son ami Cliff n’a rien pu en tirer.

L’ambiance au sein des garnisons est de plus en plus terne, le curieux silence d’Apodis n’aide pas à dénouer la tension qui règne désormais.
L’augmentation de la violence envers les hébéïens et le peu de soldats suffisamment justes pour défendre les opprimés créent de vives rivalités au sein même des occupants.

Les pieds dans la boue, au beau milieu d’un bois, la troupe d’Apodis, torche en main, pour lutter contre l’obscurité instaurée par l’orage qui a éclaté tôt dans la matinée, avance jusqu’à une grange où tous les bovins semblent avoir été massacrés.
De dehors, l’équipe entend des hurlements, ce qui la pousse à presser le pas.
Ensemble, les soldats défoncent la porte et débarquent à l’intérieur de la demeure, déjà occupée par deux athéniens.
L’un pointe de son épée le père de famille, son épouse et leurs enfants, tandis que le second tient allongée la plus vieille de leurs filles, en espérant profiter d’elle et ce avec l’usage de la force.

Saisi par l’entrée surprise, le violeur lève aussitôt les mains en l’air comme pour clamer son innocence, libérant ainsi la victime qui part se réfugier dans les bras de sa famille.
Le père de famille, toujours menacé par l’arme du renégat, s’agenouille et implore Apodis : « Pitié sergent athénien, je vous en supplie, tuez-moi si vous le voulez mais laissez ma famille saine et sauve. »
Absorbé par ce spectacle macabre, Apodis revit l’espace d’une seconde l’instant où il a découvert sa mère et son fils dans sa demeure, lors de la Journée Sainte.
Partagé entre compréhension et colère, Apodis se remémore la découverte qu’il a fait un an plus tôt sur la plage, où un infiltré lui a appris les véritables coupables de la mort de sa famille.
Ne sachant qui croire, ne sachant de qui il doit se venger, hébéïen ou athénien, Apodis reste sans réaction.
C’est son caporal qui donne alors les ordres :
Pullo - " Sortez d’ici, vite ! "
La troupe d’Apodis vient liés les poings des deux agresseurs et les balance dans le sol boueux, à l’extérieur.

Là, sous une pluie battante, Apodis choisit enfin d’intervenir. Il est furieux, son regard est perdu :
Apodis - " Pourquoi ?! Pourquoi agir ainsi soldats ?! "
Les deux hommes n’osent répondre, c’est alors qu’un autre sergent s’exprime pour les deux prisonniers :
Taishi - " Parce que ce peuple est un peuple de traîtres, d’infidèles. Il n’a que ce qu’il mérite. "
Apodis - " Taishi Saint de bronze du Toucan, que de noirceur dans tes propos ! Depuis les mois que nous sommes ici, les hébéïens n’ont-ils pas réussi à te prouver leurs valeurs ? "
Taishi - " De quelles valeurs parles-tu donc sage Apodis ? S’il s’agit de la chaleur des cuisses de leurs femmes, alors ces hommes n’ont rien fait de pire que toi ! "
Apodis comprend l’allusion faite par Taishi quand à son rapprochement avec Juventas. D’un coup de sang, il envoie son poing en plein visage du japonais qui choie sur son postérieur.
Les fesses dans l’eau, vexé, l’ancien équipier de Jabu se redresse, enveloppé de toute sa cosmo énergie, prêt à riposter.
Les gardes alentours s’écartent, de peur d’être blessés dans le conflit qui se dessine devant eux.
Derrière chacun, les emblèmes de leurs constellations protectrices se dessinent. Le tonnerre gronde, la pluie fouette leur peau.

Il faut attendre l’arrivée d’Anikeï et de sa cohorte, pour calmer l’atmosphère. Le Saint de bronze de Cassiopée s’interpose entre les deux chevaliers :
Anikeï - " Etes-vous irresponsables ? J’ai senti vos cosmos en alerte et suis venu aussi vite que j’ai pu, pour vous éviter de faire une bêtise. "
L’entrée en matière du russe, calme les ardeurs des deux Saints.

Dans les troupes, les athéniens s’échangent tous un regard circonspect. Beaucoup semblent suivre le comportement de Taishi, y compris dans l’équipe d’Apodis.

Seulement, le grec n’abdique pas. Contre toute attente, il sort de son étui le glaive du soldat le plus proche, pour venir trancher d’un seul mouvement de bras la tête des deux violeurs.
Taishi grimace de colère, comme beaucoup d’autres guerriers. Apodis fait le tour de lui-même en pointant le glaive sur la foule :
Apodis - " Que cela serve d’exemple ! Tous les hommes, ici, qu’ils soient athéniens ou hébéïens, sont égaux en droit ! Je ne tolérerai pas un tel comportement, quelle qu’en soit la personne à l’origine. "

Préférant ne pas provoquer davantage de débat, Taishi se retire en soufflant d’amertume. Il est aussitôt suivi par ses hommes qui préfèrent baisser la tête que de croiser le regard d’Apodis.
Les hommes d’Anikeï repartent également, laissant leur sergent en compagnie de l’Oiseau de Paradis.
Parmi les hommes d’Apodis, beaucoup restent les yeux rivés vers le sol, comme s’ils étaient couverts de honte suite à l’attitude pacifiste d’Apodis envers les hébéïens.

Dans l’ombre, à l’orée d’un bois entourant la ferme où les athéniens sont intervenus, un mystérieux observateur, dissimulé sous un voile noir s’éclipse bien vite.

Les deux chevaliers restent l’un à côté de l’autre, sous le déluge.
Apodis - " Merci d’être intervenu… "
Anikeï - " Je t’interdis de me remercier et je t’interdis de croire que je vous ai interrompu, parce que je suis d’accord avec toi ! Par Athéna, Apodis, où as-tu la tête ? Lorsque je t’ai connu, sur cette île, tu les aurais tous exterminés. Et aujourd’hui tu exécutes deux gardes athéniens, parce qu’ils ont agi comme ces barbares d’hébéïens lorsqu’ils ont attaqué le Sanctuaire ?! Non mais, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Lors de l’arrivée des renforts ici, tu étais pour l’ensemble de nos hommes une référence. De tous les sergents, les soldats voulaient entrer au service d’Apodis. Aujourd’hui ils te tournent le dos ! "
Apodis - " Ces hommes ne sont pas ceux que tu crois, un soldat m’a confié il y a peu, avant de mourir que… "
Anikeï - " Non, non Apodis. Je refuse d’en entendre plus. "

Le slave tourne les talons à son alter ego. Les poings serrés, grelottant, il affirme avant de partir :
Anikeï - " Tu sais que j’ai le don de prémonition. "
Le silence d’Apodis est pris pour une réponse affirmative.
Anikeï - " Apodis, je ne sais pas vers quel chemin tu t’égares, mais depuis plusieurs semaines, j’ai des visions de toi, m’ôtant la vie. "
Apodis essaie de retenir son frère d’arme :
Apodis - " Anikeï, non… "
Anikeï - " Ravise-toi Apodis. Abandonne cet étrange ressentiment, qui t’occupe actuellement. Fais quelque chose, sinon il sera trop tard. "
Le chevalier de Cassiopée laisse l’Oiseau de Paradis seul, extrêmement seul, trempé jusqu’aux os et noyé de doutes…


Plus loin, au palais d’Hébé, l’homme encapuchonné qui épiait dans le bois, rend son rapport à sa majesté, entourée de Juventas et d’¼dipe.
Le soldat, vêtu d’une armure et de vêtement bleus, appartient à ce qu’il reste de l’armée d’Hébé, c'est-à-dire quinze soldats.
L’inquiétude de Juventas est donc palpable :
Juventas - " L’avez-vous compris majesté ? La tension est à son comble, les soldats athéniens sont de plus en plus proches d’une révolte. Sans compter que notre peuple est excédé. Seul ce chevalier Apodis semble respecter les engagements pris lors des négociations pour l’occupation de notre île par le Sanctuaire. "

Plus bas, au pied de l’esplanade sur laquelle siège Hébé et ses Alcides, aux côtés du soldat agenouillé, le grand prêtre, Acis, celui qui a recueilli et élevé Saga et Kanon, réagit :
Acis - " Il est vrai majesté, que l’attitude des athéniens s’est dégradée ces dernières semaines. Désormais l’instruction militaire de nos jeunes enfants est donnée par la milice athénienne et, le moins que l’ont puisse dire, c’est que le bourrage de crâne exercé a l’effet escompté par le Sanctuaire. Vous ne disposez plus dans vos rangs, que de trois Alcides et de quinze soldats. Les vivres viennent de moins en moins au château, il faut compter sur la clandestinité de nos habitants pour apporter ici de quoi nous nourrir. Combien de temps le Sanctuaire attendra-t-il encore avant d’envoyer quelqu’un vous ôter votre vie ? D’autant plus qu’un Saint est déjà parvenu en ces lieux ! "

La jolie jeune femme blonde qu’est la divinité finie par faire taire toute tentative de révolte de son prêtre :
Hébé - " Je refuse catégoriquement de m’opposer à la volonté du Sanctuaire. Le peuple hébéïen a déjà essuyé trop de pertes pour que je le condamne par une tentative de rébellion.
Je compte sur les capacités de Juventas, ¼dipe et Baucis pour assurer ma protection. "

Acis s’offusque :
Acis - " Et Baucis, où est-elle justement ? "

La seconde d’Hébé, au masque froid et dévêtue de sa Cloth, Juventas, répond immédiatement :
Juventas - " Il s’agit de son jour de permission aujourd’hui. Comme chacun d’entre nous se voit accorder une journée à tour de rôle. "

Hébé souhaite mettre fin à tout ceci :
Hébé - " Bien, merci soldat pour ton rapport. Vous pouvez disposer à présent, je souhaite m’entretenir seule avec Acis et mes Alcides. "

Le messager ainsi que les servants prennent congés…


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

Dehors, à proximité des habitations abandonnées de Blue Graad, aux frontières du domaine, malgré une tempête de neige, le mètre quatre-vingt-quatre de l’enfant du pays ne semble pas inquiété. Pas plus que Ksénia dont l’allure plus frêle, renferme une cosmo énergie encore plus grande.

Les deux conversent à l’abri des regards, inquiets, après la démonstration de la jeune russe.
Depuis leur rencontre il y a cinq ans, Alexer retrouve enfin celle dont il est tombé éperdument amoureux. Elle est devenue une jeune femme, encore plus ravissante qu’il ne l’imaginait.
Finalement, il succombe au besoin de la toucher en prenant dans ces mains, devenues celles d’un homme, le visage angélique de la demoiselle en se congratulant :
Alexer - " Tout fonctionne comme tu l’avais prévu. Ma main mise sur le commerce avec le Sanctuaire prive le royaume de vivre et nos excursions répétées en des lieux stratégiques du domaine renforcent ma côte de popularité auprès des habitants de la citée. Mon père se prépare contre une attaque imminente et sa garde est en état d’alerte. Le stress et la faim, m’apportent de plus en plus d’adeptes. La victoire est à ma portée ! "
Tandis qu’elle se défait de l’emprise du Blue Warrior, le doux accent slave de Ksénia prend un ton bien inhabituel :
Ksénia - " Calme tes ardeurs jeune prince ! Réfléchis donc un peu pour une fois ! "
Les cheveux clairs, mi-longs, balayés par les bourrasques, Alexer reste impatient :
Alexer - " Voyons, c’est le moment ou jamais ! "
D’une voix calme, mais pas moins autoritaire pour autant, Ksénia le ramène à la raison en plaquant sa main contre la robuste poitrine du sibérien :
Ksénia - " T’ai-je déjà été de mauvais conseil ? "
Alexer baisse le ton, tout en souriant timidement au contact tactile qu’a instaurée son interlocutrice :
Alexer - " Non il est vrai. J’avais à peine onze ans à l’époque où tu es venue me trouver, alors que je venais d’être banni par mon père. Sans tes conseils avisés je n’en serai pas là aujourd’hui. Toutefois, il me tarde de devenir maître de Blue Graad et d’offrir à mon peuple la chaleur qui lui est due. "
Elle lui tourne aussitôt le dos, brisant le charme qu’elle a instauré :
Ksénia - " Cette réussite que je t’offre te monte à la tête. Chaque chose en son temps, n’oublie pas. Il est encore trop tôt pour t’assurer la victoire contre ton père. Il est préférable de décourager encore quelques mois l’armée et le peuple en réussissant des actions militaires comme je t’en ai fais entreprendre jusqu’à présent. Les forces armées de ton père sont encore nombreuses malgré tout et il vaut mieux aller de petites victoires en petites victoires plutôt que de se jeter dans la gueule du loup et rendre du baume au c½ur à tes ennemis par le biais d’une défaite cuisante. Ainsi tu prendras le temps de renforcer ton armée, pendant que les hommes de la citée abandonneront celle de Piotr. "
Alexer rattrape la main de Ksénia en constatant confus :
Alexer - " Oui, tu as raison. "
Elle regarde le jeune garçon s’agenouiller à ses pieds :
Ksénia - " Le deuxième point concerne ton projet de conquête. Tes rangs seront fortement diminués après ton coup d’état. Même sans cela, vous ne serez pas assez nombreux pour prétendre écraser le Sanctuaire. "
Alexer perd aussitôt les nerfs et se redresse, abandonnant par ce geste toute révérence :
Alexer - " Je croyais pourtant que ton but avoué était également que je renverse le Sanctuaire ! "
N’admettant pas qu’Alexer se défasse ainsi de son autorité, Ksénia hausse la voix :
Ksénia - " C’est le cas, mais il y a bien des façons intelligentes d’y parvenir ! Ton peuple n’est pas le seul, à se sacrifier pour la sauvegarde du monde. La princesse Hilda de Polaris gouverne un peuple qui subit comme toi les rudesses du climat et tout ce que cela impose. "
Alexer - " Tu proposes que je lui confesse mes projets ? "
Ksénia - " Hilda est la représentante d’Odin. Avec l’aide des Guerriers Divins, dont la force est équivalente à celle des Saints d’or, vous aurez toutes vos chances pour conquérir le monde. Le prince et la princesse des royaumes du grand nord, gouvernant main dans la main l’univers ! "
Alexer est dubitatif :
Alexer - " Cependant j’aurai aimé croire que tu veuilles justement partager cette planète avec moi, plutôt que je reste conjointement lié à Hilda. "
Ksénia entoure aussitôt de ses fins bras le cou d’Alexer et vient lui prendre un baiser suave, avant de l’apaiser :
Ksénia - " Hilda n’est qu’une étape. Gagne sa confiance et prend le temps de vous offrir un trône, avant de m’y installer à sa place. "
Convaincu, Alexer cherche à l’embrasser à son tour, avant qu’elle ne se retire en souriant avec élégance :
Ksénia - " D’abord confier à tes hommes l’attaque de la citée par petites salves, comme c’est déjà le cas. Pendant ce temps tu enrôleras Hilda. Mais ne tarde pas, le grand cataclysme, ce même phénomène qui a éradiqué la quasi-totalité de la population il y a des années, semble se répéter en notre époque. Les températures chutent davantage chaque jour, la neige devient aussi tranchante que des piques de glaces et le vent glace de plus en plus le sang. "
Puis, tout en le fixant, elle marche en arrière d’un pas léger et lent, jusqu’à ce qu’elle ait gagné assez de distance pour s’effacer dans l’horizon en laissant son image s’évaporer au gré du vent.

Alexer reste de longues minutes à fixer la dernière image qu’il a de son ange gardien, tout en embrasant sa cosmo énergie ce qui interpelle ses hommes qui sortent de leur tanière. Ensemble, ils crient en ch½ur : « Seigneur Alexer ! »
Ils sont ainsi près d’une trentaine, hommes et femmes, à venir se prosterner dehors malgré le mauvais temps.

Le maître continue de leur tourner le dos, tout en donnant les directives :
Alexer - " Je vais confier le commandement de mon armée au plus vaillant d’entre vous, pour poursuivre notre travail ici. Pendant ce temps, dix d’entre-vous m’accompagneront à Asgard pour tenter d’acheter les services d’Odin. J’ai besoin de volontaires. Au nom du succès de Blue Graad, qui veut venir avec moi ? "
Parfaitement assujettis, ils lèvent tous les bras aux cieux en hurlant : « moi ! »
Alexer reste absorbé par l’horizon, tout en affichant un rictus diabolique…


Sur l’île d’Yíaros :

Quelques serviteurs d’Hébé quittent le palais pour regagner leurs loges, suppléés par d’autres valets.
Parmi les membres qui prennent congés, l’un d’entre eux, présent il y a encore quelques minutes auprès d’Hébé, pour porter sur ses épaules d’épaisses jarres de vin et en verser dans le verre de sa bienfaitrice, s’engage discrètement dans les ruelles sombres du village le plus proche afin de sortir discrètement de la place principale et gagner une bâtisse en ruine près des champs.

A l’intérieur de celle-ci, les gouttes d’eau s’écrasent sur le sol boueux, par les nombreuses fuites qui viennent du plafond.
Une petite lumière entretenue par une torche permet de dessiner la silhouette de trois soldats athéniens, couverts de capes aux tissus rapiécés.
Les trois gaillards encerclent un homme, assis sur une chaise au bord d’une table au bois rongé par les thermites.
L’homme en question ne dévoile pas son identité au visiteur, il reste tapi dans l’ombre que lui font ses robustes gardes du corps. A sa voix roque, il est pourtant facile de le reconnaître, pour quiconque occupe les rangs athéniens :
Taishi - " Assieds-toi hébéïen. "
Peu rassuré, le serviteur avale sa salive, en se positionnant sur la chaise, à l’autre bout de la table.
Son mystérieux interlocuteur lui balance un sac de sacres.
L’homme ramasse aussitôt la bourse qu’il camoufle sous ses vêtements trempés.
Taishi - " Alors, que dois-je encore savoir ? "
Serviteur - " Le grand prêtre, Acis, connait tous les accès au château. Tous. Ca je vous l’ai déjà dis. Par contre aujourd’hui, j’ai réussi à apprendre que les trois Alcides se voient autoriser un jour de repos chacun leur tour. Or, Baucis, ne répond jamais à ses heures de garde. Je le sais car seule Juventas et seul ¼dipe protègent la déesse Hébé lorsque l’un ou l’autre a sa permission. Baucis est très courtisée par les hommes et sa majesté Hébé le sait. Par conséquent, elle l’autorise à profiter de sa jeunesse en toute insouciance. Cela a toujours été. "
Taishi - " Donc si j’ai bien compris, lorsque Juventas ou ¼dipe sont en permission, Hébé n’est protégée que d’un Alcide au lieu de deux. "
Honteusement, le cupide domestique baisse la tête et répond avec dégoût pour lui-même :
Serviteur - " C’est bien ça. "

Il est facile dans la pièce d’entendre Taishi remplir ses poumons d’air avec une certaine satisfaction.
C’est seulement lorsqu’il dégage l’oxygène qu’il a absorbé, qu’il invite l’homme à prendre congé :
Taishi - " J’en sais suffisamment désormais. Je te laisse retrouver ta liberté et profiter de cet argent que tu as honnêtement gagné. "
L’homme doute lui-même du sens du mot « honnêteté » employé par Taishi.
Tandis qu’il ouvre la vieille porte en bois qui clôt la ruine, le domestique sent une étrange douleur lui brûler les nerfs à hauteur du cou. Sa tête se détache de son corps et s’échoue dans le sol boueux.
Taishi - " Désolé esclave, mais rien ne pouvait m’assurer que tu garderais pour toi le complot que je dresse contre ta déesse. "
Il ramasse le sac de sacres qu’il a donné auparavant et le balance à ses trois soldats :
Taishi - " Tenez, partagez-vous ça. "


A l’ouest de l’île, au bord d’une falaise, de la lucarne d’une maisonnette s’échappe la lueur d’un feu de cheminée.
A l’intérieur de son logis, Baucis, étendue nue dans ses draps, découverte de son masque, observe le mètre cinquante-huit de Philémon.
Habillé d’un unique pantalon, le chevalier de bronze est absorbé par les gouttes de pluies qui s’écrasent dehors sur le sol.
Baucis - " Tu es bien pensif. Quelque chose te tracasse ? "
Perturbé par le comportement des siens auprès des hébéïens, Philémon tâche de ne pas évoquer les incidents qui l’ont amenés à rencontrer l’Alcide qui occupe sa vie.
Il se contente simplement d’offrir une mine peu rassurée, ses grands yeux bleus ne pouvant dissimuler les doutes qui l’assaillent.
Philémon - " Ce n’est rien, je dois rentrer. L’heure tourne, mon tour de garde va arriver. "

Après avoir ramassé ses affaires, il quitte la demeure de sa bien-aimée, non sans lui déposer un délicat baiser.
Toutefois, le retour au temple d’Héraclès qui sert désormais de base à l’armée athénienne, lui semble plus court qu’à l’accoutumer.
Il faut dire que ses préoccupations ne lui laissent pas l’occasion de voir le temps passer.
« Comment un peuple aussi docile envers l’envahisseur après la guerre, peut-il être de mauvaise foi ? », se demande-t-il.
« D’autant plus, Hébé n’a jamais cherché à manifester sa colère à l’encontre de l’occupation athénienne. Pourtant, elle dispose encore d’Alcides qui surclassent les Saints de bronze présents sur l’île… », poursuit-il.
Bref, autant de questions sans réponses, alors que l’évidence lui saute aux yeux.

En traversant le village principal, celui où est érigé le temple d’Héraclès, Philémon remarque que les villageois respectent le couvre-feu à mesure que la nuit tombe.
Le caporal Pullo et le reste des troupes athéniennes veillent à la mise en application de celui-ci, ils déboulent dans la rue et n’hésitent pas à arrêter les contrevenants.
Pire, les interventions se font de plus en plus répressives et il n’est pas rare ces dernières semaines de voir des hébéïens empalés par une lance athénienne pour la moindre faute.

Heureusement, ce soir il y a peu de chance de voir de tragédie se produire. La météo délicate dissuade quiconque de vouloir profiter de l’air extérieur.


A l’écart des escortes, Apodis couvert de sa Cloth de l’Oiseau de Paradis reste assis sur une statue de la déesse Hébé, abattue et écroulée en plusieurs blocs de pierre dans l’herbe d’un ancien parc entretenu par les prêtres à leur arrivée.
Sous le déluge, la tête inclinée légèrement sur le côté, les mains derrière le dos pour maintenir l’appui de son corps, il scrute à la fenêtre de leur logement les instants de tendresses partagés par une mère et son enfant. Son visage se décrispe inconsciemment et arbore un sourire quasi niais.

Philémon ne tarde pas à rejoindre son frère d’arme. Sans en demander la permission, il s’assied à côté de son compatriote et adopte la même attitude que lui :
Philémon - " Belle petite famille n’est-ce pas ? "
Apodis - " Elle me rappelle ma femme et mon fils. Ils me manquent terriblement. "
Philémon - " J’ai pourtant la nette impression que tu as repris goût à la vie ces dernières semaines. Leur présence dans ta vie ne doit pas y être étrangère. "
Le Saint du Lièvre fait allusion à la maman et sa petite fille qui ne sont autres que Juventas et sa fille.
La mine détendue d’Apodis fait office de réponse et de confesse.
Apodis - " L’Alcide des Juments de Diomède m’a rappelé l’objet de ma vie de chevalier. Quant à sa fille, tout en elle me rappelle mon petit garçon. Il aurait eu le même âge qu’elle aujourd’hui. J’ai vraiment du mal à croire qu’Athéna soit capable de vouloir instaurer à de si jeunes enfants des années d’occupation et de guerre, tel que c’est le cas aujourd’hui. "
Philémon n’a jamais douté d’Apodis et profite des confidences de celui-ci pour rajouter :
Philémon - " Volonté d’Athéna ou non, nous lui devons allégeances. Mais je t’avoue que moi aussi je suis lassé de cette dictature que nous conduisons ici. Malheureusement, mis à part Carina que je sais dans la même situation que nous, rares sont nos hommes prêts à ouvrir les yeux. Chaque jour, de nouvelles garnisons, remplies des plus virulents soldats au service du général Gigas, relèvent les moins douteuses… "



L’entourage. Oui, c’est bien notre entourage, qui nous aide à comprendre nos forces et nos faiblesses, à nous faire distinguer le bien du mal.
Tandis qu’Alexer comptait sur de fidèles soldats et sur une Ksénia manipulatrice, moi j’étais cerné. Nous étions peu à comprendre le malaise qui planait. Ils furent bien trop nombreux à l’accepter.
Malheureusement, tôt ou tard, il nous fallait agir…

55
Only for Love / Chapitre 33 - Le sacre du roi
« on: 25 July 2012 à 17h04 »
L’été s’achevait pour moi sur des doutes. J’étais tellement tourmenté par les événements inquiétants de Yíaros que je ne pouvais soupçonner qu’à quelques kilomètres du Sanctuaire, dans le repère du reclus Arès, l’avènement d’un homme avait lieu…


Chapitre 33 - Le sacre du roi

En Grèce, au Sanctuaire :   

2 septembre 1985.
Des éclats de rire animent cette journée bien sombre. Le ciel est obscur et les orages persistent.
Dans la quatrième maison du zodiaque, les anecdotes évoquées par Deathmask au sujet de l’apprentissage inculqué à son disciple arrachent à Lilith un fou rire.

L’italien présente un tout autre visage lorsqu’il parle de son élève resté en Sicile. Ses yeux brillent comme s’il parlait de son propre enfant.

Lilith ne s’imagine pas qu’hormis elle, quelqu’un a pu émouvoir son amant.

Seulement, l’objet de ces souvenirs provient d’un ordre de mission laissé sur une Pandora Box de bronze :
Lilith - " J’aimerai tellement pouvoir t’accompagner en Sicile. "
Deathmask - " Je préfère te savoir ici. Même si je pars pour une année, tu seras plus en sécurité dissimulée dans ma demeure. J’ai sommé un garde de venir déposer ici le ravitaillement qu’il a pour ordre de me déposer habituellement. Il le déposera à l’entrée du palais du Cancer, tu ne manqueras de rien. Je dois veiller à ce que Mei soit désormais prêt à devenir Saint. Le Grand Pope a senti en son cosmos la constellation de la Chevelure de la Chevelure de Bérénice. "
Lilith - " Dans ce cas je veillerai à ne pas me faire remarquer ici en ton absence. "
Deathmask reconnaît la subordination de sa compagne. Il lui sourit affectueusement en lui offrant un tendre baiser.

Enfin, il ramasse sa Pandora Box ainsi que celle de bronze qu’il calle au-dessus de la sienne puis quitte sa demeure.


En Grèce, sous l’Aréopage :   

Sous terre, à des kilomètres de profondeur, bien en dessous de ce lieu touristique où étrangers et locaux ont déserté en raison de la pluie, le sanctuaire d’Arès est animé par le son d’une cornemuse du diable. Cet instrument, dont on joue à l’aide de plusieurs claviers et d’un pédalier, plus communément connu sous le nom d’orgue, produit à l’aide de ses tuyaux sonores alimentés par une soufflerie, un retentissement infernal dans l’ensemble du temple en forme de cône.

Placé au rez-de-chaussée, au fond de la pièce principale où siège le trône d’Arès, les longs et larges tuyaux de l’orgue dégagent bourdonnement qui atteint chaque niveau du temple.

Aux étages, les soldats et les serviteurs écoutent avec effrois ce morceau aux allures funestes.

Au sommet du cône, dans la chambrée la plus haute, marbrée du sol au plafond comme l’entièreté de l’Aréopage, le mystérieux Ange de l’Olympe réincarné, Ksénia, veille sur l’objet de sa mission, Vasiliás.
Alité depuis qu’elle l’a secouru, le jeune homme n’est pas encore sorti du profond coma dans lequel ses terribles combats l’ont plongé.
Lavé chaque jour, la barbe et les cheveux rasés régulièrement par les esclaves, le visage de Vasiliás parait serein. Ses hématomes ont disparu et ses plaies ont cicatrisé. Ses doigts bougent et ses sourcils se froncent régulièrement. Il est sur la voix de la guérison.

Les sons brutaux atteignent la chambre de l’américain dont les paupières crépitent.
Ses beaux yeux bleus aux reflets verts n’ont pas de mal à s’habituer au scintillement des flammèches tant elles sont tamisées par les parois cristallines sanguines.
Toutefois, sa vue est encore trouble et ne lui permet pas de reconnaître tout de suite Ksénia :
Sa voix, d’abord enrouée, demande :
Vasiliás - " Où suis-je ? "
Ksénia - " Dans le sanctuaire du dieu Arès, l’Aréopage. "
L’accent slave de la vénusté ne peut échapper au convalescent qui identifie immédiatement son interlocuteur :
Vasiliás - " Ksénia… C’est toi ? Je te cherche depuis si longtemps… "
La demoiselle brune vient lui cueillir la main :
Ksénia - " Et moi je t’observe depuis toujours. "
Vasiliás - " Que faisons-nous chez Arès ? Ce dieu belliqueux est dangereux et hostile à Athéna. Nous devons fuir ! "
Il se redresse dans son lit mais aussitôt la tête lui tourne, il est encore trop faible. Il s’échoue lamentablement dans les bras de la magnifique russe. Elle accueille alors la tête du malheureux contre sa chaude et peu couverte poitrine :
Ksénia - " Pff… Athéna… C’est elle et le dieu Poséidon qui par l’intermédiaire de leurs hommes t’ont mis dans cet état. Celui que tu traîtres ainsi est le seul à avoir cru en toi et à t’avoir sauvé. "
L’Ange sent couler entre ses seins les larmes de détresse de l’ancien prétendant à l’armure d’or du Lion. Elle passe avec affection sa main sur ses cheveux d’à peine trois millimètres de longueur pendant qu’il balbutie :
Vasiliás - " Le Sanctuaire m’a condamné à mort en me faisant porter pour déserteur. Mon ami Bian s’est retourné contre moi après avoir été conquis par Poséidon… Je suis seul à présent… "
Ksénia - " Le dieu Arès est là. "
Vasiliás - " Comment pourrais-je remercier un dieu en lequel je ne crois pas. Il est l’opposé de tout ce que je prône. La guerre et le sang ne sont que les seules choses auxquelles il aspire. "
Ksénia - " Crois-tu que tes projets de royauté sur le monde peuvent se faire sans guerres et sans sang ? Ton sens de la justice est trop dur pour que même une fois en place le sang ne soit pas versé contre les hors-la-loi. Arès et toi avez des intérêts en commun. "

Le rythme funeste joué sur les orgues aspire à devenir plus agréables et moins terrifiants.
A mesure que les notes sont jouées, Vasiliás se laisse gagner petit à petit :
Vasiliás - " Cette musique est jouée en toute contradiction de l’aspect inquiétant provoqué par le son de l’orgue. Qui peut rendre de tels sons si agréables à l’ouie ? "

A cette instant, l’instrument n’est plus joué et le regard de Ksénia se tourne en direction du balcon de la chambre de Vasiliás. Cette pièce la plus haute du temple dispose d’une avancée qui surplombe le hall principal et l’estrade où siége le trône du dieu Arès.
Vasiliás suit progressivement l’attention de son interlocutrice et distingue l’apparence d’un humain qui atterrie sur ce fameux balcon après avoir réalisé un bond prodigieux depuis le rez-de-chaussée.
Ses bottines noires qui protégent ses pieds accueillent son pantalon aussi rouge que ses petits yeux. Sa cape blanche flotte encore dans les airs et retombe peu à peu sur son torse nu et athlétique qu’elle habille. Sa chevelure hirsute et écarlate fait parfaitement ressortir ses yeux ensanglantés. L’expression de son regard est intimidante. Il reflète toute la hauteur d’un dieu.
Pendant qu’il recoiffe ses deux longues mèches qui tombent chacune à côté de ses oreilles pour venir caresser son buste, cet homme grec né sous le nom de Mars répond à la précédente question de Vasiliás :
Arès - " Celui capable de rendre beau tout ce qui s’apparente à la violence et la colère n’est autre que moi-même, le dieu Arès. "
En se présentant, Mars plisse les yeux pour dégager davantage de prestance.

Au soin depuis de nombreuses semaines, Vasiliás ne réalise pas qu’il a été alité en tenu d’Adam. Il expose  sa totale nudité au Dieu de la Guerre et de la Destruction ainsi qu’à l’olympienne.
Trop préoccupé par celui qui lui fait face, Vasiliás ne cherche pas à se cacher de Ksénia qui préfère reculer jusqu’au mur de la pièce comme pour masquer sa présence durant la rencontre entre les deux hommes.
Vasiliás - " J’imagine que je dois me prosterner devant vous pour vous remercier de votre hospitalité ? "

Consterné par le manque d’égard dû au dieu qu’il est, Arès exerce d’un simple geste de la main une pression cosmique contre Vasiliás qui tombe à genoux.
Arès - " Ne te méprends pas ! L’hospitalité n’est pas un mot qui existe dans mon vocabulaire… "
Avant de poursuivre, il tourne le regard en direction de Ksénia pour faire comprendre à Vasiliás que c’est d’elle dont il va parler :
Arès - " … Cependant, une récente discussion m’a permis de faire le constat sur l’ensemble de mes échecs. Aujourd’hui seuls sont présents sur mon palmarès mes revers. Il m’a donc été conseillé de me tourner vers un homme qui pourrait trouver intérêt à représenter ma nouvelle armée. Un Roi que, moi, Dieu des Dieux, je nommerai. "
L’attention de Vasiliás est à son comble :
Vasiliás - " Un Roi ? "
Arès - " Comme Athéna, j’ai choisi depuis toujours de me réincarner en un homme. Elle pour vivre la passion que représente la vie éphémère de votre espèce, moi pour jouir de toutes les vicissitudes du fragile esprit humain.
Malheureusement, ce plaisir que j’ai pris à violenter et à détruire m’a toujours conduis à de cuisantes défaites. La dernière remonte il y a quelques années en arrière, en… "
Vasiliás se permet de couper la parole à la divinité :
Vasiliás - " … En 1979 ! "
Arès - " Exactement. Depuis je me suis réfugié dans mon palais et je jouie de mon statut sur mes sujets. Toutefois, ce plaisir ne m’apporte rien de plus que je n’ai déjà et ne m’offrira jamais ce à quoi j’aspire : le succès et la reconnaissance des autres divinités de ce monde.
Même pour le dieu Shiva qui a été maîtrisé comme un insecte par le Sanctuaire il y a peu, je ne suis qu’une faible menace, bien loin de celui que j’étais il y a de ça des millénaires, lorsque j’eue poussé Athéna dans ses derniers retranchements, l’obligeant à utiliser les armes de la Balance… "
Tout en poursuivant son discours, Arès libère Vasiliás de son emprise, voyant le jeune homme tout ouie :
Arès - " Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’une centaine de soldats, d’anciens délinquants et déséquilibrés mentaux qui ne savent même pas monter la garde. De mes Berserkers dirigeants mon armée, il n’y en a plus un. "
Vasiliás ne garde pas sa langue dans sa poche :
Vasiliás - " Vous avez surestimé les défauts des hommes pour sous-estimer ce qui fait leur qualité. Voilà pourquoi Athéna a gagné. "
Arès - " Que me proposes-tu ? Ksénia m’a fait un portrait de toi. Tu as la prétention de pouvoir bouleverser cette paix impossible que veut maintenir Athéna. Comment cela pourrait être possible ? "
Vasiliás - " Il faudrait agir comme Athéna vis-à-vis des hommes. Mais uniquement des hommes bons. Les protéger, les aimer. Néanmoins, ces gens bienfaisants sont de plus en plus corrompus par les êtres aux sombres desseins. La paix est possible si on demeure impartial envers ceux qui pourrissent ce monde. "
Arès - " Sous-entendrais-tu qu’il faut faire la guerre aux hommes ? Détruire le mal à la racine ? "
Vasiliás - " Seulement aux hommes irrespectueux des lois. Des lois qui établiraient un monde égalitaire, où amour et respect serait les maîtres mots. "
Arès - " Cela nécessitera la prise de pouvoir d’un dieu autre qu’Athéna. Athéna est trop charitable et ne permettrait pas de laver le monde des êtres impurs. En as-tu conscience ? "

Vasiliás réfléchit un instant. Il repense plein d’amertume à la chasse à l’homme dont il a été l’objet, aux morts de son maître et d’Ariel, la s½ur de Bian, tout cela car ses idéaux furent condamnés par Athéna.
Il grimace en reconnaissant :
Vasiliás - " En effet, c’est désormais indispensable. "

Pendant que Vasiliás baisse honteusement les yeux après cette confession, Arès décrispe légèrement son visage.
Une cosmo énergie vermillon enveloppe aussitôt le dieu et inonde son royaume souterrain, imprégnant au passage l’américain perdu dans ses doutes.
Vasiliás reconnaît aussitôt l’essence parfaite d’Arès. Celle-ci transmet dans l’esprit de l’américain les souvenirs humains d’Arès.


Flashback
Il y a une trentaine d’années Mars vient au monde après une grossesse non désirées dans le coin le plus malfamé de Grèce…
Enfant, Mars est élevé dans une famille où la loi est celle du plus fort…
Son père est fréquemment en indélicatesse avec les forces de l’ordre…
Mars apprend seul à lire et à écrire bien qu’il ne fréquente aucune école…
Son frère est tué par une bande rivale de la sienne…
Adolescent, Mars commet ses premiers meurtres en découvrant sa s½ur dans les bras d’un rival de son défunt frère…
Son acte de barbarie lui permet de découvrir ce don qu’est le cosmos divin qui sommeille en lui…
Mars extermine ses rivaux mais aussi ses camarades…
Ses actes lui valent des démêlés avec la justice dont il cause la perte…
Jeune adulte, Mars est rejeté par ses parents effrayés par la barbarie de celui-ci…
Revanchard envers des parents ivres et violents, il les assassine dans d’atroces circonstances…
Il fuit… S’isole… Débarque à Athènes…
Sa faim et sa soif sont compensées par son cosmos grandissant…
Son esprit est troublé par des actes du passé, de plusieurs époques, depuis la nuit des temps…
Son périple l’amène à la colline de l’Aréopage… Il est mystérieusement attiré par le pont cosmique situé sur le flanc du site dont il ne reste plus aujourd’hui qu’un monolithe…
Son investigation l’amène devant son royaume cerné de lave…
Son esprit divin s’éveille enfin totalement…
Il réunit autour de lui une armée incomplète et, dans la précipitation, profite de la bataille contre les Titans pour envahir le Sanctuaire…
Son attaque surprise lui permet de siéger tout autour du Sanctuaire avant d’être finalement vaincu par des Saints de bronze et d’Argent…
L’armée est décimée, des six Berserkers qu’il a réunis aucun n’a survécu…
Face à l’échec qui se répète de réincarnation en réincarnation, il s’abandonne avec ce qui lui reste de sujets dans les joies de la gourmandise et de la luxure…
Aujourd’hui, 1985, Ksénia gagne l’Aréopage et sort Arès de sa léthargie en lui proposant de retrouver toute sa splendeur en confiant son armée au meilleur général qu’il peut espérer avoir : Vasiliás…
Flashback


Vasiliás sort de sa torpeur, le choc cosmique d’Arès le libère.
A cet instant, Vasiliás, toujours dévêtu, dans sa simple condition d’homme, pose un genou sur le sol de marbre de sa chambre, appuie sa main droite contre son c½ur et baisse la tête en signe d’allégeance envers le dieu :
Vasiliás - " C’est parce que votre vie d’homme a été faite de souffrance que vous voyez en moi celui capable de changer tout cela. "
Arès - " Il reste parmi mes neuf Nightmares celles de trois Berserkers. Je souhaite que tu portes celle du général qui me conduira à la victoire, celle qui n’a jamais été portée depuis ma défaite face aux chevaliers d’or bardés des armes de la Balance, celle du Berserker de la Royauté ! Deviens mon général, deviens le roi de cette planète. "
Vasiliás - " Je ne peux accepter sans avoir la garantie que l’humanité n’aura rien à craindre sous votre régime. "
En annonçant ce qui suit, Mars matérialise dans sa main son épée à la lame longue et brillante comme le diamant avec un manche en or :
Arès - " Le monde sera sous ta direction, tu seras seul juge de son destin. Moi je place ma confiance en un roi qui fera de ma divinité la seule croyance des hommes puisque la politique instauré par celui que j’aurai choisi les mènera à la paix. Un roi qui réhabilitera mon nom jusqu’aux abysses chez Poséidon, jusque dans les enfers de mon ami Hadès et jusqu’aux cieux des olympiens ! "
Vasiliás s’incline encore plus bas laissant ainsi sur le visage d’Arès un sourire de satisfaction.
Arès dépose sa lame sur l’épaule droite de son nouveau général :
Arès - " Parce ce geste… "
L’arme passe désormais sur son épaule gauche :
Arès - " … je fais de toi… "
Désormais c’est sa tête qui est touchée :
Arès - " … l’homme qui changera le destin… "
Subitement, l’épée appuie légèrement la peau de Vasiliás à hauteur de son c½ur :
Arès - " … le Berserker de la Royauté ! "
Vasiliás sent son corps être manipulé sans qu’il puisse interagir. Il est soulevé à un demi mètre du sol et flotte dans les airs.

Un chant barbare retentit dans l’entièreté du royaume tandis que l’orgue accompagne de lui-même le récital. L’origine de ce chant provient d’une armure qui apparaît devant Vasiliás. Une Nightmare en totem sous la forme d’un lion ailé comme le tatouage qui décore la cuisse de l’américain.
A cet instant, la piqûre provoquée par l’épée sur la poitrine du jeune homme se cicatrise sous la forme de griffes ressemblant à celles tatouées dans son cou. Comme si l’animal emblème de sa toute puissance a laissé sa marque.
Une fois la cicatrisation achevée, la protection à la couleur et la forme entièrement différente des autres Nightmares se détache.
Entièrement rouge vif, elle couvre l’intégralité de ses jambes, bardant chaque genou de cornes courbées qui remontent à mi-hauteur de ses cuisses. Le haut de ses jambes et sa taille sont habillés d’une jupette semblable à celle de la Cloth d’or du Lion tout comme son torse entièrement similaire à l’armure du chevalier d’Athéna. Ses imposantes épaulettes forment la tête d’un lion à la crinière opulente et dont les gueules grandes ouvertes descendent jusqu’aux biceps. Les avant-bras enferment entièrement les membres des doigts jusqu’aux coudes, coudes armés de cornes similaires à celles positionnées sur les genoux.
Son visage est dissimulé sous un masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts, et est maintenu par son casque ovale formant une gueule de lion tel le casque de l’armure divine de Zeta que portera Syd de Mizar dans quelques mois.
Enfin, de grandes ailes similaires à celles de l’armure du Sagittaire mais de couleur vermillon se déploient dans son dos.

Impérial dans sa nouvelle tenue, le Berserker de la Royauté se détaille lui-même pour admirer sa magnificence retrouvée.

Son général désormais adoubé, Mars lui demande :
Arès - " Et maintenant jeune roi ? Quelle suite proposes-tu ? "
Vasiliás - " Une armée n’est efficace que par sa ferveur. L’idéal de ce monde ne peut être obtenu par les hommes aux idées néfastes qui composent vos rangs actuels. Je veux des passionnés pour un monde meilleur, des gens déçus par ce monde aujourd’hui, des hommes et des femmes victimes d’injustices, des revanchards, des personnes avec une mentalité de battant, une mentalité déjà soumise à rude épreuve, des êtres prêts à l’apprentissage des armes, à l’art du combat et fidèles à mes principes, accordant leur foi à votre unique grandeur. "
Ksénia, restée en retrait jusqu’à présent, fait un signe positif de la tête en direction du dieu ravi :
Arès - " Qu’il en soit ainsi. Je te laisse les pleins pouvoirs. Fais ce qu’il faut des hommes déjà à ta disposition et part à la recherche de tes perles. Il reste également deux Nightmares non attribuées. A toi de trouver les Berserkers qui t’accompagneront dans la victoire, les Berserkers du Malheur et de la Terreur ! "


En Grèce, au Sanctuaire :   

Sur le flanc de la douzième maison du zodiaque, à hauteur du passage secret, l’expression du propriétaire de la demeure est aussi maussade que la météo.
Il répond avec une nonchalance étonnante à son interlocuteur :
Aphrodite - " … Non je n’ai pas envie de sourire Deathmask. Le temps est triste, le sol est couvert de boue. Ce décor est laid, je hais cette disgrâce. "
Le suédois ne pose même pas les yeux sur le sicilien qui se tient debout à l’extérieur, trempé jusqu’aux os.
Deathmask - " Dans ce cas je ne te dérangerai pas davantage cher camarade. "
Aphrodite le retient en adoptant un ton plus aimable :
Aphrodite - " Attend ! Tu m’as dis que tu partais, je veux juste savoir où exactement ? "
Deathmask - " Je retourne auprès de mon élève, achever son entraînement. "
Aphrodite - " Quelle joie dans ton annonce ! Une vie partagée en compagnie d’une femme qui t’aime, des retrouvailles avec un enfant que tu as élevé. On sent que tu rayonnes de bonheur. "
Deathmask - " Ne devrais-je pas ?! "
Aphrodite - " C’est simplement que ça ne colle pas trop à cette nature que je te connais. "
Deathmask - " Tu ne me connais peut-être pas si bien que ça. "
Aphrodite préfère observer le silence.

Deathmask aborde alors un sujet épineux :
Deathmask - " Je t’interdis de l’approcher ! "
Aphrodite - " Qui donc ? "
Deathmask - " Tu sais de qui je veux parler. "
Aphrodite - " Lilith ?! Allons, voyons, tu n’y penses pas. "
Deathmask - " Bien sûr que si. Je n’ai pas oublié ce que tu as fais à Inakis, l’amie de Milo. "
Aphrodite - " Si je te l’ai confié c’est parce que j’ai confiance en toi ainsi qu’une grande considération pour toi. "
Deathmask - " Sache que cette estime est réciproque. Et c’est pour cela que je t’invite à retourner le voir. "
Aphrodite - " Qui donc ? "
Deathmask - " Adonis, ton fils. Il te manque, cela se ressent. Tu ne manges plus rien. A force de dépérir ainsi tu risques même d’y perdre ta beauté. "
Cette annonce saisie Aphrodite. Tout en restant muet, il prend conscience des raisons de son mal-être.

Deathmask préfère ne pas tirer plus fort sur cette corde sensible. Il quitte son ami, direction l’Italie.


En Grèce, sous l’Aréopage :   

Le dieu a repris position dans son siège au centre du cône. De nouveau nourri d’espoir, il refuse l’alcool que lui verse une de ses nymphes dans une coupe et se contente de déguster petit à petit une grappe de raisin.
Face à lui, la splendide russe affiche un visage intéressée que personne ne lui connaissait jusque là :
Ksénia - " Quelle belle chose d’avoir utilisé votre enfance pour vous assurer la fidélité de Vasiliás. "
Arès - " Il est fanatique de ses rêves. Je ne pouvais aller que dans ce sens. Il fera de moi ce dieu qui réussira là où tous les autres ont échoué, prendre la Terre à Athéna. "
Ksénia - " Peut-être, mais on ne change pas sa nature. Je doute que Vasiliás réussisse à apaiser votre soif de barbarie. "
Arès - " Il a l’expérience des combats, son instruction lui permet d’avoir de grande connaissance militaire et sa détermination est sans borne. Il est le seul à pouvoir me guider vers la reconnaissance de l’Olympe. "
Ksénia - " Et après ? "
Arès - " Après ? Disons que de tout temps les rois ont subi la volonté des dieux. Mars a promis à Vasiliás de ne pas succomber à ce besoin. C’est la promesse d’un homme à un autre et la parole d’un homme n’a aucune valeur à notre époque. Quoi qu’il arrive, la nature humaine aura toujours une imperfection, le rêve de Vasiliás ne peut se réaliser. La promesse d’un homme n’est rien face à la volonté d’un dieu, la promesse de Mars ne peut influer le caractère d’Arès. "
Ksénia sourit et approche le dieu qu’elle tapote à hauteur de l’épaule :
Ksénia - " Mon maître n’en attendait pas moins de toi. Utilise Vasiliás pour te créer une armée digne de ce nom. Il te permettra de vaincre tes adversaires et de t’emparer de la Terre quand nous te le demanderons. "
Arès - " Et en attendant ? "
Elle se dirige en direction des pièces situées sur le flanc droit du rez-de-chaussée :
Ksénia - " Pas de précipitations ! Ne commets pas les mêmes erreurs qu’autrefois ! "
Colérique, Mars se contente de répondre :
Arès - " Que ton maître soit rassuré, Vasiliás veillera à notre succès lorsqu’il nous le demandera. "
L’olympienne quitte avec grâce l’estrade qui surplombe la pièce.


En Grèce, au Sanctuaire :   

La chevelure soyeuse protégée par sa cape, le chevalier des Poissons profite de sa permission pour gagner le village de Noioso au sud du Sanctuaire.
Couvert de sa Cloth dorée, il ne cache à personne sa présence remarquée dans cette zone peuplée de vieillards, d’esclaves affranchis et d’apprentis chevaliers ou de soldats devenus infirmes. Devant les maisons et les tavernes délabrées, à peine fréquentées, les femmes, veuves de soldats et femmes insatisfaites, n’ont d’yeux que pour le bel homme.

Le lieutenant de la zone sud vient immédiatement s’agenouiller sous la pluie battante :
Arachné - " Seigneur Aphrodite, quel évènement peut vous faire venir en ce lieu ? "
Habituellement si discret, se refusant d’être mélangé avec ce bas peuple majoritaire du domaine sacré, Aphrodite reste étrangement courtois :
Aphrodite - " Rien de grave. Je viens simplement rendre visite à Myrrha, une vieille connaissance. "

A cette annonce, Arachné se sent immédiatement ridicule. Myrrha, cette jeune femme aux cheveux melon et aux grands yeux océans. Sa peau blanche et son aspect angélique font d’elle la jeune femme la plus courtisée du village, à commencer par le Saint d’argent de la Tarentule.
Arachné - " Bien Seigneur. Dans ce cas je retourne à la surveillance de nos positions. "
Aphrodite lui envoie un sourire de franche camaraderie qu’il garde bien pour lui en temps normal.

Il arrive devant le logis aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis.
Dès lors, ses yeux affichent une lueur d’ivresse. Il se voit ouvrir la porte et annoncer de sa voix douce et mélodieuse qu’il vient chercher celle qu’il aime, abandonnant sa vie libertine, prêt à assumer sa vie de famille. Il s’imagine déjà serrant fort contre lui Myrrha qui se jetterait dans ses bras. Il rêve de son fils, beau, portant avec élégance sa toge, apprenant l’art de la chevalerie dans la maison des Poissons en sa compagnie pendant que plus bas, dans la ville d’Honkios, Myrrha leur préparera le repas à l’intérieur de la demeure aristocrate que leur aura offert Aphrodite grâce à sa solde de Saint d’or.
Ces projets sont bien suffisants pour donner le courage à Aphrodite de prendre l’élan nécessaire pour faire une entrée fracassante. Il aspire l’atmosphère humide à pleins poumons, abandonne sa belle cape et ôte son heaume pour pénétrer avec vivacité sur le sol argileux à l’intérieur.
Sa vue fait un rapide tour du logis meublé grâce à des matériaux récupérés dans les fermes avoisinantes. Il se focalise sur la vénusté en toge blanche. Celle-ci ouvre les bras pour recevoir son enfant.

Le sourire d’Aphrodite se fige aussitôt, les mots se sont évaporés de son esprit. Il est aussi saisi que les personnages à l’intérieur. Myrrha, Adonis et… Milo, assis sur la couche faite de paille et couverte d’une épaisse étoffe, rendant à Myrrha l’enfant qu’il faisait rire auparavant.
Myrrha - " Aphrodite ?! "
Aphrodite - " … "
Le Saint d’or est pétrifié, une vision apocalyptique s’empare de son esprit. Son rêve devient un cauchemar. Cette illusion de vie parfaite l’abandonne pour remplacer sa personne par Milo. Il est tourmenté par la représentation d’un futur où le plaisant Adonis apprend l’art de la chevalerie dans la maison du Scorpion pendant que Myrrha cuisine dans une demeure que Milo a fait construire à Honkios.
Ignorant tout de la paternité d’Aphrodite, Milo se redresse du lit :
Milo - " Ah Aphrodite ! Tu me cherchais ? "
Habillé d’une tenue locale, les poignets et avant-bras couverts de bandelettes de papier, un long maillot descendant par-dessus un pantalon usé et ceinturé par du cuir au niveau de la taille, il s’en excuse :
Milo - " Pardonne mon accoutrement. J’étais en permission aujourd’hui donc j’ai voulu profiter de cet instant… "
Aphrodite n’écoute pas son frère d’arme, il est absorbé par le sentiment d’échec qui se dégage de son arrivée finalement ridicule.
Le grec, étrangement cordial, vient secouer son camarade :
Milo - " Tu es sûr que ça va Aphrodite ? "
Ce geste le ramène à lui. Il lève enfin les yeux et croise le regard hébété de Myrrha profondément gênée :
Aphrodite - " Oui… Oui pardon, une étrange image m’est venue en tête. Pardon. Je venais simplement… "
Il regarde son fils avec une once de chagrin et poursuit sa phrase :
Aphrodite - " Je venais simplement t’annoncer que Deathmask était parti en Italie pour achever la formation de son disciple. "
Ne comprenant pas tout, Milo commence à froncer les sourcils, preuve de son tempérament de feu :
Milo - " Et ? "
Aphrodite - " Et… Je voulais que tu le saches. Il est important de savoir quand l’un de nous s’absente. Pour assurer convenablement la défense des maisons vides en cas d’attaque ! "
Milo garde une expression peu convaincue. Il se contente de hocher la tête puis attend qu’Aphrodite réagisse comme il se doit en s’excusant pour cette arrivée outrancière et en prenant congé.
Néanmoins, rien ne vient. Un silence incommodant rend l’ambiance désagréable. Alors Milo choisit lui-même de renvoyer son pair :
Milo - " Très bien… Je te remercie de m’avoir prévenu. Maintenant, si tu le veux bien, j’aimerai achever la conversation que j’entretenais avec mon amie et son fils. "
N’arrivant pas à quitter la maison sans en avoir le c½ur net, Aphrodite essaie de savoir quel lien il entretient avec Myrrha :
Aphrodite - " Euh… Oui. Mais dis-moi, quel beau petit garçon. Est-ce le tien ? "
Milo - " C’est le fils de mon amie. Je viens de te le dire. "
Aphrodite - " Ah… Et son père est un chevalier ? Un garde ? Se peut-il que je le connaisse ? "
Myrrha achève cette discussion inappropriée :
Myrrha - " Son père était un messager. Il nous a quitté au cours d’une mission. "
Aphrodite - " Ah… L’espace d’un instant j’ai cru que c’était toi Milo qui était le père de cet enfant ! "
Myrrha - " Ca se pourrait, Milo est un homme séduisant dont le charme ne peut laisser aucune femme insensible. "
Milo est aussi surpris par cette réaction qu’Aphrodite. Cependant, Myrrha s’agace de cette situation. Elle tient la porte de la demeure ouverte :
Myrrha - " Bon ! Bien loin de moi l’idée de vouloir vous manquer de respect Saint d’or des Poissons, toutefois j’ai besoin de discuter seule à seule avec votre ami. "
La prononciation du mot « ami » arrache un sourire cynique sur les lèvres des deux chevaliers, en témoignage de la rivalité constante parmi le plus haut rang de la chevalerie.
Milo - " Ca ira Myrrha. Je te remercie. J’ai encore des choses à régler à la ferme d’à-côté. Je repasserai vous voir lors de ma prochaine permission. "
Milo devance Aphrodite et passe avec délicatesse près de la jeune femme, lui faisant rougir les joues. Aphrodite le suit en grimaçant de colère comme le fait Myrrha devant celui qu’elle croit l’avoir abandonnée.

Dehors, Milo marche sans faire attention sur la cape que le suédois a ôtée avant de rentrer.
La colère d’Aphrodite ne fait que grimper, il va sentir la pluie lui caresser les cheveux.
Empressé, il suit Milo jusqu’à une grange à proximité de l’habitation de Myrrha où le Scorpion est allé chercher un poulet.
C’est seulement une fois qu’il a payé les sacres dus au paysan que Milo s’agace du comportement d’Aphrodite :
Milo - " Tu as fini de me suivre non ?! "
Aphrodite - " Cette fille, comment la connais-tu ? "
Milo - " Tu m’as l’air bien étrange toi. Tu es sûr que le départ du Cancer ne t’a pas troublé plus que ça ? "
Aphrodite - " Ecoute-moi, ce… cette femme… "
Il reste de longue seconde à chercher une excuse pour évoquer son intérêt pour Myrrha et Adonis :
Aphrodite - " … Cette femme était l’épouse de mon messager. Le malheureux a été envoyé en mission par moi-même. Comme il est mort pour moi, je me suis promis de veiller sur sa femme et son fils. "
Ne voulant se dévoiler, Milo tapote l’épaule de son compagnon avant de lui présenter la volaille qu’il vient d’acquérir :
Milo - " Ne t’en fais pas, je ne lui veux aucun mal. Bon maintenant si tu le permets, j’ai à faire. "
Tandis qu’il fléchit les genoux pour prendre une puissante impulsion qui le propulsera jusqu’à son palais, Milo est retenu par une poigne brutale d’Aphrodite :
Aphrodite - " J’insiste Milo. Comment l’as-tu connu ? "
Avec fierté et détermination, Milo se défait du bras d’Aphrodite d’un revers de la main.
Sa mâchoire se crispe et ses sourcils se froncent :
Milo - " Es-tu venu me voir lorsque j’ai perdu Inakis ? "
Aphrodite, coupable de la mort de la compagne de Milo, baisse honteusement la tête.
Milo - " Non. Non tu n’es pas venu, sans quoi tu aurais pu voir ma peine. Seulement Myrrha l’a vu. Un jour, ordinaire, alors que je venais me ravitailler ici comme je l’ai toujours fais, cette jeune femme qui venait chercher du lait a remarqué ma peine. Elle aussi semblait meurtrie. Prisonnière d’un amour qui ne lui était pas rendue. Nous avons parlé, nous nous sommes fais confiance et nous avons sympathisé. Simplement. "
Aphrodite hoche la tête, retenant le plus qu’il peut un rictus de satisfaction maintenant qu’il est rassuré.
Toutefois, Milo n’est pas dupe :
Milo - " Allez Aphrodite, dis-moi la vérité à présent. Ne crois-tu pas que tes mensonges m’ont permis de te démasquer ? L’homme que Myrrha aime et qui a laissé derrière lui son fils c’est toi n’est-ce pas ? "
Alors qu’il a les bras le long du corps, les doigts d’Aphrodite s’agitent. Dans sa main droite son cosmos crée une rose rouge. Son timbre habituellement calme et hautain se charge d’une animosité inhabituelle :
Aphrodite - " Cesse de tourner autour de Myrrha. C’est tout ce que je te demande. "
Milo - " C’est toi qui me demande ça alors qu’il y a quelques mois tu osais venir prétendre à Inakis d’être en mesure de la satisfaire et tout ça sous mon nez. Je ne savais pas avant aujourd’hui que Myrrha puisse être celle que tu n’oses pas avouer aimer mais cette découverte me comble de joie. Te savoir souffrir le martyre à t’imaginer les pires choses lorsque je serai seul avec Myrrha me fait ressentir un plaisir malsain que j’exercerai aussi longtemps que je pourrai. "
La réaction d’Aphrodite ne tarde pas. A la vitesse de la lumière, il décoche sa fleur contre Milo. Le grec la pulvérise avec le rayon provoqué par un aiguillon écarlate apparu à la place de son ongle.
Milo - " Il nous est interdit de nous battre entre nous Aphrodite. Veux-tu déclencher un combat de mille jours et mille nuits, risquant de nous faire passer pour des hors-la-loi par la même occasion aux yeux du Pope et d’Athéna ? "
Aphrodite se ravise aussitôt, permettant ainsi à Milo de se propulser jusqu’aux premières marches des douze temples du zodiaque.

Désormais seul, Aphrodite observe la direction de chez Myrrha. Il a bien vu aux regards échangés entre Milo et elle la complicité qui s’est créée entre eux. Myrrha le regardait comme jamais elle n’a regardé Aphrodite.
« Milo a parlé de Myrrha, prisonnière de son amour pour moi. J’ai l’impression qu’elle s’est échappée de ma geôle, pour s’enfermer volontaire dans la sienne et en jeter les clés. Elle a réussi à combattre cette dépendance amoureuse durant ce temps où je méditais à m’engager auprès d’elle. Il est trop tard à présent. », réfléchit-il dépité.

PARTIE 1 : Fin

56
Only for Love / Chapitre 32
« on: 14 July 2012 à 11h36 »
Chapitre 32

Dans le monde contemporain, la fin du mois d’août, annonce le plus souvent la fin d’une période estivale, où repos et loisirs ont été les maîtres mots.

Au Sanctuaire, la fin du mois d’août, et plus particulièrement le 1er septembre, a également son importance.
Il s’agit de la date à laquelle Athéna s’est réincarnée sur Terre en cette époque.
Chaque année, à cette date, les cloches des forums retentissent du même nombre de coups qu’Athéna a passé d’années sur cette planète depuis son retour.
Pour ce jour particulier, les temples d’Athéna des villages du domaine servent de lieu de fête. Habituellement lieu de culte, les temples se remplissent en cette journée car chaque habitant, homme ou femme, enfant ou vieillard, vient chercher une bourse de cinq sacres.
Celle-ci est offerte par les prêtres sur ordre du Grand Pope.

Un Grand Pope pourtant morose ce 1er septembre 1985.
Il a la tête en appui sur son bras dressé contre l’accoudoir de son siège dans sa salle d’audience.
Il écoute à peine Gigas, son général des armées qui lui lit une lettre arrivée tout droit de Jamir : « … et me vois contraint de répondre par la négative à la missive qui m’a été confiée par vos soins. Et c’est signé : Mû du Bélier ! »
Gigas chiffonne la feuille de papier en pestant de rage.
Néanmoins, son geste n’attire guère davantage l’attention de son souverain.
Le pontife reste plongé dans ses pensées…

Flashback
31 août 1973.
Il faisait encore chaud en cette dernière nuit d’août.
L’obscurité était tombée depuis peu et, dans la troisième maison du zodiaque, les ténèbres s’insinuaient.
Le maître des lieux baignait dans la fosse d’un mètre sur un mètre située au c½ur de chaque chambre des chevaliers d’or.
A l’intérieur, il se prélassait dans l’eau fraiche qu’il avait récoltée dans des tonneaux à Honkios.
Les bras sortis de l’onde, la tête couchée en arrière, sur le sol marbré de sa chambrette, Saga cogitait énormément après les actes passés de ces derniers jours.
Le meurtre du jeune frère du Pope, Arlès, il y quelques semaines, le rongeait si fort, qu’il pensait ne plus pouvoir le cacher longtemps à Shion.

En effet, plus tôt dans la journée, à l’aube, le Grand Pope convoqua ses deux plus puissants Saints d’or, Aiolos et Saga pour leur apprendre une grande nouvelle. Athéna allait enfin voir le jour de façon imminente.
Si bien qu’une nouvelle administration se devait de prendre la relève pour assurer la défense de la déesse dans les meilleures conditions qui soient.
C’est pour cela que Shion choisit de nommer Aiolos comme son successeur pour sa bonté, son intelligence et son courage.
Avant que cela ne soit officiel, il demanda à Saga d’assister son camarade dans sa tâche et de se consacrer, lui aussi, au Sanctuaire, ce que le Saint des Gémeaux accepta bien évidemment.

Pourtant, depuis cette terrible matinée, Saga s’était enfermé dans son temple pour y broyer du noir.
Son plan avait failli.
Il jouait les intendants du Pope en attendant la mort de celui-ci. Ainsi, il espérait que Shion n’ait pas le temps d’annoncer publiquement sa succession. Il aurait pris sa place en se faisant passer pour Arlès.
Désormais, il était face à un dilemme de taille.
Il maintenait sans cesse sa ranc½ur et espérait qu’un moment de détente dans ce fluide agréable lui permettrait d’oublier.
Toutefois, il restait interrogatif quant aux raisons du Grand Pope dans son choix : « Shion a-t-il réellement percé mon secret ? Je dois en avoir le c½ur net ! »

Après s’être rendu en tenue de chevalier dans les appartements du Pope, où il n’y avait personne, il comprit que par cette magnifique nuit étoilée le représentant d’Athéna ne pouvait se trouver qu’à Star Hill.

Star Hill, lieu où les générations de Grands Popes ont toujours vu l’avenir de la Terre dans les étoiles, là où les chevaliers ne peuvent pénétrer, on dit qu’il s’agit de l’endroit de la Terre le plus proche des cieux.
En haut de cette montagne, dominée en son sommet par un temple antique, le rescapé de la Guerre Sainte de 1743 observait les astres.
Une légère brise balayait son épaisse soutane blanche : « Hum… En plus de la disparition de mon frère Arlès, je suis de plus en plus inquiet. L’étoile polaire, normalement stable à cette époque de l’année, est légèrement inclinée... A l’origine, l’étoile polaire céleste, doit être décalée par rapport à l’axe polaire terrestre. Pourtant son angle se rapproche du degré zéro. Je me souviens que le Grand Pope précédent avait dit qu’avant la Guerre Sainte l’étoile polaire avait bougé. Lorsque l’angle sera de zéro, alors le sceau d’Athéna se brisera, le mal sera libéré et une nouvelle guerre commencera… »
Une bourrasque vint alerter le Grand Pope d’une présence proche de lui, mettant ainsi tous ses sens en alerte.
Ses yeux, bicentenaires et fatigués, distinguaient malgré tout la lumière qui se dégageait de l’armure d’or des Gémeaux : « Saga… Comment es-tu parvenu jusqu’ici, en ce lieu réputé difficile d’accès même pour un chevalier d’or ? »
Saga dégagea son opulente chevelure en retirant son heaume qui ombrageait son visage. Il s’agenouilla et déclara avec suffisance : « Auriez-vous oublié qu’on me compare à un dieu ? C’est à ce titre que je voulais savoir pourquoi ne m’avez-vous pas désigné comme votre successeur, moi qui vous ai toujours été fidèle ? Vous avez prétendu qu’Aiolos rassemblait la bonté, l’intelligence et le courage, ne sont-ce pas des vertus qui sont miennes également ? »
Saga commençait à trembler, tous les muscles de son corps se contractaient, comme s’il voulait contenir quelque chose qui le rongeait.
Le Pope ne s’en aperçu pas tout de suite, il tourna le dos et fixa la constellation des Gémeaux : « Mon expérience de Grand Pope et ma fréquentation ces derniers siècles, des ennemis et des alliés, des soldats ou des esclaves, m’a permis d’approfondir mes perceptions de l’esprit humain. En toute sincérité Saga… Je ressens au fond de toi une terrible chose, dont je ne connais pas la nature. Je sais que tous te respectent comme un dieu et que ton comportement est d’une pureté sans égale mais… Mais je ne peux m’empêcher de penser que ton âme abrite… »
Le patriarche remarqua subitement que les étoiles de la constellation des Gémeaux prirent une teinte inhabituelle.
Le tonnerre se mit à gronder.
Il se retourna vers son Saint et constata avec effroi la teinte grisonnante de ses cheveux : « Saga… Quelque chose ne va pas ? Saga… »
L’horreur tétanisa le vétéran lorsque le chevalier d’or releva ses yeux devenus rouges sur lui.
Ayant perdu ses réflexes de soldat et, loin de s’imaginer un tel acte, il ne put éviter l’atrocité et la violence de Saga qui logea son poing dans son c½ur.
Sentant ses forces le quitter, Shion essaya de lever sa main, pour caresser le visage de son ancien protecteur : « Mon pauvre garçon… Saga… Qu’es-tu devenu ? »
Soucieux de ne laisser aucune faille à son acte, Saga se méfia jusqu’au bout de ce mourant semblant inoffensif.
Il plaqua ses deux mains contre sa poitrine et invoqua toute sa cosmo énergie : « Galaxian Explosion ! »
Le casque de Shion s’arracha sous le choc de l’Explosion Galactique, le corps du malheureux retomba aux pieds de l’autel qui domine le temple à proximité.

Tourné sur le dos, Shion clignait des yeux pour chercher sa constellation, celle du Bélier.
Son visage ridé était arraché par l’impact.
Son corps couvert de plaies.
Ses longs cheveux verts étaient étalés sur le sol rocailleux.

Sa soutane toute déchirée fut retirée par Saga qui ne se souciait plus de son adversaire.

Pendant que le chevalier des Gémeaux ajustait la robe trouée et le casque du souverain, Shion rendait son dernier souffle en souriant : « Oui… Mes étoiles… Celles du Bélier… Merci pour ce message… Merci de m’assurer que de jeunes chevaliers parviendront à déjouer les maléfices de Saga… »

Plus loin, possédé par la folie, Saga envisageait déjà la suite des évènements : « A partir de maintenant, je suis Arlès et Shion, l’intendant et le Grand Pope. Je vais diriger le monde. Le Grand Pope annonçait depuis longtemps sa succession. Je n’aurai qu’à me faire passer pour lui quelques années, avant qu’Arlès informe le Sanctuaire de la mort naturelle du chef de ce domaine. N’ayant pas eu le temps d’ordonner un nouveau Pope, Arlès sera alors désigné comme successeur spontané, faisant ainsi l’unanimité auprès du peuple. Ah… Ah… Ah… »

Derrière Saga, de grands éclairs traversèrent le ciel.
Ils furent précédés d’un violent orage.
L’averse ramena Saga à la raison quelques instants.
Bien qu’il garda sa chevelure grisonnante, ses yeux reprirent une expression de bonté.
Ils étaient apitoyés de voir gésir de façon misérable le vieux Shion.
L’impact à bout portant n’avait rien laissé à Shion de son apparence déjà diminuée par l’âge.
Il était défiguré. Méconnaissable. Désarticulé.
Saga en fut attristé : « Je ne peux laisser votre corps être découvert. Et… Je ne peux le laisser pourrir ainsi après l’avoir autant meurtri. Le faire errer dans les limbes jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre sur l’Hyperdimension et le désintègre m’apparait plus digne. Another Dimension ! »
Une faille dimensionnelle appela à elle le cadavre démantibulé tandis qu’elle renvoya à Saga un autre corps.
Le Gémeaux tandis les bras pour le recevoir. Celui-ci était parfaitement préservé. Entouré d’une aura protectrice. Et toujours emprunt d’une beauté que lui reconnaissait Saga : « Arlès, murmura-t-il… »

Il profita de son accalmie pour déposer le corps d’Arlès sur l’autel au fond du temple : « Arlès… Maintenant que Shion ne viendra plus ici, je peux laisser ton corps encore parfaitement conservé reposer en paix sans risque qu’il soit découvert. La dimension dans laquelle je t’ai gardé ces derniers jours a imprégné ton corps de ma cosmo énergie. Ainsi, pendant des décennies, il garantira ta grandeur. Je suis désolé de ne pas avoir pu offrir le même sort à ton frère. »
Visiblement affecté, ses cheveux reprenant enfin leur teinte naturelle, il lève la tête en direction de la faille temporelle qui se referme : « Shion… Grand Pope… Désormais il est de mon devoir d’apprendre à lire les étoiles. Lors de ma prochaine visite, je viendrais porter une robe digne de ce nom à votre frère, pour que jamais sa dépouille ne paraisse souillée. Pardonnez-moi de ne pas avoir su en faire autant pour vous. Et merci pour tout ce que j’ai appris de vous. »
Flashback

Le raclement de gorge de Gigas sort Saga de ses pensées.
Le vieillard prosterné devant le Grand Pope revient sur le refus de Mû : « Hum… Hum… Majesté, il me semble que le chevalier d’or du Bélier renie toujours votre pouvoir. Si à cela on ajoute qu’à nouveau des doutes sur votre gestion des Guerres Saintes ces dernières années sont réapparus… »
Une telle annonce sort Saga de ses gonds.
Sous son masque, il écarquille grands les yeux.
Il bondit de son siège et gronde : « Que dis-tu ?! »
Gigas bafouille tant la peur lui ronge l’estomac : « Et bien d’après les soldats faisant partie de notre garde spéciale et infiltrés un peu partout dans le Sanctuaire et dans le monde, des Saints reviennent sur leur façon de voir les agissements que vous ordonnez au nom d’Athéna. Plus particulièrement ceux situés sur Yíaros. »
Le céleste empereur descend les marches qui mènent jusqu’à son trône et passe à côté de son général : « Si à cela on rajoute le fait que l’armure d’or du Sagittaire de ce traitre d’Aiolos est toujours dans la nature, on peut dire que de sérieux problèmes commencent à se poser. »
Le chevalier d’or avance jusqu’au balcon qui surplombe le domaine et s’accroche à la rambarde : « Gigas ! »
Le borgne à la barbe grise suit son seigneur à la trace et se courbe dès qu’il entend son nom.
_ « Oui Votre Grandeur ?
_ Il est temps d’accroitre les recherches concernant l’armure d’or du Sagittaire. En marge de cela, fait doubler la solde des Saints que l’on dit méfiants à mon égard. Précise que cela vient d’Athéna qui souhaite les récompenser pour leurs actes de bravoure et leur fidélité envers le Grand Pope. »
Gigas recule aussitôt en direction de la sortie en se contentant d’approuver : « Très bonne idée Eminence. Je suis convaincu qu’une telle attention ne les laissera pas insensibles. »
Puis l’homme à la soutane violette chargée d’une cape rouge quitte la pièce, laissant Saga briser le garde-corps en béton armée tant la situation l’inquiète : « Aujourd’hui, Athéna fête ses douze ans, comme des millions d’adolescentes partout dans le monde. Pourtant, bientôt, elle réalisera qui elle est réellement. Si elle dispose d’une armure d’or et qu’elle venait à établir une coalition avec la captive Hébé, cela pourrait me causer beaucoup de tort. D’autant plus, que les chevaliers d’or du Bélier et de la Balance refusent toujours de répondre favorablement à mes appels. Malgré tout l’amour que je porte à Ambroisie je n’ai plus le choix. Sa captivité n’est plus suffisante, d’autant plus que les Saints qui veillent dessus peuvent émettre des doutes quant à mes intentions… »


Justement, sur Yíaros, l’alcool coule à flot dans les garnisons athéniennes.
Loin des leurs, les soldats fêtent comme ils peuvent le jour de la naissance de leur déesse.
Entre gardes qui titubent, ceux qui s’égosillent à chanter et ceux qui se provoquent, les villageois hébéïens préfèrent rester cloitrés à leur domicile.

A proximité du temple d’Héraclès, désormais siège de l’armée athénienne, les hommes doués d’un quelque talent musical jouent quelques morceaux à l’harmonica.
Parmi eux, le svelte Anikeï et la jolie Carina, dévêtus de leurs Cloths, dansent avec leurs troupes dans des éclats de rire.

Lena, la compagne du Crystal Saint, préfère rester assise dans les jardins, à observer ces effusions de joie. Elle recoiffe ses longs cheveux noirs qui couvrent son masque de femme chevalier à hauteur du front et qui descendent sous la forme de fines mèches sur ses épaules.
Les rayons du soleil reflètent sur sa protection violette et noir cristallin.
Debout, derrière elle, les bras croisés, Taishi couvert de sa Cloth de bronze du Toucan grimace. Ses petits yeux noirs semblent dénigrer cette manifestation.
Le Japonais, orphelin de la Fondation Graad et ancien partenaire de Jabu, déclare de sa voix roque : « Comment peut-on ricaner ainsi, alors que Hébé reste cloitrée dans son palais à comploter ? »
Ses épais cheveux couvrent son front et tombent bas dans sa nuque. Ses pattes qui descendent jusqu’à la base de sa mâchoire, son menton carré et son nez épaté de boxeur lui donnent un semblant de maturité que les jeunes hommes de seize ans n’ont pas à l’accoutumé.
_ « L’armée hébéïenne est réduite à néant. Es-tu vraiment sûr de pouvoir avancer qu’elle prépare une rébellion, reste prudente l’expérimentée Lena ?
_ Elle a investi le Sanctuaire et fait tuer femmes et enfants. Je ne saurai jamais me montrer trop prudent vis-à-vis de cette déesse démoniaque. »
Lena, en se relevant, permet à Taishi d’admirer le reste de son allure.
Son ventre cesse d’être protégé à hauteur des hanches, laissant sortir de sous la Cloth de la Boussole un tissu violet servant de jupe. Ses douces et grandes jambes sont tout de même couvertes d’un cuissard et ses pieds de petite taille, sont protégés par des escarpins.
_ « Je vais rassembler quelques hommes pour faire une ronde dans le domaine. Que dis-tu d’organiser le rationnement des Hébéïens aujourd’hui Taishi ?
_ N’est-ce pas au tour d’Apodis ? »
Lena annonce d’un ton suffisant : « Il doit certainement s’entraîner avec l’Alcide des Juments de Diomède comme ces derniers jours ! »
Taishi rétorque d’un ton méprisant : « Alors il s’abaisse au même niveau que Philémon du Lièvre qui ne prospecte plus sans la présence de l’Alcide de la Biche de Cérynie ! »
Médisants, les deux Saints de bronze abandonnent le lieu des festivités. Taishi oubliant presque qu’il y a encore quelques semaines il était face à Hébé pour délivrer le message que lui Pope lui avait confié plus tôt. A cet instant, il restait tétanisé par son cosmos divin…

A l’Est, dans la forêt, d’immenses arbres sont abattus et s’échouent sur le sol.
Au beau milieu d’eux, un homme vêtu d’une tunique turquoise qui s’arrête à hauteur des cuisses et ceinturés d’une lanière de cuir, gesticule pour éviter les chutes des troncs.
Son pantalon couleur sable, descend jusque dans ses spartiates, ficelées autour de ses tibias.
L’habit s’accommode à merveille à ses cheveux mi-longs, tant le bleu est similaire.
A l’inverse, ses yeux couleur sang apportent à la fois compassion et crainte à son adversaire vêtue d’une très courte robe grenat et d’un short de la même couleur.
Les deux rivaux s’engagent dans un corps à corps prononcé, dans lequel leurs peaux brunies par la longue période estivale qui s’achève subissent de violents heurts.
Finalement, les poings bardés de bandelettes de papiers qui remontent jusqu’aux coudes du jeune homme atteignent le masque qui dégage une allure très psychotique de la jeune femme. Elle est repoussée en arrière.
Le choc décoiffe les cheveux taupe qui descendent en de nombreuses pointes dans le dos et sur le front de Juventas.
Grande, mince, à l’allure très féminine, la veuve d’Iphiclès cesse alors d’adopter une pose de combat et prononce d’une voix très douce : « Tu as gagné ! J’arrête ! »
Apodis abandonne aussitôt sa position offensive et, sûr de lui, ne voit pas venir le coup à une vitesse proche de celle de la lumière de l’Alcide qui se ravise.
Il est plaqué au sol, après avoir encaissé le coude de l’autochtone en plein nez : « Tu viens d’oublier une règle de base : il faut toujours rester sur ses gardes ! »
Apodis reste allongé, jambes et bras écartés en grognant : « Tu y es peut-être allée un peu fort là ! Non ? C’est malin… »
Sans difficulté et sans prendre appui avec ses mains sur le sol, il relève son buste et expose son nez gonflé duquel s’écoule beaucoup de sang : « … je vais avoir l’air de quoi moi maintenant ? »
Juventas pose sa main sur le visage masculin et vicieux de son masque pour essayer d’étouffer son fou-rire.
Bon joueur, Apodis rit à son tour.
Juventas lui tend la main pour l’aider à se remettre debout.
Lui, il joint ses deux mains devant l’hémorragie en jetant quelques regards noirs entre deux rires nerveux envers elle.
Ils approchent le bras d’eau qui relie le détroit du Nord-Est à la citée. Là où Apodis et ses hommes ont investi l’île il y a bientôt six mois.
Ici, elle lui nettoie le visage.
Juventas s’applique à caresser délicatement la colonne nasale de l’occupant d’Yíaros.
D’abord anodin, son geste finit par l’embarrasser lorsque Apodis lui frôle les doigts en prenant le relais.
Ils restent de longues minutes immobiles sans se quitter du regard.
Ne sentant qu’un profond malaise mêlant ranc½ur et passion.
Finalement, c’est Apodis qui recule le premier.
Il fuit la situation inconfortable d’une boutade.
_ « Si mes hommes me questionnent, je n’aurai qu’à dire qu’un caillou résultant d’un bris de roche m’a écrasé le visage !
_ Oui, il serait plus judicieux que tu avances ce genre d’excuse plutôt qu’avouer qu’une femme chevalier a été capable de te faire cela ! »
Apodis est amusé et propose de rentrer : « Le temps passe, je suis de corvée pour la distribution des vivres. Nous devrions regagner la cité. »
Juventas hésite un instant.
_ « Revenir à deux, comme nous le faisons trop régulièrement poussent les tiens comme les miens à l’incompréhension. Il est encore trop tôt je pense pour afficher une envie de réconciliation entre Saints et Alcides, les esprits sont encore trop revanchards dans les deux camps.
_ Tu as sans doute raison. Pars devant dans ce cas. Nous nous reverrons bientôt. »
Juventas entame le chemin du retour : « Je l’espère. »
Apodis reste au bord de l’eau.
Il observe s’éloigner Juventas.
Son sourire s’atténue à mesure qu’elle disparait dans l’horizon.
Son visage se ferme.
Son esprit est appelé par le souvenir de Mujakis et Sperarus, sa mère et son fils.
Ses yeux se perdent dans le cours d’eau qu’il a emprunté il y a six mois.
Rongé par la culpabilité de se rapprocher de ceux qui ont ôtés la vie aux siens, Apodis choisit de remonter le fleuve pour rejoindre la mer Egée à la sortie de l’île.
En proie au doute, il réfléchit à la légitimité de ses interrogations : « Comment un peuple aussi docile a-t-il pu causer une telle barbarie au Sanctuaire ? Pourquoi est-ce que je ressens chaque jour le cosmos bienfaisant d’Hébé donner du baume au c½ur aussi bien aux siens, qu’aux occupants de l’île, alors que jamais je n’ai senti celui d’Athéna ? Et Circinus que j’ai abattu froidement, tandis qu’il espérait m’apporter les preuves d’une machination ? Sans oublier Yakamoz de la Grue qui préféra se ranger dans les rangs de Hébé puisqu’elle ne retrouvait plus en la politique du Sanctuaire les idéaux prônés par la grande Athéna ? Enfin, quel intérêt de rester sur une île, où la divinité captive a accepté sans broncher de signer un traité de paix en donnant les pleins pouvoirs au Sanctuaire contre la vie sauve de son peuple ? Une décision aussi réfléchie, est-elle vraiment celle d’une divinité sanguinaire assoiffée de pouvoir ? »
Ces doutes s’additionnent à ceux qu’Apodis éprouvait avant la Guerre Sainte contre Hébé et qui ressurgissent depuis plusieurs semaines : « Ma rage m’a-t-elle fait oublier qu’auparavant les actes du Pope ne me semblaient pas tous légitimes ? »
Soudain, à l’approche de la plage, son attention est retenue par quelques bouts de métaux qu’il ramasse : « Qu’est-ce que… ? On dirait des morceaux des tenues que portent nos soldats ! »
La promenade du chevalier de l’Oiseau de Paradis se transforme vite en investigation.
A mesure que sa route se poursuit, il découvre une lance athénienne et une longue trainée de sang qui aboutit à la sortie de la forêt, sur la plage.
Là, dans le sable un homme à plat ventre ne bouge plus que quelques doigts.
Apodis coure jusqu’au ressortissant athénien.
Il le retourne et le prend dans ses bras.
L’homme est déshydraté, pâle et couvert d’ecchymoses.
_ « Qui es-tu ? Ton nom soldat ! »
Il a beau avoir les yeux ouverts, l’homme semble ne plus voir quoi que ce soit. Il reconnait seulement le son de la voix d’un de ses sergents.
_ « Seigneur Apodis ?
_ Pourquoi es-tu dans cet état ? Une révolte hébéïenne se prépare-t-elle ? »
Le soldat sourit en crachant du sang : « N… Non… Jamais de la vie… »
Il est pris d’une forte quinte de toux qui lui fait élargir ses plaies et perdre davantage de sang.
_ « Ce sont les nôtres qui m’ont fait ça.
_ Pourquoi ? Aucun sergent n’a été informé de la mise à mort d’un soldat. Et encore moins dans d’aussi atroces conditions. Qu’as-tu fait ?
_ J’ai simplement culpabilisé… »


Pendant ce temps, au sommet des douze maisons du zodiaque, dans le palais papal, Saga n’a toujours pas bougé de son balcon au sol couvert de gravats après qu’il ait perdu ses nerfs sur la balustrade en béton.
Depuis ce lieu où il domine la ville d’Honkios, il peut entendre venir grâce au vent les cris de joies des villageois qui profitent de la journée d’anniversaire d’Athéna.
Ce jour si important le ramène à nouveau douze ans en arrière…

Flashback
1er septembre 1973.
Au lendemain de l’assassinat de Shion, les premiers rayons matinaux du soleil envahirent la chambre papale.
Ils s’infiltraient dans les fissures faites par le temps dans la roche, sortant le nouveau maître des lieux de sa léthargie.

Des pièces jouxtant les flancs du palais du Grand Pope, l’une d’elle est dominée en son centre par une immense paillasse, couverte de nombreux morceaux d’étoffes rouges et blancs surélevés par des coussins du même coloris.
Un bureau et quelques armoires en chêne massif meublent le reste de la chambre, tandis qu’une sorte de vasque taillée dans la roche sert de lavabo.

Dégagé de tout artifice, Saga était étendu nu, sur le ventre, le visage serein, dans les linges de maison.
Il émergeait progressivement, en passant sa main dans sa chevelure bleutée et bailla librement, sans marquer la moindre politesse.
Tout à coup, la petite porte en bois, séparant l’intimité du Pope du reste de son temple, s’ouvrit doucement.
La voix douce d’un jeune prêtre d’Athéna inspira une gaité sans pareille : « Bonjour Majesté ! »
Pris de court par une telle entrée, Saga ramassa son masque et son casque au pied du lit et dissimula sa nudité sous ses draps.
Le jouvenceau débarqua avec un plateau de fruit, quelques récipients vides, tandis qu’un autre prêtre plus âgé le suivait, avec par-dessus son épaule une grande jarre remplie de lait.
L’ainé s’étonna : « Quelle surprise Grand Pope de ne pas vous voir debout à cette heure ! »
Derrière son masque, Saga grimaçait.
Il comprit aussitôt que son usurpation ne serait pas une partie de plaisir durant le temps où il devra apprendre à respecter les habitudes de vie de son ancien supérieur.
Les usages et les protocoles également.
En effet, beaucoup de villageois et de chevaliers avaient l’habitude de rencontrer Shion qui respectait un agenda très chargé. Prière auprès des siens, visites du peuple, organisation de missions pour l’armée, doléances…
Saga sortit de sa réflexion lorsque le plus expérimenté des deux vint s’agenouiller au bord de son lit. Il déversa dans un verre que lui tend le jeune le lait de sa jarre : « Voilà mon Seigneur ! Un grand verre de lait comme vous les aimez. »
Saga n’osait pas ouvrir la bouche pour le remercier.
Totalement impuissant face aux usages de ses sujets, il observait rentrer dans la chambre d’autres ecclésiastes qui vinrent vider dans la vasque quelques sauts d’eau.
D’autres déposaient des serviettes à côté du bac tandis que certains ouvraient grands les armoires pour sortir une soutane blanche.
Enfin, l’ainé chassa les siens après que ceux-ci eurent fini de déposer un tabouret face au bassin d’eau.
Le jeune accompagnant déposa le plateau à son souverain et se dirigea jusqu’à l’eau dans laquelle il humidifia une serviette : « Eminence, l’eau de votre toilette est encore trop chaude. Comme vous l’aimez, vous pouvez prendre le temps de déjeuner en toute quiétude. »
Comprenant que son bain allait être assuré par un habitué de Shion, Saga préféra botter en touche. Il se racla la gorge, bien peu rassuré à l’idée qu’on puisse découvrir le changement de voix : « Aujourd’hui je purifierai mon corps dans les eaux de mes thermes. Vous pouvez disposer. »
L’éphèbe ne dissimula pas sa surprise mais s’inclina pour rendre les hommages dus à son souverain.
L’ainé imita son pair mais Saga l’en empêcha : « Attend prêtre ! »
L’homme se remit à genoux : « Votre Majesté ? »
Saga bluffa pour tenter de découvrir la vérité.
_ « Cela fait tant d’années que tu es chaque matin à mon service, que j’en ai oublié depuis quand.
_ Quinze ans Majesté.
_ Ah… Quinze ans de bons et loyaux services… Ne crois-tu pas que cela soit trop long ?
_ Jamais Majesté.
_ Vois-tu, cette nuit j’ai eu l’idée de renouveler l’intégralité de mes services afin d’assurer la relève de mes sujets. Demain matin tu enverras d’autres personnes, un nouveau prêtre, une nouvelle prêtresse et de nouveaux serviteurs assurer vos tâches routinières.
_ Si tel est votre volonté, accepta sans rechigner le malheureux serviteur. Vous avoir servi quinze années durant fut selon moi le plus grand des honneurs Majesté.
_ Et pour moi le plus grand des plaisirs. »
Le prêtre se releva et recula sans jamais tourner le dos au responsable des lieux. Arrivé à la porte, le Pope lui confia une dernière tâche : « Ah ! Autre chose ! Aujourd’hui, sur mon ordre, tu feras exécuter l’ensemble des personnes que tu vas faire remplacer. J’ai appris de sources sûres, que des complots se tramaient dans mon dos et ce au plus proche de ma garde. Lorsque tu te seras assuré de la mise à mort de chacun d’eux, tu reviendras chercher ta solde qui désormais sera doublée. »
Une telle annonce fit froid dans le dos du fidèle sujet : « J’accomplirai vos moindres désirs majesté. Seulement sachez qu’un homme de mon rang ne s’est jamais vu attribuer de solde Majesté. »
Saga haussa le ton : « Les sacres, la monnaie du Sanctuaire n’est-elle pas une récompense assez grande pour tes services ? »
Le prêtre se courba encore plus bas qu’à l’accoutumée avant de quitter la chambre : « Bien entendu que si votre Majesté. »
Une fois seul, Saga bondit du lit en tenue d’Adam et approcha jusqu’au récipient dans lequel il cueillit à l’intérieur de ses mains l’eau que ses vassaux firent chauffer avant de venir.
Il se libéra le visage de toute protection et, en se le frottant, il murmura : « Il faudra me souvenir que ce prêtre doit rendre sa vie demain soir, lorsqu’il aura accompli sa mission. Il va falloir que je m’entoure d’une garde de confiance… »

Inopinément, la cosmo énergie de Saga s’embrasa sans même qu’il ne puisse la contrôler. Presqu’aussitôt, un chant harmonieux résonna dans l’ensemble du domaine et fit soulever le cosmos de chaque homme, chevalier, apprenti ou soldat.
Les enfants cessèrent de pleurer.
Les fleurs écartèrent toutes en grand leurs pétales et les feuilles des arbres cessèrent d’être arrachées par le vent.
Saga ferma les yeux et posa sa main sur son c½ur.
De ses joues coulèrent des larmes de joie, mais aussi de culpabilité.
Il enfila une soutane et ajusta masque et casque en affirmant : « Le vieux Pope avait raison, la réincarnation d’Athéna était imminente. Athéna est parmi nous, elle s’est réincarnée. »
Il pressa aussitôt le pas et quitta ses appartements pour traverser la salle du trône.
En passant derrière les rideaux qui tapissent le fond de la salle, il déboucha sur la pièce principale des locaux d’Athéna.
Il écarta les grands voilages pour passer sous une voute en berceau et déboucha sur une immense pièce où un banc de pierre se trouve en haut de trois marches en fond de salle.
Sur les côtés de cette chambre au plafond maintenu par des colonnes doriques débouchent plusieurs couloirs. L’un donne sur une ouverture à l’extérieur au bout de laquelle se dresse la statue de la divinité.

A cette hauteur, il vit une prêtresse.
Couverte d’une longue robe blanche au tissu fin, ses cheveux châtains bouclés étaient coiffés d’un serre-tête en or.
Sa présence et sa fonction rappelèrent à Saga que si les prêtres sont au service du Grand Pope, les prêtresses le sont pour les soins domestiques d’Athéna.
Pire, chacune d’elles aspire à faire partie de sa protection rapprochée en devenant Saintia.
Une autre caste avec laquelle il lui faudrait apprendre à man½uvrer pour que son identité ne soit pas découverte.
Comme chaque jour depuis que Shion a annoncé le retour imminent d’Athéna sur Terre, la représentante des prêtresses, se rendait dans les appartements d’Athéna afin de préparer du linge frais.
Présente sur les lieux lors de cette apparition, l’aînée des aspirantes Saintias cachait la divine enfant par sa taille.
Prévenante, elle arracha le bas de sa toge, au risque de presque dévoiler son intimité, afin de couvrir le nourrisson.
Le Grand Pope se tenait droit derrière la jeune femme.
Derrière lui débarquaient un à un l’ensemble des membres du clergé, hommes et femmes.
Tous s’agenouillèrent dès leur arrivée.
Saga avança délicatement, sans brusquerie.
Il entendit les gazouillements du nourrisson et découvrit par-dessus l’épaule de la prêtresse ses petites mains s’agiter.
Son c½ur cognait si fort dans sa poitrine que les autres spectateurs auraient pu l’entendre si déjà les leurs ne palpitaient pas autant.
Il était en nage sous sa toge et noyé de larmes sous mon masque.
Ses membres tremblaient tellement qu’il se pensait incapable de réussir à tenir l’enfant dans ses bras.
Quelques gardes observaient de loin, depuis l’intérieur du palais papal, la scène.
Certains d’entre eux se précipitèrent pour descendre les marches des douze maisons, en utilisant le passage secret et en hurlant : « Athéna est parmi nous ! Athéna a ressuscité ! »
D’autres gagnaient le balcon du Grand Pope qui surplombe l’entièreté du domaine et permet une vue globale sur les douze maisons et sur la ville de Honkios.
Ils commençaient à y déposer des cageots de colombes préparés sur ordre de Shion ces derniers jours.
Derrière la chambre d’Athéna, Saga rejoignit enfin la gouvernante.
Elle se tourna vers son suzerain à qui elle tendit l’enfant : « Voici mon Seigneur, notre cadeau des dieux, la fille du Dieu des Dieux, la Déesse de la Sagesse et de la Guerre, Athéna ! »
Le Grand Pope s’agenouilla aussitôt et ouvrit ses bras pour accueillir la petite fille aux fins cheveux mauve qui le regardait de ses grands yeux ronds aux reflets violets.
Le Pope ne cherchait même pas à dissimuler ses larmes qui roulaient sous son masque.
Depuis la chambre d’Athéna, quelques prêtresses rapportèrent les draps portés plus tôt par leur supérieure et un vieux landau de bois.
Le Grand Pope se saisit des étoffes dans lesquelles il emmitoufla l’enfant.
Il resta à la contempler durant de longues secondes.
D’interminables secondes.
Quand il eut fini, il se releva enfin et ordonna : « Cette enfant est l’espoir de notre monde. Athéna est revenue nous offrir sa grâce et son innocence. Il est temps de la présenter au peuple. »
Il regagna les lieux qui étaient désormais siens.
Il prit le loisir de mieux observer qu’à l’accoutumer cet immense édifice.
Dans sa démarche solennelle, il découvrit l’usure que le temps a eu sur ce palais. Des plafonds à la roche fissurée, des colonnes effritées et des dalles manquantes à certains endroits.
Saga regagnait paisiblement les arrière-salles où se situent les appartements d’Athéna en ramenant derrière lui chacun des observateurs présents jusqu’alors.
Il repassa par-delà les grands rideaux couvrants le mur de la salle d’audience où siège son trône, puis prit la direction du flanc droit de la demeure où est dressé son imposant balcon.

Dans son dos, tous ces sujets attendirent l’autorisation d’aller plus loin.
Un acte qu’il ne permit jamais et qui aurait pourtant été autorisé si le Grand Pope était toujours Shion.

Le souverain une fois parvenu jusqu’à la corniche, les gardes ouvrirent les grands cageots afin de libérer les colombes.
Au même moment, Saga leva haut les bras au ciel pour arborer la divine enfant.
Le soleil levant éblouit alors le bébé qui passa ses bras potelés devant ses yeux et se mit pour la première fois à pleurer.

A Honkios, des centaines de villageois venant des extrémités du domaine s’étaient regroupés à la hâte.
De là où ils se tenaient, ils ne pouvaient apercevoir que difficilement la silhouette du souverain soulever une petite boule de tissus blancs.
Pourtant, cela était bien suffisant pour leur arracher cris de joie, larmes et nombreux autres gestes d’euphorie.

Plus haut, sur le chemin des douze maisons chaque chevalier d’or déjà nommé sortait de sa demeure pour observer depuis leur temple l’objet de toutes leurs prières.
Parmi eux, Aiolos se tenait droit, la main sur le c½ur, pleurant à ne plus en pouvoir, lui à qui Shion avait déjà annoncé sa prochaine succession.

Dans le palais papal, Saga replia ses bras au bout d’une minute, après que les clochers de tous les forums du domaine cessèrent de sonner.
A cet instant, il garda Athéna dans le creux de son coude droit.
Sa main gauche se leva en direction de la grande horloge du domaine et, d’une légère impulsion cosmique, il l’alluma.
C’est seulement après cela qu’il fit face à sa garde et prononça d’une voix calme : « A présent, les douze feux du zodiaque brûlent pour les douze prochaines heures, signe de fête dans le Sanctuaire, afin de célébrer le retour de notre déesse sur Terre. Que tous nos messagers dispersés dans le monde soient avertis et qu’ils l’annoncent dans les domaines annexés, afin que tout dieu sache le retour d’une des leurs. Que les sergents en service se positionnent avec leurs soldats dans tous les villages pour s’assurer que l’allégresse de la naissance d’Athéna ne pousse pas certains habitants à quelques excès… »
Le Grand Pope baissa la tête, en direction de celle qu’il était censé représenter et remarqua qu’elle s’était endormie paisiblement dans ses bras.
D’un geste attendrissant, le chevalier d’or des Gémeaux lui caressa la joue avant de rajouter : « … De mon côté, je pars déposer Athéna dans ses appartements. Par sécurité, j’ordonne être le seul à pouvoir approcher notre déesse pour assurer sa toilette et ses repas. »
Surpris, les membres du clergé s’échangèrent un regard circonspect. Cette tâche par tout temps a toujours incombé aux prêtresses destinées à devenir Saintias.
Néanmoins, ils ne purent que docilement incliner la tête.
Ils s’évertuèrent à se disperser le plus rapidement possible afin de préparer la suite des évènements.

Saga attendit d’être seul avec l’enfant pour ôter son casque et son masque qu’il laissa choir sur le tapis rouge de sa salle d’audience.
Ses yeux gonflés par les larmes de joie, adoptèrent un regard plus soucieux.
Son sourire béat se changea en rictus de désappointement.
Si bien qu’il murmura en la regardant : « Pff… Athéna… Que vais-je faire de toi ? »
Puis, il traversa de nouveau sa salle en écartant les immenses voilages qui dissimulent la voute en berceau par laquelle il déboucha tout à l’heure dans les appartements d’Athéna.
Cette fois-ci, il emprunta la direction opposée à celle de la statue d’Athéna.
Il arriva dehors et suivit la route tracée sous la forme d’un pont en pierre. A son bout, une tour est maintenue au-dessus du vide au beau milieu des montagnes qui encerclent les douze maisons.
Il soupira un instant avant d’ouvrir la porte de la tourelle.
Il ferma les yeux. Serra la mâchoire. Comme pour contenir ses démons.
Il attendit que cette douleur mentale ait disparu.
Puis il choisit enfin de s’y engouffrer.
A l’intérieur, seul un berceau décorait la chambrette.
Au mur de celle-ci brûlaient des torches qui prenaient le relais pour illuminer le lieu lorsque le soleil se couchait et ne perçait plus à travers les fissures des murs et les lucarnes.
Il coucha dans le couffin Athéna pour mieux détailler ses traits.
Bien qu’elle soit aux côtés d’un usurpateur, elle dormait profondément, le sourire aux lèvres.
Saga commença à se cramponner le poignet droit, alors que celui-ci fut pris de spasmes.
Ses cheveux oscillaient entre sa couleur originelle et un gris démoniaque.
Ses yeux devenaient vitreux.
Le chevalier choisit alors de s’empoigner la gorge, en implorant à mesure que sa voix s’enrouait : « Aide-moi Athéna… Je t’en prie… Lave moi de mes péchés… »
Toutefois, la conscience humaine empêcha Saga d’aller jusqu’au bout et il desserra son étreinte.
Il se recroquevilla misérablement sur le sol aux dalles cimentées, en position f½tale.
Il pleura de longues minutes comme un enfant en se maudissant.
C’est alors qu’une aura orangée vint l’envelopper.
Chaude, douce et bienfaisante, comme celle qu’il a ressenti lors de l’arrivée de la déesse au pied de sa statue.
Ce cosmos chaleureux ne le quittait pas et fit cesser l’affliction.
Saga sentait toute culpabilité l’abandonner, le malaise qui rongeait son être avait disparu, le mal s’était évanouit en présence de la divinité.
Le Gémeaux se releva alors bouche bée.
Cette sensation si intense de bien-être, si agréable, il ne l’avait connu qu’aux côtés d’Ambroisie, cette chère et tendre réincarnation d’Hébé qu’il a tant aimé.
Il passa sa main sur le front de l’enfant, afin de lui dégager les fines mèches qui la couvrait et y déposa un baiser plein d’affection avant de quitter la demeure.

Dehors, une fois la porte refermée, Saga ferma les yeux et leva la tête vers le soleil.
Il écarta grand les bras et aspira un grand coup l’oxygène qui vint gonfler ses poumons.
Il revint à lui pour observer sa soutane de Pope et sourit timidement : « Qu’importe l’acte de malveillance que j’ai causé en tuant le Grand Pope et son frère Arlès. Il me faut simplement élever Athéna jusqu’à ce que sa conscience divine vienne à elle. Je dois la protéger et m’assurer qu’elle devienne celle que le peuple attend. Alors seulement après ça je pourrai recevoir le châtiment que je mérite. Je n’ai rien à craindre pour ma relève. La place de Saint d’or des Gémeaux sera assurée par Kanon. Il faut simplement que je m’assure que l’âme de mon frère, ne soit pas déjà consumée par le mal comme la mienne… »
Flashback

Dans les couloirs qui mènent à la salle d’audience du palais, des bruits de pas retentissent et sortent Saga de ses songes.
En regagnant son siège, Saga murmure à voix basse la suite de ses souvenirs : « Hélas mon frère, tu as brisé mes bonnes résolutions. Lorsque je suis venu t’annoncer la réincarnation d’Athéna, tu me proposas de la tuer, elle, ainsi que le Pope pour prendre leurs places. Je ne t’avais pas attendu pour le Pope et son frère, seulement, j’espérais trouver auprès de toi la force de lutter contre mes pulsions démoniaques. Malheureusement, tu étais encore plus corrompu que moi par le mal et je n’eus pas d’autre choix que de t’enfermer au Cap Sounion. Seulement il était trop tard, tu avais brisé en moi par ta proposition les derniers espoirs qui me poussaient à une réhabilitation. Puis Cronos vint me trouver et m’offrir la dague destinée à pourfendre le c½ur d’Athéna, l’épée de Chrysos. Néanmoins, tout ne s’est pas déroulé comme prévu… »

Les portes de la salle d’audience sont ouvertes par les gardes qui siègent.
Un homme caché comme à son habitude sous son masque violet et une épaisse soutane kaki digne d’une bure de moine répond à l’appel de son maître : « Ptolémy Saint d’argent de la Flèche à votre service Majesté. »
Saga lève légèrement une main comme pour rendre le salut à son chevalier : « Ptolémy, tu es le Saint envers lequel j’ai le plus confiance. »
Le Libyen est intimidé par un tel compliment.
_ « C’est grâce à vous que je suis sorti de ma condition misérable en Lybie. Vous m’avez aussitôt accordé votre confiance en faisant de moi votre messager personnel puis un Saint.
_ Hum… Athéna t’a seulement reconnu comme digne de confiance. C’est justement pour cela, que j’ai fait appel à tes bons et loyaux services. Ptolémy, tu n’es pas sans savoir que je dispose d’une garde personnelle, composée de soldats infiltrés dans les rangs du reste de notre armée.
_ Il est vrai votre Majesté.
_ Et c’est toi-même qui m’a rapporté que ces hommes ont soulevé certains doutes dégagés par des Saints basés sur l’île de Yíaros.
_ En effet, nos infiltrés sur place ont ressenti certaines velléités de la part de leurs sergents. Certains auraient même noué des liens avec des Hébéïens.
_ Dans ce cas, je n’ai plus le choix. Certains Alcides représentent encore une menace trop grande. Si des Saints choisissent de s’allier à eux et de trahir Athéna, nous serons face à un problème de taille. Je suis donc contraint aujourd’hui d’ordonner l’assassinat d’Hébé »
Une telle annonce qui aurait fait frémir n’importe quel individu laisse Ptolémy de glace.
_ « Je connais l’importance que voue Taishi Saint de bronze du Toucan à accomplir ce genre de mission au nom d’Athéna, poursuit Saga. Il a déjà réussi à infiltrer le palais d’Hébé. Il devra s’entourer des Saints qu’il pense encore fiables sur l’île, quitte à ne pas avertir le sergent-chef en place, Apodis de l’Oiseau de Paradis. De plus en plus de soldats de confiance sont envoyés pour prendre la relève de ceux déjà présents. Ils sont tous marqués sur la peau d’un reptile ailé enroulé autour d’un crâne, semblable à l’ornement du fronton de mon palais. Il n’aura aucune difficulté à composer une garnison importante dans les mois qui viennent. A Taishi d’organiser cette mission !
_ Si telle est votre volonté.
_ Non Ptolémy, cela est la volonté d’Athéna. Tu peux disposer à présent.
_ Bien votre Majesté. Et passez un bon 1er septembre. »
Ptolémy s’incline légèrement puis suit le long tapis rouge qui couvre le sol jusqu’à la sortie.

Enfin seul, l’usurpateur se veut cynique : « Pff… Un bon 1er septembre ! Ce 1er septembre restera une date phare de l’histoire de mon règne. Naissance d’Athéna, enfermement de mon frère et tentative d’assassinat d’Aiolos plus tard dans la nuit. Tout serait parfait, si seulement il n’avait pas réussi à cacher l’armure d’or du Sagittaire et l’enfant qui fête aujourd’hui ses douze ans. »


Justement, au Japon, à Tokyo, une limousine noire traverse la ville et attire l’euphorie de chaque passant qui la croise.
Le véhicule roule à vive allure, tandis qu’il emprunte la direction d’une demeure en sortie de ville.
Elle passe un haut portail aux pointes acérés et gardé par trois hommes bodybuildés, armés sous leurs costumes et aux yeux cachés sous des lunettes sombres.
La voiture suit le chemin tracé aux milieux des jardins, dominés par de grands arbres, puis arrive enfin devant une immense résidence composée de plusieurs ailes.
Sous le porche de celle-ci, attend la magnifique Saori Kido aux cheveux couleur lavande qui tombent dans son dos et par-dessus ses épaules, vêtue d’une belle robe blanche qui descend jusqu’à ses pieds, couvrant entièrement son buste, épousant parfaitement sa taille et ébouriffée à hauteur des jambes. Son magnifique collier rose, fait ressortir à merveille ses yeux violets.
Elle est accompagnée de son fidèle valet, toujours accommodé d’un costume noir et d’une chemise blanche fermée par un n½ud papillon, Tokumaru Tatsumi : « Mademoiselle Kido, il semblerait que votre amie soit à l’heure. »
Hautaine, Saori rétorque : « Comme toujours. »
Une fois le véhicule stationné, deux servants sortent de la demeure derrière Saori et Tatsumi.
L’un vient ouvrir doucement la porte de la voiture, pendant que l’autre tend sa main pour aider l’invitée de Mademoiselle Kido.
Une jeune femme de cinq ans l’ainée de Saori sort en réalisant de gracieux mouvements.
Ses longs cheveux bruns tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine cachée par sa robe violette sans bretelle.
Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux. Ils font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Le petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze, enjolivés par de fins sourcils.
Lorsqu’elle prend la direction de son amie, elle plie légèrement les genoux et pose ses douces mains aux doigts fins et aux ongles vernis devant sa bouche charnue pour crier avec vivacité d’un accent slave fort prononcé : « Joyeux anniversaire Saori ! »
La fille de ce riche homme d’affaires russe, souvent parti en voyage, accepte le geste du domestique. Elle se laisse ainsi guider jusqu’à Saori qui lui attrape les mains et lui échange un large sourire qui en dit long sur l’amitié entretenue par les deux jeunes femmes.
_ « Merci mille fois.
_ Allons, j’espère ne pas être la dernière.
_ Absolument pas. D’autres doivent encore arriver. Le Président de la République Française ne devrait plus tarder ainsi que ton père. »
La belle jeune femme ne daigne même pas regarder Tatsumi et s’engage avec Saori à l’intérieur.
Là un gigantesque buffet est monté.
Plus d’une centaine de personnes peuplent seulement le hall.
Ksénia attrape au passage une coupe de champagne qu’elle déguste immédiatement.
Très courtisée, elle offre volontiers des nouvelles de son père aux autres invités qui attendent son arrivée avec impatience.
Tatsumi, lui, est aux petits soins.
Il veille à ce que tout le personnel soit en mesure de répondre aux attentes des hôtes de la demeure de son illustre maître, le défunt Mitsumasa Kido.
Comme souvent, il s’isole quelques instants pour se recueillir devant un tableau de celui-ci, dans le bureau d’affaires de Saori.
Avec nostalgie, il se penche sur les papiers de la demoiselle d’origine grecque et ouvre le passeport de celle-ci : « Mlle Kido Saori, Japonaise, née le 1er septembre 1973 à Tokyo… Pff… Mon maître… Vous avez usé d’ingéniosité une fois de plus, pour dissimuler l’identité de cet enfant que vous avez trouvé le 2 septembre au matin dans des ruines à Athènes. Saori venait de naître d’après les propos du brave qui l’avait sauvé du châtiment démoniaque de notre futur ennemi. Elle est devenue une jeune femme très cultivée. Bientôt, les survivants parmi les cents orphelins envoyés dans le monde reviendront et il me faudra lui annoncer la vérité lorsque les forces maléfiques découvriront qui elle est réellement… »
Quelqu’un vient frapper à la porte, Tatsumi repose aussitôt les papiers d’identité et se tourne en réajustant son n½ud papillon : « Oui ! »
Un des hommes de main lui annonce l’arrivée de nouveaux invités : « Monsieur Тайна est arrivé. »
Tatsumi bombe le torse : « Bien, j’arrive tout de suite. »

Dans le hall, Aleksandr Тайна est en compagnie de sa fille Ksénia et de Saori.
D’une quarantaine d’année, cet homme brun porte la moustache et ses cheveux sont plaqués en arrière.
Reconnu de tous, il ne cesse de saluer les convives de la jeune héritière avec laquelle il discute.
_ « … et à cet instant j’ai signé le contrat !
_ Incroyable Aleksandr. Votre chef de projet a bien vu venir le coup.
_ En parlant de chef de projet, je pensais voir ici Monsieur Solo.
_ Julian Solo ?
_ Oui, tout comme votre grand-père et moi, le père de Julian et l’illustre Mitsumasa Kido avaient l’habitude d’entretenir de bonnes relations commerciales, quasi-exclusives.
_ Et bien depuis que je suis aux affaires je n’ai pas eu l’occasion de m’entretenir avec lui. Je sais que sa compagnie règne sur les sept océans, mais pour le moment aucun chantier ne nécessite que nous soyons en relation. »
La fille d’Aleksandr se sent un peu à part, alors elle casse le rythme de la discussion : « Tu as tort, c’est un très bel homme ! »
Le père de la belle demoiselle rit aux éclats avant de prendre congés : « Ah… Ksénia… Je reconnais bien là ma fille ! Ah… Elle et les hommes ! Un jour elle finira par créer de la discorde telle Hélène de Sparte ! Bon, veuillez me pardonner Mademoiselle Kido, mais je reconnais au loin le Ministre Américain du commerce qui me fait de grands signes depuis quelques minutes.
- Je vous en prie monsieur Тайна. »
Ksénia exprime son dédain : « On aura tout vu ! Mon père qui dit bien me reconnaître. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas pris le temps de passer une journée en ma compagnie. Toujours à voyager. »
La réincarnation olympienne joue à merveille la comédie. D’ailleurs son devoir la rappelle puisqu’elle est obligée de prendre congé de Saori : « Ma chère amie, comme je te l’ai annoncé avant de venir, ma présence ici ne peut être plus longue. En effet, le siège social de la société de prêt-à-porter que mon père a bien voulu racheter pour moi réclame ma présence à Athènes en Grèce. Mon hélicoptère doit déjà m’attendre. Je sais que tu connais mieux que quiconque l’importance des affaires et des engagements… »
Saori s’empresse de saisir les mains de sa richissime amie et lui témoigne toute son affection avant qu’elle n’ait pu achever sa phrase : « Va ma chère ! Je sais très bien que le devoir est une chose très importante. »
Saori pivote sa tête pour chercher son domestique : « Tatsumi ! »
Tandis que l’amateur de kendo se permet de fanfaronner auprès d’une princesse des émirats il est aussitôt rappelé à son devoir.
_ « Oui Mademoiselle Kido ?
_ Veuillez accompagner Mademoiselle Тайна Ksénia sur le toit. »
Le robuste bras droit s’exécute aussitôt.
Il devance Ksénia qui jette un dernier regard du coin de l’½il à celle qu’elle sait être la réincarnation d’Athéna…

Plus haut, sur le toit, après avoir pris congé de Tatsumi, Ksénia s’installe dans un hélicoptère de la compagnie de son père en soufflant : « Pff… Que ce voyage va être long… Si seulement cette comédie pouvait cesser… »

Au rez-de-chaussée, Saori choisit d’ouvrir le cadeau que lui a fait livrer Ksénia.
Celui-ci, une caisse de deux-mètres de haut sur un mètre de large, est défait des plaques de bois qui la couvre par les valets de la petite fille de Kido.
Tandis que Saori lit à voix basse la lettre qui accompagne le présent, Tatsumi est pris d’un léger malaise en découvrant l’objet : « Un petit souvenir de mes récents voyages en Grèce, pour celle qui incarne la beauté et la grandeur. Joyeux anniversaire. »
Saori lève peu à peu les yeux vers une statue qu’elle étudie de bas en haut et reconnait comme étant celle à l’effigie de la déesse dont lui parlait régulièrement son défunt grand-père.
Tatsumi passe son doigt pour libérer son cou, subitement trop serré par le col de sa chemise, tant il croit étouffer en constatant l’apparence d’une déesse au corps habillé d’une toge.
Le vêtement taillé tombe jusqu’au sol et ne libère que les bras, le droit posé contre la hanche et le gauche tombant le long du corps, et le cou.
Saori s’avance au milieu de ses invités et vient caresser le visage lisse et froid de la statue. Ses yeux sont noyés d’émotions et son esprit semble être ailleurs, conquis par le cadeau fait par Ksénia.
Le majordome choisit de taper dans ses mains pour sortir les autres convives de leur léthargie face à un tel spectacle afin que reprennent les discussions et pour que Mademoiselle Kido revienne à elle.
Ce qu’il souhaite se produit, elle se libère de l’emprise qu’exerce la vue de cette statue sur elle en souriant : « Alors Ksénia, mon amie, tu me vois ainsi, telle Athéna ! »

FIN PARTIE 1
Partie 2 ci-dessous

57
Only for Love / Chapitre 31
« on: 1er July 2012 à 11h21 »
Chapitre 31

Ce 22 juillet 1985 la région de Nunavut au Canada tremble.
Le séisme perdure depuis plusieurs minutes tout autour de la ville d’Arviat.
Là-bas, l’horizon se dessine dans un univers fait de néant.
Il ne reste plus qu’au sol une surface terreuse totalement chaotique.
Il n’y a plus d’habitations.
Plus de bâtiments.
Plus de végétations.
Plus de population sur un rayon de cinq kilomètres.
 
Seule à l’extérieur de ce cercle de dix kilomètres de diamètre, dans la neige encore présente, la carrosserie toute déformée de l’ambulance dans laquelle se trouvent Bian et Kassa, subsiste.
Le cosmos déployé par Kassa a réussi à faire bouclier autour du véhicule.
Au beau milieu du silence résultant de ce désert morbide, la tôle est pliée de l’intérieur par les mains de Kassa.
Il libère son futur frère d’arme, toujours éveillé mais hagard.
Son regard est perdu dans le vide et son corps est lourd.
Kassa l’extirpe en le traînant jusqu’au dehors.
Le son des sirènes de nouvelles unités de sauvetage venant du reste de la région ne parvient pas jusqu’à son cerveau.
Il les entend mais ne veut même pas les analyser.
Tout comme il ne cherche même pas à répondre à Kassa qui lui déclare : « Les secours croiront que le réseau d’alimentation du gaz est responsable de cette catastrophe… »
En disant cela, le gardien du pilier de l’Antarctique reconnaît au loin, au centre du cercle de destruction, Vasiliás entouré de ces derniers adversaires. Il achève sa phrase : « … Il faut qu’ils croient qu’il n’y ait aucun survivant. Nous devons partir maintenant. »
Dans le vague, Bian susurre : « Ariel… Elle a préféré croire en l’innocence de Vasiliás plutôt que croire en moi… Elle est morte par amour pour lui… Après Dolly, il m’a pris ma s½ur… »
Kassa cache difficilement son sourire perfide : « Il prouve ainsi les défauts des humains. Je sais que Vasiliás était ton ami, mais il t’a tout volé. Il ne croit ni en Athéna ni en aucun autre dieu. Il ne croit en rien. Il a causé la destruction de la quasi-totalité de cette paisible ville. Il n’a pas su protéger les femmes que tu aimes et par cette guerre intestine contre d’autres envoyés du Sanctuaire, il prouve la faiblesse des hommes et l’erreur que fait Athéna de les protéger. Dans un autre monde, cela ne serait jamais arrivé. Si jamais un dieu était capable de laver l’humanité, alors ta s½ur et ta petite amie seraient en vie, Vasiliás ne t’aurait jamais trahi. Si seulement… »
Le regard de Bian reprend de la vigueur et son corps se raidit : « Si seulement Poséidon pouvait exaucer tes paroles ! »
En entendant cela, Kassa fixe d’un regard ambitieux son camarade : « Je crois qu’il t’a entendu ! Suis-moi ! »
Il tire par le bras Bian avec une extrême violence et se déplace à une vitesse, que le futur Cheval des Mers ne lui soupçonnait pas.
Ils prennent la direction de la baie où Bian a tant l’habitude de s’exercer.
Ils abandonnent la surface de combat où la tension est à son comble…

Vasiliás est agenouillé, à demi nu, ne portant plus que son pantalon blanc, le corps égratigné sur toute sa surface.
Devant lui se dresse le Gémeaux Noir.
L’Ophiuchus Noir qui avait anticipé l’attaque de son camarade en se cachant derrière lui depuis les airs, quitte le secteur. Elle suit furtivement Bian et Kassa.
A côté d’eux, Klok baigne dans son sang, faible et immobile après l’arcane destructeur du chevalier noir déployé dans son dos.
Frappé en traître, le chevalier d’Athéna a sa Cloth fissurée, tandis que ses deux bras lui ont été arrachés par l’atomisation. Condamné il sacrifie ses dernières forces en accentuant sa colère.
_ « Comment as-tu pu me faire ça chevalier noir ? Tu étais sous mon commandement. Tu étais sous mon commandement !
_ Je ne me plie pas aux ordres d’un chevalier plus faible que moi. La comédie a assez duré.
_ J’aurai dû me douter qu’un chevalier noir restait un lâche quoi qu’il arrive. M’attaquer dans le dos t’a été si naturel… »
Le chevalier noir lève son pied pour achever le mourant : « Tu ne m’es plus d’aucune utilité, à présent que Vasiliás a été retrouvé. Je vais pouvoir mener à bien la mission qui m’était confié. Meurs… »
Le geste du Gémeaux Noir est bloqué par le cosmos de Vasiliás qui le contrôle à distance.
Les yeux de Vasiliás sont révulsés, sa mâchoire crispée et toutes ses veines ressortent.
Il bave tant la rage le prend, il murmure sans cesse le nom de son maître Klok, de son ami Bian qu’il croit perdu et de sa défunte petite amie Ariel.
Le Gémeaux Noir finit par être repoussé par le cosmos de l’Américain qui prend la forme d’un lion ailé venu le heurter de plein fouet.
Sans fléchir, la copie du chevalier Saga se réceptionne sur ses deux jambes et invoque à nouveau son terrible artifice.
Bien que le ciel d’été redevient obscur, le frénétique survivant ne s’inquiète guère. Il hurle en crachant sang et salive : « Maître ! Regardez bien ! Je vais vous rendre votre dignité à vous, Saint de bronze de l’Horloge, en réalisant cet arcane que je n’ai jamais su reproduire jusque maintenant, la Faille Temporelle que vous avez toujours cherché à m’inculquer ! »
Il positionne ses paumes de main en direction du Gémeaux Noir et écarte ses dix doigts. Devant lui, l’espace-temps crée une distorsion qui absorbe les ténèbres invoquées par le Gémeaux Noir.
Ce dernier, voyant ces efforts réduits à néant, choisit de frapper immédiatement : « Ankoku Comet ! »
La réponse de Vasiliás ne se fait pas attendre : « Temporal Weakness ! »
Toute la cosmo énergie de l’Ankoku Saint est aspirée dans la Faille Temporelle qui s’ouvre de plus en plus grand, tirant vers elle le chevalier noir.
Celui-ci se cramponne du mieux qu’il peut sur le sol.
Son heaume est arraché par l’appel d’air. Il disparaît dans l’autre dimension invoquée par Vasiliás.
L’appel du Temporal Weakness est si puissant qu’il avale toutes les ruines alentours.
Lorsque le corps de Klok commence à se soulever pour être dévoré dans cet autre univers, Vasiliás revient à lui.
L’Américain se ravise, sauvant par la même occasion un Gémeaux Noir, arborant un visage étonnement serein.
Ses courts cheveux d’un rouge vif, profitent enfin du souffle du vent, après être restés enfermés dans son casque.
Une longue cicatrice le prive de l’usage de son ½il droit, tandis que le gauche fixe avec défiance son rival.
Ses épais sourcils couleur sang se froncent, lorsqu’il choisit de passer au corps à corps.
 
Il apparaît à la vitesse de la lumière devant Vasiliás et lui adresse une puissante droite qu’il pare.
Le roi lion riposte, en transperçant l’armure noire d’une droite en plein dans les côtes.
Son poing, noyé du sang de son ennemi, se déloge de son flanc, tandis qu’il tourne sur lui-même, pour lui fendre la pommette droite avec son talon droit.
Balancé sur le côté, le Gémeaux Noir ne dit pas son dernier mot et tente une gauche.
Illico bloquée.
Vasiliás tire sur le bras qu’il maintient pour faire perdre l’équilibre à son ennemi, puis le cogne avec le genou en plein abdomen, émiettant ainsi la Cloth noire en cette zone…


Loin de là, à l’Est de l’île d’Yíaros, dans la forêt où Kanon et Saga avaient coutume durant leur enfance de s’entraîner, une vingtaine de jeunes Hébéïens se tiennent accroupis devant le caporal Pullo.
Ils ont été choisis parmi tous les apprentis actuels réquisitionnés sur l’île pour accéder au rang de gardes de l’armée athénienne.
Derrière Pullo, habillés de leurs Cloth, Apodis, Anikeï, Philémon, Carina, Taishi et Lena se tiennent droit debout et observent cette première remise des armes.
Bourrage de crâne et enseignement militaire ont été les grands axes de formations de ces nouveaux soldats d’Hébé qui ont jurés fidélité à Athéna.
Entourés par quelques soldats du Sanctuaire, les nouveaux guerriers destinés à rester sur l’île lorsque le calme y sera revenu, se mêlent désormais aux leurs.

Tapie dans l’ombre, la remarquable Baucis au physique irrésistible observe avec effroi la scène.
L’Alcide de la Biche de Cérynie est rejointe par Philémon qui s’est retiré de la cérémonie.
_ « Quelle honte ! Ces enfants étaient encore des fils d’Hébé il y a quelques mois. Voilà ce qu’ils sont devenus !
_ Ils sont toujours des fils d’Hébé. Le peuple doit être fier d’eux, car ce sont eux qui veilleront sur lui à notre départ.
_ Etre fier de ces enfants qui ont abandonné notre déesse recluse dans son palais ? Jamais !
_ Le peuple est encore sous le choc de la guerre, mais il finira par oublier cette triste période. Bientôt les récoltes seront meilleures et le commerce rétabli.
_ Et tu crois que cela sera suffisant ?
_ Le peuple veut de l’eau potable, à manger, de l’argent et la paix. Il aura tout ça grâce à ces nouveaux soldats. Ils apprendront à pardonner. Moi c’est ce que j’ai fait à votre encontre, vous qui avez massacrés des innocents au Sanctuaire. Tu devrais faire de même. »
Alors que le Saint de bronze du Lièvre tourne les talons, une légère bourrasque de vent soulevée par le poing agile de l’Alcide vient lui égratigner le bras là où sa Cloth ne le protège pas : « Jamais ! N’oublie jamais que toi et moi sommes ennemis ! Et que quoi qu’il puisse se passer avec mon peuple, quel que soit le traité de paix que le grand cardinal d’Hébé puisse signer en votre faveur, n’oublie jamais que tu paieras pour avoir vu mon visage ! »
Philémon, bien que déçu par cette réaction, sourit puis regagne les siens : « Pff… D’accord… »

Loin de toute cette agitation, Apodis regagne tranquillement le Centre de l’île et plus précisément le temple d’Héraclès.
L’ancien palais des prêtres hébéïens est désormais siège de l’armée athénienne, où le peuple commence déjà à se réunir pour le rationnement qu’il officiera ce soir en compagnie d’Anikeï.
Il a défait sa Cloth qu’il transporte tranquillement dans sa Pandora Box, afin de ne pas mettre trop en avant son statut auprès des habitants de l’île. Témoignant ainsi d’un gage de paix malgré la ranc½ur qui le consume.
En chemin, en passant devant une chaumière, un jeune enfant ouvre grand la porte et se jette avec une dague ovale à la main contre Apodis.
Agé d’à peine six ans, le petit garçon abat l’arme en direction du chevalier de bronze qui ne bouge pas.
Il accueille la lame acérée dans la paume de sa main et la serre sans aucune souffrance.
Il la maintient si bien, que l’arme se brise puis s’effrite en morceaux.
Désarmé, l’enfant se jette à corps perdu sur un Apodis au c½ur brisé et sans aucun état d’âme depuis le meurtre des siens.
Il fixe le freluquet taper des poings contre sa jambe, sans exprimer autre chose que du mépris.
Le voisinage, alerté par les cris de l’enfant, sort à peine de chez lui, effrayé par la réaction que pourrait avoir le Saint.
Lever la main sur un Athénien représente aujourd’hui un crime passible de terribles répercussions sur l’ensemble du peuple hébéïen.
Apodis finit par souffler d’ennui et agrippe les cheveux du garçonnet qu’il soulève du sol.
Ne sachant que faire de lui, torturer entre la raison et son amertume dans cette guerre, il reste de longues secondes les yeux rivés dessus.
Enfin, une voix étouffée sous un masque de femme chevalier vient le sortir de ses songes.
Les habitants de ce comté semblent rassurés en voyant sortir de chez elle cette demoiselle à la chevelure couleur taupe qui descend en de nombreuses pointes dans son dos et sur son masque à hauteur du front.
Elle porte un masque au fond blanc, correspondant à un visage masculin vicieux, aux lèvres teintées d’or dont le sourire remonte jusqu’aux oreilles, avec des yeux en amande d’une noirceur extrême qui pleurent des gouttes de sang dessinées jusqu’aux joues.
Malgré l’aspect particulier de ce masque, très psychotique, elle dégage un cosmos rempli de bonté. Ses paroles sont d’ailleurs chargées de bon sens.
_ « La réaction de cet enfant est le fruit de votre invasion.
_ Juventas Alcide des Juments de Diomède et bras droit de la déesse Hébé. Je ne savais pas que tu vivais ici, je te pensais plutôt auprès de ta majesté.
_ Le traité de paix étant ratifié, je compte sur le bon respect de celui-ci pour ne pas avoir à surveiller sans cesse notre divine souveraine. ¼dipe s’en charge très bien.
_ Puisque tu évoques ce fameux traité, tu n’es donc pas sans savoir qu’il est formellement interdit de se rebeller contre les lois d’Athéna, ainsi que contre ses représentants. Tout opposant quel qu’il soit, doit être exécuté en cas de non-respect. A moins que tu ne souhaites t’y opposer ?! Nous savons tous les deux, que tu es la personne avec ¼dipe la plus puissante de cette île. As-tu envie de prendre le risque d’en jouer ?
_ Absolument pas. Et je connais très bien les règles imposées par votre arrivée. Je voulais uniquement que tu saches avant de lui donner la mort, que cet enfant a vu sa mère se pendre sous ses yeux, après que celle-ci ait appris que son mari est mort lors de l’invasion de l’île. Il me paraissait indispensable que tu sois tenu au courant de l’aversion qu’il a pour les Athéniens qui me semble aussi puissante que celle que tu éprouves envers les Hébéïens. »
Apodis observe à nouveau l’enfant et le questionne : « Est-ce vrai ? Es-tu orphelin aujourd’hui ? »
L’enfant, les joues gonflées par les larmes répond timidement : « Oui. Par votre faute. »
Le visage ferme d’Apodis se décrispe un instant.
Il desserre la chevelure du garçon qui retombe sur les genoux.
Apodis s’accroupit vers lui et lui parle tout bas.
_ « Ton père était-il soldat ?
_ Oui, lorsqu’on nous a appris sa mort, on nous a dit qu’il s’était bien battu.
_ C’est vrai, lui caresse-t-il le visage. Il s’est battu courageusement. Je ne le connaissais pas mais de tous les Hébéïens que nous avons affrontés, aucun n’a failli. Ils ont tous été braves et sont allés jusqu’au bout de leurs forces pour vous défendre. Tu sais, la guerre en général fait souffrir plus d’innocents que de coupables. Ma famille était innocente elle aussi, mais elle a été décimée. Je vous en veux à vous, en tant qu’Hébéïens, mais je ne t’en veux pas à toi en tant que personne. Alors jeune garçon, si tu dois me haïr, haïs moi en tant que chevalier d’Athéna, mais pas en tant qu’homme qui essaie aujourd’hui de stabiliser la paix auprès des tiens. »
Apodis défait de son ceinturon une bourse de laquelle il sort six sacres : « Voici de quoi te nourrir en plus des rationnements. Les marchands commencent à nouveau à être ravitaillés par voies maritimes. Achète-toi des épices et du poisson frais. Demain tu viendras me trouver sur le port. Si tu le veux, je te ferai travailler afin que tu gagnes ta vie et que tu puisses vivre en tant qu’homme et non survivre en tant qu’enfant. »
L’enfant empoigne bien fort la monnaie dans ses mains et répond d’un hochement de tête, avant de rentrer dans sa grande chaumière vide de toute famille.
Apodis l’observe rentrer seul sans cacher son désarroi.
Le voisinage rentre tour à tour, laissant seul Apodis qui garde les yeux rivés sur cette porte.
Le chevalier de bronze attend de ne ressentir plus que la présence de Juventas, avant de reprendre la parole tout en lui tournant le dos : « Juventas, j’ai appris que l’Alcide du Lion de Némée n’était autre que ton époux. J’ai eu l’occasion de l’affronter brièvement, lors de votre tentative d’invasion. Sache qu’il a été le plus puissant et le plus respectable des adversaires qu’il m’a été donné d’affronter. »
De sous le masque de Juventas, s’écoulent quelques larmes : « Ma belle, ce dernier soupire t’est destiné. Ne m’en veux pas, j’ai combattu jusqu’au bout, gardant à l’esprit ton amour et les éclats de rires de notre petite fille. Bats-toi pour elle, pour vous, pour nos rêves. Je t’aime mon amour… Ce sont les mots qu’il m’a adressés avant de rendre son dernier souffle dans la maison du Taureau. »
Toujours dos à elle, le chevalier de bronze reprend la direction du temple d’Héraclès : « Le sourire de mon fils, les paroles pleines de sagesse de ma mère, voilà ce qu’ils m’ont laissé en souvenirs. Pas de mots d’adieu, eux ils ne prévoyaient pas de mourir ce jour-là… »


Pendant ce temps, au Canada, Kassa arrive à la baie de Baffin.
Là, il lâche Bian qui le fustige du regard.
En venant jusqu’ici à la vitesse de la lumière, Kassa a déployé un cosmos qu’il a volontairement caché à Bian depuis leur rencontre : « Alors depuis le début tu m’as menti ? Ton histoire, ton passé, tout cela n’était que mensonge ? »
Kassa se retourne et balbutie avec timidité : « Absolument pas, je ne t’ai rien caché à ce sujet. Les brimades, les coups… Rien n’a été inventé. Lorsque le chef des Généraux de Poséidon est venu pour me proposer de nettoyer la planète de ces êtres malfaisants qui faisaient qu’il y aurait toujours des malheureux et des opprimés, tels que moi, j’ai immédiatement su que me vouer corps et âme à sa majesté Poséidon était une chance. »
En disant cela, quelques icebergs sombrent dans l’eau, tandis qu’émerge la Scale des Lymnades.
L’armure se désunie de son socle pour former sur le corps de Kassa une protection orangée aux reflets dorés.
Bien que couvert de son armure, Kassa continue d’observer la baie et arbore de plus en plus un sourire de satisfaction, car petit à petit jaillit une seconde Scale, celle du Cheval des Mers.
Bian qui vient de croiser des armures noires et une armure de bronze, ne peut qu’être subjugué par la majesté de ces écailles.
Il observe celle du Cheval des Mers avec beaucoup de curiosité et croit comprendre ce qu’on attend de lui.
_ « Poséidon veut que je lui prête serment n’est-ce pas ?
_ Il désire simplement que tu crois en sa promesse, la promesse du roi des mers, du Dieu des Océans. Celle où il jure de laver le monde de l’impureté humaine et de créer une nouvelle ère, où l’homme vivra dans l’amour et la paix.
_ Après l’explosion qui a ravagé notre chalet, Vasiliás semblait ne pas comprendre ma colère envers lui. C’est toi qui as pris son apparence grâce à ta cosmo énergie n’est-ce pas, réalise Bian ? C’est toi qui as séduit Dolly en te faisant passer pour lui pas vrai, parait-il déçu ?
_ Je voulais simplement que tu ouvres les yeux, sur l’influence que cet homme avait sur toi. Il se servait de toi. Il connaissait tes capacités, mais a toujours préféré jouer le bon professeur et brider tes forces réelles, pour pouvoir se jouer de toi à tout moment et rester le mieux vu des deux. La preuve, Dolly ne rêvait que de lui et, par dépit, elle patientait gentiment avec toi. Ta s½ur, elle, a préféré te traiter de menteur, plutôt que de fuir à tes côtés. »
Bian reste perdu un instant. Les images de sa s½ur et de sa petite amie parcourent son esprit : « Ariel… Dolly… Vous avez suivi la voie d’un hérétique qui ne croit en aucun dieu. Vous avez été victimes de ses erreurs… Et ce n’est pas Athéna qui n’a rien fait pour empêcher les forces démoniaques de resurgir sur Terre qui aurait pu vous protéger ! Pire, elles ont toujours été présentes et elle n’a jamais su les chasser ! Aujourd’hui vous avez perdu la vie en raison de son incapacité… »
Il relève la tête et, malgré ses plaies, il serre le poing en regardant avec fierté la Scale qui lui est offerte : « Je jure de conduire Poséidon à la victoire, car je crois en ses idéaux. Viens à moi Scale du Cheval des Mers et ensemble assurons-nous que Poséidon puisse réaliser ses promesses ! »
Immédiatement, Bian est revêtu de ses écailles.
La vie insufflée à sa Scale entre en harmonie avec son être.
L’alchimie est parfaite.
L’osmose stoppe instantanément ses nombreuses hémorragies.
Kassa vient poser sa main sur l’épaule de son allié : « Félicitations. Le fait que les écailles du Cheval des Mers aient reconnu en toi le potentiel et la puissance qui te rendent apte à devenir Général fait de toi mon frère d’arme, le gardien de l’Océan Pacifique Nord. »
Fier de son nouveau statut, Bian se retourne vers Kassa. Il est impatient d’en découdre.
_ « Et maintenant ?
_ Le sanctuaire sous-marin de Poséidon est accessible depuis la surface, par plusieurs points de passages maritimes. Il se trouve que la baie de Baffin en est un. Donne-moi la main et accroît ta cosmo énergie à son paroxysme pour surmonter la pression de l’eau ! »
Kassa saisit le bras de Bian.
Cependant le nouveau Marina refuse de se laisser guider ainsi.
_ « Quelque chose ne va pas Bian ?
_ Nous ne sommes pas seuls. »
 
Après cette annonce, Kassa grimace en déplorant son étourdissement : « Effectivement, je n’avais pas constaté que l’Ophiuchus Noir joue les curieuses. »
Démasquée, la femme chevalier noire sort de derrière le glacier où elle était cachée : « J’ai laissé le Gémeaux Noir, le plus puissant des Seigneurs Noirs, face à Vasiliás pour ne pas le gêner. Il va nous ramener en grâce aux yeux du Pope. Toutefois, si je ramène également la tête de deux Marinas, même Athéna se joindra à son représentant pour nous réhabiliter. »
Kassa prend les devants en se tenant en position : « C’est ce que nous allons voir : Salamander… »
Il est stoppé par Bian qui se manifeste devant lui : « Laisse-moi essayer ma Scale ! Rising Billows ! »
Ankoku Ophiuchus n’a pas le temps de broncher, elle est immédiatement repoussée dans la baie par le cosmos de l’Hippocampe et, une fois dans l’eau, est écrasée par la pression provoquée par sa chute dans les profondeurs abyssales.
A l’inverse de l’arcane que subira Seiya dans quelques mois où il sera écrasé par la pression exercée par sa remontée à la surface, cette fois-ci l’ennemie du Marina est broyée dans sa chute.
Ses poumons sont comprimés.
L’air lui manque.
Ses yeux sont révulsés.
Le craquement de ses os est le dernier bruit qui lui est donné d’entendre de sa vie…
 
Sur le rivage, Kassa est étonné.
_ « Alors tu avais une autre attaque que le Souffle Divin ?
_ Je me suis entraîné durant des mois à développer le Rising Billows pour être à la hauteur de Vasiliás. Désormais cette technique je la baptise les « Lames de Fond du Pacifique » en hommage à l’océan dont je suis dorénavant le gardien.
_ Bien. Gagnons le sanctuaire sous-marin à présent !
_ Pas encore ! Pas tant que les Lames de Fond du Pacifique ne se seront pas confrontées à Vasiliás ! »
 
 
Au même moment, sur Yíaros, Anikeï avance en tirant un char en direction du Nord de l’île.
Vêtu de sa Cloth de Cassiopée, il se rend au Parthénos, le temple d’Hébé.
Ce temple grec est taillé en parti dans la roche.
Ses portes sont en chêne massif, bardées de pics métalliques de haut en bas et de long en large.
Elles protègent ses colonnes doriques, ses multiples étages et ses sols de marbre.
Le tout donne au Parthénos un aspect de forteresse imprenable.
Si bien que les Athéniens ne se sont pas risqués à l’investir alors qu’ils prenaient le contrôle de l’île il y a quelques mois.

A proximité de la porte, l’Ukrainien s’égosille en hurlant : « Sur ordre de Sa Majesté le Grand Pope, je demande à m’entretenir avec la déesse Hébé ! »
Le svelte Slave d’un mètre soixante-douze n’obtient guère de réponse, même après avoir crié à pleins poumons la même phrase une bonne dizaine de fois.
 
Plus bas, par le bras d’eau, dans une barque, couvert de sa Cloth du Toucan, Taishi rame avec discrétion jusque dans les catacombes.
Ce chemin maritime bifurque par le palais royal. Il relie par le Sud le port et l’encablure entre la forêt et la montagne au Nord-Est.
 
Dans le palais, la quinzaine de soldats d’Hébé ayant survécu à l’invasion est en alerte.
Depuis la ratification du traité de paix, c’est la première fois qu’un chevalier d’Athéna demande audience.
Bien que cette initiative soit trop peu discrète pour annoncer une tentative d’assassinat de la déesse, rien n’est plus prudent que de rester sur ses gardes.
¼dipe, le fidèle Alcide d’Hébé qui communique par télépathie, conseille à son impératrice de renvoyer le chevalier puisqu’il bafoue le traité qui interdit toute présence athénienne au palais : « Acis, le grand cardinal religieux de l’île, s’est battu pour cette clause lors du grand rassemblement après l’introduction des athéniens au c½ur de l’île ! Je refuse d’y faire l’impasse ! »
Plus calme, Hébé précise : « Ce chevalier veut juste converser avec moi et non pénétrer dans l’enceinte du temple. »
Rien n’y fait, ¼dipe s’y oppose fermement : « Nos effectifs ne sont même pas comparables aux leurs pour organiser une rencontre. Dans ce cas, j’irai m’entretenir moi-même avec ce chevalier, puisqu’il refuse de quitter ce lieu. »
¼dipe traverse péniblement le palais impérial, accompagné de quelques hommes…

Depuis les catacombes, Taishi s’est engouffré dans la demeure d’Hébé en longeant les murs.
Il remonte d’étages en étages, en utilisant les grands escaliers taillés dans la roche il y a des milliers d’années.
Une fois au niveau de celui d’Hébé, il visite chacune des pièces reliées par un couloir et séparées les unes des autres par de grands rideaux azurs.
C’est seulement une fois arrivé au bout du couloir que Taishi débouche sur un grand hall surplombé d’une immense tribune.
En haut de celle-ci, calme et raisonnée, la majestueuse déité, Hébé, dans sa longue robe rose en satin, la mine apaisée, fixe avec insistance le Saint du Toucan, comme si elle attendait sa venue.
 
Dehors, à l’entrée du palais, Anikeï continue à hurler son souhait de rencontrer la déesse Hébé.
Les grandes portes s’entrouvrent à peine, afin de laisser sortir deux soldats ainsi que l’Alcide au physique ignoble, ¼dipe.
Dépourvu de tous ses sens, ¼dipe utilise son cosmos pour communiquer avec le Saint.
_ « Que veux-tu chevalier ?
_ Je pensais avoir été clair ! Sur ordre de Notre Majesté le Grand Pope, il m’incombe de rencontrer ta déesse… »
 
A l’intérieur, Hébé déclare d’un ton impérial : « Je t’attendais Saint d’Athéna ! »
Cette annonce tétanise totalement le Japonais.
Il refuse néanmoins d’afficher son intimidation et déclare sèchement : « Hébé, je me prénomme Taishi Saint de bronze du Toucan. Je me présente face à vous tel un messager. Notre Grand Pope souhaite vous délivrer un message… »
 
A l’extérieur, les deux soldats hébéïens font le tour du chariot qu’Anikeï a conduit avec lui.
Ils défont la bâche et découvrent des amphores remplies de vin.
_ « Mon seigneur est soucieux du confort de votre déesse et préfère s’assurer qu’elle ne manque de rien en lui témoignant son respect via ce précieux présent… »
 
Dans la chambre d’Hébé, celle-ci s’insurge : « Après des mois d’ignorance qui m’ont valu de rester recluse ici, voici qu’il ose prendre contact avec moi ! »
Taishi ne bronche pas face à l’éclat de voix de son interlocutrice.
Il attend qu’elle reprenne son calme.
Une fois son indignation dissipée, elle renoue le contact : « Et bien chevalier de bronze, annonce-moi le contenu de ce message, ne me fait pas plus attendre ! »
Taishi tend son poing droit en direction d’Hébé…
 
A l’entrée du palais, les soldats déchargent la cargaison amenée par Anikeï, tandis que celui-ci reste à côté de sa charrette, en compagnie d’¼dipe qui reste dubitatif.
_ « Tant de raffut pour de la boisson ! Je pensais que les chevaliers avaient des missions bien plus importantes que cela.
_ C’est le cas Alcide, ça l’a toujours été. »
Devant l’arrogance des propos du Saint de Cassiopée, ¼dipe concentre davantage sa cosmo énergie, au point de détecter dans la chambre du trône, une présence auprès de sa déesse.
Sa voix retentit dans l’atmosphère, avant que son enveloppe charnelle ne se désagrège au gré du vent : « Une diversion ! J’aurai dû m’en douter ! »
 
Face à la déesse, Taishi tourne son poing fermé en direction du plafond.
Il le desserre enfin afin de laisser libre à la vue d’Hébé le ruban rouge d’Iphiclès : « Les mots de mon altesse furent bien simples. Donne ce ruban à la déesse Hébé et dis-lui que le passé ne peut être oublié et que le chagrin ronge les amis d’antan. »
Taishi marque un temps de pause durant lequel il n’arrive pas à trouver le courage de dévisager la déesse pour sonder l’impact que de tels propos ont sur elle.
Il reprend alors de manière embarrassée : « Il m’a dit qu’accompagné de ce ruban, vous comprendriez son message. »
Tout à coup, le cosmos doré de la déesse immobilise le Saint et entoure sa main afin d’en extraire le morceau de tissu.
Celui-ci vogue dans les airs, jusqu’à parvenir dans les paumes de main de la douce réincarnation qui fond en sanglot.
Saga, sa jeunesse passée à ses côtés, son amour aujourd’hui impossible pour lui…
Taishi est pantois, face à la réaction de cette sublime jeune femme, au corps fin et aux courbes magnifiques.
Soudain, une hideuse silhouette apparaît devant lui.
Le fidèle ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale s’est téléporté devant l’intrus afin de lui barrer la route.
Entre deux larmes, Hébé déclare : « Ça ira ¼dipe, mon hôte allait justement quitter les lieux. Appelle donc quelques hommes, afin de le raccompagner par là où il est venu. »
Aussitôt, Taishi s’incline et fait demi-tour.
Dans la chambre impériale, ¼dipe perçoit la tristesse qui émane de sa déesse mais ne peut intervenir sous peine d’être trop indiscret.


A cet instant, à Arviat, au milieu du désert provoqué par le Gémeaux Noir, celui-ci est en mauvaise posture.
Bien qu’il traîne la jambe, Vasiliás a repris l’avantage.
Le roi lion qu’arbore sa cosmo énergie dévore le chevalier noir petit à petit et fini par avoir raison de lui dans un ultime assaut : « Heart Break Canon ! »
Le lion aux ailes d’ange et aux cornes démoniaques ne fait qu’une bouchée de l’Ankoku Saint dont le plastron vole en éclat sous le choc.
Il retombe sur le dos, se cramponnant de douleur, après que son c½ur ait été délogé par le Canon d’Interruption Cardiaque.
Vainqueur, Vasiliás s’effondre à genoux en frappant des deux poings le sol de rage.
La roche se fissure tout autour de lui tandis qu’il libère enfin ses larmes : « Ariel… Ariel ! »
Pour seule réponse, il n’entend que le souffle du vent chuinter dans ses oreilles…
Les râles d’agonie d’Ankoku Gemini le ramènent à la réalité…
S’ensuivent les sirènes des secours en approchent…
Puis d’autres gémissement lui remémorent qu’Ariel n’est pas la seule qu’il a perdu.
Klok expire ses derniers souffles.
_ « Maître ? Vous avez survécu ! »
Entre deux quintes de toux, durant lesquelles il s’étouffe dans son sang, le Saint de bronze de l’Horloge sent l’approche de son élève et sourit.
Les yeux arrachés par l’Ankoku Comet du Gémeaux Noir, Klok s’exaspère de ne pas pouvoir admirer une dernière fois le visage devenu adulte de celui qui fut son élève : « Ah… Vasiliás… Mon brave Vasiliás… Je suis tellement désolé… »
Malgré les mauvaises intentions de son ex-professeur, Vasiliás lui soulève la tête et lui voue un profond respect.
_ « Maître… Economisez-vous, je vais vous faire soigner…
_ Il… Il est trop tard… Je regrette simplement de ne pas pouvoir regarder, à quel point le petit garçon que j’ai élevé a grandi. Les cheveux courts, ça te va bien finalement… »
En faisant référence à la chevelure mi longue et bouclée de Vasiliás durant son enfance, les deux hommes échangent un rire complice qui leur fait mal aux côtes après tous les heurts qu’ont subi leurs corps.
_ « Je suis heureux Vasiliás, heureux que tu sois devenu l’homme valeureux que j’ai vu combattre aujourd’hui. Heureux que malgré ta cavale tu as gardé tes principes, que tu sois resté honnête et sincère.
_ S’il en est toujours ainsi maître, c’est à vous que je le dois. J’ai tenu la promesse que vous m’aviez demandé de faire, celle d’aller jusqu’au bout de mes rêves pour le bien-être de cette planète, même si cela devait m’attirer les foudres du Sanctuaire.
_ Ou plutôt les foudres du Pope. Vasiliás, je dois t’avouer quelque chose. Ces dernières années, les actes du Pope, se sont avérés de plus en plus maléfiques et le fait qu’Athéna ne se montre qu’au Pope a conduit certains chevaliers à douter de l’intégrité de cet homme. Le fait qu’il promette à des chevaliers noirs de revenir en grâce m’a également mis la puce à l’oreille. Si aujourd’hui j’ai cherché à réaliser cette mission, c’était pour m’assurer que les engagements que tu avais pris étant enfant étaient toujours d’actualités. Je voulais avoir la garantie que le roi tiendrait sa promesse, grâce à sa force et à sa droiture. Le Sanctuaire d’Athéna n’est plus ce qu’il était. Seuls des êtres comme toi peuvent ramener la paix dans le monde. Même si j’ai toujours été contre la prise des pleins pouvoirs d’une seule personne sur le monde, je meurs en étant convaincu que tu es celui qui parviendra à éradiquer le mal qui nous ronge… »
Le souffle de Klok est maintenant bien trop court pour qu’il puisse encore en dire long, il donne ses derniers mots en même temps que ces derniers soupirs : « Je sais que tu honoreras ta promesse… Je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté, dans ma vie de soldat et dans ma vie d’homme… Je t’aime comme un fils et dans tous les enfers je ferai entendre ta loi, mon cher disciple, mon guide… Mon roi… »
Le cosmos doré de Vasiliás entoure le Néerlandais pour l’accompagner sans souffrances jusqu’aux portes de l’autre monde, lui arrachant à l’occasion de nouvelles larmes.
Il se relève et déploie encore et encore son aura jusqu’à écarter les nuages qui couvrent encore le ciel après l’invocation de la Comète Noir d’Ankoku Gemini.

Les sourcils froncés, le regard convaincu et les poings serrés, Vasiliás observe la dépouille de son mentor : « Maître, je renouvelle ma promesse devant votre corps à vous, Saint de bronze de l’Horloge. Je jure de vouer mon cosmos à la conquête du monde, que cela soit seul ou sous l’égide d’un dieu aux ambitions aussi bienveillantes que les miennes. Pour l’humanité… »
 
Une voix plus que familière sort Vasiliás de sa majesté : « Es-tu bien sûr de toi espèce de traître ? »
Vasiliás se retourne et est ébloui par les rayons solaires qui se reflètent sur les écailles de Bian.
En posant ses mains devant ses yeux, il demande : « Bian ? Est-ce toi ? Dieu merci, mon ami, tu as réussi à t’en sortir ! »
A mesure que ses yeux s’habituent à l’éclat du soleil, le visage de Vasiliás se décompose : « Bian ? Mais tu es… Tu portes… »
Kassa jaillit de derrière le Cheval des Mers en gloussant : « Tu devrais voir ta tête mon pauvre. Oui, Bian est un Marina, il a juré fidélité à Poséidon. »
Vasiliás est déconcerté : « Bian, mon frère, je te savais adepte des idéaux du Dieu des Mers, mais de là à te laisser enrôler dans son armée… »
Bian interrompe son ancien camarade : « Silence ! Tes paroles empoisonnées ne viendront plus porter en moi le doute. Après que tu m’ais volé les femmes de ma vie, tu as été abandonné par les dieux ! Même cette chère Athéna s’est retournée contre toi ! Sans parler de ton professeur ! Tous ceux qui t’entourent finissent par être contaminés par le venin que tu libères. Heureusement, j’ai su ouvrir les yeux à temps et m’émanciper de tes aberrations. »
Vasiliás est consterné.
Les paumes de mains ouvertes vers le ciel, bouche bée, faisant un signe négatif de la tête il cherche des réponses : « Bian… J’aimerai comprendre… »
Hélas, le Général passe à l’attaque.
Il arrive devant Vasiliás et le cogne, en pleine poitrine, d’un coup de poing chargé de sa cosmo énergie.
Vasiliás se plie de douleur.
Il a à peine le temps de relever la tête que déjà le poing de Bian s’abat sur son visage et lui éclate son arcade sourcilière, encore intacte après ses précédents combats.
Le Marina choisit de l’achever en invoquant son arcane : « Que le Souffle Divin t’emporte ! God Breath ! »
Toutefois, la rafale infernale invoquée par Bian est miraculeusement contenue par Vasiliás.
Il repousse le vent vers son agresseur en faisant front uniquement grâce à son cosmos et à la force de ses mains.
Après plusieurs secondes de lutte à distance, les pieds du Cheval des Mers se soulèvent et son corps est soufflé comme un fétu de paille jusqu’à Kassa.
Le Portugais choisit de prendre la relève en s’avançant d’un pas, cependant Bian lui agrippe aussitôt la jambe : « Non Kassa ! Il est à moi, à moi seul tu entends ! »
Vasiliás commence à pâlir, ses sens le quittent et ses hémorragies ne cessent de l’affaiblir.
Il essaie une ultime fois de calmer son ancien colocataire.
_ « Sois raisonnable. Je connais ta technique sous tous ses aspects. Nous l’avons travaillé ensemble. Tu ne pourras pas me tuer avec ça.
_ Qu’importe ! J’ai une autre carte à mon jeu ! Je savais bien qu’aussi naïf que je pouvais être, tôt ou tard, j’aurai à choisir un camp qui me séparerait de toi. Les Lames de Fond du Pacifique te terrasseront ! »
Vasiliás grimace, en plus de la douleur, il sent une profonde déchirure dans son c½ur.
Se faire une raison obscurcit un peu plus son âme.
Il n’a plus le choix à présent.
Son cosmos doré doit briller une dernière fois, en ce jour funeste : « Tu ne me laisses pas le choix Bian ! »
Le Canadien fait de même. Son énergie dessine un hippocampe derrière lui.
De ses mains jaillissent des vagues impressionnantes.
Elles menacent d’engloutir Vasiliás.
Il ne ressemble à rien d’autre qu’à un insecte face aux déferlantes.
_ « La pression de l’eau va te broyer les os ! Rising Billows ! »
En effet, les lames frappent de plein fouet le jeune homme.
Il est désormais prisonnier de l’eau.
A bout de force, il perd connaissance.
Seul son esprit demeure alerte.
Il ressasse les souvenirs qu’il lui reste de son maître.
Irrémédiablement, lui revient cette promesse qu’il a renouvelé il y a à peine cinq minutes.
Alors, sa cosmo énergie crée autour de lui une barrière de protection.
Il sort de l’écume et puise dans les dernières ressources qu’il lui reste le poing en avant.
Ressemblant à ce lion qu’arbore habituellement sa cosmo énergie lorsqu’il invoque le Canon d’Interruption Cardiaque, il fonce, les yeux fermés, à peine conscient, sur Bian en hurlant : « Non je ne peux pas mourir ! J’ai une promesse à tenir ! »
Resté en retrait jusque-là, Kassa constate que l’opposition cosmique entre Bian et Vasiliás commence à tourner en l’avantage de l’exilé du Sanctuaire.
Dans ce cas, il risque d’échouer dans la mission que lui a commandé Poséidon par l’intermédiaire du Dragon des Mers.
Kassa apparaît donc derrière son frère d’arme, pour faire peser la balance en son avantage en dégageant son plus terrible arcane : « Salamander Shock ! »
Deux auras cosmiques s’entremêlent pour contrer l’avancée de Vasiliás.
Mais le génie déchu atteint son but non sans voir son corps subir de multiples heurts : « Heart Break Canon ! »
Le poing de Vasiliás passe à travers les deux cosmos ennemis et, amoindri, cogne le plastron de Bian.
Bian est repoussé aussitôt dans les airs en compagnie de Kassa.
La tension énergétique se dissipe dans les airs.
Vasiliás s’échoue sans vie dans ce désert.
Ce chaos résulte des nombreux affrontements de la journée.
Kassa se relève en premier.
Bien qu’il ait été placé derrière Bian, le choc a été si vigoureux que sa Scale se fissure à hauteur de la poitrine et dans le dos.
Il se cramponne le c½ur de douleur.
Aussitôt, il n’ose imaginer l’état de Bian, frappé de plein fouet.
Le Cheval des Mers se redresse difficilement : « Extraordinaire, nous n’avons subi que le contrecoup du Heart Break Canon. Heureusement, puisque nos cosmos conjugués ont réussi à diminuer la force d’impact de cette technique. Pourtant, mes écailles sont émiettées et je ressens une importante douleur au c½ur. Il faudra à présent que je veille à créer une technique défensive, pour que plus jamais mon armure ne soit abîmée. »
Kassa surenchérit : « Cet homme aura vraiment été un adversaire incroyable. Certainement le plus puissant de tous ceux que j’ai rencontré à présent. Même un chevalier d’or ne pourrait pas causer autant de dommage à deux Marinas à la fois. »
L’admiration que loue Kassa à Vasiliás provoque le mécontentement de Bian qui en a assez des louanges envers celui qu’il a fini par considérer comme un rival : « Il est fébrile, laissons-le mourir d’épuisement. Sa souffrance n’en sera que plus grande. »
Kassa rassemble une dernière fois ses forces : « Tu aurais bien raison s’il n’était pas une si grande menace ! Je vais lui porter le coup de grâce !  Le Choc de la Salamandre va l’accompagner en enfer ! Salamander Shock ! »
La cosmo énergie du Portugais crée un énorme monstre marin qui s’abat sur le corps sans vie de l’Américain.
S’en suit une énorme explosion.

Bian, passe sa main devant la fumée qui vient d’être soulevé par la détonation.
Il constate qu’en lieu et place de Vasiliás il ne reste désormais plus qu’un cratère.
L’espace d’une seconde, son visage démontre une certaine affliction à l’idée d’avoir perdu celui qu’il a considéré comme un frère durant tant d’années.
Lorsque Kassa choisit de quitter les lieux, Bian dissimule son chagrin par un sourire en coin.
Ensemble, sous le soleil couchant, ils disparaissent à une vitesse approchant celle de la lumière en direction de la baie…


Pendant ce temps, sur Yíaros, la nuit est tombée depuis longtemps déjà.
Pas assez vite pourtant selon Apodis. Signe que les journées lui semblent longues et interminables.
Tandis que les gardes et les autres Saints se promènent dans les villages de l’île afin de veiller que le couvre-feu soit respecté, Apodis se tient debout, sur la plage au Sud, les yeux rivés vers les étoiles, les bras le long du corps.
Son visage habituellement resplendissant de beauté et de confiance est défiguré par une profonde mélancolie.
Les bandelettes de papiers qui partent de ses mains et remontent jusqu’à ses coudes pour protéger ses avant-bras sont presque arrachées.
Sa tunique turquoise qui s’arrête à hauteur de ses cuisses et qui est ceinturée par une lanière de cuir au niveau de la taille est craquée de toute part.
Son pantalon couleur sable qui descend jusque dans ses spartiates ficelées autour des tibias est couvert de gravillons humides.
Son regard qui apporte d’ordinaire un élan de compassion relève depuis la mort des siens de la folie.
Enfin, dans son poing droit, il concentre tout son cosmos et fixe avec cruauté sa constellation protectrice, en direction de laquelle il décoche toute sa haine, en déclenchant son arcane le plus puissant : « Frantic Fury ! »
De son poing, tel un éclair, jaillit un Oiseau de Paradis qui fonce vers les cieux.
L’oiseau de rage disparaît dans l’atmosphère après avoir parcouru plus d’un millier de kilomètres.
En observant son effluve cosmique fondre dans les airs, sans parvenir jusqu’aux étoiles, Apodis s’effondre à genoux.
Il laisse son pantalon absorber l’eau du sable humidifié par le ressac des vagues dans l’indifférence la plus totale.
Celui qui encaisse à longueur de journée le déchirement des autres cède, une fois seul, à sa dépression.
Des larmes noient ses yeux sanguinaires.
Ils lui flouent la vue.
L’empêchant de distinguer de petits pas laissés sur le sol.
Il s’agit de traces de pieds.
Des pieds fins qui approchent du Saint de bronze.
Des pieds conduits par de longues jambes, en haut desquelles s’agitent au gré de la fine brise une robe couleur grenat par-dessous laquelle un short moulant cache l’intimité de l’intruse. Celle-ci se frotte les bras jusqu’en haut des épaules, là où se termine sa robe, afin de se réchauffer de la fraîcheur de la nuit tombée.
La brise monte et devient un vent plus violent.
Il balaie maintenant ses cheveux couleur taupe.
Des mèches s’agitent devant son masque à l’allure horrible.
Ces bourrasques résultent du cosmos d’Apodis.
Il ne cesse de croître.
De devenir sombre.
Lorsqu’il se redresse à nouveau, pour frapper en direction de sa constellation, son poing est saisi en plein mouvement par l’inconnue.
Tout en gardant son poing bloqué dans la paume de sa main, elle passe par-dessus lui et le propulse en direction de la mer.
Apodis, désarçonné, s’écrase la tête la première dans les vaguelettes.
Il en ressort aussitôt furieux, le poing en avant : « Toi ! Comment oses-tu ? »
La femme recoiffe les cheveux qui passent devant son masque sans répondre, laissant le temps à Apodis d’énoncer ses craintes : « Je me doutais bien qu’un des trois derniers Alcides profiterait que nous soyons seuls, nous autres chevaliers, pour nous attaquer par surprise ! Mais que cela vienne de toi Juventas, je ne l’aurai pas cru ! »
La belle Juventas avance jusqu’au bord de l’eau dans laquelle baigne encore Apodis sans rien dire.
Elle s’arrête dès que l’eau commence à lui caresser les pieds et lève la tête au ciel, pour observer la constellation de l’Oiseau de Paradis : « Il n’y a que les dieux qui peuvent frapper les étoiles. La seule chose que peut faire un homme, c’est les éteindre en éliminant le chevalier protégé par la constellation qui le représente. »
Morveux, Apodis peste : « Moi j’y arriverai, je les frapperai, je les anéantirai. »
Juventas marque un silence destiné à faire ressentir à Apodis l’incohérence de ses propos avant de reprendre.
_ « Pourquoi tant de haine envers tes étoiles ?
_ Car elles sont maudites. J’ai beau avoir prié face à elles, les avoir fait briller de mille feux en embrasant mon cosmos… Jamais… Jamais elles n’ont réalisé le seul v½u que je leur ai formulé, protéger ma famille quoi qu’il arrive. Elles ne méritent pas le nom d’étoiles protectrices ! »
Juventas, d’un air hébété, déclare : « Ah oui ? »
Elle passe ses mains derrière son dos et fait volte-face pour regagner le centre de la plage, là où se déroulent les constructions du port.
Sa désinvolture laisse Apodis revenir seul jusqu’au rivage en étant agacé : « Qu’entends-tu par-là ? »
La jeune femme poursuit sa route en l’ignorant.
Apodis est poussé dans ses derniers retranchements.
Sans réfléchir à la portée de son geste, il fonce sur elle le genou gauche en avant.
Celle-ci l’évite en pivotant sur le côté et lui décoche un violent coup de poing dans la tempe, à la vitesse de la lumière.
Apodis est sonné et peine à tenir sur ses jambes.
Juventas reprend enfin la parole tout en restant calme, voire moqueuse : « Combien de fois as-tu frôlé la mort chevalier ? »
Apodis se ressaisit et tente à nouveau de porter un coup de pied, au visage de l’Alcide.
Cette fois-ci elle le pare et profite que le Saint ne tienne que sur une jambe pour la lui balayer avec la sienne et le faire retomber lourdement sur le dos.
_ « Combien de fois as-tu perdu connaissance avant de reprendre courage ? De te relever ? D’attaquer et de gagner ? »
Furieux d’être à terre, Apodis se redresse aussitôt et décoche une droite, face à laquelle elle s’agenouille.
Elle riposte avec un uppercut qui le projette jusque dans les troncs d’arbres coupés qu’utilisent les ouvriers pour la reconstruction des embarcadères.
_ « Ta constellation ne t’a jamais abandonné sur le champ de bataille ! Elle t’a toujours rempli le c½ur de courage, toi, le chevalier qu’elle doit protéger ! Ne rejette pas la faute des autres sur ceux qui ne le méritent pas ! Ta constellation t’a toujours suivi, mais elle ne peut être maître du destin. C’est le destin qui a voulu que tu perdes ceux qui te sont chers. Alors cesse de croire que tu es le seul à avoir souffert de cette guerre ! »
Apodis jaillit depuis le tas de bois où il a été envoyé avec un regard furieux.
Les veines sur tout son corps ressortent et ses yeux rouges sont révulsés.
A force d’être contractés, l’ensemble de ses muscles gonfle, tandis que derrière lui l’effluve de sa cosmo énergie dessine un Oiseau de Paradis qui déploie ses ailes.
Maîtrisant le septième sens, Juventas ne parvient pourtant pas à discerner le mouvement d’Apodis qui apparaît face à elle à la vitesse de la lumière.
Elle ne comprend pas non plus à quel moment il a eu le temps de lui décocher un violent crochet du gauche en plein estomac, la forçant à s’affaisser sur le sable.
Le heurt de son pied en plein visage, résultant de l’enchaînement du chevalier, elle le voit venir lui.
Néanmoins, elle est trop affaiblie pour s’en protéger.
Elle est propulsée à son tour dans la mer.
Pris d’une folie assassine, Apodis se jette sur elle, avant qu’elle n’ait eu le temps de sortir de l’eau.
De l’échange de leurs assauts ne résulte qu’une immense vague qui les ramène sur la plage tous les deux.

Juventas est étendue sur le dos, sa robe à moitié arrachée, laissant sa poitrine presque visible.
Ses bras sont couverts d’hématomes.
Apodis se retrouve torse nu, le corps criblé d’égratignures.
Le premier à être debout n’est autre que le sanguinaire chevalier qui titube jusqu’à Juventas. Arrivé devant elle, il s’écroule finalement de fatigue. Sur le dos.
Ses yeux reprennent leur mélancolie habituelle.
Les battements de son c½ur se font moins rapides.
A cet instant, la mystérieuse Alcide, veuve d’Iphiclès, se redresse et observe son adversaire du soir : « Quelle que soit la colère que tu éprouves, tu ne peux en vouloir ni à ta constellation, ni à des innocents, ni à toi-même. »
Elle se penche sur le chevalier et lui caresse le visage avec sa main droite : « J’ai aussi perdu beaucoup dans cette bataille. Lorsque tu voudras en parler, n’oublie pas que je suis prête à t’écouter. Comme toi tu acceptes d’écouter les autres malgré le mal qui te ronge. »
L’Alcide des Juments de Diomède se relève enfin et ramasse plus loin, ses sandales qu’elle avait laissées pour profiter des grains de sable refroidis par la nuit.

C’est seulement une fois qu’elle a emprunté le détroit qui relie le port au reste de l’île, qu’Apodis se dégage enfin du sable humide.
Il reste assis à contempler les étoiles et plus particulièrement sa constellation.
Des larmes coulent encore le long de ses joues, toutefois un sourire sublime son visage : « Netsuai, ma tendre et chère, Sperarus, mon fils, Mujakis, ma précieuse mère… »

Au sommet des montagnes qui bordent le détroit dans lequel s’engage Juventas, le malicieux Philémon observe son camarade Apodis.
Ce petit brun aux cheveux hirsutes entend derrière lui des pas.
Sans se retourner, il reconnaît la présence de l’Alcide de la Biche de Cérynie à qui il a brisé le masque de femme chevalier et qui ne cesse de le harceler depuis : « Crois-tu que nos deux camps parviendront un jour à se lier d’amitié, comme c’était le cas par le passé ? »
Baucis rejoint Philémon et s’assied à côté de lui.
Sa voix étouffée par son masque de femme chevalier déclare : « Jamais de la vie ! Vous nous avez pris une chose qui ne peut être retirée à un être humain, la liberté ! »
Aucun des deux ne tournent sa tête vers l’autre.
Philémon, continue de frotter ses pieds nus dans l’herbe fraîche du haut de la montagne en souriant : « C’est dommage. Quand je vois Apodis et Juventas, je me dis que derrière la haine qui les lie, peuvent sommeiller deux personnalités en quête d’amour et d’amitié, afin de reconstruire ce qu’ils ont perdu. »
Baucis sert aussitôt le poing : « La seule chose que j’ai perdu, c’est ma fierté le jour où tu m’as brisé mon masque. »
Philémon sourit sans quitter des yeux Apodis : « Pff… Je ne parlais pas de nous Baucis… »
La demoiselle à peine vêtue et au physique gracieux grommelle dans son coin.
Rempli d’une profonde sympathie pour autrui, Philémon attrape les pieds de Baucis qui, surprise, n’a pas le temps de réagir : « Mais ?! Que fais-tu ?! »
Philémon défait les lanières de cuir des spartiates de la jeune femme qui se débat en silence afin de ne pas alerter Apodis.
Finalement, toujours sans la regarder, Philémon parvient à ses fins, il lui colle ses deux pieds nus sur l’herbe fraîche : « Tu m’as l’air sur les nerfs. Profite donc de cette verdure douce comme de la mousse, il n’y a rien de tel pour se relaxer. Fais comme moi. »
D’abord réticente, Baucis tapote d’abord ses pieds sur les touffes fraiches.
Puis elle les laisse figés dedans sans rien dire.
Enfin, au bout de quelques dizaines de secondes, elle les remue enfin.
Constamment les yeux rivés vers l’horizon, Philémon sourit bêtement, fier de l’acte d’amitié qu’il vient d’initier.
Quand tout à coup, il reçoit un violent coup de poing derrière le crâne.
Crédule, il se retourne vers Baucis qui ne le dévisage pas encore.
Celle-ci justifie son acte en annonçant : « C’est nul ! C’est peut-être doux mais ça ne me calme pas ! »
Un sourire encore plus grand que le précédent illumine le visage du jeune Grec qui comprend bien que Baucis le remercie à sa façon.
C’est d’ailleurs elle, qui finit par se retourner dans sa direction pour fixer ce visage de petit démon au sourire d’enfant.
Elle cramponne son masque de femme chevalier et déclare alors : « Bon…Puisque tu l’as vu, je n’ai plus besoin de te le cacher… »
Elle l’ôte et contemple l’horizon à ses côtés, sans même que celui-ci n’essaie de la dévisager.
Ils restent ainsi de longues minutes, en silence, ignorant la présence l’un de l’autre, jusqu’à ce que Philémon brise le tabou.
_ « Quand tu m’as rejoint en haut de la montagne tout à l’heure, était-ce pour me tuer ?
_ En effet, cependant je ne m’attendais pas à ce que tu ressentes ma présence. »
Philémon sourit et sans hausser une seule fois le ton, il déclare : « Merci de me prévenir. Au moins je continuerai d’être sur mes gardes. »
Baucis le regarde encore une fois et rigole elle aussi, avant de poser sa tête sur l’épaule à la peau mate du Grec…


A l’opposée de cette atmosphère bucolique, les gyrophares des secours de Nunavut approchent de plus en plus du lieu du massacre où règnent seuls un champ de poussière, avec au beau milieu une crevasse, ainsi qu’un silence de mort.
Presque tout le village d’Arviat a été décimée.
Les premiers médias sur place évoquent des défauts d’entretien des installations énergétiques par les services publics.
Pas d’autres explications possibles.
Que dire d’autre de toute manière.
Aucun témoin n’a survécu à cette catastrophe…

Aucun civil du moins.
Car une silhouette drapée et encapuchonnée sous un voile blanc approche du trou en arc de cercle qui domine ce chao.
Un courant d’air soulève la capuche.
Il dévoile des cheveux bruns attachés par quelques rubans violets.
Marquée d’un tatouage rose en forme de c½ur sous l’½il gauche, la belle Ksénia se laisse tomber dans le cratère.
Elle glisse sur les parois arrondies, avant d’achever sa descente au centre, à trois mètres de profondeurs.
Ses yeux sont rivés sur le sol, jusqu’à ce qu’elle sente un flocon de neige venu des cieux s’échouer sur sa pommette tatouée.
Elle dirige alors sa tête en direction du ciel pour admirer les autres flocons qui vont cacher cette terre de misère.
Elle laisse ces morceaux froids, doux comme du coton, lui couvrir le visage quelques instants, lorsqu’elle murmure enfin de sa voix suave marquée par un fort accent slave : « Maître… Votre plan est en marche… Le dieu Arès m’envoie comme son messager venir chercher son roi… »
L’Ange accorde son attention à la surface terreuse, dans laquelle elle plonge sa main.
Elle en extrait un corps souillé par la boue et le sang.
Elle détaille avec insistance l’homme inconscient.
Il est désormais nu après que ses vêtements aient été totalement arrachés par les nombreux assauts encaissés.
Passionnée par sa ferveur et ce qu’il représente dans les projets de son maître, elle constate : « Ton c½ur bat encore ! Tu as survécu à tout cela ! Alors mon maître avait raison. Tu es l’homme du destin, celui dont le sort est lié à celui de cette planète, toi le beau et brave Vasiliás. »

Délicatement, les yeux de Vasiliás, clignent.
Sans qu’il ait la force de les ouvrir, il reconnaît la voix de cette femme, qu’il a rencontré il y a près de dix ans.
Il n’a jamais oublié cette voix douce et cet accent : « Ksénia… Ksénia… C’est toi… J’espérais te retrouver depuis tant d’années… Suis-je mort ? M’accompagnes-tu aux portes de la mort, toi l’ange de mes rêves ? Ne me quitte pas… Je t’en prie… »
Ksénia porte dans ses bras le corps meurtri et prend appui au sol pour s’apprêter à bondir : « Tu me trouveras à ton réveil. Ne t’en fais pas. Je suis venue t’amener à ton dieu. L’heure de tenir ta promesse est venue. »

Les secours investissent enfin les lieux.
Certains sauveteurs ont sauté de leurs véhicules.
Ils se précipitent au pas de course jusqu’au cratère, en espérant y trouver des survivants.
Hélas, les plus proches peuvent uniquement constater s’élever dans les airs ce qui ressemble à un filet lumineux, une étoile provoquée par l’impulsion de Ksénia qui emporte loin d’ici l’inerte surhomme à l’étrange destinée.

58
Only for Love / Chapitre 30
« on: 2 June 2012 à 17h37 »
Chapitre 30

Sur la côte Sud d’Yíaros, les travaux de réfections du port sous la chaleur sont un calvaire si grand que la simple arrivée d’un bateau est une satisfaction bien grande.
En effet, elle annonce une coupure momentanée dans des efforts sous le sommet des températures estivales méditerranéennes.

Ici, le vaisseau dépose l’ancre sur le port.
Il décharge sa cargaison sur un des premiers pontons enfin rénové avec la Guerre Sainte qui vient d’opposer Athéniens et Hébéïens.
Le drapeau du Sanctuaire s’agite au gré du vent marin depuis le mat.

Présent à la réception de ce navire officiel, Apodis a recouvert son buste de son maillot et abandonné ses outils.
Premier ouvrier investit à la réfection de l’île afin de penser à autre chose que sa soif de vengeance après l’assassinat de son fils et de sa mère, il n’en demeure pas moins protocolaire.
Pour l’occasion, il fait appeler Anikeï et Carina à ses côtés pour accueillir les voyageurs.

Il s’agit là de marins venus du Port du Destin, en Crète, sur ordre du domaine sacré.
Ils viennent livrer armes et tenues de gardes, semblables à celles que portent les soldats du Sanctuaire, afin d’enrôler les Hébéïens dans la nouvelle milice de l’île qu’instruisent les Athéniens.
Un messager achève la lecture du papyrus sur lequel sont notées les directives du Grand Pope : « … et afin de poursuivre votre mission de rééducation de ce peuple insubordonné, j’exige que les Hébéïens, formés par nos soins pour devenir les nouveaux gardiens de cette île, portent désormais la tenue officielle du Sanctuaire d’Athéna. Tout homme, portant encore, dès réception de ces biens, la tunique marine et les protections azures de la garde hébéïenne sera jugé pour trahison… »
Bien que revanchard, Apodis n’en est pas moins troublé par cette insistance du Pope, à vouloir à tout prix étendre sa domination sur le monde.
Absorbé par la lecture de sa missive, il se remémore leur première rencontre…

Flashback
1979.
La victoire contre les Berserkers était désormais acquise.
Bien que les Saints d’or s’étaient confrontés dans le même temps aux Titans de Cronos, des Saints d’argent et de bronze pouvaient se targuer d’avoir protégé le Sanctuaire de la tentative d’invasion d’Arès.
Sa réincarnation ne disposait désormais plus d’aucune force armée.
Dorénavant, il ne présentait plus aucune menace.

En chemin pour le palais papal, Apodis suivait Orphée à travers les villages.
Ils remontaient jusqu’à Honkios sous les acclamations de la foule.
Apodis, surpris de cette gloire nouvelle, ne pouvait s’empêcher de rougir tout en saluant le peuple qui célébrait la victoire.
Sa victoire.
Car c’était bien de son combat qu’il s’agissait.
La bataille intérieure d’un enfant apeuré, rempli de doutes et de rêves brisés.
Une guerre que cet adolescent a remportée en déployant ses ailes et en s’affirmant tel qu’il était vraiment, un Saint d’Athéna.

Bien que le soleil ne fût pas encore levé et que la rosée matinale ne se soit pas dissipée, Apodis suait à grosses gouttes.
Il avait encore en lui le feu sacré qui brûle le c½ur des chevaliers lorsqu’ils embrasent leur cosmos.
Sous la lueur des torches des gardes qui les accompagnaient, ainsi que sous celles des villageois qui les observaient, Apodis découvrait avec stupeur l’amour que la populace pouvait consacrer aux héros lorsque celle-ci se jetait parfois à ses pieds pour les lui baiser.
Casque sous le bras droit, Apodis relevait humblement ces fervents admirateurs de chevaliers pour les remercier à son tour de la confiance qu’ils leurs témoignaient.
Cette humilité ne passa pas inaperçue d’Orphée qui appréciait la modestie de ce jeune homme.

Une fois arrivé devant les marches de la montée des douze maisons du zodiaque, le cortège d’admirateurs des Saints stoppa net sa progression.
Il regardait avec admiration grimper un à un les chevaliers et les mercenaires qui avaient participés à cette victoire.
Ils se dirigeaient en direction du Grand Pope.

Saga, usurpateur du trône du Grand Pope, pris sur lui de venir à la rencontre de ses hommes qu’il devinait épuisés après cette longue période de crise.
Accompagné d’une dizaine de gardes, il attendait paisiblement sur le perron de la demeure du Bélier.
Apodis observait avec émerveillement le style antique de ces marches qu’il parcourait.
Il s’amusait à remonter le temps depuis les âges mythologiques où il voyait les héros d’autrefois les emprunter eux aussi bien avant lui.
A mesure qu’il montait, la silhouette du Pope était de plus en plus facile à discerner et il découvrait pour la première fois de sa vie l’apparence de son souverain.
A quelques mètres de lui, Apodis sentit la main ferme d’Orphée le ralentir et lui murmurer : « N’avance plus d’un pas. Les Saints de bronze doivent être derrière les Saints d’argent. C’est nous autres qui allons au plus près de notre maître. Agenouille-toi à partir de là. C’est le protocole. »
Un protocole auquel le débutant en matière de procédures militaires se plia immédiatement.
Bien que fougueux, Apodis n’en étant pas moins un exemple, en termes de discipline.

Le représentant d’Athéna, debout dans sa grande toge blanche, le visage dissimulé sous un casque doré et un masque violet aux yeux rouge sang et la poitrine décoré par de grands colliers de perles, leva la main en direction d’un scribe qui l’accompagnait.
Ce dernier se tint prêt à rédiger les notes de l’entretien qui allait se dérouler.
De cet être quasi-divin, Apodis sentait un cosmos teinté d’or émaner.
Ce cosmos était bienfaisant et protecteur.
Saga engagea enfin la conversation : « Chevaliers ! Mercenaires ! Fidèles protecteurs d’Athéna ! Vous avez une fois de plus fait montre de votre bravoure et de votre ténacité au nom de l’amour, de la paix et de la justice sur cette planète, en suppléant nos Saints d’or, déjà en mission contre un danger tout aussi grand. Le peuple peut être fier de vous, je suis fier de vous et Athéna m’a confié qu’elle l’était également. Une fois de plus vous lui avez témoigné votre vaillance et votre fidélité. Maintenant, en son nom, je vais suivre vos détails de la bataille, en écoutant avec minuties les évènements de cette nuit… »
Sans attendre, Orphée, en tant que meneur des combattants de ce domaine, pris la parole comme l’attendaient les chevaliers qui l’accompagnaient.
Conditions physiques, appréhensions des forces en présence, angoisses du peuple, stratégies militaires, nombre exact des forces armées alliés et ennemies, armes utilisées, caporaux et sergents tombés au combat, avancés géographiques des lignes adverses, situations des remparts, conséquences d’une telle bataille sur le peuple, perte importante de soldats…
Tout y passa dans un phrasé révérencieux, avec clarté et franchise, sans hésitations ni fautes de prononciations.
Le scribe appréciait retranscrire de tels propos. C’était un délice d’écrire de telles paroles, sans avoir à trouver de meilleures tournures pour une lecture plus agréable.

Lorsqu’il s’agit enfin d’évoquer les conditions dans laquelle l’armée athénienne se trouvait, c’est-à-dire en sous-effectif pour couvrir la totalité du territoire après les pertes subies, Saga parut emprunté : « Il est toujours malheureux pour Athéna de perdre ses fils. Elle m’a laissé entendre, alors que je suivais la bataille avec elle, qu’elle a accompagné l’âme de chacun d’eux dans l’au-delà. »
Tout en restant inclinés au sol, les chevaliers s’échangèrent un regard de satisfaction suite à une telle annonce.

Le Grand Pope les remercia enfin : « Votre tenue à tous a été exemplaire. La bataille contre les Titans s’est achevée au même moment que la vôtre. Nos Saints d’or ont su en sortir victorieux. Sachez qu’Athéna vous honore tous, pour votre participation à cette nouvelle victoire et qu’elle vous bénie, vous et les vôtres, pour votre implication. Maintenant que cette Guerre Sainte est achevée, je vais veiller à ce que vous, ainsi que les familles des victimes, receviez une solde à la hauteur de vos mérites. Merci au nom de la déesse Athéna. »

L’ensemble des hommes releva les genoux, tout en gardant les yeux rivés au sol puis, sans tourner le dos à leur maître, ils descendirent chacun dix marches en arrière avant de se retourner, pour enfin quitter le Grand Pope.
Seul Orphée se tenait encore en vis-à-vis du souverain. Il appela Apodis qui commençait à descendre les marches : « Apodis ! Viens donc ici je te prie. »
Le Pope restait droit et impérial. Il avait toute confiance en Orphée et attendait sa requête.
_ « Votre Majesté, j’aimerai revenir sur la succession de Pajaros. En effet, l’armure de bronze de l’Oiseau de Paradis a immédiatement reconnu Apodis…
_ Certes, et je l’ai déjà félicité tout à l’heure il me semble !
_ Oui votre Majesté et, comme je vous l’ai souligné, l’apport d’Apodis dans cette bataille a été déterminant pour nous. Toutefois, j’ai remarqué qu’il ne savait pas réellement gérer son afflux cosmique, ni même se battre autrement qu’avec ses poings. Il est clair que seul face à un ennemi un peu plus puissant qu’un Berserker, il ne tiendrait pas une seconde. Comme moi, il renferme un grand talent de créateur et je me suis pris d’affection pour son art. Je sollicite donc votre bienveillance, afin que vous m’accordiez de renoncer à mon rôle de lieutenant et de me consacrer à l’éducation de ce chevalier.
_ Sois raisonnable chevalier de la Lyre. Tu es le plus puissant Saint d’argent. Te laisser abandonner ton rôle de lieutenant reviendrait à jeter les armes.
_ Avec tout mon respect Majesté, il est évident que si nous laissons un tel espoir de la chevalerie porter une armure sans rien connaître de notre monde il se fera massacrer et ne nous sera plus d’aucune utilité. Rares sont les armures qui acceptent aussi vite un successeur. Il a dû faire preuve d’une grande complicité avec elle pour qu’elle le revête. De plus les Saints d’argent que vous aviez envoyé en territoires ennemis reviennent dans quelques jours et valent autant que moi sur un champ de bataille. Ne m’obligez pas à vous supplier pour obtenir la bénédiction d’Athéna. »
Le Grand Pope resta quelques instants silencieux.
Son scribe était penché sur sa feuille et attendait avec impatience sa réponse.
_ « J’ai déjà évoqué avec toi l’avenir qu’Athéna te destine. Nous nous sommes mis en accord, pour te léguer le poste de Général en chef des armées. Sache que ton absence constituera un refus auprès d’Athéna. A la fin de l’initiation de ce jeune garçon, tu ne seras même pas certain de retrouver ton statut de lieutenant.
_ J’en suis conscient votre majesté et je suis convaincu qu’Athéna comprendra ma volonté de former un espoir de notre monde.
_ Bien ! Au regard de tous les succès que tu as accompli jusqu’ici, je te donne mon accord. »
Resté en retrait, Apodis remonte à vive allure jusqu’à Orphée et se courbe aussitôt une fois à sa hauteur pour effectuer une révérence face au Pope : « Je vous remercie majesté. Être élevé par un Saint aussi légendaire qu’Orphée est pour moi une gratification divine et je vous jure de devenir aussi fort que lui, pour vous faire honneur. »
Saga ne répondit rien, il leur tourna le dos et repris sa marche en direction de son palais.
Avant de disparaître dans l’ombre du temple du Bélier, sa voix résonna dans les airs à l’intention d’Apodis : « Ne te réjouis pas trop vite jeune Apodis, rien ne garantit ta vie sauve au cours de l’entraînement que tu vas endurer… »
Ces paroles firent froid dans le dos d’Apodis.
Son initiation allait commencer…
Flashback

Le fracas du déchargement d’une caisse sur le sol ramena Apodis à lui.
Tandis que la cargaison défile sous ses yeux, la requête du Pope rappelle à Apodis comme celui-ci peut être bon mais ferme.


A des milliers de kilomètres de là, au Canada, Kassa sort du nuage de poussière qui s’éparpille dans toute la ville d’Arviat.
Il maintient Bian en passant son bras au-dessus de son épaule.
Ils quittent le centre du combat et apparaissent aux yeux de tous les villageois et des secours.
Ils attendent les instructions pour engager leurs actions face à l’inconnu.
Ils viennent à la rencontre des deux hommes pour quérir des renseignements auprès de Kassa : « Une conduite de gaz a explosé. Je suis allé chercher mon ami Bian mais je n’ai rien pu faire pour sa compagne qui a été écrasée par les décombres… »
En entendant cela, bien qu’il souffre de la trahison de celle qu’il aime, Bian ne peut contenir son chagrin.
Les secours le font monter en compagnie de Kassa dans une ambulance pour lui prodiguer les premiers soins.
Kassa est rassuré lorsqu’il entend un secouriste dire à un autre : « Une conduite de gaz ?! C’est trop risqué, il faut attendre les autres renforts de la région de Nunavut. »
Le Marina ricane : « Parfait… Pas de risque que les contemporains ne s’engouffrent dans un combat qui dépasse leur entendement. Il ne me reste plus qu’à fuir avec Bian avant qu’il ne comprenne que je me suis fait passer pour Vasiliás afin de lui faire croire que son ami convoitait Dolly. »

Justement, sur les ruines de sa demeure, Vasiliás découvre la présence de Klok auprès des Ankoku Saints.
_ « Maître, comment avez-vous pu vous joindre aux chevaliers noirs ? C’est pourtant vous qui m’avez enseigné qu’il s’agit de soldats de la pire espèce, s’insurge-t-il !
_ Vasiliás, cette solution n’est pas celle que je privilégie le plus, mais le Grand Pope savait que pour mener à bien ton exécution, des hommes de ce rang seraient plus efficaces. Le Grand Pope leur a promis leur réhabilitation s’ils réussissent leur mission.
_ " Le Pope vous a demandé de veiller à ce que ces hommes mènent à bien leur mission ? Vous les avez aidés durant toutes ces années à retrouver ma trace ? "
_ Ce ne fut pas chose aisée. "
_ Je demandais juste à ce qu’on me laisse la paix. Je n’ai jamais voulu découvrir ce qu’était le Sanctuaire. On m’y a conduit de force. On ne peut pas me reprocher de m’être investi dans l’objet de mon rapt. Une fois là-bas j’ai joué le jeu, c’est le Sanctuaire qui n’a plu voulu de moi.
_ Tu as fui le Sanctuaire, tu sais ce que cela implique. La désertion est un des pires actes criminels !
_ J’ai fui car le jour où Aiolia a remporté son armure on a voulu me tuer. Je n’avais pas d’autre choix que de m’exiler pour ne pas vous causer du tort. Voilà aujourd’hui la récompense à mon geste !
_ Si cela est vrai alors ton intention est tout à fait louable, toutefois elle n’enlève rien aux accusations pour lesquelles tu dois répondre au sein du domaine sacré. Meurtre, violence et défiance envers les autorités.
_ Parce qu’établir une réelle justice au Sanctuaire et afficher ses ambitions pour le bienfait de cette planète est un crime désormais ?! »

Fatiguée par ce dialogue, l’abject guerrière noire de l’Ophiuchus et son acolyte du Lynx passent à l’attaque, l’un s’écartant sur la droite et l’autre sur la gauche de Vasiliás.
Les deux montagnes de muscles déclenchent en parfaite synchronisation leur arcane similaire : « Ankoku Claw ! »
Pris au milieu des Griffes du Mal, Vasiliás ne peut contrer.
Il se recroqueville et pose un genou sur le sol pour encaisser de plein fouet les arcanes en protégeant son torse, ses cuisses et son visage.
Le reste de son corps est désormais mutilé.
Lorsque Vasiliás se redresse pour riposter contre ces ennemis qui se tiennent sur son flanc, le Scorpion Noir surgit face à lui.
La jolie femme, aux cheveux d’un blanc aveuglant tend ses mains en avant.
De ses longs ongles à la couleur aussi pure que celle de ses cheveux, jaillissent des lignes de cosmos qui transpercent Vasiliás en autant de points que le Scorpion Noir a d’ongles : « Ankoku Needle ! »
L’exilé du Sanctuaire sent aussitôt dix impacts lui brûler la peau de l’intérieur, tandis que ses membres se tétanisent.
Les colossaux Lynx et Ophiuchus Noirs repassent à la charge en profitant de l’immobilisme de Vasiliás pour le marteler de leurs poings dans un corps à corps à sens unique.
Toujours debout bien qu’à peine conscient, Vasiliás sent ses sens le quitter petit à petit.
Le duo de chevaliers noirs s’écarte, pour laisser Ankoku Scorpius frapper de dix impacts nouveaux l’ancien prétendant à la Cloth du Lion : « Ankoku Needle ! »
Heurté de plein fouet par les Aiguilles du Mal, Vasiliás s’écroule sur le dos, les yeux flous, le corps engourdi.
Autour des vingt piqûres qui lui rongent son être, d’immenses tâches pourpres se développent et consument de secondes en secondes sa peau.
Fière d’elle, le Scorpion Noir déclare : « En plus de faire perdre tous ses sens à mon adversaire, les Aiguilles du Mal contaminent l’organisme de mes victimes, jusqu’à faire pourrir leurs corps, comme ceux des lépreux au pire de leur existence. »
Le Lynx Noir pose sa main sur l’épaule du Scorpion Noir pour la féliciter et commente : « Quelle terrible technique ! Tu prives d’abord tes victimes d’attaquer et de se protéger, avant de leur donner une mort lente et douloureuse. Un peu comme l’attaque d’Ankoku Pegasus, resté sur Death Queen Island. »

Néanmoins, le sourire qui dessine toute la satisfaction de la jeune femme sur son visage se change en grimace.
Elle se défait du soutien du Lynx Noir et se cramponne la tête en hurlant de douleur, ne réalisant même pas que Vasiliás se relève, en s’essuyant le filet de sang qui coule de sa bouche.

Son cosmos doré l’enveloppe de nouveau et resplendit davantage qu’au début de l’affrontement.
En observant la femme chevalier se maintenir le crâne entre ses mains, Vasiliás prononce calmement le nom de son arcane : « Devil Proposal. »

Personne ne comprend ce qui se passe.

L’onde énergétique de Vasiliás s’élance dans les airs.
Elle vient se confronter à celle du Gémeaux Noir resté en retrait jusqu’ici.
Les deux auras se maintiennent l’une de l’autre à égale distance jusqu’à ce que chacun d’eux décide de stopper ce cinéma pour passer aux choses sérieuses.
_ « Il semble que je sois le seul à avoir vu le filet de lumière dorée qui a traversé le cerveau du Scorpion Noir avant qu’elle ne s’élance vers toi, constate de sa voix caverneuse Ankoku Gemini.
_ Dans ce cas j’avais raison. Les autres chevaliers noirs disposent d’un cosmos équivalent à la moyenne des Saints d’argent, mais toi, tu as le niveau d’un chevalier d’or !
_ Exact ! J’ai été prétendant à l’armure d’or des Gémeaux et ai été vaincu de justesse il y a plus de quatorze ans.
_ Il y a quelque chose que je ne m’explique pas. Comment un être aussi puissant que toi, a pu accepter de rester prisonnier sur l’Ile de la Mort sous les ordres d’un être inférieur à lui ?
_ La sagesse et la patience sont deux qualités qui sont miennes. Je savais que tôt au tard le Grand Pope changerait d’avis quant à nos conditions. Lorsque notre maître Jango nous a appris que le gardien de l’île, Guilty, nous confiait la mission de t’éliminer, j’ai réuni auprès de moi le Scorpion Noir, le Lynx Noir et l’Ophiuchus Noir. Nous étions les quatre Seigneurs Noirs, c’est-à-dire les généraux de l’armée des ombres. En prenant sous notre aile les Ankoku Saints de la Licorne, de l’Aigle, de la Lyre et du Sagittaire nous étions parés à t’éliminer. Nous avons confié nos rôles de Seigneurs Noirs à quatre autres chevaliers restés sur l’île. Nous avons abandonné notre commandement uniquement pour obtenir notre délivrance, ainsi que celle de nos frères d’arme. Nous sommes prêts à tout pour réussir cette mission de haute importance et nous ne craignons pas la mort. »
En entendant cela, Vasiliás fait craquer les os de ses poings et se moque : « Vous ne craignez pas la mort ?! Tiens donc ! Regarde plutôt ce que le Scorpion Noir pense de la mort. La Proposition du Diable lui présente ce qu’est l’enfer, le véritable enfer, pas celui où vous croyez être prisonniers. »

Effectivement, la jeune femme est hagarde.
Son regard est vide.
Elle ne se sent même pas perdre tout contrôle sur son corps.
Elle bave.
Son visage d’ordinaire si joli est crispé de folie.
Elle s’arrache par poignées ses longs cheveux blancs tout en se griffant le visage.
Les paroles du Lynx Noir et de l’Ophiuchus Noir ne lui parviennent pas.
Ils sont incapables de l’empêcher de se défigurer.
Prise d’une crise de nerfs, elle les repousse violemment avant de se cramponner la tête.
Elle comprime tellement son crâne avec la force de ses mains qu’on peut entendre ses os se craqueler.
Son calvaire s’achève lorsqu’elle met elle-même fin à ses jours en se transperçant le thorax avec ses poings.

Le Lynx Noir et l’Ophiuchus Noir sont sous le choc.
Vasiliás jubile en pointant du doigt le Gémeaux Noir : « Le Devil Proposal n’est rien d’autre qu’un roi fantôme qui s’invite dans ton esprit et te fait visiter le monde d’Hadès, en simulant les souffrances que t’apporte chaque prison. Vu le temps qu’elle a tenu, le Scorpion Noir venait d’achever la découverte du sort qu’aurait pu lui réserver la seconde prison… »

Ne faisant pas de sentiment, le Lynx Noir se lance contre Vasiliás en ajoutant : « Dommage pour elle, elle n’a pas pu découvrir tous les maléfices du monde d’Hadès, avant d’y goutter réellement. Mais moi je sais déjà que tu vas la rejoindre ! Ankoku Claw ! »
Vasiliás a le temps de décomposer chaque mouvement du Lynx Noir, tout en puisant en lui toutes les forces dont il dispose.
Il prend une profonde inspiration et embrase si fort sa cosmo énergie que le poison de l’Aiguille du Mal se dissout.
Ayant retrouvé ses pleins moyens et la vitesse de la lumière, Vasiliás va à la rencontre du Lynx qui est surpris par une telle vélocité.
Devancé, le géant ne peut esquiver le poing chargé de cosmos : « Heart Break Canon ! »
Un immense lion venu des airs grâce à ses ailes d’ange transperce la poitrine du lynx qui bondissait.
La Cloth en morceaux, le Lynx Noir s’échoue lamentablement au sol, avec un trou béant à la place du buste.
Sa compagne, l’Ophiuchus Noir recule de quelques pas et commence à trembler.
Le professeur de Vasiliás, profite que l’attention de son ancien disciple soit focalisée sur l’hideuse guerrière pour concentrer sa cosmo énergie à son paroxysme, tout comme le fait derrière lui le Gémeaux Noir.

Au moment de foncer sur sa proie, le lion se ravise en observant le ciel s’assombrir au-dessus de leurs têtes.
Il regarde d’abord en direction du Saint de bronze de l’Horloge.
Toutefois, il comprend que le danger ne vient pas du Néerlandais.
Dans le dos de ce dernier, de l’ombre crée par le heaume du Gémeaux Noir qui dissimule son visage, s’échappent les ténèbres.
Encore plus apeurée par son comparse que par Vasiliás, l’Ophiuchus Noir réalise un bond magistral pour sortir par les airs du nuage de cendre et fuir ce qui va se produire…


Pendant ce temps, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, à l’ombre sous les tonnelles des commerçants du domaine, Aiolia profite de sa permission pour faire le marché.
Le soleil est lourd en ce mois de juillet et le Lion sourit en voyant quelques enfants bousculer les clients de certains stands en se courant après munis de grands seaux d’eau.
A l’aide d’un panier en osier, il se ravitaille en charcuterie, en pain et en fruits.
Il a noué sur son dos deux jarres de vin et tire une charrette sur laquelle est ajustée un tonneau d’eau fraîche qu’il est allé chercher au préalable à la rivière.
Il écoute les villageois rapporter les dernières nouvelles qui leur sont parvenus d’Yíaros et ressassent à nouveau la mort de Naïra qui était fort appréciée ici.
Aiolia repense donc à cette nuit qu’il a passé avec elle, juste avant qu’elle ne parte en mission. Il espérait oublier à ses côtés la déception de sa rupture avec Marin et se voyait déjà construire une relation plus stable…

Soudain, son attention se focalise sur un homme dont l’allure ne lui est pas inconnue.
Habillé d’un simple maillot noir et d’un pantalon, l’homme en question n’est autre que Deathmask qui se mêle à la foule pour garnir lui aussi ses paniers.
Un petit bouc qu’il s’est laissé pousser sur le bout du menton et ses vieilles frusques sur le dos le font passer incognito.
Aiolia qui ne le porte pas plus que lui dans son c½ur, vient tout de même à la rencontre de celui qui veille sur la quatrième maison du zodiaque.
N’aimant pas afficher son statut de Saint d’or au peuple, le Lion aborde à voix basse le Cancer : « Deathmask qui se joint au bas peuple ! »
Le Masque de Mort répond aussi sèchement qu’il a été abordé : « Aiolia ! Même lorsque je suis en permission, il faut que je sois obligé de te savoir près de moi. »
Aiolia maintient un ton ferme et inspecte le panier de son homologue, rempli de vêtements pour femme et de nourriture : « Ne t’inquiète pas, je ne te dérange pas plus longtemps. Je m’étonnais juste que tu fasses toi-même tes achats ! Et pour plusieurs apparemment vu le nombre de garnitures dont tu t’approvisionnes ! Sans négliger ces étoffes dont tu t’accommodes ! Habituellement on dit que tu paies des gardes, pour qu’ils fassent tes courses, tandis que tu attends sur les marches de la maison de Mû. Le cruel chevalier serait-il amoureux ? »
Ne sachant que répondre, l’Italien lâche : « Va te faire voir Aiolia ! »
Le Grec observe son pair poursuivre discrètement ses courses et fait de même…

Plus loin, plus haut, dans la quatrième maison du zodiaque, une femme attend.
Accroupie sur le sol, couverte des vêtements de son maître, trop larges pour elle, Lilith nettoie le sol en marbre de la demeure du Cancer.
Elle s’affaire à effacer les nombreuses traces de pas maintenant qu’elle a fini de débarrasser la poussière qui couvre le vétuste mobilier.

Depuis le mois de mars, la maison du Cancer reprend vie.
Du moins dans la chambrette du temple, puisque Lilith a interdiction d’en sortir.
Le linge sent meilleur.
Les quelques couverts et ustensiles de cuisines sont propres.
Et même des éclats de rire animent la demeure.
Lilith a repris du poids.
Sa santé s’est améliorée.
Bien entendu, mentalement, elle demeure très choquée du traitement que le Pope et son maître lui ont réservé.
Alors qu’elle est toujours soumise, sa cordialité vis-à-vis de Deathmask lui permet d’être considérée par celui-ci comme un être humain.
Ils se surprennent même à s’amuser ensemble et à partager des instants d’intimité non forcés.
Elle l’embrasse même.
Elle a su lui apprendre le sens affectif de cet échange et s’étonne même parfois que ce soit lui qui vienne trouver ses lèvres.
Aujourd’hui qu’elle est seule, elle espère terminer de nettoyer cette petite pièce de fond en comble afin de gagner la sympathie de son maître pour le restant de la journée.
Cela s’annonce pourtant bien difficile lorsque celui-ci, fâché par les propos d’Aiolia, revient en claquant l’épaisse porte en bois de la chambrette.
_ « Un mal vous ronge-t-il Maître, s’hasarde-t-elle à lui demander ?
_ Il ne s’agit pas d’un mal. Il s’agit plutôt d’un sentiment nouveau, étrange et agréable.
_ Alors pourquoi tant de colère dans vos gestes ?
_ Pourquoi restes-tu ici, lui répond-il par une question en levant sur elle des yeux furieux ? Pourquoi est-ce que tu ne fuis pas lorsque je m’absente ? Tu tiens pourtant avec toi un vécu qui pourrait être préjudiciable pour le Pope et pour moi. Tu pourrais te venger de ce que nous t’avons fait subir !
_ La vengeance n’apaise pas la douleur. »
Celui qu’on surnomme Masque de Mort avance à vive allure vers elle et lui saisit violemment le poignet.
Il la dirige en dehors de la chambre et la jette sur le sol de son temple, maculé de visages hurlant de souffrance.
Le chevalier d’or crie : « Elle n’apaise peut-être pas entièrement la douleur mais elle y contribue ! »
Elle se relève en se passant les mains partout sur son corps, éc½urée par ces visages contre lesquels son chétif corps s’est écrasé.
Malheureuse témoin de la violence de son bourreau qui n’avait pas fait montre d’une telle agressivité depuis des mois, il lui tire les cheveux afin d’orienter son regard vers deux visages en particulier parmi ceux qui tapissent les murs.
_ « Aujourd’hui Cancro et Lilith ornent les murs de ma maison de leurs masques de mort. Ce sont eux qui m’ont élevé et voilà ce que je leur ai fait ! Alors qu’attends-tu d’un monstre comme moi ?! Pourquoi ne cherches-tu pas à quitter cette demeure quand je m’en absente ?!
_ Parce que vous ne me feriez jamais ça, car je suis bonne avec vous et que j’ai su lire dans votre c½ur. Ces gens-là vous battaient et vous violaient. La plus grande victime ici ce n’est pas moi, ce n’est pas eux, tous ces visages. C’est vous. Vous êtes devenus ce que Lilith, votre tante, et Cancro, votre oncle, voulaient que vous deveniez.
_ Tu délires ! Je suis un homme sans c½ur !
_ C’est impossible ! Un homme sans c½ur n’aurait pas pu devenir Saint d’Athéna. Le jour où vous avez vaincu Cancro et êtes devenu chevalier, vous avez senti vos forces se décupler. Cela ne venait pas de votre détermination, cela venait d’Athéna. C’est elle qui a reconnu en vous votre volonté de vous battre pour un monde meilleur. »
L’Italien lâche sa prise et attend qu’elle se retourne vers lui pour poursuivre sa discussion. Son regard implore la douce demoiselle de lui apporter le réconfort au fond de son âme.
_ « Et tu espères me faire devenir meilleur, moi aussi, avec ces belles paroles ?
_ Je suis prête à tout pour vous prouver mon dévouement.
_ Je ne peux te croire. Comment pourrais-tu aimer un homme comme moi ? »
La belle esclave aux cheveux lilas s’avance, le visage en avant, jusqu’à Deathmask qui recule. Il est acculé jusqu’à l’une des nombreuses colonnes de son palais zodiacal et rougit subitement.
Son c½ur cogne si fort, qu’on peut l’entendre résonner dans l’immense demeure vide.
Ses yeux fuient ceux de Lilith qui colle sa frêle poitrine contre son torse.
Intimidé par cette Lilith avenante, Deathmask se sent perdre le contrôle, au milieu de ce lieu cauchemardesque qu’est son temple.
L’ancienne prêtresse d’Athéna répond enfin à la précédente question de son maître : « Je peux aimer un homme comme vous, en m’efforçant de comprendre les raisons qui le poussent à agir, maintenant que j’ai vécu la même chose que lui. »
Elle dépose enfin ses lèvres contre les siennes qui restent figées.
Les rôles sont inversés, à mesure qu’elle lui baise le cou et que ses mains parcourent son corps, Lilith domine le fier Sicilien qui se sent violé.
Oui, il sent qu’elle lui vole quelque chose, elle le lui arrache même.
Il s’agit de cette horreur, ce dégoût qu’il a envers lui-même.
Celui d’être un monstre.
Elle ose se dénuder dans ce lieu sordide, se donner dans cette atmosphère lugubre, afin de partager avec lui ses démons, pire, les lui arracher et se les approprier.
Cela ne dure que quelques minutes qui semblent être pour le Cancer une éternité…

Lorsqu’elle a terminé, Lilith défait le maillot bouloché du torse de Deathmask.
Elle le lui emprunte et le porte comme si elle porte avec lui ses crimes, absorbée qu’elle est par la compassion qu’elle éprouve pour son bourreau.
Ses pieds nus avancent dans la sombre demeure et écrasent à mesure qu’elle poursuit sa route les visages des victimes du Saint, en cachant du mieux qu’elle peut l’aversion qu’elle éprouve.
Masque de Mort reste le crâne collé en arrière, contre le pilier, les yeux fermés, essayant de retenir ses larmes qui annoncent des sanglots bien plus prononcés.
Le chemin de Lilith la conduit jusqu’au milieu du palais où deux lumières scintillent, celle de la sortie sur le flanc droit de la maison, en direction du passage secret, et celle de la direction vers la maison du Lion.
Elle fait alors volte-face, en faisant tournoyer son talon droit, sur le crâne d’un enfant fixé au sol et scrute la troisième et dernière lueur qui est celle de l’entrée du temple.
D’un pas calme mais résolu, elle s’y rend, laissant doucement ses yeux s’habituer à la puissance solaire, tandis que son front commence à luire en raison de la chaleur estivale qui règne dehors.

Arrivée sur le perron de la demeure, son visage part de gauche et tourne délicatement jusqu’à sa droite, pour contempler avec joie le ciel bleu, le soleil ardent, le temple des Gémeaux mais aussi et surtout l’horizon que représente Honkios et ses habitants qui depuis le lieu où elle se trouve ne sont que de simples points minuscules.
A mesure qu’elle respire cet air doux, elle écarte les bras, laissant ainsi le soleil pénétrer sa peau devenue blafarde après six mois d’enfermement.
Deathmask apparaît derrière elle, les yeux encore humides et le sourire timide.
_ « Je ne sais pas quoi te dire…
_ J’ai compris vos maux et je les partagerai avec vous tout le restant de la vie que vous voudrez bien m’accorder s’il le faut. Je vous aime.
_ Donc tout ce que je ressens et qui me fait désormais mieux apprécier la vie se résume à ce mot ? Amour ?
_ Non. Ce n’est pas l’amour. Dans notre cas il s’agit d’un amour beaucoup plus grand que l’amour !
_ Alors dans ce cas sache que je t’aime. »


Pendant ce temps, au Canada, à l’extérieur du rideau de poussière, alors que les portes du véhicule dans lequel Bian et Kassa reçoivent des soins se referment, une jeune femme aux cheveux gris métallisé et habillée d’une jolie robe noire débarque toute catastrophée : « Bian ! Bian ! Que s’est-il passé ? »
Bien qu’heureux de retrouver sa s½ur, Bian ne peut sourire tant son visage est lacéré.
Il s’assure qu’ils sont seuls pour lui murmurer : « Vasiliás… Le Sanctuaire… Ils l’ont retrouvé… »
Paniquée pour l’homme de sa vie, Ariel se cramponne aussitôt la poitrine de douleur.
_ « Où… Où est-il ?
_ Il est resté dans l’explosion pour retenir nos ennemis et nous permettre de fuir. Nous devons quitter le pays grande s½ur. »
Ariel tourne instantanément le dos à son frère et s’apprête à partir à l’intérieur du nuage en déclarant : « Je ne partirai jamais sans Vasiliás… »
Kassa indique du regard à Bian les éclairs venus du ciel obscur et invoqués par le Gémeaux Noir.
Ces éclairs frappent le sol à quelques mètres d’eux.
Kassa espère ainsi le presser davantage.
Ne sachant comment retenir sa s½ur, Bian n’a pas d’autres choix, il lui évoque l’erreur de Vasiliás en s’égosillant : « Il nous a trompés ! Je l’ai trouvé juste avant la destruction de la maison, dans vos draps en compagnie de Dolly… »
Ariel stoppe aussitôt sa course et se retourne la mine affectée en direction de Bian qui peut s’imaginer toute l’affliction de sa s½ur : « Je suis désolé. »
Le visage d’Ariel se crispe de colère.
Elle s’en prend de manière surprenante à son frère : « Tu mens ! Tu dis ça car tu es faible et parce que tu as peur de mourir en te battant à ses côtés ! »
Aveuglée par l’amour, elle blesse davantage son cadet et s’engouffre dans la fumée dans laquelle les secouristes n’osent pas encore approcher.
Kassa soupire discrètement de soulagement : « Un problème en moins à régler… »

Au sein du cumulus, Vasiliás remarque que depuis le ciel orageux s’approche en direction des Gémeaux une comète.
Vasiliás réalise la catastrophe imminente et interpelle Klok qui ne se doute de rien : « Maître ! Attention ! »
Au même instant, Vasiliás entend les pas d’Ariel et sa voix douce et inquiète dans son dos : « Vasiliás ? Où es-tu ? Réponds je t’en prie… »
Masquée par le nuage de débris, la frêle Canadienne progresse à tâtons sans soupçonner l’ampleur des cosmos qui se confrontent.
Le Gémeaux lève les bras en l’air pour accueillir la comète dans ses mains.
Au contact de son cosmos, la masse rocheuse crée une déflagration que Klok n’a pas le temps de remarquer, il disparaît aussitôt aspiré par le souffle : « Ankoku Comet ! »
Vasiliás se retourne trop tard, il a à peine le temps d’hurler de désespoir à destination d’Ariel que le chaos ravage tout autour de lui.
Son corps est soulevé.
Ses vêtements sont arrachés.
Son visage est déformé par l’angoisse et l’impuissance : « Ariel… Maître… Non ! »
Instantanément, une rafale dissipe la poussière.
Elle désintègre les bâtiments et les personnes qui se trouvent dedans.
Soit la quasi-totalité d’Arviat…

Voyant l’onde énergétique s’approcher d’eux, Kassa accroît sa cosmo énergie pour protéger Bian.
L’ambulance est soufflée sur des dizaines de mètres.
Cahoté à l’intérieur, Bian hurle de désespoir le nom de sa s½ur, déjà réduite en milliards de particules…

59
Only for Love / Chapitre 29
« on: 30 April 2012 à 11h36 »
Chapitre 29

A l’extérieur de la petite bourgade d’Arviat, au Canada, dans la région de Nunavut, sur une route enneigée déserte, un homme atterrit depuis les airs jusqu’au parterre givré.
Il s’écrase la tête la première, le corps tuméfié et le visage ensanglanté.
Il rampe difficilement, en regardant derrière lui comme pour fuir l’animal féroce, responsable de son calvaire.
Celui-ci ne tarde pas à dévoiler son identité.
Un homme corpulent qui devance sept de ses semblables, aux cheveux longs et quasis étouffés par un casque noir, muni en son sommet d’une corne acérée, s’avance jusque sa victime.
Il est couvert d’une armure noire qui copie au détail l’armure de bronze de la Licorne et qui couvre ses vêtements sombres.
En se frottant sa grosse moustache il écrase du pied un contemporain vêtu d’un costume noir arraché.
_ « Est-ce bien ici que vit ton patron, lui réclame Ankoku Monoceros ?
_ Je vous l’ai déjà dit, notre directeur est très discret sur sa vie privée. La seule adresse que nous avons dans nos fichiers, est celle-ci, s’apitoie l’employé de bureau. »
Le chevalier noir de la Licorne lève les yeux en direction d’un homme recouvert d’une version ténébreuse de l’armure d’or des Gémeaux : « Ankoku Gemini, as-tu encore besoin de lui ? »
Le visage dissimulé sous son heaume, le Gémeaux maléfique répond d’une voix venue d’outre-tombe : « Non. N’oublions pas que nous devons rester discrets pour accomplir cette mission. Personne ne doit être capable d’identifier des chevaliers, qu’ils soient d’Athéna ou d’un autre dieu. Il en va de notre réhabilitation auprès du Sanctuaire. »
Comprenant très peu les propos de son chef, la Licorne Noire se gratte derrière la tête, secouant ainsi ses longues bouclettes qui tombent de son casque. Il regarde enfin sa victime et lui sourit bêtement : « Je n’ai pas tout compris à ce que raconte notre chef. J’ai seulement retenu qu’il fallait en finir avec toi. Alors… »
Sans même finir sa phrase, il soulève son énorme pied, qu’il abat sur le crâne du salarié de l’entreprise familiale de Vasiliás…
Observant cette scène macabre, les sept autres Ankoku Saints restent de marbre.
La Licorne, le Lynx, la Lyre, l’Aigle, l’Ophiuchus, le Sagittaire, le Scorpion et les Gémeaux… En un grondement de tonnerre, ils se dispersent aussitôt à l’orée de la ville…


Pendant ce temps, sous la Méditerranée, loin dessous les abysses, Kanon, couvert de sa Scale orangée et dorée, le visage à peine discernable sous son heaume, sort du temple dans lequel il a élu domicile en compagnie de ses pairs.
Reculé à quelques kilomètres du temple de Poséidon, établi au beau milieu d’un village d’une centaine d’habitations où résident les soldats et leurs familles, le temple des Généraux a été érigé il y a des millénaires et sert de poste de commandement aux plus puissants guerriers de Poséidon.
Aux alentours, vivent les descendants d’une poignée d’humains désignés par Poséidon à l’époque du grand déluge. Depuis la nuit des temps, ces fidèles consacrent leur temps à la perfection de ce qu’ils entreprennent. Entraînement et éveil au cosmos, prières et entretiens des cultes de leur dieu, créations d’armures et d’armes, pêche et culture d’algues dans les lagons qui se trouvent au milieu des récifs coralliens qui dominent le décor.

Derrière Kanon, le cliquetis métallique d’une Scale contre les dalles rocheuses blanches se fait entendre. Sans se retourner, Kanon reconnaît à sa cosmo énergie et au froid qui s’en dégage le Finlandais Isaac.
Arrive ensuite Io, le nouveau venu qui s’entraîne à des kilomètres de là, près du pilier du Pacifique Sud sur lequel il doit veiller, tandis que Krishna surplombe le reste des Généraux depuis une colline qui domine le village.
Thétis bondit de roches en roches, pour enfin venir se prosterner devant ses supérieurs, tandis que Kassa arrive par là où sont apparus Kanon et Isaac en ricanant. Légèrement voûté vers l’avant, le Portugais constate : « L’équipe est presque au complet n’est-ce pas ? »
Le meneur des hommes de Poséidon lui répond d’une voix grondante : « Effectivement, seul Sorrento n’est pas encore au Sanctuaire sous-marin. Il a pour mission de veiller sur la réincarnation de notre majesté, en attendant que celui-ci décide de mener nos troupes à la surface. Aujourd’hui va être un grand jour, le Cheval des Mers, notre dernier semblable, va enfin nous rejoindre. Sa Scale s’est éveillée aujourd’hui, preuve qu’il a été reconnu comme nous tous.  Kassa observe cet homme depuis des mois et s’en est fait un ami à qui il transmet la passion de Poséidon… »
Le Général des Lymnades frotte sa joue blafarde avec ses longs ongles en affichant un sourire ravi.
_ « Dragon des Mers, si la Scale du Cheval des Mers a réagi, c’est qu’elle reconnaît définitivement Bian comme étant prêt à la porter.
_ « Exactement. Il est temps que tu mettes ton plan à exécution. Détache-le de cet homme au puissant cosmos qui l’accompagne et ouvre-lui les yeux sur sa destinée. »


A la surface, au Sanctuaire d’Athéna, à Noioso, un village du Sud, rares sont les animations qui permettent de se distraire.
Dans cette zone du Sanctuaire, où la population est surtout composée de vieillards, d’esclaves affranchis et d’apprentis chevaliers ou soldats devenus infirmes, le lieutenant Arachné, Saint d’argent de la Tarentule s’ennuie à mourir.
Les tavernes sont délabrées, à peine fréquentées, et les femmes qu’il y trouve sont toutes des veuves de soldats ou des femmes insatisfaites de leurs époux invalides.
La jeunesse prometteuse de cette contrée du domaine sacré fuit pour gagner Honkios, au Centre, ainsi que les villages de l’Ouest et de l’Est où le travail se trouve plus facilement.

Seule une beauté subsiste dans cette zone. Courtisée par Arachné et ses soldats, elle élève seule son fils dont personne ne connaît le géniteur.
C’est dans son village de Noioso que cette fleur vit au milieu d’une terre aride.
Dans un logis aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, au sol argileux et au mobilier monté avec des matériaux récupérés des fermes avoisinantes, vit cette vénusté aux grands yeux océan et aux longs cheveux roux.
Sa peau blanche et son allure frêle lui donnent un aspect angélique. Ses petits pieds nus avancent gracieusement jusqu’à sa couche, faite de paille et couverte d’une épaisse étoffe. Elle défait sa toge blanche, afin de libérer son corps de ses vêtements qui couvrent sa petite poitrine et son intimité.
Myrrha, de son prénom, fixe avec émotion un bel homme au corps d’athlète, aux cheveux bleus teintés de reflets verts, étendu dans le plus simple appareil sur ce lit de fortune.
Ses doigts délicats viennent lui caresser ses pectoraux et dévalent délicatement ses abdominaux d’acier. L’homme au grain de beauté sous son ½il gauche, considéré comme étant le plus beau du Sanctuaire, laisse s’allonger contre lui la jeune femme…


Au Canada, à proximité des calottes glaciaires, sur la baie de Baffin, Bian s’essaie à nouveau à son arcane meurtrier.
Son Souffle Divin arrache la banquise et provoque un grondement retentissant partout dans les environs.
Cette manifestation de cosmo énergie, ne passe pas inaperçue auprès de cet homme, portant une version masculine de l’armure d’argent de l’Aigle. Cette copie sombre forme sur le corps de ce chevalier noir une cuirasse à l’apparence épaisse faisant souffrir de la comparaison son corps rachitique.
Ses yeux de rapace s’accommodent à merveille à son visage creusé où quelques mèches rosées de sa chevelure hirsute passent par-dessus son diadème orné d’un aigle au beau milieu du front.

L’Aigle Noir bondit de roches en roches en écartant dans les airs ses bras, tel un volatile arborant son plumage.
Il arrive rapidement sur les rives gelées de la baie et découvre le Canadien aux cheveux grisonnant qu’est Bian.
L’autochtone reconnaît par le physique de cet intrus ce que Vasiliás lui a toujours décrit comme étant un chevalier : « Qui es-tu chevalier ? »
D’une voix aigüe, l’Ankoku Saint ne daigne même pas répondre et présente directement ses intentions : « Vasiliás, sur ordre du Grand Pope, je suis venu t’exécuter. »
L’ami de l’Américain, comprend immédiatement que le Sanctuaire a retrouvé sa trace. Se gardant bien de dévoiler son identité, Bian se fait passer pour son camarade.
Le futur Marinas, ne réagit pas par la parole à l’annonce faite par le maléfique guerrier, il privilégie l’action.
À une vitesse surpassant celle du son, Bian surgit devant la menace que représente le guerrier à l’allure chétive et s’en défait sans perdre de temps : « God Breath ! »
En déployant ses bras devant son adversaire, Bian déclenche un souffle surpuissant qui l’emporte à plus de dix mètres du sol et le déchiquette.
L’Ankoku Saint retombe sur la banquise, face contre sol, la Cloth en morceaux et la chair en lambeau.
Bian sourit devant le cadavre et semble satisfait de sa technique : « J’ai réussi à le vaincre sans déclencher mon attaque à pleine puissance ! »
A cela, un timbre grave résonne dans l’atmosphère qui se déchire devant le Canadien pour laisser apparaître le Gémeaux Noir : « Très bien… Dans ce cas tu vas pouvoir nous faire la démonstration de tous tes talents. »
Bian lève alors les yeux et fait le tour de lui-même, pour remarquer qu’il est maintenant cerné par les sept camarades de sa victime.
Pourtant cela ne l’effraie pas, Vasiliás lui a déjà évoqué la légende des chevaliers noirs, ces renégats ayant échoués à l’accession d’une armure et ayant endossé les armures du mal à des fins personnelles.
Il se met en garde immédiatement et fixe le visage ombragé du Gémeaux Noir dont les deux faces du heaume représentent le malin contrairement à celui de la Cloth dont il est inspiré.
Durant de longues secondes, il reste ainsi, sans trembler, à écouter les rires alentours de ces sept adversaires jusqu’à ce que, soudain, la glace se brise sous ses pieds.

Agile, le futur Général exécute un saut périlleux prodigieux et atterrit sur le bloc de glace le plus proche.
De sous l’eau glaciale, apparaît l’origine de ce fracas.
Un homme grand et fin arbore un sourire en coin. Ses cheveux longs, du même bleu marin que ses vêtements, tombent jusqu’au sol. Il se montre vêtu d’une armure qui n’est en rien semblable à celle de ses acolytes.
Celle-ci marine et grise métallisée présente un éclat bien moins apocalyptique. D’ailleurs, cette distinction fait de lui le meneur de cette troupe.

Bian examine la Cloth du nouvel arrivant : « D’une grande luminosité, elle couvre uniquement les zones vitales de son porteur et non l’entièreté de son corps, pour lui laisser une liberté de mouvement essentiel à l’exécution de ses missions… Voici donc un chevalier de bronze ! »
Toutefois, ses pensées le tracassent, Vasiliás lui a pourtant certifié que les chevaliers d’Athéna et les chevaliers noirs étaient ennemis, alors que là le Saint de bronze n’est en rien hostile à eux.
Le Gémeaux Noir apporte plus de précision à ses interrogations : « Devons-nous te laisser l’honneur d’achever toi-même ton disciple, Klok Saint de bronze de l’Horloge ? Ou bien pouvons-nous venger nous-même la mort d’Ankoku Aquila ? »
A cette annonce, Bian comprend enfin que cet homme n’est autre que le Néerlandais qui a instruit Vasiliás lorsqu’il arriva au Sanctuaire.
Klok pose sa main gauche sur sa hanche et déclare : « Ce n’est pas Vasiliás ! »
Du haut d’un glacier, une magnifique jeune femme aux cheveux d’un blanc éclatant et portant une version féminine et sombre de l’armure d’or du Scorpion intervient.
_ « Cet homme a tué notre camarade en une fraction de seconde. Alors s’il n’est pas celui que nous devons exécuter, qui est-il ?
_ Je n’en sais rien Ankoku Scorpius, déplore Klok, mais il n’a pas sourcillé lorsque Ankoku Aquila l’a confondu avec Vasiliás. Il doit le connaître.
_ Peu importe, s’il s’est battu contre l’Aigle Noir, c’est qu’il a l’intention de protéger Vasiliás jusqu’à la mort. Il ne parlera pas, il ne nous est donc d’aucune utilité, décrète Ankoku Gemini. »
Une seconde jeune femme, plus imposante physiquement que le Scorpion Noir, grande et dotée d’une musculature aussi remarquable que celle de Docrates, le visage maculé de cicatrices immondes, habillée d’une copie ébène de l’armure de Shaina intervient alors.
En se déplaçant d’une vivacité encore plus grande que celle de Bian contre l’Aigle Noir, elle arrive au-dessus de lui et abat ses deux mains aux ongles longs et sales dans sa direction : « Ankoku Claw ! »
Les Griffes du Mal déchirent les vêtements de Bian et lacèrent sa peau, tout en faisant voler en éclat l’iceberg, sur lequel il a précédemment atterri.

Torse nu, ne portant plus son pantalon que comme un short, Bian essaie de ne pas sombrer dans l’eau glaciale, tandis qu’un nouveau Saint noir s’élance dans les airs au-dessus du point d’impact, pour suppléer la femme bodybuildée.
Il porte la sombre imitation de l’armure de bronze du Lynx. Tout aussi athlétique que l’Ophiucus Noir, il abat de la même façon qu’elle ses bras en direction du Canadien en mauvaise posture : « Ankoku Claw ! »
Bian reçoit de nouveau les Griffes du Mal qui découpent l’espace d’une seconde l’écume en de fins cubes d’eau et entaille plus profondément sa chair.
Bian coule au fond de l’eau.
Ne remonte alors à la surface que son hémoglobine qui drape la surface aquatique.

Le Lynx Noir se réceptionne juste à côté de l’Ophiucus Noir.
Il l’embrasse aussitôt à pleine bouche afin de partager avec elle cette victoire que ce surprenant couple vient de remporter.

Pendant ce temps, la dernière femme composant l’équipe des chevaliers noirs, protégée par une Cloth noire et féminisée de la Lyre, approche du cadavre de l’Aigle Noir. Bien qu’elle ait le crâne rasé, cela n’altère en rien à sa beauté renforcée par l’expression mélancolique qui noie ses yeux de chagrins : « Ankoku Aquila espérait plus que tout revenir en grâce aux yeux du Pope en accomplissant cette mission… »
Ankoku Gemini ajoute : « Il est vrai que sur les conseils de Jango et suite aux ordres de Guilty, j’ai abandonné mon poste de Seigneur Noir laissé au Pégase Noir et ait débauché les meilleurs d’entre vous pour être reconnu aux yeux du Grand Pope, en acceptant d’accompagner Klok le chevalier de bronze de l’Horloge. Klok nous a averti du danger que représente Vasiliás mais ayant moi-même, ainsi que certains d’entre vous, le niveau d’un chevalier d’or et après avoir suivi l’entraînement du Sanctuaire pour acquérir ces Cloths, je ne pensais pas qu’il faudrait se méfier autant de notre ennemi. »
Klok ne les rassure en rien : « En effet, cet homme disposait d’un fort potentiel, mais celui-ci n’est rien par rapport à celui de Vasiliás. Je dois avouer que faire équipe avec des chevaliers noirs ne me ravit absolument pas. Cependant les ordres du Pope sont clairs et s’il faut demander de l’aide à des renégats, plus puissants qu’un simple chevalier de bronze comme moi, pour exécuter un autre rebelle, qu’il en soit ainsi. Connaissant les capacités de Vasiliás et sachant donc qu’il nous donnera du fil à retordre, je suis ainsi tout aussi déçu que vous par la perte de votre homme. »
Ankoku Gemini lève son bras gauche vers le ciel et claque des doigts pour conclure cet entretien.
A cet instant, tous disparaissent et partent à nouveau à la recherche de Vasiliás…

Enfin seul, Bian jaillit de la nappe d’hémoglobine qui pollue la baie.
Meurtri, il s’agrippe à la banquise pour espérer s’extirper avant de mourir gelé s’il ne succombe pas avant à ses blessures…


Au même moment, sous la Méditerranée, loin dessous les abysses, le Dragon des Mers observe les coraux scintiller.
Eloigné du temple de Poséidon et de ses appartements, Kanon admire le décor maritime somptueux.
Ses pieds, chaussés de sa Scale, piétinent les nombreuses marres d’eau salée qui forment sur les roches rongées par le sel, un parterre aux formes creusées de façon inégale.
Voici maintenant douze ans qu’il vit en ce lieu.
Pourtant, malgré tous les endroits merveilleux qui lui ont été donnés de voir, qu’il s’agisse de l’île d’Yíaros ou du Sanctuaire d’Athéna, Kanon n’a de cesse d’apprécier les paysages naturels et l’architecture antique des temples du monde sous-marin.

Son état d’extase cesse lorsque soudain des rires d’enfants viennent jusqu’à lui.
Il reconnaît les exclamations de plusieurs gamins, garçons et filles, vêtus de vêtements traditionnels de la Grèce antique, comme au Sanctuaire d’Athéna, se courant les uns après les autres en spartiates ou pieds nus.
L’attroupement se rapproche du Marina et stoppe net devant lui.
Le Général, le visage ombragé par son heaume, se tient droit sans rien dire.
Les jeunes amis reculent d’un pas tremblotant en raclant leurs gorges.
La voix grave du régent du royaume en l’absence de Poséidon finit par engager la conversation : « Que faites-vous si loin de la citée ? »
Ces enfants de soldats ne savent quoi répondre.
Kanon ôte alors son casque, libérant ainsi son opulente chevelure bleu foncé et présente son visage dur aux sourcils froncés. Pourtant son ton est conciliant : « Il est interdit à quiconque n’appartenant pas à l’armée de sa Majesté Poséidon, de quitter la citée. Les vastes étendues où nous nous trouvons sont des zones d’entraînement pour les Marinas. Je ne veux plus vous voir ici. »
Les enfants hochent la tête et passent derrière Kanon, encore plus vite qu’ils ne sont arrivés jusqu’à lui, pour rentrer chez eux.

De nouveau seul, le Grec soupire. Puis, il s’adresse étrangement à un immense rocher, sur lequel tombe un filet d’eau depuis le plafond et coule comme une fontaine, une fois arrivé sur le sol : « Nous sommes enfin seuls. »
Encapuchonné, un mystérieux intrus sort de derrière le roc.
Le voile blanc qui le couvre entièrement descend jusqu’au sol humide et flotte dans les flaques.
Kanon sourit sournoisement et balance son casque sur l’intrus.
Celui-ci est correctement saisi par les bras fins, et les doigts délicats aux longs ongles, parfaitement manucurés, dévoilant ainsi un peu plus son identité.
Son mouvement écarte son manteau et présente sous celui-ci une tenue contemporaine.
Elle habille de façon sensuelle une jolie jeune femme brune, aux cheveux coiffés de quelques rubans violets et aux yeux topaze qui n’est autre que Ksénia.
Ses lèvres pulpeuses maquillées aux couleurs de ses ornements capillaires s’entrouvrent pour laisser son magnifique accent slave envoûter l’homme à l’allure impénétrable : « Je te trouve bien clément envers de simples enfants pour un homme qui complote contre les dieux. »
Elle lui renvoie son casque qu’il réceptionne en répondant : « Tu l’as dit toi-même, ce ne sont que des enfants. »
Le Marina garde son heaume sous le bras tandis qu’elle s’approche par petits pas avec un déhanché gracieux jusqu’à lui : « Tu dois être comblé désormais, ton armée va être complète. »
Elle arrive jusqu’à lui et dépose ses mains en appui sur sa cuirasse, à hauteur de l’abdomen. Ensorcelé par la beauté de celle, qu’il ne rencontre pas pour la première fois, Kanon reste plongé dans son regard : « Je vais en effet réunir auprès de moi tous les Généraux des Mers. Cependant les générations passent et le nombre d’humains fidèles à Poséidon et résidants en son royaume sous-marin s’amenuise. Aujourd’hui je déplore un nombre d’à peine cent soldats, au niveau plutôt lamentable, à peine aussi élevé qu’un Saint de bronze d’Athéna pour les plus talentueux. Le reste du peuple est composé de femmes et d’enfants encore trop jeunes pour manier les armes. »

Elle approche avec sensualité jusqu’au visage de Kanon, en se levant sur la pointe des pieds. Ses lèvres frôlent les joues du bel homme et glissent dans son cou, jusqu’à son oreille gauche dans laquelle elle susurre : « Crains-tu donc pour tes chances de succès ? »
Kanon agrippe brusquement la vénusté par les épaules, comme s’il voulait garder le dessus dans ce jeu de séduction et affiche spontanément un visage machiavélique : « Absolument pas ! Toutefois je ne tiens pas à ce qu’en une bataille nous puissions perdre trop d’hommes. »
Ksénia se défait de l’étreinte du Grec, en mouvant ses épaules comme pour lui faire remarquer que cette prise brutale n’est pas convenable.
_ « Allons, n’as-tu pas pensé à d’autres solutions que de te lancer dans une lutte sans merci contre Athéna ?
_ J’ai déjà imaginé me servir de dieux mineurs, auprès desquels j’aurai vendu la cause de Poséidon, en leur promettant de participer au partage de la Terre. Malheureusement, mon frère s’est montré bien plus intelligent que je ne l’aurai cru. Son emprise sur le Sanctuaire s’est soldée par un rappel de force des positions athéniennes dans le monde auprès de ces dits dieux.
_ Sous-traiter la guerre contre le Sanctuaire est une très bonne idée et je comprends que tu sois ennuyé par la prise de pouvoir athénienne par Saga. Néanmoins, il reste parmi les dieux, le plus puissant dieu nordique qui dispose d’une armée presque comparable au statut des douze Saints d’or et des sept Généraux des Mers.
_ Tu fais très certainement allusion au dieu Odin et à ses Guerriers Divins. Pourtant tu omets la fidélité de la famille de Polaris envers Athéna. Représentante d’Odin sur Terre depuis des millénaires, la famille de Polaris a toujours présenté un visage pacifique.
_ Il manque seulement à Hilda de bonnes raisons et un allié convaincant. Un élément déclencheur en quelque sorte. Asgard n’est pas le seul royaume du grand nord. Heureusement pour toi, je nourris quelques relations privilégiées avec Alexer de Blue Graad. A Blue Graad, le fils de l’empereur Piotr entretient de fortes ambitions de conquête. Seul il est faible mais avec les guerriers d’Odin à ses côtés, il pourra mener cette Guerre Sainte qui se révèlera être une catastrophe pour le monde.
_ Effectivement, une Guerre Sainte impliquant l’absence de prières d’Hilda provoquerait la fonte des glaces aux pôles. La terre se retrouverait sous les eaux et la planète sans autres protecteurs que Poséidon après une guerre dévastatrice entre les royaumes du grand nord et le Sanctuaire. Je pourrai alors dominer le monde au nom de Poséidon, tout en gardant à ma botte mes Marinas. »

Convaincue que son plan est infaillible, Ksénia se mordille sensuellement les lèvres en s’imaginant déjà victorieuse : « Exactement. Il ne me reste plus qu’à convaincre Alexer de s’allier à Hilda. »
Elle tourne presque aussitôt ses talons aiguilles pour prendre congés de Kanon, lorsque celui-ci la retient par le bras et la tire jusqu’à lui.
D’un ½il soupçonneux, il lui demande alors : « Ksénia, Ksénia, Ksénia… Qui es-tu donc réellement ? Depuis ma prise de fonction au sein de l’armée de Poséidon, tu t’es toujours montrée être d’excellent conseil. Tu dissimules un cosmos infiniment grand et tu profites de la vie, sur cette planète au milieu des hommes, alors que tu complotes contre eux. »
Ksénia affiche une mine friponne et un sourire magnifique qui s’accorde à ravir avec son tatouage rose présent sous son ½il gauche. Elle déclare simplement : « Je ne suis que le messager de mon maître. Une entité dont tu ne peux même pas imaginer l’existence et pour qui la domination de Poséidon sur Terre serait d’une grande utilité, que cela soit de la volonté du dieu lui-même, ou bien de celle de l’humain qui le manipule. »
Intrigué par cette jeune femme dont le nom signifie en grec, langue maternelle du jumeau de Saga, « étrangère », il essaie de lui prendre un baiser en se précipitant sur ses lèvres pulpeuses. Celle dont l’élégance frôle la perfection, recule légèrement son visage pour le distancer de celui du Marina qui se retrouve bien penaud une fois à bout de course.
C’est lorsque celui-ci constate qu’il se retrouve bêtement dans une position défavorable, qu’elle en profite pour venir lui déposer un tendre baiser sur le coin des lèvres.

La sensation de ce bref échange est si agréable que Kanon lâche instinctivement sa prise et libère le bras de Ksénia.
_ « Où vas-tu à présent ? A Blue Graad, trouver Alexer ?
_ J’ai à faire avant cela mais ne t’en fais pas, je te tiendrai informé de l’évolution de mon projet pour le grand nord. »
L’intrigante demoiselle quitte enfin le monde sous-marin en disparaissant sous la forme d’un mirage dont l’image transparaît jusqu’à se dissiper totalement au gré du vent…


Au Canada, à quelques kilomètres de là où Bian a été laissé pour mort, dans la chambre impeccablement rangée de Vasiliás, des exclamations de plaisir sont à peine contenues.
Sur le valet de chambre, est impeccablement posé son costume blanc.
De sous les draps du lit positionné au milieu de la pièce, les retrouvailles entre Vasiliás et Ariel pourraient paraitre passionnées.
Pourtant, ce n’est pas la s½ur de Bian qui en sort mais Dolly, sa petite amie.
Sa frange et ses longs cheveux blonds sont totalement défaits.
Elle pose sa tête sur le torse magnifiquement dessiné du discret homme d’affaires.
Ne prononçant pas un mot, il passe sa main sous le fin tissu qui les couvre de leur totale nudité et caresse sa belle poitrine rebondie.
Dolly apprécie grandement que Vasiliás ait enfin remarqué sa présence : « Si tu savais à quel point j’attendais ce moment. »
D’un ton blasé et inhabituel, Vasiliás s’étonne : « Ce n’était donc pas un moment d’égarement ? Et depuis tout ce temps tu étais avec Bian sans même l’aimer ? »
Sans qu’elle ne le remarque, Vasiliás se met à sourire perfidement en entendant des pas résonner dans le chalet…
En effet, une main couverte de sang ouvre délicatement et avec difficulté la porte de chambre.
De concert, Dolly répond à Vasiliás : « Bian est bien gentil, il est drôle et attentionné mais il n’a pas ta beauté et ton charisme qui font de toi un homme par… »
La vénusté n’a pas le temps de finir sa phrase, que déjà Bian surgit dans la pièce où il s’effondre, défiguré, noyant la moquette de son sang.

Souffrant mille morts dans ce corps mutilé, Bian sent maintenant son c½ur se déchirer, en découvrant son meilleur ami, son mentor, son frère, profiter du corps aux formes parfaites de sa petite amie.
Au plasma coulant de ses joues, se mêlent ses larmes qui lui rongent sa peau écorchée.
Il vient de surmonter la mort qui lui tendait les bras, pour protéger son ami et le prévenir du danger qui le guette, la surprise de le voir dans cette position, n’en est que plus insupportable.
Confuse, Dolly se recroqueville dans la couverture tandis que Vasiliás se met aussitôt debout, affichant sans complexes son physique gracieux et son intimité : « Bian… Mon ami… Ecoute… Je… »
Il s’approche petit à petit de lui, en constatant l’état physique inquiétant de ce dernier : « Mais… Qu’est-ce que… »
Puisant dans ce qui lui reste de forces, Bian décoche une puissante droite en pleine mâchoire de Vasiliás qui part s’écraser dans le mur proche duquel sont déposés ses vêtements.
Les jambes flageolantes, il déclare enfin : « Le Sanctuaire… Il t’a retrouvé… »
Vasiliás se défait du plâtre et de la brique dans lesquels il est encastré et ramasse ses vêtements. Il attend que Bian détourne son attention de lui pour sourire machiavéliquement.
Dolly approche à son tour Bian en masquant son corps de déesse avec le tissu de soie sous lequel elle vient de passer d’agréables moments : « Bian… Mon amour… »
Bian ne pose même pas les yeux dans sa direction, il se recroqueville dans un coin de la pièce : « Rhabille-toi et dégage d’ici ! »

Vasiliás finit d’enfiler sa veste avec une étonnante décontraction.
Il prend son temps avant de s’approcher de Bian pour examiner ses plaies mais celui-ci le rejette. Il le pointe du doigt et ouvre la bouche pour le congédier : « … »
Inopinément, une immense secousse empêche Bian de prononcer le moindre mot.
La maison est soufflée.
La bâtisse s’écroule sur le trio pris par surprise…


Pendant ce temps, sur Yíaros, à l’Ouest de l’île, près des montagnes qui bordent la côte, Philémon atteint les corps de fermes les plus reculés.
Il patrouille afin de veiller à ce qu’aucun habitant ne projette clandestinement de fuir la cité, ou d’y préparer un mauvais coup.
Poli, aimable et charitable, il assiste même les braves gens à traire leurs animaux, ou à soulever des ballots de paille.
Aussi, il préfère porter sa tenue d’entraînement plutôt que son armure, afin de paraître plus abordable pour les Hébéïens.

Après quelques heures, durant lesquelles il a travaillé la terre, le petit Grec quitte une famille de cultivateurs. Il les salue en faisant de grands signes de bras, souriant et affichant dans ses grands yeux bleus une profonde sympathie.

Sur le chemin du retour, après avoir défait son plastron au métal rouillé, il ôte son maillot noir sous laquelle il est torse nu et replie ses bas de pantalons pour laisser ses mollets à l’air libre.
Il s’assied sous un arbre, à l’ombre, et arrache une brindille qu’il met à sa bouche avant de s’allonger dans l’herbe touffue en espérant s’y reposer avant de rentrer.
Enfin, tout en restant couché, il demande à voix haute : « Quand comptes-tu me lâcher ? »
Philémon ouvre seulement son ½il gauche par lequel passe une longue cicatrice qui part de son front et s’achève à sa joue.
Il observe en haut de l’arbre sous lequel il se repose, la silhouette d’une femme aux courbes généreuses.
Désormais découverte, celle-ci se laisse tomber du haut des branches.
L’intruse atterrit sur ses pieds devant le chevalier aux cheveux bruns hirsutes.
Baucis Alcide la Biche de Cérynie passe ses longs cheveux lilas derrière son dos et prononce d’un air froid : « Crois-tu que ces bonnes actions auprès du peuple servent à te racheter à leurs yeux ? »
D’une voix tout à fait amicale, le chevalier du Lièvre rectifie : « Me racheter ? N’oublie pas que la coupable dans cette Guerre Sainte c’est Hébé. C’est elle qui a déclaré les hostilités, en attaquant le Sanctuaire. Je trouve juste dommage que son peuple en pâtisse. Mais j’imagine que cela n’est pas la réelle cause de ta présence à mes côtés Baucis ?! »
Habillée d’un court bustier grenat qui cache à peine sa poitrine sur-volumineuse et d’un short de la même couleur qui couvre presque ses fesses rebondies, la pulpeuse guerrière enlève son masque de femme chevalier : « Evidemment ! »
Philémon relève son buste et la dévisage avec insistance : « La fois où j’ai brisé ton masque, ton visage était maculé de sang, je n’avais pu admirer ta beauté. »
L’Alcide rougit mais n’en décolère pas pour autant.
_ « Tu sais qu’il faudra que je prenne ta vie tôt ou tard, alors pourquoi ne pas rester sur tes gardes ?
_ Parce que m’attaquer dans un tel contexte serait du suicide pour ton peuple. La population s’est rendue et le grand prêtre Acis qui la représente, a ratifié un traité de paix avec nos chevaliers d’or. Tuer un chevalier de bronze, alors qu’il est désormais un des magistrats de cette île, reviendrait à entacher ce traité et conduire au massacre les tiens. Ce n’est pas ce que tu veux et ce n’est pas ce que je veux non plus… »
Philémon s’assit les jambes croisées et achève sa phrase : « … De plus, rien ne dit que tu parviendrais à gagner contre moi, vu que lors de notre combat j’avais nettement l’avantage ! »
En entendant ces mots, le sang de Baucis ne fait qu’un tour et la voici qu’elle se jette sur le Saint qui malgré, son mètre cinquante-huit arbore une musculature impressionnante.
Il ne réagit pas et se laisse plaquer au sol tandis qu’elle prend son élan, le poing serré.
Elle abat son poing juste à côté du visage de Philémon, lui éraflant la joue et creusant un cratère dans lequel il tombe tous les deux, elle sur lui, lui toujours couché sur le dos et arborant un sourire enfantin, malgré les griffures sur son visage.
Baucis est enragée : « Qu’est-ce qui te fait rire ? »
Le Grec se retient l’espace d’une minute et plonge ses yeux bleus dans ceux de Baucis qui sont d’une couleur tout à fait semblable : « C’est la première fois qu’une femme aussi belle est allongée sur moi ! »
La Biche de Cérynie se dégage illico et part réajuster son masque, en dressant à nouveau avec rage son poing : « Comme les vôtres, nos armures sont vivantes. La mienne a nécessité énormément de mon sang et repose dans sa Pandora Box. Lorsqu’elle sera enfin régénérée je te donnerai la mort. »
Philémon continue de sourire et murmure en la voyant partir : « Pour revenir d’elle-même à la vie sans la faire réparer par un alchimiste, une armure met énormément de temps malgré le sang et sa Pandora Box. J’ai encore le temps de m’y préparer… »


Ce 22 juillet 1985, au Canada, la région de Nunavut est ébranlée.
Le sol tremble toujours dans la ville d’Arviat.
Après l’explosion qui a fait écrouler la maison où se trouvent Vasiliás, Bian et Dolly, à l’intérieur de l’immense nuage de fumée, provoqué par la chute des décombres, les Saints Noirs se camouflent des regards indiscrets du voisinage.
Les badauds tardent à sortir constater les dégâts dont il ne s’explique pas l’origine.

De sous les gravats, ressort Bian plus mort que vif, aidé par l’arrivée inopinée de Kassa : « J’ai été alerté par l’arrivée dans le secteur de cosmo énergies hostiles. Nous devons nous enfuir. »
Quelques mèches de cheveux s’échappent de sous une poutre en bois et alertent Bian : « Attends, Dolly est là-dessous… »
L’éloignant de toutes ses forces, Kassa le convainc d’abandonner sa vaine tentative.
_ « Elle est morte Bian. Il faut t’enfuir maintenant.
_ Et Vasiliás ?! »

Concomitamment, la voiture de Vasiliás regagne ce qu’il reste de son domicile et s’engage dans le nuage de cendre.
La portière s’ouvre, pour laisser apparaître la mine inquiète de l’ancien prétendant à l’armure d’or du Lion : « Mais qu’est-ce que… »
Vasiliás n’a pas le temps d’achever sa phrase que déjà, sous l’impulsion d’un cosmos ennemi, son véhicule vole en morceaux et laisse retomber au sol une carcasse métallique calcinée : « Te voilà enfin ! Il aura fallu suivre ton ami que nous avions laissé pour mort, afin que nous puissions mettre la main sur toi ! »
Dans le dos du Gémeaux Noir les silhouettes de ses six acolytes se dessinent.
_ « Mon ami ?! Qu’avez-vous fait à Bian ?! Où est-il ?! Comment se fait-il que des chevaliers noirs soient à ma recherche ?! »
Pointant du doigt sa proie, pour convaincre ses pairs de passer à l’attaque, Ankoku Gemini lance les hostilités en s’exclamant : « C’est le Sanctuaire qui nous envoie ! »
Les six compagnons d’arme du Gémeaux Noir chargent immédiatement Vasiliás qui essuie chacun des coups sans broncher.
Il est repoussé à quelques mètres en arrière, un peu plus loin dans le nuage de poussière et atterri jusqu’à Bian et Kassa.

Vasiliás remarque la présence de son ami et est ravi de le retrouver en vie : « Bian ! Comme je me suis inquiété pour toi. L’espace d’une seconde j’ai cru que… »
D’un ton rancunier, Bian le coupe en pointant du doigt le cadavre de Dolly : « Ça t’aurait bien arrangé, n’est-ce pas ? En tout cas je découvre ta vraie nature, tu t’es enfui de l’écroulement sans même chercher à la sauver. »
Vasiliás découvre la dépouille dépourvue de vêtement. Il apparait bien crédule : « Dolly ?! Mais comment est-ce possible ?! »
Resté en retrait, le sourire aux lèvres, Kassa feint d’être inquiet : « Nous devons fuir. Aussi puissant puisses-tu être Vasiliás, ces hommes sont trop nombreux pour que nous puissions en venir à bout. »
Ne parvenant pas à comprendre la ranc½ur de son ami, Vasiliás se veut bienveillant : « Tu as raison, vous allez pouvoir fuir. Moi je les retiendrai pendant que vous les sèmerez, car si je viens avec vous, ils ne vous laisseront pas repartir. Pars jusqu’au dispensaire retrouver Ariel et quitte le pays. »
Bian se défait de l’aide que lui apporte Kassa et serre le poing : « Comment peux-tu te soucier du sort d’Ariel, avec ce que tu viens de nous faire ?! Cependant, malgré tout, je ne t’abandonnerai pas, nous allons combattre ensemble, uniquement par respect pour tout ce que tu m’as appris. »
Vasiliás reste penaud : « Je ne comprends toujours pas ce que tu me reproches ? Quoi qu’il en soit je t’en conjure, quitte ce lieu. Tu es trop marqué pour résister à leur offensive. Kassa va assurer votre retraite. N’est-ce pas ? »
Kassa, satisfait de la confusion qu’il a créée entre Vasiliás et Bian, le rassure d’un hochement de tête et guide Bian…

Sa veste maintenant déchirée, Vasiliás la retire en même temps que sa cravate.
Il remonte les manches de sa chemise tout en fixant d’un regard froid l’approche de ses adversaires.
Sa chemise toujours ajustée dans son pantalon maintenant poussiéreux, il ferme les yeux pour faire le vide dans son esprit et accroît sa cosmo énergie dont l’effluve dessine derrière son signe zodiacal.

Devant lui, la troupe d’assassins avance en ligne.
Au beau milieu d’eux, juste à côté du Gémeaux Noir, le Sagittaire Noir sort son arc et pointe sa flèche maléfique en direction de Vasiliás.
Sans que Vasiliás ne rouvre les yeux, le Sagittaire Noir est pris d’un inopiné malaise.
En effet, son corps se raidit de plus en plus et des plumes d’ange venues des cieux pleuvent au-dessus de lui.
L’homme de grande taille et chauve, bouge avec difficulté sa mâchoire pour interpeller son chef : « Gémeaux Noir… J’ai… Je… »
Le Gémeaux Noir se retourne en direction de son subordonné qui ne peut désormais plus avancer.
Il lit dans ses petits yeux vert pomme, une immense crainte et comprend que Vasiliás est vraiment un être exceptionnel.
Devinant l’assaut imminent de l’Américain, il sonne la charge : « Chevaliers Noirs, à l’attaque ! »
Les cinq autres chevaliers noirs s’élancent. Au même instant Vasiliás rouvre les yeux et prononce le nom de son arcane dévastateur : « Byakûjin ! »
Les Plumes Célestes ayant déjà plu et jonchant le sol s’élèvent alors vers les cieux.
De concert avec celles qui tombent encore du ciel, elles transpercent ainsi toute la surface du corps du Sagittaire Noir.
Il demeure ainsi maintenu dans les airs par les milliers d’heurts qui le pilonnent.
Quelques secondes d’extrêmes douleurs.
Quelques secondes qui lui semblent être une éternité.
Quelques secondes durant lesquelles la douleur est si atroce que son c½ur ne parvient plus à l’encaisser.
Quelques secondes au bout desquelles Ankoku Sagittarius s’écroule en rendant son dernier souffle.
Cependant, la tornade de plume ne cesse pas pour autant.
Elle part à la poursuite des assaillants de Vasiliás.
Elle se sépare en deux.
Après avoir massacrée dans la verticalité Ankoku Sagittarius, elle se scinde en deux rafales qui traversent l’horizon.
Ainsi, elles perforent les poitrines des chevaliers noirs de la Licorne et de la Lyre.

Interdits, les trois autres Ankoku Saints stoppent leurs courses.

Le corps sans vie de la Licorne Noir tombe aux pieds de Vasiliás. Ses longs cheveux bouclés couleur cassis flottent dans le vent.
Celui de la Lyre est réceptionné par l’Américain.
En prenant la femme décédée dans ses bras, il remarque à quel point cette femme au crâne rasé était belle.
Néanmoins autre chose l’intrigue.

Freiné dans sa cours, le Lynx Noir remarque la gêne de Vasiliás et lui demande : « Est-ce le fait de tuer une femme qui te met dans cet état ? » 
Vasiliás lève les yeux vers son interlocuteur et répond froidement : « Qui que soit l’adversaire d’un roi, il doit subir sa sentence sans traitement de faveur. Non, ce qui me gêne, c’est l’odeur que porte cette femme sur son corps. Elle porte la même odeur que la Licorne Noir qui gît à mes pieds. La même odeur que vous portez tous. Celle de mon maître. Klok Saint de bronze de l’Horloge. »

La voix du susnommé retentit aussitôt dans l’atmosphère : « Tes sens sont toujours aussi aguerris mon cher disciple. »
Le chevalier de bronze aux longs cheveux bleus apparaît derrière Ankoku Gemini…
 

Loin de là, au Sud du Sanctuaire d’Athéna, dans la chaumière de Myrrha dans le village de Noioso, des sanglots alertent la jeune femme et son amant.
L’homme au corps de rêve se redresse immédiatement et s’avance jusqu’à un berceau situé à l’opposé du logis.
Myrrha observe sa démarche et reste admirative devant ses fesses fermes et musclées : « Tu es toujours aussi beau Aphrodite ! »
Le Saint d’or du Poisson affiche un large sourire de satisfaction après ce compliment et attrape en chemin sa cape, qu’il tire puis enroule autour de sa taille, libérant ainsi l’armure d’or qu’il avait volontairement couverte, pour ne pas trop illuminer les lieux et réveiller l’enfant qui s’agite.
Aphrodite arrive devant le couffin et tend sa main devant le bambin qui fête aujourd’hui ses douze mois. Dans sa paume, son cosmos doré s’agite et forme une rose aux pétales aussi rouge que le sang. Il dépose la fleur à côté du visage du nourrisson.
_ « Et toi, tu es assurément bien plus beau que moi, Adonis…
_ Plus que d’éloges, c’est de nourriture dont ton fils a besoin en cet instant, les rejoint Myrrha !
_ Je sais que tu as peu de moyen. Je t’ai laissé un sac de sacres sur la table. Vous ne manquerez de rien Adonis et toi. Ma solde de Saint d’or est plus que suffisante pour subvenir à vos besoins.
_ Je n’aurai pas cru que tu viendrais pour ses douze mois.
_ Adonis est mon fils, il est ce que l’univers a pu concevoir de plus beau, depuis la création du monde. Ne pas le voir fréquemment me brise le c½ur tu sais Myrrha.
_ Pas d’attache, une vie libertine, les combats et ton propre intérêt, ta gloire, voilà à quoi se résume ta vie Aphrodite. Je refuse de mêler mon enfant à ce que tu ornes comme des trophées. Il n’en est pas un, il est le fruit de l’amour que j’éprouve pour toi et de la satisfaction que tu as eue, de pouvoir séduire une des femmes les plus courtisées du domaine. »
Le Suédois ne dit rien, ce constat de Myrrha, lui fait afficher un léger rictus de désappointement sur son visage.
Finalement, Aphrodite lève l’enfant et le prend dans ses bras.
L’espace d’un instant durant lequel il le couve de son cosmos, il fait cesser aussitôt ses pleurs.
Il lui murmure tendrement : « N’oublie jamais mon fils, que quoi que tu puisses penser de mon absence lorsque tu deviendras un homme, je l’ai fait dans ton intérêt. Je sais que tu deviendras beau et brave et feras oublier à ta mère le manque d’amour dont elle souffre. Je t’aime mon petit cadeau des dieux… »
Il tend enfin l’enfant à sa mère et ramasse son pantalon.
_ « Je reviendrai bientôt.
_ C’est ce que tu m’as dit il y a huit mois. »
La Cloth du Poisson se réajuste d’elle-même sur son propriétaire, hormis le casque que celui-ci prend dans ses mains pendant qu’il emprunte la sortie : « Alors considère que je reviendrai dans autant de temps… »

Arrivé dehors, il fixe son heaume sur son crâne et passe son index sous son ½il droit pour ramasser une larme.
Savoir qu’il a un enfant, qu’il ne prendra pas la peine de connaître, le chagrine.
Seulement, la vie qu’il mène n’est pas celle qui le destine à être un bon père de famille…

60
Only for Love / Chapitre 28
« on: 3 April 2012 à 15h49 »
Chapitre 28

Le soleil de plomb fait courber encore plus bas l’échine qu’à l’accoutumer à Gigas ce 22 juillet 1985.
Accompagné de Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, il écoute le compte rendu des quatre mois écoulés depuis la victoire athénienne sur Yíaros.
Sévèrement dissimulé sous sa bure et son masque, Ptolémy parait moins souffrir de la chaleur que son supérieur.
Cachant ainsi à tous l’identité du fidèle messager du Pope, le Général et l’émissaire traversent le marché d’Honkios en échangeant d’un ton bas.

_ « … Et donc Shura et ses hommes prirent possession du Centre de la cité tandis qu’Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis faisait diversion contre Baucis Alcide de la Biche de Cérynie à l’Est.
_ Brave Saint que cet Apodis. Le plan du Grand Pope lors de la fausse attaque de la Journée Sainte aura permis de le ramener dans le rang, se félicite Gigas.
_ En effet. Le lendemain matin, Aldebaran et le reste de nos cohortes assirent nos positions dans le Centre, obligeant Hébé et ses trois derniers Alcides à se retrancher dans son temple, le Parthénos. Des deux cents soldats athéniens conduits là-bas, la centaine ayant survécu s’installa partout dans les villages afin de remplacer la garde hébéïenne dont l’armée a été décimée. C’est là que vinrent prendre la relève quatre autres chevaliers de bronze.
_ Oui. La victoire acquise, le Grand Pope a préféré ramener auprès de lui ses forces. Shura, Aldebaran et Babel rentrèrent. Anikeï de Cassiopée, Carina de la Carène du Navire, Lena de la Boussole et, enfin, Taishi du Toucan vinrent compléter les équipes de Philémon du Lièvre et d’Apodis. Tout cela sous ton ½il avisé.
_ Absolument. Bien que lorsque l’heure de mon départ fut ensuite venue, Taishi n’était toujours pas parvenu à accomplir la mission pour laquelle le Pope l’a investi. Notre Grand Pope m’avait confié dans le courrier qui accompagnait l’arrivée de ces Saints de bronze que Taishi doit remettre à Hébé le bandeau prélevé sur le défunt Iphiclès Alcide du Lion de Némée et lui délivrer un message.
_ Atteindre Hébé n’est pas chose aisée. Ce que vous avez accompli sur l’île en si peu de temps est déjà miraculeux.
_ Pour cela nous avons pu compter sur la grande expérience de Lena et Apodis. Leur pratique des guerres passées en Egypte et en Inde et les leçons apprises auprès de Saints d’or lors de ces évènements ont facilité les négociations avec les Hébéïens.
_ La main mise athénienne plutôt tu veux dire, pouffe de rire Gigas ?!
_ La sagesse d’Hébé aura permis à Shura de vite obtenir sa réédition, tempère Ptolémy en souriant sous son masque. Elle a accepté la prise politique de l’île par Athéna en échange de la vie sauve du peuple hébéïen composé d’un millier d’habitants. Ainsi Shura n’eut pas de difficulté à déléguer à Apodis et Lena. Ils soumirent au peuple la reconstruction du port au Sud de l’île qui fut le théâtre des premiers affrontements sur Yíaros. Ainsi, en se montrant obéissant, les travailleurs reçurent des sacres afin de relancer le commerce sur l’île. Notre monnaie a instauré rapidement un climat de paix, en rétablissant un système de rémunération basé sur le mérite et surtout la possibilité pour le peuple affamé de vite pouvoir être à nouveau livré en vivres. Car en attendant, afin de soumettre par la faim le peuple, les rares récoltes étaient réquisitionnés par les athéniens. Nous les stockions dans le temple d’Héraclès où nos Saints ont établi leur quartier général après avoir chassé les représentants religieux.
_ Gouverner par la faim mais apporter rapidement la solution pour ne pas priver le peuple et éviter une insurrection désespérée fut bienvenue.
_ A raison de deux repas par jours, le peuple finit par trouver cela raisonnable. Il se déplaçait donc jusqu’à ce temple pour le rationnement. Et, nourri, contesta moins le couvre-feu qui interdit à quiconque de sortir de chez lui la nuit tombée, sous peine d’être immédiatement exécuté.
_ La raison d’un côté et la fermeté de l’autre, cette gouvernance mesurée a donc permis de vite se mettre le peuple dans la poche donc ?
_ Pas exactement non. Malgré l’investissement à la réfection du port, le civisme lors des rationnements et le respect apparent des règles de couvre-feu, de nombreux sabotages témoignant de la révolte du peuple hébéïen. Ces rébellions masquées continuent encore de mobiliser fortement l’armée athénienne en cette période d’occupation.
_ Ça n’est qu’une question de temps. L’éducation et l’instruction militaire sont désormais données en mixité dans l’ancien temple dédié aux femmes, le temple d’Héra, par des prêtres athéniens.
_ Oui, les responsables religieux hébéïens ont tous été remis à la vie civile et ont été ensuite mis à mort sur les places publiques après que nous ayons fabriqué de fausses tentatives de soulèvement afin qu’ils servent d’exemple pour les autres Hébéïens…
_ … et afin de faire disparaitre toute source d’une doctrine hébéïenne, précise Gigas. Sauf le Grand Cardinal Acis… »

Ignorant les liens qui unissent leur Grand Pope à Acis, sauveur de Saga et Kanon durant leur enfance, Gigas est interrompu dans sa conversation par un marchand qui insiste pour lui offrir une corbeille de fruit.
Alors que sa garde rapprochée se dépêche d’encercler le bougre, Ptolémy recule d’un pas pour se détacher rapidement de toute esclandre.
Heureusement, l’homme neutralisé est rapidement relâché après que Gigas d’un mouvement de main ne calme ses soldats tous porteurs de sa marque, un crâne monté d’un reptile tatoué sur la peau.
Ainsi, une fois la foule ramenée à ses occupations, Ptolémy réapparait au détour d’un stand auprès de Gigas qui déguste une grappe de raisin.

_ « … Tout à fait, reprend le Saint d’argent. Le Grand Pope a été très clair à ce sujet. Pour une raison que nous ignorons, il a insisté pour que nous veillons à ce que l’intégrité d’Acis soit respectée. Et cela nous fit grand bien finalement. Car sur demande de Lena et validation d’Hébé, sa sagesse permit à Acis de raisonner bon nombre de villageois belliqueux et ainsi leur garantir la vie sauve.
_ On ne peut pas en dire autant de l’autre cardinale. Celle qui régissait les Hébéïennes, ricane Gigas.
_ Non, déplore plus respectueusement Ptolémy. Elle préféra se suicider lorsque son temple fut investi et pillé par la milice athénienne.
_ Cela nous donna déjà l’occasion de nous épargner un coup de glaive.
_ Surtout que nos soldats ont beaucoup à faire. Sous la joute du Caporal Pullo, second derrière les Saints de bronze, les garçons hébéïens en âge de porter l’épée ont bien été contraints de suivre une éducation militaire, afin de constituer une nouvelle armée pour la défense de cette île au nom d’Athéna ainsi que d’Hébé lorsque celle-ci aura recouvert ses esprits et reconnue notre suprématie.
_ Dans l’attente, qu’elle pourrisse avec ses derniers fidèles dans son temple, conclut Gigas. »


Justement, depuis son temple, le Parthénos, imprenable jusqu’à maintenant, sonne la cloche annonçant l’heure du déjeuner.
Repliée sur Yíaros en compagnie des quinze derniers soldats de son armée qui veillent sur les issues de son palais, Hébé passe ses journées à regarder en direction des villages par les lucarnes laissées volontairement dans la roche pour permettre à l’éclat du jour d’y passer.

Soudain, la Déesse de la Jeunesse entend grincer les lourdes portes en bois massif du palais.
Dans ses hauts escarpins roses, elle court à vive allure en direction de l’entrée qui s’entrouvre sous la surveillance des quinze gardes.
Sa longue robe de satin rose pâle vogue dans les airs, tant elle se presse de trouver ses gens qui pénètrent dans l’enceinte hautement surveillée. Elle garde sa main gauche pressée contre sa poitrine, afin que son collier de perle ne virevolte dans l’élan de sa course.
Arrivée aux abords de l’entrée principale, elle découvre deux paysans et leurs b½ufs qui tirent un chariot.
Un soldat finit de les fouiller et s’agenouille devant ¼dipe qui veille au grain : « Seigneur ¼dipe, il s’agit bien des fermiers qui ravitaillent continuellement notre palais de vivres sur ordre des forces athéniennes. »
L’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale hoche la tête, afin de donner son approbation à son interlocuteur. Celui-ci ordonne aussitôt à ses pairs : « Videz le chariot et amenez les vivres en cuisine aux serviteurs de notre majesté ! Vite ! »

Subitement, les talons d’Hébé résonnent sur les dalles marbrées du palais et attire l’attention de tous les protagonistes qui s’accroupissent immédiatement.
Hébé s’empresse de relever les deux paysans en les prenant chacun par la main. Son cosmos les enveloppe instantanément et leur réchauffe le c½ur : « Je vous en prie, hommes de mon peuple, ne vous baissez pas devant moi lorsque je reste cachée dans ce temple, alors que mon rôle est de vous protéger. Dîtes-moi comment se déroulent vos vies dans la cité ? Les Athéniens sont-ils justes ? Manquez-vous de quelque chose ? Laissez vos c½urs me parler. »
Un seul paysan ose répondre à sa majesté. Il baisse les yeux et parle doucement : « La seule chose qui nous manque est notre liberté. Les débuts ont été difficiles mais plus nous nous montrons dociles et moins nous avons faim. Les Athéniens sont durs mais leurs sergents, les Saints de bronze, sont plus justes et compréhensifs. Néanmoins, aucun de nos maux ne doit être aussi douloureux que le vôtre de nous savoir soumis Majesté. Les nôtres en ont conscience et acceptent leur destin en ne se souciant que de vous. »
Quelques larmes roulent sur les joues de la déité où tombent quelques mèches de ses courts cheveux blonds : « Dîtes à mon peuple que mon âme est meurtrie à l’idée de devoir me cacher et que… et que… »
La malheureuse ne peut finir de prononcer ses doléances que le chagrin l’envahit. Elle s’effondre à genoux, visage contre terre, en sanglot.
Les soldats font évacuer les deux campagnards en ouvrant le moins possible les portes principales, devant lesquelles attendent en ligne l’escorte athénienne des deux hommes.


Plus bas, dans la cité, dans une des chambres du temple d’Héraclès, Anikeï, l’ancien élève d’Albior et ami de Shun, se tient droit debout contre un jeune habitant de l’île qu’il a plaqué contre le mur et avec lequel il partage quelques caresses affectives.
Pendant qu’Anikeï exalte, le rideau qui fait office de porte, est écarté par une jeune femme au visage dissimulé sous un masque havane, vêtue d’un pull blanc couvert d’épaulettes en cuirs et d’une jupe marron.
En recoiffant ses cheveux blonds aux reflets bruns, Carina déclare : « Anikeï ! Apodis et Lena ont été suffisamment clairs à ce sujet. Corrompre les habitants en leur promettant double ration n’est pas approprié à notre statut ! »
Anikeï libère le bel homme à qui il baise rapidement la bouche avant de lui dire : « Pars maintenant. Quitte ce temple. Nous nous reverrons demain. »
L’Ukrainien attend que son amant soit sorti pour répondre à Carina : « Carina, mon amie, hormis surveiller ce peuple quasi-discipliné et nous entraîner, nous n’avons rien à faire sur cette île. Cela fait quatre mois que nous sommes là…
_ Et nous risquons d’y rester encore longtemps. Alors tâche de ne pas salir l’image que nous sommes censés véhiculer ! »
Au moment où elle quitte la pièce, Anikeï lui annonce : « Tu devrais essayer pourtant. Ça te détendrait je t’assure.
_ Mon c½ur est ailleurs.
_ Il est mort Carina. Tu l’as lu de tes yeux. »
Le Saint de Cassiopée fait allusion au courrier reçu par un messager du Sanctuaire et écrit par Hyoga.
Ne sachant où trouver son amie Carina partie de Sibérie, l’apprenti Saint du Cygne a confié un courrier à un messager du Sanctuaire venu apporter une lettre au Seigneur Crystal écrite par Lena.
Dans celle-ci, il annonçait le sacrifice d’Isaac qui essaya de sauver son camarade lorsqu’il fut emporté par les courants marins en voulant voir sa mère.
Depuis, Carina n’arrive pas à faire le deuil d’Isaac qu’elle aime encore profondément.
La Russe rétorque : « Est-ce une raison pour entacher sa mémoire ? »
Une voix roque retentit depuis le couloir et les ramène à la raison. Il s’agit du mature Taishi, enfant de la fondation Kido et ancien élève à Oran en compagnie de Jabu. Devenu Saint du Toucan, il rappelle souvent ses camarades dans le droit chemin : « Allons ! Est-ce normal que nos soldats ne soient accompagnés d’aucun chevalier pour distribuer les vivres. Le rationnement est le moment propice aux écarts de conduites du peuple tout comme le couvre-feu. Vous devriez pourtant le savoir ! »
Anikeï sourit puis rejoint leurs : « Taishi mon ami, tu as raison. Comme toujours. »
Une fois seul avec Carina, le Japonais au menton carré et aux petits yeux noirs est vêtu de sa Cloth rouge et bleue. Il décrispe son visage fermé pour afficher une mine moins froide.
_ « Carina, sache que si tu en as besoin, je suis à tes côtés.
_ Ça ira Taishi. J’ai déjà Lena pour me confier. Elle a été mon professeur durant toutes ces années, je n’ai aucun secret pour elle. D’ailleurs je vais la rejoindre.
_ Elle est dans la forêt à l’Est de l’île en compagnie du caporal Pullo qui instruit aux armes les jeunes Hébéïens. Elle s’entraîne en compagnie de nos soldats.
_ Et Philémon et Apodis ?
_ Philémon fait une ronde dans les villages. Apodis est sur la côte Sud avec nos hommes. Il aide les Hébéïens à reconstruire le port. »


Pendant ce temps, au Canada, dans la région de Nunavut, au sein de la ville d’Arviat, Bian et sa petite amie sont attablés dans une auberge locale.
Ils partagent leur repas en compagnie d’un homme au visage creusé, au teint pâle et aux petits yeux sombres et sournois.
L’inconnu se tient voûté et rie aux anges en compagnie du couple. L’atmosphère est détendue et les spécialités semblent au goût des camarades. L’énigmatique jeune homme de vingt ans ne parvient pas à dissimuler sa laideur. Lorsqu’il rigole à gorge déployée, il dévoile ses dents pointues et mal entretenues.
Pourtant, cela ne coupe pas l’appétit de Bian qui apprécie la compagnie de ce Portugais d’un mètre soixante-huit. Contrairement à Dolly qui s’ennuie à mourir. Elle remonte sans cesse son maillot rouge qui offre un aperçu agréable à l’invité qui ne s’interdit pas d’admirer sa poitrine rebondie.

Tout à coup, depuis l’intérieur, on entend le claquement d’une portière de voiture que reconnaissent aussitôt Bian et Dolly.
_ « Ah… Vasiliás vient d’arriver, annonce Bian ! »
A cet instant, Dolly semble revivre enfin. Elle applique ses mains sur ses longs cheveux blonds pour s’assurer d’être présentable.
L’ignoble convive le remarque d’un coup d’½il en coin et observe l’entrée du fameux Vasiliás, resplendissant dans son costume blanc aux rayures et à la chemise grise, le cou à peine serré par sa cravate blanche.
Ses belles dents alignées offrent un sourire à la table des trois clients. Elles brillent presque autant que les diamants qu’il porte à chacune de ses oreilles et sont aussi claires que ses yeux bleus aux éclats verts.
Son allure faussement négligée, donnée par sa barbe de deux jours, aussi longue que ses cheveux d’à peine trois millimètres de hauteur, offre un charme fou à cet homme d’affaire sur lequel toutes les femmes de l’auberge se retournent.
Bian se lève de sa chaise pour accueillir Vasiliás qui lui serre fermement la main. Il baise les joues de Dolly sans lui prêter davantage attention, ce qui suffit toutefois à la jeune femme qui sourit timidement après le salut de l’Américain.
_ « Vasiliás, je tiens à te présenter mon ami Kassa, annonce Bian. »
Vasiliás tend sa main à Kassa qu’il fixe droit dans les yeux : « C’est donc toi le fameux Kassa dont Bian me parle si souvent. 
_ Je pourrai en dire tout autant de toi, répond d’un regard perfide Kassa. Cela fait des mois que Bian me vante tes mérites.
_ Hélas mes affaires à Miami nécessitent ma présence et je fais régulièrement la navette entre ici et la Floride ces dernières semaines. »

La propriétaire du restaurant reconnaît l’habitué qu’est Vasiliás et lui apporte un verre de vodka sans même lui demander quel plat il prendrait avec ça.
_ « Et qu’est-ce qui t’a amené dans ce coin perdu du Canada, poursuit Kassa pendant ce temps ?
_ Le besoin de me ressourcer au calme, botte en touche Vasiliás qui se sait fugitif aux yeux du Sanctuaire. Et toi ?
_ Je fuis la moquerie, le fixe avec insistance Kassa. Comme je l’ai déjà expliqué à Bian et comme tu peux le voir, je ne suis pas à ton image un modèle de perfection avec mon physique immonde et mes loques défraîchies. Au Portugal, d’où je viens, j’ai depuis mon enfance été martyrisé et moqué. Je suis venu chercher ici le calme loin du regard des gens.
_ Etonnant, fronce aussitôt les sourcils Vasiliás. Qu’un homme disposant d’une si grande cosmo énergie soit incapable de lutter contre l’intolérance d’autrui… »
Démasqué par cet ancien apprenti chevalier qui ne tourne pas autour du pot, Kassa perd tous ses moyens l’espace d’une seconde, il décroche son regard de celui de Vasiliás et est pris d’une suée inattendue.
_ « Je t’ai déjà expliqué Vasiliás que la frustration et l’endurcissement de Kassa lui ont permis de développer un potentiel dont il n’avait même pas idée, le couvre immédiatement Bian au grand dam de Vasiliás …
_ … effectivement ! Et lorsque j’ai compris comment me servir de cette énergie, j’ai appris de moi-même à l’apprivoiser et à la développer, surenchérit Kassa sauvé par la réactivité du Canadien. C’est ce qu’on appelle… »
En ch½ur, Vasiliás et Bian accompagnent la fin de phrase de Kassa à voix basse : « le cosmos ! »

A cet instant, à une table proche, deux hommes font un scandale.
L’alcool aidant, ils se permettent d’insulter la serveuse et de manquer de respect envers les propriétaires du restaurant avant de partir sans payer en promettant qu’ils reviendront se venger.
Cet excès de colère laisse la table de Bian bien dubitative.
_ « Quelle bande d’imbéciles, peste Bian.
_ Tu m’ôtes les mots de la bouche, colère Vasiliás. C’est contre cette mauvaise graine que j’espère un jour réussir à lutter.
_ Ce germe du mal est présent dans chacun des hommes, souffle dépité Bian. Il faudrait tous les supprimer.
_ Eliminer la race humaine est une solution extrême. Je suis convaincu qu'en assurant au monde la présence de chevaliers et qu'en leur imposant des lois strictes et semblables pour tous, quel que soit le pays ou la classe sociale de chacun, le monde se porterait mieux, assure Vasiliás.
_ Qu'en penses-tu Kassa, mesure Bian ? »
Resté en retrait, masquant sa satisfaction devant les propos du futur Marina, Kassa argumente subtilement en faveur de son prochain compagnon : « Et bien... Je ne voudrais pas dire de bêtises, mais il me semble que les propos de Bian sont les plus fondés. De tout temps, de toute époque, les hommes ont manifesté leur nature maléfique et cela sous tous les régimes politiques possibles. Ce n'est pas les lois qu'il faut changer, il faut changer les hommes. »
Vasiliás s’emporte immédiatement : « Tu proposes donc d'exterminer l'humanité toute entière toi aussi ?! »
Bian s'interpose : « Pas nécessairement ! Prend Poséidon pas exemple. Il ne souhaite pas anéantir la race humaine pour de bon, il souhaite purifier la Terre par les eaux. Les rares survivants deviendront ainsi fidèles et obéissants envers les dieux, comme cela devrait être le cas aujourd'hui. C'est la fuite des hommes vers d'autres croyances ou même l'abandon pur et simple de la foi qui poussent les dieux dans leurs derniers retranchements. Les hommes ne respectent plus rien, ni les divinités ni la terre qu'elles leurs ont confié. »
Kassa voile sa grande satisfaction en se contentant juste d’approuver d’un hochement de tête.

Le repas s’achève dans le calme, malgré les défis incessants que se lancent Vasiliás et Kassa du regard.
L’attention du Général de Poséidon est également posée sur Dolly qui depuis l’arrivée de Vasiliás n’a guère d’autre activité que de l’admirer.

Une fois le repas terminé, Bian choisit d’aller s’entraîner.
Kassa, lui, choisit de profiter des quelques lueurs du soleil automnale pour se promener seul dans la rue.
Vasiliás accepte la proposition de Dolly de la déposer chez eux, où Bian et lui partagent le même toit, avant de se rendre au dispensaire où travaille Ariel, sa petite amie et s½ur de Bian.


Au même moment, sous la Méditerranée, loin dessous les abysses, dans le sanctuaire sous-marin, à l’intérieur d’une pièce lumineuse de trois mètres carrés, au sol de marbre clair et aux murs de rochers blancs rectangulaires parfaitement taillés, un homme à l’opulente chevelure marine remue sur son lit en banc de pierre.
Kanon est perturbé dans son sommeil…

Flashback
1er septembre 1973.
Un homme aux cheveux à peine plus clair que lui et au physique similaire l’affrontait.
Saga Saint d’or des Gémeaux corrigeait son frère pour ses propos inopportuns.
Kanon lui avait soumis l’idée d’assassiner Athéna qui venait de renaître sur cette planète.
Déjà tourmenté par son secret depuis des semaines, celui qui le tiraillait au plus profond de son être, se revoyant assassiner Arlès, le jeune frère de Shion, puis ce dernier, Saga ne put supporter d’avantage les paroles démoniaques de son jumeau et choisit de l’enfermer au Cap Sounion.
A l’intérieur de cette prison de métal où il fut projeté par l’Another Dimension de son frère, Kanon l’implorait d’ouvrir les yeux.
_ « Saga, sors-moi de là ! Tu veux tuer ton propre frère ?
_ Kanon, tu pourras sortir de cette cellule, uniquement si c’est la volonté des dieux. Tu y resteras tant que le mal qui t’habite ne sera pas lavé… Jusqu’à ce qu’Athéna te pardonne. »
Kanon paniqua en voyant la mer monter et son frère quitter les lieux : « Sa… Saga… Les hommes comme toi s’appellent des hypocrites ! Ne pense pas pouvoir cacher indéfiniment le mal qu’il y a en toi ! Quel mal y a-t-il à ce qu’un homme puissant veuille conquérir ce dont il a envie ? Quel mal y a-t-il à utiliser la force que les dieux t’ont donné ? Saga… Je continuerai à te rappeler la fascination du Mal ! Saga, ta véritable personnalité c’est le Mal ! »
Avant de n’être plus qu’un point à l’horizon, Saga fut profondément ébranlé par une telle annonce en ce jour où il allait succomber aux tentations du malin.

Ensuite, Kanon essaya à maintes reprises de briser ces barreaux de métal fait d’orichalque.
En vain.
Il n’y avait aucun moyen de rompre ces tiges.
Tandis que la roche au-dessus de sa tête était trop lourde et l’aurait écrasé s’il avait essayé de la briser.
Son frère réussit à l’y précipiter grâce à l’Another Dimension, néanmoins, sans l’aide de quelqu’un maîtrisant le temps et l’espace, il lui était impossible de s’échapper.

Près de dix jours s’écoulèrent où lors de chaque marée haute la geôle de Kanon était inondée par l’eau.
Autant de jours où il erra entre la vie et la mort.
Il profitait de quelques instants de lucidité pour mettre au point une tactique similaire à celle de Saga. Elle consisterait à maîtriser l’espace et le temps afin de pouvoir fuir cette cellule. Mais le temps lui manquait. Souvent les eaux revenaient à la charge.
Heureusement, chaque fois qu’il se voyait mourir, un cosmos d’une intensité infinie et rempli d’une grande sérénité le sauvait.
Et, dès qu’il s’en sortait, il jurait de sortir d’ici et de tuer Athéna, sans réaliser qu’elle était celle qui le maintenait sauf.

Puis un jour, avant qu’il ne parvienne à achever sa technique du Golden Triangle, répondant à ses promesses hostiles, une lumière l’interpella du fond de la prison.
Il parvint à briser ce faux mur d’une faible épaisseur, pour découvrir dans cette nouvelle pièce, le trident de Poséidon scellé par Athéna.
Le temps aidant, les pouvoirs du sceau étaient estompés et, Kanon, de sa seule force, réussit à libérer l’arme de l’Empereur des mers.
Immédiatement, le jumeau de Saga fut aspiré dans les profondeurs sous-marines. La pression de l’eau lui comprima les organes et le manque d’oxygène lui fit perdre connaissances…
Flashback

Des pas résonnent dans les couloirs avoisinant la pièce où repose l’homme au sommeil agité.
Des soldats couverts d’armures en forme d’écailles approchent.
Ils arrivent à hauteur de la chambre sans porte où repose leur général.
Le plus grand d’entre eux ôte timidement son heaume et avance d’un pas timoré jusqu’à son seuil.
Là, il découvre leur chef à tous, allongé sur le dos, enroulé dans sa cape bleue marine, son imposante chevelure de même couleur dissimule son visage.
Le Marina tourne progressivement sa tête en direction d’une stèle sur laquelle resplendie la Scale du Général au repos, une monumentale armure en forme de Dragon des Mers.
Ayant tout tenté jusqu’ici pour ne pas réveiller brusquement le Général, le soldat espère désormais le sortir de son sommeil en se raclant la gorge. Tandis qu’il approche sa main de sa bouche, le souffle de son supérieur le fait frémir : « Que se passe-t-il soldat ? Ton cosmos transpire l’inquiétude depuis des kilomètres à la ronde. »
Surpris que le maître des lieux en l’absence de Poséidon l’ait ressenti venir malgré son repos, le Marina s’agenouille et baisse la tête en tremblotant : « U… u… Une révélation mon Seigneur. Le… Le temple de Poséidon… Une lumière scintillante vient de l’intérieur… »
Kanon se redresse en recoiffant par la même occasion ses cheveux : « Bien. Alors cela signifie que le dernier Général a été reconnu par sa Scale. Celui que nous observons depuis des mois est enfin prêt. Il sera temps bientôt d’accueillir le Cheval des Mers. »
Kanon se relève et couvre ses vêtements miteux de sa cape majestueuse afin de les cacher à ses hommes : « Réunissez les autres Généraux, je dois m’entretenir avec eux. »


A la surface, au Sud de l’île d’Yíaros, Apodis, torse nu, dans son pantalon couleur marine et ses sandales nouées autour de ses chevilles, participe à la réfection du port.
La peau dégageant une odeur de soufre provoquée par le soleil qui lui chauffe la peau, il soulève facilement dans ses bras d’épais arbres que les ouvriers peinent à guider en s’y mettant par dizaines.
Silencieux et austère depuis la victoire, inconsolable depuis le meurtre de son fils et de sa mère, Apodis n’en reste pas moins courageux et juste envers les innocents.
C’est pourquoi il se montre brave avec les travailleurs qui méritent leurs sacres pour s’accorder un minimum de confort maintenant que la juridiction du Sanctuaire est souveraine.
Ces travaux estivaux lui permettent de se vider l’esprit afin de s’appliquer à la reconstruction d’un port dont il a fait lui-même redessiné les plans.
Son acharnement et son entêtement à offrir ses services aux villageois ont convaincus certains soldats athéniens de faire de même.
Malgré son manque de sympathie à l’égard du peuple, Apodis est certainement l’Athénien que les Hébéïens apprennent le plus à apprécier.
Néanmoins, malgré son acharnement, rien ne permet à Apodis de chasser ses souvenirs du passé.
Dans la routine de ses travaux, il revit la fin de la bataille de 1979 contre Arès, lorsqu’il venait de libérer le Sanctuaire de deux Berserkers et que seul le front droit de l’armée athénienne, était encore sous la menace des Arèsiens…

Flashback
Les hommes qui formaient les rangs sur les lignes latérales droites du champ de bataille restaient les seuls à être encore aux prises avec les Arèsiens.
Bien que le Sanctuaire semblait avoir repris le contrôle de la bataille, Arès était déterminé à réaliser le plus gros carnage possible pour que sa défaire ne soit pas vaine.
Sur ce flan en souffrance, Apodis remarqua que du haut de son cheval d’ébène, le dernier Berserker et sa cohorte y dominaient les débats.
Il était temps pour Apodis d’utiliser le savoir que lui avait légué Pajaros, le Wing Jikan No Yoyu.
Les étendards d’Arès et les immenses catapultes tombés au sol ou consumés par les flammes des torches athéniennes n’affichaient plus aucun signe de menace.
Seulement, il restait ce Berserker qui méritait de ne pas être pris à la légère.

Au Centre, dans le camp des Athéniens désormais numériquement dominants, Apodis portait sous chaque bras Pullo et Cliff qu’il confia à un des gardes : « Soldat, puis-je te confier ces deux hommes ? Leur survie dépend de toi ! »
L’homme n’hésita pas face à un Saint de bronze : « Bien Sergent ! »
Après avoir été nommé ainsi, Apodis sentit en lui une grande fierté. Lui, le jeune freluquet qui traînait des pieds il y a encore quelques heures, devenait une figure aussi importante que Circinus du Compas qu’il voyait au loin en difficulté contre Antiochos, le dernier Berserker, et ses hommes.

Apodis rejoignit les troupes de Circinus en se débarrassant des Arèsiens qui se dressaient sur son passage.
Le Saint de bronze du Compas constata que l’armure que portait son ami Pajaros il y a encore quelques minutes était désormais sous l’égide d’un nouveau chevalier : « Tu tombes bien Saint ! Je ne m’attendais pas à ce que l’armure de l’Oiseau de Paradis trouve aussi vite un nouveau porteur ! Ton aide va nous être précieuse. Un messager m’a prévenu que notre armée avait remporté la victoire au Nord du domaine et que le Grand Pope avait fait dépêcher les Saints encore debout là-bas pour nous prêter main forte. En attendant, nous devons empêcher la troupe de ce Berserker de rallier les leurs qui sont encore plus haut à l’Ouest, sinon nous pourrions compter de nombreuses pertes. »
Effectivement, les troupes du Berserker étaient encore fort nombreuses et vaillantes. Elles étaient déterminées à faire le plus gros massacre possible dans ce dernier baroud d’honneur.

Du haut de son cheval, Antiochos parvenait sans peine à canaliser l’énergie cosmique provoquée par les attaques de Circinus.
Circinus allait faire une énième tentative lorsque Apodis se mit sur son chemin.
_ « Que fais-tu chevalier ? Aurais-tu perdu la raison ? Par désespoir de cause tu aurais choisi de nous trahir !
_ Ne dîtes pas de sottises Saint du Compas. Je tiens juste à éviter que vous ne gaspilliez votre énergie à rien. Jusqu’ici il a réussi à bloquer votre arcane ! »
Une voix féminine confirma alors les propos du Saint débutant.
La jeune femme portait une armure d’argent avec un Aigle en guise de diadème.
Son visage était dissimulé mais sa voix était claire et impérative.
Marin pointa du doigt Apodis : « Ce Saint de bronze a raison ! Ce serait te fatiguer pour rien Circinus. Le Pope m’a fait venir depuis les remparts du Nord pour vous aider, alors écoutez-moi bien. Saint de bronze, penses-tu être en mesure de me frayer un passage jusqu’à ce guerrier ? Circinus, ne maîtrisant que des attaques psychiques, m’accompagnera face au Berserker pour le neutraliser. »
Aussitôt Apodis vit l’occasion d’utiliser l’énergie conférée par Pajaros, grâce au Battement d’Ailes Majestueux de l’Oiseau de Paradis, le Wing Jikan No Yoyû.
Le nouveau chevalier se mit alors en tête des troupes, pour ne pas embarquer le moindre des siens dans la tempête qu’il allait provoquer.
Trop fougueux, il se prépara sans la moindre discrétion et Antiochos Berserker maîtrisant le feu, projeta une comète de lave en sa direction.
Stupéfait, Apodis ne put l’esquiver, heureusement Marin se dressa bras croisés devant lui pour faire écran avec son corps : « Ne t’inquiète pas. Je veillerai sur toi. Sois plus prudent à l’avenir ! »
Outré d’entendre une si jolie voix se vouer à être son ange gardien, Apodis décréta que c’était plutôt à lui de couvrir Marin. Il se remit de ses émotions en déblayant le passage jusqu’à Antiochos. Ses bras s’écartèrent et lorsqu’il ferma les yeux, il l’aperçut, Pajaros, l’ancien Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. Il sentait à travers son armure qu’il l’accompagnait, le guidait, dans l’utilisation de son arcane.
Antiochos devina la tentative. Il descendit de sa monture et colla sa tête contre celle de son cheval. Il lui prononça quelques mots à l’oreille puis l’animal parti au trot, s’effaçant dans la foule.
Antiochos était prêt. Il savait que Marine protégerait Apodis jusqu’au bout et que ses hommes allaient être condamnés par ce que préparait le Saint de bronze. Le mieux qu’il fallut faire pour lui était de rassembler ses dernières forces. Le combat qu’il allait mener serait décisif pour les siens comme pour les Athéniens.
Apodis ouvrit ses yeux et balança ses bras en avant comme un battement d’ailes, ressentant cette sensation de puissance propre à tous les guerriers qui maîtrisent le cosmos : « Wing Jikan No Yoyû ! »
Immédiatement, une puissante bourrasque souleva les corps face à Apodis, les déchirant dans les airs, brisant les armes ainsi que les roches alentours.
Seul Antiochos restait fixé au sol, autour de lui retombait un monceau de cadavres arèsiens.
Les râles de douleur ennemis n’impressionnaient pas Apodis, au contraire, il en était satisfait car il se remémorait les paroles d’Orphée avant que celui-ci ne se jette dans la bataille…

Le Saint de la Lyre évoquait cette femme, Eurydice.
Il tenait à la protéger, tout comme Apodis tenait maintenant à protéger celle qui lui avait accroché ce ruban autour du poignet, Netsuai.
Grâce à son geste, Apodis comprit que plus jamais il ne perdrait son opiniâtreté.
La haine, la violence, il a ça dans le sang, son père les lui a transmises. Mais au-delà de Frontinus, il y avait sa mère. Il réalisa qu’il était un mélange de bonté et de fureur, il avait tellement canalisé ses émotions jusqu’ici, renfermé dans une profonde frustration, que libérer un tel potentiel destructeur était en tout point réjouissant.
Il s’était retrouvé, il avait retrouvé sa personnalité de poète, d’homme inspiré car il avait trouvé sa muse, Netsuai.
Tout comme Orphée, il était devenu un être d’exception, en plus du talent, il avait un devoir.

Cette prise de conscience réchauffa davantage son âme. De façon encore plus puissante que le cosmos laissé par Pajaros. Apodis perçu alors la chaleur d’une femme, d’une déesse. Athéna l’avait reconnu parmi les siens, il en était persuadé.

Les rangs d’Antiochos furent grandement diminués, ce dernier désarçonné.
Désormais, Apodis menait les soldats contre ceux restants, animé d’une folle volonté de vaincre.
Il laissa ainsi le champ libre à Marine.
Elle se présenta face à Antiochos en compagnie de Circinus.
Antiochos était à genou, les mains ouvertes vers le ciel. Il semblait prier. Son casque était tombé à côté de lui et sa longue épée était plantée dans le sol.
Il paraissait être le plus jeune des Berserkers. Son visage était ferme. Il paraissait intouchable malgré la posture dans laquelle l’avait mis Apodis.
Ses cheveux forts blonds, en batailles, lui donnaient vraiment un aspect juvénile.
Il était de taille moyenne et plutôt bien bâti.
Sa Nightmare ne présentait aucune trace de lutte, comme si jusqu’ici il avait vaincu tous ses adversaires sans jamais être inquiété.
Leur imposant un profond respect, Marin et Circinus attendirent que le Berserker finisse sa prière. Ce dernier n’oublia pas de les remercier quelques secondes plus tard en réajustant son casque : « Vous êtes des soldats bons, Saints d’Athéna… »
Sa voix était douce et posée : « Vous estimez votre ennemi et je saurai m’en rappeler. Depuis la nuit des temps on vous présente comme des faiseurs de miracles. C’est donc un immense honneur de lever l’épée contre vous. J’espère être moi-même capable d’accomplir des miracles, choses qui ne sont propres qu’à nos maîtres, les dieux. J’implorais à l’instant mon maître, Arès, de faire de mes flammes celles qui le guideront à la victoire. Enfin… Je parle, je parle et j’en oublie les présentations… Je suis Antiochos Berserker maîtrisant le feu. On me présente comme étant le plus puissant des chevaliers d’Arès, je préfère être estimé comme le plus juste. C’est pour cette raison que je vous prie de bien vouloir cesser cette lutte inutile et d’offrir vos vies en sacrifice à Notre Seigneur. »
Circinus afficha un rictus : « Alors toi ! Alors qu’Apodis t’as mis au pas… Tu ne manques pas de culot ! Je vais te faire ravaler tes belles paroles ! Funerary Torments ! »
Circinus colla ses mains contre ses tempes et semblait entrer par télépathie dans l’esprit d’Antiochos.
Le Berserker ramassa alors son épée et dessina avec un cercle de feu.
Par l’incandescence de ses flammes, il créa un bouclier cosmique autour de lui : « Tu es bien ridicule d’essayer de m’atteindre avec cette technique, alors que depuis tout à l’heure je parviens à la contrer ! Si tu n’es pas capable de passer à autre chose, je te conseille tout de suite de m’offrir ta vie. Nous gagnerons du temps. »
Circinus serra les dents de rage.
Contre les conseils de Marin, il se lança à corps perdus sur Antiochos.

Rapide et fluide, le jeune homme esquiva les coups de poings et de pieds du vieux Saint de bronze.
Marin ne se résolvant pas à perdre inutilement un allié, elle se joignit à Circinus.
Antiochos était bien trop doué pour être alarmé, il commença à riposter.
Marin faisait face à merveille mais Circinus subissait à chaque fois les coups de son adversaire. Le Berserker comprit vite comment se défaire de lui. Pour cela, il lui fallait déjà écarter Marin. Il pointa sa lame vers elle : « Ignited Needles ! »
Les Aiguilles Enflammées vinrent transpercer Marin qui retomba à quelques mètres sur le ventre sans avoir eu le temps de réagir. Puis, d’un revers de main, Antiochos abattit son épée chargée de cosmos sur le flanc de Circinus. La collision fut si forte que l’armure se fissura et la lame pénétra de quelques centimètres la chair de Circinus : « Tu as bien de la chance que ton corps soit couvert par ta Cloth. Malheureusement ce n’est pas le cas de ta gorge ! Je vais la transpercer immédiatement et venger la mort de mes hommes. »
Il posa la lame sur le cou de Circinus et appuya tout doucement.
D’abord piqué par la pointe d’acier, la gorge saigna.
Antiochos allait appuyer davantage sans compter sur le retour triomphant de Marin : « Ryu Sei Ken ! »
Les Météores le rossèrent de toute part, entamant même sa Nightmare.
Sans fléchir, Antiochos fit face avec calme : « Tu as pu te relever après que mon épée t’ait envoyé ses Aiguilles Enflammées ! Tu m’épates ! »
Marin se mit en garde. Bien qu’elle soit agile, elle ne pouvait rien faire contre la lame du Berserker d’Arès qui la manipulait à merveille. Il finit par lui écorcher les deux cuisses pour la faire chanceler.
Antiochos l’accula contre une roche et poursuivit son discours : « Il parait qu’Athéna hait les armes et qu’elle n’autorise que ses soldats à en porter. Le corps d’un homme maîtrisant sa cosmo énergie n’a rien à craindre d’une arme, qu’elle soit à feu ou tranchante. Une arme devient dangereuse uniquement lorsqu’elle est portée par un autre guerrier ayant une emprise sur son cosmos. Voici pourquoi ma lame gorgée de cosmo énergie peut entamer n’importe quelle surface comme vos armures, qu’elles soient de bronze ou d’argent ! »
Il pointa son épée vers le ciel en la maintenant avec ses deux mains. Ses pupilles s’illuminèrent : « Voici la plus puissante technique armée de mon épée ! Fire Sword ! »
L’épée s’enflamma et fondit sur Marine, impuissante…
Apodis surgit alors devant l’Epée de Feu et déclencha à nouveau son arcane : « Wing Jikan No Yoyû ! »
Positionné juste devant le Berserker, Apodis réussit à créer un vent si puissant qu’il souleva son athlétique adversaire du sol et l’envoya dans les cieux, lacéré par la tempête.
Apodis se retourna ensuite devant Marine et du coin de l’½il, pour la rassurer, il annonça : « C’est à ton tour de ne plus t’inquiéter. C’est moi qui veillerai sur toi désormais ! »

Non loin de là, le corps d’Antiochos retombait en direction du sol.
Celui-ci, conservant son calme habituel, effectua un déhancher dans les airs pour se réceptionner sur ses jambes. Il pointa sa lame en direction d’Apodis : « Alors voici celui qui a mis à mal Evhémère et Diodoros et qui a pris le loisir de terrasser bon nombre de mes hommes. »
Apodis se tenait fièrement en entamant un magnifique jeu de jambes.
_ « Le Wing Jikan No Yoyû m’a pris par surprise. Je t’ai déjà vu l’utiliser contre mes hommes et je saurai le contrer maintenant. Quant à cette technique invoquée contre Diodoros, le Frantic Fury, il te faut concentrer un maximum d’énergie, ce qui prend du temps et ce que tu as pu faire car Diodoros te sous-estimait. Sache que ce n’est pas mon cas. Mais même si ma victoire est certaine, je te voue une profonde considération je te l’assure.
_ Peu importe que tu puisses contrer mes techniques ou non ! Mon but est de détruire cette épée. Moi aussi je t’ai observé et sans ton arme tu n’es rien !
_ Je te mets au défi d’essayer ! »
L’épée découpait le vent et s’agitait dans la direction du chevalier d’Athéna sans que jamais il ne se fasse avoir.
Pourtant, il lui était impossible de contre-attaquer tant la garde adverse était parfaite. L’endurance lui manquait alors qu’Antiochos paraissait en pleine possession de ses moyens.
Il remarqua qu’Apodis peinait à maintenir sa vive allure : « L’oisillon que tu es est sorti trop tôt de son nid. Je vais lui transpercer les ailes avec mes Aiguilles Enflammées ! Ignited Needles ! »
Des centaines d’aiguilles enflammées jaillirent de son épée, pour transpercer de part en part le chevalier.
Impuissant, Apodis sentit d’innombrables piqures dévorer sa chair, passant même à travers son armure.
Il retomba non loin de Marine.

Derrière Antiochos, Circinus rassemblait ses dernières forces pour les sauver tous les deux.
Antiochos fit mine de ne pas le percevoir.
Il leva son épée au ciel et invoqua sa toute puissance : « Fire Sword ! »
Alors qu’il abaissait l’épée dans la direction d’Apodis et de Marine, il pivota en arrière et la pointa finalement sur Circinus qui fut pris par surprise.
Une boule de flamme vint emporter Circinus.
Au milieu du foyer, un semblant de lamelles tranchantes entama sa peau pour laisser le feu s’y engouffrer.
Antiochos dirigeait sa sphère de feu, semblable à un soleil, grâce à la pointe de son épée.
Il leva son soleil vers le ciel.
A cet instant, au beau milieu de la nuit, le champ de bataille fut illuminé comme si l’assaut se déroulait de jour.
Enfin, Antiochos ferma les yeux et la boule de feu explosa, laissant retomber Circinus, le corps calciné et sectionné de toute part, à des lieues d’ici.
Marine et Apodis, épuisés, furent incapables de faire le moindre mouvement.
Le Saint d’argent de l’Aigle venait de lutter elle aussi au Nord et n’était donc pas en pleine possession de ses moyens.
_ « Voici donc deux oiseaux ne pouvant prendre leur envol après avoir eu les ailes consumées, commençait à savourer Antiochos… »
Quand, inopinément, le cor du Sanctuaire l’interrompit.

A l’Ouest, la victoire d’Orphée et des Athéniens était totale.
Les troupes remontaient jusqu’à Antiochos et le peu d’hommes qu’il lui restait.
La tendance changea, les soldats d’Arès étaient enfin encerclés et en infériorité numérique.
Pour la première fois, Antiochos semblait troublé. Il était pressé d’en finir : « J’ai l’impression qu’il faut que ce soit moi qui me débarrasse de votre lieutenant. Le Saint de la Lyre aura été déterminant dans cette bataille. Il n’y a rien à voir avec vos faibles cosmos. Je vais vous écraser avant de me défaire de lui ! »

Apodis se dressa devant Marine pour agir tel un bouclier humain et protéger sa supérieure. Son initiative ne fut pas nécessaire puisque déjà Orphée avait choisi de les rallier sur le flanc droit avant même qu’Antiochos n’exécute le moindre mouvement.
_ « Pourquoi ne pas entamer tout de suite notre combat Berserker ?
_ Voilà une proposition qui me convient, fut ravi Antiochos. Je vais trancher les cordes de ta lyre avec mon épée de feu. »
Il se retourna brusquement pour menacer Orphée de sa lame, mais le Saint d’argent s’était déjà volatilisé.
Antiochos tournait anxieusement la tête pour trouver où était passé le lieutenant.
Il le découvrit trop tard puisque Orphée arriva par les airs et frappa du poing la clavicule gauche d’Antiochos.
L’onde de choc produite fut si grande qu’elle s’élargit sur le long du bras gauche d’Antiochos.
La Nightmare protégeant cette zone éclata.
Ses veines se gonflèrent de sang et finirent par exploser.
Les tendons et les nerfs lâchèrent.
Son bras pendit le long de son corps.
Orphée s’apprêtait déjà à donner le coup de grâce : « Stringer Fine ! »
En jouant quelques notes, les cordes de sa lyre se jetèrent sur Antiochos pour le faire prisonnier.
Toutefois, avec son seul bras droit, le blondinet brandit son épée et la fit tournoyer devant lui pour laisser les cordes s’enrouler autour de sa lame.
Une fois que cela fut fait, il tira son épée au ciel, ses yeux s’enflammèrent : « Ne crois pas avoir gagné si vite. Maintenant tu es à ma merci : Fire Sword ! »
L’incandescence de la lame enflamma les cordes.
Le feu remonta jusqu’à la lyre d’Orphée pour le frapper.
Les flammèches, une fois arrivées à sa hauteur, devinrent un énorme brasier qui forma un soleil qu’Antiochos leva à nouveau pour le faire imploser dans le ciel.
Orphée retomba, à demi conscient, devant Marin et Apodis.
Sa lyre, démunie de cordes, réduites en cendres, chuta au beau milieu d’un attroupement qui mêlait soldats athéniens et arèsiens.

En regardant autour de lui, Apodis voyait que les zones de combats diminuaient.
Alors qu’au commencement de la bataille, les deux camps occupés des hectares entiers, maintenant ils ne couvraient que quelques mètres ici et là.
Les zones abandonnées étaient devenues des charniers, desquels ressortaient quelques rescapés qui venaient réintégrer le combat pour y mourir. D’autres, allongés, gémissaient, ils avaient les membres sectionnés, les os brisés ou encore les corps bloqués sous les décombres.
Dans ces zones semblables à des nécropoles, on ne distinguait même plus qui appartenait à quel camp. Tous les soldats étaient égaux face à la mort…

Une mort à laquelle Orphée ne voulut pas se soumettre.
Il se redressa uniquement pour couvrir Marin et Apodis, face au Berserker qui n’avait plus qu’à lui trancher la tête pour crier victoire.
Antiochos prit une impulsion avec son seul bras droit et destinait le crâne d’Orphée comme point de chute de sa terrible épée.
Trop épuisé pour réagir, Orphée ne vit pas qu’avec un tel emportement Antiochos avait abandonné sa garde.
Apodis puisa dans ses dernières forces et se manifesta devant le Saint d’argent.
Antiochos invoqua son arcane : « Fire Swo… »
Complètement démuni, Antiochos ne put que ressentir l’ambleur des dégâts. Apodis le cognait en plein thorax avec son Battement d’Ailes Majestueux : « Wing Jikan No Yoyû ! »
L’élan d’Antiochos, fit abattre lourdement son épée contre la colonne vertébrale d’Apodis, entamant légèrement son armure.
Antiochos, lui, fut soulevé une fois de plus du sol. Mais cette fois-ci sa Nightmare fut complètement brisée au niveau de la zone ventrale, arrachant même ses vêtements.

Epuisé, Orphée observa le corps d’Antiochos retomber à hauteur de la brèche faite dans les murailles du Sanctuaire, là où attendait le cheval ébène du Berserker.
Orphée balbutia en se relevant : « Le Berserker… Il ne doit pas s’enfuir… »
En boitant, il traversa le dernier attroupement, où la bataille commençait à prendre des allures de victoire pour l’armée athénienne.
Il ramassa sa lyre au passage en esquivant les haches. Les épées. Les flèches. En fracassant ses adversaires en brisant du revers de la main leur nuque. En délogeant leur c½ur par la force de ses poings…
Apodis releva Marine et suivit son lieutenant en l’imitant face à l’ennemi.
Lorsqu’ils sortirent de la foule, ils observèrent Antiochos, le ventre profondément écorché par le vent violent d’Apodis, le bras gauche ensanglanté et le visage épuisé.
Malgré tout, Antiochos voulait se relever en prenant appui avec sa main droite sur la selle de sa monture. Il se parlait à lui-même : « Ma famille… Cette terre était la leur… Ils ont été massacrés par la folie des hommes car Athéna n’a pas su atténuer leurs bêtises. Maître Arès doit gagner cette bataille pour faire couler le sang impur de ces hommes abjects et recréer un monde nouveau… Je… Je dois me relever… Pour ma famille… »

En titubant, Apodis approchait le cheval qui s’agitait et s’inquiétait pour son maître.
Le Saint de l’Oiseau de Paradis lui caressa la tête et le fixait dans les yeux pour lui communiquer toute sa compassion.
Il ne restait plus qu’une corde qui pendouillait sur la lyre d’Orphée.
En la caressant de sa main avec son cosmos bienfaisant, le chevalier d’argent la fit s’agrandir pour qu’enfin sa lyre en soit totalement recouverte.
L’instrument était comme neuf.
Antiochos était enfin debout, se tenant sur une jambe.
Son genou droit avait dû se briser en retombant au sol après l’arcane d’Apodis. Il avait la bouche tellement ensanglantée que les dents de ce beau blond n’étaient plus visibles, ni même son regard de braise tellement il peinait à ouvrir les yeux.
Antiochos lâcha la selle de son cheval.
Apodis s’en saisit pour reculer l’animal du lieu où son maître allait tenter le tout pour le tout.
Antiochos pleurait adressa à son fidèle destrier qui rechignait à suivre le Saint d’Athéna : « Allons Sinir, toi, moi fidèle compagnon, calme-toi. Remercie plutôt ce glorieux chevalier de bien vouloir veiller sur toi. Je n’ai jamais autant douté de moi tu sais, c’est pour cette raison que je te prie de bien vouloir rentrer auprès de notre maître Arès si jamais je devais périr dans ce combat… »
Soudain, il toussa du sang, il commença à vaciller… Juste avant de tomber il se reprit : « Lieutenant Orphée de la Lyre ! Il n’y a pas que mon épée qui soit brûlante ! L’espoir qui fait battre mon c½ur peut être encore plus chaud que n’importe quelle source lumineuse sur cette terre. »
Le corps d’Antiochos devint étincelant.
De petites flammèches commencèrent à surgir de son corps.
Il était volontairement entré dans un état de combustion.
On le vit serrer fort la mâchoire pour ne pas laisser s’échapper la douleur.
Son cosmos accroissait de façon démesurée.
_ « Puisque nous sommes condamnés à la défaite, alors je vais devenir moi-même un soleil pour brûler ce qu’il reste de ce champ de bataille et faire subir au Sanctuaire les plus lourdes pertes humaines qu’il a connu… »
Les flammes qui jaillissaient de son corps se mêlèrent aux effluves de son cosmos pour former un astre : « Human Torch ! »
Dès lors, l’énergie produite par sa sphère de feu agit comme un aimant et commença à attirer vers lui les objets les plus légers.
Suivirent quelques cadavres alentours.
Apodis, Marin et Orphée durent se faire lourds sur leurs appuis pour ne pas être embarqués.
Orphée prit donc les devants : « Berserker, ta cause est noble mais contraire à la nôtre. Tu souhaites imposer ta paix et ramener les hommes à la raison, en brisant ce qu’Athéna a protégé depuis des millénaires, des vies. Aujourd’hui tes hommes s’écroulent tandis que les nôtres se relèvent. La victoire est acquise en notre faveur. Je n’ai pas l’intention de te laisser détruire tout cela. Je sens que ton corps et ton c½ur souffrent. Je vais donc les apaiser en jouant de ma lyre. Tu vas sombrer dans un profond sommeil. Les notes que je te destine vont soulager ton esprit et ainsi ralentir les battements de ton c½ur à tel point qu’elles annihileront totalement tes flammes. »
Antiochos voyait ses membres se désintégrer sous la chaleur de son attaque.
D’abord ses mains et ses jambes.
Son esprit n’allait plus faire qu’un avec cette technique. Orphée devait faire vite.
Une douce sérénade retentit donc dans les airs.
Elle parut comme un doux appel au calme.
Néanmoins, pour Antiochos, elle représenta une réelle contrainte puisqu’elle amoindrit l’étendue de sa lumière.
Son soleil commença à se réduire en un vulgaire feu de bois, alors que son corps refroidit.
Peu à peu, la boule de feu laissa apparaître un homme brûlé au troisième degré.
Lévitant par l’émanation de son énergie, Antiochos regagnait doucement le sol.
N’ayant plus ni bras ni jambes, déjà calcinées, l’amenuisement de son cosmos le fit reposer étendu à terre. Incapable de la moindre réaction.
Tout le derme était lésé.
Il n’avait plus de cheveux.
Sur son visage on ne pouvait plus distinguer ses yeux, de sa bouche, de son nez ou de ses oreilles.
Sa peau était noire, carbonisée.
Ses expirations s’apparentèrent davantage à des gémissements de la douleur.
Sa tentative a coupé court au moment le plus technique. Le plus pointilleux. Là où il devait se débarrasser de son corps de chair afin que son cosmos ne fasse qu’un avec la sphère de flammes.
Orphée n’interrompit pas sa sérénade pour autant.
Bienveillant, il espérait abréger au plus vite de telles souffrances. Il murmura graduellement : « Death Trip Serenade. »
Dès lors, la douleur ne sembla plus préoccuper Antiochos. Des larmes coulèrent le long des joues d’Orphée tandis que Sinir, le cheval du Berserker, s’approcha de son maître agonisant. Sans même pouvoir regarder sa monture une dernière fois, Antiochos lui fit ses adieux : « Je compte sur toi Sinir pour transmettre mon message… merci pour toutes ses chevauchés que nous avons réalisé ensemble mon fidèle compagnon… »
Orphée cessa de jouer : « C’est terminé, Antiochos Berserker d’Arès vient de rendre son dernier souffle. Mon requiem l’a accompagné dans la mort en l’aidant à faire abstraction de la douleur. »
Sinir fit quelques cabrioles en hennissant, comme s’il rendait hommage à son cavalier.

Apodis aida Marin à se tenir droite et observa en sa compagnie l’étendue des dégâts.
Il devait rester une bonne centaine d’Athéniens. Ils aidaient les blessés à tenir bon, ou terrassaient les derniers soldats d’Arès qui se traînaient au sol pour fuir.
Orphée gagna une des tourelles jointes aux remparts qui tenait encore debout.
Du haut de celle-ci, il prit une forte aspiration : « Soldats, Saints, mes frères ! Le soleil ne tardera pas à se lever d’une couleur rougeâtre une fois encore. Vous portez sur votre corps le sang de nos compagnons ainsi que celui de nos ennemis. Nous avons tenu le Sanctuaire tandis que nos Saints d’or affrontent Cronos ! Je ne sais comment vous remercier d’avoir tenu aussi longtemps, alors que la situation fut plus d’une fois critique. Athéna a béni vos vies. Soyez-en fier ! »
Tous les hommes levèrent leurs bras en l’air en hurlant : « Gloire à Athéna ! »

Après cette rapide scène de liesse, comme tous les soldats, Apodis aida les blessés.
Un à un, au bénéfice du lever du jour, les prêtres mandatés par le Pope ainsi que les villageois bénévoles vinrent rapatrier les estropiés dans leurs villages et soigner les multiples plaies qui couvraient leurs corps.
Les ferrailleurs et les forgerons suivirent. Ils chargeaient leurs mules de casques, boucliers et pièces d’armure des soldats sur ordre d’Orphée. Rien ne devait être négligé et ces métaux, à nouveau travaillés, formeraient quelques semaines plus tard, les nouvelles armes de l’armée athénienne.

Apodis soulevait des centaines de cadavres pour les identifier.
Les rescapés entassaient ceux des forces d’Arès au milieu d’un gigantesque brasier alimenté par leurs catapultes, béliers et autres armes en bois. Tandis que des charrettes transportaient les malheureux du camp d’Athéna, afin qu’ils soient identifiés auprès de leur famille pour ceux qui en avaient une.
C’est avec joie qu’Apodis remarqua Klaus, le grand représentant des prêtres en personne, prodiguer des élixirs à Cliff et Pullo. Ces camarades avaient survécu.
Le jeune chevalier se précipita vers eux et ôta le casque de sa Cloth pour converser en attendant qu’ils soient ramenés dans les temples. Ces prieurés, disséminés partout dans le domaine, peuvent servir au quotidien de dispensaires. En tant de guerre, ils deviennent de véritables hôpitaux.
Enfin, quelqu’un vint soulever leurs brancards pour les conduire jusqu’au village en ruines de Paesco, aménagé pour l’occasion en un grand centre de soin sous des tonnelles dressées par des villageois comme cela devait être le cas dans les villages des frontières du Nord où la bataille s’était aussi achevée.

Au niveau des murailles, Apodis aperçut quelques soldats encercler Sinir.
L’animal refusait de se laisser monter.
Apodis ramassa son casque et atteignit la cohorte pour les sommer d’arrêter.
Un autre soldat commençait à ramasser la triste dépouille d’Antiochos.
Apodis comprit alors le comportement de Sinir : « Lâchez cet homme. Il est la cause du tourment de ce cheval. »
Apodis caressa alors la crinière de Sinir et agrippa son harnais pour le faire avancer jusqu’à son maître. Enfin, il chargea le cadavre d’Antiochos sur Sinir et d’une tape sur sa croupe, le laissa partir au galop avant qu’il ne disparaisse dans un nuage brumeux.
Apodis se plut à croire que Sinir avait retrouvé le chemin qui conduisait à l’Aréopage, temple d’Arès où le dieu aurait offert des funérailles dignes pour Antiochos.
_ « Tu as un grand c½ur Saint de bronze, l’interpella Marin en fine observatrice. Quel est ton nom ?
_ Je me nomme Apodis, fils de Fronti… »
Apodis reprit la fin de sa phrase en fixant ses jambes comme au garde à vous : « Je suis Apodis, fils de Mujakis et Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. »
Elle tendit alors sa main vers lui et serra la sienne chaleureusement : « C’est avec un immense plaisir que moi, Marin de l’Aigle, j’ai combattu à tes côtés. »
Marin soutenait Circinus sous le bras. Circinus félicita à son tour son nouvel allier : « Tu as été épatant jeune guerrier. Je suis convaincu que Pajaros est mort le sourire aux lèvres en sachant qu’un brave garçon comme toi allait prendre sa relève. »

Arrivée du village, la belle Eurydice courut jusqu’à Orphée et lui sauta dans les bras.
Ce romantique spectacle réchauffa le c½ur de tous.
Apodis s’approcha d’eux, d’un pas beaucoup plus décidé que lors de leur première rencontre.
_ « Alors voici celui qui m’a sauvé de l’épée de flamme, le flatta Orphée. Tu as donc retrouvé l’inspiration suffisante pour déployer tes ailes, jeune poète. »
Apodis sourit fièrement et, sans se retourner, perçut la présence de Netsuai : « Vous ne me prendrez pas par surprise cette fois jolie demoiselle au ruban de soie. »
Malgré ses nombreux hématomes au visage, Apodis se tourna pour lui offrir un charmant sourire. Il tendit son poignet gauche et défit sa Cloth pour montrer à la jeune s½ur d’Eurydice le tissu qu’elle lui avait enroulé avant la bataille.
Les regards des deux jeunes enfants s’entremêlèrent et dégagèrent un sentiment mêlant affection et remerciement.
Orphée se défit de l’étreinte d’Eurydice avec tendresse et annonça à Apodis : « Nous devons remonter auprès du Pope. Tous les Saints ayant participé à la bataille doivent s’agenouiller devant lui et lui rapporter les faits marquants. Tu dois me suivre et te présenter à lui comme étant son nouveau Saint de bronze ! »
Flashback

Inopinément, un Hébéïen fait chuter du matériel et sort Apodis de ses songes : « Bateau en vue ! »
Le Saint de bronze soupire, ses souvenirs sont ceux d’une époque désormais perdue…

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