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Only for Love / Chapitre 27
« on: 29 January 2012 à 22h19 »
Chapitre 27

Au Sud de l’île d’Yíaros, sur le port, le campement athénien est établi.
Sous la tente la plus imposante du camp, teintée de rouge et orné en son centre d’une statuette en or d’Athéna tenant Niké dans son bras, Aldebaran est attablé à un guéridon.
Un verre de vin dans la main droite, son casque aux cornes acérées maintenue dans la gauche, le Brésilien observe son homologue Shura.
Le Capricorne, un genou au sol, le casque sous le bras, termine de répéter les saintes paroles prononcées par un prêtre qui dirige ses mains au ciel en célébrant Athéna.
Après une demi-heure et trois verres, Aldebaran assiste enfin à la fin du rituel et se retrouve désormais seul à seul avec l’Espagnol.
_ « Je t’en sers un ?
_ Juste avant cette tentative ? Ça ne serait pas raisonnable.
_ Tu as raison Shura. Tu m’excuseras alors, mais j’avais besoin de ça pour tenir le coup avec la présence de ce prêtre, rit à pleins poumons Aldebaran !
_ Il est vrai que tu préfères prier seul et de façon plus succincte.
_ Athéna n’a pas besoin de grands discours, juste de fidélité. »
Devant leur tente, ils entendent les cliquetis d’autres armures qui se réunissent.
_ « Es-tu certain qu’attaquer si vite notre ennemi est une bonne idée, s’inquiète Aldebaran ?
_ J’aurai cru le comité d’accueil plus important sur le port. Cela signifie qu’ils n’ont plus d’hommes. Investir le Centre de l’île ne sera qu’une partie de plaisir, sachant qu’Apodis attirera l’attention sur lui en attaquant le Nord Est, tempère Shura.
_ Dans ce cas nous ferons comme prévu. A l’aube, je te rejoindrai au Centre de l’île avec nos hommes pour en prendre définitivement le contrôle. Seuls quelques soldats resteront sur le port pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de tentatives de fuites des Hébéïens.
_ Il n’y a pas de raison qu’il y en ait. S’ils se montrent fidèles à Athéna alors ils vivront heureux sous notre occupation. »
Le drap de leur tente est ouvert par Babel qui ôte son casque et s’agenouille : « Seigneur Aldebaran ! Seigneur Shura ! Moi Babel Saint d’argent du Centaure vient vous informer que nos troupes sont prêtes. Philémon Saint de bronze du Lièvre a réuni quatre-vingt soldats près à suivre vos ordres Saint du Capricorne. Trente autres affûtent déjà leurs armes, pour vous suivre demain matin Saint d’or du Taureau. Les hommes restants sont déjà sous le commandement de Ptolémy Saint d’argent de la Flèche afin de veiller sur le port. »
Shura ajuste son casque et déclare : « Dans ce cas, ne les faisons pas attendre ! »
Il se retourne et serre fermement la main de son camarade Aldebaran qui lui sourit aimablement.


Plus haut, au Centre de l’île d’Yíaros, torches éteintes, un groupe de soldats conduit par Baucis emprunte la direction du Nord Est.
En quête de revanche après avoir perdu le contrôle du port plus tôt dans la journée, Baucis compte sur les renseignements de Yakamoz pour reconquérir les bonnes grâces d’Hébé.

Tout en les observant partir en mission, le grand cardinal des prêtres d’Hébé, l’homme qui a recueilli Saga et Kanon lorsqu’ils étaient enfant, Acis, converse avec l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, ¼dipe : « Penses-tu que confier cette mission à Baucis, qui a perdu près de soixante-dix hommes sur le port cet après-midi, soit une bonne idée ? »
Dépourvu de ses cinq sens, ¼dipe répond en faisant retentir son cosmos dans l’esprit d’Acis.
_ « La perte d’Androgée Alcide du Taureau de Crète l’a beaucoup affectée. Une grande complicité les liait, elle se sent responsable de sa mort.
_ Justement, elle est à peine remise de ses blessures et elle n’a en tête qu’un esprit de revanche.
_ D’après ce qu’a dit Yakamoz, le Saint de bronze de l’Oiseau du Paradis qui conduit cinquante hommes est ici dans le but d’assouvir lui aussi un désir de vengeance. Il nous pense responsable du décès des siens. Sur le port, Baucis avait moins d’hommes que les Athéniens. Nous n’étions que cent soldats et deux Alcides, contre cent cinquante soldats et sept Saints. Ce soir, Baucis conduira la trentaine de survivants de cet après-midi, ainsi que vingt soldats parmi la cinquantaine restée dans la cité auprès d’Hébé dans la journée. Elle aura cinquante hommes contre vingt-cinq… »
Acis grimace en réalisant qu’il ne reste plus qu’une trentaine de soldat hébéïens restés présents pour veiller sur le Centre de l’île.

Derrière eux, à l’intérieur du Parthénos, Juventas observe Hébé.
La déesse reste les yeux fermés, assise sur son trône, à attendre la suite des évènements.
Juventas, elle, angoisse. La veuve d’Iphiclès est persuadée que l’invasion des Athéniens au Nord Est n’est qu’une diversion qui leur sera fatale.


Pendant ce temps, à l’Ouest du Sanctuaire d’Athéna, en marge des incidents d’il y a trois jours, un rassemblement privé a lieu en l’honneur de la future victoire athénienne sur Yíaros, dans la maison de Misty Saint d’argent du Lézard.
Tandis que dans les villages alentours, on reconstruit les maisons endommagées et on fait le deuil des victimes de la tentative d’invasion d’Hébé, le Français a convié ses habituels amis à une fête où seuls les personnalités les plus importantes, les plus belles et les plus désirées du domaine sont présentes.
A l’affût du général Gigas, qui récuse toute manifestation de ce genre, une vingtaine de personnes s’est réunie chez le Saint d’argent, afin de se livrer à la débauche et aux excès de la table et de la boisson.
Dans sa toge blanche et légère, qu’il ne porte que pour les occasions de ce genre, Misty tape dans ses mains pour accompagner les plus beaux esclaves du domaine, hommes ou femmes, dans leurs déhanchements, sur les airs joués par quelques musiciens fanfarons des auberges alentours.
A table, Docrates et quelques riches marchands rient des témoignages de Jamian qui évoque avec humour ses mésaventures journalières. Le Saint d’argent du Corbeau, vêtu d’un pantalon noir et d’un maillot sombre délavé, garde son bras autour du cou d’une jeune servante de Misty avec laquelle il envisage de passer une agréable soirée.
Astérion, jeune veuf d’Agena, se console avec son camarade Moses en compagnie de filles de paysans, tandis que Dante et Capella, encore sous le choc de leur affrontement contre un Alcide, préfèrent manger grassement les plats préparés devant eux par les esclaves. Esclaves que Dio ne cesse de mépriser sous l’influence de l’alcool. Ses fidèles comparses, Sirius et Algethi jouent aux cartes avec Arachné, ainsi que quelques soldats et des filles de commerçants déjà bien éméchés.
Avachi sur une couche dans une robe sénatoriale qui n’est serrée à sa taille que grâce à un ceinturon de cuir, Algol déguste les succulents mets en compagnie de son camarade Spartan aux plaies encore fraîches. L’expert en télékinésie peut à peine lever le bras après son affrontement contre l’Alcide ¼dipe, mais tient cependant à profiter de ce genre de soirées qui deviennent rare au Sanctuaire.
Affublé d’une longue et ample robe en coton de couleur pourpre, le mercenaire ne perd pas des yeux la servante qui vient de leur déposer un plateau de pilons de poulet au miel. Cette femme aux cheveux courts, lisses et noirs, fait le service en tenue d’Eve comme l’exige Misty son propriétaire. Sa peau brunie par le soleil de Grèce garde quelques traces blanches cicatrisées, laissées par le fouet de son maître.
Tandis qu’il évoque les bienfaits de la politique actuelle du Grand Pope, Algol sent l’attention de son ami se dissiper. Il comprend vite la cause en remarquant cette jeune femme qui baisse les yeux chaque fois qu’un noble invité la toise.
Le Saint d’argent de Persée se lève alors sans mot dire et se dirige vers les chaudrons où les autres serviteurs préparent la nourriture qui est à chaque fois gaspillée par les convives.
Dio, un pichet de vin à la main, les yeux mi-clos, ricane tout en giflant un des cuisiniers pour l’unique raison que celui-ci ne va pas assez vite à son goût.
A ce moment l’esclave sur laquelle Spartan a jeté son dévolu, approche du malheureux souffre-douleur pour que celui-ci remplisse un nouveau plat. Le chevalier de la Mouche lâche le misérable et commence à poser ses mains vicieuses sur le corps soumis. La domestique ne dit rien, elle baisse simplement les yeux et ne bronche pas, telle est la volonté de Misty.
Dio sent subitement son bras être cramponné et repoussé en arrière. Grisé par l’alcool qui coule à flot, il met du temps à se tenir droit pour distinguer le gêneur : « Qui es-tu pour oser me repousser ainsi ? »
Algol prend dans ses bras la femme et pose un regard froid vers son pair.
_ « Algol Saint de Persée !
_ Algol ! Je ne t’avais pas reconnu ! Sache que cette femme est à moi !
Algol pointe du doigt le cuisinier avec lequel jouait Dio auparavant : « Faux ! Spartan a posé son dévolu dessus en premier alors que toi tu t’amusais à jouer avec ce laquais. Le vin te monte à la tête Saint de la Mouche. Je te propose de jouer à nouveau avec lui et de venir nous rejoindre partager notre eau lorsque tu auras recouvré tes esprits. »
Personne ne prête attention à l’échange entre les deux hommes. Dio, bien qu’émoustillé, sait qu’il ne faut pas se frotter ainsi à un des plus puissants Saints de son ordre. Il le laisse partir en frappant sur la fesse le valet qu’il ennuyait auparavant : « Va Algol ! Garde ton eau et emporte cette femme ! »
Algol sourit et conduit l’esclave qu’il garde à bras jusqu’à Spartan qui l’attend en souriant avec timidité.
Algol finit de vider sa coupe d’eau et laisse son camarade pour ne pas le déranger.
Le Saint de Persée passe sa main dans son opulente chevelure et quitte la demeure de Misty à qui il baise amicalement la joue avant de sortir afin de le remercier de l’invitation.
 
Le Saint remonte paisiblement les villages de l’Ouest et s’aventure dans le Centre du domaine, dans la ville d’Honkios.
Il emprunte la direction Est de la ville pour débarquer aux limites du camp d’entraînement des femmes chevaliers.
Il s’assied sur une pierre et fixe l’orée du bois qui appartient à ce lieu interdit aux hommes.
L’arrogant chevalier d’argent ferme les yeux l’espace d’un instant et respire à pleins poumons.
Lorsqu’il reprend ses esprits, il déclare à voix haute : « Ce lieu a conservé l’odeur de sa peau. »
Une femme chevalier aux cheveux vert sort de l’ombre et reconnaît son camarade.
_ « Algol ?! Cela fait un moment que je ne t’ai vu. Que viens-tu faire ici ?
_ Shaina… Tu sais… Au village voisin… Misty et ses fêtes habituelles… J’avais espéré m’y vider l’esprit, mais je garde son visage au fond de mon c½ur. Vois-tu Shaina, c’est sur ce banc de pierre que nous nous sommes embrassés la première fois Hasu et moi.
_ Oui, je sais. Elle t’aimait beaucoup.
_ Hélas elle l’a suivi lui. Elle n’est pas allée au bout de son apprentissage de femme chevalier uniquement pour accompagner ce chevalier d’or, Shaka de la Vierge.
_ Le Grand Pope a accordé un pèlerinage à Shaka et ses partisans. Elle a abandonné la voix de la violence pour devenir prêtresse, voire Saintia. Elle pensait que suivre la sagesse de Bouddha l’aiderait à y parvenir. Elle estimait qu’ainsi elle servirait mieux Athéna.
_ Oui, la fidélité envers sa déesse avant tout. Hélas, j’ai un mauvais pressentiment. Dans un courrier que nous a adressé un messager, il était dit que Shaka et ses disciples allaient bientôt être de retour et que Hasu avait été faite Saint de bronze de la Couronne Australe. Elle qui a abandonné la chevalerie revient sacrée chevalier ! Je suis sûr que l’influence de Shaka y est pour quelque chose. Crois-tu que ses sentiments pour moi sont toujours aussi forts ?
_ L’amour entre un homme et une femme reste une situation bien mystérieuse. Pour ma part je ne saurai m’avancer à ce sujet. Rentre chez toi maintenant Algol. Demain tu iras mieux. »


Plus haut dans le domaine, une voix roque répond à une autre dans la salle d’audience du palais papal.
Le maître des lieux est assis sur son siège et fixe un chevalier accroupi, casque en main.
Le jeune homme affiche une maturité qui le vieillit par rapport à ses seize ans. Ses cheveux épais couvrent son front et descendent bas dans sa nuque ainsi que jusque sa mâchoire. Son menton carré, son nez épaté et ses petits yeux noirs, témoignent de la frayeur qu’il inspire habituellement.
Couvert par la Cloth de bronze du Toucan qui cuirasse son corps d’un plastron et d’une ceinture rouge, de jambières et d’avant-bras cobalts, il incline sa tête et assure : « Oui Majesté ! Je suis bien l’élève de Lilium Saint de bronze de l’Octant qui instruit à des apprentis chevaliers au camp d’Oran en Algérie. Je suis Taishi Saint de bronze du Toucan, arrivé hier au port d’Athènes depuis celui d’Oran où j’ai voyagé incognito. J’ai été accueilli à mon arrivée au Sanctuaire par notre Général en chef, Gigas, qui m’a informé de la mission que vous me confiez et de la situation en mer Egée.
_ Lilium m’a rapporté par messagers que tu étais un Saint courageux et volontaire.
_ Je ferais tout, Majesté, pour être à la hauteur des attentes de notre déesse Athéna.
_ A l’heure actuelle je perçois notre armée investir le Centre de l’île d’Yíaros. A cette occasion j’ai dépêché deux Saints d’or accomplir cette attaque. Toutefois, je préfère savoir nos Saints d’or près d’Athéna, c’est pourquoi je t’envoie ainsi que trois autres Saints de bronze sur Yíaros pour y maintenir l’ordre et faire respecter nos lois.
_ Entendu Votre Majesté. Avec qui ferais-je équipe ?
_ Tu seras accompagné d’Anikeï de Cassiopée, de Carina de la Carène du Navire et de Lena de la Boussole. Sur place resteront Philémon du Lièvre et Apodis de l’Oiseau de Paradis. Vous serez six Saints de bronze, soutenus par les soldats déjà sur place. Ce sera suffisant je pense.
_ Si vous le pensez Majesté, ça ne peut-être alors qu’évident à nos yeux. »
Saga se lève de son siège, imposant un respect que lui rend Taishi, en s’inclinant davantage au sol.
Le Grand Pope avance jusqu’à l’ancien camarade de Jabu en Algérie et lui tend le bandeau rouge qu’il a pris à Iphiclès juste avant que l’Alcide ne décède dans la maison du Taureau.
_ « Taishi, j’aimerai ta confier une autre tâche.
_ C’est un honneur mon Seigneur.
_ Je veux que tu remettes ce ruban à Hébé. J’ai conscience que l’approcher sera une tâche ardue car à l’heure actuelle, je la sais barricadée dans son temple.
_ Est-ce là une astuce pour lui ôter la vie Majesté ?
_ Malheureux, perd aussitôt son sang-froid Saga ! Otez la vie à un dieu n’est pas chose aisée ! Seuls les chevaliers d’or ont accompli ce miracle contre les Titans sachant que ceux-ci ne disposaient pas de tous leurs moyens ! Non, je préfère la savoir cachée dans son temple à regretter le sacrilège qu’elle a commis en s’attaquant à Athéna. Je veux la savoir l’esprit torturé pendant que notre peuple se venge des malheurs subis ici en rendant la monnaie de leur pièce au sien. Nous statuerons sur son sort plus tard.
_ Pardonnez mon impudence Votre Eminence.
_ Tu es plein de fougue. J’aime ça et j’accepte tes excuses à l’égard des dieux. Lorsque tu donneras ce ruban à Hébé, je veux que tu lui délivres ce message. Dis-lui expressément que le passé ne peut être oublié et que le chagrin ronge les amis d’antan. ».
En prononçant ces paroles, Saga ne peut contenir les trémolos de sa voix en souvenir à l’amour qu’il a partagé avec elle durant leur jeunesse…


A l’Ouest, dans le village où se situe la demeure de Misty, Anikeï, l’Ukrainien qui a suivi le même enseignement que Shun, marche les bras le long du corps.
Dans son vieux maillot jaune rapiécé et son pantalon blanc troué aux genoux, le slave légèrement plus grand, baisse les yeux sur Carina durant leur balade nocturne.
Les deux jeunes Saints de bronze sont arrivés au Sanctuaire que découvre pour la première fois le svelte garçon aux traits efféminés.
Il suit Carina qui a déjà eu l’occasion de remplir plusieurs missions en Egypte et qui a déjà fait le relais ici, au domaine sacré, lorsqu’elle revenait d’Afrique pour rejoindre sa Sibérie natale.
L’allure chétive de cette demoiselle, au visage caché sous un masque havane, la rend gracieuse dans sa jupe marron qui ne descend pas plus bas que ses cuisses fermes. Ses tibias sont couverts par des bas blancs et ses chevilles sont surélevées par les hauts talons de ses chaussures. Sa fine taille est habillée d’un épais pull blanc qui épouse malgré tout sa poitrine rebondie.
Tenant chacun à dos leurs Pandora Box, les deux chevaliers de bronze témoignent de leurs durs entraînements et s’échangent les raisons qui les ont poussés à vouer fidélité à Athéna.

En passant près de la maison de Misty, Anikeï remarque un invité sortir nu, en compagnie d’un esclave qu’il caresse lascivement, en espérant ne pas dévoiler aux autres convives son homosexualité.
C’était sans compter sur la présence des deux Saints de bronze.
_ « Apparemment ils savent s’amuser au Sanctuaire, sourit Anikeï.
La blonde aux mèches brunes fait glisser dans son dos ses cheveux qui tombent à hauteur des épaules en déclarant : « N’est-ce pas la meilleure façon de chasser les démons qui nous hantent la nuit, après avoir accompli nos difficiles missions ? »
Interpellés par les messes basses des deux camarades, les convives rentrent alerter Misty que des rôdeurs les épient.
Le fringuant Saint d’argent sort immédiatement en compagnie de Docrates qui dresse déjà son poing vers les inconnus : « Qui êtes-vous pour vous aventurer dans ce village ? »
Misty admire le visage effilé d’Anikeï et calme le mercenaire en posant sa main sur la sienne : « Allons mon ami, ne remarques-tu pas ces deux Pandora Box sur leurs dos. Ils sont des nôtres, voilà pourquoi aucun garde ne nous a alertés. »
Anikeï est aussi admiratif envers Misty que le Français l’est pour lui : « Je suis Misty Saint d’argent du Lézard et grand Capitaine de l’armée athénienne. »
Les deux Saints de bronze s’inclinent immédiatement.
_ « Je suis Carina Saint de bronze de la Carène du Navire et voici Anikeï Saint de bronze de Cassiopée.
_ Nous avons été appelés par le Grand Pope pour renforcer nos positions sur Yíaros. Nous quittons demain dès l’aube le Sanctuaire pour accomplir notre destinée Seigneur Misty. »
Misty est ravi et tape dans ses mains : « Allons, allons, pas de Seigneur cette nuit. Ce soir j’organise justement un repas en l’honneur de nos amis déjà sur place. Il serait donc tout naturel que vous vous joignez à nous, afin de nous faire profiter de votre présence. De nombreux pairs sont à l’intérieur, ce sera un moyen pour vous de mieux vous intégrer à notre chevalerie. »
Anikeï et Carina se redressent. Carina, la première, hésite : « Ce serait un véritable plaisir Seigneur Misty mais… »
Misty fixe Anikeï avec lequel il échange un regard concupiscent : « J’insiste vraiment pour vous avoir à notre table. »
L’élève d’Albior, qui n’a jamais caché à Shun ses sentiments pour lui durant sa formation, ne bronche pas, au contraire, il sourit chaleureusement à son supérieur : « Dans ce cas, nous sommes vraiment ravis de vous suivre Seigneur Misty. »
 
Très vite, à l’aube de partir pour Athènes, Carina s’est détendue à la table de Docrates où elle rit aux éclats en entendant les âneries de Jamian, tandis que d’un mot à l’autre, Misty et Anikeï en sont venus à s’échanger quelques baisers sur les couches disposées dans le logis.
 
Au Centre de la cité, dans le onzième palais du zodiaque, Camus et Lena ont réendossé leurs armures.
Dans quelques heures, Yíaros sera le point de chute de la Russe qui fait ses adieux à son éternel amour secret…


Au même moment, dans le centre de la ville aux habitations couvertes de neige d’Arviat, au Canada, la voiture rouge de Vasiliás est stationnée face à un chalet surélevé par des pilotis d’au moins un mètre.
L’intérieur de la demeure est convivial. Les murs de la pièce principale sont tapissés de photos de Vasiliás, Bian, Dolly et Ariel. La décoration est sobre en raison d’une maigre surface habitable.
 
Les pieds nus sur le carrelage des sanitaires qui jouxtent sa chambrette, Bian fait couler sa douche pour faire venir l’eau chaude et remplir la pièce de buée le temps qu’il retire ses loques rapiécées.
 
De l’autre côté de la salle de bain, à l’opposé de celle de Bian, se trouve la chambre commune d’Ariel et Vasiliás.
Encore enroulée dans leurs draps de soie, la belle employée du dispensaire regarde avec des yeux remplis d’affection, le physique parfait de son amant de toujours.
Celui-ci se tient debout et récupère ses vêtements qu’il avait déposés sur un valet de chambre.
La pièce est lumineuse grâce aux murs blancs baignés par le jour qui traverse la grande fenêtre de la chambre. Le mobilier en rotin ne comporte pas un grain de poussière et chaque chose est rangée de façon millimétrée.
Vasiliás s’admire en même temps que sa compagne dans la psyché que lui renvoie le reflet de son corps travaillé depuis sa plus tendre enfance.
Son regard se fige sur le tatouage qui dessine du bas de sa hanche droite jusqu’au haut de sa cuisse un lion à la crinière épaisse. Ses ailes d’ange sont déployées, des cornes d’ivoires sortent de ses coudes et de sous ses genoux. L’animal est marqué d’une cicatrice à l’½il et arborent ses crocs acérés. Ce lion est le même que celui brodé sur la cape que Ksénia lui a laissé il y a près de onze ans.
Les souvenirs qui le hantent depuis son exil s’emparent alors à nouveau de lui et le renvoient neuf ans en arrière…

Flashback
Septembre 1976. Le soleil d’été brillait toujours haut dans le ciel, malgré l’approche de l’automne.
Les bouclettes des cheveux blonds de Vasiliás gouttaient de transpiration. Son torse aux pectoraux maintenant bien formés et aux abdominaux forts prononcés, luisaient, tant la sueur inondait son corps.
Arborant avec fierté ses tatouages, dont les significations étaient désormais connues de tous, attisant la rage de ses concurrents à l’armure d’or du Lion qui n’étaient guère plus légion à présent, Vasiliás affichait un sourire de satisfaction dans une arène de l’Est du Sanctuaire, où il était venu défier un prétendant à la Cloth, quelques semaines avant la finale contre Aiolia.
Le vaincu, couché sur le dos, le visage chargé d’ecchymoses, observait le seul dessin sur la peau de Vasiliás qui n’était pas entièrement dévoilé. Il s’agissait d’une crinière et d’une corne d’un lion marqué sur son corps et qui dépassaient de son pantalon à hauteur de la hanche.
Couvert de sable et de poussière, le malheureux avait le regard chargé de haine à l’encontre de l’Américain que certains huaient dans l’enceinte en ruine.
Vasiliás se tenait droit devant son adversaire qui attendait le coup de grâce.
_ « Alors ?! Qu’attends-tu pour m’ôter la vie ?!
_ Pour quelle raison devrais-je te tuer, parut contrarié Vasiliás ? Tu as été un redoutable adversaire et tu es soucieux des idéaux de paix pour cette planète.
_ Tu en as pourtant tué pour moins que ça en dehors même de l’arène !
_ Les renégats, les irrespectueux et les malfaisants ont été victime de la justice. Personne d’autre. La réputation qu’on a fait de moi est fausse.
_ Alors pour toi les fautifs n’ont pas le droit à une seconde chance ?
_ Il y a des lois, des règles de conduite et des valeurs à respecter. La seconde chance ne servirait qu’à laisser un répit aux coupables qui garderont dans le sang l’empreinte du mal. L’éradiquer à la source est la seule alternative pour offrir un monde meilleur. »
La quelque cinquantaine de spectateurs, soldats et Saints venus profiter de ce combat pour se divertir, commença à faire silence afin d’écouter le dialogue des deux rivaux.
_ « Voilà ce qui te pousse à devenir chevalier d’or, questionna le vaincu ?
_ C’est une des raisons. Le Sanctuaire a été trop absent de la vie politique du monde moderne. Aujourd’hui les gouvernements ne se soucient pas du rôle que nous avons dans l’équilibre du monde. Ils se font la guerre entre eux, privant les innocents de vivre dans la quiétude. Le Grand Pope est au-dessus des présidents et des monarchies. Agir dans l’ombre ne permettra jamais de ramener pleinement la paix et le respect sur cette planète. Le Grand Pope doit s’affirmer aux yeux de tous, être l’unique représentant de la loi planétaire qui prône les valeurs que nous, gardiens du Sanctuaire, devons véhiculer. Il doit être le Roi de la Terre. Si notre Grand Pope actuel n’y parvient pas, alors le Pope lui succédant, celui de notre génération, celui que je souhaite devenir en me vouant corps et âme à la chevalerie, accomplira cette destinée qui n’est plus que la seule alternative pour la sauvegarde de l’homme. »
L’assistance fut interdite par de tels propos.
Certains hommes furent outrés.
D’autres se mirent à applaudir.
Tout cela sous les yeux d’un jeune Libyen, messager personnel de Saga l’usurpateur au trône du Grand Pope…

Plus tard, dans le palais papal, le coursier du représentant d’Athéna vint lui rapporter les déclarations de l’apprenti chevalier.
Ce messager personnel de Saga était petit, son visage encore enfantin, sa sombre et opulente chevelure faisait ressortir ses petits yeux bleus foncés. Son corps tout entier était recouvert d’une lourde soutane semblable à celle que portent les moines dans les abbayes.
Agenouillé, le garçon d’à peine six ans attendait la réaction de son souverain, sans même oser lever les yeux vers celui-ci après lui avoir relaté les évènements.
Saga, dans la tenue du Pope Shion, le visage masqué, observant l’horizon depuis un balcon de son palais, tournait le dos à son espion.
Sa longue robe blanche frottait les dalles de ciment qui couvraient le sol de sa demeure. L’astre solaire se reflétait dans les yeux rouges de son masque violet. Ses cheveux gris sortaient de sous son casque doré, tandis qu’une de ses mains se dégageait de l’épais vêtement qui couvrait son corps afin de renvoyer d’un mouvement du bras le jeune garçon : « Merci beaucoup Ptolémy. Ton travail est remarquable. Depuis ton arrivée au Sanctuaire il y a un an, tu n’as cessé de m’impressionner. Ton professeur m’a révélé qu’il existait en toi de grosses capacités cosmiques qui embrasent les étoiles de la constellation de la Flèche lorsque tu concentres ton cosmos à son paroxysme. L’armure de la Flèche est détenue par un chevalier d’argent qui veille sur un camp d’apprentis à Thèbes, en Egypte. Je demanderai à ton professeur qu’il te conduise là-bas jusqu’à ton nouveau mentor afin de faire de toi son successeur. »
L’enfant qui devait beaucoup aux hommes du Sanctuaire de l’avoir sorti de sa vie misérable en Libye et qui vouait une fidélité inestimable pour le Grand Pope qui l’avait immédiatement pris sous son aile, se redressa couvert de larmes : « Majesté, je ne sais comment vous remercier, je… »
Saga le stoppa aussitôt en le congédiant d’un ton charitable : « La meilleure façon de me remercier est de revenir auprès de moi comme Saint d’argent de la Flèche. Va à présent… »
Ptolémy fit une révérence et quitta sans plus tarder la salle où les gardes postés en faction fermèrent les portes laissant le divin représentant seul.
Saga ôta alors son casque, son masque et se libéra de sa soutane sous laquelle il était entièrement nu. Il avança dans cette tenue jusqu’à des thermes, disposés en fond de salle, dans lesquels il se laissa glisser avec une certaine volupté.
Assis, l’eau le submergeant jusqu’à ses épaules râblées, il remonta dans ses mains jointes de l’eau qu’il se passa sur le visage et remonta jusqu’à ses cheveux grisonnants qu’il recoiffa par la continuité de son mouvement.
Enfin, lorsqu’ils reprirent leur teinte bleutée originelle, Saga se parla à lui-même : « Vasiliás… Ce garçon a de l’ambition… Il me rappelle mon frère et moi… Ah… Kanon… Si tu étais encore de ce monde, que me conseillerais-tu ? »
Il resta un instant en l’attente d’une réponse que lui seul pouvait s’apporter : « L’ambition peut conduire à des actes blasphématoires, j’en suis moi-même la preuve. Avant de devenir Saint d’or du Lion, Vasiliás devra affronter un enfant du même âge. Le dernier obstacle à son sacre, le frère de mon vieil et regretté ami Aiolos… Faut-il vraiment que le destin du Lion soit si proche de mon secret ? Qui sera chevalier ? Le frère de celui qui voulut lutter contre moi ? Ou bien l’enfant idéaliste qui rêve de me succéder ? »

Plus bas, au Sud du domaine, à Rodorio, la foule s’agitait sur la place principale.
Les soldats traversaient l’avenue durant leur tour de garde.
Les enfants se couraient après.
Les femmes se hâtaient à un stand de marchand de fruit qui faisait le tour du domaine pour vendre le résultat de ses cultures d’un village du Nord du Sanctuaire.
Les hommes rentraient de leur journée de labeur dans les étables, de chez les artisans ou de chez les chevaliers pour qui ils travaillaient.
La routine journalière ne dérangeait pas outre mesure le jeune Vasiliás qui se relaxait après son âpre combat dans un tonneau d’eau qu’il remplit au petit matin par plusieurs seaux depuis la fontaine de la place et qu’il laissait réchauffer au soleil la journée.
A l’abri des regards indiscrets, dans le recoin d’une ruelle désertique, il défit ses sandales, son pantalon et ses bandelettes de papier. Puis il sauta, pieds en avant, dans l’eau devenue tiède.
Une fois à l’intérieur, il retira son caleçon sale qu’il frotta avec ses mains et mit à sécher sur une bordure de fenêtre à côté de lui.
Ces instants de relaxation étaient rares, même si depuis peu son instructeur le laissait poursuivre seul son apprentissage.
L’élève avait, depuis bien longtemps, dépassé le maître et Klok savait Vasiliás suffisamment mature et compétent pour s’émanciper de lui.
Toutefois, il poursuivit ses cours théoriques durant lesquels il lui apprenait les nombres, la lecture, l’écriture ainsi que les mystères de la chevalerie.
En plus d’être doué au combat, Vasiliás présentait un génie mental très perspicace, surpassant bientôt, en plus de ses capacités de chevalier, les connaissances intellectuelles de son enseignant.
Néanmoins, Vasiliás continuait à se montrer obéissant et passionné par l’éloquence de cet homme aux très longs cheveux et au sourire inquiétant.
D’ailleurs, Klok ne tarda pas à rejoindre Vasiliás devant son bassin de fortune en le félicitant pour sa victoire.
_ « … Merci beaucoup Maître, mais tout cela n’aurait pu être possible sans vous.
_ Tu ne dois ta victoire qu’à toi seul. Tu as emmagasiné tellement de choses en si peu d’années… Tu me surpasses à tous les niveaux. Bientôt tu seras chevalier et tu seras mon supérieur hiérarchique.
_ Ne dîtes pas ça Maître. J’ai beaucoup à apprendre encore de votre expérience et jamais je ne pourrais me considérer comme vous étant supérieur.
_ Il le faudra pourtant. Mais avant cela, comptant sur ton bon c½ur et ton esprit de discernement, j’ai une faveur à te demander.
_ Je vous écoute Maître.
_ Tu es inflexible et obstiné. Quoi que je puisse faire ou dire cela ne t’écartera pas de ta volonté de devenir Grand Pope. Sache toutefois que l’ambition a mené bien des hommes à l’échec et que le recueil des pleins pouvoirs a toujours conduis des dynasties de rois à la mort. Voilà pourquoi depuis la nuit des temps le Grand Pope a tenu à se tenir à l’écart du monde contemporain et qu’il doit le rester. Son rôle est simplement de tenir les dieux hostiles hors de portée de la Terre. Pour le reste, les humains doivent d’eux-mêmes apprendre à vivre sans violence, dans le respect d’autrui. Les chevaliers peuvent parfois intervenir lors de missions secrètes, mais ce n’est pas leur rôle fondamental… »
Vasiliás écoutait avec attention son mentor bien qu’il était foncièrement opposé à ces propos. Le Saint de bronze de l’Horloge poursuivit : « … malgré tout cela, promets-moi que ton sens de la justice restera toujours aussi droit et que tu iras au bout de ton rêve pour l’amour, seulement pour l’amour des hommes sur cette Terre. »
Vasiliás baissa les yeux vers l’eau de son tonneau qui par ses mouvements déformait le reflet de son corps. Malgré l’allure difforme qu’il pouvait avoir, Vasiliás fixait le tatouage de sa hanche droite et revu l’espace d’un instant Ksénia, l’enfant belle et chétive qu’il avait rencontré deux ans plus tôt et qui lui inspira cette gravure sur sa chaire, celle qui symbolise la royauté du lion.
Alors, avec en tête l’image de cette rêverie que lui inspirait, depuis le jour de leur rencontre, à chaque instant, Ksénia, Vasiliás répondit d’un air enjoué : « Seulement pour l’amour… Je vous le promets. »
Flashback

Cette promesse solennelle retentit dans l’esprit de Vasiliás tout comme l’image de Ksénia qui le préoccupe davantage que sa tendre Ariel.
Cette dernière, défaite de tout tissu, arrive derrière Vasiliás et se plaque contre son dos. Les vingt centimètres d’écart entre leurs tailles ainsi que leurs carrures logiquement opposées donnent l’impression que le lion garde sous son aile d’ange l’être aimé…
 
 
Loin de là, sur Yíaros, dans le canal qui relie le Nord et l’Est de l’île, le silence est total.
Le navire d’Apodis remonte le long du bras d’eau avec à son bord les prêtres et les prêtresses accompagnés de l’équipage.
Sur la rive droite et la rive gauche, séparés en petits groupes, Apodis et ses hommes longent la berge dans l’obscurité. Ils n’ont pas allumé leurs torches afin de ne pas être remarqués.
Du côté de la forêt de l’Est, Pullo et Cliff suivent le sergent Apodis.
_ « Le plan des seigneurs Shura et Aldebaran va porter ses fruits, nous avançons sans même rencontrer âme qui vive dans ce détroit, félicite Cliff. »
Apodis n’a de cesse de se retourner et d’étudier les environs.
D’un côté, la montagne du Nord aux rochers assez grands pour dissimuler plusieurs soldats et de l’autre la forêt de l’Est, sombre et à la flore luxuriante, suffisamment touffue pour s’y camoufler.
Derrière, la mer Egée vers laquelle le navire ne peut retourner sans un vent favorable.
Devant, bientôt les bâtisses hébéïennes uniquement connu des religieux athéniens grâce à leurs nombreux pèlerinages en ces lieux.
Apodis, témoigne son inquiétude : « Au contraire, je crois qu’il va y avoir du grabuge. Ce lieu est un endroit idéal pour nous tendre une embuscade. »
Pullo renchérit : « Mes yeux d’aveugle ne me permettent pas d’examiner les environs, mais depuis notre arrivée sur l’île, je perçois d’étranges présences qui m’obsèdent. »
Cliff tâche de rester rassurant : « Vous vous faites du souci pour rien. Personne n’est au courant de notre présence et il n’y a aucune trace fraîche de pas sur le sol. L’ennemi est trop préoccupé par le débarquement de nos forces au Sud pour se douter que nous attaquons de ce côté. Aucune tour de garde ne borde le détroit que nous avons emprunté et le navire s’est tenu à l’écart de la côte le temps que nous fassions le tour de l’île. Il est certain que… ! »
Un sifflement venu de la montagne coupe aussitôt la discussion.

De l’autre côté du navire, celui qui berce la montagne, un Athénien tombe à terre, une flèche s’est logée dans son ½il et a traversé son crâne.
Aussitôt, sur le navire, un marin traverse le pont et vient à bâbord, du côté de la forêt, donner l’alerte à Apodis.
Le temps qu’il traverse, une flèche venue cette fois-ci de la forêt lui transperce le c½ur.
Apodis a vu venir la flèche mais n’a pu éviter le drame car aussitôt, de droite comme de gauche, d’autres projectiles suivent.

Cliff donne l’alerte : « Nous sommes tombés dans un guet-apens ! »
Pullo crie assez fort pour que des deux côtés chaque groupe entende les directives : « Soldats ! Levez les boucliers ! Regroupez-vous en carré et continuez à suivre l’avancée du navire le long du canal ! »

Immédiatement, Apodis, vêtu de sa Cloth de bronze, réalise un bond prodigieux pour atterrir sur le pont du navire et protéger de son cosmos le clergé et les marins qui observent les alentours.

Pendant ce temps, de gauche comme de droite, quelques Athéniens commencent à flancher sous les flèches, réduisant ainsi la surface des deux carrés militaires.

Une fois qu’il réussit à mettre tout le monde à l’abri dans les cales, Apodis choisit de concentrer son cosmos dans ses bras et de le projeter en direction de la montagne et du bois d’où sont tirées les flèches afin de débusquer leurs adversaires.
Cette ingénieuse idée oblige les Hébéïens à sortir de leurs tanières et à brandir les dagues.

Cuirassés dans leurs carrés, les Athéniens attendent les ordres de Pullo pour aller à la rencontre de l’ennemi : « Attendez… Encore… Encore… »

Les premiers Hébéïens de droite finissent de descendre de la montagne, une demi dizaine de miles les séparent des Athéniens…

Pullo réclame toujours plus de patience à ses hommes : « Encore… »

A gauche, les premières silhouettes hébéïennes jaillissent de derrière les buissons et sont à quelques pas des Athéniens de bâbord…

_ « Attendez un peu, freine ses hommes Pullo… »

C’est lorsque, depuis la gauche, Pullo sent les Hébéïens de droite proches des Athéniens du même côté qu’il lance la charge : « Portez pilum ! »

De chaque côté, le rideau hébéïen se heurte au mur athénien.
Ayant confiance en ses hommes de gauche puisqu’il combat avec quinze d’entre eux depuis toujours, l’Oiseau de Paradis choisit d’épauler les soldats de droite, contre les autochtones descendus des montagnes.
Un mouvement sur le côté…
Une flexion des genoux…
Un coup de poing dans l’estomac…
Une déflagration cosmique…
Apodis esquive et riposte facilement face à la garde hébéïenne contrairement à ses hommes qui sont de chaque côté en infériorité numérique.
A droite comme à gauche, les Athéniens sont trop faibles…

Soudain, une rafale cosmique repousse Apodis contre la coque du navire.
Le Saint de bronze observe son armure à l’éclat rouge vif et constate que son plastron écarlate est fissuré.
Il lève les yeux en direction de la montagne et remarque qu’un nouveau vent puissant s’abat sur lui mais aussi sur ses hommes cette fois-ci.
Apodis passe aussitôt devant le groupe qui n’est déjà plus composé que de douze soldats et fait écran avec son corps, encaissant toute la puissance ennemie.

Depuis les montagnes un éclat de rire machiavélique vibre dans l’atmosphère : « Ton sacrifice est inutile ! Bientôt tes soldats seront tous massacrés par les miens… Ah… Ah… Ah… »
Accroupi sur le sol rocheux, Apodis reprend son souffle et observe venir jusqu’à lui une femme aux courbes fort généreuses et à peine habillée sous sa Cloth beige et blanche fort endommagée.
_ « Qui es-tu ?
_ Je suis celle qui vengera mon peuple de la folie d’Athéna ! Je suis Baucis Alcide de la Biche de Cérynie et je vous tuerai tous ! »

En entendant cela, tous les Hébéïens qui affrontent les hommes d’Apodis à tribord s’écartent.

Baucis replie son bras gauche contre son imposante poitrine et dresse son poing droit devant la troupe athénienne : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Un déluge de flèches illusoires chargées de cosmos perfore de toute part Apodis qui ne peut protéger les douze Athéniens derrière lui.
Apodis s’encastre à nouveau contre le navire dont la coque se fendille.
Ses hommes s’écroulent un à un au sol, tués par les Flèches d’Héraclès.
D’un hochement de tête, Baucis fait comprendre aux Hébéïens qui l’accompagnent sur le côté droit d’investir le navire, avant d’aller porter le coup de grâce aux Athéniens qui s’opposent encore aux soldats du côté de la forêt.
De sous son casque semblable à un large diadème qui protège son front et descend jusqu’à son nez sous la forme d’un bec de couleur orangé, Apodis remarque impuissant l’étendue des dégâts, le bateau est maintenant investi par une vingtaine d’Hébéïens.
Tandis qu’il se dégage de la coque, il est chargé par Baucis qui l’insère totalement dans le navire cette fois-ci.
Elle retombe avec lui à l’intérieur du vaisseau, laissant un trou béant dans la carapace en bois qui prend maintenant l’eau.
Dans l’une des calles, Apodis se relève juste après Baucis qui essaie de le frapper au visage en lançant sa jambe en avant.
Apodis tourne sur lui-même pour éviter et réplique par un crochet du gauche en plein estomac de l’Alcide, faisant voler davantage en éclat sa Cloth.
Baucis recule et concentre sa cosmo énergie, pour frapper à nouveau son adversaire avec les Flèches d’Héraclès mais Apodis jaillit devant elle à toute vitesse et la cogne d’un uppercut en plein menton, lui faisant traverser le plafond et atterrir au niveau supérieur.

C’est dans ces autres niveaux, que les soldats de Baucis exécutent l’ensemble des religieux et des marins pendant qu’à bâbord, sur la berge, il ne reste plus qu’une poignée d’Athéniens face à des hébéïens déchaînés.
Pullo et Cliff sont acculés avec trois des leurs contre plus du double d’Hébéïens. Leurs protections sont lourdes à porter après les nombreuses entailles causées par les dagues adverses…

Dans le bateau, Apodis bloque le poing droit de Baucis avec son bras gauche et lui décoche un violent coup de tête en plein visage, fissurant à nouveau son masque de femme chevalier.
L’Alcide recule de trois pas et est retenue dans sa chute par une caisse en bois contenant des jarres d’eau et de vin.
Apodis poursuit ce corps à corps genou droit en avant en plein estomac. L’élan de Baucis emporte avec elle la caisse de vivre qui vole en éclat dans le fond de la calle.
Couverte d’eau, de vin et de morceaux de bois fendus, Baucis se relève et devance Apodis qui s’approche d’elle.
Surpris, le Saint de bronze adresse mollement une droite qu’elle bloque immédiatement. Elle passe le corps du Saint au-dessus d’elle et le renverse contre une des lourdes tables en bois de cet étage. Le meuble se brise en morceaux sous l’impact et Apodis est enfoncé dans le plancher.
Couché sur le dos, la tête aux pieds de Baucis, Apodis embrase en un éclair son cosmos et joint ses deux bras devant elle : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Surprise, Baucis est emportée par le puissant courant d’air invoqué par le Battement d’Ailes majestueux d’Apodis qui arrache toute une partie du navire et envoie Baucis en direction de la montagne.
En se redressant, il constate que sur son passage, Baucis a laissé de nombreux débris d’armure et de sang. Pensant la victoire acquise, il se retourne pour aller aider ses soldats encore vivants.
Quelle n’est pas sa surprise lorsque, une fois après avoir fait demi-tour, il se retrouve nez à nez avec Baucis qui a réussi à se dégager à temps de son arcane et qui s’est déplacée à la vitesse de la lumière jusqu’à lui.
Saisi, il balance son poids en arrière en espérant tenir la distance pour vite riposter.
Hélas sa réaction est trop lente et Baucis le surpasse.
Elle tourne autour de lui afin de créer une tornade dans laquelle il sent ses membres se tétaniser.
Au fur et à mesure que la tornade se transforme en tourbillon, les planches qui couvrent le sol, les murs et les étages supérieurs du navire s’arrachent et s’effritent pour prendre une forme sablonneuse qui érafle la peau d’Apodis et corrode sa Cloth.
Tandis que son corps est déchiqueté, il se sent être soulevé par la bourrasque et balayé comme un fétu de paille.
Devenu autonome, le Tourbillon de Sable de Baucis n’a plus besoin qu’elle lui donne de vitesse. Elle en sort pour le diriger avec ses bras.
 
Désormais immobilisé dans la rivière par le poids de l’eau qui l’a investi, le bâtiment voit ses niveaux supérieurs être totalement emportés.
Les corps des défunts matelots et des religieux sont broyés à l’intérieur du cataclysme, ainsi que ceux des soldats des deux camps qui combattent sur la berge.
Rares sont ceux qui arrivent à s’accrocher à quelque chose comme le fait Pullo, pour ne pas être emporté.
A l’intérieur du désastre, Apodis perd connaissance à mesure que sa peau se fait lacérer et que son armure se craquelle.
Baucis choisit de déclencher le véritable atout de cette technique en dégageant dans son poing le cosmos collecté par sa catastrophe.
Elle se lance alors à l’intérieur du Tourbillon de Sable et décoche au chevalier de bronze un violent coup de poing en plein c½ur : « Sand Swirl ! »
Le côté gauche de son plastron ainsi que son épaulette gauche explosent sous l’impact. Apodis est propulsé vers les étoiles d’où il ne redescend pas.

Les alentours de la rivière sont anéantis.
Du navire il ne reste que les calles submergées par les eaux.
La montagne est ébranlée.
Les arbres aux abords de la forêt sont déracinés.
Du Tourbillon de Sable de Baucis et de leur combat contre les Athéniens ne ressortent vivants que onze Hébéïens sur les cinquante conduits.
Comparés à Achille et ses mirmidons, Apodis et ses hommes font pâles figures dans ce guet-apens.
Achille semble avoir était vaincu et il ne reste que deux mirmidons dans un piètre état, Pullo et Cliff.
A peine relevés, désarmés et meurtris, les deux hommes sont tenus en joug par les dagues des soldats à l’armure et aux vêtements bleus.
Pullo grommelle : « Tuez-nous tout de suite. Nous ne parlerons jamais de toute façon… »
Un Hébéïen cogne Pullo avec le manche de son arme en pleine nuque pour le faire tomber au sol.
Cliff fait un pas pour aider son caporal, mais les pointes acérées des dagues pressent aussitôt sa poitrine pour l’en dissuader.
Baucis débarque dans le groupe et cogne le blondinet qu’est Cliff en plein estomac pour le faire tomber au sol.
Couché sur le dos, se cramponnant l’estomac, Cliff observe les étoiles.
Le pied de Baucis vient faire pression contre sa mâchoire : « Toi tu parleras ! Sinon je te briserai les os un par un ! »
Absorbé par la nuit, Cliff sourit sarcastiquement : « Vous n’en aurez jamais l’occasion Alcide… Un drôle d’oiseau vous en empêchera… »
Baucis remarque l’admiration qu’à le soldat à fixer la lune et lève les yeux dans cette direction.
Elle est tout de suite affolée quand elle reconnaît un oiseau aux ailes déployées venir vers eux.
La lueur de la lune ombrage davantage cet homme qui descend du ciel les bras grands ouverts, comme s’il volait dans les ténèbres de la nuit.
Ebahis, les Hébéïens ne réagissent pas tout de suite et observent l’arrivée impressionnante du Saint de bronze qui retombe seulement maintenant de la terrible technique de Baucis.
Cliff profite de la stupéfaction générale pour ramasser Pullo avec lequel il se jette dans la rivière…
Baucis reconnaît Apodis et recroqueville son bras gauche contre sa poitrine et dresse son bras droit contre l’Oiseau de Paradis. Concentré sur le Saint de bronze, elle laisse fuir les deux Athéniens et s’adresse à son adversaire qui tombe à pic : « Allez viens volatile de malheur ! Les Flèches d’Héraclès vont t’achever ! »
En l’air, les protections des doigts d’Apodis qui forment de longues griffes deviennent incandescentes.
Le Saint de bronze recroqueville ses coudes, tandis que les trente-neuf étoiles de sa constellation se relient dans le ciel et embrasent son corps.
Baucis et ses hommes croient voir un véritable Oiseau de Paradis se créer grâce à l’effluve du cosmos d’Apodis.
Les soldats restent hébétés lorsque le chevalier fond sur eux à grande vitesse avec ses serres affûtées et brûlantes.
Seule Baucis réagit : « Héraclès Hunting Arrow ! »
Tel un rapace, Apodis accélère sa chute, approchant l’ultime cosmos, passant au travers de toutes les Flèches d’Héraclès et décochant les serres brûlantes de l’Oiseau de Paradis : « Shining Apus Claw ! »
Semblable à une étoile filante, Apodis traverse le groupe à une vitesse incroyable, entamant au passage leurs corps, les amputant de leurs membres, tranchant en lamelles leurs panses, les décapitant et calcinant leurs peaux grâce à l’incandescence du cosmos qui l’enveloppe…
Il achève son atterrissage en s’écrasant au sol, à bout de force.

Seule Baucis est encore debout, le bras droit toujours tendu vers le ciel.
Une légère brise souffle sur elle et emporte en poussière son armure.
Son court bustier grenat s’arrache en son milieu, libérant encore un peu plus sa volumineuse poitrine.
Bon nombre de ses longs cheveux violets aux reflets clair, voguent avec son armure tandis que de nombreuses plaies s’ouvrent partout sur son corps. De fines et profondes plaies, desquels s’échappent de la fumée suite à la chaleur libérée par Apodis.
Brûlée et profondément incisée sur tout le corps, Baucis sent son masque se fendiller en deux de façon horizontale entre son nez et sa bouche, libérant ainsi son menton de tout artifice. Déjà démasqué par Philémon, la belle Alcide a failli perdre une fois de plus son honneur.
Elle le sait et soupir en s’écroulant enfin au sol pleine d’amertume : « Qu’importe d’être découverte après tout… J’ai encore échoué et… et… cette fois-ci personne ne viendra me sauver… »
Elle reste inconsciente sur le sable pendant que Pullo et Cliff sortent de l’eau et titubent jusqu’à leur sergent qu’ils essaient de relever.
_ « Apodis ! Apodis ! Reviens à toi vite ! Apodis, le secoue Pullo ! »
Les paupières d’Apodis tremblotent et s’ouvrent à peine : « Pullo… L’Alcide… Elle n’est pas encore morte… »
Cliff réagit : « Tu ferais mieux de penser à toi. Nous sommes les seuls survivants, il faut qu’on aille se cacher pour récupérer en attendant l’arrivée de nos amis. »

Une voix féminine et familière à Apodis les interpelle : « Vous n’irez nulle part ! »
Apodis redresse son buste difficilement pour trouver qui a bien pu prononcer cette affirmation.
Pullo et Cliff se mettent en position de combat et reconnaissent à distance la lumière d’une torche qui avance vers eux depuis la direction du Centre de la cité.
Cliff ramasse une dague hébéïenne sur le sol et la brandit en direction de la flamme : « Personne ne nous empêchera d’accomplir cette mission ! »
Instantanément, la lame se désagrège et une onde de choc repousse les deux hommes d’Apodis dans la forêt où ils retombent inconscients.
Apodis se tient sur ses coudes et ne peut plus se relever.
Ses yeux distinguent de mieux en mieux cette femme à la fine robe bleue azure, les cheveux et le visage cachés par un voile de la même couleur.
Autour d’elle brûle un cosmos qu’il reconnaît facilement.
Tout en crachant du sang, il fait part de sa joie : « C’est toi… Yakamoz de la Grue… Alors vous êtes parvenus jusqu’au Parthénos ! Nous avons gagné… »
Néanmoins la jeune femme ne répond pas, elle continue d’avancer et passe à côté du corps inanimé de Baucis.
Apodis gesticule du mieux qu’il peut : « Yakamoz… L’Alcide… Elle est toujours vivante… Achève-la… »
Yakamoz n’écoute pas Apodis et continue de marcher jusqu’à lui.
Derrière elle, il distingue dans l’ombre des silhouettes qu’il pense être celle de ses compères : « Mes amis… Pourquoi ne pas avoir allumé vos torches… Et… Et pourquoi avoir agressé mes hommes… »
Apodis réalise un effort insoutenable pour se redresser un peu plus durant quelques secondes. C’est là qu’il réalise : « Vous ! Mais alors… Qu’est-ce que… Yakamoz ?! »

Derrière l’amante d’Apodis et de Shura se trouvent cinq soldats hébéïens ainsi qu’¼dipe.
Yakamoz retire son voile et laisse Apodis admirer son visage : « Je te l’avais dit Apodis qu’un jour je vengerai l’affront que tu m’as fait en me faisant faussement croire à ton intérêt pour moi. »
Une larme coule sur le visage d’Apodis : « Toi… Tu… Tu nous as trahis… Pour ça ?! »
Le visage de Yakamoz est totalement défiguré par la haine.
_ « C’est Athéna qui m’a trahie ! C’est elle qui a trahie tous les hommes !
_ Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu es devenue folle !
_ Non ! Non, c’est elle qui a perdu la raison. Elle a toujours véhiculé l’amour et la paix sur Terre, mais ça fait maintenant une dizaine d’année que le domaine sacré est en guerre. Moi je n’ai toujours voulu qu’aimer et être aimée ! Mais depuis que je suis devenue femme chevalier, je n’ai fait qu’ôter la vie à des personnes qui défendaient des causes plus importantes que celle de notre déesse ! Elle ne voit que dans le pouvoir et néglige nos sentiments. Son armée est corrompue et est remplie d’êtres sans c½ur comme toi. Tu m’as humilié en prenant mon innocence et en me rejetant…
_ Ne mélange pas tout, l’interrompt Apodis ! Tes états d’âme ne doivent pas t’écarter de ta mission.
_ Ici, les gens vivaient en paix, avant qu’Athéna ne fomente un complot pour faire croire en une tentative d’invasion lors de la Journée Sainte. J’ai eu des doutes durant notre voyage et j’ai compris que nous étions dans l’erreur lorsque j’ai rencontré Hébé, lorsque j’ai dialogué avec ses prêtresses et…
_ Yakamoz ! Baucis est une adversaire dangereuse, je t’en prie, tue-la pendant qu’il en est encore temps sinon il sera trop tard ! »
Yakamoz s’accroupit devant Apodis et concentre son cosmos dans ses mains : « Non Apodis, j’ai rejeté l’emprise d’Athéna. Désormais je défendrai la vraie justice et pour cela je dois te tuer. »

Tandis que sous le regard satisfait des soldats hébéïens Yakamoz prend son élan, un faisceau lumineux fend l’air.
Les coudes d’Apodis cessent leur appui.
Son corps tombe au sol, les yeux fermés.
C’est terminé.
Les bras de Yakamoz redescendent le long de son corps tandis que la voix stupéfaite d’¼dipe retentit dans l’atmosphère : « Magnifique chevalier, tu lui as ôté la vie de sang-froid… »

Au sol, tombe la tête de Yakamoz, détachée de son buste.
Elle s’écrase sur Apodis qui rouvre les yeux.
Une lumière dorée illumine la forêt tandis que s’avance un homme dont le tranchant de la main est pointé en direction d’¼dipe.
L’Alcide continue de discourir : « Ainsi, vous êtes parvenus jusqu’au Centre de l’île. Le mal a remporté une victoire de plus et a aussi eu raison d’un de ses anciens sujets, Yakamoz de la Grue, n’est-ce pas, Shura du Capricorne ? »
De derrière Shura débarquent une dizaine de soldats athéniens qui soutiennent Pullo et Cliff tous deux évanouis.
Shura répond sèchement : « Le mal vient de ceux qui se rebellent contre celle qui a instauré la paix depuis la nuit des temps. Athéna a permis aux hommes de prospérer sur cette terre, quels que soient les dieux qu’ils vénèrent. Ce n’est pas une déesse intéressée et elle a toujours compté sur le soutien d’Hébé qui a profité de sa confiance pour la trahir. Je n’accepterai jamais qu’on puisse entacher Athéna comme l’a fait Yakamoz et comme l’a fait ta déesse. Hébé connaîtra le même sort que Yakamoz, je peux te l’assurer. »
Le cosmos d’¼dipe reste de longues secondes muet avant de constater : « Ton corps porte encore les blessures infligées par Androgée. De mon côté ma déesse a besoin de soutien après votre invasion. Nous avons tous deux à nos pieds le corps d’un chevalier de notre camp que nous pouvons encore sauver. Je pense qu’il est plus sage de les ramener maintenant. Trop de sang a coulé pour aujourd’hui. »
Shura sourit presque chaleureusement à son adversaire puis ramasse le corps d’Apodis.
Les Hébéïens font de même avec Baucis, tandis qu’¼dipe tranche l’air pour créer un passage dimensionnel dans lequel il s’engouffre avec ses hommes pour rentrer au Parthénos.
Shura observe les hébéïens prendre la fuite et prononce : « Tu as raison Alcide, nous affronter aujourd’hui serait du suicide. De toute manière notre victoire est désormais acquise. »

Le soleil du 8 mars 1985 n’est pas encore levé que la guerre est remportée.
Il n’a fallu qu’une journée pour permettre aux Athéniens de venir à bout d’une armée avec laquelle leurs ancêtres ont lutté main dans la main auparavant.
Hébé a perdu cette Guerre Sainte.
Au final le Sanctuaire aussi.
Seul Saga est le vainqueur. Des retours de Saints en Grèce pour renforcer les troupes sur Yíaros, un nouveau territoire conquis… Une page de plus dans l’histoire de la conquête du pouvoir par Saga se remplit…

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Only for Love / Chapitre 26
« on: 9 January 2012 à 14h24 »
Chapitre 26

Au Sanctuaire, l’étroit passage secret qui joint les douze maisons du zodiaque est bien difficile à suivre en pleine nuit. Rien ne peut l’éclairer hormis la lueur de la lune.
C’est pourquoi, alors que le 7 mars 1985 s’achève, Gigas mène le pas depuis le palais du Grand Pope qu’il vient de quitter. Lui qui peut utiliser ce passage les yeux fermés, descend lentement les marches en compagnie d’une femme chevalier.
Cette femme, dont les longs cheveux noirs couvrent son masque à hauteur du front et tombent en fines mèches sur ses épaules, porte une Cloth qui couvre ses épaules et ses mains d’une protection violette, tandis que ses avant-bras, son buste et ses genoux sont d’un noir cristallin. Son bustier descend jusqu’à son nombril et libère sa jupe, couleur lilas. Dessous son court vêtement elle porte un cuissard et ses tibias sont protégés par des jambières violettes. Ses longues jambes sont agrémentées d’escarpins qui agrandissent encore son mètre soixante-dix-sept.
Gigas ne cesse de lui donner ses directives : « Votre bateau quitte Athènes demain matin pour la Crète. Vous voyagerez dans l’anonymat le plus complet. Vous vous rendrez ensuite au Port du Destin, où un navire de commerce du Sanctuaire vous conduira jusque Yíaros. Cette galère marchande a déjà été payée par le Domaine Sacré pour vous amener toi, ton élève Carina, Anikeï de Cassiopée, Taishi du Toucan ainsi que des vivres pour nos soldats… »
Les deux passent sur le flanc de la maison des Poissons où Aphrodite, tapis dans l’ombre veille au grain. Gigas s’agenouille tandis que la femme chevalier l’imite.
Aphrodite l’interroge néanmoins : « Dis-moi femme chevalier. Tu es déjà passé devant moi il y a une heure pour rencontrer le Pope et chaque fois j’ai ressenti un certain froid venant de toi… Serais-tu une de ces chevaliers des glaces ? Ou bien peut-être cherches-tu à me montrer une certaine hostilité ? »
Gigas se manifeste immédiatement confus : « Seigneur Aphrodite, en tant que Général en chef de notre armée le Grand Pope m’a demandé de conduire cette femme à… »
Aphrodite s’expose à l’astre lunaire afin d’arborer son armure d’or enserrée par sa cape ainsi que son magnifique visage. Il interrompt le vieil homme : « Merci Général Gigas mais je n’ai pas l’intention de laisser cette femme passer devant ma demeure sans qu’elle ne me présente plus de respect. S’agenouiller est une chose, ne pas répondre à ma question en est une autre. »
Immédiatement, un courant d’air glacial venu du bas des marches gèle les colonnes du temple des Poissons, ainsi que les cheveux grisonnants du général qui grelotte aussitôt.
Aphrodite riposte instantanément en dégainant une rose rouge qu’il projette en bas des escaliers.
La fleur fonce sur un mystérieux intrus qui a couvert les environs de givre. C’est seulement lorsqu’elle arrive contre son visage ombragé qu’elle se brise comme du verre après avoir été réfrigérée.
Aphrodite n’attend pas que son adversaire poursuive son ascension pour deviner de qui il s’agit : « Quelle charmante surprise. Je n’attendais plus que tu viennes me saluer depuis ton retour de Sibérie chevalier d’or ! Camus du Verseau ! »
Du bras, Camus écarte également sa cape pour présenter sa Cloth qui illumine les environs comme le fait celle d’Aphrodite.
Tenant son diadème dans la main gauche, le Français pointe son index droit vers la femme chevalier et déclare à voix haute : « Ça ira Général Gigas, je m’occupe de reconduire Lena, Saint de bronze de la Boussole à Honkios. Je vous remercie. »
Aphrodite ne dit rien, il laisse Camus descendre jusqu’à son palais tandis que Gigas reste pantois.

Aphrodite profite que Camus et Lena aient quitté les lieux pour déclarer futilement au sujet de Lena : « De toute manière je ne m’imaginais pas passer la nuit avec un glaçon. »
Cette boutade fait rire Gigas qui espère ainsi gagner la sympathie du Saint d’or. Aphrodite n’est pas dupe : « Allons vieillard ! Qu’attends-tu pour quitter ce lieu. Tu n’as plus rien à faire à l’approche de ma demeure. »
Apeuré, le général cesse de glousser et s’empresse de suivre la même direction que le Français et son amie Russe.

Plus bas, dans la demeure du Verseau, Lena marche sur le sol verglacé et observe son reflet sur les murs où réfléchissent les quelques torches qui sortent des ténèbres cette maison de glace.
Elle est suivie par Camus qui guette tous ses mouvements.
D’ordinaire extrêmement taiseux, le chevalier d’or engage la discussion.
_ « Il me semblait que tu devais venir au Sanctuaire en compagnie de ton élève.
_ Carina a déjà été présentée au Pope par le Général Gigas. Notre Majesté l’a déjà informé de notre ordre de mission.
_ Qui est ?
_ Nous partons demain sur Yíaros pour obtenir la réédition d’Hébé sans condition et faire maintenir l’ordre là-bas… »
Lena défait son diadème et ôte son masque pour afficher ses beaux yeux azurs et ses fines lèvres que Camus connait si bien : « … mais j’imagine que ce n’est pas l’objet de ma conduite en ton palais. »
Camus avance et l’enserre par la taille. Il s’approche de sa bouche qu’il embrasse juste après avoir murmuré : « Effectivement… »
Lena, la compagne du Seigneur Crystal, se laisse croquer les lèvres tandis qu’elle défait sa Cloth pièce par pièce à l’instar de Camus…


Au même moment, au Canada, dans la région de Nunavut, devant le modeste dispensaire d’Arviat, seul lieu où il est possible de subir des soins médicaux dans la région, Vasiliás patiente adossé contre le mur.
Il attend le bilan de santé prodigué à la dame qu’il a tenté de secourir face à des malfrats quelques minutes plus tôt.
Il passe sa main sur son crâne rasé et observe la fumée qui sort de sa bouche. Celle-ci est provoquée par la condensation de son souffle contre l’air froid.
Simplement habillé de sa veste de costume, il ne souffre pourtant pas de cette température bien basse, lui qui a pourtant passé une partie de son enfance sous les températures torrides du Sanctuaire.
Soudain, une voix familière lui fait cesser ses enfantillages.
Une femme d’à peine vingt-trois ans le salue.
Vasiliás réajuste sa veste et frotte son visage avec ses mains pour se donner davantage de vivacité. Il fait alors face à la jeune femme aux cheveux d’un gris aussi métallisé que ses grands yeux, marqués sous l’½il gauche d’un grain de beauté qui accentue les charmes de cette infirmière : « Ariel ! »
Elle s’avance contre lui et le baise à pleine bouche pendant qu’il l’enlace.
_ « Est-ce toi qui nous a amené cette femme ?
_ Oui, elle se faisait agresser par des voyous. Je suis intervenu mais elle était déjà dans un triste état.
_ Malheureusement, vu le peu de moyens à notre disposition, je crains que nous ne puissions pas faire grand-chose. Elle a les côtés brisés et les chocs qu’elle a subis à la tête lui ont causé une hémorragie cérébrale. Je suis désolée. »
Bien qu’il ne connaisse pas cette pauvre dame, Vasiliás est affecté par l’annonce de sa mort imminente.
La Canadienne amorce alors un autre sujet.
_ « Bian… Mon frère n’est pas avec toi ?
_ J’ai laissé à Bian le soin de venir me chercher ici avec ma voiture. J’ai utilisé ma force pour me déplacer plus vite, afin de secourir cette victime. »
Ariel lui donne un léger coup de poing, qui heurte la poitrine gonflée de muscle de Vasiliás, pour le taquiner : « Tu es donc d’abord passé voir mon petit frère plutôt que moi en rentrant de Miami… »
Le véhicule de Vasiliás rejoint justement le couple.
Bian salue sa s½ur qui retire sa blouse blanche. Elle arbore sa jolie robe marron qui lui laisse les épaules dégagées et cache avec élégance sa petite poitrine : « Bien ! Rentrons chez nous ! »

En route, Bian reproche à son ami sa cruauté vis-à-vis des bandits qu’il a massacrés.
_ « … Ils ont subi un châtiment à la hauteur de leur forfait.
_ Vasiliás… Tu es trop immodéré dans le jugement que tu adresses aux hommes ! N’oublie pas que tu es un homme, pas un dieu. Tu as tout fait à l’époque où tu vivais au Sanctuaire pour te rapprocher du poste le plus proche d’Athéna et ainsi imposer ta justice. Aujourd’hui tu as vu où cela t’a conduit !
_ Personne ne m’empêchera d’établir la paix que je destine à cette planète. Depuis que je me suis exilé ici et que je vous ai rencontré ta s½ur et toi, la criminalité a baissé, j’ai permis à la région de sortir de ses difficultés financières en lançant de nombreuses entreprises locales et ainsi relancer l’emploi par le biais de mes relations commerciales. Si Athéna m’en donnait les moyens je pourrais garantir à ce monde entier l’amour, la paix, le respect et la prospérité. »
Bien loin de ce débat, Dolly, la petite amie de Bian, se contente d’observer discrètement l’élégance que dégage Vasiliás.
Bian, lui, toujours aussi passionné par ce débat, soupire : « Aujourd’hui Athéna a fait de toi un rebelle qui est obligé de s’exiler pour éviter la mort. Je suis désolé, mais de tous les dieux que tu m’as présentés lorsque tu as choisi de m’aider à développer ma cosmo énergie, c’est Poséidon qui mérite d’être reconnu. La race humaine est pourrie, tu l’as bien vu tout à l’heure. Même dans une communauté où tu as agi en justicier pour éliminer la vermine il y a encore des dissidents. Les hommes sont foncièrement mauvais tout comme nos parents qui nous ont abandonné Ariel et moi. Seul un dieu capable de laver le monde et de recréer une humanité respectueuse envers ce que la nature et autrui peuvent lui offrir méritera mon respect. Et en ce sens je ne vois que Poséidon ! »
Ariel, déconnectée de tout ce qu’a pu enseigner Vasiliás à son frère depuis qu’ils se sont rencontrés il y a bientôt dix ans, s’inquiète grandement : « Vous voulez donc dire qu’il est probable qu’un jour vous soyez ennemis ?! »
A cela, ni Bian ni Vasiliás n’apportent de réponses, ils restent tous les deux les yeux rivés dans une direction opposée.
Vasiliás, nerveux, sort sa montre-gousset qu’il remonte frénétiquement.
Ariel, elle, reconnaît dans ce geste, la même détresse que celle qui le parcourait il y a huit ans…

Flashback
Mai 1977. Ariel revient de Miami après des mois de voyage.
Sur demande de ce dernier, elle a accepté d’aller se renseigner sur la famille de Vasiliás.

Enlevé par le Sanctuaire durant son enfance, désormais en exil après avoir déserté le domaine, Vasiliás ne pouvait prendre le risque de revenir lui-même sur ses terres d’origine.
En effet, le Sanctuaire dispose d’espions partout dans le monde contemporain et il ne pardonne pas aux déserteurs. Il était certainement attendu là-bas.

Hélas, les nouvelles furent bien mauvaises.
La mère de Vasiliás ne voulut pas se résoudre à ce qu’on ne retrouve pas son fils. Elle choisit de s’ôter la vie après qu’il disparut quelques années plus tôt…
Son père, responsable d’une grande entreprise de travaux publics, ne supporta pas la solitude et noya son chagrin dans l’ivresse.
Son absence de rigueur dans le monde professionnel entraîna sa société dans de nombreux tracas financiers, tandis qu’une affaire de violence dans un bistrot malfamé avait définitivement entaché sa réputation.
Il perdit la vie en prison lors d’une rixe peu de temps avant l’arrivée de la jeune Ariel en Floride.
 
Néanmoins, du haut de ses 15 ans, Ariel ne se découragea pas et poursuivit ses investigations.
Elle retrouva ainsi le grand-père de Vasiliás, seule famille qui lui restait.
Ce brave vieillard de soixante-dix-huit ans avait choisi de ne pas sombrer comme son fils. Il reprit les affaires, sorti l’entreprise familiale de la crise et pu même entrevoir des jours meilleurs d’un point de vue financier.
D’un point de vue sentimental, quelle ne fut pas sa joie en apprenant la survie de son petit-fils.
Il accepta de croire ce qu’Ariel lui rapporta au sujet des conditions de retour de Vasiliás du Sanctuaire au Canada et joua le jeu de la discrétion pour éviter à son petit-fils des ennuis.
Ainsi, le brave patriarche de la famille prépara tranquillement sa succession, en léguant à Vasiliás tout son amour à travers de nombreux courriers mais également une fortune et une entreprise à reprendre.
Avec une maturité exemplaire, Vasiliás su relever le challenge sans cependant oublier les souffrances traversées par sa famille après son rapt.

Avant cela, lorsqu’elle revint au Canada lui apprendre la perte tragique de ses parents, Ariel ramena à Vasiliás la montre-gousset que lui transmis son grand-père et dont il se souvenait. Gage de la véracité des intentions bienveillantes de celui-ci.
Flashback

Ariel revoit alors son bien-aimé puiser en cette objet la quiétude dont il ne sait pas faire preuve d’ordinaire…
Ces cicatrices sont, depuis, profondément enfuies en lui, et Ariel peut les lire à chaque instant où Vasiliás s’abandonne à ses pensées.
 
 
Pendant ce temps, en Grèce, à l’Ouest d’Athènes, sous l’Aréopage, la splendide slave et amie de Saori Kido, Ksénia, achève d’ouvrir les grandes portes couvertes de cornes de buffles qui servent d’entrée au domaine d’Arès.
L’accès donne immédiatement sur une estrade surélevée au milieu de la pièce.
Dessus, des tapis et d’épais oreillers dorés protègent les servantes qui s’entrelacent lascivement au milieu de pièces d’or, de jarres de vin et de plateau de fruits rapportés par des soldats depuis la surface.
Le centre du plateau est dominé par un trône en or sur lequel est posée une silhouette endormie.
Tout autour, comme les balcons d’un immense théâtre, des mezzanines forment une dizaine d’étages jusqu’au sommet du temple en forme de cône.
A l’intérieur des avancées, comme dans une fourmilière, se trouvent les appartements des soldats, leurs salles d’armes, les cuisines et les bains.
Contre les murs du cône, de haut en bas, derrière des vitraux rouges, scintillent des flammes qui se reflètent sur les pièces d’or et les étoffes couvrant le plateau et leur donnent une teinte sanguine.

Ksénia s’avance au milieu de la masse tandis que quelques soldats, parmi le peu qu’il reste de l’armée d’Arès, débouchent sur les balcons de tous les étages, intrigués par l’avancée soudaine de cette intruse enroulée dans son voile blanc.
Elle traverse la nappe de fumée qui se dégage des pipes des jeunes femmes dévêtues chargées d’opium.
Ksénia s’arrête devant Arès.
Le dieu, massif, est affalé, endormi, la tête d’une de ses servantes enivrées posée sur ses genoux.
Son visage est incliné vers le bas.
Son opulente chevelure écarlate dissimule son visage duquel un filet de bave s’écoule jusque sur sa cape blanche qui habille son torse nu.
Ses ronflements résonnent dans la pièce et créent l’hilarité au sein de sa propre armée qui s’ennuie aux étages.
L’espace d’une seconde, Ksénia accroît sa cosmo énergie pour sortir de sa léthargie le dieu blasé.
Un violent courant d’air le saisit aussitôt.
Par réflexe, il gifle la muse éméchée soutenue par ses genoux et se met en garde en tournant la tête dans tous les sens, cherchant de façon crédule l’inconnue responsable de cette mascarade.
Son sujet décède sur le coup sans que cela n’émeut ses semblables, toutes vaseuses comme leur maître, sous l’effet de drogues et alcool.
Ksénia, elle, n’a pas bougé de devant lui.
Arès ne la reconnaît que lorsqu’elle retire sa capuche : « Hum… Toi, l’Ange de l’Olympe réputé pour son charme, toi la beauté des beautés… Qu’es-tu venu faire en ce monde ? Pourquoi t’être réincarné ? Mais surtout, qu’es-tu venue faire chez moi ? »
Ksénia, dont la véritable identité est à présent dévoilée, observe la malheureuse servante dont tous les os ont été brisés sur le coup. D’un signe négatif de la tête, elle déclare : « Mon pauvre Arès, tu es tombé bien bas cette fois-ci. »
Le dieu belliqueux reconnaît son échec en ramassant une amphore.
Il remplit un verre qu’il tend à Ksénia et trinque avec elle à même la jarre dont il se repait : « Tu n’as pas idée… »
Ksénia pose avec délicatesse le verre contre ses lèvres charnues qu’elle mouille à peine tandis que lui vide le récipient à grandes gorgées
_ « Nous sommes loin du Arès qui envoya il y a des milliers d’années ses quatre armées contre Athéna. De l’Arès qui fut si proche de la victoire que le chevalier d’or de la Balance de l’époque fut autorisé par Athéna à utiliser les armes. »
Totalement désabusé, Arès libère un gros rot chargé de l’alcool qu’il vide tous les jours en guise de réponse.
L’Ange tourne son visage pour ne pas sentir l’haleine enivrée de l’homme dont les grands yeux aussi rouges que ses cheveux semblent implorer la pitié.
_ « Eris s’était jointe à toi et avec tes Ombres, tes propres enfants, vous poussâtes Athéna dans ses derniers retranchements. Cette Guerre Sainte fût si violente, que vos corps à Eris et toi-même firent détruits. Permettant ainsi d’emprisonner Eris dans la Pomme d’Or et te condamnant, toi, au cycle de la réincarnation…
_ Comme Athéna, peste-t-il… Sauf que moi je ne l’ai pas choisi…
_ La dernière en date, un garçon nommé Mars, né de parents humains, jeune Grec brutal. Tu compris dès ton enfance que tu étais doté de pouvoirs dépassant l’entendement humain, un cosmos divin. Très vite, tu défias l’autorité parentale et massacras à l’âge de treize ans ta famille, avant de fuir Athènes. Alors que tu te cachais après ton acte de barbarie, tu pris le chemin de l’Aréopage, où tu te sentis subitement guidé. Explorant les vestiges de ce lieu dont la mythologie rapporte qu’ici fut acquitté Arès qui avait vengé le viol de sa fille Alcippé, tu gravis ce qui aujourd’hui est un énorme monolithe gris bleu, veiné de rouge. A cette hauteur, tu cherchas désespérément un lieu où tu pourrais te cacher. Alors, soudain, tu fus attiré comme un aimant vers le bas de la colline. A toute allure tu arrivas sur le flanc droit de celle-ci. Il ne ressemblait à rien d’autre qu’au bloc de pierre que tout le monde pouvait voir. Pourtant, tu étais toujours appelé par cette énergie cosmique qui te poussa à traverser ce rocher. Tu te laissas aspirer à l’intérieur de celui-ci et te retrouvas dans les souterrains de l’Aréopage. Seuls les êtres maîtrisant le cosmos peuvent traverser ce pont cosmique et investir ce lieu où tu t’éveillas à ta conscience divine. Le Mars que tu étais réalisa qu’il était la réincarnation d’Arès. Dès lors, tu concentras ton esprit à la recherche des pires criminels qui peuplent la Terre et qui ont des qualités leurs permettant d’entrevoir la cosmo énergie. Tu formas toi-même six Berserkers qui enseignèrent à leur tour aux soldats l’art du combat. Te découvrant une qualité qui te manqua dans le passé, tu étudias patiemment le moment opportun pour prendre ta revanche sur l’histoire. Tu profitas de la mobilisation des Saints d’or contre Cronos en 1979 pour frapper le Sanctuaire. Hélas, ton échec n’en fut que plus cuisant. Alors qu’autrefois, il fallait à Athéna réunir ses douze chevaliers d’or pour te contrer, ici la quasi-totalité de l’armée arèsienne fut décimée par des chevaliers d’argent et de bronze… »
Arès ironise avec cynisme : « Merci d’être venue me remonter le moral. »
La biographie de Mars se transforme en leçon que l’Ange ne se prive pas d’administrer : « Sur neufs Nightmares, armures sacrées des protecteurs d’Arès, seules six ont été offertes. Six Berserkers furent envoyés au Sanctuaire sans même que le plus puissant d’eux, le Berserker de la Royauté ne soit nommé. Arès, tes soldats sont partis à la guerre sans même que tu ais nommé un général pour ton armée ! Evhémère Berserker de la Matière a même été achevé par des soldats athéniens ! »
Piqué au vif, le Dieu de la Guerre, de la Brutalité, du Carnage et de la Destruction passe sa cape derrière son dos pour arborer son torse athlétique aux abdominaux parfaitement dessinés. Il serre son poing qu’il tend en direction de la jeune femme à l’accent slave : « Est-ce pour venir m’enfoncer davantage que tu te présentes devant moi Olympienne ?! »
Elle calme le jeu en imposant un court silence durant lequel elle avale une gorgée de vin.
La voix grondante d’Arès fait cesser les moqueries de ses hommes qui repartent tous vaquer à leurs occupations.
Les servantes, elles, ont simplement été forcées d’émerger et remédient à cela en se délectant à nouveau de boisson tout en appréciant la sensualité des caresses qu’elles s’offrent.
_ « Si je suis ici aujourd’hui Arès, c’est parce que mon maître me l’a demandé.
_ Ton maître… Un dieu d’Olympien qui te mandate ?
_ L’identité de mon maître importe peu. Ce qui est urgent aujourd’hui c’est l’agacement des Olympiens envers les hommes. Les humains ne les respectent plus, pas plus qu’ils ne se respectent entre eux-mêmes. Le sort de la Terre se jouera à cette époque, certains dieux subiront des défaites cuisantes. C’est dur à croire lorsqu’on sait qu’aujourd’hui Athéna est une petite fille capricieuse qui se complait dans la richesse.
_ Dans la richesse ! Je croyais qu’Athéna était dans son Sanctuaire ? Où se trouve-t-elle ?
_ Penses-tu vraiment que je vais te le dire ? Le meurtre d’Athéna n’est pas d’actualité, ça ne fait pas parti des plans de mon maître. Elle doit d’abord accomplir quelques missions sur cette planète et commettre les fautes qui lui causeront définitivement du tort auprès des autres dieux de l’Olympe.
_ Et pour cela, ton maître a besoin de moi n’est-ce pas ?
_ Plus ou moins. Mon maître m’a fait réincarner en tant qu’humaine comme c’est le cas pour Athéna et toi. De source sûre je sais que ton ami Hadès est revenu en ce monde également, tout comme Poséidon.
_ Je vois. Comme tu l’as dit, le destin de la Terre prendra une tournure définitive en notre époque. Et avec autant de dieux désireux de prendre son pouvoir pour y effacer les erreurs d’Athéna, il n’y a pas de doutes, le sort du monde se joue en cette génération. Mais que dois-je faire ? Pourquoi aiderais-je les Olympiens alors que ceux-ci n’ont jamais eu d’égard à mon propos ?
_ Les Olympiens te haïssent, il est vrai. Ils n’ont d’ailleurs aucune considération au regard de tes exploits quasi-inexistants. Mais ils ont davantage de dédain envers Athéna et les hommes. Les aider permettrait à mon maître de faire reconnaître ta valeur. Après tout, si Athéna est destituée, son siège qui trône vide depuis trop longtemps en Olympe pourrait revenir à quelqu’un qui aurait gagné la gouvernance de la Terre et l’estime de ses semblables. »
Arès repose une nouvelle jarre qu’il comptait vider et s’assied de façon impériale sur son siège en or inondé par la lueur sanguine des flammes.
_ « Tu commences à me plaire. Continue.
_ Ce que nous souhaitons pour le moment c’est simplement voir Arès redevenir le dieu menaçant qu’il était. Et cela passe par une armée digne de ce nom.
_ Tu l’as dit toi-même Ange, je suis loin d’avoir assez de recrue pour former les quatre armées d’antan. Une seule a déjà été dure à réunir et aujourd’hui il ne m’en reste que quelques incapables. Six Nightmares ont été réduites en poussière.
_ Il reste la Nightmare de la Royauté, celle qui revient à ton général. Il te suffit de trouver l’homme suffisamment ambitieux et puissant pour te construire une armée digne de ce nom.
_ Pff… Les mortels ambitieux et puissants sont déjà tous enrôlés par Athéna. Les ambitieux, sanguinaires et haineux, comme je les aime, eux, sont déjà tués ou emprisonnés par Athéna.
_ La guerre et la destruction ne t’ont jamais conduit à rien. Pourquoi ne pas privilégier un homme qui lui croit en l’avenir ?
_ Cela irait à l’encontre même de mes principes.
_ Pas nécessairement. Il existe un homme qui croit en la possibilité d’un monde meilleur, un monde pour lequel il donnera sa vie sous l’égide du dieu qui l’aidera à réaliser ce rêve. Il sait que des sacrifices devront se faire, que de nombreuses guerres seront instaurées pour que son triomphe soit prononcé. Mais au final, il promet aux hommes une politique dictatoriale. Des lois qui leur permettront, s’ils les suivent, de vivre dans l’amour, la paix et la prospérité. Ce projet il est prêt à l’offrir au dieu qui croira en lui.
_ Un monde où les hommes seraient tous soumis à la même loi, la mienne, après que mon armée ait livré toutes les batailles nécessaires pour y parvenir. Un monde où la violence envers les renégats permettra de maintenir l’ordre. Une planète où la destruction est indispensable à l’établissement de mon pouvoir… Hum… Cela va bien au-delà de mes espérances. Mais un tel homme existe-t-il vraiment ? »
Ksénia sourit et tend ses paumes ouvertes vers le sommet du temple en disant simplement : « Regarde… »
Le cosmos qui tourbillonne dans les mains de la jeune femme crée un nuage cosmique dans laquelle s’anime quelques évènements. Des évènements du passé…
 
Flashback
Octobre 1976. L’automne se faisait maintenant sentir sur le Sanctuaire d’Athéna.
Bien que l’atmosphère fût agréable, la pluie était battante ce jour-là.
Le jour de vérité était venu.
Dans le grand Colisée d’Honkios, là où Seiya remportera quelques années plus tard la Cloth de Pégase, quelques gardes curieux et divers chevaliers de bronze et d’argent vinrent observer la consécration d’un des deux hommes que le peuple aimait détester.
Il s’agissait d’Aiolia, frère du traître, et de Vasiliás, le prodige à la justice impitoyable.
Jaloux de Vasiliás et furieux envers Aiolia, les Athéniens se tenaient droit debout, laissant les épaisses gouttes d’eau s’écraser sur leurs casques.
Au sommet des gradins, quelques esclaves venaient tenir les quatre pieds d’une tonnelle rouge pour le Grand Pope qui se faisait attendre, tandis que deux autres serviteurs déposaient sous l’abri une urne dorée sur laquelle étaient gravés les symboles zodiacaux du Lion.

Plus haut, à hauteur du passage secret reliant les douze maisons, Saga, l’usurpateur au trône du Grand Pope, descendait une à une les marches usagées tandis qu’il rapportait une fois de plus à un invité l’importance de sa mission sur l’île de la Mort.
Le représentant d’Athéna était escorté de chaque côté par deux grands gardes qui lui couvraient la tête grâce à un linge blanc tendu à l’arrière par deux autres soldats qui le suivaient pas à pas.
Le convive du Pope, lui, laissait le déluge lui rouler sur son torse nu.
La peau brunie par le soleil de plomb qui fouette toute la journée l’île dont il est originaire, et chargée de cicatrices, la pluie semblait le soulager.
Son pantalon verdâtre délavé et ses bandelettes de papiers de même couleur enserrant ses poignets étaient gorgés d’eau. Ses spartiates mauves enlaçaient ses mollets tout aussi bardés de muscles que le reste de son corps.
De sa tête n’apparaissaient que ses longs cheveux blancs grisonnants puisque son visage était dissimulé sous un masque de démon orangé aux dents longues qui inspirait une profonde inquiétude auprès des quatre soldats accompagnant le haut magistrat.
Saga, en tenue du Pope Shion, insista : « La légende veut que depuis la découverte de Death Queen Island, sous l’ordre d’Athéna, un chevalier à la puissance incommensurable y soit envoyé pour veiller à ce que les Ankoku Saints y restent prisonniers. Sur l’île de façon permanente, le chevalier et ses héritiers, dont tu fais partie, ont juré de donner jusqu’à leur propre vie pour garder les renégats et veiller sur la seule armure d’Athéna présente là-bas, celle du Phénix. »
D’une voix froide et troublante, le mercenaire prénommé Guilty affirma : « Tout à fait. L’armure du Phénix n’a jamais été remportée et quel que soit le professeur, que ce soit moi ou mes prédécesseurs, jamais il n’a trouvé ce chevalier qui deviendrait ainsi digne d’être le maître de l’île de la Mort. »
Le Grand Pope se tut un instant, le temps de passer le flanc droit de la maison de la Vierge où Shaka venait de prendre ses quartiers, à peine nommé Saint d’or.
Il reprit ensuite : « Je sais lire les présages laissés par les étoiles et les constellations. Ils m’ont appris il y a peu que notre génération sera celle où le Phénix viendra à Athéna. Celui qui portera cette armure sera un des plus grands Saints de tous les temps. Il est impératif que tu fasses de lui un parfait chevalier au service du Sanctuaire, fidèle au Grand Pope que je suis. »
Malgré les nombreux combats et les conditions de vie dans lesquels il a grandi, le rustre Guilty n’en restait pas moins un mercenaire du Sanctuaire intègre, aimé de tous dans le petit village de Death Queen Island où il élevait seul sa petite fille Esméralda encore enfant. Sa droiture lui imposait de rajouter au discours de Saga : « Fidèle au Grand Pope… et à Athéna ! »
Le Saint des Gémeaux, gêné par la réaction du redoutable gardien de l’île la plus meurtrière au monde, garda son sang-froid : « Cela va de soi… »
Ils continuèrent à descendre les marches mais en pressant le pas cette fois-ci : « Il me tarde Guilty de te faire assister au sacre d’un chevalier d’or afin que ta visite au Sanctuaire soit des plus inoubliables… »

Plus bas, Aiolia et Vasiliás avaient pénétré dans l’enceinte et se tenaient chacun à un coin de la surface de combat aux dalles fissurées, couvertes de sable humide.
Vasiliás évitait de croiser le regard de son professeur assis dans les gradins, de peur certainement qu’il ressente la même appréhension que Klok éprouvait pour lui en cet instant.
Enfin, au sommet des marches, arrivèrent le Grand Pope, ses quatre gardes qui aidèrent aussitôt les autres à maintenir la tonnelle fort secouée par le vent après que leur maître soit abrité, et Guilty qui préférait profiter de l’onde bienfaitrice de cette averse.
Bien qu’il briguait sa place à horizon de quelques dizaines d’années, Vasiliás s’agenouilla aussitôt devant Sa majesté le Grand Pope tout comme l’ensemble des spectateurs.
Seul Aiolia, dans un esprit de rébellion, resta de façon irrévérencieuse sur ses jambes et inclina légèrement la tête.
 
Le silence était si pesant que les personnes présentes pouvaient entendre les bourrasques faire rouler les cailloux résultants des morceaux de marches délabrées du Colisée.
Le souverain du domaine rompit cette quiétude en levant les bras en l’air : « Le Sanctuaire s’apprête à accueillir un nouveau Saint d’or. Depuis des années, vous avez combattu et triomphé de vos rivaux venus de toute la surface du globe pour appartenir à l’ordre des plus puissants défenseurs d’Athéna. Le gagnant d’aujourd’hui se verra récompenser par moi-même au nom de la grande Athéna. »
Après cela, le souverain laissa retomber ses bras le long de son corps, synonyme de son de cloche pour ouvrir des hostilités.
Avant d’engager le combat, Vasiliás se courba en direction de son professeur, comme s’il lui devait sa présence sur l’aire de combat à ce stade d’apprentissage.
Aiolia, lui, faisait le tour de lui-même espérant trouver un peu de soutien comme cela a toujours était le cas lors du sacre des autres Saints d’or.
Mais c’était un jour particulier, seuls de rares adorateurs de Vasiliás faisaient office de supporters, le reste du public, d’ordinaire plus nombreux lorsqu’il s’agit de mise à mort de simples criminels, rêvait plus que tout voir les deux hommes s’entretuer.
Un unique visage amical marqué d’une grande cicatrice souriait au lionceau, celui de Galan, ancien prétendant à l’armure d’or du Lion et seul homme à n’avoir jamais abandonné le frère de son ami Aiolos.  En reconnaissant la sympathie qui se dégageait de son visage, Aiolia reprit foi en ses chances et se tourna enfin vis-à-vis de son rival qui l’attendait en position de combat sans avoir profité de son inattention.
Les intentions étaient claires, ça allait être un combat digne de ce nom, sans coups bas.
Les deux enfants firent monter instantanément leur cosmos à leur paroxysme.
Derrière Aiolia se dessina un lion rugissant.
L’effluve cosmique de Vasiliás fit apparaître dans son dos un lion aux ailes d’anges, aux cornes d’ivoire plantées aux coudes et aux genoux, les crocs acérés, le visage marqué d’une cicatrice, semblable au lion qu’arborait la jeune Ksénia sur son étendard le jour de leur rencontre et qu’il a fait tatouer sur sa hanche depuis.
De légers éclats lumineux vinrent illuminer le Colisée.
Trois hommes vêtus d’armures dorées profitèrent de leur permission pour venir assister au sacre d’un des deux hommes.
Shura se tenait en retrait, non loin du Grand Pope.
Deathmask était les bras croisés à côté de Guilty qu’il défia un instant du regard.
Aphrodite, lui, avait ses deux mains posées sur l’épaule d’or du Cancer et, en se tenant derrière celui-ci, avait ajusté son menton dessus.
Un instant ébloui par les Cloths des trois Saints d’or, les deux rivaux choisirent de passer à l’action.
Ils foncèrent l’un contre l’autre en effectuant un magistral coup de pied retourné.
Vasiliás, trop lent sur ce coup, fut heurté le premier en plein visage. Il retomba sur les genoux, la joue égratignée. Aiolia ne lui laissa aucun répit et le frappa de son poing chargé de cosmos alors que Vasiliás relevait la tête dans sa direction : « Lightning Bolt ! »
Semblable à une boule de feu, l’Eclair Foudroyant écorcha d’abord le visage de Vasiliás avant de plaquer tout son corps contre les dalles du colisée.
La vitesse et la puissance d’impact firent rebondir le corps de l’Américain qui partit en l’air dans un flot de sang.
Aiolia sauta le rejoindre, genou droit en avant, frappant son adversaire en pleine colonne vertébrale.
Dépassé par les évènements, Vasiliás commença à perdre connaissance.
Son esprit le tourmenta alors : « Pourquoi… Pourquoi j’échoue si près du but ? J’ai toujours eu tant de facilités à vaincre mes adversaires… Je n’ai jamais eu autant de mal face à un homme. Sa vitesse, sa force de frappe… et son regard si dur... Il ne veut pas perdre. Il ne peut pas perdre. On dirait que mes facultés innées sont inutiles contre sa détermination… »
Ses yeux, à peine ouverts, cherchaient ceux complices de son professeur. C’est lorsqu’il put se plonger dans le regard de son mentor qu’il comprit…
Le cadet d’Aiolos profita que son ennemi soit sans défense pour tenter de l’achever.
Pendant ce temps, Vasiliás murmura : « Maître… Vos propos… Vous me disiez autrefois que… Un homme peut avoir une force hors du commun, si aucun but ne le motive, il n’est rien. Je ne dois pas oublier mon rêve. Je dois devenir le roi de cette planète… »
Son corps se raidit dans les airs, prêt à riposter à l’arcane d’Aiolia situé juste au-dessus de lui.
_ « Lightning Bolt !
_ Devil Proposal ! »
La technique d’Aiolia renvoya Vasiliás s’écraser au sol après avoir englobé tout son corps de l’aura destructrice de l’Eclair Foudroyant.
Néanmoins, seuls les Saints d’or présents dans les tribunes avaient pu voir ce filet de lumière, sortir du poing de Vasiliás et traverser la boule de feu d’Aiolia, pour ensuite lui transpercer le crâne.
Aiolia regagna le sol en se tenant la tête.
Son apparence physique, par rapport à celle de Vasiliás, pouvait être synonyme d’avantage mais il n’en était rien.
En effet, Vasiliás se remettait debout, non sans mal, mais affichait un sourire en coin qui annonçait les pires tourments pour Aiolia.
Celui-ci suait à grosses gouttes, son corps tremblait et son esprit était ailleurs.
_ « Ce garçon a réagi à la vitesse de la lumière avec tant de simplicité, fut stupéfait Aphrodite.
_ On aurait cru que cela était aussi naturel pour lui que de respirer, comme pour nous, ajouta Deathmask.
_ Il a utilisé la technique du démon, les rejoignit Shura Il a pris le contrôle de l’esprit de son adversaire. Seuls des êtres d’exception peuvent s’approprier ce genre de techniques. L’homme le plus à même d’agit ainsi n’est autre que le Grand Pope. »
Au centre de l’arène, Aiolia se roulait au sol en hurlant de rage.
Ses yeux étaient révulsés.
Il bavait sans s’en rendre compte.
S’arrachait les cheveux par poignées.
Se lacérait même le visage comme pour s’extirper de sa détresse mentale.
Vasiliás fit cesser le suspens en expliquant son geste : « Arrête de te débattre. Mon coup est venu susurrer à ton cerveau la Proposition du Diable. Tu découvres ainsi ce qu’est le royaume d’Hadès et ce qui t’y attend. »
Cependant, Aiolia luttait de toutes ses forces.
Si bien qu’il cessa de se mutiler lui-même et concentra sa douleur en frappant avec rage des poings contre le sol.
Les dalles du Colisée se soulevèrent un instant et un courant électrique vint chatouiller Vasiliás : « Mais… Qu’est-ce que… Il se sert de sa douleur pour accroître sa rage de vaincre ! »
Hélas, il fut trop tard pour Vasiliás, Aiolia utilisa la pluie qui inondait son adversaire pour décupler sa plus puissante technique : « Lightning Plasma ! »
Vasiliás se préparait à contrer l’Eclair Foudroyant mais fut surpris face à ce nouveau coup, le Plasma Foudroyant.
Il fut balayé par des faisceaux lumineux le frappant à la vitesse de la lumière, brûlant sa peau lors du contact de la pluie sur son corps.
Il retomba le visage au sol. Les vêtements arrachés. Couvert de plaies. Son sang se mêla aux marres d’eau qui noyaient la surface de combat.
Alors que le public commençait à huer la victoire d’Aiolia, Aphrodite déclara : « Aiolia a perdu. »
Deathmask ajouta : « Il a dévoilé à son adversaire sa seconde technique et y a mis tout ce qu’il lui restait pour contrer le Devil Proposal et le frapper de plein fouet. »
Shura conclut : « Vasiliás va avoir tout le loisir de dévoiler à son tour une seconde botte secrète face à un Aiolia plus mort que vif. »
Effectivement, Vasiliás se releva sous le regard ébahi du public qui ne l’appréciait guère plus qu’Aiolia.
Qu’importe, le spectacle était à la hauteur de son attente.
L’aura dorée de Vasiliás devint de plus en plus vivace tandis qu’Aiolia tenait difficilement sur ses deux jambes.
Des deux lionceaux, un seul allait remporter le titre et le sort en était déjà jeté.
Au-dessus d’Aiolia, l’eau ne tombait plus, seules des plumes d’ange venaient au contact de son corps épuisé. Les plumes flottaient sur l’eau qui couvrait le sol tandis que le vent ne soufflait plus sur le public. Celui-ci tournoyait uniquement à l’intérieur de la surface de combat sous l’impulsion de l’élève de Klok transcendé par les effets de son cosmos : « Byakûjin ! »
Soudain, les plumes au sol se levèrent telles des aiguilles acérées, tandis que celles venant du ciel tombèrent lourdement mais avec autant d’effet. Elles formèrent un nuage autour d’Aiolia qui l’écorcha à mort.
Les Plumes Célestes cessèrent leurs dégâts lorsque Aiolia s’effondra au sol, sans vie.
Dans l’assistance, le silence fut d’or.
Tout le monde était subjugué par la facilité avec laquelle Vasiliás était parvenu à retourner la situation.
Le vainqueur fit aussitôt face à son adversaire et le salua pour lui rendre honneur.
Il s’inclina ensuite en direction de son maître pour les hommages qu’il lui devait puis il se courba enfin en face du Pope au-dessus duquel la tonnelle continuait à être agitée.
L’orage était devenu maintenant une tempête, néanmoins personne ne quittait les tribunes. L’heure du sacre était venue. Et voir l’adoubement d’un chevalier d’or était un des actes les plus rares mais aussi un des plus beaux à observer au Sanctuaire.

Sous son masque, Saga grimaçait à l’idée de nommer cet Américain trop ambitieux à son goût.
Il se leva pourtant au bout de longues minutes qui semblèrent être pour Vasiliás une éternité : « Jeune homme, Athéna t’a admis aujourd’hui parmi ses chevaliers. L’armure que tu reçois est l’héritage des plus grands, c’est le gage de cette reconnaissance. Depuis sa création, l’ordre des Saints d’or a protégé Athéna et défendu la justice. Cette armure, l’une des douze plus puissantes au monde ne peut être portée que pour cette cause. Tu es aujourd’hui… "
Vasiliás commençait à se relever en voyant l’urne de l’armure d’or s’ouvrir d’elle-même tandis que Saga achevait avec dépit sa déclaration : « … Saint d’or du Lion ! »
L’armure d’or du Lion apparut aux yeux de tous, éblouissant l’ensemble des spectateurs habitué en ce jour à l’obscurité d’une météo capricieuse.
Vasiliás se cacha également les yeux et, lorsqu’il les rouvrit, s’empressa de tâter son corps pour s’assurer qu’il était désormais protégé par la Cloth.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il crut l’armure disparue.
Elle ne se trouvait ni sur sa Pandora Box ni sur lui.
C’est lorsqu’il aperçut de la lumière dans son dos et qu’il constata la stupéfaction de l’assemblée qu’il se retourna, le visage décomposé.
Son rival se relevait avec difficulté, couvert de l’armure d’or du Lion.

Abasourdi, Saga fit à voix basse la simple remarque : « L’armure… L’armure a choisi son porteur… Elle estime Aiolia plus digne de la porter que Vasiliás ! »
A côté de lui, les trois chevaliers d’or n’en revinrent pas.
_ « Voilà bien la première fois qu’une Cloth agit de la sorte, fut étonné Aphrodite.
_ Au vu du combat, Vasiliás s’est nettement mieux distingué, déplora Deathmask.
_ La Cloth a jugé avant tout l’état d’esprit des deux prétendants, comprit Shura. »

Au centre de l’arène, Vasiliás tremblait.
Son teint était devenu livide.
Ses yeux gonflés par les larmes.
_ « Pourquoi ?! Pourquoi l’armure te juge-t-elle meilleur propriétaire que moi ?! Quelle cause peux-tu bien défendre et quelle cause peut-être plus juste que la mienne ? »
Aiolia demeura interdit l’espace d’un instant.
Puis, lorsque le moment fut venu de répondre à Vasiliás, la raison lui parut évidente : « Mon frère était le plus grand chevalier d’or de l’armée d’Athéna de notre génération. Je ne t’apprends rien sur les circonstances qui ont fait de lui un traître. Aujourd’hui, je rêve de pouvoir laver l’affront de ma famille en devenant encore plus brillant que ne l’était Aiolos, pour défendre la justice, les faibles et les innocents au nom d’Athéna ! »
Son timbre de voix était monté crescendo, son poing s’était dressé, rempli de conviction.
Le regard du perdant prit la direction de son maître pour reconnaître dans le sien un profond abattement.
Klok était déçu pour son élève, mais le regard plein de tristesse exprimait aussi un constat, après les différentes mises en garde du maître à l’élève quant à ses ambitions trop extrémistes.

Aiolia ôta son diadème et salua son adversaire pour prendre congé de lui, maintenant que la sentence était donnée.
La foule quitta peu à peu le Colisée, laissant seul Vasiliás dont le désespoir se consumait en rage.
Son cosmos s’élança alors subitement dans les airs et défia tous les hommes encore présents, y compris le Pope, Guilty, son maître et les quatre chevaliers d’or.
Il pointa du doigt Aiolia et releva la tête, le visage déformé par la folie : « Notre combat n’est pas terminé. »
Téméraire, Aiolia comprit aussitôt que son adversaire n’abandonnerait pas.
Il réajusta son diadème et se tint en position d’attaque.

Les gardes qui maintenaient la tonnelle du Grand Pope furent soufflés par le vent provoqué par le cosmos de Vasiliás et retombèrent plus loin en dehors du Colisée.
Guilty avait beau lutter, il reculait petit à petit.
Hormis les chevaliers présents dans l’enceinte, tous les soldats et habitants avaient préféré fuir.
Derrière son masque, le fourbe Saga n’en espérait pas tant, par son geste, Vasiliás venait de lui offrir l’occasion de se débarrasser de ce prétendant au trône.
_ « Saint d’or du Capricorne, appela Saga !
_Oui Votre Grandeur, s’agenouilla aussitôt Shura.
_ Quelle que soit l’issue de cet échange, je t’ordonne d’éliminer Vasiliás. Par sa révolte à l’encontre de la décision d’Athéna de nommer Aiolia chevalier, il vient de montrer son incapacité à se soumettre aux ordres de notre déesse et de son représentant. Il représente un danger bien trop grand. »
Sans broncher, Shura acquiesça.

Plus bas, Klok choisit de rejoindre Vasiliás tandis que derrière lui l’effluve du cosmos de son élève dessinait un lion aux ailes d’ange et aux cornes d’ivoire.
_ « Arrête immédiatement mon cher élève, sinon il sera trop tard pour toi !
_ Il s’agit d’une erreur. Je m’en vais la réparer, répondit Vasiliás méconnaissable !
_ Ne sois pas stupide je t’en prie ! Athéna a pris sa décision ! Un autre destin t’attend j’en suis sûr !
_ Athéna est dans le faux ! Elle l’est depuis trop longtemps déjà ! J’étais la solution à tous les maux de ce monde et elle a préféré me rejeter !
_ Quoi que tu fasses, l’armure a fait son choix, elle ne viendra plus à toi ! »
Klok ne put plus tenir, la cosmo énergie de Vasiliás devint trop grande. A cet instant, seul l’ultime cosmos guidait ses pas.
 
Aiolia déploya lui aussi toutes ses capacités retrouver grâce à l’armure qui l’avait revigoré.
Il serra bien fort son poing droit et tendit son bras en direction de Vasiliás : « Lightning Plasma ! »
Vasiliás bavait d’impatience : « Je me fiche de l’armure ! Elle n’est qu’un symbole ! La vraie force n’est pas dans le palpable, l’armure, mais dans l’impalpable, la force de mes ambitions ! Heart Break Canon ! »
Le lion de Vasiliás battit des ailes et traversa l’ensemble des rayons du Plasma Foudroyant en les évitant tous.
La gueule grande ouverte, les crocs acérés, arborant sa majestueuse crinière, fixant le lion d’Aiolia de ses grands yeux marqués par une cicatrice à l’½il gauche, il traversa le lion du chevalier d’or, debout sur ses pattes arrières, encore en plein élan.
Le poing droit encore tendu d’Aiolia retomba le long de son corps.
De sa bouche s’évacua, mêlés à ses crachats, glaires et sang.
Un bruit de métal brisé résonna à mesure que sa Cloth se fissura à hauteur de sa poitrine, là où le poing de Vasiliás était encore logé.
Le chevalier novice s’échoua inconscient sous une pluie torrentielle tandis que l’Américain se réceptionnait sur ses deux jambes.

Immédiatement, autour de lui, gardes et chevaliers présents l’encerclèrent.
Son visage s’était radouci, il passa d’un air innocent ses mains dans ses longs cheveux ondulés, pendant qu’il cherchait de nouveau celui qui lui enseigna les bases de la chevalerie.
Lorsque Vasiliás plongea une dernière fois son regard dans celui de Klok, des larmes vinrent le prendre : « Merci pour tout maître. Je suis désolé. »
Il eut à peine fini qu’un faisceau de lumière jaillit de son corps et provoqua une épaisse fumée sur laquelle il compta pour disparaître.
Quelques gardes se jetèrent à l’intérieur du nuage de poussière d’où retentirent quelques cris de douleur puis…
Plus rien…

Shura se redressa et informa le Pope : « Il a profité de la vitesse de la lumière pour quitter le Colisée. Je suis sa trace. »
Saga hocha simplement de la tête pour lui donner son approbation et pointa du doigt Klok : « Klok Saint de bronze de l’Horloge, professeur de Vasiliás, je t’ordonne de lancer l’alerte dans tous les villages. Vasiliás est un renégat et va certainement vouloir fuir le domaine. Tout homme l’apercevant a ordre d’abattre ce déserteur. »

En moins d’une minute, le Colisée se vida.
N’ayant pas même un regard pour Aiolia qui fit une bien piètre performance pour sa première en Cloth d’or.
Seul Galan était resté pour porter Aiolia sur son dos.
Le serviteur fut alors interpellé par Guilty : « L’homme que tu portes a peut-être perdu aujourd’hui, mais j’ai senti en lui un très grand potentiel. Il a une marge de progression encore très importante. Ne lui fais surtout pas perdre le droit chemin. »
Puis, laissant Galan penaud, le gardien de l’île de la Mort parti en direction du temple du Pope.
Ce message retentit dans l’esprit de Galan comme si l’avertissement de Guilty laissait présager des doutes quant à l’avenir politique du Sanctuaire.


Quelques heures plus tard, dans la demeure du pontife, le propriétaire des lieux se tenait dans la pièce principale, empoignant fort les accoudoirs de son trône, tandis qu’un garde venait lui murmurer quelques mots à l’oreille, accroissant ainsi sa colère déjà explosive.
Une fois son rapport achevé, le garde le laissa seul avec Guilty incliné devant lui.
La journée fut riche en évènement et cette visite de courtoisie touchait à sa fin : « Majesté, ce fut un immense plaisir et un honneur infini d’avoir pu passer cette journée à vos côtés. Néanmoins, une galère est affrétée au Port du Destin en Crète. Elle doit me reconduire sur l’île de la Mort. Si je ne veux pas manquer le ferry qui lie Athènes à Iraklion, je dois me hâter de vous quitter. »
En nage sous sa soutane, Saga sentait ses nerfs à vif, ses cheveux bleus commençaient à grisonner : « Guilty, avant ton départ j’aimerai te confier une mission. »
Guilty, ne remarqua pas l’attitude de son supérieur.
_ « A votre service mon Seigneur.
_ Vasiliás, le vaincu de cet après-midi, représente une menace pour le Sanctuaire. A en croire le rapport qui vient de m’être fait, il serait parvenu à tromper la vigilance de nos hommes et à quitter le Sanctuaire. J’aimerai que tu l’élimines.
_ Excellence, même avec les meilleurs moyens du monde j’en serai incapable. Cet enfant a le niveau d’un Saint d’or. Aujourd’hui le sacre aurait pu être sien si l’armure n’avait pas fait son choix.
_ Justement, Athéna en a jugé autrement en favorisant Aiolia. Elle m’avait déjà fait part de ses craintes face aux ambitions de Vasiliás.
_ Avec tout le respect que je vous dois Eminence, on n’a jamais vu un prétendant à une armure être mis à mort pour de telles raisons. De plus ce n’est encore qu’un enfant ! »
La voix du représentant de la Déesse de la Sagesse se fit de plus en plus impériale : « Tu contrôles les moindres faits et gestes des chevaliers noirs de l’île de la Mort. Certains sont d’anciens élèves du Sanctuaire ayant échoués aux épreuves d’accession à l’armure sacrée. Ils ont toutefois un potentiel proche de celui des meilleurs de nos Saints. Je veux que tu composes une équipe capable d’éliminer ce garçon. »
Guilty commença à s’emporter : « Faire appel aux chevaliers noirs ! Mais c’est contraire aux v½ux d’Athéna ! Et comment ferais-je confiance à des Ankoku Saints que je combats depuis ma nomination à la sécurité de Death Queen Island ? »
La chevelure bleutée du chevalier d’or était maintenant blanche : « Comment peux-tu prétendre connaître la volonté d’Athéna ? Je suis le seul à être dans la confidence de notre déesse ! Tu n’auras pas à craindre pour ton intégrité, les chevaliers noirs sont restés exilés depuis trop longtemps maintenant. Ils peuvent nous être utiles dans ce genre de circonstance. Je t’ordonne d’exécuter cette mission. »
En l’espace d’une seconde, Guilty douta des intentions du Grand Pope et fit allusion à Shion : « Je suis désolé votre grandeur, mais il y a une époque où je vous ai connu bien moins cruel et plus concilient. Aussi fort et menaçant soit cet enfant, s’allier aux chevaliers noirs pour l’éliminer serait un outrage envers Athéna, j’en reste convaincu. »
Le chevalier des Gémeaux se redressa aussitôt de son siège en déclarant : « Tu ne me laisses donc pas le choix ! »
Stupéfait par cette déclaration, Guilty n’eut pas le temps de remarquer que le Saint d’or était déjà derrière lui : « Genro Mao Ken ! »
Un fil cosmique traversa le cerveau de Guilty qui, en une fraction de seconde, fut conquis par l’Illusion Diabolique du Pope.
Sans même pouvoir lutter, Guilty se tint droit debout, les membres tremblants, pendant que Saga retournait s’asseoir en passant à côté de lui comme si de rien n’était : « Guilty ! »
En entendant la voix du Pope résonner dans la salle et dans son esprit, le père d’Esméralda se prosterna aussitôt.
_ « Oui Maître.
_ J’ai deux requêtes à te formuler.
_ Vos désirs sont des ordres.
_ Pour réaliser chacune d’elle, il faut que dès ce jour tu abandonnes tout sentiment d’amour et de bonté au quotidien et ce pour toujours.
_ Qu’il en soit ainsi.
_ Maintenant tu vas rentrer sur Death Queen Island. Là-bas tu confieras à Jango, le chef des chevaliers noirs, la mission d’envoyer tous ses Seigneurs Noirs et ses meilleurs Ankoku Saints contre Vasiliás. Ils devront le traquer et l’éliminer quel que soit le lieu où il se cache. Pour information, il est arrivé il y a deux ans de Floride aux Etats-Unis, il cherchera peut-être à y rentrer.
_ Bien, j’accomplirai votre volonté.
_ Ma seconde demande est la suivante. Lorsque tu auras trouvé un élève au potentiel suffisant pour devenir Saint du Phénix, fais de lui une machine à tuer uniquement pour mon bon plaisir. Il ne devra avoir que deux références, la haine et le Grand Pope. Réussir ces deux charges permettra aux chevaliers noirs de revenir en grâce et de reprendre leur liberté. »
 
 
Les jours passèrent.
Guilty rentra sur l’île de la Mort et partit à la rencontre de Jango. Dès lors, les Ankoku Saints prirent le contrôle de l’île toute entière et terrorisèrent les quelques villageois cultivant pour leur survie en bord de côte.
L’équipe chargée de retrouver Vasiliás fut constituée et prit la mer…
Tandis que sur les flots, le jeune Vasiliás, de retour dans le monde contemporain, réfugié sur un navire marchand, utilisait une paire de ciseaux pour retirer ses belles bouclettes et changer d’apparence…
Flashback
 
Le cosmos de Ksénia s’atténue petit à petit. Arès rigole à plein poumon : « Les rois ont toujours été les élus des dieux. Je ferai de ce jeune garçon mon roi, mon élu et le laisserait me conquérir la planète, après avoir triomphé dans une sanglante Guerre Sainte où il détruira Athéna et m’offrira la Terre ! »
Ksénia sourit avec beaucoup de charme et quitte le palais après avoir réajusté sa capuche sur son crâne : « J’étais convaincu que ce jeune homme te siérait à ravir. Je le ferais venir à toi en temps voulu. En attendant, veille à améliorer ton hygiène de vie. »

63
Only for Love / Chapitre 25
« on: 27 November 2011 à 22h06 »
Chapitre 25

Au Canada, dans la région de Nunavut, contrastant avec le paysage reculé et glacial, un véhicule motorisé roule à toute vitesse sur les routes gelées de la ville d’Arviat.
La voiture rouge, modèle sport, quitte la petite communauté Inuit d’environ mille huit cent habitants qui représente quatre-vingt pour cent de la région de Nunavut.
Le bolide sort de la ville et fonce à toute vitesse à l’Est, en direction de la baie de Baffin.

Reliée à l’Océan Atlantique par le détroit de Davis, au Sud-Est, et à l’Océan Arctique par plusieurs passes, à l'Ouest et au Nord, la baie n’est navigable que trois mois dans l’année, car des masses de glaces flottantes et des icebergs dominent ce cadre magnifique.
 
En quelques minutes, le conducteur atteint une anse au milieu de laquelle il reconnaît un Canadien aux cheveux longs, épais et gris.
Loin des yeux innocents, l’autochtone croise ses bras et plie doucement ses genoux.
Derrière lui, les calottes glaciaires se brisent tandis qu’un effluve orangé émane de son corps.
 
Plus haut, sur la berge, une demoiselle aux longs cheveux blonds observe son petit ami s’exercer.
Malgré la température fort basse, ses jambes ne sont habillées que de ses longues bottes rouges qui remontent jusqu’au haut de ses cuisses, tandis que sa courte jupe en jean ne la réchauffe pas davantage. Son manteau de fourrure n’est même pas fermé et laisse sa forte poitrine être arborée dans ce maillot rouge décolleté qui ne descend pas plus bas que son nombril.
 
Le chauffeur sort enfin de son automobile, dont il ferme soigneusement la porte, pour ne pas ébranler la concentration du Canadien et ne pas attirer l’attention de la jeune femme.
Il porte un costume blanc avec de fines rayures argentées, des chaussures blanches et brillantes, une chemise gris métallisé et une cravate à peine serrée du même coloris que son uniforme. Ainsi, il est libéré de son col trop serré et laisse apparaître quelques griffes tatouées dans son cou. Son visage aux traits fins porte une barbe de deux jours aussi courte que ses cheveux qui couvrent d’à peine trois millimètres son crâne rasé.
Les quelques rayons du soleil qui se reflètent en ce 7 mars 1985 sur les glaces canadiennes font briller deux petits diamants que porte l’élégant observateur à chacune de ses oreilles ainsi que ses beaux yeux bleus qui scrutent les mouvements de l’inconnu.
Il sort de la poche de son pantalon une montre-gousset qu’il remonte par la même occasion.
Fixant les aiguilles de longues secondes comme pour constater que le temps s’est écoulé vite depuis son absence ici, il pense alors : « Il semble que Bian ait développé encore davantage son God Breath en mon absence. »

A l’instant où le dénommé Bian écarte les bras pour dégager son arcane, l’automobiliste apparaît devant lui et appose sa main juste devant la poitrine du futur Marina pour aspirer son Souffle Divin en prononçant calmement : « Temporal Weakness ! »
Dans la paume de main du distingué jeune homme semble s’ouvrir une dimension qui se referme aussitôt une fois le cosmos de Bian atténué.
Le Canadien revient à lui et reconnaît son ami qu’il sert immédiatement dans ses bras : « Vasiliás ! Tu es revenu ! »
Le fameux Vasiliás se défait en douceur de l’étreinte de son camarade pour ne pas froisser son bel habit : « Oui, j’ai repris les affaires à Miami en Floride, là d’où je viens, après le décès de mon grand-père. J’ai beau avoir nommé un directeur délégué, il fallait tout de même que je me présente pour finaliser une transaction. »
 
Depuis la berge, la frivole petite amie de Bian interpelle leur camarade en faisant de grands signes de bras ce que ne peut s’empêcher de constater Bian : « Il me semble que Dolly soit également très heureuse de ton retour. »
Ne prêtant guère attention à Dolly au physique pourtant si gratifiant, Vasiliás répond à son ami par un sourire sincère.
_ « J’espère recevoir le même accueil de ta s½ur.
_ Tu lui as beaucoup manqué tu sais. Cependant, malgré ton mois d’absence, ta Faille Temporelle est toujours aussi impressionnante.
_ C’est bien ça le souci. Ma technique n’évolue pas. Je dispose d’autres arcanes dévastateurs que j’améliore de jour en jour, pourtant je stagne avec le Temporal Weakness. Ton Souffle Divin n’en est pas moins incroyable.
_ Il faut dire que mon ami Kassa m’aide beaucoup à travailler cette technique.
_ Kassa… C’est bien l’homme qui est arrivé du Portugal il y a quelques mois et que tu dois me présenter depuis n’est-ce pas ?
_ Tout à fait. Mais comme à chaque fois tu préfères t’entraîner lorsque tu es ici, je n’ai jamais pu organiser votre rencontre. Tu verras, il a conscience de ce qu’est la cosmo énergie. Il a comme moi appris à la développer seul mais n’en dégage qu’une force limitée.
_ Ça tombe bien, mieux vaut être prudent avec le cosmos, on ne sait jamais qui en détient la force. En parlant de ça je comptais m’exercer ! »
Bian ramasse un manteau de fourrure crème qu’il ajuste au-dessus de son pantalon et de son maillot pourpre : « Tu pourras toujours reprendre demain. Là j’en ai assez fait pour aujourd’hui. Rentrons maintenant. »
Vasiliás grimace en regardant à nouveau l’heure sur sa montre. Lui qui trouve qu’il reste du temps pour s’entraîner, il finit par abdiquer en rangeant le bijou dans sa poche de pantalon.
Il taquine son ami en lui pointant du doigt sa sublime voiture.
_ « Attention à ne pas salir mes sièges avec tes vieilles frusques.
_ Je ne comprends toujours pas pourquoi tu utilises cet engin, alors que tu peux te déplacer bien plus vite tout seul. »
Vasiliás fixe avec intensité son ami droit dans les yeux et prend un air grave : « Je te l’ai déjà dit. Pour rien au monde nous ne devons être repérés. Notre présence et nos forces dépassent l’entendement humain. N’oublie pas ce que je t’ai enseigné, tu sais que je suis en sursis. On me cherche. Le Sanctuaire ne me laissera jamais en paix. »
En disant cela, Vasiliás frémit et fait le tour de lui-même avant de grimper dans son véhicule : « Rentrons au chalet à présent… »
 
Les deux amis regagnent le véhicule, laissant Dolly s’installer sur les genoux de Bian bien qu’elle continue à dévorer Vasiliás des yeux.
Ce magnifique exemple de réussite sociale émerveille la jeune femme qui se remémore l’époque de leur rencontre…

Flashback
Décembre 1976 - Arrivé au Canada en étant enfant, Vasiliás n’avait ni lieu où dormir ni argent pour se nourrir. Mal fagoté, n’ayant sur lui de valeur que sa montre-gousset, il semblait apeuré et méfiant.
Petite fille, Dolly le voyait régulièrement survivre en se dissimulant dans des ruelles où il se nourrissait dans les poubelles.
Alors que Bian et sa s½ur aînée, Ariel, deux orphelins, trainaient aussi les rues, Vasiliás fut interpellé par la présence de Bian qui dégageait inconsciemment une énergie intérieure que Vasiliás savait ressentir, le cosmos.
Dès lors persuadé que les personnes à sa recherche l’avaient retrouvé, Vasiliás engagea un combat contre l’autochtone de deux ans son cadet.
Les déclarations d’Ariel qui supplièrent Vasiliás de croire en leur innocence le ramenèrent à la raison.
Bian n’était qu’un enfant avec un talent inné pour la maîtrise de la cosmo énergie comme Vasiliás l’était lui-même.
Bian et sa s½ur cherchaient un refuge et s’entraidaient, tandis que Vasiliás, lui, était seul.
Il choisit d’aider Bian à devenir quelqu’un de plus fort en lui enseignant ce que lui-même avait appris. Ainsi, il pourrait toujours protéger sa s½ur. En échange, Ariel dut accepter d’aider Vasiliás à reprendre contact avec sa famille en Floride dont il avait été arraché deux ans auparavant.

Les années défilèrent et Dolly s’approcha petit à petit du trio qui devint vite un quatuor.
Secrètement attiré par Vasiliás, elle ne réussit qu’à accrocher le c½ur de Bian dont elle s’est finalement satisfaite.
Vasiliás et Bian, eux, s’entraînaient à longueur de journée sur les rives gelées de la baie de Baffin.
Pendant ce temps, Ariel partit aux Etats-Unis pour découvrir l’histoire de Vasiliás…
Flashback
 
Dolly sort de ses songes lorsque Bian vient lui baiser doucement le cou.
Ils abandonnent Vasiliás durant leurs embrassades.
Seul, l’élégant jeune homme ressasse le passé, deux ans avant les souvenirs de Dolly…
 
Flashback
2 juin 1974 - Le soleil brûlait la peau d’un Vasiliás jeune garçon. Il ne comprenait pas pourquoi il devait accomplir ces exercices physiques que l’homme responsable de son rapt lui avait ordonné de réaliser.
Le fameux kidnappeur était habillé de la même manière que la majorité des soldats qui veillaient dans ce domaine. Dans de vieux vêtements jaunâtres recouverts de cuirasses aux tibias et aux avant-bras, ses cheveux kaki couverts d’un casque plutôt usagé, le ravisseur était agenouillé devant un homme.

Cet inconnu observait s’exercer avec intérêt l’enfant.
Il était couvert d’une protection marine et grise, à vue d’½il une armure de bronze qui recouvrait sa tenue océan et s’accordait à merveille à ses yeux azurs ainsi qu’à sa longue chevelure qui frôlait le sol.
Il fut rejoint par Saga, dans le rôle du Grand Pope Shion qu’il avait usurpé quelques mois auparavant, était recouvert de sa longue robe blanche, de son magnifique collier et de son casque en or.
Le Saint de bronze courba aussitôt l’échine tandis que le kidnappeur de Vasiliás s’écrasait encore plus bas que précédemment.

Malgré l’atmosphère étouffante, le représentant d’Athéna ne semblait pas souffrir de la chaleur.
Le pauvre enfant, lui, sentait comme une odeur de soufre sur sa peau brûlée, tandis que ses petites mains souffraient de l’incandescence de la roche qui était prête à éclater sous la pression solaire.
L’oxygène était difficilement respirable tant la poussière environnante se soulevait au fur et à mesure que la cosmo énergie du Grand Pope s’élevait.
Dissimulé sous un masque violet, le Grand Pope incendiait le soldat.
_ « Tu es coupable d’un crime d’une importance capitale ! Enlever un enfant de l’amour de ses parents uniquement parce qu’il est prédisposé à un cosmos important est interdit par Athéna en personne ! Seuls les orphelins peuvent être retirés du monde contemporain !
_ Pardonnez-moi majesté, répondit l’infiltré dans le monde contemporain. Je pensais qu’il était préjudiciable pour le Sanctuaire et pour Athéna de se priver d’un tel élément… »
Le chevalier à l’armure marine avait un visage sournois et affichait toujours depuis son arrivée un sourire en coin. Il observait le souverain interrompre son sujet d’une voix grondante : « Silence ! S’il était vraiment destiné à la chevalerie alors il serait venu de lui-même lorsqu’il aurait été plus vieux ! »
Le ton impérial du Pope retentit dans ces environs désertiques du Sud du domaine sacré.
Face à tant de prestance, l’enfant qui allait sur ses huit ans en cette année 1974 cessa ses efforts et observa le maître des lieux en s’asseyant bras croisés.
Le soldat glissa sa tête jusqu’aux pieds de son seigneur et dirigea ses mains vers la robe de celui-ci pour essayer de la soulever et de les lui baiser.
Le Pope s’écarta instantanément et lui somma de se reprendre : « Un peu de tenue ! Ce n’est pas en implorant mon pardon que nous résoudrons ce problème. »
Le malheureux suggéra alors : « Je peux très bien me rendre de nouveau à Miami où j’étais en mission. J’assurai là-bas la correspondance avec le Sanctuaire pour veiller sur le monde alentour avant qu’un autre soldat ne me relève. Je connais les Etats-Unis comme ma poche et l’état de Floride encore plus. Je peux très bien ramener cet enfant à ses parents incognito ! »
Le Grand Pope réfléchit un instant tandis que le chevalier qui l’accompagnait fixait avec insistance l’enfant.
Ce frêle garçonnet aux cheveux mi-longs, bouclés, châtains, coiffés d’un serre-tête noir et vêtu d’un survêtement blanc encrassé par la poussière et le sable du Sanctuaire observait avec admiration le monumental Pope au charisme imposant.
Lorsque ce dernier prit une décision, il déclara fermement au Saint de bronze observateur : « Cet enfant en a déjà trop vu, n’est-ce pas Klok ? »
Le chevalier au corps svelte et au regard perçant, tenant sa main gauche en appui contre sa hanche tandis que son bras droit était tendu le long de son corps, affirma : « Evidemment. Même si nous ne sommes qu’à la frontière entre le monde moderne et le Sanctuaire, juste à l’approche du village de Rodorio qui fait office de rempart au Sud de notre domaine, nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser cet enfant retourner chez lui. Soit il entrera dans la garde athénienne en devenant soldat ou chevalier, soit il mourra. »
L’annonce de son sort ne fit pas frémir l’enfant. Les bras résolument croisés, il fixait avec détermination, presque défi, le Grand Pope.
Cela convainquit Saga : « Klok Saint de bronze de l’Horloge, tu es un des sergents du Sud de notre domaine. Je te charge de découvrir qu’elle est la constellation protectrice de cet enfant et d’assurer sa formation. »
Le regard profond de Klok se figea dans les yeux de l’enfant pendant qu’il assurait : « A vos ordres majesté, je ferai de lui un être invincible… »
Flashback

Les mains sur le volant, la victime du rapt, aujourd’hui le crâne rasé et la carrure plus imposante, est un des rares déserteurs du Sanctuaire encore en vie…


Toujours dans le monde moderne, à Athènes, en Grèce, des flashs et du brouhaha animent la colline de l’Aréopage situé à l’Ouest d’Athènes.
Plus qu’un énorme monolithe de marbre gris bleu, ce lieu touristique qui domine l’agora d’Athènes accueille sur les plates-formes de son sommet des centaines de curieux venus découvrir ce qu’il reste du tribunal de la Grèce antique.
Un peu partout sur les flancs et le sommet de la colline, les creux de la roche sont les seuls vestiges des bâtiments antiques.
Malgré le vent frais du mois de mars, le soleil réchauffe les visiteurs qui, s’ils ne sont pas en maillot, portent de légers gilets.
Cette belle journée de fin d’hiver attire beaucoup de monde hors de chez eux tout comme la richissime Ksénia, amie de Saori Kido.
 
A l’approche de ses dix-sept printemps, elle a choisi de faire une visite en Grèce, aux frais de son riche homme d’affaires de père souvent en voyage.
La météo est propice à ce que la demoiselle se découvre et dévoile ses formes gracieuses.
Ses longs cheveux bruns tombent en quelques mèches dans son cou et sur sa généreuse poitrine à peine cachée par sa robe violette sans bretelle. Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Le petit c½ur rose, tatoué sur sa pommette gauche, s’accorde à merveille avec ses yeux topaze, enjolivés par de fins sourcils.
La vénusté s’avance sur le flanc droit du site, sans se soucier des regards remplis de convoitise qui se posent sur elle.
Elle stoppe sa marche lorsqu’elle distingue un groupe de touristes posé contre l’immense roche souriant au flash photographique qui vient de les saisir.
La jolie Russe reste en retrait de longues minutes durant lesquelles elle s’assure qu’elle n’est plus épiée et que les environs se désertent.
C’est seulement lorsque le calme et l’absence de quiconque reviennent que Ksénia s’engage à l’endroit même où l’attroupement s’appuyait.
Une dernière fois, elle pivote sur elle-même s’assurant de sa solitude en ce lieu.
Puis passe sa main à travers la roche pour vérifier la qualité de ce pont cosmique permettant aux êtres doués d’un cosmos plus ou moins maîtrisé de s’aventurer dans le domaine d’Arès…

Pendant ce temps, la voiture de Vasiliás roule au pas dans la petite ville canadienne d’Arviat.
Ici, les enfants ne prêtent pas attention aux dangers de la circulation.
Malgré le dialogue que cherche à instaurer Bian, Vasiliás est absorbé par une bataille de neige entre des enfants d’à peine dix ans qui ne se soucie guère du véhicule de sport qu’on ne croise pourtant jamais en ces lieux reculés.
Il se revoit au même âge, loin d’ici…

Flashback
Hiver 1974 - Il faisait très froid en Grèce, bien plus froid qu’à l’accoutumé.
Même les chevaliers les plus robustes craignaient cette température et, hormis ceux en faction avec leurs gardes, ils restaient à l’intérieur de leurs chaumières où le feu d’une cheminée et les bras d’un être aimant étaient plus appréciables.

Pourtant, le survêtement blanc remplacé par de vieilles frusques de même couleur, ses bras couverts de bandelettes de papiers, ses chevilles lacérées par le cuir de ses spartiates, ses bouclettes noyées par la pluie de grêle qui venait de s’abattre, le garçonnet qu’était Vasiliás concentrait dans son poing l’étendue de son savoir acquis depuis seulement quelques mois.
Au beau milieu de la place principale du village de Rodorio, désertique en cette journée glacée, il se préparait à créer la surprise auprès de son professeur.
Lorsqu’il vit autour de son poignet une lueur dorée irradier, il se lança sur Klok, son mentor, protégé par sa Cloth.
Ce Néerlandais d’un mètre soixante-quinze bougeait ses soixante-quatre kilos à son gré afin de déstabiliser son élève qui cherchait maintenant à le toucher à distance.
Après un effort de concentration extraordinaire, l’apprenti parvint à décocher un coup proche de la vitesse du son qui frôla in extremis son professeur.
Le chevalier ne tarda pas à riposter, il fonça sur son disciple.
Vasiliás mit trop de temps à se ressaisir après l’effort qu’il venait de faire et se trouva sans défense au moment du face à face.
Klok ne perdit pas une seconde et le frappa de tout son cosmos. Bras ouverts, à l’approche du torse de celui-ci, sa douce voix retentit : « Inversie Tijd ! »
Le corps de l’enfant se tétanisa instantanément pendant que Klok passa derrière lui.
Klok ralentit et, sans même se retourner vers son élève, quitta la place principale pour regagner sa chaumière en lui faisant une nouvelle fois la leçon : « Encore une fois tu n’arrives pas à mêler action et concentration. Tu es à nouveau victime de mon Inversion du Temps. Ton corps et ton organisme subissent un retour en arrière dans le temps et ne supportent pas l’évolution de ceux-ci par rapport à ce qu’ils devraient être lorsque tu n’es qu’un bambin. Heureusement, je t’ai appris à devenir suffisamment résistant pour que tu survives à cela. Lorsque tu auras recouvert toutes tes forces, tu iras chasser pour rapporter le dîner. »
Soudain, les pas du chevalier stoppèrent leur marche.
Sous ses pieds la roche givrée étincelait comme de l’or. De cette plaque lumineuse, mais aussi du ciel, jaillirent tout autour du Saint des plumes blanches, longues et larges telles des plumes d’ange.
Le mentor comprit enfin : « Cette technique à laquelle il s’essaie depuis des semaines, les Plumes Célestes, il y est arrivé… Vasiliás a réussi… »
A cet instant, l’enfant se redressa en pleurant tant la souffrance intérieure de contrer l’arcane de Klok était insoutenable.
Avec une rage folle de vaincre il hurla si fort que toutes les maisons alentours à la place principale de Rodorio l’entendirent : « Byakûjin ! »
Tous les villageois se mirent aux lucarnes de leurs maisonnettes et découvrirent un nuage de plumes écorcher Klok durant une fraction de secondes.
C’est seulement lorsque Vasiliás retomba à genoux que les plumes se dissipèrent au gré du vent.
Le souffle court, les yeux à peine ouverts, Vasiliás observait son professeur qui se tenait dans la même position que lui.
Pour la première fois depuis son arrivée, son maître lui sourit…

Le soir venu, tandis que l’atmosphère s’était radoucie grâce à une pluie fine qui tombait depuis quelques heures, Vasiliás resta assis contre la façade d’une maison.
Son postérieur baignait dans l’eau boueuse tandis qu’il était trempé jusqu’aux os.
Le calme régnait dans Rodorio.

Ce petit bourg du Sud du Sanctuaire est le plus distant du Centre du Sanctuaire et de la ville d’Honkios.
Il est si éloigné que certaines personnes disent de lui qu’il ne fait pas parti du Sanctuaire.
Rodorio est le seul village frontalier dénudé de remparts après que ceux-ci furent renversés par l’armée d’Hadès il y a plus de deux-cent ans.
Pour les soldats et les chevaliers les moins expérimentés, il s’agit de l’endroit le plus facile pour accéder au Sanctuaire car les conditions climatiques qu’il faut franchir sont les moins difficiles par rapports à celles qui encerclent le reste du domaine.
Les monts sont moins élevés, les roches moins sablonneuses et la route plus courte vers le monde contemporain.
Cependant Rodorio n’en reste pas moins un lieu inaccessible pour les humains n’ayant pas connaissance de ce qu’est la cosmo énergie.

C’était dans ce village calme, où la présence militaire n’en était pourtant pas moindre due à l’absence d’obstacles en cas d’invasion ennemie, que Vasiliás avait été conduit et dont il n’était jamais sorti.
Son regard était perdu, son esprit ailleurs.
Il regardait sur son bras nu, un tatouage qui lui avait été fait à l’intérieur de l’avant-bras droit à son arrivée, dans le même style que celui de son maître.
Il s’agit de son année de naissance en chiffre romain inscrit en verticale, le chiffre un commençant juste en dessous du coude et le chiffre six de l’année mille-neuf-cent-soixante-six finissant juste avant le poignet.
Son professeur, spécialiste des cycles temporels, avait fait faire ce tatouage pour rappeler à son disciple que de tout temps les chevaliers ont protégé cette planète et que l’année de sa naissance apportera au monde un nouveau cycle de paix.
Au départ, tout cela n’était que du charabia pour ce jeune humain qui souffrait de l’absence de ceux qu’il aimait et dont il était loin. Il devait renoncer à les retrouver un jour, ne pensant qu’à son rôle de chevalier. Du moins, s’il parvenait à atteindre ce stade.
Quand il réussit en quelques semaines à embraser son cosmos, Vasiliás fit briller dans le ciel une constellation sur le chemin de l’astre solaire, celle du Lion. Klok le mit immédiatement en garde contre les autres aspirants à cette armure car il s’agissait d’une des douze plus puissantes. Et les autres prétendants n’en n’étaient pas moins tendres. Oui, il lui faudrait devenir un des hommes les plus redoutés de cette planète, un Saint d’or.
Cependant, Vasiliás y vit aussitôt l’espoir d’être au-delà de ce statut, il ambitionna aussitôt d’être aussi adoré et remarquable que leur maître à tous, le Grand Pope.
Lorsqu’il ne s’affairait pas à déployer sa cosmo énergie, Vasiliás apprenait de Klok l’histoire de la chevalerie. Il retint plus que tout parmi les légendes et les récits contés, la fonction de Pope et le fait que seul un Saint d’or pouvait lui succéder. Cette mission revenait au chevalier doté du corps, de l’esprit et du c½ur les plus purs.
Depuis qu’il l’avait vu et qu’il apprit son rôle, Vasiliás ne rêvait que d’une chose, devenir ce représentant d’Athéna pour assurer avec les pleins pouvoirs la paix et la prospérité d’une planète où aujourd’hui beaucoup d’hommes vivent dans l’inégalité.
Idéaliste et utopique, il n’en était pas moins radical.
Sa solitude et la découverte de son potentiel lui ont valu plus d’une fois d’être repris par ses semblables. 
En effet, si ses actes de violences parurent justifiés quand il s’agissait de défendre des opprimés, de se débarrasser de gardes usants de leurs droits pour considérer des villageois comme des esclaves, sa conception de la justice fut jugée trop radicale puisqu’il ne laissait aucune chance à ses adversaires.
Au-delà de la radicalité, c’est le jugement qu’il administrait aux manquements moraux comme l’irrespect envers autrui, le harcèlement moral d’un garde envers un villageois, l’humiliation, qui le rendit menaçant aux yeux d’autrui.
Tout manque de civisme était, aux yeux de Vasiliás, bon à être éradiqué. Il rêvait d’un monde libre fait d’amour et de paix mais d’un monde propre où il exterminerait lui-même le mal à la racine.
Durant ces instants où il laissait son esprit vagabonder, lui permettant de se voir devenir ce qu’il ambitionnait, Vasiliás se voyait tel le symbole de sa constellation, un roi au c½ur de lion…

Soudain, des claquements de pas dans les larges flaques d’eau firent sortir le jeune Vasiliás de ses rêves de pouvoir.
Une petite fille se couvrant la tête d’une cape rouge courait à toute allure pour se mettre à l’abri.
Habillée d’une longue robe violette, cette enfant d’à peine deux ans de moins que Vasiliás passa sans lui prêter attention.
Encore plus surpris de voir ce joli visage pour la première fois dans ce bourg où il connut tout le monde en à peine une semaine, Vasiliás fut étonné qu’une fille si jeune soit dehors par cette averse et à cette heure.
Il se redressa aussitôt et lui courut après.
Malgré ses jambes lourdes après les exercices effectués à longueur de journée, Vasiliás rattrapa l’enfant en peu de secondes.
Il lui saisit le bras et le tira vers lui pour la faire pivoter et lui permettre de découvrir son magnifique visage : « Qui… Qui es-tu ? »
La timide enfant ne répondit pas, elle avait le visage incliné vers le sol tandis que ses bras maigres tenaient au-dessus de sa tête la toge gorgée de pluie.
De ses doigts froids et écorchés, Vasiliás souleva le menton de la belle en réitérant : « Qui es-tu ? »
Elle posa enfin ses yeux vers l’inquisiteur en remontant du sol jusqu’à son torse. Sans même s’arrêter sur le visage de l’Américain, la jeune fille s’attarda sur le côté gauche du cou de Vasiliás d’où sortaient trois griffes de son maillot. Avec un accent slave fort prononcé, elle lui demanda avec beaucoup de curiosité : « Que t’est-il arrivé ? »
Vasiliás comprit aussitôt qu’elle faisait allusion à son tatouage : « Ce n’est rien.... Je suis apprenti chevalier, précisa-t-il en indiquant un autre tatouage sur son avant-bras droit. Lorsque mon maître m’a pris sous son aile, il a fait tatouer sur mon bras l’année de ma naissance en m’affirmant que celle-ci marquerait par mon rôle de chevalier l’avenir du monde. Alors j’ai choisi d’en faire d’autres pour refléter également ce que je suis. »
La petite fille n’avait pas détaché les yeux du tatouage de Vasiliás et n’avait même pas encore regardé à quoi ressemblait le garçon aux cheveux mi-longs et aux yeux bleus aux reflets verts.
Vasiliás, lui, avait remarqué à quel point l’enfant était belle, ses fins sourcils donnaient à ses yeux topaze un regard envoûtant, ses cheveux bruns descendaient en de fines mèches sur ses épaules et étaient coiffés de deux fleurs sur le dessus de son crâne. Ce qui marqua le plus son attention c’était le petit tatouage en forme de c½ur rose juste sous le coin de l’½il gauche de la fillette. Vasiliás constata d’un ton crédule : « Toi aussi tu en as un. »
Toutefois, elle restait focalisée, sur celui qui était gravé sur le cou de Vasiliás : « Que signifie-t-il alors ? »
Les soldats et chevaliers qui peuplent le Sanctuaire venant des quatre coins du monde, Vasiliás avait entendu bien des accents jusqu’à aujourd’hui. Cependant, c’était la première fois qu’il découvrait l’accent slave et le charme de la petite Russe ne le laissa pas insensible.
Il retira son maillot blanc décrassé par la pluie et présenta son torse athlétique qui n’était guère le même que celui des garçons de son âge.
Les griffes descendaient le long du cou et passaient derrière sa clavicule pour enfin descendre dans son dos où était dessiné une couronne, vieille, fissurée, entourée de lierre et sur laquelle on pouvait lire une phrase en latin : « Post Tenebras Spero Lucem. »
Vasiliás la traduisit : « Après les ténèbres j’espère la lumière. »
En entendant cela, la demoiselle leva enfin les yeux vers Vasiliás. Elle laissa tomber sa cape sur le sol et se présenta en tendant la main : « Je suis Ksénia. »
Vasiliás, en véritable gentleman, saisit la main de Ksénia et déposa un genou à terre avant de la baiser avec délicatesse : « Enchanté de faire ta connaissance. Je suis Vasiliás. »
La petite fille, charmée, demeurait curieuse.
_ « Pourquoi les ténèbres ?
_ Parce que depuis tout petit je peux les entendre grâce à mon cosmos. Je peux entendre les prières des gens qui souffrent et implorent un monde meilleur. Mon maître dit que je suis doté d’un don inné, que je peux m’adapter à toutes les situations et surpasser tous mes adversaires. Il est convaincu que c’est parce que je suis né avec ce géni pour le combat que mon cosmos est devenu celui d’un messie.
_ Ton destin est donc de supporter les maux de ce monde n’est-ce pas ?
_ C’est pour cela que j’espère la lumière. L’éclat doré du Lion qui influe mon cosmos doit me permettre de veiller au bonheur des hommes.
_ Il te faudra être plus qu’un lion, il te faudra être un roi ! »
En annonçant cela, comme si elle lisait dans les pensées de Vasiliás, le vent souffla sur la cape rouge de Ksénia.
Le tissu s’étendit. Plus qu’une cape, le voile parut être en réalité un étendard. Etait brodé dessus au fil noir, un lion rugissant, les pattes enroulées de ronces, des cornes d’ivoires sortant de ses coudes et de derrière ses genoux, déployant dans son dos des ailes d’anges. Il ouvrait grand sa gueule pour présenter ses crocs aiguisés, portant sur son visage la trace de combats sous la forme d’une cicatrice passant par son ½il droit.
Le tonnerre retentit soudain et les battements de c½ur de Vasiliás s’accélérèrent.
Il était captivé par ce dessin, ce que remarqua Ksénia.
_ « Je te la laisse si tu veux.
_ Et toi ? Comment vas-tu rentrer ? D’où viens-tu ?
_ " Je me suis simplement perdue mais je ne désespère pas de retrouver mon chemin. »
Elle commença à sautiller et à prendre la direction du Sud du village, vers une des sorties du Sanctuaire.
Vasiliás l’interpella alors qu’elle était désormais bien loin : « Attend ! Te reverrais-je un jour ? »
Elle revint toute souriante jusqu’à lui et lui déposa un tendre baiser sur les lèvres : « Nous nous retrouverons, bien évidemment. Un roi dispose toujours de ses sujets ! »
Puis elle disparut à l’horizon, mais pas des rêves de Vasiliás qui espéra depuis la retrouver chaque jour…
Flashback
 
Soudain, des hurlements viennent aux oreilles de Vasiliás qui revient au présent.
Au bout d’une ruelle enneigée, une vieille femme crie de toutes ses forces et se débat du mieux qu’elle peut.
Vasiliás freine brusquement et sort de son véhicule sans dire mot à Bian et à Dolly.
Il court jusqu’à l’origine de ces appels de détresse et découvre trois jeunes individus tabassant une vieille dame pour la dépouiller de son sac et de ses bijoux.
Témoin d’une telle violence, Vasiliás s’emporte aussitôt, les os de ses mains craquent tellement ses doigts sont contractés, ses dents sont si resserrées que sa mâchoire lui dessine un visage plus carré, ses sourcils se froncent et son regard s’assombrit.
Un premier malfaiteur, grand et mince, encagoulé, remarque l’approche de l’homme d’affaires au pas de course et alerte ses comparses : « Regardez qui voilà ! Il doit avoir plus de pognons que la vieille celui-là ! »
Un de ses complices, grand, costaud et coiffé d’une casquette sort un couteau : « Il est pour moi ce toquard. Je vais lui tailler un autre costume sur mesure. »
Le colosse fait office de rempart et cache la vue à Vasiliás qui arrive devant lui.
A hauteur de la taille du voyou, Vasiliás lève la tête au ciel pour fixer droit dans les yeux l’inconscient.
Le regard de l’Américain est si dur que le géant ne peut se retenir d’avaler sa salive, un malaise le prend d’un coup.
Derrière lui, ses deux amis s’impatientent. Le dernier des voleurs plus petit que les deux autres, encapuchonné dans son épais blouson polaire, sort une arme à feu : « Il faut toujours que ce soit moi qui fasse le sale boulot ! »

Devant la ruelle, Bian arrive enfin et découvre son camarade en tête à tête avec la racaille. Connaissant celui qui l’a aidé à accroître son cosmos, il le supplie d’atténuer immédiatement sa rage : « Vasiliás ! Non ! »

Trop tard, la tête du robuste voleur, premier obstacle, vole en lambeaux qui éclaboussent ses comparses.
Vasiliás, auteur d’un bond prodigieux pour atteindre son ennemi, se réceptionne sans difficultés sur ses deux jambes et évite avec facilités les éclaboussures d’hémoglobine.
A cet instant, retentirent, une dizaine de coups de feu venant du revolver du troisième malfrat. D’un mouvement rapide de la main gauche, Vasiliás récupère chacune des balles qui lui étaient destinées. Il les compresse dans sa main de manière à former une balle de métal aussi grosse qu’une balle de golf qu’il lance à une vitesse encore plus véloce que celle du son sur le l’autre larron. Ce dernier se retrouve, sans avoir eu le temps de le voir arriver, avec un trou au beau milieu du visage à la place même de là où se trouve son nez.
Son corps sans vie s’écroule aussitôt tandis que le propriétaire de l’arme pointe encore Vasiliás en tremblant. Il vide son chargeur sur le visage de Vasiliás à mesure que celui-ci approche.
Le nez, les yeux, le crâne… toutes les balles ricochent comme si le corps du héros était composé d’un alliage indestructible.
_ « Que… Comment… Je… Je suis désolé… Je vous en prie… Je… Ah… »
Vasiliás pose sa main sur le visage du criminel et serre ses doigts de plus en plus fort.
La douleur est si atroce que le gangster s’accroupit tandis que sa chair éclate et ses os se rompent.
Le râle s’achève enfin lorsque Vasiliás ressert totalement son poing et que la face, de dessous le nez jusqu’au menton du malheureux, éclate en morceaux.
Après un tel acte de barbarie, Vasiliás tourne les yeux en direction de la personne âgée qui a perdu conscience après le mauvais traitement reçu.
Son corps, affaibli par la force du temps, a été roué de coups. Vasiliás porte dans ses bras les cent huit kilos de la victime sans le moindre mal et tourne la tête en direction de Bian : « Prends la voiture et rejoins-moi à la clinique ! »
D’un bond prodigieux, Vasiliás atteint le toit d’un immeuble situé à proximité et disparaît presque aussitôt après s’être déplacé à une vitesse hors du commun, laissant Bian souffler de dépit.
Le Canadien tourne les talons pour regagner le véhicule et Dolly avant que d’autres témoins ne remarquent le carnage dont est responsable son ami.


Pendant ce temps, en Grèce, à l’Ouest d’Athènes, sous l’Aréopage, Ksénia a traversé le monolithe.
La riche héritière et amie de Saori débouche sur un hall taillé dans la roche.
Le plafond est maintenu par d’immenses colonnes doriques, créées à partir du marbre qui composait dans le passé le tribunal où Arès fut jugé et acquitté par les dieux du meurtre d'Halirhotios, fils de Poséidon, qui avait violé sa fille à cet endroit.
Ce vestibule est éclairé par la lueur des torches qui l’entourent et qui se reflètent sur le marbre propre et brillant.
Les talons des escarpins noirs de Ksénia résonnent dans cet espace vide et propre à outrance. Pas une marque de pas, pas une trace de main sur une colonne, l’hygiène est scrupuleusement présente.
Ksénia fait le tour de la pièce en étudiant avec un ½il expert les piliers froids sur lesquels ses doigts délicats glissent.
Enfin, elle approche au milieu de la pièce où un escalier de pierre, mélange de roche et de calcaire, conduit vers un sous-sol insondable tant l’obscurité envahit cette descente dans les profondeurs terrestres.
Pourtant, la demoiselle de bonne famille n’hésite pas un seul instant et s’y engouffre, descendant les marches d’un mouvement captivant, se laissant absorber par l’obscurité de cette incursion…

Lorsque revient enfin la lumière, après des mètres d’abysse absolu, une chaleur lourde et suffocante pèse tout à coup sur elle. L’intrigante beauté débouche à nouveau sur une plateforme ressemblant au hall ovale par lequel elle est arrivée.
Cette fois-ci, face à la descente d’escalier, deux lignes enflammées dessinent un passage de chaque côté d’un tapis rouge.
Ksénia affiche avec élégance un sourire sur son visage harmonieux. Et, malgré les températures insupportables qui continuent de croitre, d’un mouvement de bras, faisant le tour de sa tête, elle fait apparaître une longue cape blanche qui l’encapuchonne et ombrage son visage.
Désormais, elle emprunte le chemin de feu qui débouche sur une grotte caverneuse étroite, aux stalactites fort basses.
La voie s’achève sous une voûte en arc de cercle.
A cet endroit, Ksénia atteint le centre de la Terre.
En effet, au fond d’un précipice, sur un îlot entouré par une route de lave, se dresse un immense temple aux hauts murs lisses.
Autour du bâtiment d’une superficie incalculable, sur le peu de terre restant entre la lave et les cloisons de ce sanctuaire, des dizaines d’hommes aux cuirasses rouges portées au-dessus de leurs vêtements orangés rapportent des tonneaux d’eau fraîche.
Le liquide s’écoule tel un ruisseau depuis les nappes phréatiques, en dessous desquelles ils se trouvent, et vient mourir dans la lave rutilante.
Ksénia prononce alors d’un air enjoué avec son accent slave : « L’Aréopage, ce qu’il reste du domaine d’Arès le Dieu de la Guerre. »
Elle réalise un bond prodigieux que personne ne lui aurait soupçonné jusqu’à présent et atterrit devant la bâtisse ressemblant à un cône dont la pointe vient s’encastrer dans le faux plafond à côté des concrétions de la grotte.
Les gardes arèsiens ne prêtent guère attention à la présence de l’intruse qui ouvre grand une palissade ornée de cornes de buffles sur toute sa surface et faisant office d’entrée…


Au même moment, la nuit tombe sur Yíaros.
A mesure que le navire d’Apodis entre par le canal formé au Nord Est grâce au chemin de la rivière, le Saint de l’Oiseau de Paradis est pressé d’en découdre.
Le souvenir du corps inanimé de son fils baignant dans le sang de sa mère, focalise son attention.
Remonté à bloc comme ses hommes, sa soif de vengeance n’a aucune idée de ce qui se trame au Centre de l’île…

Là-bas, les villageois n’arrivent pas à trouver sommeil.
Depuis leurs logis où ils sont restés enfermés, ils entendent la garde hébéïenne courir sans cesse dans tous les sens.
L’armée est dépassée par les évènements, l’intrusion des ennemis dans le Sud de l’île annonce des jours obscurs pour la population qui craint les représailles après les évènements catastrophiques de la Journée Sainte au Sanctuaire d’Athéna.

Pourtant, au milieu de la cité, dans le temple réservé aux femmes, le temple d’Héra, un conseil de guerre semble se dessiner.
Les prêtresses soignent une demoiselle qui se tient debout dans une chambre du temple.
Elles nettoient son corps sale et blessé qui se dresse nu devant elles.
La queue de cheval de leur patiente est défaite et ses longs cheveux blonds lui sont peignés sous les yeux de la déesse Hébé en personne.
Autour de la pièce, Juventas et d’autres prêtresses observent la scène et dévisagent plus particulièrement la jolie blonde qui baisse ses beaux yeux bleus honteux en direction du sol marbré.
Subitement, les talons des escarpins rose pâle d’Hébé résonnent dans la pièce à mesure qu’elle s’avance de cette captive qu’elle guette avec pertinence.
Hébé attrape une serviette pliée dans un panier amené par une servante et essuie elle-même les quelques gouttes d’eau qui roule dans le creux de la frêle poitrine de cette demoiselle confuse. La voix mélodieuse d’Hébé lui apprend d’un ton monocorde : « Le Saint de bronze de la Colombe, ton amie Naïra, est morte durant votre combat contre Baucis… »
La déesse dirige sa main en direction de Baucis située dans le fond de la salle, à peine remise des blessures infligées par Philémon du Lièvre.
La torride Alcide a sa Cloth fissurée de toute part et a réajusté un nouveau masque de femme chevalier sur son visage après que Philémon lui ait brisé le sien.
La prisonnière tourne légèrement la tête pour distinguer l’Alcide de la Biche de Cérynie qui l’a mise hors de combat quelques heures plus tôt.
Hébé poursuit : « … C’est elle qui mènera la prochaine mission dans le Nord Est de l’île. Elle tient à prendre sa revanche après qu’elle ait perdu le Sud contre les Athéniens lors de votre débarquement. »
Juventas des Juments de Diomède, fidèle guerrière d’Hébé, veuve du brave Iphiclès du Lion de Némée, intervient pour s’assurer une dernière fois que la détenue ne ment pas.
Elle pointe du doigt en direction du sol l’armure d’argent abîmée et retirée du corps de la captive. Le masque fissuré de Yakamoz ainsi que ses vêtements arrachés jonchent le sol et permettent à Juventas de pointer la soumission de la Saint : « Si ce que tu nous as dit est exact, s’il n’y a réellement que cinquante soldats et un Saint qui tentent de s’introduire dans le Nord Est de la cité, alors tu auras respecté ton serment auprès d’Hébé et tu seras reconnue comme servante de notre déesse, toi, celle qui a choisi de renoncer à ton rang de chevalier d’Athéna et d’entrer au service de l’amour et de la justice sous le flambeau d’Hébé, toi, Yakamoz de la Grue qui a fait v½u de fidélité envers notre déité à l’intérieur même de ce temple sacré… »

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Only for Love / Chapitre 24
« on: 1er November 2011 à 20h53 »
Chapitre 24

7 mars 1985.
Le premier acte s’achève sur Yíaros.
La victoire athénienne au Sud de l’île garde tout de même un goût amer. La disparition de Yakamoz ainsi que l’annonce du décès de Naïra qui a succombé aux blessures infligées par Baucis entachent cette première incursion.
L’atmosphère se rafraichit, le soleil tombe de plus en plus et la journée s’achève.

Au loin, proche du détroit, Shura somme à ses hommes de ne pas emprunter le chenal. Il a réajusté son casque sur sa tête après qu’avec du fil et une aiguille un soldat lui ait recousu le crâne.

Les Athéniens, après avoir positionné quelques sentinelles dans les montagnes, déblayent la côte.
Ils regroupent près de soixante cadavres hébéïens avec, dans le lot, l’Alcide Androgée.
Une bonne autre vingtaine de dépouilles n’a pas été retrouvée. Elles furent soit brûlées, soit ensevelies par les nombreuses avalanches.
Tandis que certains montent plusieurs tentes sur les flancs gauche et droit, d’autres creusent une fosse dans laquelle les morts sont lancés et brûlés.
La petite trentaine d’Athéniens décédés a droit aux honneurs du bûcher avec des sacres sur les yeux pour le passeur des enfers, alors que les religieux officient une cérémonie funèbre.
 
Aldebaran rejoint Shura en compagnie de Babel et Ptolémy qui sont désormais revenus à eux. Philémon a dans ses bras le corps de Naïra.
Shura comprend : « Voici donc notre première perte. Elle était chevalier. Avait-elle des camarades particuliers parmi les nôtres ? »
Ptolémy, pour une fois dépourvu de sa soutane et de son masque, restés sur le bateau, répond à son supérieur : « Seigneur Shura, elle était très appréciée de nos gardes au domaine sacré. Elle vivait dans la ville d’Honkios et participait à maintenir l’ordre à mes côtés dans la ville principale de notre cité. Le Seigneur Aiolia lui a sauvé la vie lors de l’invasion hébéïenne durant la Journée Sainte.
_ Dans ce cas Ptolémy, fidèle scribe de notre Grand Pope, tu rédigeras un billet à notre majesté pour l’informer de son décès et présenter nos condoléances au chevalier du Lion qui a été son sauveur. Dis-lui qu’elle s’est battue courageusement pour Athéna et qu’elle est décédée avec les honneurs. »
Ptolémy incline légèrement sa tête pour saluer la décision. Aldebaran annonce à Shura : « Ils ont enlevé Yakamoz. Ils souhaitent certainement faire des prisonniers pour les interroger ou les monnayer contre notre retrait de l’île. »
Shura sourit : « Enlever nos Saints n’est pas la meilleure façon d’obtenir des informations. Chacun sait que les chevaliers préfèrent mourir, plutôt que de trahir les leur. Nous, nous serons plus malins qu’eux, dans la mesure où nous ne perdrons pas de temps à interroger des captifs. Nos prêtres ont déjà effectué ici de nombreux pèlerinages et les lieux leur sont connus. »
Shura n’a pas l’air de se soucier du sort réservé à Yakamoz, celle avec qui il a passé d’agréables instants avant de débarquer sur l’île.
Aldebaran se retourne vers le Saint de bronze et les deux Saints d’argent : « Vous pouvez disposer maintenant chevaliers. Soignez-vos plaies, laissez vos armures reprendre des forces dans leurs Pandora Box et reposez-vous. Cette nuit, lorsqu’Apodis et ses hommes auront débarqué, nous commencerons à investir l’île. »
Les trois hommes quittent leurs deux supérieurs, Philémon rumine la disparition de Yakamoz pour laquelle il se sent responsable, Babel ne décolère pas de s’être fait avoir par Baucis pendant que Ptolémy, papyrus et plume en main, a déjà regagné le navire et a réendossé ses vêtements qui voilent son identité.
 
Les deux Saints d’or marchent le bord de l’eau et observent les bateaux hébéïens sombrer un à un.
_ « Les hommes installent le camp, commente Shura. Je leur ai demandé de ne pas se positionner trop près des montagnes pour éviter les attaques surprises ou les catastrophes provoquées par une explosion cosmique inattendue. Pour le moment je n’ai fait envoyer aucun éclaireur de l’autre côté du détroit. Je préfère que nos hommes se reposent durant la soirée. Nous attaquerons pendant la nuit. Une troupe de quinze soldats reste en permanence avec l’équipage pour veiller sur notre navire.
_ Sous mes ordres les soldats coulent leurs bâtiments afin d’éviter toute fuite de la part d’Hébé. Ils n’ont trouvé aucune nourriture dans les cales et les réserves. Il faudra attendre que les bateaux marchands arrivent sans quoi nos réserves s’épuiseront très vite. »
Shura tapote amicalement sur la Cloth d’Aldebaran au niveau de l’estomac : « Cette nuit Apodis avancera déjà vers le Parthénos et nous nous commencerons à envahir leur cité. Nous serons bientôt maîtres de leur domaine, ne te soucie donc pas de la nourriture, tu mangeras un festin demain ! »
Aldebaran rigole amicalement et fixe la lune qui devient de plus en plus visible en murmurant : « Apodis, soit prudent… »


Pendant ce temps, au Sanctuaire, la quatrième maison du zodiaque est vide.
La chambre du propriétaire est inoccupée.
Seules les catacombes sont animées.
Depuis la veille, Deathmask n’a de cesse de retrouver sa prisonnière.
Lilith, comme il l’a baptisé, se montre docile. Chaque fois qu’il lui amène son repas, il reste avec elle à l’observer et à lui caresser le corps de ses mains fermes.
 
Ce soir encore, il la fixe d’un ½il concupiscent, alors qu’elle se jette grossièrement sur la nourriture, n’utilisant aucun couvert et s’essuyant la bouche à l’aide de ses bras.
Elle porte sur elle le pantalon craqué et le maillot usé que lui a donné Deathmask. Ses beaux cheveux lilas sont salis par la boue qui couvre le parterre miteux de la geôle. Ses grands yeux océans sont inexpressifs. Elle a perdu toute trace d’élégance, toute bienséance. La seule chose qui permet de faire valoir l’éducation qu’elle a reçue est sa faculté à lire les écrits que lui laisse Deathmask. Chaque fois qu’il descend, il lui laisse des pages de son recueil où il évoque son enfance.
Maintenant qu’elle a fini de manger, elle approche du plateau où scintille une chandelle, seule source de lumière dans ces ténèbres. Elle examine l’écriture de Deathmask et reprend ainsi sa bibliographie là où il lui avait laissé.
Deathmask part s’accroupir au fond de la pièce, il étudie les mouvements de Lilith.
Il est soudain stupéfait lorsqu’il voit rouler sur son visage des larmes.
Elle est émue pour son agresseur, celui qui a tué son amie prêtresse et qui l’a enlevé après que le Grand Pope les ait violées.
Le Cancer en est persuadé, cette demoiselle a le c½ur pur.
Il rampe pour s’agenouiller à ses côtés et, d’une mine affectée, il lui essuie les joues de ses mains rêches. Sans réaliser l’importance de son geste, elle enroule ses bras autour de son cou et vient lui baiser les lèvres.
Surpris, le Saint d’or se défait de l’étreinte de sa prisonnière.
Il se relève brutalement et hurle : « Qu’as-tu fais ?! »
Lilith ne répond pas. Comme on lui a appris, elle ne dit mot si la parole ne lui est pas donnée : « Parle ! Qu’as-tu fait ?! »
Après des mois de silence, sa douce voix est enrouée : « J’ai cru vous faire plaisir en vous témoignant mon respect. »
Deathmask est perdu.
Il se prend la tête dans les mains et bascule le tout en avant puis en arrière pendant quelques secondes…
Il revient à lui et la pointe rageusement du doigt : « Tu mens ! Tu profites de ce que tu as lu pour essayer de m’avoir !
_ C’est faux maître. J’ai…
_ Silence ! Tu resteras enfermée ici sans manger ni boire jusqu’à ce que ma colère se dissipe ! »
Il referme la porte avec rage et quitte le sous-sol de sa demeure…
 
 
Les heures se sont vite écoulées depuis que les Athéniens ont posé leur camp sur la côte Sud de l’île d’Yíaros.
La nuit est entamée depuis quelques minutes maintenant.
En mer Egée, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île, le navire d’Apodis progresse toutes torches éteintes pour ne pas se faire repérer.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis ajuste son heaume sur son crâne.
Son regard est redevenu froid, sa haine envers les Hébéïens reprend de plus belle maintenant que son armée approche de la côte.
Cliff, un des fidèles soldats et amis d’Apodis, a eu raison. Les vents ont été suffisamment favorables pour qu’ils débarquent plus vite que prévu.
Apodis se concentre, afin de déceler si une quelconque menace les attend.
Lui viennent alors à l’esprit les bribes de sa première guerre…
 
Flashback
Printemps 1979 - Sur le champ de bataille à l’Ouest du Sanctuaire, Apodis venait d’être mis au sol par un Arèsien qui pointait son javelot vers sa gorge.
Attendant la mort avec impatience, Apodis sentit des gouttes de sang couler sur son visage. Néanmoins, cela ne le faisait pas souffrir : « Suis-je déjà mort sans m’en rendre compte ? »
Il ouvrit les yeux pour voir à quoi ressemblait le paradis.
Celui-ci était bien loin de ressembler à ce à quoi il aspirait.
Une nuit tombée.
Des râles tout autour de lui.
Des cliquetis d’armes qui s’entrechoquaient.
Couchés à ses côtés, des cadavres arèsiens et athéniens. Certains éclairant les environs grâce à la combustion des torches qui tombèrent sur eux lors de leurs chutes.
Cela lui parut évident, ça n’était pas le paradis.

Toujours éclaboussé par ce sang qui le couvrait de plus en plus, Apodis reconnut son opposant penché devant lui, sa gorge taillée.
Aux alentours, seul contre dix, Cliff protégeait son ami : « Ca va aller Apodis ! Il ne reste plus que nous. Nous ne devons pas reculer. Nous devons maintenir nos positions jusqu’à ce que les troupes qui occupent les flancs aient gagné la muraille. »
Apodis était navré. Le paradis était encore loin, son camarade venait de l’empêcher de mourir et se retrouvait en position difficile, en ayant cru bien faire pour lui.
Sans bouclier, le plastron endommagé par de violents chocs et démuni de casque, Cliff tenait fièrement sur ses jambes amochées, brandissant son épée fissurée après les télescopages qu’elle avait subie.
En tournant autour d’Apodis pour le défendre des adversaires venant de gauche, de droite, de devant et de derrière, il bloquait les coups de glaive, esquivait les javelots et utilisait son corps comme cuirasse pour encaisser les flèches. Il tranchait les membres de ses antagonistes, entaillait leur corps, transperçait leurs points vitaux.
Le Grec le regardait, sans comprendre pourquoi il luttait vainement.
Cliff devait attendre qu’Apodis se relève pour le seconder, cependant il n’en avait pas l’envie, pas le cran.
Irrémédiablement, les blessures commencèrent à se faire trop nombreuses pour l’Italien.
Son corps trop lourd.
Bien qu’à genoux, il continuait à se battre, à abriter Apodis de son être.
Les autres trépassaient mais lui tenait bon.
En face, chez les Arèsiens, c’était l’incompréhension.
 
Les rangs athéniens du centre fatiguaient.
La progression sur les ailes était longue à venir.
Il ne restait plus que quelques guerriers d’Athéna encore debout, au beau milieu du terrain gagné par les hommes d’Arès.
Parmi les athéniens, Cliff donnait du fil à retordre.

Couché sur le dos, Apodis discerna une majestueuse monture sombre, accourir vers eux.
Son regard se hissa jusqu’au cavalier et fut ébloui par l’éclat de la lune sur sa gemme d’améthyste. Un Berserker rejoignait ses hommes.
Sous son casque, de longs cheveux couleur prune tombaient jusqu’à ses épaules.
Il était grand d’au moins un mètre-quatre-vingt, tout en muscle. Ses yeux jaune canari auraient pu éclairer les environs tant ils étaient perçants.
D’une voix calme, il déclara : « Allons donc guerriers d’Arès, n’êtes-vous pas capable de vous débarrasser de deux ridicules soldats alors que leur ligne a été depuis longtemps écrasée ? Il faut que ce soit moi, Diodoros Berserker du Vent qui les réduise en pièces ! »
Sans dégainer son arme rattachée à sa Nightmare, Diodoros avança jusqu’à Cliff qui essaya de l’empaler. Diodoros arrêta l’épée à main nue : « Ton mouvement est trop lent, trop faible, pour m’inquiéter. »
Il empoigna le cou de Cliff et le souleva du sol en le serrant. Cliff commença à manquer d’air.
Diodoros sourit perfidement : « Qu’est ce qui te donnera la mort ? Le manque de souffle ou bien la rupture des os de ton cou ? Dans les deux cas ça sera une mort douloureuse je peux te le garant… »
Diodoros n’acheva pas sa phrase.
Expédiée depuis des lieux d’ici, une décharge cosmique s’abattit dans son dos et fendilla sa Nightmare tout en le faisant chanceler.
Enragé, Diodoros se retourna et découvrit Pullo, le dernier survivant de la garnison avec Cliff et Apodis. Il maintenait lui aussi sa position, seul contre un millier depuis tout à l’heure. Le corps aussi meurtri que Cliff, il défia Diodoros du regard : « Depuis tout à l’heure tes hommes ne parviennent pas à me faire tomber alors que je suis désarmé. J’espère trouver un adversaire à ma taille. Laisse ces deux enfants pour affronter quelqu’un qui te donnera du fil à retordre. »
Diodoros pouffa de rire : « Du fil à retordre ! J’aimerai voir ça. »
Il ordonna aux légions alentours de lui laisser Pullo ainsi que Cliff et Apodis afin qu’elles continuent leur avancée.
Pullo, en boitant, arriva à hauteur de Diodoros. Il s’inclina pour esquiver une droite et cogna le Berserker d’une droite puis d’une gauche dans les côtes. Enfin, il lui décocha un uppercut.
Rien de tout cela ne fit chanceler le Berserker.
Ce dernier, répondit d’un simple coup de tête.
Simple en apparence...
Mais en réalité trop puissant pour Pullo.
Sa tête fut balancer puissamment en arrière quand son nez éclata.
Néanmoins, le caporal resta fermement sur ses jambes.

A cheval, un autre Berserker gagna le combat.
Plus petit que Diodoros, il était également plus fort.
Une énorme barbe blanche empêchait de distinguer la forme de son visage déjà dissimulé par un heaume à cornes de buffle. Il interrogea son camarade : « Diodoros, de simples soldats te mettent dans tous ces états ! Plus haut, les lignes d’Athéna tiennent encore sous l’égide d’un sergent nommé Pajaros Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. Notre armée butte contre car il tient ses rangs à merveille. Moi, Evhémère Berserker de la Matière, je pars de ce pas le combattre. J’aurais aimé que tu viennes me prêter main forte. Ce vieux chevalier est coriace semble-t-il. Alors cesse donc de jouer ! »
Diodoros esquivait chaque coup de Pullo, déstabilisé par son hémorragie au nez.
D’un coup de pied tourné, il le fit tomber en arrière.
Pullo se releva en passant son bras devant son visage pour essuyer son sang.
_ « Je pense ne plus en avoir pour très longtemps. Evhémère, pourquoi ne demandes-tu pas de l’aide aux autres ?
_ Ennius et Nicator luttent tous les deux contre leur lieutenant Orphée de la Lyre qui a vaincu à lui seul des centaines de soldats. La tâche semble ardue. Je pense qu’Antiochos viendra à leur rencontre une fois la situation stabilisée sur l’aile droite. »
Diodoros, tout en martelant Pullo de coups s’étonne : « Personne ne protège le front gauche ?
_ L’avancée athénienne a été ralentie. Il n’y a rien à craindre, nos soldats suffisent. »
 
Evhémère reprit sa course vers le Nord pour atteindre les lignes qui tenaient encore.
Pullo, adossé contre une ruine, encaissait sans broncher. Il était réduit à un sac de sable. Incapable de la moindre réaction. Plus mort que vif.
Cliff puisait en lui des forces pour se relever.
Apodis tremblait, il était pâle, il avait si peur, si honte.
Dans un dernier élan Pullo envoya un crochet en pleine mâchoire du Berserker, Cliff suivit et frappa Diodoros en plein dos avec une hache.
Chanceux de porter son armure, la Nightmare du Vent, le Berserker se retourna indemne en extrayant sa lame de son fourreau. Il retira la hache plantée dans sa Nightmare et empala son épée en plein abdomen de Cliff démuni. Le pauvre essaya d’avancer malgré l’arme qui perforait son ventre. Diodoros l’enfonça davantage jusqu’à temps que Cliff tomba à genoux. A sa merci, Diodoros fit tournoyer la hache utilisée auparavant par Cliff par-dessus sa tête avant de la diriger avec plaisir en direction du cou tout frêle du Sicilien qui se vidait de son sang.
Pullo, n’ayant plus rien dans les bras, s’engagea l’épaule en avant dans les reins de Diodoros afin de le faire basculer et ainsi sauver son élève.
Diodoros retomba à quatre pattes.
Impétueux, il s’employa à balayer Pullo pour de bon.
Ses yeux d’un jaune profond s’élargirent, pendant qu’il collait ses bras contre son corps et ouvrait les paumes de ses mains vers le ciel. Dans ses deux paumes vinrent se formèrent deux sphères d’air agitées. En rejoignant ses mains, les deux sphères formèrent un cyclone. Son regard se braqua sur Pullo et il proféra le nom de sa technique : « Obitadashii Storm ! »
La Tempête Incommensurable débarrassa Diodoros de Pullo qui retomba non loin d’Apodis, le corps totalement lacéré par les puissants courants d’air…
Flashback
 
De retour au présent, Apodis regarde Pullo qui est maintenant à son service.
Celui-ci a bien vieilli depuis et porte encore les stigmates de cette bataille, comme par exemple sa cécité.
Il s’en veut encore mais garde espoir, en le sachant à ses côtés…


Plus loin, au Centre de l’île, beaucoup de femmes et d’enfants apprennent la mort de leurs proches après la déroute hébéïenne au Sud dans l’après-midi.
Le moral du peuple est au plus bas.
Rares sont les gardes encore présents pour veiller sur les habitants qui peuplent la cité.
L’ordre est maintenant tenu par les religieux qui connaissent à peine les bases de l’instruction militaire.
A l’intérieur du temple d’Héraclès et du temple d’Héra, prêtres et prêtresses officient des cérémonies funéraires en l’honneur des récentes victimes et consolent les familles.
 
Plus haut, dans le palais impérial, le Parthénos, une réunion de crise est présidée par Hébé.
La magnifique déesse, entourée de Juventas et d’¼dipe, s’entretient avec les deux cardinaux des temples ainsi qu’avec les riches familles de la cité. Un d’entre eux scande : « … il n’y a qu’une Alcide plus morte que vive et une trentaine de soldats mal en point qui sont revenus sur les cents hommes et deux chevaliers envoyés ! Dîtes-moi comment faire pour garder notre calme ? »
Un second renchérit : « Les Athéniens tiennent le port. Le rapport de nos survivants fait état de près de cent-cinquante soldats et de sept Saints débarqués, avec parmi eux des Saints d’or. »
La voix d’¼dipe retentit dans la salle d’audience du temple d’Hébé pour atténuer les propos tenus par le noble : « Eux aussi ont subi des pertes. Des soldats sont morts et un Saint de bronze a perdu la vie. Nous avons également capturé un Saint d’argent. »
Le premier intervenant s’exclame : « Magnifique ! Une prisonnière qui peut mettre à mal nos hommes et s’infiltrer jusqu’à sa majesté Hébé a été conduite ici ! Encore un plan ingénieux de sa Seigneurie Baucis de la Biche de Cérynie. »
Hébé tente d’atténuer les peurs de son peuple. Sa prise de parole fait reculer d’un pas les sujets les plus véhéments : « Il est vrai que les démarches de Baucis ont échoué mais elle n’est pas responsable de tous nos maux ! »
Sans manquer de respect à leur altesse, les patriciens n’en démordent pas. Tout en courbant l’échine, ils poursuivent : « Les dépositions de nos soldats font état d’à peine une trentaine de pertes chez les soldats athéniens et d’une vingtaine de blessés. »
Un troisième bourgeois réagit : « Il nous faut immédiatement profiter du fait, qu’ils soient acculés sur le port pour les repousser. Ils tiennent là un lieu essentiel à notre survie. Nos terres sont peu cultivables et le commerce extérieur est notre seule ressource. S’ils bloquent nos échanges le peuple mourra affamé et les hommes n’auront plus qu’à rendre les armes. »
Acis, le grand cardinal du temple des prêtres sort de son silence. Celui qui a secouru des années auparavant les jeunes Saga et Kanon fronce ses sourcils grenat tandis que ses cheveux orange coiffés en brosse s’agitent en même temps qu’il lève les bras au ciel : « Notre prisonnière a parlé ! La menace la plus imminente ne vient pas du Sud mais du passage de la rivière entre les montagnes du Nord et la forêt de l’Est ! »
Le premier aristocrate doute : « Qui nous dit qu’il ne s’agit pas d’un piège ? »
Acis surprend l’assemblée. Celle-ci est autant stupéfaite que la réaction de Yakamoz est impromptue : « Parce qu’elle a juré fidélité à Hébé devant sa statue dans le temple d’Héra où nous la retenons prisonnière ! "
L’assistance est abasourdie. Cette annonce surprenante fait soulever Hébé de son trône : « Acis ! Grand cardinal du temple d’Héraclès ! Conduis-moi immédiatement à cette femme chevalier qui est notre prisonnière ! »


A des centaines de kilomètres de là, au Sanctuaire, dans la quatrième maison du zodiaque, Lilith repense à l’ensemble des pages que lui a laissé Deathmask depuis qu’il l’a internée ici au milieu de rats et de cadavres en putréfaction.
Après avoir découvert son histoire, elle culpabilise d’ignorer le sort qu’il lui a réservé et de s’apitoyer plutôt sur celui de son bourreau.
Elle n’arrive toujours pas à comprendre son geste de tout à l’heure.
Elle l’a embrassé non pas par respect, elle lui a menti, elle s’est menti à elle-même.
_ « Comment avouer que je lui témoigne de l’affection ? A un monstre pareil, s’indigne-t-elle ?! »
Mais, déjà, elle regrette : « Il ne m’accordera plus jamais sa confiance désormais qu’il croit que je me joue de lui. »
Plus que de savoir qu’il va la laisser mourir de faim et de soif, c’est savoir qu’il ne lui donnera plus jamais l’occasion de découvrir ses mémoires qui la chagrine…
Quand, tout à coup, la porte en béton armé de sa geôle s’ouvre doucement.
Rongée de remords, la douce demoiselle discerne, grâce au scintillement de la chandelle qu’il porte, le chevalier du Cancer.
Deathmask pénètre dans la pièce.
Il est méconnaissable.
Blême, les yeux noyés de chagrin, il ne semble pas non plus s’etre remis de l’affection soudain que lui a témoigné Lilith : « Tu as voulu me blesser tout à l’heure n’est-ce pas ? »
Elle s’agenouille.
_ « Je vous conjure de me croire Maître, ce n’était pas mon intention.
_ Tu l’as lu pourtant ! Tu sais ce que représente pour moi ce genre d’échange ! Les seules personnes à m’avoir embrassé sont ces gens abjects que furent ma tante et mon oncle. !
_ Oui, ils vous ont recueillis en Sicile lorsque vous n’aviez qu’une demie-dizaine d’année après la mort de vos parents.
_ En effet, à l’approche de mon cinquième anniversaire, mon père découvrit les infidélités de ma mère. Fou de rage, il la massacra sous mes yeux encore innocents. Je fus confié à ma tante, Lilith, et à son mari qui revenait de Grèce après y avoir vécu durant des années. Cet homme, Cancro, était chevalier d’or du Cancer. Il était revenu sur sa terre natale après avoir laissé durant des années sa femme en Sicile. Dès mon arrivée chez lui, dans une chaumière isolée sur le Mont Etna, Cancro ne voyait en moi qu’un enfant misérable et chétif, comme en est peuplé le monde en dehors du Sanctuaire. Il voulait que je devienne un homme digne. A la hauteur de sa renommée. Capable d’être reconnu parmi les plus grands. Et c’est par la force, qu’il espérait me rendre ainsi. Un soir où je rentrais en rampant d’un terrible duel que nous avions échangé auparavant, je les ai surpris tous les deux, nus, en plein acte charnel. C’était violent. Intense. Ça ne ressemblait en rien à de l’amour… C’est elle qui me découvrit en premier. Lilith vint nue jusqu’à moi pour me relever et m’amener jusqu’au lit où Cancro me défiait du regard. Elle me coucha sur leurs draps gris, sales et puants en me déshabillant pour qu’ils puissent me violer tous les deux. Depuis, chaque soir, en rentrant de l’entraînement, ce calvaire était devenu coutumier. Inférieur à ce vieux chevalier d’or, moi le petit garçon qui commençait à peine à découvrir le cosmos, je devins le sous-fifre d’un diable. Ma rage et ma colère me rendirent ambitieux. Les dieux que vénéraient mes parents étaient des songes que les mortels se sont inventés pour se détourner des vrais dieux. Je l’ai compris durant mon apprentissage. J’ai aussi compris que seuls des gens comme Cancro et Lilith, qui étaient plus forts, réussissaient à imposer leurs lois. Dès lors, je choisis de devenir l’homme le plus puissant de la planète pour faire triompher ma justice. Je quittais fréquemment la cabane de Cancro situé sur le Mont Etna, puis descendais aux villages situés plus bas, pour tester ma force contre les hommes les plus craints des environs. Très vite mon niveau surpassa le leur et mon cosmos devint bientôt supérieur à celui de Cancro qui continuait à m’entraîner et, le soir venu, à me récompenser à sa façon. Un jour où il sortit du grenier de sa cabane une lourde caisse en métal couverte d’un drap noir, je compris qu’il s’agissait là de la clé de la reconnaissance et de la consécration. Il espérait la réendosser à nouveau, avant de se rendre au Sanctuaire pour une mission que venait de lui confier un messager du domaine sacré. Face à cette aubaine d’être reconnu par le Sanctuaire comme successeur de ce monstre, je défiai aussitôt Cancro de me tuer, sans quoi je lui prendrai cette armure à laquelle je m’étais moi-même destiné. L’armure d’or du Cancer ! La constellation avec laquelle je rentrais en harmonie lorsque s’accroissait ma cosmo énergie ! Je fus aisément vainqueur lors de notre combat. Affrontement durant lequel je sentis mes forces s’amplifier de façon exponentielle.
Mais au moment où je m’apprêtais à lui ôter la vie, il se jeta sur mes lèvres pour me voler un baiser avant de mourir. Un long baiser semblable à ceux que ma tante et lui avaient l’habitude de me prendre lorsqu’ils abusaient de moi. Cet acte est depuis scellé en moi, en me transmettant son armure, il m’a transmis son sadisme. J’ai commis mes premiers meurtres en me vengeant d’eux…
_ C’est donc pour cela que vous avez réagi ainsi lorsque je vous ai embrassé. Vous craignez la signification d’un baiser. Selon moi, un baiser doit être échangé entre deux êtres éprouvant un amour réciproque.
_ Comment pourrais-tu aimer un monstre tel que moi ?
_ Il n’y a que vous qui vous considérez ainsi.
_ Depuis mon enfance je suis un assassin. Je tue sans crainte et sans remord.
_ Vos premiers meurtres n’étaient que justice. Vous avez triomphé des fléaux qui ont fait de vous leur chose. Les autres ce n’étaient que pour rétablir la vérité, pour faire triompher Athéna. »
L’Italien essuie ses yeux gonflés par le chagrin. Il se reprend.
_ « Tu te cherches des raisons de me pardonner !
_ Aucun pardon ne peut effacer le traitement que j’ai reçu. Seules la compréhension et la compassion, peuvent me permettre d’accepter l’homme tiraillé que vous êtes et tolérer le sort que vous me réservez.
_ M’accepter ! Tu acceptes ce que je suis ? »
La belle demoiselle passe sa main dans son cou pour démêler les cheveux qui s’y trouvent et ainsi dégager sa chair. Gorge tendue en avant, les yeux fermés, elle annonce : « Je suis prête maintenant chevalier. Prenez ma vie si telle est votre mission initiale, si celle-ci peut soulager votre âme, en apaisant votre soif de vice insufflée par vos proches. »
Le Saint la dévisage longtemps pour finalement lui serrer la gorge de façon brutale.
Il la soulève et approche son visage du sien tandis qu’elle manque de souffle.
Lilith ne se débat pas.
Saga prêtresse d’Athéna, elle applique la bienveillance qu’on lui a instruit.
Quelle que soit la finalité, satisfaite d’avoir répondu à l’amour de son prochain, elle sourit en avouant d’une voix atténuée : « Je suis heureuse Maître de mourir maintenant que je sais que vous n’êtes pas responsable du fléau qui vous ronge. »
En entendant cela, Deathmask lâche aussitôt son emprise et laisse le corps tout frêle retomber sur le sol argileux.
Dans son regard se mêlent colère et détresse.
Finalement, c’est de la compassion qui lui vient lorsqu’il s’accroupit devant elle pour la soulever dans ses bras.
Quasi-inconsciente, Lilith ne comprend pas ce que fait Deathmask qui la sort de sa prison…
 
 
Au même moment, en mer Egée, dans le silence le plus complet, les derniers coups de rames du navire d’Apodis sont donnés pour approcher l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île d’Yíaros.
Le canal qui relie la rivière à la mer est suffisamment large pour permettre au navire de s’aventurer dans l’île comme l’ont assuré les prêtres athéniens qui connaissent bien Yíaros.
Apodis ordonne au chef de l’équipage de prendre ce chemin pendant que de chaque côté de la coque, les cinquante soldats débarquent sur la berge pour assurer la protection du navire.
Cliff se positionne dans les rangs sur le pont, en compagnie des autres soldats qui distinguent parfaitement la terre qui est en vue.
Apodis reconnaît le même éclat volontaire dans les yeux de Cliff que celui qui l’animait lorsqu’ils affrontaient les Arèsiens…
 
Flashback
Apodis était désolé en voyant lourdement tomber le corps de Pullo après qu’il ait été repoussé par le Berserker.
Devant eux, le reste des soldats d’Arès avançait non sans observer le combat mené par Ennius et Nicator, deux Berserkers, contre Orphée, toujours debout, le visage à peine égratigné.
Ennius, un bel homme aux cheveux mi-longs, roses, titubait, tandis que Nicator, grand, mince aux yeux fort ouverts et aux dents pointues était ligaturé par les cordes de la lyre.
Orphée regarda derrière lui et constata qu’il restait peu d’hommes avant que le village de Paesco puisse être atteint. Il toisa ses deux adversaires qui lui donnaient du fil à retordre : « Il est maintenant temps d’en finir ! »
Ennius se préparait à la riposte alors que Nicator, prisonnier des cordes, essayait de se débattre.
Orphée s’en prit d’abord à Nicator : « Tu ne pourras pas sortir de mon piège, ton corps va finir en morceaux après que ta Nightmare soit brisée par la restriction de mes cordes ! Stringer Fine ! »
Orphée n’eut pas tort, en quelques mouvements de doigts sur son instrument, les cordes séquestrèrent si fort Nicator que son armure se craquela et son corps fût écorché de toute part. Complètement défiguré, le cadavre retomba lourdement au sol, laissant Ennius seul face au Saint.
Ennius rassembla ses forces en ses poings. Trop épuisé par les nombreux assauts qu’il avait reçus jusqu’ici, il ne vit pas Orphée foncer sur lui.
Le Saint d’argent prouva que son accessoire n’était pas la seule chose redoutable chez lui puisqu’il le prit par la main gauche afin d’amener avec élan son corps meurtri vers lui pour lui enfoncer son genou dans l’estomac avec rage.
Ennius, courbé de douleur, crachait son sang et n’eut pas le temps de comprendre la suite de l’enchaînement d’Orphée qui le frappa avec le plat du pied en plein visage.
Après un tel choc il fut aisé d’entendre à des lieux d’ici les os d’Ennius se rompre.
Le corps inanimé d’Ennius vint rebondir sur le sol poussiéreux.
Le Berserker ne se releva pas, il succomba à ses blessures.
Les forces alentours choisirent de venger les deux guerriers d’Arès.
Seul contre cent, épuisé après son âpre combat, Orphée préféra utiliser la manière forte. Non sans mal il rassembla ses forces : « Allez-y ! Approchez tous ! Encore quelques pas et vous trouverez la mort que vous méritez tant ! »
Les Arèsiens entourèrent Orphée.
Il essuya quelques coups sans broncher jusqu’à ce qu’un glaive s’abatte sur lui.
C’est le moment qu’il choisit pour déclencher son attaque et atteindre un maximum de victimes : « Appréciez donc votre requiem ! Stringer Nocturne ! »
Les notes jouées produisirent une sorte de foudre qui vint balayer tous les hommes qui foncèrent sur lui ainsi que les derniers qui parvinrent à entrer dans le domaine sacré.
A lui seul il élimina au moins deux dixièmes des ennemis depuis le début de la lutte.
Il fit alors le tour de lui-même en se tenant les hanches de douleurs après son rugueux combat contre deux Berserkers.
Il constata que Circinus avait gagné les troupes sur le front droit pour les aider à lutter contre Antiochos Berserker de la Force Brute.
Les hommes de l’aile gauche, eux, étaient bien en difficulté, comme au loin où les lignes au centre furent bien entamées.
Considérant que la victoire serait leur s’il parvenait à gagner sur les flancs, Orphée choisit alors d’aller relever la gauche qui était la zone la plus critique…
 
Au centre, couché sur le dos, Apodis regardait Pullo s’étouffer en avalant son propre sang.
La Tempête Incommensurable de Diodoros l’avait tellement choqué qu’il n’avait plus la force de recracher sa bile.
Cliff, sur les rotules, à demi-conscient, devenait livide après que des flots de sang se soient déversés de ses plaies.
Diodoros marchait d’un pas résolu vers lui.
Pullo tourna la tête vers Apodis. Le jeune Grec ne reconnut même pas ses yeux. Les rafales de vent provoquées par Diodoros les lui avaient perforés. Cela ne l’empêcha pas de sentir la présence de son élève. La bouche ensanglantée il s’adressa à lui : « Apodis… Apodis… Prends ton épée… Sauve Cliff… »
Totalement misérable, Apodis rampait discrètement jusqu’à lui : « Je suis désolé Caporal, je ne peux pas… »
Pullo chercha à lui tenir la main malgré ses blessures. Ses plaies s’agrandirent davantage toutefois il ne semblait plus craindre la douleur. Il tenait à transmettre un message : « Je t’ai entendu expliquer à Cliff l’autre soir pourquoi tu te bats aujourd’hui… Tu… Tu espères trouver en la mort une délivrance… un honneur… Mais je ne comprends pas… Quel honneur peut-on avoir, lorsqu’on se résigne à voir nos frères mourir, alors qu’ils se sacrifient pour nous ? »
 
Plus haut des bruits sourds retentirent, l’armée d’Arès reculait petit à petit grâce à la détermination des dernières lignes du centre menées par un Saint de bronze.
Ce Saint était vêtu d’une armure d’un rouge vif. Son casque était semblable à un large diadème le protégeant du front jusqu’aux oreilles et formant un bec de couleur orangé qui descendait jusqu’à hauteur du nez. On admirait donc sa chevelure couleur rouille sans pour autant découvrir son visage puisqu’il était parfaitement dissimulé par son heaume qui s’arrêtait une fois la colonne nasale recouverte.
Les épaulettes semblables à un plumage fait de bronze subissaient un dégradé de couleur pour aboutir à un blanc pur en leurs extrémités. Elles ne faisant qu’un avec le plastron écarlate qui couvrait toute la surface pectorale.
Ses bras étaient couverts d’une simple protection qui descendait jusqu’à ses mains pour prendre à chaque bout de doigts une forme aiguisée semblable à des serres.
Une gemme orangée ornait le centre de sa ceinture et était entourée par de petites ailes déployées de la même couleur.
Ses genouillères étaient en forme de losange tandis que les jambières bénéficiaient également d’ailettes au niveau des chevilles.
Le Saint en question était Pajaros de l’Oiseau de Paradis.
Il menait un combat acharné contre un des trois derniers Berserkers. Evhémère de la Matière.
Une collision retentit dans le ciel et non loin de Pullo vint s’écraser Pajaros qui se releva péniblement.
Evhémère ne constata même pas que ses hommes reculaient face à la détermination des soldats du Sanctuaire.
Il était trop attaché à vaincre Pajaros qui lui donnait bien du mal.
 
Pullo sentait que le combat de Pajaros était son dernier car le cosmos du Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis communiquait un état de sacrifice. Il tentait désespéramment de relancer Apodis : « … Apodis… personne ne t’a jamais considéré comme un pleutre à part toi-même. C’est ton comportement qui a fait de toi ce que tu es aujourd’hui ! »
 
Pajaros menait un rude corps à corps contre le pesant Evhémère qui le plaqua au sol et le matraqua de coups de poings.
Pour se défaire du poids du Berserker qui se posa sur lui, Pajaros réunit ses mains face au visage du glouton et y fit exploser son cosmos.
Aveuglé par le coup, Evhémère était à la merci de Pajaros.
Toutefois, Pajaros remarqua en priorité le danger qui guettait Cliff.
Au lieu d’anéantir Evhémère, Pajaros concentra un amas de cosmos en son poing et le jeta contre la Nightmare de Diodoros du Vent qui s’amusait en bousculant l’amorphe soldat.
Evhémère reprit ses esprits et, en joignant ses deux mains, il cogna Pajaros en pleine colonne vertébrale.
Diodoros, furieux, choisit alors enfin de rejoindre Evhémère pour achever le Saint de bronze…
 
De son côté, Pullo poursuivit : « Toi, le poète qui a besoin d’être émerveillé pour être fort, regarde donc Cliff et nos pairs mourir côte-à-côte pour une cause qu’ils partagent… »
 
Diodoros espéra donner le coup de grâce à Pajaros, accroupit après la charge d’Evhémère.
Pajaros en effectuant une figure acrobatique, se redressa et tapa avec ses jambes Diodoros sous les genoux pour le faire chuter. Puis en prenant appui avec ses mains sur le sol, il vint, d’une reprise de volée, cogner la tête de Diodoros qui s’écrasa contre une ruine, le casque de sa Nightmare en miettes…
 
Pullo, captait l’intensité des échanges : « … Observe Pajaros concentrer sa cosmo énergie et prendre son envol… Ne sont-ce pas là des faits qui t’inspirent… Qui te procurent une volonté nouvelle… »


Le lourd Evhémère tapota ses poings l’un contre l’autre : « Je ne supporte plus de te voir te relever ! »
Pajaros sauta en l’air et écarta les bras tel un albatros qui affiche fièrement son plumage…
 
Pullo ne désespérait pas de remotiver Apodis : « … Si tu aimes tant que ça ta mère, tu n’as pas le droit de mourir maintenant… »

La cosmo énergie de Pajaros créa un halo aux couleurs arc-en-ciel autour de lui…
Rien qui n’effraye Evhémère : « Je sais comment te bloquer les ailes ! Il me suffit de t’enfermer dans la matière solide la plus dominante de ce monde… "
 
_ « … Une fois que les Berserkers auront envahis le village de Paesco, ils auront le champ libre pour remonter jusque Honkios en écrasant les paysans, fit part de ses doléances Pullo à Apodis… »
 
_ « … Je vais t’emmurer vivant dans une montagne, se léchait les babines Evhémère… »
Les couleurs vivaces autour de Pajaros firent briller les étoiles de la constellation de l’Oiseau de Paradis.
Il écarta ses bras et les abattit sur Evhémère.
L’obèse colosse tapotait de plus en plus fort ses poings l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’il en résulte un bruit sourd.
A cet instant, il tapa des deux poings sur le sol…

_ « … Ta mère se fera massacrer par ta faute Apodis. Ils la violeront, la tortureront, continua Pullo… »
Discrètement allongé à côté de Pullo, Apodis s’imaginait en larmes l’horrible scène…
 
_ « Wing Jikan No Yoyû, déclencha son arcane Pajaros ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux de Pajaros créa un violent courant d’air qui se dirigea contre Evhémère…
 
_ « … Elle mourra en pensant que son fils n’était pas à la hauteur, s’acharna Pullo, qu’il n’a pas su la protéger… »
Apodis s’en voulut davantage.
Il écrasa dans sa main une pierre, furieux envers lui-même d’avoir causé tant de souffrance à Pullo et Cliff…
 
Après qu’Evhémère heurta le sol, celui-ci se mit à trembler : « Rogoku Stone ! »
 
_ « … Tu retrouveras alors ta mère dans un monde de ténèbres et ton père t’y maudira éternellement, prédit Pullo… »
 
Evhémère remarqua trop tard le souffle de l’Oiseau de Paradis qui l’embarqua en le déchirant dans les airs, arrachant de toute part les ornements de sa Nightmare comme les cornes de buffles sur son casque…
 
_ « … J’ai vu ta flamme Apodis. J’ai vu ton étoile briller dans le ciel lorsque tu étais déterminé à tenir le coup durant mon entraînement car tu t’étais fixé l’idée de mourir sur ce champ de bataille… »

Le contrecoup de la Prison de Pierre d’Evhémère ne se fit pas attendre.
Bientôt, sous les pieds de Pajaros, se levèrent des tonnes de terres et de blocs de pierres qui vinrent l’ensevelir en formant au beau milieu du champ de bataille une inébranlable montagne…
 
Apodis observait le massacre en même temps que les paroles de Pullo s’ancraient en son esprit : « C’était ton défi ! Mais sache qu’il y a un défi encore plus grand que la mort… C’est la vie ! »
 
Diodoros se précipitait en direction d’Evhémère qui retrouvait ses esprits : « Incroyable, le souffle produit par ce misérable était bien plus puissant que celui de mon Obitadashii Storm ! »
Evhémère se redressait en inspectant son corps : « En voilà une chance de porter une telle armure. Sans elle j’aurai été découpé en petits morceaux par sa bourrasque. »

_ « … Tout comme il existe un sentiment encore plus fort que la haine qu’on éprouve envers soi-même d’être un perdant, c’est la volonté de devenir un battant… »
 
La montagne dans laquelle était emprisonné Pajaros s’écroula, libérant le glorieux Saint qui venait de faire exploser son cosmos pour trouver une issue.
Les roches l’avaient tout de même fort secoué.
Malgré que l’armure fût intacte, son corps d’homme commençait à perdre trop de sang..
 
_ « J’ai senti ton vrai potentiel Apodis. J’ai vu tes ailes se déployer… Tel un oiseau… »
 
Les deux Berserkers se concertèrent.
_ « Diodoros… Ma Nightmare ne résistera pas s’il attaque une seconde fois et ton souffle n’est pas suffisant pour contrer le sien.
_ A moins que tu ne l’empêches de déclencher son attaque. Si tu remarques bien, il est obligé de concentrer son vent en direction d’un lieu précis. En me mettant derrière lui et en me concentrant le premier il jettera ses forces contre moi. Toi tu profiteras de son inattention pour le capturer dans ta Prison de Pierre à nouveau. Et c’est une fois qu’il sera immobilisé dans ta montagne que je déclencherai à pleine puissance ma technique. »
 
_ « Un oiseau dont le battement d’ailes était si majestueux qu’à chaque envol il laissait derrière lui un magnifique arc-en-ciel… »
 
Le corps de Pajaros tanguait tant il était épuisé.
Même lui en souriait nerveusement.
C’était fini.
Il le savait.
Du haut de ses quarante-huit ans, il était fier de mourir sur le champ de bataille : « … Et puis… Quelle satisfaction de voir que les lignes arrière que j’ai mené tiennent encore le coup… »
D’un rapide coup d’½il il observa les bordures extérieures qui avançaient fort bien, surtout à gauche depuis qu’Orphée les avait rejoints : « Je peux mourir en paix, ma mission est accomplie. »
C’est avec le sourire aux lèvres qu’il centralisa une dernière fois l’effluve lumineux de son cosmos pour ne faire qu’un avec lui…
 
Pullo avait compris que la constellation protectrice d’Apodis était la même que celle de Pajaros : « … Tu es tel un Oiseau de Paradis ! »
En entendant ces mots, Apodis fixa le ruban de soie que Netsuai avait accroché à son poignet. Le vent le fit lever en direction de Pajaros, celui qui portait l’armure bientôt sienne.
Pajaros semblait attirer vers lui tout le courage des troupes athéniennes afin que leurs âmes vinrent saluer la sienne.
Apodis vit en ce ruban de soie comme la volonté de Netsuai de joindre sa détermination à celle de Pajaros, comme si elle lui pointait du doigt l’exemple à suivre.

L’arc-en-ciel formé par son cosmos autour de Pajaros lui donnait un semblant de noblesse, de fierté et de courage, ce qui apaisait les corps et les c½urs meurtris de ses camarades.

Ce merveilleux échange souleva l’âme d’Apodis et l’aida à imaginer de grands récitals contant sa gloire.
C’est seulement en cet instant qu’il comprit que c’est le courage qui le conduirait à l’inspiration.
Alors fièrement, comme pour saluer le Sergent Pajaros, Apodis se releva afin d’étudier l’assaut final, de n’en louper aucun rebondissement, pour pouvoir rapporter plus tard la magnificence de cet homme.
Oui, il lui fallait vivre pour évoquer à sa mère comment il put sauver leur domaine en compagnie d’un fier chevalier de bronze. De quoi vexer son tyran de père.
D’un coup il sentit le dégoût qu’il éprouvait envers lui-même se transformer en haine à l’encontre de Frontinus.
Cette même rage le rendit hargneux.
Animal.
Il sentait qu’elle lui insufflait une nouvelle vie.
Qu’elle lui faisait pousser des ailes.
Au sens propre comme au figuré.
En effet, son cosmos qu’il entrevît lors de sa formation militaire émana autour de lui comme un oisillon déployant ses ailes pour la première fois de sa vie.
Alors sa cosmo énergie entra en communion avec celle de Pajaros.
Elle dévoila toute son étendue.
Une étendue dont il n’avait même pas idée.
Leurs deux auras ne firent qu’une et gagnèrent le ciel pour illuminer chaque étoile de leur constellation commune.

Pajaros qui avait remarqué la concentration de Diodoros lui fit subitement volte-face sans pour autant relâcher son attention.
Il adressa à Apodis un regard satisfait et prononça : « Athéna. Ô Sublime Déesse, je te remercie de m’offrir cette mort en me concédant l’occasion de léguer mon savoir à celui qui prendra ma relève. Merci Ô Divine Majesté… »
Diodoros fit mine de s’élancer. Pajaros, au summum de ses capacités, déclencha alors sa technique : « Wing Jikan No… »
Il n’eut pas le temps de finir de prononcer le nom de son arcane que déjà la roche d’Evhémère le fit prisonnier puisque discrètement, le Berserker venait d’abattre ses deux poings au sol : « Rogoku Stone ! »
Pajaros ne broncha pas.
La montagne se dressa fièrement une nouvelle fois au beau milieu du champ de bataille d’où Diodoros s’élança pour achever Pajaros.

Apodis était résolu à ne plus laisser succomber un héros de leur chevalerie.
Il rassembla alors toutes ses forces.
Toute son imagination.
Tous ses souvenirs… Dont l’apprentissage de techniques de combat en analysant la boxe de son père…
Il concentra toute son irascibilité à l’encontre de Frontinus pour inventer quelque chose de nouveau. De fort. Sa plus propre attaque.
Il verrouilla son regard sur Diodoros qui sautait en direction du monticule pour frapper Pajaros.
Ses yeux rouge sang s’enflammèrent et sa colère créa une aura aux couleurs vives, changeantes, comme si Pajaros lui avait laissé son arc-en-ciel avant d’être prisonnier de la pierre. Il se lança à la rencontre du bourreau en hurlant.
Lorsque Diodoros le vit, il sentit qu’Apodis représentait alors un danger bien plus grand que Pajaros. Il lui décocha donc sa puissante bourrasque : « Obitadashii Storm ! »
Les bras écartés, tels un oiseau qui fend l’air, Apodis répliqua : « Frantic Fury ! »
L’illusion réalisée par sa cosmo énergie le transforma tel un Oiseau de Paradis qui fonçait résolument bec en avant sur son adversaire.
La vitesse à laquelle il s’était catapulté sépara la tempête de Diodoros en deux s’en qu’elle puisse l’inquiéter.
Il se présenta donc face au Berserker du Vent complètement désarmé, le bec pointé pour le terrasser.
En réalité son poing droit déclencha une multitude de heurts contenant toute sa Furie Frénétique avant qu’un dernier coup surpuissant en plein ventre ne lui éclate l’intérieur de l’estomac.
Apodis retomba gracieusement sur ses pattes, en même temps que la chair laminée de Diodoros qui s’écrasa au sol, la Nightmare en poussière.
 
Totalement abasourdi, Evhémère se précipita vers son ami qui n’eut même plus la force de parler.
Ses yeux étaient révulsés et les chocs qu’il venait de subir en plein c½ur et en pleine tête l’avaient rendu apathique.
Evhémère, témoin de ce massacre, ne put empêcher son camarade de rendre son dernier souffle.
 
Ne s’en préoccupant pas, Apodis cherchait le moyen de libérer Pajaros de cette cage de pierre qui maintenait l’Oiseau de Paradis captif.
Il voyait dans le ciel quelques étoiles de leur constellation commune s’éteindre.
Des secousses venues de l’intérieur permirent à la roche de s’écrouler.
Pajaros ayant du mal à s’extraire seul des décombres, Apodis se joignit à lui pour l’en sortir. L’armure de l’Oiseau de Paradis n’avait pas une seule rayure, pourtant Pajaros était à bout de souffle. Dans les bras de son successeur, il commença à fermer les yeux.
_ « Je me suis fait avoir comme un débutant n’est-ce pas ?
_ Restez calme Seigneur Pajaros ! Ne dîtes rien ! Ne gaspillez pas vos forces chevalier, nous allons vous sauver ! »
Pajaros tout en vomissant sa bile, se mit à rigoler : « Me sauver ?! Mais voyons ! Pourquoi vouloir me sauver ? N’est-ce pas une belle mort que de succomber à ses blessures dans les bras de son successeur ? »
Apodis sourit timidement, Pajaros poursuivit : « J’ai entraîné pendant des années des apprentis. Aucun n’est jamais arrivé à rentrer en osmose avec mon armure et ma cosmo énergie comme toi tu as su le faire. Lorsque j’étais bloqué dans cette prison, j’ai ressenti la terrible force que tu as dégagée contre ce chevalier d’Arès. Tu as découvert une technique qui t’est propre. Une botte secrète ultime qu’il te faudra améliorer chaque jour. Je regrette de ne pouvoir te transmettre tout mon savoir. J’aimerai donc te conférer mon attaque. Elle est beaucoup moins meurtrière que la tienne, mais elle est très subtile… »
Il leva sa main et la tendit à Apodis pour qu’il la lui serre.
Il lui conféra toute l’énergie qu’il avait emmagasinée et qu’il n’a pu projeter contre Diodoros : « Le Wing Jikan No Yoyû. Mon cosmos t’accompagnera pour ta première utilisation de ce savoir-faire. Fais-en… Bon usage… Et… Sache que mon âme… Sera toujours auprès de toi via notre armure… »
Il commença à balbutier.
L’air ne lui venait plus et son regard se perdait dans l’horizon.
En rendant son dernier soupire, il prononça : « Il est temps de sortir de ton nid jeune oisillon… »
Après ses mots, sa main relâcha le jeune garçon.
L’armure de bronze qu’il portait sembla chanter pour lui rendre hommage et, c’est pièce par pièce, qu’elle se détacha de lui pour s’ajuster sur Apodis en faisant éclater sa cuirasse de soldat…
 
Cliff, couché sur le côté, la bouche grande ouverte, fixait fièrement son ami.
Pullo raclait sa gorge comme pour se donner le courage de survivre pour participer au triomphe de son élève.
 
Au même instant le cor de l’armée athénienne sonna.
Les lignes latérales menées par Orphée avaient regagné les murailles.
L’ennemi, dont les rangs étaient forts affaiblis, était encerclé.
Aussitôt, les lignes du centre, repoussée jusqu’ici, purent inverser la tendance.
Alors qu’ils passaient à côté d’eux pour enfoncer les rangs adverses il y a quelques heures, les Arèsiens reculèrent pour atteindre le lieu où Cliff et Pullo, les seuls survivants de la garnison d’Apodis, allongés, tinrent si longtemps leur position.
 
Apodis marchait résolument vers Evhémère : « La bataille n’est pas encore terminée ! »
Avec suffisance, le Berserker lança son poing contre le nouvel Oiseau de Paradis.
D’un magnifique jeu de jambe dont seul Frontinus, son père, avait le secret jusqu’ici, Apodis esquiva sans mal cette tentative.
Ce fut son tour de balancer un puissant crochet du gauche dans ce ventre grassouillet.
Le télescopage fut si spectaculaire, que toute la masse graisseuse de l’ogre s’agita.
Sa Nightmare se craquela aussitôt.
Tandis qu’Apodis évitait tous les coups avec vitesse dans une allure sublime, son adversaire, lui, était trop lent pour se défendre.
Apodis tambourinait chaque partie de son corps si fort que lorsque ses jambes furent martelées de coups, Evhémère ne put supporter son poids.
Rejoint par les athéniens, Apodis laissa l’inoffensif Berserker, devenu bien misérable, à la merci d’une dizaine de soldats qui l’achevèrent de leurs glaives.
Au centre, la victoire était assurée. Apodis prit d’un bras Cliff et de l’autre Pullo : « Allez les amis ! Nous avons presque gagné la bataille ! Les troupes du Caporal Pullo seront également de la fête ! Tenez bon ! Nous allons bientôt retrouver le Lieutenant Orphée ! »
 
Sur leur droite, les hommes qui formaient les rangs restaient les seuls à être encore aux prises avec les Arèsiens.
Apodis remarquait que du haut de son cheval d’ébène, le dernier Berserker et sa cohorte, dominaient les débats.
Il était temps pour Apodis d’utiliser le savoir que lui a légué Pajaros, le Wing Jikan No Yoyu…
Flashback
 
Le navire ralentit et sort Apodis de ses songes.
Les voici enfin arrivés aux abords de la côte, ils entrent dans l’île par le chemin de la rivière.
Apodis se dresse devant ses hommes et lève le bras en l’air, prêt à discourir…
 
 
Au Sanctuaire, la nuit est tombée depuis plusieurs heures maintenant.
Dans la quatrième maison du zodiaque, Lilith revient à elle.
La flammèche d’une bougie s’anime devant ses paupières.
Elle l’oblige à ouvrir les yeux…
Il fait presqu’aussi sombre que dans sa prison.
La seule chose qui lui permet de comprendre qu’elle ne s’y trouve plus est cette température plus agréable.
L’air est plus sain.
La couverture dans laquelle elle est enroulée sent également un parfum de printemps qu’elle n’a plus humé ces dernières semaines.
Le support sur lequel elle est couchée, un matelas, est plus confortable que le sol argileux sur lequel elle recroquevillait ses membres il y a encore quelques heures.
Autour d’elle, une grande armoire. Un bureau. Une table et une chaise. Un foyer presque éteint avec un chaudron au-dessus. Quelques amphores et un tonneau d’eau au fond de la pièce.
Le sol marbré dispose d’un bassin d’un mètre sur un mètre. Vide. Et marqué de traces de pas fraiches.
A s’y méprendre, cette pièce ressemble à celles qui composent le temple des apprenties Saintias, les prêtresses, d’où elle vient.
C’est en se redressant pour examiner davantage cette chambre qu’elle reconnaît un sceau sur chacun des meubles. Celui du Cancer.
Enfin, au fond de la pièce, contre le mur qui fait face à une belle porte en chêne massif, avachi sur une seconde chaise, endormi les bras croisés, Deathmask reste tapis dans l’obscurité.
Lilith fixe longtemps la porte de la chambre en y voyant une issue.
Elle sourit alors anxieusement puis se redresse du lit en bois pour s’en approcher sur la pointe des pieds.
Elle ne remarque pas qu’en réalité Deathmask ne dort que d’un ½il, bien décidé à la tester…
C’est une fois arrivée à quelques centimètres de la porte qu’elle plie soudainement les genoux pour étudier avec attention une caisse métallique qui se trouve au milieu de la pièce plutôt que de tenter de fuir.
Plus curieuse qu’inquiète pour son sort, ses doigts fins caressent l’or de la Pandora Box. Elle fait le tour du dessin du Cancer qui permet d’identifier l’armure qui se trouve à l’intérieur du caisson. En le frottant ainsi, elle remarque que la boîte scintille de plus en plus. La lumière illumine complètement la pièce et rend visible Deathmask qui continue de feindre son sommeil.
Trop admirative face à sa découverte, Lilith ne se retourne pas vers le chevalier qui est pourtant à l’origine de ce phénomène de communion.
Elle craint même de le réveiller de son sommeil qui semble apaisé.
Elle fait volte-face, ignorant totalement la fuite, et retourne se camoufler sous ses draps doux et chauds.
L’Italien referme à cet instant ses paupières et remue les lèvres afin de dire, sans élever la voix : « Bienvenue chez toi Lilith. »


Loin de là, le débarquement de l’équipe d’Apodis est imminent et symbolise le coup de grâce portée par les Athéniens à l’armée hébéïenne…

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Only for Love / Chapitre 23
« on: 2 October 2011 à 12h44 »
Chapitre 23

En mer, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île d’Yíaros, le vent faiblit de plus en plus.
Les matelots rangent les voiles et les soldats rejoignent les marins pour pousser les longues rames, sous l’impulsion de Pullo qui hurle à la mort pour leur ordonner de se dépêcher.
Le soleil ne brille plus de la même intensité qu’au début de l’après-midi. Sa teinte est orangée et il est moins haut dans le ciel.
Apodis est perché sur le mat pour respirer l’air frais et se vider l’esprit.
Ainsi, il suit les combats qui se jouent dans le Sud d’Yíaros sous l’impulsion d’Aldebaran et Shura.
Cette Guerre Sainte lui rappelle celle qu’il vécut contre Arès, au moment de la bataille contre Cronos…
 
Flashback
Printemps 1979. Les premières lueurs du soleil furent aussi rouges que le sang qui avait coulé la nuit précédente des tentatives d’incursion d’Arès dans le Sanctuaire d’Athéna.
Les rayons matinaux traversaient les lucarnes faîtes dans les murs et vinrent chauffer le visage d’Apodis qui, en une semaine de formation expéditive, obtint le grade de soldat.
Lorsqu’Apodis entrouvrit les yeux, il reconnut Cliff se redresser sur la même couche que lui. En balançant son regard à droite puis à gauche, il distingua les deux femmes avec lesquelles ils passèrent la nuit.
A la veille d’une mort qu’il attendait avec impatience, Apodis s’était endormi avec les trois autres et recouvrait avec bien du mal ses forces, les muscles encore endoloris par les exercices de Pullo.
Afin de ne pas réveiller les deux femmes de petites vertus allongées sur le ventre, nues, les bras et les jambes écartées, Cliff chuchota à son camarade : « Allez Apodis, debout ! Il est l’heure. »
Le futur Saint de bronze enfilait ses vêtements grisâtres que portent tous les soldats et emboita le pas à Cliff qui souriait à l’idée de combattre pour le Sanctuaire.

En trottinant, ils se pressèrent de gagner le camp où Pullo leur avait donné l’instruction militaire.
A mesure qu’ils approchaient du campement, le c½ur d’Apodis cognait dans sa poitrine, lui inspirant à nouveau la peur. Il n’avait en tête que le visage de sa mère et s’imaginait la voir sourire, soulagée d’apprendre la mort de son enfant sur le front, pouvant maintenant jouir de la grâce de son père qui cessera de la battre pour lui avoir donné un fils indigne de ses aspirations. En mourant au combat, Apodis espérait laisser l’honneur de Frontinus sauf et réconforter sa maman.
 
Dans le centre en ruine, où Pullo les attendait depuis déjà une heure, beaucoup de soldats faisaient grise mine. Rares furent ceux ravis d’enfiler leurs casques contrairement à Cliff.
Apodis prenait son temps pour fixer son plastron, ses jambières, ses protections aux avant-bras et son casque qu’il avait lui-même enjolivé en y incrustant des plumes d’oiseaux. A sa taille était tenu un fourreau dans lequel reposait son glaive ainsi qu’une gourde en peau de chèvre remplie d’eau. Sur son dos, il portait son paquetage composé d’une partie d’une toile de tente, d’une gamelle vide, de bandages et d’un drap, sachant qu’il n’en profitera peut-être jamais comme la majorité des hommes. Il fut prêt lorsque son bras gauche soutint un bouclier trop lourd pour lui et que sa main droite leva sa lance.
Avec eux, les cuisiniers et autres esclaves de l’armée chargeaient les charrettes tractées par les mules. Chaudrons, élixirs pour désinfecter les plaies, eau, tenues des caporaux… ils étaient sommés de ne rien oublier.
 
Un cor retentit pour avertir l’approche des garnisons athéniennes venues du Sud pour rallier celles de Pullo.
Enfin, d’un signal de la main, Pullo, à cheval, lança la marche. Il devait leur faire traverser le Sanctuaire jusqu’aux lignes Ouest qui subissaient les assauts des Berserkers et de leurs soldats.
En chemin, dans les autres villages, cette légion absorbait les autres équipes qui se tenaient prêtes elles aussi.
Les soldats percevaient les villageois craintifs. Ceux-ci voyaient partir à la guerre leurs frères, leurs pères et leurs fils.
Pullo et quelques autres caporaux veillaient du haut de leurs chevaux à ce que les lignes soient bien maintenues, afin de rassurer le peuple en prouvant l’organisation et la resplendissante allure de l’armée du Sanctuaire.
 
Il leur fallut la matinée pour rejoindre les frontières Ouest.
A mesure qu’ils approchaient, ils remarquaient des bûchers ayant servis pour les dernières victimes de la nuit.
Les villages étaient de plus en plus déserts et les villageois empruntaient les mêmes chemins pavés que l’armée mais dans le sens inverse. Ils tentaient de gagner le Centre du domaine, Honkios, là où le Sanctuaire est censé être le plus sûr.
Au fur et à mesure qu’ils avançaient, Apodis et les siens reconnaissaient des traces de luttes et les premiers cadavres des soldats d’Arès qui réussirent à s’infiltrer dans le domaine sacré.
C’est une fois au sein du village le plus proche des murailles de l’Ouest, Paesco, qu’ils virent catastrophés, les remparts fracturés à l’horizon.
Sur leur flanc gauche une immense brèche, certainement provoquée par un éclat de cosmos, laissait à l’envahisseur l’entrée grande ouverte.
 
Tout en calmant sa monture, Pullo dispersait la légion en plusieurs cohortes. Il indiqua à Apodis, Cliff et les autres soldats de leur groupe, la direction d’un autre corps qu’il devait rattacher : « Le lieutenant de la zone Ouest a ordonné que nous soyons sous les ordres du Sergent Circinus Saint de bronze du Compas. Allez monter vos tentes avec les leurs en attendant les ordres. »
Ils finirent de traverser Paesco, village quasiment rasé. Les maisons encore debout, se comptant sur les doigts d’une main.
 
Une jolie jeune fille, accoudée à la fenêtre de sa chaumière, observait les troupes traverser le village. Le reflet orangé de ses cheveux bruns s’agita lorsqu’elle tourna la tête en direction d’Eurydice, sa s½ur. De ses beaux yeux bleus marines, elle s’inquiéta : « Il ne reste que nous et ceux qui ne veulent quitter la sépulture des victimes de notre village. Tout le monde a fui après les derniers incidents. Pourquoi s’obstiner à mourir ici ? »
Une mélodie vint reprendre ses propos. D’une voix douce et apaisante, l’homme, tapis dans l’ombre, assis sur la Pandora Box de la Lyre, ramena le calme auprès de l’adolescente.
Eurydice répondit à sa s½ur tout en admirant son bel amant, Orphée : « Fuir alors que d’autres donnent leurs vies pour nous protéger reviendrait à perdre tout espoir. Lorsque nous nous sommes offerts quelques jours dans la ville d’Honkios, nous nous sommes senties fortes parce que nous étions entourées d’Orphée et de nombreux soldats. Maintenant c’est à nous d’être fortes, pour soutenir les derniers habitants qui ne peuvent pas ou ne veulent pas fuir ce village car ils n’ont pas encore renoncé. C’est à nous d’être fortes pour prouver aux soldats que nous plaçons en toute confiance nos vies entre leurs mains. »
Se redressant en caressant sa coiffe bleutée, Orphée conclut : « Regarde Netsuai, ces hommes qui passent devant ta fenêtre… Tous ont quitté leur foyer pour protéger le nôtre. Ce petit village n’a que peu de valeur à leurs yeux, mais pour ce qui est de votre vie et de votre honneur, ils sont prêts à tout donner. Rester pessimiste alors qu’ils ont besoin d’encouragements, cela va à l’encontre de ce qu’Eurydice t’a appris jusqu’ici, cela va à l’encontre d’Athéna. Regarde les bâtisses et les ruines voisines, tout le monde en sort pour applaudir ces braves soldats et pour les acclamer. C’est avec votre soutien que ces hommes puiseront le courage de vaincre. »
Emue par ce discours, Netsuai prit aussitôt la porte, pour imiter les autres habitants de Paesco.
Elle regarda fièrement passer chaque cortège.
 
Apodis marchait péniblement et passa devant celle qu’il reconnut aussitôt comme étant la chipie qui lui prit son carnet de poèmes le jour où il a rencontré Orphée et Eurydice.
Netsuai constata qu’Apodis était le soldat le plus déboussolé et, dans un élan de bonté, elle détacha le ruban en soie qui maintenait sa robe rose à sa taille pour l’enrouler autour du poignet du malheureux tout en suivant sa marche. Elle lui souffla ce doux mot qu’elle aurait dû adresser au reste des troupes plus méritant que ce poltron : « Merci. »
 
Dans la maisonnette d’Orphée, le preux chevalier d’argent sentit le corps d’Eurydice se coller à lui chaleureusement : « Reviens-moi sain et sauf mon tendre amour. »
Orphée contempla les yeux en amende de sa muse : « Bien plus que ma dévotion envers Athéna, mon amour pour toi m’engage à te promettre de revenir victorieux. Et si couvert de sang il m’est contraint de rentrer, sache alors, que celui-ci sera celui de mes ennemis. »
Après avoir posé son instrument sur la Pandora Box de la Lyre, Orphée utilisa ses bras pour serrer Eurydice contre lui.
Le visage fermé, il reconnut en Eurydice la crainte de le perdre. C’est pourquoi il choisit de prendre sa lyre pour la guider dans un sommeil paisible en interprétant une courte ballade.
Ensuite, l’armure endossée, il se couvrit d’un voile blanc afin de masquer son identité et sortit dehors chercher Netsuai : « Il est l’heure pour moi de rejoindre mes pairs. Je ne peux te dire combien de temps durera la bataille, mais sache que je ne permettrai jamais au mal de vous atteindre ta s½ur et toi. Veille sur elle durant mon absence et garde foi en nous… »
 
A quelques mètres de la maison, à la sortie du village, les autres corps d’armée se divisaient eux aussi pour rallier des retranchements menés par d’autres sergents.
 
Epuisée par cette longue marche, l’équipe d’Apodis suivait Pullo en traînant les pieds jusqu’à la circonscription du sergent Circinus Saint de bronze du Compas, bien proche des lignes ennemies. C’était à cette hauteur que les murailles avaient été brisées et ils pouvaient observer les Arèsiens rassembler eux aussi leurs forces venues de l’Aréopage.
Quelques tranchées étaient creusées, pour abriter les premières lignes alors que les décombres des fortifications avaient été redressés pour servir de bouclier derrière lesquelles ils montaient leurs tentes.
Circinus fut ravi de voir débarquer Pullo. Le caporal se courba en avant en guise de respect pour son supérieur. Circinus n’en eut que faire et le serra dans ses bras.
Circinus était un vieil ami de Pullo et ils ne paraissaient pas en être à leur première bataille côte-à-côte tous les deux.
Son armure, couleur étain, se composait de courtes jambières et de genouillères rondes. Une simple ceinture lui maintenait la taille tandis que le torse et le dos étaient entièrement protégés par une sorte de sphère, marquée de dos comme de face des signes Nord, Sud, Est et Ouest. Chaque bras était couvert par un bouclier où les quatre points cardinaux étaient également gravés. Les deux boucliers étaient suffisamment larges pour couvrir les épaules du Saint, voilà pourquoi la Cloth du Compas était dépourvue d’épaulettes. La chevelure océan de Circinus était couverte par un imposant heaume sur lequel était dessiné au niveau du crâne l’étoile exposant les points cardinaux.
_ « Pullo ! Mon ami. Comme je suis rassuré de te savoir parmi nous. Nous avons bien besoin d’un homme comme toi pour nous aider à tenir.
_ Va, tu me flattes Circinus. Evoque-moi donc la situation !
_ Voici trois nuits que nous parvenons avec beaucoup de mal à contenir leurs assauts. Certains de leurs hommes ont même atteint les villages. Leurs catapultes sont venues à bout de nos tourelles, c’est ainsi qu’ils ont pu s’engouffrer aisément. Nous étions en sous-effectif vu que nos forces armées étaient surtout maintenues au Nord et à l’Est jusqu’ici. On a subi de lourdes pertes. La majorité des troupes d’Arès se sont donc rassemblées face à ce plateau désert depuis que le mur est tombé. L’attaque la plus lourde va avoir lieu ici. »
 
A cette annonce, Apodis fût pris de panique, il voyait scintiller au loin les flammes des torches ennemies qui reflétaient sur leurs protections rouges. Ils allaient être en première ligne sur un boulevard.
En regardant derrière lui, il vit de nombreuses autres garnisons les rejoindre. Il était évident que tout allait se jouer sur cette place.
Au lieu d’aider Cliff et les autres à monter le camp, à armer les catapultes ou à affûter les armes, Apodis épiait discrètement Circinus et Pullo.
_ « Circinus, quel est ce village derrière nous que tout le monde fuit ?
_ Il s’agit de Paesco. Si jamais ils atteignent ce village, ils auront gagné assez de terrain pour établir leur campement au sein même du Sanctuaire. Autant te dire que nous serons à leur merci dans ce cas. Sans compter les hommes de Cronos qui frappent également un peu partout sur le territoire.
_ A combien d’hommes évalues-tu l’armée qu’ils ont positionné face à nous ?
_ Arès a beaucoup promis à ses hommes. Ils ont été rejetés par la société, par leurs amis et leur famille. Il leur offre une occasion de prendre leur revanche et il a bien dû en regrouper trois milliers. Et toi Pullo, en réunissant toutes les garnisons avec qui tu as mené la marche aujourd’hui, combien d’hommes as-tu sous ton étendard ?
_ Un demi-millier seulement. Le Grand Pope a fait rappeler quelques unités placées dans les défenses extérieures en territoire ennemi chez quelques dieux mineurs. Mais c’est bien trop peu. D’autant plus que les galères qui les conduisent, n’arriveront que dans trois jours au plus tôt. Combien d’hommes te restait-il avant notre arrivée ?
_ J’ai perdu sept-cents hommes depuis le début de la bataille. Avant que vous ne veniez regonfler nos rangs nous devions être un peu moins d’un millier. Ce qui veut dire qu’à l’heure actuelle…
_ … Nous sommes à moitié moins nombreux qu’eux ! Nous avons mené trop de batailles ces dernières années, contre des dieux qui n’étaient pas franchement menaçants, déplora Pullo. Beaucoup d’hommes ont péri, ou ont été obligés de rester sur place pour maintenir l’ordre. Aujourd’hui la majorité de nos équipes sont des jeunes qui savent à peine tenir une épée !
_ C’est ainsi que nous avons commencé souviens-toi, sourit Circinus !
_ Oui, partagea Pullo la bonne humeur de son camarade ! Et puis aujourd’hui à trois milles contre la moitié, nous avons déjà vu pire ! »
Les éclats de voix des deux amis rassurèrent quelques-uns des soldats qui les accompagnaient.
Apodis, lui, ne fut absolument pas convaincu, d’autant plus que Circinus prit à part Pullo.
_ « Les plus à craindre ne sont pas les soldats mais plutôt les Berserkers.
_ Les Berserkers ?
_ Afin de récompenser les humains entrés à son service et qui réussirent à manipuler le cosmos sans difficulté, Arès offrit aux six plus forts et plus fidèles des armures, six de ses neuf Nightmares ! Ainsi, il forma son armée composée de six Berserkers, dont la force se situe entre celles des Saints d’argent et des Saints d’or. Leurs Nightmares les recouvrent de la tête aux pieds, laissant à peine leurs visages dévoilés de ces protections couleur sang, toutes ornées d’une pierre d’améthyste sur le torse.
_ Il vaut mieux tomber sur six Berserkers que sur neuf, essaya d’ironiser Pullo ! Il nous sous-estime en nous attaquant avec une armée incomplète !
_ Cinq Berserkers et non six, corrigea Circinus. Mensa Saint de bronze de la Table a usé de toutes ses forces pour se défaire de l’un d’entre eux. Il a perdu un bras dans la bataille et ses jours sont en dangers. Il a été admis par les prêtres dans un temple de la ville d’Honkios pour être soignés.
_ Mensa était pourtant réputé pour être un Saint redoutable !
_ Il se fait vieux Pullo ! Comme toi et moi. Le Grand Pope a envoyé nos meilleurs jeunes éléments s’endurcir contre des armées aux quatre coins du monde. Il ne reste plus que des briscards épuisés pour diriger des enfants… »
Apodis qui était pressé de trouver la mort commençait à la craindre, maintenant qu’il savait qu’ils allaient se faire massacrer…
Flashback
 
Une lumière…
L’horizon est baigné d’une lumière dorée provenant de la côte Sud…
Ce cosmos, celui du Capricorne, sort Apodis de ses songes.
L’Oiseau de Paradis sait que la victoire ne peut fuir Shura…
 
 
Au Sud de l’île d’Yíaros, sur le port, cent-cinquante Athéniens débarquent sur la côte.
Ils ravagent les navires hébéïens et foncent sur la trentaine de soldats restants.
 
Androgée choisit de se mettre en première ligne pour donner l’alarme et organiser la retraite de ses hommes lorsque Shura lui retient le pied : « Notre combat n’est pas terminé Taureau de Crète… »
Androgée essuie le sang qui coule depuis son front et qui se mêle à ses beaux et fins cheveux marine : « Tu es plus mort que vif. Mon Prophetic Horn t’a provoqué une fracture de la boîte crânienne et tu espères te montrer encore vaillant contre moi ? C’est de la folie ! »
Shura recroqueville pourtant ses genoux dans l’espoir de se relever mais Androgée ne lui en laisse pas l’occasion, il le cogne du plat du pied en plein visage. Shura est projeté au-delà du ponton et tombe inconscient dans la mer.
 
Plus loin, sur le flanc gauche, devant le tourbillon de feu provoqué par Baucis, Aldebaran décroise ses bras et projette son cosmos dans l’espoir de créer une onde de choc dont le courant d’air soufflera le brasier.
Au beau milieu de celui-ci, la belle Baucis Alcide de la Biche de Cérynie entame son duel avec Philémon du Lièvre.

Pendant ce temps, quelques soldats athéniens plongent dans l’eau pour repêcher le corps de Babel qui a été balayé par une précédente attaque de Baucis.


Au c½ur des flammes, les longs cheveux violets de Baucis s’agitent dans le vent. Elle bondit de gauche à droite, de bas en haut, de plus en plus vite en frappant Philémon qui esquive et riposte de la même manière.
La vitesse du son est vite atteinte et bientôt le corps à corps atteint une vitesse proche de celle de la lumière. Au terme de ce terrible échange, Baucis s’échoue au sol en retombant sur les omoplates…
 
 
Au Centre de l’île d’Yíaros, dans le Parthénos, à l’intérieur de son temple, dans la salle de réception, Hébé est debout à faire les cents pas.
A ses côtés, Juventas reste agenouillée, le visage braqué sur le tapis rouge où marche sa déesse. Elle suit avec attention le débarquement des Athéniens et la défaite des siens qui se profile.
 
Soudain, face à une Hébé totalement absorbée par ses pensées, le décor se fend en deux, comme si une épée tranchait un rideau laissant apparaître une silhouette. De l’atmosphère jaillit un homme aux genoux distordus, le faisant marcher lentement, traînant les pattes tel un animal abattu. D’animal il n’a pas que la marche, son dos, bossu, lui fait pendre les bras en direction du sol, du moins ce qui s’apparente à des bras, car son organe droit est complètement atrophié et les doigts de cette main sont retournés à l’inverse de ceux d’un homme anatomiquement bien formé. Son bras gauche est long et dénué de main, de coude et de toute autre particule composant un corps humain en bonne santé. Il ressemble à un long mat de bateau, rigide, portant de longs poils, comme s’il s’agissait d’une patte de chien.
Ses yeux rouges souffrent d’un strabisme inconcevable, son nez est désaxé de son visage tout comme sa bouche qui reste entrouverte et de laquelle s’écoule en continu sa bave qui sèche sur ses petites lèvres craquelées par laquelle on remarque une dentition particulière. Son crâne est dégarni sur le dessus alors que sur le tour de sa tête tombe d’épais cheveux gras et jaune pâle.
Juventas s’adresse à lui : « Alors ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, as-tu repéré quelque chose ? »
¼dipe ne sachant parler et n’écoutant qu’à l’aide de son cosmos, répond par l’intermédiaire de celui-ci en faisant résonner sa voix dans l’atmosphère : « Pour le moment aucune autre intrusion que celle du Sud n’est à déplorer. »
Hébé intervient : « Bien ¼dipe, je t’ai chargé de la défense du Centre de l’île pendant que Baucis et Androgée lutte contre l’invasion du Sud. Maintenant que plus rien n’est à craindre pour nous, j’aimerai que tu ailles sauver nos amis. Ils sont dans une situation critique.
- Bien majesté, je me battrais jusqu’au bout. »
Hébé le retient en s’écriant : « Non ! Ramène simplement le plus d’hommes possible. Si tu le peux, serre-toi de ta psychokinésie pour m’apporter des prisonniers capables d’être au courant du plan de guerre des Athéniens. »
¼dipe ne dit rien d’autre et se volatilise comme il est apparu.
 
 
En mer, à l’approche de l’embranchement entre le Nord et l’Est de l’île, Apodis ne perd rien des affrontements en cours. Il se doute que cette victoire qui se profile au Sud de l’île est déterminante pour l’avenir de cette Guerre Sainte.
Du haut du mat où il est perché, l’Oiseau de Paradis observe ses hommes. Ils sont là, à scruter l’horizon, en attendant un périlleux débarquement. Cette attente est semblable, à celle qu’il a vécue lorsqu’il était encore soldat…


Flashback
Printemps 1979. Les heures s’écoulèrent sans que personne ne bougea sa position.
Apodis commença à redouter la mort qui lui était promise lors de l’assaut des Arèsiens.
Le soleil se coucha tandis que les servants apportaient la soupe que les soldats dégustaient assis sur leurs boucliers.
Cliff n’avait de cesse d’observer les ennemis, prêt à leur bondir dessus.
Apodis préférait examiner les environs pour trouver une issue, mais bien trop de lignes alliées l’auraient empêché d’atteindre le village de Paesco sans qu’il ne se fasse repérer et punir pour désertion. Il devait se résoudre à tenir sa ligne en compagnie de Pullo, Cliff et les autres élèves avec lesquels il s’était entraîné.
Aux alentours, Apodis reconnut dans d’autres troupes des garçons avec lesquels il jouait étant enfant, ainsi que d’autres qui le martyrisaient lorsqu’il sortait de chez lui. En eux, Apodis palpait la même peur que celle qui consumait son être. Il prononça de façon cynique : « Finalement nous serons tous égaux devant la mort. »
 
Soudain, Cliff se leva.
Une vaste colonne de brindilles montée au milieu des défenses ennemies et représentant une épée venait de s’enflammer.
Aussitôt les Athéniens entendirent le raisonnement produit par le claquement des lances arèsiennes contre leurs boucliers.
Cela était censé les intimider et Apodis aurait pu affirmer qu’il ressentait l’effet escompté par les hommes d’Arès, à l’inverse de Cliff qui avait déjà passé son casque comme la majorité des Athéniens.
Leur vacarme dura de longues minutes pendant lesquelles les caporaux et les sergents ordonnaient de former les rangs et de porter pilum.
La bataille allait commencer.
 
Un hurlement déchirant faisant cesser le vacarme se fit entendre au sein des régiments arèsiens. Aussitôt après, des machines s’activèrent en créant un sifflement bruyant venu des airs.
Il s’agissait d’énormes pierres fracassées après la destruction des remparts dont les ennemis se servaient comme projectiles qu’ils lancèrent grâce à leurs catapultes.
Les ruines vinrent toutes s’écraser au beau milieu des cohortes athéniennes, tuant sur le coup quelques dizaines d’hommes.
Malgré la panique, les caporaux ordonnèrent de garder les rangs. Certains Saints comme Circinus, ou d’autres soldats sachant manipuler le cosmos, projetaient des ondes de chocs pour faire exploser les blocs de bétons en de ridicules cailloux dont ils se protégeaient derrière leurs boucliers.
Heureusement que de tels guerriers accompagnaient l’armée sans quoi une grande partie aurait été décimée avant même le début de l’assaut.
 
Le commandant de ces légions, lieutenant de la zone Ouest se montra enfin.
Il était resté tapi depuis le début au beau milieu des troupes, caché sous son voile blanc qu’il ôta avec élégance.
Les yeux d’Apodis furent émerveillés par les reflets bleutés de sa Cloth. Son c½ur vrombit lorsqu’il reconnut le musicien qui accompagnait Netsuai et Eurydice le jour où il a abandonné ses poèmes. Orphée Saint d’argent de la Lyre veillait sur eux.
Le chevalier prit à lui seul la mesure des derniers projectiles qui leur étaient adressés malgré le fait qu’ils étaient lancés depuis des kilomètres. En jouant de son instrument, un nombre incalculable de cordes s’éparpilla pour former un grillage au-dessus des têtes athéniennes sur lequel les roches se brisèrent.
Les coéquipiers d’Apodis d'entrée inquiétés, scandèrent le nom d’Orphée, finalement rassurés.
Regonflés à bloc, l’armée était prête à la riposte.
 
Après cet assaut plus ou moins réussi, les ennemis firent silence.
Depuis le Sanctuaire, les Athéniens entendaient les cinq Berserkers prêcher la bonne parole à leurs guerriers du haut de leurs chevaux noirs magnifiquement décorés.
 
Pendant que les cordes d’Orphée retrouvèrent sa lyre, il fit de même que les Berserkers et discourut : « Soldats, Saints, mes frères ! Face à nous se dresse une nouvelle menace. Ces êtres sont nos semblables ! Ce sont de simples hommes ! Ils ont fait le choix de servir une divinité autre que celle que nous aimons et nous ne pouvons les blâmer pour cela. Arès a réuni à ses côtés des hommes rejetés par leurs familles et par la société. Parmi eux, certains ont été victimes de violences, témoins du massacre des leurs. En résumé, ils ont tous une revanche à prendre sur le monde. Ils espèrent laver la terre de tout ce mal qui l’occupe, en devenant les uniques habitants de ce monde nouveau qu’Arès leur promet. Nous savons qu’il leur ment, nous savons qu’il souhaite repeindre cette planète du sang des hommes, en prenant plaisir à les voir s’entretuer. Les Arèsiens sont aveuglés et ils nous tueront sans hésiter, que ce soit vous, vos femmes ou les héritiers de votre savoir ! Je sais qu’ils ont déjà blessé bon nombre de nos compagnons, et dans vos c½urs je lis la même peur qui ronge le mien ! Mais au sein du Sanctuaire vit une femme. Une femme qu’ils violeront. Une femme qu’ils tortureront et massacreront si on cède à cette peur. Cette femme je l’aime. Il s’agit d’Eurydice, ma compagne. Et c’est par amour pour elle, et aussi pour vos femmes, pour vos parents, vos frères, vos s½urs, vos amis et vos enfants que je n’hésiterai pas à me lancer à corps perdu dans la bataille ! A l’heure actuelle, les Saints d’or, les chevaliers les plus puissants de notre ordre, mènent une bataille contre d’autres dieux. Certains sont même partis dans le Cronos Laburinthos, son domaine. Nous n’avons pas le droit de perdre, alors que d’autres entament des combats encore plus éprouvants que les nôtres. Athéna veille sur nous, son cosmos bienveillant nous guide. Alors chevaliers ! Soldats ! Avec moi ! Pour Athéna ! Portez pilum ! »
Toute l’armée se mit en garde en grondant : « Pour Athéna ! »
 
L’ennemi fit de même en scandant le nom d’Arès.
Leurs pas résonnèrent sur le sol, ils s’élancèrent vers la muraille perforée.
D’abord en marchant, puis en trottinant et enfin en courant, tandis qu’à l’arrière, suivis par les Berserkers assis sur les chevaux qui trottèrent calmement, des centaines d’autres soldats avancèrent calmement en tirant avec eux leurs catapultes et leurs charrettes chargées d’arme.
 
Orphée dirigea ses bras en direction de chaque extrémité de ses lignes : « Les lignes extérieures doivent se lancer. Elles doivent gagner la muraille pour former un demi-cercle dans lequel les soldats d’Arès s'engloutiront. Les lignes au centre attendront qu’ils viennent. Nous devons maintenir nos positions, jusqu’à ce que les lignes de droite et de gauche rejoignent la muraille. Alors seulement nous les enfermerons dans notre arc de cercle pour ne laisser aucun survivant. »
Orphée restait droit devant, seul, prêt à être le premier pilier.
Tous l’admirèrent sur le coup.
Il attendit…
Et attendit…
Encore et encore…
Maintenant que les premières lignes d’Arès étaient à une dizaine de mètres de lui, il annonça le début de l’assaut en leva le bras : « Archers… »
Juste derrière la garnison d’Apodis, trois lignes d’affilés brandirent leurs arcs et sortirent leurs flèches.
_ « … Tirez, ordonna Orphée ! »
Une première salve terrassa les Arèsiens les plus téméraires.
La suite vint.
Orphée répéta son action : « Archers… »
Tous réarmèrent leurs arcs : « … Tirez ! »
Une pluie de flèche atteignit encore la foule.
Une bonne centaine de soldats étaient déjà à terre.
Orphée attendit que les autres approchent encore : « Archers… »
Toujours avec grâce et précision, ses semblables sortirent une nouvelle flèche : « … Tirez ! »
Sous un rideau de flèches qui masqua alors la lueur de la lune, de nouveaux corps s’affaissèrent.
Toutefois la progression ennemie était devenue trop importante.
Seul contre tous, Orphée écarta ses bras et ordonna : « Lignes latérales ! En avant ! »
Dans un amas de cris, ses compatriotes les plus à droite et les plus à gauche partirent en direction de la muraille, en essayant d’enrailler l’élargissement des troupes ennemies.
Les premiers râles de douleurs se firent rapidement entendre, les soldats des deux camps vinrent s’encastrer contre les lances et les boucliers adverses.
A coup de masses et d’épées, ils s’échangèrent de violents coups, dans ce qui ressemblait maintenant à une boucherie.
Orphée rejoignit ses deux bras en l’air tout en tenant sa lyre. Une fois réunis, il les abaissa en direction des ennemis qui n’étaient maintenant plus qu’à un mètre de lui : « Au centre ! Levez les lances ! Maintenez vos positions ! »
Cliff s’exécuta aussitôt, Apodis eut l’impression que l’Italien enracinait avec détermination ses pieds dans le sol afin d’être sûr de ne pas reculer.
Un premier Arèsien, lance en avant, se jeta sur Orphée qui l’évita sans crainte et le cogna en plein estomac. Puis essayèrent un second et un troisième… Et bientôt on ne distinguait plus Orphée tant la foule alentour l’engloutit avec facilité, isolant le brave lieutenant.
 
Apodis était à genou, derrière son bouclier, comme les autres, le javelot en avant.
Les résonnements métalliques des armures des soldats d’Arès approchèrent.
Les yeux fermés, sa tête casquée collée contre son bouclier, Apodis sentit son javelot trembler, une fois puis deux.
Puis, il vit sur sa droite un frère d’arme qui venait d’être frappé par-dessous son écu.
Et s’en fut un second par le dessus.
Le troisième n’attendit pas et dégaina son glaive qui trancha la tête d’un ennemi.
Apodis choisit donc de se lever aussi pour faire au moins semblant de se battre.
A peine sa tête fut levée de dessus son bouclier qu’il aperçut une énorme hache s’abattre sur lui.
Il essaya de tirer sur son pilum pour riposter, mais un ennemi qui s’y était empalé le bloquait de tout son poids.
Repoussé par le premier impact contre son écu qui le fit tomber sur le dos, le bouclier commença à se déformer sous le second coup de hache. D’autant plus qu’Apodis distinguait une forte progression ennemie qui fondait sur sa gauche. Il comprit qu’il allait se faire massacrer quoi qu’il advienne.
Avec l’énergie du désespoir, il tira donc sur le manche de sa lance qui se brisa. Equipé d’un bâton pointu, il profita que son assaillant reprenne son élan avec sa hache pour diriger son écorce tranchante au niveau de l’orifice oculaire de son casque. La peur le fit cogner si fort que le bâton ressortit de l’autre côté de sa tête.
Son adversaire tomba raide mort.
Premier meurtre d’Apodis qui devint immédiatement livide, éc½uré par les circonstances d’un tel décès.
Il n’eut pas le temps de se morfondre car les Arèsiens débarquaient par la gauche et par devant.
Préférant utiliser son épée en dernier recourt, il ramassa la hache qui venait de le cogner.
Dans cette multitude de corps à corps désorganisés, il frappa instantanément le flanc d’un premier adversaire qui passa à proximité.
Cet acte fit espérer à Apodis enrayer l’avancée ennemie de gauche afin de colmater la trouée qui venait d’être faite dans les lignes athénienne.
C’est donc avec le tranchant de son bouclier qu’il avançait, faisant de grands mouvements de bras, pour tailler la peau de ses ennemis. Cela marcha bien quatre fois d’affilée jusqu’à ce qu’un soldat plus expérimenté, vienne le contrer avec son propre écu.
Il se cacha derrière sa vaste protection afin d’essayer d’atteindre Apodis avec sa lance.
Le jeune Athénien sautillait en arrière en bloquant les coups avec son bouclier maintenant difforme. Il se protégeait et n’attaquait plus.
L’avancée des cohortes des Berserkers fut si importante que d’autres adversaires fondaient droit dans la direction d’Apodis.
Il sortit son épée de son fourreau pour entamer la chair de deux rivaux, tout en se protégeant du soldat à la lance.
Finalement l’ennemi parvint à lui effleurer la cuisse.
S’en fut assez pour faire chanceler le débutant.
Couché sur le dos, Apodis ne prit même pas la peine de cacher le haut de son corps avec sa carapace de fer.
Il estima avoir rempli sa part du travail.
Il ne restait plus qu’à la mort de faire la sienne en faisant de lui un héros mort au combat pour le Sanctuaire.
L’affront de son père serait ainsi lavé et sa mère ne subirait plus sa colère…
 
L’Arèsien pointa son javelot en direction de sa gorge.
Aux alentours d’Apodis, l’ennemi passait de plus en plus.
Il ne semblait plus rien rester de sa garnison et des quelques lignes qui tenaient derrière elle.
Apodis fermait les yeux et patienta… Il patienta encore… Et encore…
Flashback
 
La patience…
Celle d’Apodis aujourd’hui est mise à rude épreuve…
Il attend encore et toujours que vienne son tour de débarquer sur Yíaros pour venger sa mère et son fils.
 
 
Au Sud de l’île d’Yíaros, sur le port, face au détroit, un soldat hébéïen souffle dans une corne. Un signal que tout le monde comprend comme étant une retraite.
A côté de lui, Androgée observe les siens fuir le champ de bataille en évitant les lances et les flèches athéniennes qui les poursuivent.
Androgée dégage son cosmos pour frapper les groupements athéniens afin d’en éliminer le plus grand nombre.
Il n’hésite pas à retourner près des pontons, pour relever quelques-uns de ses hommes qui espèrent fuir les glaives sans pitiés pour les blessés.
Une fois que la majorité de ses ouailles suit le fleuve qui relie la rivière du Centre de l’île à la mer, il ordonne à l’un d’eux : « Conduit-les jusqu’au temple d’Hébé. Demande à ce qu’un nouveau plan de défense soit étudié. Il ne faut pas que les Athéniens passent le détroit, sinon ils auront le champ libre sur toute la cité.
_ Et vous Seigneur Androgée ? Qu’allez-vous faire ? "
_ Il reste des Hébéïens à sauver ainsi que Baucis. Je ne peux pas les laisser ainsi. Pars maintenant ! »
Androgée bondit de mètres en mètres pour atteindre le flanc gauche… Jusqu’à ce qu’une ligne creusant le sol depuis la mer jusqu’à la montagne se forme et lui barre la route.
La mer engloutie aussitôt le gouffre qui s’est formé et d’où ressort Shura, le visage lavé par l’eau salée.
Aussitôt jaillit de l’eau, son sang inonde à nouveau son corps depuis sa plaie crânienne. Toutefois, Shura semble décidé à gagner ce combat, il retire même son casque fendu et le pose au sol. En clignant des yeux pour dégager l’hémoglobine qui s’y déverse, Shura reprend le combat.
_ « Androgée, j’ai gagné !
_ Tu as radicalement perdu l’esprit, c’est désormais officiel !
_ C’est ce que nous allons voir, tu vas encaisser cet arcane qui t’est encore inconnu ! Jumping Stone ! »
Androgée ferme les yeux et exécute les mêmes mouvements que Shura en savourant déjà sa victoire : « Ridicule, mes Cornes de la Prophéties peuvent reproduire instantanément ta technique ! Prophetic Horn ! »
Shura court jusque devant son adversaire et, arrivé face à lui, effectue un saut périlleux pour glisser ses deux pieds sous ses bras et l’envoyer s’encastrer dans la roche des montagnes.
Une fois soulevé, Androgée effectue dans les airs un ciseau retourné avec ses jambes et parvient à passer au-dessus de Shura pour l’envoyer à sa place, de la même manière, contre la base des montagnes.
Le Capricorne est emporté par sa propre attaque contre les solides pierres, provoquant un éboulement sous lequel il est enseveli.
Plus loin, Androgée se réceptionne sur une jambe avec grâce et agilité en recoiffant encore ses cheveux.
C’est au moment où il s’apprête à repartir en direction de Baucis, qu’une étrange douleur le saisi du haut de l’épaule droite jusqu’à son genou gauche. C’est en voyant son bras droit se détacher du reste de son corps et en entendant sa Cloth se creuser de face comme de dos sur cette ligne droite qui relie son épaule à son genou qu’il réalise avoir été frappé.
Il s’effondre, le corps profondément entaillé, dans un bain de sang…
Désormais, partout sur la côte Sud, certains soldats athéniens s’approchent de lui sans vraiment comprendre ce qui lui est arrivé.
L’un d’eux pointe sa lance dans les airs, avant de l’encastrer dans la gorge de l’Alcide dont la peau est devenue aussi lisse que du beurre après que son cosmos se soit considérablement amoindri suite aux blessures infligées par Shura.
Androgée sent la lame lui perforer le cou sans pouvoir réagir.
L’air commence à lui manquer mais il reste pourtant conscient lorsque ses yeux distinguent un second Athénien planter son épée dans son dos laissée à l’air libre après que son armure ait éclaté.
Il perd connaissance lorsque d’autres soldats rejoignent ses deux bourreaux et qu’ils le martèlent de coups en espérant chacun participer à la mise à mort d’un chevalier qui égale un Saint d’or…
 
Devant les montagnes, une main s’échappe de l’amas de roche.
Quelques athéniens viennent aider Shura à sortir de sous les pierres en soutenant son corps meurtri. Ils l’aident à s’assoir sur un rocher, tandis que d’autres lui tendent leur gourde pour le désaltérer et nettoyer son visage souillé. Un des soldats porte une sacoche autour de la taille et l’ouvre pour sortir quelques bandages, des ciseaux et de l’alcool. Il verse toute une bouteille sur le crâne de son Seigneur qui ne réagit pas et presse bien fort sur la plaie avec un morceau de tissu qu’il a arraché de ses vêtements.
Shura est troublé par la vue de ce cadavre roué de coups et pense alors : « Androgée… Lorsque tu as dégagé toute ta puissance pour me fracasser le crâne, j’ai compris que la victoire ne pouvait que me revenir. J’ai vu tes limites et j’ai su que ta vitesse ne pouvait atteindre la mienne. Ton Prophetic Horn ne peut que copier une technique à la fois. Il m’a suffi de faire diversion avec le Jumping Stone pour riposter avec un Excalibur au moment où tu contrattaquais. Tu n’as pas été suffisamment rapide pour réétudier l’utilisation de l’épée sacrée. Moi j’ai simplement dégagé l’ultime cosmos qui est en moi. Je suis désolé que mes hommes soient les derniers que tu ais vu, j’aurai préféré moi-même te donner le coup de grâce pour honorer l’adversaire coriace que tu as été. Adieu Alcide, pars en enfer expier ton crime contre Athéna. »
 
Sur le flanc gauche, là où Aldebaran lutte contre les flammes, Philémon poursuit son combat contre Baucis qui repoussée à nouveau.
Le petit Grec aux cheveux hirsutes, prend appui sur le sol, le visage illuminé par l’avantage qu’il vient de prendre. Ses grands yeux bleus fixent l’Alcide aux formes généreuses. Il se lance contre elle encore plus vite que précédemment et lui laisse à peine le temps de se relever. Le coude en avant, il la cogne en pleine ceinture abdominale, enchaîne d’un uppercut qu’il la fait se lever du sol. Les épais sourcils du Saint de bronze se froncent lorsqu’il crie : « C’est le moment ! Tu vas subir le Balayage du Lièvre ! »
Il tournoie autour d’elle en accroissant sa cosmo énergie.
En une fraction de seconde, il réalise plus d’un millier de tour, créant ainsi un cyclone qui emprisonne la belle Alcide dont la Cloth se fissure. Le chevalier d’un mètre cinquante-huit cesse sa course et dresse ses deux mains en direction de sa tornade pour en prendre le contrôle et augmenter l’énergie destructrice : « Lepus Sweep ! »
La vitesse circulaire approche la vitesse de la lumière si bien qu’on ne distingue plus le corps de Baucis voltiger tellement il tournoie rapidement.
Philémon achève son ½uvre en localisant sa victime qu’il vient cogner en pleine face, de son poing galvanisé d’énergie cosmique en traversant sa propre tornade.
Le masque de femme chevalier de Baucis, déjà inconsciente, est fracassé sur le coup, son corps ensanglanté part s’encastrer contre un navire hébéïen amarré.
 
Pendant ce temps, l’incendie est amoindri par l’effort d’Aldebaran qui voit partir telle une étoile filante le corps de Baucis contre le bateau.
Le Taureau distingue au milieu du brasier Philémon, le seul encore debout.
Le Brésilien court jusqu’au Saint de bronze qui flanche.
_ « Seigneur Aldebaran, Athéna soit louée, j’ai cru que je finirai carbonisé par cet incendie. Babel est tombé à l’eau, il faut… il faut…
_ Ca va aller, nos hommes ont débarqué, ils sont allés le chercher. Tu as été extraordinaire. Tu as développé un puissant cosmos malgré les conditions qui t’ont amoindri avant le combat. Je suis fier de toi mon cher disciple. »
 
Une voix retentit dans le ciel, interpellant le Saint du Taureau : « Ce n’est pas pour autant signe de victoire. »
Aldebaran se retourne et cherche qui peut prononcer de tels propos.
Il reconnait sur le pont du navire où Baucis s’est écrasée un homme au physique ingrat, n’ayant rien d’humain. Cet Alcide fruit d’un viol consanguin n’ayant aucun de ses cinq sens depuis la naissance, celui qui a donné du fil à retordre à Deathmask et Camus, est ¼dipe des Oiseaux du Lac Stymphale.
A ses côtés, des squelettes et des cadavres en décomposition, habillés de la tunique marine des hébéïens et de leurs protections azures se dressent. Ces morts-vivants supportent le corps de Baucis alors que d’autres zombies sortent de sous la mer et investissent le champ de bataille pour se jeter sur les corps inconscients de Naïra, Yakamoz et Ptolémy.
Aldebaran écarte les bras pour défaire les gêneurs : « Great Horn ! »
La voix d’¼dipe retentit dans les airs : « Psycho Crusher ! »
Un mur télékinésique bloque l’effervescence cosmique du chevalier d’or et l’emprisonne en formant un cube cosmique qui implose.
Tandis que le corps d’Aldebaran est frappé par l’Ecraseur Psycho d’¼dipe, les mirages d’¼dipe se gazéifient en emmenant avec eux les corps de Baucis, de Yakamoz, de Ptolémy et de Naïra.
Philémon réagit et puise en lui pour se lancer contre ces hommes illusoires, leur faisant ainsi relâcher Naïra et Ptolémy. Alors qu’il traine la jambe jusqu’au groupe qui soulève le corps de Yakamoz, ¼dipe paralyse à distance le Saint du Lièvre. Le corps de Philémon est figé, tandis que le Bolivien lui apprend : « Je ne laisserai personne détruire cette île qui m’a apporté tant de bonheur. Je vais faire imploser ton c½ur, à moins que ce ne soit ton cerveau ou bien tes reins qui cèdent en premier sous mon Fracas Mystique ! »
Immédiatement, Philémon se contorsionne dans tous les sens et sent chacun de ses organes s’agiter indépendamment de sa volonté.
Finalement, il se tient la tête tandis que de ses yeux, de sa bouche, de son nez et de ses oreilles s’échappe du sang.
_ « Il semble que ce sera ton cerveau qui sera victime de ma toute puissance : Mystic Smash ! »
Alors qu’il allait subir le même désagrément que celui causé à Spartan par le Mystic Smash lors du début de la guerre au Sanctuaire, Philémon sent l’emprise d’¼dipe s’éparpiller dans tout son corps.
Heureusement pour le Saint du Lièvre, Aldebaran débarque à la vitesse de la lumière devant le difforme Alcide, les paumes des mains collées au visage du redoutable chevalier d’Hébé : « Great Horn ! »
La Corne du Taureau explose en pleine face de son adversaire.
La déferlante détruit l’embarcation.
Aldebaran, remis à temps du Psycho Crusher que lui a infligé ¼dipe, effectue un salto arrière pour retomber à côté de Philémon qui observe les dégâts.
Le sympathique chevalier de bronze sourit de façon crédule : « Vous m’avez sauvé la vie Maître, encore un peu et mon cerveau allait exploser dans mon crâne. Vous avez réussi ! »
Néanmoins, en observant le corps d’¼dipe gisant dans les airs, les pieds dans le vide après que l’esquif se soit dérobé sous ses pieds, décapité par l’arcane, Aldebaran n’a pas le même enthousiasme : « Non, j’ai échoué. Il n’y a plus de traces de mon ennemi, ni même de celles de la Biche de Cérynie et de Yakamoz. »
Philémon se retourne et ne retrouve en effet que les corps inanimés de Naïra et de Ptolémy, tandis que les soldats athéniens remontent celui de Babel.
Dans les airs il ne reste qu’un hologramme d’¼dipe qui disparaît, comme ça a été le cas précédemment avec ses autres illusions.
Aldebaran pose une main sur l’épaule de Philémon et le redresse facilement en observant les quelques Hébéïens restant fuir la côte Sud par le détroit avec, pour refermer la marche, quelques Athéniens qui les pourchassent…

La journée s’achève par une victoire athénienne au Sud de l’île.
A mesure que son navire bogue vers le Nord Est, Apodis regarde du haut du mat où il s’est posé ses amis Cliff et Pullo avec lesquels il s’apprête à mener une nouvelle bataille…

66
Only for Love / Chapitre 22
« on: 27 August 2011 à 17h38 »
Chapitre 22
 
En mer Egée, au Sud Est d’Yíaros, les dauphins suivent le bâtiment sur lequel a embarqué Apodis.
Tandis que le navire de Shura et Aldebaran est tout proche du rivage, le repas du midi est servi ce 7 mars 1985 à l’équipe d’Apodis qui vogue à l’abris des regards des Hébéïens.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis passe en revue les hommes laissés à sa disposition.
Connaissant déjà quatorze d’entre eux puisqu’ils composent son habituelle troupe, il s’attarde surtout sur les visages qui lui sont inconnus.
En compagnie de Pullo, son caporal, il n’y va pas par de grands discours.
Juste des paroles échangées pour faire connaissance, des révérences solennelles et parfois même de l’aide pour nettoyer les armes.
Pullo, malgré son infirmité, lui qui est devenu aveugle lors d’un combat, peut deviner la compassion que son supérieur a pour ses hommes.
Pullo le rejoint et lui demande alors d’un ton émotif : « Te souviens-tu Apodis de notre première rencontre ? »
Apodis se retourne et déclare d’une voix inquiète : « Que t’arrive-t-il Pullo ? Je ne te connaissais pas si nostalgique ! »
Le robuste caporal est soucieux : « Je me disais que six ans ont passé depuis, j’ai survécu de peu à la bataille contre Arès mais aujourd’hui, maintenant que je suis plus proche de la cinquantaine que de la quarantaine, j’ai l’impression que ce combat sera mon dernier. »
Le moral de Pullo affecte le groupe qui écoute attentivement. Apodis le secoue avec fermenté : « Que dis-tu là Pullo ? C’est toi qui m’as appris à devenir un homme, à ne pas être défaitiste, je t’interdis de sous-entendre que tu vas mourir ! »
Pullo écarte amicalement Apodis du bras en riant à pleins poumons : « Voyons Sergent, j’essayais simplement de vous faire comprendre qu’il était temps que je prenne la retraite que m’a déjà accordé le Grand Pope ! »
Subitement, tout le monde se met à rire. Volontairement, Pullo participe à détendre les guerriers avant le long combat qui les attend.
Si tout le monde en profite, les paroles de Pullo rappellent de vagues souvenirs à Apodis…

Flashback
Les semaines du printemps 1979 défilaient sans qu’Apodis ne prennent le temps de sortir de chez lui afin de profiter de l’atmosphère printanière.
Après sa rencontre avec Orphée, il était resté cloîtré. Il devait être un des seuls fils du Sanctuaire à n’avoir pas encore été baigné par les rayons du soleil.
La peau blafarde, Apodis grommelait à chaque fois que sa mère l’invitait à sortir : « Non, je reste ici ! Je laisse le soleil aux autres, plus joyeux, plus courageux, plus aimés et plus respectés que moi. Je préfère rester dans l’obscurité. Je n’en attends rien. Contrairement à la lumière qui illumine les pensées de choses bienfaisantes, les ténèbres soulagent les c½urs déjà meurtris car ils n’espèrent rien de l’ébène. »
Pourtant, c’est un de ces jours où il voyait tout en noir que le destin bascula pour lui.
Le Sanctuaire vivait dernièrement des évènements bien néfastes, les Titans de Cronos mobilisaient les plus valeureux chevaliers du Sanctuaires, les Saints d’or.
Certains Saints s’étaient même déjà rendus dans le Labyrinthe de Cronos, son sanctuaire.
Rajouté à cela, Arès Dieu de la Guerre, réincarné depuis bientôt trente ans sur Terre, nourrissait depuis des rêves de conquête.
 
La divinité belliqueuse attendait depuis longtemps de prendre sa revanche. Victime de cuisantes humiliations par le passé, il vivait paisiblement dans son repère situé sous les vestiges de l’Aréopage.
En effet, sous la colline à l’Ouest d’Athènes où se tiennent encore les ruines de ce tribunal de la Grèce antique, d’immenses galeries débouchant sur un royaume souterrain furent creusées, lors de la création de l’édifice.
Au-dessous d’un lieu rempli de touristes inconscients du danger qui les entourait, l’Aréopage devenait le fief d’un vaste complot.
Né de parents humains, Mars, jeune Grec brutal, comprit dès son enfance qu’il était doté de pouvoirs dépassant l’entendement humain, un cosmos divin. Très vite, il défia l’autorité parentale et massacra à l’âge de treize ans sa famille avant de fuir Athènes. Alors qu’il se cachait après son acte de barbarie, il prit le chemin de l’Aréopage où il se sentit subitement guidé. Explorant les vestiges de ce lieu dont la mythologie rapporte qu’ici fut acquitté Arès qui avait vengé le viol de sa fille Alcippé, Mars gravit ce qui aujourd’hui est un énorme monolithe gris bleu, veiné de rouge.
A cette hauteur, il chercha désespérément un lieu où il pourrait se cacher.
Soudain, il sentit une force l’attirer comme un aimant, il descendit la colline à toute allure et arriva sur le flanc droit de celle-ci qui ne ressemblait à rien d’autre qu’au bloc de pierre que tout le monde pouvait voir. Pourtant, il était toujours guidé par cette énergie cosmique qui le poussait à traverser ce rocher. Il se laissa aspirer à l’intérieur de celui-ci et se retrouva dans les souterrains de l’Aréopage. Seuls les êtres maîtrisant le cosmos pouvaient traverser ce pont cosmique et investir le lieu où il éveilla sa conscience divine.
Depuis, Arès concentrait son esprit à la recherche des pires criminels qui peuplaient la Terre et qui avaient des qualités leurs permettant d’entrevoir le cosmos. Il forma lui-même ses Berserkers qui enseignèrent à leur tour aux soldats l’art du combat.
Se découvrant une qualité qui lui manquait dans le passé, Arès étudiait patiemment le moment opportun pour prendre sa revanche sur l’histoire. Il savait les Saints d’or mobilisés par le retour de Cronos et que, quoi qu’il arrive, les deux ressortiraient affaiblis de cette Guerre Sainte, il n’aurait donc aucune difficulté à les achever. L’heure était venue.
 
Alors qu’en plein midi à Honkios, dans sa maison, Apodis somnolait en position f½tale sur sa couche, l’agitation de soldats et de villageois le tira des bras de Morphée.
La porte de sa maison s’ouvrit et une des mauvaises fréquentations de son père Frontinus débarqua pour les alerter : « Frontinus mon brave, c’est horrible, une armée toute entière a assailli l’Ouest du Sanctuaire ! »
Frontinus qui dégustait la soupe que sa femme Mujakis lui avait préparé leva les yeux.
_ « Nos Saints d’or affrontent actuellement l’armée de Cronos. Serait-il possible que ce soit eux ?
_ Non ! Les partisans de Cronos portent des protections couleur d’ébène alors que, ceux qui viennent de passer à l’offensive sont vêtus d’orange et portent des cuirasses rouges ! »
Mujakis se mêla de la conversation et posa le torchon avec lequel elle nettoyait la table : « Après les nombreuses catastrophes qui se sont déroulées dans le monde, l’alerte avait déjà été donnée. Le retour sur Terre de créatures mythologiques ainsi que les précédentes tentatives d’invasion des guerriers de Cronos ont dispersé bon nombre de nos forces armées et… »
Ignorant tous les deux la présence de la triste épouse, les deux comparses quittèrent la demeure pour chercher de plus amples réponses à leurs questions. Ils laissèrent la femme battue sans qu’elle ne pût objecter ce manque de considération, sous l’½il craintif d’Apodis qui épiait au coin de la porte de sa chambrette.
 
Dans l’après-midi, sous le sol tremblant des premiers éclats de cosmos d’une nouvelle guerre qui frappait à l’Ouest, des troupes athéniennes recensaient les demeures du domaine.
Des gardes du Sanctuaire frappèrent à la porte de chez Frontinus.
Lorsque la mère d’Apodis laissa un des hommes entrer, celui-ci prit une posture droite, ôta son casque et déroula un papyrus qu’il lut à voix haute : « Sur ordre de Notre Majesté le Grand Pope et par la volonté de la déesse Athéna, une incorporation se fera dans la ville d’Honkios ainsi que dans tous les villages du domaine. Les hommes en âge de porter un glaive, qu’ils reçoivent une formation militaire ou non, sont appelés à nous suivre immédiatement. Les femmes désireuses de servir Athéna au combat sont également conviées à intégrer le camp des femmes chevaliers. C’est pourquoi nous, soldats athéniens, nous avons ordre de conduire le jeune Apodis, fils de Frontinus, né en l’an 1967 et inscrit comme vivant dans le registre civil des prêtres d’Athéna, afin de lui faire suivre une instruction militaire. »
Apodis, toujours couché dans sa chambrette, remarqua par le jour de ses volets en bois que des dizaines de guerriers avaient investi les demeures voisines pour rassembler les autres enfants.
Les yeux d’Apodis se chargèrent de larmes et il traîna les pieds.
Mujakis le serra fort contre elle en répétant un nombre incalculable de fois : « Ne t’en fais pas, ça va aller mon fils. Je t’aime, ça va aller… »
Après trois longues minutes d’attention maternelle, l’officier arracha l’enfant des mains de sa mère et le conduisit dehors où le soleil lui roussit immédiatement son teint pâle.
Il était dans les rangs avec quelques autres garçons plus ou moins âgés que lui.
Il fit encore longtemps signe à sa mère restée sur le seuil de la maison et qui essuyait ses yeux avec ses mains craquelées par son travail dans les champs.
 
Apodis se retrouva dans une garnison menée par un homme d’une quarantaine d’années.
Sa peau était sale et ses petits yeux bruns étaient de la même couleur que sa fine barbe mal rasée. Ce coriace Pullo, était réputé pour avoir mené de nombreuses légions aux fronts même lorsque les situations étaient désespérées. Il en revint souvent seul, victorieux et couvert du sang de ses ennemis. Né sous la constellation du Scorpion, il ne fut jamais suffisamment doué, pour prétendre un jour devenir le porteur d’une Cloth, revenue à un certain Milo. Alors, comme les nombreux apprentis qui ne devinrent ni Saints, ni mercenaires, il se rangea dans la garde d’Athéna où il devint un caporal, soit le grade donné juste en dessous de celui attribué aux Saints de bronze et aux mercenaires qui sont des sergents.
Le caporal Pullo accueillit donc dans un des nombreux camps situés à l’extérieur d’Honkios la promotion d’Apodis, composée de trente-trois hommes âgés de dix à quarante-trois ans.
 
Aligné avec les autres, Apodis se tenait comme une larve, les épaules tombantes et les joues rougies par les larmes à peine séchées.
Pullo présenta la situation : « Le Sanctuaire est entré en guerre contre un nouveau dieu cette nuit. L’ennemi semble bien plus important qu’un vulgaire dieu mineur, comme nous en avons écrasé ces dernières années. Il est parvenu à forcer les murailles de l’Ouest et encercle les autres remparts du Sanctuaire. Nos Saints d’or sont déjà occupés contre un autre dieu. L’état d’urgence a donc été décrété. Tous les hommes capables de faire face à l’adversaire ont été rassemblés. Certains d’entre vous s’entraînent déjà dans le but d’obtenir une armure de Saint. Pour ceux-là, sachez que votre entraînement est actuellement suspendu. Dans les jours qui viennent vous allez apprendre à tenir les armes, à comprendre les stratégies militaires et surtout à savoir tenir les rangs. Plus vite vous serez formés, plus vite vous serez victorieux et plus vite vous reprendrez vos activités ou mieux, accéderez au statut de Saint après avoir prouvé votre valeur ! Je me nomme Pullo ! J’ai combattu avec les plus grands. J’ai été transpercé par des flèches, j’ai été fait prisonnier, on m’a torturé, j’ai tué, j’ai versé mon sang un nombre incalculable de fois et aujourd’hui je suis prêt à le refaire avec plaisir. Je suis un passionné, je ne crains pas la mort et ce que j’aime le plus, c’est me retrouver avec une petite bande de débutants comme vous ! La guerre forge le caractère et avec moi les règles sont simples ! Pas de larmes, pas de fuyards, juste du sang ! Les déserteurs c’est moi qui les tue.
Vous allez en baver, vous allez supplier la mort de vous prendre, vous allez me haïr pour au final mourir à mes côtés au nom de votre déesse. Vous avez une semaine pour vous endurcir. Juste une toute petite semaine avant qu’on ne vous envoie sur le champ de bataille en cas d’alerte… »
 
Apodis était amorphe, il constatait avec chagrin l’annonce de son instructeur : « Une semaine pour être prêt ! C’est de la folie. Si le but de son intervention était de nous préparer et de nous donner du baume au c½ur au nom d’Athéna, pour ma part c’est surtout l’occasion de pouvoir mourir avec un peu d’honneur. Une sorte de mission suicide qui redorerait mon image contrairement à celle de poltron qui me collait jusqu’ici. Mort sur le champ de bataille, voilà ce qu’on pourra dire de moi… »
 
Pullo poursuivit son discours : « Bien ! Passons aux choses sérieuses ! Nous attaquons tout de suite. Retirez tous vos vêtements et tenez-vous droit ! »
Sur les trente-trois à avoir été regroupé, vingt-cinq suivaient, ou avaient déjà suivi, une formation pour devenir Saint ou simple soldat. Parmi eux, certains adultes avaient abandonné l’instruction militaire pour se pencher sur une activité artisanale. Les vingt-cinq obéirent immédiatement et ôtèrent tous leurs vêtements, sachant ce qui les attendait s’ils faisaient défaut.
Apodis et sept autres furent les seuls à ne pas avoir le cran de le faire, ne sachant pas où cela allait les mener.
D’un signe de la main Pullo fit avancer deux soldats l’accompagnant.
Les hommes prirent les dénudés et les amenèrent dans un atelier.
Les huit autres élèves restèrent ahuris, mous et pantois face à Pullo.
 
Les deux acolytes de Pullo ressortirent quelques minutes plus tard avec les autres vêtus aux couleurs de la garde, portant casque, épée, bouclier et autres protections.
Pullo toisait les huit faibles du regard : « De bons soldats obéissent sans rechigner aux ordres de leur caporal. Mes hommes vont donc poursuivre la formation de ceux-là pendant que vous, vous allez découvrir ce qu’obéir aux ordres du caporal Pullo signifie ! »
Son petit air mesquin changea subitement, il ordonna violemment : « A poil maintenant bande de lavettes ! »
Ils se regardèrent tous les huit pour savoir lequel oserait le faire en premier.
Un courageux ne tarda pas et, sans rechigner, retira tous ses vêtements. Une fois nu comme un ver, ce blondinet se tint droit, les bras le long du corps et cria fièrement : « Bien Caporal Pullo ! »
Maintenant qu’un premier avait fait le pas, sans davantage se concerter, les autres, Apodis inclus, agirent de la même façon, certains non sans bougonner ou sangloter, en prononçant avec moins d’entrain que le téméraire Cliff : « Bien caporal Pullo. »
Un seul n’obéit pas.
Il se mit à tomber à terre en suppliant Pullo d’arrêter ce calvaire. C’était psychologiquement déjà trop dur pour lui, il avait peur de ce que le caporal lui réservait pour la suite.
Pullo avança jusque lui et lui releva la tête doucement. D’un ton mielleux il fit mine de prendre son désarroi en considération : « D’accord. Tu n’es pas taillé pour ça. Je sais ce qui te conviendra le mieux. »
Il fit signe de la main pour appeler un de ses deux camarades. Celui-ci prononça à l’autre : « Tiens en voilà déjà un qui n’ira pas plus loin ! »
L’autre pouffa de rire : « Il en faut toujours un pour servir d’exemple. »
Le soldat se précipita sur lui et le tira au milieu des vingt-cinq qui portaient déjà pilum.
Pullo s’écria : « Montrez-lui ce qu’on fait aux plaintifs ! »
Puis il fixa les sept restants : « Quant à vous, observez ce qui lui arrive ! Cet homme a désormais son destin tout tracé au sein de la chevalerie d’Athéna. Il a refusé d’obéir aux ordres d’un caporal. Il est soit promis à la peine de mort, soit promis à ça… »
 
Le pauvre était bousculé parmi les vingt-cinq qui lui arrachaient ses vêtements.
L’un d’eux l’immobilisa pendant que les autres s’amusèrent à le fesser ou à lui uriner dessus. Le bizutage au sein de l’armée la plus destructrice au monde, était vraiment très dur.
Excepté le mystérieux Cliff, Apodis et les autres tremblaient d’effroi devant un tel spectacle. Les vingt-cinq soldats prenaient plaisir à être si cruels, ils étaient déjà des machines de guerres.
Apodis et les autres furent loin d’imaginer que ces vingt-cinq avaient tous reçus pareil traitement avant d’être acceptés par leurs frères d’armes lorsqu’ils entrèrent dans leur premier service.
Pullo évoqua l’avenir qui attendait la victime : « Désormais il nous suivra en campagne, c’est lui et les autres de son espèce qui prépareront la soupe pendant que nous serons sur le front. C’est lui qui affûtera nos épées, qui nettoiera nos sandales, qui soignera nos plaies et qui vous sucera la queue quand vos femmes vous manqueront… Au départ il me maudira. Au fil des années il comprendra que même si son rôle est minime, il reste essentiel pour nous et avec quelques années d’expériences, il sera fier de son grade et se sera fait une place respectable auprès des nouveaux qui l’accompagneront… »
La cruauté de Pullo jumelée à celle des autres élèves convainquit Apodis dès le départ que cette semaine serait la pire de sa vie. S’il parvenait, ne serait-ce, qu’à y survivre…
 
Ils n’étaient donc plus que sept à la merci de Pullo.
Pour commencer, le caporal au crâne rasé ordonna plusieurs exercices visant à les décourager comme courir nu pendant des heures sur la piste, ramasser les déjections qui bouchaient les tristes latrines du camp, sans pouvoir se laver après…
Pour se nourrir il leur fallait lécher les restes des gamelles des vingt-cinq favoris et pour boire ils profitaient de laver le corps de Pullo, pour ingurgiter l’eau sale du tonneau dans lequel il se relaxait.
Seul Cliff semblait s’acclimater sans soucis. Ce n’était pas un semblant de fayotage, non, cet étranger était vraiment heureux de pouvoir être réquisitionné.
 
Après les deux terribles premiers jours, ils commencèrent les exercices physiques. Des tractions à ne plus en pouvoir, porter des poids jusqu’à s’en rompre les ligaments…
Apodis accomplissait tout ce qui lui était demandé en ne pensant qu’à l’avenir dont il rêvait, être transpercé par une épée, en plein c½ur sur le champ de bataille.
Il ne sentait plus ses bras ni ses jambes qui étaient gonflés à bloc. Il ne trouvait pas le sommeil tant les douleurs abdominales étaient atroces. Sa peau, avant de brunir, pelait après toutes les rougeurs provoquées par la chaleur. Son corps, à cause du soleil, puait le souffre et la transpiration.
 
Enfin, ils purent rejoindre l’autre groupe qui n’était maintenant composé plus que de vingt-deux élèves puisque trois avaient péri, un d’une infection, le second d’épuisement et le dernier par le glaive.
Cliff et Apodis étudièrent brièvement le maniement des armes et l’élaboration des stratégies de bases qu’ils appliquaient de façon laborieuse.
Pullo ne cessait de s’égosiller sous prétexte que c’était mauvais, qu’ils étaient tous des incapables qui ne seraient jamais au point.

Le dernier jour, après une terrible séance d’exercices physiques dont il avait le secret, Pullo leur appris : « Vous êtes restés huit jours sans rien savoir du monde extérieur. Sachez donc que la bataille continue. Vous avez certainement ressenti des ondes cosmiques s’entrechoquer tandis que la terre tremblait… »
L’esprit d’Apodis ironisait, il y avait déjà bien longtemps qu’il n’avait plus à c½ur de s’éveiller au cosmos. Quant aux vibrations sur le sol, il était trop épuisé pour les ressortir lorsqu’il se voyait accorder quelques minutes de sommeil sur les dalles sablonneuses de l’arène.
Il écouta la suite : « … cela venait du front où des Saints ont ralenti des Géants et des Titans tandis que nos soldats affrontaient des gardes de Cronos à l’intérieur du domaine, à Grevena. Toutefois, la menace qui s’est introduit à l’Ouest du domaine est le fait d’un autre camp. Le Dieu de la Guerre profite de cette bataille contre Cronos pour envahir le Sanctuaire. L’Ouest contient toujours l’intrusion mais est le théâtre de nombreux affrontements. Chaque minute, les Berserkers enregistrent les arrivées de nouveaux guerriers venus de l’Aréopage, le repère d’Arès. Il déploie toutes ses forces contre nous et gagne chaque jour du terrain. Si les Berserkers viennent à bout des postes frontières, ils accéderont aux villages et détruiront tout ce que bon leur semble, tueront femmes et enfants pour affaiblir notre moral et nos positions. Le Grand Pope souhaite renforcer ses ailes et m’a mandaté pour conduire plusieurs troupes à la zone Ouest du domaine, dont la vôtre, afin d’accroître les effectifs qui ont subis un cinglant revers ces deux derniers jours. Nous partons demain à l’aube, nous laissons ce camp à d’autres nouveaux qui viendront eux aussi nous prêter main forte après une formation express comme vous. Je vous accorde cette nuit. Vous êtes tous originaires de la ville d’Honkios. Retrouvez-vos familles, faites l’amour à vos femmes, dîtes à vos enfants que vous les aimez, et pour les plus jeunes, remerciez vos parents de vous avoir mis au monde pour porter l’épée en l’honneur d’Athéna. Profitez-en, cette nuit sera la dernière pour la plupart d’entre vous. »

Le camp se vida dans un mélange d’euphorie, pour les plus impatients d’en découdre, et de satisfaction, pour ceux qui vont pouvoir retrouver les leurs une dernière fois.
Il ne resta plus que Pullo, Apodis et Cliff.
Apodis était assis sur une des colonnes de ciment effondrée de son camp. Il observait ses compagnons repartir sur Honkios et interrogea le caporal : « Croyez-vous, Caporal Pullo, que tout le monde sera là demain à l’aube ? »
Pour la première fois, Pullo gratifia son élève d’un geste affectueux en posant sa main sur son épaule : « Les forces d’Athéna ratissent tous les villages pour trouver des recrues, nos frontières sont maintenant entourées par deux camps ennemis. Où crois-tu que les fuyards puissent aller ? Quoi qu’il arrive nous aurons bientôt rendez-vous avec la mort, alors à quoi bon l’obtenir en salissant son honneur, quand on peut la trouver dans la gloire ? »
Apodis fit la moue, convaincu qu’il n’existait pas d’autre issue pour lui en effet.
Il approcha ensuite Cliff, cet étranger d’origine sicilienne.
Le blondinet gringalet restait posé sur une pierre à frotter ses armes et ses protections métalliques en s’appliquant.
_ « Allons Cliff ! Tu ne vas tout de même pas rester ici ?
_ Je suis un étranger. Je suis arrivé au Sanctuaire il y a deux semaines. Je n’ai ni famille ni ami à Honkios. Mon petit frère travaille pour un tanneur dans le Sud du domaine. Je n’ai pas le c½ur à aller lui dire adieu… »

C’est en engageant la conversation que les deux apprentis de Pullo quittèrent le camp pour se promener dans les coins les plus malfamés d’Honkios.
En écoutant l’histoire de Cliff, Apodis se sentit misérable à côté du courageux orphelin.
_ « … il y a quelques années, le bateau de pêche conduit par mon père a sombré à cause d’un gigantesque typhon au large de la Sicile. A mon réveil, j’étais le seul survivant. Face à moi se tenait un homme ailé, vêtu de noir. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de l’ange de la mort venu me chercher pour retrouver les autres passagers. La tempête lévitait autour de lui, comme si elle ne pouvait pas l’atteindre. Je compris alors qu’il s’agissait de mon sauveur. Il me protégeait du monstre Typhon emprisonné au Mont Etna. Ce monstre profitait de la perte des pouvoirs des sceaux d’Athéna pour reprendre ses actes de barbaries. Le voile noir de l’ange se retira et il brandit alors un arc. Lui qui portait une armure d’or terrassa de sa flèche le géant qui partit s’abriter dans sa prison en attendant de se régénérer. Puis le guerrier disparu aussi soudainement qu’il était apparu. Ma mère ayant perdu la vie quelques années plus tôt, il ne restait plus que moi pour veiller sur mon petit frère resté en Italie. J’ai donc fait le serment de devenir aussi fort que mon père, qui a lutté jusqu’au bout contre Typhon en essayant de maintenir son bateau à flot pour sauver son équipage. Pour y parvenir, il me fallait devenir tel le héros qui me sauva de Typhon. Accompagné de mon petit frère, je menais l’enquête sur ses origines auprès d’antiquaires qui évoquèrent à de nombreuses reprises la légende des Saints d’Athéna qui vivent dans son Sanctuaire, un lieu reculé que le monde contemporain ne connaît pas et ne peut atteindre. Au fil des années, mes investigations m’ont conduit jusqu’aux frontières du Sanctuaire, que je suis parvenu à franchir non sans mal en portant à bout de bras mon petit frère. Il y a deux semaines, lorsque les gardes m’ont retrouvé, j’étais à bout de force, traîné par mon frère qui prit le relais. Le lieutenant de la frontière Est, par laquelle je suis arrivé, m’a gracié en m’autorisant à devenir un apprenti Saint. J’ai accepté et j’ai laissé mon petit frère travailler avec un tanneur du Sud du domaine sacré. Aujourd’hui, alors que la bataille fait rage, il est de mon devoir de respecter ma parole et de tenir l’épée jusqu’au bout. »
Cliff questionna à son tour Apodis, penaud face à tant de détermination et de bravoure.
_ « Et toi ? Pourquoi es-tu encore là ? Tu n’as plus de parents ?
_ Mon père ne m’a jamais porté le moindre égard. Quant à ma mère, par ma faute, elle a subi la colère de mon père. Je pense qu’être envoyé au front est la meilleure chose qui ait pu arriver. En donnant ma vie j’apaiserai sûrement la sienne. C’est pour cela que je ne veux pas la voir ce soir. Les adieux lui feraient encore plus de mal. »
Ils passèrent la majorité de la nuit dehors à discuter, sans jamais trouver le sommeil et sans se douter que Pullo les suivait avec attention, soucieux pour ses sous-officiers…
 
Cliff, débordant de sympathie et de joie de vivre, était décidé à ne pas laisser cette dernière nuit lui échapper. Maintenant qu’ils se trouvaient devant une taverne fréquentée par quelques habitants et certains esclaves, l’Italien refusait de partir sans en profiter. Il prit Apodis sous le bras : « Allons camarade ! Qu’attendons-nous pour jouir de notre dernière nuit ? »
Apodis vit sortir une femme à peine vêtue et toute décoiffée. Il comprit aussitôt de quel genre d’endroit il s’agissait.
_ « Voyons Cliff ! Ces femmes sont expérimentées et réclament des sacres, la monnaie courante du Sanctuaire, pour louer leurs corps.
_ Pas besoins de sacres ! Nous sommes des soldats et demain nous donnerons nos vies pour elles. Nous n’avons pas à les honorer par quelques pièces de monnaie. Notre seule présence sera bien suffisante pour glorifier ce taudis. »
D’une loquacité surprenante, Cliff parvint en effet à les faire grimper dans une chambre de l’auberge, en compagnie de deux femmes plus âgées d’une dizaine d’années qu’eux.
Cliff ne perdit pas de temps et se jeta sur la première, une esclave à la peau mate, aux cheveux et aux yeux macassar.
L’autre femme, à la peau et la chevelure aussi sombre que son amie, ne se différenciant d’elle qu’à l’éclat noisette de ses yeux, s’approcha du timide Apodis pour lui retirer ses vêtements…
Flashback
 
Brusquement, une explosion venue du Sud de l’île d’Yíaros sort le navire d’Apodis de son allégresse.
Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis revient à lui tandis qu’un homme d’Apodis s’approche de lui.
Ce grand blond, fin et armé d’une unique épaulette métallique rejoint Apodis et Pullo : « Apodis, qu’étais-ce donc ? »
Pullo répond à la place de son Sergent : « Cliff ! Le navire de Shura est arrivé sur le port d’Yíaros. La bataille a commencé ! »


Là-bas, sur la côte Sud d’Yíaros, tous les bateaux marchands de l’île sont amarrés sur les quais comme pour en bloquer l’accès, les tonnelles des marchands sont rangées dans les entrepôts et les villageois absents.
Au loin, les soldats hébéïens distinguent les dernières charrues rapatrier les vivres non vendus vers le temple d’Héraclès et le temple d’Héra.
La côte Sud d’Yíaros est faîte de pontons et de points d’amarrage montés par les Hébéïens il y a des milliers d’années.
Véritable place ambulante, le port est le point de commerce principal de l’île, c’est ici que les bateaux déchargent dans les entrepôts les marchandises aussitôt vidées pour être vendues sur le marché qui longe toute la côte.
Pour venir jusque-là, les habitants de l’île, concentrés dans le centre de la cité, descendent par l’unique détroit qui relie l’extérieur à l’intérieur. Ce passage étroit est situé en plein milieu du port, entre les montagnes. Certains viennent en carriole, d’autres en barques, profitant du bras d’eau qu’emprunte la rivière au Sud pour se jeter dans la mer.

Aujourd’hui, au milieu des esquifs réquisitionnés et stationnés, un seul parcage a volontairement été laissé pour qu’un vaisseau puisse l’atteindre.
Telle est la stratégie de la magnifique Baucis Alcide de la Biche de Cérynie qui a volontairement abandonné le port.
Du moins c’est ce qu’elle espère faire croire puisque devant cette aire prévue au stationnement des Athéniens, cinquante des cents Hébéïens réunis pour la protection de la zone Sud sont cachés dans les entrepôts, derrières des caisses en bois laissées sur le quai et dans les deux bateaux encerclant la surface d’arrivée.
Les cinquante restants sont dispersés sur la côte, dans les édifices ou même dans des barques ou sous les pontons en attendant les ordres.

L’embarcation d’Athéna approche en toute simplicité vers le piège qui lui est tendu.

Resté en retrait sur le mont qui borde le détroit, un Alcide au visage cuirassé sous son casque qui couvre l’ensemble de son crâne, pointant deux cornes acérées vers le ciel et dissimulant ses yeux par deux globes oculaires beiges, est sceptique : « C’est trop facile… Les Saints d’Athéna ne sont pourtant pas des imbéciles, quelque chose se trame… »
Le beau Androgée du Taureau de Crète, chargé par Hébé d’épauler Baucis en cas de besoin, voit ses doutes confirmés par une explosion, celle qui a retentit jusqu’au bateau d’Apodis.

Elle vient de l’extrême gauche du port, bien loin du regroupement de Baucis.
Un immense cratère devient visible à mesure que la poussière s’éloigne.
Le gouffre a fait sombrer les bateaux avoisinants, tuant les Hébéïens dissimulés dans les environs. Il a même entamé même la base d’une montagne.
La secousse fait vibrer la mer et une immense vague vient recouvrir la côte Sud tandis qu’au sommet des montagnes, quelques avalanches entraînent neige, pierres et boue sur les versants, emportant encore d’autres soldats armés d’arcs qui attendaient l’approche des Saints.


Lorsque l’eau termine d’envahir l’immense trou et que les résidus de terre sèche et de sable sont retombés au sol, six Saints sautent les rochers qui barrent leur route pour ensuite avancer tranquillement sur la partie des quais qui n’a pas encore été ensevelie par l’avalanche.
A proximité d’eux, les quelques hébéïens disposés là se font immédiatement massacrer pendant qu’au niveau du détroit, Baucis et ses hommes sortent de leur cachette.
En tête du cortège des six Saints, Shura donne les directives : « Comme convenu leurs ailes sont à découvert, ils ont regroupé leurs forces devant le détroit qui permet d’entrer dans l’île. Aldebaran va pouvoir garantir le débarquement de notre armée, tandis que nous allons vite progresser dans l’axe pour attirer l’attention sur nous… »
Derrière lui, quelques soldats Hébéïens sont éjectés et retombent dans leurs armures bleues en miettes, les corps meurtris. En ligne, trois Saints d’argent suivis par deux Saints de bronze accompagnent le Saint d’or du Capricorne : « Yakamoz Saint d’argent de la Grue, Babel Saint d’argent du Centaure, Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, Naïra Saint de bronze de la Colombe et Philémon Saint de bronze du Lièvre, déployez l’ensemble de vos forces pour défaire le plus grand nombre de gardes possible ! »
 
Alerte, réalisant l’échec du plan de Baucis, Androgée saute de roches en roches.
Il évite les éboulements et finit ses cabrioles juste devant la rivière qui traverse le passage. Il grommelle : « Evidemment, les Saints se déplacent au minimum à la vitesse du son ! Baucis, il ne fallait pas t’imaginer qu’ils allaient attendre qu’on attaque leur navire. Maintenant, un groupe de six Saints vont écraser nos hommes, pendant que les soldats athéniens auront le loisir de débarquer ! »
 
Devant le détroit, Baucis, dans sa tenue affriolante, un court bustier grenat pour recouvrir sa poitrine sur-volumineuse et un short de la même couleur pour mouler ses fesses rebondies, couverte de sa Cloth beige qui épouse avec sensualité son corps, est prise au dépourvue.
Sous son masque de femme chevalier, elle reste bouche-bée.
Mais l’avancée rapide des Saints la force à se ressaisir.
Elle ordonne à ses hommes de se jeter sur les six Saints tandis qu’elle tentera seule de neutraliser le navire.
Aussitôt, un soldat hébéïen souffle dans une corne et les autres le suivent en fonçant sur le flanc gauche où les Saints se frayent un passage à grand coup d’arcane et d’explosions cosmiques.
Baucis, elle, pose un genou sur le sol et croise ses bras contre sa poitrine pour accroitre son cosmos à son paroxysme. L’effluve qui se dégage de son aura dessine derrière elle une biche blessée par une flèche et devant elle l’imposant demi-dieu Héraclès.
Elle projette alors toutes ses forces contre le voilier qui approche tranquillement de la côte.

A bord de celui-ci, les Athéniens veillent l’arme au pied sur les mouvements adverses.
En apercevant cette sphère cosmique s’abattre sur eux, les hommes, militaires comme religieux, se couchent sur le pont mains sur la tête.
Heureusement, à la proue du navire, un Saint d’or veille au grain.
Il attend quelques instants que le souffle de l’Alcide soit proche, pour décroiser ses bras et dégager à son tour l’étendue de ses capacités.
Les deux champs d’énergie se télescopent au-dessus de l’eau et s’annihilent.
Baucis profère des injures tandis qu’Aldebaran adopte sa pose habituelle, serein et confiant.
Baucis choisit de réitérer son action jusqu’à ce que la voix familière d’Androgée l’en dissuade : « Laisse-moi ce Taureau d’or ! Moi Androgée du Taureau de Crète j’en fais mon affaire. »
Sans se retourner, celle qui a une réputation de femme vorace dans la cité hébéïenne identifie celui que tout le monde lui prête d’amant favori.
_ « Androgée, je t’interdis de me donner des ordres ! Je te rappelle qu’Hébé m’a confié cette mission.
_ Baucis, si tu souhaites que cette mission soit menée à bien alors je te conseille d’aller ralentir immédiatement les six chevaliers qui éliminent nos hommes. A l’heure actuelle ta stratégie n’est plus adéquate. »
Baucis serre longtemps le poing, puis, forcée de reconnaitre son échec, finit par se montrer docile.
Elle quitte les abords du détroit et part sur le flanc gauche.
 
Pendant ce temps, Androgée imite Baucis en tentant de frapper à distance le bateau, à qui il ne reste qu’une demi-dizaine de miles à parcourir pour débarquer.
Comme auparavant, Aldebaran stoppe la progression cosmique ennemie.
 
Baucis se déplace rapidement en prenant de vitesse ses hommes, afin d’engager plus vite le combat.
Toutefois, elle croise une lumière dorée…
 
Androgée s’acharne et projette encore sa cosmo énergie contre le navire.
Cette fois-ci, la sphère du Taureau de Crète n’a pas le temps de quitter la côte qu’elle est scindée en deux, laissant les deux moitiés se désintégrer dans l’atmosphère.
Androgée reconnait immédiatement la cause de cette agression, il s’agit de cette lumière dorée qu’a croisé Baucis à l’instant.
Il pivote légèrement sur sa gauche et observe un homme dont l’armure d’or est cachée sous sa cape enroulée autour de lui.
Bien que le haut du visage d’Androgée soit dissimulé sous sa Cloth beige et blanche, Shura devine aisément au sourire de celui-ci à quel point il doit charmer les femmes de cette île.
Shura lui renvoie son sourire provocateur : « Est-ce la folie qui te fait rire ? As-tu déjà perdu l’esprit en te rendant compte du fossé qui sépare nos capacités ? »
Androgée défie Shura : « Non, c’est le pari que je me lance qui m’amuse. Je me demandais combien de temps tu allais m’occuper avant que ne débarque l’autre Saint d’or ici pour que je puisse vous tuer tous les deux. »
Shura chambre à son tour : « Aldebaran et moi ?! Tu as l’ambition de vaincre deux Saints d’or ! Hum… Les Alcides ne manquent pas d’humour ! »
Androgée cherche à blesser Shura dans son orgueil : « Pourquoi pas après tout ? J’ai suivi les affrontements d’Iphiclès pendant que j’humiliais vos Saints de bronze au Sanctuaire. Iphiclès est bien parvenu à vous vaincre Aldebaran et toi ! »
Shura répond comme il le peut : « Il n’a pas réussi à nous tuer ! Et c’est lui qui est dans l’Hadès à l’heure qu’il est ! Ne t’estime pas au-dessus d’Iphiclès, c’était un guerrier d’un niveau extraordinaire. Oser te comparer à lui, est une insulte à sa mémoire ! »
Androgée cherche à gagner du temps : « Il est évident que le niveau du Lion de Némée était hors du commun. Néanmoins, j’aimerai m’assurer que tu connais bien la légende du Taureau de Crète… »
Shura qui connait la mythologie grecque sur le bout des doigts énumère rapidement le mythe.
_ « Le Taureau de Crète est l’animal pour lequel la reine Pasiphaé, femme du roi Minos, éprouva un désir contre nature. Ensuite Poséidon rendit furieux l’animal qui ravagea le pays avant d’être capturé par Héraclès.
_ Exact, c’est Poséidon qui inspira à la reine son désir. Une inspiration qui est l’origine de ma force. Elle me permet de lutter contre quiconque. »
Shura brandit son bras droit devant lui et se jette sur son adversaire : « C’est ce que nous allons voir, assez parlé ! Excalibur ! »
A la vitesse de la lumière, Shura frappe du tranchant de la main droite Androgée qui riposte avec sa jambe : « Prophetic Horn ! »
Deux épées semblent s’entrechoquer.
Shura est projeté en arrière.
Il se ressaisit et ne dit pas son dernier mot. Avec le bras droit, puis le gauche, les jambes aussi, il déclenche des coups affutés.
Pourtant, il est chaque fois paré par Androgée qui utilise ses membres comme le fait Shura, le repoussant chaque fois un peu plus fort.
Cette fois-ci Shura s’écrase sur le béton juste au bord de l’eau, arrachant ainsi sa cape. Un filet de sang s’écoule de sa bouche : « Impossible, la seule arme capable de contrer Excalibur est… Excalibur elle-même ! »
Androgée avance les mains sur les hanches : « Tu as enfin compris Shura. Les Cornes Prophétiques me permettent d’assimiler les techniques de mon adversaire, en même temps qu’il les exécute. Voilà en quoi consiste mon inspiration. Le Prophetic Horn est mon seul arcane, mais en représente finalement autant qu’il existe de techniques de combat dans le monde. A chaque utilisation, le Prophetic Horn s’approprie ton coup, le perfectionnant et le rendant plus puissant qu’il ne l’était à la base. Tu ne peux pas me vaincre… »
Obstiné, Shura entame alors un corps à corps tranchant.
Une droite de l’Alcide balafre la joue de Shura.
En riposte, Shura perce l’armure d’Androgée d’un coup du pied gauche dans le flanc droit. Androgée entaille la cuisse de Shura, en répondant d’un coup de poing à la jambe.
Shura rétorque du tranchant de la main contre le casque de l’Alcide qui se fend.
Le casque tombe en deux parties sur le sol et délivre la légère chevelure marine ainsi que les yeux océans du bel Alcide d’entre lesquels s’écoule l’hémoglobine.
Touché au front, Androgée recule de quelques pas, laissant Shura frapper à nouveau du plat du pied contre le thorax, émiettant ainsi son plastron.
Le Capricorne essaie de conserver son avantage en adressant à nouveau Excalibur en direction de la tête, pour cette fois-ci entamer le crâne du Taureau de Crète.
Toutefois, Androgée contre le bras gauche de Shura avec sa jambe droite et, tout en effectuant une retournée acrobatique avec ses jambes, cisaille avec son pied gauche Shura en pleine épaule droite, fissurant la Cloth dorée.
Shura sent que l’os s’est démis après le choc et que ses chairs sont profondément incisées. L’Espagnol se tient le bras droit avec douleur tandis qu’une nouvelle épée, chargée de tout le cosmos de l’Alcide, plus puissante que celles qu’il a reçues jusque-là, s’abat sur lui : « Prophetic Horn ! »
Shura n’a pas le temps d’esquiver l’attaque lancée à la vitesse de la lumière. Il n’est plus assez vivace pour cela. Le casque encaisse la percussion de cette copie d’Excalibur.
Androgée, encore en position d’attaque, observe attentivement l’endroit où le coup a été porté.
Le casque est rayé par une ligne qui parcoure tout le dessus du crâne. Cette ligne se creuse subitement, fendant le heaume sous un flot de sang qui résulte de la plaie crânienne de Shura…
 
Sur le flanc gauche, les cinq Saints ont déjà avalé de nombreux kilomètres en affrontant en corps à corps les soldats armés de dagues.
Désormais, c’est Baucis qui leur donne du fil à retordre.
Pendant qu’elle les épuise, les soldats en profitent pour les ralentir.
Naïra et Yakamoz sont déjà hors de combat, leurs armures sont réduites en morceau par les assauts répétés de Baucis. Seuls leurs masques ébréchés tiennent encore sur leurs corps ecchymosés.
Babel du Centaure et Philémon du Lièvre repoussent les gardes tandis que Ptolémy vient de cogner Baucis qui recule en se cramponnant l’estomac : « Selon la légende, Héraclès a réussi à capturer la Biche de Cérynie après l’avoir blessée d’une flèche. Tel le légendaire héros, je serai celui capable de vaincre l’animal aux sabots d’airain ! Encaisse encore une fois mes Flèches Fantômes ! Fantom Arrow ! »
Une pluie de Flèches Fantômes s’abat sur Baucis. Elle replie son bras gauche contre sa poitrine et tend son bras droit vers Ptolémy : « Hum… Tu veux me chasser comme l’a fait Héraclès ! Dommage pour toi, je suis la seule à posséder les puissantes flèches d’Héraclès ! Héraclès Hunting Arrow ! »
Un déluge de flèches illusoires, concentrées de cosmo énergie bloque toutes celles de Ptolémy et martèle le Saint d’argent d’une centaine d’impacts sur tout son corps.
Alors qu’il retombe en arrière, une dernière flèche, cette fois-ci réelle se dirige vers lui pour l’achever.
Babel surgit devant son camarade et utilise à son tour sa botte secrète : « Fotia Roufihtra ! »
Une boule enflammée consume la flèche et balaye Baucis qui est emportée à l’intérieur d’un entrepôt maintenant devenu la proie des flammes.


Babel relève aussitôt le corps de Ptolémy, inconscient, tandis que Philémon Saint de bronze du Lièvre protège des Hébéïens les corps de Naïra et Yakamoz toujours évanouies.
Cependant, le nombre croissant de ses adversaires ralentit fortement le Saint de bronze, d’autant plus que derrière eux, certains qu’ils ont mis hors de combat puisent dans leurs ressources pour reprendre la bataille.
De plus, l’incendie provoqué par Babel s’étend rapidement et épuise tout le monde hormis le Centaure.
_ « Seigneur Babel, je commence à faiblir. Moi, Philémon du Lièvre, ai beau utiliser mon arcane et ma super vitesse, ils sont de plus en plus nombreux et mes réserves diminuent ! »
L’incendie devient un véritable brasier et s’attaque au ponton sur lequel Philémon est acculé par l’ennemi.
Babel est tracassé : « Ce n’est pas normal, l’incendie est trop violent, il se disperse trop par rapport à l’énergie que j’ai dégagé ! Quelqu’un situé au centre du brasier doit l’alimenter encore ! »
Babel prend Ptolémy sur son épaule et approche de Philémon en dressant son poing de feu tel un lance-flammes sur ses adversaires : « Philémon, protège les corps de Naïra et Yakamoz. Il ne faut pas… »
Babel n’a pas le temps de finir sa phrase qu’il est frappé en plein dos par une rafale qui soulève son corps.
Le Centaure lâche immédiatement Ptolémy pour se libérer plus facilement de cette masse d’air qui tourne en spirales.
A l’intérieur de celle-ci, des grains de sable par millions tournoient à la vitesse de la lumière et viennent effriter la peau de Babel et corroder sa Cloth.
Inopinément, Baucis sort du bâtiment dans lequel elle a été rejetée et accroit la force destructrice de ce Tourbillon de Sable grâce à ses deux mains : « Sand Swirl ! »
A mesure que ses forces l’abandonnent, Babel comprend maintenant pourquoi le brasier s’est retourné contre eux. L’Alcide s’est servie des courants d’air qu’elle crée pour souffler les flammes en arc-de-cercle. Maintenant, ils sont prisonniers.
Les mouvements circulaires s’accélèrent sous l’impulsion de Baucis, déchirant la chair et endommageant l’armure du Saint d’argent…
Quand, brusquement, la tempête est stoppée nette sous l’impulsion d’un autre souffle atmosphérique de sens contraire.
 
Le corps de Babel, soulevé à plus de dix mètres du sol, retombe lourdement sur le ponton aux planches léchées par le feu, fracassant la plateforme et achevant sa chute dans l’eau…


Baucis cherche le responsable d’un tel renversement de situation et distingue un chevalier de petite taille autour duquel retombe le corps d’une dizaine de soldat hébéïens.
L’Alcide aux formes pulpeuses, fixe avec mépris ce minus aux cheveux bruns hirsutes, au teint brunit par le soleil et marqué d’une longue cicatrice, partant de son front et finissant sur sa joue en passant par son ½il gauche. Malgré les circonstances, il affiche une mine joyeuse tandis que ses grands yeux bleus sont braqués sur elle. Baucis le questionne alors.
_ « Comment as-tu réussi à contrer si facilement mon Tourbillon de Sable ?
_ La Biche de Cérynie à la vitesse et l’agilité légendaires ! Je me suis souvenu des qualités de cet animal et j’ai compris qu’il avait les mêmes attributs que moi, Philémon Saint de bronze du Lièvre. Pour exécuter nos arcanes, nous les concentrons de la même façon. Nous tournoyons autour d’une surface à une vitesse folle, pour former un cyclone que l’on dirige ensuite entre nos mains. »
Baucis ouvre ses mains vers le ciel et s’exclame : « Nous sommes tous les deux enfermés dans ce cercle de feu. Les Saints du Centaure, de la Flèche, de la Grue et de la Colombe sont également bloqués avec nous. De mes soldats, il ne reste que leurs cadavres. J’ai donc tout le loisir de décupler ma cosmo énergie à son paroxysme pour me débarrasser de toi ! »
Une aura cosmique gravite tout autour du mètre cinquante-huit du Grec, laissant apparaître derrière lui un Lièvre : « Dans ce cas, je te conseille d’égaler ma vitesse. En garde ! »
 
Au centre de la côte, depuis le navire d’Aldebaran, les premiers soldats athéniens sautent sur la voie aménagée au bord de la mer ou sur les navires avoisinants qu’ils brûlent aussitôt.
Les matelots jettent l’ancre et dirigent les passerelles sur les pontons pour débarquer l’ensemble des guerriers présents sur le bâtiment.

Immédiatement, Androgée vraisemblablement victorieux de Shura, décide de se précipiter contre le débarquement mais il est retenu à la cheville par la main du Capricorne.
Shura lève les yeux vers son ennemi, le visage maculé de sang : « Attends ! Notre combat ne fait que commencer. »

Aldebaran débarque à son tour.
Il bondit jusqu’à l’immense incendie où sont enfermés Ptolémy et les autres et dégage son cosmos qui souffle sur le foyer.

Des cents Hébéïens réunis sur la côte pour affronter les cent-cinquante Athéniens du navire, il n’en reste déjà plus qu’une trentaine.
Androgée se libère de la prise de Shura et constate la catastrophe.
Il faut que les hommes qui le peuvent se replient sans quoi il n’y aura pas d’Hébéïens pour témoigner de ce massacre…

67
Only for Love / Chapitre 21
« on: 30 July 2011 à 19h43 »
Chapitre 21

Tandis que les navires de guerre athéniens voguent jusqu’à Yíaros, des navires venus eux aussi du Port du Destin en Crète, jettent l’ancre sur les terres nordiques du royaume d’Asgard.
Tout en haut des pays scandinaves, là où les terres norvégiennes ne sont plus que des calottes de glaces et où aucun être humain ne peut s’aventurer, au Nord Est du royaume d’Asgard, sur le port, quelques éclaircies passent au travers de la brume.
Elles illuminent le sol, couvert de son épais manteau de neige et se reflètent sur les plaques verglacées des mares gelées. Elles aveuglent les soldats asgardiens qui contrôlent la marchandise livrée par les marchands grecs.

Trois navires sont ainsi examinés et vidés de toute leur cargaison : jarres, amphores de vin, épices, fruits et légumes…
Mandaté par Hilda de Polaris pour surveiller les postes frontières, Thor de Phecda est chargé du déroulement de la transaction économique.
Dans une calle de l’un des navires, il entasse des centaines de tas de sacres, des pièces de monnaie du Sanctuaire et de ses domaines annexés, afin de verser aux marchands leurs dus.

Plus haut, dans les collines où il affronta Fenrir quelques jours auparavant, dans cette zone du domaine que l’on nomme la Clairière de Loki, monté sur un cheval noir, Rhadamanthe observe l’échange en compagnie d’un autre cavalier, monté lui sur un cheval gris et chargé de sa surveillance, le futur Guerrier Divin de Delta, Alberich de Megrez.
Curieux du mode de vie de cette contrée, Rhadamanthe interroge son gardien qui, bienveillant, lui répond avec beaucoup de courtoisie.
_ « Tout ce ravitaillement est acheté par la trésorerie asgardienne et, comme à l’accoutumée, sera distribué, à soixante-dix pour cent aux nobles qui vivent dans le Walhalla avec priorité à la famille impériale bien entendu. Le reste est acheté par les marchands des villages du domaine qui servent ces denrées dans leurs auberges, ou en revendent une partie aux villageois les plus offrants.
_ Et le peuple ne se révolte pas d’avoir si peu de nourriture ?
_ Si autant est versé aux nobles, c’est parce qu’ils paient tous les ans un impôt conséquent. Les gens du peuple ne versent aucune taxe, ils sont libres d’utiliser les sacres qu’ils gagnent comme bon leur semble.
_ Les sacres… Donc Asgard vit de la monnaie du Sanctuaire d’Athéna… Mais comment peuvent-ils gagner de l’argent dans un milieu si rude ?
_ Asgard est un domaine allié du Sanctuaire. Les Asgardiens gagnent de l’argent en braconnant et en revendant le gibier chassé. En travaillant dans des auberges, pour des forgerons, pour des ébénistes, pour des bucherons, ou encore en étant aux soins des plus riches. Mais pour beaucoup, il s’agit de familles de soldats asgardiens qui vivent de la solde versée par le royaume.
_ Quoi qu’il en soit, il faut bien faire rentrer de l’argent au royaume ! Car au final, après avoir voyagés de poches en poches dans tout Asgard, les sacres quittent bien le territoire pour enrichir le Sanctuaire d’Athéna non ?
_ Pas vraiment. Si depuis des millénaires le peuple d’Odin vit de la monnaie du Sanctuaire, c’est parce qu’elle y gagne justement… »
Le perfide Asgardien aux cheveux améthyste pointe du doigt une vingtaine de personnes en file indienne qui attendent devant les navires que Thor achève ses transactions.
_ « Tu vois ces gens qui patientent là-bas ? Avec leurs grands chars ou leurs traineaux couverts de grandes bâches ? Ce sont les commerçants d’Asgard. Une fois que Thor et ses hommes auront conclu leur troc et qu’ils ramèneront le ravitaillement au Walhalla, les marins grecs vont redescendre de leur navire pour acquérir les productions asgardiennes. Mobilier en chêne massif fait main, peaux d’animaux, animaux empaillés, commande de bois pour construction de fortifications, armes de guerre… Tout ce dont raffole le peuple du Sanctuaire d’Athéna et même ses intendants. En général, ils laissent plus de sacres qu’ils n’en sont venus chercher…
_ Ingénieux… »
Il fait demi-tour avec sa monture et choisit de rentrer après cette balade post-dinatoire…

 
Au même moment, au Sud-Ouest d’Asgard, tout au Nord de la Norvège, là où personne ne peut s’aventurer, là où la terre est bordée de calottes glaciaires, se trouve l’entrée du royaume.
Elle se matérialise par un rocher au milieu de l’eau appelé l’Autel du Destin. Il est relié au continent par un pont de pierre.
Ici, emmitouflée dans sa cape violacée, agenouillée, les mains jointes et les doigts entremêlés, les yeux fermés, Hilda de Polaris prie Odin.
Autour d’elle, son cosmos bienveillant inonde d’amour les gens alentours, à commencer par Siegfried qui veille depuis le continent, juste à l’abord du pont de fortune.
Après huit heures de prières sur l’autel où Athéna l’imitera dans quelques mois, la belle termine enfin d’invoquer son dieu.
Elle se relève délicatement afin d’arborer sa jolie robe azure et toise de ses grands yeux bleus l’horizon qui est, malgré le froid persistant, très coloré aujourd’hui.
Elle se retourne en direction de Siegfried et déclare : « Voici trois jours que le temps est clément. Ni neige ni vent violent. Le seigneur Odin doit certainement nous récompenser du geste d’hospitalité que nous concédons à Rhadamanthe. »
Tandis qu’elle traverse le pont, le digne héritier du pourfendeur du dragon Fafnir ne partage pas cet avis.
_ « J’aurai plutôt interprété cela comme une sorte de calme avant la tempête. Odin étudie votre hôte avant de prendre une décision. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas rassuré par sa présence. Mon grand frère Sigmund, général en chef de vos armées, partage mon avis. Et jusqu’à ce que ce Rhadamanthe quitte le royaume, je ne vous quitterai pas des yeux Princesse.
_ Rhadamanthe est avec Alberich actuellement. N’as-tu pas confiance en lui non plus ? Il est des nôtres pourtant. »
Siegfried essaie de se détendre davantage en desserrant les dents et en souriant : « Je ne saurai en être sûr. »
Hilda qui ne porte pas non plus spécialement Alberich dans son c½ur ne peut s’empêcher de rire.


Tout à coup, tandis qu’elle rejoint Siegfried, à quelques pas du continent, un rocher sur le bord du pont cède, laissant les pieds d’Hilda se dérober dans le vide.
A la vitesse de la lumière, Siegfried tend son bras pour saisir le poignet de sa majesté et tire dans sa direction pour lui éviter une fin catastrophique.
Avec l’élan elle retombe sur lui qui bascule en arrière.
Encore en état de choc après la vision d’une chute mortelle à laquelle elle vient d’échapper, Hilda met du temps à recouvrer ses esprits, elle se redresse en prenant appui sur la poitrine de Siegfried sans prêter garde à l’effet que pourrait avoir ce geste s’il était jugé déplacé.
Lorsqu’elle regarde enfin Siegfried, elle remarque que celui-ci a les joues empourprées de gêne mais aussi de plaisir inavouable.
Pourtant, elle laisse son léger postérieur assis sur les robustes abdominaux de son général…
Longtemps, ils restent l’un et l’autre plongés dans leurs regards, les lèvres entrouvertes, cherchant à prononcer des mots qui ne leurs viennent pas, attendant chacun de l’autre un geste qu’ils n’osent faire…
C’est seulement le hennissement du cheval blanc d’Hilda qui les sort de leurs songes.
Tout en se redressant, Hilda lance : « Peut-être devrions-nous rentrer ? Tu m’as suivi ici depuis tôt ce matin, tu dois mourir de faim ? »
Siegfried, tout en réajustant son épaulette gauche en cuir sur son maillot rose et blanc, répond : « Je n’ai d’appétit que si vous l’avez Majesté. »
Puis il lui tend la main, paume ouverte vers le ciel, afin qu’elle dépose la sienne contre et qu’il la conduise jusqu’à son cheval.
Ils doivent maintenant remonter, comme tous les jours, le domaine jusqu’au temple Walhalla situé tout au Nord.
Pour gagner le palais impérial, ils doivent emprunter la Route de Cristal où Thor affrontera Seiya et ses compagnons dans le futur, longer l’étroite Vallée des Avalanches qui sera déterminante dans l’affrontement entre Shiryu et Fenrir.
Cette vallée est bordée à l’Ouest par la Clairière de Loki et à l’Est par le Mont Baldr, une chaîne montagneuse au centre de laquelle se trouve la caverne volcanique où s’entraîne activement Hagen, ainsi que les vestiges du palais de Hermod où Ikki viendra au secours de Shun face à Mime un peu plus au Nord.
Une fois la vallée remontée, il leur faut traverser la Forêt d’Améthyste où le cruel Alberich s’exerce jour et nuit, et passer le temple de Hel qui marque l’entrée du Walhalla et verra Syd succomber à ses blessures contre Shun.
Enfin, le Walhalla, entouré de plusieurs dizaines de villages, sera à leur portée…


Là-bas, dans l’aile Nord du palais, par la fenêtre, guette une jolie demoiselle aux cheveux longs et fins.
Ses petits yeux améthyste cherchent par-delà la neige qui s’insinue contre les vitres une silhouette qui lui est familière.
En effet, la jolie Bedra de Edel observe son futur époux, Syd de Mizar en plein exercice physique.
Ayant entendu des pas derrière elle, elle reconnait immédiatement ceux de son amie Freya de Polaris accompagnée de Lyfia sa suivante.
_ « Il ne cesse de s’entraîner, admire Bedra.
_ Hagen aussi. Aujourd’hui encore il m’a délaissé pour aller à la grotte, près de la lave, là où personne n’ose aller de peur de suffoquer.
_ J’ai bien peur de devoir passer la journée à attendre son retour.
_ Peut-être accepteras-tu de nous accompagner à la salle de réception royale dans le bâtiment central ?
_Avec joie Princesse ! Faut-il que je me change pour recevoir votre invité ? »
Cette remarque fait baisser la tête à Lyfia, vêtue de vieille frusque moins chics que les nobles qu’elle sert.
_ « Du tout, il s’agit de Mime de Benetnasch, il vient régulièrement me rendre visite pour me faire entendre le son de sa lyre. C’est un virtuose de la musique figure-toi !
_ Et bien j’ai hâte d’entendre ses notes. »

Justement, dans le bâtiment central du palais, en salle de réception, le brillant Mime patiente accompagné de son assistant.
Celui-ci, un certain Myu, à l’opulente chevelure rose qui pointe vers le ciel, est vêtu d’un pantalon noir et d’un maillot gris à manche longue.
Habillé avec plus d’élégance, le futur Guerrier Divin porte par-dessus son fin pull blanc un maillot de couleur marine à col rabattu, ouvert seulement en haut du buste. Son pantalon blanc descend jusque dans ses bottines noires.
Il examine chacun des tableaux et déclare d’un ton acerbe : « Avant que je ne l’assassine, mon père adoptif venait fréquemment en ce lieu afin d’être honoré par la famille de Polaris pour ses exploits de soldat. Je connais cette pièce depuis toujours, je l’accompagnais souvent en ce lieu. »
Myu approche de son ami et, alors que Mime lui tourne le dos, il lui enlace la taille et pose sa tête contre son épaule : « Ne pense plus à cela, maintenant ta famille c’est moi. »
Mime se défait avec légèreté de l’emprise de son camarade pour lui faire face. Il pose sa main droite contre sa joue gauche qu’il caresse avec affection : « Ne t’en fais pas Myu, je n’ai jamais douté de ta fidélité. »
Après un long et intense regard échangé, Mime reprend ses émotions et choisit de disposer la salle à sa guise : « Myu, place donc une chaise là-bas, près du feu, je m’y installerai ! Je souhaite être de profil à la cheminée afin que puissent se refléter dans mes yeux les braises du foyer. Dépose face à moi la chaise de la Princesse Freya de Polaris et derrière celle-ci tu peux en positionner trois autres. Elle a régulièrement l’habitude de venir accompagnée de quelques amis. Quant à ta chaise tu n’as qu’à… »
Myu lui coupe la parole.
_ « Je ne resterai pas Mime ! Je suis du bas peuple, ma présence ne peut être davantage tolérée dans ce château. Il a beau être un dieu que je ne vénère pas, je ne souhaite pas fâcher Odin.
_ Il est vrai que tu as été repêché enfant par un bateau marchand qui t’a laissé ici. Tu n’es pas de sang nordique, tu n’avais que six ans lorsque tu es arrivé. L’Autriche est ton pays natal mais déjà à l’époque tu refusais de te soustraire à un dieu, prétendant que l’heure de ton jugement n’était pas encore arrivée.
_ Et elle ne l’est toujours pas. Je ne saurai t’expliquer le sens de cette phrase, mais depuis ma plus tendre enfance, elle résonne dans mon esprit, me torturant au plus profond de mon être.
Il n’y a que lorsque j’entends ta lyre que je me sens mieux. Elle m’aide à plonger dans mes songes, à voir l’avenir ou plutôt mon passé, qui j’étais dans une autre vie, dans d’autres vies… Et ce destin qui est toujours le même, celui d’être voué à un dieu différent du tien… »
Inopinément, la voix féminine de la douce Freya le ramène à la réalité : « Il s’agit ici de biens belles paroles. »
Aussitôt, Myu et Mime s’inclinent. Freya agite ses mains devant elle.
_ « Allons, allons, levez-vous, je vous en prie, vous êtes mes invités !
_ Princesse Freya, mon assistant me disait à l’instant qu’il ne voulait pas gêner et qu’il préférait s’éclipser du château. »

Derrière Freya surgissent Breda et Lyfia ainsi qu’un jeune noble dont les joues s’empourprent lorsque son regard s’attarde sur Lyfia, Frodi : « Veuillez pardonner mon retard Princesse. Bedra, c’est toujours un plaisir de te voir. Lyfia… »
La domestique lui renvoie un regard complice et mutin…

Ne relevant guère la passion qui lie ses camarades, Freya insiste auprès de Myu : « Vraiment cher Myu, vous êtes le bienvenu ici. Si notre présence vous intimide, positionnez-vous en retrait, la salle est assez grande, mais je vous en prie, soyez donc des nôtres. »
Myu se résout, toutefois il positionne sa chaise près de la sortie.

Au même moment, dans les couloirs du palais, Rhadamanthe, revient avec Alberich de sa promenade.
Il croise Siegfried, lui aussi rentré de son périple extérieur.
Ce dernier ne prend pas la peine de se serrer. Il bouscule le futur Juge des Spectres.
D’un tempérament de feu, Rhadamanthe réagit en faisant allusion au baiser offert par Hilda à Fenrir il y a quelques jours : « Tu sembles être l’homme le plus à craindre d’Asgard Siegfried de Dubhe. Cependant j’ai du mal à croire que toute cette ranc½ur que tu déverses contre moi soit anodine. J’ai plutôt l’impression que tu cherches un coupable vis-à-vis du baiser que Hilda de Polaris a destiné à un autre que toi. »
Siegfried, furieux, empoigne Rhadamanthe qui sourit : « J’ai vu juste. Tu sembles mêler ton devoir de protecteur d’Odin à tes sentiments. »
Siegfried recule son poing droit et le serre. Il le destine à écraser la face de Rhadamanthe.
C’est alors qu’il sent une lame lui piquer le dos.
Au bout du petit et fin poignard se tient Alberich qui pointe son arme sur celui dont il rêve de prendre la place.
Le cosmos d’Alberich commence à habiter l’arme : « Hilda m’a confié la garde de cet homme. Je ne peux te laisser le tuer et me faire passer pour un minable incapable de veiller sur la vie d’un hôte. »
Siegfried réfléchit quelques instants puis lâche prise avant de quitter ce couloir et d’emprunter une autre aile du temple Walhalla…
Alors Alberich et Rhadamanthe reprennent eux aussi leur route en direction de la bibliothèque du palais où l’Anglais aime se cultiver… Jusqu’à ce qu’il soit saisi par une musique qui adoucie son esprit.
Il stoppe net son avancée.
Il ferme les yeux, en souriant timidement, chose qui ne lui ressemble pas.
Le son de l’instrument joué ne lui est pas inconnu.
Il l’a entendu il y a… Il y a… Si longtemps…
Dans son esprit, quelques flashs lui viennent en mémoire.
De tous les temps, à toutes les époques, une femme sombre, aux doigts longs et fins, caressant les cordes d’un instrument…
Le futur Spectre se laisse ainsi guider jusqu’à la salle de réception où officie Mime.
Il appuie son épaule contre l’encadrement de porte et vide son esprit, les yeux clos…

Juste devant lui, sur sa chaise, Myu agit de la même façon.
Leurs illuminations sont les mêmes.
Une harpe, bien plus grande que la lyre de Mime.
Une femme qui apparaît à plusieurs époques sous des traits et des caractéristiques physiques quasi identiques. De longs cheveux ébènes. Des yeux noirs. Un collier autour du cou. Un autour de la cheville. Une bague en forme de serpent enroulé autour du doigt. Un autre bijou en forme de serpent autour… autour d’un trident. Et un voile noir. Ce voile noir qui couvre ce corps de femme nue, étendue sur le sol devant son instrument à corde. Ce voile qui épouse ses formes. Ce voile fin et léger d’où ne sort que son visage, les yeux cachés par quelques mèches de cheveux. Ces yeux qui fixent un médaillon au sol. Un de ses bras sort de sous le voile noir, libérant presque sa poitrine aplatie contre le carrelage obscur et froid sur lequel elle est prosternée. Ses doigts s’agitent pour approcher ce médaillon doré. Un bijou en forme d’étoile avec chacune de ses cinq branches reliées par un cercle. La jeune femme dégage son autre bras du voile et s’en extrait en tirant sur ses ongles plantés dans le parterre gelé. Elle s’avance maintenant le dos à l’air libre jusqu’à son graal qu’elle caresse enfin du bout du majeur, passant son autre main devant ses yeux pour dégager ses cheveux décoiffés et lire l’inscription sur le médaillon...
 
Soudain, des applaudissements.
Mime vient d’achever son morceau.
Il libère ainsi de l’extase la princesse de Polaris et ses convives.
Les bravos délivrent aussi de leurs visions, mais surtout des barrières qui emprisonnent leurs esprits, Rhadamanthe et Myu.
Les deux hommes qui en cette époque ne se connaissent pas encore, tremblent tous les deux. Leurs teints sont pales alors qu’ils sont en nage.
Les yeux écarquillés en grand, Myu murmure : « Le médaillon… La gravure… Yours Ever ! »
Il se lève discrètement de son siège, espérant quitter la pièce.
Néanmoins il tombe nez-à-nez avec Rhadamanthe, les sourcils froncés, encore à ressasser lui aussi ces flashs qu’il vient de vivre : « Le son d’un instrument à cordes… L’obstination de cette… De cette femme… Pandora ! »
Le Juge lève un instant la tête et croise le regard de son futur Spectre.
Ils demeurent ainsi de longues secondes à se dévisager jusqu’à ce que Myu, instinctivement, s’incline devant Rhadamanthe, un genou au sol, en guise de révérence.
Cet acte attire l’½il de tous.
 
Dans la salle, tout le monde est abasourdi.
Rhadamanthe dévisage avec insistance son futur soldat pendant que quelques flashs lui permettent de voir ce même Myu à une époque différente portant une armure orangée et pourpre…
Ne voulant attirer davantage d’attention, le Wyvern feint d’ignorer le geste de Myu. Il pivote légèrement sur le côté et déclare à Alberich : « Retournons à la bibliothèque. »
Sans attendre l’approbation de son gardien, l’Anglais file de nouveau dans les couloirs, laissant Myu, seul face aux interrogations du musicien et de son public…


Plus tard, dans les plaines boisées aux alentours du Walhalla, de la fumée sort par le conduit de cheminée d’une petite chaumière isolée par rapport au reste d’un village proche de la forêt.
Cette épaisse fumée résulte du contact entre le chaud et le froid qui s’insinue davantage depuis quelques minutes.
Les flocons de neige sont balayés par un vent violent qui s’est levé il y a peu.
Par les carreaux couverts de neige, on ne distingue à l’intérieur qu’une petite lueur résultant du foyer permettant de chauffer la demeure.
Toutefois, les occupants n’ont pas besoin de cela tant leur débat est ardent.
Dans la demeure de son défunt père adoptif, Volker, Mime s’emporte.
_ « Ne me mens pas Myu ! Tu es resté plongé dans son regard quelques instants et tu t’es courbé devant lui ! Tu dois donc bien le connaître ?
_ Je ne comprends pas non plus. Il m’a inspiré un vague souvenir et inconsciemment je me suis incliné face à lui. Mais je ne saurai t’en dire plus, ce qui m’a traversé l’esprit à cet instant est sorti de ma tête. Il est Anglais et moi Autrichien, je ne peux vraiment pas imaginer comment nous aurions pu nous rencontrer auparavant. D’autant plus que je n’avais pas plus de six ans lorsque je suis arrivé à Asgard. »
Mime reste assis sur son lit, préoccupé.
_ « Tout a commencé lorsque j’ai joué de l’instrument.
_ Je t’entends en jouer chaque jour. Cela ne peut-être le lien de causalité.
_ Peut-être était-ce le morceau ? Je jouais celui-ci pour la première fois.
_ Est-ce toi qui l’a composé ?
_Non, je l’ai appris grâce à un ouvrage qui se situe dans la grande bibliothèque du Walhalla. Son compositeur était inconnu, le titre était Descente au Meikai. »
A l’écoute du titre, le mot Meikai se répète dans l’esprit du Spectre qui revit en une fraction de seconde ce flash qu’il a eu tout à l’heure et dans lequel il voyait cette femme se hisser jusqu’à un médaillon.
_ « Cet ouvrage, de quoi s’agissait-il ?
_ Simplement de notes et de diverses compositions qu’on peut jouer à la lyre comme à la harpe… »
Myu s’assied au pied du lit, absorbé par ses pensées.
Mime finit par ajouter : « D’après ce que m’a dit la princesse Hilda le jour où j’ai regardé ce livre dans la bibliothèque, cet ouvrage a été récupéré sur les vestiges d’un lieu de bataille crucial lors d’une Guerre Sainte remontant au seizième siècle et il aurait appartenu à une jeune femme, proche du dieu Hadès. »
L’esprit de Myu est à nouveau sous l’effet du flash où il revoit le médaillon avec l’inscription Yours Ever. Il murmure alors : « Oui… Le seigneur Hadès… »
Mime ne perçoit pas les chuchotements de son ami, il se penche alors devant lui : « Cela t’évoque-t-il quelque chose ? »
Myu sort de ses songes et ment avec un sourire hypocrite : « Absolument pas ! »
Il agrippe le visage du futur Guerrier Divin et le conduit au sien pour embrasser amicalement son front : « Je suis désolé du souci que je te cause. Je pense qu’un peu de sommeil me fera le plus grand bien. »


De son côté, Rhadamanthe sort, feuillette et reclasse livre sur livre dans la grande bibliothèque du Walhalla.
Assis sur une chaise au bois grinçant, Alberich n’a de cesse de questionner celui sur qui il doit veiller.
Trop occupé à chercher un recueil en particulier, Rhadamanthe ne prend pas la peine de répondre.
Finalement, il découvre un grimoire manuscrit relatant l’ensemble des personnages et des objets se rapportant aux dieux.
Il étale le vieux livre au papier presque moisi sur la large table et examine page après page en cherchant désespérément un nom que ses lèvres ne cessent de dessiner.
C’est seulement lorsqu’il lâche une profonde exclamation qu’il s’assied.
Alberich bondit de son fauteuil qui couine et s’affale sur la table pour découvrir ce que pointe le doigt de Rhadamanthe qui déchiffre ligne par ligne l’écriture ancienne et l’ancre à peine visible.
En se penchant de plus près, Alberich arrive à lire : « Pandore… ! »
 
De longues minutes plus tard, Rhadamanthe achève sa lecture et se précipite de nouveau sur les étagères pour sortir tous les recueils possibles relatifs à ses récentes découvertes.
Alberich les feuillette un par un : « Hadès, Hadès, Hadès, encore Hadès, toujours Hadès, et… Hadès ! »
Il laisse l’invité d’Hilda entamer ses lectures et tire vers lui le livre traitant de Pandore qui est resté ouvert. Il tourne quelques pages et découvre quelques récits relatifs aux armes maléfiques dont dispose Poséidon depuis la nuit des temps : « Le trident du dieu des mers, l’a… l’anneau de Nibelungen ? »
En compagnie de Rhadamanthe, Alberich examine quelques pages qui attirent son attention.
Il dépose son grimoire sur un autre ouvrage qu’il lisait jusqu’ici, un recueil d’information concernant l’armure d’Odin et les sept saphirs divins…
 
 
Plus haut, dans une des salles impériales du temple Walhalla, assis sur une peau d’ours polaire, face à un feu, une coupe de vin à la main, Freya, Hilda, Lyfia, Hagen, Frodi, Sigmund et Siegfried reviennent sur les évènements de cet après-midi.
_ « … Je n’avais jamais vu Myu dans un tel état, s’inquiète Freya.
_ Ce que vous décrivez là, Princesse Freya, ressemble à un état de transe, suggère Sigmund.
_ Se peut-il que par son cosmos ce Rhadamanthe soit capable de contrôler de faibles esprits comme celui de Myu, l’incrimine aussitôt Siegfried ? »
Reposant sa coupe au sol, Hagen rectifie : « Myu n’est pas un homme faible. Il s’entraîne souvent en compagnie de Mime et, même s’il le cache, il dispose d’une cosmo énergie impressionnante. Et je suis certaine qu’il ne dévoile pas tout son talent. »
Frodi complète : « Syd de Mizar m’a déjà déclaré qu’il a observé ce fameux Myu durant un entraînement. Il ne savait comment l’expliquer mais selon lui cet homme dispose d’un cosmos beaucoup plus important qui serait scellé en lui. »
Siegfried n’en démord pas : « Comme ce Rhadamanthe en quelque sorte ! »
D’une voix douce, Freya déclare : « La présence de cet homme commence à m’inquiéter. »
Le vaillant Hagen brandit aussitôt son poing : « N’ayez crainte Princesse, tant que je serai à vos côtés vous n’aurez rien à craindre. »
Hilda qui se veut rassurante : « Je n’en doute pas Hagen. C’est pourquoi je te demande de raccompagner ma s½ur à sa chambre, accompagnée de Lyfia. Elle rentrera ainsi en ses appartements en étant moins angoissée. »
Hagen se redresse aussitôt et penche sa tête vers le sol : « Bien votre majesté. »
Freya se relève à son tour et remonte légèrement sa robe afin de plier les genoux en guise d’au revoir aux invités de sa s½ur.
Bien entendu, pouvant profiter d’un moment d’intimité avec Hagen, elle insiste pour ne pas la priver de Lyfia. Sa remarque amuse l’assemblée qui dissimule du mieux qu’elle peut quelques sourires mutins…
 
 
Loin de toutes ces considérations, à l’extérieur du palais, dans un village du royaume, des habitants s’agitent dehors.
Malgré le début d’une tempête de neige, les enfants sont les premiers agglutinés contre une chaumière où, sur le pas de la porte, un géant aux cheveux mi-longs et à la barbe fine sort d’un chariot couvert d’une bâche du pain et des fruits qu’il distribue le sourire aux lèvres.
A l’intérieur de la chaumière du grand gaillard, le jeune noble, Syd de Mizar peine à trouver le courage de sortir du lit de son camarade dans lequel il a retrouvé sa future épouse, Bedra de Edel.
Pour la énième fois, Thor ouvre en grand la porte de sa chaumière en grondant : « Syd ! Cela fait bientôt la sixième fois que ta fiancée et toi devez me rejoindre dans dix minutes ! Je pensais que vous vouliez m’aider à ravitailler le peuple ! »
Fort de cette amitié nouvelle, Syd sort sa tête de l’étoffe de la couche et offre un sourire chaleureux au colosse au grand c½ur. Il revêt enfin sa tenue et convie Bedra à faire de même après lui avoir baisé le front avec tendresse.
Leur mariage n’étant officié que dans deux ans, Syd et Bedra profitent de la moindre opportunité pour se retrouver en cachette de leurs parents qui, à l’heure qu’il est, sont encore attablés ensemble au Walhalla.

Tandis que Syd sort deux grands cageots de nourriture et que Bedra part rejoindre Thor, le futur Guerrier Divin de Zeta remarque qu’en dehors de la foule, un homme encapuchonné par un voile noir s’éloigne en direction du Walhalla.
Syd dépose les cageots dans les bras de Thor et lui annonce : « Je te le confie Bedra. Quelque chose de louche se trame ! »
Puis le tigre viking quitte en un éclair les lieux, sans laisser à son ami le temps de le questionner…
 
 
Au temple Walhalla, dans une luxueuse chambre du palais, Freya marche pied nu sur le sol marbré.
Seul un drap en soie blanc couvre son corps.
Ce doux tissu qu’elle a arraché du lit laisse Hagen sans le moindre moyen de couvrir sa nudité.
Il reste allongé sur le dos, les coudes en appui sur le matelas moelleux, faisant ainsi involontairement ressortir ses abdominaux qui le rendent si athlétique.
Freya tournoie sur elle-même, faisant voguer dans l’air l’étoffe qu’elle a dérobée à son fidèle ami.
Ce dernier la sort de son amusement.
_ « Il me faut partir.
_ Tu viens à peine de me raccompagner.
_ Je le sais Princesse, mais ma place n’est pas ici. Votre s½ur me confie votre vie et je profite de ces missions pour faire parler mes sentiments. Je devrais être châtié pour cela. »
Elle laisse glisser sur elle son unique habit et s’avance dans le plus simple appareil vers lui, la mine affectée : « Nous ne sommes plus des enfants. Aujourd’hui notre amitié est renforcée par une complicité que beaucoup appelle l’amour. Reste je t’en prie. »
Elle se blottit contre lui, le forçant à ne pas bouger de l’appartement alors qu’un danger semble s’abattre dans le domaine…
 
 
A quelques couloirs de là, au même étage, Hilda et Siegfried sont restés assis sur la peau de l’ours polaire à finir ce vin importé du Sanctuaire en Grèce.
Lyfia, Frodi et Sigmund ont pris congé d’eux.
Bien que l’atmosphère soit tout aussi romantique que celle qui règne dans les appartements de Freya, les deux protagonistes sont moins détendus.
Conscient de la tâche qui lui incombe, Siegfried n’ose poser ses yeux vers Hilda sous peine de se sentir obliger de lui avouer ce qu’il éprouve.
La représentante d’Odin passe sa main sur la peau douce de l’ours sur lequel elle est à moitié couchée, elle observe le feu et prend enfin la parole lorsqu’elle remarque une bûche craquer.
_ « Dis-moi Siegfried, as-tu remarqué que la neige retombait depuis quelques heures ?
_ Oui, j’ai constaté que le vent s’était levé, plus froid et plus sec. Je m’en suis rendu compte au moment où votre s½ur est venue témoigner de la réaction de Myu lorsque Mime a joué de sa lyre.
_ Je n’osais pas faire le rapprochement.
_ Les signes de la nature laissent-ils présager de mauvais augures ? Est-ce un message du seigneur Odin ?
_ Il est désormais évident que la réaction soudaine de Myu et la présence de Rhadamanthe parmi nous fâchent Odin. Tu avais raison, l’accalmie de ces derniers jours signifiait certainement une sorte d’observation avant de prendre une décision. Maintenant qu’elle est prise, Odin abat sa colère… »
 
 
Aux abords du temple de Hel, proche du Walhalla, près du temple où Bud affrontera Ikki, unique lieu de passage pour atteindre le Walhalla par voie terrestre, le mystérieux homme encapuchonné dans son manteau noir que Syd a pris en chasse poursuit sa route jusqu’au palais.
Il avance doucement un pas devant l’autre en faisant face au froid et au vent violent.
Derrière lui, de branches en branches, Syd épie furtivement l’homme dont il connait l’identité et s’interroge : « Comment se fait-il qu’il aille seul en direction du Walhalla ? »
A mesure qu’il suit l’intrus, Syd se sent étrangement surveillé à son tour.
Le tigre est pris pour cible et il le sait : « Non... Il n’est pas seul… Quelqu’un me suit également… Ou plutôt quelque chose… »
Syd fait volte-face et se fige devant le spectacle qui se dessine : « Hein ! Mais c’est un… Impossible… En cette contrée… Par un temps pareil… Comment un papillon a-t-il pu venir jusqu’en ce lieu ? Et comment peut-il battre si calmement des ailes alors que moi-même ai du mal à progresser dans cette tempête de neige ? »
De couleur jaune et pourpre, ce magnifique lépidoptère se maintient sans mal dans l’air. Il reste immobile face à Syd.
L’Asgardien se résigne à ne pas se faire remarquer en voulant éliminer un simple insecte et reprend à nouveau la direction de l’intrus.
Cependant, celui-ci a disparu.
Ses pas stoppent net dans la neige sans laisser aucune trace de lui.
Le célèbre chasseur d’Asgard fait aussitôt le tour de lui pour détecter sa présence mais rien n’y fait, il ne le voit plus et ne sent plus son cosmos.
Soudain, la branche sur laquelle il se maintient cède.
Le futur Guerrier Divin tombe lourdement dans le manteau blanc qui couvre le sol.
L’intriguant papillon descend jusque devant lui et bat des ailes avec agilité.
Lorsque l’insecte choisit de faire demi-tour et de repartir dans la direction depuis laquelle il est arrivé en compagnie de Syd, le futur marié le suit du regard et se retrouve nez-à-nez avec plusieurs arbres abattus qui lévitent dans les airs et fondent sur lui.
Avec toute l’agilité que son entourage lui connait, Syd esquive chacun des morceaux de bois.
Désormais, il a perdu la trace du papillon et de l’intrus. En restant sur ses gardes, il constate avec effroi : « De la télékinésie ! Il a caché son jeu durant tout ce temps. Il est redoutable… »
Il lève les yeux jusqu’en haut de la colline où le Walhalla est surplombé par la statue d’Odin et poursuit sa phrase : « … L’heure est grave ! Je dois me rendre auprès de sa majesté Hilda ! »
 
 
Pendant ce temps, dans l’obscure bibliothèque du Walhalla, illuminée par quelques torches aux flammes vacillantes, Rhadamanthe range tous les livres qu’il a sorti depuis son arrivée.
Dans le couloir, Héraclès, le soldat qui deviendra le God Warrior de Tanngrisnir, dépose un épais manteau de fourrure et un sac avec quelques victuailles comme lui a commandé Rhadamanthe. Chargé lors de ses gardes de prendre soin de l’invité d’Hilda, le colosse grommelle d’en être réduit à ces basses besognes.
Il écoute la conversation entre l’Anglais et Alberich.
_ « Je n’ai plus besoin de ta surveillance Alberich. J’ai pris une décision !
_ Mais quelle décision ?
_ Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Tu as été très charitable jusque maintenant et j’aimerai te demander un dernier service.
_ Quoi que tu me demandes et quelle que soit la réponse que je t’apporterai, sache que je ne te laisserai pas partir. Hilda m’a confié ta surveillance.
_ Quelle direction dois-je prendre pour me rendre en Chine le plus rapidement possible ?
_ La Chine ? J’ai feuilleté les ouvrages que tu as sortis. Hadès, la tour maléfique, la terre scellée en Chine. Tu t’engages sur un terrain dangereux ! »
 
 
Plus haut, là où la lumière est moins rare, dans les appartements d’Hilda, la représentante d’Odin et son général sont tourmentés.
_ « Un cosmos noir se développe à nouveau, ressent Siegfried. Il est à l’intérieur du palais. Il s’agit de Rhadamanthe cette fois !
_ Et un autre cosmos, vient de le rejoindre. Odin nous a avertis du danger, déplore Hilda ! »
 
 
En bas, Alberich craint les intentions de son hôte.
_ « Tu ne dois pas partir. Surtout pas là-bas. Si tu affiches clairement tes ambitions tu seras considéré comme un traitre envers le Sanctuaire. Asgard te donnera la mort.
_ Trop tard, ma décision est sans équivoque.
_ Mais quelle décision, s’impatiente Alberich ?! »
Soudain, un cosmos d’une noirceur extrême envahie la pièce.
Bien moins importante que celle de Rhadamanthe, l’énergie de cet homme immobilise Alberich.
Le responsable de cette technique télékinésique n’est autre que le mystérieux homme que suivait Syd.
Il entre dans la bibliothèque et défait son manteau noir couvert de neige pour arborer son maillot gris, son pantalon noir et son opulente chevelure rose : « Le Seigneur Rhadamanthe a pris la décision de trouver une réponse à ses questions là où il est sûr de pouvoir les comprendre. »
Myu se dévoile enfin.
A ses pieds, inerte, Héraclès, vaincu par surprise, jonche le sol.
La pression télékinésique contracte tous les membres d’Alberich qui demande avec beaucoup de difficulté : « Myu ? Est-ce toi ? »
Le futur Spectre de l’Etoile Terrestre Féérique ne répond pas et se prosterne devant le futur Juge des Enfers : « Pour une raison que j’ignore encore, je me sens tenu de vous prêter allégeance. Je vous suivrai donc afin de trouver moi aussi la raison de mon existence. »
Rhadamanthe observe Myu avec un air suffisant : « Partons à présent. Les évènements de cet après-midi ont dû éveiller quelques soupçons auprès d’Hilda et des siens au sujet de nos intentions. »
Alberich tente de retenir celui dont il a la garde.
_ « Attends ! Tu me disais que tu étais à la recherche de ton identité, d’une cause à défendre… Je n’aurais jamais imaginé que tu puisses autant vouloir détruire ce monde en offrant tes services à un dieu maléfique.
_ La destruction de ce monde est inévitable. Les hommes l’ont pourri par leurs vices et leurs ambitions démesurées. Ce monde est devenu bruyant, les hurlements de folies de ceux qui le gouvernent et les cris de désespoir de ceux qui en souffrent sont assourdissants. La mort apporte la paix à tous, aux fous comme aux malheureux. J’apporterai au seul dieu capable de réaliser cette mission sacrée qui est d’établir la paix, toute ma force et ma violence afin qu’il offre le confort de son silence au monde entier !
_ Tu es fou. »
Rhadamanthe passe devant Alberich et lui agrippe sa chevelure améthyste avant de répondre : « Pas plus que toi qui rêve de dominer le monde… Oui ! J’ai bien cerné tes lectures moi aussi ! Lorsque Hadès aura vaincu Athéna et Odin, pense à choisir intelligemment ton camp. »
Le Wyvern achève son discours en décochant un terrible coup de poing dans l’estomac du futur Guerrier Divin de Delta qui s’écroule inconscient, déjà épuisé par l’étreinte de Myu…
 
Dans les couloirs, Hilda, devancée par Siegfried, se dirige vers la bibliothèque et court prendre Alberich dans ses bras pour l’aider à reprendre connaissance.
Siegfried, lui, ramène Héraclès à lui.
Alerté par les cosmos ténébreux, Sigmund et Hagen les rejoignent.
_ « Majesté ! Siegfried ! C’est terrible, mes soldats qui veillent à la sécurité du palais, ils ont tous été vaincus. Les rares survivants affirment qu’il s’agit de Rhadamanthe et qu’il serait accompagné de Myu, constate Sigmund en chef des armées. »
Alberich revient à lui.
_ « Ha… Hadès… Ils semblent être des Spectres d’Hadès.
_ Des Spectres, s’interroge Hagen ? »
Siegfried pointe du doigt deux soldats qui viennent de débarquer.
_ « Vous ! Restez ici en compagnie d’Alberich et Hagen pour veiller sur Hilda. Moi je pars les rattraper.
_ Non attends Siegfried ! Je pars avec toi, le retient Hagen.
_ Je serai plus rassuré en te sachant auprès de Notre Eminence, tempère Sigmund en posant une main sur l’épaule de son frère.
_ Ça ira Siegfried, se ressaisit Alberich ! Vous ne serez pas trop de deux pour les arrêter. Ils ne reviendront plus ici, ils souhaitent se rendre en Chine. Je veillerai sur la Princesse Hilda. »
Siegfried défie du regard Alberich l’espace d’une seconde : « Sauras-tu ne pas faillir à ta tâche cette fois-ci ? »
Hilda ramène le calme : « Ça ira Siegfried ! Sigmund sera également présent pour veiller sur moi le temps de rassembler des hommes qui viendront à votre renfort. Hagen et toi pouvez disposer. »


A cet instant, près du temple de Hel où Syd fut attaqué, Rhadamanthe court, suivi de Myu.
_ « Myu, nous devons nous rendre en Chine.
_ Je connais ces terres glacées depuis mon enfance. Nous devons emprunter la direction du Sud Est pour atteindre la Laponie. C’est une région qui comprend le Nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et une partie de la Russie. C’est seulement lorsque nous aurons traversé les fjords, les vallées encaissées, les glaciers et les montagnes que nous... »
Brusquement, le sol se fend devant eux et interrompt le Papillon.
Rhadamanthe s’insurge : « Qui a fait ça ?! »
Depuis une branche d’arbre bondit le futur Guerrier Divin de Zeta, Syd de Mizar : « Je suis Syd de Mizar, protecteur d’Asgard. »
Myu surgit devant son nouveau maître : « Je vois, mon petit tour de tout à l’heure ne t’a pas suffi, tu es toujours sur mes traces. Cette fois tu vas mourir. »
Myu tente de paralyser Syd mais la cosmo énergie qui émane de ce dernier est si forte que le Papillon est contré. Ce don qu’il s’est découvert il y a peu et qu’il a gardé secret n’est pas encore au point. Troublé par l’avantage de Syd, Myu ne le voit pas débarquer devant lui, griffes en avant : « Goutte aux Griffes du Tigre Viking ! Viking Tiger Claw ! »
Myu est frappé en plein tronc, son maillot gris est déchiré.
Le futur Spectre recule de quelques pas en se cramponnant la poitrine de douleur.
Syd effectue un coup de pied retourné en plein visage du soldat de Rhadamanthe, l’envoyant ainsi dans les airs pour le laisser retomber lourdement dans un manteau de neige.
Syd se retourne ensuite vers Rhadamanthe : « A ton tour ! »
Néanmoins, le futur Juge a disparu au désarroi de l’Asgardien : « Comment ?! Mais… Où est-il ? »
La voix grave de l’anglais lui répond : « Derrière toi ! »
Syd fait volte-face mais ne trouve personne.
Il pivote à nouveau sur lui-même, puis une fois encore sans trouver quiconque.
En levant la tête vers les cieux, il distingue enfin un dragon s’abattre sur lui.
Il croise devant son visage ses bras afin de se protéger et se laisse frapper de plein fouet par l’émanation cosmique du Wyvern.
Aussitôt le coup projeté, Rhadamanthe jaillit derrière lui et le cogne avec son genou dans le rein droit.
Les pieds de Syd se soulèvent légèrement du sol.
Ce n’est que lorsqu’ils s’apprêtent à retoucher terre que Rhadamanthe joint ses mains pour cogner de toutes ses forces la colonne vertébrale de son adversaire qui s’échoue face contre terre dans la neige.
Rhadamanthe s’agenouille devant le crane de son ennemi et tend l’ensemble de ses doigts pour trancher la tête du futur Guerrier Divin.
 
C’est là, que du sol, jaillissent tels des pointes incérées des morceaux de roche qui soulèvent à des mètres de hauteur un Rhadamanthe totalement abasourdi.
Pendant ce temps, un jeune homme aux cheveux mi-longs, blonds, surgit devant Syd pour le protéger. Ce beau garçon, Hagen, est accompagné par un autre à peine plus âgé, Siegfried.
Ce dernier, le visage fermé, pointe du doigt le sol d’où jaillissent les lames rocheuses.
C’est uniquement lorsque Rhadamanthe s’écroule lourdement contre le sol couvert de son habituelle poudre blanche que Siegfried prononce le nom de son arcane : « Odin Sword. »
Rhadamanthe serre la mâchoire en se relevant.
_ « Misérable rat ! Tu m’as attaqué en traître !
_ Comment peux-tu parler de trahison alors que tu t’es joué de l’hospitalité de la Princesse Hilda ? Tu es venu auprès de nous uniquement pour te rapprocher de nos connaissances et cultiver ta passion du mal ! Nous ne pouvons laisser deux fanatiques d’Hadès quitter nos contrées pour répandre le chaos dans le monde. »
_ Ma passion du mal ! Je n’arrive pas à croire qu’un homme qui vénère un dieu qui laisse mourir de faim dans le froid son peuple puisse me donner des leçons.
_ Comment oses-tu manquer ainsi de respect à Odin, s’insurge à son tour Hagen ?
_ Ne t’en fais pas jeune Asgardien. J’en ai autant contre ton dieu que contre sa représentante terrestre. La famille de Polaris se plait à pleurnicher en implorant Odin d’être plus clément. Hadès, lui, n’attend pas qu’on se morfonde pour être généreux. Il laisse aussitôt derrière lui un monde sans souffrances où la peur, la misère et la faim ne sont plus. Il offre la délivrance et c’est dans l’intérêt de ton peuple, que je souhaite aujourd’hui affirmer ma fascination pour ce dieu. Hadès sera le libérateur d’Asgard et du reste du monde. »
Siegfried perd patience, il se lance face à Rhadamanthe en effectuant avec ses jambes un ciseau pour frapper de plein fouet son ennemi en hurlant : « S’en est trop ! »
Rhadamanthe protège ses côtes, en repliant son bras pour le mettre en opposition contre la jambe de Siegfried. Le Wyvern profite du fait que le futur Guerrier Divin d’Alpha soit déstabilisé dans les airs pour poser ses deux mains bien écartées contre sa poitrine et concentrer sa cosmo énergie : « Greatest Caution ! »
Le cosmos dégagé par Rhadamanthe prend la forme d’un dragon qui dévore Siegfried dans un flot de sang, le maillot totalement arraché, le faisant s’écraser contre un épais chêne qu’il fracasse pendant l’impact.
 
Derrière Hagen, Myu revient à lui.
Le futur Guerrier Divin de Beta est cerné.
Myu sourit : « Ne t’inquiète pas Hagen, tu retrouveras la Princesse Freya dans le monde utopique qu’Hadès créera à l’humanité. »
En entendant ces paroles, le sang d’Hagen ne fait qu’un tour et celui-ci se retourne face au Papillon pour le corriger.
Hélas, Rhadamanthe arrive derrière lui et lui balaye les jambes avec les siennes. Myu profite alors du déséquilibre d’Hagen pour foncer genou en avant en pleine face du fougueux Asgardien.
Hagen est projeté en arrière mais parvient grâce à un mouvement acrobatique à se réceptionner sur les jambes.
Bien que de son nez, désormais fracturé, s’écoule de l’hémoglobine en abondance, il se tient droit, concentré et déterminé. Il tend son bras droit, poing serré vers le sol et, avec, forme un arc de cercle tandis que son bras gauche reste plié pour s’assurer une bonne garde. C’est seulement lorsqu’il rejoint son bras droit contre son bras gauche qu’il joint l’ensemble devant sa poitrine et le lève jusqu’à hauteur de son visage comme s’il appelait dans ses poings le froid qui règne sur ces terres. Enfin, il dirige ses bras tendus contre ces deux ennemis et libère son arcane : « Universe Freezing ! »
Une gigantesque vague de froid vient frapper les deux futurs Spectres qui plient les genoux et cachent leurs visages derrière leurs mains pour lutter.
Hagen ne leur laisse aucun répit et répète les mêmes mouvements : « Universe Freezing ! »
Les deux acolytes commencent à fléchir alors qu’Hagen réalise un nouvel arc de cercle avec son bras droit.
Le passionné amant de Freya invoque à nouveau sa cosmo énergie alors que ses genoux tremblent, Rhadamanthe constate : « Il faut à tout prix trouver la parade, sinon nous finirons congelés dans des cubes de glace… »
Malgré ses jambes qui ploient, Hagen réitère : « Universe Freezing ! »
Cette fois-ci le Wyvern et le Papillon choient dans la poudreuse.
Hagen sait que ce coup sera le dernier, il peine à reprendre son souffle : « Seigneur Odin… Donnez-moi la force d’accomplir une dernière fois un miracle… Pour Freya… Pour Asgard… »
Rhadamanthe ne trouve pas le courage de se relever au contraire de Myu dans les yeux duquel brûle une lueur d’espoir. Dans son esprit s’anime une espèce de larve visqueuse qui sécrète une éruption acide dégageant tout sur son passage.
Myu murmure : « Je l’ai déjà réussi dans une autre vie… Sous une autre forme… Je peux le faire… J’en suis capable… »
Le représentant de l’Etoile Terrestre Féerique ferme les yeux en voyant Hagen déclencher une ultime vague de froid : « Universe Freezing ! »
Myu sourit à l’approche du souffle glacial et colle ses mains contre son front, paumes ouvertes en direction d’Hagen. Une aura cosmique verte s’agite alors : « Ugly Eruption ! »
Des mains de Myu, jaillit une lave acide qui fait fondre la neige à mesure qu’elle vient à la rencontre du souffle d’Hagen.
Le choc du chaud et froid, ainsi que des deux cosmo énergie qui les ont produits, provoque une impressionnante déflagration qui repousse en arrière les acteurs de ce combat.
 
N’ayant pas de temps à perdre, Rhadamanthe aide Myu à se ressaisir au beau milieu de l’épais brouillard de condensation déclenché par l’explosion.
Avançant avec difficulté tant la vue de l’horizon est obstruée, Rhadamanthe est retenu à la jambe.
En agitant sa main dans la brume, il distingue Hagen bien obstiné à faire barrage de son corps s’il le faut : « Voilà un adversaire bien coriace. Mais que peux-tu faire contre deux guerriers d’Hadès dans ton état ? Je vais te fracasser le crâne avec mon pied. »
Tandis qu’il prend de l’élan avec sa jambe, un dragon apparait devant Rhadamanthe, stupéfait.
N’ayant pas le temps de se ressaisir, il encaisse un violent coup de poing dans l’abdomen.
Le souffle coupé, il recule en se maintenant le ventre et en crachant du sang.
Myu qui se trouvait juste à côté de son supérieur avant que celui-ci ne recule est interdit : « Siegfried ! Tu… Tu es toujours en vie… »
Le torse nu, couvert d’ecchymoses, les sourcils froncés, le légendaire Siegfried fait face.
Rhadamanthe lève avec difficulté le menton : « Les rats ont la peau dure on dirait. »
L’Anglais est pris d’une crise de fou rire qui devient bien sarcastique. Même Myu commence à s’inquiéter devant l’état de folie emprunt par son supérieur. Il recule peu à peu pour se dégager du champ de bataille qui se dessine autour de Siegfried et Rhadamanthe.
Derrière chacun des deux hommes apparait un dragon. Celui de l’Asgardien, le dragon de Fafnir, a deux têtes tandis que celui de Rhadamanthe déploie ses immenses ailes.
Siegfried lance le premier assaut en pointant du doigt les pieds de Rhadamanthe : « Odin Sword ! »
Les yeux révulsés, Rhadamanthe évite les morceaux de roches affilés en se déplaçant à grande vitesse jusque Siegfried qui reste immobile et encaisse sous l’effet de surprise un violent coup de tête qui lui éclate l’arcade sourcilière gauche.
Le temps qu’il reprenne ses esprits, il est frappé par une multitude de coup de poing sur l’ensemble de son corps.
Espérant ainsi l’achever, Rhadamanthe écarte en grand ses bras pour dégager une violente onde de choc grâce au Greatest Caution.
Toutefois, contre toute attente, Siegfried semble à peine souffrir des échanges précédents et riposte avant lui.
De son poing droit il cogne si fort l’épaule droite de Rhadamanthe qu’il n’est pas difficile d’entendre celle-ci se déboiter.
D’un crochet du gauche il fend la pommette droite du Wyvern et d’un uppercut du gauche il le soulève du sol.
Rhadamanthe ne dit pas son dernier mot et saisit le poing qui vient de le heurter pour hisser son adversaire jusqu’à lui et le frapper à hauteur de la clavicule droite.
Désarmé par ce coup, Siegfried est écrasé par les quatre-vingt-quatre kilos de Rhadamanthe qui arrive sur lui coude en avant contre la cage thoracique en regagnant le sol.
Couché sur le dos, Siegfried ne laisse pas à Rhadamanthe le temps de se remettre sur ces jambes que déjà il le bouscule volontairement avec les siennes.
Ayant du mal à se servir de son bras droit en raison de la douleur ressentie à sa clavicule, Siegfried s’appuie sur sa main gauche et effectue un mouvement acrobatique lui permettant de lever les jambes en l’air afin de frapper simultanément Rhadamanthe dans le cou avec la gauche et contre la tempe avec la droite.
Poussé sur le côté par l’impact, Rhadamanthe se réceptionne contre un arbre tandis que Siegfried est déjà sur pieds.
Les yeux totalement brouillés par la rage, Rhadamanthe ne peut se contenter de ce match nul et écarte ses bras en poussant un râle inhumain.
_ « Tu vas subir ma colère !
_ J’ai déjà encaissé le Greatest Caution. Ça ne marchera pas cette fois contre moi.
_ Essaie de l’éviter sous cette forme, sourit Rhadamanthe. Greatest Caution ! »
En garde, prêt à voir surgir le coup de Rhadamanthe sous la forme d’un dragon, Siegfried est surpris de voir son rival maintenir ses bras bien écartés. Tout à coup, il sent une étrange sensation faire pression contre son corps, celui-ci commence à se déformer avant d’être soufflé par une violente onde de choc qui dégage les alentours du brouillard qui couvrait les environs.
Le corps inerte de Siegfried accompagne désormais ceux de Syd et Hagen.
 
Rhadamanthe revient à lui et tourne la tête vers Myu qui est encore sous le charme de la victoire de son maître.
Après avoir libéré un soupir de soulagement, l’Anglais choisit de rejoindre Myu mais son corps est mystérieusement paralysé.
Une goutte de sueur, preuve de la nervosité de Rhadamanthe, perle sur son front et vient se mêler au sang qui couvre son visage : « Myu ! Cesse-donc de te jouer de moi avec tes pouvoirs télékinésiques et reprenons notre route. »
En fixant son soldat, Rhadamanthe comprend que cela n’est pas de son fait.
Plus loin, le corps de Siegfried est toujours entouré par l’effluve de son cosmos. Cette même émanation tournoie autour de Rhadamanthe qui est figé : « Ainsi donc je subis directement la concentration de son cosmos… »
La voix venue d’outre-tombe de Siegfried répond sèchement : « C’est exact. La préparation de mon ultime arcane est si imposante que tu en ressens déjà les effets. »
Derrière Siegfried apparaît à nouveau le dragon de Fafnir tandis que le ciel s’obscurcit et que des éclairs s’abattent tout autour de Rhadamanthe.
Le Wyvern réunit une dernière fois l’ensemble de ses forces et, grâce à son aura violacé, se défait de l’emprise de son adversaire : « Ne crois pas m’effrayer avec ton manège ! »
Siegfried ne répond rien, plus mort que vif, il écarte légèrement les bras de sa taille et concentre son cosmos dans chacune de ses mains.
Rhadamanthe relève le défi : « Dragon contre dragon… Il ne va falloir qu’un millième de seconde pour nous départager… Encaisse une dernière fois ma terrible attaque ! Greatest Caution ! »
Rhadamanthe joint ses deux mains l’une contre l’autre, grandes ouvertes, pour laisser s’échapper sa cosmo énergie qui prend la forme d’un dragon.
Siegfried réunit ses deux mains, bras tendus, au-dessus de sa tête et accroit sa cosmo énergie qui prend la forme de deux sphères : « Dragon Bravest Blizzard ! »
Siegfried replie ses coudes pour prendre davantage d’impulsion et dirige ses deux bras, poings serrés, dans la direction de Rhadamanthe.
Les deux sphères s’enroulent l’une autour de l’autre afin de n’en faire qu’une seule qui dévore le dragon de Rhadamanthe et frappe le futur Juge en plein abdomen.
Le Wyvern est soulevé du sol et retombe aux pieds de Myu.
Les vêtements couvrant le torse de Rhadamanthe sont arrachés et un cercle s’est formé à l’impact du coup porté par Siegfried aussi bien sur son buste que dans son dos, comme si le Souffle du Dragon l’avait transpercé.
Siegfried, tête baissée, reste debout.
Ses bras pendent le long de son corps et ses cheveux voguent dans le vent.
Le ciel se désassombrit et la brume se dissipe dans un silence de mort.
Myu avale sa salive et décide d’affronter le dernier défenseur d’Asgard encore debout.
Lorsqu’il s’apprête à faire le second pas, sa jambe est retenue par la main de Rhadamanthe qui se remet peu à peu.
_ « Ce n’est pas la peine Myu. Il n’a plus aucune force. S’il est encore debout c’est parce qu’il souhaite faire écran de son corps afin de protéger ses deux amis couchés à terre.
_ Seigneur Rhadamanthe, si nous ne les éliminons pas maintenant, ils nous traqueront.
_ Nous sommes déjà bien affaiblis. D’autres arrivent, je les sens s’approcher. Nous ne pouvons prendre le moindre risque. Partons à présent. »
Myu cède aux ordres de son supérieur et emprunte la direction de la Forêt d’Améthyste et de la Route de Cristal pour espérer gagner la Laponie.
Rhadamanthe lui laisse quelques mètres d’avance et reste les yeux fixés sur Siegfried durant de longues secondes. Ses petits yeux jaunes dégagent un étonnant respect venant de sa part. Ils témoignent de profonds éloges envers l’adversaire le plus puissant qu’il a eu à affronter dans sa vie.
Le froid faisant frémir son corps désormais à demi-nu, Rhadamanthe recouvre enfin ses esprits et suit les traces de son fidèle serviteur qu’Hadès lui destine depuis des siècles, abandonnant Siegfried qui, impuissant, laisse des larmes s’échapper et rouler le long de ses joues meurtries.
 
Le grand protecteur d’Asgard attend que les siens arrivent auprès d’eux pour s’écrouler lourdement au sol en soufflant péniblement : « Alors c’est cela la décision d’Odin ? Abattre sa colère contre Hadès ? »
Un bel homme aux cheveux longs blonds réceptionne Siegfried avant qu’il ne s’écrase.
Siegfried reconnait son sauveur : « Mime… Myu, ton ami… Ils sont partis pour les terres du Sud… »


Tandis que des soldats du palais arrivent enfin sur leurs chevaux, Siegfried évoque à Mime les incidents provoqués par Myu.
Mime semble désolé à l’annonce de l’attitude de son fidèle compagnon. Il scrute la direction du Sud et déclare : « Les terres du Sud… Seulement après avoir traversés des milliers de kilomètres durant les plaines glacées, ils pourront atteindre la Russie. Je doute qu’ils puissent y parvenir, les conditions sont rudes et auront raison d’eux vu l’état dans lequel ils doivent être. »
 
 
Quelques minutes plus tard, au pas de course, Myu et Rhadamanthe emprunte la Route de Cristal pour quitter Asgard.
Juste avant de fuir ce territoire qui l’a accueilli enfant, Myu stoppe sa course et se retourne.
Les larmes envahissent ses yeux tandis qu’il murmure : « Mime… Mon ami… Je ne sais pas qui je suis. Chaque jour que le temps fait, en apprenant à tes côtés à maîtriser mon cosmos, je me suis découvert des prédispositions que je ne soupçonnais pas. Mes vraies origines sont scellées quelque part, je le sens. Je pars faire la quête de mon graal. Ne m’en veux pas d’avoir pris cette décision. Adieu. »

68
Only for Love / Chapitre 20
« on: 8 July 2011 à 19h15 »
Chapitre 20

Yíaros… Ile de légende…
Il y a des milliers d’années, Yíaros était une île où Hébé et son armée établirent leur siège…

Plusieurs siècles plus tard, lors d’une Guerre Sainte où Alcides et Saints combattirent ensemble contre Arès, les Berserkers du Dieu de la Guerre frappèrent un grand coup contre Hébé. La bataille qui eut lieu sur Yíaros fut si acharnée, que même l’île en subit les terribles conséquences. Elle fût scindée en deux, suite à un terrible tremblement de terre provoqué par le cosmos divin d’Arès.
De nos jours, il existe deux îles d’Yíaros, celle que le monde contemporain distingue sur les cartographies dès l’école, celle où ont survécu uniquement des légendes.
Et celle où les légendes vivent encore, là où aucun homme ne peut aller, là où s’écrit une nouvelle page du monde…

Ce 7 mars 1985, les troupes envoyées par le Grand Pope finissent de passer à proximité de l’île d’Yíaros connues des hommes.
Elles s’engagent dans les eaux inaccessibles pour les marins du monde moderne en raison des courants forts maintenus par le cosmos d’Hébé.
En mer Egée, à quelques kilomètres de l’île d’Yíaros siège d’Hébé, il fait encore nuit, le soleil ne s’est pas encore levé en Grèce.
Sur le bâtiment du Capricorne, les hommes dorment encore sur le pont, leurs supérieurs leur autorisent.
La nuit fut plus difficile pour les huit chevaliers attablés autour d’une carte d’Yíaros, apportée par les prêtres qui connaissent bien ce domaine.
Réunis dans une calle illuminée par quelques torches aux flammes vacillantes, il n’en faut pas plus pour qu’ils constatent chacun les cernes de certains ou l’empressement d’autres.
Dans leurs armures, de bronze, d’argent ou d’or, ils sont tous épuisés et tous en désaccord bien que la décision finale incombe à Aldebaran et Shura. S’ils sont tous les deux sur la même longueur d’onde, ils préfèrent néanmoins réunir tous les avis et étudier tous les plans de secours qui peuvent être utiles.
Babel est sceptique à propos de ce plan périlleux : « Cette stratégie est ambitieuse. Pendant que nous attaquons leur port qui domine toute la côte Sud de l’île avec un seul navire en regroupant cent-cinquante de nos deux-cents soldats, vous souhaitez que les deux autres vaisseaux fassent machine arrière ? »
Aldebaran le rassure comme il peut : « En réalité, pendant que l’assaut sera donné de front sur le Sud, nos deux autres bateaux feront en sorte que la côte les perde de vue. Ainsi nous garderons un bateau en mer uniquement composé de l’équipage afin d’assurer les liaisons éventuelles entre Yíaros et le Port du Destin en Crète, tandis que l’autre navire fera le tour de l’île, à l’abri des regards ennemis… »
Shura prend la suite : « Il conduira un chevalier et nos cinquante hommes restants à l’Est. Le Nord et l’Ouest de l’île sont bordés par des montagnes infranchissables. Nos prêtres ont effectué de nombreux voyage là-bas, ils assurent que l’Est de l’île n’est pas habité et n’est aucunement surveillé. Il n’y a pas de plages pour débarquer et l’ensemble de cette région n’est qu’une vaste forêt. Le contour de cette zone nous permettra de ne pas être repérés. Ensuite, à l’encablure entre les roches montagneuses du Nord et les premières broussailles de la forêt de l’Est, une rivière se déverse dans la mer et constitue un plateau idéal pour débarquer. »
Philémon, le jeune Saint du Lièvre n’est pas rassuré : « Sauf votre respect Seigneur Shura, s’il s’agit d’un endroit idéal pour débarquer, il s’agit également d’un endroit idéal pour tendre une embuscade. »
Shura est bien sûr de lui : « De combien d’hommes pensez-vous qu’Hébé dispose encore ? Elle a amené la quasi-totalité de ses légions au Sanctuaire et elle n’en est repartie qu’avec une infime partie. Leurs survivants sont encore blessés et ceux qui ne le sont pas physiquement le sont moralement ! »
Aldebaran relaye l’espagnol : « Avec l’attaque de masse que nous allons faire sur leur port, nous allons percer leur défense et avancer au fur et à mesure vers le temple d’Hébé, le Parthénos qui se trouve au centre de l’île. Nous allons focaliser sur nous l’armée toute entière d’Hébé. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas une sentinelle en faction sur le point Nord-Est de l’île, mais un chevalier d’argent ou même de bronze peut réussir cette mission. Il faut vous dire qu’hormis un maigre accueil, rien ne barrera cette route. En réalité, pendant que nous attirerons depuis le Sud l’attention en direction du Parthénos, c’est cette troupe de cinquante hommes qui investira en premier le Parthénos ! »
Shura reprend : « C’est pour cela qu’il nous faut un homme de terrain qui a déjà fait ses preuves en menant une légion. »
La Turque ayant soif de revanche envers Apodis, Yakamoz de la Grue, assure aussitôt : « Apodis a à c½ur de mener cette tâche. Il a déjà prouvé lors de nombreuses situations qu’il savait mener une équipe. N’est-ce pas lui et ses hommes d’ailleurs que tout le monde surnomme au Sanctuaire « Achille et ses mirmidons » ? »
Shura acquiesce : « C’est exact Saint d’argent de la Grue. Très bonne réflexion. Apodis, j’imagine que tu es volontaire pour cette mission ! »
N’ayant pas le choix, il assure : « Bien que j’envoie mes hommes vers l’inconnu, j’accepte cette mission pour Athéna. »
Aldebaran, Shura, Yakamoz, Babel, Ptolémy, Naïra et Philémon crient en ch½ur : « Pour Athéna ! »

Avant qu’ils ne se quittent, Ptolémy, toujours caché sous sa soutane et son masque, soulage l’inquiétude d’Apodis : « Rassure-toi Apodis, je sais de source sûre que quatre Saints de bronze sont sur le chemin du retour pour le Sanctuaire. Le Grand Pope compte les envoyer immédiatement en soutien ici. Ce ne sera qu’une partie de plaisir pour toi. »
Yakamoz intervient : « Hum… Toi et tes sources Ptolémy, le fidèle messager du Grand Pope ! »
Ptolémy ne répond rien et disparait dans l’ombre, laissant seuls Yakamoz et Apodis. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis entame les hostilités/
_ « Tu nous envoies délibérément droit au massacre mes hommes et moi !
_ Je n’ai pas menti, je pense que tu es le meilleur pour cette mission.
_ Tu sais que c’est du suicide. Nous partons à l’inconnu ! »
Yakamoz quitte la calle et rejoint tous les autres Saints sur le pont. En partant elle déclare : « Je ne sais pas de quoi est faite cette mission, mais je t’avoue que si tu pouvais y trouver la mort, ma vengeance serait alors faite. Quoi qu’il en soit, tu mourras pour m’avoir menti et pour avoir vu mon visage. »
Apodis se retrouve seul entouré de caisses en bois.
Furieux, il fracasse la table autour de laquelle ils viennent de se réunir.
Animé par son désir de revanche, il doute de cette mission un instant. Ces doutes lui font venir en mémoire de biens tristes souvenirs…

Flashback
1979. Apodis avait maintenant douze ans.
Il ne connaissait son père que lors des rares soirs où il rentrait saoul en hurlant après sa mère et lui, les insultant et les menaçant.

Le souci n’aidait pas à soigner Mujakis de ses maux aux poumons. Ils lui faisaient cracher du sang à chaque quinte et la diminuaient à vue d’½il. 
Le seul rayon de soleil dans sa vie, c’était son petit garçon qui écrivait de nombreuses compositions dans lesquelles, il contait les aventures des anciens héros du Sanctuaire telles qu’on les lui avait racontées. Il faisait aussi dans ses reliures, l’éloge de divinités par de grands poèmes et autres récitals.
Apodis suggérait même à sa mère de venir travailler avec dans les champs afin de se payer l’école des scribes à Honkios où les prêtres du Sanctuaire donnent l’instruction. Ainsi il écrirait les lois, enregistrerait les messages des prêtres et des chevaliers, noterait les ordres de mission des Saints et les suivrait sur les champs de bataille pour rapporter les victoires sur papier…

Contrairement à ses autres camarades qui devenaient soldats, ou qui travaillaient dans les fermes ou les commerces des villages, Apodis passait ses journées sous les arbres, à écouter les oiseaux chanter tandis qu’il écrivait.
Lorsqu’il ne prêtait pas l’oreille pour les entendre, il les observait prendre leur envol dans le but d’adapter une technique de combat semblable à leurs mouvements fluides. Car ce jeune créateur nourrissait un second rêve, devenir fort pour protéger sa mère de son tyran de père.
Malheureusement, le chétif Apodis manquait de vivacité pour aboutir à un résultat.
Suite à une contre-indication de sa maman, Apodis n’a jamais été entraîné ni au maniement des armes, ni aux exercices physiques, ni aux arts de combat. Et encore moins aux notions de cosmo énergie.
Malgré toute sa bonne volonté, il devint la risée d’Honkios où les jeunes apprentis chevaliers de la ville flânaient auprès des jeunes filles et faisaient des démonstrations de force en se servant de lui comme sac de sable. Apodis espérait charmer ces demoiselles, en les émerveillant par quelques ballades qu’il composait. Toutefois, ses alexandrins n’eurent guère de charme puisqu’ils étaient prononcés par un moucheron qui subissait humiliations sur humiliations.
Lorsqu’il rentrait chez lui couvert d’ecchymoses, Frontinus constatait que son fils s’était battu. Il lui demandait chaque fois : « As-tu gagné ? »
L’adolescent baissait honteusement la tête comme il en avait la fâcheuse habitude : « Non. »
Furieux face à tant de faiblesse, Frontinus le corrigeait après avoir balayé sa femme qui espérait s’interposer. Il le flanquait à la porte : « Sors de chez moi ! Il n’y a pas de perdant ici. Tu ne rentreras dormir que lorsque tu te seras vengé. »
Dehors, tandis qu’il pleurait toutes les larmes de son corps, sous les regards moqueurs des enfants de son âge, pour certains déjà Saints, il entendait Frontinus tenir responsable sa femme de lui avoir donné un enfant aussi déficient.
Il ne pouvait pas rentrer chez lui protéger Mujakis du courroux de Frontinus, il ne savait déjà pas faire face à de simples villageois, un combat contre son père aurait été un massacre.
Sa promesse de protéger sa mère ne pouvait être tenue.
Il se découvrait être lâche en plus d’être peureux.
La fureur qu’il avait envers son père devint une rage contre lui-même.
Il se haïssait, se trouvait insignifiant, laid et pitoyable.

Les semaines défilèrent et quand les autres ne le passaient pas à tabac et qu’il pouvait rentrer chez lui, il découvrait sa mère qui sanglotait tout en préparant le repas de son mari, dont on entendait le râle dans la chambre conjugale en compagnie d’autres femmes.
Sa colère devint de l’affliction et il pleurait dans les bras de sa mère qu’il ne pouvait consoler.
Sous les arbres, les oiseaux ne chantaient plus en sa présence.
Sa force de frappe ne progressait pas, il s’écorchait à peine ses minables poignets contre les arbres.
Si bien qu’il cessa toute tentative, de crainte de se blesser davantage.

Sa perte de confiance rendit tout encore plus sombre autour de lui.
L’inspiration ne lui venait plus.
La lecture de ses récits d’antan n’avait plus de saveur.
Quand il se relisait, il découvrait des textes remplis de joie de vivre. Il déclarait alors cyniquement que tout ceci n’avait aucun sens.

A bout de force, arrivé à être dégoûté de ses ½uvres, il décida de s’en séparer et parti loin de chez lui pour les enterrer.
En traînant les pieds, remontant sur plusieurs kilomètres la rivière où s’entrainait Frontinus, il descendit jusqu’au Sud du domaine au beau milieu d’une plaine fleurie.
Dans cet herbage magnifique où de jolis rosiers enroulaient les vestiges de temples anciens, des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguaient au gré du vent.
Bien que le décor fût enclin au bonheur, chauffé par un soleil radieux et proche d’un lac à l’eau pure, Apodis broyait du noir.
Soudain, une douce berceuse vint soulever le poids de son fardeau. Jamais complainte ne fût si harmonieuse.
Il lâcha ses livres et se laissa tomber en arrière dans ce jardin féérique.
Son âme était apaisée par cet instrument qu’il reconnut être une lyre.
Couché, les yeux clos et le visage souriant enfin, il sentit la chaleur du soleil disparaître lorsqu’une ombre la lui cacha.
En revenant doucement à lui, son regard se figea dans les yeux noirs en forme d’amande d’une belle jeune femme.
Devenu peureux, il se redressa instantanément et recula en tremblant : « Pa… Pa… Pardon… Je suis désolé mademoiselle… »
Elle lui envoya un sourire amical tout en recoiffant ses cheveux blonds balayés par le vent qui se leva agréablement.
Apodis l’admira, menue dans sa robe beige maintenue à sa taille par un ruban de soie. Sa voix fut douce et le rassura : « Ce n’est rien jeune villageois. Je me nomme Eurydice et cette mélodie que tu as entendue est celle de mon ami Orphée. »
Sorti de nulle part, tout de bleu vêtu, ses cheveux, à peine plus clair que ses vêtements, tombant dans son dos, le Saint d’argent de la Lyre apparut derrière Apodis : « Ce lieu est paisible et m’inspire au plus haut point. Seuls les artistes peuvent venir s’y reposer en écoutant ma musique. Quel est ton talent ? »
Complètement apathique, Apodis maugréa : « Je n’ai aucun talent. »
Une nouvelle voix venue cette fois-ci de derrière Eurydice réagit. Elle parut plus jeune et remplie de malice : « Je suis sûre que c’est faux ! »
Apodis était anéanti. Avec le temps, il avait appris seul à percevoir la présence d’autrui, là il n’avait même pas constaté qu’il n’était pas seul ici.
Amorphe, il observa cette fille visiblement du même âge que lui, Netsuai. Ses cheveux bruns aux reflets orangés coiffés au carré, un carré plongeant, faisaient ressortir ses yeux bleus marine.
Elle s’accroupit dans sa fine robe rose qui la serrait de la poitrine à la taille où un fin ruban de soie semblable à celui d’Eurydice la maintenait. Dans ce sol fleuri elle ramassa les reliures d’Apodis et s’approcha d’Orphée. Ses délicats pieds nus se faufilaient dans l’herbe tandis qu’elle tenait du bout de l’index ses sandales par leurs lanières.
Eurydice gronda la jolie et souriante chipie : « Netsuai, ma chère s½ur, tu aurais pu rendre ses affaires à ce pauvre garçon au lieu de les donner à Orphée ! »
Apodis ne voulait pas manquer de respect en demandant qu’on lui restitue ses biens, il était surtout effrayé par la réaction que pouvait avoir ce chevalier dont le nom était connu de tous dans le domaine sacré.
Effondré, honteux à l’idée de l’opinion qu’allait se faire Orphée de ses lectures, Apodis baissa lourdement sa tête vers le sol.

Pourtant, après quelques minutes où il étudia cela à une vitesse incroyable, Orphée sourit cordialement et lui tendit ses notes
_ « Tu m’inspires jeune villageois. Tes propos sont purs et honnêtes. Toutefois je sens que l’ambiance vire au scepticisme à mesure que j’avance dans ton ½uvre. Pourquoi ce revirement soudain et quel est ton nom ?
_ Apodis. Je m’appelle Apodis fils de Frontinus de la ville d’Honkios.
_ Ecoute Apodis fils de Frontinus, je ne suis pas un faiseur de miracles. Néanmoins, moi, Orphée Saint d’argent de la Lyre, je m’implique depuis toujours à apaiser les êtres grâce à mes notes de musique. Laisse-moi jouer pour toi et je pourrai peut-être te rendre ce que tu as perdu. »
Intimidé, ne croyant plus en rien ni personne, Apodis eut le sentiment de recueillir la pitié d’un Saint.
Crispant le plus qu’il put son visage, pour ne pas laisser couler ses larmes devant Eurydice et Netsuai, il ne prit pas ses affaires.
Il fit demi-tour et s’enfuit sans même regarder derrière…
Surprise, Netsuai s’étonna : « Il est parti sans ses livres ! »
Orphée répondit d’un ton concerné : « Ils ne peuvent plus rien pour lui. Il a perdu confiance. Cette petite flamme qui vit en chaque artiste est bien difficile à maintenir. Lorsqu’il aura fini de douter il se manifestera de nouveau à moi et je serai là… »
Flashback

Au-dessus d’Apodis, des pas s’agitent et le ramènent à lui.
Dans un silence le plus complet et avec discipline, les soldats se réveillent et forment les rangs sur le navire mené par Shura.
Les soldats des autres navires gagnent avec le même civisme celui qui va partir de front sur Yíaros.
Les guerriers s’accumulent sur le pont et commencent à gagner les calles pour ne pas être serrés davantage.
Apodis ressort donc en étant salué comme il se doit par les soldats qui ajustent encore une fois leurs protections.
Il avance, torturé par ses mésaventures passées.
Il est absorbé par ses doutes.
Aldebaran le rejoint et lui accroche de ses deux grandes mains les épaules : « Ça ira Apodis ? »
Apodis a le regard perdu, il répond sans grande conviction : « … Oui… Ça ira… »
Aldebaran secoue franchement son ami : « Oh ! Apodis ! Oh ! A quoi réfléchis-tu ? »
Toujours ailleurs, il annonce lentement : « Aldebaran, mon ami, tu te souviens du jeune garçon que j’étais avant de devenir Saint ? J’étais peureux, maladroit et faible… »
Il relève d’un coup son visage, chargé de rage et de volonté : « … et bien je jure sur mon armure, que ce petit garçon est définitivement mort depuis la perte des siens. »
La souffrance causée par le meurtre de sa famille pousse Apodis à se galvaniser.
Aldebaran est ravi de voir Apodis aussi enthousiaste et le serre dans ses bras : « Je ne te souhaite pas bon courage mon camarade, tu n’en auras pas besoin ! »
Apodis lui confirme ses propos par un sourire chaleureux, puis effectue un bond prodigieux jusqu’à son navire où l’attendent déjà cinquante soldats dont quinze de ses hommes, quelques religieux et les membres de l’équipage.
Ils lèvent l’ancre pour le Nord Est d’Yíaros...

Sur le bateau de Shura, l’ancre est levée également, les voiles sont dressées et le vent favorable à une bonne prise de vitesse.
Le Saint du Capricorne fait le tour des troupes, inspecte leurs armes, leurs protections et les fixent dans les yeux pour jauger leur courage.
Il observe les prêtres et les prêtresses prier Athéna et effectue avec eux quelques citations élogieuses destinées à leur déesse.
Il achève sa démarche en inspectant les calles les plus sombres du navire pour s’assurer qu’aucun déserteur ne s’y cache.
Sa mine est satisfaite, il est rassuré de voir que tout est en ordre, bien que ses sens le persuadent de l’approche d’une personne.
Les talons de l’inconnue tapent sur le sol en bois sec et indiquent par leur cliquetis, qu’il s’agit d’un individu portant une Cloth.
Sans même demander, il perçoit par le cosmos l’identité de la personne en approche : « Ah c’est toi… Mais que viens-tu faire ici ? »
Un masque de femme chevalier venant d’être lâché roule sur le sol.
Dans la pénombre une jeune femme aux longs cheveux blonds s’avance en retirant progressivement sa Cloth et ses vêtements.
_ « Pourquoi viens-tu de retirer ton armure… Yakamoz de la Grue ? »
L’amante d’Apodis prend la bouche du bel Espagnol.
Après un langoureux baiser, elle avoue : « Parce que cette nouvelle Guerre Sainte est très périlleuse, les Alcides se sont révélés plus puissants qu’on ne l’aurait cru. Si je devais ne pas revenir vivante de cette bataille, j’aimerais au moins avoir pu dévoiler mon c½ur à l’homme que j’ai toujours aimé. »
Eprise d’Apodis mais déçue par celui-ci, Yakamoz se jette dans les bras d’un homme de prestige qui n’en demandait pas tant.
Fort de son extraordinaire notoriété au Sanctuaire, Shura n’a jamais eu le moindre mal à trouver les partenaires qu’il désire. A tel point qu’il n’avait jamais prêté jusqu’ici attention à l’existence de la femme chevalier entièrement dévoilée face à lui.
Cependant, les charmes dévoilés de la Grue ne laissent pas le Capricorne indifférent.
Il accepte volontiers l’offrande et ôte à son tour sa Cloth.
Les deux Cloths retirées reprennent d’elle-même leurs formes en totem.
Aussitôt Yakamoz s’évertue à offrir à Shura ses plus délicates attentions.
Se laissant couvrir de caresses, Shura se focalise malgré tout sur son armure d’or. L’importance de sa mission, ainsi que le rôle de chevalier de l’espoir qui est le sien, lui rappellent l’égard qu’il avait pour un vieil ami…

Flashback
Eté 1973 - Tous les ans, en Grèce, l’été est parsemé de fines averses.
S’il pleut généralement trois jours durant les autres saisons, les averses estivales restent légions.
Cet été là, comme pour les précédents et les futurs, dans la ville même d’Athènes, quelques touristes aspiraient sans relâche, à découvrir ce lieu que les légendes nomment Sanctuaire. Parmi eux, des journalistes bien documentés tentèrent de percer le mystère mais repartirent bredouilles. Aucune carte, aucun parchemin n’indique l’endroit exact où il faut se rendre. Même si cela venait à être le cas, personne ne survivrait à ce mortel périple.
Pour s’aventurer dans les montagnes d’Athènes, là où il faisait par contre très sec et où le vent balayait la boue séchée en formant des tourbillons de poussière, il fallait maîtriser la cosmo énergie, comme ce jeune garçon qui entra par le Nord du Sanctuaire.
Sous le soleil éclatant, il atteignit sans la moindre peine son objectif.
Le vent soufflait dans sa chevelure brune.
Son visage serein et sa musculature imposante ne permettaient à personne de déterminer son âge véritable.
Arrivé au niveau des murailles, les gardes en faction lui ouvrirent sans broncher les portes en bois chargées de barres métalliques.
L’urne en or attelée à son dos indiqua immédiatement aux soldats le statut de ce garçon vêtu d’un pagne et d’un gilet troué.
Malgré la chaleur, l’individu ne suait pas, il camouflait tout simplement son identité depuis l’Espagne.
A son bras il tenait un long drap noir qui lui permit certainement de couvrir sa Pandora Box.

Aussitôt à l’intérieur du domaine sacré, il arracha sa tenue de contemporain pour se présenter dans une tenue relativement plus locale. Un long maillot prune serré à la taille par une ceinture de cuir, une épaulette de cuir pour lui cuirasser l’épaule gauche, un pantalon noir avec les lanières de ses spartiates entourées autour de ses chevilles.

Il poursuivit sa route jusqu’au Centre du domaine et la ville d’Honkios où il s’assit un instant au bord d’une fontaine en compagnie de quelques villageoises qui remplissaient leurs amphores d’eau potable.
Il leur sourit chaleureusement et plongea ses deux mains dans l’eau pour en remonter à ses lèvres. Tout en se délectant, il observait l’horloge du zodiaque et plus particulièrement le signe du Capricorne qui figure dessus : « Le dixième temple, celui du Capricorne... »
Puis, l’attention du Saint glissa vers le temple du Pope et la statue d’Athéna.
De quoi l’enjoindre à poursuivre son retour en ce lieu.
Il déplaça son regard devant lui et reprit sa route.

Il passa à proximité du camp d’entraînement où il donna sang et eau à sa première arrivée d’Espagne.
L’enseignement des arts de la chevalerie ne fut pas chose facile pour lui, tout comme le combat qu’il dû mener dans cet endroit qu’il approchait, le colisée.
C’est dans ce lieu, qu’il remporta le titre de chevalier en battant son dernier opposant il y a deux ans déjà.
_ « Deux ans… »
Quelles lui semblèrent longues ses deux années loin du domaine sacré.
Après son sacre, le précoce enfant obtint du Pope le droit de réclamer auprès de l’ancien Saint du Capricorne la Cloth que ce dernier ne portait plus.
Ionia, un vétéran, autorisé par Shion à se retirer au profit d’une nouvelle génération.
Devenu lui-même instructeur, Ionia consentit à reconnaître Shura comme son successeur.
Après cela, Shura pu retourner s’entraîner dans les Pyrénées.
Aujourd’hui le voici aguerri et sûr de lui.
Il prit une grande inspiration et la conserva afin de se concentrer.
Lorsqu’il expira, il frappa une cible sur la plus haute montagne du domaine, derrière la statue d’Athéna, se trouvant à plus de trois kilomètres de distance. Son poing droit trancha les airs, créant un bruit particulier, à la vitesse de la lumière. Son coup atteignit finalement un temple ancien sur le Mont Etoilé, Star Hill, laissant ainsi s’échapper de la fumée.
A cet instant, il sentit un cosmos arriver derrière lui : « Hum, ce cosmos c’est… »
Il se tourna avec un sourire sur le visage. C’était Aiolos Saint d’or du Sagittaire, souriant avec amour et affection : « Shura ! Depuis quand es-tu de retour ? »
Shura ne répondit pas et prit le nouvel arrivant dans ses bras.
_ « Shura, tu as augmenté le niveau de ton cosmos n’est-ce pas ?
_ Je ne peux le comparer au tien.
_ Non… Il est sûrement égal au mien !
_ Le même que le tien ? »
Aiolos tendit sa main : « Parmi les douze temples, le dixième accueille finalement le retour de Shura Saint d’or du Capricorne. Félicitation Shura ! »
Shura serra la main d’Aiolos avec gratitude : « Merci Aiolos. »
Aiolos sentit que la main de son ami était devenue plus ferme, il s’étonna : « Quoi ? Cette main ! Il se serait entrainé jusqu’à ce niveau… Extraordinaire, Shura… »
Shura extirpa Aiolos de ses pensées : « Aiolos, que se passe-t-il ? »
Aiolos prouva par sa réponse qu’il considérait Shura comme son propre frère.
_ « Shura, ton retour dans le temple du Capricorne rend celui-ci parfait à présent !
_ Entendre ça de la bouche de celui que j’ai toujours jugé comme un modèle me rend très heureux…
_ Shura, j’ai à présent complètement effacé de ma mémoire le fait que tu sois plus jeune que moi de quatre années. Viens, allons voir le Pope. Ce soir nous aurons une longue conversation. »

Après avoir traversés par le passage secret les maisons du zodiaque, Aiolos laissa Shura se présenter seul à leur maître après avoir appelé à lui l’armure d’or du Capricorne.
Shion, le Grand Pope, assis sur son trône, le visage masqué par son casque en or et son corps bicentenaire dissimulé sous une lourde soutane blanche, souhaita la bienvenue à ce nouveau renfort : « Ah, Shura, tu es enfin revenu. »
Shura s’agenouilla respectueusement.
_ « Votre grandeur !
_ Ce soir, prend une bonne nuit de sommeil !
_ Oui ! Je vous remercie de votre sollicitude majesté. »
Derrière le trône du Pope, surgit un homme vêtu d’une même longue robe que le maître des lieux mais dont le heaume rouge donnait une allure plus agressive. Le visage dissimulé sous un masque violet, Arlès, le frère cadet de Shion intervint : « Shura, tu es sans doute devenu très fort ? »
Aiolos avait prévenu Shura qu’Arlès Saint de l’Autel aidait son frère, affaibli par la maladie, dans sa fonction. Etant Saint d’argent, il ne pouvait donc pas succéder à son aîné, mais sa personnalité loyale et juste avait la confiance de tout le Sanctuaire. Il bénéficiait de l’appui de ses pairs : « À présent, le Saint d’or du temple du Capricorne est de retour également. »
Le Pope prononça quelques mots en tentant de se lever lentement de son trône : « Arlès, demain tu donneras sa mission à Shura. »
Arlès suivit le Pope : « Oui ! Shura, tu peux disposer à présent. Prend un peu de repos. »
Alors que Shura s’apprêtait à partir en lâchant un merci, il fût saisi par un cosmos très puissant et défiant qui le rendit nerveux. Son corps tout entier trembla : « Que… Qu’est-ce que c’est ce que cette cosmo énergie ? »
Shion reconnut l’intrus et se retourna : « Saga ? »
Shura tourna la tête et vit derrière lui le Saint d’or des Gémeaux avancer lentement.
Saga affichait une vague grimace d’une grande froideur. Il ôta son heaume et posa un genou à terre : « Votre excellence … Moi, Saga Saint d’or des Gémeaux, je vous présente mes hommages. »
Shura, perdu dans ses pensées, voulu savoir si ce cosmos hostile émanait de Saga. Cependant le Saint des Gémeaux dégageait une énergie puissante et bienveillante, caractéristique de n’importe quel Saint d’or.
C’est Saga qui déclencha les hostilités. Toujours inquiet pour son Grand Pope, il interrogea celui qu’il n’avait jamais vu avant.
_ « Tu es ?
_ Shura Saint d’or du Capricorne !
_ Oh… C’est toi… »
L’Espagnol en profita pour mener son enquête.
_ « Il y a à peine un instant, j’ai ressenti un très grand cosmos qui me défiait… Toi aussi ?
_ Non. »
Circonspect, Shura s’assura d’un ton mesquin : « Vraiment ? »
Les deux Saints se tenaient l’un en face de l’autre, les yeux dans les yeux. L’atmosphère devenait quelque peu électrique, heureusement Shion intervint finalement.
_ « Saga, quelle est la situation avec Poséidon ?
_ Il n’y a guère eu d’activité jusqu’à présent.
_ Saga, surveiller Poséidon est très important. Tu ne dois pas négliger cette mission. La dernière Guerre Sainte date d’il y a 229 ans… Le jour de l’arrivée d’Athéna approche !
_ Oui Votre Eminence !
_ Saga, ce soir reste au Sanctuaire et repose-toi quelque peu !
_ Je vous remercie. »
Les yeux de Shura ne pouvaient se détacher de Saga : « Saga, un homme auquel il faudra faire attention… »

La nuit tomba sur le Sanctuaire, le ciel était chargé d’étoiles brillantes.
Shura choisit de descendre chez son ami Aiolos qui vivait dans le palais zodiacal juste en dessous du sien.

Dans la demeure du Sagittaire, Aiolos était dans sa chambre. Affalé sur sa chaise, juste couvert d’une serviette autour des hanches, il tenait une plume avec laquelle il composait quelques vers tout en observant les draps de son lit s’agiter.
Il observait ses deux esclaves, un homme et une femme, à peine plus âgés que lui, jouer l’un avec l’autre de leurs corps. Il détaillait chacun de leurs mouvements l’exhortant à se lever pour les rejoindre.
Il sentait Shura approcher de sa maison mais pour rien au monde il n’aurait refusé de se joindre à ses servants qu’il chérissait et choyait plus que tout. Il se coucha entre eux deux…

Une demi-heure plus tard, sur le porche de la maison du Sagittaire, sur la surface latérale débouchant sur le passage secret, tenant un verre reflétant l’éclat des astres, Shura attendait son ami qui arriva en marchant lentement : « Ta servante est arrivée à demi-nue pour me servir à boire. J’ai donc compris la raison pour laquelle tu n’es pas sorti de ta maison lorsque je suis arrivé. »
Aiolos qui venait d’être lavé par ses esclaves était amusé.
_ « Je savais que c’était toi, je n’avais donc rien à craindre. Hormis quelques missions en Egypte, aucun adversaire dangereux ne s’est présenté à nous.
_ Alors tu soignes personnellement tes esclaves !
_ Toi aussi tu en as un qui t’attend dans ta demeure. Tu l’as acheté juste avant de rentrer en Espagne pour qu’il prenne soin du temple du Capricorne.
_ Pff… Dabih… Je n’ai toutefois pas autant de familiarité avec lui.
_ Avec l’âge tu apprendras à passer du bon temps tu verras, rigola Aiolos…
_ Euh… Sûrement pas avec ce vieux ronchon ! »
Les deux amis rirent un long moment avant que Shura ne reprenne son sérieux.
_ « Tu me parlais tout à l’heure d’adversaire dangereux…
_ Oui ?
_ Aiolos, le chevalier Saga, quel genre d’homme est-il ?
_ Saga ? Eh bien, ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup de lui… Personne… Peut-être même pas le Pope ne sait qui il est vraiment. C’est pourquoi il est très difficile de lire dans ses pensées. Mais moi je vois que Saga tente désespérément de cacher une sorte de part d’ombre en lui… »
Aiolos se garda bien de rapporter l’approche qu’il tenta de faire quelques mois auparavant envers le Saint d’or des Gémeaux.
Shura, lui, repensait à l’éclat mystérieux des yeux de Saga et soudain, à nouveau, il sentit quelque part un cosmos qui le défiait ouvertement…
Flashback

Shura revient subitement à lui car le présent l’appelle à ressentir également des cosmos dont il se rapproche.
Il se redressa rapidement en relevant Yakamoz et, comme si l’armure lit dans ses pensées, sa Cloth le recouvre tout comme le fait celle de Yakamoz avec elle.
Il murmure : « Yíaros… Nous arrivons ! »
L’opportuniste Yakamoz lui retient le bras et, avant qu’elle ne réajuste son masque, lui dépose un langoureux baisé…


Au même moment, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, la voix roque de Gigas résonne dans les travées du colisée.
Il fait le tour des tribunes ou plutôt de ce qu’il en reste, accompagné du Grand Pope descendu plus tôt saluer le peuple pour les rassurer sur l’avancée de l’armée athénienne en mer Egée.
_ « … le feu dégagé par Babel lors de son combat contre l’Alcide de l’Hydre de Lerne a calciné de nombreux cadavres, mais rassurez-vous seigneur, le peu qu’il reste va être dégagé par nos soldats, tout comme les installations précaires qui ont permis de vous constituer une loge d’honneur ainsi… »
Saga n’écoute pas le général des armées, il est préoccupé par le combat que vont livrer ses hommes contre les Hébéïens. Bien entendu, Aldebaran et Shura sont du voyage. Il n’oublie pourtant pas qu’ils ont été vaincus par Iphiclès Alcide du Lion de Némée…
Néanmoins, Shura n’est pas du genre à être abattu facilement. Il se remémore le jour où il choisit d’½uvrer contre Shion…

Flashback
Eté 1973 - Vêtu de son armure, Saga se battait les yeux fermés contre deux mystérieux agresseurs.
Au Sud de la Grèce, sur la côte, bordé par la mer en furie, en-dessous du lieu où les touristes viennent visiter les célèbres ruines de ce qui était autrefois le temple de Poséidon, au Cap Sounion, Saga observait ses assaillants.
L’un grand et costaud, l’autre plus mince. Ils portaient tous les deux une étrange armure qui couvrait leurs jambes, leur torse, leurs avant-bras, leurs épaules et leur visage. Le casque, les bras et les jambes avaient même des extrémités métalliques semblables à des nageoires.
Saga conclut alors : « Ces Scales prouvent que vous êtes des Marinas à la solde des Généraux de Poséidon. Vous sortez enfin du Sanctuaire sous-marin. Cela veut donc dire que Poséidon est bien revenu à la vie ! »
Le plus costaud réfuta immédiatement : « L’âme de notre maître est toujours prisonnière du sceau d’Athéna, néanmoins l’emprise d’Athéna sur notre dieu se désagrège de plus en plus. Il ne tardera pas à revenir sur terre et lorsque ce sera le cas, il trouvera une planète où nous lui aurons préparé le terrain ! Ah… »
Les deux soldats de Poséidon se jetèrent sur Saga.
Le Saint d’or les rejoignit pied en avant pour cogner en plein visage le moins imposant des deux. Le malheureux tomba sur un rocher au bord de l’eau inconscient.
Il se retourna vers celui à la musculature imposante et lui déclara : « Je n’ai pas de temps à perdre avec toi : Another Dimension ! »
L’homme est immédiatement aspiré dans l’Autre Dimension créée par Saga et d’où il ne reviendra jamais…
Lorsque le second soldat revient à lui, il se figea, apeuré par le visage transformé de son adversaire.
Il était tétanisé par les yeux de Saga devenus rouge. Sans rien comprendre, il fut soulevé à la gorge comme un fétu de paille par le bras de Saga qui l’étranglait.
La pression du cosmos des Gémeaux était si pesante sur le malheureux qu’il n’essaya même pas de se débattre.
Avant que ses os du cou ne rompent, il observa un étrange spectacle : « Ses cheveux… Comme ses yeux… Ils changent de couleur… Ils deviennent gris… »
Un craquement retentit au bord de l’eau, achevant le Marina.
Saga dépouilla très vite le cadavre de sa Scale intacte avant de rentrer pour le Sanctuaire…

Quelques heures plus tard, le soir était venu.
Shura discutait avec Aiolos et évoquait sa rencontre avec Saga quand, soudain, à nouveau, il ressentit un cosmos qui le provoqua.
Pire, cette cosmo énergie était ouvertement hostile à l’ensemble du Sanctuaire.
_ « Aiolos ! »
Aiolos se tenait à l’affut. Shura affirma : « C’est cela, Aiolos ! C’est le cosmos que j’ai ressenti tout à l’heure ! »
Le visage d’Aiolos changea et il leva les yeux vers la statue d’Athéna : « Shura, allons-y ! »
Shura, nerveux et inquiet, ne savait pas ce qui se tramait. Aiolos courait aussi vite qu’il le pouvait en direction des maisons situées au-dessus d’eux : « Shura, le Grand Pope est en danger ! »
Les deux Saints se dirigeaient vers le temple du Pope.
Shura trainait un peu et pensait : « Par Athéna… Je ne suis pas encore aussi rapide qu’Aiolos… »
Utilisant la vitesse surhumaine des Saint d’or, ils arrivèrent en un instant devant les marches. Sans reprendre leur souffle, ils franchirent la porte, s’aventurèrent dans un appartement attenant à la salle de réception et découvrirent Arlès qui utilisait son corps comme bouclier pour protéger son frère des assauts d’un mystérieux ennemi.
Le second de Shion avait retiré sa soutane et son casque pour endosser son armure d’argent de l’Autel. Loin d’être faible, son corps était tout de même couvert de blessures, au point que son visage était tellement ensanglanté qu’il fut méconnaissable. Le plus surprenant fut que l’assassin semblait ne pas avoir une égratignure.
_ « Se peut-il que cet intrus soit plus puissant qu’un Saint d’argent, s’interrogea Arlès ? »
L’assassin portait un masque par-dessous son casque ainsi qu’une cape qui couvrait ses cheveux et presque tout son corps, dissimulant ainsi son identité.
_ « Arlès, s’époumona Aiolos !
_ Ah, se fait repousser Arlès… Aiolos ! »
Shura cria à l’assassin : « Qui es-tu ? Toi, l’être stupide qui ose pénétrer dans le temple du Pope pour l’attaquer, dis-nous ton nom ! »
L’inconnu resta muet comme une tombe.
Arlès reconnu l’armure qu’il portait et afficha une expression de surprise tandis que Shura se tourna vers Aiolos pour en savoir plus. A cela, Aiolos ne put que dire : « C’est la première fois que je vois quelque chose comme ça. »
La protection que portait l’assassin était totalement différente de celles que portaient les Saints.
Shura pensa : « On dirait des écailles de poissons ».
L’assassin ne répondit toujours pas alors Shion le fit à sa place : « Ce sont les écailles des guerriers de Poséidon. Une Scale ! »
C’était la première fois que Shura entendait parler des Marinas : « Scale ? »
Le Grand Pope poursuivit : « Ces Scales ont été construites avec le matériau légendaire appelé Orichalque. »
Shura lança à l’égard du meurtrier : « Cela veut dire… Que tu as été envoyé par Poséidon ? »
L’assassin ne réagit que par une attaque visant Arlès lancée à la vitesse de la lumière.
Epuisé et trop faible, Arlès ne bougea pas et s’effondra en se cramponnant le ventre.
Vivace, l’envoyé de Poséidon projeta la même déferlante cosmique en direction du Pope.
Surpris, Aiolos ne pouvait que crier sa plainte : « Oh non… »
Cependant, même si Shion était vieux et malade, il n’en restait pas moins un Saint d’or d’expérience. C’est donc aisément qu’il évita l’attaque.
Aiolos et Shura profitèrent du léger répit occasionné par le mouvement de l’intrus, pour se placer entre ce dernier et le Pope en criant en ch½ur : « Grand Pope ! »
Néanmoins, il en fallait plus pour déjouer les pièges de l’assassin. Il sauta précipitamment dans les airs et atterrit derrière le Pope sans que les deux amis ne puissent faire quelque chose.
Désormais, ils étaient placés derrière le Pope et avaient laissé l’assassin prendre tous les avantages, car ils ne pouvaient pas attaquer sans mettre en danger le représentant d’Athéna.
Très nerveux, transpirant fortement, Aiolos et Shura furent encore agressés par ce cosmos maléfique : « Ce… Ce cosmos… C’est… ! Est-ce possible ? »
Arlès se relevait difficilement et semblait soucieux en percevant cette énergie cosmique. Aiolos fit une tentative de dissuasion en dirigeant l’index de sa main droite vers le Marina en assurant : « Si tu veux vivre, je te conseille de laisser notre Grand Pope en paix ! »
De derrière son masque, l’intrus ricana fortement, alors Aiolos augmenta sa cosmo énergie et, par son index, lança un jet d’énergie sur l’intrus, frôlant au passage Shion qui avait du mal à se tenir debout.
L’individu esquiva la tentative d’Aiolos et leva sa main droite vers le Pope.
Aiolos ferma les yeux. Il savait qu’il risquait de blesser le Pope s’il attaquait dans cette position : « S’il avait été là, Saga aurait su quoi faire lui, se morfondit-il. »
Shura retint son souffle tandis qu’Arlès misait tout sur le plus vaillant chevalier du Sanctuaire : « Aiolos, cela dépend de toi maintenant ! »
Le Sagittaire connaissait ses limites et savait que le Saint des Gémeaux gérait mieux ce genre de situation. A la surprise générale il se contenta de demander spontanément : « A-t-on vu Saga ? »
Dans la seconde, le poing du Marina qui visait à atteindre le Pope s’abaissa, tandis que, de sous la cape qui bardait la Scale, l’opulente chevelure grise du soldat se dévoila.
A cet instant, le meurtrier parut déstabilisé alors Shion s’écarta, en sommant Shura de se servir de ses attaques tranchantes.
Immédiatement, telle une épée, la main de Shura relâcha un faisceau lumineux entaillant profondément l’agresseur au poignet droit.
A cela, Aiolos rajouta deux coups de poings lancés à la vitesse de la lumière sous la forme de flèches qui firent voler en éclat l’épaule droite de la Scale.
Shura jaillit devant l’individu tandis qu’Aiolos se positionna devant Shion et qu’Arlès tenait péniblement debout.
Face à trois adversaires ainsi que le cosmos grandissant d’Aiolos, l’inconnu ne pouvait plus rien, il força une lucarne servant de fenêtre et disparut donc dans les ténèbres…
Shura s’apprêta à le poursuivre mais Arlès ordonna en se tenant de douleur.
_ « Shura, laisse-le partir !
_ Quoi ?
_ Il fait sombre dehors… Si tu décides de partir à sa poursuite, tu risques de te faire attaquer par surprise. »
Shion approuva la décision de son frère : « Arlès a raison. »
Aussitôt, Shura calma ses ardeurs mais pas sa curiosité : « Je comprends. Mais qui est cet agresseur ? »
Aiolos se touchait la tête en disant : « Je suppose que c’est un serviteur de Poséidon, mais… »
Arlès ne dit rien, il enfila par-dessus sa Cloth sa soutane et prit sous le bras son casque d’intendant du Pope.
Shion fit un signe de gratitude de la tête : « Aiolos, Shura, je vous remercie tous les deux. »
Ils répondirent ensemble : « Ce n’était rien Votre Grandeur. »

Inopinément, Saga pénétra dans la salle où étaient réunis les siens.
Il apparut essoufflé, justifiant ainsi sa hâte et son inquiétude après les soubresauts cosmiques qui venaient d’avoir lieu.
Etrangement, il était habillé d’une soutane à manche longue, une tenue qui n’était pas très appropriée à la saison estivale.
Shura l’informa aussitôt : « Saga ! Il y a un instant, un intrus s’en est pris au Grand Pope ! »
En entendant cela, Saga fut stupéfait.
_ « Quoi ? Qui était-ce ?
_ Un soldat de Poséidon.
_ Comment ?!
_ Saga, intervint le Grand Pope, retourne immédiatement à ta position et surveille Poséidon ! _ Oui, fléchit docilement la tête Saga ! »

Pendant ce temps, Arlès épiait les moindres gestes du Grec en étant soucieux.
Le Saint des Gémeaux se sentant observé renvoya un regard d’une froideur intense à l’intendant du Pope.

C’est à cet instant, contre toute attente, que Shion choisit d’annoncer une nouvelle d’une importance majeure : « Il sera très bientôt temps de souhaiter la bienvenue à Athéna… »
Tout le monde fut très excité par la nouvelle, en particulier Shura qui était émerveillé comme un enfant.
Après avoir arboré un sourire jovial, la mine de Saga affichait une grimace glaciale qui n’échappa pas à Arlès.
Shion discourait toujours : « … Comme par le passé, lorsque l’on s’apprêtait à accueillir Athéna, c’était juste avant la Guerre Sainte. Poséidon n’est pas le seul à vouloir attaquer la terre. Hadès et Arès n’ont pas non plus abandonné leurs espoirs démoniaques. Nous devons nous préparer pour la prochaine Guerre Sainte. Ainsi, Saga, tu dois utiliser toute ton énergie à surveiller Poséidon et son activité… »
Saga se courba de nouveau : « Oui. »
Shion poursuivit : « … Quant à toi Aiolos, ta responsabilité est de protéger le Sanctuaire… »
Aiolos s’inclina à son tour : « Oui. »
Le Grand Pope conclut enfin : « … A présent l’heure est enfin venue. »
Ensemble, les cosmo énergie d’Aiolos, Saga et Shura s’élevèrent de concert après une telle annonce.
Arlès fixait son frère fatigué et songea : « Une telle annonce au beau milieu de ce tumulte… Shion aurait-il ressenti lui aussi un malaise ? Cette nouvelle est-elle destinée à jauger les attitudes de chacun ? »

Alors que le groupe allait se disperser, Shion tint à féliciter son jeune Saint d’or.
_ « Shura, ton attaque de tout à l’heure était très puissante.
_ Oui… Même si je ne savais pas comment la contrôler… C’est comme si ma main bougeait de sa propre volonté.
_ C’est quelque chose que nous ne pouvons voir, mais c’est un don d’Athéna certainement ! »
Saga et Arlès furent surpris par les certitudes du Pope, tout comme Shura qui affichait une mine joyeuse et fière.
Shion poursuivit : « C’est l’épée sacré que les dieux ont appelée Excalibur ! Il y a plus de deux-cent ans, mon camarade El Cid avait été béni du même don. Utiliser cette arme sacrée est ta récompense méritée pour le dur entraînement que tu as subi. Lorsqu’Athéna arrivera, tu pourras la protéger en étant à ses côtés ! »
Les larmes coulaient sur les joues de Shura : « Oui ! Je lui suis très reconnaissant. »
Le Capricorne observait admirativement son bras droit, preuve de sa dévotion pour sa déesse.
Aiolos lui prit la main en lui serrant très fort et Saga le complimenta d’une tape sur l’épaule.
_ « Shura c’est fantastique !
_ Félicitations Shura ! »
Le mouvement de Saga attira l’attention d’Arlès.
Le Saint d’argent devina une blessure sous la soutane du chevalier d’or à hauteur du bras, laissant s’écouler beaucoup de sang.
Il jeta un ½il discret sur son frère afin de voir si celui-ci l’avait remarqué lui aussi. Mais le vieil homme fatigué commençait déjà à tourner le dos à ses sujets.
Arlès, au fond de lui, demeurait dubitatif : « Shion… Pourquoi un tel timing dans l’annonce de la naissance d’Athéna pour y opposer ensuite un tel détachement ? N’as-tu pas perçu son attitude étrange ? Attends-tu une manifestation plus marquée ? Non… Moi je ne peux attendre davantage. Il en va de ta sécurité et de celle d’Athéna. Je dois en avoir le c½ur net. »
Arlès mit fin à cette effusion de joie : « Vous pouvez disposer ! »

Les trois chevaliers d’or firent un signe de la tête en guise de respect et d’obéissance tout en observant le Grand Pope marcher lentement vers ses appartements. Arlès se dirigea vers une autre salle et appela le chevalier des Gémeaux.
_ « Saga, peux-tu venir à côté ?
_ Arlès… Que se passe-t-il ?
_ Je voudrais te parler quelques instants… »

Aiolos et Shura descendaient vers leurs temples pendant que Shion s’était retiré à l’opposé du palais papal.

Après quelques secondes d’hésitations, peu à l’aise, Saga emboîta le pas à Arlès.
Devançant le Saint de l’Autel, Saga commença à crisper son visage pendant qu’une étrange lueur scintillait dans ses yeux.
Arlès était trop occupé à réfléchir à l’attaque que Shion venait de subir pour s’en apercevoir.
Une fois Saga au beau milieu de la pièce, Arlès referma la lourde porte derrière lui.
Eclairé par quelques torches faisant le tour de ce qui ressemblait à une bibliothèque, il observait le bras blessé et se précipita dessus pour remonter la manche du Grec.
_ « Saga ! Qu’est-ce que… ?
_ Quoi ? Mais que fais-tu ? »
Saga paniqua lorsqu’Arlès distingua la blessure infligée par Excalibur : « Saga, moi seul suis au courant. Si tu as des pensées maléfiques, je te conseille de les oublier dès à présent. »
Incapable de refreiner l’angoisse d’être découvert, Saga devint un autre homme en une fraction de seconde. Ses yeux virent au rouge sanglant.
_ « Ah… Arlès, si tu n’étais pas aussi curieux, tu aurais eu une vie plus longue…
_ Quoi ?! »
Ses cheveux blanchirent pour arriver finalement à une teinte grisonnante. Il leva le bras gauche au ciel tandis que le droit concentrait son cosmos : « Ne pas avoir de pensées maléfiques ? Ah, ah, ah… Je suis Saga Saint d’or des Gémeaux qui va prendre la place d’Athéna et devenir le maître du monde ! Voici l’attaque la plus puissante des Gémeaux… »
Toujours amoindri par l’assaut de tout à l’heure, Arlès ne pouvait plus bouger : « Galaxian Explosion ! »
Arlès encaissa l’arcane de plein fouet, faisant voltiger son casque qu’il tenait à la main et arrachant sa soutane.
Saga fixa avec dédain le corps d’Arlès, resté debout, mort, la Cloth ébréchée.
En passant à côté du cadavre qui resta vaillant jusqu’au bout, Saga le bouscula de l’épaule pour le laisser s’écraser lourdement sur le sol.
Il enfila la toge blanche d’Arlès, salie par le sang, par-dessus la sienne et ajusta le heaume écarlate à forme reptilienne sur son crâne en ricanant : « A partir de maintenant, je serai Arlès ! Saga le Saint d’or des Gémeaux n’est plus au Sanctuaire puisqu’il est parti surveiller Poséidon… Dorénavant, il me suffit d’attendre que le Pope me nomme, moi Saga, comme successeur. Et s’il n’en a pas le temps, c’est en tant qu’Arlès, son intendant que je préparerai mes plans de conquête. Ah, ah, ah… »
Flashback

Revivant avec satisfaction sa cruelle machination, Saga pouffe de rire à la surprise de Gigas qui préfère ne pas le questionner.
Saga remonte la manche droite de sa soutane et étudie avec minutie son poignet sur lequel il reconnaît une vieille cicatrice. Il chuchote alors : « Hum… Excalibur… L’arme qui nous ramènera la victoire d’Yíaros… »


Sur Yíaros justement, les premières sentinelles de la côte Sud voient approcher le pavillon Athénien.
Les Hébéïens se focalisent sur le navire de Shura sans distinguer celui d’Apodis qui contourne l’Est de l’île…

69
Only for Love / Chapitre 19
« on: 21 May 2011 à 18h38 »
Chapitre 19

En direction de l’île d’Yíaros, sur la mer Egée, la nuit du 5 au 6 mars est bien fraîche.
Tout comme sur les navires où se trouvent Aldebaran et Shura, un homme vêtu d’une tunique de soldat dépose un chaudron sur le pont.
Ces cuisiniers qui vivent en permanence au Port du Destin, en Crète, profitent de cette campagne contre Hébé pour prendre des nouvelles de leur terre natale, le Sanctuaire, tout en délivrant la soupe aux soldats avec, dans l’ordre, les Saints d’or, les Saints d’argent et le clergé puis les Saints de bronze, et enfin, les soldats qui font la queue.

Sur le bateau que Yakamoz dirige avec Ptolémy, Apodis picore son morceau de pain.
A l’avant du bateau, il scrute l’horizon et s’agace : « Nous ralentissons la cadence ! A ce rythme ces chiens d’Hébéïens auront eu le temps de fuir avant notre arrivée ! »
Apodis est rageur, tout comme Babel et Shura, chacun sur un navire différent, fixant eux aussi la direction de la terre ennemie.
Aldebaran préfère rester dans les cales à jouer aux dés avec Naïra Saint de bronze de la Colombe autour d’un bon verre de vin, tandis que sur le navire de Shura, Philémon Saint de bronze du Lièvre reste en compagnie des prêtres et des prêtresses pour invoquer Athéna avec quelques soldats.

Sur le pont, assis la tête appuyée en arrière contre un mat, Apodis rumine ses désirs de vengeance.
Epuisé par ses nerfs à vifs, il tombe de sommeil en ressassant le passé…

Flashback
1972 - Turbulent et violent, Apodis, cinq ans, se précipitait chaque jours vers la rivière, après qu’un prêtre descendu à Honkios se soit occupé de l’instruction des enfants. Il aimait y retrouver son père Frontinus.
Le futur Caraïb Ghost Saint de la Méduse menait là-bas des combats de rues contre des vétérans de l’armée. Il pariait sur sa victoire afin de gagner quelques sacres, monnaie du Sanctuaire.
Apodis se faufilait parmi les spectateurs et savourait chaque victoire de son père.
Frontinus était un véritable roc, tel un boxeur, ses coups étaient de véritables missiles que ses adversaires ne pouvaient esquiver.
Le petit garçon était le premier à féliciter son père.
Néanmoins, ce dernier ne le prit jamais dans ses bras. Il ne posait même pas les yeux sur son fils qu’il ignorait par-dessus tout.
Frontinus partait dans des tavernes avec quelques femmes et des brigands pour dépenser dans le vice l’argent qu’il gagnait, tandis que Mujakis la mère du futur Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, se ruinait la santé à travailler la terre pour ramener quelques légumes et acheter de misérables morceaux de viandes défraîchis sur le marché.

Aimante, Mujakis demandait à son fils de ne pas suivre la même voix que son père. Apodis devait se concentrer sur son intellect. Elle lui apprit à bien se tenir, à respecter autrui et à étudier les leçons prodiguées par les prêtres qui enseignaient l’écriture, la lecture, les mathématiques, les arts, sans oublier les multiples légendes qui remontaient de la création de l’univers aux jours les plus récents.
La complicité qu’il entretint avec sa mère transforma cet enfant colérique en adolescent gai et instruit…
Flashback

Apodis revient à lui, le navire ralentit de façon trop subite pour que cela soit anodin.
Il constate que les voiles sont baissées et que les marins ne rament plus en calles.
Un navigateur du vaisseau d’Aldebaran s’écrit : « Terre en vue ! »
Il s’égosille si fort que les deux autres bateaux peuvent l’ouïr.
Une expression machiavélique s’affiche sur la mine d’Apodis qui court en direction des cales prendre sa Pandora Box.
Tapis dans l’ombre, camouflé sous sa soutane grise et son masque violet, Ptolémy le surprend : « Tu as l’air bien pressé d’accomplir ta mission ! »
Apodis sert le poing d’un air rageur : « Je tiens à honorer la mission que m’a confié le Grand Pope au nom d’Athéna ! Hébé et ses soldats doivent payer pour ce qu’ils ont fait ! »
Ptolémy le calme quelque peu : « C’est bien Saint de bronze. Le Grand Pope te féliciterait pour une telle bravoure. Toutefois je te conseille de ne pas te hâter trop vite. Un plan de guerre va certainement être étudié avant que nous accostions ! »
Apodis réfléchit un instant et se ravise, il est vrai que foncer tête baissée ne sert à rien.
Yakamoz rejoint ses pairs en descendant l’escalier au bois grinçant : « Je vous cherchais tous les deux. Les navires ont jeté l’ancre. Nos hommes ont ordre de se préparer pendant que nous allons sur le bâtiment du seigneur Shura. Nous y travaillerons une stratégie d’attaque. »
Apodis observe sa Pandora Box et d’un hochement de tête il appelle son armure. Celle-ci répondant à la volonté de son propriétaire, vient à lui pour le recouvrir intégralement : « Bien ! Je suis prêt à me présenter devant nos Saints d’or. »
Il emboite le pas à ses supérieurs tandis que Ptolémy fait un signe évasif de la main : « Pars devant, je te rejoins ! »
Yakamoz s’exécute tandis que Ptolémy consigne quelques notes sur un morceau de papyrus qu’il déroule de sa soutane. Il inscrit au milieu d’autres annotations : « … le chevalier Apodis se présente désormais comme un fidèle sujet de sa majesté. Il a épousé sa cause depuis les évènements de la Journée Sainte. »


Pendant ce temps, au Sanctuaire, dans les catacombes de la maison du Cancer, ruisselle l’eau de la pluie qui s’est insinuée dans la demeure et qui s’évacue par le sous-sol.
A l’intérieur de celui-ci, Deathmask reprend connaissance après qu’il se soit évanoui à la suite des blessures infligées par ¼dipe et surtout Hébé, alors qu’il apportait son repas à Lilith.
Il revient à lui dans sa cellule.
A sa grande surprise, en ouvrant les yeux, il remarque qu’elle lui caresse le front avec de l’eau. Il a été allongé sur le dos et sa tête est soutenue par un linge qu’elle a arraché sur un cadavre en décomposition.
Le bol dans lequel il lui avait apporté son bouillon a été vidé et c’est à l’intérieur de celui-ci que Lilith est allé chercher l’eau avec laquelle elle le rafraichit.
Il se redresse subitement en se cramponnant le torse de douleur.
Surprise, la malheureuse détenue se laisse tomber en arrière, couchant son corps nu sur la terre humide et couverte d’insectes.
Deathmask la fustige avec dédain en lui crachant au visage.

Pourtant, lorsqu’il emprunte le chemin de la sortie, il remarque que la porte de la geôle est restée grande ouverte. Il murmure alors : « Je suis resté inconscient un long moment… Tu aurais pu sortir, tu aurais pu hurler demander de l’aide. Pourquoi rester là ? »
Sans même se redresser, la prisonnière qui souffre d’un rhume depuis le mois et demi qu’elle est prisonnière dans cette cave humide, infestée de moisissures, de cadavres et de rats, prononce pour la première fois ces quelques mots. Le son vient difficilement, sa voix est enrouée : « J’ai déjà essayé de me sauver lorsque vous m’avez enfermé ici. Un trou de plusieurs mètres de haut est le seul accès à l’étage. Je ne peux réaliser un bond que seul un chevalier est capable de faire. »
Deathmask sourit sadiquement face à tant de franchise. Une autre question le taraude néanmoins : « Tu as lutté contre ma fièvre. Je ne comprends pas ? »
Bien que son visage soit cerné et creusé par la maladie et la faim, elle affiche un sourire timide qui illumine l’espace d’un instant ce lieu de désolation : « Sinon je n’aurai plus à manger, ni à boire et rien à lire non plus… »
Elle est prise d’une violente quinte de toux qui la fait se replier sur elle-même tant la douleur est insupportable.
Deathmask comprend que la prêtresse violée par Saga aime découvrir le passé évoqué par l’Italien dans son recueil. Avant de refermer la porte de la prison, il déclare d’un air presque chaleureux : « Ta maladie ne s’arrangera pas avec le froid et le manque de nourriture. Je t’apporterai des vêtements lors de ton repas de ce soir. A partir de maintenant tu auras droit à trois repas par jour. »
Il quitte la lugubre demeure de Lilith en refermant la lourde porte faite d’une grille de métal sur laquelle ont été coulées plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur de béton, laissant ainsi la captive seule, avec pour unique lumière la faible flamme de sa bougie.


Plus haut, dans le palais du Pope, Saga marche seul, calmement.
En maître des lieux, il observe l’architecture de cet immense édifice et l’usure que le temps a eu sur lui. Des plafonds à la roche fissurée, des colonnes effritées et des dalles manquantes à certains endroits.
Il avance paisiblement vers les arrière-salles où se situent les appartements d’Athéna.

Pour joindre ces pièces, il se dirige en direction de sa salle d’audience où un long tapis rouge relie le chemin à son trône.
C’est derrière son fauteuil où sont tirés de grands rideaux couvrants le mur de la salle qu’il approche : « Depuis douze ans, personne n’est venue ici grâce à ma volonté. Sur un soi-disant désir d’Athéna, je garde ces lieux clos… »
Il écarte les immenses voilages qui dissimulent une voute en berceau dans laquelle il s’engouffre pendant qu’il achève sa phrase : « … ces lieux où le silence est d’or et le secret bien gardé ! »
Il débouche sur une salle immense où un lit en banc de pierre se trouve en haut de trois marches en fond de salle. Sur les côtés de cette pièce, au plafond maintenu par des colonnes doriques, débouchent plusieurs couloirs que Saga emprunte.
En chemin, l’usurpateur défait son casque orné en son sommet par un serpent ainsi que son masque violet aux yeux rouge. Ses cheveux perdent leur teinte grisâtre à mesure qu’il suit le chemin des torches.
L’allée l’amène dehors. Elle continue sous la forme d’un pont en pierre suspendu.
A son bout, une tour est maintenue au-dessus du vide au beau milieu des montagnes qui encerclent les douze maisons.
Saga a retrouvé son physique originel. Il soupire un instant avant d’ouvrir la porte de cette pièce arrondie.
A l’intérieur, le vent s’engouffre violemment par un trou fait dans le mur. Au milieu de la pièce un berceau vide est le seul meuble qu’on peut trouver dans ce lieu lugubre.
Les torches ne brûlent plus ici mais la lueur de la lune illumine suffisamment la pièce pour que le Saint d’or des Gémeaux reconnaisse sur les dalles de ciments de vieilles taches de sang imprégnées. Il s’accroupit et les frotte avec émotion en murmurant : « Aiolos… Mon ami… »

Flashback
Mai 1973 - Le matin déployait ses ailes tout en douceur, trouvant son chemin parmi les trouées ajourant les murs de la troisième maison du zodiaque, réveillant doucement le propriétaire de sa nuit tourmentée.
Dans la chambre située dans un recoin du temple des Gémeaux, le jeune homme remua faiblement sous les draps, se détournant du rayon lumineux qui lui rappelait avec une certaine insolence qu’une nouvelle journée venait de commencer. Il se recouvrit le corps tout entier de son drap, cherchant à fuir l’astre solaire et ses obligations journalières, l’espace d’un moment encore. Les jambes ramenées contre son torse dans une position f½tale, il tenta de se rendormir mais la douce mélopée matinale des oiseaux l’en empêcha. Les yeux fermés, il écoutait les chants s’élever crescendo dans l’air ce qui le fit sourire et finit de le convaincre de quitter son lit malgré son envie d’y rester terré.
Pendant ce temps, une ombre se faufilait dans les couloirs du temple, guillerette et enjouée, se dirigeant droit vers la chambre où elle était sûre de rencontrer le propriétaire, persuadée de le trouver encore profondément endormi écrasé par la chaleur intense qui régnait à l’extérieur, le mois de mai étant très chaud pour la saison. Elle tenait entre ses mains un plat rempli de pommes d’un rouge éclatant, belles et rondes, généreuses à croquer. Un petit déjeuner de choix qu’elle souhaitait partager avec le loir tapi sous sa literie qui ressentait depuis le début sa présence en son domaine.
La silhouette arriva près de la porte en bois délimitant le domaine privé du Saint des Gémeaux et s’y fixa le temps de prendre une profonde aspiration pour puiser un peu de courage afin de braver le sacré de l’endroit. En plusieurs petites inspirations, elle se calma et se prit à sourire en armant son geste pour ouvrir sans frapper la porte lui faisant face.
Elle s’empara du loquet qu’elle tira pour se pencher joyeusement et présenter un beau sourire lumineux et mutin. Quelle ne fut sa surprise lorsqu’elle vit que le jeune homme qu’elle était venue visiter à l’improviste était prêt à se lever, assis sur le bord du lit, les cuisses recouvertes du drap blanc sous lequel il s’était tantôt caché. Son corps athlétique était généreusement offert à la vue de son visiteur qui sentit monter une pointe de honte lui empourprer les joues, l’embarrassant sur le moment. Le jeune homme ne dit mot, massant sa nuque moite sans adresser de regard vers la porte restée figée dans le temps où se cachait le jeune homme maintenant pris au dépourvu.
Les longs cheveux bleus du Saint tombèrent sur son torse, caressant ses épaules. Amorphe, Saga finit par abandonner son lit pour apparaître entièrement dénudé au regard de son ami, non surpris par sa nudité.
Alors qu’il s’étirait, il demanda : « Tu comptes rester à la porte toute la journée ou te décideras-tu à entrer Aiolos ? »
Avec diligence, Aiolos repoussa la porte, déposa le plateau sur le bureau estampillé par le symbole des Gémeaux et mordit à pleine dent la chair juteuse et sucrée d’une de ses pommes.
Le Sagittaire observait Saga. Un corps doré, joliment dessiné par des années passées à s’entrainer au grand air sous le chaud soleil de Grèce, portant les stigmates de nombreux combats formant de fines lignes blanches sur sa peau.
_ « Qu’es-tu venu faire si loin de ta demeure ? »
Aiolos se racla la gorge, sa dernière bouchée dans le fruit l’ayant un peu étranglé, trop obnubilé par la scène érotique qu’il avait saisie au vol : « Ai-je réellement besoin d’une raison pour visiter un ami ? »
Le frère ainé d’Aiolia vint se saisir d’une pomme qu’il lui lança de la table. Le geste vif de Saga enchanta le Saint du Sagittaire qui sourit jusqu’aux oreilles, satisfait de le voir parfaitement tiré de son sommeil. Il lui avoua alors l’objet de sa présence.
_ « Voilà la raison de ma visite… Un petit-déjeuner frugal ! Tu m’en veux ?
_ Je ne m’attendais pas à ça de toi, c’est tout.
_ Tu finirais presque par me vexer, tu sais ?
_ Pourquoi il t’en faudrait si peu pour que cela soit effectif ? »

Tous deux étaient des Saints très respectés, enviés par leurs autres camarades de la chevalerie, suivis de près par Shion et désirés par la quasi-totalité des c½urs libres du Sanctuaire.
D’un fort caractère, chacun espérait surpasser l’autre et s’approprier toute la notoriété. Cela avait fait naître chez eux une rivalité qui au-delà de la compétition, avait altéré beaucoup leur amitié.
C’est pour cette raison qu’Aiolos avait profité que Saga soit rentré de mission pour lui apporter ce plateau de fruits. Il espérait renouer des liens amicaux en s’accordant un peu d’intimité tous les deux.

Les jeunes gens se mirent à rire ensemble, non pour les mots échangés mais pour le silence qui s’en suivit, un silence qui fit naître un étrange sentiment entre les pairs.
Aiolos se décida à quitter sa place près de la table et se dirigea le c½ur battant vers son allié. Ses pas résonnèrent intensément dans son crâne, une fièvre nouvelle se mit à envahir son corps tout entier.
Une demi-dizaine de pas le séparait de Saga qui mangeait sa pomme. Aiolos vint si près de lui que cela le rendit perplexe et étrangement cela le fit rougir. Sa gorge devint douloureuse, ses lèvres s’asséchèrent soudainement lorsque la main du Sagittaire se posa sur sa joue et qu’il se mit à la lui caresser avec une infinie douceur.
Fort de cette audace nouvelle Aiolos posa sa seconde main sur le visage déconfit du beau jeune homme qui lui adressa un regard intrigué, impuissant, presque docile. Les mains bien agrippées à son visage, il le souleva avec délicatesse pour pouvoir apercevoir l’éclat de son regard anxieux.
Saga ouvrit un peu plus les lèvres et prit soudainement conscience qu’il s’apprêtait à être délesté d’un baiser de la part de cet homme qu’il appréciait depuis toujours. Les yeux grands ouverts, la gorge serrée et saisi de tremblements, il vit le visage d’Aiolos se rapprocher de lui. Le c½ur battant jusqu’à se rompre dans sa poitrine douloureuse, Saga attendit l’inéluctable. Sagement assis sur son lit, bien que transit à l’idée que ce mouvement s’arrêta sans qu’il ne fût terminé, dans un geste de lucidité, il s’empara de son fruit et le plaça dans la bouche de son camarade. Il se dégagea rapidement en hurlant : « Ça ne va pas ! Qu’est-ce qui t’as pris enfin de vouloir faire ça ? »
Saga se montra fort dépourvu et hors d’haleine, son regard fulminait de rage à l’encontre de cet ami tombé à genoux près du lit.
Aiolos, du dos de la main, s’essuya les lèvres puis, mesurant son geste indécent, il regarda obstinément le sol en cherchant à éviter toute confrontation avec le maître des lieux resté au loin à l’abri de ces facéties impudiques.
_ « Je l’ignore, murmura Aiolos… Je t’assure que je ne sais pas ce qui m’a pris mais soudainement j’ai voulu te prendre un baiser. Je suis désolé.
_ Tu peux l’être effectivement ! »
Les regards s’enfuirent, les attitudes devinrent frigides, un froid s’était créé entre les deux jeunes gens tous deux désireux d’aventures sentimentales mais qui ignoraient encore que les sentiments étaient de nature difficile d’appréhension. Les c½urs affolaient par cet événement, ils gardèrent leur distance, restant obstinément figés à leur place, toujours fuyant la réalité de leur sensualité naissante.

De longues minutes s’écoulèrent sans qu’il ne se passa rien entre eux jusqu’à ce que las de cette histoire, Saga abandonna le terrain. Rentré durant la nuit de sa mission, il devait rendre compte au Grand Pope.
Cette fuite de sa part agaça Aiolos qui se releva pour le poursuivre dans les couloirs de la maison des Gémeaux, le rattrapant en quelques enjambées pressées.
Le geste vif, il s’empara du poignet de Saga, toujours fâché, et le fit se détourner de sa route pour qu’il pivote vers lui. D’un mouvement franc et parfaitement contrôlé, il finit par accomplir son désir de lui prendre de force un baiser.
Surpris par le mouvement, Saga se laissa capturer par Aiolos et se retrouva entre ses bras. Les doigts du Sagittaire enserrant son poignet, il était capturé dans une étreinte charnelle et ne fit plus un mouvement lorsqu’il sentit sur ses lèvres le baiser brûlant du fier guerrier. Le souffle d’Aiolos lui investit la gorge, ce qui le rendit fiévreux.
Leur échange les embrasa tous deux jusqu’à ce que le charme soit rompu de lui-même, les chevaliers reprenant le contrôle de leurs pulsions en se rendant compte que l’endroit n’était pas approprié pour se livrer à de telles explorations.
Le souffle court, hors d’haleine et tout en sueur, Saga fit quelques pas pour échapper aux caresses d’Aiolos. En le fixant dans les yeux, cette fois-ci avec amitié, Saga quitta enfin sa demeure pour trouver Shion…
Flashback

Saga revient à lui, il revit l’espace d’un instant la réaction qu’eut Aiolos lorsque quelques mois plus tard il découvrit la tentative d’assassinat d’Athéna.
Les larmes lui viennent et son poing se crispe tandis qu’il balbutie : « Kanon… Tout ça… C’est ta faute… C’est toi qui as fait germer la graine du mal qu’il y avait en moi… »

Flashback
Mai 1973 - Quelques heures après que Saga ait rencontré le Grand Pope, au Nord du Sanctuaire, dans une petite forêt à proximité d’un corps de ferme, un jeune homme aux cheveux longs et bleus, vêtus d’un haut azur, remonte son pantalon et enroule les lanières de ses spartiates autour des chevilles.
Sous les yeux des deux b½ufs qui tiraient une charrette remplie de foin, une paysanne réajuste sa coiffe et sa robe en observant son amant d’un ½il concupiscant.

Au loin, dans un bâtiment, un bouvier constata que le char était arrêté.
La paysanne déclara : « Mon père doit s’impatienter, je ferai mieux d’y aller. A bientôt chevalier des Gémeaux. »
Le bel homme la regarda prendre sa route avant d’attraper un fou-rire qui devint machiavélique.
Une fois qu’il eut repris son souffle, il avoua en riant : « Ah, ah, ah… Comme c’est bon de se faire passer pour toi mon frère ! Ah… »
Son rire fit froid dans le dos de Saga, dissimulé depuis le début dans l’ombre.
Il répondit sèchement : « Maintenant que tu t’es bien amusé, nous rentrons nous entraîner ! »
Kanon refusa l’invitation.
_ « Ça fait plus d’un an que nous sommes arrivés d’Yíaros et que je te prouve quelle est l’étendue de ma force. Je ne supporte plus le fait de me cacher dans cette petite cabane à l’Est du domaine. Quand vais-je pouvoir vivre sous mon vrai nom et non sous le tien ? Personne au Sanctuaire ne sait que nous sommes jumeaux ! Pourquoi ?
_ Tu es trop dangereux ! Tes rêves de puissance risquent de tout faire échouer ! Athéna va bientôt venir au monde et ce jour-là le Grand Pope me choisira comme successeur. Mais s’il découvre qu’un être tel que toi est mon jumeau, alors il pensera que je suis capable des mêmes desseins démoniaques que toi ! »
Kanon suspecta d’un ½il complice son frère.
_ « N’est-ce-pas déjà le cas ? Nous sommes pareils après tout, toi aussi tu rêves de pouvoir !
_ Je souhaite devenir le plus haut dignitaire du Sanctuaire pour servir ma déesse ! Toi tu as soif de conquête, tu es fasciné par le mal ! »
Kanon se tût, un long silence apaisa la tension…

Les deux frères repartirent discrètement dans un logis abandonné dans un coin reculé à l’Est du domaine.
Saga y descendait lorsqu’il revenait de sa mission fixée par le Grand Pope.
En effet, Shion et Arlès avaient chargé Saga de veiller sur le Cap Sounion. Ce lieu situé en bord de mer, peu éloigné du Sanctuaire, est un point de passage en Méditerranée vers le Sanctuaire sous-marin de Poséidon. Le retour sur terre d’Athéna annonçant le retour d’autres dieux, l’empereur des mers était de ceux à surveiller.
Lorsqu’il rentrait, Saga s’assurait que son frère vivait toujours dans le secret.
Kanon n’a jamais caché ses projets diaboliques. Le Saint des Gémeaux l’avait ramené d’Yíaros pour s’assurer qu’il ne fasse rien de tragique là-bas. En le gardant près de lui, il espérait faire de lui son successeur au cas où il lui arriverait quelque chose.
Hélas, Kanon devenait de plus en plus imprévisible et Saga commençait à rêver d’un pouvoir plus grand que celui dont Shion disposait déjà…
Flashback

Saga se redresse subitement.
Il sort de ses souvenirs et fixe le berceau vide à la couche épaisse et molle toujours transpercée par la dague que Cronos lui confia.
Rien n’a bougé depuis douze ans, hormis la dague rangée sous son trône.
Personne n’est revenu dans ces lieux hormis les fantômes qui hantent l’esprit tourmenté des Gémeaux. Saga s’interroge : « Athéna… Où es-tu ? Mes hommes sillonnent le monde à la recherche de l’armure d’or du Sagittaire. Tu ne dois pas en être bien loin… »


Justement, au Japon, dans un immense stade couvert qui domine Tokyo, les médias et les journalistes de tous les pays, comme les simples spectateurs, se réunissent.
Ils affluent dans l’unique but de célébrer la fin de la construction de cette version moderne du Colisée romain.
Ce dôme de pierre s’élève sur plus de quarante-trois mètres de haut. Doté d’une technologie de pointe incroyable, il dispose d’un toit ouvrant et de cent-mille places assises.
Des écrans géants sont installés tout autour du stade, tandis qu’à l’intérieur, lorsque le dôme se referme, le ciel devient étoilé.
Un ring est dressé au centre des tribunes avec, au-dessus, quatre panneaux lumineux qui, collés l’un à l’autre, forment un cube et affichent en continu le message suivant : « Bienvenue au grand Coliseum ! »
Dans les tribunes, au-dessus du débouché des vestiaires, protégée par un léger vitrage, se trouve la loge d’honneur.
Derrière les gradins, dans les couloirs, de nombreux stands d’animations sont encore fermés pour le moment.
Près des vestiaires, de nombreuses salles de réunion, de relaxation ou de repas sont encore closes.
Une seule, celle de conférence, est animée par M. Tokumaru Tatsumi, homme de main du défunt Mitsumasa Kido.

Devant une horde de journaliste, le sportif amateur de kendo se tient debout en appui sur une table à côté d’une demoiselle qui n’a pas encore ses douze ans, la propriétaire de ce complexe, Mademoiselle Saori Kido.
Tatsumi répond à chaque question posée par les critiques mais reste mystérieux sur le réel intérêt du colisée : « Aujourd’hui nous inaugurons le Coliseum qui s’est achevé quelques mois en avance sur nos prévisions. Nous tenons à féliciter notre service du bâtiment qui a fait un travail époustouflant. Mon maître, Mitsumasa Kido, était passionné pour les arts de combat. C’est pour respecter sa mémoire que nous avons achevé ce projet ambitieux qu’il chérissait tant. Dans quelques mois, de nombreux combats mémorables se dérouleront ici sous vos yeux. La Fondation Graad forme actuellement des hommes qui s’approprient des techniques légendaires. Bien entendu, vous serez convié le moment voulu à en savoir plus sur ces êtres surhumains qui viendront faire devant vous l’étalage de leur toute puissance. »

Divinement belle, Saori Kido, jeune demoiselle promise à un bel avenir dans le monde des affaires, se redresse de son siège.
Tous les appareils photos se braquent sur elle, tout comme l’attention de chaque interviewer qui observe l’étalage de sa beauté.
Ornée de bijoux, dans sa longue robe blanche, la fière héritière au regard ferme succède à son majordome.
Aussitôt, Tatsumi effectue une révérence et recule de quelques pas pour lui laisser place.
Dans la pièce, une dame en tailleur noir et en chemisier blanc entre dans la salle.
Saori tend le bras, paume de main ouverte, en direction de la femme : « Ce sera tout pour aujourd’hui messieurs. Notre hôtesse va se charger de vous faire visiter le reste du complexe. »
Tous les médias suivent avec plaisirs l’employée de la Fondation Graad alors que Saori regarde Tatsumi : « Descendons ! »
Tatsumi s’incline et suit Saori Kido.

Ensemble, ils descendent par ascenseur dans les sous-sols du colisée et finissent leur course dans la blanchisserie.
Au fond de celle-ci, dans une arrière-salle où sont entreposés des restes de matériaux de constructions, des objets défectueux et des archives, contre un mur, descend une épaisse couverture poussiéreuse que Tatsumi écarte du bras en prenant soin de ne pas tâcher son costume.
Derrière le tissu, se dresse une porte en métal sans poignets.
Seul un digicode aux touches alphanumériques autorise l’accès.
Le valet exécute le mot de passe les yeux fermés laissant le blindage s’entrouvrir lentement. Une lumière blanche, aveuglante, s’échappe de la cavité.
C’est une fois leurs yeux habitués à cet éclat vif qu’ils s’engouffrent de trois pas et stoppent leur avancé.
Devant eux, se dresse un champ de rayons lasers en perpétuel mouvement.
Ils attendent que la porte blindée se referme derrière eux pour frapper sur un nouveau digicode mural la combinaison qui fera cesser le danger.
Leurs pas résonnent sur le sol de verre illuminé au-dessous par des éclairages éblouissants.
Ils peuvent admirer leurs reflets dans les miroirs aux murs et au plafond.
Le couloir, long d’une dizaine de mètre, débouche sur un nouvel ascenseur là encore codifié.
La tête pensante de la Fondation Graad et son adjoint ressortent de l’appareil à des mètres en dessous du Coliseum.

Ils se retrouvent sur une plateforme composée de nombreux bureaux encore en construction.
Saori fait le tour d’elle-même et affiche une mine contrariée.
Elle s’avance dans la pièce principale dont la porte est déjà ouverte. Celle-ci desserre sur un plateau qui surplombe des écrans géants qui n’affichent pour le moment que des données informatiques incompréhensibles.
En bas de ce plateau, le sol n’est que partiellement carrelé. Il est pour le moment jonché de câbles. C’est au milieu de ce désordre, qu’un homme s’affaire à tirer un cordon électronique en hurlant à un autre : « Donne-moi plus de mou… Encore… ».
C’est seulement lorsque Tatsumi racle sa gorge qu’il constate l’arrivée de la demoiselle : « Qu’… Ah… Hum, hum… Mademoiselle Kido… »
Il baisse la tête en guise de politesse contrairement à Saori qui ignore le travail de ses ouvriers en marchant au beau milieu du chantier : « Le Coliseum est inauguré à l’heure actuelle. Il est en avance sur nos prévisions. Néanmoins je constate que notre QG perd énormément de temps. »
Le technicien bafouille : « Je sais bien mademoiselle Kido, veuillez-nous excuser pour ce retard. Le recrutement d’agents spéciaux, d’espions et d’informaticiens, a été ma priorité. Il nous fallait des hommes de confiance pour ce travail. Les trouver n’a pas été une partie de plaisir… »
Il pointe la scène qui domine la pièce principale et plus précisément l’espace bureautique situé en son centre : « … D’ailleurs vous trouverez leurs dossiers dans votre bureau. Nous avons recruté de véritables mercenaires, des gens d’expériences qui ont déjà travaillés pour les gouvernements où d’autres organisations et… »
Saori le coupe sèchement : « Dans la résidence de mon défunt grand-père, le grand Mitsumasa Kido, je dispose déjà de ce genre d’éléments pour mes renseignements généraux. Si je vous ai confié cette mission c’est parce que j’ai besoin de services secrets efficaces. Comment juger l’efficacité d’un élément qui prend déjà du retard ? »
Le chef du département militaire des Kido est désemparé : « Je comprends Mademoiselle, sachez que maintenant… »
Tokumaru Tatsumi surenchérit : « Enfin, un peu d’honnêteté tout de même. Nous disposons de pétroliers à la pointe de la technologie, nous créons nous-mêmes nos énergies, nos matières premières, nous venons d’achever ce complexe ainsi que la construction d’un grand hôpital pour notre Fondation Graad ! Et là nous exploitons nos propres ressources dans un siège qui manque d’innovations et d’hommes de caractère ! Nous attendons beaucoup de ce quartier général ! "
Cet homme d’expérience est totalement secoué par de tels propos : « Je vous assure que tout va rentrer très vite dans l’ordre Mademoiselle Kido. Nous serons à l’heure sur les plans que nous avons convenus. »
Saori, furieuse, quitte son repère sans même dire au revoir, suivie de Tatsumi qui est un petit peu à la traîne…

Une fois tous les niveaux traversés, elle sort du Coliseum où sa limousine l’attend dehors.
Au pas de course Tatsumi vient lui ouvrir la porte et la laisse s’assoir sur le cuir de la luxueuse voiture.
A l’intérieur, une télévision déjà allumée diffuse un reportage sur l’inauguration de la nouvelle création de la Fondation Graad.
Entre les deux banquettes et l’écran incrusté à la paroi du véhicule, un plateau avec un seau contenant une bouteille de champagne à moitié vidée est posée en compagnie de quelques verres sur la table fixée à la moquette du sol.
Saori dépose alors un regard amical sur une jeune fille de cinq ans son ainée qui est assise les jambes croisées sur la banquette d’en face tenant une coupe presque vide à la main.
Ses longs cheveux bruns tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine cachée par sa robe violette sans bretelles. Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Le petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze enjolivés par de fins sourcils.
Saori lui attrape ses douces mains aux doigts fins et aux ongles vernis : « Dis-moi ma chère Ksénia, comment étais-je à la télévision ? »
Ksénia répond avec un accent slave prononcé : « Sublime ! Presque aussi sublime que la réalité. »
Pour la remercier, la petite-fille de Mitsumasa Kido lui baise la joue.
Par la porte d’à-côté, Tatsumi entre enfin. Saori l’informe : « Tatsumi, nous allons ramener Ksénia à son hôtel. Elle doit être épuisée de m’avoir attendu ainsi toute l’après-midi. »
Tatsumi décroche alors le téléphone qui le lie au conducteur qui est caché derrière une vitre pare-balle teintée afin de l’informer de leur destination.

Ksénia est une jeune Russe dont le père a fait des affaires sur le sol japonais. Souvent parti en voyage d’affaires, il a accepté de louer un étage entier à l’année d’un luxueux hôtel de Tokyo pour sa fille qui est tombée amoureuse de cette ville.
Il faut dire qu’elle s’y est rapidement faite une amie en la personne de Saori Kido qu’elle a rencontré quatre ans auparavant lorsque son père et Mitsumasa Kido faisaient des affaires ensemble. Les deux demoiselles, bien que jeunes à l’époque, se sont découverts des intérêts communs comme le shopping, les bijoux, les concerts de musique classique, la danse…
Depuis, elles essaient de se voir au moins une fois par jour lorsque l’agenda de Saori le lui permet…


A nouveau au Sanctuaire, dans la quatrième maison du zodiaque, Deathmask achève de reprendre des forces.
C’est la panse bien remplie qu’il se lève de table à l’intérieur de sa chambrette.
Une seconde assiette est disposée en face de lui et est protégée par le couvercle d’un plat pour conserver la chaleur. Il la dépose sur un plateau en compagnie d’un couteau et d’une fourchette qu’il vient de laver dans sa bassine d’eau ramenée d’Honkios. Il l’accompagne d’un pichet d’eau, d’un verre, d’une bougie et de quelques pages de ses mémoires.
Dans sa large robe qui cache les blessures infligées par Hébé, il ouvre l’armoire en bois massif qui a traversée les âges depuis la création du quatrième palais zodiacal et en sort une couverture ainsi qu’un de ses deux pantalons craqués et un de ses trois maillots usés.

Il s’enfonce alors dans les ténèbres de sa demeure et va aux plus profond des catacombes sous les yeux impuissants des masques de mort qui ornent les murs jusqu’à sa cave.
Il tire péniblement sur la porte en béton armé pour trouver Lilith, assise contre un mur, les jambes serrées contre sa poitrine, grelotant et crachant du sang.
Deathmask observe la maigreur de sa détenue pendant qu’il lui approche le plateau : « Tu as vraiment besoin de prendre un bon repas. Mange tout de suite pendant que c’est encore chaud. »
Tel un animal affamé qui se jette sur sa gamelle, elle dévore rapidement le repas que Deathmask a spécialement préparé pour eux. Elle ne prend même pas la peine d’utiliser les ustensiles qu’il lui a amenés et mâche à peine sa nourriture. Semblant avoir perdu toute bienséance, elle boit à même le pichet l’eau fraiche, en renversant la moitié sur elle. Elle achève ce disgracieux diner en faisant un rot la gueule grande ouverte.

Du début à la fin, Deathmask la dévisage avec envie.
Il lui étend même sa pièce d’étoffe censée la protéger du froid comme s’il lui prépare un lit et dépose ses vêtements bien pliés en déclarant d’une inattendue gentillesse : « Voilà… Avec ça désormais tu te porteras mieux. »
La captive le fixe de ses grands yeux bleus presque éteins, elle semble ne pas le reconnaitre. D’habitude si indélicat, il lui montre pour la première fois de l’affection. Il se montre même doux lorsqu’il commence à lui caresser de ses mains sèches sa petite poitrine qui frémit.
Violée et humiliée par Saga puis par Deathmask le jour de son enlèvement, elle a perdu le sens de sa vie, une vie qu’elle vouait à Athéna en étant prêtresse. Aujourd’hui, cette jeune femme, fille du Sanctuaire, est persuadée qu’elle n’atteindra jamais son dix-neuvième anniversaire. Elle se surprend elle-même à apprécier le peu de douceur que lui procure à l’instant Deathmask dans cette cellule morbide où elle pense finir sa vie.
Lorsque le Cancer caresse son visage et qu’il passe ses doigts dans ses longs cheveux lilas, emmêlés et crasseux, elle ferme les yeux, sentant en elle venir le moment où l’homme va s’acharner sur elle comme l’a fait auparavant le Grand Pope.
Pourtant, elle découvre la sensation agréable que procurent quelques caresses sur ses bras, dans son cou, autour de sa bouche. Elle se laisse glisser par le poids du corps robuste du chevalier contre le sol.
Elle ne bronche pas, elle garde les yeux clos et se consacre à l’évènement qui se produit. Elle ne ressent aucune sensation particulière hormis la satisfaction de faire plaisir à son bourreau. Elle n’éprouve aucune douleur non plus, ayant compris que sa docilité lui apporterait un minimum de confort, elle s’efforce de ne pas déconcentrer le Saint d’or…

Du début à la fin, elle l’aura entendu apprécier être en elle…

Elle se surprend même à sourire lorsqu’elle regarde Deathmask se relever brusquement, suant à grosses gouttes et souffrant de l’effet provoqué par la transpiration sur ses plaies.
Le visage crispé, il quitte la cellule sans rien dire, laissant Lilith ramasser les feuilles de son recueil et se coucher lascivement sur l’étoffe pour les découvrir en gardant une mine satisfaite…

70
Only for Love / Chapitre 18
« on: 19 March 2011 à 16h06 »
Chapitre 18

En marge des évènements qui ont confrontés Mû et Shaka à de futur Généraux de Poséidon, l’actualité du Sanctuaire ce 5 mars 1985 reste dominée par la riposte à l’encontre des Hébéïens.

Celle-ci se prépare au Port du Destin, l’annexe portuaire du Sanctuaire située en Crète vit un évènement qu’elle n’a plus connu depuis des milliers d’années.
En effet, les deux-cents soldats du domaine sacré, accompagnés de huit Saints ainsi que des membres du clergé, sont réunis sur les quais.
Les marchands, les messagers du Sanctuaire, les marins et les employés des auberges observent la discipline de ces hommes qui se divisent en quatre groupes sur les pontons, face à quatre navires.
 
Ces vaisseaux en bois massif et en métal sont entretenus dans ce port. Il s’agit des bâtiments de campagne qu’utilise le domaine sacré lorsqu’il envoie des légions sur les terres ennemies.
Un cinquième pavillon reste ancré au large, celui-ci est plus majestueux, plus grand, plus décoré. Il s’agit de celui d’Athéna et du Grand Pope. Ni l’un ni l’autre ne l’a utilisé ces milles dernières années. A son bord, des matelots et des cuisiniers travaillent chaque jour à son entretien.
 
La longue et solide passerelle de chaque embarcation atteint les embarcadères.
En tête, Saints d’or et d’argent emboitent le pas à leurs troupes composées de Saints de bronze, de soldats et de religieux.
 
Déjà parés sur les navires, les membres des équipages, tous originaires du Sanctuaire, portent la même tenue que les gardes. Ils sont accroupis et attendent les directives. Ces dernières sont formelles : « Cap sur Yíaros ! »
 
Les ancres sont rapidement levées. Les Saints se posent, sur le pont tandis que les soldats se réunissent dans les cales où ils prient Athéna, sous la directive des représentants de la sainteté.
 
Il n’y a qu’un seul navire où des soldats se permettent de joindre le pont. Quinze soldats en tout, avec parmi eux le caporal Pullo. Il s’agit des hommes les plus fidèles d’Apodis.
Les quinze braves prient eux-mêmes, à ciel dégagé, bien que Yakamoz qui est la plus gradée, ait demandé à Apodis de renvoyer ses soldats avec les autres.
L’Oiseau de Paradis refuse de se soumettre aux ordres de son supérieur. Ses petits yeux rouges, fixent avec amertume la mer Egée et ses courts cheveux bleus s’agitent dans l’air.
Il repense à ses origines…
Si une tierce personne évoque le nom de Frontinus, rares sont ceux capables de mettre un visage sur ce robuste mercenaire.
Pourtant Frontinus, le père d’Apodis, fait partie des hommes qui, à force d’acharnement, sont parvenus se faire une place au Sanctuaire.
Tout remonte à la rencontre de ses parents originaires du Sanctuaire…
 
Flashback
Les parents de Mujakis, la mère d’Apodis, auraient voulu l’envoyer dans les prieurés où sont formées les prêtresses d’Athéna, aspirantes Saintias.
L’instruction sans passer par le camp des femmes chevaliers est toutefois réservée aux enfants des habitants les plus aisés du domaine, car contre l’éducation de leur progéniture, les villageois versent de nombreux sacres au Sanctuaire.
 
Les grands-parents maternels d’Apodis manquants de moyens, Mujakis travaillait donc dans l’écurie d’un fermier où elle s’occupait des chevaux.
D’une personnalité pure, elle nourrissait de grands projets, où elle se voyait épouser un paysan aimant à qui elle aurait offert une descendance, qu’elle aurait voué aux travaux fermiers plutôt qu’aux garnisons athéniennes.
Belle et candide, elle avait néanmoins un caractère en acier trempé. Il faut plus que les doigts d’une main, pour calculer le nombre de Saints ayant profité de leur grade pour courtiser ses charmes, en vain. Mujakis se permit même une fois, de refuser les avances d’Arlès Saint d’argent de l’Autel.
 
Le Saint d’argent de l’Autel est depuis la nuit des temps l’ombre du Grand Pope. Il endosse souvent le rôle de chef d’armée pour attirer l’attention de l’ennemi sur lui.
Second du Grand Pope, le Saint de l’Autel était à l’époque Arlès, frère cadet du Pope Shion.
Il y a longtemps qu’il n’est pas apparu aux yeux du peuple dans sa Cloth d’argent.
Le peuple croit le voir apparaître dans sa tenue papale au heaume et aux épaulettes rouge sang. Ignorant tout de l’usurpation de Saga.

Toujours est-il qu’à l’époque, Mujakis se réservait en réalité pour un jeune et coriace fils de soldat, Frontinus.
Ce jeune homme était mystérieux. Il parlait peu et avait une réputation de puissant cogneur.
Ses cheveux courts, blancs et ses yeux noirs onyx, le rendaient séduisant. Son côté renfermé lui donnait un air intriguant qui mystifiait les villageoises qu’il rencontrait. Il devait souvent se défaire des nombreux maris rancuniers qui découvraient qu’il était le responsable des infidélités de leurs épouses.
Son v½u le plus cher était de devenir Saint.
Il fut mis à la rue à l’âge de dix ans par son père pour le punir. Le grand-père paternel d’Apodis trouvait Frontinus trop faible pour prétendre un jour à une armure.
Depuis, il se battait chaque jour pour gagner son pain et surtout le respect. C’est comme cela qu’un Saint d’argent accepta de l’intégrer à son groupe d’apprentis pour faire de Frontinus son élève.
Hélas, le teigneux disciple misait tout sur sa force de frappe, manquant de patience et de respect envers son mentor et ses camarades.
Chassé par son professeur, puis par les ouvriers et les marchands qui l’employaient, chaque fois pour excès de violence, il trouva sa vocation en travaillant à l’assainissement des eaux du Sanctuaire dans la ville d’Honkios.
C’est ici qu’il croisa la jeune femme aux cheveux bruns bouclés et aux yeux noirs, Mujakis.
 
Elle fit tomber son panier de fruits achetés sur le marché d’Honkios, juste devant Frontinus qui l’aida à les ramasser. Son regard la plongea dans un état de grâce.
Au bout de quelques mois, il ravit sa confiance et son c½ur à force de se montrer attentionné et nourrit des mêmes rêves qu’elle.
Toutefois, la nature violente de Frontinus se raviva plus tôt que tard.
Il fallut qu’un soir où elle travaillait à l’étable, perdue au beau milieu des villages du nord, elle se fasse agresser.
 
Ces villages situés aux frontières du nord, sont généralement sous la coupe des gardes qui profitent du manque d’affluence démographique dans ce secteur pour instaurer leurs propres lois et considérer les villageois, majoritairement paysans, comme des esclaves.
 
Depuis que Mujakis lui avait annoncé qu’elle portait son enfant, Frontinus se hâtait à chaque fin de journée à venir chercher sa belle à la ferme.
Ce soir-là, il trouva cinq gardes essayant de la contrôler.
En cercle, autour d’elle, ils la giflaient et la bousculaient à tour de rôle, après qu’elle ait refusé de se soumettre à leurs avances.
Ils finirent par lui arracher ses vêtements et la frapper au ventre, pour qu’elle s’affaisse au sol, tout cela sous l’½il impuissant du propriétaire de ces terres qui n’osait pas s’interposer.
Un premier soldat baissa son pantalon, mais avant même qu’il ait pu espérer profiter du corps martelé de coups, il fut foudroyé en plein dos par une onde de choc électrique, chargée de cosmos.
Les yeux grands ouverts, le misérable s’écrasa mort sur la paille.
Ses acolytes découvrirent Frontinus. Celui-ci avait le regard sombre, le visage fermé, les veines de tout son corps prêtes à exploser.
Un des quatre comparses restants, se jeta sur celui venu jouer le héros.
Frontinus esquiva le coup et hurla de rage en le cognant si fort dans les côtes que celles-ci furent perforées, laissant son poing s’engouffrer dans le corps abattu.
Il balança le cadavre sur les trois derniers malotrus qui se lancèrent instinctivement sur lui.
Emporté par la rage, Frontinus crispa ses poings si fort qu’autour du droit se forma une écume et que quelques étincelles électriques jaillirent autour du gauche. Lorsqu’il mêla ses deux poings dans la direction des misérables, il hurla : « Kurage Ryu Den Keki Hyaku Man Volt ! »
Le courant aquatique les emporta en les électrocutant, ne laissait d’eux que des cadavres totalement calcinés.
Pour la première fois de sa vie, il réussit à réaliser cet arcane qu’il tentait de maîtriser depuis toujours.
Néanmoins, cela ne fut guère suffisant pour atténuer sa rage.
Lorsqu’il découvrit le fermier caché derrière ses ballots de foin, sous le regard traumatisé de Mujakis, Frontinus lui brisa la nuque du tranchant de la main.
Pour ne rien arranger, elle perdit l’enfant qu’elle portait après le mauvais traitement reçu, s’attirant ainsi la colère de Frontinus qui la tint responsable de tout…
 
Remonté, sa violence exacerbée par ces évènements, il choisit de déloger son père de sa demeure à Honkios.
Il assassina le vieillard et installa sa femme dans la maison d’où il fut chassé lorsqu’il était enfant.
 
Quelques mois plus tard, lorsque Mujakis lui annonça être enceinte de nouveau, Frontinus n’en eu que faire. Il était trop occupé à parfaire sa technique. A rattraper le temps perdu. Dans le but de se venger de ceux qui l’ont châtié par le passé.
Il privilégia son rêve de devenir Saint et abandonna son travail d’assainissement des eaux.
Ils ne vécurent alors que des victoires de Frontinus lorsqu’il misait des sacres sur ses combats de rue contre des gardes malintentionnés.
Du moins, ils survivaient en fonction de ce qu’il restait des recettes de ses prouesses, après qu’il eut payé les tonneaux de vins qu’il vidait dans les tavernes d’Honkios en compagnie de femmes de joie.

S’entraînant chaque jour au bord d’un court d’eau, il négligeait son hygiène, ses beaux cheveux blancs devinrent longs et poisseux, il rasait son visage à l’aide d’un couteau qui trainait toujours dans sa poche.
Surnommé « la méduse » par les pêcheurs qui fréquentaient la rivière, il ne rentrait que pour exiger un bon repas et les plaisirs charnels que son épouse était contrainte de lui donner.
 
Un matin de printemps de l’année 1967, un voisin vint le trouver afin de lui annoncer que Mujakis était chez eux en compagnie des prêtres, venus l’aider pour l’accouchement.
Furieux d’être dérangé pendant ses exercices, Frontinus prit son temps pour rentrer chez lui. Lorsqu’il ouvrit la porte il vit Mujakis rire, pour la première fois depuis des mois.
Le visage enchanté et soulagé après une telle épreuve, elle souriait à l’enfant qui pleurait dans ses bras.
Devant cette découverte idyllique, Frontinus fronça les sourcils et déclara avec mépris : « Fais-le taire à présent ! Je ne veux pas de pleurnichard ici ! »
Déconcertée après que son mari lui a gâché cet instant de bien-être que lui procurait le plaisir d’être maman, Mujakis observa son mari qui pointait du doigt l’enfant : « Il sera un Saint pour faire honneur à mon nom ! Et pour cela, pas de temps à perdre en jérémiades ! »
 
Les années passèrent et même s’il était encore tout jeune, Frontinus avait choisi unilatéralement le destin de son fils appelé « Apodis » par Mujakis…
Flashback
 
Une main amicale sort Apodis de ses tristes souvenirs, la main douce et chaleureuse d’une femme, Yakamoz de la Grue.
La Turque à qui il a offert un instant de complicité quelques heures plus tôt vient le questionner : « Tu sembles tourmenté. »
Alors qu’elle tente une nouvelle approche après qu’il l’ait rejeté plus tôt, il lui répond sèchement : « Comment ne pas l’être ? »
Yakamoz essaie d’oublier l’affront que lui a fait Apodis après lui avoir déclaré qu’il ne voulait pas d’elle une fois qu’ils eurent fini de se donner l’un à l’autre : « J’aimerai tellement soulager ton mal-être. »
Apodis lui offre un sourire hypocrite que seule la femme chevalier croit sincère : « Tu espères acheter mes sentiments et couvrir la honte que je t’ai fait après avoir vu ton visage ! Je te l’ai déjà dit, il n’y aura rien de plus qu’un peu de fougue et de plaisir charnel entre nous. Il n’y a plus d’amour chez moi. »
Sous son masque, Yakamoz est rouge de colère : « On m’a déjà parlé de cet Apodis ! Celui qui est revenu de son entraînement avec Orphée et qui profitait de son physique pour charmer qui il voulait. On m’a dit que cet Apodis là était mort ! »
Apodis cogne violemment une male qui est pulvérisée sur le coup sous les yeux de tous ceux présents sur le pont.
_ « Il faut croire que le massacre de ma famille tout entière a fait ressurgir le chevalier cruel et impitoyable que j’étais.
_ T’aimer ou te tuer. Il n’y a pas d’autre alternative maintenant que tu as vu mon visage. Je n’accepterai pas d’aimer un homme qui me considère comme sa chose. »
Elle fonce sur Apodis en concentrant son cosmos dans ses mains.
La mine toujours narquoise, sans même bouger, l’Oiseau de Paradis paralyse grâce à la pression de sa cosmo énergie l’avancée de la Grue.
Elle se laisse tomber au sol, épouvantée par la noirceur du cosmos d’Apodis et surtout par son intensité.
Lui, il tourne les talons et descend aux niveaux inférieurs en passant sa main dans les cheveux de la jolie blonde au moment de croiser son chemin : « Je suis l’élève d’un des plus puissants Saint d’argent. Je ne crains personne. »
Couverte de honte devant une grande partie de l’équipage, Yakamoz marmonne avec amertume : « Tu me le paieras quand même tôt ou tard ! »
 
 
Pendant ce temps, en Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Pope, Saga se baigne dans un les thermes du palais.
Ses longs cheveux ont repris leur couleur originelle tandis que les larmes de ses joues se mêlent à l’eau du bassin.
Il tient dans ses mains le bandeau rouge qu’Iphiclès a détaché après sa mort.
Il ressasse les derniers mots que lui a adressé l’Alcide : « Je te hais… Traitre… »
Lui reviennent alors les souvenirs d’antan…


Flashback
Il y a vingt ans, en 1965, sur une île de la mer Egée nommée Yíaros, inaccessible pour les hommes dénués de tout cosmos, un bateau de pêche rentrait au Sud par le port…
A quai, un homme désemparé descendit avec sous les bras le corps de deux petits garçons.
Ce pêcheur portait un long ciré gris, ses petits yeux verts foncés étaient inquiets. Ses cheveux orange coiffés en brosse s’agitaient dans le vent tandis que ses sourcils grenat étaient froncés.
Il courut pendant de longues minutes jusqu’à sa remise où il attela une charrette à ses chevaux et y déposa les deux corps gelés, emmitouflés dans d’épaisses couvertures de laine.
Il remonta jusqu’au centre de la citée pour atteindre un temple immense, aux colonnes doriques, décoré à l’extérieur par une statue d’Héraclès brandissant une épée contre l’Hydre de Lerne.
Autour de cette paroisse, de nombreux prêtres en toges bleu azur se promenaient dans les jardins alentours. Ceux-ci profitaient à pieds nus de l’herbe douce et fraîche, ils observaient les oiseaux roucouler dans les arbres et les insectes butiner les nombreuses fleurs.
L’homme arrêta sa course et hurla avec effroi au beau milieu de ce qui s’apparente aux Champs Elysées : « J’ai besoin d’aide ! »
 
Quelques jours plus tard, un des mystérieux enfants se réveilla dans une chambre du temple. En ouvrant les yeux, il eut l’impression de se reconnaître comme s’il se regardait dans un miroir en voyant son frère penché au-dessus de sa couche.
Saga reprit connaissance tandis que Kanon était déjà sur pied : « Mon frère, es-tu mort toi aussi ? As-tu vu nos parents dans ce monde ? »
Kanon grimaça.
_ « Cesse-donc ! Nous sommes les seuls survivants du naufrage !
_ C’est horrible, cela veut dire que nos parents sont… »
La voix de celui qui les a repêchés confirma ses craintes : « Je suis désolé les enfants. »
Les jumeaux se retournèrent et le découvrirent, le ciré gris défait, debout dans sa grande toge azure…
 
Ils marchèrent tous les trois dans les vergers et avancèrent jusqu’à un second temple où se baladaient cette fois-ci des femmes.
Ce bâtiment aussi grand que celui d’où ils étaient sortis avait à l’entrée la statue de la déesse de la Jeunesse, Hébé, versant à son père Zeus, couché sur un nuage, le nectar et l’ambroisie : « … A côté du temple dans lequel vous étiez, le temple d’Héraclès, réservé aux prêtres d’Hébé, se trouve le temple d’Héra, dans lequel sont formées les prêtresses de notre majesté Hébé. »
Saga murmura : « Si nous ne sommes pas chez nous, au Sanctuaire d’Athéna, où sommes-nous alors ? »
Acis, leur sauveur, écarta les bras comme pour étaler toutes les merveilles de la cité et cria avec enthousiasme : « Vous êtes sur Yíaros, la cité de la déesse Hébé ! »
 
Plus tard, tandis que Saga et Kanon dinaient en compagnie des autres élèves du temple, Acis s’entretenait avec ses semblables : « J’ai demandé aux cardinaux, notre grand prêtre et notre grande prêtresse, leur avis. Les deux sont d’accord avec moi. Ces enfants sont les fils du Sanctuaire d’Athéna, des frères d’armes donc. Alors que je revenais de pèlerinage, j’ai découvert leurs deux corps sur un épais rondin de bois qui flottait à la surface, au beau milieu de cadavres et de débris. Ils sont les seuls rescapés du naufrage d’un navire marchand qui regagnait Athènes. D’après les propos de ces deux survivants, ils sont originaires du domaine sacré. »
 
An 1966 - Une année s’était écoulée.
Saga et Kanon furent éduqués par les prêtres d’Hébé sans pour autant renier leur déesse Athéna.
Beaucoup plus enclins à suivre un apprentissage militaire que religieux, ils obtinrent rapidement l’autorisation de rejoindre Acis qui officiait dans l’apprentissage et la maîtrise du cosmos.
Quelle ne fut pas la surprise de l’homme de foi lorsqu’il retrouva ces deux orphelins qu’il avait perdu de vue durant un an.
Contrairement à Kanon qui restait en retrait, Saga n’hésitait pas à témoigner énormément de gratitude à l’égard de leur sauveur.
Rapidement, l’un comme l’autre, ils réussirent à surclasser les autres élèves mais dans des buts différents. Toujours pour être les meilleurs. Saga voulait être l’égal des Saints d’or, les chevaliers les plus puissants parmi toutes les catégories de guerriers de la planète.
Kanon préférait être au-delà des dieux même.
Bien que jeunes, les Gémeaux avaient déjà de solides ambitions.
Mais un leitmotiv commun les faisait persister dans leurs choix. On racontait qu’Hébé s’était réincarnée la même année que leur naissance.
 
Cette jeune fille élevée dans le temple d’Héra comme une simple prêtresse n’avait même pas conscience de l’avenir qui allait lui être réservé.
C’était là la volonté des cardinaux d’Yíaros.
Ils voulaient qu’Hébé, comme depuis la nuit des temps, vivent sa vie de déesse en sachant ce qu’est la vie d’un humain, afin qu’elle incarne avec passion et amour son rôle sur cette île où les bons sentiments coulent à profusion.
 
Les années passèrent, durant lesquelles Saga faisait l’unanimité sur Yíaros.
Toujours serviable, surclassant les autres guerriers à l’entraînement et étant le plus assidu lors des leçons du clergé, il s’était lié d’affection pour deux jeunes enfants, Iphiclès et Juventas, sous l’½il complice d’Ambroisie, jeune prêtresse dans le temple d’Héra.
Bien entendu, Kanon n’était jamais loin, et s’il parvenait à égaler son frère au combat, jamais il ne réussit à être apprécié comme lui.
Cela ne le dérangeait pas, Kanon était un loup solitaire.
Seuls les regards qu’il échangeait avec Ambroisie justifiaient que Kanon avait un c½ur. Lorsqu’il n’était pas proche de mettre à mort ses camarades lors des entraînements, il n’avait de cesse de se rapprocher d’elle.
La belle demoiselle ne savait à quel frère se vouer. Tout aussi charmant l’un que l’autre, ils se distinguaient par leurs personnalités.
 
An 1970 – Ce fut lorsque les jumeaux approchèrent de leurs douze ans qu’Acis leur apprit son intention de voyager jusqu’au Sanctuaire où il comptait rendre visite à un ami.
Evidemment, Saga profita de l’aubaine pour le suivre.
Ici, à Yíaros, il ne trouvait plus d’adversaires à sa mesure hormis le Bolivien ¼dipe qui venait d’être fait Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale.
Il était temps pour le futur Saint de franchir un palier et de réaliser son rêve en devenant chevalier sur sa terre natale.
Kanon, plein de morgue, défia son frère en lui affirmant qu’en restant ici à s’entraîner il deviendrait meilleur que lui.
 
Trois années s’écoulèrent.
An 1973 - Au Sanctuaire, Saga ne tarda pas à rivaliser avec les plus grands et à être reconnu par le Grand Pope en personne comme étant digne de devenir Saint et de porter l’armure représentant sa constellation, les Gémeaux.
Grâce à la persévérance dans l’apprentissage et au succès de ses premières missions, le Grec obtint une popularité encore plus importante que celle dont il jouissait déjà à Yíaros.
Il bénéficiait de responsabilités de plus en plus importantes, de la reconnaissance du peuple, de celle de ses pairs puis du Grand Pope. Et de l’affection des femmes, aussi…
Pourtant une seule restait gravée dans sa mémoire, Ambroisie, celle qu’il aimait depuis toujours.
Il n’avait pas osé lui avouer à quel point elle était tout pour lui.
La timidité.
La jeunesse.
Quoi qu’il en fût, il n’était pas encore assez mature au moment de quitter Yíaros pour se confier à elle.
Ici, chez lui, au Sanctuaire, il apprit à parler aux femmes, à les séduire, voire les enchanter.
Il n’avait plus peur de dire ce qu’il ressentait.

Un jour où il était en permission, il alla jusqu’au temple du Grand Pope pour l’y trouver. Celui-ci, Shion, vêtu d’une longue toge blanche descendant jusqu’au sol, décoré d’un long collier de perles et de diamants et de son casque orné d’or, était accompagné de son frère cadet, Arlès.
Arlès était vêtu de façon semblable et dissimulé sous un casque rouge et d’épaulettes aux piques acérés.
A sa façon de se tenir, Saga comprit que l’âge avancé de Shion n’étant pas à son avantage.
Celui-ci était sur un balcon donnant une vue sur la quasi-totalité d’Honkios, assis de manière rabougrie sur un fauteuil au haut dossier incrusté de fragments de saphirs.
A ses côtés, Arlès Saint d’argent de l’Autel était accroupi et semblait rigoler chaleureusement avec son frère en contemplant l’horizon.
Sans doute l’humour habituel de ce fringuant Saint d’argent avait fait une fois de plus oublier à Shion ses problèmes de santé.
Un garde était incliné déjà depuis quelques minutes et attendait qu’on lui donne parole.
C’est une fois leur fou-rire achevé qu’Arlès le questionna : « Nous t’écoutons soldat. Raconte-donc à ton Seigneur l’objet de ta visite ! »
L’homme s’abaissa davantage lorsque Shion se redressa difficilement de son siège.
Bien qu’au sommet de la hiérarchie, Shion témoignait énormément de considération à ses hommes quel que soit leur rang.
Se dévoiler à eux était pour lui une politesse essentielle.
Les deux mains appuyées sur l’accoudoir en ivoire de son trône, ses jambes flageolaient grossièrement, Shion se maintenait avec difficulté.
Pour le soldat, cette courtoisie du Grand Pope était un honneur. Profondément ému par l’importance que lui vouait le représentant d’Athéna, il déclara simplement d’un ton mielleux : « Majesté, je vous annonce l’arrivée dans votre palais du Saint d’or des Gémeaux. Il souhaite s’entretenir avec vous. »
D’une voix grave et fatiguée, Shion répondit simplement : « Laisse-le donc entrer soldat… »
Saga se présenta avec élégance devant son souverain pour demander l’autorisation de prendre congés quelques jours : « … Ainsi je gagnerai l’île d’Yíaros pour y délivrer le message de paix que nos prêtres m’ont confié à l’endroit de ceux d’Hébé. »
Ayant conscience des bonnes relations entre le clergé athénien et le clergé hébéïen, Shion n’y vit aucun inconvénient.
Saga se garda bien d’avouer qu’il souhaitait revoir Ambroisie et ramener un frère dont tout le monde au Sanctuaire ignorait l’existence.
Premier mensonge, première trahison…
 
Sur Yíaros, le temps avait également joué en faveur de Kanon, devenu beau, fier.
Il paraissait invincible sur cette île où une nouvelle génération d’Alcide, menée par ¼dipe et inspirée par la volonté de jeunes éléments volontaires comme Iphiclès et Juventas, se formait jour après jour.
Comme son frère au Sanctuaire, Kanon faisait ici des ravages dans le c½ur des femmes.
Tandis que Saga était en mer, proche de leur île d’adoption, Kanon levait la tête de sous les draps.
Il a quitté le temple d’Héraclès peu de temps après le départ de son frère pour s’installer dans un cabanon dans la grande forêt de l’Est.
 
A l’intérieur de ce logis en bois pourri, planté dans une terre marécageuse, sous un drap rapiécé, s’agitait une jeune femme dont les éclats de rires réchauffaient la lugubre bâtisse.
A mesure que la tête aux courts cheveux blonds de cette vénusté remontait le torse qu’elle baisait de ses petites lèvres roses et charnues, Kanon observait avec fierté son forfait.
Kanon la dévisageait sans la moindre gêne.
Il attrapa sur le sol un papyrus qu’il venait de recevoir par un messager venu de Crète et demanda à sa conquête : « T’a-t-il écrit à toi aussi pour t’informer de son retour ? »
Tracassée par les nouvelles de Saga, Ambroisie répondit à Kanon : « Il m’a dit qu’il venait te chercher. »
Présomptueux, Kanon soupira : « Il a peur que je lui prenne ce qu’il croit être à lui. »
Ambroisie baissa la tête, Kanon comprit.
_ « Il n’est pas au courant n’est-ce pas ?
_ Comment ?
_ Mon frère. Il ne sait rien de ta révélation n’est-ce pas ? »
Ambroisie confirma les soupçons de Kanon en baissant honteusement la tête.
Ses sentiments humains troublaient encore son jugement divin.
Le fourbe jeune homme persista.
_ « Crois-tu qu’il t’aimera toujours lorsque tu lui annonceras ?
_ Il n’a jamais dit qu’il m’aimait.
_ Cesse d’être naïve. Même ¼dipe qui ne dispose d’aucun de ses sens l’a remarqué !
_ Il n’est pas obligé de savoir qui je suis réellement. Lorsque nous nous sommes rencontrés, les cardinaux ont gardé secret les conditions de ma naissance. Grâce à cela j’ai pu vivre comme vous.
_ Ta mission divine est trop importante pour être reléguée derrière tes désirs humains. L’Olympe n’acceptera pas cette offense.
_ Dans ce cas je serai à lui telle que je suis réellement.
_ Aussi amoureux soit-il d’Ambroisie, je suis certain que son sens de l’honneur est trop fort pour qu’il puisse accepter de s’énamourer d’Hébé. Il est un serviteur d’Athéna. Bien que vous soyez du même camp Athéna et toi, rien ne l’autorise à t’aimer. Il n’osera même plus poser le regard sur toi de peur de commettre un outrage envers les dieux.
_ Pourquoi choisis-tu d’agir différemment dans ces conditions ?
_ Parce que je ne suis pas mon frère. Je n’ai pas sa bêtise, je n’ai pas ses craintes. Les dieux ne m’effraient pas, au contraire, ils m’amusent. Je suis certain de pouvoir accomplir de grandes choses là où ils ont échoué !
_ C’est-à-dire ?
_ Être reconnu comme le maître de ce monde par l’ensemble des hommes. Aujourd’hui les habitants de la planète ignorent que leur avenir se joue chaque jour bien au-delà des conflits qu’ils vivent. Les soldats de chaque dieu s’affrontent pour maintenir leurs vies faites d’ignorances.
_ Et tu te crois capable de pouvoir rétablir l’ordre en étant reconnu de tous comme un dieu grâce à ta force ?
_ Je suis persuadé d’y arriver. Contrairement à Saga je n’ai pas peur de froisser les dieux. La preuve en est avec toi. J’ai commis un des sacrilèges les plus irrémissibles en prenant la virginité d’une réincarnation d’Hébé, je surclasse les prétendants à ta garde que sont les Alcides, sans oublier que mes projets pour ce monde sont déjà définis. »
Ambroisie se mit debout. Elle était atterrée.
_ « Saga m’a avoué dans sa lettre que tu présentes une menace pour le peuple hébéïen. C’est pour cela qu’il vient te chercher. Et je comprends mieux où il voulait en venir.
_ Tu es trop crédule. S’il revient c’est parce qu’il t’aime trop pour me savoir à tes côtés. Mais rassure-toi, personne ici ne peut me vaincre et vu la faiblesse de ton armée rien ne peut m’être utile ici. J’aurai bien plus de chance de réaliser mes plans au Sanctuaire ! »
Ec½urée, elle chercha à le blesser : « Sais-tu pourquoi je ferme les yeux lorsque je suis dans tes bras ? »
Avec sa mine sournoise, il mime un signe négatif de la tête. Ambroisie poursuivit : « Pour oublier que celui avec qui je suis est un être à l’esprit malfaisant bien qu’il ait le même corps que celui d’un homme charitable et honnête. »
Elle enfila rapidement sa robe blanche et légère puis se dirigea vers la sortie lorsque Kanon la retint par le bras en bondissant du lit
_ « Pourquoi t’être donnée à moi dans ces conditions ?
_ Parce que, le physique aidant, j’espérais trouver en toi l’homme le plus formidable qui existe. Je n’aurais jamais pensé que Saga reviendrait un jour. J’ai voulu consoler mon chagrin avec ce qui restait de lui ici. »
Kanon fut meurtri dans son amour propre, il fronça les sourcils et lança avec amertume : « Mon frère est tout sauf un homme bon. Comment crois-tu qu’il sait que je peux me montrer dangereux ? Malgré sa volonté d’être fidèle à Athéna, il nourrit lui-aussi des projets passionnés qui ne demandent qu’à être influencés pour devenir plus ambitieux. »
Ambroisie claqua la porte au bois rongé de thermites laissant Kanon afficher son air narquois. Il n’eut pas honte de tourmenter l’esprit de son amie pour afficher ses plans.
Premier projet maléfique, premier complot contre les dieux…

En chemin, la jolie Ambroisie relisait un papyrus chiffonné marqué par le sceau des Gémeaux. Le courrier lui était arrivé il y a trois jours, en même temps que celui reçu par Kanon, par un messager du Sanctuaire mandaté depuis la Crète.
Ambroisie le savait, c’est au cours de cette journée que débarquait une galère marchande venue du Port du Destin. Saga y serait certainement transporté.

Elle ne s’était pas trompée.
Sur le port d’Yíaros, situé au Sud de l’île, un vaisseau grec voguant avec un drapeau où était estampillée la tête de la statue d’Athéna débarquait.
Le port hébéïen était agité comme à son habitude.
Des carrosses impériaux suivaient le chemin que formaient les soldats au beau milieu de la foule pour venir charger la marchandise réservée au palais d’Hébé et aux temples d’Héraclès et d’Héra.
Une fois ces grandes diligences blanches et bleues remplis de malles et d’amphores, les soldats vêtus de tuniques bleues marine, armés de dagues ovales et protégés par un plastron, des jambières, des avant-bras et d’un casque, tous d’un bleu azur, s’assurèrent du bon nombre des quantités demandées et laissèrent un prêtre verser les sacres, monnaie du Sanctuaire, qu’ils devaient en contrepartie.
Une fois l’armée partie, les marchands environnants enchérirent sur les marchandises restantes qu’ils allaient vendre au peuple.
En marge de cela, un homme marchait le long des quais.
Ambroisie le distingua de loin.
Elle était éblouie par sa Cloth en or que tout le monde admirait.
Son heaume ombrageait son visage. Beaucoup de villageois et de marins mirent du temps à reconnaître l’orphelin prodige.
Bien qu’il fût désormais le représentant d’une autre armée, tous saluaient Saga avec égard et admiration.
Même Ambroisie qui se courba avec volupté devant son ami.
 
Ils passèrent la journée à marcher dans les bois où Saga l’embrassa tendrement.
Ils rirent, s’échangèrent de doux regards, prirent des nouvelles l’un de l’autre, rencontrèrent Iphiclès et Juventas qui considéraient Saga comme un frère ainé. Saga en profita pour offrir un bandeau rouge à Iphiclès en lui affirmant qu’il serait toujours prêt de lui malgré les kilomètres qui les séparaient. Il confia à Juventas, Iphiclès et Ambroisie qu’il les aimait tous…
Malheureusement, le soleil se couchait et le bâtiment qui l’avait déposé ici allait lever l’ancre pour la Crète.
Le temps était venu pour le valeureux Saint de dévoiler le véritable objet de sa visite.
Une fois seul avec Ambroisie, il l’implora : « Je vais chercher Kanon et vous allez rentrer avec moi au Sanctuaire. Je souhaite que tu partages ma vie là-bas. »
La pauvre Ambroisie balbutia quelques mots : « C’est que… Je ne… Tu sais… J’aimerai… »
En elle c’était davantage confus.
Après les propos tenus par Kanon, elle sentait un terrible conflit naître en elle.
Hébé qui prenait de plus en plus d’importance dans sa vie luttait terriblement contre le sentiment humain d’Ambroisie.
La douce fille de paysans, en larme, se laissa tomber à genoux, salissant sa longue robe de satin. Elle se tenait la poitrine et sanglotait de chagrin.
A cette peine se mêlait une certaine douleur, une gêne qui commençait à oppresser Saga qui était tétanisé.
Lentement la forêt puis bientôt l’ensemble de l’île avant de résonner dans le monde, le cosmos d’Hébé faisait surface.
Hébé gagnait le combat et émanait de toutes ses forces sous les traits d’Ambroisie devant un Saga crédule.
Les ondes dorées de son cosmos parcoururent la planète. Elles aidèrent les bourgeons à éclore, firent sortir les animaux de leurs tanières, offrirent un sourire aux personnes les plus tristes.
Lorsqu’elle releva la tête, ses grands yeux bleus, d’habitude remplis de sympathie, furent cette fois-ci animés d’une puissante conviction. Son intonation se fit plus franche qu’à l’accoutumer : « Je ne peux pas Saga. »
Le Saint d’or qui venait d’être paralysé par ce cosmos qu’il n’avait jamais rencontré auparavant se sentit anéanti.
_ « Ambroisie… Que t’est-il donc arrivé durant mon absence ?
_ Il faut que tu saches… »
Une intervention plus vicieuse répondit à la place d’Hébé, lui coupant presque la parole. Kanon, sorti de sa cabane, rejoignit le couple : « Que souhaites-tu savoir Saga ? Veux-tu apprendre son réel rôle sur cette planète ? Ou peut-être es-tu plus intrigué sur ses découvertes sentimentales ? »
Sans même se retourner, Saga reconnut celui qu’il n’a plus vu depuis trois ans. Il soupira d’une voix enrouée et accablée.
_ « Mon frère, alors tu étais dans la confidence.
_ Saga… Tu es le seul qui ne sait pas encore quel est le destin de la femme de notre vie. Si cela peut te consoler, apprends que je ne vois aucune objection de mon côté à offrir mon corps à une déesse. Mais sois bien assuré qu’elle s’imaginait être dans tes bras à ces moments-là. »
Saga serrait les poings.
Son visage était déformé par le chagrin.
Il demanda à Ambroisie : « Dis-moi que tout ceci est faux ! »
L’attitude impériale d’Hébé, fut affectée par la détresse du chevalier d’Athéna.
Ses yeux devenaient gondolés par les larmes qui s’agitaient avant de s’écraser au sol. Elle murmura : « Que celle dont l’union entre Zeus et Héra donna naissance à la souveraine de ces terres, incarne son rôle dans ce monde en accomplissant sa mission divine. Que l’Ichor de sa majesté soit versé ce jour, pour permettre au monde de voir renaître les serviteurs du bien. Que le destin soit guidé sur ce monde par sa majesté Hébé. »
Relevant la tête pour exposer son regard éprouvé à Saga, elle reprit.
_ « Le jour de ma naissance, juste avant que je ne pousse mon premier cri, la foudre s’abattit sur le Parthénos, mon temple, gravant sur le mur juste derrière mon trône d’or et de diamant cette phrase en grec ancien. Je suis née de parents humains, des fermiers. A l’instant où la foudre inscrivit cette phrase dans le temple d’Hébé, le grand prêtre du temple d’Héraclès et la grande prêtresse du temple d’Héra, vinrent rejoindre les religieux ayant assistés à ma naissance. Sans même hésiter un instant, ces deux cardinaux prirent le bébé que j’étais et, avec une lame dorée, brillante comme le soleil et aussi tranchante qu’Excalibur, entaillèrent la paume de ma main droite pour faire couler quelques gouttes d’Ichor, le sang des dieux, sur le sol de glaise. Soudain, cette terre, argileuse, grasse et imperméable, trembla et se fissura pour former en quelques minutes un ravin dans lequel la ferme où je naquis s’engouffra. Du précipice jaillirent douze Cloth beiges et blanches sorties tout droit des entrailles de l’île. Leurs socles représentaient chacun un des douze travaux d’Héraclès. Seuls en réchappèrent les deux dignitaires des temples et l’orpheline que j’étais devenue. Je reçue une éducation humaine, en compagnie d’autres enfants, tandis que les prêtres veillaient sur les Cloths et le royaume jusqu’à ce qu’Hébé vienne définitivement au monde parmi son peuple. J’ai découvert ma vraie personnalité peu après ton départ.
_ Et tu as voulu profiter de tes derniers instants de mortelle pour trouver le plaisir dans les bras de Kanon !
_ Il est le seul à être aussi… aussi… à être toi !
_ Pff… Tu me dégoutes !
_ Je suis désolée Saga… »
 
Saga releva la tête avec rage, ses yeux exprimaient la même cruauté que Kanon qui constatait avec satisfaction l’emportement colérique de son jumeau.
Enfin, comme après un électrochoc, le chevalier se ravise et s’agenouille : « Dans ce cas déesse Hébé, je vous prie de bien vouloir pardonner mon attitude désobligeante vis-à-vis de votre rang. Mon amitié humaine n’est pas à la hauteur des attentes d’une divinité. Je m’en vais de ce pas auprès du Sanctuaire. Soyez assurée que j’y témoignerai le respect et l’amitié que vous vouez à Athéna. »
Choquée, Ambroisie comprit qu’il était désormais impossible de faire machine arrière. Le sort en était jeté. Bien qu’elle sentît son c½ur de jeune femme se fendre, elle garda sa dignité en le cicatrisant avec son c½ur de déesse. Son peuple était resté depuis trop longtemps sous les ordres des cardinaux en attendant son retour. Désormais elle devait s’affairer aux besoins d’Yíaros.
Ses yeux reprirent cet éclat et cette aisance envoutants. Elle tourna le dos aux jumeaux envers qui elle déclara avec suffisance : « Qu’il en soit ainsi Saint d’Athéna. Je te laisse également le soin de ramener ton frère sur vos terres. Veille à ce qu’il devienne plus respectueux envers les dieux, ses ambitions démesurées salissent l’image que les dieux ont des hommes. »
Toujours le visage figé en direction du sol, Saga étouffa sa mélancolie en grommelant : « Entendu déesse Hébé. »
Impériale, Hébé quittait la forêt en dissimulant comme elle le pouvait son affliction, ne souhaitant pas se retourner et afficher son visage enlaidi par ses pleurs.
Ambroisie se mourrait.
Hébé s’affirmait.
Saga fixait rageusement son frère.
Kanon savourait cette rupture.
Flashback
 
En sortant peu à peu de ses songes, les cheveux de Saga reprennent leur teinte blanche et grise, le blanc de ses yeux devient rouge sang, tandis que ses pupilles se changent en deux pierres obscures gorgées de vice.
Il se redresse et sort des thermes, en laissant goutter sur les dalles de marbres de son palais, l’eau qui perle sur ses muscles saillants. Il lève la tête vers le ciel et déclare revanchard : « Kanon espérait s’allier à toi pour devenir l’égal d’un dieu ! Moi je vais le devenir après t’avoir humilié. Ma vengeance sera ta sentence Ambroisie ! Ah ah ah… ! »


A cet instant, dans un coin inaccessible de la mer Egée, sur l’île d’Yíaros, à l’intérieur de la cité, les survivants retrouvent leurs familles et apprennent aux autres le décès des leurs. Beaucoup de larmes, de malaises et de souffrances tiraillent la population. Sans compter les craintes d’une invasion athénienne.
Tandis qu’on panse les blessures des soldats, les forgerons réparent déjà les protections et les armes abimées alors que les mères de famille somment à leurs enfants de rentrer s’enfermer chez eux.
 
Situé au Nord de l’île, le Parthénos, temple d’Hébé, est en ébullition.
Depuis leur retour sur l’île, les hauts responsables de l’armée d’Hébé y sont enfermés et cherchent des solutions.
Les quatre Alcides survivants, les cardinaux et quelques prêtres de la déité débattent sur l’attitude à adopter quant à l’approche de l’armée d’Athéna.
Intronisé cardinal depuis peu après le décès de l’ancien pontife, Acis, l’homme qui a recueilli Saga et Kanon, la mine vieillie et meurtrie, ne cache pas ses craintes : « Iphiclès était le plus puissant de nos hommes. Il était l’espoir de tout un peuple. Maintenant qu’il a été vaincu, je crains que le moral de nos troupes toutes entières mais aussi celui de la populace soit au plus bas… »
Dans le grondement la plus inaudible, les autres membres de la réunion réagissent.
 
Anxieuse et absorbée par ses pensées, Hébé murmure, calmant ainsi les gorges les plus déployées parmi l’audience : « Du vent venu d’Athènes est imprégnée l’odeur du sang et de la fureur. Les hommes d’Athéna ont quitté la Crète. Ils arrivent à bord de leurs navires de guerre. »
Un des prêtres s’hasarde à suggérer : « Pourquoi ne pas frapper avant qu’ils n’arrivent ici ? »
Une prêtresse surenchérit : « Oui ! Il suffit de déployer les forces de nos hommes dès maintenant ! »
Juventas, toujours en deuil après le décès de son époux Iphiclès, rajoute : « Le Port du Destin conduit tout droit au Sud de notre cité et plus précisément à notre port. Je propose d’armer nos navires et de livrer bataille en pleine mer Egée ! »
Un nouveau prêtre intervient : « Sottises ! Si le grand général Iphiclès était encore de ce monde, il aurait immédiatement rejeté cette idée ! Combien d’hommes nous restent-ils ? »
Hébé, déesse habituellement effacée sous les traits de personnalité d’Ambroisie reprend de façon impériale : « Notre prêtre a raison Juventas… Faire éclater une guerre cosmique en pleine mer, c’est dévoiler l’existence des chevaliers et des dieux à l’ensemble de la planète. Notre but est de rester dans l’ombre pour ne pas troubler la quiétude des hommes sur terre. Cela entraînerait l’implication d’innocents dans ces conflits où ils n’auront pas la force de se défendre et je me refuse de mettre en péril la vie de milliards d’innocents. »
 
Juventas qui connait Hébé depuis sa plus tendre enfance est anéantie par cette réaction.
Elle sait qu’Iphiclès était un génie militaire. Sa perte est inconsolable pour elle, mais lui faire comprendre en plus de cela qu’elle ne sera jamais à la hauteur pour prendre la relève, s’en est trop. Elle se tait sans même réagir par la suite…
 
Une jeune femme se redresse au beau milieu du rassemblement.
Elle est physiquement remarquable puisque sa tenue et ses formes ne laissent personne insensible dans l’assemblée.
Son visage est masqué tandis que sa Cloth beige épouse avec sensualité sa poitrine sur-volumineuse, sa taille de guêpe et ses cuisses musclées et robustes. Un court bustier grenat couvre très peu sa poitrine tandis qu’un short de la même couleur habille à peine ses fesses rebondies.
Elle marche en se déhanchant jusqu’aux pieds de sa déesse et soumet.
_ « Majesté, moi Baucis Alcide de la Biche de Cérynie, je conseille de réunir l’ensemble de nos hommes sur le port pour barrer l’entrée des Athéniens sur nos terres.
_ C’est une bonne idée Baucis, toutefois nous avons conduit au Sanctuaire la quasi-totalité de nos hommes. Il en reste à peine cent-cinquante en pleine forme à notre disposition.
_ Alors j’implore votre grandeur de me laisser en diriger une centaine pour accueillir les Athéniens et disperser la cinquantaine restante sur l’ensemble de la cité pour s’assurer de la sécurité du territoire… »
 
A la sortie de la chambre du parlement du Parthénos, Baucis vient trouver Juventas qui marche seule.
D’une tape dans le dos, elle demande d’un ton hypocrite : « J’espère que la confiance que m’accorde Notre Majesté ne te gêne en rien. Je sais que tu as toujours été son bras droit, je ne voudrais pas créer de tension entre nous. »
Sous son masque, Juventas a le visage crispé de fureur. Elle se contient néanmoins : « Il n’y en a pas Baucis, je sais que tu agis dans l’intérêt de ton peuple. Je te souhaite bon courage pour repousser nos envahisseurs. »
Baucis dont la chute de reins attire toutes les convoitises quitte alors le palais, laissant Juventas être rejointe par ¼dipe dont la voix vibre dans l’esprit de la veuve.
_ « Sacrée Baucis, elle ne perd pas une occasion de faire valoir ses qualités.
_ Et ses qualités sont certaines ¼dipe. Maintenant que mon époux n’est plus, je crains fort que notre divine Hébé ne privilégie pas nos relations amicales pour m’accorder le statut de Général. Elle a toujours été trop objective pour ça. Baucis a toutes les chances de devenir notre nouveau leader !
_ Pourtant tu as toujours été presque aussi forte qu’Iphiclès.
_ Mais en plus de la puissance, Iphiclès avait une vision stratégique de la guerre. Je ne vais désormais être plus que la garde du corps de notre déesse. Fini le rôle de général en second.
_ Tu ne sembles pas plus ennuyée que ça à cette idée.
_ En effet, j’ai une petite fille qui ne sait pas encore que son père ne rentrera pas de sa mission, j’ai perdu l’unique amour de ma vie et je crains pour l’avenir de mon peule. »
¼dipe, au physique ingrat, cherche à réconforter Juventas en l’entourant de son cosmos bienfaisant…
 
Derrière eux, le dernier des quatre Alcides encore vivants, le visage cuirassé sous son casque, cachant ses yeux par deux globes oculaires beiges et couvrant la totalité de son crâne en dressant au sommet de son front deux cornes acérées, Androgée du Taureau de Crète, est plus qu’inquiet lui aussi et le fait savoir à ses deux amis : « Moi aussi j’ai peur pour notre peuple. »
¼dipe et Juventas s’étonnent tous les deux de la réaction de celui qui a tué hier quatre Saints de bronze.
_ « Cela m’étonne de la part d’un proche de Baucis !
_ Comme ¼dipe, moi Juventas suis surprise. Il est vrai que tu as pour réputation d’être de toutes ses conquêtes celle qu’elle affectionne le plus. »
Seuls le nez et la bouche du fier Androgée sont visibles, mais il ne faut pas plus que son sourire pour deviner la beauté dont fait preuve l’Alcide : « Avant de penser à ma personne, je me soucis d’abord de notre citadelle et de notre déesse. C’est pour ça que je vais me joindre à Baucis lors de l’arrivée des navires athéniens. Mon aide lui sera utile j’en suis convaincu. »
Hébé clôt enfin le débat en refermant derrière elle les portes de ce sénat : « Qu’il en soit ainsi ! ¼dipe fera le tour de l’île en s’assurant que nos hommes sont en place et Juventas assurera ma protection. Que tout le monde soit sur le qui-vive ! »


A quelques kilomètres des côtes d’Yíaros, les navires athéniens, à proximité, ralentissent leurs courses en pleine mer Egée.
La suite de cette Guerre Sainte est imminente…

71
Only for Love / Chapitre 17
« on: 20 December 2010 à 15h18 »
Chapitre 17

Tandis que l’armée athénienne prend la mer ce 5 mars 1985 en quête de revanche contre Hébé, Shaka et Mû poursuivent les pistes laissées par Krishna et Fyodor lors de leurs passages à Jamir.

Autrefois appelée l’île de Ceylan, le Sri Lanka se situe à cent-kilomètres au sud-est de l’Inde.
C’est sur la côte ouest que se dirige Shaka ainsi que ses élèves et les prêtres du Sanctuaire.
Estimée à plus de dix-neuf-millions d’habitants, la population, majoritairement bouddhiste, tient toutefois à conserver ses origines et ses coutumes de vie. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les jungles du centre de l’île, des aborigènes, ou encore, sur la côte ouest justement, un village d’adorateurs du dieu Poséidon.

Quelque part entre les villes d’Adapparagama et de Willarawadiya, dans une zone forestière humide et inhabitée, Shaka sent sous ses pas que le sol terreux est désormais couvert de quelques roches.
Il s’arrête alors et déclare : « Nous y sommes… »
Derrière lui, Shiva et Aghora qui portent fièrement sur leurs dos les Pandora Box que leur maître leur a remis en route, mènent le pas aux autres et s’extasient.
_ « Ouah, commence Shiva… Mais… C’est…
_ Un temple bouddhiste, complète Aghora !
_ Effectivement, atteste Shaka, il s’agit ici d’un temple abandonné. Ce lieu de recueil marque la limite avec Thosa… »
Les autres disciples rejoignent leur maître en compagnie des membres du clergé athénien dont la jolie Hasu.
Les apprentis portent à tour de rôle la Pandora Box de la Couronne Australe que Mû a confié à Shaka.
 
Un fleuve passe devant un temple au toit arrondi. Le bâtiment dresse en son sommet une pointe qui s’élève haut dans les cieux.
Les vitraux sont tous cassés, les murs fissurés s’effritent depuis l’extérieur.
Shaka emprunte l’escalier fait de vieux plâtre et de béton devenu sablonneux.
Il est suivi de près par l’ensemble de ses disciples.
Les prêtres, eux, s’avancent paisiblement aux abords de cette eau fraîche.
Certains en profitent pour boire et remplir leurs gourdes, d’autres défont leurs sandales et trempent leurs pieds abîmés par la marche.
 
Shaka ouvre en grand les portes du sanctuaire et se sent comme aspiré par une puissance bienfaitrice.
L’intérieur contraste totalement avec l’apparence extérieure.
Il est lumineux, propre et accueillant.
Le sol est carrelé de marbre et mène, sous forme de chemin délimité par des fleurs colorées et même quelques arbres fruitiers, à une immense statue en or de Bouddha couché sur le flanc droit, les deux mains jointes pour faire appui à son visage paisible et souriant.
Shaka s’assied en position du lotus juste devant la statue qui est surélevée d’au moins un bon mètre sur une estrade taillé dans la pierre.
Il fait face à ses adeptes qui l’imitent.
Durant de longues minutes, ils restent à méditer sans parler.

Dehors, les Athéniens ramassent quelques fruits qu’ils savourent.
Ils observent la faune composée de nombreuses espèces menacées tel que des guépards, des léopards, diverses espèces de singes et des éléphants.
Etrangement, comme si l’onde gardienne de Bouddha protégée les lieux, ces animaux prolifèrent dans le secteur et ne s’attaquent pas aux hommes.
Convaincue qu’ils sont avant tout protégés par le cosmos de Shaka, Hasu ne quitte pas des yeux l’intérieur du temple, en quête du Saint d’or de la Vierge.


Pendant ce temps, bien loin de là, à huit-cent-cinquante kilomètres des côtes du Chili, à proximité de l’île de San Ambrosio, Mû et Kiki apparaissent sur l’île de San Félix.

Plus petite que sa voisine, caractérisée par deux petits pics s’élevant à cent-quatre-vingt-treize mètres et dénudés par le vent, San Félix baigne dans l’océan Pacifique.
D’origine volcanique, San Félix ne dispose pas de source permanente d’eau douce et les seuls vertébrés y vivant sont des oiseaux.
La végétation est une mosaïque miniature de fourrés, de déserts, d’arbres aux tailles différentes, de buissons mélangés aux fougères et aux plantes vivaces.
Les récits du Sanctuaire rapportent qu’elle est réputée pour les bienfaits que procure une plante capable de lutter contre les substances hallucinogènes et autres méfaits de créatures mythiques, l’Epaphos.
L’Epaphos doit son nom à un fils de Zeus que lui donna Io dans la mythologie.
 
En cette époque contemporaine, bien qu’elles soient encore mal connues, la faune et la flore ont présenté un grand intérêt scientifique.
De nombreux états ont envoyés leurs chercheurs pour y prélever des échantillons et pour observer l’environnement avant une catastrophe climatique il y a seize ans.
Depuis, l’île est inoccupée.
En effet, les conditions de vie ont fait déchanter beaucoup de monde.

C’est donc en toute quiétude, qu’au sommet d’un pic montagneux de l’île, apparaissent les deux silhouettes qui prennent petit à petit forme humaine.
Mû, de son mètre-quatre-vingt-deux, surplombant Kiki d’un mètre-trente.
Pourtant, c’est la plus petite qui s’agite en première.
L’enfant de sept ans, de toute sa jeunesse, sautille pour se réchauffer du vent qui glace la pointe rocheuse.
Mû, moins expressif recoiffe calmement ses cheveux mauves pourtant attachés.
Il se gratte le front, à hauteur des deux points qui marquent sa peau au-dessus de ses yeux, symbole de son appartenance au peule de Mu.
Habillé d’une tenue traditionnelle tibétaine, il est couvert d’un voile gris enroulé le long de son corps et qui descend sous forme de robe à hauteur de la ceinture.
_ « Félicitations Kiki ! Tu as réussi une téléportation sur une longue distance. Tu as fait de très grands progrès, je suis fier de toi. Maintenant j’aimerai que tu retournes veiller sur Médée. Je n’aime pas la savoir seule dans cet état.
_ Merci maître, je retourne de ce pas à Jamir. »
L’enfant repart aussi vite qu’il est arrivé en laissant son professeur visiter l’île à la recherche de cette fleur…
 
 
Sur la côte ouest du Sri Lanka, toujours assis dans le temple, jambes croisées devant ses apprentis, Shaka raconte : « Ce temple a été cédé, il y a des millénaires. Les adeptes de Poséidon du village côtier de Thosa ont voulu chasser toute forme de vénération autre que la leur. Depuis, personne n’ose approcher les environs. Le nom du village, Thosa, est un hommage à une nymphe avec qui Poséidon eu pour fils le cyclope Polyphème. Les Thosiens sont des partisans de Poséidon et se trouvent en bord de côte, sur un bras de l'océan Indien s'étendant d'est en ouest entre l'Inde et le Sri Lanka, le golfe de Mannar… »
 
Dehors, un vol d’oiseaux effrayés passe au-dessus des prêtres qui se regroupent devant le palais.
Craintifs, ils sentent qu’un profond malaise anime la faune qui s’échappe subitement
Ils ne remarquent pas la sortie du temple des disciples de Shaka.
La voix de Shiva les fait sursauter : « Le vent du bord de mer les inquiète. Il est imprégné des prières des Thosiens. Nous sommes proches d’eux. »
Le reste de la communauté quitte le temple que referme avec délicatesse Shaka.
Alors qu’il passe aux côtés d’Hasu, celle-ci caresse avec finesse la main de son amant.
Immédiatement, Shaka tourne le visage dans une direction opposée à la sienne, comme s’il la rejette après les instants de tendresse passés ensemble la veille à Jamir. Sans lui donner la moindre explication.

Le groupe reprend alors la route et, après une demi-heure de marche, la pluie le poursuit.
A mesure qu’il s’enfonce en direction de Thosa, il rencontre une multitude de reptiles.
Les pluies diluviennes, conjuguée à une température avoisinant les 35°C, n’aide en rien les Athéniens qui commencent à se sentir fiévreux.
Néanmoins Shaka ne ralentit pas.
Et pour cause : « Nous sommes arrivés ! »


La jungle débouche sur une petite clairière au sol sablonneux, proche du rivage.
L’équipe du chevalier se masse derrière lui pour observer un peuple à la peau ébène, comme Krishna, où les enfants jouent et rient malgré le déluge.
Les femmes ramassent l’eau de pluie tandis que certains hommes reviennent de la pêche en poussant dans des chariots des masses de poissons prisonniers dans des filets.
Au loin, en bord de mer, en contraste total avec les décors indiens de ce magnifique pays, une paroisse, aux colonnes doriques, ornée en son entrée par la statue d’un homme à la musculature imposante, nu, au visage fermé et couvert d’une longue barbe, pointant en direction de la plage un trident, domine la vingtaine d’habitations thosiennes.
 
Shiva commence à s’avancer en faisant craquer les os de ses poings : « La statue de Poséidon ! Un prieuré à son culte ! Nous sommes bien arrivés ! Bien… Nous n’avons pas une minute à perdre, retrouvons celui qui se fait appeler Krishna. »
Il est aussitôt rappelé par Aghora qui le tire par la manche.
Shaka adopte un ton impérial : « Apparemment, l’ensemble des Thosiens se réunit au fur et à mesure dans le village. Je n’y sens aucun cosmos important. Notre homme doit encore se trouver sur la plage. Il y a de nombreux innocents ici, évitons de nous faire remarquer. »
 
Les pèlerins reviennent sur leurs pas et longent la forêt pour rejoindre le bord de mer.
A l’avant, Shiva et Aghora devancent les douze autres disciples.
Aghora, pourtant le plus calme et le plus réfléchit des deux, s’interroge : « Pourquoi devons-nous donc épargner ce peuple ? Ces gens ne reconnaissent ni Athéna ni Bouddha. Pire, il glorifie un dieu hostile à nos croyances ! »
Shiva qui glisse ses pouces entre les lanières en cuir de sa Pandora Box et ses épaules soupire : « Pff… Ces Thosiens ne méritent que notre mépris, comme tous les faibles qui n’ont pas trouvés la voix de la sagesse au travers des paroles de Bouddha d’ailleurs ! »
Derrière eux, les douze élèves écoutent leurs modèles.
Certains sourient en se préparant à passer à l’action, d’autres craignent justement de devoir mettre pour la première fois en application les leçons de leur seigneur Shaka.
Il a beau les instruire à la maitrise de la cosmo énergie et aux mantras protecteurs, certains appréhendent malgré tout de devoir les mettre en application.


Plus loin, Shaka donne les instructions aux prêtres athéniens.
Ceux-ci devront attendre son retour en restant cachés dans la jungle et en veillant sur la Pandora Box de l’armure de bronze de la Couronne Australe qu’ils doivent rapporter en Grèce.
A la droite de Shaka, la belle Hasu attend patiemment que le Saint d’or remarque au moins sa présence…
 
 
Sur l’ile de San Félix, bien que les bourrasques soient violentes, la météo est clémente, le soleil fait quelques apparitions entre deux nuages.
Voici plusieurs heures que Mû observe fleur par fleur l’ensemble des espèces présentes sur cette île.
Or, il peine à trouver celle aux pétales dorés, aux tiges longues et orangées qui contiennent cette sève qui pourrait être bénéfique aux méfaits provoqués par Fyodor sur Médée.
Le placide Bélier finit par être tourmenté par l’absence de ce remède.
Dans les reliures dont il dispose dans sa tour de Jamir, rien n’indique à quel endroit précis il faut chercher.
De plus, après avoir fouillé le centre de l’île de fond en comble, il n’a hélas rien trouvé.
 
Alors, il remonte jusqu’au sommet pour observer les côtes et mieux découvrir les seuls lieux où il n’est pas encore allé.
Là, il distingue une immense vague qui engloutit le sud de l’île.
Surpris par un tel phénomène, Mû dévale les roches en quelques secondes et approche les récifs couverts d’eau salée.

De nombreux rochers ont été arrachés et avalés par la mer.
Pourtant, à sa grande surprise, une femme qui est de dos, se tient au bord d’une falaise d’au moins six-mètres au-dessus de l’Océan Pacifique.
Elle surplombe une plage de galets.
Elle est habillée d’une robe azur et ses cheveux bleus sont drapés d’un léger voile transparent. Elle semble prier.
Sentant le danger, Mû l’interpelle : « Prenez garde mademoiselle ! »
Il court vers elle pendant qu’elle se retourne.
A cet instant, la belle grimace et le blanc de ses yeux devient jaune.
Sa peau rougie.
Sa mâchoire se déboite pour laisser apparaître de longues dents.
Abasourdi par la scène dont il est témoin, Mû ne sent pas venir six coups qui le frappent sur tout le corps avec une intensité phénoménale.
Six coups prenant la forme d’un ours, d’un loup, d’un aigle, d’une abeille, d’une chauve-souris et d’un boa.
Il est repoussé vers un rocher contre lequel il s’écrase violemment.
Secoué, la tête lui tourne et du sang coule en abondance de son crâne.
Pendant qu’il prend appui sur la pierre, il entend des pas venir derrière lui.
A première vue, la femme changée en monstre a disparu du bord de mer : « Pas de doutes, il s’agit d’une illusion engendrée par un puissant cosmos. »
A cela, un claquement de main lui répond.
L’homme qui vient dans son dos l’applaudit en souriant.
Vêtu d’un pantalon et d’un maillot noir, il marche dans des bottines grises et laisse le vent balayer ses longs cheveux fuchsias.
Mû se remet difficilement debout et invective l’inconnu : « As-tu perdu la raison ? J’aurai pu y laisser la vie. Quel est ton nom ? »
L’autochtone bondit depuis les trois mètres qui le tenaient à portée de Mû pour venir exposer face au Saint d’or son mètre-quatre-vingt.
_ « Tu te trompes, un homme normal aurait pu perdre la vie. Seul un être capable de jouer de sa cosmo énergie peut parvenir à survivre à ce genre de technique. La politesse voudrait que ce soit toi qui te présentes le premier, car je suis Io et tu te trouves ici sur mon île !
_ Je me nomme Mû. Mû de Jamir.
_ Jamir ? Oui, mon père m’en a déjà parlé. Je croyais qu’il s’agissait d’une légende. A ce que je vois nous sommes donc tous les deux les derniers membres de nos communautés respectives !
_ Les derniers membres ? Que veux-tu dire ?
_ Il y a seize ans, une équipe de chercheurs du Chili est venue suppléer celle déjà présente ici. Les scientifiques arrivaient chaque fois pour six mois avec, à leur bord nourritures, technologies de plus en plus avancées et de nouveaux surdoués de plus en plus instruits. Tout cela dans le but de percer les mystères naturels de cette zone. A bord du bateau, une jeune météorologiste, ma mère, me portant dans son ventre depuis six mois, venait pour étudier les nombreux cataclysmes dont est victime l’île durant toute l’année. »
Mû se permet de mettre en avant ses connaissances.
_ « Les îles Desventuradas… Voilà donc l’origine du nom de cet archipel…
_ Exactement. Dans ce bateau, un mystérieux matelot venait d’être engagé pour transporter le matériel. Il parlait peu, se tenait toujours à l’écart et était capable de se retourner une dizaine de fois en une minute, pour vérifier qu’il n’y ait personne derrière lui. Toutefois, malgré tous les mystères qui l’entouraient, il était serviable et charitable. Un mois seulement après le débarquement sur l’île, une immense tornade ravagea les installations des scientifiques qui périrent tous emportés par le vent et les eaux. L’intrus, au terme d’une concentration incroyable, parvint à repousser cette catastrophe climatique qui faillit de peu emmener ma mère qui venait d’être soufflée. Le choc fut intense. Malgré tous les efforts de l’étranger elle perdit beaucoup de sang et ma venue au monde prématurément n’arrangea pas son hémorragie. Elle mourut en me laissant seul avec l’exilé du Sanctuaire d’Athéna… »
Il sort de sa poche une pièce de monnaie qu’il balance au Muvien.
Le Bélier s’en saisit et passe sa main devant ses yeux pour dégager le sang qui y coule afin de mieux examiner l’écu.
Mû reconnaît parfaitement ce morceau de métal qui favorise les échanges commerciaux dans le Sanctuaire et les domaines annexés par celui-ci : « Un sacre ! Cela confirme que la personne qui te sauva la vie était du Sanctuaire. »
En entendant Mû prononcé le nom du domaine sacré, le regard d’Io se charge de haine : « Alors tu sais de quoi je veux parler ! En garde ! »
Sans crier garde, Io lance son poing en avant en hurlant de rage…
 
 
Pendant ce temps, à l’orée de la forêt de Thosa, les douze disciples du Saint de la Vierge ont gagné la plage.
Derrière eux, Shaka pose, pas par pas, ses pieds de façon légère dans le sable humide.
Ses deux mains sont jointes en direction du ciel et il recueille à l’intérieur l’eau de pluie qui tombe abondement.
Ses cheveux trempés sont plaqués en arrière, car il lève la tête en direction des nuages et du tonnerre grondant.
 
Alors qu’il a demandé au clergé de rester en retrait, Hasu suit Shaka en trainant les pieds.
Elle baisse la tête.
Cet homme magnifique aux yeux bleus et purs, qui lui a apporté tant de bonheur hier, est aujourd’hui hermétique à ses approches.
Des mèches de ses fins cheveux châtains noyés collent sur ses frêles épaules.
Sa robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche se fixe à sa peau et dessine avec grâce ses courbes sensuelles.
Des larmes se mêlent à l’ondée qui choit sur son visage et imprègnent ses grands yeux azurs d’une profonde souffrance.
Subitement, elle choisit de ne plus avancer ce qui alerte aussitôt le Saint d’or : « Que se passe-t-il… Hasu ? »
Pensant être plus discrète, elle garde le silence.
Sans même se tourner vers elle, Shaka ressent très bien le mal-être de cette magnifique jeune femme.
Froid, d’un ton insensible, il lui annonce : « Je suis le Saint d’or de la Vierge. Ma mission me pousse à ne pas m’attacher davantage… »
Touchée au plus profond d’elle par ce qu’elle vient d’entendre, Hasu serre les poings : « Nous ne serons pas toujours en temps de guerre. »
Shaka adopte un ton complaisant : « Malheureusement, mes longues discussions avec Bouddha m’ont appris que la mort est inévitable pour nous autres Saints d’or. Nous avons un rôle crucial dans l’équilibre de ce monde. Notre génération est celle où tout se jouera. »
Hasu sent une déchirure à l’intérieur même de sa poitrine, comme si son c½ur venait d’être fendu : « J’ai… J’ai abandonné Algol pour suivre la voie des prêtresses… Et finalement tu m’as détourné de mon chemin… »
D’une voix mielleuse, Shaka rectifie : « Non. Tu cherchais un meilleur moyen d’honorer ta déesse que par la violence. Limitée par ton savoir, tu as cru qu’être prêtresse suffirait. Alors je t’ai ouvert les portes de la sagesse. Aujourd’hui, après des mois de pèlerinage et de leçons, tu as presque atteint ton but. »
Hasu prononce difficilement : « Presque atteint… Qu’est-ce que cela signifie ? »
Shaka qui toise l’horizon n’en dit pas plus : « Tu m’as suivi alors que les prêtres sont restés en retrait. Tu ne peux plus faire marche arrière à présent. Pressons ! Le combat va commencer… »
 
Les apprentis, Shiva et Aghora en tête, distinguent au loin un homme s’entrainant à la lance.
Il effectue de grands mouvements de bras, tandis qu’autour de lui quelques pêcheurs tirent des filets dans lesquels sont regroupés leurs provisions pour les jours à venir.
L’homme à la lance, torse nu, les cheveux blancs en forme de crête sur son crâne et descendant dans le creux de son dos, accroit progressivement sa cosmo énergie.

Soudain, les pêcheurs stoppent leur activité et s’interrogent sur la façon dont ont pu arriver des étrangers jusqu’ici.
Pieds nus sur le sable humide, son pantalon bleu imprégné par la pluie battante, Krishna fait fi de l’arrivée de ses adversaires qui sont maintenant à quelques mètres de lui.
Autour de son bras gauche est enroulé le rosaire de Bouddha qu’il a dérobé à Fyodor, lui-même auteur du larcin à Jamir.
Il somme à ses semblables : « Ils sont venus chercher l’offrande que j’ai récupéré pour sa majesté Poséidon. »
Cinq pêcheurs se positionnent aussitôt devant Krishna et, d’un signe de la main, indiquent aux autres de regagner le village.
Ensemble ils déploient leur cosmo énergie.
 
Shiva qui leur fait maintenant face est amusé : « Oh… Quelle surprise ! Il semblerait que notre voleur ne soit pas le seul à posséder un cosmos important. Ça n’en sera que plus amusant. »
Shaka préfère user de sa sagesse. Sans ouvrir les yeux, il pointe du doigt le mala porté par Krishna : « Nous ne vous voulons aucun mal. Nous souhaitons simplement récupérer ce qui nous appartient. »
Un premier Thosien au crâne rasé réagit.
Habillé d’un simple short, il est doté d’une musculature imposante, semblable à celle de Docrates. Son bouc noir couvre son menton carré : « Ce collier est désormais la propriété du Seigneur Poséidon. »
Un second, plus petit mais tout aussi bardé de muscles ajoute : « Athéna n’est pas de taille face à Hadès. Leurs querelles durent depuis trop longtemps. Il est temps pour notre Seigneur Poséidon de conclure ces batailles, en se débarrassant de chacun d’eux lorsque l’heure sera venue. »
Aussitôt, les cinq Thosiens se jettent vers Shaka qui est immédiatement encerclé par ses élèves…
Une vague d’énergie repousse les opposants.
Les Pandora Box du Paon et du Lotus s’ouvrent et couvrent leurs propriétaires.
Shiva et Aghora s’étudient eux-mêmes avant de s’observer l’un l’autre.
Pour la première fois, ils endossent les Cloths que leur a offert Shaka durant le voyage pour l’île de Ceylan.
Ils sentent une âme nouvelle dans ces armures qui les parcoure et qui décuple leurs forces.
Sentant le danger et leur volonté de faire leur devoir envers Athéna, les armures s’éveillent sur leurs nouveaux porteurs.
Shaka, mains jointes paume contre paume à hauteur de sa poitrine, est fier de ses élèves : « Félicitations Aghora. Félicitations Shiva. Vous portez pour la première fois vos armures d’argent sur lesquelles le grand Mû a passé beaucoup de temps pour les restaurer. Shiva, j’ai très bien connue l’ancienne détentrice de cette Cloth. Elle s’appelait Mayura et, à une époque pas si lointaine que ça, elle faisait avec Orphée de la Lyre la fierté des Saints d’argent. Rendez honneur à Mû et Mayura en vous montrant dignes de votre rang de Saint d’argent. Récupérez le rosaire de Bouddha. Pendant ce temps, les autres s’occuperont des alliés de Krishna. »
 
Il n’en faut pas plus au Saint d’argent du Paon et à celui du Lotus pour foncer dans la masse.
Les cinq amis de Krishna, ne pouvant rien face à des chevaliers vêtus de leurs Cloths, s’écartent aussitôt pour laisser le meilleur d’entre eux les défaire.
 
Hasu, refusant d’avoir recours à la violence, reste derrière Shaka, assis jambes croisées, observant ses élèves le protéger des cinq serviteurs de Poséidon…
 
 
Au même moment, sur San Félix, le poing dressé d’Io est arrêté par un mur invisible à quelques centimètres du visage de Mû.
Mû ferme les yeux et prononce calmement : « Crystal Wall. »
Le Mur de Cristal calme les ardeurs du jeune Chilien : « Tu refuses le combat ? »
Mû garde les yeux clos et déclare sans hausser la voix : « Je préfère éviter cela tant que possible. L’unique objet de ma visite est l’Epaphos. Je souhaite guérir ma femme. Cette plante est mon dernier espoir.
_ L’Epaphos ne se trouve pas comme cela. Je sais où tu pourras la trouver. J’accepte de te le dévoiler si tu consens m’affronter en combat singulier.
_ Je n’ai pas de temps à perdre. »
Io réplique avec beaucoup de mépris : « A ta guise. Après tout je dis cela pour toi, la mort des représentants d’Athéna me réjouit plus que tout. »
Mû ressent énormément d’amertume dans ces propos.
Malheureusement, il doit se résoudre à accepter s’il veut sauver son épouse.
Il brise sa barrière.
Immédiatement, Io envoie son pied gauche en plein visage de Mû.
Le Bélier esquive en se déplaçant à la vitesse de la lumière, tout comme il évite la trentaine d’assauts suivants.
Io n’abandonne pas et, à la grande surprise de Mû, ne semble pas épuisé.
Il est temps pour le chevalier de réagir.
Au moment où Io se jette le genou en avant, Mû le devance et plaque sa main contre la poitrine de son adversaire. Avec la pression de son cosmos, il le projette haut dans les airs et, tandis qu’il pointe sa main vers le sol, il se sert de sa télékinésie pour l’écraser ensuite contre le parterre rocailleux.
Au contact de la pierre, le corps de l’orphelin rebondit devant Mû.
Le Saint d’or croise rapidement ses bras pour concentrer sa cosmo énergie, qu’il fait exploser aussitôt en écartant en arrière tous ses membres.
La déflagration repousse Io au flanc du précipice.
De son accoutrement, il ne reste plus que son pantalon arraché, ressemblant plus à un short dans cet état.
Son torse et son dos, désormais à nus, sont écorchés et ses pieds découverts sont marqués par de nombreuses plaies.
Mû se téléporte jusque devant lui.
Io rampe jusqu’au bord de la falaise pour se donner un peu de recul.
Même si ses jambes flageolent, il parvient à se mettre debout et brûle précipitamment sa cosmo énergie pour cogner de toutes ses forces Mû.
Six impacts se dégagent en un millième de seconde, chaque coup chargé de cosmos prend respectivement la forme d’un ours, d’un loup, d’un aigle, d’une abeille, d’une chauve-souris et d’un boa.
Les assauts sont si véloces que le Chilien réussit à passer derrière Mû.
Malgré tout, Mû a eu le temps d’éviter les six chocs.
Il a même pu prendre le loisir de s’essuyer le front du sang qui coule encore de sa précédente plaie.
Io est déchaîné, son visage se charge d’animosité il essaie à nouveau de frapper le représentant d’Athéna en l’acculant près du vide. Mais Mû se téléporte derrière lui et lui enseigne une leçon qu’Io aura plus tard tort d’oublier : « Une même technique ne marche pas deux fois sur un Saint ! »
Le temps qu’Io fasse volte-face, Mû prend assez d’appui contre le sol pour jaillir genou en avant, cogner le thorax de son adversaire et s’envoler avec lui dans le vide.
Io retombe six mètres plus bas, les omoplates en premier, sur la plage de galets.
Depuis les airs, Mû se téléporte au sol, afin de s’éviter de faire une cabriole pour se réceptionner convenablement.
La chute a été si violente qu’Io est presque encastré dans les cailloux qui ont éclatés sous le choc.
Du sang coule de ses oreilles, de sa bouche, de ses yeux et de son nez.
Il semble paralysé et souffre d’hémorragies internes importantes.
A mesure qu’il approche, Mû interroge son adversaire qui agonise : « Pourquoi ? Pourquoi tant de haine contre les chevaliers d’Athéna ? »
Io, tête couchée en arrière, souffre à évoquer son passé : « Parce qu’ils sont le mal, ils ont tué la seule famille qu’il me restait. Sur l’île, après la catastrophe, il ne restait plus que l’étranger et moi-même. Les gouvernements des nombreux pays, croyant la mission gâchée et n’ayant jamais réussi à tirer quoi que ce soit de l’île, abandonnèrent l’idée même de poursuivre les recherches et d’envoyer une équipe de sauvetage. Avec le peu de vivres qu’il récupéra dans nos bateaux éventrés et dans nos habitations de fortune ravagées, l’étranger réussit à faire survivre le nourrisson que j’étais. En grandissant, il m’apprit à survivre en tirant à l’arc les nombreux oiseaux qui viennent nidifier ici, à recueillir l’eau de pluie pour boire et à développer la force qui sommeille en chacun de nous, le cosmos. Car oui, il était un mercenaire du Sanctuaire. Il fut jugé pour avoir échoué à une mission secrète, la peine de mort fut sa sentence. Par chance, il parvint à s’enfuir et à passer incognito dans chacun des pays qu’il traversa. Il m’enseigna ce qu’il savait. Il avait manqué la dernière étape pour accéder à une armure d’argent. Son savoir et sa cosmo énergie étaient, malgré tout, très grands. Je fus mis au fait de toutes les légendes, des causes qu’il défendait. Je ne pus m’empêcher de rejeter cette déesse qui était à l’origine de tous les malheurs du seul parent que j’avais. Cette même déesse qui défendait les hommes responsables du non envoi d’un bateau de sauvetage, de celle qui couve des gouvernements qui ont préférés laisser mourir les chercheurs de cette île sans même se soucier de la possibilité qu’il puisse y avoir des survivants… »
Mû essaie d’atténuer la folie de son interlocuteur : « Tu l’as dit toi-même, seule la cosmo énergie de l’exilé a réussi à contenir la tempête. Les peuples de ce monde ne se doutent pas que des êtres comme nous existent. C’était une évidence pour eux, il n’y avait aucun survivant. »
Io se fiche de la réaction de Mu et poursuit : « Les années passèrent et chaque soir je le voyais prier Athéna pour qu’elle veille sur nous. Bientôt, alors qu’il n’était âgé que de douze ans, l’élève que j’étais surpassa le maître et s’émancipait de ses leçons mais pas de son amour. Cependant, les espions du Sanctuaire sont tenaces et éparpillés sur tout le globe. Après diverses investigations, ils découvrirent que la dernière destination de l’exilé fut mon île natale. Le Grand Pope envoya quatre chevaliers de bronze pour exécuter la sentence de son jugement. D’abord surpris de voir pour la fois première d’autres humains, je fus mis rapidement hors de combat. Mon père ne put rien et lorsque je rouvris les yeux, il gisait à côté de moi, défiguré, les bras et les jambes tranchés. Il avait tenu jusque-là pour me dire qu’il m’aimait avant de mourir… »
Pendant que Mû rejoint son adversaire, il observe les vagues avaler de plus en plus de mètres de plages.
Soudain, son attention se focalise sur un point brillant dans l’eau.
Les rayons du soleil passent au travers des nuages et reflètent sur des pétales qui réagissent en dégageant une couleur d’or.
Par pur hasard, Mû découvre l’Epaphos qui ne vit que dans les récifs souvent inondés d’eau salée.

Mû se dirige pieds dans l’eau pour ramasser quelques fleurs.
A l’instant même où il arrache avec soin la racine, la cosmo énergie d’Io s’intensifie à mesure qu’il ressasse ses souvenirs : « … Après qu’il ait rendu son dernier souffle, ses bourreaux choisirent de rester s’amuser avec moi. Ils ne savaient pas que fidèlement aux légendes que me raconta mon père, je m’étais conformément imprégné de celle de Scylla… »
En entendant cela, Mû reste immobile quelques instants.
Il réalise trop tard que son ennemi est debout, bras croisés en l’air, regroupant en lui ses dernières forces.
Mû range immédiatement l’Epaphos dans un morceau de cuir qu’il glisse dans sa robe et invoque un Mur de Cristal : « Crystal Wall ! »
Io descend ses bras en direction de Mû : « Big Tornado ! »
Le Tornade de Scylla se heurte sans effets à la barrière de protection de Mû.
Cela n’empêche pas Io de dégager son aura dans cette attaque de façon exponentielle.
Il sourit même et reprend son élan en levant les bras au ciel.
Mû maintient son Mur de Cristal : « Pff… Futile… Crystal Wall ! »
Cette fois-ci, Io vise le bord de plage, là où l’eau vient au contact des galets : « Tu oublies que Scylla est proche de son élément : Big Tornado ! »
L’onde cosmique se mêle à l’écume et aux cailloux qui s’écrasent contre le Mur de Cristal et cache la vue de Mû.
Tout à coup, Mû est frappé dans le dos par une salve d’énergie : « Big Tornado ! »
Mû est rejeté sur le rivage, la soutane arraché au-dessus de la ceinture, le petit sac de cuir dans lequel il a enroulé l’Epaphos tombe à côté de lui.
Son dos est lacéré sur toute sa surface.
Alors qu’il prend appui au sol pour se relever, ses plaies s’élargissent et son sang se déverse sur la plage : « Il a contourné mon Crystal Wall après avoir fait diversion, tout cela avec une vitesse que je ne lui connaissais pas jusque-là. Pour réussir un tel exploit, il a fallu qu’il entrevoie un court instant le septième sens. »
 
Là où l’eau est assez profonde pour être à hauteur de ses genoux, Io dresse à nouveau ses bras dans l’atmosphère, un tourbillon se crée tout autour de lui et les nuages sont dégagés par les bourrasques de vent qu’il occasionne, permettant ainsi à une multitude de fleurs d’Epaphos de resplendir de toute leur clarté : « Je ne laisserai jamais aucun représentant d’Athéna remporter la victoire. Les hommes sont foncièrement mauvais, ils m’ont abandonné tout comme le Sanctuaire d’Athéna a abandonné mon père adoptif… »
Au large, l’effluve cosmique du Muvien dessine derrière lui un immense Bélier d’or. Le chevalier est dépité : « Tu es irrécupérable, seule la Spirale Stellaire aura raison de toi. »
L’eau autour de Scylla forme une vague de plus de cinq-mètres de haut, prête à engloutir l’île de San Félix.
La déferlante passe au travers d’Io sans même le déranger, au contraire, elle se joint à la Tornade de Scylla.
_ « Big Tornado !
_ Stardust Révolution ! »
Un cataclysme est projeté sur Mû qui, contre cela, d’un mouvement de main, envoie, tel des grains de poussière, des milliers d’étoiles chargées d’un cosmos dévastateur.
Les points chargés de cosmos de Mû disparaissent dans le typhon. Provoquant ainsi la joie d’Io qui crie déjà victoire.
L’île est avalée par l’arcane d’Io.
Cependant, il déchante quand plus d’un demi-millier de points étoilés résiste à la Tornade de Scylla.
Ils passent au travers et viennent le télescoper, puis le transpercer…


A cet instant, sur la plage devant le village de Thosa, sous un orage violent, le combat fait rage.
Le vent soulève l’eau de mer et crée de terribles vagues de plus en plus grandes qui gagnent la plage.

Pourtant, cela ne ravise pas les deux Saints d’argent, bien au contraire.
Un terrible corps à corps s’est engagé entre eux et Krishna.
Le Thosien utilise la lance qu’il a achetée au marché Himalayen et avec laquelle il a combattu Fyodor.
La cosmo énergie du futur Marina imprègne son arme qui devient bien plus qu’un vulgaire outil à la lame émoussée.
Tandis qu’Aghora se relève après un coup au thorax, Shiva dégage toute sa cosmo énergie dans son arcane : « Sen Ju Shin On Ken ! »
Krishna pare chaque impact du Saint d’argent, en faisant tournoyer sa lance autour de lui à une vitesse qui dépasse largement celle du son.
Aghora profite de l’effet de surprise pour l’attaquer dans le dos en le frappant d’un violent coup chargé de cosmos : « Renge Bakusai Ken ! »
Cette fois-ci, Krishna esquive le Coup de Poing Explosif du Lotus, dont la vague de cosmos fonce désormais sur Shiva qui l’évite de peu en pivotant sur le côté.
Déconcertés tous les deux, les Saints ne réalisent pas que Krishna est prêt à riposter, investissant son bâton de toute son aura : « Flashing Lancer ! »
Entre ses deux ennemis, le Sri-lankais frappe avec le manche dessous le genou de Shiva pour le faire tomber au sol. Tandis qu’avec la lame, il cogne l’abdomen d’Aghora.
Le Saint du Lotus s’écroule en se tenant la poitrine de douleur, comme si l’impact était passé au travers de l’armure, laissant seul Shiva qui se remet sur ses jambes et saute pour ne pas être balayé par le manche à nouveau.
Dans les airs Krishna essaie de l’embrocher à hauteur du cou mais Shiva se meut avec agilité.
Il réussit à saisir la lance qu’il agrippe aussi férocement que Krishna.
En retombant au sol, il tournoie sur lui-même pour réussir à envoyer Krishna dans la mer déchaînée en relâchant le bâton une fois que la vitesse est suffisamment grande.
Voyant son rival sombrer dans cette tempête maritime, il se réceptionne sur le sable et reprend son souffle avec difficulté.
A mesure qu’il avance vers son camarade souffrant, Shiva perçoit derrière lui un sifflement.
Il se retourne en déployant son bras comme s’il fendait l’air et contre la lance de Krishna qui fonçait droit en direction de sa colonne vertébrale.
Shiva reconnaît son adversaire qui avance sans difficulté dans cette eau enragée qui le submerge jusqu’à la taille…
 
A plusieurs dizaines de mètres de là, les cinq autres Thosiens ne ménagent pas les dix autres disciples de Shaka qui ont choisis de se battre.
Visages couverts d’hématomes, os brisés, vertèbres déplacés… Il ne reste plus que le maître et Hasu.
Hasu observe la Vierge : « Seigneur Shaka… Si vous ne faites rien vos élèves vont mourir. »
Shaka ne répond pas, il semble continuer de prier.
Hasu abandonne sa pose de méditation et se lève en agitant ses mains devant son professeur : « Seigneur Shaka je vous en prie… La méditation n’a rien apporté de bon à la défense de nos amis. Il est temps de réagir. »
Le Saint ne réagit toujours pas.
Derrière Hasu, le colossal Thosien qui a pris tout à l’heure la parole, approche.
Il écarte d’un revers de la main la belle enfant qui retombe dans le sable humide : « Allons jeune femme, crois-tu donc que cet homme a le courage de nous affronter après ce que nous venons de faire subir aux autres ? »
Il fait craquer les os de ses poings avant de les unir tous les deux pour abattre le tout au sommet du crâne de Shaka.
Shaka prononce enfin une syllabe : « Kan ! »
Une bulle de cosmo énergie englobe le corps de Shaka et contre avec efficacité l’assaut ennemi.
Le Thosien est repoussé en arrière et s’échoue à son tour dans le sable humide.
Il se relève presque aussitôt les yeux injectés de haine.
Il dresse son poing en direction de Shaka et déclare : « Très bien ! Tu as trop peur pour te battre et tu préfères te retrancher derrière ton cosmos. Ce n’est pas grave. Nous allons d’abord exécuter tes semblables avant d’en finir avec toi. »
Hasu revient à elle en entendant cela.
Couchée face contre terre, elle supplie son maître : « Seigneur Shaka, ne laissez pas faire cela, pitié. »
Le Thosien espère qu’avec l’imploration de son élève le maître se décidera à intervenir, cependant Shaka reste de marbre.
Le géant perd patience et soulève du sol un des élèves à moitié conscient.
Le pauvre est défiguré, méconnaissable.
Il est tenu par les cheveux et a les bras qui pendent le long du corps.
Il essaye de trouver le sol du bout de ses pieds.
Le Thosien en profite pour frapper du plat du pied la rotule de sa victime qui se brise immédiatement, provoquant un cri de douleur insupportable et l’hilarité des quatre autres Thosiens…
 
 
Sur San Félix, l’eau quitte petit à petit l’île.
Elle regagne la mer en emportant avec elle des arbres et des pierres.
Le vent s’est dissipé et les nuages reviennent jouer avec le soleil.
Sur la plage de galets, Mû sort de l’eau le corps meurtri d’Io en le trainant avec son bras gauche.
Sa main droite tient fermement son morceau de cuir, dans lequel est contenue l’Epaphos.
Mû regardant son adversaire plus mort que vif, est navré de n’avoir pu trouver aucune autre issue.
Seulement, le temps presse et il n’a pas le temps de pleurer son ennemi.
Il se téléporte chez lui aussi vite qu’il en est venu…
 
La mer regagne très vite le corps égratigné du Chilien.
Le sel ne lui brûle plus ses plaies.
Au contraire, il s’habitue à cette sensation de bien-être que lui procure le flux marin.
Il relève sa tête qui baigne dans le centimètre d’eau qui regagne le Pacifique et se met sur le dos pour observer l’horizon.
Dans son esprit, il rejoue la scène finale de son affrontement : « Il s’est téléporté… Il a eu le temps d’envoyer son Stardust Révolution et de disparaître avant que mon arcane ne l’emporte… »
En comprenant cela, il se lève en s’égosillant de rage, de douleur et de désespoir.
Il avance dans l’eau jusqu’à hauteur de son bassin, en implorant le ciel de lui trouver une réponse : « Pourquoi ?! Je n’ai pas pu venger mon père ! Pourquoi Athéna triomphe-t-elle tout le temps ?! »
D’aigreur, il cogne de toutes ses forces le sol en soulevant l’eau tout autour de lui sur un rayon de dix mètres, ne laissant au sol que les galets, les poissons et…
_ « Une sirène, s’étonne-t-il ?! »
Tandis que l’eau reste surélevée autour d’eux grâce à la cosmo énergie d’Io, le beau jeune homme s’avance d’un pas hésitant.
Il est inquiet et à la fois curieux de cette femme au visage et au buste parfait.
Elle a une longue chevelure blonde et une queue de poisson à écailles roses.
Il la croit échouée à plat ventre sur cette plage de fortune imposée par sa furie.
Scylla arrive à sa rencontre, attristé par le mal qu’il pense avoir causé à cette créature qu’il ne pense pas réelle : « Pardonnez-moi créature… Je… Je suis désolé… Mes blessures sont si profondes, la fièvre me vient… Je perds la tête en croyant voir une créature imaginaire. Tu dois être une interprétation de mon subconscient. Un messager venant des entrailles maritimes pour me corriger pour ma violence et apaiser ma rage. Sache pourtant que je n’ai jamais voulu de mal au monde aquatique qui m’a, à chaque fois, miraculeusement épargné en temps de tempête. »
La sirène ouvre ses grands yeux bleus et voit Io pleurer, confus pour les dégâts occasionnés par son courroux.
Couchée dans ses bras, la créature mythique et magnifique arbore sa vigoureuse poitrine dénudée tout en souriant.
Sa voix et douce et optimiste : « Ton subconscient ne te joue aucun tour Io. Je suis Thétis la Mermaid, servante du dieu Poséidon. Je suis venue t’apporter la réponse à ta question. »
D’une voix mélancolique Io demande, crédule : « Ma question ?
_ Oui, celle qui t’éclaircira sur Athéna. Et celle qui te permettra de la contrer, de nettoyer le monde des êtres maléfiques qu’elle protège. »
La mine triste d’Io se change en regard d’enfant, plein de rêve : « Poséidon va changer ce monde n’est-ce pas ? »
D’un hochement de tête, Thétis lui répond affirmativement.
Elle se redresse et approche son visage de celui d’Io : « Le capitaine de notre armée, le Dragon des Mers réunit aujourd’hui les meilleurs soldats du monde entier fidèles aux idéaux du Seigneur Poséidon. Il t’a choisi pour mener à bien la conquête du Dieu des Mers. »
D’un sourire franc et direct, Io confirme aussitôt son enrôlement dans l’armée marine.
A cet instant la magnifique Thétis lève suffisamment sa tête pour s’approcher des lèvres d’Io qu’elle baise.
L’eau qui lévite tout autour d’eux s’affaisse aussitôt, les faisant disparaître de la surface terrestre…


PARTIE 1/2
La suite, dans le post qui suit.

72
Only for Love / Chapitre 16
« on: 29 July 2010 à 16h42 »
Chapitre 16

Un crépuscule de douleur annonce une longue nuit du 4 au 5 mars 1985.
L’obscurité accompagne le chagrin.
De nombreux cadavres s’amoncellent sur des buchés.
Ils sont transportés sur des chariots qui passent devant une multitude de corps meurtris éclairés par les torches sous les porches de leurs demeures. Spectateurs impuissants, les villageois assistent autour d’eux à des retrouvailles souvent difficiles pour des familles endeuillées.

L’atmosphère est lugubre sur l’ensemble du domaine sacré.
Les habitations pillées, les monuments détériorés, les cours empourprés de sang et les temples profanés sont ce qu’il reste du Sanctuaire.

Le vent se lève et amène un crachin qui soulage les plaies des soldats et nettoie les corps des innocents partout sur le domaine.
Y compris à l’ouest, dans le village de Paesco.

Là-bas, Apodis demeure immobile sur le seuil de sa maison, devenue une ruine.
Il y coulait encore des jours paisibles avec sa mère et son fils lorsqu’il est parti au matin.
Il est tétanisé par la funèbre découverte.
Les corps salis de sa famille gisent au milieu de la maisonnette entièrement dévastée.
Doucement, il vient poser une main à sa bouche.
Mais le contact de son épiderme sur ses lèvres déclenche un réflexe de renvoi qu’il ne peut retenir.
Il vomit, tant le malaise est atroce.
Sa poitrine toute entière se raidit.
Il se la cramponne comme pour empêcher ses organes de se rétracter.
Ses larmes gonflent ses joues.
L’oxygène ne vient que difficilement à ses poumons.
Malgré tout, il approche d’un pas tremblant.
Epouvanté après le décès dans d’horribles circonstances de Sperarus, son fils.
_ « Mon petit garçon… Mon petit garçon, balbutie-t-il… Qu’est-ce qu’ils ont fait à mon petit garçon… »
Morveux, bleui par l’affliction, catastrophé par la scène d’horreur qu’il imagine avoir eu lieu ici, il est incapable de reprendre son souffle.
Comme asphyxier, il chancelle jusque l’enfant en piétinant dans la mare de sang laissée par le corps de sa mère.
Il sort de la flaque d’hémoglobine le petit corps innocent écrasé face contre terre.
En voyant ses petits yeux blancs révulsés, sa petite bouche entrouverte qui n’expire plus, Apodis devient haletant.
Lorsqu’il relève légèrement la tête, il aperçoit devant lui le cadavre de sa mère.
Ses vêtements sont arrachés. Son corps battu. Sa silhouette désarticulée.
En une fraction de seconde, tous les scénarios d’horreur possibles traversent l’imagination d’Apodis.
Mêlée à l’angoisse du pire traitement réservé à ses proches, la souffrance déchire ses entrailles.
Alors, tandis qu’il serre fort Sperarus dans ses bras, il hurle de rage.
Si fort, qu’au dehors, ses hommes baissent la tête d’amertume.
Impuissants qu’ils sont. Et incapables de pouvoir comprendre la détresse de leur sergent.


Plus loin, dans le centre-est du Sanctuaire, au camp d’entraînement des femmes chevaliers, deux masques de femmes chevaliers sont posés sur les dalles d’un temple en ruine.
D’architecture grecque antique, les colonnes doriques du bâtiment sont entourées de fleurs.
Une torche est callée entre deux débris.
Dans la nébulosité de la nuit tombée, elle éclaire à peine deux corps entremêlés.
Les deux femmes, protégées de la pluie par une vieille corniche de plâtre fissurée, sont couchées l’une contre l’autre, couvertes d’une étoffe de laine.
Les deux guerrières se remémorent leurs classes faîtes ensemble.
Toutefois, celle aux cheveux verts, Shaina s’inquiète pour sa camarade brune, Geist : « Geist, nous avons grandi ici toutes les deux. Tu n’as aucun secret pour moi. Je te connais mieux que personne. Que tu viennes me trouver ainsi, en pleine nuit, après une telle bataille… »
Geist se défait délicatement du bras qui l’enserre contre Shaina.
Elle réajuste ses vêtements tout en observant à quel point Shaina est belle.
Rappelée de son exil par le Grand Pope afin de participer au complot incriminant les Hébéïens, Geist sait pertinemment qu’elle est condamnée à repartir sur son île maléfique, rebaptisée l’île du spectre par les autochtones Caribéens.
Alors, elle apporte à Shaina un semblant de vérité : « Shaina, je quitte le Sanctuaire. Bien qu’ayant défendu le domaine de toute mon âme avec mes hommes cet après-midi, le Grand Pope n’a pas jugé nos actes suffisants pour effacer notre comportement souvent violent lors des missions qui nous sont confiées. Je pars à nouveau Shaina. Et je ne sais pas quand je reviendrai. »
Shaina ne trouve pas les mots.
Juste avant de camoufler à nouveau leurs visages, elles s’échangent un langoureux baiser qui est, sans qu’elles le sachent, leur dernier…


Plus à l’est, Babel arrive au pas de course à la chaumière d’Agena, son amante.
Il y trouve Astérion, le mari de la défunte, debout à observer son cadavre sans même exprimer la moindre peine.
Babel ne sait que faire.
Surtout après leur dispute avant la Journée Sainte à propos de l’élue de leurs c½urs.
Il s’approche du Saint d’argent des Chiens de Chasse, et pose sa main sur son épaule : « Je suis désolé mon ami. »
Astérion fixe l’annulaire gauche de son épouse. Il reste sur ce doigt une marque circulaire blanche sur sa peau brunie puisqu’elle avait retiré son alliance avant le drame.
Babel continue : « J’ai déjà demandé à Gigas, notre général en chef, d’être incorporé dans les légions qui vont partir pour l’île d’Yíaros afin d’assurer la riposte contre Hébé. »
Astérion sourit : « Et c’est en m’annonçant ça que je suis censé te pardonner d’avoir charmé ma femme ? »
Babel essaie d’approcher en passant timidement ses mains devant lui.
_ « Astérion… Je… Crois-moi… Nous n’avons jamais voulu te faire le moindre mal. Nous nous aimions et nous…
_ Tais-toi ! Tu me dégoutes. Les Hébéïens m’ont vengé en lui prenant la vie. Si je souffre de me l’être faite voler, toi tu souffriras de ne pas avoir su la protéger. »
Babel sert son poing devant le visage d’Astérion qui affiche une grande arrogance.
_ « Comment oses-tu ? Il s’agit de ton épouse !
_ Non, c’est une traînée qui n’a pas su être fidèle à son mari et qui a profité des campagnes que je menais à l’extérieur pour se faire courtiser par un frère d’arme ! Un lâche qui préférait émettre des doutes sur notre Pope bien-aimé ! Aujourd’hui elle est punie pour sa trahison et toi tu te rabaisses à ton maître en constatant ton erreur. J’ai obtenu réparation en trouvant son cadavre et en sachant que désormais tu vas te vouer corps et âme à notre majesté pour expier les soupçons que tu avais à propos de lui. »
Babel baisse les yeux. Honteux face à ce qu’il pense être la vérité.
Astérion conclut : « Emporte son corps, je n’ai pas de cérémonie funèbre à célébrer pour des gens faibles comme elle. »
Babel ne dit donc rien.
Il vient ramasser sa belle transpercée en pleine poitrine par une dague et essaie de retenir ses larmes devant Astérion…


Pendant ce temps, à l’ouest, dans le village de Paesco, un immense amoncèlement de bois sec et de paille a été dressé.
Dessus, les villageois déposent, non sans peine, les membres de leurs familles victimes de la bataille, après les avoir lavés et habillés.

Parmi eux, Apodis y couche Mujakis, sa mère à qui il caresse encore affectueusement les cheveux.
Puis, vient le tour de son fils, à qui il a bien du mal à dire adieu.
C’est Aiolia, le bras droit bandé après avoir été fracturé lors du combat contre Enée, qui vient l’aider à se relever en le soutenant avec son bras gauche.
Vêtu d’un pantalon bleu délavé et d’un maillot marron, préférant passer inaperçu le plus possible, lui qui est encore vu par beaucoup comme le frère du renégat Aiolos, il est venu au chevet de ses camarades de l’ouest où vit Marin : « Allons Apodis, il faut les laisser maintenant. »
Apodis pince ses lèvres, pour ne pas éclater à nouveau en sanglot.
Il dépose un sacre, monnaie du Sanctuaire, sur chaque ½il des siens : « A toi le passeur, accepte les âmes des membres de la famille d’Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. Conduis-les auprès de ma défunte compagne Netsuai. »
Aiolia le fait descendre du bûcher avant qu’il ne s’embrase totalement.
Ils viennent se poser à côté de la Pandora Box d’Apodis, dans laquelle sa Cloth se régénère après les violents chocs subis lors des affrontements de la journée.
Malgré sa vue troublée par un flot de larmes, Apodis ne lâche pas un instant des yeux Mujakis et Sperarus, jusqu’à ce que le brasier soit si haut qu’il cache leurs corps.

Les prêtres et les prêtresses du Sanctuaire, ayant leurs temples sur la route reliant la douzième maison du Zodiaque et le palais papal, sont descendus dans les villages répandre les douces paroles qui accompagnent les familles des défunts.
Le Grand Pope en personne, a présidé le rituel dans la grande ville d’Honkios, lieu de regroupement des deux armées cet après-midi. Puis il a assuré les obsèques des Saints dans le cimetière des chevaliers, adjacent à la première maison du Zodiaque.

Apodis écoute d’un air solennel le prêtre qui préside la cérémonie de Paesco.
Pourtant, son esprit paraît déjà ailleurs tant son regard devient peu à peu vide.

Au milieu de la foule, Naïra Saint de bronze de la Colombe avance jusqu’à Aiolia qui lui a sauvé la vie à proximité de la maison du Bélier.
Elle vient le chercher par le bras, une fois qu’elle a présenté ses condoléances à Apodis. Aiolia quitte son ami, après lui avoir laissé une tape chaleureuse sur l’épaule.

Au loin, il aperçoit Marin accompagnée de Seiya.
Ils viennent tous les deux assister aux obsèques.
Marin porte encore sur son corps les marques des combats menés, tandis que sur la peau de Seiya il est encore possible de respirer le parfum de Filia avec laquelle il a passé la journée dans une réserve marchande d’Honkios sans prêter attention au brouhaha résultant des combats de dehors.
Marin remarque Aiolia tenu par le bras par Naïra, elle tourne aussitôt la tête pour marquer son indifférence.

Près du bucher, la tête encapuchonnée dans sa cape, accompagnant l’épouse et les enfants de son défunt camarade Mensa, Circinus est angoissé.
Ils reviennent des obsèques de Mensa, ainsi que de celles des autres Saints, au cimetière des chevaliers.
Le Saint du Compas choisit le moment où la foule se retire peu à peu vers ses habitations pour retrouver Apodis.
A sa surprise, le Saint de l’Oiseau de Paradis endosse l’urne de son armure : « Apodis ! Que fais-tu ? Pourquoi endosses-tu ta Pandora Box ? »
Essuyant ses dernières larmes d’un revers de main, Apodis arbore un visage fermé.
_ « Je n’ai plus rien à faire ici. J’ai fait part à Misty de ma volonté de gagner la place principale dans la ville d’Honkios avec mes hommes. Le Grand Pope y réunit tous les Saints volontaires pour escorter nos premières troupes sur l’île d’Yíaros, afin de riposter contre les Hébéïens.
_ Tu es à peine remis de tes blessures, c’est du suicide. »
Apodis masque ses yeux embués de chagrin par une grimace haineuse.
_ « Et qu’ai-je donc à perdre à présent que toute ma famille est morte ?
_ Tu as tout à gagner Apodis, crois-moi… »
Le vieux Saint du Compas fait pivoter sa tête et ses cheveux océans de droite à gauche et de gauche à droite pour veiller à ce que personne ne l’écoute. Il atténue le son de sa voix et poursuit.
_ « … J’ai découvert la vérité pendant les drames de la Journée Sainte. Notre véritable ennemi n’est pas celui que tu t’imagines.
_ Pff… La mort de notre camarade Mensa t’a fait perdre la tête Circinus. Je sais qu’il était comme ton frère…
_ Tu n’y es pas ! J’étais là, dans ta maison au moment où ça s’est produit… »
Apodis est saisi par les propos du Saint de bronze.
Tandis qu’il fronce ses sourcils, il écoute la suite attentivement.
_ « C’est un homme du Sanctuaire qui a tué Mensa. Mensa est intervenu dans ta demeure pour sauver ta famille. Il a tout donné pour les venger mais il était trop tard. Dès le départ, le déclenchement des hostilités m’a semblé étrange. J’ai suivi les traces de sang qui fuyaient ta maison et j’ai trouvé un homme du Sanctuaire. C’était un coup monté Apo… »
Apodis dresse d’un geste autoritaire son index devant la bouche de Circinus. Il lui coupe la parole et lui ordonne de se taire.
_ « Je n’accepterai pas un mot de plus Circinus ! Tu as perdu la raison ! J’étais là, j’ai vu les Hébéïens tuer les nôtres ! Ils ont tenté d’approcher Athéna par la force et de tuer notre Pope !
_ Ils n’ont fait que se défendre… »
Apodis le bouscule : « Tais-toi ! Comment peux-tu les excuser d’un tel acte ?! »
Le ton monte entre les deux hommes, les personnes aux alentours se rapprochent et observent la scène.
_ « Tu le disais toi-même Apodis ! Il y a encore quelques mois ! Les actions du Pope dans ce monde ne sont pas légitimes ! Il y a un malaise dans tout ça… »
Apodis baisse la tête, sa respiration s’accélère et son visage se crispe de colère : « Tu mens ! Tu mens Circinus ! Tu mens car tu n’as pas été à la hauteur ! Tu n’as pas su protéger ma famille ! Cette zone était sous ta surveillance et tu les as laissés faire. Mensa est mort, ma mère et mon fils aussi car tu n’as pas eu le cran de te battre ! »
Circinus est interdit par la réaction du jeune Apodis qui poursuit ses insinuations : « De tous les combattants que j’ai croisés après la bataille, tu es le seul à ne porter aucune marque ! Aucune blessure sur ton corps ! Aucune goutte de sang ennemi sur tes vêtements ! Toi, un des vétérans du Sanctuaire, tu as préféré prendre la fuite et inventer un mensonge pour ne pas être couvert de honte ! »
L’assistance fixe Circinus.
Même ses hommes échangent un regard circonspect. Certains doutent de la sincérité du Saint de bronze du Compas.
Ils se remémorent à quel point le chevalier était hostile à l’idée de riposter contre l’armée d’Hébé.
Le malheureux accusé se défend du mieux qu’il peut : « C’est faux ! J’ai tout donné lors de cette bataille tout en cherchant à comprendre pourquoi des alliés pouvaient bien nous trahir ! J’aurais donné ma vie contre celle de Mensa et de tous les villageois si j’avais pu ! »
Les yeux rouges d’Apodis sortent de leurs orbites tant la colère prend le contrôle de son corps et de sa raison : « Et c’est comme ça que tu le prouves ? Regarde autour de toi, c’est un véritable charnier ici ! Tu n’es qu’un faible doublé d’un menteur ! »
La majorité des gardes et des villageois, motivée par la colère et la vengeance, soutient Apodis.
Les autres, plus inquiets de la tournure des évènements, prennent du recul.
Blessé dans son amour propre, Circinus baisse le ton avant de perdre les nerfs crescendo.
_ « C’est vrai, tu as raison. Je suis un pauvre misérable. Je n’ai jamais été aussi intelligent que toi. On n’a jamais comparé mes hommes et moi-même à Achille et ses mirmidons comme c’est le cas pour toi. Toi tu as toujours été au sommet sans le moindre effort. Regarde comme tu es beau et fier ! Toi l’élève du vénérable Orphée de la Lyre ! Resplendissant lorsque tu portes ta Cloth de l’Oiseau de Paradis. Elle pourra être couverte de sang d’innocents qu’elle restera magnifique aux yeux de tous !
_ Où tu veux en venir ?
_ A une époque tu doutais des intentions du Pope. Aujourd’hui que la guerre te touche directement, il fait de grands discours, manipule la réalité et pour toi c’est le sauveur du Sanctuaire. Tu vas partir en croisade contre des innocents pour venger une guerre qu’il a orchestrée ! Tu ne vaux pas mieux que lui. »
Ces déclarations soulèvent un tollé général.
Apodis, croyant désormais aveuglement en la politique du Pope, et également vexé par la vérité assénée par Circinus, se met en position de combat.
Ses muscles sont gonflés de rage et ses yeux quasiment révulsés : « Tiens-toi prêt ! En position de combat ! »
Circinus baisse les bras : « Je ne me battrais pas contre toi. Ton esprit est déjà corrompu. »
S’en est trop pour Apodis.
Endeuillé, il est maintenant insulté sur la place publique.
Sans prendre le temps de la réflexion, guidé par son amertume, encouragé par les Athéniens avides de revanche, Apodis jette alors sa plus puissante technique contre son ami : « Frantic Fury ! »
Il dégage tout son cosmos et toute sa violence dans sa Fureur Frénétique.
Un seul coup, passant au travers de Circinus, fait voler en éclat sa Cloth qui était camouflée sous sa cape.
Le voile de tissu flotte désormais en lambeau dans les airs, accompagnant les débris de sa Cloth.
Circinus retombe sur le dos, les os brisés par le heurt, les vaisseaux sanguins éclatés.
Agonisant sous les regards dédaigneux de ses semblables, seul contre tous, le vétéran murmure avant de succomber : « Apodis… Un jour tu comprendras… »
Apodis, lui, demeure le visage haineux.
Il fait le tour de la foule qui retient son souffle.
Les spectateurs sont suspendus à ses lèvres.
Alors il clame : « Circinus salissait l’image de notre Grand Pope et d’Athéna en adressant des propos diffamants. Qu’il serve d’exemple à tous ceux qui s’abaissent à tenir ce genre de discours outranciers. »
Il pointe du doigt un des hommes de Circinus : « Toi ! Que son corps soit trainé à cheval dans tout le domaine sacré et qu’il soit balancé hors de nos murailles où il pourrira comme le méritent les renégats ! »
D’une nature chaleureuse et agréable, Apodis affiche sans l’ombre d’un remord l’autre facette de sa personnalité, celle de la fureur.
En retrait, les rares fidèles de Circinus s’effacent.
Tandis que ceux ayant préféré suivre l’engeance d’Apodis accompagnent le soldat soumit à ses ordres.


Loin de tout ce remue-ménage, dans la quatrième maison du zodiaque, Masque de Mort s’engouffre dans les caves de son palais.
Il porte, par-dessus son pantalon, une large robe en coton pour ne pas souffrir du frottement du tissu sur ses hématomes. Son torse est bandé suite aux blessures infligées par ¼dipe mais surtout par Hébé.
Il titube et semble fiévreux.
Il tient dans ses mains un plateau, ainsi que quelques feuilles de son journal intime qu’il délivre à sa captive à chaque repas.
Cela fait plus d’un mois et demi que la prêtresse d’Athéna a été violée par Saga puis faite prisonnière par le Cancer.
Lilith, comme il la surnomme, attend son repas dans sa geôle sombre et froide, nue en compagnie de cadavres en décomposition et de rats.
Lorsqu’il ouvre la lourde porte de béton, l’Italien la retrouve accroupie, le teint blafard, le corps sale et les yeux cernés.
Il dépose le plateau repas sur lequel elle trouve en plus des quelques extraits du recueil, un bol de bouillon, un morceau de pain sec et une bougie.
Une fois le plateau posé face à elle, elle se saisit en premier du papier sur lequel est reporté le récit de l’enfance du Saint d’or.
Deathmask en est même surpris.
Au moment de se redresser, le mouvement est si rapide que sa tête tourne.
Il s’écroule en arrière et perd connaissance.
La prisonnière le remarque affaibli.
Puis observe la porte de sa cellule qui est restée ouverte…


Dans la chambre du Pope, Saga retrouve son siège orné d’or après avoir prononcé en ville l’éloge funèbre des victimes de la Journée Sainte.
Congratulé par la foule pour avoir remercié les soldats qui ont veillés à la protection du peuple ainsi que les habitants qui ont priés Athéna quand tout semblait perdu, son nom fut scandé lorsqu’il a affirmé sa volonté d’envoyer dès maintenant des troupes en terre hébéïenne.

Néanmoins, loin des vivats, il se montre à présent colérique envers son général.
_ « Gigas d’après les rapports de nos messagers, trop de mercenaires ont failli être découverts lors du déclenchement des hostilités.
_ Oui votre majesté, j’en suis conscient. Vous serez toutefois ravis de savoir que cela ne s’est pas ébruité puisque nous avons exécuté les témoins de ces incidents.
_ Maintenant que tout le peuple est convaincu de ma bonne foi et que tous les Saints présents en Grèce se sont ralliés à moi, nous n’avons plus besoin de ces mercenaires de seconde zone.
_ Comme convenu j’en ai fait emprisonner, comme le géant Jaki. J’ai fait cela pour le punir de s’être fait découvert, plus personne n’entendra parler de lui maintenant. Quant aux Caraïb Ghost Saints, ils repartent pour l’île du spectre dans la nuit. Les garder en vie dans cette ancienne annexe du Sanctuaire est plus judicieux, ils peuvent toujours nous être utiles à l’avenir. Guilty est déjà en bateau pour la Crète, où un navire le conduira du Port du Destin jusqu’à l’île de la Mort. Je lui ai rappelé à quel point la formation du Saint de bronze du Phénix est primordiale. Spartan subit des soins. Il est entre la vie et la mort. J’ai déjà demandé à Saül de lui refaire son armure. Je suis persuadé qu’il sera bientôt sur pied, il est le meilleur de nos mercenaires. Enfin, je garde le chevalier des flammes à mes côtés pour ma garde personnelle. Tous les autres ont déjà été exécutés dans le plus grand secret.
_ C’est parfait. Je vais de ce pas dans mes appartements pour méditer. Réunis les Saints qui gagnent la place principale. Nos navires de guerre les attendent déjà au Port du Destin, j’ai fait envoyer des messagers en Crète pour prévenir nos navigateurs. Les Saints d’or du Taureau et du Capricorne mèneront l’armée. J’ai fait rappeler des Saints de bronze de leurs camps d’entraînement. Ils arriveront plus tard sur Yíaros. Il s’agit d’Anikeï Saint de Cassiopée qui nous vient de l’île d’Andromède, Taishi du Toucan d’Oran en Algérie, Lena de la Boussole et Carina de la Carène du Navire de Sibérie Orientale.
_ Bien majesté. Et pour mon information, puis-je savoir de combien d’hommes va être composée cette légion ?
_ J’ai demandé à Phaéton, ton second, de réunir deux-cents soldats.
_ Deux-cents ! Seigneur, avec tout le respect que je vous dois, vous envoyez chez Hébé la quasi-totalité de ce qu’il reste de nos hommes encore valides. Ne craignez-vous pas pour la défense de nos murailles ?
_ Comme tu l’as dit toi-même, il nous reste des mercenaires. Avec cela nous disposons de la quasi-totalité de nos Saints d’argent, sans oublier que Camus du Verseau est rentré au domaine sacré. D’autres Saints de bronze vont être nommés sergents, pour veiller à la défense du domaine et pour enrayer la perte des chevaliers morts cet après-midi. J’ai demandé à Phaéton de convoquer les lieutenants et de réétudier les dispositions de chacun.
_ Ô Votre Grandeur, vous êtes un génie. »


Au même moment, Aiolia accompagne Naïra jusqu’à la place principale de la ville d’Honkios.
_ « Alors tu as accepté de partir pour Yíaros ? »
Aiolia lui sourit chaleureusement pour dissimuler son chagrin.
Marin lui a paru si froide lorsqu’il est venu à son secours, contrairement à Naïra, qui n’a de cesse de se montrer reconnaissante.
_ « Oui, je pars en mission cette nuit. J’ai une revanche à prendre. Si vous n’aviez pas été là, je serais morte à l’heure qu’il ait. Je souhaite vous ramener la victoire pour honorer votre personne. »

A l’orée de la ville, Naïra tient toujours par le bras gauche son sauveur et le dirige vers une étable en ruine, couverte de verdure.
Aiolia suit la Nord-coréenne aux cheveux couleur feu descendant jusqu’à ses jambes.
Ils s’abritent à l’intérieur de l’espace couvert, bien que le toit soit abîmé depuis des années.
Au beau milieu de cette ferme abandonnée, elle dépose sa Pandora Box et défait son court bustier aux teintes crème, affichant sans complexe sa petite poitrine aux seins fermes et rebondis.
Ses hanches fines s’agitent afin de retirer le court short moulant et le sous-vêtement qui couvre son intimité.
Elle s’accroupit pour défaire les ballerines qui chaussent ses pieds et se présente, droite, le visage dissimulé sous son masque blanc et noir.
_ « Naïra je… »
Le Saint de la Colombe le coupe : « S’il vous plait Aiolia, je sais qu’une autre femme chevalier est dans votre c½ur. Peut-être l’aimerez-vous toujours malgré votre rupture ? Ce dont je suis certaine de mon côté, c’est qu’il n’a pas fallu attendre que vous soyez mon héros pour que je sois charmé par vous. Vous m’êtes apparu comme une évidence durant votre investissement héroïque lors de la Guerre Sainte contre Eris. Et s’il faut attendre des années pour que vous me donniez votre c½ur, alors j’attendrai le temps qu’il faut. Mais ce soir je pars pour une longue mission et, si je ne gagne pas votre personne, j’aimerai au moins sentir contre moi la chaleur de votre corps. »
Ses doigts aux longs ongles magnifiquement entretenus se posent sur son masque qu’elle retire et abandonne sur ses vêtements.
Lorsqu’elle lève ses yeux azur en direction du Grec, celui-ci reste subjugué par sa beauté.
Deux petites mèches descendent jusqu’au nez ravissant de la resplendissante Saint de bronze et ajoute à ce tableau magnifique une élégance contre laquelle aucun homme ne veut résister.
Sa bouche large et ses fines lèvres sourient timidement tandis qu’elle approche du Lion d’or.
Elle lui dépose un baiser sur la bouche sans qu’il ne réagisse, restant de marbre, luttant dans son c½ur pour ne pas céder à la tentation.
Pourtant Naïra a raison, son histoire avec le Saint d’argent est vouée à l’échec comme Marin l’a elle-même concédé.
Partagé par la gêne de ne pas avoir remarqué sa présence lors de la Guerre Sainte contre Eris un an plus tôt et par le désir qu’elle attise en cet instant en lui, il se laisse finalement convaincre.
Il ôte son maillot marron et caresse avec ses doigts gauches le visage de sa douce conquête.
Il le ramène jusqu’au sien pour lui offrir un long et sensuel baiser tandis qu’avec son bras encore valide il descend dans le creux du dos avant de contourner la taille de la douce asiatique.
Elle ferme ses yeux pour dessiner sur son visage une allure sereine et agréable…


Durant ce temps, dans la huitième maison du zodiaque, Milo est sur le flanc de sa demeure à proximité du passage secret reliant les demeures des Saints.
Torse nu, il fixe le ciel noir duquel le crachin a cessé : « La pluie a fini de tomber. Le sol est enfin lavé du sang des victimes de la Journée Sainte. »


Le son de sa voix parvient à un homme qui arrive par le chemin étroit.
Un courant d’air glacial accompagne Camus dont les pas résonnent sur les dalles : « Comme je perçois énormément de chagrin dans ces braves paroles. »
Il apparaît enfin, le diadème de sa Cloth dans les mains, s’inclinant en guise de respect pour son pair.
_ « Camus… Mon ami… Il s’agit là des paroles d’un homme au c½ur brisé.
_ Je comprends, je suis passé à Bifolco, le village d’Inakis et de ses amies avant de rentrer dans mon palais. J’ai appris le drame. Je suis sincèrement désolé mon ami. »
Milo contient ses larmes tandis que Camus vient le serrer dans ses bras.
Milo essaie d’étouffer son chagrin.
_ « Comme c’est dur de la perdre. Elle est morte par ma faute. Je n’avais plus qu’elle ici. Je jure d’attendre la mort pour la retrouver…
_ Chut… Ça va aller mon frère, je suis de retour désormais. Ça ira. »
Presque aussi grands l’un que l’autre, un centimètre manquant à Camus pour égaler le mètre-quatre-vingt-cinq de Milo, ils se fixent dans le blanc des yeux un long moment jusqu’à ce que Camus dépose ses lèvres de cristal sur le front de son compagnon de toujours.
_ « Il me faut me présenter au Grand Pope désormais, je dois à mon tour lui faire le rapport de mon voyage en Sibérie et lui faire état de mon affrontement avec un Alcide.
_ J’ai observé ton duel. Tu t’es très bien battu. »
Le Français sert le poing : « Pas assez hélas ! Sans quoi il aurait perdu la vie ! »
Ils s’échangent tous les deux un sourire complice, soulageant l’espace d’une seconde la tristesse du Scorpion, avant que Camus ne parte pour la chambre du Pope.


Plus bas, dans la ville d’Honkios, de nombreux soldats sont déjà regroupés sur la place principale de la ville.
Il s’agit là du lieu où se tient habituellement le grand marché du Sanctuaire, aux pieds de la montée des marches des douze maisons du zodiaque.
Les guerriers sont venus accompagnés de leurs familles et amis, pour ceux qui en ont encore, venus les saluer.

Des Saints de bronze comme Apodis et Naïra sont déjà présents, ainsi que Philémon Saint de bronze du Lièvre.
Ce Grec de petite taille a les cheveux bruns hirsutes, le teint brunit par le soleil et est marqué par une longue cicatrice, partant de son front et finissant sur sa joue en passant par son ½il gauche. Il a l’allure d’un joyeux garçon qui aime croquer la vie à pleine dent. Ses épais sourcils ne sont pas suffisants pour dissimuler ses grands yeux bleus desquels s’affiche une profonde amitié envers un des Saints d’argent déjà présent, Yakamoz de la Grue.
Cette dernière, le visage dissimulé sous un masque, fixe intensément Apodis qu’elle semble reconnaître.
Elle s’approche de lui, suivie de Philémon et lui tend la main : « Bonjour Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, je suis Yakamoz Saint d’argent de la Grue. Je tenais à saluer le disciple d’Orphée de la Lyre qui était un ami. »
Apodis la dévisage froidement puis lui serre la main en déclarant sèchement : « Je suis ravi de faire votre connaissance Yakamoz. »
Yakamoz vit dans les villages du sud tout comme Philémon.
Ils ont été de grands acteurs de la victoire contre les Hébéïens durant la journée.
Pourtant, la fixation de Yakamoz envers Apodis semble être plus qu’une marque de respect envers son ami Orphée.
Il faut dire que même avec une mine triste et fatiguée, Apodis est un des hommes les plus désirés du Sanctuaire.

Docrates se joint au comité, il porte un pantalon et un maillot à manches longues noirs et moulants.
Il semble bien triste lorsqu’il pose sa main dans le dos de son ami Apodis : « J’ai appris pour ta mère et ton fils. Je suis de tout c½ur avec toi. »
Apodis, inhabituellement froid, répond avec détachement : « Ce qui compte désormais c’est de mener à bien notre mission. Tu es des nôtres cette fois encore n’est-ce pas ? »
Docrates fait grise mine : « Je n’ai pas la chance d’avoir comme vous une armure qui se régénère dans son urne. La mienne a volé en lambeau lors de notre combat contre l’Alcide de l’Hydre de Lerne. Saül le forgeron en a pour un moment à la réparer… »

Plus loin, alors que d’autres groupes comme celui-ci se forment, Phaéton, Commandant des armées, attend sur les marches de la montée des douze maisons.
Ptolémy, le visage toujours camouflé sous un masque de fer et une épaisse soutane, vient déposer son urne devant le second de Gigas : « Mon armure n’est pas encore réparée, elle va devoir se reposer longtemps mais je suis quand même du voyage. Le Grand Pope tient personnellement à ce que je lui fasse mes rapports. »
Phaéton prend un air supérieur : « Fidèle à ta réputation Saint d’argent de la Flèche, tu longeras les murs et resteras à l’affût du moindre complot.
_ J’ai aussi une revanche à prendre sur cet Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, ce fameux ¼dipe ! Mon corps est encore bandé et pansé à cause des lésions qu’il m’a infligées. Mon armure, elle, porte encore les fissures créées par son arcane. »

Des prêtres et prêtresses viennent compléter cette assemblée présidée par Gigas qui descend lentement une marche après l’autre : « Saints, soldats, membres du clergé ! »
Le brouhaha se tait immédiatement, les habitants qui observent le rassemblement font de même.
Gigas arrive à côté de Phaéton qui s’agenouille.
Il emboite le pas à l’ensemble des observateurs de la scène.
_ « Vous voici réunis pour mener à bien la sentence de notre majestueuse Athéna. Horrifiée par la sanguinaire rébellion de sa s½ur Hébé, notre déité a demandé à notre seigneur le Grand Pope de corriger ces réincarnations du mal que sont les Hébéïens. Nous avons réuni deux-cent-hommes… »
La foule acclame les deux-cent nommés.
_ « … que guideront nos Saints de bronze Naïra de la Colombe, Philémon du Lièvre et Apodis de l’Oiseau de Paradis ! »
Le peuple scande leurs noms et plus particulièrement celui d’Apodis qui est entouré de ses soldats.
_ « … Ils suivront les directives des Saints d’argent Babel du Centaure, Yakamoz de la Grue et Ptolémy de la Flèche… »
Le public congratule à nouveau les trois chevaliers avant d’entrer dans une frénésie totale en voyant deux Saints d’or sortir de la demeure du Bélier et s’approcher de Gigas.
_ « … Les plans d’actions seront menés par deux Saints d’or qui ont risqués leurs vies aujourd’hui, Aldebaran du Taureau et Shura du Capricorne ! »
Les spectateurs sont en extases. Aldebaran et Shura, revanchards tous les deux, descendent les marches, vêtus de leurs Cloth déjà revitalisées, casques sous le bras.
Leurs visages portent encore les marques de leur affrontement contre Iphiclès.
Leurs armures d’or, elles, bénéficient d’une capacité de régénération bien plus rapide.
Gigas gonflent à bloc le moral des habitants ainsi que celui des guerriers, soldats comme Saint en criant : « Athéniens, guerriers, allons rendre la justice pour la paix sur cette terre ! »
D’une seule voix, le Sanctuaire crie : « Pour Athéna ! »
Gigas poursuit le dialogue du peuple qui poursuit.
_ « Comme contre Arès !
_ Pour Athéna !
_ Comme contre les Titans !
_ Pour Athéna !
_ Comme contre Eris !
_ Pour Athéna !
_ Comme contre les dieux Egyptiens !
_ Pour Athéna !
_ Comme contre Shiva !
_ Pour Athéna ! »
Le peuple, embrigadé par son engeance, oublie l’espace d’un instant son chagrin, tout comme Apodis qui a répondu avec les autres, plein de conviction.

Les Saints d’argent, sous l’impulsion des Saints d’or, divisent la légion en groupe de vingt en leur servant des vêtements de civils qui se portent dans l’Athènes modernes.

Les Saints ont droit à d’épaisses couvertures afin de cacher les urnes de leurs Cloths en plus du sac dont ils disposent déjà pour porter leurs frusques.
Les soldats, eux, dissimulent leurs armes.

Yakamoz apprend à Apodis : « Je me joins à ton groupe, nous allons nous disperser dans Athènes pour passer inaperçu en gagnant le port. Une fois là-bas, tout le monde montera à bord des ferries du matin qui circulent continuellement entre Athènes et Iraklion en Crète. Notre tenue civile nous permettra de ne pas nous faire remarquer des Grecs ou des touristes. Une fois à Iraklion, nous traverserons les montagnes infranchissables où nous serons libres de pouvoir dévoiler notre identité. Car là-bas plus personne ne sera en mesure de nous gêner pour atteindre le Port du Destin, dernier point de ralliement de nos deux-cent soldats. Enfin, nous embarquerons sur nos navires de guerres qui vogueront jusqu’à Yíaros. »
Apodis comprend l’importance que lui accorde Yakamoz. Il lui demande d’un air séducteur : « Si j’ai bien compris, tu seras en civil et j’aurai l’opportunité de voir ton visage. »
Yakamoz rétorque : « Je porterai un voile pour ne pas m’obliger à retirer mon masque. Si tu tiens tant que ça à voir à quoi je ressemble, il existe bien d’autres moyens. »
Apodis, bien différent depuis le décès des siens, affiche un sourire intéressé après une telle répartie.


Le petit matin du 5 mars 1985 arrive, le soleil se lève.
Dans le silence le plus complet, les balustrades des murailles du sud voient sortir les derniers soldats parmi les deux-cents accompagnant les Saints, tous affublés de tenues contemporaines.

Au port d’Athènes, au milieu des marchands et des premiers touristes debout, ou des derniers qui ne sont pas encore couchés, les premiers groupes de soldats, avec en tête Apodis, son caporal Pullo et leurs hommes, pénètrent incognito dans le port.
Ils embarquent sur un des ferries qui les conduira en Crète.
A bord du premier bateau, Apodis marche sur le pont, il est songeur.
Habituellement si cordial, il ne prend même pas la peine de répondre aux gens qui le saluent.
Observant les vagues se fracasser contre la coque, les larmes aux yeux, il laisse le vent lui filer dans les cheveux.
Il murmure avec tristesse : « Netsuai, mon amour, je suis désolé, je n’ai pas su tenir ma promesse, j’ai failli auprès de Sperarus et de ma mère. Si depuis cette nuit mon c½ur a été changé en pierre, soit assuré qu’il est mort en rendant son dernier frisson pour toi... Le confort de l’amour des miens m’a trop attendri. C’est ma faiblesse qui n’a pas su protéger notre fils. Aujourd’hui, j’ai une occasion de me rattraper. Mais pour cela, je dois redevenir l’homme fier que j’étais avant que je ne t’ouvre mon c½ur… Sans remords ni états d’âme… Pour y parvenir, je vais devoir m’affranchir des considérations qui me font passer pour un époux et un père aimant. Je te prie d’avance de pardonner le monstre insensible qu’il me faut devenir… »
D’un revers de la main, il sèche ses pleurs et adopte une mine renfrognée : « Hébéïens, dans quelques heures vous allez connaître le châtiment d’Athéna et soyez assurés que je serai votre bourreau ! »
Une main douce se pose sur son épaule et le sort de ses idées de vengeance.
Apodis reconnaît Yakamoz.
_ « Dis-moi Saint d’argent de la Grue, ton prénom, Yakamoz, a-t-il une signification particulière ?
_ Dans le pays d’où je viens, la Turquie, cela signifie reflet de la lune. »
Apodis, envouté par l’intonation délicate de la Turque, se retourne et la fixe.
_ « C’est un bien joli nom, en est-il de même pour sa propriétaire ?
_ Je te laisse le soin de le deviner. »
D’un hochement de tête, Apodis indique la direction des ponts inférieurs : « Aide-moi à le découvrir… »
Il lui prend la main et emprunte le chemin dont l’accès est pourtant proscrit.

La demoiselle aux cheveux couleur or se montre docile et le suit jusqu’au niveau où sont stationnés les automobiles des voyageurs.
Sans même dire quoi que ce soit, Apodis couche son officier supérieur contre le capot d’un véhicule automobile et défait le voile qui couvre son crâne et son masque.
Avec exaltation, il défait leurs vêtements puis pose sans élégance sa main sur le masque de Yakamoz.
Elle se laisse mettre à nue, au propre comme au figuré, le dos couché sur le métal froid de la voiture.
Apodis découvre les beaux yeux bleus, en amandes, de la blonde coiffée d’une longue queue de cheval. S’il était né deux-cents-quarante-deux ans plus tôt, hormis les deux points symboliques du peuple de Mu sur le front, il aurait pu jurer entre mille voir Yuzuhira, la camarade de Tenma de Pégase…

Sur un autre ferry, derrière celui d’Apodis, assis sur sa Pandora Box à se morfondre, Babel fixe l’horizon.
Il sait que l’île d’Yíaros se situe entre Athènes et la Crète, il devine qu’à cet instant il passe non loin de l’île où il va livrer de nouveaux combats.
Il fixe la chaîne avec la bague de fiançailles qu’il a offerte à Agena le matin du drame.
Il revit l’instant où il a repris le bijou, juste avant que sa bienaimée soit déposée sur le bûcher au milieu d’autres Athéniens.
Il la lance dans la mer Egée et fait une promesse : « Agena, je te vengerai en suivant la voix du Grand Pope. J’irai pourchasser nos ennemis en enfers s’il le faut ! Mais leurs crimes ne resteront pas impunis. Jusqu’à la fin de mes jours, pour Athéna et pour toi, je traquerai tous les rebelles envers notre Sanctuaire. Je te le jure sur notre déesse… »


Pendant ce temps, sur l’île d’Yíaros, Juventas s’engouffre dans le Parthénos, le temple d’Hébé.
Elle court à vive allure en direction du sénat où se réunissent ses frères d’arme et les prêtres.
Ses pas résonnent sur le marbre brillant des couloirs du temple, illuminés par des torches.
L’Alcide des Juments de Diomède revit dans son esprit le dernier message laissé par le cosmos d’Iphiclès au Sanctuaire avant sa mort : « Ma belle, ce dernier soupire t’est destiné. Ne m’en veux pas, j’ai combattu jusqu’au bout, gardant à l’esprit ton amour et les éclats de rires de notre petite fille. Bats-toi pour elle, pour vous, pour nos rêves. Je t’aime mon amour… »

Sans même frapper, elle ouvre les massives portes en chênes et pénètre dans cet amphithéâtre où elle s’agenouille à côté de sa déesse, posée sur un trône au centre de l’assemblée.
Elle ôte son heaume et attend qu’Hébé prenne la parole.

La Déesse de la Jeunesse entend encore vibrer dans son âme le message rempli de culpabilité que lui a adressé Iphiclès avant de succomber aux Roses Sanguinaires d’Aphrodite : « Majesté Hébé, voici mes dernières pensées. Je pars avec la déception de n’avoir pu mener ma mission à bien. Je vous prie pourtant de croire que j’ai résisté de toutes mes forces et ai brûlé mon cosmos à son paroxysme. Je meurs donc avec un sentiment d’inachevé, veuillez me pardonner. Je mets dès à présent à votre service la fidélité de mon enfant. Juventas veillera à ce qu’elle devienne une puissante femme chevalier qui lavera l’offense que je vous ai fait après mon revers. Mes paroles sont bien maigres vis-à-vis des conséquences de mon échec, mais soyez assurée que même dans la mort, mon cosmos continuera à servir vos desseins. Merci Ô Grande Magnificence d’avoir éclairée ma vie. »
Les larmes viennent aux yeux d’Hébé qui se redresse de façon solennelle. Avec beaucoup de chagrin, elle ouvre le débat en déclarant : « Du vent venu d’Athènes est imprégnée l’odeur du sang et de la fureur… »
Le ton donné par Hébé n’augure rien de bon pour son peuple…


Plus tard, sur son ferry, sans la moindre caresse ni la moindre considération, Apodis réajuste sa tenue de civil.
Yakamoz tente de venir l’embrasser quand celui-ci la repousse du bras.
_ « Qu’espères-tu ?
_ Tu as vu mon visage donc…
_ Il n’en est rien, la coupe-t-il sans le moindre égard. Il n’y aura rien de plus qu’un peu de fougue et de plaisir charnel entre nous. »
Il remonte sur le pont sans même la regarder.
La laissant nue et abattue.
Furieuse, elle sert le poing et le menace avant qu’il parte : « Il n’y a que deux initiatives lorsqu’un homme voit le visage d’une femme chevalier ! »
Avant de la quitter, il répond sèchement.
_ « Je sais. Sache à ton tour qu’il n’y a pas d’amour chez moi.
_ Je ne supporterai pas d’aimer à sens unique Apodis ! Tu me le paieras ! »
Apodis sourit avec une indifférence inhabituelle chez lui.
Il quitte le niveau où Yakamoz profère toutes les insultes qui lui viennent par la tête…

73

Dans les épisodes précédents :
Le temps de fabrication du TA profite aux humains pour se dévoiler leurs sentiments. Alors que John et Allison sont en froid, Sarah revit une seconde jeunesse dans les bras de Kyle.
Seulement le moment de vérité est enfin arrivé, Thomas ressort de la salle d’opération. La mission est un succès, Thomas est le Terminator Alpha.
Toutefois, pour se prémunir contre les pleins pouvoirs de Thomas, John Henry a prévu avant de quitter le passé de créer un virus qui l’autodétruira si besoin. John est mis au courant tandis qu’Ellison détient inconsciemment la clé à l’époque où il a choisi de rester.




Les personnages :

Sarah Connor
(Lena Headey)
Sarah Connor
(Lena Headey)
Cameron Philips / Allison young
(Summer Glau)
Cameron Philips / Allison young
(Summer Glau)
John Connor
(Thomas Dekker)
John Connor
(Thomas Dekker)
Jackson Hamilton
(Ray Stevenson)
Jackson Hamilton
(Ray Stevenson)


Kyle Reese
(Jonathan Jackson)
Kyle Reese
(Jonathan Jackson)
Catherine Weaver
(Shirley Manson)
Catherine Weaver
(Shirley Manson)
Savannah Weaver
(Mackenzie Brooke Smith)
Savannah Weaver
(Mackenzie Brooke Smith)
Lila
(Fay Wolf)
Lila
(Fay Wolf)


Derek Reese
(Brian Austin Green)
Derek Reese
(Brian Austin Green)
James Ellison / EV083
(Richard T. Jones)
James Ellison / EV083
(Richard T. Jones)
Shawn Cooper
(Chris Carmack)
Shawn Cooper
(Chris Carmack)
Tara Biel
(Willa Ford)
Tara Biel
(Willa Ford)


Jesse Flores
(Stephanie Jacobsen)
Jesse Flores
(Stephanie Jacobsen)
Riley Dawson
(Leven Rambin)
Riley Dawson
(Leven Rambin)
Adam Hernandez
(Nicholas Gonzales)
Adam Hernandez
(Nicholas Gonzales)
John Henry
(Garet Dillahunt)
John Henry
(Garet Dillahunt)


Megan / Serina Sepherd
(Jennifer Ellison)
Megan / Serina Sepherd
(Jennifer Ellison)
Thomas Davis
(Simon Woods)
Thomas Davis
(Simon Woods)
Savannah Weaver en 2027
(Alyson Hannigan)
Savannah Weaver en 2027
(Alyson Hannigan)
Justin Furlong
(Brent Weber)
Justin Furlong
(Brent Weber)


William Harris
(Matt Barr)
William Harris
(Matt Barr)
Joaquim Minguez
(Edgar Ramirez)
Joaquim Minguez
(Edgar Ramirez)
Général Westin
(Doug Savant)
Général Westin
(Doug Savant)


Saison 3, Episode 19.
La dernière bataille.



18 juin 2027.
A Fort Langley, depuis l’apparition du TA, le silence est d’or.
Plus aucune secousse ne retentie depuis l’extérieur alors qu’il y a encore quelques heures, Skynet essayait de reprendre cette base conquise par John Henry.

Le Terminator Alpha remonte à pied le chemin qui la fait venir de l’extérieur aux laboratoires, suivi de prêt par John, Allison, Sarah, Kyle et Megan.

Ils sortent du QG pour emprunter le couloir de lumière blanche et enfin remonter les escaliers qui les ramènent à la surface.


Là, un spectacle saisi l’ensemble des protagonistes, Kyle et Allison encore plus.

Dans un décor digne du plus grand chaos, au milieu de cratères, de carcasses de Terminator, de flammes et des ruines de Langley, machines de Skynet et machines au service de John Henry sont toutes immobiles, comme paralysées en pleine action.

Positionnés dans un champ de bataille, les deux originaires de cette époque, Kyle et Allison, n’en croient pas leurs yeux.
Pour une fois ils sont face à des machines hors d’état de nuire, sans vie.


John est le premier à s’écarter du groupe qu’il compose en compagnie des siens.
Très vite, il fait le tour du premier T700 le plus proche :
John - " Leur système de vision est éteint. Cela signifie que ces machines sont en veilles. "
Sarah montre du doigt Megan :
Sarah - " Sauf celle-ci. "

Le TA ouvre enfin la bouche :
Thomas - " Tout simplement parce que j’ai choisi de la laisser consciente de ses actions. "

Tous constatent bien vite de quelle puissance dispose le jeune homme. Pendant qu’il fait un clin d’½il à John, la machine que celui-ci approchait est réactivée et saisi sans la moindre violence le jeune homme.
John, d’abord surpris, comprend bien vite que Thomas n’a pas l’intention de faire du mal à qui que ce soit.
Tout autour d’eux, les machines, de tous camps, forment des rangs tels des soldats à la parfaite discipline.
Thomas sourie à John :
Thomas - " D’après les informations dont je dispose désormais, c’est toi qui doit mener le monde vers sa délivrance. Je te laisse donc choisir ce que tu veux faire d’eux. "

Connor reste ébahi, il contemple l’horizon rempli de soldats de coltan, de chars mécaniques et de robots géants.
Alors que l’espoir d’un monde meilleur illumine ses rétines, l’angoisse de la décision qu’il va prendre ronge les visages de ses proches.
Il peut très bien demander à Thomas de tous les faire détruire, mais après tout, l’évolution de l’homme, de son confort, n’est-il pas dû en partie grâce à l’évolution de la technologie, des machines ?!

Avec tant de main d’½uvre, il pourrait permettre aux humains de très vite reconstruire ce monde d’où lui vient.
Mais il lui faudrait réguler cela, rester des années ici pour s’assurer que la technologie ne reprendra jamais le dessus. Il vieillira et mourra ici, sans même retourner là d’où il vient, sans retrouver Cameron.

A cette idée, il se fait rapidement une raison :
John - " Conserve les Terminators, supprime leurs instincts guerriers et faits-en de simples ouvriers qui aideront ce monde à se reconstruire pendant que nous repartons là d’où nous venons. "
Thomas - " Ce n’est pas aussi simple. "
John - " Pourquoi cela ? Il te suffit de leur demander de devenir inactifs dès l’achèvement de leur mission. "
Thomas - " Si je repars dans mon époque rien n’empêchera Skynet de reprendre le contrôle sur eux. "
John - " Allons détruire Skynet alors ! "
Thomas - " C’est ce que j’avais en projet oui. Mais que fais-tu de l’homme ?! "

Une telle question venant d’un être qui était encore leur semblable il y a quelques heures interpelle l’ensemble des protagonistes :
Thomas - " On détruit Skynet, on programme les machines pour en faire des gentils nounours et on se barre chez nous. Et après ?!
L’homme est foncièrement mauvais, il y en a toujours un qui voudra avoir raison, prendre plus d’importance, de valeur. Pour cela il n’hésitera pas à corrompre, à combattre. Et pourquoi pas, utiliser une de ces machines en la reconfigurant à sa guise. "
John s’insurge :
John - " Alors quoi ?! On bute les hommes et on laisse la Terre aux machines ?! "
Thomas - " Ce n’est pas mon but. Bien que cela permettrait à l’espèce dominante de cette planète de vivre docilement et de façon heureuse, en respectant les règles qui sont instaurées. "
John - " Dans ce cas, que fait-on ?! "
Thomas - " On fait de l’homme l’espèce dominante de cette planète. C’est à l’homme de comprendre qu’il s’agit de sa dernière chance, c’est à lui de réaliser que tout se passera pour le mieux s’il se montre docile. "

Tous commencent à craindre le raisonnement de Thomas, un raisonnement qui lui venait progressivement bien avant même de devenir le TA.

John - " Ca s’appelle une dictature ce que tu veux faire. Je ne peux l’accepter. "
Thomas - " Mais tu peux accepter de quitter ce monde qui a besoin de toi juste parce que tu rêves de tirer le Terminator qui a usurpé l’identité d’Allison Young dans un futur alternatif ! "
Thomas n’a pas tort, Sarah le sait. La mère de Connor baisse honteusement la tête. Kyle et Allison sont perdus entre l’incompréhension et la colère :
Kyle - " Comment ?! "
Allison - " Qu’est-ce que ça signifie ?! "

Ayant mis John dans l’embarras, le TA fait preuve de bon sens :
Thomas - " Maintenant nous savons qu’il ne suffit pas de nous lancer tête baissée contre Skynet puis de laisser à la guise des hommes quelques machines pouvant accomplir les efforts à leur place. Le problème est plus grand et il mérite d’être étudié à tête reposée. "



Pendant que dehors, telles des boites de conserves vides, l’ensemble des machines se tient au garde à vous, à l’intérieur de la base, autour d’une table et d’un succulent repas, chacun donne son point de vue :
Kyle - " Donc si j’ai bien compris, à l’heure actuelle, aucun base de Skynet n’est opérationnelle en raison du contrôle que tu exerces à distance c’est bien ça. "
Thomas - " Exactement. Skynet essaie de contrer les verrous informatiques que j’ai posés tout autour de lui sans pour autant trouver la faille. C’est une lutte artificielle entre deux intelligences qui perfectionnent leurs dispositifs technologiques à chaque seconde. "
Allison - " Dans ce cas il faut faire une annonce, il faut qu’un homme fédère les autres pour les unir. "
Thomas - " Les unir pour quoi faire ?! Vaincre Skynet ?! Il n’y a que moi qui puisse le faire, tout comme il est le seul à pouvoir me vaincre. Chaque seconde qui s’écoule représente la création d’une nouvelle ligne de code capable de propager un virus dans le système de l’autre. "
Sarah - " Qui a le plus de chance de prendre l’avantage entre vous deux ? "
Thomas - " John Henry étant plus développé et plus complexe, j’ai un léger avantage, mais vu les caractéristiques de Skynet, je peux vite être contré. "

John reste timidement en retrait après l’affront que lui a fait Thomas.
Cela a d’ailleurs provoqué chez Kyle et Allison une certaine méfiance à l’égard de celui qui s’est montré jusqu’ici vaillant et héroïque.
C’est donc le cadet des frères Reese qui se montre entreprenant :
Kyle - " Dans ce cas, qu’as-tu à nous proposer ? "
Thomas - " L’affrontement. Il nous faut rentrer à Los Angeles, là où tout a commencé. Je suis parvenu à isoler Skynet sur une seule et unique centrale. Si vous préférez, il lui est impossible de s’étendre sur les réseaux informatiques mondiaux comme le fait internet par exemple. Aujourd’hui nous allons dire que le contrôle du réseau est sous ma direction et s’il fallait comparer Skynet, il est semblable à un ordinateur qui est privé de connexion à ce réseau. Voilà pourquoi je peux influer sur les machines à l’inverse de lui. "
Kyle - " Utilisons donc les machines pour écraser cet ordinateur alors. "
Thomas - " Ce n’est pas aussi simple. N’ayant pas réussi à réaliser le TA ces dernières années, Skynet s’est reporté sur un autre projet, le T1000000. Une structure organique en coltan géante. Capable comme moi d’offrir un corps à une intelligence artificielle tout en lui permettant d’accéder au réseau informatique mondial sans fil. Heureusement, là où John Henry a été brillant, c’est qu’il a achevé le projet TA avant que le T1000000 le soit. Ce qui veut dire que Skynet, pour se protéger de ma prise de pouvoir, occupe un corps imparfait. "
Kyle - " Attaquons ce corps alors ! "
Thomas - " Ce n’est pas aussi simple encore une fois. Tout ce que je sais du T1000000 c’est que sa forme définitive ne ressemble en rien à ce que nous avons déjà vu jusqu’à présent. De plus, il a beau être imparfait, il peut malgré tout contrôler certaines machines dans un périmètre kilométrique proche de lui. Mieux que je ne puisse le faire. Cela veut dire que toutes les machines qui m’accompagneraient se retourneraient contre moi. "

John sort de son silence en serrant le poing devant lui :
John - " Dans ce cas, c’est nous, les hommes, qui iront achever Skynet ! "
Un sourire en coin, Thomas déclare :
Thomas - " Qu’il en soit ainsi ! Vous pouvez utiliser toutes les transmissions radios que vous voulez pour organiser le rassemblement des forces humaines. Durant ce temps, je vais étudier les plans de la base où le T1000000 est reclus. "



20 juin 2027.
Le chemin du retour jusque Los Angeles a été bien plus court et bien moins pénible qu’à l’aller.
Sans le moindre pilote, Thomas a réussi à utiliser un HK-Aerial pour transporter la troupe de Langley.

Depuis les airs, en chemin, ils ont pu constater un extraordinaire phénomène.
Sous le contrôle de Thomas, l’ensemble des machines remonte docilement le nord du continent américain pour s’éloigner de l’attraction que pourrait avoir sur eux le T1000000.
Les Terminators ne relevant même pas les flux migratoires rencontrés dans le sens inverse, des centaines et des centaines d’humains répondant à l’appel de ce jeune homme, John Connor.

Son message passe en boucle sur toutes les ondes radios, Connor, pensif, l’écoute encore par le biais d’un poste récupéré dans des décombres, allongé seul, sur le toit d’un immeuble désaffecté : « On se bat depuis si longtemps et nous avons… Tous perdu énormément. Des êtres chers ont disparu. Mais vous n’êtes pas seuls. Des poches de résistance se sont formées partout sur la planète. Aujourd’hui, l’espoir renaît. Une mission au sein d’une base Skynet nous a permis de réduire son champ d’efficacité. Skynet est prisonnier dans une dernière usine sous son contrôle à Los Angeles. Les autres machines obéissent désormais à la résistance. Elles marchent loin du lieu de la bataille finale, ignorant notre présence, prêtes à nous servir dès la destruction de Skynet. Aujourd’hui, je vous invite à tous venir vous rassembler auprès de moi à Los Angeles pour venir donner vos forces afin d’anéantir ce fléau. Nous pouvons le vaincre car malgré le mal qu’il a pu nous faire, il ne nous a pas tout pris, il nous reste l’espoir. Je suis John Connor. Si vous écoutez ce message, alors vous êtes un résistant. »

Après l’avoir entendu pour la énième fois, le fils de Sarah se redresse et avance jusqu’au bord du vide pour scruter l’horizon. Un horizon noir de monde, remplissant les rues sans crainte, n’écoutant que leur courage. Venus du sud, du nord, de l’ouest et de l’est, des soldats, des orphelins, des familles… Des milliers de personnes qui acclament le jeune adulte qui se montre à eux au sommet d’un bâtiment.

Son c½ur cogne presque aussi fort dans sa poitrine que les ovations que lui voue les résistants.
A longueur de journée, les forces armées s’agrandissent, s’organisent, sous l’égide de Kyle Reese et Allison Young, autoproclamés bras droits de Connor, afin d’accueillir ces nouveaux partisans.
Devant ce spectacle, il ne peut que trembler. Qu’avait-il fait ?! Il lui a suffit d’un message et que les machines abandonnent leurs positions pour passer pour un héros alors que rien n’est encore achevé.
Il savait qu’il devait devenir quelqu’un d’important mais il n’aurait jamais imaginé accéder à ce statut de leader de la sorte. Qu’avait-il prouvé pour l’être. Et pourquoi Thomas Davis ainsi que Megan ne se manifestent pas, tous les mérites leurs reviennent après tout ?!

John recule et empêche la vue de sa silhouette aux nouveaux arrivants. Il passe sa main dans ses cheveux et constate :
John - " Ca n’aurait pas dû se passer comme ça ! "
Sa mère, présente en sa compagnie depuis le début, réagit :
Sarah - " Et pourquoi pas ?! "
John - " Qu’ai-je fais dans ma vie qui mérite que je sois adulé ainsi ?! "
Sarah - " Tu as perdu énormément d’être chers, tu te bats depuis ta naissance pour survivre à Skynet, tu as remonté le temps, affronté des machines dans un monde inconnu, sauvé des vies et réussit à accomplir la mission que John Henry t’avait confié : retrouver la base de Langley pour qu’il t’y confie un secret que toi seul connaît. "
John repense aussitôt à la confidence de John Henry sur l’unique moyen de vaincre le TA s’il devenait trop dangereux.
Sarah poursuit :
Sarah - " Thomas étudie l’accès à la dernière base de Skynet encore sous son contrôle. Il n’y aura qu’à suivre le plan. "
John - " Des milliers de gens vont me suivre, ils vont suivre le programme que m’aura donné Thomas. Et s’il ne fallait pas lui faire confiance. "
Sarah - " Quoi qu’il arrive, moi j’irai là-bas. J’irai combattre. Je me bats depuis trop longtemps contre les machines pour ne pas participer à leur chute. "
Sarah redescend, laissant John seul avec ses doutes…



A quelques kilomètres du rassemblement humain, dans une ancienne base de Skynet, un homme occupe en l’unique compagnie de Megan les locaux.
Il utilise les nombreux écrans et autres fonctionnalités informatiques et mécaniques pour effectuer divers travaux.

Sur l’écran central, Thomas observe les moindres particularités des plans de construction du quartier général du T1000000.
A côté de lui, Megan observe sur un autre panneau la fabrication sur chaîne d’un bloc alimenté par une pile nucléaire qui prend la forme d’une machine à remonter le temps.

Lorsqu’il cligne enfin des yeux afin de sortir de sa concentration et d’abandonner ses études, le TA approche Megan qu’il caresse avec affection dans le cou :
Thomas - " Ce soir je dois rencontrer John Connor. Nous déterminerons les moindres lignes de notre plan d’attaque pour demain. Comme tu ne peux assister à la bataille sous peine d’être prise par la possession de Skynet, tu veilleras à l’achèvement du transporteur temporel. La configuration que j’ai programmée en fait une machine d’usage unique pour deux personnes. Occasionnant ainsi son autodestruction après la seconde téléportation. Nous rentrons en 2008 et personne ne nous y suivra. J’ai un avenir à y construire. "
Megan - " Pourquoi ne pas remonter plus loin en arrière, retrouver ceux que tu aimes et que tu as perdu ? "
Thomas - " Parce que là-bas j’existe en tant que Thomas Davis et non pas en TA. Il y a des choses qui sont inévitables. Ramener les morts à la vie peut avoir des conséquences catastrophiques. Les miens vivent à jamais dans mon c½ur. A présent je t’ai toi et c’est indispensable de me concentrer sur ce que j’ai et non pas seulement sur ce que j’ai eu. La destruction de Skynet occupera suffisamment Connor pour que nous puissions rentrer tous les deux là d’où nous venons. John Henry a légué à Connor la clé de ma destruction, je ne peux pas me permettre de vivre dans la même époque que lui. Les humains méritent leur victoire ici maintenant qu’ils connaissent la revanche que le monde peut avoir contre eux. Par contre il est impératif que j’interfère dans l’époque d’où je viens pour offrir un monde de paix, pour le prendre en main ! "



21 juin 2027.
Il fait lourd dans les rues de Los Angeles, au soleil de plomb se mêle l’incandescence des flammes…
Il n’est pas loin de dix-sept heures dans le quartier général de Skynet, là où réside l’intelligence artificielle ainsi que son corps de coltan.

Un épais nuage de fumée couvre à la surface les corps mutilés des résistants et les carcasses sans vies des machines encore sous le champ d’action de Skynet.
Des véhicules en flammes, les tourelles de la base effondrées… Ce cadre chaotique assourdissant par ses détonations, ses râles et ses explosions permanentes ne trouve de répit que dans le sang. Ce sang qui jonche le macadam et s’écoule en litres dans les fissures de celui-ci pour atteindre les sous-sols de la base.

Car c’est là maintenant que se déroule la fin d’une guerre qui a trop longtemps durée. Eprouvante pour les hommes, elle voit enfin l’aboutissement de nombreuses années de peur, d’esclavage et de mort !


Dans les travées du bâtiment, des dizaines de soldats, par petits groupes, débouchent par toutes les issues possibles, n’hésitant pas à faire feu avec les armes lasers récupérées par la désertion des machines un peu partout dans le monde suite à la prise de pouvoir de Thomas Davis.
Les militaires utilisent les plans confectionnaient par le TA et distribués par John Connor.

Des deux milles braves lancés à l’assaut de Skynet ce matin à trois heures, il ne reste qu’une centaine d’éclopés ayant réussi à forcer le barrage de Terminators !

Menés par un John virevoltant, épaulés par un Kyle entreprenant et une Allison insouciante, encouragés par la rage de Sarah et défendus par les capacités extraordinaires de Thomas, les libérateurs de l’espèce humaine débarquent de tous les couloirs pour accéder au niveau le plus bas du quartier général. Ils l’encerclent ce fléau aux longs tentacules aiguisés.

Esseulé, essuyant une multitude d’impact lasers, le T1000000, à l’apparence d’une araignée, parvient malgré tout à garder la distance.
Peu à peu, les derniers soldats tombent sous les coups du robot.


A couvert, fusil contre épaule, Kyle interpelle John, caché de la même façon que son père :
Kyle - " Il est comme le T1001 que vous appeliez Catherine Weaver. Ses membres sont poly mimétiques ! Un peu comme ceux de Thomas ! Il arrive à se reconstituer à chaque attaque. Nos bombes de thermite ne l’affaiblissent que durant un court laps de temps ! "
John - " Je sais, je réfléchis à une façon de le vaincre. "
A cet instant, une explosion résultant de l’échec d’un envoi de bombe repousse les résistants, faisant tomber Allison inconsciente devant John.
Celui-ci sort de sa cachette pour ramasser la jeune femme.
Aussitôt le T1000000 profite de l’occasion pour transpercer le jeune homme en direction du c½ur, comme il le fait pour le reste des troupes encore visible !

A quelques encablures de là, Sarah assiste impuissante au surprenant retournement de situation et à la perte de son garçon !
N’écoutant que son instinct maternel, Sarah jaillit de sa planque et mitraille l’araignée de métal pour obtenir vengeance.

Kyle profite de cette vaine action pour ramasser le jeune homme et le cacher de la vue de la machine.
Par miracle, le tentacule a traversé l’épaule, juste au dessus du c½ur. Toutefois, il perd énormément de sang et ce n’est pas Kyle qui pourrait l’aider à faire davantage pression sur sa plaie.
En effet, le cadet des Reese s’est battu de toutes ses forces contre les machines depuis l’assaut, il traîne sa jambe gauche tandis que son bras droit est brisé.

Malgré la douleur, John reste lucide :
John - " Allison ! Où est-elle ?! "
Kyle - " Reste tranquille, d’autres soldats l’ont abritée dans les couloirs. Mais nous ne pourrons pas rester longtemps dans cette position. Le T1000000 reprend le dessus ! "
John passe la tête au coin d’un pilonne pour observer la facilité avec laquelle le Terminator qui abrite Skynet parvient à défaire ses adversaires.
John - " Malgré les nombreuses pertes, ça nous a paru si simple d’arriver jusqu’ici. Thomas nous a guidé jusque là et ses facultés de machines nous ont permis de nous frayer un chemin… Mais… Mais… Thomas, où est-il ?! "

Kyle tourne la tête de gauche à droite et de droite à gauche à plusieurs reprises, ne pouvant localiser le TA :
Kyle - " Aucune idée ! Il a disparu dès que nous sommes arrivés ici ! "
John pense immédiatement aux mises en garde de John Henry avant que ce dernier ne s’offre à Thomas Davis. Connor réalise aussitôt la gravité de la situation, il essaie de rebrousser chemin :
John - " Il faut le retrouver, je ne sais pas ce qu’il manigance mais je n’ai pas confiance. "
Par son seul bras valide, Kyle le retient :
Kyle - " Pas maintenant, nous sommes tout près du but et il ne nous reste qu’une poignée d’hommes. C’est maintenant ou jamais ! "

Le regard de John devient confus, son souffle est court et son rythme cardiaque augmente.
Soudain, un râle infernal l’aide à prendre naturellement une décision, Sarah, acculée contre un bloc de béton tombé du plafond, vient de se faire perforer la cuisse par le Terminator.

Aveuglé par l’émotion, John jaillit à la vue du monstre de fer, esquive les gravats qui se détachent des murs et du plafond après les multiples secousses occasionnées par les bombes.
Poussant de toutes ses forces sur l’énorme bloc pour dégager sa mère, John devient une cible immobile et parfaite pour l’araignée.
Un des tentacules fonce sur le résistant alerté trop tard par sa bienveillante maman.

Heureusement, une poutre métallique tombe du plafond et sectionne l’appendice de la machine !
Par réflexe, John arme une bombe de thermite qu’il projette sur la base tentaculaire à hauteur de la section.
L’explosion provoquée par John sur le T1000000 apporte un résultat surprenant !
Sous l’effet de la chaleur, le membre sectionné du robot ne se reforme pas malgré son alliage poly mimétique !
Mieux, pour la première fois depuis l’expansion des machines, les humains croient découvrir dans le comportement du réceptacle de Skynet ce qui s’apparente à de la peur !

Appelée à se défendre contre les chutes de pierres et à riposter contre les résistants, Skynet commence à douter.
Plus aucun Terminator n’a réussi à surmonter l’offensive humaine. L’arme parfaite, destinée à substituer le TA, présente une faille face aux armes usagées des hommes.


Epaulé par d’autres soldats, John réussit à extraire sa mère du poids des ruines et part se cacher dans un des nombreux couloirs.
Le temps presse, il ne reste pas plus d’une trentaine de braves, tous sous la menace d’un effondrement du complexe ou sous les membres acérés du T1000000.

Tout en se maintenant son épaule ensanglantée, John trottine pour gagner un à un chaque point de rassemblement de ses équipes dans les décombres :
John - " N’utilisez plus vos attaques directes sur le Terminator, visez le plafond, provoquez l’écroulement des niveaux supérieurs. Seulement une fois le T1000000 blessé, touchez-le avec vos bombes de thermite. Ramassez celles des morts, usez de toutes les bombes, c’est notre dernière chance ! "

Le message passe à merveille, si bien que le délabrement de la base condamne peu à peu les issues des derniers survivants, emportant même certains d’eux dans les décombres ainsi que les blessés des niveaux supérieurs.

Seuls les détonations et un nuage de poussière dominent l’atmosphère, l’air est irrespirable, la vue est obstruée.

Les forces humaines s’amenuisent, les sorties perdues au fil des secondes, le T1000000 n’a plus aucun membre pour le faire tenir debout…
John, Kyle, Sarah, Allison et trois soldats encerclent le Terminator, arborant tous nerveusement un sourire. Ils vont gagner, oui, ils vont sauver le monde, et ils vont mourir pour accomplir cette mission…



De dehors, à plusieurs détroits de la base, là où le reste de la foule humaine ayant répondue à l’appel de John mais n’ayant pas été jugée apte à combattre observe le champ de bataille, un homme voit les tourelles et les hauts bâtiments s’engouffrer dans les cavités provoquées par les étages inférieurs des sous-sols.

L’homme reste droit, une main sur la tête, comme pour effectuer un salut militaire, le visage fermé, à l’inverse des milliers de spectateurs, meurtris, les mains serrées, les yeux gonflés par les larmes, partagés entre les bienfaits de la libération et la mémoire des soldats disparus.
Cet homme, à la tenue différente, repart dans l’ombre des petites rues de la ville en murmurant :
Thomas - " Félicitations John Connor, tu as sauvé le monde. Adieu. "



Dans les ruines où flammes et éboulements ne cessent de retenir un peu plus John, Kyle, Sarah, Allison et les trois derniers soldats, nos héros se regroupent en cachant comme ils peuvent leurs nez et leurs bouches de la fumée et la poussière.
Allison - " La base n’est pas entièrement effondrée, sans quoi nous serions déjà morts. "
Soldat n°1 - " Il est donc encore possible de regagner la surface. "
Sarah pointe du doigt un couloir qui n’a pas encore été enseveli :
Sarah - " Par ici, allons-y ! "

En titubant, en file indienne, les rescapés fuient les lieux, à l’exception de John et Kyle.
Connor reste les yeux rivés sur le T1000000 dont il ne reste que ce qui lui sert de tête arachnide comme membre viable.
Kyle - " Que fais-tu ?!  "
Pour seule réponse, John pose son pied sur ce qui s’apparente à un ½il de métal à travers duquel il voit quelques lumières clignoter. Il pointe son fusil en sa direction et vide toutes les balles qu’il lui reste :
John - " Même s’il est condamné à être enseveli ici, je refuse de laisser la moindre trace de Skynet, qui plus est si le système de traitement des données est toujours opérationnel, comme c’est le cas à présent. "
Kyle regarde les siens disparaître dans un couloir dont le chemin est refermé par un éboulement. Il ne reste plus aucune issue pour John et lui !
Il choisit donc d’imiter celui qu’il ignore être son fils pour accélérer le mouvement et finir par fuir cet enfer.


En quelques minutes, depuis dehors, ce qu’il reste des décombres s’engouffre définitivement dans un cratère immense !
Des trois résistants accompagnant Sarah et Allison, seul un a survécu aux chutes de pierre sur le chemin du retour. A bout de force, il tire Sarah avec l’aide d’Allison. La mère de John a eu les jambes brisées durant l’éboulement.
Par miracle, ils ont réussi à sortir juste à temps. Mais quand est-il de Kyle et John ?
Allison, au bord du précipice, abandonne de grosses larmes en hurlant de désespoir :
Allison - " Kyle ?! John ?! "
Hélas, aucune réponse ne vient, seule quelques étincelles résultant des câbles électriques sectionnés apportent un semblant de lumière dans ce gouffre où gît désormais la menace vaincue mais aussi d’innombrables héros…



En pleine rue, à l’autre bout de la ville, une plaque d’égout est décelée de sous terre.
La main ensanglantée d’un homme prend appui sur le bitume usager et permet à une tête défigurée par le sang et la poussière de remonter à la surface.
Allongé sur le ventre pour prendre appui et tirer avec son seul bras encore valide le corps de Kyle, John appelle au secours :
John - " Aidez-moi, s’il vous plait… "

Par miracle, au milieu des cris d’allégresse suite à la victoire humaine, quelques spectateurs viennent extirper les deux hommes.
Kyle est aussi souillé par le sang que son fils, leurs épidermes sont écorchés et plusieurs hémorragies semblent les affaiblir considérablement.

La gorge sèche, John murmure :
John - " Nous sommes les derniers survivants de la base de Skynet. Par miracle nous avons pu trouver une issue de secours grâce aux évacuations des eaux de pluie. "
Malgré l’état physique du jeune homme, beaucoup le reconnaisse et l’harcèle de questions : « Vous êtes John Connor ?! », « C’est bien vous qui avez vaincu Skynet ?! »…
Seulement, les nombreuses détonations et les bruits assourdissants de la destruction de la base ne permettent pas à John de capter correctement les sons. Un énorme bourdonnement trouble ses efforts pour se remettre sur pieds bien que ses nombreux « sujets » l’en dissuadent.
Tel un zombie, John erre droit devant et observe le nom de la rue indiqué sur un panneau en triste état :
John - " Je suis tout proche du lieu où Thomas a préparé le plan d’attaque de la base… Je dois m’y rendre… "

Avec une certaine antipathie, Connor se défait de l’assistance des siens et disparaît dans les ruelles sombres empruntées un peu plus tôt par Thomas Davis.
Il est suivi par Kyle, à peine conscient, qui réserve le même accueil à ceux qui le célèbrent.



Dans une des anciennes bases de Skynet où il a élu domicile à son retour à Los Angeles, Thomas Davis observe grâce à l’ancien système de vidéo surveillance installé par Skynet la célébration des gens dans la rue.
Un sourire aux lèvres, Thomas se retourne vers Megan :
Thomas - " Ils ont réussi, les humains ont vaincu les machines dans ce futur. Avec mon retour en 2008, plus personne ici ne pourra contrôler les Terminators restants. Je les ai désactivés partout dans le monde. Il ne reste plus qu’à l’Homme de prouver ses bonnes résolutions en utilisant raisonnablement ce qu’il restera de la technologie droïde maintenant que la planète est à reconstruire. "
Megan - " Que crois-tu qu’ils feront d’eux ? "
Thomas - " J’espère qu’un homme sera assez intelligent pour fédérer les autres et détruire ce qu’il reste du fléau qui les a privés durant des années de leur liberté. "

Tout en concluant ainsi, il active une commande sur son tableau de bord, provoquant ainsi une lumière bleutée aveuglante se propager petit à petit dans la pièce voisine, juste séparée par une paroi en verre :
Thomas - " J’ai programmé mon retour aux mêmes coordonnées géographiques et à la minute qui suit notre départ du passé pour ici. "
Megan - " Nous rentrons donc au 15 juin 2008. Comme tu l’as demandé, j’ai configuré la machine au bout d’une utilisation de deux transferts temporels. Ainsi, nous emporterons avec nous le secret du voyage dans le temps. "

Pour féliciter le T850 qu’il considère désormais comme sa compagne, Thomas vient lui cueillir le visage dans les mains pour l’embrasser délicatement.
Megan suit les mouvements ordonnés du Terminator Alpha comme elle a appris à le faire depuis qu’elle a fait sa connaissance.
Suite à cela, Thomas sent une larme s’écraser sur sa main :
Thomas - " Megan ?! Mais… Tu pleures ?! "
Les yeux chargés d’une profonde émotion, la jeune femme déclare :
Megan - " Je crois comprendre maintenant ce qu’un humain peut ressentir lorsqu’il s’agit d’affection. Des configurations dont j’ai été conçue, jamais il n’a été question d’un égard ainsi de l’homme envers la machine. "
Thomas lui sourit chaleureusement :
Thomas - " C’est parce que l’âme que tu t’es crée a su me redonner goût à la vie comme jamais aucun être humain n’a su le faire. "
Megan se blottie contre les bras du successeur de John Henry et ferme les yeux, consciente qu’elle éprouve ici une émotion, chose normalement impossible pour l’entité qu’elle est.


Après ces instants de tendresse, Thomas passe aux choses sérieuses :
Thomas - " L’énergie magnétique est à son maximum, il est temps pour nous de fuir cette époque. "
Megan - " Bien, allons-y. "
Thomas - " La salle temporelle a besoin de temps pour se recharger. Vu qu’elle n’est configurée que pour deux transferts, nous devons passer l’un après l’autre pour activer le compteur. Je m’en vais le premier. Dès mon arrivée là-bas, je compte faire un petit tour auprès de la base militaire de Langley, là où je suis censé être charcuté puis abandonné par l’armée américaine. Lorsque tu arriveras, juste après moi, n’oublie pas notre objectif principal, retrouver James Ellison qui détient une partie du code pouvant conduire à ma perte. John Connor étant mort à présent, il ne me reste plus qu’une source à éliminer. Deux précautions valent mieux qu’une. "
Megan hoche la tête pour approuver les décisions de son amant et le laisse passer dans la salle de transfert pendant qu’elle attend sagement dans la salle de contrôle.


Le TA marche calmement au milieu des radiations énergétiques et des éclairs bleus sans se douter que derrière lui, dans l’office occupé par Megan, une arrivée fortuite risque de contrarier ses plans.

Tandis qu’il se retourne enfin pour saluer sa chère et tendre avant le voyage, Thomas est stupéfait à la vue de John Connor qui titube, armé d’un fusil laser braqué sur Megan :
Alors que la bulle d’énergie se résorbe, Thomas hurle :
Thomas - " Megan ! Attention ! "
Megan fait volte-face et se retrouve nez à nez avec Connor !

Heureusement, sa vivacité prend le dessus sur les réflexes meurtris du jeune homme, elle lui arrache le fusil des mains et le tient en joug :
Megan - " Tu as survécu John Connor. Tu es donc fidèle à ta réputation. "
Megan pivote légèrement la tête en arrière pour s’assurer que le transfert de Thomas a bien été effectué.
La salle, vide et calme l’espace d’une seconde, se recharge d’énergie magnétique.

Désarmé, John éprouve de grosses difficultés à parler. Il perd bave et sang tout en bafouillant :
John - " Je dois aller… Je dois retourner dans le passé. "
Megan - " Je suis désolée mais Thomas n’est pas de cet avis. "
John - " Je ne sais pas ce qu’il manigance mais je dois l’en empêcher. Et puis… Et puis quelqu’un m’attend. "
Megan - " Tu parles de Cameron n’est-ce pas ?! Elle n’a pas été configurée comme je l’ai été, elle n’éprouvera jamais ce que moi je peux éprouver. Tu crois qu’elle t’aime, ce n’est que mensonge. Là-bas elle sera à la merci de Thomas, il sera en mesure de la contrôler comme il a contrôlé les autres machines ici. "
John - " Si toi tu as pu aimer un homme, alors pourquoi pas elle ? "
Megan - " Parce que j’ai été crée dans ce but par John Henry. Il m’a configuré pour protéger et aimer Thomas. Le but était d’influer sur sa décision de devenir le TA. Une fois ma mission accomplie, John Henry m’a laissé suffisamment d’autonomie pour vivre comme je l’entends. J’ai donc choisi de savourer pleinement ce pour quoi j’ai été créé. J’ai appris à aimer et j’aime aimer ! Cameron, elle, a été créée par Skynet pour tuer John Connor, c’est dans sa nature, ça le sera toujours. Reste donc ici auprès de celle qui t’aime vraiment et dont ta Cameron empreinte les traits. "
La tête trop lourde pour tenir sur ses épaules, John avance difficilement, désarmé, les yeux à mi-clos en direction de la salle de transfert :
John - " Je prends le risque. "

Sans manifester la moindre expression de remords, Megan ajuste l’arme qu’elle a subtilisé sur le jeune garçon :
Megan - " Tu ne me laisses pas le choix. Adieu ! "

La décharge laser retentie dans les offices de l’ancienne caserne de Skynet…


Sans même réagir à la détonation qui vient d’avoir lieux, John avance au beau milieu de la salle des transferts en s’aidant des murs pour ne pas s’écrouler.

Dans son dos, Megan est allongée au sol, le visage décharné et l’endosquelette à moitié arraché au niveau du crâne.
A l’autre bout de la pièce, le canon laser encore braqué en direction de la magnifique enveloppe humaine, Kyle, lui aussi maintenu debout grâce aux parois du bureau, sauve la vie in extremis de son fils.
Navré par ce qu’il vient d’entendre, il comprend maintenant l’objet de l’affliction d’Allison. Cependant, il ne peut pas en vouloir à John, n’est-il pas celui qui lui a sauvé la vie à plusieurs reprises, qui a su combattre les machines et les guider à la victoire. N’est-il pas humain justement d’écouter son c½ur et de faire des erreurs ?
Pris d’un doute, il a néanmoins choisit d’anéantir celle qui a permis à Thomas Davis de reprendre espoir pour permettre à John de rentrer chez lui, quitte à ce que ce dernier abandonne sa mère à tout jamais.

Au milieu du champ magnétique, John puise dans ses dernières forces pour lever la tête en direction de son père.
Les yeux emprunts d’une immense fierté et d’une grande complicité pour celui qui lui a donné la vie, il s’époumone avec difficulté avant de disparaître dans les éclairs aveuglants :
John - " Veille sur ma mère Kyle Reese ! Elle t’aime ! Et… Et moi aussi je t’aime ! "

Surpris par ce qu’il vient d’entendre, Kyle verse une larme du seul ½il qui lui reste d’encore ouvert et répond, d’instinct, n’écoutant que cette étrange sensation qui lui a toujours donné confiance en ce gamin depuis qu’il le connaît :
Kyle - " Moi aussi je t’aime John Connor ! "

Un flash puissant inonde les lieux… Puis, plus rien, les écrans de contrôle s’éteignent, les boutons lumineux des divers tableaux de bords ne clignotent plus, les lumières baissent, laissant Kyle dans l’obscurité… Le néant, le chao… Comme dans toutes les autres bases de Skynet. C’est terminé… Tout est fini… Tout est terminé en 2027.
Il ne reste plus qu’à recommencer, reconstruire la vie sur la Terre.
Il ne reste plus qu’à Sarah de commencer enfin à vivre, construire ce qu’elle n’a jamais pu construire en compagnie de l’homme qui l’aime sans se soucier du sort de celui qui devait les délivrer. Oui, elle en est sûre à présent, il l’a déjà prouvé, quelle que soit l’époque, quelle que soit les situations, John Connor délivrerait le monde des machines.

74

Dans les épisodes précédents :
Dans le présent, le général Westin est furieux envers Cameron. Il n’a pas d’autre solution que de revoir ses plans pour lutter contre le Terminator Alpha. Finalement, James Ellison va lui être plus utile que prévu. De ses propres mots, il est indispensable à la survie de leur espèce !
Dans le passé, l’équipe prend ses quartiers dans la base de Langley. Thomas Davis découvre les installations médicales qui vont lui permettre de devenir le Terminator Alpha…




Les personnages :

Sarah Connor
(Lena Headey)
Sarah Connor
(Lena Headey)
Cameron Philips / Allison young
(Summer Glau)
Cameron Philips / Allison young
(Summer Glau)
John Connor
(Thomas Dekker)
John Connor
(Thomas Dekker)
Jackson Hamilton
(Ray Stevenson)
Jackson Hamilton
(Ray Stevenson)


Kyle Reese
(Jonathan Jackson)
Kyle Reese
(Jonathan Jackson)
Catherine Weaver
(Shirley Manson)
Catherine Weaver
(Shirley Manson)
Savannah Weaver
(Mackenzie Brooke Smith)
Savannah Weaver
(Mackenzie Brooke Smith)
Lila
(Fay Wolf)
Lila
(Fay Wolf)


Derek Reese
(Brian Austin Green)
Derek Reese
(Brian Austin Green)
James Ellison / EV083
(Richard T. Jones)
James Ellison / EV083
(Richard T. Jones)
Shawn Cooper
(Chris Carmack)
Shawn Cooper
(Chris Carmack)
Tara Biel
(Willa Ford)
Tara Biel
(Willa Ford)


Jesse Flores
(Stephanie Jacobsen)
Jesse Flores
(Stephanie Jacobsen)
Riley Dawson
(Leven Rambin)
Riley Dawson
(Leven Rambin)
Adam Hernandez
(Nicholas Gonzales)
Adam Hernandez
(Nicholas Gonzales)
John Henry
(Garet Dillahunt)
John Henry
(Garet Dillahunt)


Megan / Serina Sepherd
(Jennifer Ellison)
Megan / Serina Sepherd
(Jennifer Ellison)
Thomas Davis
(Simon Woods)
Thomas Davis
(Simon Woods)
Savannah Weaver en 2027
(Alyson Hannigan)
Savannah Weaver en 2027
(Alyson Hannigan)
Justin Furlong
(Brent Weber)
Justin Furlong
(Brent Weber)


William Harris
(Matt Barr)
William Harris
(Matt Barr)
Joaquim Minguez
(Edgar Ramirez)
Joaquim Minguez
(Edgar Ramirez)
Général Westin
(Doug Savant)
Général Westin
(Doug Savant)


Saison 3, Episode 18.
... voici le Terminator Alpha.


16 juin 2027.
Six heures !
Il est deux heures du matin et voici maintenant six heures que John Henry s’est enfermé dans le laboratoire en compagnie de Thomas.
Assistée de Megan, l’intelligence artificielle opère celui destiné à être le TA.

Depuis autant de temps, les quatre humains se sont réunis dans ce qui servait autre fois de réfectoire.
Ils en ont eu assez pour soigner leurs plaies et laver leurs corps souillés. Rhabillés aux couleurs de l’armée américaine grâce aux tenues abandonnées par les soldats lors de leur départ précipité, John et Sarah ont enfin pu célébrer leurs retrouvailles en se serrant chaudement l’un contre l’autre. Après avoir avoué qu’ils sont mère et fils, ils ont échangé avec le reste de l’équipe les évènements les ayant conduis à leur unification aujourd’hui.
Beaucoup de doutes subsistent malgré tout quand au Terminator Alpha.

Durant leurs entretiens, Sarah s’est surprise à sourire en voyant celle qu’elle reconnaît comme étant une humaine, Allison, s’approcher discrètement et affectueusement de John.
De même qu’elle évite de croiser le regard persistant de Kyle.
Seulement, tôt ou tard elle s’y retrouvera confrontée.

Cela arrive plus tôt que prévu. Allison prétextant l’envie de visiter l’entrepôt des machines maintenant sous les ordres de John Henry, John en profite pour glisser un clin d’½il complice à sa mère pour insister sur le fait qu’il la laisse seule en compagnie de son héros, celui qu’elle aime depuis toujours, Kyle Reese.


Allison et John attendent d’être au détour d’un couloir pour se donner la main, tandis que Kyle baisse à son tour la tête lorsque Sarah choisit à son tour de focaliser son attention sur le jeune homme qui lui a offert un fils dans son passé.
Kyle engage la conversation :
Kyle - " Alors… Alors vous avez élevé seule cet enfant contre les machines n’est-ce pas ? "
Sarah - " Seule n’est pas le mot adéquate, j’ai eu deux hommes fabuleux qui m’ont épaulés contre les Terminators, deux frères. "
Faisant allusion aux frères Reese, Sarah sourit devant la gêne qu’elle occasionne chez Kyle.
Kyle - " Ah… Tout de même, je comprends pourquoi le commandant Weaver vous a toujours présenté à moi comme étant exceptionnelle. "
En disant cela, Kyle expose à Sarah la photo que lui a offert Savannah il y a quelques jours.
Sarah comprend immédiatement que les histoires qu’elle a racontées à Savannah, et qu’elle aurait dues encore raconter si elle n’avait pas quitté son époque, auront permis de la faire connaître de Kyle pour qu’au final il remonte un jour le temps pour enfanter John.
Au final, Savannah préparait brillamment la naissance de celui qui deviendrait tôt ou tard le défenseur de l’humanité.

Dès lors, l’envie d’avouer la vérité à Kyle lui brûle les lèvres, tout comme le regard que le jeune homme lui porte la consume. Cependant elle ne peut pas, elle ne doit pas.
Alors elle préfère que Kyle lui apprenne davantage qui il est, qu’il lui évoque tout ce qu’il n’a pas eu le temps de lui dire lors de leur première rencontre.
Bien vite, la mine froide et insensible de Sarah reprend cette expression enchanteresse qui illumine le visage des jeunes filles lorsqu’elles échangent leurs premiers mots doux avec leur grand amour.
Sans s’en rendre compte, elle se laisse ensorceler par le charme naturel du résistant dont les joues s’empourprent à mesure qu’il sent lui aussi cogner son c½ur dans sa poitrine.
La fatigue, des moments d’intimités avoués, quelques anecdotes humoristiques, des évènements tragiques… l’histoire des deux adultes les poussent à échanger bousculades, fou rires, larmes, accolades, caresses, sourires complices…


Dans le hangar où sont entreposés plusieurs Terminators inactifs pour le moment, John et Allison se promènent.
Ils entendent seulement leurs pas résonner dans le grand hall contenant des T700, des Harvesters, des HK-Tank, des HK-Aerial et bien d’autres modèles que les deux jeunes amants peuvent examiner de près.

Risquant même de se faire gronder à plusieurs reprises par sa bien-aimée, John manipule les circuits de chaque modèle pour essayer de mieux comprendre leur fonctionnement.
Durant des heures, ils étudient ces robots synonymes de chaos.

John grimpe les étages d’une tour permettant d’accéder aux différents niveaux qui composent l’anatomie d’un Harvester afin d’arriver au sommet et à la tête de celui-ci.
Il est suivi dans sa progression par la douce demoiselle qui détaille les moindres faits et gestes de celui à qui elle s’est donnée.

Pendant que John ouvre une trappe au niveau du crâne du Harvester pour analyser les divers niveaux de branchements, Allison s’étonne :
Allison - " Pourquoi sembles-tu si passionné par tout cela !? Si j’ai bien compris, une fois le TA achevé, tu retourneras dans ton époque. Là-bas il n’y a pas de machines de ce genre et il n’y en aura jamais puisque vous parviendrez à vaincre Skynet. "
Une telle question soulève le c½ur de John, plus de Skynet, plus de machines, cela voudra dire plus de Cameron ! Sa passion des machines ne s’est telle pas d’ailleurs accrue depuis qu’il connaît ce T888 qui veille sur lui.

John se contente de défendre son comportement :
John - " Je sens dans ton raisonnement comme un reproche. J’ai l’impression que tu m’en veux de vouloir rentrer chez moi ?! "
Allison - " N’ai-je aucune raison de pleurer le départ de celui que j’aime ? "
John grimace :
John - " Je pensais que tout était clair. Je n’ai jamais caché avoir la tête et le c½ur ailleurs, là d’où je viens ! Cette fille… Celle à qui tu ressembles beaucoup… "
Allison l’interrompt :
Allison - " Cameron n’est-ce pas !? "
John avoue :
John - " Oui… Cameron… J’en suis sûr aujourd’hui, rien ne pourra la remplacer. "

Allison fait la moue pour retenir ses larmes, John est choqué par la dureté de ses propres propos. Néanmoins, il a parlé avec le c½ur.
Bien sûr qu’il aime Allison, elle lui a apporté le réconfort et la complicité qui lui manquait à son arrivée. Cependant, même si elle lui ressemble trait pour trait, elle n’apportera jamais tout le mystère, la force et la crédulité qui fait de Cameron une entité passionnante.


Pendant que John concentre son attention sur l’étude des machines, Allison dévale les escaliers en sanglots…


Dans les dortoirs de la base de Fort Langley, Kyle et Sarah se sont endormis côte à côte au pied d’un des lits.
Préférant le plaisir d’une conversation à la douceur d’une literie comme Kyle n’en a plus connu depuis des années, la fatigue des derniers évènements a toutefois eu raison de leur bonne humeur.

Perdu dans ses cauchemars, Kyle sursaute vivement en imaginant la mort que son frère a rencontré lors de la bataille contre les T400.
Son bond sort immédiatement Sarah de sa nuit moins mouvementée :
Sarah - " Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi. J’imagine que cela n’a pas été ton cas ? "
Kyle - " Non, toujours les mêmes scènes. Cette guerre, les miens qui tombent chaque jour. "
Elle pose affectueusement sa main sur son épaule blessée :
Sarah - " Parle-moi, dis-moi ce que tu vis chaque jour, soulage ton c½ur. "
Kyle - " Je crois… Je crois que j’angoisse à l’idée de pouvoir arriver à bout de tant d’années de souffrance. J’ai pris certaines habitudes qu’il va nous falloir changer.
Le jour il faut se cacher. La nuit tu peux te déplacer. Seulement il faut faire attention, car les patrouilles de la mort utilisent des infrarouges. Mais ils ne sont pas très malins, nous avons appris à les éviter. C’est là que les cyborgs ont fait leur apparition, des détecteurs ultras sophistiqués, les pires. Je suis un soldat, je ne sais faire que ça. "
Sarah - " La guerre n’est pas la seule chose qu’un homme sait faire. Dis-moi, les femmes de ton époque, comment sont-elles ? "
Kyle - " Prêtes à se battre. "
Sarah - " Ce n’est pas ce que je veux dire. Il y en a peut-être une que tu aimeras ? "
Kyle - " Que j’aimerai ? "
Kyle semble troublé par une telle réflexion.
Inconsciemment, Sarah a permis au jeune homme de reproduire cette scène vécue des années auparavant lorsque Kyle vint dans le passé pour la sauver d’un T800.
Lui, réalise combien cette femme quelque peu plus âgée lui apporte cet apaisement dont il a toujours eu besoin. Depuis qu’il a découvert la photo de cette femme dont Savannah lui a confié la vie, quelque chose a changé en lui. Sans la connaître, il s’est appris à apprécier l’air qu’il respire, à sentir les battements de son c½ur, à envisager de survivre davantage chaque jour pour pouvoir enfin la rencontrer. Qui pouvait prédire que cette chance lui viendrait si vite ?! Il est si proche de ce rayon de soleil qui a réchauffé sa vie de manière inattendu que maintenant il ferait n’importe quoi pour le garder auprès de lui.
Les yeux chargés d’une intense émotion, Kyle se confesse :
Kyle - " Savannah Weaver m’a remis une photo de toi. C’est une vieille photographie, déchirée. Tu y es aussi belle qu’aujourd’hui, le même regard, aussi triste et… Dès lors… J’ai compris que j’étais devant la seule femme de ma vie. Chaque trait de ton visage est gravé à jamais. J’étais même prêt à traverser le temps pour toi Sarah… Je t’aime. Tu es la seule que j’aime. "
N’écoutant que son c½ur, Sarah fait abstraction des larmes qui lui coulent des yeux et serre fort le jeune homme contre elle…



17 juin 2027.
L’ambiance est morose à Fort Langley. Le temps semble long hormis pour Kyle et Sarah qui profitent de la présence de l’autre.

John et Allison ne se parlent plus tandis que Megan observe l’attitude des deux jeunes gens.
Sortie du bloc où John Henry opère Thomas Davis, elle accentue sa découverte du monde humain en approchant le leader de la résistance. Elle le retrouve dans le hangar où il étudie les machines :
Megan - " Je peux voir à votre attitude que vous êtes en froid tous les deux. "
John - " Tu parles d’Allison et moi ? Oui, en effet, c’est quelque chose de très complexe les sentiments humains. Bien plus complexe que vos circuits de fonctionnement apparemment. "
John referme une carcasse de T1 avant de faire face à Megan. La jolie blonde baisse la tête :
Megan - " J’apprends chaque jour à éprouver vos émotions mais ça reste en effet un élément confus. "
John est tout de même intéressé par la présence de Megan :
John - " Cet homme que tu accompagnes, Thomas, il s’est passé quelque chose entre vous n’est-ce pas ? "
Megan - " Si par « passé quelque chose » tu sous-entends que nous avons eu des rapports alors oui c’est bien le cas, il y a eu rapports charnels. "
John sourit devant le manque de tact du T850. Megan s’en rend compte :
Megan - " Il faut toujours que vous détourniez le sens direct de vos phrases en utilisant des mots alambiqués vous les hommes. "
John - " C’est ce qui s’appelle être adroit. Contrairement à la maladresse des machines, nous savons atténuer nos propos. "
Megan - " Je sais le faire aussi. Les configurations de mon système me le permettent. "
John - " Et au niveau physique, qu’est-ce que ça a donné ce rapport avec Thomas ? "
Megan hésite à répondre instinctivement :
Megan - " Je te le dis avec tact ou sans tact ? "
John, est amusé :
John - " Dis-le naturellement. Ta maladresse fait partie de ta personnalité. "
Megan - " Ma personnalité ?! Tu veux dire que tu me considères comme une personne à part entière ?! Voilà donc ce qui a permis à Cameron d’apprendre plus vite et d’apprécier devenir une femme. "
John - " Comment sais-tu tout cela ? "
Megan - " La puce de Cameron a été connectée à mon système central pour que je recueille le maximum d’information sur le projet Alpha et pour lui permettre de réintégrer son endosquelette en 2008. Par conséquent, je sais tout ce qu’elle sait du John que j’ai en face de moi aujourd’hui et de celui qu’elle a côtoyé à une autre époque. "
John - " Que pense-t-elle de moi ? "
Megan - " Rien d’autre que tu ne saches déjà. Si la définition de mot amour est le même pour elle que pour moi, alors elle attend ton retour avec impatience. "
John - " Que lui dire ? Que faire lorsqu’elle sera face à moi ? L’approche envers Cameron ne peut être la même qu’envers une femme ?! "
Megan - " Et pourquoi pas ? En étant configurée à sa création, elle a tout appris des évènements sentimentaux et physiques qui conduisent aux relations entre personnes. "
Cette fois-ci, trop rongé par la curiosité, c’est John qui manque de tenue :
John - " Et le… L’amour… Au sens charnel du terme ? C’était comment ? "
Megan - " J’ai pu découvrir grâce à cela une notion que nulle machine ne peut découvrir sans l’aide des humains, le plaisir. "
John conclut :
John - " Comme toute autre émotion. "

Megan active les yeux fermés le T1 que John avait tant de mal à manipuler avant de réagir :
Megan - " Nous avons tant à apprendre de vous. Tout comme nous qui avons tant à vous enseigner. "

Soudain, des claquements de mains retentissent dans ce grand hall vide, brisant l’atmosphère cordiale qui s’est emparé du lieu.
La robuste silhouette de John Henry jaillit de l’ombre. D’une extrême candeur, il suppose :
John Henry - " Ce constat est visiblement partagé par notre ami ma chère Megan. N’est-ce pas Monsieur Connor ? "
John a toujours du mal à s’assurer que l’esprit de Cromartie n’est plus et que seule son enveloppe charnelle se tient devant lui. Avec une grande réserve, il affirme :
John - " M’enfermerai-je seul au milieu de machines pouvant m’abattre en une fraction de seconde si ce n’était pas le cas ? "
John Henry, toujours très posé, décèle :
John Henry - " Je soupçonne une pointe de cynisme dans vos propos John. "

Le T1 activé par Megan analyse John et commence à dresser les canons qui lui servent d’avant-bras en direction du futur leader de la résistance.
Sans même qu’il n’ait le temps de cligner des yeux, Megan arrache la tête qui sert d’unité centrale au tout premier modèle de Terminator !
John réalise à peine ce à quoi il vient d’échapper. L’IA lui permet d’éclaircir la situation :
John Henry - " Vous manipuliez un T1 que je n’ai pas pris soin de reconfigurer. Ce bon vieux modèle de Skynet est programmé pour tuer tout humain, quel qu’il soit.
Si je vous dis cela, c’est parce qu’un tel travail est impossible à moins d’un contrôle à distance. Ce que Skynet ne peut faire sans interférer par d’autres modèles, et ce que je ne sais faire sans approche physique. Les caractéristiques du TA permettront ceci grâce à ses capacités physiques conjuguées à mes performances motrices. "
John ne voit pas où l’IA veut en venir. John Henry se montre plus clair :
John Henry - " Cela signifie qu’à des kilomètres à la ronde, Thomas Davis pourra manipuler n’importe quel Terminator ou tout autre réseau informatique. Il pourra en faire ce qu’il veut grâce à mes capacités de connexion réseau. Nous allons disposer d’une arme ultime sur laquelle nous n’allons avoir aucun contrôle. Il va bénéficier d’un libre arbitre. "
John - " Dans ce cas, est-ce bien raisonnable de créer quelque chose qui sera encore plus puissant que Skynet ? "
John Henry - " Il n’y a pas d’autre possibilité que de créer le TA pour vaincre Skynet. Néanmoins je suis conscient du danger. Voilà pourquoi je voulais t’informer, toi et uniquement toi, de la procédure a suivre pour pirater et détruire mon système central. Il existe un virus, un virus que j’ai moi-même crée à partir d’une attaque que j’ai reçue par Kaliba lorsque nous étions dans le passé. Ils ont essayé de me contrôler alors que je n’étais pas encore au point. Cela m’a permis de faire un diagnostique système et combler mes lacunes pour ne me laisser plus aucune faiblesse, hormis une, volontaire. Un code informatique virale anéantissant l’exploitation de mon IA et déclenchant avant cela la destruction de la pile nucléaire reliée au c½ur du TA. Tu dois utiliser ce code à bon escient et en cas d’extrême recours car nous n’aurons plus aucune solution de contrer Skynet si Thomas n’est plus car la perte du TA signifie la perte de tout mon savoir. "
John - " Ce code, quel est-il ? "
John Henry - " Il s’agit simplement d’un fichier zippé sur un serveur web que j’ai mis en ligne en 2008. Le déverrouiller depuis n’importe quel disque dur entraînera sa propagation sur l’étendue du web mondial auquel le TA sera constamment relié. "
John - " Comment je trouve ce fichier ? "
John Henry - " James Ellison a la clé. Il dispose sans le savoir des codes qui permettront d’accéder à l’adresse web du fichier zippé. Lorsqu’il s’est occupé de moi, je lui ai crée une adresse mail sur un serveur étranger pour communiquer à l’abri des regards indiscrets avec lui à tout moment. Dans le dernier mail que je lui ai adressé, celui dans lequel je lui demandé de retrouver Thomas Davis, les coordonnées de l’adresse sont cryptées. Il s’agit simplement d’associer les lettres au numéro lui correspondant dans l’alphabet. Le « 1 » pour la lettre « a », le « 2 » pour « b » et ainsi de suite. Les ponctuations correspondent à la terminaison du nom de domaine sur lequel est hébergé le fichier. Il s’agit d’un code dont je m’étais fais le jeu et avec lequel j’ennuyais régulièrement Monsieur Ellison. Sans ses accès à son adresse de messagerie et son analyse de la ponctuation, il sera impossible de retrouver le lien. "
John - " Pourquoi ne pas m’enseigner ce code ? "
John Henry - " Parce que j’ai confiance en James Ellison, c’est lui qui m’a appris l’importance de la vie humaine. Il doit survivre pour devenir quelqu’un de bon dans le monde que vous aurez protégé du Jugement Dernier. Si je ne te confie pas le code, c’est parce que je te confie sa vie. "
John - " Et maintenant ?! "
John Henry - " Maintenant Megan va m’accompagner pour la dernière phase. La transplantation de mon intelligence artificielle en Thomas. Le reste de l’opération a été un succès. Il ne me reste qu’à te dire adieu John. Bien que je vive de façon infime en Thomas, je ne serai qu’une parcelle de son intelligence du fait qu’il conserve sa personnalité. "
L’IA tourne les talons, accompagné de Megan.

Avant qu’il ne laisse John seul dans le hangar, le jeune homme le rappelle :
John - " John Henry ! "
La machine se retourne pour reconnaître le visage reconnaissant de John :
John - " Alors toi aussi tu as appris à aimer ? "
John Henry - " James Ellison est, en quelque sorte, l’équivalent d’un mentor pour moi. Si se soucier d’un être au point de vouloir le protéger à tout prix et lui souhaiter le meilleur est une preuve suffisante d’amour, alors oui, j’aime James Ellison. "
John - " Dans ce cas, merci pour tout. "
John Henry - " Non John, merci à toi. "

John Henry disparaît dans la pénombre, laissant John penaud :
John - " Merci à moi ?! Mais p… Pourquoi ?! "



18 juin 2027.
Dans les cuisines du réfectoire de Fort Langley, une odeur agréable de plat cuisiné arrache un sourire à Kyle, John et Allison.
Bien qu’elle baisse la tête pour ne pas croiser le regard de John, Allison ne peut qu’exprimer sa joie à l’idée de goûter le repas préparer par Sarah. Celle-ci arrive avec la marmite dégageant ce parfum délicieux :
Sarah - " Une chance que dehors les choses se soient calmées. La nature a repris le dessus malgré l’attaque du Jugement Dernier. Il n’a fallu que très peu de temps à Megan pour chasser de quoi nous ravitailler en viande depuis notre arrivée. "

Tous tendent leurs assiettes en direction de la mère de John.
Contrairement aux deux jeunes, Sarah et Kyle n’hésitent pas à s’échanger des sourires ambigus.
Assis l’un en face de l’autre, ils essaient grossièrement de dissimuler leur affection réciproque, ce qui ne passe pas inaperçu auprès de John.
Accompagné de ses parents, il ne peut s’empêcher de sourire nerveusement rien qu’en se faisant à l’idée que sa mère s’offre une seconde jeunesse.


L’ambiance passionnée qui règne à table est toutefois interrompue par des pas qui résonnent dans le couloir.
Régulièrement, quelques machines, T700 et T800, reconfigurées par John Henry, traversent le bâtiment pour en assurer la surveillance ainsi que la maintenance des autres modèles.
Cette fois-ci, le pas est moins synchronisé, plus naturel.

La mine plus radieuse que d’habitude, les cheveux courts et clairs sans la moindre marque de lobotomie, arborant son torse nu athlétique, habillé d’un unique pantalon blanc fin et léger, pieds nus, Thomas ferme les yeux et hume le repas :
Thomas - " Ca m’a l’air en tout point succulent ! "

Les quatre humains bondissent aussitôt de leurs chaises. Thomas ne leur laisse pas le temps de les assaillir de questions. Il pointe sa main en direction de John et l’allonge jusque sous le nez du jeune homme :
Thomas - " Avant-bras poly mimétiques… "
Il rétracte son membre et vient avec caresser sa poitrine :
Thomas - " … pile nucléaire en supplément de mon c½ur humain… "
Il fait de sa main une lame acérée avec laquelle il s’entaille au niveau des côtes pour laisser apparaître son squelette :
Thomas - " … endosquelette en coltan… "
Sa plaie cicatrise aussitôt :
Thomas - " … je ressens la douleur mais ne l’endure pas, cicatrisation quasi-instantanée… "
Enfin, alors qu’un T800 passe dans son dos, sans même prononcer le moindre mot, il fait venir la machine à table et lui fait avaler une fourchette de l’assiette de John. Thomas en sourit et tapote avec son doigt contre son propre crâne :
Thomas - " … insertion de la puce de John Henry à mon cerveau, possibilité de liaison à longues distances avec toutes les machines présentes sur cette planète. A l’heure qu’il est, dehors, tous les Terminators sont en inactivités sans que Skynet ne puisse comprendre pourquoi. Je suis Thomas Davis, le Terminator Alpha ! "

Le climat instauré par la démonstration du TA provoque un silence suspect dans l’assistance.
Thomas détend tout le monde en déclarant :
Thomas - " Putain, j’ai toujours rêvé de faire sensation comme ça ! "
Sa décontraction soudaine prouve immédiatement que la mission de John Henry a été un succès, Thomas reste un homme avant tout.

Cela ne plait pourtant pas à Sarah. Malgré les apparences, Thomas a volontairement abandonné ce que la nature avait fait de lui pour confier son corps à une intelligence artificielle.
D’ailleurs, la déclaration à venir de Thomas ne l’aide pas à se rassurer.

En effet, l’ancien militaire de carrière commence à déclarer à John :
Thomas - " Merci à toi John. "
Connor reste penaud comme il l’avait été la veille lorsque John Henry lui a sorti la même phrase.
John comprend alors qu’à travers Thomas, John Henry s’exprime :
Thomas - " Merci pour toute la confiance que tu témoignes aux machines, pour avoir su reconnaître leurs valeurs et leur droit d’exister. "
John - " C’est donc ça que tu voulais me dire hier, avant de disparaître en Thomas, John Henry ? "
Thomas - " Pas la peine de parler à John Henry en t’adressant à moi. John Henry n’existe plus. J’ai juste hérité de ses connaissances, sa mémoire et de sa base de données en perpétuelle évolution. "

Une telle déclaration met Connor dans le doute. Thomas sait-il alors que John Henry a confié à John le moyen d’éliminer le TA ?
Est-ce qu’une telle déclaration de Thomas n’est pas justement destinée à faire culpabiliser Connor pour qu’il dévoile la vérité ?
Toujours est-il que Thomas fixe avec insistance, un sourire aux lèvres, le jeune homme…

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Only for Love / Chapitre 15
« on: 7 June 2010 à 16h39 »
Chapitre 15

Le désespoir, l’incompréhension, la souffrance, la perte d’un proche…
La nuit s’insinue ce 4 mars 1985 et chaque personne se trouvant au sein du Sanctuaire éprouve au moins un de ces douloureux sentiments.
La nuit tombante est annonciatrice de clôture pour cette Journée Sainte qui a pris des allures de tragédie.

Dans la maison du Taureau, un cyclone a été provoqué par l’explosion des cosmos d’Aldebaran et Iphiclès.
Aldebaran est le premier debout.
Iphiclès, toujours allongé, établit un terrible constat : « Les Ecuries d’Augias, la Ceinture d’Hippolyté, les B½ufs de Géryon, les Pommes d’Or du Jardin des Hespérides, le Sanglier d’Erymanthe et la Capture de Cerbère. Six Alcides. Déjà six Alcides qui ont rendu la vie. Je sens les cosmos du Taureau de Crète et de la Biche de Cérynie à proximité de ceux de Juventas et de sa majesté Hébé. Ils se replient. Seuls Iolaos, ¼dipe et moi-même combattons encore. Nous sommes les ultimes espoirs d’atteindre Athéna… »

Couché sur le ventre, Iphiclès bouge délicatement le cou dans la direction de son adversaire.
Son corps devient incandescent et son flux d’énergie dessine au-dessus de lui le fauve géant et invincible qu’est le Lion de Némée.
Instantanément, il se jette à la vitesse de la lumière sur Aldebaran qui a vu venir l’assaut : « Drill Claw ! »
Les Griffes Foreuses d’Iphiclès cognent sans même l’inquiéter la paume de main d’Aldebaran.
Le Taureau profite de l’immobilisation de l’ennemi pour lui infliger une nouvelle fois son arcane : « Great Horn ! »
La déflagration repousse Iphiclès jusqu’au fond de la pièce, là d’où il a précédemment surgi.

Encastré dans la roche, l’Alcide est pensif : « Mon combat contre le Capricorne m’a plus affaibli que je ne le pensais. Mes Griffes Foreuses ont jusqu’ici perforées mes adversaires. Ce bovin a stoppé d’une main mon assaut, sans même exprimer la moindre difficulté. Bien que ses attaques soient redoutables, c’est surtout sa garde… oui, sa défense, il a une défense impénétrable. »

Aldebaran cherche à calmer les tensions : « Chevalier d’Hébé, je ne souhaite pas t’infliger d’horribles douleurs. Viens donc implorer le pardon d’Athéna à mes pieds et j’accepterai de te donner une mort rapide ! »
Iphiclès est à nouveau debout.
Bien que son corps soit meurtri, il semble à peine affaibli.
La confiance qui se dégage de son sourire ne laisse rien présager de bon.
_ « La légende veut, que la première épreuve imposée à Héraclès fut de tuer le Lion de Némée. Cette bête féroce, plus grande et plus robuste qu’aucun autre mammifère carnivore sur Terre, réputée invulnérable, avait une chair impénétrable et ne craignait aucun adversaire, qu’il soit animal ou humain. De fait, ni les flèches ni la massue du demi-dieu ne purent l’entamer. Et lorsque le héros parvint à le vaincre, il se vêtit de la peau de l’animal qui le rendit invincible. J’ai moi-même mi cette particularité en pratique. Si ma Cloth est aussi résistante que celle de mes pairs, mon organisme, lui, est le plus entraîné, le plus robuste et le plus impénétrable qui soit parmi tous les êtres vivants. Quand bien même je peux être touché par mon ennemi, ma vie n’est pas à craindre.
_ Foutaises ! Tu perds énormément de sang et quoi qu’il arrive, si on ne te prodigue pas de soins, tu finiras par en manquer et tu mourras. Cela t’affaiblit considérablement et t’apporte de nouvelles plaies. En effet tes assauts sont moins dangereux pour ton adversaire qui riposte plus efficacement… »

Mais brusquement, Aldebaran est paralysé.
Le parterre se fissure et rend le dallage, habituellement droit, semblable à un champ chaotique.
La terre tremble, le plafond se craquèle et les colonnes qui le supportent s’ébrèchent.

Une lumière aveuglante cache à Aldebaran la vue de son adversaire tandis qu’un rugissement résonne dans la demeure.

_ « Tu as raison Saint, je ne peux plus me permettre de recevoir tes attaques de façon répétée. C’est pourquoi, je vais cesser de m’économiser pour pouvoir remporter la victoire. »

Aldebaran couvre ses yeux en repliant ses bras devant son visage. Il est stupéfait par la démonstration de force de son adversaire ainsi que par ses déclarations.

_ « Où veux-tu en venir ?
_ Mes trois arcanes ne sont en réalité qu’un hors-d’½uvre par rapport à mes deux plus puissantes bottes secrètes. Je te fais la démonstration de la première, qui est purement défensive. Elle consiste à m’envelopper de cosmos pour que, telle la peau du Lion de Némée, mon corps soit invulnérable, il s’agit de l’Isolement Cathartique. Mon cosmos libère psychologiquement tout ce qui en moi est refoulé, traumatisant ou oppressent pour créer une seconde peau impénétrable : Berserker Barrage ! »
Aldebaran se libère de l’emprise de son rival et se jette sur lui : « Seconde peau ou non, les Cornes du Taureau sont capables de transpercer n’importe quel blindage : Great Horn ! »
Aldebaran, paume de main ouverte juste devant le visage d’Iphiclès, déclenche à bout portant son art.
L’Alcide ne bouge pas et reçoit la déferlante énergétique en souriant.
Aldebaran déploie une quantité impressionnante de cosmo énergie.
Derrière Iphiclès, le mur s’écroule et le souffle provoqué par l’explosion emporte les deux adversaires dans l’arrière-salle qui s’est ainsi entrouverte.
Une fois vidé de ses forces, Aldebaran attend que le nuage de poussière se dissipe pour espérer trouver le cadavre d’Iphiclès.

C’est l’Alcide qui vient au Taureau en lui assénant un coup de genou en plein thorax.
Surpris et blessé, le chevalier d’or recule de quelques pas en se pliant de douleur, ce qui ravit Iphiclès : « Maintenant que mon cosmos est à son apogée, je peux t’assurer que mes Griffes Foreuses seront bien différentes de celles que tu as paré tout à l’heure : Drill Claw ! »
Bien qu’épuisé et sous le choc d’un tel revirement de situation, Aldebaran bloque comme tout à l’heure le poing d’Iphiclès.
Il profite de sa prise pour lui agripper le cou : « Je n’ai pas dit mon dernier mot Alcide ! Moi aussi je connais la légende du Lion de Némée, et pour le vaincre, je sais qu’Héraclès n’a eu comme seule solution que de couper le souffle à ce redoutable adversaire… »
Aldebaran étrangle si fort Iphiclès que ses muscles gonflent par-dessous sa Cloth, ses veines ressortent sur son front et ses dents sont serrées au point de faire exploser sa mâchoire.
Alors qu’il bleuit, Iphiclès tente de prononcer quelques mots avec une voix étouffée : « Chevalier du Taureau, si ma première botte secrète est la défense, la seconde est l’attaque. Pour déployer le cosmos issu de l’Isolement Cathartique, je n’ai qu’à le faire exploser sans même me soucier de ma posture. Autant te dire que dans ta condition, avec une prise de corps rapprochée, tu es un homme mort, la Charge Cathartique va avoir raison de toi… »
Iphiclès saisit chaque épaule de son adversaire pour s’assurer qu’il ne fuira pas et le fixe intensément.
Aldebaran croit voir, dans les yeux verts pomme du jeune homme de vingt et un ans un félin rugissant.
La cosmo énergie d’Iphiclès s’échappe de son corps sous la forme d’un fauve au corps immense, bardé de muscles, et à la crinière majestueuse venant croquer de ses dents longues et affûtées la chair d’un taureau impuissant, faisant exploser le corps d’Aldebaran qui est prisonnier de son adversaire : « Berserker Charge ! »
Toute en subissant la déflagration, Aldebaran écrase davantage la gorge d’Iphiclès et déploie toutes ses forces : « Ah… Great Horn ! Ah… »


Pendant ce temps, dans la ville d’Honkios, dans le colisée, Babel reste couché dans les gradins.
Comme Docrates, il concentre sa cosmo énergie en espérant ne pas attirer l’attention d’Iolaos.
Avec Shaina, ils préparent la mise à exécution de leur plan.
Docrates, lui, se redresse au centre de l’arène avec difficulté.
Il fixe la flamme du Capricorne qui s’éteint sur le cadran zodiacal.
Iolaos s’approche du colosse quand soudain Shaina jaillit sur son adversaire.
A l’aise, l’Alcide prend le loisir de clore ses yeux pour esquiver les coups.
Iolaos peut se permettre de jouer avec l’Ophiucus, puisque ses serpents voient pour lui. D’ailleurs ils ripostent aux assauts répétés de Shaina, qui se sert de ses ongles pour se faire plus menaçante.
Ainsi, une tête d’hydre est entaillée ce qui provoque la colère d’Iolaos.
Il riposte en les envoyant toutes d’un coup pour abattre la femme aux cheveux vert.
Docrates profite de cet instant.
Il écarquille ses yeux, entre en transe et fait se rencontrer ses deux poings.
De leur collision fusent des éclairs englobant ses bras qu’il dirige contre les six serpents encore actifs : « Héraclès Moo Shuu Ken ! »
Deux énormes faisceaux chargés de cosmos, s’apparentant plus à deux comètes qu’à deux météores, prennent en surprise l’Alcide qui n’a pas le temps de replier ses membres surnuméraires.
Ses tentacules se font arracher en même temps qu’Iolaos est emporté par l’ébranlement cosmique.
Shaina est soulevée à quelques mètres en arrière et retombe sur le dos, inconsciente.

Un nuage de poussière soulevé par le contrecoup, cache l’ensemble des protagonistes.
Babel cherche à distinguer la silhouette ennemie afin de l’anéantir, avant que les têtes ne repoussent.
Docrates s’avance d’un pas hésitant, craignant la riposte d’Iolaos.
Celle-ci ne tarde pas à venir, l’Alcide profite que le mercenaire soit aveuglé par le sable pour bondir devant lui.
L’Alcide est couvert de plaies, son torse est presque découvert car sa Cloth a éclaté, ses bras sont souillés de sang et il ne reste de son casque qu’un vulgaire bout de métal faisant le tour de sa tête.
Néanmoins, dans son dos, la base de ses appendices gesticule pour les aider à se régénérer.
Docrates, stupéfait, n’a pas le temps d’esquiver.
Iolaos le frappe de plein fouet en annonçant calmement : « Chaos Split. »
S’en est assez pour malmener le géant qui est frappé par la Scission Mystique qui décline le cosmos de l’Alcide en neuf têtes d’Hydre s’abattant sur le mercenaire.
Le corps sans vie de Docrates échoue hors du nuage de poussière, juste aux pieds de Babel. Son armure est entamée et son corps marqué par de nombreux hématomes.
Le Saint du Centaure n’a plus le choix, si Iolaos est déjà sur pieds, son armure risque d’être très vite opérationnelle.
Il entre en méditation l’espace d’une seconde et dégage l’ensemble de sa cosmo énergie dans l’arène, ne se souciant pas des survivants des combats tels qu’Apodis et Shaina car c’est là leur seule opportunité de gagner ce combat : « Pardonnez-moi les amis. Je fais cela pour Athéna : Fotia Roufihtra ! »

Iolaos est encerclé par les flammes, un brasier immense consume tout ce qui se trouve à l’intérieur même de l’arène.
Sous l’effet de la chaleur, certaines dalles explosent.
Les cadavres hébéïens et athéniens sont avalés par les flammes.
Les soldats encore conscients après leurs combats ont à peine le temps de constater qu’ils sont dévorés par le feu.
Le sinistre dure ainsi durant quelques minutes et aurait pu continuer davantage, si Babel n’avait pas puisé dans ses dernières ressources.

Depuis les tribunes, il se laisse tomber en arrière, sur les fesses, les mains en appui sur les pierres et observe les dégâts.

La fumée s’amenuise.
Quelques flammes pourlèchent encore les nombreux cadavres calcinés des hommes ayant trouvés la mort ou, pire, qui attendaient qu’on vienne les secourir.

Babel cherche d’un ½il inquiet Shaina et Apodis restés dans la surface de combat au moment du déclenchement du Tourbillon de Feu.
Malheureusement, il ne reconnait qu’Iolaos, l’armure en miettes, la base des appendices brûlée, indiquant ainsi la non résurrection des huit têtes.
Sa peau noircie et craquelée par l’incendie.
Son visage est devenu difforme, ses paupières ne s’ouvrent plus et ses jambes sont tremblantes.
Plus mort que vif, il est pourtant résolu à mener à bien sa mission.
_ « Bien joué chevalier, tu as réussi à vaincre mes hydres. Toutefois il reste un serpent que tu n’as pas vaincu et ce serpent c’est moi.
_ C’est impossible, comment peux-tu encore avancer dans un tel état ?
_ Uniquement parce que ma cause est juste. Je me bats pour rétablir la vérité, Athéna agit contre ses propres idéaux. Faire la guerre contre des dieux non hostiles et tuer des innocents ne lui ressemble pas. Hébé souhaite aider votre peuple à mettre fin à cette mascarade. J’ai voué ma vie à Hébé et je vais mourir pour elle, pour mon peuple, mais pas avant d’avoir réussi ma mission, pas avant d’avoir atteint Athéna pour lui affirmer qu’elle est dans l’erreur.
Il n’est pas trop tard Babel du Centaure, ouvre les yeux et aide-moi à atteindre ta déesse. »
Babel qui a longtemps douté de la sincérité du Grand Pope dans toutes les guerres qu’il a fait mener, s’inquiète de sentir la désolation dans le village de l’est où vit Agena, son amante.
_ « Vous avez attaqué des villageois alors que nous étions tous préoccupés à assurer la protection de notre Grand Pope et de ta déesse. Comment pourrais-je croire à tes inepties ?
_ C’est un coup monté, je te prie de me croire. »
Babel hésite l’espace d’une seconde, puis se relève difficilement en serrant le poing.
_ « Non ! Tu es l’ennemi du Sanctuaire et je donnerai tout ce qu’il me reste pour t’abattre comme le chien que tu es !
_ Dans ce cas, tu me fais perdre mon temps : Chaos Split ! »
Iolaos qui semble être encore suffisamment alerte projette sa Scission Mystique contre le Saint d’argent qui voit fondre sur lui une tête d’hydre se divisant en neuf au moment de l’impact.
Impuissant, Babel ferme les yeux en attendant la sentence…

C’est sans compter sur ses amis fidèles.
Un violent choc cogne le bras d’Iolaos et dévie l’arcane dont le coup cosmique s’échoue en tribune.
Lorsqu’il rouvre les yeux, Babel voit Iolaos soulevé par une faible bourrasque de vent.
L’attaque habituellement si dévastatrice d’Apodis ressemble ici à un vulgaire courant d’air, preuve du harassement des Athéniens : « Wing Jikan No Yoyu. »

Ainsi Iolaos recule de quelques mètres et retombe à quatre pattes.
Ereinté lui aussi, il ressent la présence de son assaillant qui porte sous le bras Shaina à demi-consciente.
Apodis ironise avant de s’écrouler définitivement au sol : « La prochaine fois que tu prévois une tempête de flammes Babel, préviens-moi car en sauvant Shaina j’ai failli y laisser des plumes… »
Babel toujours affalé dans les tribunes, totalement démuni, voit Shaina reprendre ses esprits et soutenir Apodis pour lui éviter une chute brutale.
Bien qu’il ne puisse plus ouvrir ses paupières rongées par le Tourbillon de Feu de Babel, Iolaos constate : « Saint d’argent d’Ophiucus, il ne reste donc que toi et moi. »
Shaina se met en position de combat, son cosmos s’embrase et envahit les lieux pour venir écraser celui de l’Alcide.
_ « Plus pour longtemps, tu vas bientôt rejoindre tes amis. Tu as déjà perdu. Il suffit de regarder comme tu es moins agile et moins rapide sans tes tentacules. C’est comme si je perdais un bras ou une jambe.
_ Crois-moi ma jolie, ce qu’il me reste est bien suffisant pour t’écraser à nouveau. »
L’effluve cosmique de l’Ophiucus dessine derrière Shaina un serpent géant, défiant l’Hydre de Lerne représentée par la cosmo énergie d’Iolaos.
L’Alcide se jette en premier : « Chaos Split ! »
Il a à peine le temps d’esquisser quelques gestes, que son corps meurtri se tétanise sous la pression du cosmos de Shaina qui réplique aussitôt : « Thunder Claw ! »
Immobile, Iolaos sent les Griffes du Tonnerre s’approcher de lui.
Son corps, quasiment démuni de Cloth, est déchiqueté sur le coup tandis que la main de Shaina frappe avec précision le cou de son adversaire.

Passée de l’autre côté de son ennemi, Shaina reste tout de même sur ses gardes.
Iolaos, lui, reste debout.
Sa peau noircie laisse s’échapper énormément de sang alors qu’il semble manquer d’air.
En effet, sa gorge a été transpercée par les griffes de Shaina.
Des larmes roulent sur ses joues brunies par les flammes de Babel tant l’asphyxie est atroce.
Il finit par s’écrouler définitivement…

Babel aide Docrates à se relever et, ensemble, ils vont chercher Apodis.
Shaina charrie Docrates le mercenaire en constatant l’état de son armure : « Mon pauvre Docrates, tu n’as plus qu’à demander à Saül, notre forgeron, de retravailler ton armure. »
Docrates grince des dents : « Il ne manque que la poussière d’étoile pour la rendre vivante, sans quoi elle est faite comme vous ! »
Babel intervient pour titiller son ami à son tour : « A ce niveau-là, il va falloir que tu demandes un tarif de groupe, car tes hommes ont les leurs de détruites eux-aussi. »
Ils se mettent tous à rire jusqu’à ce qu’Apodis interpelle Shaina.
_ « S’il vous plait chevalier Shaina, j’aimerai obtenir la permission de rejoindre la frontière ouest occupée par mes hommes. Ma famille se trouve également là-bas et je suis extrêmement soucieux car je ne perçois plus beaucoup de cosmos dans ces environs.
_ Même chose pour moi à l’est Shaina, déplore Babel !
_ Bien, allez-y et éliminez tous les Hébéïens que vous pourrez croiser. Je vais également descendre à l’ouest car c’est de là qu’est arrivée Hébé et c’est là-bas que le pont cosmique lui permettant de voyager vers son royaume se trouve encore. Avec un peu de chance nous pourrons encore la rattraper. »

Apodis et Babel quittent aussitôt les lieux.
Avant de faire de même, Shaina est interpellée par Docrates : « La bataille a commencé sur les marches des douze maisons, je vais aller débarrasser les Saints d’or des soldats hébéïens qui s’y trouvent encore. Par contre j’ai une faveur à te demander. Lorsque tu reprendras l’entraînement de mon petit frère, Cassios, veille à ce qu’il remporte l’armure de bronze de Pégase. Ca représente tant pour lui. »
Shaina ne répond que par un hochement de tête et quitte les environs à son tour…


A proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le colisée, ¼dipe est debout.
Son casque s’émiette.
Le reste de sa Cloth brille en raison du givre de Camus.
La morve et la bave qui coulent de son visage sont gelées.
Les effets du Diamond Dust sont dévastateurs.
Camus le sait et l’explique à Deathmask : « Cet homme est démuni de tout sens. La seule chose qui le maintient encore en vie aujourd’hui c’est sa volonté, son cerveau. Mon froid s’approche du zéro absolu et paralyse l’émission de télékinésie dans les airs. Il ne peut plus passer à l’offensive. Maintenant en attaquant sa seule source de survie je vais remporter la victoire. »

¼dipe est déconcerté.
Pour la première fois de sa vie, il trouve un adversaire qui peut l’attaquer tout en se défendant.
La Poussière de Diamant l’a considérablement affaibli.
Il perçoit à peine la cosmo énergie de ses adversaires.
Les attaques psychiques seront toutes enrayées, il ne lui reste plus que son attaque physique. ¼dipe réfléchit : « Mon Armageddon m’est toujours plus utile dans le royaume des morts dans la mesure où je recouvre involontairement tous mes sens. Sur terre, il me faut faire appel à tout ce qu’il me reste pour y parvenir. Les rares fois où j’ai utilisé cette technique sur terre, je me suis retrouvé sans plus aucune ressource. C’est une technique ultime et il me faut la garantie que mon adversaire ne se relèvera pas. De toute manière je n’ai pas le choix, le cosmos d’Iolaos s’est éteint à l’instant, Iphiclès est donc seul à présent pour traverser les douze maisons. »

Camus rassemble son énergie sous la forme d’une boule de glace pour invoquer un Diamond Dust plus puissant que le précédent car face à lui ¼dipe déploie un cosmos terrifiant.
La verdure autour de l’Alcide dégèle, son cosmos irradie à nouveau, les ailes de sa Cloth se déploient, ses ongles s’agrandissent, ses yeux rouges deviennent ébène et sa mâchoire se déboite pour laisser place à de longues dents de bronze.
Tandis qu’il écarte les bras, prêt à prendre son envol comme contre Deathmask, la pesanteur se fait plus lourde sur Camus.
L’ensemble de la colline se réchauffe.
Pris au dépourvu, le Saint d’or n’a pas le temps de réagir face aux Oiseaux du Lac Stymphale.

Après avoir invoqué l’ultime cosmos à son point culminant, ¼dipe retrouve miraculeusement la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût.
Toutes les conditions sont réunies, pour débarrasser Hébé d’un des plus puissants Saints d’or.
Étendant son renouveau, ¼dipe laisse se détacher de lui des centaines de rapaces affamés et déchaine les enfers en fonçant sur Camus qui a à peine le temps de riposter.
_ « Armageddon !
_ Diamond Dust ! »

Cette fois-ci le froid ne peut rien contre les légendaires volatiles mangeurs d’hommes qui, dans un flot d’hémoglobine, s’abattent sur le Français sans même se plaindre de la Poussière de Diamant.

¼dipe s’écrase à plat ventre sur le sol, exténué.
Ses handicaps physiques refont surface malgré le fait qu’il ait pu se surpasser jusque-là.

Camus est projeté en arrière, le diadème arraché de sa tête.
Mais, alors qu’il allait s’encastrer contre un arbre, il se ressaisit et se réceptionne debout.

¼dipe est navré.
Bien que la Cloth du Verseau soit partiellement rayée sur sa surface, que des plaies semblent provenir de sous l’armure, Camus est encore sur pieds.

La nuit est tombée depuis quelques heures maintenant, les incendies dans les villages illuminent quelque peu les environs, tout comme l’horloge du Sanctuaire d’où la flamme du Verseau s’éteint.
Ce qui n’est pas le cas de Camus qui est bien décidé à passer aux choses sérieuses : « Je ne m’attendais pas à une telle réaction de ta part Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale. J’avoue avoir surestimé mon avantage sur ce combat. Tu m’as fait l’honneur de déclencher ton arcane ultime, je vais donc faire de même, afin de ne pas t’achever en faisant offense au puissant combattant que tu es… »
Camus joint ses mains et croise ses doigts afin de les lever en l’air, son cosmos dessinant derrière lui une femme tenant une jarre…


Au même moment, des pas résonnent dans la maison du Taureau.
Il s’agit des pas du géant de deux mètres dix qui ressort de l’arrière salle où il a combattu Iphiclès.
Aldebaran avance lentement.
De la fumée enveloppe encore son armure alors que son visage ainsi que les rares parties de son corps non protégées sont éraflés.
De sous sa Cloth, fissurée à ses extrémités, s’écoule en abondance le sang de ses plaies dissimulées.

Derrière Aldebaran, l’Alcide au corps et à l’armure également brisés avance sans peine.
Son cou porte encore les marques des mains du Brésilien.
Iphiclès observe Aldebaran s’écrouler au beau milieu du hall d’entrée de la demeure avant de reprendre son souffle : « Stupéfiant… Il n’a pas lâché prise et a attendu jusqu’au bout que ma Charge Cathartique l’ait soufflé pour trouver la faille. Il a compris que lorsque je dégage toute ma catharsis mon corps ne peut plus être cuirassé par celle-ci. Il a pourtant omis le fait que même si ma chair n’est plus protégée, mon organisme reste le plus résistant au monde… »

Iphiclès cesse son monologue lorsqu’il distingue chez son adversaire que les battements de son c½ur sont encore réguliers : « J’ai encore la force de traverser les autres maisons. Avant cela, je vais te perforer le c½ur pour m’assurer que tu ne me gêneras plus. Adieu Aldebaran Saint d’or du Taureau : Drill Claw ! »

Un fil lumineux…
Quelques gouttes de sang…
Un c½ur transpercé…
Le tout en une fraction de seconde.

Une fraction de seconde que doit analyser Iphiclès.

Dans sa main droite, le Drill Claw reste concentré.
Aldebaran est resté allongé sur le sol sans connaissance.
Pourtant Iphiclès sent comme une fine épine piquer sa peau.

Une voix douce et envoutante parvient jusqu’à ses oreilles et résonne depuis le flanc droit de la maison du Taureau, là où débouche le passage secret : « Bloody Rose ».
Iphiclès reconnait l’allure gracieuse de cet homme qui tient entre ses doigts une rose blanche, similaire à celle qui vient de se loger contre son c½ur : « Je suis étonné que tu tiennes encore debout après avoir reçu mes Roses Sanguinaires ! »
Iphiclès observe sa poitrine où il ne voit seulement qu’une rose : « Tes… Tes roses ?! »
Alors qu’il était infatigable jusqu’ici, Iphiclès se tétanise enfin.
Il constate avec effroi qu’une seconde rose blanche s’est plantée dans son cou. Et que le poison mortel d’Aphrodite l’immobilise tandis que la fleur aux pétales blancs s’empourpre.

Bien que sa vue se trouble, le Lion de Némée distingue derrière Aphrodite un homme en soutane et au visage dissimulé. Le Grand Pope.
Iphiclès lutte de toutes ses forces pour au final ne faire qu’un pas : « Non… Le Grand Pope… Je suis si près du but… »

Aphrodite ironise cruellement la situation, tandis qu’il avance vers le Lion de Némée : « Cette Journée Sainte aura vraiment été épouvantable. Moi le beau et puissant Aphrodite je suis resté caché dans un prieuré durant toute la bataille, pour veiller sur mon maître le Grand Pope, qui fut obligé de se cacher des violents traîtres que sont les hommes d’Hébé… »
Arrivé devant Iphiclès, Aphrodite baise les lèvres du bel homme avant de reprendre : « … me dispensant donc du plaisir, d’affronter un homme aussi beau et puissant que le fameux général de l’armée hébéïenne. »

Impuissant, Iphiclès sent ses forces l’abandonner.
Pour la première fois de sa vie, il sent son organisme s’affaiblir.
Son sang est absorbé.
Ses forces l’abandonnent.
Les battements de son c½ur ralentissent.
Et les perceptions de son cosmos s’amenuisent. Il a à peine le temps de comprendre qu’Iolaos est lui aussi décédé.
Seule la voix d’Aphrodite lui parvient encore : « Il a donc fallu attendre la retraite d’Hébé pour que je puisse user du passage secret qui lie les douze maisons du zodiaque, afin d’escorter notre Grand Pope jusqu’à sa chambre. Quelle surprise nous avons eu de découvrir, que l’Alcide de la Capture du Cerbère mais surtout toi, Iphiclès, étiez parvenus jusque chez Aldebaran ! En arrivant juste à la fin de votre combat, j’ai compris grâce à Aldebaran, quel était le moyen le plus simple de te vaincre… »

Saga reste tapis dans l’ombre à écouter le Suédois vanter les mérites de sa victoire.
Comme s’il était amer devant l’agonie de son adversaire, il baisse les yeux vers le sol pour ne pas assister au macabre spectacle.

_ « Alors que le Berserker Barrage est toujours alimenté par ton cosmos et que la Rose Sanguinaire dans ton c½ur est sans effet, tu dois te demander comment cela peut être possible que celle plantée dans ton cou soit passée outre ? »
Aphrodite respire l’odeur des cheveux du malheureux vaincu et apprécie le parfum qui s’en dégage. Il reprend : « Aldebaran a fait tellement pression sur ta gorge lorsqu’il t’a étranglé et lorsqu’il y a dégagé son Great Horn que, même actif, le Berserker Barrage, a été très nettement amoindri dans cette zone. D’ailleurs tu peux encore sentir sur ta peau, le cosmos d’Aldebaran t’irriter. Le coup qu’il t’a asséné a surpassé le Berserker Barrage et le Berserker Charge. Ainsi, ta seconde peau ne peut plus cuirasser ta gorge puisqu’elle est obstruée par l’énergie du Taureau… »
Iphiclès comprend enfin.
_ « Alors il a volontairement encaissé mon Berserker Charge, pour concentrer ses forces sur un point précis. Il espérait encore se relever après ça pour tenter de m’étrangler à nouveau. C’était son seul recours, murmure-t-il.
_ Absolument. Toutefois il a surestimé ses capacités, il est bien trop faible désormais pour se relever. Cependant ce fut un jeu d’enfant pour moi de te porter le coup de grâce. La première Bloody Rose qui s’est logée dans ton c½ur n’était qu’une diversion. Je voulais que tu croies encore en l’efficacité de ton Isolement Cathartique. Tu n’as pas eu le temps de constater que ton cou était gêné par le cosmos du Taureau, c’est ainsi que j’ai pu viser cette zone pour la seconde Rose Sanguinaire sans même que tu ne te saches diminué en cet endroit. »

Iphiclès pâlit.
Ses jambes tremblotent quelques secondes avant de céder sous le poids de son corps.
La Rose Sanguinaire devient rouge, imprégnée de tout le sang de sa victime.

Aphrodite rie sournoisement en venant prononcer les derniers mots qu’Iphiclès puissent entendre : « Si j’ai pris le temps de t’expliquer tout cela, c’est parce que je voulais que ma voix soit la dernière chose que tu emporteras avec toi dans la tombe. Pas le souvenir de ta déesse ni de ceux qui t’aiment, non, juste le son de celui qui t’a ôté la vie pour avoir osé te rebeller contre le domaine sacré ! »

Devant Iphiclès agonisant, quelques souvenirs reviennent en mémoire à Saga.
De sous son masque, coulent quelques larmes tandis que ses cheveux gris blancs, prennent une teinte bleutée.
La voix du chef du Sanctuaire gronde dans la maison du Taureau : « C’est très bien Aphrodite. Il n’y a plus rien à craindre du Lion de Némée désormais. Aide donc Aldebaran à revenir à lui. »

Aphrodite incline légèrement la tête, pour rendre le respect dû à son maître et avance à quelques mètres de là vers le Taureau.

Les yeux brumeux d’Iphiclès fixent les petits yeux rouges du masque du Pope.
En dévisageant l’Alcide, Saga revient douze ans en arrière…

Flashback
Yíaros… Cette île de la Mer Egée, située entre Athènes et le Port du Destin en Crète. Cette étendue de terre entourée d’eau, inaccessible pour les contemporains. Elle n’existe même pas sur leurs cartographies.
Seuls les navigateurs les plus expérimentés, vivants dans des ports comme celui de Crète savent la localiser et déjouer tous les pièges naturels et les barrières cosmiques pour s’en approcher.
Ce domaine est dirigé par le Parthénos, le temple de la déesse Hébé, nommée ainsi en hommage au Parthénon édifié entre 447 et 432 avant Jésus-Christ en Grèce.

C’est bien au beau milieu d’Yíaros, en l’an 1973, que le Saint des Gémeaux avançait habillé de sa Cloth resplendissante, au bord d’un fleuve, avec la tête d’une charmante demoiselle collée contre son épaule.
Cette dernière, Ambroisie, était vêtue d’une robe blanche en coton la couvrant des épaules jusqu’au bout des pieds.
Ses courts cheveux blonds ne descendaient pas plus bas que sa nuque chétive et son front était parfaitement dégagé.
Son nez était fin, ses lèvres d’un rose innocent paraissaient suaves.
Ses sourcils subtilement épilés s’accordaient à merveille avec ses grands yeux bleus aux couleurs du ciel lorsque celui-ci est au paroxysme de sa clarté.

Loin du Parthénos et du centre de l’île, les deux amis se dirigeaient dans les forêts de l’est, lieu des rencontres secrètes et des ardus entraînements des soldats et Alcides.

Ils s’assirent sous les branches des arbres, afin de profiter de l’ombre du soleil printanier. Saga posa sur le sol son heaume et sourit chaleureusement à Ambroisie.
_ « Je n’arrive toujours pas à m’y faire. Tu es devenue resplendissante.
_ Tu es à peine revenu d’Athènes et depuis les quelques minutes de ton débarquement, tu n’as de cesse de me le faire remarquer. »
Saga passa sa main derrière la tête de son amie et lui déposa un baiser sur les lèvres : « C’est parce que depuis ces trois années où je suis parti en Grèce, tu m’as terriblement manquée. »
Ambroisie se laissa guider par les langoureux baisers de son ami devenu Saint.
D’abord doux et délicat, leur échange s’intensifia, le désir s’installa et l’appel de la chair ne tarda pas.

Cependant Saga était un véritable gentilhomme et tint à garder une certaine tenue.
De plus, deux garnements surgirent.

Bien jeunes, ils s’échangeaient de violents coups, sans qu’aucun ne prit le dessus sur l’autre. Saga reconnu malgré le masque qui dissimulait désormais son visage, la jeune Juventas.
Ambroisie éclaircit sa lanterne : « Juventas a suivi son camarade Iphiclès dans la garde hébéïenne. Ils disent qu’ils veulent devenir des Alcides et qu’ils viendront plus tard te donner de l’aide, si Athéna devait affronter un terrible adversaire. »
Saga observait le jeune Iphiclès, déjà fort robuste malgré ses neuf ans.
Il portait dans ses cheveux vert pomme ce bandeau rouge que lui avait laissé Saga avant de partir au Sanctuaire il y a trois ans, le même qu’il portera douze ans plus tard au Sanctuaire. 

Les deux enfants reconnurent leur ami et se jetèrent dans ses bras.
_ « Saga ! Tu es revenu, scanda Iphiclès !
_ Tu as réussi ! Tu es devenu chevalier, s’enthousiasma Juventas !
_ Comme je vous l’ai promis, leur sourit Saga, je suis parti au Sanctuaire où je suis né, pour devenir un des soldats les plus puissants de la déesse que vénéraient mes défunts parents.
_ Comme tu nous as manqué, lui sauta au cou Iphiclès. Ca a été dur de s’entraîner sans toi.
_ Allons, mon frère Kanon a certainement su me remplacer durant mon absence. »

A l’annonce du nom de Kanon, Ambroisie baissa discrètement la tête et sembla confuse.

_ « Non, il a passé son temps à s’entraîner seul en attendant ton retour. Il a dit qu’il serait meilleur que toi, bien que tu sois parti t’entraîner avec les chevaliers du Sanctuaire d’Athéna, dénonça sèchement Juventas.
_ Il ne changera donc jamais. Déjà enfants, lorsque nous nous entraînions ici il souhaitait être plus que tout le plus fort.
_ Dis Saga, tu comptes rester avec nous désormais n’est-ce pas, le fixait Iphiclès de ses yeux inquisiteurs ?
_ Maintenant que je suis chevalier, mon devoir est de rester auprès du Grand Pope en Grèce, grimaça Saga. Depuis toujours je me bats pour défendre la déesse qu’honorait ma famille. Ma place désormais est auprès de mon peuple d’origine. »
Juventas essaya de bousculer celui qu’elle considérait comme son grand frère.
_ « C’est nous ton peuple ! Avec Kanon vous vous êtes entraînés pendant des années avec des Alcides d’Hébé, tu n’as pas le droit de repartir comme ça. Ton devoir est de protéger Hébé !
_ J’ai toujours été reconnaissant envers le peuple hébéïen de nous avoir repêchés mon frère et moi après que le bateau qui ramenait toute ma famille de Crète à Athènes ait été pris dans une tempête. Pour autant je n’ai jamais renié mes origines, je me suis entraîné pour défendre votre citadelle et également pour être reconnu par mon peuple. Nous sommes Grecs vous comme moi, nous défendons la même cause mais par l’intermédiaire de déesses différentes.
_Alors pourquoi être revenu ici, retint ses larmes Iphiclès ?
_ Je suis venu chercher Kanon pour qu’il rentre au Sanctuaire avec moi. Et surtout pour vous dire au revoir et vous rappeler à quel point je vous aime… »
Il les fixa chacun dans les yeux et resta plus longtemps figé dans ceux d’Ambroisie : « … A quel point je vous aime tous. »
Il posa sa main sur le crâne d’Iphiclès et lui déclara tendrement : « Ce bandeau rouge dans tes cheveux que je t’ai laissé avant de partir m’entraîner au Sanctuaire, il s’agit d’un morceau de tissu qui appartenait à ma maman. Je le considère comme un souvenir de famille et je te le laisse. Comme ça, chaque fois que tu penseras à moi, tu sauras que je suis à tes côtés. Lorsque tu te battras pour défendre Hébé, tu auras l’impression que nous combattons côte-à-côte… »
Flashback

Saga revient à lui.
Il s’assure que le Saint d’or des Poissons soit suffisamment éloigné pour ôter son masque.
Bien qu’il ait la vue floue et que le casque du Pope ombrage son visage, Iphiclès distingue les traits de celui qu’il considérait depuis toujours comme son grand-frère.
Ses yeux s’écarquillent. Dans son regard presque éteint, la flamme de la haine se ravive.
Partagé entre colère et incompréhension, Iphiclès essaie de relever la tête.
Il puise dans ce qu’il lui reste pour demander : « Pour… Pourquoi… ?! »
Saga étouffe ses sanglots et fait un signe négatif de la tête comme pour faire comprendre à Iphiclès que les raisons de son choix dépassent l’entendement.
Dans un effort surhumain, Iphiclès relève son bras gauche jusqu’à son crâne et arrache son bandeau sous les yeux gonflés de chagrin du Gémeaux.
Il balance le tissu sur le sol et prononce dans un dernier soupire : « Je te hais… Sale traître… »
Puis plus rien.
Alors qu’il était voué à mourir en silence, Iphiclès déjoue une fois encore le sort pour prononcer ces paroles blessantes à Saga qui reste bouche-bée.
Il comprend la réaction de son ami mais l’encaisse avec beaucoup de difficulté.
Il repense encore à cette dernière journée passé en sa compagnie…

Subitement, le bruit des pas d’Aphrodite et d’Aldebaran le ramène à la réalité.
Il dégage d’un souffle profond l’oxygène qu’il a dans les poumons.
Avec ses doigts il ferme les paupières d’Iphiclès.
Réajuste son masque.
Se saisit du bandeau.
Et se redresse en aspirant à nouveau un grand coup.
Ses cheveux devenant de nouveau gris aux reflets blancs, il ordonne au Taureau encore endolori : « Aldebaran, soigne donc tes plaies. Je ferai venir dès que possible des servants pour qu’ils te débarrassent de ce corps et qu’ils te réaménagent ta maison. »
Aldebaran baisse la tête : « Bien majesté »

Alors qu’Aphrodite raccompagne le Pope en direction du passage secret, le Pope stoppe sa marche et regarde à nouveau son Saint d’or : « Aldebaran ! Tu t’es bien battu aujourd’hui. Ton adversaire était coriace tu sais. Je suis fier de toi et Athéna l’est tout autant, sois-en assuré. »
Malgré la douleur, Aldebaran s’agenouille : « Merci majesté. »


Tout à l’ouest du domaine, non loin du village de Paesco, une centaine de soldats hébéïens arrive à bout de course.
Au milieu d’eux, sont regroupées Juventas et la déesse Hébé.
Depuis le nord et le sud, arrivent l’Alcide du Taureau de Crète et l’Alcide de la Biche de Cérynie, entourés chacun d’une dizaine de soldats.
Voici ce qu’il reste de l’imposante armée d’Hébé arrivée en fin de matinée.

Le chemin du retour a été chaotique.
De nombreuses troupes ont tenté de regagner la passerelle cosmique et ont affronté les lieutenants de l’armée athénienne. Le trio argenté composé de Dio, Sirius et Algethi pour l’est, Algol pour le nord, Arachné pour le sud. Tous étaient aidés de leurs sergents, des Saints de bronze.
Enfin ils ont croisé le chemin du Capitaine Misty et de ses équipes à l’ouest qui bloquent l’accès au point de ralliement.

Certains des huit chars de la déesse de la Jeunesse sont encore léchés par le feu.
Les chevaux blancs qui les tiraient ont péri sous les flèches.
Et les félins ont été capturés ou massacrés.

Des deux-cent-soixante-dix combattants débarqués du passage cosmique, ouvert sur un vaste plateau depuis la sortie des montagnes qui délimitent les frontières du Sanctuaire, n’en repartent qu’environ cent-vingt.
Leurs plastrons, jambières, avant-bras et casque bleu azur sont tous, au mieux, ébréchés. Leurs tuniques bleues marines sont empourprées par le sang qui souille également leurs dagues.
Finalement, rares sont les soldats hébéïens ayant résistés à la traversée du domaine sacré et bénéficiant d’un retour sur l’île d’Yíaros.

Quelques mouvements de dagues frayent un chemin aux survivants de cette conspiration.
Les dagues forcent les lances athéniennes qui souhaitent retenir Hébé prisonnière.

Heureusement pour les habitants d’Yíaros, les Alcides écrasent les derniers remparts bloquant leur retraite.

Les survivants courent en direction de la passerelle où attendent des soldats hébéïens qui ont reçu l’ordre de veiller en dehors du Sanctuaire à la sécurité de ce passage.

Quelques mètres relient les deux groupes qui se font maintenant faucher par les flèches des archers athéniens postés en haut des murailles qui entourent le domaine.
Sur ordre de leur capitaine, les Athéniens tentent le tout pour le tout afin de se venger de la trahison des Hébéïens…
Mais très vite, la distance qui sépare les deux camps devient trop longue.
Une dernière flèche siffle dans les airs et approche le crâne d’Hébé.
L’arme est aussitôt désintégrée dans les airs, à l’approche de l’impact, par son cosmos divin.

A l’entrée du Sanctuaire, le Saint d’argent Misty du Lézard lève le bras droit en l’air : « Cessez les tirs soldats. Ils sont trop loin désormais. »
Les gardes survivants rejoignent le capitaine. L’un d’eux s’hasarde à demander : « Que fait-on Capitaine Misty ? Nous partons à leur trousse ?
_ Non, nous avons fini de repousser ces renégats. Avec les pertes que nous venons de subir, nous sommes bien trop mal organisés pour foncer tête baissée à leur poursuite. Une cinquantaine de soldats hébéïens est restée postée devant le passage cosmique depuis l’arrivée d’Hébé. Ils n’ont pas participé à la bataille et bénéficient de tous leurs moyens. Vous envoyer contre eux serait du suicide. »

Un à un, couverts par les gardes en poste devant les portes depuis le début, les Hébéïens empruntent le chemin cosmique. Hébé en tête.
Au moment d’y pénétrer, un pincement au c½ur la foudroie.
Elle regarde alors Juventas.
Des larmes fuient déjà de sous le masque de l’Alcide.
_ « Iphiclès est mort, assène sèchement Juventas. »
En effet, en rendant son dernier souffle, l’élément le plus vaillant de la garde d’Hébé a projeté une once de cosmos à destination de sa déesse ainsi qu’à son épouse Juventas.
Immédiatement, la jeune veuve fait volteface. Les membres raides et tremblants, elle décrète : « J’y retourne ! »
Prise par le chagrin, Hébé sanglote également : « Juventas, je comprends ta réaction. Cependant il est trop tard. Nous ne pouvons plus rien pour lui. »
Juventas s’époumone avec hystérie : « C’est le père de ma fille ! Je dois y aller ! »
Alors, face à la mort certaine qui l’attend si son Alcide rebrousse chemin, Hébé regrette de devoir lui intimer de rentrer : « Arrête-toi Juventas ! C’est un ordre ! »
Partagée entre la raison et le désespoir, la pauvre femme s’effondre de peine.
Elle ne peut désobéir au bon sens que lui ordonne Hébé.
Ses pairs la relèvent sans qu’elle n’oppose la moindre résistance.
Les derniers survivants rentrent enfin chez eux…


A proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le colisée, ¼dipe est toujours à terre.
Il n’a plus la force de se relever.
Le cosmos réunit par Camus est sans équivoque. Il ne pourra pas y faire face. Il a perdu trop de force dans sa bagarre spirituelle contre Spartan.
De plus, Deathmask est toujours capable d’intervenir si jamais Camus cède.

Soudain, vient à lui le triste ressentiment éprouvé par l’extinction du cosmos d’Iphiclès.
Dès lors, leur dernier espoir de toucher Athéna s’envole.
Ils étaient douze Alcides.
Il n’en reste plus que quatre, voire trois puisqu’il vit ses derniers instants.

Il perçoit le cosmos d’Hébé aux portes du Sanctuaire accompagné de ceux de Juventas et des Alcides du Taureau de Crète et de la Biche de Cérynie : « Bien que mes pairs soient puissants, ils ne parviendront pas à défendre l’île d’Yíaros seuls. Le Sanctuaire ne restera pas longtemps sans investir les terres sacrées du Sanctuaire d’Hébé. Non ! Je ne peux pas mourir ainsi. Je dois me relever et puiser dans mes dernières ressources. »
Sa voix gronde alors dans les airs : « Camus, je sais très bien que la victoire est tienne. Cependant je ne vais pas rester impuissant à attendre que la mort vienne me cueillir. J’ai encore beaucoup de vies à protéger. Je n’oublie pas ton nom et suis persuadé que nous nous retrouverons dans, je l’espère, des conditions moins hostiles… »

Comprenant qu’¼dipe s’apprête à lui faire faux bond, Camus s’empresse de décharger son arcane ultime : « Aurora Execution ! »
La vague de froid frappe ¼dipe.
Elle glace ses membres au point de les faire voler en éclat tant la température est proche du zéro absolu.

Camus reste pourtant de marbre, il a un mauvais pressentiment.
Les déclarations de Deathmask ne le rassurent en rien : « Un hologramme ! Tu as frappé une illusion. Son esprit et son corps ont réussi à déchirer l’atmosphère que tu as pourtant gelée afin qu’il se téléporte auprès de sa déesse.
_ Bien que le Sanctuaire ait remporté la victoire, cet ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale est un redoutable adversaire, nous devrons nous en souvenir. »


Pendant ce temps, à l’ouest du Sanctuaire, dans le village de Paesco, Apodis arrive au beau milieu des flammes et des ravages causés par la bataille.
Il voit au loin l’ensemble des troupes d’Hébé emprunter le pont cosmique qu’elle a créé.
Cette porte rétrécie petit à petit puis disparaît une fois qu’un étrange homme à l’allure difforme, portant une armure d’Alcide, ¼dipe, débarque devant et s’y engouffre avec difficulté.
L’armée d’Hébé est désormais entièrement repoussée.
La douzième flamme de l’horloge du zodiaque s’éteint.
La Journée Sainte s’achève dans le sang et les larmes.

Apodis pénètre dans sa demeure aux murs ébréchés.
Saisi par le macabre tableau qui l’attend, il n’éprouve instantanément plus la moindre douleur physique.
Les fractures.
Les hématomes.
Rien ne peut déchirer plus son c½ur…

De dehors, on l’entend hurler de désespoir…

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