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Sujets - Kodeni
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« le: 3 Mai 2010 à 17h11 »
Dans les épisodes précédents : En 2027, John est trouvé par la résistance humaine. Après l’avoir interrogé, les défenseurs de la liberté ne croient pas en la véracité de ses propos. Il est donc emprisonné par les siens dans des conditions déplorables. En 2008, Ellison permet à Sarah de fuir ZeiraCorp. Tandis qu’il revient sur ses pas pour embarquer l’endosquelette de Cameron, James tombe nez-à-nez sur un T800 ayant emprunté ses traits. Le Terminator élimine un commando armé avant d’être semé par James. L’ancien agent du FBI est, comme Sarah, désormais recherché par les machines et la justice. Les personnages : Sarah Connor (Lena Headey) Cameron Philips / Allison young (Summer Glau) John Connor (Thomas Dekker) Jackson Hamilton (Ray Stevenson) Kyle Reese (Jonathan Jackson) Catherine Weaver (Shirley Manson) Savannah Weaver (Mackenzie Brooke Smith) Lila (Fay Wolf) Derek Reese (Brian Austin Green) James Ellison / EV083 (Richard T. Jones) Shawn Cooper (Chris Carmack) Tara Biel (Willa Ford) Saison 3, Episode 2. De nouvelles machines.2 juin 2008.Les secours mettent tout en ½uvre pour annihiler les différents sinistres provoqués par la fuite d’Ellison. Dans un camion de pompier stationné dans une rue parallèle aux incidents, l’un des soldats du feu, couvert des pieds à la tête de ses vêtements d’intervention, s’empare de la radio pour demander des renforts. Sans qu’il ait le temps de s’en apercevoir, le Terminator à la poursuite d’Ellison débarque à l’affût de tous les curieux mobilisés devant les actions des secouristes. Le robot, désormais décharné, enserre le malheureux par le cou et le lui broie immédiatement pour lui voler ses vêtements. Dissimulé sous les habits et le casque, le T888 quitte au volant du camion le secteur. Une heure plus tard, le camion de pompier conduit par le T888 est immobilisé devant un hangar désaffecté. A l’intérieur, la machine ôte son habit d’emprunt, seuls ses yeux rouges ressortent dans les couloirs obscurs des pièces aux fenêtres condamnées. Le cliquetis métallique de ses pas résonne à mesure qu’il se dirige sans difficultés grâce à sa vision infrarouge en direction de trois objets recouverts chacun d’un drap gris. Il ôte les voilages les uns après les autres, laissant à l’air libre trois silhouettes humaines. Leurs yeux s’illuminent d’abord d’un rouge aussi vif que les siens avant de prendre un éclat d’apparence naturelle. Trois nouveaux Terminators venus en compagnie du T888 depuis le futur sont activés ! D’une marche droite et millimétrée, les trois machines suivent le robot décharné jusque dehors et dévoilent leur apparence physique dans le plus simple appareil. Le premier, à l’apparence d’un jeune homme séduisant à la musculature avantageuse, observe la lumière de dehors et amorce son système. Les données informatiques qui se mêlent à son champ de vision l’informe de son nom d’emprunt : « T800 - Nom : Shawn Cooper ». Derrière lui, un modèle féminin aux cheveux longs blonds et aux courbes envieuses l’imite : « T800 - Nom : Tara Biel ». Enfin, une nouvelle copie de James Ellison ferme la marche : « T800 - Nom : Ellison version 083 (EV083) ». D’une structure technologique plus avancée que ses prédécesseurs, le T888 déclare : T888 - " L’approche en solitaire a échoué. Je n’ai pas réussi l’exécution de notre première mission qui consiste à retrouver et à éliminer James Ellison, Sarah Connor et Savannah Weaver. " Le T888 se tourne subséquemment vers Cooper : T888 - " L’agenda papier de Catherine Weaver indique qu’elle doit chercher sa fille à 17h30 au sport. Trouve le gymnase. " Entièrement nu, Shawn Cooper s’éloigne docilement. Le T888 reprend la distribution des rôles auprès de Tara et EV083… A plusieurs kilomètres de là, malgré la faible allure empruntée volontairement par Ellison, son véhicule accidenté ne passe pas inaperçu à mesure qu’il remonte les beaux quartiers de la citée des anges. Il gagne ainsi l’arrière cours d’une belle maison blanche au gazon parfaitement entretenu sur lequel il roule en toute négligence. Au préalable, il coupe son moteur et avance en roues libres pour ne pas alerter le propriétaire de cette maison qui n’est pas inconnue de l’ex-agent du FBI. Il saccage le travail de jardinage opéré jusqu’alors pour achever sa traversée à l’intérieur du garage grand ouvert. Sorti de l’amas de tôle froissée stationnée aux côtés d’un 4x4, il titube en direction de l’immense porte de garage qu’il ferme avec précipitation. L’arrivée fracassante de James chez elle provoque l’arrivée furibonde de la maîtresse de maison, Lila, l’ex-épouse de James : Lila - " Sors d’ici tout de suite James ou j’appelle la police ! " James ne répond pas et va à l’arrière de son tas de ferraille. La charmante femme afro-américaine demande catastrophée : Lila - " James que se passe-t-il ? Que fais-tu ici ? Toute la ville est à ta recherche, ta photo passe en boucle à la télé ! " James - " J’ai besoin des clés de ton 4x4. " Lila - " James, tu sais que je ne mentirai pas lorsqu’on viendra m’interroger. Si tu as quelque chose à te reprocher arrête maintenant. " James ouvre le coffre dans lequel est confiné l’endosquelette de Cameron : James - " Tu te souviens du dossier Sarah Connor, celui qui m’a fait passer des heures et des heures au bureau… " Lila passe sa main avec tragédie devant sa bouche en découvrant le corps de la machine à moitié décharné. James achève sa phrase : James - " … et bien tout ce que cette femme disait était vrai. Maintenant ces machines en ont après moi. " Lila cherche à prendre appui avec ses mains contre le mur de son garage tant le souffle lui manque et ses jambes tremblent : Lila - " Qu’est-ce que ça veut dire ? " James - " J’ai besoin de ton aide, tu es désormais la seule personne sur qui je peux compter. " La jolie jeune femme profite d’un instant de lucidité : Lila - " Tu ne peux rester ici James. Paul va rentrer avec les enfants. Les enquêteurs à ta recherche vont venir m’interroger et ce truc… cette chose que tu dis être à ta poursuite viendra aussi ici. Je ne peux exposer ma vie de famille. " James - " Je comprends tout à fait. Laisse-moi juste les clés de ta voiture. " Soudain, la sonnette de l’entrée retentie et fait sursauter les deux ex-mariés ! Lila cramponne sa poitrine tant le coup de sonnette l’a prise au dépourvu. James prend aussitôt les choses en main : James - " Ton revolver est toujours rangé à la même place ? " Lila hoche avec effroi la tête pour répondre par l’affirmative. James - " Bien, va ouvrir, moi je vais là-haut chercher le nécessaire. " Lila emboîte le pas à James, ensemble ils remontent le couloir qui lie le garage à la cuisine. James profite de son passage dans cette pièce pour ramasser les clés du 4x4 entreposées sur le bar. Enfin, il passe à l’étage de son ancienne maison pendant que Lila ouvre la porte d’entrée avec une crainte non dissimulée… Surprise, il ne s’agit que de son époux : Paul - " Pardonne-moi, en allant chercher les enfants je me suis aperçu que j’avais oublier mes clés de maison… " Les deux garnements, 5 et 3 ans, pénètrent à l’intérieur en bousculant leur père pour s’empresser d’empoigner leurs sacs de sport qui les attendent dans le salon. Paul - " … ainsi que leurs affaires de piscine. J’ai l’esprit ailleurs aujourd’hui ! " La bonne humeur de cet ancien soldat du Golfe ne se transmet pas à sa conjointe, toute défigurée par l’angoisse. Trop accaparé par ses enfants, il ne s’en aperçoit pas et la laisse refermer la porte derrière lui après qu’il lui ait déposé un baiser sur le front. Derrière la porte désormais close, Lila souffle un grand coup avant de se retourner en direction de la montée d’escalier. Elle rejoint James dans la chambre conjugale d’où il extirpe de la table de chevet un pistolet qu’il charge : Lila - " Ce n’était que Paul. " James grimace en entendant son nom et se contente de demander : James - " Comment se portent vos enfants ? " Lila n’a pas le temps de répondre qu’elle entend plusieurs portières de voitures claquer devant chez elle. Depuis la fenêtre, elle remarque le départ de son mari avorté par l’arrivée de deux voitures de polices : Lila - " Les voilà ! Tu dois te rendre ! " James - " Plutôt mourir, je serai trop facile à trouver pour les machines si je suis prisonnier. " James plaque son corps contre le mur et passe à peine la tête pour épier les questions des agents et les réactions de Paul. Le corps en appui derrière celui de Lila, James se permet de remarquer : James - " Ta peau porte toujours le même parfum. " Elle se retourne vers lui pour lui offrir un timide sourire. Au croisement de leurs regards, il est aisé de deviner que de nombreux sentiments ont nourri cet ancien couple durant des années… Leur fixation sort de sa leur torpeur lorsqu’ils entendent depuis dehors : « halte on ne bouge plus ! » Depuis la fenêtre, ils remarquent la copie conforme de James Ellison, vêtu d’un costume semblable à ceux qu’il aime porter, venir d’un mouvement parfaitement ordonné du bout de la rue. Là-haut, James attrape Lila par la main : James - " Merde, j’étais sûr qu’ils remonteraient jusqu’à toi. Nous devons partir avant qu’il nous trouve. " Lila dévisage le Terminator qui avance jusqu’au groupe que compose sa famille et les inspecteurs puis se tourne horrifiée en direction de James comme si elle a du mal à réaliser que tout cela est réel. Dehors, EV083 n’obéit pas à la seconde sommation : « les mains en l’air James ! Ne fais pas d’histoire je t’en prie ! » L’incident ameute le voisinage qui s’empresse de manifester sa curiosité. Face au malaise qui s’installe, Paul prend ses enfants contre lui : Paul - " Rentrez vite dans la maison. Allez ! " Les gamins courent, suivis de leur père qui presse le pas. Pendant ce temps, James dévale les escaliers puis retourne au garage où il extirpe Cameron du véhicule accidenté pour la placer dans le 4x4. Devant chez Lila, EV083 stoppe sa marche à quelques mètres des quatre agents de l’ordre. L’un d’eux témoigne sa satisfaction en souriant : « Tourne toi à présent, les mains derrières la tête ». Le T800 fait bien volte-face sans pour autant poser ses membres comme il lui a été demandé. En se retournant, il ramasse dans sa veste une arme à feu et, une fois le tour sur lui-même terminé, il atteint sans difficulté d’une balle dans la tête chacun des quatre policiers sans leur laisser le temps de le toucher plus d’une fois. Les spectateurs se mettent à fuir en s’épouvantant « sauve qui peut » à pleins poumons. Témoin du funeste événement, Lila pousse un cri terrifié en constatant que sa famille n’est pas encore arrivée au seuil de la porte. Son angoisse lui donne raison, son conjoint est fauché en pleine épaule par un tir de EV083 et s’écroule à quelques mètres du perron. L’ancien militaire trouve en lui la force de congédier ses enfants revenus sur leurs pas : Paul - " Rentrez à l’intérieur et enfermez vous avec maman ! Vite ! " Le plus vieux des enfants, 5 ans, poussent sa jeune s½ur pour qu’elle obéisse et fait corps devant EV083 pour protéger son père : Enfant - " Touche pas à mon père ! " Le courageux garçon lève les yeux devant la robuste copie d’Ellison avec inconscience. La petite fille s’enferme à l’intérieur et rejoint sa maman qui descend l’escalier… Devant l’entrée, EV083 laisse tomber son poing sur la clavicule droite du garçonnet qui s’écroule en larme sur le sol. Son père pleure aussi et implore la pitié de celui qu’il croit être James. La réponse de EV083 laisse Paul confus : EV083 - " Où est James Ellison ? " Paul - " C’est quoi ce bordel ? " EV083 - " Réponse insatisfaisante. " La machine mêle l’acte aux paroles en tirant une balle dans le genou du mari blessé. Néanmoins, sa souffrance physique n’est rien par rapport à la crainte qu’il éprouve en voyant son fils la clavicule brisée étendue devant lui… Dans le garage, l’exténué Ellison a toutes les peines du monde à transporter l’endosquelette de Cameron. L’arrivée de Lila et de sa fille ne l’aide en rien. Lila se charge de caller sa fille à l’intérieur du 4x4 avant de saisir une batte de baseball dans une armoire du bâtiment. Lila - " Part avec ma fille ! " Ellison ne peut ni la convaincre d’abandonner ni la rattraper vu la vitesse avec laquelle elle détale. Dans la rue, EV083 pointe maintenant son arme en direction de l’enfant en réitérant à Paul : EV083 - " Où est James Ellison ? " Le blessé s’insurge : Paul - " Touche pas à mon fils espèce de fils de pute ! " EV083 - " Réponse insatisfaisante. " James s’installe au volant de l’engin et regarde la petite fille totalement dévastée par les évènements. L’homme, habituellement de bonne parole, ne sait quoi lui dire. Un nouveau coup de feu venu de dehors décompose le visage de la gamine… Le corps du jeune garçon ne bouge plus. EV083 vise maintenant le crâne du père accablé : EV083 - " Où est James Ellison ? " L’endeuillé papa regarde avec incompréhension celui qui vient de froidement loger une balle dans la tête d’un enfant innocent. La voix déformé par les sanglots, il affirme : Paul - " C’est toi James Ellison putain ! " Au même instant, Lila ouvre grand la porte d’entrée et fait face à la réaction du T800 : EV083 - " Réponse insatisfaisante. " L’heureuse famille jusqu’ici subit une nouvelle perte, entraînant sans plus attendre la violente réaction de Lila. Dans un hurlement de rage en découvrant le carnage dont sont victimes sa moitié et surtout son enfant, elle abat la lourde batte en bois en direction de la tempe droite de EV083. Le Terminator la laisse exécuter son geste sans la moindre appréhension. L’arme vole en morceaux sans faire vaciller la machine qui, d’un revers de la main, frappe Lila à l’épaule. La veuve s’écroule le bras en charpie à quelques mètres, n’arrivant pas à reprendre son souffle tant la perte de ses proches la consume de l’intérieur, bien plus que son bras démis. Dans le garage, Ellison démarre la voiture… EV083 abandonne sa proie et focalise son attention sur le bruit du moteur venu du flanc de la maison. Alors qu’il bouge d’un pas, Lila lui agrippe la cheville pour tenter de le ralentir et sauver James et sa fille. EV083, sans même détourner son attention du garage, écrase la tête de Lila avec son pied, laissant le cadavre de l’ex-épouse de James baigner dans un flot de sang. Sans difficulté, le pare buffle plie la porte du garage et James fuit en compagnie de la petite fille. A peine sorti, le 4x4 est criblé de balle par le T800 qui vide le reste de son chargeur avant d’entamer une course à pied en espérant rattraper le véhicule parti à vive allure… Plus loin, au c½ur de Los Angeles, une voiture de sport à la vitre conducteur brisée stationne devant un immeuble. De l’auto bleue métallisée, sort Shawn Cooper vêtu d’un jean et d’une veste en cuir qu’il a préalablement subtilisé au propriétaire du véhicule. Le vent balaie ses cheveux mi-longs tandis qu’il lève les yeux devant l’enseigne du club de sport dans lequel il pénètre. Il débouche sur un immense hall qui centralise les couloirs pour les vestiaires, les différentes salles d’activités et la piscine. Il s’engage à l’étage en direction de la salle de gymnastique… Sur la route, James n’a de cesse de fixer son rétroviseur pour s’assurer que le T800 est bien trop loin pour le rattraper. Sous le choc des derniers évènements, ses membres tremblent sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit. Ses yeux restent grands écarquillés mais il n’ose pas les diriger vers l’orpheline qui l’accompagne sur le siège passager. Pourtant, lorsque le cognement de son c½ur dans sa poitrine finit par battre moins fort, il réalise qu’un sifflement anormal provoqué par de l’air se produit dans le véhicule. Bien que les carreaux soient intacts et fermés, le bruit persiste. Du coin de l’½il, en direction de la petite fille, James s’aperçoit que des impacts de balles ont traversé la portière côté passager ! Instinctivement, il pose sa main sur la tête de l’enfant, à peine consciente, une balle s’est logée dans son flanc droit, à hauteur des côtes. Du sang s’écoule en abondance et inonde le siège. James freine en plein milieux de la route et oblige les voitures derrière lui à faire de même, ameutant au passage les curieux. Il sort en catastrophe en hurlant après les passants : James - " Qu’on fasse venir une ambulance ! Vite ! " Une cohue se forme aussitôt autour de la frêle victime pendant que James prend son pou. Il attrape par la manche un homme d’une trentaine d’année : James - " Son pou est faible mais la balle ne semble pas s’être logé dans une zone vitale. On peut encore la sauver. Je dois partir, une autre enfant est en danger. " Le passant le saisit à son tour : Inconnu - " Non, vous n’irez nulle part, vous êtes ce mec à la télé que tout le monde cherche. " Ellison se défait de son emprise en le bousculant et sort son arme qu’il pointe en direction des quelques courageux qui essayait de venir le maîtriser : James - " Foutez-moi le camp ! " Il recule jusqu’à ce qu’il soit rassis dans son véhicule et annonce avant de partir : James - " Prenez soin de la gamine. Je suis désolé, je n’ai rien pour prouver mon innocence, tout se retourne contre moi, mais soyez certain que je ne suis pas celui qu’on croit. " Ses pneus crient pendant qu’il reprend une vive course… A quelques rues de là, Shawn arrive devant la salle de gymnastique où quelques femmes d’un âge déjà avancé s’exercent. L’aspect humain du T800 ne laisse pas les femmes qu’il croise insensibles. Il s’avance au milieu d’elles, sans craindre de perturber le cours et fixe le coach : Shawn - " Je viens chercher Savannah Weaver. " La femme rétorque : Coach - " Mme Weaver a encore changé de chauffeur ! Les enfants ont fini il y a dix minutes, vous pourrez retrouver Savannah devant les vestiaires. " Shawn tourne immédiatement le dos à la femme et repart en direction du rez-de-chaussée… Devant, le bâtiment, le 4x4 de James stationne juste devant celui de Shawn. En traînant la jambe, il se presse de rentrer à l’intérieur et interpelle une maman avec sa petite fille : James - " Excusez-moi, je viens chercher Savannah Weaver. " L’enfant lui indique que la petite rouquine est toujours dans le vestiaire. James presse le pas… Shawn devance déjà l’agent Ellison, il n’est plus qu’à quelques pas. Dans les vestiaires, Savannah monte son pied droit sur le banc où elle est assise. La timide enfant sourit en laçant ses chaussures comme le lui a appris John. Soudain, la porte des vestiaires s’ouvre avec vivacité… Shawn débarque dans le vestiaire où quelques karatékas défont leurs kimonos ! Tous observent ce nouveau visage qui détaille avec minutie les lieux. Il focalise son attention sur le sportif le plus proche : Shawn - " Où est Savannah Weaver ? " Le gaillard se met à rire : Karatéka n°1 - " Savannah ? Eh mec, là t’es dans le vestiaire des hommes ! " Shawn fait alors demi tour pour se rendre dans les vestiaires à l’opposé quand un autre amateur d’arts martiaux lui bloquent la route : Karatéka n°2 - " Attend mon grand, attend. T’as l’air louche toi. Qu’est-ce que tu lui veux à cette Savannah ? " Shawn, d’un mouvement parfaitement mécanique, tourne sa tête en direction de l’opportun : Shawn - " Question indiscrète. Réponse impossible. " L’homme s’offusque aussitôt et tente de pousser le T800 en arrière. Cependant, Shawn est bien plus rapide et saisit les poignets de son assaillant qu’il serre sans dessiner sur son visage le moindre rictus jusqu’à ce que les os du curieux se rompent. L’homme s’affaisse à terre en hurlant de douleur… En face, Savannah reconnaît à l’entrée de la pièce le collaborateur de sa mère bien que sa tenue soit involontairement plus négligée qu’à l’accoutumée. De là où ils se trouvent, ils entendent le brouhaha du vestiaire des hommes où une bagarre semble éclater : James - " Savannah, vient avec moi, vite. " Il prend l’orpheline dans ses bras et fuit à vive allure en dehors du complexe… Dans le vestiaire des hommes, les armoires s’écroulent à mesure que les corps sont repoussés dans des flots de sang. Insensible à la douleur, Shawn constate que ses minables adversaires s’écrasent les poignets contre sa chaire camouflant l’endosquelette de coltan. Démuni d’arme, le T800 élimine à la main, un à un ses opposants qui arrivent des autres salles de plus en plus nombreux. Avant de sortir de la ville, James s’arrête devant un distributeur de banque et utilise le plafond maximum de retrait de sa carte puis la laisse volontairement trainer au sol, sachant pertinemment que quelqu’un de tarderait pas à la ramasser et à l’utiliser pour broyer les pistes. Le 4x4 de James fonce désormais en direction de San Francisco où se dirige Sarah, bien loin de la menace de Shawn maintenant sans la moindre trace de l’enfant. A des kilomètres de là, éloignée du centre de San Francisco, l’adresse de la maison que James a donnée à Sarah est maintenant investie par celle-ci. Epuisée après un long voyage, elle a toutes les peines du monde à s’extraire de son véhicule jusqu’à l’habitation. Une fois la serrure déverrouillée, elle claque la porte derrière elle et se laisse tomber dans le canapé sur lequel elle s’endort aussitôt…
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« le: 3 Mai 2010 à 17h04 »
Dans les épisodes précédents : John et Catherine Weaver choisissent de partir poursuivre John Henry, parti dans le futur avec la puce de Cameron. Sarah et James Ellison refusent de les suivre, restant dans l’immeuble de ZeiraCorp, victime de l’attaque inattendue d’un drone… Les personnages : Sarah Connor (Lena Headey) Cameron Philips / Allison young (Summer Glau) John Connor (Thomas Dekker) Jackson Hamilton (Ray Stevenson) Kyle Reese (Jonathan Jackson) Catherine Weaver (Shirley Manson) Derek Reese (Brian Austin Green) James Ellison (Richard T. Jones) Saison 3, Episode 1. Situations mal engagées.2 Juin 2008. L’effluve bleuté ayant permis le transfert de Catherine Weaver et John Connor se dissipe dans l’atmosphère. Le choc moléculaire et les éclairs résultant de l’emprunte du passage temporel ont endommagé l’informatique ayant permis l’exploitation de John Henry. Le réseau électrique a disjoncté et la ville se voit privée de cette précieuse énergie. L’onde de choc a repoussé James Ellison et Sarah Connor contre les consoles informatiques, serveurs et unités centrales et autres ventilateurs du sous-sol de ZeiraCorp. Secoués, les deux protagonistes reviennent peu à peu à eux : James - " Nous… Nous sommes vivants ? Il n’y a pas eu d’explosion comme lors de votre disparition en 1999 dans la banque ? " Sarah se tient le crâne duquel s’écoule du sang suite à une plaie : Sarah - " En 1999, la machine temporelle a été fabriquée avec un système d’autodestruction après utilisation. Cameron nous a avoués peu de temps après que cela avait été étudié afin d’éviter qu’on remonte jusqu’à nous, le créateur de la machine avait tout prévu. " James - " Ca veut donc dire qu’il est encore possible d’exploiter ces installations pour recréer un vortex temporel. " Sarah ramasse une barre de fer et saccagea ce qui ne l’a pas encore été : Sarah - " Nous ne laisserons à personne cette chance… " Après l’avoir laissé s’acharner une bonne minute sur le matériel, l’agent Ellison vint saisir le métal dans les mains de Sarah : James - " Je pense que votre entêtement est inutile. John Henry était prévoyant, j’imagine qu’il avait prévu une dissolution des données informatiques permettant la création de la machine à voyager dans le temps. Et vu l’état dans lequel le transfert a laissé cet étage, je pense qu’il n’y a pas à s’inquiéter. Maintenant, il faut organiser votre fuite. La police vous cherche, cet avion qui a attaqué l’immeuble vous cherche. Nous ne pouvons faire confiance à personne. " Sarah - " Et vous ? Faut-il vous faire confiance ? " James - " Lorsque j’ai accepté de travailler pour ZeiraCorp, je l’ai fais pour éviter le Jugement Dernier. Même si souvent les intentions de Mme Weaver me paraissaient étranges, je n’ai jamais abandonné mon objectif. Si vous n’avez pas foi en moi, ayez au moins foi en ma lutte contre Skynet. " Sarah cligna des yeux, l’hémoglobine coulant depuis son cuir chevelu allant désormais salir son visage : James - " Vous êtes blessée. Dépêchons-nous ! " Avant de partir, Sarah souleva quelques décombres et retrouva l’endosquelette de Cameron : Sarah - " Nous ne pouvons pas la laisser là. Pas aux mains de Skynet. " James - " Nous reviendrons la chercher plus tard. Fuyons maintenant. " 2 juin 2027. L’humidité et les eaux usagées du tunnel créèrent quelques éclaboussures qui souillèrent le corps du jeune homme aux cheveux courts découvert dans ce qui servait de sous-sol à ZeiraCorp il y a dix-neuf ans. Surpris et heureux de revoir son oncle Derek en vie, John Connor constata bien vite qu’il n’était pas connu en ce lieu. Sa nudité, à peine dissimulé sous le manteau ramassé, John détailla le visage de Kyle Reese. Propriétaire du trench-coat et père que John n’a pas connu, il débarque en compagnie de ses hommes. En retour, Kyle observe le mystérieux arrivant des pieds à la tête avec un sourire narquois : Kyle - " Que comptes-tu faire de lui Derek ? " Derek - " Il est nu et sans armes. De plus il semble perdu. J’ai quelques questions à lui poser. On le ramène à la base mais sous surveillance. " Kyle - " Sous surveillance ! Mais Derek tu viens toi-même de dire que c’était un humain. Hormis porter ma veste je ne vois pas ce qu’il a bien pu faire. " Derek - " Je n’oublie pas que des humains ont collaboré et collaborent toujours avec les machines. On ne peut pas lui faire confiance. " John ouvre la bouche pour essayer de prendre la parole mais les deux frères l’en empêchèrent par leur débat incessant. Kyle - " Derek ! C’est un ado… " Il se permis même d’ironiser en faisant un mouvement de tête en direction de l’intimité du jeune homme à peine voilée par la veste de résistant : Kyle - "… avec certaines belles prédispositions à rentrer dans le monde adulte je te l’accorde ! Mais baisse ton arme je t’en prie. " Quelques sourires moqueurs se dessinèrent sur les visages des soldats ainsi que sur celui d’une charmante jeune femme accroupie aux côtés d’un chien qu’elle caresseait et dont le visage n’est pas inconnu à John. Quasiment en tenue d’Adam sous les yeux de plusieurs soldats, l’intrus, encore sous le choc de la téléportation jusqu’ici, dissimula instinctivement sa nudité en tirant sur le trench-coat. Avec beaucoup de répondant, John rétorqua : John - " Si ma mère était présente à mes côtés, elle répliquerait à coups sûr en disant que c’est de famille ! " Cette réponse plut à Kyle qui rit à gorge déployée. Cette décontraction poussa les hommes de Derek à suivre cette bonne humeur. Néanmoins, un coup de feu retentit, créant un impact de balle juste devant les pieds de John ! L’envoyé du passé sursauta immédiatement. Il tourna sur lui-même pour connaître l’origine de ce geste, le visage défiguré par la peur. Située derrière John et Derek, vêtue d’un long manteau, ses cheveux châtains foncés tombant dans son dos, la résistante aux traits effilés resta le bras droit tendu, pointant son revolver sur l’inconnu. Kyle - " Putain Allison mais qu’est-ce que tu fous ? " Celle que John avait reconnu sous l’apparence de Cameron à son arrivée, décrispa légèrement son visage : Allison - " Simple précaution. Je voulais m’assurer qu’il disait vrai. Un menteur n’aurait pas eu un regard d’incompréhension comme lui l’a eu. " Derek fait la moue : Derek - " Bon ! Qu’on lui file des fringues et qu’on le garde sous surveillance. Nous devons l’interroger avant de décider quoi que ce soit. On rentre à la base maintenant ! " 2 juin 2008.L’ex agent spécial du FBI au costume chiffonné et déchiré court à vive allure en tirant par le bras Sarah Connor. Ensemble, ils arpentent les couloirs du sous-sol afin de trouver un escalier. Dehors, devant le bâtiment en flammes de ZeiraCorp, secours et forces d’intervention débarquent peu à peu. Au milieu d’eux, une personne ressemblant trait pour trait à James Ellison se tient les bras le long du corps. D’un mouvement très calculé, il lève la tête en direction de l’étage où le drone s’est crashé. Il descend alors son visage en direction de l’entrée où évacuent les membres du personnel et s’avance dans cette direction butant contre les fuyards qui se fracassent sur son physique apparemment intouchable. A l’approche de l’entrée, les unités armées qui attendent l’évacuation totale de l’immeuble somment Ellison de ne pas faire un pas de plus. Celui-ci ne daigne même pas s’attarder en leur direction et poursuit son avancée. Soudain, un bruit sourd fait trembler le bâtiment ! Tandis que l’objet volant non identifié, comme nomment les enquêteurs déjà sur place le drone, active ses propulseurs, toutes les vitres du complexe volent en morceaux, de chaque côté de la façade, à chaque étage. Les éclats de verre atteignent et meurtrirent les spectateurs et les secours postés sur le parvis. La panique s’installe et permet à Ellison de rentrer sans encombre à l’intérieur. Enfin, l’attention toujours retenu par cette catastrophe, les unités postées au sol, trop occupées à porter assistance aux nombreuses victimes de l’explosion de glace, couchées parterre, ne remarquent pas le départ, à la vitesse du son, du drone qui transperce sur son passage l’hélicoptère de surveillance survolant l’étage attaqué. Durant cette nouvelle explosion, celle de l’hélico, le drone repart d’où il est venu sans être inquiété par les autorités. A l’intérieur, Sarah Connor commençait à faiblir. James Ellison l’aida à se relever et remonta avec elle jusqu’au parking situé dans l’arrière-cour en rez-de-jardin : James - " Prenez mes clés et quittez ce lieu aussi vite que vous le pouvez. " Sarah - " Vous ne venez pas avec moi ? " James - " Je dois d’abord cacher Cameron et récupérer Savannah à la gym. " Sarah - " Alors je viens avec vous. " James - " Certainement pas. Vous êtes blessée et toute la police va chercher un coupable pour ça. Ma voiture est garée au fond. Il y a une carte dans la boite à gants, celle-ci est marquée d’une ligne rouge qu’il vous faut suivre. Il s’agit d’un itinéraire jusqu’à une maison située sur les collines du nord de San Francisco. L’adresse exacte est au dos de la carte, les clés de la maison dans la boite à gants. Je vous y rejoindrai. " Sarah arracha les clés de la main de celui qui fut son ennemi il y a quelques années puis s’engagea au fond du parking. James reparti en direction des étages supérieurs en sautant deux à deux les escaliers. Sur son passage, il croisa de nombreux morceaux de verre brisés et bon nombre d’employés mal en point… 2 juin 2027. Après deux bonnes heures de marche, faites de détours et de marquages du terrain, dans des bottes trop grandes pour lui, John sortit enfin des tunnels pour emprunter un bout de chemin à la surface. Le temps que ses yeux s’habituent au soleil, il découvrit au fur et à mesure un champ de désolation. Des ruines de logements et de commerces, des routes arrachées par le mortier, quelques endosquelettes au milieu d’ossements humains… Alors qu’il suivit la troupe, il slaloma au milieu des voitures calcinées et demanda de façon innocente : John - " Où sommes-nous ? " Kyle se retourne et murmure : Kyle - " Nous sommes sur l’ouest de Los Angeles, aux environs du quartier général de Venice. " La cohorte rampa jusqu’à des sillons similaires à des tranchées : Kyle - " Tu es dans les canaux desséchés de Venice. " Du canal à l’eau propre traversant la ville, il ne reste d’une fosse boueuse dans laquelle sont entassés dans cadavres en putréfaction ainsi que des gravats déblayés par Skynet. Ils empruntèrent ainsi ce chemin sans craindre d’être vus par les HK-Aerial, ces immenses vaisseaux volants qui contrôlent les environs. Au bout d’une heure encore, ils arrivent devant une cuve d’eau de pluie entourée par des soldats camouflés dans les ruines : Kyle - " Nous sommes arrivés ! " L’équipe soulève un panneau et s’engage dans une bouche d’égout. Au bout de celle-ci, elle débarque devant une grille gardée par trois soldats qui tiennent aussitôt en joug les leurs tant que ceux-ci n’ont pas décliné leurs identités. John suit l’attroupement et questionne son père : John - " Pourquoi des soldats surveillent-ils l’eau ? " Kyle - " L’eau est vital pour tout être vivant. Skynet le sait. Après avoir détruit nos centres de traitement de l’eau, Skynet a fait empoisonner nos nappes phréatiques. Notre seul moyen de survivre ici est de recycler l’eau de pluie que nous faisons chauffer au préalable pour la désinfecter avant de l’utiliser. " Ils pénètrent dans le sous-sol d’une immense bâtisse où femmes et enfants vivent clandestinement. Des feux sont entretenus dans des bidons tout le long du chemin pour conserver une température ambiante agréable tandis que des parquements pas plus larges de deux mètres sur un, faits de tôles, de draps et de palettes de bois, délimitent les logements des familles qui ont survécus ou qui se sont constituées depuis le Jugement Dernier. Cette cité, à l’apparence précaire de prime abord, est difficilement organisée. C’est la cohue lorsque les soldats ramènent eau et aliments périmés récupérés dans les ruines de supermarchés. D’anciens membres de l’organisation médicale, docteurs, infirmiers, aides-soignants, étudiants en médecines ou même vétérinaires, officient avec les maigres moyens dont ils disposent auprès des gens nécessiteux. Par manque de sanitaires, les besoins sont faits entre deux parcs d’habitations au milieu des cafards. Les chiens, réunis dans des cages faits par des barreaux de cadis, sont parfois sacrifiés lorsque les rats sont trop difficiles à attraper. Les parquements sont adossés contre les parois du sous-sol où le QG de Venice est terré. En étant positionnés sur les flancs, ils permettent de laisser au centre un chemin que les usagers utilisent pour gagner quelques tables de fortunes installées pour permettre aux survivants de maintenir une vie sociale. Au bout de cette artère, un campement bien plus imposant que les autres, sous une tonnelle hautement gardée, sert de base aux résistants de cette faction. John y est conduis par Derek et Kyle tandis qu’Allison, comme le reste de la troupe, se disperse dans la large avenue bondée par les approximatifs deux-cent réfugiés. Le trio qui compose en réalité une famille se voit ouvrir les voiles de la tente kaki au beau milieu de laquelle un homme est assis, vêtu d’un treillis, les bras croisés. Face à lui, Kyle et Derek réalise un salut militaire. L’homme leur répond par le même geste tout en gardant le visage fermé. Ses cheveux d’à peine trois millimètres, sa barbe de deux jours et son menton carré permettent de dégager de cet homme une autorité non dissimulé. Derek reste droit, les bras tendus le long du corps : Derek - " Sergent Derek Reese au rapport mon capitaine. " D’une voix roque le capitaine approuve : Jack - " Je t’écoute. " Derek - " Notre incursion à proximité de l’usine de fabrication des T800 a confirmé les propos rapportés par nos éclaireurs. Bien que la construction des T800 ait ralenti depuis ces derniers mois, l’usine continuait de produire jusqu’à ce qu’un incident semble s’être produit. Aucune des chaînes de montage ne fonctionnait, les cinq modèles de T600 qui gardait le lieu ont été détruis. Il ne restait sur les lieux que cet élément. " Derek, d’un signe de la tête, somme son frère d’avancer. Celui-ci fait un simple pas en avant tout en se tenant solennellement. Il sort d’un sac en bandoulière ce qui s’apparente à un avant-bras d’homme. Kyle - " Caporal Kyle Reese au rapport mon capitaine. Voici capitaine Jackson Hamilton ce que nous avons trouvé. " Le capitaine attrape le membre qu’il retourne et examine à hauteur du coude, là où il a été sectionné. Il reconnait en guise d’ossement un endosquelette avec tout autour les circuits mécaniques propres à un Terminator. Le capitaine Hamilton s’étonne : Jack - " Un T800 ! Ce serait un T800 qui aurait attaqué l’usine ? " Derek - " Je n’y crois pas une seconde mais toujours est-il que cela semble bien étrange… " Tandis que le capitaine et ses subordonnés évoquent plusieurs hypothèse, John s’écarte du groupe. Il fait le tour de ce campement où sont disposées d’immenses caisses d’armes et de munitions. Entre deux caisses, John remarque plusieurs soldats qui s’affèrent autour de postes de radio et rédigent plusieurs rapports. Le fils Connor remarque enfin que des ampoules éclairent la tonnelle avec de régulières baisses de tensions. L’adolescent comprend que les hommes sont parvenus à détourner l’électricité des machines afin de pouvoir alimenter les radios et ainsi garder contact avec les autres sièges de la résistance. Pendant ce temps, les interrogations des gradés se poursuivent : Jack - " … Ca ne s’est jamais vu, aucun Terminator ne s’est retourné contre Skynet jusqu’ici… " John intervient et interrompt le charismatique chef : John - " C’est simplement parce qu’aucun d’entre eux n’a été reprogrammé dans votre futur ! " Immédiatement, seuls les ondes radio se font entendre dans la hutte, tous se retournent en direction de l’intrus, le visage exprimant à la fois incompréhension et suspicion. 2 juin 2008.A l’intérieur de ZeiraCorp, James Ellison gravit les derniers étages du bâtiment pour arriver dans les bureaux de Mme Weaver à l’aile ouest. Il retourne les affaires de celle-ci à commencer par son sac à main, puis, agacé de ne pas trouver ce qu’il cherche, il poursuit ses investigations en fouillant les poches de la veste utilisée par Catherine. Il en extrait des clés de voiture puis s’engage à nouveau en direction des sous-sols en sautant par cinq les marches, quitte à mal se réceptionner et à se fouler là cheville droite ! Dans les pièces situées sur l’aile nord de l’étage d’où vient sortir M. Ellison, la copie conforme de celui-ci ouvre toutes les portes et emprunte la direction des offices suivants en avançant d’un pas ordonné, presque mécanique ! Dehors, les premiers groupes d’intervention investissent le complexe pendant que Sarah le quitte par derrière à vive allure, faisant crier les pneus sur le bitume. Le commando d’élite qui a pris le temps de lire les plans de la bâtisse lorsqu’il était stationné dehors, se sépare pour occuper tous les escaliers et organiser l’assaut au dernier étage où a eu lieu l’accident. De peu, ils faillirent croiser l’ex-agent du FBI qui boite jusqu’à l’étage où l’attend l’endosquelette de Cameron. Celui-ci, bien trop lourd pour lui seul, il couche le Terminator sur une plaque de plexi-glace qui s’est détachée du mur durant l’explosion électromagnétique pour la tirer hors de la salle. Pour fixer le corps, il arrache quelques câbles avec lesquelles il enroule Cameron contre l’épaisse vitre de plastique. Dans l’obscurité la plus totale des couloirs, après avoir tourné la tête de gauche à droite puis de droite à gauche, il choisit de prendre cette fois-ci le parking situé en sous-sol, là où Catherine Weaver gare habituellement son véhicule. Après avoir gravi seulement un seul étage, il abandonne la veste déchirée de son costume puis remonte ses manches en essuyant la sueur qui perle de son front après tant d’efforts. Plus haut, dans les escaliers de l’aile ouest, ceux empruntés il y a quelques minutes par James, son double les descend. Il y croise aussitôt les forces spéciales : Agent n°1 - " Agent Ellison ! Que faites-vous ici ? Y-a-t-il encore des blessés ? Pourquoi êtes-vous montés sans nos instructions ? " La reproduction de James ne réagit pas, ses yeux détaillent l’ensemble des membres sans découvrir semble-t-il ce qu’il cherche. Il descend alors en traversant la troupe qui s’écarte, abasourdi. Un des agents lui agrippe le bras : Agent n°2 - " Il y a un problème M. Ellison ? " Le timbre de voix similaire à celui de James déclare : « No problemo ! » Puis, dans la surprise générale, il sort deux desert eagle de sous sa veste de costume pour chacune de ses mains. Au milieu de tous, tournant sur lui-même, pris au milieu de dix hommes, il vide ses chargeurs sans crouler sous ceux des professionnels. Dans le parking, James entend les détonations et se presse de placer le corps de Cameron dans le coffre pour quitter les lieux… Dans la cage d’escalier, le Terminator avance vers le dernier humain encore en vie parmi les dix. Ce dernier, annonce en crachant du sang dans sa radio : Agent n°1 - " L’ex-agent James Ellison est devenu fou. Il a tué tous nos… " Un coup de feu ! Une balle en pleine tête, telle est la sentence du robot qui reprend la descente des escaliers tout en restant insensible à la désolation qu’il vient de causer. Ses vêtements sont troués et son visage décharné par les impacts des balles reçues. Néanmoins, celui-ci garde le même objectif qui s’active dans son champ de vision : « Eliminer James Ellison, Savannah Weaver et Sarah Connor. » A l’extérieur, de nouvelles instructions sont données, Ellison est désigné d’office comme responsable d’après la déclaration de l’escadron mort contre le Terminator. Le reste des forces armées investi le bâtiment. Plus bas, James traine la jambe jusqu’au siège sur lequel il s’installe. La voiture s’engage vers la pente en arc de cercle pour regagner la sortie de dehors. Le premier échelon gravit, James freine sec en pleine montée lorsqu’il tombe nez-à-nez avec le modèle qui garde quelques traces de ressemblance avec lui malgré les heurts subis. Effaré, James passe discrètement la première sur la boite de vitesse. Le robot utilise le scanner qui lui permet de voir pour identifier celui qui incarne sa mission. Les bras armés de revolver, tendus le long du corps, il demande naïvement : « James Ellison ? » Connaissant la suite, Ellison se permet de dire : James - " Non ! " Avant de foncer à toute vitesse en plein démarrage en côte, embarquant avec lui le T800 qui reste accroché au pare-choc. James fonce dans le parking et approche la sortie. La tête du robot passe à peine au-dessus du capot, ses jambes et son postérieur frottent le sol. Se tenant d’une main, il cogne de toutes ses forces pour plier la tôle et atteindre le moteur. Arrivé à l’extérieur, un barrage de voiture de police censé retenir prisonnier l’ex-membre du FBI permet à ce dernier frapper le T800 de dos en l’encastrant dans la taule. Croyant être sauf, Ellison passe sa main sur son front pour essuyant le sang qui suinte de son front après qu’il se soit cogné en forçant le barrage. Ne voyant plus le Terminator, il aspire à plein poumon le maximum d’oxygène pour rester lucide. Son c½ur cogne si fort dans sa poitrine qu’il n’entend même pas son moteur crier, lui indiquant qu’il est temps qu’il change de vitesse. Pourtant, rien n’est loin d’être joué, à peine s’imagine-t-il qu’il lui suffit de partir rejoindre Sarah que le sol de sa voiture est traversé côté passager par le bras mécanique de l’androïde qui, après s’est fait fracassé contre le barrage, s’est accroché sous l’automobile. Avec sa main, le T800 essaie d’attraper la jambe d’Ellison mais il est bien trop loin. Il transperce à nouveau le plancher, cette fois côté conducteur et accroche la jambe de James qui hurle de peur. James est tellement pris de panique qu’il n’entend pas derrière lui les sirènes de la police qui s’approchent petit à petit. La main du T800 se resserre doucement, empêchant la jambe droite de James d’appuyer sur l’accélérateur. Par chance un panneau de circulation indique à peine cent-mètre un dos d’âne. James vient alors chercher avec sa jambe gauche la pédale d’accélération et passe dessus. Le T800 est cogné par la bosse de béton. Le choc lui fait lâcher James, il rebondi plusieurs fois entre le dessous de l’auto et le bitume avant d’être larguer en pleine nature. Il se fait aussitôt encastrer dans le moteur d’une des voitures à la poursuite de James, provoquant une explosion dans laquelle les voitures suivantes s’engouffrent. En expirant seulement maintenant l’air absorbé tout à l’heure, James regarde dans son rétroviseur en tremblant de tous ses membres, croyant être débarrassé du robot gêneur et navré de voir toutes les victimes avalées par les flammes de l’explosion. Après avoir fait le signe de croix, il passe enfin la troisième vitesse et quitte les parages… 2 juin 2027. La réaction de John durant le débriefing de Derek et Kyle fait sensation. Toutes les personnes présentent fixent avec insistance le mystérieux arrivant. Avant même que son capitaine n’ait à poser la question, Derek apporte la réponse : Derek - " On a retrouvé cet humain sur notre chemin du retour. Il était sans vêtements et paraissait complètement perdu. J’allais justement vous soumettre de lui faire passer un interrogatoire. " Le capitaine Jackson Hamilton passe ses mains sur son visage : Jack - " Qu’on aille lui chercher une chaise. Vite ! " Un soldat s’affaire aussitôt à lui amener une chaise qu’il dépose juste devant le bureau du capitaine. Jackson tend la main en direction de John : Jack - " Assieds-toi mon garçon. " John essaie de ne pas se soumettre à l’imposant capitaine : John - " Je peux rester debout. " Sans plus attendre, Jack tape du poing sur le bureau et hurle : Jack - " Assieds-toi ! " Kyle saisit le col de la veste de John et tape du pied sous les genoux de celui-ci afin de la forcer à poser son postérieur sur la chaise. Tombé lourdement sur son siège, John fixe avec rage le capitaine qui le ne quitte pas des yeux : Jack - " Tu sembles avoir du caractère jeune homme. Tant mieux, j’aime ça. " Il sort une boite à cigare de sous son bureau pour en extraire un qu’il coupe et allume : Jack - " Je suis le capitaine Jackson Hamilton. On t’a conduis ici au campement de mon supérieur, le commandant Jesse Flores actuellement en mission. En son absence c’est moi qui dirige les opérations. Maintenant, tu vas me raconter ton histoire. Qui tu es, d’où tu viens, la reprogrammation des Terminators et j’en passe ! " John tousse après avoir reçu en plein visage une bonne bouffée de fumée relâchée par Jack : John - " Je viens du passé. Avant ma naissance, un Terminator, un T800 a débarqué du futur en 1984 pour tuer ma mère, Sarah Connor. Elle réussit avec l’aide d’autres humains à détruire la machine qui voulait empêcher Sarah Connor de mettre au monde le futur leader de la résistance contre Skynet. En 1995, un T1000 est envoyé pour assassiner l’enfant que j’étais, toujours dans le but de priver le futur d’un espoir humain. Cette fois-ci, un autre robot, un T800 reconfiguré par mes soins dans le futur est venu me sauver. Par la même occasion, nous croyons retrouver les fondateurs de Skynet et nous le détruisons. Enfin, cela ne fait que repousser la date du Jugement Dernier d’après Cameron. " Les yeux écarquillés, près à rire, Jack dit, dubitatif : Jack - " Cameron ! " John - " C’est le nom du T800 qui est venu me sauver en 1999 d’un nouveau Terminator venu m’assassiner. Elle aussi a été retravaillée par mes soins dans le futur. Elle m’apprend que le Jugement Dernier est inévitable car Skynet va réussir malgré tout à voir le jour. Nous n’avons fait que repousser l’échéance. Nous avons choisi de faire un bon dans le temps. Arrivés en 2007, après plusieurs enquêtes, nous avons découvert que ZeiraCorp travaille sur un système d’exploitation similaire à Skynet. Toutefois, ZeiraCorp n’est pas Skynet, il s’agit bien de deux entités différentes. ZeiraCorp crée l’arme capable de nous aider à vaincre Skynet. Or, pour une raison que j’ignore, Cameron a offert sa puce à ce système qui se déplace dans l’endosquelette du T800 venu me tuer en 1999. Ce modèle est venu ici, nommé John Henry, je l’ai suivi. " Jack - " Tu l’as suivi seul ? " John hésite un instant, pensant à Weaver, ce fameux T1000 qui tient tant à John Henry : John - " Oui, ma mère est restée pour combattre Skynet dans le présent. " Un silence de mort suit. Jack lève les yeux vers Kyle et Derek puis se met à rire aux éclats : Jack - " On aura tout entendu, une jeune femme qui bat avec ses copains un T800, un T800 qui sauve un enfant d’un T1000, des T800 qui portent des prénoms, des voyages à répétition dans le temps… mais surtout, un leader à la résistance du nom de John Connor… " Tout le monde se met nerveusement à rire jusqu’à ce que le capitaine frappe encore du poing sur la table pour ramener le sérieux, voire la colère, en témoigne son regard furieux : Jack - " Personne ne connait de John Connor ici ! Personne ne bondit dans le temps et personne ne reprogramme les robots ! Nous sommes en guerre contre eux, pas en passe d’amitié pour la défense du futur ! L’armée a réussi à sauver un centième de la population des Etats-Unis d’Amérique lors du Jugement Dernier le 11 avril 2011. Nous n’avons toujours aucun moyens de communiquer avec le reste du monde, nos ondes de transmissions sont trop courtes, nous ne savons pas si d’autres continents mènent également la lutte. Nous vivons dans ce genre de refuge aux quatre coins du continent et dialoguons en morse par radio pour mener des actions plus que suicidaires. Il n’y a pas d’espoir tout comme il n’y a pas de John Connor ! " Le capitaine Hamilton se lève et annonce à l’assemblée : Jack - " Ce cher John essaie de jouer les héros… " John espère corriger les propos du militaire : John - " Non… " Jack - " … Frustré, comme nous tous, par ce monde apocalyptique dans lequel nous vivons, il a choisi le mensonge pour ramener l’espoir… " John - " … C’est faux… " Jack - " … Un mensonge si bien monté qu’il y croit lui-même… " John - " … Ecoutez-moi je vous en prie… " Jack - " … On peut le comprendre, il est plus à plaindre qu’à blâmer. Néanmoins, c’est à son âge qu’on doit tenir les armes et se battre pour la résistance. Par sa tromperie, John Connor présente tous les signes d’un déserteur… " Le pauvre garçon se lève pour protester à vive voix : John - " … C’est faux ! Archi-faux ! Je ne suis pas ce genre de lâche… " Jack ignore les paroles de John et les couvre de sa voix bien plus grave : Jack - " … Pour cela il mérite une punition. Il sera emprisonné jusqu’à ce qu’il avoue son canular. Qu’on lui retire les vêtements qu’il a emprunté à la résistance et qu’on l’enferme ! " Trois soldats abandonnent leurs tâches pour venir encerclés John. Tandis que l’un d’entre eux le tient en joug, les deux autres lui ôtent ses chaussures et la veste qu’il avait empruntée à Kyle. Mis à nu, John reste fier et droit puis, avant de quitter la tente sous les bousculades des sous-officiers, il lâche un dernier regard en direction de Kyle qui est, inexplicablement, intrigué par son récit. En dehors de la tente, sous les yeux des insurgés, John, les mains dissimulant du mieux qu’il peut son anatomie du regard des habitants, est conduit dans une aération d’égout en forme de cylindre long de trois-mètres dont les deux extrémités sont faites de grilles cadenassées. La première sortie donne sur le quartier général tandis que l’autre débouche sur les eaux usagées et contaminées qui s’écoulent dans les sous-sols. Arrivé devant ce qui va lui servir de cachot, il se hasarde à bousculer ses geôliers pour créer une quelconque tentative d’évasion. Hélas, c’est peine perdue. Il est frappé aussitôt au crâne par la crosse d’un fusil puis jeté à moitié conscient dans sa cellule. Et quand bien même il aurait réussi à fuir, il se serait fait rattrapé par tous les observateurs de la scène ! Recroquevillé en position f½tal sur le sol visqueux, John pleure toutes les larmes de son corps en étouffant du mieux qu’il peut son chagrin pour ne pas manifester sa peine devant ses bourreaux. Sous la tonnelle, Jack pointe du doigt le trench-coat de Kyle : Jack - " Ramassez votre manteau caporal. Et ne vous avisez plus à laisser les couleurs de la résistance à n’importe qui. Ces couleurs se méritent. " Kyle s’exécute sans grande conviction : Kyle - " Compris capitaine. " Jack - " J’attends des nouvelles de la mission de délivrance des camps de prisonniers menée par le commandant Jesse Flores à Santa Catalina. En attendant, je vais envoyer mon bras droit, le lieutenant Serina Sepherd et deux hommes faire le guet à l’usine. Vous pouvez disposer soldats. Votre repos est bien mérité. " Derek et Kyle saluent Jackson Hamilton puis quittent la tente. A la sortie de celle-ci, Derek se dissipe dans la foule tandis que Kyle tourne la tête en direction de John. Il reste quelques secondes à le fixer avant de se laisser embarquer par quelques membres de son escouade pour aller s’attabler. 2 juin 2008. Los Angeles est en alerte, les photos de James Ellison et de Sarah Connor passent en boucle au journal télévisée. Les programmes de la journée ont été interrompus pour alerter les habitants de la cité des anges. Dans une des ruelles malfamées des bas quartiers de Los Angeles, l’ex-agent du FBI gare sa voiture rendue à l’état d’épave après sa fuite. Epuisé, le visage défiguré par l’angoisse, James Ellison sent son c½ur cogner avec violence dans sa poitrine. Il vient d’être confronté une nouvelle fois à ces machines du futur, à leur froide cruauté, mais surtout, il a vu sa propre image utilisée pour la seconde fois sur un Terminator. Un Terminator qui vient de le rendre coupable de meurtres sur des agents de police. Après les derniers incidents produits à ZeiraCorp, nul doute qu’il fera un parfait coupable pour tous ces crimes et divers actes de destruction. Abattu, son regard se perd en direction de l’épaisse fumée noire qui s’échappe du capot enfoncé de son véhicule. Il se remémore les dernières paroles de Catherine Weaver qui l’informait que Savannah finissait la gymnastique à 17h30. Les machines s’en sont déjà prises à la famille Weaver. Abandonnée à son triste sort, désormais sans le moindre parent, Savannah ne deviendra jamais une jeune femme et Ellison le sait. Sa bonne éducation ne lui laisse aucun instant de doute, il faut sauver l’enfant. Seulement, comment ne pas passer inaperçu avec une automobile dans cet état d’autant plus que toute la ville la police et à sa recherche ? L’heure tourne vite pourtant et la réponse tarde à venir…
93
« le: 3 Mai 2010 à 17h01 »
PrésentationLa série "The Sarah Connor Chronicles", succède aux films Terminator 1 et 2. Elle met en scène Sarah et son fils dans un monde charnière, où règnent les machines implacables, enclines au pouvoir de destruction. Cependant, cette série ne rencontre pas le succès espéré et est stoppé en plein cliffhanger au bout de deux saisons. Dans le but d'offrir une alternative à cette série, je propose ma vision de la troisième saison. Intégration de John dans le futur, lutte contre Skynet et découverte d’un espoir ultime qui liera les évènements du passé à ceux du futur seront les grands évènements de cette saison 3 où complots, batailles et passions mèneront tambour battant. Trailer saison 3 :
Bonne lecture.
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« le: 1er Mai 2010 à 13h35 »
Chapitre 14 Au large de la Somalie, dans l’océan Indien, sur l’île d’Andromède se dresse au milieu d’une petite vallée aride du centre de l’île l’unique village de ces terres. Ombragé par les hauts rochers qui l’entourent, il compte une vingtaine de maisonnettes de briques et de tuiles. C’est là que vit le groupe d’apprentis mené par l’imposant Albior de Céphée. Le Saint d’argent revient en compagnie de six apprentis du large où est amarré un navire venu du Port du Destin en Crète. Ensemble, ils tirent une espèce de traîneau en bois, dans lequel sont empilées des jarres d’eau potable et de vin, des bocaux de miels, des épices, des cageots débordants de légumes et des carcasses de porcs salés… Certains disciples, qui s’entraînent devant leurs logis rejoignent leur professeur et leurs camarades pour les à avancer le lourd véhicule dans ce sol fait de sable et de rochers. Parmi eux, une élève au visage masqué et aux longs cheveux blonds est interpellée par Albior. _ « Dis-moi June, où se trouve Anikeï ? _ Il est parti s’entraîner à l’est avec Shun. » Là-bas, près d’un volcan en sommeil, un beau jeune homme se tient encore poing tendu vers l’avant. Mince, svelte dans son maillot jaune rapiécé et son pantalon blanc troué aux genoux, ce slave d’un mètre soixante-douze, le visage fin, effilé, affiche une élégance à laquelle personne sur cette île, homme comme femme, n’est resté insensible. Ses cheveux noirs mi longs descendent avec grâce dans sa nuque. Ils lui donnent un air efféminé tout comme son ami étendu sur la roche sablonneuse. Ce dernier, les cheveux longs et verts, essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche en constatant avec bonheur : « Anikeï, tu es devenu aussi fort que notre maître Albior ! » L’ami du Shun, originaire de la région de Kharkiv en Ukraine de l’est rétorque sèchement. _ « De tels propos prouvent que tu es encore bien faible Shun. Tu es stupéfait par mon cosmos alors qu’il est insignifiant comparé à celui de notre professeur. _ Pourtant tu as réussi à devenir le Saint de Cassiopée. Comme je t’envie. _ Comme toi pour la Cloth d’Andromède, j’ai trouvé ici d’autres prétendants à l’armure de Cassiopée. Toutefois, je n’ai jamais refusé de vaincre mes adversaires, sous prétexte d’avoir peur de les blesser. Ca fait deux mois que je suis chevalier et cela devrait faire deux mois, que mes v½ux auraient déjà dû être présentés en Grèce. Au lieu de ça, je reste ici pour t’apprendre à persévérer et à te protéger des mauvais traitements de tes rivaux. » L’Ukrainien s’accroupit devant Shun et lui prend le visage dans ses mains : « Je ne veux pas te quitter, en craignant pour ta vie. » Shun ferme les yeux et laisse le bel homme d’un an son aîné, le serrer chaleureusement contre lui. Anikeï pose sa main contre le maillot rose délavé du Japonais et s’aperçoit que derrière l’apparence frêle du nippon, celui-ci a développé une musculature imposante faite de pectoraux et d’abdominaux en acier trempé. Shun se redresse et saisit la main de son ami. Il s’étonne de la douceur de la peau du slave qui a pourtant subi de nombreux heurts et brisements d’os durant son entraînement : « Il est temps pour nous de rentrer à présent. » Une fois debout, Anikeï desserre délicatement sa main et frôle avec attention les doigts de Shun puis le regarde en souriant. Ensemble, ils rentrent au village sous les yeux attentifs et furtifs de Reda et Spica toujours prêts à courroucer leur rival asiatique…
Pendant ce temps, au Sanctuaire, huit heures se sont déjà écoulées depuis l’arrivée d’Hébé dans le Colisée. La flamme du Sagittaire commence à brûler de toute son intensité. C’est bientôt la fin de l’après-midi, l’air est plus doux, un vent frais refroidit même les chairs meurtries des combattants. Néanmoins, deux chairs n’ont que faire de la température. Deathmask et ¼dipe sont allongés dans la verdure, inconscient, le teint blafard, à proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le Colisée. Leurs âmes ont quitté leurs enveloppes charnelles, pour mieux s’affronter devant le puits des âmes. Dans ce lieu où les humains sont entre la vie et la mort, Deathmask observe avec plaisir les nombreuses personnes qui avancent silencieusement en direction du puits. Il y reconnaît, grâce à leurs tenues, quelques Athéniens et de nombreux Hébéïens. A contresens, ¼dipe marche sans difficulté, ses pieds ne traînent pas péniblement au sol comme c’est le cas dans le monde des mortels. Son visage n’est plus figé. De sa bouche, habituellement à demi close, ne s’écoule plus sa bave. Ses yeux rouges, souffrant habituellement d’un strabisme profond, sont plein de fougue. Au hochement de sa tête on devine qu’il hume l’atmosphère et qu’il écoute attentivement le moindre mouvement alentour. D’ordinaire, sourd, muet, n’ayant plus le sens de l’odorat ni celui du toucher et quasi aveugle, ¼dipe profite pleinement de ses sens dans le pays des morts. Les mots sortent de sa propre bouche pour venir jusqu’à Deathmask, situé à quelques mètres de lui : « T’en faut-il plus pour te convaincre ? Depuis que je suis enfant, ma condition me fait errer entre la vie et la mort. Seule ma force de caractère m’a permis de surpasser les cinq sens dont je ne dispose pas. Pour revenir des Enfers, les vrais Enfers, j’ai conservé la volonté de mon âme. C’est en flirtant entre les deux mondes que j’ai découvert les joies de la vie. Dans le royaume d’Hadès j’ai appris ce qu’on ressent lorsqu’on voit les formes, lorsqu’on entend les mouvements, lorsqu’on touche les choses, lorsqu’on respire les fleurs, lorsqu’on goutte l’eau. Mais rien ne vaut le royaume des hommes où j’ai eu, grâce au septième sens, la perception de l’amour, de la chaleur humaine. Tout cela je le vis depuis que j’ai été accepté dans le domaine d’Hébé. Ici, près du puits des âmes ainsi que dans le Meikai, j’ai compris ce à quoi ressemble le quotidien d’un homme. Auprès de ma déesse, j’ai appris ce qu’est la satisfaction de se savoir aimé pour ce qu’on est et non pour ce à quoi nous ressemblons. Athéna et le Grand Pope n’ont pas la même philosophie que la déesse Hébé. Ils représentent une menace pour les seuls êtres qui connaissent la véritable définition de l’amour. Et pour ça, quel que soit le monde dans lequel tu souhaites m’envoyer, je t’y affronterai et t’éliminerai ! » Deathmask ignore les propos de son adversaire et se permet même de bailler. ¼dipe est offusqué : « Comment oses-tu me manquer de respect ? Je pensais les chevaliers d’Athéna plus obligeants que cela ! Tu vas payer ton comportement cavalier : Psycho Crusher ! » Le cube chargé du cosmos de l’Alcide enferme le Saint qui, d’un revers de la main droite, fait volé en éclat l’arcane pourtant infaillible jusqu’ici. Toujours avec sa main droite, Deathmask crispe ses doigts et balafre avec ses ongles le visage d’¼dipe. Surpris, l’Alcide reçoit le genou gauche de Deathmask dans l’estomac. Courbé de douleur, ¼dipe encaisse un coup de coude qui le fait choir sur le sol rocheux. Sans pitié, le Cancer achève sa combinaison en cognant du pied, le visage du chevalier des Oiseaux du Lac Stymphale qui rebondit près du puits où glissent les esprits. Deathmask s’approche en proclamant sa victoire : « C’est bien beau de pouvoir jouir de ses cinq sens ici, encore faut-il réussir à s’y adapter. Marcher plus vite et sentir le sol sous ses pieds c’est une chose, mais pour toi qui n’as jamais pratiqué le corps à corps, c’est inutile. » Proche du trou, ¼dipe se redresse non sans mal. _ « A quoi ai-je bien pu occuper mes journées passées dans le royaume des morts chevalier ? _ Pardon ? _ Penses-tu que je passais le temps à compter les morts pour apprendre à manipuler mes sens ? Non ! J’ai paré à toute éventualité. _ Je vois, tu as encore un tour dans ton sac… » Le gardien de la quatrième maison du zodiaque se jette sur l’Alcide : « … alors hâte-toi de m’en faire une démonstration, car sinon j’enverrai pourrir ton cadavre au fond de ce trou ! » ¼dipe ouvre grand sa bouche. Sa mauvaise dentition se transforme en canines alignées faîtes de bronze. Les ailes de sa Cloth s’agitent. Ses ongles deviennent longs, affûtés et aussi solides que l’acier. Tandis que semblent résonner des cris d’oiseaux, ses yeux rouges virent au sombre, ses ailes se déploient et ses bras s’écartent, sa mâchoire se déboite et un son strident provenant de sa gorge criaille : « Armageddon ! » ¼dipe se jette tel un oiseau affamé sur Deathmask lancé lui aussi à pleine puissance. Arrivé près de son adversaire, le cosmos d’¼dipe se multiplie de manière exponentielle créant ainsi autour de lui une multitude de volatiles à l’apparence identique et aux mêmes desseins. L’impact est sanguinolent. Deathmask est projeté en arrière. Il s’encastre contre un rocher, le casque arraché, le front et les joues entaillés. Ses membres sont profondément atteints par-dessous sa Cloth rayée sur toute sa surface. ¼dipe retombe sur ses pieds, les ailes de la Cloth à nouveau raidies et le visage apaisé. ¼dipe marche jusqu’au Cancer surpris et immobile : « Les Oiseaux du Lac Stymphale sont des rapaces mangeurs d’hommes dont le bec, les serres et les ailes sont faits de métal. Saint du Cancer, tu viens de te faire dévorer par les Oiseaux du Lac Stymphale et tu as ainsi eu l’honneur de découvrir le fameux tour que je te réservais. Maintenant, je vais t’ôter la vie en te précipitant dans le puits des âmes afin que ton esprit ne réintègre pas ton corps et que ma victoire soit… » Le visage disgracieux d’¼dipe se crispe brusquement, il se tient le crâne : « Que… Quoi… Je perçois une agression sur mon enveloppe charnelle depuis la colline d’où nous venons Deathmask et moi-même… Nous n’étions que deux, les autres sont vaincus… Qui… Ce froid… Cette glace… » L’esprit d’¼dipe quitte les alentours du puits des âmes dans le but de réintégrer son enveloppe charnelle, laissant seule l’âme inconsciente du Cancer… Sur l’île d’Andromède, Shun et Anikeï ont regagné le camp d’entraînement où les disciples descendent les provisions du traîneau. Tous viennent les placer dans un cabanon situé contre la maison du maître. Certains profitent de cette journée de repos pour perfectionner leurs techniques, jouer aux osselets, tenter de s’enfuir en marchandant leur voyage avec le commandant du navire venu de Crète, ou s’échanger des regards libidineux et concupiscents comme c’est souvent le cas entre les camarades féminines de June et d’autres élèves. Grâce à sa ténacité, June est la seule apprentie femme chevalier à ne pas avoir perdu son masque. De plus, ce ne sont pas les avances de Reda et Spica qui lui font perdre la tête. Bien qu’ils soient, après Anikeï les deux disciples les plus talentueux, les deux complices n’inspirent pas la sympathie et sont loin de faire l’unanimité au sein de la communauté, contrairement à Shun que tout le monde apprécie pour sa disponibilité et son charme. D’ailleurs, le futur Andromède est encore l’objet d’une discussion entre les deux Saints de cette île, Albior et Anikeï. A son retour au camp, Albior a demandé à Anikeï de le suivre accompagné de sa Pandora Box. Ils approchent tous les deux le rivage et plus précisément le point d’ancrage du bateau grec. Anikeï ne peut couvrir ses yeux du soleil, chaque bras tenant les lanières du caisson métallique de sa Cloth. Il ne distingue pas l’embarcation, pourtant son incroyable don de prémonition lui fait déclarer : « Il est temps que je gagne le Sanctuaire n’est-ce pas ? » Tout en continuant à avancer, Albior lui confirme : « Comme tous les mois, un vaisseau venu de Crète et nous servant de relais avec le Sanctuaire nous a ravitaillé. A son bord attend Edward, un messager du domaine sacré mandaté par le Grand Pope. Maintenant que tu es chevalier, il t’appelle au service d’Athéna pour mener tes premières missions. » Arrivés près des rochers, là où le fond insondable permet au navire de jeter l’ancre sans craindre de fendre sa coque, les deux Saints s’assoient un instant. Ils profitent du choc des vagues sur la côte, afin de recevoir sous forme de brume l’eau de l’Océan Indien. L’Ukrainien remarque les membres de l’équipage descendre des caissons métalliques semblables aux Pandora Box des Saints. Sous les ordres d’un homme, qu’il identifie grâce à sa tenue à un soldat du Sanctuaire, les matelots descendent les caisses sur le bord de la falaise. Ces boites sont lisses, aucune constellation ni aucun symbole ne sont gravés dessus. Sans même qu’il n’ait à poser de questions, Albior apporte à Anikeï les réponses qu’il attend. _ « Ce soldat est venu avec une ordonnance du Général des armées du Sanctuaire. Celui-ci exige que dans tous les camps d’entraînement annexé par le Sanctuaire dans le monde, les hommes ayant échoués à l’obtention d’une armure sacrée, mais dont les capacités dépassent celles d’un soldat lambda soient récompensés par une protection de substitution. Ces mercenaires vont donc porter les armures de Saül. Saül est le meilleur forgeron du Sanctuaire, il utilise de l’orichalque et du gammanium, ingrédients indispensables à la création des Cloths d’Athéna. Il ne lui manque que la poussière d’étoile et les compétences du peuple de Mû pour rendre ses armures vivantes, hormis cela, les armures des mercenaires sont quasiment aussi solides que de vraies Cloths. Parmi tes amis, certains ne pourront pas devenir Saints, mais feront de parfaits mercenaires pour l’armée d’Athéna. J’ai donc choisi de laisser ces armures ici et je viendrai au fur et à mesure avec un élève que je destine mercenaire lorsqu’il sera temps pour lui de le devenir. Je ne souhaite pas leur apprendre qu’il existe des armures capables de palier à leur échec, cela pourrait être une raison pour quelques disciples de ménager leurs efforts. _ Nommer des mercenaires au service d’Athéna est une excellente façon de les récompenser pour les efforts fournis ces dernières années. J’aurai moi-même pu devenir un mercenaire si jamais ma Cloth n’avait pas été libérée. Mais l’heure est maintenant venue pour moi. _ Rebecca de Cassiopée… Elle était le professeur des femmes chevaliers au Sanctuaire. J’ai été très attristé d’apprendre qu’elle n’avait pas survécu à la Guerre Sainte contre Eris l’an dernier. Néanmoins, avant même d’apprendre sa perte, j’avais signifié au Sanctuaire que parmi mes apprentis je disposais d’un élément né sous la constellation de Cassiopée et disposant de toutes les qualités pour devenir Saint. Et je suis ravi que tu sois devenu le successeur de Rebecca. Quand je vois l’affliction qu’exprime ton visage à l’idée de quitter l’île et nos camarades, je me dis que tu étais vraiment destiné à devenir Saint de Cassiopée. Fidèle à ta constellation, tu es comme Cassiopée, reine d'Ethiopie, qui avait prétendu surpasser en beauté les Néréides. Pour la punir de cette impudence, Poséidon avait exigé qu'elle lui sacrifie sa fille, Andromède. _ Dois-je comprendre qu’il me faut abandonner Shun à son destin ? _ Il est Andromède. Si je suis dur avec lui c’est parce qu’il n’est pas le seul prétendant à l’armure. Reda et Spica sont aussi nés sous cette constellation. _ Shun est bien plus puissant qu’eux, mes pressentiments qui avertissent d’un évènement futur sont formels à ce sujet, il possède des capacités illimitées. _ Anikeï, il est vrai que tu possèdes un don magnifique, que tu apprends à maîtriser depuis ton arrivée sur cette île mais ne laisse pas tes intuitions te… _ Je vous en prie maître, je suis persuadé que vous l’avez ressenti vous aussi. Lorsqu’il essuie les coups, Shun développe une force incommensurable. Il ne s’agit pas là d’un cosmos mais plutôt d’une essence, comme si sa peine face à la violence humaine faisait de lui, un dieu navré de la haine qu’éprouvent les hommes entre eux. _ Il est vrai que Shun dispose d’un potentiel incroyable, mais de là à le comparer à un dieu… Je pense que tu as encore beaucoup à apprendre, sur la perception de tes sens jeune chevalier. _ Vous avez raison maître, j’espère me tromper, car je vois dans l’avenir son cosmos se charger d’une noirceur extrême, comme si un autre côté de sa personne souhaitait réellement déchainer sa fureur. Aujourd’hui c’est comme s’il étouffe une vraie personnalité maléfique avec son caractère candide. » Albior sourit devant la crainte du Saint de Cassiopée et est loin de se douter que son ancien élève est proche de la vérité : « Je connais l’étendue de son potentiel. Pourtant il se refuse à l’employer. Le couver comme tu fais ne l’aidera pas à remédier à cette tare. Il est temps pour lui de relever la tête sans quoi Reda et Spica finiront par se montrer plus dignes que lui de porter l’armure de bronze. » Pas un souffle de vent ne vient balayer les longs cheveux blonds d’Albior. Seule l’écume des vagues vient rafraichir la peau des deux Saints. Le chevalier de bronze de Cassiopée tend la main à son professeur : « Je comprends. J’accepte d’embarquer à bord de ce bateau et vous jure d’accomplir mon devoir de Saint comme il se doit. Merci pour tout maître. » Albior le fixe avec fierté : « Ce fut un plaisir que de t’avoir comme élève. » En Grèce, au Sanctuaire, devant la maison du Bélier, la tension est à son paroxysme entre Aiolia Saint d’or du Lion et Enée Alcide de la Capture de Cerbère. Pris d’un regain de vitalité, Enée a repris un net avantage sur le chevalier d’Athéna qui est en bien mauvaise posture. Les deux guerriers s’apprêtent à jeter leurs dernières forces dans cet ultime assaut. Aiolia garde espoir : « Je me lance dans l’inconnu. Il n’a encore jamais utilisé son arcane suprême contre moi, je ne peux donc jauger l’impact que ce coup aura. Néanmoins, quelle que puisse être la force de ses éclairs, je me dois de me surpasser comme j’en ai été capable contre les Titans. En utilisant le Lightning Plasma à pleine puissance, je peux créer moi aussi un effet de surprise, puisque j’ai gardé cette technique en réserve jusque maintenant. » Toujours sur les rotules, Aiolia est transcendé par un nuage électrique alors que la tempête qui s’est soulevée dans les environs de la maison du Bélier a pour effet de déployer la furie et la cosmo énergie d’Enée.
Inopinément, un rapide courant d’air souffle dans le dos d’Aiolia. Derrière lui apparaît le héros Hébéïen, Iphiclès. La torpeur atmosphérique provoquée par la concentration des deux rivaux ne l’altère en rien. Au contraire, Iphiclès avance au milieu de ce champ de bataille sans le moindre mal malgré les stigmates de son combat contre Shura. Il gravit les dernières marches pour arriver aux côtés d’Enée, devant le temple du Bélier, laissant Aiolia sans voix. Iphiclès avance calmement et vient frotter de ses doigts une des colonnes faisant l’entrée de la demeure : « Voici donc à quoi ressemblent, les légendaires et infranchissables douze palais du zodiaque… » Il se retourne vers son frère d’arme toujours au summum de ses capacités : « Enée, tout comme Iolaos tu sembles proche de la victoire, je vais donc te laisser achever ce Saint d’or. Tu me rejoindras à la maison suivante. »
Iphiclès pénètre aussitôt la demeure du Bélier. Aiolia se laisse distraire : « Non ! Attend ! Tu ne passeras pas cette demeure sans m’avoir affronté ! » Enée profite de l’inattention du Lion : « Trop tard chevalier ! Il est pour toi venu l’heure de mourir ! Tu vas subir les éclairs de l’enfer, le Tonnerre des Ténèbres… » L’orage provoqué par Enée fait jaillir la foudre qui s’abat sur son corps. L’effluve cosmique laisse apparaître derrière lui un chien à trois têtes et aux crocs rougis par le sang de ses victimes. Son cosmos développé à son paroxysme, il attend que le tonnerre gronde une dernière fois et projette tout ce qui lui reste : « Dark Thunder ! » Un ouragan chargé d’éclairs noirs s’abat sur un Aiolia pensif : « Cet homme qui part jusque chez Aldebaran n’a rien à voir avec les autres Alcides. Même s’il semble exténué par un précédent combat, il n’est pas difficile de savoir qu’il lui reste encore beaucoup de ressources. Mon ami Aldebaran va avoir besoin d’aide. Je ne peux pas donner tout ce que j’ai, comme je l’avais prévu. Je ne suis plus le premier rempart à présent. Si cet Alcide a atteint la maison du Taureau, il peut laisser la porte ouverte à d’autres soldats. » Prêt à déclencher son Plasma Foudroyant, Aiolia se ravise et riposte par son, désormais habituel pour Enée, Lightning Bolt. Les deux charges cosmiques s’entrechoquent et luttent sous l’horloge zodiacale sur laquelle la flamme du Sagittaire est désormais bien entamée… Dans la maison du Taureau, Iphiclès s’aventure déjà. Epuisant son cosmos pour ne pas perdre de temps, il a franchi la maison du Bélier puis monté les marches suivantes à la vitesse de la lumière. A mesure que ses yeux s’habituent à la pénombre, il perçoit la silhouette d’un colossal chevalier d’or, debout, les bras croisés.
Le propriétaire des lieux ne tarde pas à engager les hostilités. _ « Je suis étonné que tu n’ais pas emprunté le passage secret comme l’ont fait tes audacieux soldats ! _ Crois-moi chevalier, je leur avais pourtant défendu. Je suis un guerrier loyal et jamais je n’aurai souhaité que mes hommes salissent la mémoire de nos ancêtres. Nous connaissons l’existence du passage grâce aux légendes, relatant les nombreuses batailles menées d’une main commune par Hébé et Athéna pour la défense de notre planète. Nous sommes l’un des rares peuple à connaître l’existence de ce chemin. Chemin dont de nombreux Athéniens ignorent l’existence. Le Sanctuaire n’a aucun secret pour nous, pour autant nous n’avons pas profité de cela pour vous trahir. _ Tiens donc ! Alors lorsque je vois depuis mon temple des villages partir en fumée et que je perçois des vies innocentes s’éteindre tu vas m’affirmer qu’il ne s’agit pas là d’une trahison ? _ Il s’agit d’un complot chevalier. Je ne te demande pas de me croire car je sais que nous allons engager un terrible duel, je souhaite juste t’apprendre que nous n’en voulons pas à la vie de ta déesse. Nous venons simplement solliciter sa bienveillance. Pour qu’elle réalise que ses nombreuses batailles orchestrées partout dans le monde font de nombreux innocents et jouent sur l’équilibre de la paix. De nombreuses guerres civiles ont désormais éclatées et les Saints d’Athéna n’interviennent plus. Ils sont trop occupés à écraser des dieux mineurs, alors que ces royaumes sont depuis longtemps annexés par l’autorité sacrée de votre déesse. Il est dit que personne n’a rencontré Athéna hormis votre Pope. Cette déité pourtant si proche des hommes s’est-elle découvert un égo trop démesuré, pour avoir renié ses fonctions ? » Aldebaran ne dit rien, sa mâchoire se crispe. Iphiclès n’a pas totalement tort, pourtant Aldebaran a voué sa vie à Athéna et il reste persuadé que de tels agissements, ne peuvent être que pour le bien de l’ensemble des peuples de cette planète. Iphiclès se résigne : « Je vois… Quoi que je dise, tu camperas sur tes positions. » Alors Iphiclès se jette aussitôt pied en avant, espérant fracturer le genou du Taureau. Aldebaran évite sans mal en pivotant sur le côté tout en décroisant ses bras. C’est ainsi, qu’en tournoyant sur lui-même, il écarte son massif poing droit, serré, et le dirige en plein visage de l’Alcide cogné en pleine pommette. Aldebaran joint dans la foulée ses deux poings et percute Iphiclès derrière la nuque. L’Alcide s’écrase contre un pilier. Les séquelles de son combat contre Shura l’ont considérablement affaibli. Au niveau de l’épaule gauche, sous sa Cloth fissurée, son membre est entaillé. L’armure, percée du pectoral droit jusqu’à la hanche gauche, laisse apparaître sa chair à vif tandis que sa tunique grenat est imprégnée de son sang. A l’hémoglobine qui coule de sa pommette ouverte par Aldebaran, se joint celle issue des plaies de son front. Cependant, il se redresse en prenant appui sur le pilier. Aldebaran sent que le cosmos de son adversaire est loin d’être aussi diminué que l’est son corps. _ « Je n’ai pas de temps à perdre, si le corps à corps me désavantage, alors tu périras sous les griffes du Lion de Némée… » Comme s’il invoque une Athéna Exclamation, l’Alcide joint ses deux poignets et dégage de ses dix doigts un faisceau lumineux projetant ainsi la patte du Lion de Némée dessiné par son cosmos contre le robuste Taureau. Aldebaran regroupe ses bras devant son visage et pose un genou au sol pour se recroqueviller. Dans un cri de violence, comme pour se donner du courage, il encaisse sans broncher l’arcane en accroissant sa cosmo énergie. Le Lion se heurte au Taureau qui charge à son tour. Sorti indemne du précédent échange, Aldebaran se redresse, les bras en avant et annonce vigoureusement : « Great Horn ! » Iphiclès prend bien appui sur ses jambes et garde ses poignets joints et ouverts en direction de son adversaire. Son enveloppe cosmique est bien plus intense qu’à l’accoutumée, ses muscles se contractent et ses yeux sont révulsés afin qu’il enchaine un second arcane : « Tornado Claw ! » La Tornade de Griffes d’Iphiclès et la Corne du Taureau se confrontent donnant naissance à un virulent cyclone qui balaye les deux adversaires. L’onde de choc les envoie s’encastrer dans des sens opposés contre les murs de l’immense palais… Devant la maison du Bélier, Aiolia et Enée sont également concernés par une autre tempête. Un orage électrique dans lequel aucun ne prend l’avantage. La répercussion du mélange des deux assauts est si oppressante que la Cloth d’Aiolia, réputée indestructible comme toutes les armures d’or, commence à s’ébrécher aux épaules et sur les avant-bras. L’Alcide, lui, voit ses épaulettes, couvertes chacune par une énorme tête du Cerbère, s’effriter petit à petit tout comme sa ceinture et ses jambières. Sa tunique grenat commence à s’arracher à de multiples endroits. Voilà de nombreuses minutes que les deux hommes, bras tendus vers l’avant projettent le meilleur d’eux-mêmes. Et voici quelques secondes qu’Enée s’avance en direction d’Aiolia, toujours accroupit au sol, ne pouvant concentrer ses forces que dans son unique bras gauche, le droit ayant été cassé auparavant. Aiolia est à la peine, ses veines gonflent et son sang s’écoule de plus en plus de ses plaies. La sphère d’énergie d’Enée frôle désormais la main d’Aiolia. Enée continue d’approcher et, alors que trois mètres les séparent, il crie victoire : « C’est fini maintenant, la victoire est acquise, mon Tonnerre des Ténèbres a eu raison de toi. » Bien que le cosmos d’Enée commence à engourdir les doigts du Lion, Aiolia reste serein : « C’est là que tu te trompes, à cette portée tu vas encaisser à pleine puissance mon Plasma Foudroyant ! » Grâce à un effort surhumain, en s’égosillant de douleur, Aiolia contracte son bras droit, pourtant fracturé et y réunit ce qui lui restait vraiment d’énergie : « Lightning Plasma ! » Les rayons lumineux foudroient à la vitesse de la lumière le grand et svelte Alcide. Sa Cloth se désagrège. Sa peau bientôt, dépourvue de protection, les vêtements arrachés, se craquèlent. Ses membres se contorsionnent tandis que son Dark Thunder s’évapore dans l’atmosphère… Aiolia, le bras droit tremblant, le gauche redescendant le long de son corps, ferme les yeux. Essoufflé, il laisse son visage s’écraser contre le sol. Il s’en veut terriblement : « Son Dark Thunder a été plus terrible à supporter que je ne l’aurai imaginé. Je pensais pouvoir m’économiser encore un peu pour rejoindre Aldebaran. Je n’aurai pas dû sous-estimer mon adversaire. Pardonne-moi Aldebaran, il va falloir faire sans moi… » Le corps d’Enée retombe tête la première sur le parvis de la maison du Bélier. Son visage est enfin apaisé, son souffle est court et, bien que sa mâchoire soit fracturée, il prononce avec difficulté : « Incroyable, tu n’as déployé qu’une infime partie de tes réserves pour résister si longtemps à mon Tonnerre des Ténèbres ! Tu as réussi à trouver le courage de riposter avec ton bras cassé ! Félicitations chevalier ! Je regrette de t’avoir rencontré dans de telles circonstances et de devoir ajouter mon nom à la liste de mes frères défunts… » Le regard perdu, les pupilles brisées, le dernier souffle rendu, Enée décède après avoir longtemps malmené un des plus vaillants chevaliers d’Athéna… Au large de la Somalie, dans l’océan Indien, sur l’île d’Andromède, le vaisseau grec a depuis levé l’ancre. Il disparaît à l’horizon sous le regard attentif d’Albior Saint d’argent de Céphée qui perçoit, en plus de la présence d’Anikeï sur le bateau, celle de trois autres apprentis qui ont réussi à négocier leur traversée avec le commandant. Albior se doute bien du destin qui leur est réservé : ouvriers sur ce navire, revendus à des marchands d’esclaves du Sanctuaire ou, pour les plus chanceux, la mort. Attristé par l’aveu de faiblesse de ses hommes, il fait volte-face pour regagner le camp où l’agitation est à son comble.
En effet, un attroupement s’est formé autour de deux hommes, l’un aux cheveux rose bonbon, l’autre aux cheveux d’un bleu vif, fixant Shun à l’allure plus chétive. Ce dernier, allongé sur le sol fait de roche et de sable devenus incandescents suite à l’impact du soleil, retient ses larmes. Ses vieilles frusques trouées gisent sur le sol qui lui brûle la chair. Ses yeux sont remplis d’incompréhension à l’égard de ses bourreaux, Reda et Spica. Les deux apprentis le maltraitent sans qu’aucun de leur camarade n’ose intervenir pour le secourir. Reda réajuste un bandeau blanc dans ses cheveux rose et affiche un sourire malsain : « Alors la lavette, tu vas finir par avouer ce que tu as fait à Anikeï tout à l’heure durant votre absence ? » Son complice ajoute d’un ton méprisant : « Baisse donc ton pantalon Reda, il sera peut-être plus bavard devant ce genre de chose ! » Reda approuve l’idée de Spica et laisse tomber son vêtement jusqu’à ses genoux. Sans la moindre pudeur, il urine sur le Japonais. Spica est amusé par le traitement qu’inflige Reda à l’asiatique : « Allez Shun, tu vois bien que nous ne sommes pas des monstres, rien de tel pour te rafraîchir la peau. » Shun se couvre le visage du mieux qu’il peut mais ne réagit pas, il grimace lorsque le liquide organique de Reda entre en contact avec ses plaies, lui torréfiant davantage l’épiderme. Prise au vif par ce terrible spectacle, June s’indigne. Alertée par cet avilissement, elle écarte du bras les autres témoins et tente d’intervenir. Spica, l’air suffisant, vient saisir June et la plaque au sol afin qu’elle laisse Reda poursuivre l’humiliation. Ce garçon, grand et sec, excité par cette mortification, s’avance vers Shun. Malgré la souffrance, Shun n’implore pas le pardon, il cherche simplement dans le regard de son bourreau, comme s’il voulait lire son âme, la raison d’un tel acharnement. Reda insiste : « Allez Shun, montre-toi aussi délicat avec moi que tu l’es avec Anikeï. » Shun, affirme timidement : « Anikeï est mon ami, uniquement mon ami… » Spica, étendu sur June, pose sa main sur le masque de celle-ci en déclarant : « Anikeï est fort. Toi tu n’es qu’un faible et les faibles se laissent faire par les forts. La preuve, June est tout à moi. » A cette terrible annonce, Shun devient pensif.
Absorbé par sa conscience, ses nerfs se relâchent et sa mâchoire se desserre. Dans sa mémoire défile en boucle l’image d’une petite fille aux cheveux sombres tenant dans ses bras un bébé. Cette vision est semblable à celle hante chaque nuit Shun.
Reda approuve le comportement de Shun qui semble avoir abandonné tout espoir de lutte : « Bien ! Tu as compris ! » Shun relève la tête et verse une larme en prononçant : « Dé… Désolé… » Immédiatement, le sourire sournois de Reda disparait. Son visage se pétrifie lorsqu’il remarque que cette larme ne coule pas des yeux de Shun. Non, ses yeux verts sont troubles, ses pupilles sont embrumées, comme si quelqu’un d’autre que Shun exerce sa volonté à travers son corps : « Cette larme coule des yeux d’un autre homme, songe Reda. » A des lieux d’ici désormais, sur le pont du navire, assis sur sa Pandora Box, Anikeï est pris d’une effroyable migraine. Il fixe la direction de l’île d’Andromède et murmure : « Cette intuition à propos de Shun… C’est le présage d’une catastrophe… » Sur l’île, Reda recule à petits pas et défait la chaîne enroulée autour de son bras en balbutiant ces quelques paroles : « Ne fais pas de bêtises Shun… Tiens… Tiens-toi tranquille ! » Shun, totalement nu, se redresse, le regard inexpressif. Ses cheveux vogue grâce à un courant d’air crée par son cosmos. Habituellement nimbé de rose, sa cosmo énergie adopte désormais des teintes pourpres. Spica, stupéfait par la réaction de son ami, se redresse aussitôt, libérant June de son étreinte. A mesure que Shun s’approche, Reda est comme comprimé de l’intérieur par la cosmo énergie sombre de son camarade. Tétanisé, il reste figé lorsque Shun bondit jusque lui, poing en avant. Reda encaisse le coup sans broncher et recule de quelques pas. Shun attrape la chaîne embobinée autour de l’avant-bras de Reda et tire dessus pour ramener le corps de son adversaire face à lui. Presque inanimé après le choc reçu, Reda arrive devant Shun qui le heurte d’un coup de genou dans l’abdomen et le fait s’effondrer au sol en le cognant avec le coude à la nuque. Spica, abasourdi, attaque sans mot dire en lançant l’extrémité de sa chaîne acérée en direction du visage de Shun. Le futur Saint de bronze, sans même voir l’arme venir dans sa direction, dresse son bras pour se protéger. La chaine ennemie l’agrippe alors du poignet jusqu’au coude. Toujours aussi inexpressif, Shun s’empare de la chaîne de Reda et riposte enfin contre Spica. Le mouvement de Shun est si fluide que le complice de Reda n’a pas le temps d’esquisser la moindre réaction. Le voilà pris par la gorge, manquant d’oxygène. Shun le fixe agoniser, sans manifester le moindre sentiment avec ses yeux toujours aussi nébuleux. Dans l’assemblée, c’est la confusion la plus totale. D’abord craintifs vis-à-vis de Reda et Spica, voici leurs camarades horrifiés par la réaction de Shun. L’ami de tous semble au-dessus du ressentiment humain, comme si personne ne pouvait stopper sa sentence ni même la juger. Comme à son habitude, June débarque devant le Japonais. Elle lui demande d’arrêter sans pour autant que Shun ne réagisse. Au moment où Albior regagne la communauté, le futur Saint du Caméléon finit par gifler la réincarnation d’Hadès. Les yeux brumeux de Shun virent au noir et toisent avec cruauté une fraction de seconde l’Ethiopienne avant de reprendre leur éclat vert remplis de compassion. Son cosmos perd de sa variante sombre. Il finit même par s’atténuer.
Albior marche lentement jusqu’à eux, il est saisi par ce qu’il vient de voir et par le cosmos dévoilé par Shun. Ses jambes en tremblent encore. Quand il pose sa main sur l’épaule de son élève, le disciple annonce timidement : « Je suis désolé. Je n’ai pas su la contrôler cette fois-ci. » Puis, il part, la mine abattue, en direction de sa chaumière pour y arracher le rideau et s’en faire un pagne afin de couvrir sa nudité. Suivi de June, il s’assied sur son lit, la tête entre les mains. Albior observe Reda et Spica tous deux inconscients. Quelques élèves leur ramènent de l’eau pour les réanimer. Le Saint d’argent se remémore les propos d’Anikeï tout en laissant résonner dans son esprit la phrase de Shun : « Je n’ai pas su la contrôler cette fois-ci ». _ « Il n’a pas su la contrôler. Parlait-il de sa colère ? De sa force ? Ou bien de sa réelle personnalité, s’interroge-t-il ? » Toujours est-il qu’en un instant, Shun a prouvé aux yeux de tous que son âme charitable cache un réel chevalier. Si seul Albior réalise dorénavant que Shun a la capacité d’étendre son cosmos au septième sens, les autres habitants de l’île comprennent que Shun est le futur Saint d’Andromède, nourrissant ainsi davantage le désir de vengeance de Reda et Spica. En Grèce, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le Colisée, le soleil couchant n’illumine la colline que par quelques lueurs orangées. Le cadran zodiacal ne brille plus que par les feux du Capricorne, du Verseau et du Poisson. Seul un homme est en mesure de le remarquer au milieu des corps inanimés de Ptolémy, de Gigas, de Spartan, d’un soldat Hébéïen, de Deathmask et d’¼dipe. Ce bel homme aux cheveux bleus, longs, aux reflets verts, au visage froid et fermé, entoure sa Cloth d’or avec sa cape. Son bras droit est tendu vers le ciel et sa voix glaciale ne peut masquer plus longtemps son identité, Camus du Verseau est revenu de Sibérie. Pressentant le danger de cet Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, il choisit la voix la plus sage pour se prémunir d’un tel adversaire en profitant que son âme soit séparée de son corps : « Freezing Coffin. » L’esprit d’¼dipe a beau revenir du puits des âmes, le voici prisonnier du froid éternel de Camus. Inflexible, Camus tourne aussitôt les talons, se souciant peu du devenir du Général Gigas ainsi que celui de ses frères d’armes. Alors qu’il entame la descente de la butte, la voix d’¼dipe résonne dans le ciel et l’interpelle : « Voici donc le chevalier des glaces éternelles. J’ai senti trop tard ton arrivée sans quoi je serai revenu plus vite pour me présenter à toi. Il faut dire que je ne m’attendais pas une attitude aussi lâche de la part d’un si célèbre Saint. » Le Français se retourne et constate qu’¼dipe vient d’ouvrir les yeux alors qu’il est enfermé dans son Cercueil de Glace : « J’imagine que tu juges mon attitude de la sorte parce que j’ai profité de ton combat contre Deathmask pour t’attaquer. Je ne vais pas m’excuser d’accorder un tel châtiment à un homme qui attaque le Sanctuaire d’Athéna et qui commande des meurtriers qui ont ignoblement assassinés des villageois innocents alors que ceux-ci les accueillent dans leur domaine. Ca c’est la définition exacte d’une attitude lâche. De plus, à ta place je ne me plaindrais pas, la mort que je t’offre est plus que complaisante à l’égard de votre attitude. Ton c½ur va s’arrêter de battre, ton corps sera tellement engourdi par le froid que tu ne sentiras rien et tu rendras l’âme sans douleur. Adieu… » La voix résonnante d’¼dipe retentit à nouveau dans l’atmosphère : « Attends ! Tu as omis une chose, je ne sens déjà rien, mon corps est insensible, seul ma conscience peut distinguer l’immense puissance qui est tienne. Donc ce Cercueil de Glace est plus qu’inutile. Je vais m’en défaire si tu le veux bien. » S’il savait sourire, Camus le ferait devant tant de naïveté : « Le Freezing Coffin est indes… » Camus est stupéfait, il n’a pas constaté que depuis le début, un cube cosmique entoure le corps d’¼dipe et ce même à l’intérieur du Cercueil de Glace. Le bloc de glace se fissure puis vol en milliers de cristaux, comparables à des diamants. L’onde cosmique qui protège l’Alcide se dirige vers Camus : « Psycho Crusher ! » A la vitesse de la lumière, Camus pointe son index en direction d’¼dipe. L’herbage et les arbres gèlent aussitôt. Le cube chargé d’ondes cosmiques et télékinésiques, jusqu’ici invisible à l’½il nu, prend la forme d’un cube de glace et se brise en retombant au sol sans avoir le temps d’heurter Camus. Le Saint d’or pense détenir la clé de la victoire : « Tes pouvoirs télékinésiques passent par l’atmosphère, c’est essentiel pour guider ton cosmos et ton esprit. En gelant l’air, je coupe tous tes moyens de communication avec l’extérieur. Autant dire que tes attaques sont inefficaces contre moi. Si tu as pu te sortir du Freezing Coffin, c’est parce que tu as eu le temps de protéger ton corps avec le Psycho Crusher avant que j’attaque. Tu es rapidement revenu du royaume des morts en sentant ma présence. Désormais il n’y aura plus d’effet de surprise, tu es à ma merci. » Une voix que Camus connait bien le met en garde, il s’agit de Deathmask, exténué après son combat psychique contre Hébé et son échange dans l’autre monde avec l’Alcide. Son esprit vient de réintégrer son enveloppe charnelle : « Je me doute bien que tu n’as que faire de mes conseils, toutefois tu dois savoir qu’il dispose d’une technique de combat physique. Bien qu’il ne l’ait utilisé que dans le monde des morts, cet homme est plein de surprises. » Camus est indifférent : « Cette information m’importe peu. J’aurai très bien pu faire sans. » Deathmask sert les poings et grince des dents : « Je ne me soucie guère de ta vie, si je te dis ça c’est parce qu’il est au moins aussi fort que les Titans de Cronos. Tous les adversaires que tu as rencontrés jusqu’ici ne sont rien vis-à-vis de ce déchet de la nature. »
L’Alcide met fin à l’échange entre les deux Saints d’or en tentant de frapper Camus du terrible arcane qui a valu à Spartan l’explosion de son rein droit et la perforation de son poumon gauche : « Mystic Smash ! » Camus riposte immédiatement en faisant à nouveau chuter la température. Le givre dessine dans l’atmosphère des racines, invisibles à l’½il nu, invoquées par la télékinésie d’¼dipe, fonçant tout droit sur le Verseau. Le froid les stoppent ainsi à quelques centimètres de son corps. Camus réplique instantanément : « Diamond Dust ! » La Poussière de Diamant frappe en plein visage ¼dipe… Sur l’île d’Andromède, par cette chaleur intenable, il est difficile de trouver un coin d’ombre où la température est inférieure à 50°C malgré le soleil couchant.
La peau suintante, en nage sous ses vêtements poussiéreux, le corps bruni par le soleil, Shun effectue des enchaînements, sous l’½il complice de June. Il s’exerce à manipuler les chaînes dont sont armés chacun de ses bras tout en laissant son esprit revenir sur les incidents de cet après-midi : « Qu’est-ce qui m’a pris tout à l’heure ? J’étais comme absorbé par la soif de victoire. Seul le visage de June a pu me libérer de ce sentiment de puissance, qui s’insinue chaque jour davantage dans mon c½ur. Je ne peux lutter contre. Même si je le cache grâce à ma nature pacifiste, mon c½ur et mon âme, sont contaminés chaque nuit par ce cauchemar atroce. Je la vois, cette fille aux cheveux noirs, longs, me tenant, moi, nourrisson, à bras, me susurrant chaque nuit que le jour viendra où l’appel des ténèbres me fera naître tel que je suis réellement. Cette fille qui me couve et qui m’appelle petit-frère… » La voix douce June sort Shun de ses pensées. _ « Que t’arrive-t-il ? Depuis que le maître nous a annoncé le départ d’Anikeï, tu ne tiens plus en place. _ Anikeï m’a beaucoup appris. S’il a quitté l’île pour mener sa mission de chevalier, alors je me dois de faire de même pour honorer notre ami. _ Alors pourquoi veux-tu rentrer au Japon une fois ton apprentissage terminé ? _ Le mois dernier, la Fondation Graad a fait venir par un chalutier de sa compagnie un émissaire afin de prendre de mes nouvelles. Il s’est entretenu avec maître Albior et lui a annoncé qu’il viendrait me chercher dans un peu plus d’un an, si je suis toujours en vie et que je suis devenu chevalier. _ Mais tu ne leur dois rien. _ Au contraire, sans eux je ne serais jamais venu ici, je n’aurais jamais rencontré notre maître, Anikeï, tous nos amis et toi. Depuis mon arrivée sur cette île, je suis devenu plus conscient du rôle que j’ai à jouer dans la vie, la force qu’on m’a appris à maîtriser doit permettre à l’humanité de vivre dans l’amour et la joie. Si je rentre au Japon, c’est pour y retrouver Ikki, mon frère. Je reviendrai ici, avec lui, je formerai d’autres chevaliers comme notre professeur et je ne te quitterai plus jamais. » June se colle contre le torse de son camarade et le sert fort contre elle. Shun rougit puis l’imite en toute amitié. En haut, caché derrière un rocher, Reda et Spica jurent de se venger de l’affront qu’ils ont subi aujourd’hui. Ils se ligueront pour que l’un d’eux devienne chevalier d’Andromède à la place de Shun…
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« le: 1er Mai 2010 à 13h29 »
Chapitre 13 Tandis que la bataille fait rage au Sanctuaire, un allié de poids manque à l’appel. En effet, ayant obtenu l’autorisation du Grand Pope pour partir en compagnie de prêtres du Sanctuaire et de quelques disciples en pèlerinage, Shaka sillonne l’Asie du sud pour y prêcher la bonne parole en l’honneur d’Athéna.
Au sud-est de l’Asie centrale, en Himalaya, sa cohorte se trouve dans une région montagneuse à la frontière de la Chine et de l’Inde. Elle s’arrête là où l’oxygène se raréfie. Les tibétains eux-mêmes ne s’aventurent jamais au sommet. Ce territoire, Jamir, culmine à près de six mille mètres d’altitude. Au bas des montagnes himalayennes, là où les gens cessent leur ascension, une foule venue à dos de mules, de bovins ou de vieux véhicules motorisés se dispersent sur un marché immense. Paysans, touristes, moines, occidentaux et orientaux, se laissent séduire par les spécialités locales. L’agriculture de l’orge, du blé, du seigle et des pommes de terre est très prisée par les paysans tout comme le coton le chanvre et le soja. Les éleveurs prennent plaisir à y trouver de nombreux animaux pour leurs élevages personnels, comme les yacks, les moutons et les chameaux. Quelques alcools locaux ainsi que l’artisanat comblent les touristes du monde entier. Dans une ruelle finissant en cul-de-sac, une trentaine d’hommes sont prosternés, les deux genoux à terre et le visage contre le sol. Une dizaine d’autre au teint pâle et de type européen est debout à discourir. Vêtus de toges blanches, ceinturées à la taille par un ruban rouge, ils prononcent tour à tour quelques éloges à Athéna, en avançant et en reculant devant l’assemblée dans leurs spartiates. Parmi les gens courbés, les femmes sont vêtues d'une pièce d'étoffe qui se drape et s'ajuste au corps sans aucune attache, un sari, costume traditionnel des femmes indiennes. Sous leurs saris, certaines femmes portent, comme les hommes, des sarouels, pantalon dont la forme ample et bouffante est accentuée par un entrejambe bas. Derrière les prêtres, un homme assis en position du lotus. Les cheveux longs blonds, portant entre les sourcils un petit point fait de cendre rouge et de poudre de riz, un tikkaf, Shaka garde les yeux clos. Le drap qui l’habille passe comme une écharpe descendant de son épaule droite à sa hanche gauche. Il se libère totalement, arrivé à la taille pour descendre jusqu’à ses genoux comme une jupe. Un des prêtres athéniens s’approche de lui et lui souffle à l’oreille : « Seigneur Shaka, j’ai l’impression que cette année plus qu’une autre, notre pèlerinage sur les pays formant le système himalayen est un succès. Sur notre route le nombre de fidèles à Athéna n’a cessé de croitre. » Le beau chevalier d’or répond d’un ton monocorde. _ « La victoire athénienne contre le dieu Shiva et l’occupation de nos forces armées sur le domaine du dieu ont accrus la position de force d’Athéna. Sa suprématie est reconnue auprès des peuples opprimés qui voient en elle un élan d’espoir, d’amour et de liberté. _ Il faut dire, que vos élèves véhiculent également une image forte, du pouvoir athénien. Lors de notre retour au Sanctuaire, notre grand pontife sera fier du résultat de notre voyage. _ Le Grand Pope souhaite avant tout s’assurer par notre voyage que le domaine de Shiva et le peuple y vivant ont abandonné leurs envies de rébellion contre Athéna, en embrassant son pouvoir. C’est chose faite. Désormais, notre mission est terminée et elle s’achèvera, lorsque nous aurons présenté nos v½ux au grand Mû qui vit au c½ur de ces montagnes. »
Le dernier prêtre achève les prières et invite les fidèles à retourner vaquer à leurs occupations, tout en gardant foi en Athéna. Parmi ces croyants, une douzaine vient rejoindre Shaka, tandis que le reste regagne l’allée principale et se disperse sur le marché. La douzaine d’homme et de femmes inclinent légèrement la tête en arrivant à hauteur de leur maître Shaka. Celui-ci décroise les jambes et se redressent à son tour : « Mes chers élèves, notre retour au Sanctuaire se fera dans quelques jours. Pour une minorité d’entre vous, ceux qui se sont présentés à moi et se sont montrés dignes de devenir mes disciples durant ce pèlerinage, il s’agira de votre première entrée dans le domaine sacré. Nous étions sept disciples de Bouddha, lors de notre départ de Grèce, nous serons onze à notre retour. Là-bas, un entraînement ardu nous attend, alors avant celui-ci… » Le visage fermé du mystérieux Saint se décrispe et affiche un sourire décontracté, faisant abandonner le ton monocorde emprunté jusque maintenant et laissant finir sa phrase d’une humeur plus conviviale : « … je vous propose de visiter ce marché réputé pour la qualité de ses produits locaux. » N’écoutant que leurs joies d’être là, la troupe, en partie les six prêtres d’Athéna qui la composent, presse le pas, rejoint l’allée principale et s’engage dans ce marché infiniment grand…
Tandis que les prêtres attendent depuis maintenant une heure à la sortie du marché, Shaka et ses élèves, prennent le temps de se promener. Devant un stand où sont étalés divers objets à l’effigie de Bouddha, une jeune femme fixe avec admiration de ses grands yeux bleus une statue. La voix calme et impériale de son maître Shaka lui empourpre les joues : « Quel bel objet n’est-ce pas Hasu ? » La jolie jeune fille vêtue d’une longue robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche se retourne. Quelques mèches de ses longs cheveux châtains tombent sur ses épaules tandis qu’elle dirige sa tête dans la direction de son maître. Aussitôt, une question traverse l’esprit de cette jolie demoiselle : « comment peut-il reconnaître la beauté d’une chose alors que ses yeux sont clos ? » Sans réponse à cette interrogation, elle reste figée sur son visage calme jusqu’à ce que Shaka, ressentant le malaise, se racle la gorge. Hasu se reprend immédiatement : « Effectivement Seigneur Shaka, il s’agit ici d’une belle représentation de Bouddha. » Alors qu’elle choisit de s’en emparer pour l’acheter, Shaka exécute le même mouvement. A cet instant, leurs mains se frôlent, faisant parcourir chez Hasu un frisson incroyable qui la fit basculer l’espace d’un instant au paradis. Les joues de la jeune Grecque s’empourprent aussitôt, alors que le reste du groupe les rejoint à l’approche de la sortie de cette immense foire. Plus loin devant, les deux meilleurs disciples de Shaka, choisissent de stopper leur avancée. Le premier, Aghora, plus grand et plus imposant que le second, fronce ses épais sourcils aux couleurs de son opulente chevelure rose foncé. Il écoute ce que raconte un marchand de tapis. Le colosse se gratte le front à hauteur de son tikka, situé juste au-dessus de ses deux yeux tant il est perplexe. Son camarade, Shiva, qui marche pieds nus sur le sol rocailleux, remonte son pantalon et son long sari bleu azur, pour tremper ses pieds dans l’eau d’une fontaine. Ses petits yeux bleus, observent avec méchanceté le pauvre commerçant, tandis qu’il l’incendie de sa voix aigüe : « Lui as-tu indiqué la direction à suivre ? » Le malheureux répond d’une voix tremblante : « Oui. Je lui ai dit que la direction de Jamir était là-haut dans les montagnes. Avant qu’il ne parte je lui ai rappelé qu’il s’agit d’une légende et que tous ceux qui sont partis à la recherche de Jamir n’en sont jamais revenus ! » Aghora, uniquement couvert d’un drap habillant à moitié son torse athlétique et ne descendant qu’à hauteur de sa taille jusqu’à ses genoux, réplique alors. _ « Dans ce cas pourquoi sembles-tu si inquiet ? _ Parce qu’il semblait vil et cruel… _ A quoi ressemblait-il ? _ Je ne saurai l’expliquer, il était habillé d’une épaisse soutane à capuche aussi sombre que les abysses. Quelques mèches de ses cheveux aux reflets pourpres descendaient jusqu’au bandeau qui couvrait son ½il droit. Le timbre de sa voix ressemblait à un cri d’angoisse. Dès qu’il ouvrait la bouche, nous tous ici avions l’impression qu’il ouvrait la porte des ténèbres… » Quelques passants, écoutent les propos du vieil homme et pressent le pas, croyant entendre les dires d’un fou. Au stand faisant face à celui du vendeur, un visiteur observe une silhouette descendre avec difficulté les montagnes. Tout en écoutant avec attention le vieil homme, il ne lâche pas des yeux un mystérieux grimpeur qui, au lieu d’utiliser un chemin, somme tout assez classique comme on en trouve encore à cette altitude, espère ne pas attirer l’attention d’autrui en empruntant un itinéraire dangereux. Les longs cheveux blancs de l’observateur descendent jusqu’à son postérieur tandis que seules quelques mèches couvrent le sommet de son crâne pour former une crête. Torse nu sous son gilet sans manche de couleur crème, ne portant qu’un large sarouel, Krishna arbore sa peau noire et son torse bien dessiné avec une fierté fort dissimulée. Shiva remarque le trouble causé aux touristes et choisit d’en rester là. Il s’approche du vieillard et le pointe du doigt : « Ta peur te rend vulnérable. En agissant de la sorte, tu contamines les êtres qui t’entourent. Alors cesse de raconter cette histoire à de parfaits inconnus qui n’ont aucune connaissance de la légende de Jamir. Sans quoi ce sera moi qui te conduirai jusqu’à la porte des ténèbres. » Aghora joint ses deux mains paume contre paume et parle posément : « Ca suffit Shiva, laissons cet homme être ronger par ses craintes. Notre voyage est encore long… » Tandis que Shiva et Aghora s’éloignent, Krishna continue d’observer le marchand qui tremble encore de tous ses membres. Il s’approche du craintif vendeur et pointe du doigt une vieille lance, dont la pointe est plus émoussée qu’acérée : « Combien pour la lance ? » Le commerçant se retourne vers la seule arme dont il dispose dans son magasin et regarde penaud le futur Général de Poséidon : « Mon garçon, cette lance n’est pas à vendre. Tu trouveras sur ce marché de biens meilleurs armes en bien meilleur état. J’ai hérité de cette lance il y a une trentaine d’année, en même temps que j’ai repris le commerce de mon père. Je la garde avec moi au cas où… » Krishna lit dans les yeux de cet homme triste beaucoup de peine. La crainte causée par ce mystérieux visiteur, curieux de découvrir Jamir, mêlée à sa solitude journalière, n’a pas arrangé son esprit tourmenté. Krishna lève les yeux en l’air pour ne pas perdre de vue l’étrange alpiniste qui quitte la montagne. Il défait ensuite un lacet de cuir reliant à sa ceinture une bourse qu’il déverse devant les marchands : « C’est cette lance que je souhaite avoir. » Le vieillard hésite toujours jusqu’à ce que Krishna se penche vers lui et lui murmure à l’oreille : « Moi je vous crois et c’est avec cette lance que je vais retrouver et tuer cet envoyé du mal ! » A la sortie du marché, Shaka, Hasu, les autres disciples et les prêtres rejoignent Shiva et Aghora là où commence un chemin sinueux. Shiva et Aghora rapportent les propos du vieux marchand à leur maître qui devient soucieux : « Ce chemin de fortune s’arrête dans quelques mètres pour déboucher sur un plateau en pleine altitude. A partir de là, il faut escalader durant des heures des roches aussi coupantes que le silex tandis que l’oxygène diminue. A mesure que la montée s’effectue, une brume épaisse brouille les repères de ceux qui ont réussis à survivre jusque-là. Les organes se compriment à cause d’une énergie incroyablement puissante dégagée par la montagne, faisant du moindre effort un supplice atroce. Seuls les êtres doués d’un cosmos déjà bien éveillé peuvent parvenir à surmonter cela et à atteindre la seule direction vers laquelle dirigent toutes ces épreuves, le cimetière des armures. C’est là que reposent les cadavres desséchés de ceux qui ont maitrisés toutes les épreuves mais qui ne se sont pas montrés suffisamment dignes de pouvoir gagner Jamir… » Shaka interrompt son discours quelques instants pour reprendre son calme mythique. Il achève enfin sa phrase : « … J’ai du mal à croire qu’un illustre inconnu soit parvenu à surmonter tous les obstacles. A moins que d’autres forces divines maléfiques se soient éveillées après les dieux Egyptiens, les Titans, Arès, Eris et Shiva… » Aghora fait une fois de plus la fierté de son maître en prenant une initiative très attendu par le chevalier d’or : « Dans ce cas pressons le pas ! » Et Shiva de surenchérir : « Oui, le Seigneur Mû rencontre peut-être des soucis. » Sur les pentes sud de l’Himalaya, à proximité de la frontière népalaise, plusieurs heures se sont écoulées depuis que l’inconnu a réalisé son ascension vers Jamir. L’homme encapuchonné qui a inspiré tant de souffrances au marchand redescend depuis un autre versant de la montagne. Il a parcouru des centaines de kilomètres en l’espace de si peu de temps. Sa tenue est bien moins fringante que celle décrite par le vendeur au pied de la montagne himalayenne. Elle est désormais arrachée de toute part, laissant apparaître par-dessous la tenue non moins ténébreuse de ce borgne, un pantalon, des bottines et un maillot à manches longues, tous d’un noir abyssal. Un cours d’eau longe le chemin qu’il emprunte désormais à faible allure. Essoufflé, il choisit de se rafraichir quelques instants, tout en observant le reflet de son visage dans l’eau. Absorbé par son teint pâle, il revit les derniers instants avant son départ pour Jamir… Flashback Deux jours plus tôt, le 2 mars 1985, Katmandou, capitale du Népal. Située au c½ur d’une vallée fertile, dans la partie sud-est du pays, Katmandou est la ville la plus peuplée du pays. Cet état à la politique instable, souffre d’un faible développement économique. Rares sont les habitations luxueuses qui survivent aux nombreuses révolutions menées par les népalais, mécontents de leurs conditions de vie. C’est dans une de ces adresses qu’un homme, encapuchonné et armé d’une faux, menait le pas à deux autres individus, des paysans au vu de leurs accoutrements. Ils s’avançaient dans les jardins non entretenus et à la verdure pourrissante d’un domaine à l’abandon. Au milieu de cette cour, au sommet d’une fontaine au ciment rongé par les ronces, siège une statue de Garuda qui fît frémir l’un des deux inconnus. Le guide suggère : « Tu sembles inquiet par l’esprit de mort qui règne ici… » Le paysan gonfla son torse et aspira un grand coup pour répondre avec ferveur : « La mort ne m’effraie pas, c’est une délivrance… » Son camarade renchérit : « Oui ! Une délivrance que nous sommes prêts à offrir au monde entier… » Le meneur apparemment satisfait par ces réponses s’engouffra dans la demeure abandonnée. L’intérieur est sombre. Les murs désagrégés par la crasse et la suie. Le sol couvert de meubles anciens renversés, brûlés. L’odeur de l’urine laissée par quelques sans-abris infectait les lieux et se mêlait à celle de quelques cadavres en putréfaction. Malgré les relents, les deux recrues se donnaient l’air d’être insensibles à cette rebutante ambiance. La voix du guide était amusée : « Encore des malheureux qui ne savaient où se loger… » Il écarta un corps qui semblait vouloir en protéger d’autre. Ainsi il libéra des enfants décédés de la couverture que voulait faire leur père de son corps pour les protéger, ce qui rendit le guide hilare : « … Heureusement, notre garde, l’un des plus redoutables guerriers de notre troupe, Fyodor, a offert la délivrance à ces malheureux. Aujourd’hui ils vivent sans avoir conscience de ce qu’est la faim, le froid et la peur dans le monde du bienveillant Seigneur Hadès… » Ensemble, les trois hommes s’enfoncèrent dans ce gigantesque taudis et débouchèrent sur un immense salon tout aussi délabré que le reste de la demeure. Un trou assez large pour ne faire passer qu’un homme à la fois et d’une profondeur insondable se situe sur le sol aux dalles de béton craquelées. De ce trou, un champ de mort jaillit et inquiéta enfin suffisamment les deux recrues. Le guide s’y avança tout en leur racontant une vieille histoire : « Le chef de notre armée d’adeptes à Hadès a fui ce domaine en 1979 lors d’une émeute antimonarchiste. Il était le fils d’un haut dignitaire du gouvernement. Il vit son père et ses frères se faire assassiner sous ses yeux, tandis que sa mère et ses s½urs se firent violer et égorger. Durant des années, il s’isola dans les montagnes et chercha un moyen de revenir plus fort pour reprendre ce qui lui appartenait et ainsi redorer le nom de sa famille. Sans cesse, il réfléchissait à la folie des hommes et ce à quoi elle pouvait mener. Il se mit à rêver d’un monde où seul un dieu pourrait dominer et dicter les lois, dans un univers où la souffrance et la tristesse n’existeraient plus, un monde utopique, qu’il croyait impossible à réaliser jusqu’à ce qu’il revienne ici. En effet, après avoir acquis la maitrise de sa cosmo énergie, force qui réside en chacun de nous et qui nous appartient de développer, il rentra à Katmandou. De rage, après la découverte de ce qu’il restait de cette terre de paradis, pillée et brulée, qu’était autrefois sa demeure, il frappa le sol de son poing vengeur à cet endroit même. Le destin, du moins la volonté d’Hadès, fit qu’il découvrit ce passage qui débouche dans de vieilles catacombes condamnées depuis des siècles. Avec une torche qu’il s’était confectionné, il s’avança dans les ténèbres et reconnu les ossements d’un homme portant une armure sombre et qui tenait contre lui un recueil. L’héritier passa plusieurs jours et plusieurs nuits sans manger. La lecture des récits de ce guerrier le passionnait et le convainquit que son utopie n’était pas irréalisable car elle était celle d’un dieu vénéré, le seul capable de sauver notre planète, Hadès. Il s’agissait des écrits d’un Squelette, un soldat de basse condition dans les rangs d’Hadès. Le Squelette se réfugia ici en 1743 après être gravement blessé lors de la bataille finale menée contre les Athéniens qui gouvernent encore ce monde aujourd’hui et qui sont responsables du calvaire que vous menez actuellement. Avant de mourir, il acheva le récit de sa vie et les moindres détails de ce que fut son incorporation dans l’armée d’Hadès. Tous les deux cents ans, Hadès, ses Juges et ses Spectres, se réincarnent sur Terre pour tenter de renverser la responsable de cette hécatombe mondiale qu’est Athéna. Certains hommes, vaillants, volontaires et envieux de vivre dans l’avenir que souhaite offrir le bien-aimé Seigneur Hadès intègrent alors son incroyable armée comme c’est votre cas aujourd’hui. » Le guide prit ensuite son élan et se laissa tomber dans le trou. Les deux recrues se retournèrent l’une vers l’autre et d’un hochement de tête simultané, comme pour approuver leur engagement envers Hadès, ils suivirent leur gourou … Après une chute de plus de quatre mètres, les deux néophytes se réceptionnèrent sur leurs deux jambes, juste sous les yeux d’un homme aux yeux aussi bleus que ses cheveux. A côté de ce Népalais d’un mètre-quatre-vingt-six, le guide, accroupi, somma les deux hommes de s’agenouiller : « Courbez-vous soldats d’Hadès ! Vous vous tenez face à l’héritier de ce domaine, le Seigneur Eaque ! » Eaque fixa les deux paysans avec un plaisir non dissimulé. Vêtu d’un simple pantalon et d’un maillot turquoise, il pivota la tête en direction du guide qu’il félicita : « Survivre à un saut de cette hauteur ne signifie qu’une chose : il s’agit d’êtres qui, même si c’est de façon infime, ont une maitrise de leur cosmos… » Le futur Juge tendit son bras vers les profondeurs du sous-sol où d’autres hommes s’affairaient. Certains s’entraînaient, d’autres discutaient tandis que quelques-uns torturaient des guerriers d’autres contrées. _ « … Nous approchons la cinquantaine de fidèles. Parmi eux, de futurs Spectres sommeillent tandis que d’autres attendent notre départ en Allemagne pour enfin entrer dans les rangs des Squelettes. Avant cela, une dernière mission de haute importance doit être menée. En attendant, je vous laisse prendre vos marques, en compagnie de vos compagnons d’armes ! » Le guide et ses deux convives, se mêlèrent donc à la masse et laissèrent l’un des futurs Juges rejoindre la troupe des bourreaux qui questionnaient plusieurs hommes enchaînés et violentés. Eaque posa sa main sur un robuste guerrier qui tient une cisaille dans les mains : « Alors Fyodor ! Que nous dis ce messager athénien ? » Le fameux alpiniste de Jamir qui porte un cache-½il droit grommela : « Il n’est pas aussi bavard que ce soldat de Shiva… » Il pointa du doigt un guerrier totalement dévêtu, marqué au fer et fouetté sur l’ensemble de son corps. Chacun de ses doigts avait été sectionné et ses yeux percés : « … il faut dire que les Kshas de Shiva connaissent mieux la région que les Athéniens. Mais vu que l’armée d’Athéna occupe depuis de nombreux mois les terres de Shiva, je les aurais crus plus au fait des légendes du coin. » Le courageux soldat athénien qui avait été kidnappé en même temps que son rival Ksha par les hommes d’Eaque répondit avec opiniâtreté : « Quand bien même je saurai comment me rendre à Jamir, je préférerai plutôt mourir que de trahir Athéna. » Eaque fixa le prisonnier en affichant un sourire perfide : « Courageux soldat ! Toutefois, si tu n’as rien de plus intéressant à dire, et afin d’éviter que tu puisses évoquer ce que tu as vu ici, si par miracle tu parvenais à t’enfuir comme notre dernier invité… » A l’entente de cet évènement, Fyodor baissa honteusement la tête, tandis que son supérieur poursuit sa phrase : « … il n’est donc plus utile que tu gardes ta langue ! » Fyodor, comme pour se racheter, saisit aussitôt une pince pour exécuter la volonté de son maître… Après quelques secondes de hurlements atroces, agacé par les cris de douleur de sa victime, Fyodor l’assomma en le cognant violemment au crâne avec son outil diabolique. Fyodor passa sa main dans ses cheveux noirs aux reflets violacés afin de dégager son ½il gauche, le seul encore apte à lui offrir la vue de ce si cruel spectacle. Lorsqu’il se tourna vers Eaque, celui-ci lui présenta déjà une soutane noire à capuche : « Les rares informations que nous avons réussi à glaner nous suffisent. Tu es le meilleur de mes hommes. La quête que je te confie est déterminante pour notre avenir. C’est le dernier acte avant notre départ. Tu as été le gardien de notre repère, tout comme tu te vois être le gardien du monde des enfers. Spécialiste de la torture et de la brutalité, personne d’autre que toi n’est plus à même de quitter son rôle de sentinelle afin d’accomplir cette mission pour laquelle tu as toutes les qualités requises… » Parmi ceux et celles qu’Eaque a réunis dans sa milice, cinq femmes viennent prendre des mains du Garuda la soutane. Elles l’ajustent sur le corps de Fyodor tandis que celui-ci écoute attentivement son maître : « … A ton arrivée au Népal il y a des années, tu cherchais un sens à ta vie, désormais tu l’as trouvé en voulant purifier cette planète de la présence des dieux hostiles à l’utopie d’Hadès… » Eaque ne cesse de passer rapidement les pages du recueil du Squelette de 1743 sans jamais les regarder et explique : « … La Chine, la terre scellée… C’est là-bas que se trouvent les réponses à nos questions. Comme le dit cet ouvrage, c’est dans cette tour que sont prisonnières nos véritables forces et nos âmes. Des âmes vulnérables depuis cette bataille de 1743, où est apparu le mala maléfique. La légende prétend que ce chapelet a été créé par les dieux, pour repousser les forces du mal mais la réalité est toute autre ! Il y a quelques semaines, lorsque je suis parti en Chine pour découvrir de mes propres yeux cette tour qui nous retient prisonniers des sacrilèges d’Athéna, j’ai eu une absence durant laquelle je me voyais à différentes époques face à nos ennemis de toujours. C’est là que j’ai découvert que cet objet de malheur n’était qu’une invention d’un Saint d’or qui parvint grâce à son cosmos à transformer l’arbre de vie du royaume d’Hadès en prison pour nos âmes ressuscitées si nous venions à perdre la vie… » Eaque stoppa quelques instants son discours et versa une larme, les yeux rivés vers le ciel. Il se tint droit, d’un air solennel semblant en rajouter beaucoup pour accentuer le drame que cela représentait aux yeux des Spectres. Fyodor l’interrogea : « Pardonnez ma question Seigneur Eaque. Pourquoi durant votre périple en Chine vous n’avez pas libéré nos âmes de la terre scellée ? » Toujours aussi sur-jouée, la réponse d’Eaque fut pleine de chagrin : « J’aurai voulu… Mais un puissant cosmos athénien veille sur les environs. Un Saint d’or très certainement. Tant que mon âme sera enfermée dans cette tour, je ne pourrais pas lui faire front… » Puis, subitement, Eaque afficha un sourire machiavélique et annonça joyeusement : « … Heureusement, à l’approche de la tour, j’ai senti mes réelles forces communiquer avec mon cosmos pour faire résonner dans mon esprit : « emprunte la source des ténèbres sur terre » … » Fyodor répéta tout penaud, en se laissant encapuchonner par les femmes qui quittèrent ensuite les parages : « Qu’est-ce que cela peut bien signifier « emprunte la source des ténèbres sur terre » ? » Eaque éclata de rire. _ « L’Allemagne ! _ L’Allemagne ?! _ Fyodor, mon brave, pourquoi crois-tu que depuis mon retour je ne cesse d’envoyer nos hommes en mission pour me rapporter les faits de ce monde ? _ Entre guerres civiles, attentats, meurtres, dictatures totalitaires… les quatre coins du globe regorgent de source des ténèbres ! _ Mais il n’y a qu’un seul lieu où les gens n’osent plus aller, un seul lieu où toute source de vie s’éteint à l’approche de ce secteur, fut-il pris d’un fou-rire psychotique. Un manoir abandonné depuis maintenant douze ans en pleine forêt allemande. Des faits si incroyables s’y sont produits, qu’aujourd’hui il est devenu une légende urbaine. Le château d’Heinstein. _ Le château d’Heinstein ? C’est donc là-bas que se réunira l’armée d’Hadès lorsque le sceau d’Athéna perdra son efficacité. _ Exactement ! Et quelle meilleure place pouvons-nous espérer avoir auprès de notre maître si nous nous emparons de l’objet qui a réduit à mal nos forces lors de la précédente bataille selon toi ? » Eaque fait de grands signes de mains pour dessiner ce qu’il raconte : « Jamir… Vestige d’une civilisation disparue… Les écrits du Squelette rapportent que là-bas s’est jouée une bataille décisive entre notre maître et Athéna et que c’est le peuple de Jamir qui est aujourd’hui en possession de ce mala… » Flashback Fyodor revient à lui et sort de sa soutane déchirée le mala aux 108 perles toutes d’une teinte noire. Il contemple le chapelet et murmure : « Chaque perle est obscure. Cela signifie que les 108 Spectres sont morts… Du moins, ils ne sont pas revenus à la vie… » Une voix qui lui est familière parvient jusqu’à lui : « Et ils n’y reviendront pas ! » Sans se retourner, Fyodor déclare : « Je reconnais cette voix, c’est celle du seul homme qui a réussi à échapper à mes interrogatoires. » Krishna se montre alors : « Au Sri Lanka, où je suis né, j’ai entendu des rumeurs comme quoi les Kshas, des chevaliers sacrés indiens qui existent depuis la nuit des temps, affrontaient les forces d’Athéna dans le Panthéon de Shiva. Seul un être doté d’une cosmo énergie suffisamment développée peut prétendre y pénétrer. J’ai donc abandonné mon village natal, où je m’exerce depuis ma plus tendre enfance, pour vérifier si les légendes étaient fondées. Encore plus maléfique qu’Athéna, qui est venue détruire un panthéon qui doutait de la légitimité de ses décisions, j’y ai découvert le complot d’hommes d’Hadès et me suis laissé volontairement enlevé pour en apprendre plus… » Fyodor se retourne enfin et fixe de son seul ½il, le Sri Lankais armé de sa lance émoussée qui persiste à dévoiler son plan. _ « … Quand j’ai compris que le projet d’Eaque était de subtiliser le mala, j’ai étudié vos moindres faits et gestes avant de m’enfuir et de te prendre en chasse. _ Même si tu parvenais à me prendre cet objet, qu’espères-tu en faire ? Tu n’es pas assez fort pour le détruire. Quant à ton dieu Shiva, il ne s’est jamais réincarné et ses forces armées sont aujourd’hui sous la haute surveillance des hommes d’Athéna. Il ne te serait d’aucun secours. _ Tu te trompes, Shiva n’a jamais été le dieu pour lequel je risquerai ma vie. Il n’est plus jamais apparu à ses fidèles depuis des millénaires. Aujourd’hui il est victime de sa faiblesse et même avec les meilleurs moyens, il ne parviendrait pas à sauver le monde des hommes qui l’habitent. _ Nous sommes donc d’accord sur un point. Alors joins-toi à nous ! _ Hadès promet à l’humanité son contrôle sur elle en faisant de la terre son royaume des morts. J’ai du mal à croire que même sous la volonté d’un dieu, un homme puisse réellement oublier sa nature. _ Tu doutes des capacités de mon Seigneur ! Je t’aurai fait ravaler tes blasphèmes si je n’étais pas si pressé ! » Fyodor tourne les talons et s’empresse de reprendre la direction de Katmandou. Quand tout à coup, la lance achetée par Krishna lui érafle la joue. Fyodor fait volte-face et découvre Krishna qui est déjà près de lui. _ « Tu es donc aussi rapide que moi. _ Je n’ai pas l’intention de te laisser partir avec ce présent. » Fyodor soupire et se résigne. Il fait face à son adversaire, range le mala à l’intérieur de son maillot noir et arrache sa soutane avant d’adopter une pose de combat… Au même moment, à l’approche de Jamir, l’équipe de Shaka presse le pas. Le Saint de la Vierge semble inquiet pour son ami et n’a de cesse d’encourager le peloton, qu’il dirige depuis la queue, à aller plus vite. Cependant, le brouillard est devenu si épais que personne ne peut voir où il met les pieds, l’oxygène s’est raréfié et voici qu’un troisième prêtre est pris de malaise. Tandis qu’un fidèle de Shaka prodigue des soins en créant un filtre à partir des plantes qu’il a achetées sur le marché, Shiva et Aghora qui mènent la marche sont pris d’un terrible doute. _ « Depuis quelques mètres, j’ai le sentiment que le sol craquèle sous mes pas, suspecte Shiva. _ Oui, de plus, j’ai l’étrange sensation que nous sommes observés par… par… par la mort… » Shiva s’accroupit et balaie de sa main le brouillard qui l’empêche de distinguer sur quoi il marche. Lorsqu’il identifie ce qu’il croit être un ossement, il se redresse subitement : « Je crois que nous sommes arrivés à Jamir. » Shaka se joint à ses deux élèves les plus méritants, paume de main contre paume et rectifie : « Non, nous ne sommes ici qu’aux portes de Jamir, là où de nombreux chevaliers de tout ordre, de tous dieux, venus faire réparer leurs armures ou s’emparer de cette terre, ont été vaincus par les cosmos fantomatiques de ceux déjà défaits. Nous sommes là où il faut avancer tout droit pour franchir les obstacles, nous sommes au cimetière des armures ! » Des esprits se forment et s’agitent autour d’eux pour les questionner. _ « Où allez-vous imprudents, entame un premier ? _ Vous êtes à la frontière de Jamir, le territoire des héritiers du continent de Mû, atteste un second. _ Partez si vous tenez à la vie, menace un troisième. _ Ames délaissées, suivez la lumière qui guide mon cosmos et partez vers un monde de paix, irradie les environs de son cosmos doré Shaka. _ Qui êtes-vous, s’étonne le premier esprit ? _ Je suis Shaka Saint d’or de la Vierge. Je guide mes disciples et les prêtres du Sanctuaire d’Athéna jusqu’à mon ami Mû. _ Un chevalier, des élèves et des prêtres. Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas eu telle offrande ! » Les esprits tournoient à grande vitesse autour du groupe apeuré qui se rassemble jusqu’au Saint d’or. A mesure qu’ils tournoient, l’ensemble des ossements se réunifient et endossent les armures détériorées qui leurs appartenaient. Une centaine de chevaliers squelettes bloquent l’accès et quelques-uns les encerclent. Shiva se met en position de combat : « Des esprits fantomatiques n’est-ce pas ! Pff… Laissez-nous faire maître Shaka, ne vous salissez pas les mains pour ce genre de travail. Les esprits ça nous connaît Aghora et moi. » Aghora s’assied jambes croisées sur le sol, les deux mains dans le giron avec les paumes vers le dessus et les pouces qui se touchent : « Mon « moi » intérieur est libéré de mon égo. Je suis prêt à entrer en méditation et à accroitre ma force de concentration. » Sous le regard admiratif d’Hasu et du reste de la troupe, le cosmos d’Aghora l’aide à se lever du sol, tandis qu’un chant résonne dans l’atmosphère. Les chevaliers-squelettes qui entourent les Athéniens se jettent en avant, alors que la cosmo énergie qui gravite autour d’Aghora ne cesse de s’accroitre. Alors qu’ils fonçaient à la vitesse du son, les chevaliers-squelettes, ralentissent davantage malgré eux de seconde en seconde. Shiva en profite pour se jeter au corps à corps : coups de poings, de coudes, pieds en avant, retournées acrobatiques, coups de tête et ippons repoussent les ennemis alentours. Les chevaliers-squelettes qui barrent maintenant la route s’interrogent : « Comment se peut-il que nos forces ne cessent de diminuer ? » Le cosmos rosâtre d’Aghora crée maintenant une bulle qui englobe les siens en même temps que des effluves frappent les chevaliers-squelettes qui leur barrent le passage. De sa voix aigüe Shiva annonce sa victoire : « Mon compagnon, Aghora né sous l’étoile du Lotus récite le mantra de la lumière. Ainsi, la grande lumière et la sagesse de Bouddha l’illuminent et lavent son esprit de toute illusion et de toute ignorance. Elle le ramène à un état premier de pureté et le rapproche ainsi de notre maître Shaka. Maintenant son cosmos est si oppressant pour vos esprits souillés qu’il vous devient impossible de réagir. Il m’appartient donc à moi, Shiva né sous la constellation du Paon de vous éliminer et je vais le faire grâce au Coup de Poing du Dieu aux Mille Mains : Sen Ju Shin On Ken ! » Shiva dégage toute la cosmo énergie qu’il a accumulée depuis maintenant des années de pratique et tend violemment son poing en avant. S’échappe alors un millier de coups, chargés d’une cosmo énergie destructrice, qui éclate en morceaux les ossements ennemis. Aghora sort de sa méditation et déblaye les os, leurs lambeaux d’armures et le brouillard en frappant droit devant de son bras chargé à présent de toute sa lucidité : « Coup de Poing Explosif du Lotus : Renge Bakusai Ken ! » Comme après un coup de tonnerre, le calme revient et la brume disparait. Les précipices alentours et le sol couvert de rochers tranchants et aiguisés apparaissent maintenant aux yeux de tous. Après une telle démonstration de force qui a ravi son professeur, Shiva se permet de jouer de son humour cynique en observant le décor : « Chaleureux ! Vraiment ! » Aghora préfère admirer l’efficacité d’un tel cadre : « Ingénieux je dirai. C’est très astucieux. » Hasu croit reconnaître au loin ce qui s’apparente à une tour qu’elle pointe du doigt : « Traversons ce pont en pierre ! Nous sommes arrivés ! » Trop longues furent encore les minutes nécessaires aux prêtres pour s’avancer sans trembler sur ce chemin, pour ne pas accroitre l’angoisse de Shaka. La Vierge active ses pas une fois de l’autre côté. Dans sa belle robe blanche moulante, Hasu trottine jusqu’à la tour devant laquelle elle stoppe net : « Qu’est-ce que… Quelle étrange architecture ! Un escalier permet d’accéder au premier étage mais il n’y a pas de porte pour y entrer ! » Shaka rejoint son adepte et pose sa main sur sa frêle épaule. Le contact de leurs peaux fait frémir Hasu tandis que Shaka commente la réaction de cette dernière : « Cette tour prouve seulement, à quel point mon ami Mû n’aime pas les visites. C’est pour cela que je demande à chacun, d’observer le plus grand calme et le plus grand respect… » Brusquement, il interrompt ses recommandations. Il tourne la tête vers la droite et accélère sa marche. Le spectacle est édifiant. Mû est agenouillé au sol. Couvert de sang. Les yeux à moitié clos. Il tient dans ses bras une femme chevalier aux cheveux verts foncés coiffés de longues nattes. Son masque est fissuré. Sa Cloth de bronze est en miettes… Pendant ce temps, sur les pentes sud de l’Himalaya, à proximité de la frontière népalaise, le combat fait rage entre Krishna et Fyodor. Krishna pare avec efficacité les assauts portés par Fyodor tandis que ce dernier esquive avec aisance les répliques du futur Général de Poséidon. Alors qu’il parvient enfin à le toucher en plein estomac, Fyodor essuie aussitôt un crochet du droit qui lui heurte la paupière gauche. Cela ne l’inquiète pourtant pas. _ « J’ai gagné, proclame Fyodor ! _ Tu en sembles bien sûr. _ Evidemment car j’ai un but. Je me bats pour faire respecter la volonté divine d’Hadès, contrairement à toi qui n’agit que de ton fait. _ C’est là que tu te trompes, rétorque Krishna d’un ton monocorde. J’agis dans l’intérêt d’un dieu. Je crois en l’avènement d’une nouvelle ère de paix. Un seul est capable de surpasser Athéna et Hadès et de laver le monde de ce qui le pourrit. Ce mala je compte bien le ramener à celui que mon village ne cesse d’honorer par ses offrandes, le Seigneur Poséidon. _ Alors tu vois la planète sous les eaux ? C’est la seule solution selon toi ? _ Contrairement à Hadès qui espère contrôler le libre arbitre des hommes, je vois en Poséidon l’espoir de laver nos générations corrompues et d’offrir à quelques élus la chance de créer un équilibre nouveau, en respectant ce que la nature leur a offert, au lieu de la défier à chaque instant. » La cosmo énergie de Fyodor s’accroit de façon exponentielle tandis qu’il croise ses bras contre sa poitrine, laissant Krishna impuissant : « Décidemment, je ne peux plus rien faire pour toi. Heureusement, je suis pressé je vais donc en finir rapidement grâce au Hurlement Etrangleur… » Le futur Spectre de la Mandragore écarte avec vivacité ses bras face à un Krishna pantois : « Strangle Shrill ! » Une impressionnante onde de choc projette Krishna une demi-dizaine de mètres en arrière et le fait s’écraser contre un rocher. Du sang, provenant de son crâne suite au choc contre le roc, dégouline dans les yeux du Sri Lankais. Au moment de vouloir s’essuyer, il constate que son bras est paralysé. Devant lui, Fyodor saisit la lance qui lui a éraflé la joue quelques minutes auparavant et s’approche en criant déjà victoire : « Ma technique n’est pas ordinaire. Elle souffle violemment sur mon ennemi et, surtout, elle lui envoie des ondes directement au cerveau afin de paralyser tous ses sens. » Krishna constate à son grand désarroi qu’il entend de moins en moins et que le trouble de sa vue s’accentue. Fyodor fait tournoyer au-dessus de sa tête la lance avec sa main droite tandis que son autre main est posée sur sa hanche gauche. Une fois assez proche de son rival, Fyodor agrippe bien la lance et recule son bras droit pour avoir suffisamment d’élan. Toutefois, au moment de l’abattre, il sent une violente crampe lui bloquer le biceps, ses doigts s’engourdissent et une lumière aveuglante l’empêche de distinguer le futur Marinas. Tout en bavant, luttant contre la perte de ses sens, Krishna balbutie : « Maha Roshini. » Un mur invisible instauré par Krishna soulève Fyodor du sol et le fait rouler en arrière jusqu’au ruisseau où il s’abreuvait il y a peu… A Jamir, Shaka et Mû sont à l’intérieur de l’immense tour sans porte. Ils sont au chevet de la femme chevalier que Mû tenait dans ses bras. Celle-ci est allongée sur une couche en osier faite à la main. Le Saint d’or du Bélier, torse nu, s’essuie le buste des tâches de sang qui le souillent avant d’ajuster autour de son cou un nouveau voile qui descend jusqu’à son bas ventre et dans le creux de son dos. Profitant que Shaka se prive du sens de la vue, il retire le masque endommagé de la jeune femme pour frotter une serviette qu’il a, au préalable, trempé dans un élixir qu’il a concocté lui-même. Il passe subtilement sa main sur le visage de la jeune femme et dégage quelques mèches vertes de son front où sont présents deux points de même couleur, symbole de ses origines muviennes, qu’il embrasse avec délicatesse. Ses doigts descendent le long de sa colonne nasale et glisse jusqu’à sa petite bouche aux lèvres charnues. Une larme roule le long du visage de Mû pendant qu’il se relève.
Il avance jusqu’à une cheminée où le feu chauffe une théière suspendue. Le Bélier verse de l’eau brulante dans deux tasses, au fond desquelles se trouvent des feuilles séchées. Il les amène sur un plateau en bois peint aux motifs d’animaux de la région. Il s’assied jambes croisées, comme le fait déjà Shaka sur un épais tapis sur lequel sont brodés des éléphants.
Le chevalier de la Vierge rompt enfin le silence après avoir avalé une gorgée. _ « Ton thé n’a rien perdu de sa saveur mon ami. _ Les herbes de Jamir ont des vertus, qu’aucune autre plante dans le monde ne peut avoir. Que cela soit pour les soins ou pour le goût. Hélas, cela ne suffira pas à ramener ma femme de ce sort que lui a lancé notre adversaire. » Shaka n’ose pas poser la question. Mû goutte à son tour la boisson avant de reprendre. _ « Jamir est la dernière colonie du peuple originaire du continent de Mû. Afin de conserver une certaine indépendance et de protéger notre village qui se situe un kilomètre derrière nous, cette tour fait office de rempart. Depuis douze ans que je suis revenu du Sanctuaire, j’ai choisi d’en faire mon repère pour apprécier une certaine solitude, travailler et méditer en toute tranquillité. Même lorsque nous avons fait face aux Titans, je suis parvenu à repousser l’extraordinaire Japet. Mais cette fois… » Il stoppe un instant ses confessions pour souffler sur sa tasse brulante. Shaka remarque que le Muvien est gêné par la chaleur de sa boisson alors il essaie de détendre l’atmosphère : « Dommage que Camus ne soit pas là. » Mû rigole nerveusement puis, au moment de reprendre, il se referme à nouveau. Son visage devient dur et ses yeux mélancoliques : « Sachant que ta visite était proche suite à notre entretien télépathique d’il y a une semaine, j’ai pris note de l’approbation que tu as reçue du Grand Pope qui souhaite faire chevaliers tes deux disciples. Le premier, Aghora est né sous l’étoile du Lotus, une constellation disparue dont les derniers vestiges étaient une armure d’argent en miettes qui attendait dans sa Pandora Box au rez-de-chaussée depuis des siècles. Le second, Shiva, né sous la constellation du Paon, ne me facilitait pas la tâche non plus. Son armure d’argent était dans le même état depuis… » Shaka faiblit à son tour. Une certaine affliction fait trembloter sa voix : « Depuis que Mayura a perdu la vie lors de notre Guerre Sainte contre Eris. » Il reprend son souffle en aspirant bien fort par la bouche puis maquille sa peine après avoir évoqué une Saint qui lui semble chère. _ « Des Saints d’argent… Je suis fier que mes disciples aient acquis un tel niveau ! _ C’est pour ça que je m’affaire depuis une semaine à la confection de ces deux armures qui me demandent énormément de temps et de sang. Pour cela, j’ai besoin de mes meilleurs outils et notamment de ceux présents sur le socle de l’armure du Graveur. Cette Cloth est portée par Médée Saint de bronze du Graveur qui n’est autre que… _ … ton épouse ! Médée est devenue chevalier ! Je ne le savais pas ! _ A vrai dire, Médée insistait beaucoup pour participer à la formation que je destine à Kiki mon jeune apprenti. Médée disposait déjà de nombreuses qualités de guerrière et s’est perfectionnée en suivant mes conseils. Un jour, après un exercice où ses qualités furent mises à rude épreuve, son cosmos illumina le ciel et relia les étoiles de la constellation du Burin du Graveur. Aussitôt, elle entra étrangement en symbiose avec l’armure du Graveur qui la nomma d’elle-même comme sa digne propriétaire. Elle se fit reconnaître auprès du Grand Pope qui lui accorda le droit de poursuivre son apprentissage sur sa terre natale en attendant qu’il lui confie un jour une mission. Toutefois, elle n’a jamais eu de véritable combat à mener et son manque d’expérience lui a coûté cher aujourd’hui. Ce matin, pendant que j’achevais la réparation des armures du Lotus et du Paon, un homme encapuchonné a surmonté les difficultés pour parvenir jusqu’ici. Bien que Médée fût vêtue de sa Cloth, l’étranger l’a mis hors de combat, en faisant preuve d’une bestialité redoutable. Il utilisa une technique qui consistait à pousser un cri strident, paralysant ses victimes. Malheureusement, concentré sur mon travail, je m’en rendis compte trop tard. Pire, je n’ai pas pu empêcher l’ennemi de nous voler ce qu’il était venu chercher, le rosaire de Bouddha ! » Shaka se met aussitôt debout et, tout en conservant son calme habituel, déclare : « Qui que cela soit, nous devons immédiatement partir à sa recherche ! » Mû sourit tout en conservant ses yeux noyés de chagrin pour sa bien-aimée. _ « Mû, mon ami, comme la mienne ta quiétude est légendaire, mais dans une situation comme celle-ci cela m’inquiète. _ La seule chose qui me trouble aujourd’hui c’est l’état de santé de Médée pour le reste, je contrôle déjà la situation. » Shaka reste pantois quelques instants avant de comprendre.
Le visage de celui qui a grandi le long de la Vallée du Gange se radoucit. Il se rassied même en souriant : « Félicitations Kiki… J’ai fait la bêtise d’être suffisamment soucieux pour ne pas m’apercevoir que tu viens de nous rejoindre. » Aussitôt, juste aux côtés de Mû, un jeune garçon aux cheveux roux, marqué par deux points sur le front et à la mine friponne apparaît. Un bracelet en or lui enserre le biceps gauche, un épais maillot marron descend jusqu’à sa taille, ceinturée par une lanière de cuirs, son pantalon est enserré dans ses spartiates. Pas de doutes, il s’agit bien d’un autochtone. _ « Kiki était au village lorsque nous fûmes attaqués. Il a aussitôt perçu le danger et s’est téléporté jusqu’à nous. Depuis il épie l’agresseur en attendant que j’aille à sa poursuite. » Manquant de manières, Kiki se permet de prendre la tasse de son maître pour boire dedans sans prêter attention à la chaleur du thé. Il en prend une importante quantité qu’il recrache aussitôt. Il tire sa langue brulée et agite ses bras devant celle-ci pour brasser de l’air. Mû, sans hausser le ton, somme immédiatement son élève d’arrêter ses enfantillages. _ « Un peu de tenue Kiki ! Quelle est la situation ? _ L’homme mystérieux se présente sous le nom de Fyodor. Il déclare être un fidèle d’Hadès et veut le rosaire de Bouddha, pour détruire le sort qui empêche les Spectres de revenir à la vie lorsqu’ils la perdent. _ Dans quelle direction se rend-il ? _ Ce n’est pas ça le plus important ! Un autre homme est venu le défier, il se dit partisan de Poséidon et pense que le rosaire serait plus en sécurité auprès du Dieu des Mers plutôt qu’entre les mains des Saints d’Athéna. _ Qui a remporté le combat ? _ Le combat est toujours en cours ! _ Alors qu’es-tu venu faire ici ? _Je suis simplement venu saluer les disciples du Seigneur Shaka. Entre élèves il faut qu’on se soutienne ! » Mû aggrave enfin sa voix : « File immédiatement surveiller l’issue de ce combat ! » Kiki se défend en lâchant un large sourire et vole quelques pâtisseries déposées sur le plateau, avant de se téléporter de nouveau. Mû soupire : « Pff… Les enfants… » Shaka est amusé : « Je suis convaincu que tu étais aussi intrépide que lui au même âge. » Mû entend que sa femme s’agite et se lève lui administrer à nouveau le remède qu’il a concocté, tout en répondant à Shaka : « Non… Pas avec le maître que j’ai pu avoir… » A des kilomètres de là, à mesure que Krishna retrouve ses moyens, Fyodor se relève stupéfait. Les deux adversaires luttent à armes égales et Krishna le sait. Il profite que la lance soit tombée à ses pieds pour la ramasser et pointe Fyodor avec : « Rends-toi ! Désormais mon mur de lumière me protège de tes assauts tandis que moi je peux toujours attaquer. » Fyodor essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche et serre son poing : « Jamais ! Jamais je ne me rendrais ! » Brusquement, les yeux d’un bleu perçant de Krishna s’écarquillent. Il tourne sa tête de gauche à droite puis de droite à gauche avec inquiétude : « Les cosmos d’une cinquantaine d’individus s’approchent. Il ne peut s’agir que de la milice d’Eaque. Il me faut faire vite » Le futur Spectre de la Mandragore, remarque la détermination de Krishna d’en finir au plus vite et croise aussitôt ses bras devant son torse, pour pousser sa cosmo énergie à son paroxysme. Quelques effluves blancs et aveuglants émanent de Krishna qui trottine en direction de son adversaire en faisant tournoyer devant lui son arme. Tout en gardant ses bras contre sa poitrine, Fyodor l’imite et accélère à mesure que le Sri Lankais augmente sa vitesse de course. Arrivés face à face, Fyodor s’élance dans les airs. Krishna, lui, plante sa lance dans le sol rocailleux et le rejoint alors que la Mandragore a déjà les bras déployés : « Strangle Shrill ! » A cet instant, Krishna ferme les yeux et adopte la position du lotus. Les paumes des mains ouvertes et la première phalange de l'index placée sous la première du pouce de chaque main, il dispose de toute sa cosmo énergie pour contrer l’assaut de son adversaire : « Maha Roshini ! » Le Hurlement Etrangleur se heurte à la Grande Lumière. Fyodor retombe sur le dos. Krishna toujours en lévitation, redescend petit à petit à côté de son arme. Secoué, Fyodor est maintenant victime de la puissante lumière de Krishna et la vue de son seul ½il valide se dédouble. Néanmoins, il ne dit pas son dernier mot. Il rejoint Krishna qui s’approche déjà armé de sa lance. Fyodor envoie une droite que Krishna pare grâce à sa lance tenue par ses deux mains. Il réplique en frappant avec le manche, sous le genou droit de Fyodor qui fléchit. Presque vaincu, Fyodor tente tout de même de bondir en lançant toutes ses forces dans un uppercut qui cogne Krishna au menton. Ébranlé, le futur gardien du pilier de l’Océan Indien ne voit pas venir un second crochet du gauche, qui le fait tournoyer sur lui-même. Krishna profite de ce mouvement rotatif pour, toujours avec le manche, embarquer les chevilles de Fyodor. A bout de forces, le sbire d’Eaque tombe sur sa hanche gauche et se maintient avec son coude, pour essayer de se relever. Cependant, à une vitesse que Krishna ne croyait pas lui-même pouvoir atteindre, de sa lance, il transperce son ennemi en mettant tout son cosmos dans ce coup : « Flashing Lancer ! » Fyodor est tellement surpris qu’il ne se rend compte de la douleur qu’une fois la lance ressortie de ses côtes droites, le mala enroulé autour. Krishna avance la lame jusqu’à son visage pour s’emparer du chapelet. Dès le début, son coup était calculé. Fyodor, la bouche ensanglantée, hurle. Non pas de souffrance mais de rage. Krishna l’assomme d’un revers de manche de sa lance et vise sa gorge avec la lame pour l’achever. Seulement, la cosmo énergie d’Eaque s’approche à grande vitesse et il sera là d’une seconde à l’autre. Krishna se résigne et quitte le secteur en direction du sud, en réalisant des bonds prodigieux de roches en roches.
Dehors, à Jamir, Mû et Shaka se promènent. Ils font plusieurs fois le tour du domaine que surplombe la tour. Plusieurs habitants du village où vivent les derniers héritiers de la civilisation de Mû apportent dans des chariots quelques mets qu’ils ont spécialement préparés pour les voyageurs. Beaucoup de villageois ont profité de leurs présences pour venir se recueillir auprès des prêtres d’Athéna. Plus loin, certains disciples de Shaka échangent avec les Muviens des vêtements, des objets locaux et d’autres souvenirs de leurs rencontres… D’autres encore, tels Shiva et Aghora, rejoins par des guerriers Muviens, font tour à tour des démonstrations de force, en fonction de leurs capacités individuelles, tout cela en s’applaudissant à tour de rôle. A chaque pas, Mû observe l’équipe qui accompagne son camarade. Il écoute Shaka lui narrer l’objet de son périple : « … c’est ainsi que le Grand Pope accepta ma requête. L’idée d’un pèlerinage pour former mes disciples et les aider à avoir une vision plus réaliste, de ce qu’est le monde lui a fort plus. De plus, le fait d’être accompagné de prêtres d’Athéna l’a convaincu, ils ont pu prêcher la bonne parole partout sur notre route et j’ai ainsi accru mon nombre d’élèves. Ainsi, nous avons fait un crochet dans mon pays natal et nous sommes rendus, non sans difficultés, au panthéon du dieu Shiva. Je dois admettre que l’occupation de notre armée a calmé les esprits trop belliqueux des soldats et du peuple. Désormais beaucoup de loyaux sujets de Shiva ont juré de prêter serment au Grand Pope… » A cette annonce, Mû plisse ses yeux, comme si cela le dérangeait. _ « N’est-ce pas dangereux de guider par la force les partisans d’un dieu vers un autre ? _ Pourquoi le serait-ce ? Notre victoire contre le rebelle Shiva a révélé aux yeux de ses adeptes la vérité. Cette vérité est impitoyable, chaque individu croit ce qu’il veut et sa vérité est immuable. Ils ont longtemps cru que les révoltes de Shiva à l’encontre du domaine sacré étaient justifiées. Cette guerre leur a prouvé le contraire, en les entraînant dans une défaite où beaucoup perdirent femmes et enfants. Toutefois, malgré la récession et la mise en place d’un gouvernement athénien sur place visant à maintenir la paix sous notre occupation, le peuple a découvert qu’il était auparavant privé de nourriture, de travail et de liberté. _ N’y a-t-il pas une défaillance au niveau de la moralité ? Je veux dire, ne trouves-tu pas ça mal de pousser un peuple à devenir fidèle à un autre dieu ? _ Le mal absolu, ou même la justice parfaite, tout cela n’existe pas. Chacun considère ce qui est bien ou mal selon ses propres critères. C’est par les actions des Athéniens dictées par le Grand Pope que le peuple de Shiva se tourne vers Athéna, il s’y oriente de lui-même, de son libre arbitre. » Mû préfère changer de sujet de conversation. Il regarde au loin Hasu. La magnifique femme est bien la seule à ne pas se mêler à la foule. _ « Il s’agit d’une de tes disciples ? _ C’est bien ça, sourit gêné Shaka. Elle est originaire du Sanctuaire. Elle a de très bonnes prédispositions en matière de techniques de combat, mais elle a préféré abandonner son apprentissage de femme chevalier après m’avoir rencontré. _ Tu as corrompu son esprit en lui évoquant les bienfaits de la recherche de son « moi » intérieur et de la perfection tel Bouddha, le taquine Mû ! Shaka est amusé, il rit un instant avant de se reprendre : _ Je l’ai rencontré dans le palais du Grand Pope. Elle venait lui annoncer qu’elle préférait vénérer Athéna en étant à ses soins en formant sa garde personnelle plutôt que sur le champ de bataille, en devenant Saintia plutôt que Saint. Je lui ai donc proposé de rejoindre mes élèves, pour trouver en elle la grandeur et en faire une parfaite prêtresse aux connaissances accrues. _ Elle semble pourtant si triste ! _ L’indécision amoureuse certainement… Elle était très attachée au chevalier Algol de Persée avant son départ. Les préceptes du Grand Pope à ce sujet sont formels. Devenir Saintia c’est vouer son âme et son corps à Athéna, et Athéna uniquement. D’où ma volonté de la conduire avec moi dans ce périple afin qu’elle ouvre les yeux sur les renoncements qu’oblige une vie de Saintia. _ Elle est magnifique… Sa grâce et son élégance me rappellent ma femme. » Shaka reste muet quelques instants pour laisser à Mû le temps d’évacuer sa douleur. _ « Tu sais Mû, j’ai beaucoup réfléchi à ce que Kiki et toi avez dit tout à l’heure. Un cri strident, un fidèle d’Hadès… Mes longues conversations avec Bouddha m’ont appris qu’un Spectre de la Mandragore faisait partie de l’armée d’Hadès. Alors bien entendu, l’armée d’Hadès n’est pas encore revenue sur Terre, mais rien n’empêche à la réincarnation de celle-ci de s’éveiller petit à petit à ses futures aptitudes. _ Tu sous-entends que Médée souffre du cri d’une mandragore. _ Je le pense en effet. Si cet homme est la réincarnation de ce Spectre et qu’il a une certaine maîtrise de sa cosmo énergie, il est possible qu’il ait développé un arcane se rapprochant des attributs de son étoile protectrice. Un guerrier suffisamment expérimenté peut très bien souffrir de cette technique sans forcément succomber aux maléfices d’une mandragore. _ La mandragore est une plante dont la racine est de forme humaine. On raconte qu’elle était issue de la fécondation de la terre par du sperme de pendus vierges. Lorsqu’elle était arrachée du sol, elle émettait un cri si perçant qu’elle tuait toute forme de vie alentour. Les végétaux de Jamir sont capables de rompre n’importe quel maléfice. Hélas, aucun des élixirs que j’ai pu réaliser n’a fonctionné. A l’heure actuelle, elle est toujours inconsciente, raide et froide, entre la vie et la mort. _ Pourquoi ne reviens-tu pas au Sanctuaire ? Là-bas, dans la grande bibliothèque du domaine sacré tu trouverais certainement un remède pour combattre son mal. _ Mon peuple dispose déjà d’un niveau de connaissance qui, s’il n’est pas supérieur à ceux des livres du Sanctuaire, lui est égal. Tu as vu le résultat de tes propres yeux. Et puis je doute que ma présence au Sanctuaire soit des plus appréciées. _ Ne dit pas de sottises Mû. Le Grand Pope attend avec impatience ton retour en Grèce. _ J’en doute. Tu n’es pas sans savoir que le Grand Pope a été mon professeur. Durant des années je l’ai côtoyé et j’ai été inondé de sa cosmo énergie bienfaisante. Aujourd’hui, je ne ressens plus ce qui caractérisait le cosmos de mon maître. Pas plus que je n’approuve les actes de son second, Arlès. » Shaka stoppe sa marche et commence à développer tout autour de lui sa cosmo énergie. _ « Mû, tu sais que tu es le Saint d’or que je respecte le plus, mais je ne peux tolérer que tu récuses les actes du Grand Pope Shion et de son frère Arlès. _ J’en ai conscience. C’est justement parce que je suis habité par le doute que j’ai choisi de servir le Sanctuaire et Athéna en occupant ici, un poste plus stratégique que militaire en réparant les armures, plutôt qu’en participant aux inquisitions des territoires considérés hostiles. » Shaka calme petit à petit ses ardeurs et encourage d’une voix paisible son camarade : « Quoi qu’il arrive, ne perd pas espoir, il doit exister un moyen de sauver Médée. » Mû le remercie d’une tape amical sur l’épaule puis prend congé de lui. Il se téléporte auprès de sa belle afin de lui préparer d’autres remèdes.
Shaka rejoint donc Hasu en marchant délicatement et en soignant chacun de ses mouvements, ce que remarque la jeune femme. _ « Quelle application ! Le moindre de vos faits et gestes est irréprochable. Comme si tout était calculé. _ Pourtant j’agis en toute spontanéité. Certainement sont-ce mes conversations avec Bouddha qui me permettent de me prononcer en toute lucidité et mes gestuelles spirituelles qui m’aident à vivre en harmonie parfaite. » Admirative, la jeune femme accepte de poser sa paume de main contre celle que lui tend Shaka : « Allons nous promener. Mon ami Mû ne m’en voudra pas de vous emmener dans son village natal. » A l’intérieur de son atelier, Mû sent le retour par téléportation de Kiki. L’enfant s’empresse aussitôt de donner des nouvelles à son professeur : « Le rosaire de Bouddha ! Il est en la possession du fanatique de Poséidon. Il se rend au sud de l’Inde ! »
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« le: 1er Mai 2010 à 13h22 »
Chapitre 12 La journée est semblable aux dernières que Shiryu a passé depuis une semaine aux Cinq Pics en Chine. Il est assis, les jambes croisées, les yeux fermés, l’esprit vidé, torse nu sous une grande cascade d’eau froide. Sans même avoir pris la peine de manger ou même de bouger, Shiryu fait preuve d’un état d’esprit impénétrable, il ne fait qu’un avec la nature. C’est la seconde fois aujourd’hui, que Shunrei descend pour venir au point de chute de cette eau glacée. Elle vient veiller sur son ami qui a accéléré son apprentissage depuis plusieurs mois. L’orpheline recueillie par Dohko il y a quelques années est rejointe par le vieillard. _ « Shunrei, je te croyais partie cueillir des fruits. _ Je ne pouvais pas rester ainsi sans me soucier de Shiryu. Ca fait huit jours, que Shiryu se concentre intensément, sans même se nourrir. Depuis… Depuis le départ d’Ohko, je vous trouve particulièrement sévère avec lui. _ Oh, oh, oh… Shunrei, ma belle enfant, ne pense pas que je reporte ma déception éprouvée envers Ohko contre Shiryu, rigole Dohko. Au contraire, depuis qu’il est mon seul élève, Shiryu m’a persuadé qu’il avait toutes les capacités pour faire un excellent chevalier. C’est pourquoi je lui fais pratiquer des exercices qu’un simple apprenti ne pourrait supporter. Dans quelques années, Shiryu aura un rôle important à jouer pour l’équilibre de la paix du monde. Depuis qu’il porte la marque du Dragon, il progresse chaque jour davantage, son cosmos se développe de façon exponentielle. » Le vieillard, se laisse tomber dans l’eau qui lui arrive jusqu’au cou. Il tend son bras, la paume de la main ouverte, en direction de Shiryu et annonce à Shunrei : « Ouvre grands tes yeux mon enfant et observe la concentration du Dragon ! » De la main à la peau ridée et violette de Dohko, tourbillonne un faisceau lumineux : le cosmos. Sa cosmo énergie influe sur l’onde. L’eau se soulève et forme un tigre aux dents longues accompagné d’un dragon au corps long et à la gueule énorme. Tous deux, alimentés par l’écume et le cosmos du Vieux Maître, se jettent sur Shiryu qui disparait au moment de l’impact bien que depuis des semaines il gardait les yeux fermés. Les deux formes animales, qui ont explosées contre la roche où était assis Shiryu, se reforment aussitôt et cherchent le futur Saint de bronze. En toute agilité, Shiryu a sauté jusqu’à la berge. Il se tient en position de combat. Sur son torse saillant s’évaporent les gouttes d’eau, désormais réchauffées par son flux énergétique. Ses longs cheveux fins, encore humides, se soulèvent en direction des cieux et ses beaux yeux émeraude brûlent de mille feux. Shiryu attend que le tigre vienne à lui pour se jeter à sa rencontre, pied droit en avant. Sa jambe, chargée de son cosmos, frappe le tigre d’eau en plein flanc et le fait s’évaporer. Shiryu se réceptionne dans le fleuve où le dragon le cueille, gueule grande ouverte. Shiryu observe la bouche de l’animal, prêt à le dévorer, et se laisse à l’intérieur poing en avant. Shiryu est avalé par le dragon, au plus grand désarroi de Shunrei qui se cache le visage. Pourtant, le dragon magique de Dohko reste figé en l’air, comme paralysé par un malaise qui le prend de l’intérieur. Effectivement, Shiryu finit par ressortir de la cage thoracique de l’animal. Le monstre aquatique explose aussitôt. Il emporte l’élève dans une vague de deux-mètres qui s’écrase contre la roche où chute la cascade. S’en est trop pour Shunrei. Elle se presse de courir jusqu’à la berg, en hurlant à pleins poumons le prénom de son ami. Dohko ne dit rien, il baisse sa tête et affiche un sourire dissimulé par son grand chapeau. La voix amicale de Shiryu venue de derrière eux rassure Shunrei : « Je suis ici Shunrei. » La malheureuse se retourne, la larme à l’½il tandis que Dohko fixe fièrement son disciple. _ « Félicitation Shiryu. Tu es prêt. » _ Prêt ?! Prêt à quoi Maître ? _ Prêt pour le Rozan Sho Ryu Ha. _ Le Rozan Sho Ryu Ha ?! Dohko n’en dit pas plus, il repart à sa maison en invitant ceux qu’il considère comme ses enfants, à faire de même : « Rentre donc dîner et te reposer un peu. Demain, commence la partie la plus rude de mon entraînement. » En Grèce, au Sanctuaire, devant la maison du Bélier, Aiolia est couché sur le dos, le corps encastré dans les dalles de l’entrée de la demeure. Devant lui se dresse Enée, pris d’une frénésie inquiétante. Ses veines gonflent de plus en plus, ses muscles sont chargés d’énergie et son visage crispé le rend méconnaissable. Son pied droit n’a de cesse de cogner le Lion au visage, sur le torse et sur les bras. Fort meurtri par la violence du Shield Slash de l’Alcide, Aiolia entend ses os se rompre petit à petit. Un nouveau craquellement fait frémir Enée d’enthousiasme : « Ton bras droit ne te sera plus d’aucune utilité maintenant ! Je vais te débarrasser de l’autre pour m’assurer que tu ne représentes plus aucun danger… Ah… Ah… Ah… » Aiolia serre fort la mâchoire pour ne pas laisser transparaître sa douleur et roule difficilement sur le côté, pour esquiver le pied de son ennemi. A peine debout, Aiolia essuie un violent crochet du gauche qui le fait chanceler. Un second coup le fait choir sur le postérieur. Dans sa folie, Enée bave de rage : « Tu ne veux pas mourir Saint d’or ? Pas grave, je vais t’y aider : Charging Stars ! » Les Etoiles Offensives d’Enée n’ont plus rien à voir avec les ridicules météores habituels. Elles se transforment en novas obscures qui viennent impacter par centaines Aiolia. Le Lion n’a pas l’occasion d’esquisser la moindre réaction. Plusieurs fois heurté au crâne, il s’écroule quelques marches plus bas, victime d’une importante hémorragie. Enée lui tourne le dos et projette de passer l’entrée du palais. C’est sans compter sur le ton impératif du félin : « Arrête tout de suite ! Je t’ai déjà dit que tu ne franchiras pas le seuil de cette maison. » Bien qu’étendu, le visage écrasé contre la roche, Aiolia remue difficilement les lèvres pour affirmer son autorité. Enée s’extasie à pleins poumons : « Ne soit pas ridicule Saint d’or ! Tu es plus mort que vif ! Jamais tu ne pourras me faire face davantage. Le chien des enfers qui vit en moi s’est réveillé. Chacune de mes techniques de combat a évolué de façon exponentielle, aussi bien dans la puissance dégagée, que dans l’exécution des coups. Maintenant qu’il ne te reste plus qu’un bras, je ne vois pas en quoi tu pourrais m’être supérieur… » Quelques éclairs jaillissent du corps d’Aiolia. Son cosmos, puise en tout ce qui lui reste, pour l’aider à lever son corps. Le Saint du Lion, pris d’un soudain vertige, reste accroupi et tient sa dernière chance en son bras gauche. _ « Ton Lightning Bolt est bien ridicule. Puisque tu aimes les éclairs, je vais invoquer mon ultime arcane. Je vais te faire l’honneur de succomber d’une décharge électrique sans précédent… » Au-dessus d’Enée, le ciel s’assombrit. La pluie tombe aussitôt sur les environs de la maison du Bélier et l’orage gronde. Désormais que les barrières de Spartan et Deathmask sont tombés, Enée jubile de ressentir à nouveau le cosmos d’Hébé : « Je sens enfin l’âme de ma déesse m’accompagner ainsi que celles d’Iphiclès et Juventas. C’est avec leur aide, que je vais invoquer mon plus puissant coup… »
Dans le centre de la ville d’Honkios, des gardes athéniens s’amusent à bousculer et à humilier ce qu’il reste des vingt hommes aux crânes rasés qui ont conduit Hébé en litière jusqu’au colisée. Habillés d’un léger voile bleu autour de la taille, ces serviteurs sont frappés, légèrement lacérés par les armes et mis à nu. A l’intérieur de la litière d’Hébé, les Athéniens, sur ordre du commandant Phaéton, regroupent les jeunes servantes. Un des soldats sort de la chambre mobile à moitié vêtu et déclare à Phaéton : « Voilà mon commandant, je me suis occupé de la dernière, il n’en reste plus qui soit vierge. » Un second intervient : « Que faisons-nous à présent ? Devons-nous les brûler avec cette litière. » Phaéton brandit un glaive et pointe la lame contre la gorge du malheureux : « Imbécile ! Nous sommes devant un temple d’Athéna. Même si nous punissons ce peuple rebelle crois-tu qu’elle nous pardonnera d’une telle offense ? » Il interpelle l’ensemble de ses hommes : « Enfermez ces jeunes femmes dans un cachot. Nous les vendrons au prochain marché des esclaves. _ Et pour les hommes commandant ? Que faisons-nous, s’enquiert un autre officier ? _ Le même sort doit être réservé à ces eunuques. Toutefois il s’agit là d’êtres purs, leur chasteté doit être violée. Une fois que vous vous serez occupés d’eux, rejoignez les autres sur le champ de bataille ! Le périmètre a été sécurisé, j’assurerai le maintien de l’ordre ici avec les deux légions déjà en place. » Depuis un temple d’Athéna dressé dans la ville, là où les prêtres bedonnants et peu téméraires sont agglutinés aux barreaux des fenêtres pour guetter les environs, le Saint d’or des Poissons s’impatiente. Il se tourne vers le Grand Pope dont il s’est chargé de la fuite du colisée. _ « Majesté, combien de temps encore allons-nous rester cachés ici avec ces prêtres grassouillets et ennuyeux ? Je peux très bien assumer votre protection jusqu’à votre chambre. _ Calme toi chevalier d’or, cette retraite est indispensable. Il n’est pas envisageable d’entreprendre la traversée des douze maisons, tandis que nos adversaires l’ont déjà entamée et que de nombreuses troupes hébéïennes circulent encore dans les environs. _ Nous pouvons très bien emprunter le passage secret et… _ Il suffit chevalier ! Aurais-tu l’outrecuidance de discuter mes ordres ? _ Jamais votre grandeur, s’agenouille solennellement Aphrodite. » Saga poursuit en faisant le tour du temple et en s’arrêtant devant une statue d’Athéna qu’il fixe avec insistance : « Je comprends ta contrariété. Nous sommes enfermés ici, avec quelques prêtres poltrons, qui n’ont pour toi aucune once de courage ni aucun charme, tout ce que tu hais. Toutefois, la barrière cosmique a été brisée, maintenant qu’Hébé est capable de communiquer avec ses hommes, je ne serai pas étonné qu’elle ordonne d’investir le temple d’Athéna, afin de l’enlever après m’avoir assassiné. Notre déesse est protégée par plusieurs chevaliers d’or qui veillent sur leurs demeures. Seulement moi, je suis à découvert. Je ne doute pas de tes capacités, tout comme je ne doute pas des compétences de Phaéton pour préserver la sécurité autour de ce temple. Attendons encore un petit peu que les choses évoluent… » En Chine, aux Cinq Pics, Shiryu, est sur le porche d’une bâtisse faite de bambou et de chevrons au bois sec. Après une courte sieste dans cet abri qui lui sert de chambre depuis son arrivée, il reste contre une poutre, à observer un oiseau nourrir ses petits à la becquée. Il porte des vêtements secs et des ballerines aux pieds. Sa peau est encore douce d’avoir été se baigner dans les sources chaudes, où il a pris le temps de digérer le succulent repas de Shunrei. L’amour que porte cette mère à ses oisillons lui rappelle cette amitié qu’il partage avec Shunrei. Il se remémore son arrivée en Chine.
Sur les cent orphelins de la fondation, il fut le seul à être conduit ici. Après un trajet en jet où il atterrit à Beijing, accompagné d’un représentant de la Fondation Graad, Shiryu avait traversé à pieds durant des semaines les petits villages les plus reculés du pays. Aucun autre moyen de locomotion ne permettait de franchir l’arrière-pays où les coutumes locales luttent contre l’expansion économique de la capitale. Il revoit encore le costume noir du membre de l’administration des Kido couvert de boue et déchiré par quelques ronces. L’échange entre le Vieux Maître et ce représentant furent rapides. Le collaborateur l’a salué en inclinant la tête et a seulement déclaré : « Mon maître, Mitsumasa Kido a réuni de nombreuses informations à votre sujet. Votre sagesse et votre force font de vous un être aux pouvoirs dépassant l’entendement. Il vous confie ce jeune orphelin afin qu’il devienne chevalier. Nous communiquerons avec vous par courrier, depuis le village qui se situe en bas des Cinq Pics afin de prendre de ses nouvelles. » Rien de plus, rien de moins. A cela le Vieux Maître rétorqua futilement : « Qu’il en soit ainsi. Shunrei, ma petite-fille, répondra à vos lettres lorsqu’elle y descendra pour nous ravitailler en nourriture. Adieu mon garçon. » Shiryu se revoit, tout enfant qu’il était, observer l’homme à la cravate sombre et à la chemise blanche jusqu’à ce que ce dernier ne soit plus qu’un point à l’horizon. Dès ses premiers mots, le Vieux Maître lui parut être une personne affectueuse et remplie de bon sens. Une fois qu’il eut fini de lui détailler les différentes phases de son entraînement à venir, Dohko lui présenta cette mystérieuse Shunrei, dont il entendit précédemment le nom et qui l’épiait depuis son arrivée… Des brindilles séchées se craquèlent soudain et sortent Shiryu de ses songes. Shunrei apparait devant lui en lui offrant un sourire rempli d’affection. _ « Je me rappelais notre première rencontre. J’en étais au moment où le Vieux Maître t’a présenté à moi. Ce jour-là, nous avons fait connaissance et nous nous sommes amusés toute la journée, sans que je ne me doute du dur apprentissage qui m’attendait. _ Pourtant tu ne t’es jamais plaint. _ Jamais ! Par ses leçons, le Vieux Maître a donné un sens à ma vie. Quant à toi, tu étais là pour apaiser mes doutes. Vous êtes mes seules raisons de vivre aujourd’hui. Une fois que j’aurai gagné l’armure et qu’elle sera ramenée au Japon, la Fondation Graad n’aura plus besoin de savoir ce que je deviens. Nous pourrons vivre heureux à trois, sans que je ne mette ma vie en danger chaque jour. Il ne me reste que cette technique dont je ne connais pas encore les vertus à apprendre. _ La Colère du Dragon, le Rozan Sho Ryu Ha ! Il s’agit d’une technique que seul le maitre maîtrise. Il m’a expliqué que seul celui qui portait la marque du Dragon dans son dos pouvait l’exécuter. Il y a de ça des centaines d’années, lorsque notre maître n’était qu’un simple élève, il dû attendre que la marque du Tigre se manifeste dans son dos pour pouvoir invoquer cet arcane. Nombreux furent ses compagnons puis par la suite ses élèves qui moururent en souhaitant en faire l’usage. _ La marque du Tigre et du Dragon, murmure pensif Shiryu… Seuls ceux qui naissent avec peuvent maîtriser la force du Sho Ryu Ha n’est-ce-pas ? _ Tu n’y es pas ! On ne nait pas Tigre ou Dragon, on le devient ! Le maître est devenu le Tigre, toi tu es devenu le Dragon ce fameux soir qui a disparu de ta mémoire… » En Grèce, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le colisée, le calvaire se poursuit pour Spartan. Maintenant qu’Hébé est libérée de l’étreinte du Saint d’or du Cancer et du mercenaire, ¼dipe a choisi d’assurer la protection de sa déesse en éliminant le gênant mercenaire aux pouvoirs télékinésiques. Par la concentration de son mental, ¼dipe frappe le corps de Spartan sur toute sa surface. Toutefois, Spartan se relève toujours. A chaque fois plus meurtri mais toujours aussi motivé. Son rêve de devenir chevalier s’est envolé le jour où l’armure représentant sa constellation protectrice est revenue à un autre que lui. Depuis il s’acharne à donner le meilleur de lui-même, pour représenter l’ordre dans le Sanctuaire sous le statut d’un mercenaire. Son opiniâtreté a fait de lui, aux yeux de nombreux chevalier, l’égal d’un Saint. Certains se permettent même de comparer ses capacités à celles des Saints d’argent.
Toujours est-il que, le puissant Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale malmène cet enfant prodige du Sanctuaire. La voix de l’Alcide résonne dans les airs : « Le Fracas Mystique t’a sérieusement diminué. Pourtant il ne t’a blessé qu’un rein. Si je n’avais pas été obligé de m’atteler à ta barrière, j’aurai mieux localisé mon arcane. Cette fois-ci je ne te raterais pas, c’est ton c½ur qui va exploser : Mystic Smash ! » Spartan se raidit, il se cramponne à nouveau le foie, le rein gauche, le c½ur, la tête… puis hurle de désespoir : son poumon gauche est transpercé. ¼dipe est frustré : « Je ne t’aurai pas cru capable d’enrayer le cosmos que je destinais à ta mort. Tu as pu arrêter le Fracas Mystique au niveau du poumon, ce qui l’a simplement perforé… » Spartan manque de souffle, il commence à bleuir et laisse ses bras tomber le long de son corps. ¼dipe poursuit : « Le Mystic Smash me demande un trop gros effort de méditation. Dans ton état tu es plus mort que vif, mon Ecraseur Psycho est bien suffisant pour te donner le coup de grâce : Psycho Crusher ! » Un cube cosmique enferme Spartan et le foudroie sous l’impulsion énergétique croissante d’¼dipe. La fin est proche pour Spartan…
Lorsque soudain, le corps d’¼dipe est enroulé d’un cosmos violet et disparait énigmatiquement.
Au pied de la colline, un homme, dont l’armure est aussi aveuglante que les rayons du soleil s’avance péniblement. Maintenant sa main gauche contre son plastron fissuré par le cosmos d’Hébé et pointant son index droit en direction du difforme Alcide, Deathmask reste identifiable malgré les égratignures qui couvrent son visage. Il prononce avec effroi la sentence qu’il vient d’administrer au bourreau de Ptolémy, de Gigas et de Spartan : « Sekishiki Meikaiha. » Cependant, l’Italien n’est pas au bout de ses surprises. Tout à coup, la silhouette d’¼dipe réapparait devant lui aussi vite qu’elle a été emportée précédemment. Le Cancer perd immédiatement ses nerfs : « Comment est-ce possible ?! L’enfer ne veut-il pas de toi ?! Les Cercles d’Hadès ne suffisent-ils pas à te conduire auprès de tes semblables déjà assassinés ? » L’homme au physique ingrat fait résonner sa conscience dans l’atmosphère : « Je te remercie pour cette petite balade dans les jardins de mon enfance chevalier. Vois-tu, je connais les chemins des enfers, ainsi que tous les raccourcis qui y conduisent, depuis le moment où mon âme est tombée prisonnière de cette enveloppe charnelle maudite, c'est-à-dire depuis ma naissance. J’y ai passé trop de temps pour me priver aujourd’hui de te rencontrer toi, l’homme contre lequel Sa Majesté Hébé a été obligée d’intervenir en personne pour enrayer ta prison cosmique ! _Tu prétends connaître le chemin qui conduit au puits des âmes par lequel les esprits entrent dans l’au-delà ?! Tu dis même y avoir déjà voyagé ?! Voyons donc comment tu réagiras une fois nos âmes téléportées sur place : Sekishiki Meikaiha ! » Devant la seconde maison du zodiaque, Aldebaran est assis. Les jambes croisées, les mains sur les genoux et les yeux fermés devant sa demeure, il suit avec attention le déroulement des différents combats. Le vent invoqué par le cosmos d’Enée souffle jusqu’à sa maison et l’interpelle. Il se presse aussitôt de la traverser et de se diriger sur le flanc droit du temple. Il débouche sur un champ sablonneux qui dessert une encablure d’où résonnent quelques pas. Ce chemin étroit reprend plus haut en direction de la maison des Gémeaux. Aldebaran enjambe les squelettes desséchés des malheureux qui, par le passé, ont espéré tromper la vigilance des gardiens de ce temple, en usant eux aussi de l’emprunt du passage secret reliant toutes les maisons du zodiaque. Etudiée afin qu’un quelconque envahisseur puisse être pris au piège, l’allée secrète et usagée, est si étroite qu’il y est impossible d’avancer côte à côte avec une autre personne. De tout son long, elle est entourée par de hauts rochers ; l’occasion idéale pour Aldebaran de tendre un guet-apens aux vingt soldats Hébéïens qui se hasardent dans son antre. A proximité de la sortie du passage, les soldats, en file indienne, se tiennent sur leur garde. Et pour cause, la terre commence à trembler. Un soldat regarde vers le ciel et remarque que depuis les hauts rochers qui délimitent le chemin s’est décelée une lourde roche. Il a à peine le temps de donner l’alerte que l’énorme bloc tombe au beau milieu de la troupe, tuant sur le coup cinq des visiteurs. Du sommet des rochers, apparaît Aldebaran, les bras croisés : « J’ai senti de nombreux cosmos s’embraser aujourd’hui et j’en ai immédiatement conclu que nous étions trahis par Hébé ; mais de là à penser que ses hommes auraient la lâcheté d’utiliser le passage secret pour venir ôter la vie d’Athéna… » Un soldat l’interrompt : « Nous ne sommes pas des lâches et nous voulons trouver Athéna pour… » Le pauvre n’a pas le temps de finir sa phrase, que son corps s’encastre dans la pierre, perdant ainsi instantanément la vie. Le calme Taureau s’emporte : « Comment oses-tu me couper la parole ? C’est un manque de respect envers ton adversaire. De toute manière votre sort est tout trouvé, vous allez périr pour avoir entrepris, sans permission d’Athéna, la traversée des douze maisons du zodiaque ! » Les quatorze soldats restant se jettent à corps perdus contre le colosse qui, sans leur donner l’impression d’avoir esquissé le moindre geste, brise leurs modestes armures et leurs vies… Avant de quitter l’étroit chemin, Aldebaran fixe l’horloge du Sanctuaire. L’heure défile, la flamme de la Balance s’est éteinte depuis bientôt une heure, c’est donc tout logiquement que brûle pour ses derniers instants celle du Scorpion. En Chine, aux Cinq Pics, Shiryu marche les mains dans les poches. L’air lui paraît agréable et la forêt est silencieuse. Toutefois, l’esprit du jeune garçon est torturé par le doute. Il retrouve le Vieux Maître assis sur le bord du chemin qui longe le fleuve, tenant une canne en bambou et un fil rudimentaire qui lui sert de ligne pour la pêche. Calme et patient, le Vieux Maître, les yeux pourtant clos, lève sa canne et sort un poisson de taille moyenne qui s’échoue sur l’herbage verdoyant. Souhaitant mettre fin aux souffrances de l’animal, il l’apaise avec sa cosmo énergie et s’adresse à Shiryu qui s’imagine être passé inaperçu jusqu’ici. _ « Que puis-je pour toi mon fils ? _ La marque du Dragon maître. Shunrei dit que je suis devenu le Dragon un soir qui a fui ma mémoire… _ Assieds-toi à mes côtés mon garçon. C’était il y a six mois, quelques semaines avant qu’Ohko nous quitte… » Flashback Il y a de cela six mois, tandis que Shiryu effectuait des tractions, les pieds agrippés à une branche d’arbre, la tête en bas, Ohko accompagnait Shunrei au village qui se trouve au versant des cinq montagnes. Négligeant les exercices du Vieux Maître, il avançait, mains derrière la tête, en compagnie de Shunrei. Il partageait avec elle une amitié tout aussi complice et puritaine que celle qu’elle entretenait avec Shiryu. Si l’orphelin appréciait amener Shunrei au village, c’est parce qu’il y semait le désordre sans craindre quiconque. Sur le chemin du retour, il attrapa fermement Shunrei par le bras, alors qu’elle le fixait avec mépris pour son comportement infect au village. Ohko voulut obtenir le pardon de Shunrei. Il ne supporta pas le refus de la jeune femme qu’il bouscula contre un arbre. Percevant le danger qui guettait Shunrei, Shiryu arriva et ordonna à son camarade d’arrêter là sa tentative. _ « Le brave toutou du Vieux Maître veut me donner des ordres. Tu oublies que tu es plus faible que moi. Je suis aux Cinq Pics depuis bien plus longtemps que toi, j’ai toujours eu une longueur d’avance. _ Qu’importe ! _ Dans ce cas tu l’auras voulu… » Ohko se jeta sur Shiryu et entama un combat très équilibré à son début, chacun trouvant la parade à l’autre. Néanmoins, même s’il parait les coups d’Ohko, Shiryu dû admettre que les impacts étaient chaque fois de plus en plus puissant et il faiblissait petit à petit… Jusqu’à ce qu’Ohko prenne l’avantage en le frappant violemment, d’un crochet du gauche à la tempe. Il lui adressa ensuite un coup de pied dans les côtes et un ultime coup à l’abdomen qui le fit vaciller. Au sol, Shiryu écoutait impuissant les sanglots de Shunrei. Le futur Saint de bronze était furieux envers son camarade, mais aussi envers lui-même de ne pas pouvoir se révolter davantage. Il puisa en lui toutes ses forces, réunissant le fruit de ses premières années passées auprès du Vieux Maître, mêlant à cela toute sa rage. Alors qu’elle se précipitait au chevet de Shiryu, Ohko retint Shunrei fermement par le bras : « Ca suffit Shunrei. Rentrons. » Tandis qu’Ohko ignorait la réaction de Shiryu, les yeux de ce dernier devinrent révulsés. Ses cheveux se levèrent brusquement vers le ciel qui s’assombrit d’un coup, dégageant son dos sur lequel vint s’abattre le tonnerre invoqué par la furie de Shiryu. Sa peau ne fut pas brûlée, non, après le passage de la foudre, seul un dragon marquait le dos du jeune homme qui hurla avec hargne : « Lâche-la ! » Flashback Shiryu écoute son maître. Ebahi, il le questionne. _ « Et ensuite ? _ Ensuite, personne ne sait vraiment ce qui s’est passé. Tout fut trop rapide pour que Shunrei ne discerne quoi que ce soit. Lorsque je suis arrivé, tu étais couché sur le ventre, inconscient, tout comme Ohko qui avait sa tunique arrachée et son torse marqué d’hématomes. Shunrei était agenouillée à tes côtés. Lorsque vous avez repris connaissance ni Ohko ni toi n’eurent le souvenir de cet incident, vos esprits étaient encore en état de choc j’imagine. Tu as continué à vivre sans même savoir d’où provenait ce tatouage qui apparait sur ton dos, chaque fois que ta concentration est à son paroxysme. _ Shunrei ne m’a jamais évoqué cette incartade. _ Elle ne voulait pas générer un conflit entre Ohko et toi alors que la tension était déjà pesante. Elle fit comme si de rien n’était devant Ohko, bien que leur amitié fut brisée à cet instant… » En Grèce, au Sanctuaire, près d’Honkios, la bataille fait rage dans le colisée. Hébé, portée par Juventas, est poursuivie par le Capricorne. Craignant pour la sécurité de sa déesse, Juventas n’ose pas faire front à son adversaire. Elle bondit partout dans l’amphithéâtre, dévasté par l’impact d’Excalibur. Les échafaudages installés pour agrandir le colisée en ce jour de fête s’écroulent, emportant avec eux des dizaines et des dizaines de soldats des deux camps. Les marches sur lesquelles étaient assis les visiteurs sont jonchées de cadavres et de sang. Les vestiaires, établis de façon rudimentaire, sont complètement saccagés. Bien qu’à l’extérieur du colisée l’avantage soit athénien, on ne peut pas en dire autant à l’intérieur même du grand stade où les hébéïens sont en grande majorité. Un nouvel Alcide, Iolaos de l’Hydre de Lerne, a réussi à s’introduire avec les gardes et occupe Shaina, Babel et Docrates.
C’est ainsi que Juventas conduit Hébé dans un regroupement de soldats pouvant assurer sa sortie maintenant qu’ils ont le contrôle d’une partie des couloirs de l’enceinte. Shura a beau les suivre, il est balayé dans les airs par Iphiclès qui surgit enfin après avoir perforé le c½ur d’Indus. _ « Je vois, ce sera toi contre moi désormais, se relève Shura. _ J’y compte bien. » Shura, seul face à une majorité d’hébéïens, se met en garde. Iphiclès s’entretient rapidement avec Juventas : « L’arrivée d’Iolaos et de ses hommes, va te permettre d’assurer la retraite de Notre Majesté. Repartez immédiatement en direction de l’ouest, pour emprunter le pont cosmique crée par notre déesse, afin de rentrer sur notre île d’Yíaros. Ne vous souciez pas des hommes qui resteront sur place. Je vais me défaire de ce Saint d’or et gravir les douze maisons avec nos amis pour trouver Athéna. _ C’est bien trop risqué Iphiclès, s’inquiète-t-elle ! _ Ca le sera encore plus si vous restez ici. Prenez le maximum d’hommes survivants pour protéger notre île en attendant notre retour. » Hébé acquiesce : « Qu’il en soit ainsi ! » Juventas vient cueillir la main d’Iphiclès et la lui sert chaudement. Iphiclès lui déclare : « Soit rassurée mon amour. Je reviendrais à Yíaros victorieux. Veille sur notre fille en attendant mon retour. » De sous le masque de Juventas, coulent quelques larmes. Il est difficile de s’imaginer, que l’Alcide des Juments de Diomède, puisse disposer de sentiments, tant le masque qui cache son visage est garni de cruauté. Les Hébéïens entament leur retraite avec une organisation exemplaire. En quelques minutes, il ne reste bientôt plus que Babel, Docrates et Shaina qui combattent Iolaos, Iphiclès et Shura, ainsi qu’Apodis, inconscient. Remis de ses efforts, Astérion s’est lancé avec le reste des troupes athéniennes, à la poursuite d’Hébé. Au milieu des cadavres, les deux grands combats éclatent.
Iphiclès court, saute, rampe. Il évite les vagues coupantes d’Excalibur, et tournoie autour de Shura en espérant l’approcher. C’est seulement à quelques mètres de lui, qu’Iphiclès choisit la riposte, il attend le prochain mouvement de bras pour se retrouver de front. Il bloque ainsi le bras droit de Shura avec sa main gauche et cogne contre le flanc gauche du Capricorne avec son poing droit. Shura recule de quelques pas et n’a pas le temps de se remettre sur ses gardes. Il prend un violent uppercut qui le fait retomber sur le dos. Une véritable rivalité s’est établie entre les deux chevaliers depuis l’arrivée de l’Alcide au Sanctuaire. _ « Essuie donc le filet de sang qui coule de ta bouche chevalier d’or ! Il est inconcevable que celui qui se présente comme étant le plus fidèle Saint d’Athéna, souille ses terres avec son sang. » Shura se relève aussitôt et passe sa main devant sa bouche, pour dégager l’hémoglobine qui s’écoule de ses lèvres. Il jaillit aussitôt en direction de son adversaire et balance un coup de pied dans sa direction. En reculant Iphiclès croit l’avoir aisément évité, malgré cela le coup l’atteint tout de même à hauteur de l’épaule et lui entaille légèrement la peau, fissurant ainsi sa Cloth. _ « Essuie donc le sang qui coule depuis ton épaule Alcide. Il est inconcevable que celui qui se présente comme le seul à pouvoir me vaincre, soit déjà blessé. _ Je suis vraiment surpris Saint du Capricorne. Je ne pensais pas qu’Excalibur vivait dans chacun de tes membres. Mais il va falloir que tu fasses appel à ta toute puissance pour me vaincre, car ce ne sont pas quelques égratignures qui me mettront hors d’état de nuire ! » Les deux s’élancent dans un nouveau corps à corps. Aucun ne recule, les ondes de chocs sont si importantes que les dalles du colisée se soulèvent sous leurs pieds. Personne ne prend l’avantage, les deux combattants, se rendent coups pour coups et hormis quelques légers hématomes sur leurs visages, aucun ne laisse transparaître la moindre douleur. Ils s’analysent sans prendre de risque, Shura frappe du genou le visage d’Iphiclès. Celui-ci profite que le Capricorne soit élancé pour le frapper de son arcane : « Drill Claw ! » Les Griffes Foreuses d’Iphiclès, responsables du décès d’Indus, attaquent le Capricorne qui semble sans défense. Pourtant Shura, bien qu’il ne touche pas le sol, parvient à faire pivoter son corps à la vitesse de lumière. Iphiclès frappe dans le vide alors que Shura se trouve au-dessus de lui. Il coince ses pieds sous les bras du Lion de Némée et l’envoie à toute puissance dans les airs : « Le septième sens est inné chez les Saints d’or, par contre, tu ne sembles pas en maitriser toutes les caractéristiques. Ta vitesse d’attaque par exemple n’atteint que temporairement la vitesse de la lumière, c’est bien insuffisant pour vaincre un Saint d’or, maintenant tu vas être propulsé par la force de ta propre attaque : Jumping Stone ! » Iphiclès se retrouve catapulté dans les airs et part s’écraser contre une colonne dorique dressée à l’extrémité de l’arène afin de décorer le colisée pour la Journée Sainte. L’Alcide s’écrase au sol et est enseveli sous les décombres du pilier. Shura s’avance en direction de l’amas de poussière pour s’assurer de sa victoire. C’est une fois le nuage de fumée dissipé qu’il blanchit. Iphiclès a disparu. _ « C’est impossible ! Il était là ! Je l’ai vu s’écraser ! Il n’a pas pu disparaître à moins… A moins… A moins qu’il ne se soit déplacé à la vitesse de la lumière et qu’il ait profité de mon inattention, croyant la victoire acquise ! _ Exactement, résonne la voix d’Iphiclès dans les airs ! Tu as eu bien tort de me sous-estimer. Le septième sens, l’ultime cosmos, guide mes pas. Je sais m’en faire un atout majeur pour écraser mon adversaire. Maintenant que je sais ce dont tu es réellement capable, tu vas découvrir mes véritables capacités. _ Alors montre toi au lieu de te cacher ! Prouve-moi ces réelles capacités que tu dis tiennes ! _ Tiens donc ?! Serais-je capable de fondre mon cosmos dans l’atmosphère afin d’échapper à ta vigilance ? » Shura tourne la tête dans tous les sens, il perd son sang-froid. _ « Montre toi ! _Je suis ici ! » Shura lève la tête au ciel et retrouve l’Alcide au niveau de ce qu’il reste des tribunes d’honneur : « J’ai l’impression que finalement, le septième sens a moins de secret pour moi que pour toi. » Shura prend son élan sur le sol et court en direction de son adversaire. Iphiclès joint à nouveau ses poignets comme s’il invoque le Fatal Claw et le Drill Claw, pourtant son enveloppe cosmique est bien plus intense qu’à l’accoutumé. Ses muscles se contractent et ses yeux sont révulsés. Shura saute en direction de l’ennemi : « Excalibur ! » Des mains du Lion de Némée s’échappe un cyclone qui balaie Shura : « Tornado Claw ! » La ligne droite de la lame de Shura se perd dans les rafales de vent qui l’embarquent. Son corps est balayé par la Tornade de Griffes. Les crissements de son armure témoignent des nombreux impacts dont il écope. Son casque se retire, son visage ainsi que les rares parties de son corps démunies de protection sont lacérées. Son corps, malmené par les vents violents, est frappé par les gravats soulevé par la tempête. Puis il s’écrase au sol. Iphiclès se concentre à nouveau, il sait qu’il en faut plus pour terrasser un Saint d’or. Shura se relève avec bien du mal, sa tête tourne et son corps est en déséquilibre, son armure est rayée sur toute sa surface. C’est lorsqu’il réussit enfin à se tenir droit debout que son cosmos irradie. Ses paupières sont à demi closes en raison du sang qui perle de son front et lui coule dans les yeux. Il tremblote. Le Capricorne entre en transe. Il ne sait pas quelle technique lui réserve encore son adversaire mais il sait que pour l’un comme pour l’autre, ce coup sera le dernier. Iphiclès redescend dans l’arène et marche calmement vers Shura, ce dernier l’imite. A mesure qu’ils avancent, leurs auras s’accroissent davantage. Shura commence à trottiner tout comme Iphiclès. Enfin ils accélèrent. Puis passent à la vitesse de la lumière. Iphiclès joint ses poignets en pleine course : « Fatal Claw ! » Shura dégaine : « Excalibur ! » Iphiclès imagine que les Griffes de la Mort, semblables à dix lames, peuvent passer la seule lame qui est le fondement de l’attaque de Shura. Néanmoins, le coup du Capricorne s’effiloche comme pour transformer le gros tranchant de l’épée en plusieurs lamelles. Ainsi, elles contrent tous les coups d’Iphiclès à son grand étonnement. Au moment de se croiser, Shura entrevoit enfin la victoire, il dégage ce qu’il lui reste vraiment de cosmo énergie dans un dernier assaut : « Excalibur ! » Iphiclès réagit en déclenchant l’attaque de ses Griffes Foreuses qu’il relâche de façon bien plus puissante que son dernier coup : « Drill Claw ! » De plusieurs éclats lancés dans leur premier assaut, le second se résume à un seul et dernier coup mortel concentré au paroxysme de leurs capacités. Deux fracas retentissent. Deux flots de sang jaillissent. Deux corps chutent sur les dalles. Un se réceptionne à genoux. L’autre chute le visage en premier dans le sable. Shura observe son adversaire, baigner dans son sang. Il se tient l’épaule gauche, trouée d’une blessure de quatre centimètres de diamètre, d’où s’écoule beaucoup de sang. Le Capricorne a réussi à bouger son corps au dernier moment pour de pas être perforé en plein c½ur. Pourtant il semble bien mal en point. Bien qu’il fasse pression contre sa plaie, il reste surtout secoué par la Tornade de Griffes. Au bout de quelques pas, il trébuche et s’écroule en perdant connaissance. Couché sur le ventre, Iphiclès serre les poings, de son front, perlent quelques gouttes de sang. C’est bien peu comparé au perçage de sa Cloth partant de son pectoral droit et allant jusqu’à sa hanche gauche. Le second Excalibur a fendu son armure et son corps. Sa chair est à vif et le sang qui s’écoule de sa plaie, imprègne l’ensemble de sa tunique grenat.
Bien qu’il trempe dans son sang, Iphiclès sait qu’il a une promesse à tenir. Il prend appui sur ses mains et se redresse en faisant fi de la douleur. Son regard se porte à quelques mètres de là dans le colisée où, au milieu des cadavres, son frère d’arme, Iolaos Alcide de l’Hydre de Lerne, est sur le point d’achever son combat. Iphiclès avance péniblement jusqu’à lui : « Iolaos, mon brave, faut-il que je t’aide ? » D’une carrure imposante, le regard obscure comme les ténèbres, les cheveux longs couleur lavande glissant dans le dos, Iolaos est l’Alcide qui dispose de la Cloth la plus imposante. Du casque aux pieds, des têtes d’hydres aux faces blanches et aux yeux beiges couvrent son corps. De ses pieds à têtes d’hydres ressortent de longues lames affutées à chaque talon. Ces têtes protègent également ses tibias, ses genoux ainsi que ses cuisses et sont ornées sur le sommet du crâne de petites pointes métalliques aiguisées. Ses bras sont vêtus du même type d’ornement. Sa ceinture et son plastron ne font qu’un. Son visage est affublé d’un masque, décoré de deux perles beige représentant les yeux à tête d’hydre qui enserre son crâne et descend jusqu’à son menton en épousant les formes de ses joues. De chaque côté de son casque se décollent deux disques aux arrêtes pointues, comme si la tête principale de l’animal disposait d’une collerette. Toutefois, le plus impressionnant vient des huit tentacules reliés à son dos et se joignant toutes au beau milieu de sa colonne vertébrale. Bien qu’armure, ces tentacules, ayant en guise d’extrémités des têtes d’hydres, semblent vivants et ne faire qu’un avec les autres organes d’Iolaos. Du haut de son mètre-quatre-vingt, tout en muscle, le robuste gaillard de dix-sept ans pointe du doigt une tête de ses tentacules qui se reconstitue après un choc qu’elle vient de subir et répond à son capitaine : « Je te remercie Iphiclès, mais mes bébés et moi sommes tout à fait à la hauteur… » En disant cela, ses huit tentacules viennent tels des serpents s’enrouler chaleureusement autour de lui. Alors qu’il caresse chacune des têtes, il poursuit : « … Même si je n’ai pas ta capacité à vaincre des Saints d’or, je peux très bien me débarrasser de deux Saints d’argent et d’un mercenaire sans appeler au secours. » Alors qu’il dit cela, Shaina se ressaisit et se remet en position de combat. Iphiclès se baisse légèrement comme pour prendre appui au sol et déclare : « Dans ce cas, achève nos ennemis et retrouve-moi au palais d’Athéna. Enée a déjà entamé la montée et nous ne serons pas trop de deux pour présenter nos hommages, à la Déesse de la Sagesse. » Après ces mots, il se propulse comme une fusée hors du colisée. Shaina n’attend pas que Iolaos se positionne et l’attaque aussitôt : « Thunder Claw ! » La foudre frappe Iolaos qui ne bronche pas. Il se met face à elle pendant que les huit têtes se chargent de la riposte. Grâce à ses griffes, Shaina tranche une tête avec son bras droit qui est instantanément enroulé par un autre tentacule. Elle se défait de cette emprise, en le terrassant avec sa main gauche. C’est sans compter sur deux tentacules qui arrivent derrière elle pour lui saisir les deux bras. Un autre jaillit du sol et vient enfermer le visage de la jolie jeune femme dans sa gueule, la privant ainsi de moyen de défense. Iolaos peut enfin la marteler de coups en attendant que les deux tentacules vaincus se régénèrent. Babel vient alors à la rescousse de son alliée et quadrille parfaitement les distances pour ne frapper que le corps d’Iolaos : « Fotia Roufihtra ! » L’arcane de Babel se décline alors sous forme de lance-flammes qui ne visent que les deux appendices ébréchés. Bien qu’il ne s’agisse que de sa Cloth, Iolaos semble pourtant souffrir horriblement. Dès lors, il allonge ses deux derniers tentacules restés jusque maintenant inactifs en direction de Babel situé pourtant à six bons mètres de là pour agripper ses mains et ses pieds. Il a désormais le champ libre, pour concentrer toute sa cosmo énergie dans son poing : « Chaos Split ! » Une tête géante de serpent s’abat en direction du Saint épuisé et, au moment de l’impact, elle se sépare en neuf têtes qui entament la Cloth sur toute sa surface. Babel, secoué par le choc, retombe inconscient dans les gradins. Iolaos observe Docrates afin de s’assurer qu’il ne viendra plus le perturber maintenant que Babel est lui aussi hors d’état de nuire. Puis il s’adresse à Shaina toujours prisonnière : « Personne ne viendra te sauver ma jolie. Tu vas subir à ton tour le Chaos Split… » Au même instant, un oiseau majestueux effectue un Battement d’Ailes Prodigieux dans le dos d’Iolaos qui est balayé et qui libère Shaina de son emprise. _ « Wing Jikan No Yoyu, apparait Apodis ! » Iolaos est projeté à l’autre bout de l’aire de combat et retombe sur son visage tout égratigné par le vent violent soulevé par Apodis. Le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, tenant à peine debout depuis le combat contre Iphiclès a puisé dans ses dernières forces pour sauver Shaina. Une fois Iolaos repoussé, il perd à nouveau connaissance et replonge dans sa marre de sang. L’Alcide, lui, se relève d’un coup. Furieux, il hurle à la mort et avance d’un pas décidé en direction de Shaina. Docrates rampe jusqu’à elle : « Nos attaques sont inefficaces contre lui. Nous sommes trois contre neuf ! Ses huit tentacules sont imbattables. Nous les exterminerions un millier de fois, qu’elles se régénéreraient toujours ! » Shaina ne répond pas, elle est concentrée sur l’approche de son ennemi dont le cosmos est grandissant. Babel, couché dans les tribunes, relèvent délicatement la tête et interpelle ses amis. _ « Nous pouvons le vaincre. Regardez les deux têtes que je viens de brûler, suggère-t-il ! _ In… Incroyable, s’étonne Docrates… _ Elles n’ont pas pu repousser, constate Shaina ! _ Tout au long du combat, je me suis souvenu de la légende d’Héraclès lorsqu’il accomplit ses douze travaux. Héraclès dû affronter l’Hydre de Lerne doté de multiples têtes dont une était immortelle. Héraclès vint à bout de son adversaire car ses têtes ne purent repoussées après avoir été brulées. Il trancha ensuite la tête immortelle puis l’enfouit sous un énorme rocher, conte Babel. _ Comme le monstre mythologique, la Cloth de l’Alcide craint les flammes, en déduit Docrates. _ Iolaos semble ne faire qu’un avec sa Cloth. Endommager l’armure c’est amoindrir le porteur, présume Shaina. _ Exactement. Cette armure peut être un atout inestimable pour son propriétaire car elle décuple ses forces et ses capacités. Toutefois, une fois les aptitudes de la Cloth contenue, c’est le porteur qui en subit les conséquences. Chaque tête est pour Iolaos, un membre ne faisant qu’un avec son anatomie, se persuade Babel. _ Dans ce cas il suffit que nous lui broyions ses tentacules, ensuite il sera à notre merci, s’emporte Docrates. _ Ne te précipite pas, tempère Shaina ! S’il comprend que nous avons trouvé la faille, il achèvera plus vite le combat. Il est trop sûr de lui pour se douter que nous allons le piéger. _ Tu as plan, suppose Docrates ? _ Je vais me lancer contre lui, en l’obligeant à utiliser les six tentacules dont il dispose encore. _ C’est de la folie Shaina. Cet homme est aussi fort qu’un chevalier d’or. Si tu pars au corps à corps avec lui dans ton état, tu cours droit au suicide, s’inquiète Babel. _ Nous n’avons pas le choix ! Toi Docrates tu attendras que ses têtes soient à découvert. A l’instant propice tu enverras tes Météores d’Hercules pour les désintégrer. Babel n’aura plus qu’à incendier les bases des appendices. Mes Griffes du Tonnerre donneront le coup de grâce ! _ Il te faudra être rapide pour ne pas être emporté par nos coups à Babel et moi-même. _ Docrates a raison, si nous libérons nos arcanes à pleines puissances, nous ne pourrons pas cibler précisément que notre adversaire. _ Si nous ne le vainquons pas maintenant, il ira à la poursuite de notre Pope et d’Athéna. Babel, Docrates, c’est notre seule chance. Je prends le risque. » Pendant ce temps, en Chine, aux Cinq Pics, Shunrei ramasse quelques brindilles sèches pour le feu. L’obscurité gagne la forêt, le soleil faiblit et sa peau blanche frémit à mesure que la température rafraîchit. Toutefois, une main chaude dégageant une sensation agréable, une chaleur plus qu’amicale, la saisit à l’épaule. Elle se retourne et remarque Shiryu lui tendre une fleur qu’il vient de cueillir. _ « Shunrei… Je… Je tenais à m’excuser… _ T’excuser ? De quoi donc tu peux bien vouloir te faire pardonner ? _ Pour la marque du Dragon. Je regrette de ne pas m’être souvenu de ce que tu as dû subir ce soir-là. Je suis désolé de t’avoir laissé seule avec ce secret à porter. Pourras-tu un jour me pardonner Shunrei ? _ De quoi devrais-je donc absoudre celui qui est prêt à donner sa vie pour moi ? » Ils s’échangent tous les deux un sourire timide. Leurs yeux partagent la même passion pourtant aucun n’ose dire à l’autre les émotions qui palpitent dans leurs c½urs. Sans un mot, en tenant Shiryu par un bras, pendant qu’il lui porte les brindilles de l’autre, elle reprend le chemin de leur maison, leurs c½urs innocents pleins d’espoir…
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« le: 1er Mai 2010 à 13h16 »
Chapitre 11
A proximité d’Oran, en Algérie, l’intérieur d’une maisonnette est frais et il y fait sombre. Très sombre. Seule une bougie éclaire les lieux et permet de distinguer deux êtres pris d’une torpeur bestiale. Ils ne peuvent contenir cris et gémissements intenses. Le temps, les secondes, les minutes et bientôt l’heure… Tout s’écoule si vite. Trop vite… Une journée d’entraînement perdue pour les deux combattants les plus érudits du camp qui ont préférés jouer de leur pouvoir de séduction plutôt que de se joindre au reste du groupe. Lui l’élève et elle le professeur.
Dehors, sous un soleil de plomb, un jeune homme, les cheveux mi-longs attachés en queue de cheval, sprinte sur les dalles sablonneuses de ce qui semble être les vestiges d’un temple à l’architecture grecque. Le pauvre sue à grosses gouttes et sa tunique, désormais humide, absorbe la poussière soulevée par ses pas. Il passe à côté d’une demi-douzaine d’apprentis qui l’observe se hâter avec curiosité. Leurs tenues, de larges djellabas en coton, aux couleurs vives pour certaines, descendent jusqu’aux pieds. Ces tuniques au style oriental sont vite rattrapées par l’ambiance athénienne qui règne dans ce lieu. En effet, par-dessus leurs vêtements, tous ont une lanière de cuir qui leur ceinture la taille. Ils sont couverts d’épaulettes d’acier, certains de casques et d’autres de protections aux avant-bras ou aux tibias.
Le fait qu’il s’agisse ici d’un ancien siège politique d’Athéna explique l’influence du Sanctuaire en ce lieu. Reculée de la ville haute, dans les monts de l’Aidour, cette annexe du domaine sacré a été ravagé il y a des centaines d’années lors d’une bataille opposant le Sanctuaire aux dieux égyptiens. Des temples qui furent détruits, il ne reste aujourd’hui que des ruines à peine retravaillées par les apprentis qui veulent s’en faire des abris. Car depuis la victoire athénienne lors de cette Guerre Sainte sanglante, c’est ici que viennent s’entraîner de nombreux élèves désireux de devenir Saint. Véritable entrepôt d’armures, on retrouve là de nombreuses Pandora Box de bronze, certaines même à demi encastrées dans la roche depuis le temps qu’elles attendent leur élu.
Tous d’horizons différents, les apprentis qui étaient aux alentours d’une soixantaine il y a encore cinq ans, sont dix fois moins nombreux aujourd’hui. Abandons, décès… Hormis celle qui devint le professeur de ce groupe d’irréductibles, aucun n’est parvenu à atteindre son but. C’est d’ailleurs vers elle, cette femme devenue chevalier, que coure le mystérieux garçon… Il s’arrête devant la bâtisse où, au-dessus de ce que furent des décombres, il est facile de discerner que des blocs de pierres ont été posés et enduis avec du torchis.
En plus de leur apprentissage exténuant, les habitants de ce centre d’entraînement sont harassés par leurs travaux ; nécessaires, s’ils souhaitent un minimum de confort. En effet, l’épaisseur des murs permet de se protéger du soleil, dont la chaleur pèse sur leurs corps meurtris.
Il reprend son souffle devant le logis et frotte sa petite moustache brune, avant de cogner contre un ensemble de branches couvert de paille et qui s’apparente à une porte.
A l’intérieur, un bel homme aux cheveux ébouriffés se redresse d’une couche, faite de foin et couverte d’un épais lainage. Il saisit sur le sol sa djellaba violette et l’enfile sur son corps aux muscles saillants. Après avoir bouclé son ceinturon ainsi que son épaulette en cuir, Jabu déclare fièrement : « Que se passe-t-il l’Espagnol ? Je sens ton cosmos en alerte depuis des kilomètres à la ronde. Heureusement qu’aucun ennemi ne se trouve dans les environs, sans quoi tu te serais fait massacrer depuis longtemps ! » Le moustachu d’origine hispanique attend derrière la porte et répond d’un ton inquiet : « Je… Je cherche notre maître Lilium. Je suis… Je suis venu lui dire que ton compatriote… Taishi… Il… Il a déserté le camp… » A cette annonce, une femme se lève du lit d’où a jaillit Jabu. D’une vingtaine d’années, nue elle aussi, elle présente une silhouette resplendissante. Mince, ses cinquante-deux kilos s’accommodant à merveille avec son mètre soixante et onze. L’amante de Jabu a, paradoxalement avec ses origines tunisiennes, la peau blanche, voire laiteuse. Elle entortille rapidement ses longs cheveux roux et soyeux, qu’elle enveloppe d’un voile orange. Elle cache également ses beaux yeux noirs et ses fines lèvres qui rendent sa grande bouche sublime, derrière un masque semblable à ceux que portent les femmes chevaliers. Elle habille ses jambes d’un cuissard rouge, avant de couvrir le reste de son corps de sa longue robe de couleur sang qui frotte sur le sol. _ « Jabu, commence Lilium d’une voix douce, cesse de nommer notre ami par sa nationalité. Il a un prénom. Tes capacités ne doivent pas faire de toi un être arrogant. Tu n’es pas au-dessus des autres. _ Vous ne me croyez pas invincible, sourit de défiance Jabu ? Pourtant j’ai déjà réussi à prendre votre c½ur en même temps que votre masque, vous mon maître, alors que vous êtes déjà chevalier. » Lilium ne réagit pas. Bien qu’elle soit son aînée et son mentor, Lilium s’est laissée charmer par ce courageux apprenti. Les années qui s’écoulent, l’entraînement et la solitude ont pesé durant tout ce temps, alors comment pouvait-elle rester de marbre vis-à-vis de ce Jabu au physique agréable et au charisme charmeur. Néanmoins, les relations qu’ils entretiennent n’ont pas permises à Jabu de garder la tête sur les épaules. Sa confiance en lui s’en est même vue accrue depuis qu’il a brisé le masque de son professeur. Il se targue auprès des autres élèves de cette aventure avec Lilium dont il n’attend rien, il les humilie et les décourage. Seul l’un d’entre eux, son compatriote, lui tient tête. Taishi est lui aussi un envoyé de la fondation Graad par la famille Kido.
Avec l’annonce de sa fuite, Jabu ne laisse pas le temps à Lilium de s’expliquer. Il écarte du bras la porte, bouscule son alter ego hispanique et prend la direction d’Oran… Au même moment, en Grèce, au centre du Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, le combat se poursuit entre Aiolia et Enée devant le temple du Bélier. Les poings chargés de cosmos, ils s’entrechoquent lors d’un brutal corps à corps. Leurs chairs sont marquées par les échanges virulents et leurs Cloths sont rayées sur leur surface. Toutefois, le chevalier d’Athéna semble détenir un avantage sur son rival qui dégringole encore quelques marches en arrière. Ses cheveux longs et épais, se collent au sang qui sèche sur son visage. Il dégage alors ses mèches et dévoile sa mine, habituellement efféminée, couverte d’hématomes. Ses mains agrippent le sol et ses membres tremblent de colère. _ « Pourquoi ? Pourquoi je n’arrive pas à lui tenir tête ? Il… Il paraît invincible… Le Charging Stars et le Stars and Stripes sont inefficaces contre son Lightning Bolt. » Aiolia s’avance vers lui. Son avantage face à l’Alcide est si grand, qu’Enée voit en ce Saint d’or l’allure d’un lion géant venu écraser un chien miteux. Aiolia, sans mot dire, tend son bras, le poing serré, en direction du crâne de son adversaire en rassemblant sa cosmo énergie. Enée fait un terrible constat : « Le Lightning Bolt à bout portant ! Cette fois c’est la fin… Hébé… Ô déesse Hébé… Pourquoi ne puis-je sentir votre cosmos m’accompagner tel que ce fut le cas lors de tout mon apprentissage ? L’amour, l’affection, le courage, la paix… toutes ces vertus auxquelles vous aspirez, sont celles pour lesquelles je me suis entraîné si durement et qui ont fait de moi un Alcide fidèle et dévoué. Alors pourquoi aujourd’hui je me trouve démuni face aux crocs de ce félin invulnérable ? » Pas un mot, pas un sursaut cosmique provenant de sa déesse, ne parvient jusqu’à cet homme en perte de confiance. Devant lui, quelques éclairs s’agitent autour du bras d’Aiolia et génèrent une boule de feu et de foudre. Des yeux d’Enée, s’échappe une lourde larme, chargée de chagrin : « Est-ce parce que je n’ai pas su vous faire honneur majesté ? Si c’est cela alors j’accepte de mourir dans d’atroces souffrances et d’expier mon affront envers vous en enfer durant l’éternité. Pardonnez-moi de ne pas avoir su être fort, Ô Hébé, notre souveraine… » Soudain, une voix grave et chaleureuse résonne dans l’esprit d’Enée : « Allons Enée, Iphiclès et Juventas ne t’ont-ils pas sans cesse répété, à quel point Hébé pouvait être fier de toi ? » Enée tourne autour de lui la tête sans trouver quiconque hormis son ennemi. Il reconnaît pourtant la voix de son interlocuteur. _ « Teucer ? Teucer, est-ce toi mon compagnon ? Comment est-ce possible ? Je ne perçois plus ta cosmo énergie, toi le fort et robuste Alcide du Sanglier d’Erymanthe. _ Mon corps est peut-être sans vie, mais mon immortelle cosmo énergie t’accompagnera jusqu’au bout. _ Teucer, mon ami, alors ton âme aussi part rejoindre celles de nos quatre pairs déjà sacrifiés par la folie d’Athéna ? _ Enée, combien de fois t’ai-je rappelé que la perte de nos vies importe peu. Ce qui compte, ce sont les personnes pour qui nous les donnons. _ Je refuse de t’entendre dire ça. Toutes ces nuits passées dans tes bras, durant lesquelles tu me disais que tu resterais à mes côtés au nom de l’amour que tu me portes n’étaient-elles qu’illusions ? Aurais-tu trompé mes sentiments à ton égard pour pouvoir t’enjouer de ta mort ? _ Absolument pas Enée. Je t’ai toujours voué un amour sincère et fidèle. Jamais aucun homme ne se montra si doux et distingué que toi, attentif et délicat. Si je te dis ça maintenant, c’est que je souhaite joindre à mes dernières paroles les sentiments que j’éprouve à ton endroit. Si je suis heureux de mourir à cet instant, c’est parce que je pars avec le sentiment d’avoir mené une vie intense à tes côtés et d’être mort en défendant nos idéaux. Les tiens. Pour toi. Alors pour toutes ces nuits passées, pour toutes ces fois où tes lèvres s’échouaient sur mon torse, pour ces instants où je recoiffais tes cheveux défaits, en te susurrant à l’oreille à quel point j’aime ce beau jeune homme que tu es. Pour tous ces moments : relève-toi ! Brûle ton cosmos pour nous ! Pour cette merveilleuse histoire que d’autres couples ne pourront jamais vivre si le chaos engendré par le Sanctuaire continue à s’insinuer dans le c½ur des hommes ! Hébé combat elle aussi ! Sa cosmo énergie est prisonnière des hommes d’Athéna. Honore sa mémoire pour moi mon amour ! »
Ces dernières paroles ravivent le cosmos d’Enée, encore aux portes du désespoir il y a une minute. Aiolia ne tarde pas plus longtemps à rassembler ses forces et libère son arcane : « Lightning Bolt ! » Enée se redresse et écarte ses bras : « Stars and Stripes ! » Cette fois-ci, la technique d’Aiolia se heurte à la Bannière Etoilée sans même l’ébrécher. La boule de feu est contenue et semble même s’amoindrir. _ « Lorsque j’ai quitté mon village de Turquie situé à l’extrême nord-ouest de l’Asie Mineure, j’ai traversé la Mer Egée sur un radeau en espérant trouver l’île d’Yíaros et ses habitants. Là d’où je viens il n’y a pas de place pour un homme qui en aime un autre. Certains considèrent ça immoral, le comparent à un acte de débauche, parlent même de satanisme. Persuadé que les dieux de mes parents m’avaient rejeté, renié par ma famille, battu et humilié par les villageois, derniers héritiers du mythique peuple Troyen, j’ai perdu courage et j’ai fui en direction de ce que les grimoires de nos ancêtres nomment la terre d’amour. Accablé, perdu en mer, mourant de faim et de soif, j’ai fait ce que je savais faire de mieux : douter de moi. Il fallut qu’un navire du Sanctuaire qui revenait de terres inconnues annexées par le domaine sacré me repêche et me dépose au Port du Destin en Crète. Martyrisé et violenté par des soldats, j’ai été vendu à un marchand d’esclaves qui voulait m’obliger à assouvir ses fantasmes les plus immoraux… » Aiolia ne voit pas où veut en venir Enée. Il a du mal à croire qu’un homme à l’apparence aussi douce que lui puisse représenter le Cerbère. L’Alcide poursuit son monologue tout en contractant ses muscles et en laissant les ténèbres embrumer ses yeux : « … C’est un homme bon et généreux, qui est venu me sortir de mon calvaire. En mission pour la déesse Hébé, il était venu sur le Port du Destin sous une fausse identité. Il me ramena avec lui sur la terre de mes rêves où je pus vivre librement. La déesse Hébé décela en moi une forte dévotion envers son autorité et choisit de me former à sa garde personnelle. Teucer, mon héros, me forma à la chevalerie, au combat, à l’éveil des sens jusqu’à atteindre l’ultime cosmos. Je lui dois tout, de mon statut à ma prise de confiance, en passant par mes plus belles nuits d’amour. Teucer avait espoir de ramener les Athéniens à la raison, mais il vient de mourir. Avant que son âme ne rejoigne le Meikai, son cosmos est venu me rappeler à quel point ma tâche est noble et que sans la foi en notre cause ma confiance ne pouvait me revenir. J’ai douté sur l’issue de notre combat dès ton arrivée car je ne sentais ni Teucer ni Hébé proches de moi. Maintenant que je sais ma souveraine en danger et Teucer sacrifié pour faire triompher notre amour, je te jure chevalier d’or, que tu périras si tu ne me laisses pas trouver Athéna ! » Aiolia reste droit. L’Alcide riposte, le Lightning Bolt se dissipe totalement, comme absorbé par la Bannière Etoilée : « Subis le contrecoup de ton arcane mêlé au cosmos démoniaque de Cerbère ! Le Stars and Stripes, telle une carapace qui a trop longtemps encaissée les assauts de ses ennemis se révolte… » L’effluve cosmique d’Enée s’obscurcit tellement elle dessine derrière lui un chien à trois têtes, le chien des enfers, le Cerbère. Ses yeux tout entier deviennent comme l’ébène et ses bras, jusqu’ici écartés, se rejoignent, paumes de mains ouvertes en direction d’Aiolia : « Shield Slash ! » Le Lion est frappé à la vitesse de la lumière et, comme s’il rugissait de douleur, hurle de détresse lorsqu’une immense entaille entame légèrement son armure de l’épaule gauche jusqu’en bas de sa hanche droite. Bien que protégé par une armure jugée indestructible, sous celle-ci dégouline son sang. Aiolia a beau résister du mieux qu’il peut à l’impact, son corps se soulève petit à petit du sol et est balayé tel un fétu de paille qui retombe sur le seuil de la maison du Bélier. Le casque du Lion, détaché durant l’assaut, tombe marche après marche jusqu’aux pieds d’Enée, debout, inflexible, pris d’une folie meurtrière : « Relève-toi maintenant Saint du Lion et découvre mon réel potentiel ! » A cet instant, dans la ville d’Oran en Algérie, Jabu marche sur le port occupé par les marchands et les touristes. Il a pris soin de détacher sa cuirasse pour passer incognito auprès des contemporains grâce à son habit local. Sa marche est déterminée, sa destination lui est déjà connue. La future Licorne observe l’entre-deux de deux boutiques où des marchands ameutent les visiteurs en bradant leurs prix. Il y distingue, un cabanon, ressemblant à une vieille réserve pour plaisanciers, pas plus haut de deux mètres, qui joint les deux magasins. Fait de béton craquelé, éclairé à l’intérieur par des lucarnes de dix centimètres sur dix faisant guise de fenêtres, cet abri a vu, au regard de l’usure du ciment, son entrée condamnée il y a déjà plusieurs années par quelques briques et parpaings. Jabu se colle contre le mur et attend patiemment que la foule se dissipe pour sauter, à l’abri des regards, sur le toit du bâtiment où un important trou donne en son milieu la seule entrée possible en son intérieur. Le futur Saint d’Athéna s’y laisse tomber sans la moindre hésitation et arrive sur le sol au carrelage fissuré. Il tourne sur lui-même et reconnaît de vieux casiers aux tiroirs ouverts, débordant de vieux papyrus, trois matelas miteux posés sur le sol, une armoire aux vitres cassés mais dans lesquelles sont encore rangées des tuniques de soldats du Sanctuaire mêlées à des vêtements de civils.
L’odeur de ce vieux mobilier et l’éclairage à peine suffisant lui reviennent en mémoire. Il se revoit débarquer en Algérie il y a cinq ans. C’est ici qu’un des hommes de Mitsumasa Kido les avait confiés, Taishi et lui, à Lilium, cachée sous une cape à capuche, venue les chercher pour les conduire dans les Monts de l’Aidour.
Jabu remarque encore un bureau poussiéreux, couvert de courriers avec des sceaux différents. Certains documents sont même moisis par le temps. Il s’approche du meuble et reconnaît l’entête d’une lettre datée d’il y a moins d’un mois, c’est-à-dire le 8 février 1985. Une voix roque venue de sous une lucarne interpelle Jabu : « Ce logo en haut du document ne t’est pas inconnu n’est-ce pas Jabu ? » Jabu reconnaît la voix de son camarade Japonais qui sort de la pénombre : « La fondation… La fondation de Sao… La fondation Graad. Elle nous demande de rentrer au Japon dès que nous serons faits chevaliers. » Jabu constate que Taishi revêt des vêtements qu’il a pris dans l’armoire. Il porte la tunique des soldats du Sanctuaire, un pantalon et un maillot jaune pâle, des sandales en cuir, des bandelettes de papiers autour des poignets ainsi qu’un vieux plastron en fer oxydé. Il dirige ses larges bras nus, preuves d’un rugueux entraînement, en direction de son visage pour recoiffer ses cheveux épais qui couvrent son front et qui descendent bas dans sa nuque. Ses pattes qui descendent jusqu’à la base de sa mâchoire, son menton carré et son nez épaté, lui donnent un semblant de maturité que les jeunes hommes de seize ans n’ont pas à l’accoutumé. _ « Cela fait cinq ans que nous sommes ici Jabu. Chaque année je viens en ce lieu, où la fondation nous a abandonné. Sur les dix groupes de dix orphelins, nous fûmes huit à avoir tirés Oran comme destination. Tous les ans, un émissaire du Japon vient incognito en ce lieu pour connaître le nombre de survivants. J’ai été chargé par Tatsumi, le valet de Mitsumasa Kido, de venir chaque année l’informer de la situation ici. Aujourd’hui, je viens répondre à ce courrier en indiquant sur le papier qu’il ne reste plus qu’un seul survivant. _ Comment ça ?! _ J’ai demandé à notre maître, Lilium, de me laisser gagner le Sanctuaire. _ Le Sanctuaire ! C’est ce que Lilium appelle le berceau des chevaliers ! _ " Vois-tu Jabu, depuis que je viens ici, j’ai retourné chaque document, lu chaque paragraphe et j’ai compris. Le centre d’entraînement d’Oran ne s’agit pas d’un simple point d’ancrage à la fondation Graad. Cette ruine est un relais du Sanctuaire. C’est ici que se reposent les soldats, les messagers où les chevaliers qui voyagent, ou qui viennent chercher leurs ordres de mission. Je ne sais pas par quel miracle la fondation a réussi à trouver cette étape, mais grâce à cette station, grâce à la découverte de ces écrits, j’ai compris le sens de ma vie. Lilium m’a appris à entrer en harmonie avec les étoiles, c’est à cet instant que j’ai compris que ma constellation protectrice était celle du Toucan. L’armure de bronze du Toucan est en possession du Grand Pope, le représentant d’Athéna, au Sanctuaire. _ Donc tu reviendras parmi nous au Japon après, c’est bien cela ? _ Tu n’y es pas mon ami. Mon destin c’est le Sanctuaire. Comment pourrais-je rejoindre le Japon alors que la mission d’un Saint est de protéger Athéna ? Notre mission est bien plus importante que de se pavaner devant une princesse milliardaire et son grand-père ! Toujours dans le secret, nous devons nous battre pour offrir un monde meilleur aux enfants de cette planète, afin qu’ils ne soient pas obligés de se battre comme nous le faisons ! _ Tu comptes donc te faire passer pour mort en m’annonçant comme étant le seul survivant. _ Tu peux encore choisir de venir avec moi au Sanctuaire. _ Tout comme tu es le Toucan, je suis la Licorne. Ma Cloth à moi se trouve ici, à Oran, auprès de Lilium. Et puis quel avenir aurons-nous en restant en Grèce alors qu’au Japon il y a… _ Saori ! Ah oui, il y a Saori, se moque Taishi ! Qu’espères-tu obtenir d’elle ? Crois-tu qu’elle te considérera autrement une fois que tu seras devenu chevalier ? _ Contrairement à vous autre, elle a toujours été proche de moi et… _ Comme tu es naïf mon pauvre ami. Si tu ne lui obéissais pas au doigt et à l’½il, elle t’aurait placé sur le même pied d’égalité que nous. » Vexé, Jabu ne dit rien, il baisse la tête, ne voulant pas croire en de tels propos. _ « Jabu, tu as tué d’autres apprentis durant ta formation, tout cela pour devenir le meilleur. Tu as même tué deux de nos compagnons de la fondation lorsqu’ils ont découvert qu’ils étaient nés sous la même constellation que toi. Tu es certainement presque aussi fort que Lilium qui est pourtant Saint de bronze de l’Octant. Tu ne crois pas que toutes ces vies que tu as prises méritent d’être honorées comme il se doit. Tu choisis de te mettre au service d’une petite bourgeoise écervelée, tandis qu’une cause plus grande t’attend, tout comme l’amour d’une femme respectable. Lilium mérite mieux que le traitement que tu lui infliges. En plus d’être une femme au grand c½ur, elle reste ton professeur. Tu as encore beaucoup à apprendre d’elle mais tu ne le vois pas. Tu restes aveuglé par l’image de cette peste qui nous a traités comme des esclaves durant des années. _ Je t’interdis de parler de Saori ainsi, sinon… _ Jabu, contrairement à toi, j’ai suivi les recommandations de Lilium à la lettre. Je n’ai jamais cherché à te dominer devant les autres élèves bien que je sois certain de te vaincre sans la moindre difficulté. Je ne souhaite pas que nous nous quittions dans le sang. J’essaie simplement de t’ouvrir les yeux avant de quitter l’Algérie. » Jabu est saisi par de tels propos, il ressent la pression cosmique qui émane de Taishi lui comprimer son cosmos. Si aujourd’hui Jabu est aussi fort, ce n’est pas parce qu’il a mieux suivi les leçons de Lilium que les autres apprentis, c’est simplement parce que les autres ont plus peiné que lui. Il s’est reposé sur ses acquis alors que le solitaire Taishi a travaillé sans relâche pour se surpasser. La future Licorne a été aveuglée par son ego démesuré et il réalise enfin le fossé qui le sépare de Taishi. Impuissant, il écoute son ami : « Je prends le bateau pour le Port du Destin, en Crète, dans quelques heures. Un embarquement discret va se faire dans la nuit. Certains Saints et soldats en mission en Afrique repartent pour le domaine sacré. Le Grand Pope rappelle massivement ses troupes, une guerre va certainement éclater, c’est écrit sur ce papyrus… » Il tend à Jabu la feuille sur laquelle figure un sceau représentant la tête de la statue d’Athéna. Taishi poursuit : « Le Port du Destin est une annexe du Sanctuaire, c’est là que se joignent tous les bateaux en arrivée ou en partance du domaine sacré. Le reste du voyage, celui qui relie la Crète à Athènes, doit se faire en civil. Si je te dis tout ça Jabu, c’est parce qu’il y a suffisamment de vêtements dans cette armoire pour que tu me rejoignes une fois que tu seras sacré Saint. » Jabu, calmé, vient tendre la main à son ami. _ « Mon destin est auprès de Saori, j’en suis convaincu. _ Le mien est auprès d’Athéna. Et ce dont tu peux être convaincu, c’est que nous nous retrouverons un jour mon ami, car les documents qui foisonnent ici sont formels, les chevaliers d’une même génération sont voués à une destinée commune. _ Qu’il en soit ainsi dans ce cas. Nous nous retrouverons. » Celui dont la voix est pleine de bon sens sert chaleureusement la main de son compagnon non sans verser une larme.
Pendant ce temps, au Sanctuaire, à proximité d’Honkios, sur la colline qui surplombe le Colisée, ni Spartan, ni ¼dipe, trop préoccupés à méditer, ne constatent le vacillement de la sixième flamme du cadran zodiacal. Voici trois quarts d’heure qu’ils ont engagé un duel mental.
Spartan pâlit, ses jambes oscillent, ses mains deviennent moites et le diadème de son armure se fissure. Au moment où celui-ci finit par exploser, Spartan est violemment projeté en arrière dans un flot de sang. Ses nerfs, à vifs, ressortent partout sur son corps, du sang coule de ses paupières, de ses narines et de ses oreilles. Il en vomit même. L’armure violette que Gigas lui a fait construire auprès du meilleur forgeron du Sanctuaire, le dénommé Saül, le même qui a créé l’armure de Docrates et de ses hommes, de l’Ennetsu Saint, de Geist et de bien d’autres, celui qui utilise de l’orichalque et du gammanium afin de rendre ses armures presque aussi solide que les Cloths des Saints, l’ouvrier à qui il ne manque que la poussière d’étoile et les compétences du peuple de Mu pour fabriquer des cuirasses aussi vivantes que les Cloths ; et bien cette armure se brise désormais à hauteur des épaules, des genoux, puis des bras… Le calvaire de Spartan devient un supplice. Il se roule sur le sol en hurlant à la mort, il ne cesse de cracher sang et glaires. ¼dipe ne bouge pas de la pointe du rocher où il s’est positionné, ses attributs mentaux s’activent contre la barrière cosmique de Spartan qui apparaît enfin aux yeux des gens situés à l’extérieur du Colisée sous la forme d’une bulle dorée qui commence à se fêler sous la pression de l’Alcide. ¼dipe invoque alors une nouvelle technique. Sa voix gronde dans l’atmosphère : « Mystic Smash ! » Spartan a beau lutter, il se tient le c½ur, le foie, le crâne… Finalement, une implosion retentit à l’intérieur de l’organisme de Spartan. Son rein droit implose, dégradant davantage la concentration de Spartan qui ne peut faire abstraction de la douleur et perd ainsi l’avantage psychique qu’il détenait jusqu’ici. Sa barrière qui englobe le Colisée se cristallise, se raye puis se craquelle pour enfin se volatiliser.
Spartan est couché sur le dos, sa main rampe dans l’herbe qui couvre la colline. Son visage est terrifié, il vient de se faire écraser comme un moins que rien, après avoir pourtant lutté près d’une heure. Cependant, le mercenaire reprend vite espoir car une autre bulle cosmique apparaît aux yeux du peuple. Celle-ci couvre également le Colisée et est de couleur violacé. Spartan marmonne à l’encontre de l’Alcide : « Désolé chevalier mais cette fois-ci ton adversaire se trouve de l’autre côté de la barrière cosmique, à l’intérieur du colisée. Cet homme est bien plus puissant que moi et avant de l’atteindre il te faudra briser sa concentration. Autant dire que tu as perdu… Ah… Ah… Ah… » ¼dipe ne bronche pas, il persévère à confronter son cosmos et constate : « Je me disais bien qu’un simple mur cosmique ne pouvait pas autant brouiller nos contacts avec notre déesse. Un chevalier d’or concentre lui aussi sa cosmo énergie depuis le colisée. D’ici je ne peux rien faire, au mieux j’arriverai à l’affaiblir. Pourvu que la faille que j’ai créée mette la puce à l’oreille de sa majesté… »
Dans le colisée, justement, les tribunes se vident petit à petit. Soit le public essaie d’envahir la surface de combat et se regroupe massivement en bas des gradins, soit il quitte l’amphithéâtre apeuré par les bousculades. Des quatre Kshas restants, une femme se jette à corps perdu contre Indus, le Saint de bronze de l’Indien. Il esquive son poing. Puis sa jambe en roulant au sol. En passant sous elle, il prend soin de lui érafler les mollets grâce aux lames de ses avant-bras. Blessée à une jambe, la guerrière au corps dévêtu sautille sur l’autre pour rester debout et poursuit son assaut sans rencontrer de succès. Cette fois-ci ce sont ses bras et ses côtes qui sont fauchés. Le géant Indus avance jusqu’à la pauvre qui recule difficilement. Arrivée aux abords des gradins, elle se retrouve coincée entre son adversaire et le public qui continue à lui jeter de la nourriture avariée et qui tente de percer le corps d’armée sensé les calmer. Un soldat la pousse dans le dos pour la forcer à combattre, ce qu’elle est contrainte de faire. Elle part pied en avant dans la direction du meurtrier qui pare l’assaut en lui agrippant le tibia. Il la balance au sol et l’assomme en lui cognant la tête d’un violent coup de coude. Indus observe les courbes féminines de son ennemie et caresse avec ses doigts les hanches de la Ksha. Aux abords de la surface, les premiers coups sont échangés entre Hébéïens et Athéniens. D’autres Hébéïens quittent les gradins et prennent la direction des couloirs pour rejoindre Hébé. Shaina observe Hébé qui se tient debout et qui s’adresse de façon agressive au Grand Pope. Le Saint d’argent d’Ophiuchus donne les directives à ses hommes. Apodis impacte les ordres et appelle Pullo, son caporal, à qui il commande de bloquer avec ses soldats l’accès aux tribunes d’honneurs afin de protéger le Pope des Hébéïens. Dans l’arène, tandis qu’Indus s’amuse avec sa proie Ksha, une autre guerrière Indienne puise en elle le courage de mettre fin au calvaire de son acolyte. Elle attaque à corps perdu le chevalier à la haute stature et enchaîne les coups de poings. Indus se redresse et pare les droites, les gauches, jusqu’à épuisement de son adversaire. Il la saisit par la mâchoire et la soulève du sol. Ses terrifiants yeux beiges détaillent l’anatomie de cette jeune femme comme il l’a fait auparavant avec celle à terre. Froid, sans l’once d’un remord, d’un mouvement de bras, grâce à ses lames acérées, il lui tranche un sein, puis l’autre. La pauvre, étouffée par la large main d’Indus, essaie d’hurler sa détresse tandis que lui, indifférent, déclare : « Si tu avais été aussi jolie que ton amie, j’aurai pris le temps de jouer avec toi, mais ton visage déformé par la torture t’a retiré toute trace de féminité. Voilà pourquoi j’ai retiré ce qui faisait encore de toi une femme. » Sur ses tiges métalliques, coule le plasma de ses victimes. Il passe sa langue dessus et se délecte du goût de l’hémoglobine avant de froncer ses sourcils. Il lâche la Ksha et profite du temps que son corps met à s’écraser au sol pour positionner ses deux bras contre sa poitrine : « Fatal Glare ! » L’Eclat Meurtrier d’Indus produit une lumière verdâtre qui tranche en dizaine de morceaux la pauvre Ksha. Tandis qu’Indus torture les derniers Kshas, la tension monte à côté du Pope. Hébé sent une déchirure au niveau du voile cosmique qui l’empêcher de communiquer sa cosmo énergie à ses hommes qui se situent en dehors du colisée. Elle comprend qu’une grosse partie de cette obstruction a été écrasée depuis l’extérieur et que la cosmo énergie d’¼dipe est proche d’elle. Tout en poursuivant sa querelle, elle tente de localiser le parasite qui l’entrave depuis le stade. _ « Déesse Hébé, calmez-vous, je vous en conjure, joue la victime Saga ! _ Que je me calme ! Mais enfin, avez-vous vu le spectacle que vous offrez à votre peuple. Vous profitez de sa colère pour le rendre haineux et pour justifier vos guerres intolérables ! J’exige de voir immédiatement Athéna ! Il est impossible qu’elle continue à accepter ce genre de mascarade ! Elle va à l’encontre de ce qu’elle a toujours véhiculé jusqu’ici, aurait-elle oublié sa mission sur Terre ?! Toute sa propagande ces dernières années n’était-elle pas une astuce pour mieux justifier ses massacres ?! C’est un scandale ?! » Shura, fidèle chevalier d’Athéna, finit par oublier le respect qu’il doit à Hébé, il se lève sans l’autorisation du Grand Pope : « Je ne peux vous laisser insulter de la sorte notre déesse ! Elle vous fait l’honneur de vous recevoir sur ses terres et voici comment vous la considérez ! » Hébé est outré qu’un homme puisse lui parler de la sorte : « Allons Grand Pope ! Allez-vous laisser votre chevalier me considérer ainsi ?! N’avez-vous donc plus aucun respect pour les dieux dans ce domaine maléfique ?! A moins que vous n’adhériez à cette hérésie Grand Pope ?! » Saga emprunte un ton plein de sang froid : « Comment pourrais-je demander, Ô Grande Hébé, à mes hommes de contenir leur colère lorsque vous offensez celle à qui nous devons la paix sur cette planète ? Jusqu’à maintenant j’ai pensé au fond de mon être que vous faisiez partie des nôtres, toutefois je sens dans vos propos la même agressivité que celle des dieux mineurs que nous avons dus rappeler à l’ordre. » Juventas se lève à son tour et menace Shura : « Saint du Capricorne, je ne te le dirai pas deux fois ! Excuse-toi auprès de sa majesté Hébé ou subi les conséquences de ton affront ! » Plus bas, ne s’inquiétant pas de la portée de ses actes, Indus retourne torturer sa victime à qui il déclare d’une voix glaciale : « Assez joué ! Passons aux choses sérieuses maintenant. Le public s’impatiente. » Il la traîne par un pied jusqu’aux spectateurs assoiffés de violence et la jette en pâture. Alors que le corps à demi conscient descend des airs en direction des gradins, un violent courant d’air fait disparaître la malheureuse.
Le suspense est à son comble. Les bousculades cessent un instant. Le silence fait enfin loi. Hormis Hébé, le Grand Pope, Juventas, Aphrodite et Shura, personne n’a compris ce qui se passait. Subitement, Astérion, subjugué, déclare : « Regardez ! Au milieu de l’arène ! C’est lui qui l’a sauvée ! » La Ksha est étendue dans les bras du robuste Iphiclès. La foule toute entière s’exclame. D’indignation chez les Athéniens. De soulagement chez les Hébéïens. Indus se retourne et sourie à Iphiclès : « Toi aussi tu veux jouer n’est-ce pas ? Il fallait le dire, elle est toute à toi ! » Iphiclès repose délicatement la blessée au sol et ignore Indus. Il ordonne à Pictor : « Le massacre a suffisamment duré. La dernière partie du spectacle est finie. Demande à tes semblables de prononcer la fin de la fête, ma déesse doit voir la tienne. » Indus est furieux : « Hey ! Toi ! Que fais-tu ? En plus tu oses m’ignorer ! Soit tu participes à la mort de la dernière Ksha soit tu t’écartes, si jamais tu ne choisis pas une de ces options tu es un homme mort. » Blasé, Iphiclès ferme les yeux : « Je n’ai rien contre toi Saint de l’Indien, mais voici des heures que ton maître, le Grand Pope, noie le poisson. Nous sommes là pour voir Athéna et je ne repartirai pas sans l’avoir vue. » Pictor s’insurge : « Comment oses-tu Alcide ? Nous même ne sommes pas en droit d’exiger rencontrer notre déité. Qui crois-tu être pour gâcher ainsi la Journée Sainte ? » Indus se met en position de combat : « Je t’avais prévenu Alcide ! En position ! » Indus attaque de front le robuste chevalier. Il lance sa longue jambe droite en direction du visage d’Iphiclès qui pare le coup avec son bras. Indus s’accroupit alors et essaie de chasser les jambes de l’Alcide avec sa jambe gauche. Iphiclès bloque simplement avec son tibia l’impact. Indus tente alors de lui flanquer un uppercut en se redressant, mais Iphiclès retient son poing droit dans la paume de sa main droite. L’Alcide passe maintenant derrière le dos du Saint en continuant de tenir sa main. Il la lui plaque contre son dos et déclare : « Je ne veux pas me battre. Abandonne ce combat tout de suite. » Immobilisé, Indus ne peut rien faire sans quoi Iphiclès lui rompt le bras. En haut, Saga feint de se lamenter : « Déesse Hébé ! Voyons ! Cette situation n’est-elle pas malheureuse ? Voilà qu’un de vos chevaliers menace un Saint d’or en tribune tandis que l’autre agresse un Saint de bronze au milieu de l’arène. Je vous en prie, rendez les armes immédiatement avant qu’il ne soit trop tard. » Le silence instaure un grand malaise dans l’arène. Personne ne bouge. Tous s’observent attentivement.
Subitement, des pas lents, appartenant à une personne vraisemblablement blessée, résonnent dans les couloirs du colisée. Bien que les chevaliers et les soldats ne se quittent pas des yeux, les derniers spectateurs se tournent en direction de la tribune sur laquelle débouche le mystérieux éclopé. Il s’agit d’un soldat, un simple garde Athénien, blessé, une dague hébéïenne planté dans la cuisse, le plastron en miette, le casque brisé, le visage caché par le sang sec et la poussière. A bout de force, il essaie de se tenir debout, droit, mais finit par chuter quelques marches avant d’être soutenu par des spectateurs avisés. L’assistance s’interroge, Shaina bondit jusqu’à lui : « Parle soldat ! Que t’est-il arrivé ? » Le misérable a la gorge sèche, il peine à prononcer ses mots. Cliff, un des soldats d’Apodis, détache de sa ceinture une gourde d’eau : « Avale donc mon frère ! Ca t’aidera ! » Le soldat s’agrippe au récipient en peau de chèvre, de peur qu’il ne lui soit arrachée des mains, et la vide prestement. Shaina perd patience et le secoue : « Parle maintenant ! » Le garde aspire un grand coup : « C’est horrible… Ils nous ont trahis… C’est horrible… » Saga se lève brusquement de son siège et d’une voix grondante, résonnant dans l’enceinte du colisée, demande : « Qui nous a trahis ? Soit plus clair soldat ! » Tremblotant, l’estropié dirige son doigt en direction de la tribune d’honneur, indiquant la déesse Hébé : « Les Hébéïens ont attaqué le Sanctuaire ! »
A l’unisson, Athéniens comme Hébéïens présents dans le stade pestent d’indignation.
Hébé prend la parole à son tour : « S’en est trop, c’est ridicule ! »
Le soldat poursuit : « Ils ont commencé par attaquer nos villageois. Nos troupes dirigées par le capitaine Misty ont repoussé hors de nos murailles les envahisseurs qui se trouvaient près des postes frontières. Mais à l’heure qu’il est, notre commandant Phaéton, en personne, défend du mieux qu’il peut notre ville d’Honkios. Le centre est envahi, et des Hébéïens ont entamé la montée des marches des douze maisons ! » Dans sa tenue papale, Saga s’insurge : « C’est un outrage ! » Malgré son étouffement, le soldat termine : « Actuellement, le commandant Phaéton fait front autour du colisée en attendant les renforts de nos Saints qui ont déjà défaits quelques Alcides. Toutefois il manque d’hommes. Les Hébéïens sont proches d’envahir le colisée. »
Dans la confusion la plus totale, Hébé localise enfin le propriétaire de ce nuage cosmique violacé qui s’épuise face au cosmos divin. Il s’agit de Deathmask qui est assis dans le hall du colisée, sous les gradins, les yeux fermés, l’index pointé vers le ciel. L’air de rien, la déesse de la Jeunesse étreint petit à petit l’emprise du Saint d’or en émanant davantage son cosmos. Au loin, sur la colline, Spartan déchante, la barrière violacée se corrode progressivement… Hébé, tout en poursuivant sa pression sur Deathmask, doute un instant. Perturbée en se devinant victime d’une conspiration, voyant face à la ranc½ur des Athéniens que rien ne peut justifier son innocence, elle se défend désespérément de vive voix face au Pope.
En bas, personne ne bouge, tous écoutent.
_ « Il s’agit là d’un coup monté, jamais mes hommes n’ont eu l’intention d’envahir le Sanctuaire et encore moins de s’attaquer à des innocents. _ Et la montée des marches des maisons du Zodiaque alors, doute Saga ? _ Il s’agit simplement d’une précaution prise dès mon arrivée ici. J’ai fait disperser mes troupes sur l’étendue de votre domaine afin d’assurer au mieux ma sécurité. Les dernières actions menées par le Sanctuaire contre d’autres dieux ces dernières années m’ont amené à être prudente. Le comportement d’Athéna est plus que suspect, c’est pourquoi j’ai demandé à des hommes d’attendre au pied des douze maisons et de les traverser si jamais le moindre incident survenait. Ce qui s’est semble-t-il produit. Jamais nous n’avons voulu cette querelle, néanmoins j’exige de rencontrer Athéna afin de m’expliquer avec elle et mon statut divin m’y autorise, même si pour cela je dois employer la manière forte pour l’atteindre. » En annonçant sa position, Hébé pousse son cosmos à son paroxysme. Son visage si calme et si beau se charge de colère. Son regard s’embrase et dégage, l’espace d’un instant, un éclat aveuglant. En bas, dans le hall d’entrée du colisée, la lumière violacée émanant du cosmos de Deathmask se volatilise et une aura dorée vient, telle la foudre, le frapper. L’impact ne dure qu’une poussière de secondes, pourtant cela est suffisant pour laisser le Saint s’écrouler au sol, plus mort que vif, le plastron de l’armure d’or du Cancer fendillé.
A quelques mètres de l’inconscient, les lourds rondins de bois, reliés ensemble par de solides barreaux et autres montants métalliques, servant de portes au colisée, commencent à céder sous les heurts des Hébéïens se servant de leurs corps et de leurs cosmos comme béliers pour venir secourir leur déesse. Hébé peut enfin reprendre contact avec le monde extérieur, tout comme l’ensemble des chevaliers présent au sein du colisée. Et inversement. Certains Saints, comme Apodis et Babel, s’inquiètent de sentir la mort proche de leurs villages, les Alcides constatent que des frères d’armes et de nombreux soldats sont déjà décimés.
Dans l’enceinte, tous s’échangent un dernier regard avant de s’époumoner pour se donner de l’élan. C’est désormais la panique.
Pullo, le caporal d’Apodis, organise aussitôt avec une poignée de soldats un rassemblement des spectateurs et des artistes afin de les évacuer tout en les protégeant des forces hébéïennes. Shaina appelle Docrates et ses hommes, vêtus d’une armure sombre semblable à la sienne, afin d’organiser la défense autour du Pope et de bloquer l’accès aux couloirs desservant sur les tribunes d’honneur. Le Saint d’Ophiuchus ordonne ensuite aux autres Saints de conduire les soldats vers la victoire en écrasant l’ensemble des envahisseurs. En bas du colisée, les premières brèches dans la grande porte permettent aux Hébéïens d’investir l’amphithéâtre. Ils entrent dans le hall en passant près du corps inanimé du Cancer sans même s’en préoccuper… Enfin, ils débarquent ainsi dans les tribunes et les vestiaires.
Tandis que la flamme de la Balance est déjà entamée sur la grande horloge zodiacale, dans la tribune d’honneur, Shura et Aphrodite sont devants leur Pope, les bras écartés. Ils reculent pour le protéger. Juventas fait de même avec Hébé. Pendant qu’il commence à se dissimuler dans l’ombre d’un couloir, Saga lance à Hébé : « Tu as déjà perdu Hébé, mes hommes bloquent la sortie et tes soldats ne peuvent venir jusqu’à toi. Tu vas maintenant subir la colère d’Athéna, pour avoir osé te rebeller contre son autorité. Adieu Ambroisie ! » Personne ne prend en compte ce dernier nom sorti de la bouche de Saga. Ambroisie, ce prénom peu commun n’a alerté personne d’autre qu’Hébé qui reste saisie par l’annonce de son prénom humain. Elle lève immédiatement les yeux vers le Grand Pope et constate que les quelques mèches de cheveux blancs qui s’échappent de son heaume bleuissent l’espace d’une seconde. Aussi vif que ce changement de couleur, le cosmos du représentant d’Athéna vient la saisir. Et tandis que Saga emprunte le chemin de la sortie escorté par Aphrodite, Hébé se perd dans ses souvenirs et prononce à voix basse : « Saga… » Shura, resté seul pour faire barrage, la ramène à la réalité. Le Capricorne, les doigts de la main droite tendue, le bras présenté devant sa poitrine et tranchant telle une épée, déclare : « Déesse Hébé, en tant que plus fidèle Saint d’Athéna, je t’ordonne de te rendre immédiatement à sa volonté. Sans quoi, moi, Shura Saint d’or du Capricorne, je te ferai regretter de t’être réincarné en cette époque ! » Juventas se positionne devant lui : « Tu ne parviendras pas même à t’avancer à un mètre de Sa Majesté Hébé tant que moi, Juventas Alcide des Juments de Diomède, te ferai face. » Shura ne se laisse pas décourager et tranche l’air de son bras droit : « Excalibur ! » Une ligne droite, dorée, coupe parfaitement le balcon sur lequel se tenaient au début du spectacle le Pope et Hébé. L’échafaudage qui retenait le balcon se fracasse et retombe dans les tribunes, écrasant Hébéïens et Athéniens luttant les uns contre les autres. Juventas a à peine le temps : « Vous n’avez plus d’autre issue possible que la mort… » Dans l’arène, Astérion et Pictor encerclent Iphiclès qui paralyse toujours Indus grâce à sa prise. _ « Tu ferais mieux de le lâcher Alcide, conseille Astérion ! Tu ne peux rien faire contre nous trois. Même si tu brises le bras d’Indus tu seras aussitôt pris au piège par Pictor et moi-même ! De plus, je suis capable de lire dans les pensées de quiconque. Ta riposte me sera connue à l’avance. _ Lire dans l’esprit des autres n’est possible que si on dispose d’un cosmos supérieur à son adversaire, rétorque Iphiclès serein. Je n’ai pas la faculté de lire dans les esprits des gens mais je peux deviner qu’il t’est impossible de pénétrer le mien ! » Astérion transpire, son bluff ne fonctionne pas. Iphiclès poursuit : « A mon tour de vous faire une proposition. Permettez à Hébé de trouver Athéna et je vous laisserai à tous la vie sauve. » Indus, toujours au mauvaise posture, prend la parole : « Tu plaisantes ! Nos vies ne valent rien contre celle de notre déesse. Tu paieras pour avoir fait une proposition aussi indécente ! » Iphiclès se décide à attaquer, il lance calmement : « D’accord… » Dès ce mot prononcé, Pictor et Astérion se lancent sur lui. L’Alcide a le temps de remonter le poing d’Indus jusque dans le haut de son propre dos, lui cassant aussitôt l’épaule et le bras. Puis il le frappe du plat du pied dans le flanc gauche, éclatant par la même occasion son armure à l’endroit de l’impact en lui brisant quelques côtes. Le corps d’Indus est projeté avec force contre Astérion qui est repoussé avec son pair. Pictor se retrouve seul nez à nez avec Iphiclès. Le Saint du Chevalet du Peintre, entouré de sa cosmo énergie poussée à son paroxysme, annonce : « Subit ma plus mortelle technique le… » Sans s’en rendre compte, Pictor fait face à un véritable Lion, dessiné par l’émanation cosmique d’Iphiclès : « Tu es bien trop lent : Fatal Claw ! » L’image d’un lion abattant sa lourde patte aux griffes affilées éclatant le chevalet d’un peintre masque la réalité. Le corps de Pictor éclate sous l’impact. Ses jambes, sa taille et son bras droit ont été arrachés, éparpillés, voire désintégrés. Quelques lambeaux de chairs et d’armure retombent à côté de ce qu’il reste de son corps, un abdomen au plastron brisé duquel ressortent boyaux et intestins, un bras gauche totalement démantibulé et une tête défigurée par ce qui ressemble à un violent coup de griffes. Le malheureux Saint au teint blafard est décédé sur le coup. Apodis qui a assisté de loin à la scène est impressionné. Il abandonne un instant ses troupes pour retrouver ce qu’il reste de Pictor. L’homme au fin collier de barbe et aux cheveux vert pomme déclare à Apodis : « Voilà ce qu’il reste du repas d’un lion affamé après qu’il ait déchiqueté sa victime. Rassure-toi, mes Griffes de la Mort sont une attaque violente mais mon adversaire ne peut en souffrir, il meurt sur le coup. » Apodis déclare fièrement : « J’aimerai voir ça ! » Iphiclès se met en pose tout comme Apodis. _ « Voyons quelles griffes sont les plus efficaces, celles de l’Oiseau de Paradis… _ … Ou celles du Lion de Némée ! » A nouveau, Iphiclès laisse apparaître dans son dos un Lion. Apodis examine mieux les mouvements de son adversaire que le défunt Pictor. L’Alcide joint ses deux poignets l’un contre l’autre tel un chevalier d’or exécutant l’Athéna Exclamation, et balance de ses dix doigts un faisceau lumineux dessinant à une vitesse proche de celle de la lumière un lion donnant un violent coup de patte. Apodis s’élance vers les cieux, tel un agile volatile déployant ses ailes, absorbant les rayons du soleil qui lui chauffe le dos. Il recroqueville ses coudes vers l’au-delà tandis que les ongles de son armure, semblables à des serres, deviennent incandescents. Les trente-neuf étoiles de la constellation de l’Oiseau de Paradis se relient dans le ciel et embrasent son corps. Enfin, il se laisse retomber à terre, rasant le sol, faisant face aux Griffes de la Mort de son ennemi. _ « Fatal Claw, annonce Iphiclès confiant. _ Shining Apus Claw, riposte Apodis ! » Apodis, tel un rapace, se rabat sur le fauve qui affaisse sa lourde patte. Les deux chevaliers se croisent en se télescopant… Apodis tombe à genoux sur le sol. Le plastron éclaté, son vêtement azur arraché et son torse profondément écorché. Son diadème descendant jusqu’à couvrir sa colonne nasale s’effrite puis s’émiette complètement. Le visage d’Apodis est défiguré par dix griffes descendant de haut en bas desquelles s’écoule aussitôt beaucoup de sang. _ « C’est… C’est impossible… J’ai pourtant observé son attaque tout à l’heure contre Pictor… J’étais sûr d’être assez rapide pour la parer et lui asséner les Griffes Brûlantes de l’Oiseau de Paradis… » Iphiclès reste debout, le visage baissé. Sur les dalles sablonneuses du colisée viennent s’écraser quelques gouttes de sang. Iphiclès frotte son visage, en commençant par son crâne et finissant par sa mâchoire. Sa peau est brûlante, il constate que ses mains sont imprégnées de son sang qui se caramélise sous l’effet de la chaleur. Il se retourne enfin et expose son visage éraflé au niveau de la joue droite par quelques griffures. Il s’en échappe encore un peu de fumée. Autour des plaies sa peau est rougeâtre, marquée par les brûlures. _ « Tu es encore vivant ! On dit qu’une attaque ne marche pas deux fois contre un chevalier, il faut croire que c’est vrai ! » Bon perdant, attendant un coup de grâce, Apodis avoue : « Il est vrai que j’ai détaillé ta technique, mais je n’ai pas été suffisamment rapide pour l’éviter totalement. _ Tu as tout de même su atteindre une vitesse proche de celle de la lumière, c’est un exploit pour un Saint de bronze, sans quoi ton corps aurait fini déchiqueté comme celui de Pictor, assure Iphiclès en s’approchant d’Apodis. Je me souviendrai longtemps de toi Saint de bronze. Adieu. Fatal… Alors qu’il s’affaire à achever Apodis avec ses Griffes de la Mort, Iphiclès est interrompu par Astérion qui a repris ses esprits : « Million Ghost Attack ! » Iphiclès, sans reculer, pare tous les coups du Saint d’argent. Astérion n’abdique pas pour autant. Il passe derrière lui et l’attaque à nouveau dans le dos : « Million Ghost Attack ! » Le Saint de la Meute tente une nouvelle fois l’Attaque des Milles Fantômes. En vain. L’Alcide le frappe de l’arrière du crâne en plein visage. Il se retourne en enchaînant un crochet du gauche dans l’estomac. Astérion tente de répliquer par un coup de pied en direction du genou mais Iphiclès passe à la vitesse de la lumière derrière Astérion. Il joint ses deux mains pour cogner le Saint d’argent dans le dos. Pendant qu’Astérion s’affaisse, Indus se redresse devant lui et jette toute ses forces contre Iphiclès, à demi surpris : « Fatal Glare ! » Iphiclès ne laisse même pas le temps à Indus de libérer son arcane qu’il se jette devant lui et le frappe d’un violent coup de poing qui lui perfore la Cloth et le c½ur : « Drill Claw ! » Le Saint de bronze de l’Indien s’écrase dans les tribunes avec un trou béant à la place du c½ur duquel s’écoule des flots d’hémoglobines. Le cruel meurtrier du Pope n’est plus… En Algérie, à proximité d’Oran, Jabu traîne les pieds, cuirasse sous le bras. Une légère brise balaie ses cheveux et emporte ses larmes. Il a promis à Taishi qu’il ne se retournerait pas. Que ce fut difficile pourtant de ne pas avoir la tentation de porter un dernier regard sur ce garçon qu’il connaît depuis l’orphelinat. Dans les montagnes, les paroles de Taishi lui reviennent en mémoire, tout comme la supériorité dont il faisait preuve. Il pense : « Je suis doué, rapide. Mes poings peuvent briser n’importe quelle matière. Cependant, il me manque ce fluide qui émanait de Taishi, ce que Lilium appelle cosmos. Si je n’en ai entrevu que les bases, cela ne sera pas suffisant pour prouver à Saori que je suis le meilleur… » Les minutes s’écoulent et semblent être une éternité pour Jabu tant le soleil est pesant. Dans ces montagnes à la roche sablonneuse, l’ombre est rare et la traversée pénible. Comme pour le Sanctuaire, les conditions géographiques sont réunies pour qu’aucun individu ne sachant manipuler de façon basique la cosmo énergie ne puisse parvenir au camp.
C’est en titubant, assommé par l’atmosphère ardente et manquant d’eau, que Jabu retrouve ses pairs. Bien qu’il soit épuisé, aucun de ses camarades ne vient lui prêter main forte. Ils laissent s’approcher avec difficulté celui qui par son antipathie n’a attisé que la colère et la peur. En lisant leur rage dans leurs yeux, Jabu comprend pour la première fois quel imbécile il a pu être. Il sourit pourtant et murmure tout en avançant en direction de l’Espagnol : « Merci Taishi, c’est grâce à tes paroles que je comprends enfin. » Arrivé à hauteur de l’hispanique, il l’appelle pour la première fois par son prénom à la surprise générale : « Où est… Euh… Eguski, peux-tu me dire où se trouve Lilium… s’il te plait ? » Eguski pointe son doigt en direction de quelques dunes de sables qui se trouvent au fond du camp. Jabu y avance sans oublier de remercier l’apprenti. Arrivé au sommet de la première colline de sable, Jabu se laisse rouler jusqu’à son pied pour tomber à l’intérieur de ce mini désert en altitude. Eprouvé par la chaleur, tourmenté par le départ de son ami et anéanti par l’idée de ne pas être à la hauteur devant Saori, il reste étendu sur les petits grains résultant de la désagrégation des roches. Ils lui brûlent la peau. Le bruit des pas de Lilium le fait sortir de ses songes. Comme un misérable, il l’implore en restant allongé. _ « Pourquoi… Pourquoi ne m’avez-vous pas dis que je n’étais pas au niveau d’un chevalier ? » Lilium retire son masque, elle s’agenouille et prend la tête de son élève dans ses bras. _ « Parce que tu n’avais pas l’esprit d’un chevalier pour accepter d’entendre la vérité. Tu as préféré te terrer dans ton illusion où tu te croyais insubmersible. _ Apprenez-moi. Je vous en prie, apprenez-moi à ne faire qu’un avec les étoiles… » Lilium le redresse et passe son bras derrière sa nuque pour l’aider à marcher. En souriant, elle lui répond : « Maintenant que ton ami a choisi son destin, tu comprends qu’il est temps de choisir le tien. Je vais faire de toi un chevalier… »
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« le: 1er Mai 2010 à 13h10 »
Chapitre 10
Au c½ur de l’océan Pacifique, loin de l’agitation causée par Rhadamanthe à Asgard, sur le sol brûlant d’une île située juste sous l’équateur, au beau milieu d’un fleuve de lave, sous une averse acide, dans un chemin de pierres, un jeune homme effectue des exercices physiques. Proche du territoire des Ankoku Saints, les chevaliers noirs, le jeune apprenti a le corps couvert d’hématomes. En l’absence de son maître Guilty, appelé en mission avec quelques-uns de ses hommes, le futur Phénix s’affaire à progresser au plus vite. Pour cela, il a choisi de s’aventurer aux frontières de la zone d’occupation la plus dangereuse de l’île, là où le climat est le plus rude et où tous les dangers peuvent survenir à tout moment. Pourtant Ikki, n’a pas peur des mystérieux chevaliers vêtus d’armures sombres. Il en a déjà combattu. Les Ankoku Saints vivent en maîtres sur Death Queen Island et ont établis leur siège en son centre, au c½ur d’un volcan régulièrement en irruption.
Au loin, près de la côte, un village subsiste encore sur cette terre aride. La légende veut que ces villageois soient des descendants des gardes du Sanctuaire envoyés il y a des siècles pour surveiller les Ankoku Saints retenus captifs ici. Des événements plus récents ont conduit les rescapés de l’armée de Cronos être exilés en ce lieu. De tous, selon leurs aspirations au bien ou au mal, certains cherchent une vie paisible dans ce village tandis que les plus belliqueux se sont rapprochés des Ankoku Saints. Il ne reste plus aujourd’hui dans ce village que quelques guerriers menés par Guilty, le chef du village, et de pauvres paysans. Esmeralda, la fille de Guilty, rapporte souvent à Ikki les actes héroïques accomplis dans le passé par son père. Nombreuses furent les fois où il est allé défier les chevaliers noirs afin de rétablir l’ordre dans l’archipel au sein duquel ils vivent et de s’assurer qu’ils ne puissent pas quitter ce lieu maudit. Mercenaire dévoué au Sanctuaire, Guilty est revenu changé de sa convocation dans le domaine sacré peu avant l’arrivée d’Ikki. Depuis, il a pactisé avec le diable et abandonne son peuple aux terribles tourments des Ankoku Saints qui étendent leur cruauté sur l’ensemble de l’île. Les navires marchands ne viennent plus ravitailler les villageois, aucun renfort du Sanctuaire n’est venu enrayer l’expansion massive des chevaliers noirs. Pire encore, les incitations à la violence viendraient directement de Grèce. Désormais, une poignée de villageois survit en ce lieu de désolation où seul Ikki tente de les protéger. En effet, lorsqu’il n’est pas occupé à subir le mauvais traitement de son maître, l’apprenti Saint repousse tant bien que mal les chevaliers noirs qui se hasardent à maltraiter les innocents.
Aujourd’hui, comme par esprit de défiance, il est venu s’entraîner à quelques pas de leur antre sans même craindre les représailles. Toutefois, au bout de quelques heures, après s’être démené comme un diable au milieu de la lave en fusion, Ikki n’aperçoit aucun ennemi.
Voici bientôt trois jours que son maître a embarqué pour le Port du Destin en Crète. Il a été sommé par le Grand Pope, annoncé à Ikki comme étant leur maître à tous, de prendre ses meilleurs hommes et de rejoindre incognito le Sanctuaire pour y mener une mission secrète. Dès son départ, avec l’idée de progresser davantage pour épater son professeur à son retour, Ikki n’a cessé de se dépenser sans rien manger ni boire. C’est pourquoi il choisit de rallier le village pour profiter d’un repos bien mérité après avoir enfilé son maillot pourpre, taché par la poussière et le sang. En chemin, à une dizaine de kilomètres de la côte, le futur Phénix distingue une épaisse fumée noire partir du village. Aussitôt, Ikki saisit la gravité de la situation. Par de grandes enjambées, à vive allures, il traverse les champs poussiéreux, longe des carcasses d’animaux, certains à peine dépecé, d’autres aux os déjà blanchit par le temps. Il coupe par le long champ qui sert à Guilty de camp d’entraînement et saute par-dessus quelques rochers qui délimitent le village du reste de cet enfer…
Pendant ce temps, au Sanctuaire, au sein du colisée, Saga est de plus en plus inquiet, il sent la barrière cosmique qui coupe le colisée avec le monde extérieur subir les assauts répétés du cosmos divin d’Hébé. Du cadran zodiacal il ne reste plus qu’une flammèche sous le signe du Lion. Même si la déité fait mine de rien, sa cosmo énergie se déploie de plus en plus à l’encontre du cosmos hostile qui l’empêche de communiquer avec les siens.
Sous les cinglements des fouets des dresseurs qui achèvent la troisième partie du spectacle, Saga observe avec insistance la déesse Hébé, il fixe avec minutie son visage et sent son c½ur cogner contre sa poitrine. Dans son esprit, se répète cette phrase : « Ambroisie… Tu es si belle… Tu n’as pas changé… Si… Si seulement je pouvais ne serait-ce que… que te dire que tu me manques… » _ « Quelque chose ne va pas, remarque Hébé ? _ Rien d’important rassurez-vous. J’attends simplement la dernière partie du spectacle avec impatience. Observez bien Hébé, voici le programme que je préfère… » Les petits yeux rouges du masque du Pope scintillent l’espace d’un instant, laissant sur la chair d’Hébé quelques frissons dus au malaise qu’elle perçoit.
La piste est maintenant désertée par les dresseurs et leurs animaux. Des prisonniers, hués par la foule, pénètrent, en file indienne, nus, liés par d’épaisses chaînes rouillées reliant leurs poignets à leurs cous. Les misérables marchent en tirant péniblement les boulets accrochés à chacune de leurs chevilles. L’alliée d’Hébé, Juventas, s’exclame : « Qu’est-ce donc que ceci ?! » Le Pope reste les bras croisés sous sa soutane, il attend que Pictor s’approche des prisonniers. Le Saint de bronze lève la main au ciel pour implorer la foule de se calmer. C’est seulement après quelques minutes, et encore quelques insultes et sifflets à l’encontre des captifs, qu’il obtient le calme le plus absolu. _ « Peuple du Sanctuaire, tu t’es déplacé en masses pour assister à cette grande procession qui célèbre la paix, l’amour et la justice, au nom de la grande Athéna… » La foule se lève et applaudit, Pictor effectue une révérence envers le public avant de reprendre. _ « Oui ! Oui peuple athénien ! Encore et toujours tu restes fidèle à cette cause que nous partageons tous, que nous défendons tous de notre chair et notre sang… » L’auditoire devient incontrôlable, comme s’il savait quel était l’enjeu de ce discours. Les gardes présents dans les gradins somment les spectateurs de se rasseoir. Tout autour de la surface de combat, les hommes d’Apodis et d’autres gardes font barrage de leurs corps pour empêcher les visiteurs de se jeter sur les détenus. Les femmes du public, restées en retrait, sortent de quelques panières des fruits et des légumes pourris qu’elles balancent sur les prévenus. Pris au milieu de tout ça, les Hébéïens dispersés dans les tribunes sont impuissants, ils ne savent comment réagir et observent leur déesse toute aussi abasourdie qu’eux face à tant de haine. _ « Je comprends ta réaction peuple malheureux. Orphelin. Veuf. C’est de notre chair et de notre sang qu’il s’agit à cet instant. Observe donc à mes côtés ces huit hommes et ces deux femmes, tous Kshas de Shiva. Responsables d’une guerre, d’une rébellion à l’encontre de l’autorité d’Athéna et des valeurs qu’elle véhicule sur cette planète. Le dieu Shiva a osé se dresser contre l’amour et l’amitié, obligeant de nombreux Saints, soldats et apprentis à donner leurs vies pour vaincre ces assassins. Tu peux être assuré peuple athénien, que sans le courage et le sacrifice de notre armée, ces dix félons faisant partie de l’élite de la milice indienne, auraient instauré un ordre de chaos, de mort et de désolation… » Dans le stade une femme hurle : « Mon mari est mort en Inde durant cette bataille ! » Un homme répond : « Et moi c’est mon fils qu’ils ont tué ! » Puis encore une trentaine d’intervenants lâche à son tour le chagrin qui le mine et le ronge. _ « Oui… oui… comme je te comprend peuple meurtri, agite la tête d’une mine affectée Pictor. Et c’est parce qu’Athéna te comprend aussi, qu’elle rend maintenant sa justice. Même si le dieu Shiva a été neutralisé, même si son territoire est occupé par nos forces, même si la paix est revenue, notre majesté sait que ton affliction n’est pas pour autant soulagée… » Il agite discrètement sa main pour alerter trois gardes qui viennent libérer les dix captifs de leurs liens. Parmi eux, un s’écroule aussitôt au sol, il paraît à bout de force, affamé et déshydraté.
Hébé est horrifiée, elle détaille avec inquiétude les corps rachitiques des prévenus. Leurs visages, creusés par les cernes, n’inspirent que mortification et pitié. Présentés devant elle sans le moindre vêtement, ces hommes comme ces femmes, arborent les mêmes stigmates sur leurs peaux brunies, sales et lacérées. Les chairs marquées par le fouet et les coups. Certains sont estropiés, démunis d’un bras, d’une main, d’une oreille ou bien n’ont plus de langue, ni d’yeux. Entre les jambes des femmes, ainsi que sur celles de quelques hommes, Hébé remarque des traces de griffures, certaines cicatrisées, d’autres, toutes récentes, synonymes de viols répétés. _ « Quelles souffrances je peux lire dans le c½ur de ces dix soldats, murmure-t-elle ! Il semble que cela fait des mois qu’ils n’ont ni à manger, ni à boire. _ Elles ne sont rien par rapport à celles endurées par nos hommes, corrige Saga d’une voix enjouée. J’ai insisté pour que la clôture de cette Journée Sainte se fasse par la mise à mort de condamnés arrivés du Panthéon en Inde, sanctuaire du dieu Shiva, désormais sous le contrôle d’Athéna. Ainsi nous rendons hommage à notre déesse en la gratifiant pour sa dernière victoire. »
_ « C’est pourquoi ces meurtriers vont subir le châtiment réservé aux êtres de la pire espèce, poursuit en bas Pictor… » La foule hurle de joie. Pictor s’approche de l’homme tombé à terre. _ « Toutefois, notre seigneur, le Grand Pope, est un homme bon. Si ces misérables s’agenouillent et baisent mes pieds, et qu’ils reconnaissent la suprématie d’Athéna, son représentant consentira à leur offrir une mort rapide, sans douleur. » Le calme retombe dans les travées du colisée, tout le monde attend de voir la réaction de l’homme affaibli face au jeune et frêle Pictor qui remonte sa soutane turquoise pour laisser apparaître ses jambières. L’infortunée victime se positionne à quatre pattes avec difficulté face au Saint de bronze du Chevalet du Peintre. Ses neuf compagnons pleurent, croyant en la faiblesse de leur camarade. Alors qu’il abaisse sa bouche craquelée vers le métal de la Cloth qui couvre les pieds du chevalier, il ramasse une poignée de sable couvrant les dalles du colisée qu’il balance avec l’énergie du désespoir sur la toge désormais souillée. Le public gronde aussitôt, essaie à nouveau de forcer le passage et invective les soi-disant assassins. Sous son masque Saga s’esclaffe tandis qu’Hébé est totalement perdue. Furieux, Pictor arrache le tissu qui habille sa protection pourpre et enfile son casque ovale qui couvre entièrement sa tête. Il balance un violent coup de pied en plein visage de l’indélicat, lui éclatant le crâne sur le coup et balayant le corps qui retombe dans la poussière juste aux pieds d’un autre Saint de bronze qui veille au grain comme Apodis. _ « Ces hommes ont choisi leur châtiment : la mort, annonce Pictor en s’écartant du centre de l’arène ! » Il pointe du doigt les vestiaires d’où sont sortis jusqu’ici les artistes. Tous les regards sont rivés dans cette direction. Subitement, le drap qui en camoufle l’entrée vole en lambeaux. Du mini-tunnel sort un homme du haut de son mètre-quatre-vingt-dix-huit, fort mince. Sa peau est encore plus mâte que les appâts qui lui sont servis, elle est presque rougeâtre. Ses yeux beiges mystifient quiconque ose le dévisager, hormis Iphiclès qui l’observe froidement et Hébé qui est de plus en plus indignée.
_ « Les spectateurs vont être ravis, constate Apodis avec désarroi. Le Grand Pope a choisi pour la dernière partie du spectacle de faire appel à un de ses assassins personnels. _ Indus est le descendant d’un peuple indien massacré il y a de nombreuses années en Amérique, explique Docrates positionné à ses côtés. Il éprouve une cruelle ranc½ur à l’encontre des hommes. Il considère les responsables du massacre de ses ancêtres comme des démons humains qui refusaient de se soustraire à la volonté d’Athéna. Ce chevalier de bronze de l’Indien va prendre grand plaisir à massacrer ces prisonniers qu’il doit considérer comme des renégats pour leur manque de dévouement envers Athéna. _ Ce fanatique va être heureux de punir lui-même ceux qui ont pêchés contre notre majesté. Je comprends que Gigas voit en lui un atout majeur lorsqu’il s’agit d’envoyer ce Saint combattre des dieux mineurs qui protestent contre la suprématie de notre Pope, conclut Apodis. »
Acclamé par la foule, Indus marche lentement en direction du corps inanimé de la victime de Pictor. Les neufs autres Kshas se mettent en position de combat ou aident les plus faibles à se maintenir debout. Ils détaillent chaque mouvement du Saint habillé d’une Cloth verte sur laquelle les reflets du soleil donnent des nombreuses nuances. Seul son visage à la peau bronzée, aux cheveux noirs et bouclés, n’est pas couvert. Ses jambes sont enveloppées jusqu’en haut des cuisses d’une cuirasse lisse, vert pomme, striée en lignes horizontales par de fines lignes vert foncé. Sa ceinture est unie à son plastron strié de la même manière que ses jambières et protège l’ensemble de son abdomen et de son buste, habillé en son sommet d’épaulettes vert clair qui descendent de façon crochue jusqu’à ses biceps. Enfin, de ses avants bras, au design identique à celui des cuissardes, ressortent sur une ligne droite latérale à son radius, de longs et fins crochets vert pomme. C’est de ces crochets dont il se sert une fois face à la dépouille du Ksha. Il tranche ainsi avec son bras la tête du défunt qu’il saisit par les cheveux et observe avec mépris. De l’incision grossière et brutale, coulent quelques gouttes de sang, dont il s’abreuve sous le regard stupéfait du public. Après s’être vulgairement délecté, il se barbouille le visage d’hémoglobine puis lance, tel un enfant envoyant en l’air un ballon, la tête en direction des autres Kshas auxquels il s’adresse. _ « Voyez comme les Athéniens souhaitent votre mort. C’est pour les venger de votre hérésie que je vais vous offrir une mort lente et odieuse. » Après ses mots, le voici disparu. Du moins c’est ce que les spectateurs croient car pour l’ensemble des Saints et pour les gardes les plus affûtés, les mouvements du chevalier sont perceptibles. Il tournoie à la vitesse du son près du groupe de Kshas sur lesquels il abat tour à tour sa furie. Les adversaires sont ainsi dispersés sur l’ensemble de la surface de combat alors qu’Indus est au milieu d’eux. Les Kshas les plus vaillants, quatre en tout, se redressent aussitôt et foncent sur Indus qui croise ses bras. Une aura verdâtre l’entoure l’espace d’un instant puis disparaît lorsque les quatre chevaliers de Shiva l’approchent : « Fatal Glare ! » Les soldats retenant la foule ainsi que les spectateurs des premiers rangs sont éclaboussés du sang des victimes de l’Eclat Meurtrier d’Indus.
Dans l’arène et dans les gradins, des bras, des jambes, des doigts, des pieds, des troncs et des mains appartenant aux quatre Kshas tombent éparpillés. Les femmes cachent les enfants contre elles et ferment leurs yeux, tandis que les hommes les plus délicats posent leurs mains devant leurs bouches.
Un bras entier arrive devant le Grand Pope pourtant situé tout en haut de l’amphithéâtre. Il se met à rigoler en applaudissant fièrement Indus entouré des quatre cadavres fauchés par le Fatal Glare. Les tribunes ainsi que quelques Saints suivent le Pope dans ses congratulations. Iphiclès sert la mâchoire et fixe avec mépris le représentant d’Athéna. _ « Grand Pope, je ne suis pas convaincue qu’un tel traitement soit celui qu’Athéna souhaite faire subir à ses ennemis. Je vous demande immédiatement de me conduire à elle, s’empresse Hébé outrée ! » Saga choisit d’ignorer Hébé et reste captivé par le spectacle tout comme le public qui depuis l’arrivée d’Indus ne prête plus attention à ce qui se trame dans la tribune d’honneur.
Indus approche un Ksha qui, totalement affaibli, rampe au sol pour le fuir. L’assistance se prend d’un fou-rire en constatant le désespoir du fidèle de Shiva.
_ « Jamais je n’ai vu un tel manque de valeur, fronce ses sourcils Hébé, un tel manque de pitié dans le c½ur d’un peuple. Il n’y a là que la violence et la haine. Grand Pope ! Il faut absolument que vous repreniez le contrôle de la situation. _ Mais j’ai toujours le contrôle de la situation, continue d’observer la scène avec euphorie Saga ! J’offre au peuple ce qu’il attend. Les Athéniens voient à quel point Athéna est puissante et jouissent de notre suprématie sur les peuples indociles. » Juventas constate qu’à mesure que le Grand Pope s’enthousiasme, quelques mèches de ses cheveux bleus tombent de son casque doré et grisonnent par intermittence…
Indus effectue un prodigieux salto jusqu’au fuyard et se réceptionne juste devant lui. Déjà couché sur le ventre, le gibier d’Indus est vite immobilisé par le Saint qui lui plaque, à l’aide de sa main droite, la nuque contre le sol et qui plante les lames de son bras dans le haut du dos du Ksha qui hurle à la mort. Il descend ainsi son bras jusqu’au bas du dos de l’homme toujours conscient. Puis, arrivé au niveau des reins, il déchire les deux organes en les entaillant profondément. Alors que des spectateurs horrifiés quittent le Colisée, Indus observe la majorité restante, assoiffée de vengeance et s’adresse à eux : « Vous aussi vous souhaitez participer au triomphe d’Athéna ? Alors tenez ! » Il balance dans les tribunes son adversaire, encore lucide mais tétanisé par la douleur. Il atterrit au milieu d’une cohue où des dizaines d’hommes se bousculent pour porter un coup au Ksha dépecé. Même des femmes s’immiscent dans la masse pour frapper un corps totalement bleui par les coups. Des soldats d’Hébé placés dans les tribunes bousculent les spectateurs pour tenter d’intervenir et de sauver le Ksha qui rend son dernier soupir. D’autres Hébéïens s’empoignent aux abords de la surface de combat avec des Athéniens. Ils espèrent intervenir afin de cesser cette mascarade. Apodis et les autres Saints commencent à s’inquiéter.
En haut, Hébé se lève et ordonne : « Grand Pope arrêtez ceci immédiatement ! »
Au même moment, sur Death Queen Island, Ikki parvient jusqu’au village. Une fois devant le désastreux spectacle, il découvre deux cadavres sans vie. Un grand-père et son petit-fils gisant devant une chaumière en proie aux flammes. Face à la bâtisse, deux chevaliers aux vêtements noirs couverts chacun d’une Cloth sombre rient aux éclats. Autour d’eux sont réunis les huit derniers habitants du village de l’île de la Mort. Chacun apporte ce qu’il lui reste de nourriture avec parmi eux la jolie Esmeralda aux cheveux longs, blonds, et habillé d’une vieille robe blanche à fleurs rouges. Le premier Ankoku Saint porte une armure en tout point conforme à l’armure de bronze du Lynx. Il déclare : « C’est ça bande de chiens ! Apportez-nous tout ce qu’il vous reste si vous ne voulez pas finir comme ce vieillard et ce mioche ! » Il déplie un grand drap sur lequel les derniers villageois viennent déposer les pauvres denrées à leur disposition. _ « C’est tout, grogne-t-il ? » Des huit malheureux, seule Esmeralda ose répondre malgré la peur qui la ronge. _ « Il ne nous reste plus que ça. La sécheresse et la terre infertile ne nous permettent que d’avoir de maigres récoltes. Le Sanctuaire ne nous fait plus parvenir de nourriture depuis des années, la faune et la flore se meurent davantage chaque jour, nous manquons d’eau et… _ Silence ! Vos tracas ne me concernent pas, ordonne Ankoku Lynx. » Le deuxième chevalier noir s’approche d’Esmeralda et tourne autour d’elle d’un ½il mal attentionné. Cette femme chevalier porte une copie ébène et efféminée de l’armure de bronze de l’Ours. Ses cheveux gras courts s’enroulent autour de son diadème tandis que son visage ne porte pas de masque comme le veut pourtant la tradition pour les femmes chevaliers. Preuve de l’irrespect porté par les Ankoku Saints à la chevalerie. Ses larges hanches semblent bien lourdes à bouger. Sa Cloth noire lui compresse son opulente poitrine qui n’a pas besoin de ça pour être visible. C’est d’ailleurs ces seins immondes de par leur taille qui touchent le corps de la douce Esmeralda lorsque la femme chevalier choisit de lui agripper le visage au niveau de la mâchoire. _ « Regarde donc Lynx Noir ! Il y a un ange en enfer. Cela m’étonne que nos amis ne l’aient pas remarqué plus tôt. De toutes les femmes qu’ils ont ramenées au repère, celle-ci sera la plus jolie, manipule Ankoku Ursa Major le visage de la tendre jeune femme. _ Il serait plus prudent que tu la lâches, cette fille est l’enfant de Guilty. _ Tu veux parler de celui qui fut durant des années notre bourreau ? Pff… Maintenant qu’il est de notre côté, je le vois mal nous refuser de la chair fraîche pour nous amuser. » La corpulente femme chevalier vole un baiser à la jolie paysanne. Aucun villageois n’a le cran de réagir. Quand tout à coup, une décharge cosmique vient heurter l’Ours Noir en plein dos. Ikki est arrivé.
Elle lâche la belle demoiselle et se retourne pour faire face à un Ikki plein de rage. _ « Je t’interdis de toucher à un seul de ses cheveux ! Esmeralda est la seule personne sur cette île qui me donne la force et le courage de survivre chaque jour. Jamais je ne pourrai pardonner ton geste. _ Alors c’est toi l’apprenti de Guilty, approche Ankoku Lynx. Si le Sanctuaire ne tenait pas tant à toi, tu serais déjà mort. _ Pas de votre main en tout cas. Aucun chevalier noir n’a réussi à me vaincre jusqu’à présent. _ Tu dis cela car tu n’as pas encore rencontré les quatre Seigneurs Noirs. Mais je ne te laisserai pas cet honneur. Peu importe les ordres du Sanctuaire. » Lynx Noir fonce sur Ikki qui concentre son attention sur lui. Ours Noir en profite pour attaquer par derrière et frapper Ikki d’un coup de genou dans la colonne vertébrale. Le Japonais n’a pas le temps de se remettre de la douleur que Lynx Noir le cogne avec son poing dans l’estomac. Ours Noir empêche Ikki de s’écrouler en le ceinturant et en le soulevant du sol. Immobilisé, Ikki encaisse coup sur coup les attaques du Lynx Noir. Tout semble perdu pour lui. Les villageois qui avaient retrouvé le sourire à son arrivée, sont désormais abattus.
Esmeralda s’approche et s’agenouille aux pieds du chevalier noir du Lynx : « Je vous en supplie, laissez le… » Il la repousse prestement sur le côté et continue de maltraiter Ikki. _ « J’accepte de vous suivre sans broncher si vous lui laisser la vie sauve, revient chancelante Esmeralda. _ Esme… Non… Esmeralda… Ne fais pas ça… Pas pour moi, murmure presque inconscient Ikki… _ Je ne me pardonnerai jamais ta mort Ikki. Si mon geste peut t’aider à devenir chevalier alors je le ferai sans hésiter. » Le chevalier de l’ombre s’impatiente et bouscule d’une manière beaucoup plus autoritaire Esmeralda en la giflant violemment. A cet instant, Ikki ouvre grand les yeux. Une aura orangée, brulante, entoure son corps. La femme chevalier peine de plus en plus à le retenir prisonnier de son étreinte. Son complice fixe Esmeralda sans se soucier du Japonais : « Que tu le veuilles ou non, tu viendras avec nous de toute façon. Mais pas avant d’avoir tué ton ami et… » Un choc retentit. Il empêche le meurtrier de finir sa phrase. Le chevalier noir crache du sang et devient livide. Ses yeux se penchent avec difficulté sur son flanc droit dans lequel s’est logé le poing d’un Ikki prit d’une furie frénétique. Pourtant, l’atroce douleur ne vient pas de cette effroyable perforation. Non. Elle vient de l’énergie qui continue de se dégager du poing du Phénix et qui finit par exploser. Le souffle provoqué par l’explosion désintègre les organes vitaux du chevalier noir et fait voler en éclat sa Cloth. De lui, il ne reste plus qu’un corps sans vie avec un trou béant partant de sa hanche droite jusqu’à l’épaule.
Ikki est transcendé par la colère et la vengeance. Ankoku Ursa Major recule à mesure qu’Ikki avance dans sa direction. Elle tremble, profère des insultes et finit par attaquer : « Black Strong ! » Le poing chargé du cosmos ténébreux de l’Ours Noir s’abat en direction du visage d’Ikki. Il bloque le coup dans le creux de la paume de sa main gauche sans la moindre peine : « Voilà donc à quoi ressemble un arcane invoqué par la cosmo énergie. Mon maître Guilty m’a enseigné la concentration du cosmos pour le dégager en un coup. Aujourd’hui encore, ces techniques me semblent bien compliquées, néanmoins tu mérites de faire les frais de mon apprentissage. Je nomme ce coup les Ailes du Phénix : Ho Yoku Ten Sho ! » La cosmo énergie d’Ikki quitte son corps pour prendre la forme d’un Phénix qui, par son envol, emporte la femme chevalier et la balaie par le vent ardent, tranchant et oppressant du futur Saint.
Elle retombe à dix mètres de là, l’armure en morceaux et la chair en lambeaux. Toutefois, elle redresse encore la tête, bien décidée à défier Ikki du regard. Enragé, Ikki bondit devant elle pour l’achever mais Esmeralda s’interpose : « Non ! Arrête Ikki ! Ne fais pas ça ! Elle a perdu. » Ikki ne regarde même pas Esmeralda dans les yeux. Son souffle est court mais profond. Son torse se bombe à chaque inspiration. _ « Elle t’aurait fait vivre mille tourments si je l’avais laissé faire. Cette femme reviendra si je la laisse partir. Elle doit mourir. _ Qui es-tu Ikki pour avoir droit de vie ou de mort sur les gens, lui demande-t-elle d’une voix douce et chaleureuse ? Tu m’as toujours dit que tu es différent des autres guerriers de cette île. Tu te bats avec ton c½ur pour l’amour d’autrui. Seulement pour l’amour. Ne laisse pas la haine te rendre comme mon père et comme les chevaliers noirs. » Le poing d’Ikki est si serré que son bras en tremble. Ses muscles sont raides et son esprit est perdu. Esmeralda le rejoint alors pour le serrer contre elle et l’apaiser. C’est seulement au terme d’innombrables secondes que le coléreux héros revient à lui.
_ « Tu ne deviendras jamais le Phénix grâce à l’amour, se redresse difficilement Ankoku Ursa Major. Le Phénix est un oiseau solitaire, il ne connait pas l’affection, seule la haine guide ses pas. Guilty le sait et Jango aussi. _ Jango ?! Qui est Jango ? Parle ! _ Jango est le chef des chevaliers noirs. Il fut durant des années l’ennemi de Guilty. Pourtant, Guilty revint un jour du Sanctuaire qui lui ordonna de pactiser avec nous. En attendant notre heure, le domaine sacré demanda à Guilty de transmettre à Jango l’ordre de réunir et former les plus dangereux sujets de cette planète à la maitrise du cosmos et d’en faire des chevaliers noirs pendant que Guilty s’active à trouver un meneur pour les troupes. _ Ce meneur c’est le chevalier du Phénix n’est-ce pas, s’immisce timidement Esmeralda à la discussion ? _ De tous les apprentis chevaliers du monde envoyés sur cette île, Ikki est le seul qui a survécu ou qui n’a pas perdu la raison. L’armure du Phénix n’a jamais été gagnée par quiconque depuis sa création. C’est pourquoi aux yeux du domaine sacré Ikki est un élément qui mérite d’être reconnu. C’est parce que tu es le meilleur de tous les apprentis que Guilty a reçu l’ordre de t’éduquer en épargnant dans la mesure du possible ta vie pour t’inculquer les bases de la haine qui feront de toi le seul à pouvoir porter cette armure. En la remportant, tu deviendras le maître de cette île et de tous les chevaliers noirs. Avec ton armée, tu pourras mener le Sanctuaire à la victoire. _ Quel intérêt a-t-il à faire cela, s’inquiète Esmeralda ? _ Ikki deviendra un sergent de l’armée d’Athéna, la déesse qui gouverne ce monde, se redresse Ankoku Ursa Major. Il s’agit de l’armée la plus puissante de la Terre. Le pouvoir sera à la portée d’Ikki et Athéna, quitte-t-elle le village en titubant… _ Je sais qui est Athéna et je connais toutes les légendes sur ses chevaliers. Mais pourquoi favoriser la haine alors qu’elle privilégie l’amour, la rappelle Ikki ? _ Parce qu’aujourd’hui le monde est pourri par l’hypocrisie des sentiments. Il n’y a qu’à voir la raison qui t’a poussé à venir ici et à subir toutes ses souffrances… » Ikki demeure perturbé par ces propos. Il est pensif. _ « La haine est la seule arme qui permettra de rétablir la vérité sur ce monde et tu seras celui qui conduira le Sanctuaire et la Terre dans le droit chemin, conclut l’adversaire déjà au loin… »
En Grèce, au Sanctuaire, devant la maison du Bélier, Naïra serre les dents pour ne pas gémir de douleur. La flamme de la Vierge est maintenant entamée. Cela n’est pourtant pas la principale préoccupation du Saint de bronze de la Colombe. Enée ne souhaite pas la faire souffrir davantage. L’Alcide concentre un maximum d’énergie pour porter un coup fatal. Elle en profite pour frapper par surprise : « Final Justice ! » Une centaine de coups de poings semblables à de petites étoiles filantes touche Enée uniquement au visage. L’Alcide de la Capture de Cerbère fait quelques pas en arrière tandis que son casque qui s’est détaché chute en rebondissant jusqu’aux premières marches du seuil de la maison, libérant ainsi ses longs cheveux bruns emmêlés jusqu’alors dans son heaume, dévoilant finalement à ce menaçant guerrier un air efféminé. Enée n’a pas une seule égratignure néanmoins on devine à sa mine renfrognée que la riposte ne va pas tarder. Naïra recule rapidement et adopte à nouveau sa pose de combat. Ses longs cheveux couleur feu sont balayés par le vent tandis que son cosmos grandit, elle se lance à nouveau sous les yeux noisettes d’Enée. _ « Tes vulgaires étoiles ne peuvent rien contre moi, insiste Enée. Je vais te montrer ce qu’est un vrai coup étoilé, de vraies Etoiles Offensives… _ Final Justice ! _ Charging Stars ! » Semblables aux Météores de Pégase, les Etoiles Offensives d’Enée écrasent les petites étoiles filantes de Naïra puis, bien plus rapides, plus puissantes et plus nombreuses, elles viennent infliger au Saint de bronze une multitude d’impacts. La Nord-Coréenne est propulsée à l’intérieur du premier palais et s’écrase contre une colonne de marbre avant s’écrouler sous le poids des blessures. Enée s’approche de Naïra dont le masque s’est brisé durant la chute.
Alors qu’il est sur le seuil de la maison, il stoppe net car derrière lui une lueur dorée s’accroit. Enée reconnaît tout de suite le statut de son opposant. _ « J’imagine que les choses sérieuses commencent pour moi n’est-ce pas ? _ Tout juste, répond Aiolia. Je ne te laisserai même pas poser un seul pied à l’intérieur de la maison de Mu du Bélier. » Enée se retourne à la vitesse de la lumière et entame sans plus attendre les hostilités : « Charging Stars ! » Aiolia esquive chaque Etoile Offensive et se retrouve face à son opposant le coude en avant. Enée évite à son tour en pivotant sur le côté et répond d’une reprise de volée du pied droit dans le dos du Lion. Enée enchaine d’un violent coup de tête derrière le crâne d’Aiolia qui n’a pas eu le temps de se retourner. Le Lion commence à chanceler, à cause de l’élan que vient de lui insuffler un tel télescopage mais se ressaisit et s’accroupit pour éviter Enée qui arrive pied gauche en avant pour le frapper à nouveau dans le dos. Ainsi, se retrouvent-ils face-à-face et, Aiolia, plus rapide cette fois-ci, cogne du poing gauche l’estomac de l’Alcide puis du droit sa tempe. C’est maintenant Enée qui doit se remettre de ce renversement de situation et il n’a pas le temps d’esquiver le coup de pied derrière son genou droit. Il chute genou à terre et reçoit maintenant l’autre jambe d’Aiolia en plein visage, ce qui lui fait dévaler quelques marches. Aiolia ne lui accorde aucun répit et lui envoie sa boule de feu. _ « Lightning Bolt ! _ Stars And Stripes, riposte en pleine chute Enée ! » Enée souhaite faire écran avec sa Bannière Etoilée mais la puissance cosmique du Lion écrase celle du Cerbère et Enée est encore repoussé plus bas…
Plus bas, dans la ville d’Honkios, quelques Hébéïens s’avancent prudemment dans les avenues de la plus grande ville du Sanctuaire. Ils progressent furtivement dans la direction du colisée. Tous les habitants de la ville ont abandonné l’idée de fêter la Journée Sainte après que l’état d’urgence a été décrété. D’entre les pavés qui forment les routes de la ville, s’écoule le sang de nombreux Hébéïens qui ont été surpris par les soldats Athéniens. Comme partout, des actes orchestrés par les mercenaires de Gigas ont fait incriminer à tort les Hébéïens, catalogués dès lors comme ennemis de guerre. Les plus chanceux ont réussi à passer les camps athéniens du nord, de l’est, de l’ouest et du sud pour arriver aux abords du colisée. Ils espèrent alerter à temps leur déesse, qui ne semble pas être tenue au fait du complot qui la menace. Malheureusement pour eux, ces braves trouvent les lances et les glaives des gardes d’Athéna qui se sont retranchés au centre sur ordre du commandant Phaéton.
Assuré du succès de sa machination, Gigas poursuit, encapuchonné, son discret parcours, en arpentant les murs des ruelles. Se camouflant dans les moindres recoins, trop peureux pour affronter l’ennemi lorsqu’il se présente. Cela jusqu’à la sortie de la ville. Là, il longe une rivière. Traverse un bois. Puis, enfin, entame la montée d’une colline d’où, une fois arrivé au sommet, il surplombe la ville et plus particulièrement le colisée. En avançant jusqu’au précipice, il parvient jusqu’à un homme qui se tient debout, en transe, entouré d’une aura doré, les bras recroquevillés devant sa poitrine, les yeux imprégnés d’une lueur jaunâtre. Le vieillard s’approche de lui et le félicite : « Tout marche comme prévu. Continue ainsi Spartan et le Pope sera fier de toi. » Le mercenaire poursuit son action sans atténuer sa concentration.
Soudain, la voix intéressée d’un homme surprend le général, il s’agit d’un soldat d’Hébé. _ « Spartan c’est ça ? Voilà donc celui qui brouille les liaisons cosmiques qui émanent de notre majesté Hébé. _ Que fais-tu ici renégat, le menace Gigas ? _ Renégat ?! Moi, dégaine son épée le soldat ?! Alors que je viens de découvrir les origines de ce complot ! Je vais vous occire tous les deux et rétablir la vérité sur le Sanctuaire. Meurs ! » Le soldat brandit sa lame en l’air et l’abat en direction de Gigas pour le pourfendre. Gigas pose ses bras devant son crâne pour se protéger et ferme les yeux en attendant sa sentence. Un cri strident fait soudain écho dans les airs : « Fantom Arrow ! »
Le pauvre Hébéïen est transpercé de toutes parts par une multitude de flèches d’argent. Le cadavre, perforé sur toute l’étendue de son corps, s’écroule sur le gazon qui couvre la colline. Gigas rouvre les yeux, cherchant son sauveur du regard. Il ne tarde pas à le reconnaître, vêtu d’une soutane grise et caché derrière un masque violet, inexpressif. _ « Ptolémy Saint d’argent de la Flèche ! _ J’ai rempli mon rôle comme il se doit, assure le fidèle espion du Pope. J’ai informé nos sergents du danger qui plane et me suis assuré que les mercenaires sous votre coupe fassent discrètement le travail. Désormais, le plus important c’est de veiller sur Spartan pour qu’aucun ennemi ne vienne perturber sa méditation. D’ailleurs, en voici un, pointe-t-il du doigt l’horizon ! _ Tu perds la tête mon pauvre Ptolémy, personne n’est là, scrute le vide Gigas sans discerner quoi que ce soit. _ Si un vulgaire soldat d’Hébé a pu vous prendre en filature Général, alors rien de plus simple pour un Alcide ! » Du bras du chevalier est décochée une flèche illusoire qui fond sur le plateau qui domine le haut de la colline. La flèche finit par choquer un point invisible. C’est à cet instant que l’atmosphère se fait plus lourde. Juste le temps qu’un corps en surgisse comme s’il fendait le décor pour en sortir. Toute aussi irréelle est l’apparence du maître de cette illusion. Un homme aux genoux distordus qui le font marcher lentement. Traînant les pattes tel un animal abattu. D’animal il n’a pas que la démarche. Son dos, bossu, lui fait pendre les bras en direction du sol. Du moins ce qui s’apparente à des bras. Son membre droit est complètement atrophié et les doigts de cette main sont retournés à l’inverse de ceux d’un homme anatomiquement bien formé. Son bras gauche est long et dénué de main, de coude et de toute autre particule composant un corps humain en bonne santé. Il ressemble à un long mat de bateau, rigide, portant de longs poils jaunâtres comme s’il s’agissait d’une patte de chien. Pourtant, sa Cloth blanche et crème est parfaitement adaptée à ce physique ingrat. Comme les armures des chevaliers d’Athéna, les Cloth des Alcides d’Hébé sont vivantes et s’ajustent au physique de leurs porteurs. Ainsi ses jambières ressemblant à celles de l’armure de la Lyre, couvrent ses pieds, ses tibias et ses genoux tordus. Ses cuisses, dissemblables l’une de l’autre, la gauche étant maigrelette comparée à la droite exagérément opulente, sa ceinture et son abdomen restent découverts de toute forme de protection. Seule sa poitrine et ses épaules sont défendues par un plastron blanc, semblable à celui de l’armure de Pégase dans sa première version, où des serres de couleur crème sont gravées. Les épaulettes se déclinent en une forme de plumage métallique aux extrémités acérées pour chaque plume, alors que sont figées dans le dos du plastron d’immenses ailes blanches à la teinte beige. Telle la Cloth d’Apodis et le Surplis de Valentine, les avant-bras et plus particulièrement le poignet droit bénéficient d’une défense jusqu’au bout des ongles formant de longues griffes acérées au bout de chaque doigt. Cette si jolie Cloth est paradoxalement trop belle pour cet Alcide au visage difforme casqué d’un simple diadème avec une tête d’oiseau effrayant en symbole. Ses yeux rouges souffrent d’un strabisme inconcevable, son nez est désaxé de son visage tout comme sa bouche qui reste entrouverte et de laquelle s’écoule en continu sa bave qui sèche sur ses petites lèvres craquelées et d’où on remarque une dentition particulière. En effet, en le dévisageant, Gigas ne compte que huit dents en haut et sept en bas, aucune n’étant alignée, certaines étant même positionnées dans le palet du malheureux. Son crâne est dégarni sur le dessus alors que sur le tour tombent d’épais cheveux gras jaune pâle.
_ « Alors la rumeur est fondée, constate Gigas ! _ Quoi ?! Quelle rumeur, réagit la voix étouffée par son masque Ptolémy ? _ Il y a quelques mois, une fois la venue d’Hébé annoncée à notre Pope, ce dernier m’a demandé d’enquêter sur les armées de celle-ci. Après de multiples recherches, un mercenaire sous mes ordres a enlevé sur le Port du Destin, à Iraklion en Crète, un messager d’Hébé qui revenait d’une mission depuis les terres africaines. Nous l’avons interrogé et torturé. En lui demandant quels étaient les Alcides qui étaient les plus à craindre, l’homme nous a annoncé qu’en plus d’Iphiclès du Lion de Némée et Juventas des Juments de Diomède, Hébé dispose d’un atout de taille, spécialisé en télékinésie. Cet homme, fruit d’un viol consanguin, né au bout d’à peine six mois de grossesse il y a vingt-huit ans, a été dès la naissance abandonné dans les bidonvilles de Bolivie, d’où il est originaire. Recueilli par un misérable mendiant, l’handicapé, souffrant d’un trouble de la vue, sourd et muet, véritable phénomène de foire, n’eut pour s’en sortir que son improbable volonté et ses capacités intellectuelles inattendues. Il apprit à communiquer par la pensée en s’ouvrant inconsciemment au septième sens. Voué à la mort dès sa naissance, ne pouvant ni manger ni boire seul, il réussit l’exploit de conserver sa volonté en revenant du royaume d’Hadès, capacité réservée aux hommes maitrisant le huitième sens. C’est en grandissant et en faisant usage de son bon sens qu’il comprit en quoi consiste la cosmo énergie et comment il fallait la manipuler. Quittant son pays natal, il téléporta son âme et son corps pour les déposer sur l’île d’Yíaros. En usant de sa cosmo énergie, il parvint à surmonter toutes les limites repoussant un simple mortel et découvrit le territoire d’Hébé vers laquelle il se sentit attiré. La Cloth des Oiseaux du Lac Stymphale le reconnue aussitôt comme son propriétaire. Depuis ce jour, sur les terres d’Yíaros, plus jamais il ne subit humiliations et railleries, ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale a gagné le respect d’une déesse et de son nouveau peuple qui l’a accepté tel qu’il est. Soyez persuadés mes frères que cet ¼dipe donnera sa vie pour protéger ceux qui l’aiment. » A mesure qu’¼dipe s’avance telle une larve, Ptolémy passe devant son général. _ « Pff… Le septième sens est une particularité propre aux Saints d’or. Quant au huitième sens… je n’ai jamais entendu parler de ce prodige. On vous a mal renseigné mon général. Les Hébéïens ont fait de ce monstre une légende, rien de moins ! Je vais vous prouver qu’ils ont eu torts ! Le plus important reste ce bouclier cosmique instauré par Spartan. Il faut le protéger jusqu’au bout. » ¼dipe est tout proche, Ptolémy le pointe du doigt : « Arrête-toi là espèce de phénomène de foire ! Arrête ! Sans quoi tu vas goûter à mon Fantom Arrow ! Mes Flèches Fantômes peuvent passer de la simple illusion à de véritables flèches d’argent comme celles reçues par ton soldat et… » L’Alcide passe à côté de Ptolémy sans même lui prêter attention et continue en direction de Spartan. Ptolémy perd patience : « Tu ne manques pas de culot toi ! Ah oui ! J’oubliais que tu es sourd ! Tant pis pour toi, tu vas subir mes flèches sans même te douter des conséquences. Vu ton physique ingrat, je ne peux que te rendre service ! Meurs à présent… Fantom Arrow ! » Les flèches d’argent fondent sur ¼dipe. Alors qu’il croit l’avoir touché ¼dipe, les flèchent traversent un corps illusoire et s’écrasent contre le sol, provoquant de vigoureuses secousses.
Pendant que l’hologramme créé par le cosmos d’¼dipe se désagrège au fil des secondes, Gigas se remet debout, cahoté par l’explosion, et plisse les yeux pour s’assurer que, derrière le nuage de fumée résultant de ce choc, Spartan ne craint rien. _ « Impossible, mais où est-il, grince des dents Ptolémy ? _ Juste derrière toi, lui répond une voix venue du ciel. » Pris d’un frisson, Ptolémy se jette en avant en effectuant une roulade afin de fuir une éventuelle contre-attaque. Aussitôt debout, il relance son arcane : « Fantom Arrow ! » L’infirme fait gronder sa voix dans les airs grâce à son cosmos : « Psycho Crusher ! » Les flèches se heurtent à un mur invisible au grand désarroi de Ptolémy. Soudain, la barrière instaurée par ¼dipe s’étend et entoure Ptolémy afin de former un cube dans lequel il est retenu. _ « Mon Psycho Crusher est une technique télékinésique vouée aussi bien à la défense qu’à l’attaque. Après m’être protégé de ton agression ridicule, je vais maintenant te broyer dans mon Ecraseur Psychique. » En une fraction de seconde, le cube se rétracte, écrasant Ptolémy qui retombe au sol, la soutane désintégré avec, par-dessous, sa Cloth entamée en quelques endroits, le masque en poussière. De la bouche de Ptolémy, inconscient, s’écoule un filet de sang.
¼dipe achève les quelques mètres qui le séparent de Spartan, toujours concentré. Il se pose juste à côté de lui et, les muscles totalement relâchés, se transcende. Gigas, paniqué, se saisit de la dague de son précédent agresseur et se presse d’approcher ¼dipe pour l’abattre dans le dos. En route, la lame s’effrite et Gigas s’écroule, saisit d’une terrible douleur à l’estomac comme s’il venait de recevoir un coup dans le ventre. _ « Désormais je vais pouvoir engager ce combat télékinésique contre ce guerrier, résonne la voix d’Oedipe. » Pendant que sur le cadran zodiacal s’éteint le signe de la Vierge, un duel spirituel s’entame…
A des milliers de kilomètres de là, Ikki et Esmeralda se promenent afin d’oublier la tension qui règne actuellement. Ils marchent sur une plage, main dans la main, les pieds dans l’eau. Il s’agit là d’un des seuls coins de l’île où le paysage est agréable et où la misère paraît loin. Ce court espace sablonneux est reculé du village, il se situe au bas d’une falaise et ne peut être atteint qu’après avoir descendu un sentier couvert de cailloux. Les deux amis refont le monde en s’imaginant quelle sera la vie qu’Ikki leur offrira une fois qu’il sera chevalier. _ « Ikki promets-moi que tu seras bon et que tu te battras pour le bien ! _ Je te le jure, tout comme je te jure de t’emmener avec moi loin d’ici. Nous vivrons heureux, dans ce que les autres appellent le domaine sacré, en Grèce, là où tous les chevaliers vivent. Mon frère viendra avec nous et nous combattrons pour défendre le Sanctuaire. Lorsque je reviendrais de campagne avec mes hommes toi tu seras là à m’attendre avec dans tes bras nos enfants et… et… et je t’épouserai et Athéna elle-même nous donnera sa bénédiction ! _ Ikki, balbutie Esmeralda d’anxiété… Quand tu parles de « tes hommes », de qui parles-tu au juste ? _ Ton père m’a dit qu’au Sanctuaire un chevalier de bronze peut être à la tête d’un escadron de quinze soldats. Il est nommé sergent. _ Et que feras-tu des chevaliers noirs lorsque tu auras gagné l’armure ? » Ikki hésite durant un battement de secondes qui semblent interminables pour Esmeralda. Sa voix est moins affirmée qu’à l’accoutumé, il parle moins fort : « Je prendrais peut-être les meilleurs pour les ramener avec moi au Sanctuaire. Tu sais, il y a de bons éléments parmi eux. Je suis convaincu qu’ils ne sont pas tous mauvais. » Esmeralda blêmit en entendant cela. Ses yeux sont figés dans ceux d’Ikki. C’est seulement lorsqu’il comprend son malaise qu’il sourit. Enfin, il perd définitivement son sérieux et rigole. _ « Tu te moquais de moi n’est-ce pas ? Tu savais qu’elle allait être ma réaction ? _ Tu devrais voir ta tête ! C’est trop drôle. » Elle essaie de le bousculer pour se venger. Ikki finit par l’entourer avec ses bras et ensemble ils tombent sur le sable brulant. Toutefois, le futur Phénix reste songeur après son affirmation…
Toujours au sol, il soupire de douleur. Esmeralda comprend qu’il souffre des hématomes causés par les nombreux combats qu’il mène depuis son arrivée. _ « Ne t’en fais pas ! Je vais bien. Voilà bien longtemps que je n’avais pas ris comme ça, c’est tout, se tient-il les côtes. _ Peut-être que l’eau de la mer soulagera ton mal ? » Ikki hoche la tête pour approuver sa proposition. Il lui tourne le dos et ôte son maillot et son pantalon, tous deux usés et craqués, ainsi que ses sandales. Malgré les cicatrices et les bleus, le beau jeune homme, nu, présente une silhouette taillée dans le marbre. Esmeralda observe son dos râblé et ses fesses d’acier. Ses épaules sont larges et imposantes, ses biceps magnifiquement sculptés. Ses cuisses et ses mollets paraissent avoir été trempés dans l’acier. Il s’enfonce dans l’onde chauffée par le soleil ardent malgré les vagues plus ou moins violentes. Il s’arrête lorsque le niveau de l’eau l’engloutit jusqu’aux hanches et se retourne pour observer Esmeralda qui laisse les vagues venir lui caresser les pieds. Subitement, entre deux vagues, elle choisit de défaire les bretelles de sa robe rapiécée et la laisse glisser le long de son corps pour enfin choir sur le sable humide. D’un mouvement délicat avec son pied, elle jette en arrière le tissu afin d’éviter que l’eau ne vienne dessus puis s’avance en direction d’Ikki. Une fois proche d’Ikki, elle colle son front contre le sien en se hissant sur la pointe de ses pieds. _ « Esme… _ Chut ! Chut, l’interrompt-elle en glissant ses doigts sur la bouche d’Ikki ! Ne dis plus un mot… » Elle retire sa main pour venir déposer ses lèvres et lui échanger un délicat baiser…
Pendant ce temps, dans la forêt de l’est du Sanctuaire, Dante recule de quelques pas. Teucer vient de lui flanquer un nouveau coup de poing en plein visage. Le Saint d’argent du Cocher encaisse les coups sans pouvoir riposter, son boulet et sa chaîne sont trop lents pour l’Alcide qui cogne à nouveau son genou dans l’abdomen du chevalier. Malgré les heures qui défilent sans qu’il puisse prendre le dessus, Dante reste pourtant confiant et souriant. Il n’abdique pas sous les coups répétés de Teucer qui est déjà bien affaibli après son combat contre Capella. Il se relève avec un air défiant à chaque assaut de son adversaire. L’Alcide perd ainsi patience et dégage de plus en plus de cosmos dans ses coups jusqu’à ce qu’il déclenche son ultime technique : « Je ne voulais pas gaspiller le peu de cosmos qu’il me reste, mais tu ne me laisses pas le choix ! Tu vas mourir broyer par mon Atomiseur : Final Atomic Buster ! » Son nez aspire à nouveau l’effluve de sa cosmo énergie, ses pupilles deviennent sombres, il croise ses bras et les plaque contre son torse, il baisse la tête puis charge enfin à toute vitesse son adversaire. Dante affiche une mine satisfaite : « Tu t’es enfin décidé à plonger tête baissée dans le piège que je te tends ! » L’attaque de front de Teucer ne dispose d’aucun moyen de défense, tout est porté à l’offensive. Dante effectue au-dessus de sa tête un cercle avec sa chaîne comme s’il faisait d’elle un lasso qui enveloppe Teucer sans pour autant stopper sa course. C’est lorsque la chaîne finit de faire plusieurs fois le tour de son adversaire de haut en bas et de droite à gauche qu’elle emprisonne le Sanglier d’Erymanthe dont l’assaut est stoppé net. Totalement immobilisé, Teucer voit arriver le boulet aux pointes mortelles fondre sur lui. C’est impuissant qu’il reçoit le coup en pleine face. Il s’écrase contre un immense arbre, totalement défiguré, le casque éclaté sous l’impact. Son nez est arraché. Son crâne souffre d’une hémorragie. Son ½il droit a éclaté sous le choc De sa bouche tombent ses dents cassées mêlées à du sang. Beau et solide jusqu’alors, Teucer apparait dorénavant meurtri.
Le retournement de situation rend en apparence les choses désespérées, cependant Teucer affiche une certaine satisfaction vis-à-vis du fier Saint d’argent. _ « Ne crois pas m’avoir vaincu trop facilement. _ Comment ? _ Dans ton euphorie tu n’as même pas remarqué que l’onde de choc de mon Atomiseur est parvenue jusqu’à toi bien que mon corps fut immobilisé. » Dante baisse les yeux au niveau de son plastron et constate avec effroi que celui-ci est fissuré. Pire, il commence à souffrir horriblement. _ « Chien ! Tu vas payer pour cet affront… » Néanmoins, une voix résonne dans le bois et interpelle Dante : « Attendez Saint d’argent ! » Un Saint de bronze surgit devant son supérieur et baisse délicatement sa tête en guise de révérence. Dante reconnaît le Saint de bronze des Voiles du Navire : « Vela, que se passe-t-il pour que tu m’interrompes de la sorte ? » La Cloth de Vela est dissimulé sous une épaisse étoffe grise en nylon. Seul son casque, similaire à celui de la première armure d’Andromède, aux couleurs rouge pâle et marron, laisse apparaître qu’il s’agit là d’un chevalier. Son visage est bouffi et quelques mèches de ses cheveux gris foncés tombent devant ses yeux noisette. _ « Maître, je vous ai senti combattre un puissant adversaire. On dit que les Alcides peuvent égaler les Saints d’or voire les surpasser. Vous êtes mon mentor, vous m’avez enseigné l’art de la chevalerie, j’ai donc estimé qu’il était de mon devoir de venir vous prêter main forte une fois les gardes Hébéïens éradiqués dans les villages qu’ils ont attaqués. _ C’est très aimable de ta part Vela. Cependant tu constateras que mon adversaire est à ma portée, j’allais l’achever sans ton intervention. _ Je venais vous relayer, insiste tout de même l’ancien élève. L’ennemi a entamé la montée des marches des douze maisons du zodiaque. Il faut que nos meilleurs hommes aillent stopper leur tentative. »
A cette annonce, Teucer réfléchit : « Si Enée s’est lancé dans l’aventure, c’est qu’il n’a toujours pas eu de nouvelles d’Hébé. De plus, je sens les cosmos de nos frères d’armes de plus en plus nombreux à tomber. Il faut que j’aille lui apporter de l’aide. » Dans un râle inhumain, Teucer puise en lui la force de se relever. Sans même annoncer ses intentions, il embrase sa cosmo énergie. Dante écarte son ancien élève du bras : « Laisse-moi faire, sa technique n’a plus aucun secret pour moi, je vais lui donner le coup de grâce. » Dante projette tout son cosmos dans sa chaîne. Teucer effectue le même mouvement qu’à l’accoutumée lorsqu’il réalise le Final Atomic Buster. L’Alcide s’élance et attend que la chaîne vienne à son contact. A cet instant, il lance son corps en avant à une vitesse approchant celle de la lumière, évitant l’étreinte des chaînes qui répétaient le même piège que tout à l’heure. Et, à quatre pattes, il prend appui sur ses membres : « Crawler Assault ! » Teucer force la muraille de chaîne et, après avoir rampé jusqu’à Dante, soutien ses mains sur le sol pour lancer en plein visage de Dante ses deux pieds débordant de cosmos. Dante, désarçonné par cet arcane inédit, perd son casque et est projeté dans les airs avant de retomber inconscient dans un tas de feuilles. Semblable à un sanglier en chasse, Teucer se réceptionne sur ses quatre membres. Il se redresse ensuite, les bras croisés sur la poitrine, puis s’élance sur le Saint de bronze des Voiles du Navire qui n’a pas le temps d’esquisser le moindre geste : « Final Atomic Buster ! » Le télescopage est si virulent que la soutane et la Cloth de Vela volent en morceaux, ne laissant ainsi que le corps désarticulé du Saint de bronze, mort sur le coup.
Emporté par l’élan de son arcane, Teucer se laisse tomber sur les genoux et ouvre sa bouche pour reprendre son souffle, n’arrivant plus à respirer par le nez. Il a si mal. Sa gorge est sèche. La salive ne lui vient plus et ses contusions lui font souffrir le martyr. Toutefois, cela n’est rien par rapport au plaisir que lui procure la victoire. Il s’est enfin débarrassé de ses trois adversaires, Capella, Dante et Vela. Il peut rejoindre Enée. Il met quelques secondes à se tenir droit debout et entame sa marche. Subitement, une lumière créée à une centaine de mètres de là traverse l’horizon et passe à hauteur du cou de l’Alcide. L’éclat continue sa course jusqu’à revenir dans le creux d’une main ensanglantée couverte d’une Cloth. Teucer comprend trop tard l’enjeu. Son corps fait encore quelques pas alors que sa tête glisse. Elle se détache de son coup. Puis tombe au sol. Le tronc s’écroule à côté.
Plus loin, l’auteur de la lumière provoquée par le reflet des rayons du soleil sur un disque aiguisé, prononce sans aucune fierté : « Saucer No Geki. » Capella, premier adversaire de Teucer, remis de ses émotions, a profité de l’inattention du Sanglier d’Erymanthe pour lui porter un coup fatal. Le Saint d’argent du Cocher part chercher son ami Dante en espérant le retrouver dans un meilleur état que Vela…
99
« le: 1er Mai 2010 à 13h00 »
Chapitre 9 Au Sanctuaire, la conspiration contre Hébé touche de plus en plus d’innocents. Les combats initiés dans les villages proches des frontières arrivent désormais jusqu’au centre du Sanctuaire où les spectateurs du colisée sont à mille lieux de se douter du drame.
Néanmoins, le Sanctuaire n’est pas le seul à être en conflit puisqu’au même moment, à Asgard, Rhadamanthe se confronte à la garde rapprochée du royaume.
Alors que Hagen raccompagne Freya après une douce soirée d’amour, la nuit s’est agitée. Le petit matin ne tarde pas à laisser briller les aurores boréales. Les particules solaires qui entrent dans l’atmosphère permettent aux observateurs de découvrir une neige souillée par le sang perdu lors des rugueux combats de cette nuit du 3 au 4 mars 1985. Parmi eux, Thor et Syd, deux hommes que tout oppose, unissent leurs forces pour retrouver l’enfant pris en otage par Rhadamanthe. Ils demeurent encerclés avec la petite s½ur du garçon kidnappé par une meute de Fenrir.
Dans la forêt d’Asgard irradiée par la lueur de la lune, au sud du territoire, Fenrir fait face à Rhadamanthe. Du coin de l’½il il indique aux loups qui se tiennent sur le flanc droit de Rhadamanthe, de passer à l’attaque. Ils s’exécutent et Fenrir profite que l’attention de Rhadamanthe soit portée sur ses compagnons pour le frapper à l’abdomen. Le futur Wyvern retombe sur le dos. Fenrir s’extasie : « Le combat est expédié bien plus vite que je ne l’aurai cru. Je te laisse aux soins de mes chers camarades. » Brusquement, le futur God Warrior se tord de douleur. De son sourire cruel s’échappe un filet de sang. Il jette un rapide coup d’½il vers Rhadamanthe qui se relève et écarte du pied les carnivores lui sautant dessus. _ « C’est impossible. Je l’ai cogné de toutes mes forces. Quand a-t-il eu le temps de riposter ? » Rhadamanthe esquive les bêtes affamées avec aisance. Il semble ne plus être le même qu’il y a quelques secondes. Une nouvelle vie brûle en lui. _ « Je ne peux l’expliquer mais je sens qu’une profonde énergie est scellée en moi. Elle attend d’être libérée par je ne sais quel moyen. Je compte sur les récits rapportés dans la grande bibliothèque du Walhalla pour découvrir qui je suis. _ Une énergie qui dort en toi ! Mais enfin pour qui te prends-tu ? L’énergie que possède tout un chacun est le cosmos. Il faut travailler des années pour apprendre à le maîtriser. Je viens seulement d’apprendre à canaliser cette énergie cosmique et c’est parce que cela m’a pris du temps que je suis persuadé qu’il est impossible de naître avec un cosmos surpuissant sans qu’on sache d’où provient son origine. Je vais te prouver que tu n’as bénéficié que d’un coup de chance jusqu’ici. _ Je sens actuellement cette cosmo énergie venir en moi comme une âme qui m’accompagne, écarquille-t-il ses petits yeux jaunes ! Comme si mon corps lui était promis depuis toujours, et qu’elle veillait sur moi, allant jusqu’à m’interdire de mourir tant qu’elle ne m’aura pas retrouvée ! Tu ne pourras pas me vaincre alors que tu n’es qu’un débutant qui apprend à brûler son cosmos. Rappelle tes pions Fenrir ou subit ma violence ! _ Je vais te faire ravaler tes paroles, fait-il signe à sa meute de charger en même temps ! Allez les amis ! Ging ! Tous ensembles, à l’assaut ! » Une aura enveloppe Rhadamanthe. La prunelle de ses yeux devient rouge. Il recroqueville ses bras devant son torse. Face à son visage jaillissent quelques éclairs. Enfin, il écarte les bras pour relâcher toute cette tension qu’il contenait jusqu’ici. Plusieurs vagues, semblables à des ondes de choc, créent une explosion qui fait gronder la forêt toute entière. La sphère d’énergie violacée dégagée par le futur Juge repousse Fenrir et sa meute. Bien moins surprenante que ce que l’Anglais saura réaliser dans quelques mois, la force de frappe n’en reste pas moins prodigieuse. La neige se soulève. Les sapins s’arrachent du sol et les roches se brisent. Fenrir est balayé : « C’est impossible ! Sa sphère cosmique a quadrillé la zone. Nous sommes pris au piège… Ah… » A moins d’une demi-douzaine de kilomètres de là, la terre vibre. Thor et Syd, encerclés par une quinzaine de loups s’inquiètent. Les animaux sentent le danger qui guette leur maître, malgré cela, les ordres donnés par Fenrir sont d’empêcher les deux chasseurs de remonter jusqu’à Rhadamanthe. _ « Prend soin de la gamine, s’impatiente Syd. Je vais essayer de me défaire de ces chiens, passe-t-il devant Thor. _ C’est de la folie. Nous sommes cernés. Si jamais tu te lances sur eux ils n’hésiteront pas à tuer cette petite fille qui nous accompagne. » Syd serre sa mâchoire. Il se résout à attendre le verdict du combat opposant le loup des steppes au Wyvern… Plus au nord, le brouillard causé par l’assaut de Rhadamanthe se dissipe. Le jeune Anglais garde les bras écartés. Là il bredouille : « Greatest Caution ! » De sous un tas de neige, ressort Fenrir les vêtements lacérés et le corps couvert de multiples plaies. Son état est le cadet de ses soucis. Il cherche désespérément ses loups. Certains déterrent ceux qui n’ont pas pu se libérer ou, pire, ceux qui ont succombés. Ging se présente fièrement face à Rhadamanthe comme pour lui barrer la route devant un Fenrir épuisé. Rhadamanthe se surprend lui-même : « Je n’arrive pas à croire que je suis le responsable d’une telle émanation de cosmos. Le Greatest Caution ! Cela m’est venu comme si ce don était inné. » Fenrir se tient difficilement debout. Il positionne ses doigts devant sa bouche pour siffler un ordre à ses loups. Les survivants se postent aussitôt devant lui. Il semble décidé à dévoiler lui aussi sa botte secrète : « Tu es vraiment surprenant. Tu sais maîtriser des attaques qui consistent à concentrer une émanation de cosmos pour frapper ton ennemi. J’avoue t’avoir sous-estimé. J’ai moi-même appris à travailler ce genre d’art. Même si aujourd’hui mon attaque n’est pas encore au point, j’ai décidé que tu serais le premier à en être victime. » Rhadamanthe, gonflé à bloc jusque-là, a l’impression de n’être plus qu’un bout de viande face à une horde d’animaux sanguinaires ravivée par le cosmos grandissant de Fenrir… Au Walhalla, Freya rentre tranquillement au palais en sautillant. Hagen, à ses côtés, est bien plus prudent et n’a de cesse de pivoter sur lui-même pour s’assurer qu’aucun danger ne les guette. Ils n’ont pas jugé bon de rejoindre le château alors que le cor d’alarme a été soufflé. Bien qu’en route ils aient rencontré des troupes en faction afin de débusquer le rôdeur, Hagen a toutes les raisons du monde d’être tracassé après avoir ressenti un violent cosmos sévir dans le sud du domaine. Scrutant l’horizon sur le balcon de sa chambre, Hilda reconnaît au loin sa jeune s½ur : « Siegfried ! Siegfried ! Freya est rentrée. Elle est escortée par Hagen et semble saine et sauve ! » Angoissée pour sa s½ur, elle se hâte de sortir de sa pièce pour descendre à vive allure les nombreuses marches du palais. Siegfried qui était resté planté sur la grande terrasse du palais, où il laissera plus tard sa vie contre Sorrento, afin de jouer le rôle d’ultime rempart, court en direction de l’entrée de la cour royale en forme d’arc de triomphe pour rejoindre le couple : « Hagen mon ami ! Mais où diable étiez-vous donc passés ? » Hagen a la bouche grande ouverte, l’air ahuri, il cherche une excuse. _ « Allons Siegfried, ne vous en prenez pas à Hagen, répond Freya à sa place. C’est moi qui l’ai contraint à ce qu’il me conduise en forêt pour une promenade ! » Hilda rejoint le trio. Elle prend sa s½ur dans les bras : « Ce que je me suis inquiétée de ne pas te voir rentrer ! Heureusement que Hagen était à tes côtés. » Siegfried baisse la tête pour informer Hilda : « Majesté ! Maintenant que votre s½ur est rentrée j’aimerai me rendre au sud du royaume. C’est là-bas que j’ai senti l’énergie cosmique de notre ennemi se décupler. J’ai bien peur qu’il affronte un de nos citoyens à l’heure qu’il est. » Hagen pose sa main sur l’épaule de son allié : « Je l’ai ressenti moi aussi, et il serait plus prudent que je t’accompagne. _ Non, somme Siegfried ! Je serai plus rassuré de te savoir ici à veiller sur les princesses Hilda et Freya. _ Hum… Le sud d’Asgard… A cheval cela ne mettrai que quelques minutes à être atteint, marmonne Hilda. Dans ce cas je m’y rends aussi. En ta compagnie Siegfried je ne risque rien, décrète-t-elle. » Siegfried se prosterne devant la prêtresse puis donne les directives à quelques soldats placés sur une tour de guet juste à côté : « Bien votre majesté. Hagen, tu prends la relève ! La garde du château te revient. Gardes ! Faites atteler le cheval de sa Majesté Hilda ! » Les hommes se précipitent aussitôt aux pieds de la tour pour partir vers l’écurie royale… Au sud, dans la forêt, la cosmo énergie de Fenrir évolue. Après avoir poussé son cosmos à son paroxysme, il l’abaisse pour le rendre identique à celui de Ging et des autres animaux dans l’idée de ne faire plus qu’un avec eux. La meute se déplace de gauche à droite puis de droite à gauche. Fenrir bouge exactement de la même façon que son équipe. Rhadamanthe est abasourdi. Il observe sans comprendre ce que veut faire Fenrir. C’est alors que le jeune orphelin laisse soudainement éclater son aura : « Northern Gunro Ken ! » Les loups se ruent sur Rhadamanthe et lui cachent la vue. Il n’arrive pas à voir où est placé Fenrir dont la présence est camouflée au milieu des bêtes. Les premiers loups sont écartés mais la vitesse de l’assaut déstabilise totalement Rhadamanthe et les autres animaux qui sautent tour à tour face à lui, parviennent à l’entailler de leurs griffes et de leurs crocs. Rhadamanthe est dés½uvré. Fenrir apparaît derrière Ging pour le frapper avec son poing à de multiples reprises. Rhadamanthe est finalement projeté contre un sapin. Le robuste conifère se fend sous le choc. Rhadamanthe roule tant bien que mal sur le côté pour ne pas être écrasé par les lourdes branches. Allongé face contre terre, l’Anglais peine à se relever. Son corps, déjà bien meurtri par le naufrage ainsi que par les multiples combats qu’il a livrés jusqu’ici, est maintenant contusionné de toute part. _ « Comment peux-tu encore être debout alors que tu viens de recevoir ma terrible charge ? _ Tu vantes un petit peu trop tes mérites. Tu as pu te relever après le coup que je t’ai porté tout comme je le fais après ton assaut. Autant dire qu’il existe une faille dans nos attaques. Toutefois si le combat se poursuit je saurai comment te vaincre. J’ai été surpris à l’instant, néanmoins je saurai contrer le Northern Gunro Ken si jamais tu le réutilises. Lorsque tu as devancé ton bâtard pour me frapper par surprise après que je sois démuni à cause des autres bêtes, tu as augmenté subitement ta cosmo énergie ce qui t’a différencié d’eux. Au prochain assaut je ne me laisserai pas surprendre deux fois par la même technique ! Je saurai te repérer ! » Ging, le magnifique chef de troupe, jappe pour faire réagir son maître. Fenrir s’accroupit pour le caresser et lui répondre : « Je sais où tu veux en venir Ging. Tu penses qu’il serait plus prudent de le surprendre avec le Wolf Cruelty Claw. Hélas je ne maîtrise pas encore toute l’étendue d’une telle combinaison. Elle n’est pas encore au point. Encore moins que le Northern Gunro Ken. » Fenrir se redresse et pointe du doigt Rhadamanthe : « Tu prétends que mon coup ne marchera pas deux fois contre toi. Je te retourne alors ta remarque. Crois-tu que le Greatest Caution fonctionnera cette fois-ci alors que j’ai pu également observer la façon dont tu le déclenches ? » D’une mine fourbe, Rhadamanthe répond : « J’en suis convaincu… » Plus loin, Thor et Syd sentent que les cosmos de Fenrir et de l’inconnu sont prêts à entrer en collision l’un contre l’autre. _ « Dis-moi Thor, toi qui t’entraînes jour et nuit en plus des services que tu rends au peuple, n’es-tu pas capable de maîtriser ton aura ? _ Où veux-tu en venir ? _ A moins que je ne me trompe, il est aisé pour celui qui contrôle son énergie cosmique de frapper plusieurs coups à une vitesse qui dépasse l’entendement. Je ne sais donc pas si tu gardes des réserves vis-à-vis de moi, mais j’aurai cru bon qu’on fasse fi de notre ranc½ur mutuelle à cause des conditions différentes dans lesquelles nous vivons, dans le but de joindre nos forces et d’évincer ces bêtes. _ Ce que nous allons faire est risqué. Il va falloir être extrêmement rapide pour nous débarrasser de tous les animaux car pendant qu’on lancera l’assaut, la petite fille sera sans défense. _ Allons, mets-toi en garde et ne doute pas de nous. Nous sommes des soldats de l’armée d’Odin ! Le maître des loups qui combat notre ennemi à l’heure actuelle est lui aussi un fils d’Odin. Nous ne pouvons pas le laisser victime de son individualisme. » Thor pose la petite fille à terre. Il lui caresse la joue affectueusement : « Ne t’en fais pas petite fille, nous allons nous débarrasser de ces vilaines choses et nous pourrons enfin retrouver ton frère. » Thor vient coller son dos contre celui de Syd qui se permet une petite boutade à laquelle répond amicalement le géant : « Vraiment, je ne te voyais pas si grand. Ma tête arrive au niveau de ta taille. _ C’est vraiment étrange. Il aura fallu attendre que le royaume soit en danger pour que tu m’adresses la parole comme à un de tes semblables. » Les deux équipiers se concentrent. Syd sonne le gong : « Allez bande de chiens galeux. Nous allons voir quelles griffes sont les plus affûtées. Celles du tigre viking ou celles de misérables chacals… » Simultanément, Fenrir adapte son cosmos à celui de ses loups tandis que Rhadamanthe recroqueville ses bras devant lui pour réunir toute son énergie. Fenrir annonce à ses amis : « Nous ne nous laisserons pas surprendre. Comme précédemment, sa sphère d’énergie va d’abord quadriller la zone avant de nous faire imploser. Il faudra être plus rapide et frapper en premier. » Rhadamanthe sourit. Il semble avoir une idée derrière la tête. Ses yeux virent au rouge. Le clash est imminent. Fenrir s’élance en imitant les mouvements de ses bêtes : « Allez les amis ! » Au même instant, Thor et Syd se lancent. _ « Titanic Hercules, gronde Thor ! _ Viking Tiger Claw, le suit Syd ! »
Les loups sautent sur leurs proies. Le poing herculéen crée une vague d’énergie qui balaie six des charognards. Le cosmos de Syd transforme ses ongles en de longues griffes qu’il plonge dans leurs chairs en faisant de grandes cabrioles à une vitesse ahurissante. Huit bêtes retombent lourdement au sol. Alors que Thor se retourne tranquillement vers sa petite protégée, croyant le plus dur fait, il est saisi par la vitesse à laquelle un dernier loup ayant échappé à leurs offensives fond sur la gamine. Immobile, il imagine déjà l’horrible scène qui risque de se produire… Rhadamanthe attend la troupe. Alors que les loups couvrent encore Fenrir, Rhadamanthe dirige cette fois-ci ses bras vers eux et écarte ses doigts. De longs rayons violacés écartent les loups un à un. Fenrir, encore à couvert, choisi de frapper afin d’épargner ce qui reste de ses compagnons. C’est là que Rhadamanthe sent la différence énergétique qui distingue Fenrir de ses loups. _ « Northern Gunro Ken ! _ Greatest Caution ! » Témoin de cette atroce situation, Thor a l’impression que son c½ur cesse de battre. La bête, la gueule grande ouverte, est prête à planter ses crocs en plein visage de l’enfant. Un flot de sang jaillit. Thor ferme les yeux et tombe à genou. Il cogne de rage avec son poing le sol duquel s’écarte la poudre blanche pour le laisser se fissurer… Le Greatest Caution prend la forme d’un dragon qui emporte Fenrir, lequel est traîné sur plusieurs mètres au sol avant de s’écraser contre la roche. Rhadamanthe subit quelques griffures laissées par le peu d’impact qu’a eu le temps de produire le Northern Gunro Ken. Rien qui ne puisse l’inquiéter. Le nombre de loups présent depuis le début de l’action s’amenuise. Ging et les survivants se repositionnent tous devant leur maître inconscient. Le petit garçon, captif de Rhadamanthe, profite de l’occasion pour s’enfuir. D’un geste du bras, Rhadamanthe envoie un fort courant d’air qui soulève l’enfant du sol et le laisse retomber inconscient non loin de Fenrir. Rhadamanthe se congratule d’un rire macabre : « J’ai gagné ! Je n’ai jamais voulu en arriver là ! Je t’avais prévenu homme des cavernes ! Mon unique but était de lire les récits rapportés dans le Walhalla ! Maintenant je suis dans l’obligation de tuer tes bêtes et de me débarrasser de toi ! » La main de Syd vient se poser sur le colosse effondré. Une autre main plus douce et plus petite fait de même : « Pourquoi est-ce que vous êtes triste monsieur ? » Thor relève la tête et voit la petite fille badiner. Il regarde sur le côté et découvre le loup mort, ouvert sur tout son flanc, la langue pendant sur le côté. Syd regarde Thor. Il le congratule chaleureusement : « Tu as une force de frappe incroyable. Je ne me serai jamais relevé après une telle attaque. Cependant tu te concentres trop sur la force brute. Heureusement que tu peux compter sur ma vitesse et mon agilité. J’ai sauvé in extremis la petite. » Thor se lève et serre Syd dans ses longs bras pour le serrer chaleureusement contre lui : « Merci. Merci. Merci… Qu’Odin te bénisse ! » Syd est d’abord surpris puis séduit par tant de bonté. Il essaie de faire comme si l’affection de Thor ne l’atteint pas : « Tu me remercieras plus tard. En attendant j’ai vaincu neuf bêtes soit bien plus que toi qui n’en a eu que six. Je justifie mon statut de meilleur trappeur. Tu restes le second. » Thor le dévisage furieusement… puis se ravise. _ « Peu importe, le prend-il par l’épaule ! En route mademoiselle ! Nous sommes tout proches de ton frère, soulève-t-il la gamine de sa main libre ! » Rhadamanthe s’avance d’un pas résolu. Les derniers remparts de Fenrir grognent et montrent leurs dents. _ « Lorsque j’ai découvert que je pouvais manipuler aisément cette technique qu’est le Greatest Caution, j’ai trouvé judicieux de m’en servir de deux façons différentes : soit comme force de frappe globale, soit comme force de frappe ciblée. La première je l’ai assené globalement pour me défaire de tes loups et de toi. Pourtant, pendant le combat, lorsque tu as utilisé le Northern Gunro Ken, j’ai été surpris par le cosmos que tu étais capable d’accroître. Tes loups ne sont finalement que des pantins à côté de toi. J’ai donc choisi de cibler le Greatest Caution uniquement sur toi en écartant rapidement tes bêtes grâce à quelques vagues cosmiques. Ton amour pour eux t’a poussé à la faute. J’avais remarqué que le laps de temps qui s’écoule entre l’instant où tu t’identifies à eux et celui où tu dégages le maximum de cosmos était bien trop long pour ne pas constituer un point faible chez toi. Tu as perdu, arrive-t-il jusqu’à Fenrir, ce ne sont pas tes chiens qui m’arrêteront ! _ « Je ne ferai pas un pas de plus si j’étais toi, l’interpelle alors une voix venue du ciel. Mon doigt renferme la force de l’épée d’Odin, l’Odin Sword ! Et il est juste braqué sur toi. Le mieux que tu ais à faire est de t’agenouiller face à la représente terrestre de notre dieu, le somme Siegfried debout sur une branche en haut d’un arbre. » Au même instant, le hennissement d’un cheval retentit. Rhadamanthe voit une belle jeune femme portant une longue robe bleue le dévisager avec de grands et beaux yeux pleins de compassion. Rhadamanthe reste fier. Il fixe Hilda : « Je ne m’agenouillerai pas devant la représentante d’un dieu que je ne vénère pas. Malgré cela, j’ai grandi dans un manoir en compagnie de la haute noblesse d’Angleterre. Les bonnes manières m’ont enseigné qu’il serait fort bien impudent de ma part que de ne pas honorer une aussi belle femme que toi, ô charmante Hilda. » Rhadamanthe change totalement d’attitude. Son comportement de fier combattant ferait presque oublier qu’avant d’être à la recherche d’un idéal et de s’être ouvert à la voix du cosmos, il était un enfant ayant reçu une très bonne éducation auprès des professeurs les plus réputés de la Grande Bretagne et plus précisément de Londres. Hilda est aussitôt saisie par la capacité de cet homme à montrer un autre jour que celui d’un simple vagabond. _ « Magnifique Hilda, mon dessein, à moi, Rhadamanthe, était de venir par voie maritime jusqu’en ton royaume afin de découvrir les cultes millénaires reliés dans les nombreuses pages de la bibliothèque royale. Sache que dans mon pays je suis également de souche aristocratique et que le traitement subit à mon arrivée sur tes terres n’est pas digne de mon rang… » Siegfried perd patience. Il ne supporte pas que cet Anglais par ses bonnes paroles puisse s’acquérir les bonnes faveurs de Hilda : « Alors pour cette raison tu as trouvé légitime d’éliminer des soldats de la garde royale ainsi que cet homme qui gît au sol, sans compter l’enlèvement d’un garçonnet. _ Ce brave enfant n’était pour moi qu’une monnaie d’échange, une garantie que je puisse arriver jusqu’à Hilda de Polaris sans que ma vie ne soit mise en péril. Ça n’a toutefois pas empêché cet ermite de s’opposer à moi et de risquer l’existence de cet être innocent. »
Thor et Syd gagnent le petit monde. La gamine retrouve son frère évanoui à côté de Fenrir. Elle court après lui, suivie par les grandes enjambées de Thor. Thor laisse le garnement revenir à lui. L’enfant est content de retrouver sa s½ur. Il la prend dans ses bras. _ « Rassure toi mon garçon, vous êtes hors de danger. Dis-moi quel est votre village. Je vais vous y reconduire. » A mesure qu’Hilda s’avance, tous les loups s’affaissent. Syd inspecte le corps de Fenrir : « Alors voici celui qui se nomme Fenrir d’Alioth ! Mes parents m’ont raconté que sa famille était proche de la nôtre. Malheureusement la fortune et la renommée de celle-ci se sont effacées au fil des années après que ses parents furent massacrés et qu’il soit éduqué par des loups. Tout ceci était donc vrai ! » Hilda est touchée par cette histoire. Elle descend gracieusement de sa monture et marche paisiblement jusqu’au corps de Fenrir en passant au milieu des animaux qui appliquent la révérence. Elle prend la tête de Fenrir dans ses bras et la colle contre sa poitrine. Les yeux clos, elle concentre sa cosmo énergie. Aussitôt, sa force apaisante rentre en harmonie non seulement avec Thor, Syd et Siegfried, mais aussi avec les loups, les arbres et tous les éléments de la nature avoisinante. Siegfried sent que Hilda fatigue à force de puiser son cosmos pour réanimer Fenrir. Il ne lâche pas des yeux Rhadamanthe qui paraît plutôt stupéfait. Fenrir cligne des yeux. _ « Brave Fenrir, reviens à toi. » Fenrir hallucine. Il croit voir l’espace d’un instant sa mère lui parler. _ « Fenrir, toi le loup des steppes, fort et solitaire, reçoit ma gratitude pour avoir protégé une terre qui t’a oublié depuis quelques années. » Fenrir recouvre ses esprits. La femme qui lui parle est aussi douce et belle que l’était sa défunte génitrice. Pour la première fois, il ne veut pas fuir un être humain. Bien au contraire, il désire rester auprès d’elle. Son corps, son aura et ses mains l’apaisent. Tandis que ses plaies se referment, Fenrir trouve ses amis à quatre pattes eux aussi abaissés devant la représentante d’Odin. Hilda a la vue qui se trouble. Elle sent la nausée lui monter. Epuisée, elle glisse sur le côté après avoir soigné totalement Fenrir. Thor, Syd et Siegfried paniquent en ch½ur : « Princesse Hilda ! » Fenrir, remis sur pied, se reprend et la réceptionne. Pour la première fois de sa vie, Fenrir offre une mine chaleureuse à un être humain : « Pardonnez-moi Majesté. J’ai mis votre vie en péril parce que je n’ai pas su vous faire honneur. Je m’excuse de ne reconnaître qu’aujourd’hui votre suprématie. Vous êtes l’incarnation même de l’amour et l’amitié. Si par ma vie ou ma mort, je peux servir votre dessein, ma vie est vôtre. » Allongée dans les bras de ce fauve docile, Hilda se redresse. Fenrir commence à s’agenouiller. Hilda le maintient debout et pose ses mains sur son visage. Elle ferme les yeux et approche ses lèvres de celles de Fenrir pour lui déposer un baiser symbolique. A cet instant, le c½ur de Siegfried éclate. Il ne sait comment interpréter ce geste. Il se sent mourir d’un seul coup en voyant chaque projet qu’il concevait se briser comme les cristaux d’un miroir. Cette indignation l’étouffe. _ « C’est à moi de demander ton pardon Fenrir d’Alioth, se recule-t-elle avec volupté. Excuse-moi de ne pas avoir pris plus tôt en considération cette personnalité désenchantée qu’est la tienne. Pour me racheter, j’aimerai t’offrir en plus de tes loups, une famille… » Elle écarte son bras pour lui laisser remarquer les mines chaleureuses de Thor et Syd, ainsi que celle bien plus fermée de Siegfried. Ging, magnifique mâle dominant de la meute, s’avance vers Hilda pour réclamer quelques caresses qu’elle se presse aussitôt d’exécuter. Fenrir est comblé. D’un signe de la tête en direction de Rhadamanthe, il conclue cette rencontre : « Merci pour votre offre majesté. Je ne manquerai pas à mon devoir envers vous quand le jour viendra d’honorer Odin. En attendant, comprenez que ma vie est liée à mes loups. Je me retire donc en leur compagnie. Quand à cette famille que vous m’offrez, je suis certain qu’elle parviendra à contenir cet intrus. » Fenrir baise la main de sa prêtresse puis disparaît dans la brume après avoir jeté un dernier regard provocateur à l’encontre de son rival Anglais. Thor remarque que les enfants ont profondément été choqués par cette aventure. Furieux, il s’avance vers Rhadamanthe, encore abasourdi par l’exploit réalisé par Hilda, et lui décoche un crochet du gauche en plein estomac. Rhadamanthe s’écroule. Syd effectue un saut jusque devant Thor et le retient : « Allons ! Il ne peut plus rien faire maintenant ! » Rhadamanthe serre sa mâchoire de douleur. Il se met à genou et avance en direction du palais en marmonnant : « Le Walhalla… Je veux juste aller dans la bibliothèque du Walhalla… » Hilda est convaincue que cet homme n’a pas mauvais fond. Sa volonté est juste sans limite. _ « Ca suffit Thor ! Quant à toi Siegfried, cesse de braquer ton doigt dans la direction de ce voyageur ! Syd, aide-le à se relever ! » Elle se penche pour regarder Rhadamanthe droit dans les yeux : « Rhadamanthe… J’accepte que vous soyez mon hôte à condition que vous consentiez à être surveillé jour et nuit par mes hommes. » Les petits yeux jaunes de Rhadamanthe semblent émus de gratitude alors que Thor et Siegfried grommèlent dans leur coin… Le petit matin se lève au Walhalla. Tous les hommes ont été rappelés. Certains ont repris leur garde alors que les autres sont rentrés dans leurs petits villages avoisinants pour être auprès de leur famille en cette matinée du 4 mars 1985. La famille de Polaris, composée de Hilda et Freya, est réunie autour d’un feu de cheminée dans le salon de leur demeure. En compagnie de Siegfried et Hagen, elles reviennent sur les incidents de cette nuit que commentent avec Frodi, ami de la cour, et Lyfia, servante et amie des deux s½urs. Siegfried, toujours tourmenté après l’échange entre Fenrir et sa bien-aimée, est le seul à croire que Rhadamanthe représente un danger pour le royaume. Un garde au regard félin et aux cheveux bruns vient les rallier. _ « Princesse Hilda, Alberich de Megrez est arrivé. _ Merci Utgard. Faits-le entrer je te prie. " Siegfried n’est pas au bout de ses peines ! Après avoir vu Hilda embrasser un homme alors que lui n’a jamais osé l’approcher, voici qu’elle fait venir celui qu’il voit comme une menace pour son peuple. _ « Vous m’avez fait appeler majesté, penche la tête en avant Alberich ? _ Alberich, tu es certainement l’habitant d’Asgard qui connaît mieux que quiconque l’importance capitale des écrits en notre possession. Je te laisse donc le soin de me prouver ton allégeance en te confiant la garde du voyageur que j’ai recueilli. Il souhaite étudier nos textes. Veille à ce qu’il ne manque de rien et laisse-le découvrir ce qui l’intéresse. Utgard va te conduire à la hutte où est gardé ce Rhadamanthe. Tu es le garant de sa sécurité et de son bien-être. Ne me déçois pas. _ Bien votre altesse. J’agirai selon votre volonté pour satisfaire la confiance que vous placez en moi. » Alberich repart en fermant la double porte de la chambrée, non sans avoir défié du regard Siegfried, et se dirige vers la sortie du palais… A l’intérieur, les amis reprennent leurs discussions en s’échangeant quelques boutades auxquelles Siegfried rigole difficilement… Dehors, Utgard conduit Alberich au village le plus proche du palais et lui indique une petite cabane en bois sur laquelle veillent Syd et Thor, restés de garde sur demande d’Hilda. _ « C’est à l’intérieur qu’attend votre homme Seigneur de Megrez, tend le bras Utgard. » Alberich avance devant Thor qui lui bloque la route. Alberich qui arrive à la hauteur de la ceinture de Thor ne daigne même pas regarder le bougre dans les yeux : « Ecarte-toi paysan ! Hilda m’a confié la relève. » Thor est furieux d’être considéré ainsi, d’être traité comme inférieur comme le font tous les nobles de ce pays envers les villageois. Syd qui aurait agi hier encore de la même façon raisonne son compagnon : « Il a raison Thor ! Il n’a pas de compte à te rendre. Laisse-le passer, il est inutile de faire des histoires. » Thor se résout. Syd qui n’apprécie guère plus Alberich que ce dernier, lui lance sèchement : « C’est toi qui doit veiller sur lui désormais. Nous lui avons choisi ce taudis en attendant que tu prennes sa défense. A toi de voir s’il mérite mieux… » Le tigre viking et le colosse quittent la place. Arrivés à l’autre bout du village, alors qu’ils se séparent. Syd tend sa main à Thor qu’il considère maintenant comme son égal. _ « Ce fut un honneur pour moi de te rencontrer Thor de Phecda, brave défenseur de nos terres, lui lance-t-il fier et droit. » Thor hésite à la lui prendre. Il doute de la sincérité de son coéquipier. Syd laisse tomber son bras contre son corps. Il se résigne : « D’accord. Je comprends que ma remarque te semble déplacée. Toutefois si jamais un jour tu es intéressé pour une partie de chasse, sache que je serai ravi de débusquer le gibier avec toi… » Thor ne répond toujours pas. Syd abandonne. Il baisse la tête et part en direction du palais, là où l’attendent sa future promise, des mets à n’en plus pouvoir et des pièces luxueuses et chauffées, à l’opposé des villages du bas peuple où le froid et la faim condamnent chaque jour de nouveaux innocents. Alors que Syd n’est presque plus qu’un point à l’horizon, Thor qui a agi maladroitement, court le rattraper en hurlant : « Syd ! Syd ! » Syd se retourne pour l’écouter. _ « Hilda, pour récompenser ma bravoure, m’a offert un chariot plein de victuailles. J’ai prévu de faire le tour des villages. De bon matin, cela fera plaisir aux pauvres de savoir qu’ils ne passeront pas la journée le ventre vide. Ca risque de me demander beaucoup de travail et nous ne serons pas trop de deux ! » Syd rigole : « Tu as été long à me rappeler dis donc ! Allez ! Prenons cette charrette et promenons-nous auprès du peuple d’Odin ! » Tapis dans l’ombre, Bud, le jumeau de Syd, semble ravi de ce repos forcé pris par son frère…
Dans l’aile nord du temple Walhalla, une resplendissante jeune femme blonde s’étire dans ses draps. Le palais royal est si vaste que des nobles du domaine y vivent. Il y a suffisamment de pièces pour regrouper plusieurs familles dans ces appartements. C’est le cas de la famille de Edel, très liée à la famille de Mizar, dont la fille, Bedra de Edel, est promise depuis sa naissance à Syd. C’est d’ailleurs la famille de Edel qui a fait quitter les de Mizar de leur bourg et leurs terres perdues en forêt pour leur offrir un abri au château en guise de cadeau pour le mariage des enfants. Depuis des millénaires, les fortunés d’Asgard marient leurs progénitures entre elles. Syd et Bedra attendent l’année prochaine pour officialiser leur noce. Les deux tourtereaux n’ont pas attendu que leurs parents les fiancent pour affirmer leur amour réciproque. Depuis qu’ils sont petits, ils partagent les mêmes professeurs, les mêmes passions, les mêmes amis et les mêmes rêves. D’ailleurs, depuis maintenant deux bonnes années, Syd a coutume de quitter sa chambre au beau milieu de la nuit pour rejoindre furtivement sa belle qu’il quitte au petit matin. Conscient de cela, Bud profite que Syd soit absent aujourd’hui pour mettre son plan à exécution. Il n’a toujours fait qu’observer son frère et n’éprouver que de la jalousie et de la haine quand il a vu qu’en plus de l’amour, de la renommée et de la fortune, la main d’une des demoiselles les plus courtisées du royaume d’Asgard lui était promise. Aujourd’hui, il a décidé de reprendre ce qui lui est dû. C’est avec la plus grande discrétion qu’il s’est infiltré dans la chambre de Bedra. Ses longs cheveux soyeux sont détachés et s’étalent sur l’oreiller. Son sommeil agité a fait basculer les couvertures. Ce n’est pas sa légère nuisette qui empêche Bud d’observer le corps svelte à la peau lisse de cette jolie blonde. Bud se pose au pied du lit et laisse ses doigts glisser le long des chevilles de Bedra pour remonter en caressant ses cuisses. La nymphe se réveille. Ses beaux yeux améthyste croient reconnaître son futur époux : « Ah Syd mon preux chevalier ! J’ai eu du mal à trouver le sommeil après que le cor d’alerte ait retenti cette nuit. Je m’inquiétais de ne pas te voir arriver. » Bud qui a la voix plus rude que son frère essaie de l’atténuer : « Chut… Il n’y a plus de raison de s’inquiéter. Je suis là maintenant et je vais me faire pardonner pour l’angoisse que je t’ai causée. » Bedra se redresse et accueille Bud dans ses bras pour coller son délicat buste et sa ravissante poitrine contre celle du solide jumeau de Syd. Lui qui n’a jamais rien connu d’autres que l’affection de quelques paysannes, il sent son c½ur se fendre. En vouloir à son frère et ses parents du destin qui est le sien lui paraît légitime. Néanmoins, se jouer de cette jeune femme aimante et innocente le trouble énormément. C’est la première fois qu’il répond à un geste affectif venant d’une femme en la serrant à son tour dans ses bras. De sa suave voix elle s’extasie : « Dans un an nous pourrons enfin passer nos nuits à deux sans nous cacher. Comme je t’aime Syd. » Bud essaie d’étouffer ses sanglots. Maintenant que le paysan qui l’a recueilli est décédé, il s’est juré de vivre dans l’ombre, rongé par la solitude. Pouvoir bénéficier d’une certaine tendresse le perturbe énormément : « Si tu savais à quel point je t’aime moi aussi Bedra. » Bud se rend compte qu’il prend goût à usurper la place de son frère auprès d’une femme pouvant lui offrir l’amour dont il manque. A force d’observer les deux tourtereaux, il en est venu à s’amouracher de la promise qui n’a plus aucun secret pour lui. Il attend que sa belle-s½ur soit décidée à se lever pour prendre la poudre d’escampette. Arrivé dehors, il se dérobe dans l’ombre pour épier ce bonheur qu’il ne pourra jamais vivre sous le nom de Bud de Mizar. Destiné à être Bud d’Alcor, nom de l’homme qui l’a recueilli alors qu’il était bébé, il s’est juré de devenir le plus fort pour un jour récupérer ce qui lui a été refusé y compris l’amour de celle qu’il a inconsciemment convoité durant toutes ses années, Bedra de Edel. Cette révélation est pour lui un choc qui le fait énormément cogiter… A l’extrémité du palais, au rez-de-chaussée, dans la grande bibliothèque, Rhadamanthe n’a pas cessé de dévorer les manuscrits qu’il feuillette tour à tour. Il n’a pas demandé à ce que ses plaies soient pansées, ni à être nourris ou même dormir, non, il a tout ce qu’il faut pour lui permettre de découvrir son identité. Stupéfait, Alberich qui bouquine les aventures de ses ancêtres le questionne : « Dis-moi étranger, que cherches tu dans ces livres ? » Alors qu’un livre, situé au fin fond d’une armoire, sur lequel est inscrit en lettres dorées « Hadès » est tout proche d’être découvert, Rhadamanthe répond sans hésiter : « Je cherche le dieu pour lequel je conquerrai le monde. » Aussitôt, Alberich referme sa reliure et se penche l’air satisfait vers l’invité d’Hilda. D’une grimace perfide, il annonce : « Je crois que nous allons bien nous entendre… »
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« le: 1er Mai 2010 à 12h56 »
Chapitre 8
La matinée touche à sa fin ce 4 mars 1985. Depuis leurs demeures, les Saints d’or restés dans leur temple entendent les détonations de cosmos opposants Athéniens et Hébéïens partout dans le domaine. Ils peuvent voir des nuages de fumées ici et là aux quatre coins du domaine ou encore entendre les cris des villageois que le vent transporte jusqu’à eux.
A l’intérieur du colisée bondé, enfermés dans une barrière cosmique, les spectateurs sont occupés à scander le nom du Grand Pope. Celui-ci, assis depuis plusieurs dizaines de minutes, lève les bras pour les encenser. Il est entouré de Deathmask et Aphrodite qui attendent Shura. Le Saint du Capricorne guide Hébé et ses deux Alcides à travers les couloirs. Pendant ce temps, des Saints tels qu’Astérion, Babel ou encore Apodis se réunissent au beau milieu de l’arène. Ils observent l’armée hébéïenne prendre place de façon autoritaire dans les travées afin d’être positionnée de façon stratégique. Malgré l’euphorie, la tension est palpable…
Loin de la Grèce, en Russie, sur un plateau proche du village de Kohortec, en Sibérie Orientale, le vent balaye les cheveux blonds du brave garçon d’à peine treize ans qu’est Hyoga. Il se tient face à son ami Finlandais qui est en meilleure posture que lui. Le futur Général de Poséidon est bien vaillant et pare chaque coup porté par son ami. Mieux encore, il riposte de façon efficace en le renvoyant chaque fois à terre. Au loin, le Seigneur Crystal observe le combat, les bras croisés. Couvert de sa Cloth, entouré par sa cape, son visage est serein et fier. Au-dessus de lui, sur un monticule de neige, à bras nus, un bel homme à la chevelure bleue au reflet vert adresse ses compliments à son disciple. _ « Félicitations Crystal Saint. Tu transmets à ces jeunes garçons notre savoir avec humilité et efficacité. _ Mon apprentissage auprès de vous y est pour beaucoup Maître Camus. Je ne dispose même pas d’un dixième de vos capacités mais votre méthode de travail porte ses fruits. Isaac et Hyoga deviendront tous les deux de braves chevaliers. _ Ils semblent destinés tous les deux à l’armure du Cygne. Chaque fois qu’ils concentrent leurs forces, je vois briller cette constellation dans le ciel. Pourtant un seul d’entre eux sera digne de la porter et Isaac semble avoir un cran d’avance. _ Isaac est arrivé ici un an avant Hyoga, cela explique pourquoi il est plus avancé que son ami dans la maitrise des techniques de glace. _ Il n’y a pas que ça, je perçois comme un embarras dans le c½ur de Hyoga, son esprit est ailleurs. _ Le cargo qui transportait sa mère il y a quelques années s’est échoué non loin d’ici et repose au fond de l’eau. J’ai surpris Hyoga en pleine discussion avec Isaac il y a peu. Il lui a annoncé qu’il veut devenir chevalier pour remonter à la surface le corps de sa défunte mère. _ Je l’ai déjà sermonné à ce sujet pourtant, crisse des dents Camus. _ Isaac a violemment réagi. Il lui a reproché de vouloir atteindre cet objectif pour des raisons personnelles. Isaac l’a également mis en garde à propos d’un fait que vous lui avez rapporté. Hyoga sait désormais qu’à certains endroits le courant marin change brutalement et que personne, ni même vous, ne peut y survivre. _ Pourtant cela n’a en rien altéré sa volonté de joindre le fond des océans. _ Maître Camus, je suis persuadé que si vous lui dévoiliez votre réel rang, Hyoga serait plus enclin à vous écouter. _ Ce n’est pas à nous de nous inquiéter de sa santé. C’est à lui de comprendre quelle est la réelle mission d’un chevalier et que pour le devenir il doit mettre de côté ses sentiments. Mon statut ne doit pas les influencer dans leurs décisions, ils doivent rester de marbre en toute circonstance… » Les bourrasques sont désormais accompagnées de flocons de neige et voilà quelques heures que les quatre protagonistes ont cessé leur entraînement. Dans une taverne de Kohortec, les deux amis, Hyoga et Isaac, se réchauffent devant un immense feu de cheminée. Des musiciens jouent de leurs instruments, quelques villageois dansent, d’autres restent attablés et mangent une bonne soupe alors que certains restent au comptoir à boire un verre comme le fait le Seigneur Crystal que tout le monde salue chaleureusement. A ses côtés, Camus est assis sur un tabouret en bois. Il observe dans son verre les glaçons se craqueler lorsqu’ils rentrent en contact avec la vodka que lui sert une charmante jeune femme. Celle-ci n’a de cesse d’observer Camus depuis son arrivée, tout comme l’ensemble des femmes du village. Toutefois, l’attention du Verseau se concentre sur la seule qui n’est pas conquise par ses charmes, la seule dont le c½ur est déjà pris. Elle vient seulement d’ouvrir la porte de l’auberge que déjà le glacial Français est pris de palpitations inexplicables. Cette femme porte un masque, symbole de son appartenance à la chevalerie d’Athéna. Ses longs cheveux noirs couvrent son front et descendent sous la forme de fines mèches sur ses épaules et dans son dos. Ses épaules et ses mains sont couvertes d’une protection violette, tandis que les avant-bras, le buste et les genoux sont d’un noir cristallin. Son ventre cesse d’être protégé à hauteur des hanches, laissant sortir de sous la Cloth un tissu violet servant de jupe. Ses douces et grandes jambes sont tout de même couvertes d’un cuissard et ses pieds de petite taille sont protégés par des escarpins. Elle avance doucement jusqu’au comptoir où sont assis Camus et le Seigneur Crystal. Arrivé à leur hauteur, elle incline légèrement sa tête en guise de respect envers Camus dont elle connait le statut, puis s’assied tout proche du Seigneur Crystal à qui elle caresse chaudement la main. Camus détourne à cet instant les yeux d’elle, il fixe avec douleur son verre en écoutant la discussion des deux amants. _ « Te voici enfin rentrée Lena. J’étais rongé par l’inquiétude, lui sourit le Crystal Saint. _ Ma mission a duré plus longtemps que prévu. Je repars dès demain pour le Sanctuaire en rendre compte au Pope. La situation est toujours tendue en Egypte. Leurs dieux ont tous été vaincus il y a des années. Nos hommes règnent sur les cités mais quelques tentatives de révoltes des soldats sont à déplorer. Toutes leurs légions ont été écrasées et pourtant ils persistent à se rebeller. _ C’est normal après tout, notre Grand Pope est vieillissant, ses intentions sont de plus en plus floues et certains accusent son frère Arlès de lui proférer les paroles du démon. Le peuple Egyptien espère retrouver la liberté qui lui a été prise. _ Arlès est le Saint d’argent de l’Autel. Cela fait des années que personnes ne l’a vu dans le sillage de son frère. _ Je suis certain qu’il reste dans son ombre, prêt à prendre sa place dès le moment opportun… _ C’est impossible, le seul capable de succéder au Pope ne peut-être qu’un chevalier d’or qu’il aura lui-même désigné avant de mourir. _ Et s’il n’a pas le temps d’en désigner un ? _ Ça suffit, hausse le ton Camus irrité par les paroles blasphématoires de son élève ! Crystal Saint je t’ordonne de surveiller tes propos à l’égard du Grand Pope. Tes accusations sont outrageantes et intolérables. Si je dois te reprendre encore une fois je serai dans l’obligation de t’administrer moi-même le jugement réservé aux hérétiques. Le Grand Pope est le représentant d’Athéna, il est reconnu par elle depuis une Guerre Sainte datant d’il y a plus de deux-cents ans. Ses actes ont toujours servi le Sanctuaire et la paix dans le monde. _ Pardonnez mes accusations si vous les avez jugés déplacées maître, baisse les yeux le Crystal Saint. » Camus observe une dernière fois les mains entremêlées de Lena et de son disciple. Il vide aussitôt son verre qu’il repose fermement sur le zinc puis ressort sous la neige. Voulant briser le malaise, Lena observe les deux garnements qu’éduque son amant et les appelle aussitôt : « Isaac ! Hyoga ! Venez donc me montrer comme vous avez grandi ! » Les deux amis se lèvent immédiatement de devant la cheminée et viennent effectuer une révérence devant elle. _ « Lena Saint de Bronze de la Boussole, vous êtes rentrée de mission, s’enthousiasme Isaac ! _ Cela fait si longtemps que vous êtes partie, Carina votre apprentie n’est-elle pas avec vous, questionne Hyoga ? _ Elle est immédiatement rentrée se reposer après le long voyage que nous venons de faire. _ Se reposer ! C’est inadmissible, taquine Isaac la jeune femme. Elle ne deviendra jamais un puissant chevalier en travaillant ainsi. Elle doit prendre exemple sur nous. Notre maître nous prodigue un entraînement très strict, il n’y a qu’à prendre exemple sur la journée actuelle, à la moindre tempête de neige nous venons nous réchauffer ici, charrie-t-il son maître ! » Le petit groupe rit dans la bonne humeur avant que Lena revienne aux choses sérieuses. _ « Carina a fait de très nombreux progrès, elle a développé un niveau impressionnant. Sa constellation protectrice, la Carène du Navire irradie chaque jour davantage lorsqu’elle déploie son cosmos. La Cloth était située au sud de la Sibérie à l’intérieur d’un bateau échoué et prisonnier de la glace. Personne n’était parvenu jusqu’ici à atteindre ce vaisseau. Il était infesté de loups et les conditions météorologiques étaient encore plus contraignantes qu’ici. Pourtant elle a bravé tous les dangers avant de me suivre en Egypte pour remporter l’armure. » Le Crystal Saint sourit à ses élèves : « Vous mourrez d’envie d’aller la rejoindre alors allez-y ! » Lena leur sourit chaleureusement à son tour comme pour leur donner son approbation. Les deux apprentis quittent au pas de course la taverne. Dehors, ils croisent Camus sans même remarquer qu’il se tient debout, le visage dressé vers le ciel, le front suintant, la mine contrariée…
Au Sanctuaire, dans le colisée, la liesse n’a de cesse. Le spectacle commence. Vingt jeunes servantes du temple d’Athéna pénètrent dans l’enceinte. Elles passent depuis les portes des vestiaires aménagés de façon précaire tout comme l’agrandissement du stade à l’occasion de la Journée Sainte. Un cierge à la main, les aspirantes Saintias élues par le Pope lui-même ont l’honneur de participer à la fête en allumant une à une les cinq cent bougies qui entourent la surface qui sert habituellement d’air de combat. Sous le regard autoritaire de leur supérieure, Katya, vêtue de sa Cloth verdâtre de la Couronne Boréale, les demoiselles s’appliquent avec concentration. L’une d’elles, particulièrement méticuleuse, Mii, garde un ½il sévère à l’encontre d’une autre, plus frivole, Shoko, qui se dissipe facilement, ébahie qu’elle est par la foule. Parmi toutes les autres, Xiao Ling, Erda et Maria s’amusent de la dualité entre leurs cons½urs.
Le public se calme à mesure que les chandelles scintillent, puis se tait enfin lorsque sort d’un vestiaire un célèbre ménestrel. Pictor, connu de tous dans le domaine sacré pour être apprécié du Pope et convié lors de grands banquets pour entamer de grands poèmes, est réputé pour être un des plus véloces Saint de bronze, ce dont sont loin de se douter les adversaires qui lui font face. Il faut dire que l’apparence rachitique de ce grand orateur laisse présager le contraire. Son modeste mètre soixante-seize, son corps mince et son teint blafard ne reflètent en rien son origine grecque. Son visage creux et cerné paraît d’autant plus inquiétant que ses yeux larges et ses épais sourcils lui attribuent un regard pervers qui s’accorde avec sa fine et longue bouche affichant toujours un sourire en coin. Ses yeux noirs et sa chevelure marine collent parfaitement à sa peau presque bleutée tant elle manque de lumière. Sa Cloth pourpre recouvre sa tunique noire en habillant ses jambes du pied à la cuisse en dessinant sur l’armure autour des tibias des lignes horizontales turquoise. Son ceinturon pourpre protège à peine le haut de ses cuisses et ne fait qu’un avec son plastron uni jusqu’aux épaules. Un reflet turquoise apparaît à hauteur de l’abdomen alors que cette couleur domine à hauteur des épaulettes qui descendent en arrondie jusqu’au bas des biceps et des avants bras qui sont de forme ovale. Pour l’occasion, le jeune Pictor, âgé de seize ans, a dissimulé sa Cloth sous une légère soutane turquoise qui glisse sur le sol. Portant sous son bras gauche son casque elliptique capable de couvrir la totalité de son crâne, il brandit dans sa main droite une corne dans laquelle il expire fort.
Le souffle ne prend fin qu’une fois le Pope levé de son trône. Dans les gradins, tous attendent la suite, Saga tend la main vers Pictor pour lui donner la parole avant de reprendre place confortable sur son siège. Le Saint aspire afin de pousser sa voix au maximum : « Il y a quelques jours, un messager de Notre Seigneur le Grand Pope est venu me demander d’annoncer lors de la Journée Sainte, au sein de ce même colisée, à cet instant précis, l’arrivée imminente de la déesse Hébé. Fidèle à ma réputation, je ne pus m’empêcher de composer des poèmes, encore et encore, afin d’annoncer cette entrée majestueuse. Puis, après des nuits blanches à travailler mes paroles, tous les mots me vinrent à l’esprit mais aucun, dans toutes les langues que ce soient, n’était suffisamment authentique pour relever l’honneur que je me fais de vous annoncer la présence vénérable d’une divinité supplémentaire dans notre Sanctuaire… »
Shura, précédé d’Iphiclès et Juventas qui entourent la déesse Hébé, finit l’ascension des marches et arrive derrière le rideau qui sépare la divinité du Grand Pope et de la vue des spectateurs. Le Capricorne se retourne vers elle : « Nous sommes arrivés, Ô Grande Hébé. Au prochain son de corne, j’écarterai ce drap afin de vous laisser approcher le Grand Pope. Votre siège sera juste aux côtés du sien. »
Plus bas, ému, Pictor laisse couler quelques larmes avant de reprendre : « … Et pour la première fois de ma vie, je vais me retirer en soufflant dans ce rudimentaire instrument à vent qu’est ma corne, sans même pouvoir commenter cette monumentale arrivée aux côtés de Sa Majesté le Grand Pope. Alors c’est avec les mots simples d’un modeste homme, que je vous demande de saluer Sa Déité, la Déesse de la Jeunesse, fille de Zeus et d’Héra, épouse du mythique Héraclès : la divine Hébé ! » Ses poumons se chargent d’oxygène afin de déverser tout cet air dans sa corne.
Shura écarte le linge rouge.
L’amphithéâtre gronde. Les spectateurs crient. Claquent des mains. Tapent leurs pieds au sol. Tous les regards sont rivés sur le rideau derrière le Grand Pope.
Du haut des tribunes des esclaves balancent quelques confettis qui retombent dans l’arène.
Là-haut, dans la tribune d’honneur, depuis la pénombre, apparaît la silhouette d’un homme robuste, il s’agit d’Iphiclès.
La foule n’en peut plus.
Le Grand Pope se lève de son siège et se tient droit devant l’Alcide, attendant l’arrivée tant redoutée d’Hébé. A ses côtés, Aphrodite et Deathmask s’agenouillent Iphiclès se courbe également et incline sa tête devant Saga. Il se retourne ensuite, le visage toujours baissé, en direction d’Hébé. Un cosmos rayonnant surgit alors, embrasant le stade, aveuglant presque les spectateurs qui, une fois leurs yeux habitués à cette aura, distinguent une magnifique jeune femme au corps svelte vêtue d’une légère robe de satin rose et décorée de bijoux en or. Les rayons du soleil réfléchissent sur les magnifiques diamants incrustés dans le c½ur d’or qui pend au bout de son collier qui descend jusqu’au milieu de sa poitrine. Une fine brise balaie ses courts cheveux blonds rehaussés d’une couronne de laurier trempée dans l’or.
La foule est émerveillée face à tant de beauté. Aphrodite lui-même est subjugué.
Saga, malgré son apparence impériale, n’en pense pas moins. Dans son esprit, retentit cette phrase qui fait chavirer son c½ur : « Ambroisie… Alors je te retrouve enfin, après tant d’années… » Il se ressaisit et remonte le tissu de sa tenue de haut magistrat pour plier rapidement les genoux en guise de révérence : « Hébé ! Ô Grande Hébé ! Soit la bienvenue en nos domaines, je suis ravi de t’accueillir sur les terres d’Athéna… » Le Saint du Gémeaux se retourne brusquement. D’un ample et gracieux geste de la main en direction de Pictor, il l’enjoint à la suite des festivités.
Le Saint de bronze du Chevalet du Peintre comprend aussitôt le signal et souffle trois fois de façon succincte dans sa corne puis ses yeux se rivent en direction d’une tour gigantesque dressée à quelques mètres en dehors d’Honkios, la tour des douze feux, l’horloge du Sanctuaire.
De dessous son masque violacé, les yeux de Saga s’embrasent tout comme les flammes de l’horloge signe après signe, commençant par celui du Bélier et finissant par le feu situé sous le cadran des Poissons.
La foule, enthousiasmée par tous ces évènements, reconnait cette entreprise qui, hormis en période de Guerre ou de profonde crise, annonce le début de la Journée Sainte. Tous les spectateurs, les petits comme les grands, les villageois comme les Saints en passant par les apprentis et les gardes, scandent en ch½ur et de façon continue : « Athéna ! Athéna ! Athéna… »
Satisfait, Saga tend sa main, paume ouverte vers le ciel, à Hébé : « Comptant sur votre présence, je peux enfin décréter la Journée Sainte comme officiellement amorcée. La fête se finira au bout de douze heures, lorsque les douze flammes du zodiaque auront tour à tour finies de brûler. Si votre grandeur veut bien se donner la peine de prendre place à mes côtés pour apprécier les réjouissances. » D’une voix calme et chaleureuse, la réincarnation divine se plie aux exigences de son hôte : « Avec plaisir Grand Pope. » Elle dépose sa main sur celle du représentant d’Athéna et se laisse conduire jusqu’à son siège, chacun de ses mouvements fluides et langoureux semblent imprégnés d’une féminité presque féline, tant elle bouge silencieusement. Ses pas sont uniquement trahis par le froufrou du tissu satiné qu’elle embellit de sa plastique parfaite. Elle termine en s’installant sur le fauteuil où elle prend place avec une grâce voluptueuse. Iphiclès et Juventas se pressent de la suivre et de se poser chacun à un côté du trône, un genou à terre, tout comme Aphrodite et Shura qui suivent au pas leur chef.
Pendant ce temps, Gigas, tapis dans l’ombre, se glisse discrètement vers les couloirs d’où est arrivée Hébé puis quitte Honkios en longeant les murs, tandis que Deathmask abandonne lui aussi la tribune d’honneur…
Au milieu de l’arène, Pictor se retire pour rejoindre Astérion, Babel, Shaina, Apodis et d’autres Saints ou mercenaires, comme Docrates, pour veiller au bon déroulement des divertissements. Habituellement capable de contenir mille observateurs maximum, le Colisée a été restructuré pour recevoir, grâce à des installations précaires échafaudées, trois mille spectateurs cette année avec parmi ces derniers de nombreux gardes Athéniens et Hébéïens surveillant assidument le moindre comportement suspect. Shaina entrouvre la tenture qui sert à dissimuler l’accès aux vestiaires. Ils sont liés directement à la piste et placés en vis-à-vis de la tonnelle d’Hébé et du Grand Pope. Ils sont installés temporairement tout comme les gradins. De là, sortent une demi-douzaine de poètes, de chanteurs et de bardes tous affublés d’un accoutrement léger, blanc, cachant à peine leur intimité. Bon vivant, Docrates chambre son ami Pictor : « Voici la légion des premiers de la classe. Je ne comprends pas que tu ne sois pas allé conter fleurette avec eux Pictor. Surtout que la tenue t’irait à ravir. » A l’exception de Babel et Astérion préoccupés par leur querelle amoureuse dont Agena est le trophée, Apodis et les autres pouffent discrètement de rire, posant la main sur la bouche pour ne pas se faire voir du Pope, Pictor compris. Cet écart ne passe pas inaperçu auprès de Shaina qui, en l’absence de Misty, contraint de surveiller les villages du Sanctuaire avoisinants Honkios, occupe avec plaisir le rôle de capitaine de l’armée d’Athéna.
Un premier artiste, debout au milieu de la piste, une main tendue vers le ciel et l’autre plaquée sur la poitrine, entame un récital en l’honneur d’Athéna, en se tournant de façon lente mais continue en direction de tous les observateurs et plus particulièrement de l’invitée de marque qu’est Hébé.
De là-haut, sous la tonnelle d’honneur, le Grand Pope se penche sur sa droite d’un air complice et glisse en chuchotant quelques mots à Hébé : « Il s’agit de l’ouverture de cette journée de fête consacrée à Athéna. Pictor, le Saint qui a humblement annoncé votre arrivée, a sélectionné cette demi-douzaine d’artistes pour louer la gloire de notre divine déesse de la Sagesse. Ils évoquent les qualités de notre déité et retracent ses instants de gloire remontant de la nuit des temps à aujourd’hui et… » L’air de rien, tout en scrutant avec minutie la représentation, Hébé coupe le Grand Pope : « Je suis tout de même surprise de ne pas voir de troisième siège. J’espérais qu’Athéna soit présente pour me recevoir ! _ Ma présence n’est-elle pas suffisante ? _ Quel que soit votre rôle dans la hiérarchie du Sanctuaire Grand Pope, l’oblige-t-il à prendre un ton hautain, vous n’en êtes pas moins qu’un Homme, vous ne pouvez substituer Athéna ! » Un profond malaise s’amorce entre les deux parties, la cosmo énergie de Shura rentre aussitôt en opposition avec l’aura dégagée par Iphiclès, tout comme celle d’Aphrodite qui défie Juventas, sans parler du regard provocateur d’Hébé lancé à l’encontre de Saga. Le Saint d’or des Gémeaux cherche à gagner du temps tout en remettant Hébé à sa place : « Athéna n’est pas une divinité qui aime jouer de son statut pour se montrer. Etre glorifiée n’est pas son but, seuls le repos et la méditation sont des activités dignes de sa personne. Dans son infinie sagesse, elle m’a nommé, moi, le Grand Pope, comme unique interlocuteur de son Eminence. Si vous avez le moindre message à lui transmettre, soyez assurée que je m’engagerai à lui faire parvenir. » Hébé insiste. Son regard et ses propos se font plus fermes : « J’aurai tout de même aimé la saluer en personne. Je suis convaincue que son illustre sagesse dont vous faites l’éloge ne l’a pas rendu imbue de sa personne au point de rejeter la visite d’une de ses semblables. » Sous son masque, de longues gouttes de sueur perlent sur le front de Saga. Ne sachant que répondre, il dirige son regard vers l’habituelle aire de combat et se contente de répondre à voix basse : « Dans ce cas, nous nous permettrons d’insister auprès d’elle à la fin de cette Journée Sainte. La déranger durant son jour d’apogée serait incongru. »
A l’ouest du Sanctuaire, près de la frontière du domaine sacré, de nombreux soldats Hébéïens fuient par les grandes portes des murailles. Certains ont leurs protections ébréchées, leurs plastrons perforés, d’autres boitent, perdent du sang, beaucoup gisent sur le sol poussiéreux, implorant la pitié des Athéniens encore debout.
Au milieu d’eux, Misty, les bras croisés, est souriant, confiant. Il affronte depuis quelques heures, dans un village voisin de Paesco, une Alcide envoyée par Juventas pour inspecter les alentours du Sanctuaire. Surprise, comme ses hommes, par la révolte des Athéniens menés par le capitaine Misty du Lézard qui a cru à la machination de Gigas et du Pope, elle fait difficilement face à un des plus talentueux Saint d’argent. Le masque qui cache sa féminité a été brisé, sa main droite soutien son bras gauche ensanglanté et sa Cloth est radicalement endommagée. Sa sobre tunique grenat, laissant ses épaules à nu, est lacérée de partout faisant apparaître au grand jour et ce de haut en bas, des plaies béantes causées par le Mavrou Trypa de Misty. Quelques bouclettes de ses cheveux bruns, mi-longs, se collent à la sueur et au sang qui dégoulinent sur son mature visage. De ses yeux marron n’en reste qu’un d’ouvert, l’autre ayant été percé lors d’un choc avec le poing d’argent du Français tout comme son nez habituellement fin, désormais épaté par les coups reçus. Et de ses lèvres, d’ordinaire délicates, s’écoulent à présent du sang en abondance de ses commissures. En mauvaise posture, Eglé Alcide des Pommes d’or du Jardin des Hespérides, n’a pourtant pas perdu espoir. Son cosmos doré comme les pommes du jardin des Hespérides l’entoure d’une aura de plus en plus pressante. Subitement l’énergie concentrée est appelée dans son bras droit, seul à être encore valide : « Standing Heavy Punch ! » Elle se jette à corps perdu contre le Saint du Lézard qui ricane allégrement : « Combien de fois va-t-il falloir te répéter que c’est inutile ? » Il positionne ses deux mains devant lui afin de créer une barrière de protection invisible à l’½il nu. La cosmo énergie dégagée par ce coup de poing puissant s’écrase sur le bouclier du chevalier et laisse Eglé désarmée, incapable de tenir sa garde, soumise à la riposte de son adversaire qui ne se fait pas attendre. Misty pointe l’index et le majeur de sa main droite en direction d’Eglé et en dégage le Tourbillon de Marbre : « Mavrou Trypa ! » Eglé est emportée, déchiquetée par ce tournoiement meurtrier qui réduit en poussière les dernières pièces de sa Cloth et dépèce son corps qui chute au loin dans une chaumière en ruine. Misty, fier, s’approche tout de même de la vaincue pour lui rendre hommage.
En chemin un garde l’interpelle : « Seigneur Misty ! Seigneur Misty ! » L’homme est à bout de souffle, son casque est marqué de l’impact d’armes adverses et dans son flanc gauche sont plantés deux flèches hébéïennes. _ « Et bien parle messager, je t’écoute ! _ J’arrive tout droit des villages du nord après avoir traversé ceux du sud et de l’est. Même si des combats se déroulent encore, les forces athéniennes sont en supériorité. Au nord, votre lieutenant Algol de Persée est, comme vous, venu à bout à lui seul de l’Alcide des B½ufs de Géryon. Les hommes sous le commandement du lieutenant Algol ont vaincu l’armée hébéïenne sans laisser de survivant. A l’est, le trio argenté, composé des lieutenants Dio, Sirius et Algethi qui gouvernent le secteur, a uni ses forces pour vaincre non sans mal l’Alcide des Ecuries d’Augias. De nombreux soldats hébéïens ont survécu et, bien qu’ils soient repoussés derrière les murailles du domaine sacré, ils utilisent les montagnes qui délimitent notre Sanctuaire pour rejoindre le pont cosmique qui se situe face à vous. Enfin, au sud, votre lieutenant Arachné Saint d’argent de la Tarentule a été mis en difficulté par l’Alcide de la Ceinture d’Hippolyté. Il a fallu compter sur l’aide de Marine Saint d’argent de l’Aigle et du Saint d’or Aiolia du Lion qui a choisi de quitter sa demeure contre les ordres du Grand Pope pour défendre votre lieutenant. Durant ce temps, de nombreux Hébéïens sont parvenus à s’infiltrer dans le centre du Sanctuaire afin de regagner leur déesse. Bien que souffrant, Arachné a ordonné à ce qu’on traque les traitres avant qu’ils atteignent leur but. » Misty satisfait reprend sa route auprès d’Eglé après avoir prit soin de renvoyer le messager : « Je te remercie soldat. Ton rapport est complet. Je t’invite à trouver immédiatement mon supérieur, le commandant Phaéton. Il saura se concerter avec le général Gigas au sujet du ralliement ennemi qui s’effectue devant moi, devant le pont cosmique d’Hébé, ainsi que celui qui s’effectue non loin du colisée. Va à présent ! »
Misty gagne enfin la bâtisse ravagée dans laquelle a échoué le corps d’Eglé. Gisant sur le dos, le visage couché en arrière, les cris de ses frères d’arme ne l’atteignent plus. La vue qui lui parvenait encore de son ½il non estropié devient de plus en plus floue, les os de son corps se sont rompus en s’écrasant, elle s’étouffe avec le sang qui sort de sa bouche et de ses narines, lui faisant presque oublier l’atroce mortification provoquée par sa chair en lambeau. Le Lézard ôte son diadème et s’agenouille devant elle : « Bien que tu sois l’ennemie d’Athéna, je n’oublierai pas le courage dont tu as fait preuve en t’attaquant à un adversaire plus expérimenté que toi. Je distingue à tes traits que tu étais une belle femme, aux formes sensuelles. Je regrette que nous ayons dû nous rencontrer dans de telles circonstances mais je t’avais prévenu que moi, Misty Saint d’argent du Lézard, je n’ai jamais perdu un combat ni même été blessé par un adversaire. Tu en as aujourd’hui fais les frais… » Misty regarde la pauvre agoniser dans d’horribles souffrances et conclut en se relevant : « Repose en paix désormais Alcide des Pommes d'or du Jardin des Hespérides et félicite-toi auprès de tes semblables que tu retrouveras aux Enfers d’avoir eu l’honneur de mourir de mes mains. » Il réajuste son diadème et quitte Eglé qui rend son dernier souffle en fixant l’horloge du zodiaque visible dans tout le Sanctuaire. Les feux du Bélier, du Taureau et des Gémeaux sont déjà éteints…
En Sibérie Orientale, au village de Kohortec, Isaac et Hyoga bravent le froid et traversent le village depuis la taverne jusque devant une chaumière. Isaac regarde un instant Hyoga : _ « Comment tu me trouves ? Je suis présentable tu crois, l’interroge-t-il ? _ Isaac, elle revient d’une contrée où elle a chaque jour mené des combats au milieu de cadavres. Quoi qu’il arrive elle ne peut que te trouver beau. » Isaac bouscule son camarade amicalement puis frappe contre la lourde porte en bois qui protège l’entrée de la demeure. Personne ne répond. Isaac cogne à nouveau. Toujours rien. Une voix douce les surprend derrière eux : « Vous n’êtes même pas capables de sentir ma présence dans votre dos ! » Isaac et Hyoga virevoltent et courent serrer dans leurs bras la demoiselle. _ « Comme tu as changé… Et… Tu as l’air d’être devenue si forte, la fixe Hyoga avec fascination ! _ Je pense que ce gros béta n’ose pas t’avouer que tu t’es transformé en une jolie fille. » Isaac a raison, Carina parait charmante. Son mètre-cinquante-sept lui donne une allure chétive et gracieuse dans sa jupe marron qui descend jusqu’en haut de ses fermes cuisses. Ses tibias sont couverts par des bas blancs comme ceux de Marine et ses chevilles sont surélevées par les hauts talons de ses chaussures de la même couleur que sa jupe. Sa taille svelte est habillée d’un épais pull blanc qui épouse malgré tout sa poitrine rebondie. Des épaulettes et des avant-bras bruns parent cette tenue d’entrainement. Son masque est havane et ses cheveux blonds aux mèches brunes arrivent à hauteur des yeux et tombent sur ses épaules. Carina n’est pourtant pas facile à amadouer : « Toujours tes belles paroles Isaac mais je reste persuadée que tu n’as pas attendu mon retour pour les déclarer aux autres filles de ce village. » Toujours plein de malice, Isaac fait de l’humour : « Non ! Pas aux filles du village. En réalité j’ai abordé les filles des villages avoisinant. Ah… Ah… Ah… » Puis il la fixe d’un regard envoûtant et reprend son sérieux. Avec une voix suave il lui déclare : « Sérieusement, je n’ai pensé qu’à toi. Hyoga pourra en témoigner. Tu m’as manqué durant tous ces mois. » Elle enlace Isaac puis part se promener avec lui, laissant Hyoga penaud. A quelques kilomètres de là, en sortant du village, sur une plaine, au milieu de la neige et de la toundra avance Camus particulièrement concentré. Il est rejoint par Lena qui s’adresse à lui de manière moins révérencieuse que tout à l’heure : « Toi aussi tu ressens ce profond malaise depuis quelques heures au Sanctuaire. _ Tu n’es pas avec ton compagnon, reste glacial le Saint d’or ? _ Il est parti chercher Hyoga pour reprendre l’entraînement. _ Ce n’est pas trop tôt. Il est bien tendre avec ses élèves. _ Tu es trop dur avec lui. _ Absolument pas. Il entrave ses élèves en ne leur apprenant pas à oublier leurs sentiments. _ Tu n’as pas changé, sourit-elle. _ Si, j’ai changé. Si tu savais à quel point je souffre de t’avoir laissé me fuir. » Lena ôte son masque et dévoile son visage aux yeux aussi clairs qu’un ciel d’été : « Je crois pouvoir deviner. » Elle le serre brusquement dans ses bras. D’abord surpris, Camus finit par faire de même après avoir longuement hésité. Il respire le parfum de ses cheveux et paraît rentrer en extase : « Il n’y a pas une nuit où je ne rêve pas de l’odeur de ta peau. » Elle se hisse sur la pointe de ses pieds pour trouver ses lèvres et pose sa petite bouche contre la sienne… En Grèce, au Sanctuaire, dans la forêt de l’est, les arbres se couchent, coupé en deux par le tranchant des disques de Capella du Cocher. L’Alcide du Sanglier d’Erymanthe, Teucer, a beau bondir dans tous les sens, ramper dans les feuillages, se camoufler derrière les troncs, rien n’y fait. Sa Cloth est frappée d’impacts métalliques sur toute sa surface et est totalement arrachée sur les flancs, laissant la chair du pauvre combattant à vif. Pourtant il garde toujours le sourire. Capella, positionné en bas d’un talus, prend ses airs supérieurs : « Tu peux toujours rire ! J’imagine que la folie a pris le dessus sur la raison. Le Sanglier est pris au piège, la chasse va s’achever. Tu ne peux rien contre moi. Tu finiras comme ton messager qui se plaint de douleur et qui attend avec impatience l’heure de sa mort. » Afin d’agrémenter ses dires, il ironise en pointant du doigt le soldat au service de Teucer ayant encaissé au début du combat un disque en pleine colonne vertébrale et dont les hurlements effroyables n’ont cessé depuis les heures qu’il git là où il est tombé. _ « Ne t’inquiète pas pour mon frère d’arme, rétorque calmement Teucer de son timbre grave. Son tourment va bientôt prendre fin, je vais abréger ce combat en t’éliminant d’un seul coup. _ J’ai du mal à le croire, cela fait quatre heures que nous combattons. Tu encaisses bien les coups, je l’avoue, c’est du jamais vu. Mais tu es incapable de la moindre riposte. _ C’est là où tu te trompes. Vois-tu, depuis tout à l’heure je teste ta technique. J’examine la rapidité culminante et l’impact maximal que tu peux dégager de tes arcanes afin de mieux adapter ma contre-attaque. De plus, il est évident que tu ne disposes pas d’autres techniques que le Saucer No Geki, sinon tu l’aurais utilisé plus vite pour expédier ce combat. En l’occurrence, tu as perdu. _ J’ai hâte de voir ça. Je vais dégager tout ce qui me reste de cosmo énergie et m’en servir pour invoquer mes disques. » Les deux hommes s’observent. Une lueur blanchâtre émane du cosmos de Teucer et entoure son corps. Les yeux clos, sa cosmo énergie l’aide à gonfler davantage ses muscles. A l’opposé, une aura scintillante entre en harmonie avec Capella. Teucer lance les hostilités. Ses narines hument la l’effluve de son cosmos et l’aspire à l’intérieur de son corps, c’est à cet instant qu’il rouvre les yeux, les pupilles couleur ébène. Il croise ses bras qu’il colle bien fort contre la poitrine et baisse la tête en courbant légèrement le dos en avant : « Final Atomic Buster ! _ Saucer No Geki, riposte Capella ! » Totalement possédé, Teucer se jette, tête en avant, contre les disques tournoyants. Ceux-ci éclatent en se heurtant contre le cosmos qui émane de l’Alcide. Désarmé, Capella croit voir un sanglier empreint d’une folie assassine, défenses braquées en sa direction, le prendre pour cible. Teucer, arrivé à hauteur de son rival, le charge de toute sa puissance en pleine poitrine. Le claquement des deux Cloths ainsi que les os éclatés de Capella résonnent dans le bois. Le corps de Capella est propulsé sur un demi-millier de mètres.
Teucer est à quatre pattes sur le sol, sa respiration est haletante, l’énergie requise l’a considérablement affaiblie. La fulgurance de l’impact a laissé de nombreux débris d’armures appartenant aux deux hommes baignant dans leurs hémoglobines.
Au loin, Capella enroule ses bras autour d’un sapin pour s’aider à se relever. Ses jambes défaillent. De son plastron fissuré s’écoulent du sang en continu. Il marmonne : « Il est plus fort que je ne l’aurai cru. De plus, il a attendu que je sois positionné au pied du talus afin de profiter de la pente pour y gagner en vitesse et dégager un impact plus important… » Alors qu’il se redresse, il essaie de mettre en vain un pied devant l’autre. Il perd connaissance et chute dans la verdure en proférant cyniquement ces quelques mots : « Je ne le pensais pas si malin… Ah… » Bien que sur pied, Teucer a subi lui aussi les conséquences de son attaque qu’il surnomme l’Atomiseur. Il a encaissé tous les disques et ses plaies se sont élargies, voire approfondies lorsqu’il a puisé dans ses dernières ressources pour contracter l’ensemble de ses muscles. Victorieux malgré tout, il avance péniblement en direction de son messager qui se plaint depuis des heures… En Sibérie Orientale, dans la forêt proche du village de Kohortec, Isaac et Carina marchent sur une mare de glace épaisse et observent leurs reflets. A l’opposé de la forêt où se trouvent Lena et Camus, Carina nourrit quelques remords. _ « Nous sommes durs avec Hyoga, nous l’avons laissé seul pour nous éclipser. _ Je suis trop content de te retrouver pour te partager avec un autre, lui entoure-t-il la taille avec ses bras. De toute façon c’est mieux ainsi, je pense que Hyoga n’est pas insensible à tes charmes non plus. Nous voir ensemble ne l’aurait pas aidé à aller mieux. » Elle se défait de l’emprise d’Isaac et continue d’avancer en sautillant gracieusement. _ « Dis plutôt que tu as peur qu’il te fasse concurrence. _ Hyoga est un ami fidèle. Je n’ai rien à craindre de lui, d’autant plus qu’il est trop préoccupé par le souvenir de sa mère pour penser à autre chose. _ Après toutes ces années il est encore perturbé par cela ! J’ai bien peur que ça ne mette un jour sa vie en péril. _ Jamais, dresse son poing Isaac vers le ciel ! Il est comme mon frère et je peux t’assurer que je veillerai sur lui pour qu’il devienne un jour chevalier ! _ C’est pourtant compromis pour lui, vous êtes tous deux nés sous la constellation du Cygne et tu es le plus motivé à devenir Saint. Le Cygne est ta source de motivation. _ Rien n’empêche Hyoga de devenir un mercenaire comme notre maître le Seigneur Crystal, contemple Isaac l’horizon. Mais tu te trompes car ma motivation n’est pas l’animal emblème de la Cloth. Mon dessein c’est la légende du Kraken ! _ Tu parles de l’immense créature qui surgit devant les navires et qui engloutit tout. C’est effroyable ! _ Non, car la légende veut que le Kraken n’attaquait pas les navires transportant des innocents. Comme maître Camus et le Kraken, je veux devenir impitoyable devant le mal et m’approprier le même caractère qu’eux deux. » Carina ôte son masque et observe ses jolies joues teintées de rose qui embellissent son magnifique minois arrondi dans le parterre de glace. Elle constate : « Ta détermination fait ton charme Isaac, c’est ce que j’aime le plus chez toi. » Isaac pose des yeux amoureux vers la jolie blonde aux mèches brunes et lui répond par un délicat baiser sur le front. Carina bouscule alors amicalement Isaac pour le provoquer. Ils se courent l’un après l’autre sur cette mare gelée. Finalement, c’est en patinant plus vite qu’elle qu’Isaac la saisit. Pris par son élan, ils partent s’écraser contre un mur de glace. Heureusement, plus de peur que de mal, les deux passionnés s’en sortant sans la moindre égratignure, elle, étendue dans ses bras… Dans la forêt, Camus tient le masque de Lena dans ses mains. Elle attend que le Français le lui rende. En voyant Camus si pensif elle lui demande : « Penses-tu qu’un jour je puisse rester à visage découvert en renonçant à la chevalerie si je te rejoins au Sanctuaire pour devenir ta femme ? » Le dépit fait nerveusement sourire Camus : « Je t’avoue y avoir réfléchi à l’instant. Malheureusement je pense que si tu deviens l’épouse d’un chevalier, ce chanceux ne sera pas moi. Ma mission est trop importante pour que je puisse penser à autre chose qu’à ma vie de soldat d’Athéna. Le Crystal Saint est l’homme qu’il te faut, j’en suis persuadé. » Il lui tend son masque et incline la tête pour cacher sa peine. Après l’avoir réajustée, elle remarque que le Verseau prend appui sur le sol : « J’ai déjà pris trop de retard. Les évènements qui se trament au Sanctuaire m’inquiètent. Salue pour moi le Seigneur Crystal et ses disciples. Je t’… Je te souhaite bon courage, nous nous reverrons au Sanctuaire j’imagine… » Dans un éclair de glace, il bondit dans les airs en laissant derrière lui une aura dorée… En Grèce, au Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, dans le colisée, la seconde partie du spectacle s’achève. Une fois les éloges à Athéna terminés, une représentation théâtrale des douze travaux d’Héraclès est jouée en hommage au demi-dieu, époux d’Hébé dans la mythologie grecque. Bordés d’air frais généré par de grands éventails agités par des esclaves autour d’eux, Saga et Hébé n’ont pas cherché à croiser à nouveau leur regard depuis l’arrivée de cette dernière. Contrainte d’applaudir les scènes venant d’être jouées devant elle, Hébé affiche un sourire crispé. Iphiclès, son garde du corps, vient lui susurrer quelques mots à l’oreille : « Majesté, j’aimerai vous faire part de mon inquiétude. Depuis notre arrivé dans le colisée, ni Juventas ni moi-même n’avons réussi à projeter notre cosmo énergie à l’extérieur de celui-ci, ni même percevoir les cosmos extérieurs et plus particulièrement ceux de nos pairs. Le plus inquiétant est qu’aucun soldat ne soit revenu auprès de nous afin de nous avertir d’éventuelles menaces ou non. » Hébé caresse subtilement avec la sienne la main de son général : « Je sais, je ressens un profond malaise depuis tout à l’heure moi aussi, comme si une barrière cosmique nous empêchait toute liaison avec l’extérieur de l’arène… » Saga les interrompt en penchant sa tête en direction d’Hébé. _ « La représentation vous a-t-elle plu, demande-t-il sous son masque de Pope de manière toute à fait courtoise ? _ Tout à fait, masque-t-elle du mieux qu’elle peut son malaise. Elle était vraiment à la hauteur des mythes relatant les douze travaux, sourit-elle difficilement. _ J’en suis bien heureux. Le peuple s’est vu flatté de votre venue et a tout fait pour restituer votre dignité. Il a cherché par tous les moyens à vous remercier de votre participation à notre Journée Sainte. Comme vous l’avez remarqué, enfants en bas-âges, adolescents, adultes et vétérans, hommes et femmes, ont tous tenus à être présents dans les mises en scène qui vous ont été vouées. » Sur la piste, de grands chevaux blancs font leur entrée, le Pope annonce la suite du programme : « Voici les dresseurs ! » Il applaudit en tapotant gracieusement dans ses mains avant de poursuivre : _ « Vous allez assister à un numéro périlleux réunissant les fauves et autres reptiles les plus féroces de notre planète. Il s’agit de l’avant dernière partie de notre programme. _ Très bien, regarde-t-elle la flamme du Cancer vaciller. La fin approche, Athéna doit être pressée de me recevoir. » Saga, sous l’accoutrement qui était cher à Shion, racle sa gorge. Bien que digne, l’inquiétude le gagne, il prie pour que son plan soit mené à bien depuis l’extérieur. Au sud du Sanctuaire, au beau milieu des vestiges de temples anciens, Marin relève délicatement Arachné qui a sa Cloth fissurée à hauteur de la poitrine. Du sang coule en abondance de son cuir chevelu qui est à nu après que son casque ait été retiré lors d’un impact contre l’Alcide de la Ceinture d’Hippolyté. A plusieurs mètres de là, Aiolia retire sa cape et, avec, couvre le corps de la défunte guerrière d’Hébé. Le vent soulève les restes de la Cloth de l’Alcide, réduite en poussière, alors que son corps est totalement démembré après avoir encaissé le Ryu Sei Ken de Marine et le Lightning Bolt d’Aiolia. _ « Quelle adversaire coriace, demeure abasourdi Arachné ! Il aura fallu les forces conjuguées d’un Saint d’argent et d’un Saint d’or pour venir à bout de cette femme. _ Et encore ! Il ne faut pas oublier qu’elle a été affaiblie par le combat que tu as mené contre elle Arachné, ajuste Aiolia. » Toujours en froid avec le Lion d’or, Marine intervient tout de même : « Il est dit des Alcides que leurs prouesses avoisinent celles des Saints d’argent, mais que certains d’eux peuvent rivaliser avec les Saints d’or. Celle-ci aura combattu jusqu’au bout mais je ne pense pas que ta présence était nécessaire Aiolia. Tu as bafoué un ordre du Grand Pope en quittant ta maison alors qu’avec Arachné nous aurions pu venir à bout d’elle sans toi ! » Aiolia ne se cache même pas devant Arachné, il avoue à Marin : « Je n’aime pas te savoir en danger, deux précautions valent mieux qu’une. » Le Saint de la Tarentule sent qu’il dérange quelque peu et cherche un moyen de laisser les deux amants en froid seul à seul. Il plie un genou à terre : « Je vous remercie seigneur Aiolia de nous être venu en aide. Si vous le voulez bien, je vais m’empresser de trouver le commandant Phaéton afin de l’avertir de l’avancée ennemie dans le centre du Sanctuaire. » Aiolia acquiesce. Il attend de se retrouver seul avec Marin. _ « Tu es folle d’être venue aider Arachné. Il était face à quelqu’un de redoutable et même si votre victoire ne faisait pas l’ombre d’un doute, tu en serais surement sortie gravement blessée sans moi. » Marin hausse les épaules et tourne le dos à Aiolia. _ « Alors quoi, s’irrite le Grec ?! Tu m’ignores encore ? Voici des mois qu’on joue à ce petit jeu. Quand allons-nous arrêter ? Je t’aime Marin, tu le sais. _ Moi aussi je t’aime, le souci c’est que tu m’aimes moins que ton armure d’or et moi je t’aime moins que mon armure d’argent. Nous sommes trop attachés à nos rangs, toi comme moi. Nous savons comment se finira notre histoire si elle venait à reprendre. Vivre dans le secret et dans le déni c’est au-dessus de mes forces. _ Notre histoire est donc belle et bien morte, se navre-t-il ? » Marin ôte son masque et vient trouver de sa bouche les lèvres d’Aiolia pour lui offrir un dernier baiser. Aiolia sent les larmes de Marin s’écraser sur son visage. Marin met fin à leur accolade et annonce, en sanglot : « Oui, c’est terminé. » Son masque à nouveau ajusté, elle quitte en quelques bonds les débris des vieux temples où gisent Hébéïens et Athéniens qui venaient de livrer une sanglante bataille. Aiolia, en traînant les pieds, reprend le chemin des douze maisons… En Russie, sur un plateau proche du village de Kohortec, en Sibérie Orientale, Hyoga court en direction de son professeur en évitant les cubes de glace qu’il projette contre lui. Bientôt face à face, le futur Saint de bronze lance son poing gauche en direction du visage de Crystal Saint qui pivote sur le côté et cogne du plat du pied l’estomac de son élève. Hyoga retombe sur le verglas la tête la première. Malgré la douleur, il évite de se plaindre. Le Seigneur Crystal arrive devant lui et lui tend la main pour le relever : « Hyoga, combien de fois t’ai-je expliqué qu’il ne fallait pas baisser sa garde lorsque tu frappes ton ennemi ? Je profite qu’Isaac s’accorde du repos pour revoir certaines bases avec toi et… » La traînée dorée laissée par le déplacement à la vitesse de la lumière interpelle Crystal Saint. Il réalise le départ précipité de son maître Camus.
Lena arrive au même moment près de son compagnon. Hyoga part alors s’exercer non loin d’eux et laisse les adultes discuter entre eux. _ « Donc mon maître Camus rentre plus vite que prévu au Sanctuaire n’est-ce pas ? J’imagine qu’il ne pouvait plus attendre le bateau qui l’aurait conduit au Port du Destin en Crète. La menace qui plane sur le domaine sacrée l’inquiète trop. Etais-tu avec lui lorsqu’il est parti ? _ Oui. Il m’a chargé de dire au revoir à tes élèves ainsi qu’à toi. _Tu l’aimes toujours n’est-ce pas ? _ Peu importe mes sentiments, il n’en a que faire. _ Cependant tu portes son odeur, remarque-t-il sans hausser la voix. _ Quand tu es arrivé en Sibérie, Camus enseignait déjà son art. Il avait de nombreux élèves dont moi. Sa froideur masquait totalement ses sentiments et nous sommes restés des années à tenir notre relation secrète. Les appels incessants du Sanctuaire l’ont éloigné de moi et je suis restée sans nouvelles des années durant. Pas la moindre lettre alors qu’il ne peut pas se retenir plus de deux jours pour transmettre un message à son ami Milo. Toi il t’a nommé comme son successeur. Malgré le fait que tu sois né sous la constellation du Verseau, tu as accepté le statut de mercenaire et tu as choisi de poursuivre l’enseignement de Camus à ses disciples et tu en as recueillis de nouveaux. Souriant, chaleureux, charitable, tu m’as témoigné comme à personne ton amour et je me suis découvert une passion pour toi. Néanmoins, si tu as su prendre mon c½ur, Camus a brisé mon masque avant notre rencontre. Avant que je ne te connaisse, j’ai choisi de l’aimer et… _ Je t’en conjure n’en dis pas plus. C’est déjà très dur de me dire que l’armure que je convoite ne sera jamais mienne. Savoir que même si ton avenir est à mes côtés pendant que ton c½ur est ailleurs c’est… Je… Camus est mon maître, je ne peux qu’accepter cela et honorer son nom. Alors n’en dis pas plus et rentrons maintenant. Tu as encore tellement de choses à me raconter au sujet de l’Egypte… » En Grèce, au Sanctuaire, dans la forêt de l’est, Teucer est à l’approche de son soldat souffrant. Brusquement, plusieurs cliquetis métalliques vrombissent. Un énorme boulet épineux se manifeste du ciel et vient écraser la tête de l’homme éprouvé qui croyait enfin être sorti d’affaire en voyant son supérieur revenir près de lui. Teucer, dupé, recule de trois pas en arrière et choit sur son robuste fessier. Devant lui est étendue la victime, morte sur le coup, la dépouille gesticulant encore par réaction du système nerveux. La tête est éclatée, éparpillée en plusieurs morceaux qui baignent dans le sang. La chaîne qui manipule le boulet revient à son maître qui est debout sur une branche d’arbre rigide et qui s’amuse de la situation : « Cela faisait des heures qu’il appelait à l’aide, tu n’as pas idée comme ça m’a irrité. Pour la peine j’ai décidé de le punir à ma façon. Mais ne sois pas triste je vais t’envoyer le rejoindre ! _ Des heures que tu l’écoutes, se redresse difficilement Teucer ! Ça veut dire que… _ Oui ! J’ai suivi l’intégralité de ton combat contre Capella ! Je suis Dante Saint d’argent de Cerbère et tu vas subir le même sort que ton ami ! » Au centre du Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, depuis des heures Naïra calme la population qui ne comprend pas la prise autoritaire des marches menant à la première maison du zodiaque par les Hébéïens. Elle a bondi jusque devant l’Alcide qui mène cette troupe et le questionne. Il ne répond pas, il regarde la grande horloge du zodiaque et fait constater à ses hommes : « Soldats ! Cela commence à devenir inquiétant. La cinquième flamme de l’horloge va bientôt s’éteindre et nous n’arrivons toujours pas à entrer en contact avec notre déesse. Pire, une agitation incompréhensible terrasse de nombreux cosmos dont la majorité est ceux de nos frères. L’ordre d’Hébé est formel, si le moindre danger nous guette, nous nous devons de trouver Athéna pour sa majesté. Il nous appartient désormais de parvenir jusqu’à la chambre d’Athéna. » Naïra s’offusque : « Vous êtes fous ! Jamais je ne vous laisserai passer au-delà de la marche où je me trouve. Moi Naïra Saint de bronze de la Colombe, j’en fais le serment. » Trois gardes s’élancent vers elle, Naïra colle ses coudes contre ses hanches pour concentrer son aura et s’engage dans la lutte en frappant immédiatement avec sa technique de combat : « Final Justice ! » Poing droit en avant, la Nord-coréenne ne projette pas moins de cent coups à la seconde aussi vifs et puissants que des étoiles filantes. Cependant les soldats sont intacts, tous les coups se heurtent à la Bannière Etoilée invoqué par Enée, l’Alcide qui tourne toujours le dos à Naïra : « Rien ne peut entamer mon Stars And Stripes. Tu ferais mieux de t’arrêter là, je ne veux pas ta mort. » L’Alcide se retourne enfin. Son casque qui forme une pointe au sommet de son crâne dessine la forme d’une des têtes de Cerbère. Il couvre la totalité de sa tête et dissimule son visage en l’ombrageant. Ses épaulettes sont couvertes chacune par une des énormes têtes du chien mythologique dont dix piques acérés semblables à des dents descendent jusqu’à ses coudes. La protection de ses bras, de ses jambes, de sa taille et sa poitrine restent fidèles au design des autres Cloths des Alcides. Sa tunique grenat est à peine visible tant l’armure blanche et crème couvre la quasi-totalité de son corps. Grand et svelte, il paraît menaçant et puissant. Il en faut pourtant plus pour impressionner Naïra. _ « Dans ce cas je serai la première à passer au travers de ta Bannière d’Etoiles : Final Justice ! _ Trop tard, tu vas subir le contrecoup du Stars and Stripes : Shield Slash ! » Après avoir encaissé toute l’énergie dégagée par Naïra, la Bannière Etoilée adresse à son assaillant une lumière aveuglante qui vient le pourfendre. A la vitesse de la lumière, Naïra est projetée sur plusieurs kilomètres et vient s’encastrer dans les dernières marches, juste devant la maison du Bélier. Du sang s’échappe en continu de sous son masque blanc aux signes noirs, son armure et son buste sont fendus en partant de l’épaule gauche jusqu’en bas de sa hanche droite. La toison blanche qui couvre sa poitrine est en miette ainsi que son épaulette gauche. L’hémoglobine dégoulinant de son immense plaie descend jusqu’à son nombril dépourvu de vêtements. Enée, d’un signe de la tête, ordonne à ses hommes de prendre de l’avance tandis qu’il se consacre à achever son adversaire.
Les vingt Hébéïens obéissent et se présentent devant la demeure du Bélier. L’un d’eux tape sur l’épaule d’un autre : _ « Empruntons le passage secret qui commence à partir d’ici et qui, si nos informations sont exactes, se trouve derrière l’amoncellement de roches sur notre droite, tape l’un d’eux sur l’épaule d’un autre. _ Tu sais ce qu’on dit, personne n’est sorti vivant de ce passage secret, réagit l’autre. _ La légende veut que ce raccourci évite de rencontrer les chevaliers d’or. C’est notre seule chance d’arriver sains et saufs à Athéna, intervient un troisième. _ Lorsque Sa Majesté Hébé nous a appris la marche à suivre, le seigneur Iphiclès nous a défendu d’emprunter ce passage secret dont rares sont ceux qui en connaissent l’existence. Il a affirmé qu’en plus d’être dangereux, emprunter ce passage fait des adversaires du Sanctuaire des lâches, reste méfiant un quatrième soldat. » Le premier soldat n’a que faire de ces paroles et emprunte le passage secret, suivi de tous les autres Hébéïens, même les plus réfractaires…
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« le: 1er Mai 2010 à 12h50 »
Chapitre 7
Dans l’enceinte du Colisée, la foule dans l’amphithéâtre est muette. C’est la première fois qu’Apodis observe tant de discipline chez les gens du peuple. Ses hommes et lui-même se tiennent à l’intérieur de l’arène en attendant le début des festivités. Ils sont saisis par l’onde bienfaitrice qui émane d’Hébé et atteint l’ensemble des spectateurs tenus en haleine.
Dans le vestibule, à mesure que les yeux de Shura s’habituent à la lueur cosmique qui émane d’Hébé, il distingue non pas une splendeur, il découvre la perfection faite femme. Un des eunuques à la toge bleue portant la litière de la déesse se précipite devant l’entrée de celle-ci et arque le dos afin de faire de son corps une marche dans le but d’éviter que la descente de son appartement ne soit pas trop brusque et trop grossière. De délicats pieds aux doigts fins et aux ongles parfaitement manucurés effleurèrent ainsi le dos de l’esclave. Face à tant de sveltesse, l’homme de basse condition ne se plaint absolument pas, il en sourit même, comme s’il venait de recevoir une bénédiction. Le regard de Shura remonte le long des minces chevilles de la déité où sont enroulés les lacets de ses sandales couleur châtaigne. De ses jambes, il n’aperçoit que le galbe parfaitement dessiné de ses mollets. Ses cuisses, qu’il imagine douces et ravissantes, sont tenues couvertes par une longue toge de satin rose, épousant à merveille ses hanches et sa fine taille, agrafée à hauteur des épaules par des broches d’or, métal pur et précieux que l’on retrouve sur le contour de ses frêles biceps et de ses poignets. Un collier de perle descend jusqu’au creux de sa ferme poitrine pour tenir à son extrémité un c½ur d’or incrusté de diamants. Ses mains menues, aux ongles vernis d’or, viennent effleurer ses petites mèches de cheveux qui lui caressent les joues. Ses courts cheveux blonds dégradés ne descendent pas plus bas que sa nuque gracieuse, et son front est parfaitement dégagé puisqu’elle est coiffée d’une couronne en forme de feuilles de laurier trempée dans de l’or. Son nez est fin, ses lèvres d’un rose innocent paraissent suaves. Ses sourcils subtilement épilés s’accordent à merveille avec ses grands yeux bleus reflétant la couleur du ciel lorsque celui-ci est au paroxysme de sa clarté. _ « Pardonne mes hommes chevalier d’or, prononce-t-elle calmement en desserrant enfin les lèvres ! Les récents évènements qui ont conduit le Sanctuaire à annexer d’autres territoires inquiètent les miens. Ils craignent pour ma sécurité. _ Sa majesté le Grand Pope m’envoie moi, Shura Saint d’or du Capricorne, vous conduire jusqu’à lui, tombe-t-il aussitôt un genou au sol. Son Excellence insiste sur le fait qu’Hébé et les enfants de l’île d’Yíaros sont des nôtres et que votre sécurité n’a rien à craindre en ces lieux. _ Deux précautions valent mieux qu’une, rétorque le solide Iphiclès. Maintenant conduis-nous auprès de ton maître, nous ne voulons pas lui manquer de respect en le faisant attendre plus longtemps. » Shura, n’appréciant guère les manières impératives du robuste Alcide le défie un instant du regard, puis, sans un mot, choisit la voie de la raison : « Bien ! Dans ce cas, si Votre Grâce veut bien se donner la peine de me suivre… » Iphiclès appelle alors à plein poumon : « Juventas ! »
De la litière d’Hébé sort une autre Alcide, restée cachée à l’intérieur jusqu’à maintenant. Grande, mince, à l’allure très féminine, elle est comme ses semblables, vêtue d’une tunique grenat et porte une Cloth blanche et crème. Ses cheveux couleur taupe descendent en de nombreuses pointes dans son dos et sur son front, dissimulé par un masque de femme chevalier quelque peu particulier.
Cette différence est frappante et marque encore plus cette relation intime qu’elle entretient avec Hébé comparée aux trois autres femmes Alcides. Marqué par une expression très psychotique, ce masque au fond blanc correspond à un visage masculin plutôt dérangeant, voir vicieux, semblable à la face démoniaque du casque de l’armure d’or des Gémeaux. Les lèvres sont teintées d’or et le sourire qui y est imprimé remonte jusqu’aux oreilles. L’emplacement réservé aux yeux est d’une noirceur ténébreuse, entourée d’un rouge sang qui descend le long des joues telles des larmes.
Juventas bondit devant Hébé et sans même demander l’avis de sa maîtresse, donne ses directives : « Que quinze soldats encerclent notre souveraine ! Je veux que le reste se poste devant le Colisée, dans les gradins, dans les couloirs et autour de l’arène. Je laisse à mes pairs Alcides le soin de vous répartir. Iphiclès et moi-même accompagnons Sa Majesté. »
En une fraction de seconde, tous se dispersent sans même se concerter. Shura est étonné par tant d’organisation et de discipline militaire.
Dans la ville de Honkios, Seiya se balade en compagnie de Naïra. Les deux amis venus de la fondation Kido apprécient les décors et se remémorent le bon vieux temps. Ils sont surpris de voir autant de soldats « hébéïens » se disperser dans le domaine. _ « L’atmosphère est tendue. J’ai le sentiment qu’un grand danger guette le Sanctuaire. Tu ferais peut-être mieux de rentrer. » Seiya hoche la tête d’un signe affirmatif et part en courant. Naïra reconnaît, par son armure, un Alcide qui prend la direction des douze maisons du Zodiaque en compagnie d’une garnison d’Hébéïens. Elle les suit à vive allure.
De son côté, Seiya arpente les ruelles dans lesquelles s’installent habituellement les vendeurs du grand marché. Le vent souffle dans les allées vides, les marchands assistent au spectacle ou défilent. Cela n’inquiète guère Seiya qui se faufile discrètement à l’arrière d’une vieille bâtisse où la porte en bois est restée ouverte. Seiya stoppe net sa course avant de rentrer prudemment à l’intérieur. Il chuchote : « Filia ! Filia… ! » Il fait trop sombre pour distinguer quoi que ce soit. Il faut attendre que la porte se referme avec douceur pour alerter notre héros de l’arrivée de son amie armée d’une bougie à la main. _ « Filia ! Tu m’as fait peur ! _ Je ne pensais pas que tu aurais répondu à ma lettre, tortille ses nattes brunes la fille de marchand. _ J’aurai pu me faire tuer pour ça, s’énerve Seiya ! Une amie à toi est venue me la donner alors que j’étais en plein exercice avec mon mentor ! _ Le principal c’est que tu sois là aujourd’hui, s’avance-t-elle en glissant ses doigts sous le maillot de Seiya pour caresser ses abdominaux. _ Avant que nous ne commencions je veux bien m’assurer que tu tiendras parole et que je pourrai manger à ma faim chaque fois que je le désire. _ Promis, assura-t-elle d’une voix coquine ! _ Tu voulais parler, prendre du temps à mes côtés, alors allons-y, Marin m’a accordé mon après-midi. » La jolie demoiselle vient enlacer Seiya dans ses bras et l’embrasse d’une façon plus suave qu’à l’accoutumé. Seiya pâlit, il sent son c½ur cogner dans sa poitrine. Il ne peut plus se défiler. Jusque maintenant il avait fuit l’échéance, mais avec les années la belle Filia s’est montrée de plus en plus exigeante. Il pourrait la repousser mais son appétit le lui interdit. Cette fille est l’enfant d’un riche vendeur de gibiers frais et de nombreuses épices. Pour les moments passés avec elle, il repart avec un ravitaillement conséquent. Aujourd’hui il comprend que, le temps aidant, les baisers ne suffisent plus. Des paroles, des caresses, des sourires, voilà ce qu’attend Filia. D’abord réticent, Seiya grimace en se contraignant à prendre Filia dans ses bras. Toutefois, il sent une étrange chaleur l’envahir. Ce baiser, si désagréable au départ, devient finalement d’une douceur incroyable. L’étreinte de Filia dégage subitement un réconfort bienfaisant. _ « Est-ce cela qu’on appelle l’amour, songe Seiya ? Non, je ne pense pas. Néanmoins je me rends compte que j’apprécie le contact de cette fille capricieuse… » Le futur Pégase s’en rend compte en serrant davantage contre lui Filia. Suite à cette affection soudaine, Filia relève la tête et sourit chaleureusement à Seiya. Le Japonais remarque pour la première fois que l’autochtone est jolie, agréable à regarder. Pour faire perdurer ce moment, il lui sourit à son tour, sans constater que dans ses yeux pétille l’éclat de la jeunesse…
A l’ouest du Sanctuaire, dans un village proche de Paesco, dans une petite chaumière, une jeune femme crie. L’habitation, reculée par rapport au reste du village, passe inaperçue pour les soldats de Circinus et de Mensa en faction, puisqu’ils surveillent avec attention les positions des Hébéïens. Les hurlements mêlant horreurs et implorations atteignent seulement un homme, un simple soldat d’Hébé qui inspecte les lieux sur demande de Juventas. Longeant les murs, s’interrogeant sur l’origine de tels apitoiements, il cherche désespérément la présence d’un soldat d’Athéna pour lui prêter main forte, en vain. Arrivé contre la maisonnette, il regarde par la petite lucarne qui sert de fenêtre pour évaluer le danger. Il est contraint de faire un bien funèbre constat : l’intérieur est totalement dévasté, trois corps d’enfants gisent sans vie au sol. L’un d’eux brûle même dans le feu qui sert à chauffer la marmite renversée. Dans la massive table en bois, unique meuble de la pièce, est encastré le corps d’un homme qui semble être le chef de famille. Son crâne, complètement éclaté, déverse un flot de sang qui dégouline au sol, en formant une mare. Sur l’unique lit de la maison, est couché un homme à la carrure massive. Le militaire distingue difficilement une jambe douce et innocente maintenue par le coriace meurtrier. La victime, apparemment la mère de famille, semble encore vivante. Il n’en faut pas plus à ce brave guerrier pour choisir de lui porter secours. L’Hébéïen saisit sa dague ovale apposée contre sa cuirasse et défonce l’entrée, faisant sursauter l’agresseur qui se tient aussitôt en position d’attaque après avoir remonté son pantalon. L’Hébéïen est saisit par ce spectacle édifiant, la pauvre femme, unique survivante est étendue nue sur le lit. En voyant ses joues gonflées par les gifles et les larmes et, son entrejambes griffé, ainsi que le sang résultant de la souillure du colosse, le militaire venu de l’île d’Yíaros sent la colère monter en lui. Ses sourcils se froncent lorsqu’il commence à dévisager ce monstre à la chevelure blonde et à la peau bronzée. Sa mauvaise dentition et son nez difforme le rendent davantage monstrueux. _ « J’en déduis à ton armure que tu es un soldat d’Hébé, se met à rigoler Jaki. On va pouvoir passer aux choses sérieuses. » L’Hébéïen comprend trop tard qu’il s’agit d’un piège, Jaki s’élance et le charge à grand coup d’épaule pour le plaquer contre le mur. Le choc mêlant d’un côté la brique et de l’autre cette montagne de muscle, broie les os du pauvre brave qui décède sur le coup. L’impact est si violent que le corps traverse l’habitation, laissant son cadavre désarticulé retomber en pleine ruelle. Jaki ramasse la dague de son adversaire et s’approche lentement de la victime de son viol. La pauvre femme manque de souffle lorsqu’elle découvre le triste sort de ses enfants…
Le vacarme résultant de ce prompt combat alerte les soldats, Athéniens comme Hébéïens, qui se rejoignent devant la misérable demeure. Tous s’interrogent sur la présence du cadavre dans la rue jusqu’à ce que le sol se mette à trembler sous les lourds pas de Jaki qui sort difficilement du petit encadrement de porte de la maison. Il tient en ses bras la mère de famille, la dague du soldat Hébéïen plantée en son c½ur. _ « Pourquoi ? Pourquoi un tel massacre, implore Jaki de sa voix épaisse à destination des Hébéïens ? » Les Athéniens, fous de rages, se tournent instantanément vers les Hébéïens, dubitatifs. Un premier crie : « C’est une mascarade ! » ; un autre rétorque : « C’est un coup monté ! » ; auxquels quelques insultes répondent : « Assassins ! » ; « Meurtriers » ; « Vous allez payer ! ». Une bousculade s’ensuit, quelques lances athéniennes sont brandies face à des glaives hébéïens. Une voix grave et censée rappelle les hommes à la raison, faisant même s’accroupir les Athéniens. Il s’agit du sergent Mensa Saint de bronze de la Table. _ « Allons soldats ! Il s’agit ici du fait d’un seul homme… Attendons d’interroger ce brave garçon pour savoir ce qui s’est réellement passé, pointe-t-il du doigt Jaki… »
Plus loin, quelques soldats quittent discrètement un logis qui prend soudainement feu avec, parmi eux, Ennetsu Saint. Les soldats portent tous sur leurs peaux le symbole des hommes de Gigas, un reptile enroulé autour d’une tête de mort, nouvel emblème arboré depuis quelques années par Arlès, le second du Grand Pope. L’incendie ameute d’autres soldats des deux camps qui découvrent sur les lieux des cadavres d’Hébéïens et d’autres mercenaires enrôlés par Gigas, blessés, prétextant avoir tout fait pour protéger les villageois.
Mensa rallie ce nouveau point d’incident. Il est désemparé, il n’arrive plus à retenir ses hommes, quelques coups de poings fusent déjà entre les deux camps.
A moins de trois kilomètres, un autre sergent, Circinus, est face à un dilemme. Un groupe de dix soldats du Sanctuaire a été massacré et seulement trois soldats originaires d’Yíaros gisent avec eux dans les plaines reculées qui relient les villages de l’ouest à la ville d’Honkios au centre du Sanctuaire. Le sergent Circinus Saint de bronze du Compas croit aussitôt en une attaque ennemie et ne distingue pas la présence de Geist, cachée dans l’ombre, se jouant de lui. Circinus et ses hommes s’interrogent longuement jusqu’à ce que des flammes rongent une nouvelle maison, cette fois-ci dans le village de Paesco où vit Apodis. S’en est trop, Circinus ordonne à ses troupes : « Soldats, gardez les rangs, nous sommes attaqués ! Allons porter secours au village de Paesco ! »
A Paesco les coups de poings ne suffisent plus, quelques corps sont transpercés par les lames athéniennes contre lesquelles ripostent les épées hébéïennes. Pour la première fois de sa vie, Mensa ne sait que faire, il peine à croire que ce sont les hommes d’Hébé qui assaillent le Sanctuaire. Pourtant la cohue s’élargie, une bataille commence. Il est rejoint par Circinus. _ « Mensa ! Nous sommes attaquées ! » _ En es-tu sûr ? _ Certain ! Des soldats ont été attaqués plus haut dans les plaines. » Mensa grimace. A contre c½ur il ordonne à ses hommes qui pour l’instant échangent grossièrement des coups : « Reformez les rangs ! » Et Circinus de renchérir : « Et écrasez les traîtres ! Repoussez les soldats d’Hébé hors de nos murs ! »
A l’est, non loin des villages, dans une vaste forêt du domaine sacré, un homme vêtu d’une tunique grenat couverte de l’armure blanche et crème des Alcides, profite de l’ombre et du vent frais de ce mois de mars 1985. Le sol est imprégné de chacun de ses pas tant ses larges cuisses sont couvertes par sa massive Cloth arrondie à hauteur des genoux. On retrouve cette épaisse protection au niveau de ses avant-bras, remontant jusque ses larges épaulettes armées de deux pointes acérées. Bien qu’il tienne dans ses mains son casque orné d’une crinière métallique sur son dessus, sa tête reste protégée grâce à l’épais col de sa Cloth qui cache quelque peu son visage jusqu’à hauteur de ses oreilles. Du col à sa taille particulièrement fine par rapport au reste de son corps, cet Alcide est protégé par une unique pièce formant un plastron à l’allure impénétrable. Ses cheveux bleus marines coiffés en arrière dégagent ses grands yeux noirs, plein de sympathies, habillés par d’épais sourcils. Comme son compère Iphiclès, cet Alcide porte un collier de barbe, cependant moins bien taillé que celui du premier. Sûrement est-ce l’âge qui donne à son poil semblable à du crin cet aspect dur. L’Alcide observe les animaux se promener, chasser, boire ou jouer sans même se faire remarquer. Il s’agenouille devant un cours d’eau et en prélève dans la paume de sa large main droite afin de s’en délecter. Face à lui, à l’autre rive, un cerf l’observe. Ils restent de longues minutes l’un face à l’autre à s’étudier. Soudain, un craquement de branche venant de derrière l’Alcide fait fuir l’animal. L’un des douze plus puissants soldats de l’île d’Yíaros, se relève sans se presser. De ses minces narines, il flaire la présence d’un homme et sans se retourner lui adresse la parole : « Allons messager, soit plus discret lorsque tu cherches à approcher quelqu’un, car moi, Teucer Alcide du Sanglier d’Erymanthe fait de la discrétion un atout indispensable… » Il se retourne vers son subordonné et lui indique un point haut, vers les arbres, à leur droite : « … C’est d’ailleurs un des atouts de ce Saint qui est caché là-bas au loin et qui me suit sans même inquiéter les animaux de sa présence. » Démasqué, ledit Saint saute du haut de son arbre pour atterrir à la place qu’occupait jusqu’alors le cerf. Son diadème à la pointe acérée empêche ses longs cheveux couleur cuivre de glisser devant ses yeux tandis que son armure violacée est irradiée par les quelques rayons de soleil qui percent les feuillages. _ « Seigneur Teucer, tente quand même de prendre la parole le messager Hébéïen, je viens vous informer que près des frontières et dans les villages qui les bordent, nos forces ont été attaquées. J’arrive tout droit des villages du sud pour demander à tous les Alcides de retourner auprès d’Hébé. Le Sanctuaire nous accuse de vouloir les attaquer, il s’agit certainement d’une conspiration puisqu’au nord, comme au sud, en passant par l’est et l’ouest, des villageois ont été pillés, tués voire violés avec toujours sur les lieux des crimes certains de nos hommes et… _ Et bientôt toutes nos unités sur les postes frontières seront décimées, l’interrompt Teucer, encerclant ainsi notre déesse qui ne se doute pour le moment de rien et qui se trouve au centre du Sanctuaire. Ingénieux… » Teucer s’adresse au Saint face à lui : « … Oui, c’est ingénieux ! N’est-ce pas chevalier ? » Son opposant ne répond pas. Teucer reprend alors la conversation avec son homme. _ « Les forces d’Athéna vont empêcher quiconque de s’introduire dans le centre du Sanctuaire. Tente tout de même d’alerter en chemin le maximum d’hommes qui n’ont pas encore été attaqués et force le passage. Je te rejoindrai tout à l’heure. _ La divine Hébé est en compagnie d’Iphiclès et de Juventas, les deux plus puissants Alcides du royaume. Comment n’ont-ils pas pu ressentir une perturbation cosmique alors que des combats se déroulent tout autour d’eux ? _ Parce que tout a été orchestré depuis le début. Le Grand Pope dispose de puissants chevaliers maîtrisant entre autre des pouvoirs télépathiques et télékinésiques. Le Colisée où se trouve actuellement Hébé doit être entouré par de multiples ondes produites par ces hommes, bloquant ainsi la liaison vers l’extérieur. J’ai moi-même senti ce pouvoir lorsque je suis sorti de l’enceinte de cet amphithéâtre, tout comme j’ai remarqué que nous étions suivis, observés depuis notre arrivée… Et ce chevalier qui est face à toi s’est lié d’admiration pour moi, il ne me lâche pas d’une semelle depuis mon arrivée. Ah… Ah…, se permet-il une pointe d’humour avant de se reprendre et de froncer le front. Son cosmos est puissant, je peux deviner qu’il s’agit là d’un Saint d’argent. Le combat sera difficile. Je te rejoindrais après. Pars maintenant soldat ! » Le messager à l’armure azure fuit à pleine jambe laissant face à face l’Alcide qui enfile son casque et le Saint.
C’est le mystérieux chevalier qui engage les hostilités. D’un simple mouvement de son bras droit, comme s’il fendait l’air, sortent cinq disques d’argent tournoyant à une vitesse folle, les rendant tranchants et s’abattant sur le doux mais robuste Alcide. Teucer frappe le premier disque sur le dessus afin de le briser puis esquive le second ainsi que le troisième. Le quatrième est fracassé comme le premier alors qu’il arrête le dernier en le bloquant entre la paume de ses deux mains. Il affiche d’abord un sourire de satisfaction avant de se reprendre. Il entend au sifflement de l’air que le second disque qu’il a esquivé revient dans son dos, à hauteur de sa tête. Il a à peine le temps de s’abaisser pour l’éviter que le disque s’entrechoque sur la crête de son casque. Les deux métaux se brisent sur le coup. Teucer, sur le qui-vive, imagine que le troisième boomerang qu’il a esquivé tantôt s’apprête à le charger lui aussi. Il scrute l’horizon pour le chercher du regard. C’est finalement au loin qu’il retrouve l’arme, figée en pleine colonne vertébrale du messager. Le pauvre homme, à demi conscient, gesticule en hurlant de douleur. _ « J’ai déjà entendu parler de toi, se remet en garde Teucer. Dans le passé mon arrière-grand-père qui avait été reconnu également par mon armure comme étant le digne Alcide du Sanglier d’Erymanthe a combattu au côté de l’ancien porteur de ta Cloth lorsque notre armée est venue prêter main forte au Sanctuaire au cours d’une Guerre Sainte. Il me disait toujours que de leurs tournoiements virevoltants, ces disques peuvent fendre n’importe quelle matière faisant du Saint du Cocher l’un des plus grands Saint d’argent ! " Effectivement, Capella du Cocher se reconnaît dans cette description. _ « Quelle classe, rigole-t-il longuement, je n’ai même plus besoin de présenter ni mon rang ni ma constellation protectrice ! Peut-être vais-je te donner mon nom pour que tu saches tout de même qui va te donner la mort espèce de traître. Je suis Capella ! _ Traître, s’offusque Teucer ?! Comment oses-tu me parler ainsi ? _ Athéna vous accueille en ses terres et en retour vous chercher à envahir notre domaine. Le Grand Pope a eu raison de nous faire part de ses méfiances quant à votre venue. La Journée Sainte, ce jour de fête, sera entaché de ton sang. _ Serais-tu donc aveugle chevalier ? Ne vois-tu pas que le Pope annexe les territoires des dieux mineurs depuis ces dernières années ? Tout cela parce que ces dieux trouvent les actes de ton Pope indépendants de la volonté d’Athéna ! Il a fait passer ces invasions sur le compte d’une trahison, mais ils n’ont jamais voulu renier la domination du Sanctuaire sur le monde, ils ont toujours été fidèles à Athéna. Hébé est de ces dieux, elle souhaite simplement profiter de cette fête pour aborder avec Athéna ces morts inutiles. _ Le Grand Pope est le représentant divin de la volonté de notre déité. Parler ainsi de lui c’est insulter notre déesse. Maintenant que ton messager est mal en point, personne ne viendra te prêter main forte, tu vas mourir ici. _ Dans ce cas il te faudra plus que de vulgaires disques qui entament à peine la chair. _ Si tu fais allusion à ce disque figé dans le dos de ton acolyte, sache que ce n’était là qu’un avant goût, je n’ai pas l’intention de vous tuer sans vous faire souffrir pour payer l’impudence de vos propos. Si je l’avais voulu, son corps aurait pu être transpercé. D’ailleurs tu sembles oublier que ton armure a déjà été marquée par un simple choc, indique Capella la crête du casque mise en pièces par un seul disque. _ Cela ne sera pas aussi simple que tu le penses Saint d’Argent ! _ Dans ce cas pare donc ça : Saucer Ko Geki ! »
A l’ouest, dans le village de Paesco, la bataille fait rage. De nombreux cadavres athéniens et hébéïens s’écroulent tour à tour sous le poids des armes et des coups chargés de cosmos. Mensa de la Table, désabusé, élimine chaque adversaire qui se dresse devant lui. Contraint de traverser le village de Paesco pour atteindre le village voisin et prêter main forte au capitaine Misty du Lézard qui affronte un Alcide, Mensa fait preuve d’un sens prononcé du corps à corps. Pourtant démuni de son bras droit qu’il perdit lors de la grande bataille contre Arès, il semble à son avantage. Sa route le conduit jusque devant la maison d’Apodis où vivent Sperarus et Mujakis, le fils et la mère du jeune Saint de l’Oiseau de Paradis. Quelque chose l’inquiète. Bien que la bataille se déroule en raison de soi-disant pillages d’Hébéïens chez les habitants du Sanctuaire, jamais il n’a vu de ses propres yeux le moindre Hébéïen pénétrer dans la demeure du peuple athénien. Or, cette maison, celle de son frère d’arme, a sa porte complètement arrachée. Mensa se précipite à l’intérieur pour s’assurer que la santé de la famille d’Apodis soit saine et sauve. Quelle lugubre découverte il fait en entrant. Au sol, est étendu le corps de Mujakis déchiré de toute part et baignant dans son sang. Au dessus du landau de Sperarus, s’agite un homme, vêtu d’une Cloth inhabituelle, aux couleurs pâles teintées de rose et de jaune délavé. De son casque semblable à un large chapeau en forme de méduse, tombent ses gras cheveux blancs, alors que le long de ses bras descendent des tentacules visqueux. Mensa se jette vers lui par surprise et le renvoie d’un violent coup de pied dans le dos contre la cloison de la pièce principale. En approchant l’enfant, il découvre avec effroi les lacérations autour de son cou. Son petit corps est froid. Bleu. Sans vie. Ses jolis yeux remplis habituellement de tendresse sont complètement révulsés. Mensa pleure devant tant de cruauté. Il ne comprend pas que tant de haine peut annihiler des innocents. Il toise alors le meurtrier du regard et constate d’un air furieux : « Ta Cloth n’est pas celle d’un soldat d’Hébé, ni même celle d’un Alcide. Qui es-tu ? » Il avance déterminé vers l’assassin. Dans sa main gauche, brûle une sphère chargée de cosmos. L’homme relève la tête, ses yeux noirs saphirs interpellent tout de suite Mensa : « Front… Frontinus… Tu es Frontinus, le père d’Apodis ! Comment, comment as-tu pu… Mais… Enfin… c’était ta femme et… ton petit-fils… Ta famille ! Comment as-tu pu faire ça ?! »
Au centre du Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, Naïra Saint de bronze de la Colombe, amie de Seiya, venue elle aussi de la fondation Graad, continue de suivre les vingt hommes d’Hébé qui, sous la coupe d’un Alcide, arrivent au pied des marches des douze maisons du zodiaque. Les Hébéïens se posent en ligne comme pour bloquer l’accès tandis que l’Alcide qui les accompagne monte trois marches avant de se tenir debout, inflexible, les bras croisés. Naïra se pose près d’un autel confectionné à l’occasion de la Journée Sainte par les commerçants d’Honkios pour mieux observer l’attitude des invités du Grand Pope. Les quelques villageois qui vivent encore dans une ambiance de fête sans se douter de rien, remarquent que de plus en plus de soldats, hébéïens comme athéniens, accourent de partout. Les femmes qui défilent jusque là dans la rue commencent à s’inquiéter et invitent leurs enfants à rentrer chez eux avec elles. D’autant plus que des bruits courent que partout autour d’Honkios la bataille fait rage entre Athéniens et Hébéïens.
Un habitant se hasarde à approcher les soldats d’Hébé qui cernent les marches des douze palais. _ « Dîtes messieurs, comment se fait-il que vous vous installez là, demande-t-il aimable et souriant ? _ La raison qui nous guide te dépasse. Va maintenant, répond sèchement un soldat ! _ Faut-il vous rappeler que vous êtes sur nos terres et que nous n’avons aucun ordre à recevoir, hausse le ton le villageois offensé ! » L’Hébéïen, prenant sa tâche à c½ur, le bouscule et brandit sa dague dans sa direction. Les dix neuf autres soldats qui l’accompagnent font de même tandis que l’Alcide reste les bras croisés sans même dire un mot. Le courageux villageois n’en n’est pas moins téméraire et fait front avec ses semblables pour manifester leur désaccord sans pour autant prendre le risque de se jeter sur les lames ennemies. Naïra, spectatrice jusqu’ici, se déplace alors à la vitesse du son pour arriver après un magnifique saut périlleux juste derrière l’Alcide et évite ainsi de se frotter aux dociles gardes. Après avoir assisté à cette magnifique cabriole, les villageois se rassurent. En ch½ur, ils crient : « Regardez ! Regardez ! Voici Naïra ! » Naïra choisissant, avant tout la voie de la diplomatie, s’adresse aux siens : « Chers concitoyens, vous comprenez de vous-même qu’un malaise est présent vis-à-vis de ces hommes. Je m’engage à résoudre cela bien que la situation soit tendue. Par conséquent, je vous invite à retourner auprès de vos familles et à vous enfermer chez vous jusqu’à ce que les forces du Sanctuaire reprennent le contrôle. Je profite de votre bon sens pour avertir les habitants des villages alentours qui n’ont pas encore eu vent de la discorde qui règne ici. » Les villageois ne s’offusquant pas après l’intervention du Saint de bronze de la Colombe quittent les lieux de façon enthousiaste tandis que l’Alcide continue de lui tourner le dos.
A l’Ouest, dans le village de Paesco, dans la maison d’Apodis, Frontinus dévisage Mensa avec mépris. _ « Oui… Oui c’est moi qui les ai tués. J’ai pris à c½ur ma mission et j’ai choisi cette demeure pour soulager toute ma ranc½ur envers Apodis et justifier auprès de mon maître la confiance qu’il m’accorde. Ma famille désormais ce sont les Caraib Ghost Saint. Je suis maintenant un Saint et j’obéis aux ordres ! _ Les ordres ! Quels ordres ? Tu fais donc parti des mercenaires qui travaillent en secret pour le Pope. La rumeur est bien fondée. C’est bien vous qui avez manigancés cette guerre contre Hébé ? _ Tu en sais trop désormais, j’en invoque la foudre : Hyaku Man Volt Den Keki ! » Un flot d’éclairs s’abat sur Mensa prit par surprise qui ne peut riposter. Frappé par la foudre, il sent son armure se fissurer en de multiples endroits. L’attaque du Caraib Ghost Saint est trop puissante pour le vieux Saint de la Table. Il tombe à genou, épuisé. Son unique bras tremble tant les forces lui manquent. Cela fait quelques années qu’il n’a plus mené de vrais combats. Depuis son infirmité, il se préparait à prendre une retraite dorée à surveiller les frontières sans imaginer l’ombre d’un danger. Néanmoins, le sourire qui se dessine sur son visage inquiet annonce qu’il s’est résigné, il sait qu’aujourd’hui sera le dernier jour de sa vie. Il commence par se relever péniblement. Frontinus souhaite en finir rapidement avant d’être vu par d’autres hommes d’Athéna ; _ « Tu n’en as peut-être pas eu assez avec le Hyaku Man Volt Den Keki. Peut-être que mon attaque la plus puissante sera à la hauteur de tes espérances : Ghost Saint Kurage Ryu Den Keki Hyaku Man Volt ! » Alors qu’une onde de choc bien plus impressionnante que la première se dirige sur Mensa, ce dernier ferme les yeux et dessine avec sa main gauche un mur contre lesquelles les éclairs se heurtent. A mesure qu’ils se rebondissent contre la paroi cosmique, les éclairs se rassemblent et se concentrent à l’intérieur d’un cube dans lequel ils semblent rester prisonniers. Frontinus est abasourdi. Le Saint de bronze ouvre les yeux : « Cosmic Miror ! » Le cube remplit de cosmos est projeté en direction de Frontinus et éclate en rentrant en contact avec sa chair. Le tonnerre s’abat sur lui à une puissance bien plus grande que celle dégagée par son attaque. _ « C’est comme si je venais de frapper mon reflet, balbutie Frontinus sonné, comme si j’étais face à un… _ Un miroir ! C’est bien ça. Le Cosmic Miror a la capacité de capter l’attaque de mon adversaire afin de la mêler à mon cosmos et de la retourner contre lui. » Frontinus titube en direction de Mensa puis finit par retomber sur ses fesses, il n’a plus la force de continuer le combat. Il comprend que sa défaite est proche. _ « Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace n’est-ce pas ? J’aurai dû me douter que t’éliminer ne serait pas chose aisée. Et maintenant ? » Mensa visiblement marqué lui aussi par le coup qu’il a reçu, s’approche péniblement. _ « Maintenant je vais te faire parler sur la place publique, tu vas avouer tout ce que tu sais et je vais tenter de faire stopper ce début de guerre inutile. Trop de sang a déjà coulé. Pour ce qui est de ta punition il est clair que tu ne mérites pas de vivre et je laisserai le soin à Apodis de te donner la mort qu’il te convient d’avoir après tout le mal que tu as fais à votre famille… » Soudain, le sol tremble, inquiétant trop tard le Saint de la Table. Jaki se joint aux festivités. Epuisé, Mensa n’a pas senti le colosse approcher. Il se retourne difficilement en effectuant un coup de pied retourné mais Jaki le balaie d’un revers de la main. Le pauvre vétéran s’écrase contre une modeste bibliothèque. L’horrible personnage le soulève par ses cheveux gris et s’amuse à le frapper au visage à plusieurs reprises. Amorphe, Mensa, le visage totalement tuméfié, prend conscience de la gravité de la situation. De ses yeux gonflés qu’il ne peut plus ouvrir, coulent des larmes qui se mêlent au sang suintant des plaies de ses pommettes. Il est trop tard, il le sait, la corruption au sein du Sanctuaire était bien mince mais suffisamment organisée pour tromper les honnêtes âmes. Le plus dur à accepter étant qu’il est le seul à avoir les preuves de ce qui se trame ici et qu’il ne peut en témoigner à présent. Il s’en veut de ne pas avoir senti la présence de Jaki alors qu’il tient Frontinus à sa portée… _ « Non, c’est trop dur à accepter. Je dois encore tenir le coup. Une dernière fois ! Il le faut ! » Jaki dirige à nouveau son poing en direction de l’apathique mourant laissant au moment de l’impact jaillir un flot de sang. Frontinus, toujours assis, n’en revient pas. Mensa, plus mort que vif, vient de se défaire de l’emprise de Jaki, prenant même le luxe de le frapper violemment prêt de l’½il gauche, fendant ainsi l’hideux visage de ce grossier blond. Jaki se tient à genou, se pliant de douleur, couvert de sang, victime d’une incroyable hémorragie. Alors qu’il peut lui porter un coup fatal, Mensa s’affaire plutôt à concentrer son cosmos dans la paume de sa main : « Cosmic Miror. » Un minuscule cube cosmique se forme encore, Mensa resserre ses doigts dessus et lève le tout vers le ciel. Une lumière aveuglante illumine les lieux l’espace d’une seconde puis plus rien. Le calme. Le néant. Frontinus est dépassé par les évènements. Mensa se tient droit. Debout. Son c½ur bat faiblement mais son corps reste sans vie. Ses poumons ne semblent plus aspirer d’air. Ses genoux tremblent, ils finissent même par lâcher sous le poids. Mensa de la Table s’écroule au sol, le visage retombant dans la poussière. S’en était finit de lui. Frontinus, penaud, se remet laborieusement debout puis boite jusque Mensa. Il le secoue avec le pied pour s’assurer du décès de son adversaire. Jaki se tient l’½il, la douleur est atroce.
Dehors, la cohue mêlant Athéniens et Hébéïens approche. Si Frontinus est découvert ainsi, la mission qui a été confiée aux Caraib Ghost Saints ainsi qu’aux autres mercenaires sera ruinée. De part une lucarne, un nuage de fumée pénètre dans la demeure, laissant apparaître Geist : « Allons Méduse ! Que fais-tu ? Partons maintenant. » Frontinus pointe Jaki du doigt : « Et ce bougre ? Que va-t-il devenir ? Il m’a sauvé la vie, il a sauvé notre mission. » Elle saisit le Caraib Ghost Saint de la Méduse violemment par le bras et l’entraîne dans son brouillard grisonnant. Alors que leurs corps se dissipent, la voix de Geist résonne à mesure que la brume quitte l’atmosphère : « Il ne fait pas parti des Caraib Ghost Saints, laissons le à son destin… Ah… Ah… Ah… »
Plus loin, près des murailles, Circinus et ses légions repoussent les Hébéïens à l’extérieur du domaine. C’est alors qu’il transperce d’un violent coup de poing la cage thoracique d’un adversaire que Circinus est saisi par une cosmo énergie : « On veut entrer en contact avec moi ! » Il ferme les yeux et se concentre un instant en murmurant : « Je dois ouvrir mon cosmos, je dois le montrer moins hostile, moins hostile… » Son souffle est détendu, ses poings se desserrent. Instantanément, jaillit du ciel le Cosmic Miror de Mensa. Circinus ouvre les yeux et rejoint ses deux mains, paumes ouvertes vers le ciel, pour accueillir le message de son ami. Aussitôt en osmose avec l’aura de Mensa, Circinus réalise : « Mensa ! Il est mourant, il m’envoie son dernier souffle depuis… depuis… non ! C’est impossible ! Depuis la maison d’Apodis ! » Circinus quitte immédiatement ses troupes et retourne au village…
Au centre, dans la ville d’Honkios, enroulés dans une étoffe, les deux amis, couchés dans la paille, ne se doutent pas des évènements qui ont lieux autour d’eux. Les bruits et l’agitation alentours n’ont pas empêché Seiya de trouver le sommeil en gardant contre lui Filia. Celle-ci revient à elle et se lève en essayant de bouger le moins possible le bel apprenti. En écartant l’étoffe, elle arbore sa robe à moitié dégrafée et laisse Seiya le torse à l’air dans cette réserve appartenant à son père. L’atmosphère fraîche du mois de mars dérange Seiya qui rouvre les yeux et observe Filia réajuster ses vêtements et ses cheveux. Elle sort ensuite de derrière un ballot de paille un sac de victuailles. _ « Que fais-tu, l’interroge Seiya ? _ Tu as tenu parole. Je tiens la mienne, voici ta nourriture. » Elle vient déposer le panier auprès de lui. A cet instant, Seiya redresse son torse avec aisance et saisit le bras de sa belle amie. Il la tire contre lui pour la serrer dans ses bras en lui déclarant : « Je n’aime pas manger seul. Tu resteras bien un petit peu avec moi ? » Elle lui répond par un délicat baiser sur le coin des lèvres. Le regard de Seiya en dit beaucoup sur cette incroyable complicité qui le liera à Filia jusqu’à ce qu’il devienne chevalier…
A l’ouest, au village de Paesco, Circinus arrive aux abords du village jonché de cadavres.
L’offensive d’Hébé a été repoussée comme un peu partout à l’est, au nord et au sud du domaine d’après les propos des messagers. En dehors du Sanctuaire, les troupes d’Hébé se réunissent devant le portail cosmique qui leur a permis de venir jusqu’ici afin de protéger le chemin qui les relie à l’île d’Yíaros en attendant des nouvelles de leur déesse prisonnière à l’intérieur du Colisée.
Circinus trottine, sautille, en évitant les cadavres et les estropiés, il calme les villageois qui demandent des nouvelles au sergent qui dévale les chemins de terre. Circinus parvient enfin devant la ruine de ce qui était il y a encore quelques heures la maison d’Apodis dans laquelle il vivait heureux avec sa mère et son fils. En passant non pas par l’entrée mais par une brèche faite dans la façade de l’habitation, il protège son nez et sa bouche en découvrant l’horrible chaos. Ses pieds baignent dans le sang. Le berceau renversé de Sperarus a fait chuté le cadavre du jeune enfant dans cette marre rouge, non loin du corps déchiqueté de Mujakis dont les cheveux flottent dans le liquide écarlate. La maison est totalement retournée. Les meubles fracassés. Circinus distingue au fond de la pièce principale Mensa, la Cloth en miettes _ « Mensa ! Mensa ! Dis-moi quelque chose, je t’en prie, se précipite Circinus vers lui ! » Circinus le secoue en vain. Au bout de quelques secondes, il se résout à ne pas s’acharner. En relevant la tête, il constate alors que de longues traces de sang laissées par de grands pas ont fuis la maison. Circinus se lance à leur poursuite…
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« le: 1er Mai 2010 à 12h44 »
Chapitre 6
Des bruits de métaux s’entrechoquent dans la maison du Capricorne. Ils retentissent si fort que les cors du Sanctuaire qui annoncent ce 4 mars 1985 l’ouverture de la Journée Sainte ne parviennent pas jusqu’aux oreilles du propriétaire du palais. Dans sa chambrée, Shura, avachi sur son lit, passe sa main dans sa chevelure brune en observant la lutte de deux jeunes femmes aux cheveux noirs et longs, totalement dénudées, portant chacune un glaive et un bouclier. _ « Allez les filles ! Un peu plus de conviction, les encourage-t-il ! » Les deux femmes manient avec difficultés les armes et craignent de se blesser. Leurs mouvements sont lents et désordonnés. _ « Mais enfin ! Battez vous vraiment ! N’oubliez pas que vous êtes dans la demeure du Saint le plus fidèle d’Athéna. Vous faîtes honte à l’honneur que je vous aie fait en vous laissant franchir le seuil de ma demeure ! » Les deux vénustés repartent de plus belles en balançant de gauche à droite puis de droite à gauche les armes. Soudain, la porte en bois de la chambre du Saint d’or couine de façon déplaisante. Un homme vêtu d’une toge longue et ocre approche des trois amants. Shura ne s’en inquiète pas, percevant sa présence, s’en agaçant même. D’un ton ennuyé : « Oui Dabih !? » L’homme âgé d’une soixantaine d’années et d’origine marocaine s’accroupit avec difficulté : « Il est l’heure mon maître. Le Pope vous a fait appeler à son palais. » Shura soupire, il regarde de ses petits yeux sombres les deux femmes. _ « Bien ! Dabih ! Fais rhabiller ces dames et raccompagne-les à leur village, se navre-t-il. Je reprendrai plus tard mes occupations avec elles. N’oublie pas de me rapporter du linge propre, je dois d’abord laver mon corps avant de me présenter à notre Seigneur, se lève-t-il seulement vêtu de son pantalon. »
Plus à l’ouest, au village de Paesco, les portes des chaumes s’ouvrent tour à tour. Les hommes quittent déjà la maison pour atteler leurs chars ou installer les dernières décorations sur les temples qui longent la route que va emprunter Hébé. Les mères secouent leurs enfants qui peinent à se lever après cette courte nuit. Elles s’affairent à les habiller du mieux qu’elles peuvent et à coiffer leurs cheveux ébouriffés.
Apodis rejoint les sergents Circinus et Mensa qui ont ordonnés à leurs hommes de se positionner aux murailles et dans les villages. Ensemble ils regardent les villageois qui arrosent à coup de grands sauts d’eau les statues des héros et des chevaux mythologiques pour les nettoyer une dernière fois et les rendre plus vivantes. D’autres positionnent des cageots de colombes tout au long du chemin. Ce même chemin qu’empruntent le fidèle caporal d’Apodis, Pullo, et ses hommes qui viennent d’enfiler leurs heaumes et marchent au pas. _ « Dis-moi, tes hommes ont fier allure aujourd’hui Apodis, charrie Mensa. _ Comme chaque jour Mensa, le bouscule amicalement Apodis ! C’est parce que tu deviens sénile que tu ne t’en aperçois pas. » Circinus rit à gorge déployée. Mensa, quelque peu vexé, enroule autour de lui la belle cape rouge qui leur a été demandé à tous, capitaine, lieutenants et sergents, de porter en ce jour particulier. _ « Toujours est-il, qu’être deux pour veiller sur les frontières aujourd’hui est excessif, remarque Apodis. Qui oserait attaquer le Sanctuaire alors que le Pope écrase chaque dieu mineur qui ose montrer un signe de révolte envers l’autorité d’Athéna ? D’autant plus que Hébé viendra accompagnée de ses hommes. _ Je trouve cela bien étrange moi aussi. Surtout que nous sommes en sureffectif à certains postes désormais. Voici quelques semaines que de nombreux soldats reviennent de leurs positions depuis les peuples conquis. Sur ordre du Pope ils viennent renforcer les rangs de notre Sanctuaire alors qu’aucune menace n’a été faite pour le moment, rajoute Mensa. _ Peut-être est-ce justement parce que la déesse Hébé vient avec une grosse partie de son armée que le Pope renforce nos positions, souligne Circinus ? _ Mais enfin c’est idiot. Depuis toujours Hébé et son peuple sont dévoués à Athéna. Ils vivent sur une petite île reculée de la Grèce, inaccessible comme le Sanctuaire pour les personnes n’ayant pas la maîtrise du cosmos, et ont même, en des temps reculés, prêté main forte à notre déesse de la Sagesse, rétorque Apodis. _ Il faut croire que les rumeurs qui ont conduit les autres dieux à se manifester soient arrivées aux oreilles d’Hébé, suggère Circinus. _ Il est vrai qu’à chaque lutte la rumeur amplifie. Le Pope influencerait Athéna, rajoute Mensa, du moins, son frère Arlès aurait de plus en plus d’influence dans les décisions de… _ Silence les amis, l’interrompt Apodis ! Comment pouvez-vous prononcer de telles paroles en étant des Saints d’ Athéna ? Personne ne peut influencer notre déesse, et même, si je n’approuve pas toutes les décisions de notre Pope, il n’en reste pas moins le représentant direct de sa majesté. Sa cause est celle d’Athéna et elle est juste. Je ne tolérerai plus ce genre de propos de votre part ! » Mensa et Circinus préférèrent ne pas poursuivre cette discussion qui pourrait leur valoir un jugement pour haute trahison envers le Grand Pope. En effet, Saga, depuis ces dernières années, a instauré des lois strictes et formelles. Le moindre désaccord envers sa politique équivaut à une insubordination désormais. Le seul verdict dans ce cas est la mise à mort…
Justement, dans la chambre du Grand Pope, assis sur son siège orné d’or, décoré par des tiges en forme de vipères, Saga, dans son costume de Pope, scrute l’horizon depuis le balcon. Gigas, à genou, déroule une feuille de papyrus dans laquelle sont inscrits les noms de chaque participant à cette Journée Sainte ainsi que leur fonction. Cela va du simple esclave chargé de porter la litière de son maître jusqu’aux Saints d’or qui seront de la partie. Saga, après avoir passé des jours à élaborer une stratégie en cas d’insistance d’Hébé pour rencontrer Athéna, fait part de son plan à Gigas. Certains Saints sont encore soupçonneux à propos des agissements du Sanctuaire dans le monde. Si un quelconque incident causé de toute vraisemblance par Hébé et ses hommes venait à se produire aujourd’hui, cela permettrait de rallier la quasi-totalité de l’armée à la cause du domaine sacré qui comprendrait mieux les décisions du Sanctuaire. Saga sait qu’Hébé émet des doutes au sujet de la gestion du Sanctuaire et qu’elle ne viendra pas sans une escorte importante. Gigas finit de donner le nom de tous les participants. Le Pope l’interrompt : « Allons, cesse de m’importuner avec le nom de ceux qui sont déjà sous mon étendard ! Parle-moi plutôt de ceux qui ne le sont pas et qu’il convient de persuader. » Gigas sort alors un autre rouleau de papyrus où seul le nom des Saints circonspects sont notés, parmi lesquels Apodis et Babel Saint d’argent du Centaure sont cités. Après en avoir nommé une douzaine, Gigas continue : « … j’ai donc, selon vos instructions, appelé quelques soldats de confiance et autres mercenaires pour cette occasion. Tout sera mis en ½uvre pour faire croire à une tentative d’invasion. Bien entendu les Saints qui hésitent encore à vous suivre jusque là seront les premiers touchés par cette action. Certains ont des familles, des amis et des apprentis. D’autres sont sergents d’une troupe. Imaginons que même la famille des soldats soit victime de la cruauté d’Hébé, cela serait scandaleux ! _ Parfait Gigas, c’est en cultivant la haine qu’on s’en fait une alliée ! »
Le représentant d’Athéna prend appui sur son siège pour s’en relever. Il marche en direction de l’intérieur de son temple en croisant Gigas qui baisse immédiatement la tête : « As-tu quelques noms de mercenaires qui mèneront cette action à me donner ? _ Depuis qu’on a fait forger à Saül, notre meilleur forgeron, une Cloth pour Geist et ses trois hommes, ceux qu’on a choisi de nommer les Caraib Ghost Saints ne nous ont jamais déçus. Leur goût prononcé pour les océans a fait d’eux un atout majeur pour notre prise de pouvoir sur les îles et autres domaines maritimes comme le Port du Destin en Crète. Je pense également à un apprenti chevalier du nom de Jaki. Il n’accèdera jamais au rang de Saint mais sa force physique est si grande qu’il est capable de rivaliser avec les plus puissants Saints de notre armée. Il y a aussi mon jeune protégé, l’Ennetsu Saint, que vous avez vous-même congratulé en lui faisant faire forger une armure également. Voilà pour ceux qui nous ont déjà rendu le plus de services. J’envisage de donner leur chance à d’autres combattants souhaitant devenir mercenaires dans nos rangs et de leur confier des cohortes de soldats sur lesquels nous pouvons compter. Vous savez, le genre de soldat qu’on a récupéré dans les prisons de nos ennemis, ainsi que quelques sous-fifres de l’Ile de la Mort. Depuis que vous y avez exilé le peuple des Titans, le nombre d’Ankoku Saints n’a cessé d’augmenter en nombre et en force. Guilty, que vous avez soumis, contribuera volontiers à nous fournir quelques renforts. » Avant de se rendre dans une autre pièce, Saga conclut : « Je suis ravi de pouvoir compter sur toi Gigas. Cependant il ne faudrait pas que l’on sache que trop de mercenaires sont à notre service. Nous avons augmenté les rangs de cette caste non reconnue par Athéna. Trop de monde commence à se poser des questions. Des hommes reconnus comme Docrates ne posent aucun problème, faudrait-il encore qu’il puisse réaliser ce genre de mission. Son sens de la justice est trop fort pour qu’on le mette au fait de nos actes. Tuer des innocents sans réfléchir n’est pas dans ses habitudes. Des gens violents comme ton apprenti ou bien comme les Caraib Ghost Saints sont parfaits. Avec eux, le seul danger est qu’on sache qu’ils travaillent pour nous. Il serait donc plus prudent de faire exécuter la plupart d’entre eux après leur mission. Pour les plus utiles, fais-les simplement exiler ou emprisonner sur mon ordre, peut-être pourront-ils nous rendre d’autres services plus tard. » Gigas disparaît dans la pénombre pour relayer les ordres, laissant Saga seul.
Le Saint d’or des Gémeaux marche lentement sur les dalles de sa demeure. Ses cheveux, habituellement gris, virent à leur couleur naturelle. Il ôte son masque et observe sa mine dans le miroir. Il observe son reflet, songeur : « Ah Ambroisie… Ma douce amie, se peut-il que la rumeur soit fondée ? Se peut-il que tu sois la réincarnation divine d’Hébé. Dans ce cas, ma tentative de meurtre sur Athéna ne serait pas ma seule offense commise à l’encontre de l’Olympe… »
A l’est du domaine, un homme aux petits yeux marrons et à la chevelure brune en forme de flammèches serre contre son torse une femme étendue à ses côtés sous une longue étoffe qui couvre la couche. La femme aux cheveux mi-longs, couleur or, tout comme ses yeux coiffés de très fins sourcils, affiche beaucoup de maturité sur son visage. Agéna, de sa bouche pulpeuse, rappelle à Babel à quel point elle l’aime. _ « Si tu m’aimes tant, quitte-le s’il te plait… » Agéna ne répond rien… Babel se lève alors sans dire un mot. Il fait couler l’eau de plusieurs jarres dans le bassin de sa demeure. _ « Je dois me dépêcher de m’approcher du centre du Sanctuaire. Je suis de garde à Honkios aujourd’hui pour la Journée Sainte. J’y verrais d’ailleurs ton mari que tu refuses de quitter. _ Pourquoi faut-il que tu me le reproches à chaque fois que nous nous voyons, le rejoint-elle ? _ Parce que chaque fois tu me dis que tu ne l’aimes plus, s’explique t’il tout en frottant son corps dans l’eau froide pour le laver. Parce que chaque fois tu prétends vouloir faire ta vie à mes côtés. Qu’attends-tu à la longue ? _ J’aimerai que le Grand Pope approuve ma décision. Je suis mariée au Saint d’argent de la Meute et pour me désunir de lui seul le Pope peut se prononcer. _ Qu’il aille au diable celui là ! Depuis des années il privilégie ses guerres et sa conquête du monde aux soucis de son peuple. Il va à l’encontre même de la volonté d’Athéna ! _ Tu es si différent d’Astérion. Lui ne voit que par le Pope et il a raison ! _ Alors pourquoi aimer un homme tel que moi, qui dénigre les actes de celui à qui nous devons allégeance ? " _ Parce que toi tu sais m’écouter, me soutenir et m’encourager. Tu ne doutes pas de moi et je peux me reposer sur ton épaule lorsque tout va mal. »
Babel sort du bassin et utilise un épais tissu pour s’essuyer. Il enfile un pantalon et un haut fuchsia puis se dirige vers sa Pandora Box sur laquelle est déposée une petite boite en bois. Il ôte une chaîne qu’il porte autour du cou et ouvre la boite en question pour en sortir un anneau doré. Devinant l’intention de Babel, Agéna pose sa main contre sa poitrine. _ « Alors si tu ne peux la porter à ton doigt, porte en attendant cette bague autour de ton cou afin que tu saches, lorsque tu es obligée de rentrer chez toi, que moi, Babel Saint d’argent du Centaure, je veille sur toi. » Avant que Babel ne lui dépose le collier et la bague autour de son cou, elle retire immédiatement son alliance qu’elle laisse tomber lourdement au sol. Une fois les extrémités de la chaîne reliées, Babel revêt son armure. _ « Agéna, s’agenouille-t-il le casque tenu dans ses bras, ma douce, sache que plus que quiconque tu comptes pour moi. Par cet anneau je te demande de devenir mienne dès aujourd’hui. Je profiterai de la présence de la déesse Hébé, Déesse de la Jeunesse, pour demander au Pope de te rendre ta liberté de femme pour me l’offrir. » En larme, Agéna s’accroupit aux côtés de Babel et lui pose un délicat baiser sur les lèvres. Après lui avoir rappelé à quel point il l’aime, il ramasse discrètement l’alliance qui la rattache encore à Astérion puis quitte sa maison pour le village d’Honkios. Il a maintenant hâte que la journée soit terminée afin de revenir et de ne plus l’abandonner aux bras d’un autre.
En sortant de chez lui, Babel ne remarque pas la présence de quelques individus cachés derrière un rocher. Ceux-ci observent avec insistance la demeure, ils attendent celle qui ne va pas tarder à en sortir à son tour…
A l’opposé du Sanctuaire, près des murailles qui relient le sud et l’ouest, des centaines de soldats Athéniens se tiennent en rang, ils sentent le sol trembler sous leurs pieds. De dehors, les roulements de tambours annoncent la marche triomphale hébéïenne à laquelle répondent les cors du Sanctuaire.
_ « C’est l’heure, trépigne Apodis ! » Lui qui se tient devant ses hommes voit la grande porte s’ouvrir. Une grosse majorité de la population du Sanctuaire s’est déplacée jusqu’ici. Certains sont à genoux et prient, d’autres scandent le nom d’Athéna et d’Hébé, il y en a qui jouent de la musique et lancent des pétales de fleurs haut dans le ciel, les colombes sont lâchées et les lampions des jeunes enfants s’allument, d’autres applaudissent…
C’est depuis un plateau à la sortie des montagnes qui délimitent les frontières du Sanctuaire, véritables barrières infranchissables pour un simple humain, qu’une passerelle cosmique crée par Hébé relie son siège de Yìaros aux portes du Sanctuaire.
En tête, des chevaux blancs tirent des chars sur lesquels se trouvent de grandes cages renfermant des tigres et autres félins. Sur les flancs de ceux-ci se tiennent de chaque côté dix hommes armés de dagues ovales et protégés par un plastron, des jambières, des avant-bras et d’un casque. La couleur azure de leurs armures s’accorde parfaitement à leurs tuniques bleu marine.
Les villageois postés aux frontières dénombrent ainsi huit chars magnifiquement décorés et habités. Derrière eux, une vingtaine d’hommes aux crânes rasés ne portant qu’un léger voile bleu autour de la taille soutiennent une grande litière nappée de draps bleutés. De dehors, on peut entendre quelques rires fripons s’échapper de cette chambre mobile. Sur les flancs de l’immense litière, des soldats jouent de la trompette et du tambour. Cette fanfare est sublimée par les nombreux confettis lâchés par les jeunes servantes d’Hébé vêtues également très légèrement. Pour entourer ce large groupe de valets et de musiciens, ainsi que pour assurer la défense de sa majesté Hébé, dix guerriers s’y tiennent postés. Par leurs tenues et leurs armures, on devine qu’ils tiennent une place importante dans la hiérarchie militaire de la déité. Enfin, après le cortège, une centaine de soldats marche au pas.
Aphrodite a été choisi par le Grand Pope pour être celui qui accueillera la Déesse de la Jeunesse. Saga désire que ce soit l’homme le plus beau qu’il ait à sa disposition qui soit en mesure de se présenter comme le guide de son hôte. A ses côtés, Misty et Arachné, les lieutenants respectifs des zones ouest et sud, tentent d’évaluer les effectifs d’Hébé. _ « Dix hommes de chaque côté d’un char d’animaux. Soit vingt hommes par char, dénombre le Français. _ Nous avons huit chars soit cent soixante hommes, calcule Arachné. _ Vingt esclaves pour soutenir la litière, un orchestre composé de quarante soldats entouré d’une trentaine de jolies domestiques. _ Nous en sommes à deux-cent combattants si j’exclue les esclaves. _ Plus les dix chevaliers qui entourent l’attroupement ainsi que la centaine de gardes derrière… _ Sans oublier qu’Hébé ne doit pas être seule dans son palanquin, complète Aphrodite d’un ton très sérieux. On peut donc estimer au moins un total de trois cent dix guerriers en nos murs, sans compter les serviteurs ainsi que les garnisons qui sont restées postées devant la passerelle cosmique créée par Hébé. » Aphrodite se racle la gorge et affiche un sourire mesquin attendant que la cohorte d’Hébé soit bien rentrée dans le Sanctuaire. C’est alors qu’il lève la main vers le ciel pour que les gardes d’Athéna referment, derrière toute la troupe d’Hébé, les lourdes portes de cette forteresse imprenable.
Le Saint des Poissons se tient droit et attend qu’un général des légions lui faisant face agisse de même. C’est de la litière de la déesse que sort un imposant chevalier, le casque sous le bras. Son armure blanche et crème, comme celle des dix autres postés autour de lui, épouse ses formes athlétiques. Comme les dix autres, il porte une tunique grenat en dessous de son armure. De ses épaulettes carrées sortent ses bras puissamment taillés. Son buste est totalement recouvert de cet acier blanc surchargé à hauteur des pectoraux et des abdominaux d’une couche de protection supplémentaire aux reflets beige. Sa taille et le haut de ses cuisses sont couverts par une ceinture métallique du même style que celle de la première version de l’armure de Pégase. Enfin, toujours dans un style très carré, les jambières blanches, ornées de lignes crème au niveau des tibias, ressemblent traits pour traits aux protections des jambes de la première version de l’armure du Dragon. Par la ressemblance dans le design des armures des chevaliers d’Hébé à celle des Saints d’Athéna, on comprend immédiatement que les deux camps sont étroitement liés.
Bien que ce soldat qui écarte du bras le voile bleuâtre de la litière d’Hébé porte la même armure que les dix autres, il se dégage tout de même de lui un incroyable charisme. Ses yeux vert pomme cherchent le regard envoûtant d’Aphrodite tandis que ses cheveux de même couleur coiffés d’un bandeau rouge sont balayés par le vent. Un fin collier de poils durs rejoint sa petite barbe pointant sur son menton et remontant légèrement jusqu’à sa lèvre inférieur donnant à ce jeune homme de vingt et un ans une empreinte plus mature.
_ « Alors on ne m’a pas menti, fixe Arachné Misty. Tout comme Athéna peut compter sur ses douze Saints d’or, Hébé peut compter sur ses douze Alcides dont le cosmos peut égaler celui des Saint d’argent et même rivaliser avec celui des Saints d’or. _ Je n’en vois que onze pour l’instant ! Huit hommes et trois femmes, relève Arachné. _ Le douzième Alcide doit se trouver auprès d’Hébé. _ Tout comme chez nous, les femmes chevaliers d’Hébé portent un masque. _ Hébé prête allégeance à notre déesse depuis la nuit des temps car elle a toujours approuvé ses actes pour le bien du monde. Le Sanctuaire d’Hébé se situe sur Yíaros, une île de la Mer Egée, et se nomme Parthénos. Ainsi, Hébé fait respecter les lois du Sanctuaire sur ses terres et a appliqué le décret autorisant les femmes à devenir des soldats à condition de renier leur féminité sous un masque. Quoi qu’il en soit, il est surprenant qu’Hébé se déplace en compagnie de ses douze plus puissants soldats dans un lieu qui se veut pacifique à son égard. »
Une fois l’Alcide sorti de la chambre mobile, tous les soldats d’Hébé, hormis les porteurs de la litière, se prosternent. Aphrodite pivote sa tête en arrière à destination de Misty qui comprend alors la marche à suivre. Le Saint d’argent du Lézard retire son diadème et, d’un coup de coude peu discret, incite Arachné à l’imiter, se courbant tous deux. Les sergents comme Apodis enlèvent instantanément leur heaume et crient d’une même voix : « Soldats et hommes du peuple ! Révérence ! » Alors tous les gardes accompagnant Apodis et les autres Saints ainsi que tous les villageois se prosternent.
Seul Aphrodite reste debout ; il ôte son casque et avance au beau milieu de la liesse pour arriver à hauteur du charismatique Alcide. La légère brise soulève la cape du Saint d’or qui marche avec beaucoup d’élégance sans jamais baisser les yeux devant le jeune guerrier à la barbe fine et bien taillée. _ « Je suis Aphrodite des Poissons, lui tend-il la main. J’ai en charge de vous conduire jusqu’au centre de notre domaine sacré où vous attend notre maître le Grand Pope. _ Je suis Iphiclès Alcide du Lion de Némée, la lui serre-t-il fermement sans lâcher un sourire. Conseiller personnel de sa majesté Hébé. _ Iphiclès, laisse-moi te dire à quel point je suis ravi de te rencontrer. Ta réputation de puissant combattant n’a d’égal que ton charme. » Iphiclès reste de marbre. Aphrodite ressent cette méfiance et passe à autre chose : « Puisses-tu transmettre à ta déesse à quel point nous sommes honorés de la recevoir pour notre Journée Sainte. Le Sanctuaire est en ébullition depuis l’annonce de sa visite et il serait dommage de vous retenir près de nos remparts au sol poussiéreux et lugubre plus longtemps… » Il lance soudainement une rose blanche haut dans le ciel. Un souffle de vent vient alors arracher les pétales qui filent en direction du chemin que doivent suivre les cohortes.
Les esclaves captent alors le signal. Dans tous les villages relayant la traversée, ils allument l’huile de leurs torches. Dans l’idée d’offrir davantage de fantaisies, les torches sont déposées de chaque côté de la route afin de délimiter l’accès par les flammes.
_ « … je vous laisse donc nous suivre dans un cadre plus accueillant, au c½ur des festivités, termine Aphrodite. »
Les villageois prouvent leur bonne tenue et leur respect des coutumes en ne franchissant pas le parterre de flamme tandis que Jamian Saint d’argent du Corbeau prend la tête du convoi en compagnie de quelques sergents dont Apodis. Suivent ensuite les effectifs d’Hébé tandis que Misty reste veiller sur son territoire de l’ouest et Arachné s’en retourne au sud.
Avant qu’Iphiclès ne retourne auprès de sa déesse, Aphrodite lui tend une rose rouge : « Dans chaque village que nous allons traverser, Hébé sera couverte d’offrande. J’aimerai donc être le premier à lui prouver ma considération en lui délivrant cette rose. Je te serai gré, Iphiclès, que tu lui transmettes en mon nom. » Une belle voix venue de derrière les voiles bleus du grand brancard répond : « Merci Saint d’or des Poissons. J’admire ton sens de l’hospitalité et j’espère trouver le même auprès de ta déesse. » Charmé par cette voix mélodieuse, Aphrodite commence à ouvrir la bouche pour répondre à Hébé avant qu’Iphiclès ne l’en empêche : « Te voilà couvert d’un grand privilège. Sa Majesté Hébé a eu l’obligeance de t’adresser la parole. Cependant tu comprendras que pour sa sécurité nous veillerons à ce que plusieurs groupes de soldats s’étalent quelque peu dans les villages que nous traverserons ainsi que sur plusieurs postes frontières. Maintenant il nous tarde de rejoindre les festivités donc nous nous hâtons de suivre tes hommes. »
Sans tourner le dos à Aphrodite, Iphiclès retourne auprès de son Eminence en prenant le soin de ne pas ouvrir trop grand les rideaux qui camoufle l’identité de celle-ci.
Aphrodite observe la foule s’éloigner ainsi que les petits groupes de soldats d’Hébé se dispersant dans tout le Sanctuaire ; attendant que tous ne soient plus que des points à l’horizon pour appeler un homme dissimulé sous une épaisse toge grise : « Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, j’ai un message à faire parvenir à notre majesté. » L’homme caché derrière un masque bondit depuis l’ombre des tours sentinelles rattachées aux murailles : « Je vous écoute seigneur Aphrodite… »
A Honkios, dans le grand Colisée, restauré de façon précaire, la liesse ovationne le Grand Pope arrivé sous sa tonnelle rouge qui a été montée pour l’occasion en haut des gradins. Le Colisée qui peut aujourd’hui recevoir trois mille personnes contre mille habituellement s’avère déjà comble. Saga lève les bras en direction de la foule pour la remercier de toutes ses acclamations puis se pose délicatement dans un trône en or et orné de diamants, similaire à celui que va tenir Hébé à ses côtés. Des esclaves agitent de grandes feuilles de palmiers pour rafraîchir leur seigneur.
Dehors, les dernières flammes du chemin s’arrêtent aux pieds de Babel et des hommes qui l’accompagnent. Les villageois qui n’ont pas eu la chance de pouvoir pénétrer dans l’amphithéâtre sont regroupés autour de nombreux stands de jeu tenus par les commerçants du Sanctuaire qui vivent en cette manifestation un impact financier non négligeable. Les enfants vêtus de belles robes pour cette occasion se courent après, tandis que les parents sont sous des kiosques construits exceptionnellement pour la Journée Sainte afin d’y déguster quelques cochons farcis à la broche accompagnés de vin offert par les notables du Sanctuaire.
Les sons produits par l’orchestre d’Hébé montent crescendo aux oreilles des badauds portés par les acclamations lointaines. Babel demande à ses hommes de se mettre en rang en attendant l’arrivée des autres Saints et de leurs suites. Astérion arrive à la rencontre de Babel et lui lance d’un ton méprisant : « Tu ne trouves pas ça étrange ? _ Quoi donc ? _ Qu’un homme qui dénigre les agissements du Grand Pope soit là entrain de faire bonne figure ! _ Où veux-tu en venir Astérion ? _ Je m’étonne juste que tu continues de servir un homme en qui tu ne crois pas Babel. _ Tu te trompes. Je suis sous les ordres directs de Misty notre ami et capitaine. J’ai toute confiance en lui et si lui a toute confiance en le Pope, alors qu’importent mes doutes, je le suis sans rechigner. Je remarque par contre que toi, Astérion Saint d’argent de la Meute, ce n’est pas par respect envers Misty que tu obéis aux demandes du Pope. Tu assassines des familles entières tout simplement parce qu’elles appartiennent à des citées qui sont en guerre contre nous. Il y a tant de morts qui peuvent être évitées. _ Voilà donc pourquoi tu ne pars jamais en mission en terre étrangère ! » Babel profite de l’occasion pour tendre le poing vers Astérion et desserrer ses doigts pour laisser apparaître l’alliance d’Agéna : « Pas seulement. J’aime une femme également et vivre loin d’elle m’est impossible, tout comme la partager avec un autre à son insu, un frère d’arme qui plus est. » Astérion devient bien pâle… Babel s’en étonne : « Tu as l’air surpris. Tu es pourtant réputé pour savoir lire dans le c½ur et l’esprit de ceux dont tu surpasses le cosmos. Je pensais que tu avais déjà lu la vérité auprès de ta femme. » Astérion ne dit plus un mot. Il baisse la tête et serre les dents. Babel aimerait éviter un désastre : « Astérion… Mon ami… Ecoute… » Astérion agrippe d’une main la gorge de Babel. Surpris par l’altercation, tous les gardes sont sur le qui-vive mais n’osent pas interférer. Le Saint de la Meute est furieux : « Mon ami ?! Non ! C’est toi qui va m’écouter ! Comment oses-tu m’appeler « mon ami » alors que tu profites de ma femme lorsque je pars en campagne pour honorer notre déesse ? » Babel fait signe de la main à ses hommes de ne pas intervenir. Alors qu’Astérion pris d’une furie incontrôlable soulève le corps de Babel, ce dernier lâche l’anneau sous l’effet de surprise : « Ta femme commence à se douter comme moi que de nombreux soldats sont corrompus par les trésors récoltés lors de ces guerres inutiles. L’or que tu ramènes à la maison ne suffit pas à combler l’amour dont elle manque. Elle craint que tu sois corrompu comme tant d’autres. » Astérion concentre son cosmos dans son autre main et hurle : « Menteur ! Il n’y a pas de corruptions dans nos Guerres Saintes. Le peuple veut du travail, de l’eau potable, de la nourriture, la stabilité et la paix. Le Grand Pope les lui a apportés. Le Grand Pope réprime les dieux rebelles qui portent atteinte à nos libertés et qui bafouent la suprématie de notre Sanctuaire. Il espère apporter aux peuples victimes des mauvais augures de leurs représentants divins les mêmes joies que les nôtres au nom d’Athéna ! Je peux faire de grandes choses pour notre peuple et toi aussi tu peux faire de grandes choses pour lui. Je peux aider à sauver le monde et toi, qu’est-ce que tu fais pendant ce temps ? Tu troubles l’esprit de mon épouse avec tes paroles empoisonnées et tu la déshonores ! Mais rassure-toi, je vais rétablir le bon ordre maintenant… » Il dirige son poing chargé de cosmos en direction de son pair. Toutefois la sphère d’énergie se découpe en de multiples parcelles cosmiques. _ « Qui a fait ça, lâche-t-il Babel en se mettant en garde ?! » Des pas résonnent depuis l’entrée du Colisée. Le soleil se reflète sur l’armure dorée du coupable et aveugle le Saint d’argent : « Qu’est ce que cela peut bien faire que tu connaisses l’identité de celui qui a mis fin à cette mascarade ou non, assène Shura ? Ce qui est essentiel c’est que j’ai mis fin à cet affront que vous étiez entrain de faire envers notre majesté alors qu’elle s’apprête à recevoir une divinité. Je me fiche de la cause de cette querelle. Je vous ordonne de reprendre vos positions et de vous tenir à carreau. » Astérion baisse la tête et lance sans hésiter : « Veuillez me pardonner Saint d’or du Capricorne. Je vous assure que cela ne se reproduira plus… » Satisfait, Shura disparaît aussi rapidement qu’il est apparu dans l’antre du Colisée. Astérion vocifère alors : « … du moins ça n’arrivera plus pour aujourd’hui ! » Il passe alors devant Babel et l’écarte de son chemin d’un humiliant coup d’épaule sans même le dévisager, laissant l’alliance de son épouse gésir dans le sable.
A l’intérieur du Colisée, à côté du Grand Pope, un homme borgne à l’épaisse barbe grise sort d’un tunnel monté pour l’occasion par de multiples étoffes derrière le siège de Saga. Il s’agit de Gigas qui apporte les nouvelles : « Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, votre messager personnel, est venu m’apporter que le premier échange entre nos forces et celles d’Hébé a été quelque peu glacial. La méfiance est de mise chez les Alcides. Comme prévu, les hébéïens se séparent pour occuper des points stratégiques de notre territoire. Ce qui fait qu’elle arrivera au Colisée avec peu d’hommes finalement. _ Et combien d’Alcides l’accompagnent ? Trois ? Quatre ? _ Il semblerait, mon seigneur, que les douze Alcides soient venus en sa compagnie. _ Fichtre ! Je n’avais pas paré à cette éventualité. _ Vous semblez méfiant Majesté. _ Hum… Les Alcides… Ils doivent leur nom à Héraclès, mari d’Hébé dans les temps mythologiques. On dit d’eux que leur force est semblable à celle de nos Saints d’argent et que certains peuvent égaler nos Saints d’or. Pour assurer la défense de son épouse, Héraclès demanda à Athéna de faire construire douze armures dans des matériaux quasi similaires à ceux utilisés pour la création des quatre-vingt-huit Cloths du Sanctuaire. Concentrant son cosmos divin, Héraclès donna vie à chaque armure en s’inspirant des douze travaux qu’il a enduré : le Lion de Némée, l’Hydre de Lerne, le Sanglier d’Érymanthe, les Oiseaux du Lac Stymphale, la Biche de Cérynie, les Ecuries d’Augias, le Taureau de Crète, les Juments de Diomède, la Ceinture d’Hippolyté, les B½ufs de Géryon, les Pommes d’Or du Jardin des Hespérides et la Capture de Cerbère… »
Dehors, la parade des gens d’Hébé est désormais à quelques mètres. Tous les hommes reprennent leurs positions si vite que dans leur course haletante ils recouvrent de sable brûlant l’alliance d’Agéna sans qu’ils ne s’en rendent compte. Le Saint de la Meute relance une dernière fois le Saint du Centaure : « Profite de cette journée. Il s’agit de la dernière. Demain je tiendrai le général Gigas au courant de tes propos… »
Tandis qu’au Colisée Hébé et les siens se rapprochent du hall, Saga exécute discrètement un signe de la main. Gigas se précipite alors auprès de Ptolémy tapis dans l’ombre : « Ptolémy, je veux que tu transmettes ce messages au capitaine Misty. Dis-lui qu’il ordonne aux lieutenants et aux sergents de notre armée de retirer leurs troupes postées près de celles d’Hébé. S’il est trop curieux, informe-le qu’Athéna a décrété qu’Hébé et les siens sont des amis de toute confiance dont nous n’avons rien à craindre. » Le Saint de la Flèche dissimule à nouveau son visage sous sa capuche et son masque puis disparaît aussi vite qu’il est arrivé.
Quelques instants plus tard, dans le vestibule, monté pour l’occasion sous des échafaudages, les hommes d’Hébé se dispersent. Les servants aux crânes dégarnis posent enfin au sol la litière dans laquelle se trouve la Déesse de la Jeunesse. Les gardes d’Athéna, tenus à distance par les soldats d’Hébé, s’agacent de cette attitude hostile. La tension est à son comble. Certains murmurent des insultes, d’autres ont la main posée sur le fourreau de leur épée, prêts à dégainer. Les plus calmes balancent leur tête de droite à gauche pour essayer d’admirer la déesse qui tarde à sortir. Aphrodite passe près de l’attroupement et passe le relais aux hommes de Shura, posté dans le hall, avant de rejoindre au sommet de l’arène le Pope.
Enfin, dans l’immense pièce, claque le solide métal de la Cloth de Shura sur les dalles usées. Il gagne l’attroupement et demande d’une voix fière et orgueilleuse : « Et bien soldats de l’armée d’Héraclès ! Est-ce là une attitude descente que d’imposer votre propre service d’ordre à l’intérieur du domaine sacré d’Athéna ? » Aussitôt, le voile bleu ciel qui couvre l’entrée de la litière est écarté brusquement par le bras gonflé de muscle et entouré de l’armure blanche et crème d’Iphiclès. Pourtant, il n’apparaît pas, il maintient juste le drap pour laisser sortir une aura chaude et aveuglante. Tous dans le hall sont ainsi éblouis, y compris Shura qui cache ses yeux en recroquevillant ses deux bras devant la tête. Néanmoins, personne ne s’en plaint. Au contraire, tous se laissent irradier sans broncher. Shura est alors saisit. Cette force il l’a connaît, il a déjà ressenti une telle pression par le passé. C’était il y a douze ans. Lors de son affrontement contre Aiolos lorsque le cosmos d’Athéna lui demanda d’épargner l’enfant qui accompagnait le renégat. Cette cosmo énergie est semblable à celle qui l’a perturbé lors de la mise à mort du Saint d’or du Sagittaire. Il n’y a plus de doute possible, ce cosmos est divin, cette essence s’étend sur tout le Sanctuaire, résonnant dans l’enceinte du Colisée, rayonnant au dessus des douze maisons du zodiaque, accompagnant le vent qui traverse les villages. Hébé est présente dans le domaine sacré.
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« le: 1er Mai 2010 à 12h38 »
Chapitre 5
Ce 3 mars 1985, le Sanctuaire reste ébranlé par la mort d’Inakis. Sans être accablé par le décès de la compagne de Milo, c’est la fumée de l’incendie dans lequel le Saint d’or l’incinère qui ne passe guère inaperçue. Si bien que les répétitions de la Journée Sainte sont interrompues alors qu’il reste encore quelques heures avant le coucher du soleil.
Un soleil déjà voilé à l’extrême nord de l’Europe. Il a laissé place à la lune sous le hurlement d’une meute de loups regroupée au bord d’une falaise qui surplombe l’horizon. Un homme sort de la forêt et débouche sur cette espace sans arbres nommé « la clairière de Loki ». Il s’avance au milieu du clan. Le chef de meute, un loup au pelage gris bleu marqué au front par une cicatrice en forme de croissant de lune, nommé Ging l’accompagne. Le meneur a une coiffure en forme de crinière blanche. Son haut rouge et son pantalon bleu marine, usés, s’accommodent au style de vie de Fenrir, le loup des steppes. De ses pupilles, au reflet orangé, il observe l’amarrage d’un fantastique drakkar sorti des temps les plus reculés. Les icebergs présents dans son sillage viennent se fracasser contre sa coque. Le bateau a ralenti son allure afin d’aborder les rives des terres scandinaves que foulent Fenrir et ses fidèles compagnons à quatre pattes.
Les animaux grognent, retroussent leurs babines et montrent les crocs sans raison apparente. Fenrir s’accroupit et prend Ging dans ses bras : « Allons mes amis, je sais que vous n’aimez pas l’arrivée d’étrangers sur nos terres d’Asgard, mais je ne comprends pas ce qui vous met dans cet état ? Il s’agit là d’un bateau du royaume d’Hilda de Polaris, fixe-t-il le navire. Je ne vois pas ce qui vous choque ainsi mes compagnons. » Il ferme les yeux et cherche à se concentrer. De la façon dont ses paupières s’agitent, il est aisé de remarquer que le futur God Warrior d’Epsilon manifeste encore des difficultés à manipuler son cosmos. Toutefois à force d’insistance, il finit par ressentir le trouble qui perturbe l’instinct de ses bêtes : « Un homme… Un homme venu des terres du sud. J’éprouve un grand malaise à son égard. Un trouble bien plus grand que celui que je ressens auprès des humains en général. Je suis désolé de ne pas avoir compris aussi vite que toi mon fidèle compagnon, s’adresse-t-il à Ging. La voix du cosmos est quelque chose de difficile à manipuler. Heureusement que je peux compter sur tes sens pour m’aider dans ma quête et mon apprentissage. Il serait plus prudent de garder un ½il sur cet esprit malfaisant, rive-t-il à nouveau son regard vers la côte… »
Plus bas, au point d’arrimage de l’embarcation, attendent quelques soldats portant des torches. Les gardes sont vêtus de casque à cornes acérées. Par-dessous leurs plastrons, certains portent des fourrures, d’autres, plus courageux, gardent leurs bras nus sous les protections métalliques recouvrant leurs avant-bras. La troupe amoncelée se sépare à l’arrivée d’un géant parmi elle, lui cédant ainsi le passage. L’éclairant de leurs flammes dansantes sous les rafales côtières. Ses longs cheveux blancs tombent dans son dos. Un long maillot bordeaux descend jusqu’à ses cuisses vêtues d’un pantalon de la même couleur. Une boucle ceint sa taille. Ses bottes s’enfoncent dans la neige à mesure qu’il approche du rivage. Ce paysan veille à la sécurité du royaume depuis que la prêtresse Hilda a épargné sa vie alors qu’il braconnait sur ses terres, payant ainsi sa dette envers celle qui se montra douce et généreuse avec lui. Il témoigne par ce geste, le respect qu’il lui voue depuis cette époque.
Un soldat qui vient de débarquer se presse de l’informer de la situation : « Seigneur Thor ! Nous avons trouvé un bateau ayant fait naufrage à quelques dizaines de kilomètres d’ici. D’après la forme, il s’agirait d’une galère grecque. _ Il est précisé, ajoute un second guerrier, dans les registres du palais, qu’un navire marchand parti du Port du Destin en Grèce devait faire escale dans notre royaume, sur demande de sa majesté Hilda de Polaris. Le navire était affrété pour ravitailler notre peuple de quelques marchandises, nous étant impossibles de cultiver par ce climat. La prêtresse avait réussi à négocier, à moindre frais, quelques cargaisons avec un voyageur ayant pris l’habitude de marchander avec les intendants du palais. _ Hélas, je crois que ce voyage fût le dernier pour notre transporteur, déplore le premier. La coque de son navire s’est sûrement fracassée contre les blocs de glaces dérivant le long des courants. Il est difficile de parvenir jusqu’ici, que ce soit par la mer ou par les airs. Apparemment il avait accompli ce miracle plusieurs fois. Malheureusement ce voyage était celui de trop, le Kraken n’a pas été clément avec lui. Il ne restait à la surface que quelques débris ainsi qu’un homme inconscient agrippé à un épais morceau de la chaloupe. Aucun sac de denrée ni même quelques tonneaux de bon vin n’ont pu être récupérés. Voici l’unique survivant, fait-il venir par le marinier d’un geste de la main le corps du naufragé. A en juger sa tenue et les entailles qu’il porte sur son corps, il est facile de déduire qu’il n’est pas matelot. Il a plutôt l’air d’être un guerrier ! » Comme l’ont été Fenrir et ses loups, Thor est saisi par l’émanation malsaine déployée par le rescapé pourtant évanoui. Le naufragé porte une tunique violacée et une épaisse chevelure blonde. Soutenu sous chaque bras par deux hommes, Thor le prend par le menton et lui lève la tête pour examiner ses traits : « Il ne peut s’agir d’un marchand du Sanctuaire. Le Sanctuaire d’Athéna est situé en Grèce, là où le soleil colore la peau. Cet homme a le teint blafard. Je ne respire pas la légère odeur de souffre qui s’insinue dans la peau des hommes vivant continuellement sous les rayons du soleil, hume-t-il le corps de l’homme assoupi. » L’escorte de Thor est impressionnée par les talents du paysan. Ce célèbre chasseur émeut par sa faculté à développer tous ses sens pour traquer ses proies. On dit de lui qu’il est le plus grand trappeur du bas peuple. Il serait même capable de rivaliser avec les plus nobles chasseurs du pays, y compris le réputé Syd de Mizar. _ « Bien. Je ne sais par quel miracle il a survécu dans cet océan glacial qu’est l’Arctique mais il aura l’occasion de nous le dire lorsqu’il retrouvera ses esprits. Qu’on le conduise dans un cachot ! »
Plus haut, au temple du Walhalla, Hilda se tient sur le balcon de sa vaste chambre. Dans sa longue robe ciel à manches gigot, elle observe la voûte céleste de ses magnifiques yeux lumineux abrités dans un écrin de longs cils d’un noir profond. _ « La nuit s’annonce douce, commente-t-elle de sa voix harmonieuse ce qu’elle lit dans les étoiles. Odin veille sur nous. Le peuple appréciera ce calme. Si seulement il pouvait en être toujours ainsi… » Quelques larmes s’écrasent sur le parterre de marbre qui habille le balcon. Agenouillé jusqu’ici à ses côtés, un athlétique jeune homme se presse de prendre sa souveraine dans ses bras : « Allons majesté ! Votre peuple est heureux de subir ce dur climat si cela permet de garantir la survie de notre planète. Vos gens vous aiment et accepterons sans hésiter le sort que vous leur destinez, quel qu’il soit ! » Ses mains chaudes saisissent chaleureusement les épaules d’Hilda. Il poursuit avec une voix affectueuse : « Et moi, je vous suivrai à chaque instant et peu importent les conséquences. Il n’y aura rien ni personne capable de braver l’énergie que je voue à votre existence. » Elle se retourne puis le remercie en lui offrant une mine plus sereine. Lorsque le regard d’Hilda vient croiser le sien, Siegfried est troublé. Il se rabaisse aussitôt aux pieds de sa souveraine. Il incline la tête et prononce : « Ô Grande Prêtresse ! Vous êtes seule apte à guider mes pas et mon c½ur en ce monde. Je ne saurai accepter votre remerciement lorsqu’il est de mon devoir de vous honorez comme il se doit. » Hilda est touchée par tant de paroles. Elle est habituée aux déclarations pleines d’honneur de Siegfried et devine l’intérêt personnel qu’il lui porte. Pourtant elle n’arrive pas à manifester cet amour réciproque. Elle se sent profondément ridicule alors qu’elle incite sa s½ur cadette à se dévoiler auprès du valeureux Hagen de Merak. Le c½ur de la prêtresse s’emballe lorsque Siegfried entame son annonce : « Majesté, pardonnez-moi si ma proposition est déplacée, que mon âme soit châtiée par Odin si tel venait à être le cas, j’aurais voulu… J’aurais voulu vous dire… » Soudainement, un bruit sourd vient l’interrompre. Tout deux reconnaissent le souffle d’un instrument. _ « Le cor d’alarme d’Asgard, se relève Siegfried d’un bon ! Il vient de se produire un évènement sur le domaine ! » Il se hâte vers la porte de sortie. En chemin il agrafe une lanière de cuir, qu’il avait retiré pour se présenter face à Hilda, autour de son torse afin de cuirasser légèrement son épaule gauche et son c½ur. Hilda l’intercepte avant qu’il ne rejoigne les troupes déjà dehors : « Siegfried ! Qu’avais-tu de si important à me soumettre ? _ Je… heu… je souhaitais simplement vous informer que je vous trouve très en beauté ce soir majesté, balbutie-t-il en rougissant. » Puis il presse aussitôt le pas. Flattée, Hilda rougit.
Dans la cour du temple du Walhalla, une troupe composée de soldats se forme. Piqués d’une curiosité amusée, certains aristocrates vivant au palais se précipitent à leur fenêtre et regardent le désordre prendre forme. Du brouhaha qui émane de l’attroupement, on peut entendre quelques interrogations et sentir une certaine tension. Adossé à une fenêtre du temple, un noble à la chevelure vert pale observe le débat. Son habit prouve qu’il fait parti de la haute société. Le maillot vert qu’il porte par-dessus son pull noir a le col brodé avec de la soie dorée. Il se retourne en direction de ses parents qui ne semblent guère soucieux de la situation, tous deux étant assis sur une peau d’ours jetée devant la cheminée, le feu crépitant dans l’âtre. Le couple, en tête-à-tête, déguste un verre de vin sans éprouver le moindre intérêt au vacarme prenant vie hors de ses murs. _ « Allons Syd, interpelle le père ! Ne t’inquiète donc pas, il doit encore s’agir d’un pauvre qui chasse sur les terres royales. _ Je n’en suis pas certain… Père ! Mère ! Je pars immédiatement en compagnie de nos soldats voir ce qui se passe. » Il enroule une cape autour de son cou et réalise un bond prodigieux.
Un des guerriers rassure les autres en s’exclamant : « Oh regardez ! Voici Syd de Mizar ! Nous sommes sauvés ! » Imbu de sa personne, Syd est ravi d’un tel accueil : « Et bien que se passe-t-il ici ? Pourquoi le cor d’alarme résonne-t-il ? » L’un s’avance en bousculant les autres. Il tombe épuisé face à Syd. Sa cuirasse est fissurée de toute part : « Le cor a été soufflé par Thor de Phecda. Nous étions chargés de conduire au cachot le rescapé d’une galère qui a sombré à des lieues d’ici pour l’interroger en compagnie de Thor de Phecda. En chemin, près de la clairière de Loki, le bougre a retrouvé ses esprits et s’est enfui en forêt après nous avoir défaits. Nous étions cinq à escorter le seigneur Thor. Le combat a été acharné. Deux d’entre nous ont péri tandis que nous autres, les survivants n’avons été que légèrement blessés… » Légèrement blessés. Le mot est faible au regard des marques laissées sur son corps. Cela prouve bien le courage de ses hommes prêts à aller jusqu’au bout de leur peine pour la défense du royaume. _ « … Il maîtrise aisément l’art du combat, poursuit le survivant. Il s’est enfoncé dans la forêt de Loki, au nord-ouest du domaine, non sans avoir été également atteint par nos assauts. Thor a demandé à ce que l’alerte soit donnée avant qu’il ne parte à sa recherche. _ Bien. Nous allons nous séparer en équipes de dix soldats pour les répartir aux quatre coins du royaume, entreprend Syd. A l’heure qu’il est, notre fugitif s’est déjà engouffré dans la forêt qui borde les rivages ou encore, a peut-être quitté notre territoire pour rejoindre les terres glaciales du sud. Si tel est le cas, il ne pourra survivre car à moins d’atteindre la Sibérie, aucun autre royaume ne peuple les environs. De combien d’hommes disposons-nous actuellement ? _ Nous avons pu regrouper une centaine d’hommes, répond un guerrier sortant des rangs. J’ai fait envoyer des messagers dans les villages pour avertir ceux qui ne le sont pas encore. J’ai demandé à ce que les postes frontières restent surveillés par les équipes déjà sur place. _ Bien Utgarda de Garm, le félicite Syd. Je souhaite que deux équipes restent ici afin de veiller sur la Princesse Hilda. Je pars de ce pas sur les traces de ce fuyard. J’avancerai plus vite en partant seul. _ Attendez, complète une voix ! La Princesse Freya n’a pas été retrouvée à l’intérieur du château. Il est possible qu’elle soit en compagnie de Hagen. J’aimerais qu’une équipe parte à leur recherche pour les escorter jusqu’au Walhalla en toute sécurité. » Lorsque la foule reconnaît le brave Siegfried de Dubhe, tous s’agenouillent, excepté Syd qui incline légèrement sa tête. _ « Je reste ici pour diriger les troupes, lance un cor Siegfried à Syd. Préviens-nous par cet instrument dès que tu auras retrouvé la trace de notre prisonnier. Bonne chance mon ami. » Syd courbe encore une fois la tête puis se lance à toute vitesse dans cette chasse à l’homme.
Au beau milieu du Mont Baldr, une chaîne montagneuse du centre est du royaume où Seiya et ses amis livreront de nombreux combats dans quelques mois, de la fumée monte d’une petite maisonnette. A l’intérieur, un jeune homme dont quelques mèches blondes tombent sur les épaules fait les cents pas. Ses yeux, d’un bleu perçant et rongés par l’angoisse, restent rivés sur le corps étendu de sa charmante compagne restée entièrement dévoilée à son regard. La belle demoiselle tient sa tête dans le creux de son bras droit et passe sa main gauche dans ses boucles blondes. Ses yeux émeraude sont nourris d’admiration pour son amant. _ « Allons Hagen, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. L’alarme a due être lancée après qu’un villageois ait volé dans les champs du palais. Pas de quoi s’affoler. _ Vous avez tort Princesse Freya ! Au fil des années j’ai appris à manipuler l’énergie qui émane de mon âme. Cela me permet de ressentir celle d’autres personnes. Je ressens une étrange sensation de gêne depuis quelques heures. _ Cela ne t’a pas empêché de m’enlever jusqu’ici mon beau prince charmant, se fait-elle railleuse face à son sérieux ! _ Vous ne devriez pas vous amuser de notre situation Princesse, demeure-t-il sage ! Imaginez que votre s½ur soit au courant de notre relation. Qu’elle sache que j’ai pris votre innocence royale, divine même ! Je pourrais être banni et ça n’en serait que justice. » Freya se lève et marche gracieusement vers Hagen. Ravissante, elle se colle contre le torse du futur God Warrior qui ne porte que son pantalon azur. _ « Ne sois pas sot ! Ma s½ur serait ravie de savoir que nous nous sommes échangés nos v½ux. C’est d’ailleurs elle qui m’y a encouragé. _ Alors pourquoi continuer à nous cacher ? _ Simplement par respect envers Hilda. Alors qu’elle me pousse à t’avouer mes sentiments, elle se retrouve incapable d’agir de même envers le seigneur de Dubhe. _ Vous voulez dire que Hilda est éprise de mon ami Siegfried ?! _ C’est évident ! Tout le monde le voit. Mais leur idylle est très spirituelle. C’est ce qui la rend encore plus belle. C’est romantique tu ne trouves pas ? » Le fier, beau et brave Hagen est saisit. Il a toujours vécu son attirance envers Freya comme un affront envers Odin. Lui originaire du bas peuple, par sa détermination, est parvenu à se hisser à un des plus hauts rangs du royaume. Il brave chaque jour mille dangers pour développer son savoir. Maintenant que son rêve est réalisé, il craint d’avoir agi de façon abjecte, s’estimant trop inférieur pour profiter des sentiments de Freya. Comme si Odin avait choisi de récompenser ses efforts en ensorcelant Freya pour la soumettre à sa volonté. Il est évident qu’il se trompe et grâce à sa déclaration, Freya le ramène à la raison.
Tout à l’ouest, dans la forêt de Loki, un jeune enfant tire sa petite s½ur sur une luge. Tous deux s’amusent à se traîner dans la neige et semblent ne pas s’être souciés du retentissement de l’alarme bien que ces avertissements soient enseignés aux enfants de ce territoire dès leur plus jeune âge pour les informer du danger. Le petit garçon remarque au loin une forme affalée contre un arbre. Il reste d’abord interdit. Puis, il essaie de discerner de quoi il s’agit. Il fait mine à sa s½ur de cesser de faire du bruit et avance vers ce qu’il reconnaît être un homme. Celui-ci est blessé. Ses plaies sont fraîches. Sa tunique est complètement déchirée. Ses paupières sont closes tandis que ses cheveux jaunes sont souillés du sang jaillit de ses blessures à la tête.
Tapis dans l’ombre, plusieurs loups observent la scène…
Armé d’une branche d’arbre, le courageux garçon secoue le corps inerte : « Monsieur… Hé… Monsieur… » Le malheureux enfant se retourne vers sa s½ur et fait la moue pour lui indiquer que le blessé ne se réveille pas. Tout à coup, la petite fille commence à trembler. Elle remarque la silhouette se relever derrière son frère. Tétanisée, elle est incapable de crier à l’aide. Le naufragé abat sa main sur l’innocent enfant…
Au temple du Walhalla, munie d’une chandelle, la princesse Hilda visite les nombreuses chambres de son palais. La flamme vacillante, qu’elle dirige doucement au devant d’elle, éclaire son passage dans les ténèbres des couloirs, petite trace de chaleur renforçant le courage de la fière walkyrie.
Au bout d’un couloir, la voix perfide d’un jeune homme aux cheveux améthyste la fait frémir : « Vous ne devriez pas vous promener seule majesté. Il semblerait qu’un rôdeur mal intentionné soit dans les parages. » Hilda surprise sur l’instant se ressaisit aussitôt : « Et qu’aurais-je à craindre dans mon propre palais entourée de mes fidèles protecteurs Alberich ? _ Vous avez justement tout à craindre avec une armée comme celle-ci. Vos troupes sont mal organisées et la défense du pays est bien inquiétante. Si vous aviez accepté de me nommer intendant quand je vous en avais soum… » Hilda remet les choses au clair en coupant la parole à l’ingénu et inquiétant bourgeois : « Nous avons déjà abordé ce point de trop nombreuses fois ! Pour la simple et bonne raison que nous ne sommes pas en temps de guerre, Asgard n’a pas besoin de lever une armée davantage conséquente à celle dont nous disposons déjà. La Terre est sous la protection d’Athéna depuis des millénaires et jamais nous n’avons eu à nous plaindre de ses actes. La seule chose à laquelle nous pourrions nous attendre, c’est qu’elle réclame un jour notre aide en cas de bataille contre un dieu maléfique. C’est à cela que Siegfried de Dubhe s’attache en compagnie de valeureux soldats comme Hagen de Merak, Syd de Mizar… _ Pff… Siegfried ! A quoi bon vous présenter mes projets alors que vous n’avez d’yeux que pour lui. » L’insolence d’Alberich prend très vite l’ascendant durant l’échange…
Alors qu’il effectue de multiples rondes dans l’enceinte du château, Siegfried surprend la conversation au ton irrespectueux, dirige ses pas sur les lieux de la discorde, intervient et ramène l’ordre de par sa présence: « J’ai cru vous entendre vous emporter ! Quelque chose ne va pas votre majesté ? _ Ce n’est rien vaillant soldat de Dubhe, ironise Alberich ! J’étais simplement en chemin vers notre vaste bibliothèque afin d’étendre mon savoir et le mettre au profit du royaume. Sa Majesté Hilda se ravissait alors fort bien de pouvoir compter sur mon éminence grise. » Alberich tourne aussitôt les talons et quitte le couloir, abandonnant ainsi sa souveraine irritée par son attitude bravache…
Dans la forêt de Loki, Thor titube. Il se tient les côtes. Sa pommette droite semble avoir été fendue par son assaillant lorsqu’il a pris la fuite quelques heures plus tôt. Accroupit, il observe les branches de frondaisons cassées lors du passage de l’ennemi. Il ne semble pas être le seul à suivre cette trace puisque le célèbre Syd le rejoint : « En effet. Il semble qu’il ait choisi de remonter en direction du palais ! » Thor se retourne et salue Syd avec le respect qui lui est dû. _ « Allons, s’en amuse Syd ! Tu ne vas pas me faire croire que Thor de Phecda, le célèbre paysan réputé pour se soulever contre les oppresseurs aime faire des courbettes auprès des nobles du domaine. _ Bien, soupire Thor ! Si tu le prends ainsi… Je poursuis ma route ! _ Attends, reprend sérieusement Syd ! Tu es blessé. Même si ce n’est que légèrement, nous ferions mieux de ne pas prendre cet étranger à la légère. Nous ne serons pas trop de deux pour le retrouver. »
Les deux futurs alliés remontent la piste en examinant le moindre indice qui peut les aider à débusquer l’inconnu. Les deux hommes ne se connaissent que de réputation et ne sont pas prêts à faire fi des à priori qu’ils ont l’un de l’autre. Leur association est contrainte, en témoigne le froid palpable entre eux.
A mesure qu’ils remontent les indices qu’ils débusquent, ils entendent les appels au secours de la petite fille qui était accompagnée de son frère quelques minutes plus tôt. Les deux hommes se regardent et agitent la tête pour se décider à la rejoindre. Syd surgit devant la pauvre gamine et l’assaille de questions : « Que se passe-t-il ? On cherche un homme ! L’as-tu vu ? » Thor écarte Syd du bras : « Allons, il s’agit d’une enfant ! Ne la brusque pas. Laisse-moi faire ! » Le géant s’accroupit devant la petite qui a les mains devant les yeux pour essuyer ses larmes. Il les lui attrape et brûle doucement son cosmos qu’il apprend à commander depuis quelques temps déjà. Sa cosmo énergie est apaisante. Elle calme la paysanne. _ « Calme toi. Reprend ton souffle et explique-moi pourquoi tu es dans cet état, l’interroge Thor d’un ton affectueux. _ Mon frère… le mort a enlevé mon frère… _ Le mort ? _ Oui. Le monsieur allongé dans la neige avec les cheveux jaunes aux reflets verts. Ses habits étaient troués. Il ne bougeait plus jusqu’à… jusqu’à… _ Jusqu’à quoi, s’impatiente Syd ?! Thor s’agace de l’attitude de Syd. Il gronde : _ Silence, s’agace Thor de l’attitude de Syd ! Prends ton temps, reprend-il un ton mielleux après avoir respiré un grand coup, tu n’as plus rien à craindre à présent. _ Jusqu’à ce que ses yeux s’ouvrent et qu’il enlève mon frère. Il a dit qu’il ne lui ferait pas de mal tant que nous ne cherchions pas à contrecarrer ses plans. Ils sont partis vers le palais de la Princesse Hilda. _ Ses plans, est intrigué Syd ? Je ne vois pas ce qu’un combattant seul projette de mener dans un lieu comme celui-ci ? _ Moi non plus. _ Mais au fait, pourquoi vous a-t-il attaqué, questionne Syd ? _ Nos hommes ont repêché son corps en mer, semble embarrassé Thor. Il ne fait pas partie du Sanctuaire. Il arrive que le Sanctuaire envoie ses émissaires pour veiller sur la docilité de notre dieu. Mais là on voyait clairement qu’il n’était pas un prêtre d’Athéna. J’ai donc décidé qu’il fallait l’interroger. En chemin il a repris connaissance. Lorsque j’ai voulu lui poser quelques questions, il est resté silencieux. Il murmurait des choses comme « misérables pantins, comment osez-vous me traiter de la sorte » ou encore « dire qu’un peuple aussi barbare détient les écris les plus précieux de notre temps ». Il semblait très intéressé par nos reliures sacrées et a commencé à nous poser des questions auxquelles j’ai ordonné de ne pas répondre tant qu’il ne serait pas mis aux fers. C’est à cet instant qu’il s’est débattu en dégageant une énergie cosmique assez inquiétante. Il a mis hors de combat non sans mal nos hommes. J’ai cru être de taille sur l’instant. Mais plus les minutes passaient et plus il semblait lui-même surpris de l’énergie qu’il était capable de dégager malgré son état de santé amoindri. Sa force augmentait de minute en minute sans qu’il en connaisse lui-même la cause. Alors qu’il concentrait sa force dans son poing l’onde cosmique qui s’en dégagea prit la forme d’un dragon qui s’abattit sur mon visage et me fit cette blessure, indique-t-il du doigt sa pommette fendue… Je me suis réveillé quelques minutes plus tard. Les pas laissés dans la neige suggéraient qu’il se précipitait dans la forêt de Loki. J’ai saisi le cor d’alerte sur le corps d’un des soldats. La suite tu la connais… _ C’est étrange. En s’engouffrant dans la forêt de Loki, il prend la direction du sud, celle qui est à l’opposé du Walhalla. J’imagine qu’il a choisit de se cacher en forêt et de regagner les bois au centre du domaine. Il arrivera alors dans la forêt d’Améthyste et n’aura qu’à remontrer tranquillement jusqu’à notre grande Prêtresse Hilda… Nous devons nous diriger au centre, dans la forêt d’Améthyste immédiatement, s’élance Syd ! Nous l’y retrouverons sûrement ! _ Et cette petite fille, le rattrape-t-il par le poignet ? Nous ne pouvons pas la laisser seule. _ Tu n’as qu’à la conduire au village le plus proche. Les villageois feront atteler des chevaux pour la ramener auprès de ses parents. Je peux le retrouver seul. _ Néanmoins ça ne serait pas prudent que tu partes sans moi. Tu l’as toi-même dit tout à l’heure, on n’est pas trop de deux. Elle va venir avec nous, la hisse-t-il dans ses bras ! » Syd secoue la tête. Il est navré de la compassion qui se dégage de ce grand nigaud. Toutefois, l’homme qu’il ne connaissait que de réputation jusque là commençait à lui plaire. Son sens du devoir et sa gentillesse font de lui un atout de poids au royaume. Tous deux s’enfoncent dans la brume à la recherche de l’homme qui dans l’avenir sera un Juge des Enfers.
En effet, loin devant eux, Rhadamanthe qui a embarqué il y a quelques mois sur une galère pour rejoindre Asgard, traîne le frère qui braille. _ « Tu as de la chance d’être mon ticket de sortie vulgaire humain, s’agace-t-il des cris du gamin. Sans quoi je t’écraserai comme ces gardes qui m’ont accueilli sur la côte. » Il remarque qu’une horde de loups de plus en plus nombreuse suit ses pas.
Plus à l’ouest, Syd est obligé d’attendre Thor chaque fois qu’il essaie d’augmenter la cadence : « On perd trop de temps. Cette petite fille nous ralentit. Tu n’arrives pas à me suivre. Surtout… » Il s’arrête brusquement de parler et fait un tour complet sur lui-même. Thor achève la phrase de son coéquipier : « Surtout que nous sommes pris en chasse. » En effet des buissons, jaillit une meute de loups. Les animaux aux crocs acérés se déploient autour des hommes. Les observent. Les encerclent. Leurs sens sont à l’affût. _ « Ces animaux sont doués, confesse Syd. Toi et moi sommes les trappeurs les plus reconnus du royaume. Alors même que nous étions dans une chasse à l’homme nous n’avons pas remarqué que nous étions devenus des proies. Tu crois que c’est notre homme qui dirige ces bêtes ? _ Je ne pense pas non. Les loups de notre contrée ne s’attaquent pas aux hommes. Ils s’efforcent même de ne pas les rencontrer. On raconte que le meneur de la meute est un riche héritier des Terres d’Asgard. Autrement dit c’est lui qui nous les a envoyés. C’est clair maintenant non ? Lui qui refuse toute civilisation nous attaque alors que nous cherchons un ennemi. Il prouve clairement son hostilité envers nous… A moins… _ A moins qu’il ait choisi d’affronter notre ennemi seul ! »
Au centre ouest, à la sortie de la forêt de Loki et à l’orée de la forêt d’Améthyste, Rhadamanthe arrête et rejette violemment l’enfant dont la course se termine contre un tronc d’arbre. Le petit glisse le long de l’écorce et, groggy, s’affale dans la neige. _ « Nous ne sommes pas seuls ! Je te conseille de te tenir à carreau pendant que je m’occupe des parasites qui nous suivent. » Rhadamanthe ferme les yeux. Il ressent plusieurs présences : « Sortez de votre cachette. Je cesse d’être le gibier. Passons à l’action. » Un homme surgit alors de derrière un bosquet. Le loup des steppes place ses doigts devant sa bouche et siffle une note en direction de la forêt afin d’appeler à lui les chasseurs mené par Ging. _ « Je t’ai observé depuis ton arrivée à Asgard, sourit Fenrir. Tu sembles avoir quelque chose en tête qui représente un idéal suffisamment important à tes yeux pour menacer un enfant et tuer de sang froid des hommes. _ Si tu souhaites sauver ce misérable mioche ne te gêne pas ! Je te le laisse ! La seule chose que je souhaite c’est me rendre au temple du Walhalla sans encombre. J’ai des choses à y apprendre. _ Tu n’y es pas ! Je me moque éperdument de la vie des humains et encore plus de ce pleurnichard. Si je suis ici, c’est simplement pour connaître la cause du mal être qui me ronge depuis ton arrivée. Nous sommes pourtant semblables en tout point. Nous sommes deux tueurs et nous méprisons l’humanité. Je ne vois pas pourquoi mes loups se méfient de toi. _ Je ne méprise pas l’humanité. J’ai justement un sens des valeurs trop important pour ne pas chercher à sauver ce monde qui pourrit, remet les choses au clair Rhadamanthe. Je suis en quête de savoir. J’ai besoin de trouver un idéal qui me permettra de me ranger aux côtés d’un dieu qui saura gouverner ce monde. Un dieu instaurant des règles qui donneront aux hommes plus de fierté mais aussi un plus grand respect pour la planète qu’ils peuplent. Athéna n’est pas capable de m’offrir ce genre de garantie et de principe. Pas plus que le dieu que vénère Asgard puisqu’il se plie à la volonté du Sanctuaire. Il doit bien exister une entité supérieure à ce pantin qui se nomme Odin ! Quant à tes animaux, ce sont de vulgaires chiens qui s’inquiètent d’être face à quelqu’un de bien plus sensé que leur maître ! _ Comment oses-tu ? Ging et sa meute sont les seules personnes en qui je crois. Ils ont sacrifié mainte fois leur vie pour me prouver leur fidélité. C’est Odin, lui-même, qui m’a prouvé que l’amour existait sur cette planète par l’intermédiaire de mes compagnons. Je ne te laisserai pas insulter un dieu qui a mis sur ma route les seuls êtres méritant ma confiance. Tu paieras pour ton insolence. Moi Fenrir d’Alioth, le loup des steppes, je te ferai ravaler ton arrogance. En garde ! _ Tu ne me facilites pas la tâche, se positionne-t-il. Moi, Rhadamanthe, par ma force et ma violence je vous enverrai toi et tes bâtards en enfer ! » Les deux combattants s’observent alors que les diverses cohortes d’Asgard sont dispersées sur le territoire et que Thor et Syd sont pris au piège…
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« le: 19 Avril 2010 à 16h39 »
Chapitre 4
Depuis l’annonce de la venue d’Hébé lors de la Journée Sainte, les mois ont défilé. Les jours se sont succédés au rythme des répétitions et des préparatifs à l’événement.
Ce 3 mars 1985, Apodis et ses hommes reproduisent depuis la parade en compagnie de centaines d’autres soldats et Saints. _ « Celle-ci démarrera des villages proches des remparts ouest où elle accueillera la déesse Hébé et son escorte, explique de nouveau en faisant de grands moulinets avec ses bras un prêtre à qui le Grand Pope a confié l’organisation. Elle remontera jusqu’au centre du Sanctuaire pour atteindre le village central d’Honkios. Le chemin emprunté par la fanfare a été totalement refait pour l’occasion et les routes se sont vues couvertes de pavés. Des cortèges de musiciens de chaque village traversé ont préparé leur accueil. Et les gardes, pour l’occasion, ont reçu de nouvelles armes et de nouvelles cuirasses. Tout a ainsi été mis en ½uvre pour faire bonne impression à Hébé. Les vétérans ainsi que les prêtres qui officieront lors des cérémonies en l’honneur d’Athéna, s’affairent à préparer les offrandes. Cela va de la simple corbeille de fruits pour le bourg le plus démuni à l’immense statue d’or pour la cité la plus riche. Les habitants n’ayant pas les moyens de se rendre au grand colisée pour le festival ont également tenu à marquer le coup en se fabriquant de petits lampions qu’ils feront scintiller en suivant le cortège. » Masquant un sourire de nervosité, lui qui a entendu ça chaque jour depuis le début des préparatifs, Apodis se gratte la joue et baisse les yeux pour ne pas croiser les regards complices d’Aphrodite et Misty. En effet, ils seront chargés d’accueillir la déesse. _ « Le colisée a été agrandi à l’occasion puisque des places ont été rajoutées au sein même de l’arène. Pouvant recevoir habituellement mille personnes, il peut exceptionnellement en accueillir trois milles cette année, poursuit le prêtre. Au pied des douze maisons, des dizaines d’enfants répètent la chorégraphie qu’ils joueront dans l’amphithéâtre. Plus loin des adolescents, des adultes et des anciens font de même. Les douze travaux d’Hercules seront mis à l’honneur et constitueront le thème central de la cérémonie. Tout cela en hommage à Hébé qui épousa ce dernier en des temps reculés. Bien entendu, la réincarnation d’Hébé n’a de nos jours aucun rapport avec le demi-dieu mais ce spectacle sera avant tout l’occasion de célébrer les temps anciens… » _ « Nous sommes la veille de la Journée Sainte, souffle discrètement le Suédois resplendissant dans sa Cloth à Misty et Apodis, vous ne croyez pas qu’avec toute cette montée d’adrénaline il serait de bon ton que nous convions ce prêtre à nos sorties nocturnes. Ca lui ferait le plus grand bien de décompresser un peu. » Pouffant le plus discrètement possible, les Saints, d’argent et de bronze, se gardent d’interrompre le religieux qui poursuit sans discontinuer. _ « Dans le stade, les dresseurs s’assurent que la représentation qu’ils donneront en compagnie de leurs bêtes soit au point. Ils assureront l’avant dernière partie du spectacle, juste après les travaux d’Héraclès. L’ouverture se fera par un long récital dédié à la gloire d’Athéna et mené par divers poètes du domaine sacré. Enfin, le Pope a insisté pour que la clôture se fasse par la mise à mort de condamnés arrivés du dernier territoire conquis au nom d’Athéna, le Mont Kailasa en Inde… »
Depuis le balcon jouxtant sa salle d’audience, le Grand Pope observe à travers la tunique d’Arlès de loin tout son peuple s’affairer à réaliser la meilleure cérémonie qui soit. _ « Demain sera le jour de vérité pour moi, songeait-il. Je devrai une fois de plus mentir à Hébé en prétextant qu’Athéna souhaite rester seule. » Plus loin, dans ses appartements, les prêtres d’Athéna prépare sa tunique dans la salle d’à côté. Pour duper la déesse il portera son casque d’or, ainsi qu’un foulard d’un bleu marin qu’il fera tomber sur ses épaules. Cet habit lui donnera un air plus calme, moins hostile, comme lorsqu’il se promène auprès du peuple en se faisant passer pour Shion.
Plus bas, à l’abri de toute cette agitation, dans la huitième maison du zodiaque, Milo est assis au bord de son lit. Ses cheveux d’un bleu vif tombent sur son torse nu et s’accordent parfaitement avec son pantalon de même couleur. Il tourne la tête pour observer une paysanne avec qui il vient de passer la nuit. Milo sourit en la regardant. Il la connaît depuis si longtemps se rappelle-t-il. Il l’a rencontré le soir où le Pope l’a nommé Saint d’or en compagnie de Camus. Ils étaient encore bien jeunes. Depuis, Milo, Camus, cette paysanne et quelques unes de leurs amies sont inséparables. Bien que le Saint du Verseau soit distant lorsqu’ils sont en bande durant leurs permissions, il n’en reste pas moins le camarade le plus fidèle du Scorpion. Se remémorant leur passé commun, Milo bondit de son lit et saisit un rouleau de papyrus ficelé par une cordelette. Le document était maintenu fermé par un cachet de cire marqué du sceau du Verseau. Le soldat fraîchement arrivé de Sibérie après des mois de voyage, lui a prestement remis ce courrier en mains propre hier matin. Depuis qu’il a reçu des nouvelles, Milo ne cesse de lire et relire cette lettre. A l’instant même, il s’adosse dehors, contre une colonne de son temple, oriente le papier pour l’illuminer avec la lumière du soleil, et lit le texte qu’il connaît déjà par c½ur. « Mon ami, Voici une nouvelle année qui commence. J’ai eu vent des menaces qui pèsent en Inde. Je suis rassuré de savoir que la guerre a été vite remportée par nos armées et que tu n’as pas eu à mettre ta vie en péril. De mon côté, je me ressource en Sibérie, en compagnie de mon disciple le Seigneur Crystal. En ce moment le temps est agréable, la neige ressemble à un doux manteau de coton sur lequel Hyoga et Isaac, les élèves du Seigneur Crystal, se roulent en se chamaillant. Ils me rappellent qu’à une époque nous aussi nous étions loin de nous imaginer que le destin du monde serait un jour entre nos mains. Autrement, je suis navré de ne pas avoir retrouvé Lena Saint de bronze de la Boussole à mon arrivée en Russie. Bien qu’elle partage sa vie avec celle du Crystal Saint, j’en conserve malgré tout un agréable souvenir… Une chaleur enfouie au plus profond de mon être. Comme tu le sais, tout a changé pour moi après la mort de la s½ur de mon ami Surt à Asgard. Je m’étais alors juré que dans une seconde vie, je paierai ma dette envers Surt et ai choisi de garder pour moi mes sentiments afin qu’un tel incident ne se reproduise plus. Mais tu as su briser la glace qui protège mon c½ur et au fond, tu as découvert une chaleur que toi seul peux nourrir. Quoi qu’il en soit, tu restes le seul à qui j’ai toujours livré mes secrets. Je me remémore fréquemment mon arrivée au Sanctuaire. Mon maître avait annoncé au Grand Pope que j’étais digne de lui succéder. A mon entrée dans la chambre du Pope tu étais là, venu toi aussi chercher sa bénédiction pour ton sacre. Nous fûmes adoubés ensemble. Le soir même nous avions fêté cela dans une taverne d’un village reculé au Nord du Sanctuaire et la nuit s’était finie dans le foin d’une grange en compagnie de filles de paysans. Enivrés par le succès nous nous lancions dans de grands projets : toujours satisfaire la volonté d’Athéna afin qu’elle nous accorde une retraite dorée. Nous aurions sauvé de la tyrannie d’un autre dieu nos futures épouses puis nous aurions tous vécu heureux dans une campagne reculée du Sanctuaire avec nos enfants, eux aussi unis pour la vie. Enfin, côte à côte, nous aurions relevé notre dernier défi et aurions péri ensemble en embrasant toute notre cosmo énergie. Le temps des promesses me semble déjà si loin lorsque je vois la génération future prête à croquer le monde trop prématurément. Ils sont encore trop concentrés sur leurs émotions pour se vider l’esprit et remporter un combat à mort. Comme je les comprends pourtant ! Faire abstraction de notre amour sincère lorsque je mets ma vie à prix n’est pas chose facile. Mon rouleau de papier est bien trop court pour que je puisse évoquer tout ce que je ressens et à quel point je suis confus de ne pas pouvoir assister en ta compagnie à la Journée Sainte. Je viens seulement de retrouver Hyoga et Isaac, j’aimerais leur prodiguer quelques conseils avant mon départ. Je suis certain que tu comprends. Nous nous retrouverons très bientôt Milo du Scorpion, mon ami, mon frère, ma moitié. Kohortec, Sibérie Orientale. Le 5 janvier 1985. Camus. »
Milo entend soudain sa compagne se lever. Il enroule la lettre et la serre en son poing. La main de la paysanne glisse sur son dos râblé tandis qu’elle dépose sa tête contre l’épaule du fier chevalier. Ses yeux couleur amande sont chargés d’amour. Sa longue chevelure vert olive est balayée par le vent. Elle porte le long de son corps dévêtu la cape que Milo attache habituellement à sa Cloth. Le connaissant depuis l’enfance, Inakis, devine le trouble de Milo. _ « Quelque chose ne va pas mon beau chevalier ? _ Camus ne viendra pas à la Journée Sainte, se retourne-t-il visiblement abattu. _ Ca veut dire que demain tu passes la journée avec moi, affiche-t-elle une mine friponne. _ Toute une journée à deux, la prend-il dans ses bras ! Je ne sais pas ce qu’on va bien pouvoir faire ? _ Moi j’ai une petite idée de la façon dont on peut occuper notre temps, déroule-t-elle la cape de Milo pour lui exposer sa tenue d’Eve. »
Soudain, un déclic cosmique avertit Milo. Il se dépêche de replier la cape d’Inakis pour dissimuler ses formes. Une personne arrive sur le champ latéral de la maison du Scorpion où les deux tourtereaux s’amusent. _ « Pourquoi me caches-tu donc l’anatomie de ta petite camarade Milo, provoque Aphrodite qui remonte par le passage secret ? _ Te revoici déjà venu des répétitions de la Journée Sainte, allonge froidement son ongle Milo pour en faire un aiguillon ! _ Allons Milo, range tes griffes. Tu sais bien que les paysannes ce n’est pas mon truc. Pas assez raffinées à mon goût ! Attends-toi juste à me revoir passer pour rendre visite à mon ami Deathmask. Il a un sens de l’hospitalité bien plus délicat que le tien. » Malgré son ton hautain, Inakis est subjuguée par la beauté du Suédois. _ « Alors passe ton chemin et vite, le remarque jaloux Milo ! _ Très bien très bien, pas la peine de sortir de ses gonds. » Aphrodite prend le temps de traverser nonchalamment la surface et, un peu plus loin, se retourne et interpelle la paysanne : « Pardonnez-moi mademoiselle. Je ne voudrais pas vous paraître mal élevé mais je suis contraint de vous apprendre que Milo ne pourra rester auprès de vous demain. Le Pope a ordonné que Milo soit de garde dans son temple comme quelques autres Saints d’or au cas où des inconnus tenteraient de s’emparer du domaine en profitant de ce jour de fête. Il me semble qu’aujourd’hui soit son second jour de repos. Donc … profitez-en… » Il arbore un sourire narquois tandis que de sa main jaillit une rose rouge qu’il lance en direction de la belle. La fleur, avec la précision d’une flèche, vient se planter dans le pilier situé à quelques centimètres de la douce femme. _ « … mais si le c½ur vous en dit, poursuit-il, demain, au lieu de vos basses besognes, humez donc le nectar de cette fleur. Son parfum vaut tous les plaisirs du monde, même ceux que peuvent procurer les soins de mon frère d’arme, je peux vous l’assurer… » Milo sert les poings. Sa mâchoire se contracte afin de retenir sa colère. _ « … toutefois, achève Aphrodite, prenez garde à ne pas vous laisser piquer, on ne sait jamais quel poison peut contenir la beauté. Au plaisir… »
La silhouette du provocateur mais ô combien irrésistible Saint s’efface à l’horizon. Alors qu’elle tend la main pour détacher la rose de la colonne, Milo dirige son aiguille pour terrasser la fleur en lançant une onde cosmique rougeâtre. _ « Ne touche pas à ça, ordonne-t-il austère ! » Inakis ne comprend pas. Surprise, elle rentre dans le temple en tournant le dos au Scorpion. _ « Où crois-tu aller, l’interpelle-t-il orgueilleusement ?! » Il la suit et la retrouve entrain de remettre sa vieille robe rapiécée et sa coiffe en soie brodée. _ « Mais enfin réponds-moi, la secoue-t-il par le bras furieux d’être ignoré ! _ Je ne suis pas ta poupée Milo, se débat-elle courageusement ! Ou devrais-je plutôt dire Seigneur Milo ! _ A quoi joues-tu là ? _ Tu t’en prends toujours à ce Saint lorsqu’il passe pour ensuite m’en vouloir à moi. _ Tu ne détaches pas ton regard de lui alors que tu viens de passer la nuit avec moi, confesse-t-il exaspéré. Tu n’avais qu’une envie c’était de lui sauter dessus ! N’importe qui aurait pu le voir dans tes yeux ! _ Ah j’ai compris, ramasse-t-elle ses affaires ! Depuis que nous sommes adolescents tu couches avec mes amies et moi-même sans avoir besoin de te justifier. Certainement que cela fait partie de vos attributions, à vous, les chevaliers ! Moi parce que je regarde un autre homme je devrais te rendre des comptes ? Quitte à être considérée comme une catin, autant que je sois celle d’autres hommes plutôt que la tienne uniquement ! _ Tu ne penses pas ce que tu dis, sourit-il charmé par l’esprit rebelle. _ Bien sûr que si je le pense, recule-t-elle intimidée alors qu’il s’avance en la fixant d’une manière envoûtante. Cet homme à la rose est bien plus charmant, plus élégant que toi. Il n’y a pas que lui d’ailleurs. Je suis courtisée par plein de bels hommes dans mon village. _ Alors pourquoi chaque fois que je suis en permission tu es toute disposée à me raccompagner, colle-t-il son torse contre son corps prêt à tomber à la renverse lorsqu’elle plaque ses jambes contre le lit à force de reculer ? _ Parce que c’est excitant de faire ça dans la maison d’un Saint d’or, lui susurre-t-elle sensuellement à l’oreille pour l’inciter à davantage d’animosité… » Rageur, Milo l’embrasse impudemment…
Plus bas, sur la place principale du Sanctuaire, dans la ville d’Honkios, Seiya court péniblement. A ses poignets et ses chevilles sont lestés de lourds poids. Il traverse la citée prête à accueillir la déesse Hébé sans se soucier de la mise en place des décorations. Il s’inquiète plutôt des personnes qu’il pourrait rencontrer : « Marin m’a averti que si je venais à croiser Shaina ou Cassios, je devais absolument poursuivre mon chemin sans broncher. » Il est également soucieux de son équilibre alimentaire car tant d’exercice nécessite un bon repas. Il passe donc sur le marché pour rencontrer Filia, sa jeune amie qui devine sur l’instant qu’il vient lui offrir un baiser en échange de victuailles. Ils se retrouvent à l’arrière de la petite boutique. Seiya est bien pressé, beaucoup plus que ne l’est Filia. _ « Est-ce que demain tu participeras au défilé, tortille-t-elle ses nattes brunes avec ses doigts ? _ Ca va pas non, se hâte-t-il d’achever la conversation d’un ton insolent ! J’ai autre chose à faire que de dérouler le tapis rouge aux autres ! Bon, j’ai faim moi, tu le veux ton baiser ? _ Dans ce cas je me demandais si tu serais disponible pour moi demain, écarquille-t-elle de joie ses grands yeux couleur prune ? _ Marin m’a accordé la journée pour perfectionner seul ma technique. Donc je pense que je peux être disponible. Pourquoi, l’interroge-t-il crédule ? La gamine rougie : _ Et bien parce que nous ne prenons jamais le temps de nous voir longtemps, rougit-elle ! Comme mes parents seront également au colisée je me suis dis que… _ Attends, recule-t-il d’un pas ! Ca ne fait pas partie du marché qu’on a fixé tous les deux. On s’en tient à notre baiser et c’est tout, lui arrache-t-il des mains le sac de nourriture ! C’est déjà assez répugnant comme ça. _ Ah c’est comme ça ! Je te rappelle que c’est toi le pauvre entre nous deux ! Quand tu en auras assez de chasser et de mourir de faim alors nous pourrons revoir notre marché, le chasse-t-elle furieuse. » Lui tournant le dos, elle rentre dans le commerce de son père pendant qu’il lui tire la langue : « Bientôt ce sera toi qui viendras pleurer à mes pieds parce que je serai un chevalier ! » Seiya n’a que faire de ses simagrées. Il hausse les épaules et pioche dans son panier, prêt à se rassasier.
Alors qu’il s’éloigne du village, quelques paroles l’interpellent : « en voilà un qui n’est pas comme les autres ! » Seiya se retourne brusquement, lâche son butin et se met en garde. Au milieu de la foule du marché, personne ne semble se soucier de lui. Il tourne la tête de gauche à droite puis de droite à gauche sans remarquer personne. Il fait la moue et s’accroupit alors pour ramasser son repas. Néanmoins, ce dernier a disparu. Seiya pivote sur lui-même. Il cherche partout en balançant ses yeux, en dévisageant tous les passants. _ « Quelqu’un se joue de moi, mais qui ? » Sans qu’il en perçoive le cosmos, une main vient se poser sur son épaule. Il fait un bond en avant et se met en position d’attaque. Il découvre son opposant, le sac de denrées à la main. Son visage est caché par un masque semblable à ceux de Marin et des autres femmes chevaliers. Deux fines mèches de ses cheveux couleur feu retombent sur son masque d’un blanc éclatant. Quelques motifs noirs semblent ciselés dessus. Le reste de sa longue chevelures qui descend jusqu’à ses jambes est coiffé par un diadème orné d’un animal volant, semblable à celui de la Cloth d’argent de Marin. Seiya essaie de découvrir ce que ces dessins peuvent bien représenter. Le noir et le blanc de son masque dominent largement l’armure du Saint. Par-dessus son court bustier aux teintes crème, une toison blanche couvre sa poitrine et le haut de son abdomen, laissant son nombril à l’air. Des ornements noirs gravés sur le plastron représentent des ailes déployées. Le haut de ses bras est couvert par des épaulettes aux nuances obscures, arrondies sur le dessus et aux pointes acérées sur leurs extrémités. Ses avants bras, nus, sont recouverts par des parures d’un noir de geai qui s’enroulent de ses poignets jusqu’à ses coudes. Une culotte métallique cuirasse son entrejambe habillé d’un court short moulant. Elle entoure sa taille et descend jusqu’à ses cuisses sous la forme d’un plumage blanc, pur et scintillant à sa base, se dégradant jusqu’au noir. La chair de ses jambes n’est protégée qu’au niveau des tibias, laissant ses jolies cuisses découvertes. Seiya est subjugué. Malgré le visage dissimulé de la jeune femme, il ne peut s’empêcher d’admirer le charisme qui émane d’elle. De son corps irradie un voile cosmique blanc aux reflets noirs. En aucun cas il ne s’agit d’un noir ténébreux. Non, de cette femme, se dégage un certain calme, une sérénité. Son cosmos vient bientôt englober le jeune apprenti qui en reste stupéfait. Les villageois observent la scène jusqu’à ce que le spectacle amène quelques gardes en faction à s’inquiéter. Ils écartent la foule. L’un d’eux se jette aux pieds du Saint : « Naïra, Saint de bronze de la Colombe, ce jeune opportun trouble-t-il les lieux ? » A l’annonce du prénom, Seiya comprend enfin, quelques souvenirs ressurgissent alors de sa mémoire : l’orphelinat, la Fondation Graad… _ « Ca ira soldats. Il n’y a aucune inquiétude à avoir. Je suis moi-même coupable d’avoir taquiné cet apprenti. » Le soldat agenouillé se relève alors et frappe dans ses mains pour inciter à la foule à reprendre son activité : « Et bien, et bien ! Il n’y a rien à voir, retournez vaquer à vos occupations ! » Les spectateurs se dissipent et les marchands crient à nouveau pour ameuter les clients. Seiya est à genoux. Naïra lui tend la main. _ « Naïra, rigole Seiya ! Je ne t’avais pas reconnu, la lui saisit-il ! Alors toi aussi tu es venue au Sanctuaire ! »
Dans les sous-sol de sa demeure, Deathmask arpente les fondations de la maison du Cancer. Il porte un plateau sur lequel sont posés une gamelle d’eau, un morceau de pain dur, une bougie qui éclaircit les lieux et une dizaine de feuilles qui semblent avoir été arrachées d’un recueil. Il atteint bientôt la geôle dans laquelle il retient prisonnière Lilith, l’ancienne prêtresse d’Athéna. La lourde porte couine et s’ouvre lentement. Tapie au fond de la pièce, assise sur le sol humide, les genoux rapprochés contre sa poitrine, Lilith est éblouie par la lueur de la bougie, trop habituée qu’elle est à l’obscurité. Deathmask s’avance alors jusqu’à elle tandis qu’un énorme rat traverse devant lui. L’animal, attiré par l’odeur du pain, espère sans doute pouvoir profiter d’autre chose que des habituels lambeaux de chair morte qu’il arrache des cadavres. Le Cancer abat avec une vitesse fulgurante son pied sur le rongeur. _ « Veinarde, tu as même un peu de viande pour accompagner ton morceau de pain. » Le sadisme de ses propos fait frémir la captive... Deathmask qui souriait jusqu’ici est ennuyé tout à coup. C’est la première fois qu’il se préoccupe des réactions de Lilith. Voici plus d’un mois et demi qu’elle est retenue ici. Chaque jour il lui dépose à manger et à boire. La chandelle apporte un semblant de lumière, mieux, d’espoir à Lilith. Mais il la voit surtout comme un outil lui permettant de lire les pages qu’il lui apporte lors de ses visites. Il pose alors devant elle le plateau et ramasse celui de la veille. Il ne reste dessus que la gamelle vide, la cire fondue et les pages froissées après avoir été dûment examinées par la lectrice. Avant de partir, Deathmask inspecte Lilith, toujours nue depuis son incarcération. _ « Ton corps s’est bien remis du traitement que tu as reçu à ton arrivée. Tu ne portes plus aucune marque, se relève-t-il. Je suis ravi que tu ailles mieux, lâche-t-il difficilement en la renfermant. » Aussitôt la porte close Lilith, immobile jusqu’ici, se jette sur le morceau de pain dur.
Dehors, Deathmask colle sa tête contre la porte en acier forgé. Il est tourmenté par la présence de la belle prisonnière. Subitement, il s’adresse à un visiteur qu’il avait fait mine jusqu’ici de ne pas avoir ressenti. _ « Elle n’est pas encore prête Aphrodite ! _ Tiens donc, arrache le visiteur de ses lèvres un pétale de rose ! C’est elle-même qui te l’a dit, la souffle-t-il à son ami ? Je te trouve bien magnanime avec elle. Cela ne te ressemble guère, suspecte-t-il. » Il avance jusqu’à lui et lui baise la joue afin de détourner son intention. Le temps que Deathmask recule la tête pour refuser l’échange, il remarque qu’Aphrodite a pris possession des précédentes pages qu’il avait laissées à Lilith et que celle-ci avait reposé sur le plateau de la veille. _ « … Me voici donc revenu chez moi, en Sicile, sur ordre du Pope, lit Aphrodite à voix haute. Ce petit Japonais qui se nomme Mei veut devenir Saint et je suis chargé de le former. Il semble chétif et insignifiant. Je suis déjà agacé rien qu’à l’idée de perdre mon temps avec ce microbe qui ne tiendra pas deux jours après les exercices que je lui réserve. Je suis certain de perdre mon temps en ces lieux qui n’évoquent pour moi que de mauvais souvenirs. Moi, l’assassin, je ne peux fermer l’½il de la nuit lorsque je suis ici. Cette cabane, cette chaleur, ce lit et ces deux croix en haut de la colline où reposent leurs cadavres. Cà me hantent. J’ai le sentiment que les âmes de mes deux premières victimes me poursuivent à chaque fois que je reviens en ce lieu. Cancro et Lilith sont les seuls masques de mort qui n’ornent pas la quatrième maison du zodiaque. Il semblerait que dans leur goût de la perversion ils prennent plaisir à ce que leurs esprits torturés restent aux portes du puits de la mort… » Aphrodite est interloqué. _ « Cancro et Lilith ! Tu as connu une Lilith ?! » Deathmask braque son regard sur les feuilles de papiers tenus par son ami. D’un clignement d'½il celles-ci s’enflamment. _ « Il semblerait que ce soit là des traces d’un passé que tu voudrais oublier, lâche-t-il aussitôt les feuilles enflammées en se frottant les doigts. Je comprends maintenant pourquoi tu as une attention toute particulière envers cette femme depuis que je l’ai baptisé Lilith. J'en déduis donc que ta prisonnière ne nous servira pas de jouet comme cela aurait dû être le cas, se résout-il. Tu as d’autres projets pour elle n’est-ce pas ? »
Devant le silence de son complice, Aphrodite quitte la maison du Cancer. _ « Bien, soupire-t-il, je vais profiter de ma journée de permission pour me trouver ma petite Lilith à moi dans un village du domaine sacré… _ Demain le Grand Pope a tenu à ce que Shura, toi et moi soyons à ses côtés pour participer à la Journée Sainte. Nous connaissons la véritable personnalité du Pope. Quant à Shura il n’a d’yeux que pour lui à tel point qu’il ne se doute même pas de son imposture. Les autres Saints d’or doivent veiller sur leur temple par sécurité. Pourquoi crois-tu qu’il a réuni autour de lui ses deux tueurs et le Saint qui se dit le plus fidèle à Athéna ? _ La déesse Hébé sera là demain, pose-t-il son doigt sur sa bouche. Elle voudra à tout prix rencontrer Athéna. Or, personne ne l’a jamais vu. Le Pope refuse que quiconque l’approche. Il risque donc d’y avoir des étincelles, conclut-il. » Après cette annonce, Deathmask semble retrouver le sourire. Aphrodite s’éloigne. Avant de n’être plus qu’un point à l’horizon sa curiosité reprend le dessus. _ « Ce Japonais que tu devais entraîner… Mei ! Au bout de combien de jours est-il mort ? _ Il ne lui a fallu que deux ans pour devenir Saint. A l’époque, le Pope m’a appris qu’un apprenti venait de débarquer en Sicile. Puisque j’étais originaire de ce lieu, j’ai eu ordre de l’instruire et de le préparer à endosser son armure, la Cloth de la Chevelure de Bérénice ! Il était dit que cette armure était inclassable, qu’Athéna l’avait faite fabriquer dans des conditions autres que celles d’or, d’argent ou de bronze. Mais lorsque Mei est devenu Saint de la Chevelure de Bérénice, j’ai pu admirer cet habit. La réalité est tout autre que la légende. Il ne s’agissait en réalité que d’une vulgaire armure de bronze avec néanmoins des aptitudes particulières. Des aptitudes qui font aujourd’hui de Mei le gardien du mont Etna. Là où est gardé Typhon, le dieu des géants… _ Deathmask, reprend Aphrodite d’un ton éc½uré ! Ne parle plus jamais de cet enfant ! En prononçant son nom tu affiches un sourire niais qui te ferait presque passer pour un être faible et aimant ! » En effet, l’espace d’une seconde, Deathmask a semblé humain. Mais il se ressaisit aussitôt et regarde fièrement les Poissons quitter les lieux.
Dans sa maison, appelée par le cosmos de Milo, la Cloth du Scorpion vient recouvrir son corps. _ « C’est toujours impressionnant de vous voir porter cette armure, admire Inakis qui connaît pourtant très bien la scène. _ Tu me dis ça à chaque fois et ce, depuis notre première rencontre, sourit-il. _ Te rappelles-tu de la première nuit que nous avons passée tous ensemble, semble-t-elle mélancolique ? _ Bien sûr. Camus et moi venions d’être nommés Saints d’or. Nous sommes montés jusqu’au nord dans votre village pour nous amuser dans une vieille taverne. Nous n’étions que de très jeunes enfants. Tes amies et toi vous nous invitiez à danser et chaque fois nous refusions votre offre… _ C’est vrai que Camus et toi êtes très discrets… _ … Au final nous vous avons raccompagné par sécurité après qu’une bagarre ait éclaté entre deux villageois. En chemin nous avons fait connaissance et nous avons passé la nuit à discuter puis nous nous sommes assoupis dans le foin d’une grange… _ … Depuis nous ne nous sommes jamais quittés. Les années ont passées. Vous êtes tous deux devenus de beaux jeunes hommes… _ … et vous de jolies demoiselles. Les nuits ont défilé et nous sommes devenus adultes dans les bras l’un de l’autre. Pour qu’au final… _ … pour qu’au final nous nous retrouvions toujours à deux Milo ! » Milo constate alors qu’Inakis et lui entretiennent plus qu’une simple amitié améliorée. Alors qu’il a déjà profité des plaisirs de la chair en compagnie des camarades d’Inakis et que cette dernière a également offert son corps à Camus, cela ne les a jamais empêchés de se retrouver. Milo sent son c½ur cogner dans sa poitrine. Inakis renchérit et dévoile ses sentiments. _ « Je t’aime depuis toujours Milo. J’ai souffert de te voir t’amuser avec nos amies, j’ai regretté que tu me partages avec Camus que tu considères comme ton alter ego, mais je suis toujours là, espérant qu’un jour enfin tu me traites avec plus d’égards. Je ne veux plus être ta chose ! » Inakis se tient allongée sur le côté, étendue de tout son long, le corps nu, gracieux, ravissant. Sa tête repose dans la paume de sa main accoudée sur l’épais matelas du Scorpion. Milo la toise. Il ne peut décrocher aucun mot. Il est perdu, anéanti. Ce sentiment il ne l’a éprouvé jusqu’ici qu’envers Camus. Cette sensation agréable et inexplicable qui se nomme amour lui donne l’impression de tromper son compagnon. Inakis se navre et attend une réaction qui ne vient pas. Néanmoins, elle reste fière. Elle ne laisse s’échapper aucune marque de chagrin bien qu’elle sente son âme se déchirer peu à peu à mesure que le silence s’éternise. Elle se redresse dignement et saisit ses vêtements qu’elle revêt aussitôt. Sans un regard pour son amant, elle quitte la chambre…
Empruntant le passage secret, elle quitte le chemin des douze maisons. Les autres Saints d’or qui veillent sur leur demeure ne se préoccupent guère de la femme qu’ils voient souvent monter avec Milo. Tous la laissent quitter les lieux sans s’en inquiéter. Tous. Sauf Aphrodite. Derrière l’une des colonnes du temple du Cancer, il observe la belle partir les larmes aux yeux…
Plus bas, à Honkios, Seiya et Naïra se sont écartés de la zone principale. Ils sont posés dans les champs de ruines où s’entraînent les apprentis. Lui, adossé les mains derrière la tête contre une roche qui le tient à l’ombre. Elle, accroupie dos à lui, son masque déposé à côté d’elle, elle pioche dans le sac quelques aliments qu’elle s’empresse de dévorer. _ « Je ne te savais pas si affamée ! _ Je suis restée en mer pendant des semaines. Je reviens d’une mission en Inde. Une résistance est menée contre les forces d’Athéna et il a fallu que nous renforcions nos lignes en envoyant de nouveaux hommes. J’ai donc mené quelques escadrons en espérant terminer ma mission à temps pour participer à la Journée Sainte de demain. _ Je suis surpris de trouver un autre orphelin recueilli par la Fondation Graad au Sanctuaire ! Je pensais être le seul ici. _ Tu serais surpris de savoir combien nous sommes d’enfants de la fondation à avoir été envoyés ici ! Mitsumasa Kido a envoyé cent orphelins aux quatre coins du monde. Toutefois il n’existe pas cent armures sacrées. Certains orphelins ont donc été regroupés dans les mêmes camps. Pour faciliter l’organisation des voyages, Kido a fait ordonner à ce que les enfants soient réunis par groupes de dix pour tirer leurs destinations. Il s’était renseigné sur tous les centres d’entraînement connus et les avait réunis dans la boîte dans laquelle nous avons tiré au sort. Chaque fois qu’un groupe de dix enfants était passé, les boules étaient reversées dans l’urne, prête à être retirée en fonction de la constellation protectrice du futur apprenti… " _ Tu veux donc dire que… _ Oui ! Le destin, ou plutôt la volonté d’Athéna, a conduit chaque enfant dans un camp où l’armure correspondant à sa constellation protectrice se trouvait. Rien n’est dû au hasard ! Au total, finit-elle de déjeuner, nous sommes sept enfants a avoir été envoyés au Sanctuaire. Je suis arrivée ici quelques jours avant toi en compagnie de deux d’entre nous, cache-t-elle à nouveau son visage avant de lui faire face. Le Pope nous a reçu et a senti en nous quelle était notre constellation protectrice. Comme je suis une fille j’ai immédiatement été envoyée au centre d’entraînement des femmes. Le Grand Pope a ensuite confié un des deux garçons au Général Gigas. Tu l’as bien connu, tu te bagarrais souvent avec lui, Toki. Il a péri durant sa formation, l’autre fut envoyé auprès d’un chevalier qui garde un village de l’est du domaine. Actuellement il poursuit son apprentissage. Tu étais parmi les quatre enfants arrivés chacun avec un jour de décalage par rapport à l’autre juste après nous. Le premier est également né sous la constellation de Pégase et a été tué par un concurrent que tu connais déjà très bien, Cassios. Le second a vite abandonné et a préféré consacré sa vie à l’adoration d’Athéna. Il suit la voix des sages pour devenir prêtre d’Athéna. Le troisième n’a pas réussi à dépasser le stade de simple soldat. Il a intégré la garde. Tu es donc le quatrième, toujours apprenti toi aussi. _ Je suis surpris que tu saches tout ça ! Déjà à la Fondation Graad tu étais toujours là pour veiller sur nous. C’est peut-être le fait que tu sois l’enfant la plus âgée du centre. Tu me rappelais souvent ma grande s½ur, Seika, sauf que tu as un an de plus qu’elle. D’ailleurs tu es forte comme elle ! Tu es vite devenue Saint ! _ Il ne m’a fallu qu’une année pour devenir Saint. Les leçons reçues dans un camp pour femmes sont très sévères. La concurrence est féroce. Mais Rebecca Saint de bronze de Cassiopée et Mayura Saint d’argent du Paon ont rapidement cru en moi. C’est dans ce camp que j’ai fais la rencontre de Marin. Lors de ses visites je prenais souvent de tes nouvelles. J’ai toujours gardé un ½il sur vous tous. _ L’armure de la Colombe se trouvait cachée dans le centre des femmes chevaliers ? _ Bien sûr que non. Nous effectuons sur ce terrain interdit aux hommes notre instruction puis, lorsque nous nous sentons prêtes et que le Général Gigas accepte notre requête, nous sommes confrontés aux autres aspirants à cette armure. Dans le quartier des femmes je concourrais seule pour la Cloth de la Colombe. Toutefois, chez les hommes, le nombre d’opposants restant s’étendait sur une dizaine. Le Général Gigas nous fit regroupés dans le colisée et organisa une lutte à mort entre tous les élèves. Il fit venir la Pandora Box de la Colombe pour nous l’exposer et justifier cette mise à mort. Je fus la seule survivante et la Pandora Box s’ouvrit aussitôt pour me reconnaître comme son maître. _ Incroyable, est subjugué Seiya ! Maintenant que tu as gagné ton armure, change-t-il néanmoins de sujet, pourquoi ne rentres-tu pas au Japon comme on nous l’a demandé lorsque nous sommes partis ? _ Tout simplement parce que rien ne me manque dans ce pays. Je suis Nord-Coréenne. Mes parents m’ont confié à Mitsumasa Kido pour m’éviter d’être massacrée avec eux par la milice. Toutefois Kido n’eut jamais autant d’amour pour moi que pour sa petite-fille, Saori. Il m’a toujours considéré comme… comme… _ Comme une simple orpheline, comme nous. _ Oui ! C’est d’ailleurs pour cette raison que je veillais sur vous, je me sentais au dessus des lois de Tatsumi et des autres valets grâce aux conditions de mon adoption. Je voulais vous apaiser. Maintenant, j’ai trouvé au Sanctuaire mon propre réconfort. Mes pouvoirs ne m’obligent plus à être dévouée à la Fondation Graad. Protéger cette terre de part mon statut de Saint m’oblige à me consacrer à une mission bien plus grande que la volonté de ce vieux monstre. Je pense d’ailleurs que dans les autres camps d’entraînements annexés par le Sanctuaire où ont été envoyés nos amis, parmi ceux qui auront survécu, peu retourneront au Japon. Il ne faut pas se leurrer. Nous étions cent orphelins pour 88 armures existantes. Et certaines avaient déjà un propriétaire. _ Je me souviens des propos de Tatsumi. Il disait que seuls ceux qui reviendront avec une armure sacrée seront acceptés. _ C’est pour cela que ceux qui sont devenus servants, soldats, prêtres ou même esclaves ne rentreront pas. Alors qu’est-ce qui te pousse à vouloir repartir là-bas ? _ Ma s½ur ! Kido m’a promis de me laisser retrouver ma s½ur si je lui ramenais une armure sacrée. _ Tout cela pour une femme ! Tu n’as pas changé ! Déjà petit tu étais entouré par les filles de la fondation. Il y en avait même une qui venait de ton orphelinat en cachette pour te voir. La petite Miho je crois. Et au Sanctuaire je te retrouve avec cette fille de marchand ! _ Je m’en fiche de cette fille du marchand, Filia, fait-il le sale garnement ! Quant à Miho elle ne faisait que pleurnicher ! Je veux juste retrouver ma s½ur. _ Ah mon petit bonhomme, rigole son aînée de quatre ans ! Tu verras que tu regretteras de ne pas avoir accepté la proposition de cette petite Filia. Allons viens, passe-t-elle affectueusement sa main sur son épaule pour le serrer contre elle, je t’ai entendu dire que la Journée Sainte ne te passionne pas ! Je vais te faire visiter l’arène dans laquelle va se dérouler la fête, je suis certain que tu vas changer d’avis… »
Dans une basse cour d’un village du nord du Sanctuaire, Bifolco, Inakis la paysanne, lance du grains à ses poules. D’une voix morne, toujours fâchée après Milo, elle observe les volatiles se jeter sur la nourriture : « Allons, allons, ne vous battez pas, il y en aura pour tout le monde. » Soudain, lorsqu’elle tourne la tête, elle est éblouie par la lumière du soleil qui se reflète sur une armure. Connaissant immédiatement une armure d’or, toute heureuse, elle court vers Milo. _ « Je savais bien que tu profiterais de ta journée de permission pour te faire pardonner. Tu ne pouvais pas me laisser comme ça. _ Désolé de vous décevoir mademoiselle, la fait déchanter la voix des Poissons. Connaissant quelque peu le chevalier du Scorpion, je ne crois pas me tromper en avançant qu’il ne viendra pas vous trouver ici. Pourtant, la regarde-t-il stopper sa course abattue, je vous prie de bien vouloir croire que si c’était moi qui avais bénéficié de deux jours de permission auquel a eu droit mon frère d’arme, vous ne seriez pas en train de distribuer de la pitance à la volaille. A moins qu’après avoir passé une seule journée avec vous, Milo soit trop épuisé pour passer la seconde à vos côtés. » Il avance gracieusement jusqu’à elle. Arrivé à sa hauteur, il ouvre délicatement la paume de sa main pour laisser jaillir une superbe rose rouge. Elle est subjuguée par ce Saint si bien qu’elle n’ose pas bouger. Il en profite pour lui ôter sa coiffe blanche. Ses cheveux soyeux se démêlent et glissent sur ses épaules avant de retomber dans son dos. _ « Mes propos étaient déplacés tout à l’heure, lui souffle-t-il à l’oreille en accrochant la fleur dans ses cheveux vert olive. Vous êtes certainement la femme de la campagne la plus sophistiquée qu’il m’ait été donné de rencontrer. » Elle paraît totalement enivrée. Il choisit donc cet instant pour approcher ses lèvres des siennes. Elle laisse son instinct la guider. Il l’embrasse alors langoureusement et commence à coller son torse recouvert d’or contre sa frêle poitrine. Il pose ses mains sur les hanches de la belle et les descend petit à petit pour saisir la robe qu’il remonte pli par pli jusqu’à ce qu’il puisse caresser son corps angélique. Il interrompt tout à coup ce premier baiser pour s’admirer dans les yeux contemplatifs de sa future conquête. C’est à cet instant qu’elle lui sourit. Elle avance son visage vers l’oreille droite d’Aphrodite qu’elle mordille tout en l’embrassant. _ « Oh Aphrodite, souffle-t-elle sensuellement… » Le Suédois s’amourache de lui-même une fois qu’il a le sentiment qu’Inakis le vénère. _ « Oui divine créature, dis-moi tout… _ … crois-tu vraiment qu’après m’être faite avoir par Camus et Milo je vais tomber dans le piège d’un beau parleur tel que toi, écarquille-t-elle les yeux en prenant subitement un ton révolté ! » Aphrodite en reste stupéfait : « Aucune femme ne m’a repoussé jusqu’ici. Et voilà qu’une campagnarde vivant dans la bouse rejette l’élégance à l’état pur, songe-t-il ! » _ « A qui crois-tu avoir affaire ? Je ne suis pas un simple rustre comme Milo ou Camus moi ! Je suis une incarnation de la beauté. Mieux, je suis à la beauté ce qu’Athéna est à la sagesse. _ Chevalier, avec tout le respect que je te dois, la beauté est celle qui en plus du corps honore l’âme. J’ai vu des estropiés de guerre ayant bien plus d’élégance que toi. Alors bien entendu que tu es bel homme et j’avoue d’ailleurs que tu es celui dont le physique est le plus flatteur. Pourtant, je ne ressens aucune chaleur humaine en toi. J’ai essayé de me convaincre de voir au-delà de mon ressenti, mais en t’embrassant j’ai perçu qu’aucune compassion si ce n’est pour toi-même ne pouvait vivre dans ce corps aussi parfait soit-il. _ Bougre de paysanne, s’offense-t-il ! Comment une campagnarde comme toi ose me tutoyer et me traiter de la sorte ? _ Voilà donc la véritable personnalité d’Aphrodite des Poissons. Sa nature tout à fait contraire à son physique. Un odieux animal dans un corps d’Apollon ! » Aphrodite est saisit par les propos d’Inakis. Il en prend acte et décide de passer aux choses sérieuses de façon plus subtile. _ « Bien, je vois que tu t’entêtes à te rebeller contre l’autorité de nos terres. Je t’avais dis de te méfier de mes roses, on ne sait pas ce que peuvent provoquer leurs épines. » Après avoir prononcé ces paroles, la rose déposée dans les cheveux d’Inakis se décroche et tombe en lui éraflant le dos. Une petite piqûre la démange aussitôt. Aussitôt, l’étincelle de vie dans ses yeux se craquelle. _ « Tu vas donc subir ma sentence et t’éteindre à petit feu, lance-t-il cruellement. Le poison de ma rose va contaminer ton sang. Une fois ton c½ur infecté, ton corps sera totalement soumis au venin mortel d’une simple épine et tu mourras non sans souffrances. » La pauvre fille sent déjà ses membres se raidir. _ « Dans mon immense bonté, hume-t-il une de ses roses, j’ai fais en sorte que le poison de cette fleur soit à effet tardif. Tu mourras à petit feu. Ne suis-je pas bon ? Tu vas pouvoir profiter plus longtemps de la vie, rit-il avec sarcasme. Pour moi la beauté ultime, souffle-t-il à l’oreille de la pauvre tétanisée, au-delà du physique et de la personne, c’est la victoire. Et, la saisit-il par la mâchoire avec un ton menaçant, jamais je ne laisserai quiconque me la voler. Surtout pas des pécores de ton genre. » Il jette la pauvre au sol et, dans un tourbillon de roses disparaît. La courageuse demoiselle puise au fond d’elle pour se hisser au pied d’une grange situer à une dizaine de mètres de la basse cour où elle s’est effondrée.
Le soleil commence à se coucher. La belle Inakis sent ses forces la quitter. Assise au pied de la grange, elle regarde le soleil se cacher derrière les montagnes. Ses yeux sont pleins de rêves. Elle semble se remémorer d’agréables moments. Le vent se lève et balaie ses cheveux dénoués. Le sang contaminé l’affaiblie considérablement. Sa peau est glaciale. De plus, le vent printanier ne l’aide pas à supporter la douleur. Cependant, les souvenirs lui font oublier le mal. Elle revoit Milo lui courir après avec les autres alors qu’ils n’étaient que des enfants tandis que Camus restait à l’écart à les regarder sans lâcher le moindre sourire. Son esprit vagabonde et elle repense à cette nuit où après la bagarre à la taverne, ils s’étaient cachés dans cette grange où ils avaient passés tous ensemble leur première nuit. Elle ferme les yeux et revit ce premier baiser que Milo lui avait offert un soir où il la raccompagnait au village. Dépourvue de force, elle s’allonge dans le foin, le sourire aux lèvres. Elle se remémore la première nuit d’amour qu’elle a vécu. Milo devait aller chercher Camus revenu d’une mission et elle l’avait accompagné. Une fois réunis les deux amis s’étaient pris dans les bras avant de la reconduire chez elle. Arrivé exactement à l’endroit où elle vient de s’étendre, Milo lui avait ôté sa robe tandis que Camus observait l’accolade qui devenait torride. Alors qu’Inakis était couchée sur le dos, les jambes entourant la taille de Milo, il lui offrait tout son amour. Les yeux de la belle, soudain un peu plus adultes, étaient braqués sur le Verseau qui observait inlassablement leurs ébats. Elle ressent encore à quel point le rapport entretenu à ce soir là avec Milo fut ardent, et aussi à quel point Camus l’intriguait. Une fois que le Scorpion avait eut fini de lui offrir ses soins, elle s’était levée, hésitante et curieuse, et s’était approchée nue du français. Elle avait posé sa main sur son visage. Il la lui avait aussitôt prise pour la baiser. Ses lèvres étaient froides et douces comme du cristal. Tandis que sa bouche remontait le long de son bras pour s’emparer de son cou, elle avait enroulé ses bras autour du Verseau qui s’était dévêtu. Il allongea à son tour la belle dans la paille pour lui offrir un long moment de douceur et de complicité en compagnie de Milo. Les battements de c½ur de la pauvre commencent à ralentir. Elle revoit très clairement les regards plein d’amour que s’échangeaient Camus et Milo lorsqu’ils étaient avec elle. Elle ressent encore le désir qui la parcourait lorsqu’ils plongeaient tous deux dans ses yeux … _ « Inakis, murmurait Milo… » Alors que tout disparaît autour d’elle, cette voix, celle de son amour de toujours, lui semble encore si réelle. _ « Inakis, insiste-t-il ! » De ce corps chaud qui cueille la main émane un trop grand cosmos pour que ce ne soit qu’un mirage. Inakis peine à ouvrir les yeux. Sa vue est floue, pourtant elle distingue Milo qui la relève. C’est la première fois qu’elle lit la peur sur le visage du Scorpion. _ « Que t’arrive-t-il Inakis ? Réponds-moi je t’en prie ! _ Ne t'ombrage pas mon héros, tremble-t-elle avec souffrance. Je m’en vais heureuse, heureuse de mourir dans tes bras, lui caresse-t-elle le visage. _ Non ! Ne pars pas ! Pas comme ça ! Je venais… Je venais… » Les paupières d’Inakis se referment lourdement. _ « Je venais te dire que je t’aime aussi, achève-t-il sa phrase en laissant couler une larme sur sa joue. » Inakis lâche un dernier soupir. Elle sert la main du Scorpion venu s’excuser pour leur dispute quelques heures plus tôt. Après une telle déclaration, elle part, le visage radieux. Son c½ur ne bat plus. Milo la regarde en la maintenant de longues secondes, inerte, dans ses bras. La larme qui a coulé commence à sécher. Il retient ses sanglots et reste debout durant de longues minutes sans penser à rien. Il se redresse enfin en la gardant à bras. Sa mâchoire est serrée, son regard est ferme, ses pas sont déterminés. Il allonge le corps de la défunte au beau milieu de la vieille grange sur un manteau de foin qu’il a amassé. Il écarte une mèche de cheveux de son beau visage apaisé avant d’y déposer un baiser. Puis, reculant de quelques pas, il enflamme son cosmos tandis que son ongle s’allonge. Il en sort une radiation cosmique qui vient frapper le fourrage. Celui-ci prend aussitôt feu.
Une fois dehors il retire le casque de son armure et observe un brasier immense se développer rapidement. Les flammes lèchent déjà les structures de bois qui menacent de rapidement s’écrouler sur l’autel de paille où le corps de la belle gît, la mine apaisée. Il incline sa tête tout en restant digne. _ « Inakis, toi la seule femme que j’ai aimée, sauras tu me pardonner de t’avoir laissée mourir de désespoir ? L’amour que je porte à mon fidèle compagnon a voilé les sentiments que j’éprouvais pour toi. Il aura fallu que je sente ta santé en déclin pour m’apercevoir que j’étais dans l’erreur. Je t’ai tuée sans même m’en apercevoir. C’est pourquoi je jure sur Athéna de t’aimer pour toujours et d’attendre que la mort vienne me cueillir pour te retrouver dans le royaume des morts. A compter d’aujourd’hui je ne crains pas la mort, puisque l’enfer sera notre paradis. Je t’aime Inakis. » L’incendie ameute tous les villageois. Depuis le centre du Sanctuaire, occupé à répéter la parade, Apodis peut apercevoir l’épaisse fumée envahir le ciel. Milo, noble Saint d’or du Scorpion, se tient droit. Il ne pleure plus. Les poings serrés, il est simplement furieux envers lui-même. Furieux d’avoir laissé Inakis mourir d’amour, ignorant qui est le véritable responsable de ce décès.
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« le: 19 Avril 2010 à 16h25 »
Chapitre 3 Dans le Sanctuaire enneigé, Aiolia entame la montée des marches des douze palais afin de regagner son temple. Arrivé au seuil de la première maison, il remarque des traces de pas ancrées dans la poudreuse bien plus larges que celles des gardes. Ces mêmes pas stoppent devant la maison du Taureau où l’attend Aldebaran. _ « Je ne savais pas que tu étais toi aussi en permission aujourd’hui… » Le Brésilien a les cheveux trempés par la neige fondue. Il porte un long manteau pour cacher ses bras nus et son torse habillé d’une légère tunique pourpre. Il tient dans ses mains le gros panier en osier qui lui sert à se ravitailler au village. _ « … si je l’avais su je t’aurais emmené avec moi dans un village du centre du Sanctuaire. Je connais un marchand qui fait venir par galère un vin français dont tu me diras des nouvelles. » Toujours joyeux, Aldebaran s’étonne toutefois de ne pas voir Aiolia dans le même état d’esprit. Il lui dépose alors une lourde tape sur l’épaule et, tout en le serrant, soulève son sac pour avancer jusqu’à sa chambre. Assis sur une des deux chaises que contient la chambrette, Aiolia, la mine abattue, remarque à quel point le décor et les objets mis à la disposition d’Aldebaran, sont semblables aux siens. Après tout il en est de même dans toutes les maisons du zodiaque. Brusquement, le colosse sort Aiolia de ses pensées en claquant deux verres sur la table, puis les retournent pour y verser du vin. _ « Tu ferais bien d’y goûter. Tous les habitants du domaine sacré se rendent dans ce village au moins une fois dans leur vie pour goûter à ce vin succulent. » Aiolia tient son verre mais ne boit pas. Inquiet, Aldebaran examine alors son ami et tente de découvrir ce qui tracasse le fauve. _ « Il est rare que nous, les Saints d’or, ayons des permissions. En général on en profite pour remplir notre garde manger. Autrefois tu chargeais tes servants de faire les courses pour toi, c’est un fait. Pourtant aujourd’hui Galan et Lithos ne sont plus là et tu es revenu les mains vides ! J’imagine donc que cette descente auprès du peuple était destinée à rendre visite à quelqu’un en particulier. » D’une traite, Aldebaran vide son verre et s’en resserre un aussitôt. _ « Hum… Divin ! Absolument divin ! Les dieux eux-mêmes devraient nous punir pour goûter à un vin meilleur que le leur ! Ah… Ah… Ah… _ Marin ! L’objet de mes descentes aux villages… c’est Marin, confesse Aiolia en souriant enfin devant la décontraction du Taureau. _ Hum… Marin… Le Saint d’argent de l’Aigle ? Serait-ce avec elle que tu as fait équipe lors de la Guerre contre les Titans ? » Aiolia hoche discrètement la tête en guise d’affirmation. Face à lui, le Taureau dans un éclat de rire dont il a le secret s’enthousiasme. _ « J’en étais sûr ! Vous aviez l’air bien trop complice pour qu’il n’y ait rien derrière ! Ah… Ah… Ah… _ Le souci c’est que lorsqu’un homme et une femme Saints s’aiment, la complicité n’arrange guère les choses. » Reprenant son sérieux, Aldebaran lui rappelle alors une vieille loi qui lui a été apprise il y a des années. _ « Le Sanctuaire a un code de l’honneur très strict envers les femmes Saints. Il en est de même pour les couples au sein de l’armée d’Athéna. Lorsqu’une femme Saint perd son masque lors d’un combat contre un homme, il ne lui reste plus que deux alternatives : soit l’aimer, soit le tuer. Dans le cas où elle choisirait la première solution, alors, si l’homme en question est un Saint, le couple doit être béni par Athéna ou son représentant direct, le Grand Pope. Mais pour cela, il faut qu’un des deux chevaliers renoncent à son statut car Athéna privilégie l’amour. Elle ne peut accepter de voir un couple participer à une guerre, pouvant laisser derrière eux de futurs orphelins. Pour avoir la bénédiction d’Athéna, il faut donc que l’un des deux Saints renoncent à son devoir et confie son rôle à un autre. _ En clair, il est facile pour un Saint d’obtenir la bénédiction du Pope ou d’Athéna s’il aime un villageois. Par contre, dans le cas où les deux amants sont des Saints, la décision à prendre est sans équivoque, finit d’engloutir son verre Aiolia. _ Si je comprends bien, ni Marin ni toi n’êtes prêts à abandonner votre titre de Saint. _Nous attendons tous les deux beaucoup de notre statut. A tel point qu’il n’est pas concevable aujourd’hui, de nous en défaire. _ Je sais que tourner la page ne sera pas chose aisée, remplit de nouveau le verre de son ami Aldebaran. Je ne sais pas comment t’y aider, mais si tu veux prendre tes distances, sache que l’occupation du Sanctuaire au Mont Kailasa dans l’Himalaya, en Inde requiert la présence de nombreux Saints. Le Dieu Shiva est retenu prisonnier dans son château pour avoir voulu attaquer notre domaine sacré. _ Il est vrai que cette bataille n’a pas fait grand bruit. Le Pope a très vite réagi en passant à l’offensive. _ Shiva a perdu les deux tiers de sa garde. Il est le seul dieu indien à se réincarner depuis des millénaires. Les autres dieux ont préféré confier la terre aux hommes en se retirant au Panthéon Indien, semblable à l’Olympe de Zeus. Toutefois, le Grand Pope souhaite maintenir la paix dans ce territoire en l’annexant au nom d’Athéna. _ Mais enfin c’est insensé ! Que ce soit au Royaume d’Asgard, au Mont Kailasa ou auprès des domaines d’autres dieux mineurs, tous les peuples reconnaissent déjà l’autorité du Sanctuaire ! _ Malheureusement non puisque Shiva a justifié sa tentative de rébellion en prétendant que le Sanctuaire était corrompu par le mal. _ Et pendant ce temps le peuple indien souffre de cette guerre. Je n’irai pas perpétuer la volonté du Pope si cela fait souffrir des innocents. Qu’il se trouve quelqu’un d’autre ! _ Je pense qu’il n’aura pas de mal à le faire. Le Grand Pope a fait envoyer un messager auprès de Shaka de la Vierge. Il est en pèlerinage en Inde, sur sa terre natale, en compagnie de ses disciples. Il a ordre de se rendre au Mont Kailasa pour aider nos hommes encore sur place à gérer la révolte initiée par Shiva…
Plus haut, après de longues heures passées à courir inutilement, la prêtresse victime de Saga trouve enfin la sortie du sous-sol de la maison du Cancer. Elle regarde le plafond et distingue la lueur du jour à plus de cinq mètres de là. Elle a deviné que rien ne lui permet de se hisser jusqu’au seul accès vers sa liberté. Sans forces, les yeux mornes, le corps trop lourd à supporter, elle ne pense plus. Son cerveau perçoit les sons transmis par son conduit auditif sans pour autant qu’elle ait envie de les analyser. Les bruits, ceux de talonnettes en métal, semblent se rapprocher. _ « L’indigente, s’amuse Aphrodite ! Elle a couru pendant des heures en poursuivant un doux rêve ! Elle ne sortira jamais d’ici. » Passant aux choses sérieuses, Deathmask lui harponne le bras et la traîne sur plusieurs mètres et durant de longues minutes, le temps de traverser sa cave. Apathique, elle se laisse faire. Ses pieds et ses jambes frottent sur le sol. Ils s’écorchent. Saignent.
Derrière, Aphrodite les suit en tenant une rose devant son nez pour ne pas sentir l’odeur putride qui baigne les lieux à mesure qu’ils s’engouffrent dans les ténèbres. Tous trois débouchent enfin sur une lourde porte métallique qui résiste tout d’abord à Deathmask, avant de s’entrouvrir en grinçant après qu’il force dessus. De la pièce que la porte renferme, sort un homme décharné. Il rampe sur le sol en se tirant à l’aide du seul bras qu’il lui reste. L’intérieur de la porte est lardé de traces d’ongles que ce prisonnier n’a pu faire seul. Cette dépouille ambulante a le visage et le corps rongés d’hématomes. Il pousse un râle incessant. Ses yeux et sa langue lui ont été ôtés. Sur le sol, la nouvelle pensionnaire regarde le macabre spectacle sans même réagir, comme si elle accepte le destin que lui voue le Cancer. _ « Voici des mois que je n’étais pas descendu en ces lieux, s’en amuse Deathmask ! Je l’avais presque oublié ! A en voir le châtiment que je lui ai réservé, il doit s’agir d’un Ksha du dieu Shiva. _ Ce dieu indien a voulu attaquer le Sanctuaire en prétextant que notre ordre était corrompu ! La volonté du Pope a été celle du plus fort ! Nous avons écrasé ce peuple et depuis nous occupons le royaume de Shiva, approuve Aphrodite. La bataille fut de courte durée. Si je me souviens bien seuls Shura et toi furent appelés à conduire nos armées ? _ C’est exact ! J’en ai donc profité pour ramener un souvenir de guerre. Je te présente Horyo, le Ksha le plus puissant de l’ordre de Shiva. » Horyo meugle de douleur. Celui qui faisait la fierté d’un peuple démuni et qui espérait rétablir la vérité au Sanctuaire en est réduit à se traîner nu, couvert de honte. _ « Je ne te cache pas qu’il nous a donné du fil à retordre, poursuit Deathmask. Heureusement, Shura l’a affaibli en lui tranchant un bras et les jambes. J’ai gardé sa dépouille histoire de récolter un maximum d’informations sur Shiva. Mais ce fut vain. J’ai pu lui faire subir les pires sévices, il est resté muet comme une carpe ! » Peu à peu Horyo arrive à hauteur d’Aphrodite et pose sa main sur la jambière des Poissons. Offusqué, Aphrodite lui assène un violent coup de pied : « Comment une telle laideur ose-t-elle me toucher et… » Aphrodite est atterré. Le pauvre Horyo ne se sent même pas uriner sur lui-même. Le Suédois s’en irrite. Pour punir le misérable, il lui fracasse le crâne en laissant tomber lourdement son pied droit. Un flot de sang vient éclabousser le nouveau jouet de Deathmask sans la perturber plus que cela. Horyo décède sur le coup mais Aphrodite ne s’en préoccupe guère. _ « Par Athéna ! Je me sens souillé, comme si cet homme avait entaché ma pureté, examine-t-il sa Cloth. » Réalisant soudain la portée de ses paroles devant une jeune femme violée, Aphrodite part soudain d’un éclat de rire faussement dissimulé. Sur ce, Deathmask jette sa proie dans le cachot, y renvoie le cadavre d’Horyo en le poussant du pied et entre à son tour.
A l’intérieur, de vieux ossements desséchés et des morts en putréfaction sont attachés aux murs par de lourdes chaînes. Des rats rongent la chair des dépouilles tandis que des cafards et autres insectes semblent y avoir élu domicile. En plus d’être très étroite, la pièce est très humide et il y fait froid. _ « Cela n’a plus d’importance maintenant. Je ne sens plus rien, n’entends plus rien, songe la prêtresse. » Aphrodite s’approche d’elle, à genoux, le visage penché en arrière, le teint livide et le regard perdu. Il lui recoiffe les cheveux pour y accrocher une rose. _ « N’est-elle pas magnifique ainsi, demande-t-il à Deathmask ? Il ne manque plus qu’à lui trouver un nom. » Croyant pouvoir trouver auprès du bel Aphrodite une once de bonté, la captive balbutie : « Je… Je m’appelle… » Aphrodite pose alors sa main sur la bouche de l’innocente qui sent l’or froid lui clouer les lèvres. _ « Non… Chut… Ne dis rien. Tu n’as pas le droit de parler tant qu’on ne t’en donne pas le droit… Lilith ! » Dès cet instant, cette dernière en est persuadée, jamais elle ne sortira vivante de la maison de ces deux psychopathes.
_ « Lilith, retentit le nom dans l’esprit de Deathmask. » L’annonce de ce nom le rend pensif au point qu’Aphrodite en perçoit le malaise. _ « Ca ne te plait pas Deathmask ? Je trouve que cela va à merveille à notre chère amie. Lilith est le nom que porte la démone en chef des succubes dans la religion catholique. Elle vient la nuit avec ses compagnes pervertir les rêves des hommes… Oui, pervertir nos rêves, je suis convaincu que notre Lilith en est capable. Son corps doux et parfait m’appelle à assouvir mes envies les plus obscènes. » Deathmask change totalement de mine en entendant cela. _ « Quitte immédiatement cette maison Aphrodite ! _ Ne me dis pas que tu souhaites la garder pour toi seul, commence à faire courir sa langue Aphrodite dans le cou de Lilith ? Je n’ai jamais vu une fille aussi esthétiquement parfaite. Il est de mon devoir, à moi, Aphrodite Saint d’or des Poissons, de mêler mon corps divin au sien. » Deathmask perd patience. Le halot de lumière qui tournoie autour de son doigt vient soudain frapper la rose qu’Aphrodite avait placée dans les cheveux de Lilith. Les pétales tombent délicatement sur le sol. _ « Bien, bien ! Tu n’es pas dans ton assiette. Je te laisse avec « Lilith », se résout les Poissons. Prépare-la donc pour ma prochaine visite. » Le Cancer attend que son complice s’éloigne, puis vient prendre le visage de Lilith entre ses mains : « Pff… Lilith ! Ca doit être le destin qui te remet sur mon chemin… » Laissant planer le mystère, il revêt son armure puis quitte la geôle en refermant derrière lui la lourde muraille d’acier qui fait office de porte. La condamnant à l’angoissante obscurité… La nuit tombe au Sanctuaire. A Paesco, la bataille de boules de neige qui l’oppose aux enfants du village se solde par la victoire d’Apodis. En rentrant chez lui, il trouve son petit garçon qui gazouille dans son berceau et se presse de le prendre à bras pour s’amuser à le faire rire. Mujakis, la mère d’Apodis, a préparé le dîner pour son fils. _ « J’ai besoin de prendre des forces pour ma garde de ce soir ! Un bon repas me fera le plus grand bien. » Effectivement, la nuit est très fraîche. Les hommes réchauffent leurs doigts engourdis à la flamme de leurs torches. Apodis a fait poster dix de ses hommes au niveau des remparts. Lui patrouille accompagné de cinq autres dans les villages des environs, pour veiller à la tranquillité des villageois. Si ce n’est le gel qui glace les lieux, cette veillée est semblable à toutes les autres. En traversant son village, Apodis aperçoit Marin se tenant sur le pas de sa porte. _ « Continuez votre route soldats. Je vous rattrape, ordonne le Grec à ses hommes. » Les gardes s’exécutent pendant qu’Apodis avance jusqu’à la chaumière de Marin. _ « Bonsoir Marin. Quelque chose t’importune-t-il ? _ Rien ne m’alerte Apodis. Je ne trouve pas le sommeil voilà tout. » Apodis peut sentir que la cosmo énergie de Marin est perturbée. Il reprend après un bref silence. _ « Tu sais, je pense souvent à elle. _ Pardon ? _ Netsuai, la mère de mon fils. Je pense souvent à Netsuai. Je l’aimais et je l’aime toujours malgré le fait qu’elle ne soit plus parmi nous. Aujourd’hui je le vis mieux. Je me suis fais une raison, tente-t-il de la réconforter en faisant allusion à la relation qu’elle entretient avec Aiolia. _ Comment puis-je me faire une raison alors que l’homme que j’aime est toujours en vie lui ? Toi tu peux l’accepter parce que tu n’as pas d’autre choix. Celui que j’aime est proche de moi et le restera lui ! » Le calme qui s’en suit fait rendre compte à Marin de la dureté de ses propos envers Apodis. _ « Euh… Excuse-moi Apodis, je ne voulais pas… _ Rassure-toi Marin. Après tout tu es ma supérieure. Mes propos étaient déplacés, fait mine d’accepter celui qui croyait être son ami. _ Non Apodis reviens, l’interpelle-t-elle tandis qu’il lui tourne le dos pour retrouver ses hommes… » Après Aiolia, la Saint d’argent de l’Aigle sent un pincement au c½ur à l’idée de perdre un nouveau soutien.
La nuit a paru bien longue pour les gardiens. La relève matinale leur semble bien méritée. Ce sont Circinus Saint de bronze du Compas et ses hommes qui relèvent la garde d’Apodis. Circinus est un des chevaliers les plus vieux du Sanctuaire. Très procédurier vis-à-vis des coutumes, il ne sort jamais sans sa Cloth. Couleur étain, l’armure se compose de courtes jambières et de genouillères rondes. Une simple ceinture lui maintient la taille tandis que le torse et le dos sont entièrement protégés par une sorte de sphère marquée de dos comme de face des signes nord, sud, est et ouest. Chaque bras est couvert par un bouclier où les quatre points cardinaux sont également gravés. Les deux boucliers sont suffisamment larges pour couvrir les épaules du Saint, voilà pourquoi il ne porte pas d’épaulettes. Sa chevelure océan est couverte par un imposant heaume sur lequel est dessiné au niveau du crâne l’étoile exposant les points cardinaux. _ « Il semblerait que je sois plus chanceux que toi, la neige a fini par cesser de tomber, tend sa main Circinus à Apodis. _ Tu parles d’une chance ! Tu ne sais pas profiter des cadeaux des dieux lorsqu’ils se présentent à toi ! Cette neige, c’est Athéna qui nous l’a offerte pour purifier nos terres ! _ Braves paroles Apodis ! Au fait, le lieutenant Misty m’a chargé de te dire que ta garde serait tenue par mes hommes et moi-même durant la Journée Sainte. Le Grand Pope a demandé à ce que tu renforces la sécurité au centre du Sanctuaire durant le festival. _ Nous ne sommes que trois Saints de bronze à tourner sur ce poste. J’imagine que Mensa Saint de bronze de la Table, et toi, Circinus Saint de bronze du Compas vous allez vous retrouver chamboulés. A votre âge ça risque d’être pénible de faire des heures supplémentaires, taquine Apodis son camarade. _ Cesse de fanfaronner petit chanceux. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis déçu de ne pas pouvoir assister à ce festival. » Apodis échange un sourire chaleureux avec son confrère avant de lui laisser la surveillance des remparts.
Plus loin, déjà, dans un champ de ruine l’entraînement matinal de Seiya est déjà bien entamé. Marin est furieuse contre lui. _ « Voici des années que tu t’entraînes et tu n’es toujours pas capable de tenir plus d’une minute face à moi. » Seiya essuie le filet de sang qui sort de sa bouche et se relève péniblement. Ses jambes tremblent, il retombe lourdement. _ « Je te trouve très dure Marin ce matin ! _ Il est temps de passer à la vitesse supérieure Seiya. Tu as pris beaucoup de retard. Le Grand Pope a été averti que le nombre de prétendants à l’armure de Pégase était croissant depuis quelques années. Il ne tardera pas à élire le Saint qui sera digne de la porter. Je croyais que tu voulais à tout prix devenir chevalier ! » En entendant ces mots, Seiya se ressaisit. Il se lève d’un seul coup et adopte une pose de combat. Marin se met en place elle aussi. Au fond d’elle, elle s’en veut d’avoir été si dure envers Apodis. Elle vit mal sa rupture avec Aiolia, et Seiya et Apodis en font les frais. Seiya a les yeux rivés sur les mouvements des mains de son mentor. Sa tunique est marquée par plusieurs impacts de poings, semblables à des météores qui l’auraient transpercé de part en part. _ « Ryu Sei Ken, se lance Marin ! » Une série de météores s’abat alors sur lui. Cette fois-ci il a compris. Tout en avançant, il évite chaque météore qui coïncide en réalité avec l’onde de choc produit par les coups de poings de son professeur. Il arrive finalement à bonne distance d’elle qui vient de lancer le dernier météore. Il lui attrape le bras, dont la cosmo énergie s’est dissipée, et le passe par-dessus son épaule pour la projeter contre un rocher. Ne lui laissant aucun répit Seiya court jusqu’au point d’impact. Il fait bien puisque aussitôt remise, elle se jette le pied en avant pour frapper Seiya au visage. Celui-ci vacille, le maître est revenu en position de force. Le voilà de nouveau contraint à parer les coups de poings de Marin jusqu’à ce qu’il en trouve la faille. Il remarque que Marin reprend toujours sa garde par son flanc gauche, laissant la partie droite de son corps sans protection durant un laps de temps très court. Seiya fléchit les genoux pour esquiver une gauche destinée à s’abattre sur lui et frappe immédiatement du tranchant de la main la hanche droite de Marin. Elle recule en se pliant de douleur alors que Seiya reprend son souffle. _ « Tu n’y es pas allée de main morte. Je suis exténué. _ Je suis ravie que tu sois parvenu à déceler la faille que j’ai volontairement affichée. Tu as bien combattu pour aujourd’hui. Va donc chasser du gibier et profite de ta journée, je dois m’absenter. » Sans donner plus d’explications, Marin disparaît. _ « Chasser ! Pourquoi faire ? J’ai trouvé un meilleur moyen de me rassasier ! » Tout en sautillant, Seiya prend alors la direction des villages du centre…
Justement, au centre est du Sanctuaire, Shaina quitte ses adversaires qu’elle a mis une fois encore en pièces. En chemin, au camp d’entraînement des femmes chevaliers, elle reconnaît un lapin. En la voyant l’animal se redresse sur ses pattes arrière et agite les oreilles. Shaina vérifie en tournant la tête que personne ne l’observe et se baisse pour prendre la bête dans les bras. Depuis le jour où Shaina l’a sauvé du sort que lui réservait Seiya, l’animal passe souvent réclamer les caresses de la jeune femme. Shaina se remémore cet instant.
C’était il y a maintenant trois ans. La chasse du lapin avait conduit un jeune Japonais jusqu’à ce centre, lieu interdit aux hommes. Même le Grand Pope ne peut y accéder. Le Saint d’Ophiuchus malmenait quelques apprentis et les mettait rapidement hors combat. Souhaitant se rafraîchir dans l’eau du fleuve qui passe par le camp, elle tomba nez à nez avec l’animal en question, tétanisé par la froideur de son masque. Ne dévoilant son c½ur qu’à ceux susceptibles de ne pas le rapporter, la jeune femme l’ôta alors et offrit au lapin un minois sublime et rassurant. A l’affût, avait débarqué derrière elle le chasseur de trois ans son cadet. Aussitôt sur la défensive, Shaina s’était mise en garde. N’ayant pas conscience de l’outrage qu’il commettait, l’enfant s’inquiéta d’une blessure au poignet de Shaina, séquelle d’un précédent combat. Sans la dévisager, l’innocent garçon pansa alors sa blessure tandis que l’animal fuyait son agresseur. A cet instant, le c½ur de la demoiselle s’était emballé. Il avait littéralement vrombit dans sa poitrine. Elle qui ne croyait pas en l’amour des hommes, les voyant comme des monstres incapables de tendresse à l’instar de ses frères d’armes qui lui avaient mené la vie dure avant qu’elle n’accède à son rang, elle fut prise d’un sentiment indescriptible qui la renversa. Leur rencontre ne dura qu’une minute, pourtant elle se permit d’imaginer un avenir aux côtés du naïf garçon alors qu’il repartait déjà à la recherche d’un autre repas… Elle ne l’a plus jamais revu depuis ce jour. Elle a souhaité parcourir le Sanctuaire à sa recherche. Hélas les missions du Pope et l’entraînement du féroce Cassios la retiennent bloquée dans le centre du domaine sacré. Elle y partage son temps entre les terres de son village et ce camp pour femmes où elle aimerait retrouver un jour son imprudent bienfaiteur. Si seulement elle connaissait son nom… _ « Je suis venue ici dans l’espoir de m’entraîner avec une vieille amie, je ne pensais pas la trouver aussi docile depuis notre dernière rencontre, la sort soudain de ses pensées une voix familière. _ Marin, mon amie, reconnaît elle la Japonaise. Je ne m’attendais pas à ta visite, laisse-t-elle s’échapper l’animal. Voyons si tu as progressé, se met-elle en position ! » Shaina déclenche alors les hostilités. Elle saute le pied en avant en direction de Marin qui esquive d’un pas sur le côté. L’Aigle répond par un direct du droit mais Shaina s’accroupit pour éviter à son tour et colle un coup de poing en plein estomac à Marin. Alors que celle-ci se tient le ventre de douleur, Shaina s’élève vers le ciel : « Thunder Claw ! » De ses griffes, elle fait s’abattre la foudre en direction de son amie. Lorsque Shaina inspecte le point d’impact, Marin n’est déjà plus là. Elle lève alors les yeux au ciel et n’a pas le temps d’esquiver : « Ku Ken ! » Marin rend coups pour coups à Shaina en lui collant un coup de pied dans l’abdomen. Shaina tombe en arrière. Marin s’approche doucement d’elle, se tenant l’épaule, griffée par la précédente attaque de l’Ophiuchus et lui tend la main. Shaina acquiesce et se relève avec l’aide de sa camarade. Une fois relevée mais encore endolories, elles s’avancent en se tenant par la main jusqu’à atteindre une source entourée d’une végétation luxuriante, bordée par un décor antique, datant de la création du Sanctuaire. De petits temples aux colonnes doriques, agrémentés de statues de nymphes, offrent un cadre ayant su garder un certain charme à ces femmes qui ont fait don de leur féminité pour rentrer au sein de l’armée d’Athéna. S’approchant du bord de l’eau, Marin défait ses bas et goutte l’agréable température de cette source pure. _ « Allons, tu ne vas pas rester assise au bord de l’eau toute la journée. Viens donc te rafraîchir, l’interpelle l’Italienne déjà dans l’onde jusqu’à la taille ! » Nue, elle a retiré son masque pour le déposer sur un rocher à côté du reste de ses vêtements. Marin observe son amie se prélasser sensuellement et se laisse finalement convaincre. Elle retire son bustier, ses épaulettes et, enfin, ses légers vêtements pour rejoindre Shaina. Mais elle n’ose pas mouiller tout son corps dans ce bain froid qui la fait frémir. Cela fait sourire Shaina. Elle nage alors jusqu’à Marin qui se met sur la pointe des pieds pour éviter d’être éclaboussée. Arrivée à sa hauteur, Shaina, retire le masque de Marin : « Ici tu n’en as pas besoin. » Marin rejoint alors la berge pour déposer son masque sur ses vêtements, à côté de ceux de Shaina. La tentation étant trop forte pour l’Ophiuchus, elle finit par lancer quelques gouttes en direction de Marin. Toutes deux s’amusent alors à s’inonder le visage en se rapprochant l’une de l’autre. Face à face, Shaina immobilise Marin en la serrant contre elle : « Ca fait plaisir de te revoir Marin. » Shaina comprend au regard complice de Marin que c’est réciproque et pose doucement ses lèvres contre les siennes. Marin ferme les yeux et se laisse embrasser. Elle trouve finalement ce qu’elle était venue chercher, un peu d’affection après cette rupture difficile avec Aiolia.
A l’approche des marches des douze maisons, à Honkios, Seiya est noyé par la foule sur la place du marché. Ville principale du domaine sacré, située au c½ur du Sanctuaire, Honkios est le centre des affaires du domaine sacré. Cette ville regroupe la majorité de la population. C’est également là que se déroulent les festivités du domaine, que se trouve le grand Colisée et le cimetière des Saints. Chaque jour les marchands entreposent sur la place les produits fraîchement débarqués du port. Depuis quelques temps déjà, Seiya vient ici au lieu de chasser. Il s’arrête devant un stand et cherche du coin de l’½il un visage familier. Une enfant du même âge le reconnaît aussitôt et lui fait signe de la retrouver dans une petite rue parallèle. Seiya se presse de l’y rejoindre et, en échange d’un baiser, récupère de la part de cette fille d’épicier, un sac de victuailles. La demoiselle aux longs cheveux couleur prune coiffés en nattes est toute fière de montrer à ses amies l’apprenti chevalier qu’elle leur présente comme son petit ami. Seiya, lui, n’a que faire de son attitude et une fois le simple baiser posé sur ses lèvres, il repart aussitôt avec son précieux butin. Il se précipite à la sortie de la ville quand une ombre immense le stoppe net. Levant les yeux vers le ciel, il reconnaît Cassios. Le colosse s’empresse de lui subtiliser habilement son repas et le repousse d’un violent coup de pied. _ « Ecarte toi microbe ! _ Voleur ! Rends-moi ça ! _ Ou sinon quoi ? La loi du Sanctuaire n’autorise pas que nous utilisions notre force, mais j’ai toutes les excuses du monde pour t’écraser puisque tu n’as rien à faire dans cette ville. Je n’aurai qu’à dire que tu es venu me provoquer ! » Ce dernier lance alors sèchement un autre coup de pied à Seiya qui s’écrase contre de vieux tonneaux de bois. Satisfait, et croyant en avoir terminé avec lui, Cassios commence à s’éloigner mais Seiya le retient : « Ne me tourne pas le dos espèce de brute ! » Cassios n’en croit pas ses yeux. Seiya n’a pas une égratignure. Autrefois, il le laissait KO sans aucun mal. _ « Je vois que tu t’es endurci. Cette fois-ci je ne retiendrai pas mes coups ! » Seiya qui a conscience qu’il n’est plus le faible gamin qu’il était à son arrivée, se met en position. Comme lui a appris Marin, il concentre toute son énergie dans son poing et s’apprête à fracasser Cassios qui fonce déjà sur lui. Quand tout à coup, un cratère se forme entre les deux opposants. Surpris, ils cherchent le responsable. _ « Ca suffit ! Je t’interdis de toucher à mon élève, scande Marin qui apparaît entre eux deux. » Shaina qui accompagne Marin reconnaît immédiatement Seiya. Elle retrouve enfin celui qu’elle cherchait tant. Néanmoins, les mots que Marin vient de prononcer lui glacent le sang. _ « Ton élève ? Tu veux dire que ce minus veut devenir Saint ? _ En effet, je te présente Seiya, le futur Saint de Pégase ! » En quelques secondes, la bonne humeur de Shaina s’évapore. Elle n’en croit pas ses oreilles. Le seul homme auprès de qui elle ne s’est jamais sentie aussi bien est un concurrent direct de son disciple. A l’instant même où elle apprend le nom de son prince charmant, son c½ur se fissure. _ « Non seulement c’est un rival mais… Pire que ça ! Il ne semble même pas me reconnaître ! » Son masque dissimule sa mine vexée et rageuse. _ « Si tu tiens à la vie de ton disciple Marin, lance-t-elle prétentieusement, tu ferais mieux de l’encourager à devenir prêtre d’Athéna, car Cassios, mon élève, est né sous la constellation de Pégase, s’avance-t-elle jusqu’à lui en posant sa main sur les muscles qu’il se plaît tant à arborer. Et il est bien décidé à remporter l’armure. _ Ce vermisseau espère gagner l’armure ! C’est une plaisanterie, rajoute Cassios ! On va régler ça immédiatement ! _ Ca suffit Cassios, arrête-t-elle son élève ! La mort de ce minable n’est pas nécessaire pour le moment. Je compte sur l’intelligence de Marin pour le retirer immédiatement de la course. _ Ca commence à bien faire ! Vous allez voir, s’élance Seiya qui n’en peut plus d’être insulté de la sorte. _ Si tu me connais si bien que ça Shaina, passe Marin devant lui pour lui barrer la route, tu dois te douter que jamais Seiya n’abandonnera. » Marin connaît les intentions de Seiya. Devenir Saint pour retrouver sa s½ur. Cette cause est trop semblable à la sienne pour lui demander d’abandonner. De plus Seiya a travaillé très dur jusqu’ici et ses efforts commencent à payer. Si un combat devait avoir lieu aujourd’hui même contre Cassios, elle est convaincue du succès de Seiya. Shaina a beau être sa meilleure amie, la loi du Sanctuaire est sans équivoque. Toujours cachée par son masque, Shaina est dépitée. Elle est blessée dans son orgueil de savoir que Seiya ne la reconnaît pas, qu’il est un concurrent direct pour l’armure de bronze et qu’il s’accapare maintenant la cause de sa meilleure amie : « C’en est trop ! Je ne peux aimer cet homme qui a vu mon visage. Il doit donc mourir et quelle plus belle victoire que de voir Cassios être son bourreau, songe-t-elle. » Shaina lui tourne alors le dos : « Ainsi, Marin tu as décidé de devenir ma rivale. _ Si tu le prends ainsi alors oui ! Nous venons de mettre un terme à une belle amitié. » Marin saisit alors Seiya par le col et le ramène avec elle au village de Paesco pendant que Shaina fustige Cassios du regard : « Repars t’entraîner immédiatement ! Je veux que tu l’humilies avant de lui donner la mort lors de votre prochaine rencontre ! »
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